L’intelligence collective : cette symphonie invisible des grandes équipes de football

Source: The Conversation – France in French (3) – By Yoann Drolez, Maître de conférences en Sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS), Université de Pau et des pays de l’Adour (UPPA)

Pourquoi certaines équipes de football semblent-elles réciter une partition savamment orchestrée, « jouant en harmonie » et enchaînant les actions fluides comme si chaque joueur lisait dans les pensées des autres ? Et pourquoi d’autres, pourtant remplies de stars, donnent parfois l’impression de ne jamais réussir à se connecter ou à se comprendre ? Derrière ces scènes familières pour tout amateur du ballon rond se cache un concept clé : l’intelligence collective.


Alors que le football est aujourd’hui un phénomène culturel mondial, il n’est pas seulement un sport promouvant les talents individuels, mais une véritable aventure cognitive collective pour les joueurs. Concrètement, la cognition décrit l’ensemble des mécanismes nous permettant de produire des pensées et des comportements. Elle englobe notamment la perception, la mémoire, le langage, l’apprentissage, le raisonnement, la résolution de problème ou encore la prise de décision. Une équipe de football est un système cognitif complexe, dont peut émerger une forme d’intelligence collective. Un postulat illustré par le documentaire réalisé en 2006 par Jean-Christophe Ribot.

L’intelligence collective reflète la capacité d’un collectif à produire une performance supérieure à la somme des performances individuelles, à trouver des solutions à des problèmes que les individus ne pourraient résoudre seuls, que ces problèmes soient connus ou inédits. Elle permet au collectif d’être plus fiable (stabilité et régularité des performances dans le temps), plus flexible (il peut faire face à davantage de situations ou à des problèmes plus variés) et plus fort (de meilleures performances absolues). Selon la thèse avancée par Joseph Henrich, la formidable intelligence collective des êtres humains est le fruit de nos compétences culturelles. Seulement, elle n’est pas la propriété exclusive de notre espèce.

L’intelligence collective, un phénomène universel

Pour Émile Servan-Schreiber, l’intelligence collective peut concerner tout groupe, dès lors qu’il est constitué d’entités capables de traiter de l’information et d’interagir entre elles.

Il est important de préciser qu’une telle conception suppose que la conscience de ses actions n’est pas indispensable. Ainsi, l’intelligence collective ne se limite pas à l’être humain : elle est un phénomène universel que l’on observe partout dans la nature. On la retrouve chez de nombreuses espèces animales, voire végétales. Même certains microorganismes « rudimentaires » (le blob ou l’amibe Dictyostelium, par exemple) sont capables de comportements fascinants, mais surtout collectivement intelligents.

Au sein de cette grande variété, Jean-François Noubel différencie plusieurs types d’intelligence collective. La plus parlante est probablement l’intelligence collective « en essaim ». Aussi appelée swarm intelligence, elle est présente chez les insectes sociaux (fourmis, abeilles, termites), ainsi que dans les bancs de poissons et les nuées d’oiseaux. Un nombre important d’individus agit sans plan préétabli, sans que chaque membre ait une vision complète de la situation et sans chef pour coordonner le tout. Leurs interactions reposent alors sur des règles très simples, produisant des comportements collectifs complexes.

Mais celle qui nous intéresse en premier lieu est l’intelligence collective « originelle », présente dans les petits groupes (jusqu’à une dizaine d’individus). Elle nécessite une proximité spatiale et s’appuie généralement sur un objet/lien symbolique ou matériel : la proie dans les meutes de loups en chasse, la mélodie dans un groupe de musique, le ballon dans une équipe de football.

Les multiples facettes de l’intelligence collective

À l’échelle collective comme individuelle, l’intelligence présente de multiples facettes. Elle décrit diverses capacités émergeant des interactions de groupe, produisant des comportements extrêmement variés, qui dépendent à la fois des caractéristiques du collectif (taille, types et fréquence d’interaction, diversités, expérience commune, etc.) et de l’environnement dans lequel il agit. James Surowiecki, auteur de la Sagesse des foules (2008), distingue trois catégories de problèmes que les collectifs peuvent résoudre.

Premièrement, des problèmes de cognition, consistant à estimer, prédire ou identifier une valeur objective. Par exemple : deviner le poids d’un objet, prévoir un résultat électoral, localiser quelque chose.

Deuxièmement, des problèmes de coordination, pour lesquels les membres du collectif doivent adapter leurs actions sans chef pour commander. Nous en faisons régulièrement l’expérience en conduisant une voiture, en circulant à vélo ou en sortant d’une salle de concert.

Enfin, des problèmes de coopération, impliquant des individus dont les intérêts individuels peuvent diverger de ceux du collectif. Il s’agit alors de mettre son action au service du bien commun, à l’instar d’une campagne de vaccination ou des gestes de tri sélectif.

Dans notre thèse, nous avons cherché à démontrer que, pour les équipes de football, l’intelligence collective prend une dimension particulièrement originale, mêlant prise de décision, coordination des mouvements et anticipation des actions.

Une projection collective dans le temps

Imaginez pouvoir vous projeter dans un futur plus ou moins proche, pouvoir deviner ce qui va se produire sous vos yeux. Cette capacité, que l’on nomme anticipation, est déterminante au football. En effet, les joueurs doivent constamment interpréter les actions de leurs adversaires et partenaires pour agir en conséquence. Collectivement, comprendre et deviner ce qui va advenir donne un avantage déterminant aux équipes qui s’adaptent dans l’instant, sans recourir à une communication verbale.

L’exemple des marchés prédictifs montre que les foules sont particulièrement habiles dans l’exercice de prédire certains événements. En agrégeant des informations et des pensées dispersées, cette forme de « pari collectif » peut produire des résultats dépassant les performances d’experts isolés.

Un tel phénomène repose en partie sur la diversité cognitive, autrement dit la combinaison de multiples façons de voir le monde, d’interpréter les choses. C’est l’idée du « théorème de la diversité » formulé par le sociologue américain Scott E. Page : un groupe cognitivement diversifié obtient souvent de meilleurs résultats qu’un groupe composé uniquement d’individus très compétents mais homogènes dans leur façon de penser. Or, qu’en est-il pour les petits groupes qui ne pourraient pas s’appuyer sur le nombre ?

L’étude que nous avons menée sur les équipes de football a montré que, pour des groupes de taille identique, l’expertise individuelle restait un facteur déterminant. En clair, une équipe de débutants est moins performante dans l’anticipation du jeu qu’une équipe d’experts, même si elle dispose d’une certaine diversité cognitive. En parallèle, nous avons observé qu’à expertise moyenne équivalente, une dose de diversité cognitive était bénéfique.

Concrètement, les équipes composées d’une minorité de joueurs « pensant différemment » étaient plus performantes pour deviner collectivement ce qui allait se produire dans un futur immédiat. Sans se concerter, ces dernières prédisaient avec réussite environ deux fois sur trois, ce qui leur conférerait un avantage indéniable sur le terrain.

Un atout dans les situations « critiques »

Compétences individuelles et diversité cognitive semblent bien liées à l’intelligence collective, y compris dans des groupes de petites tailles, confrontés à des situations « critiques ».

Au-delà du plaisir du sport, anticiper collectivement pour agir dans l’urgence est le quotidien de nombreux professionnels : pompiers, urgentistes, militaires. Comprendre les ressorts de leurs interactions, et des facteurs les rendant plus performants est alors déterminant. À ce titre, d’autres études ont souligné l’importance des compétences sociales, comme l’écoute ou la capacité à lire dans les yeux. Autant de pistes à creuser pour former à l’intelligence collective demain.


Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science (qui a lieu du 3 au 13 octobre 2025), dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition porte sur la thématique « Intelligence(s) ». Retrouvez tous les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.

The Conversation

Yoann Drolez ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’intelligence collective : cette symphonie invisible des grandes équipes de football – https://theconversation.com/lintelligence-collective-cette-symphonie-invisible-des-grandes-equipes-de-football-270926

La Guinée-Bissau en état d’apesanteur entre les élections et la domination militaire

Source: The Conversation – in French – By Carlos Eduardo Machado Sangreman Proença, enseignant-chercheur, Universidade de Aveiro (Portugal)

Depuis plusieurs décennies, la Guinée-Bissau connaît une instabilité politique chronique. Les dernières élections (législatives et présidentielle) du 23 novembre 2025 se sont déroulées sans problème, malgré l’exclusion administrative des deux principaux partis d’opposition ainsi que du principal opposant Domingos Simões Pereira. Quand les tendances fortes ont placé le candidat de l’opposition Fernando Dias en tête, un coup d’État a été orchestré par des chefs militaires proches du candidat sortant, le président Umaro Sissoco Embaló.

La population se retrouve ainsi privée de son choix. Le parlement dominé par l’opposition est dissous depuis deux ans. Des opposants sont emprisonnés. La communauté internationale, y compris la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), peine à trouver une solution, tandis que le pays reste sous l’influence de dirigeants dont la légitimité repose uniquement sur la force.

Pour avoir étudié la Guinée-Bissau depuis quarante ans, j’estime que la situation actuelle résulte de l’ambition sans scrupules d’Umaro Sissoco Embaló. Après son élection en 2020, il a progressivement remodelé le régime politique du pays. Cette évolution s’inscrit dans ce que l’économiste Sergei Guriev et le politologue Daniel Treisman décrivent comme une « dictature adaptée ».

Un régime de répression

Pendant les années où il a été président, Embaló a exercé une répression à des degrés variables de violence contre les opposants, les partis politiques, les médias nationaux et internationaux (radio, télévision, journaux), les juges et l’Assemblée nationale populaire (le parlement).

A ses yeux, ces élections devaient consolider son pouvoir. Cependant, il a commis l’erreur d’interdire aux principaux partis, le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC) et le Parti de la rénovation sociale (PRS), de se présenter aux élections législatives. Il a également empêché son principal opposant, Domingos Simões Pereira, de concourir à l’élection présidentielle.




Read more:
Crise politique en Guinée-Bissau : la démocratie ou l’autoritarisme ?


Le résultat a été que ces deux partis se sont alliés pour soutenir le candidat du PRS, Fernando Dias da Costa. Ce dernier aurait remporté les élections, comme en témoignent les procès verbaux des bureaux de vote, qui, selon la loi, doivent être rendus publics par chaque bureau. Ces documents ont été transmis à la Commission nationale des élections (CNE). Selon la CNE, ces documents ont été volés par des individus encagoulés portant des tenues militaires, avec les ordinateurs et les supports des membres de la commission.

Embaló a obtenu un score élevé, mais la population a massivement concentré ses votes sur Dias et lui, en ignorant les autres candidats. Cette dynamique a été défavorable à Embaló, qui a alors sollicité l’appui des chefs militaires pour interrompre le processus électoral. Cette intervention a donné l’apparence, à l’extérieur, d’un coup d’État dirigé contre lui-même, comme l’a évoqué le Premier ministre du Sénégal lors d’une déclaration au parlement.

Rejet de l’éthique militaire

Embaló a trouvé, parmi les chefs militaires du pays, des acteurs qui ont rejeté l’éthique militaire de non-participation aux actes politiques de « confusion » que son chef d’chef d’État-major des forces armées (Cemfa), Biague Na Ntan, affichait dans ses discours publics depuis sa nomination. Ensemble, ils ont lancé un coup d’État visant à empêcher la population de décider du destin du pays par les urnes, considérant que ce devrait plutôt être au groupe qui se réclament de l’armée de décider.




Read more:
Guinée-Bissau : pourquoi l’élection présidentielle est déjà entachée et jouée d’avance


En réalité, ces chefs se situent à l’opposé de ce que devaient être les Forces armées républicaines du peuple, créées par le PAIGC pendant la guerre d’indépendance comme forces “révolutionnaires”. Devenues “républicaines” en 2000, ces forces avaient été pensées par les pères de l’indépendance comme une institution professionnelle, disciplinée et au service de l’État.

Ces hommes révèlent une conception de l’autorité éloignée des normes militaires, en invoquant des prétextes qui ne reposent sur aucune base solide pour interrompre une élection pourtant régulière. Leurs justifications apparaissent essentiellement comme des arguments destinés à servir leurs propres intérêts.

Leur action s’inscrit dans une logique de déstabilisation visant à empêcher le vainqueur légal des élections d’exercer le pouvoir et à interrompre le processus électoral. Elle semble également destinée à détourner l’attention des accusations récurrentes — mais jamais prouvées — visant Embaló et certains chefs militaires concernant des liens avec les réseaux de trafic de drogue, alors même que Dias et Pereira n’ont jamais été mis en cause sur ce terrain.

Des opposants emprisonnés

Le résultat est un gouvernement comprenant plusieurs membres de l’ancien cabinet d’Embaló, nommé par un président militaire qui ne tire sa légitimité que du coup d’État. Ce gouvernement fonctionne sans parlement et avec des opposants emprisonnés, à commencer par Domingos Simões Pereira, président de l’Assemblée nationale dissoute, tandis que le président élu, Dias, est réfugié à l’ambassade du Nigeria, à Bissau.

Embaló continue d’influencer le gouvernement depuis le Maroc où il s’est réfugié, après être passé par le Congo-Brazzaville, où il s’était rendu suite à la déclaration du Premier ministre sénégalais au parlement qualifiant ce coup d’État de « combine » d’Embaló.




Read more:
Guinée-Bissau : une élection présidentielle sous le signe d’une instabilité chronique


Les informations disponibles suggèrent que la Cedeao peine à trouver une solution à la crise. La réunion prévue de l’organisation le 14 décembre pourrait donner des indications sur la suite des événements, notamment si elle décide de mesures concrètes, comme l’imposition de sanctions contre Embaló et les militaires impliqués dans le putsch.

À Bissau, plusieurs membres de l´opposition sont détenus sans aucune accusation officielle, sans contact avec leurs familles ni avec des avocats.

Ces événements en Guinée-Bissau s’inscrivent dans une série de coups d’État et de crises politiques similaires survenus en Afrique au cours des cinq dernières années, notamment au Niger, au Gabon, au Tchad, au Mali, au Burkina Faso, en Guinée et au Soudan. Ils ravivent le débat, tant au niveau international qu’académique, sur les types de régimes politiques capables de prévenir ce type d’instabilité.

La population de Guinée-Bissau continue de croire en la valeur du suffrage universel comme outil de décision nationale, comme en témoignent les taux de participation toujours élevés. En revanche, une partie de la classe militaire et politique ne parvient pas à être à la hauteur de cette confiance populaire.

The Conversation

Carlos Eduardo Machado Sangreman Proença does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. La Guinée-Bissau en état d’apesanteur entre les élections et la domination militaire – https://theconversation.com/la-guinee-bissau-en-etat-dapesanteur-entre-les-elections-et-la-domination-militaire-271237

Les influenceurs redéfinissent les médias : leçons du Kenya, du Nigeria et de l’Afrique du Sud

Source: The Conversation – in French – By Amy Ross Arguedas, Postdoctoral Researcher Fellow, Reuters Institute for the Study of Journalism, University of Oxford, University of Oxford

Les créateurs et influenceurs de l’actualité sont devenus des sources d’information de plus en plus importantes, car de plus en plus de personnes se tournent vers les réseaux sociaux et les plateformes de vidoé telles que Facebook et YouTube pour s’informer. Par « créateurs de l’actualité », nous entendons les personnes qui créent et diffusent du contenu principalement via les réseaux sociaux et les plateformes de vidéo et qui ont une certaine influence sur les débats publics autour de l’actualité et des affaires courantes.

Si les médias d’information traditionnels et les journalistes continuent de dominer l’attention sur les plateformes classiques telles que Facebook, les données de notre Digital News Report 2025 (Rapport sur l’information numérique 2025) montrent que les organes de presse sont confrontés à une concurrence croissante de la part des créateurs sur d’autres plateformes, en particulier sur les nouveaux réseaux axés sur la vidéo.

En Afrique du Sud, par exemple, les utilisateurs de Facebook, YouTube et X accordent toujours plus d’attention aux médias d’information traditionnels et aux journalistes qu’aux créateurs de contenu et aux influenceurs. Mais les médias traditionnels sont désormais éclipsés par les créateurs et les personnalités sur Instagram (59 %) et TikTok (52 %).



Ce changement n’est pas passé inaperçu. Dans certaines régions du monde, les politiciens intègrent systématiquement les créateurs de contenu dans leurs stratégies médiatiques. De grands médias d’information tels que CNN et le Washington Post ont lancé des collectifs de créateurs ou des réseaux. Ceux-ci génèrent du contenu destiné aux jeunes, adapté à chaque plateforme (consommé sur les réseaux sociaux plutôt que sur les sites d’information).

Mais à quels types de créateurs d’actualités le public prête-t-il attention ? Et en quoi leur rôle varie-t-il d’un pays à l’autre ?

Nous abordons ces questions dans notre étude publiée avec des collègues du Reuters Institute for the Study of Journalism de l’université d’Oxford. Nous dressons la carte des créateurs d’actualités et des influenceurs dans 24 pays, dont trois marchés africains : le Kenya, le Nigeria et l’Afrique du Sud.

Cette analyse nous a permis de développer une nouvelle classification des créateurs d’actualités, dans laquelle nous décrivons ce qu’ils offrent au public et l’impact que cela a sur les organes de presse. Elle nous a également permis d’identifier les pays où les influenceurs ont le plus (et le moins) d’impact, ainsi que quelques figures majeures.

Types de créateurs d’actualités

Nous avons abordé la question du point de vue du public, en utilisant les données de deux enquêtes en ligne réalisées en 2024 et 2025. Nous avons analysé les réponses à des questions ouvertes dans lesquelles nous demandions aux personnes interrogées de citer les médias et les personnalités auxquels elles prêtaient attention sur les réseaux sociaux.

Nous avons ensuite compilé les listes des 15 personnalités les plus citées dans chaque pays et classé les créateurs en fonction de leur approche de l’actualité.



Nous avons constaté que les créateurs d’actualités les plus mentionnés se concentrent sur les commentaires, beaucoup d’entre eux diffusant des messages partisans qui sont souvent plus subjectifs que les commentaires des médias traditionnels, la plupart sont de droite sur l’échiquier politique.

Un autre sous-ensemble se concentre sur l’actualité et les enquêtes. Les créateurs et les journalistes citoyens innovent parfois par leurs approches en utilisant des sources ouvertes et en abordant des questions négligées par les médias classiques.

Un autre groupe de créateurs avertis sur les réseaux sociaux se concentre sur l’analyse de l’actualité. Ils touchent souvent un public jeune que les médias traditionnels ont du mal à intéresser.

Enfin, les spécialistes, dont beaucoup ont quitté les médias traditionnels, ont tendance à approfondir des sujets de niche spécifiques via leurs chaînes YouTube, leurs podcasts ou leurs Substacks.

Nous avons également identifié quatre catégories de créateurs proches de l’actualité dont le contenu est axé sur la comédie, le divertissement informatif, les jeux vidéo ou la musique et le mode de vie, qui touchent souvent un public encore plus large et peuvent avoir un impact significatif sur les débats publics. Dans la pratique, ces catégories sont iclassables. De nombreux créateurs individuels combinent différentes approches ou changent au fil du temps.

Trois conclusions clés

1. Les créateurs ont un impact plus important dans certains pays que dans d’autres. Le public accorde davantage d’attention aux créateurs d’actualités dans les pays africains, ainsi que dans de nombreux marchés asiatiques et latino-américains et aux États-Unis. Cela s’explique en partie par une utilisation plus importante des réseaux sociaux dans l’ensemble, mais aussi par des facteurs tels que les différences culturelles, la taille du marché et la force ou la faiblesse des médias traditionnels. En revanche, les créateurs jouent un rôle moins important dans de nombreux pays d’Europe du Nord et au Japon.



2. Les créateurs d’actualités de premier plan sont généralement des hommes. Ce déséquilibre entre les sexes est évident lorsqu’on analyse les personnes les plus mentionnées sur les 24 marchés, où 85 % sont des hommes. Cela vaut également pour les pays africains : 12 des 15 personnes les plus mentionnées au Kenya, 13 des 15 au Nigeria et 14 des 15 en Afrique du Sud sont des hommes. La différence est particulièrement prononcée dans la catégorie des commentaires politiques.

3. YouTube est la plateforme la plus importante pour les créateurs. Il existe toutefois des différences selon les pays. Facebook reste une plateforme d’information importante au Kenya et en Asie. X est particulièrement important en Afrique du Sud, au Nigeria, aux États-Unis et au Japon, et reste la principale plateforme pour suivre les personnalités politiques. Instagram est largement utilisé pour les contenus politiques dans des pays comme le Brésil et est souvent le réseau de prédilection pour les contenus liés au mode de vie et à l’infodivertissement.



Conclusions sur les marchés africains

Il faut se rappeler que les données du Kenya, du Nigeria et de l’Afrique du Sud proviennent d’enquêtes en ligne. Elles sont représentatives donc de des jeunes anglophones, et non l’ensemble de la population. (Lisez les profils complets des pays ici.)

Kenya : Le Kenya dispose d’une scène créative très dynamique, mais en matière d’actualité, ce sont les présentateurs des chaînes de télévision (comme Larry Madowo de CNN et Lulu Hassan de Citizen TV) qui arrivent en tête de la liste des personnalités les plus mentionnées au Kenya.

Plusieurs créateurs indépendants tels que l’ancienne présentatrice de Tuko News Lynn Ngugi, Oga Obinna et The News Guy touchent également leur public avec des histoires personnelles, des interviews sincères et des informations de dernière minute. Les actualités people et le divertissement sont des éléments clés du marché kenyan, où Edgar Obare est connu pour ses révélations croustillantes sur les célébrités, tout comme le Nairobi Gossip Club sur Instagram.

Nigeria : Au Nigeria, les militants, les présentateurs de télévision et de radio reconnus, ainsi que les influenceurs et les comptes spécialisés dans le divertissement, occupent une place de premier plan. Si les diffuseurs restent les principales sources d’information, dans certains cas, les influenceurs et les journalistes citoyens sont désormais les premiers à révéler des informations avant les médias traditionnels.

De loin la personnalité la plus mentionnée au Nigeria, VeryDarkMan est un créateur engagé souvent filmé en tête des manifestations. D’autres militants comme Aisha Yesufu et Dan Bello sont également très mentionnés. Au-delà de la politique, des créateurs tels que Linda Ikeji et le populaire Instablog9ja sont connus pour publier des actualités sur le divertissement et les célébrités, principalement sur Instagram.

Afrique du Sud : Le nombre de créateurs d’actualités locaux dans la liste sud-africaine est plus faible que dans de nombreux autres pays. L’homme d’affaires sud-africain basé aux États-Unis Elon Musk et l’humoriste Trevor Noah occupent une place importante aux côtés de la star de TikTok Dylan Page, qui a passé une grande partie de son enfance dans le pays.

Les youtubeurs et podcasteurs internationaux tels que Joe Rogan, Candace Owens et Tucker Carlson sont également très populaires auprès des personnes interrogées. MacG, animateur du podcast le plus populaire d’Afrique du Sud, est la personne la plus citée. Il est connu pour ses interviews franches, mais également critiqué pour ses propos parfois nuisibles.

Une offre d’information fragmentée

Nos conclusions soulignent à quel point les sources d’information sont devenues confuses, fragmentées et vaguement définies, car beaucoup s’informent sur diverses plateformes.

Nous constatons qu’il existe une grande diversité de créateurs d’informations (bien que principalement masculins) qui proposent une grade diversité de contenus créatifs, attrayants et informatifs. Ceux-ci comblent parfois les vides laissés par les organes de presse et s’éloignent souvent de leurs conventions, ce qui ne permet pas toujours de les considérer comme fiables.

Leur impact tend à être plus fortement ressenti dans les pays densément peuplés où les médias traditionnels sont sous pression. Si certains complètent ou s’appuient sur les médias d’information traditionnels, ils constituent également une source de concurrence croissante, en particulier auprès des jeunes publics qui sont déjà réticents à consulter les sites web et les applications d’information.

L’évolution future de cet espace créatif dépendra en partie du rôle que joueront les plateformes dans la promotion de contenus utiles et de qualité, du développement de modèles économiques pour soutenir ces créateurs et de l’intérêt continu du public.

The Conversation

Le Digital News Report/Reuters Institute a reçu en 2025 un financement de la Google News Initiative, de BBC News, de l’Ofcom, de la Coimisiún na Meán en Irlande, de l’Autorité néerlandaise des médias (CvdM), de la Fondation finlandaise pour la recherche sur l’industrie des médias, de la Fondation Fritt Ord, de Code for Africa, de la Fondation coréenne pour la presse, d’Edelman UK, de NHK, Reuters News Agency, Ringier et YouTube, ainsi que nos sponsors universitaires du Leibniz Institute for Media Research/Hans Bredow Institute, de l’université de Navarre en Espagne, de l’université de Canberra en Australie, du Centre d’études sur les médias au Québec au Canada et de l’université de Roskilde au Danemark. La Fundación Gabo soutient la traduction du rapport en espagnol.

Le Digital News Report/Reuters Institute a reçu en 2025 un financement de la Google News Initiative, de BBC News, de l’Ofcom, de la Coimisiún na Meán en Irlande, de l’Autorité néerlandaise des médias (CvdM), de la Fondation finlandaise pour la recherche sur l’industrie des médias, de la Fondation Fritt Ord, de Code for Africa, de la Fondation coréenne pour la presse, d’Edelman UK, de NHK, Reuters News Agency, Ringier et YouTube, ainsi que nos sponsors universitaires du Leibniz Institute for Media Research/Hans Bredow Institute, de l’université de Navarre en Espagne, de l’université de Canberra en Australie, du Centre d’études sur les médias au Québec au Canada et de l’université de Roskilde au Danemark. La Fundación Gabo soutient la traduction du rapport en espagnol. Il est membre du comité consultatif du Science Media Centre (SMC) au Royaume-Uni.

ref. Les influenceurs redéfinissent les médias : leçons du Kenya, du Nigeria et de l’Afrique du Sud – https://theconversation.com/les-influenceurs-redefinissent-les-medias-lecons-du-kenya-du-nigeria-et-de-lafrique-du-sud-271134

Hope and hardship have driven Syrian refugee returns – but many head back to destroyed homes, land disputes

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Sandra Joireman, Weinstein Chair of International Studies, Professor of Political Science, University of Richmond

Displaced Syrian families form a return convoy to their destroyed village. Moawia Atrash/picture alliance via Getty Images

Some 1.5 million Syrian refugees have voluntarily returned to their home country over the past year.

That extraordinary figure represents nearly one-quarter of all Syrians who fled fighting during the 13-year civil war to live abroad. It is also a strikingly fast pace for a country where insecurity persists across broad regions.

The scale and speed of these returns since the overthrow of Bashar Assad’s brutal regime on Dec. 8, 2024, raise important questions: Why are so many Syrians going back, and will these returns last? Moreover, what conditions are they returning to?

As an expert in property rights and post-conflict return migration, I have monitored the massive surge in refugee returns to Syria throughout 2024. While a combination of push-and-pull factors have driven the trend, the widespread destruction of property during the brutal civil war poses an ongoing obstacle to resettlement.

Where are Syria’s refugees?

By the time a rebel coalition led by Sunni Islamist organization Hayat Tahrir al-Sham overthrew the Assad government, Syria’s civil war had been going on for more than a decade. What began in 2011 as part of the Arab Spring protests quickly escalated into one of the most destructive conflicts of the 21st century.

Millions of Syrians were displaced internally, and about 6 million sought refuge abroad. The majority went to neighboring countries, including Turkey, Jordan and Lebanon, but a little over a million sought refuge in Europe.

Now, European countries are struggling to determine how they should respond to the changed environment in Syria. Germany and Austria have put a hold on processing asylum applications from Syrians. The international legal principle of non-refoulement prohibits states from returning refugees to unsafe environments where they would face persecution and violence.

But people can choose to return home on their own. And the fall of Assad altered refugees’ perceptions of safety and possibility.

Indeed, the U.N. refugee agency surveys conducted in January 2025 across Jordan, Lebanon, Iraq and Egypt found that 80% of Syrian refugees hoped to return home – up sharply from 57% the previous year. But hope and reality are not always aligned, and the factors motivating return are far more complex than the change in political authority.


Sandra F. Joireman, CC BY-SA

Why are people returning?

In most post-conflict settings, voluntary return begins only after security improves, schools reopen, basic infrastructure is restored and housing reconstruction is underway. Even then, people often return to their country but not their original communities, especially when local political control has shifted or reconstruction remains incomplete.

In present-day Syria, violence continues in several regions, governance is fragmented, and sectarian conflicts persist. Yet refugees are returning anyway.

A major factor is the deteriorating conditions in neighboring host countries. Most of those who came back to Syria in the early months after Assad’s fall came from neighboring states that have hosted large refugee populations for more than a decade and are now struggling with economic crises, political tensions and declining aid.

In Turkey, for example, Syrians have faced increasing deportations and growing structural barriers to integration, such as temporary status without the possibility of naturalization and strict local registration policies.

In Lebanon, meanwhile, recent violence and a steep drop in international assistance have left Syrian refugees unable to secure food, education and health care.

And in Jordan, international reductions in humanitarian support have made daily life more precarious for refugees.

In other words, many Syrians are not returning because their homeland has become safer, but because the places where they sought refuge have become more difficult.

We do not have data on the religious or ethnic makeup of returnees. But patterns from other post-conflict settings suggest that returnees are usually from the majority community aligned with the new dominant political actors. After the war in Kosovo, for instance, ethnic Albanians returned quickly, while Serb and Roma minorities returned in much smaller numbers due to insecurity and threats of reprisals.

If Syria follows this trajectory, Sunni Muslims may return in higher numbers, as the country’s president, Ahmed al-Sharaa, led the Sunni rebel coalition that overthrew Assad.

Syrian minority groups, including Alawites, Christians, Druze and Kurds, may avoid returning altogether. Violent incidents targeting minority communities have underscored ongoing instability. Recent attacks on the Alawite population have triggered new waves of displacement into Lebanon, while conflicts between Druze militias and the government in Sweida, in southern Syria, have led to more displacement within the country. These episodes illustrate that while pockets of the country may feel safe to some, instability persists.

A child walks through rubble.
Thirteen years of civil war left much of Syria in ruin.
Ercin Erturk/Anadolu via Getty Images

Barriers to returns

One of the most significant obstacles facing refugees who wish to return is the condition of their homes and the status of their property rights.

The civil war caused widespread destruction of housing, businesses and public buildings.

Land administration systems, including registry offices and records, were damaged or destroyed. This matters because refugees’ return requires more than physical safety; people need somewhere to live and proof that the home they return to is legally theirs.

Analysis by the conflict-monitoring group ACLED of more than 140,000 qualitative reports of violent incidents between 2014 and 2025 shows that property-related destruction was more concentrated in inland provinces than in the coastal regions, with cities such as Aleppo, Idlib and Homs sustaining some of the heaviest damage.


Sandra F. Joireman, CC BY-SA

This has major implications for where return is feasible and where it will stall. With documentation lost, homes reoccupied and records destroyed, many Syrians risk returning to legal uncertainty or direct – and sometimes violent – conflict over land and housing.

Post-civil war reconstruction will require not only the rebuilding of physical infrastructure but also the restoration of land governance, including mechanisms for property verification, dispute resolution and compensation. Without all this, refugee returns will likely slow as people confront uncertainty about whether they can reclaim their homes.

Shaping Syria

Whether the wave of returns throughout 2025 continues or proves to be a temporary surge will depend on three main criteria: the security situation in Syria, reconstruction of houses and land administration systems, and the policies of the countries hosting Syrian refugees.

But ultimately, a year after the civil war ended, Syrians are returning because of a mixture of hope and hardship: hope that the fall of the Assad government has opened a path home, and hardship driven by declining support and safety in neighboring states.

Whether these returns will be safe, voluntary and sustainable are critical questions that will shape Syria’s recovery for years to come.

The Conversation

Sandra Joireman does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Hope and hardship have driven Syrian refugee returns – but many head back to destroyed homes, land disputes – https://theconversation.com/hope-and-hardship-have-driven-syrian-refugee-returns-but-many-head-back-to-destroyed-homes-land-disputes-269555

Congés payés : la France doit se mettre en règle avec l’UE, quelle conséquences pour les salariés ?

Source: The Conversation – in French – By Michel Miné, Professeur du Cnam, titulaire de la chaire Droit du travail et droits de la personne, Lise/Cnam/Cnrs, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)

Le droit de l’Union européenne oblige la France à revoir la façon dont elle considérait les congés payés jusqu’alors. Cela comporte des implications dans au moins trois domaines et conduira notamment à revenir sur une législation héritée du régime de Vichy.


Le droit international des droits de l’homme (Convention de l’Organisation internationale du travail n° 132 et Pacte de l’ONU de 1966, Charte sociale européenne) et le droit de l’Union européenne (Charte des droits fondamentaux) consacrent le droit aux congés payés comme un droit fondamental de la personne du travailleur. L’adjectif « fondamental » doit être pris au sérieux dans cette formulation.

La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) met en œuvre cette conception dans son interprétation de la directive du 4 novembre 2003 qui « fixe des prescriptions minimales de sécurité et de santé en matière d’aménagement du temps de travail ». Pour la Cour, « le droit au congé annuel payé de chaque travailleur doit être considéré comme un principe du droit social communautaire revêtant une importance particulière, auquel il ne saurait être dérogé » et « le travailleur doit normalement pouvoir bénéficier d’un repos effectif, dans un souci de protection efficace de sa sécurité et de sa santé ».

Sa jurisprudence, avec plus de 30 décisions portant sur les congés payés, permet des progrès de ce droit dans les différents États membres.

Cependant, l’intégration de ces progrès dans le droit français s’avère particulièrement lente du fait de l’inaction, voire du refus, des gouvernements successifs, pour en faire bénéficier les salariés. La loi Valls-El Khomri du 8 août 2016, qui a transformé l’architecture du droit du temps de travail constitue une illustration emblématique de ce refus.

Dans ce contexte, les juridictions nationales, dans le cadre du dialogue des juges, assurent la mise en œuvre de la jurisprudence européenne.

Mauvaise transposition

Les arrêts récents fortement médiatisés s’inscrivent dans une histoire qui a commencé au début de ce siècle. Ainsi, à titre d’illustration, ce sont des arrêts européens qui sont à l’origine de modification de la législation sur de nombreux points : l’acquisition de congés sans une période minimale de travail (CJUE 26 juin 2001), le congé maternité et les congés payés se cumulant sans se confondre (CJCE 18 mars 2004), etc.




À lire aussi :
Quand l’Union européenne améliore les droits sociaux : le cas des congés payés et de la maladie


Constatant dans certains États, dont la France, la mauvaise transposition du droit européen sur les congés payés, la Cour s’est fondée sur la Charte pour en imposer l’application (CJUE 6 novembre 2018, C-570/16 et C‑684/16). En cas d’impossibilité d’interpréter une législation nationale en conformité avec le droit européen, la juridiction nationale doit laisser la législation nationale inappliquée. La diffusion du droit européen via la jurisprudence nationale s’est alors intensifiée.

Ainsi en est-il du droit d’acquérir des congés payés pendant un arrêt de travail pour maladie. Selon la Cour de justice, la finalité du droit au congé annuel payé est, d’une part, de « permettre au travailleur de se reposer » et, d’autre part, de « disposer d’une période de détente et de loisirs ».

« La Charte des droits sociaux fondamentaux érige le droit à une période annuelle de congé payé en droit de l’homme reconnu à toute personne. »

Congés payés et arrêt maladie

Ainsi, le travailleur en sa qualité de travailleur a droit à une période de congés payés. Le droit à congés n’est pas subordonné à une prestation de travail préalable et un arrêt de travail pour maladie est sans incidence sur l’acquisition des droits à congés (arrêt rendu en grande chambre, 20 janvier 2009, C-350/06 et C-520/06).

Ce faisant la Cour pose une règle comparable à celle du Front populaire (loi du 20 juin 1936 et décret du 1er août 1936) considérant que le travailleur avait droit à la totalité de ses congés payés y compris en cas d’arrêt maladie.

En réaction à cette législation, le régime de Vichy avait subordonné le droit aux congés payés à un temps de « travail effectif » (décret du 13 avril 1940, loi du 31 juillet 1942). Cette législation a perduré jusqu’en 2024.

Pourtant, après la décision de la Cour de justice de 2009, la Cour de cassation, chaque année, à partir de 2013, demandait aux gouvernements successifs la mise en conformité du code du travail avec le droit européen. Sans succès.

Après plusieurs arrêts (Cour administrative d’appel de Versailles, du 17 juillet 2023, condamnation de la France pour non-transposition de la directive ; Cassation sociale, 13 septembre 2023, quatre arrêts), la loi n° 2024-364 du 22 avril 2024 prévoit la mise en conformité du droit français.

Mise en conformité partielle

Cependant, cette mise en conformité du droit national avec le droit européen demeure partielle. La discrimination persiste au regard de l’état de santé. Le salarié ayant subi un arrêt maladie ne trouvant pas (officiellement) sa cause dans sa situation de travail acquiert seulement deux jours de congés par mois, quand le salarié en arrêt de travail pour maladie professionnelle ou accident du travail ou sans arrêt acquiert deux jours et demi par mois. Des accords collectifs de branche et d’entreprise peuvent bien entendu mettre fin à cette discrimination.

La loi limite fortement les effets de la solution jurisprudentielle, notamment au regard de la rétroactivité, à la demande d’organisations patronales, ce qui a pour effet de complexifier le droit applicable en particulier en imposant des doubles compteurs de mesure du temps.

Ainsi, la jurisprudence européenne (depuis l’arrêt de 2009) et la jurisprudence nationale (depuis les arrêts de 2023) renouent avec les textes fondateurs de 1936 et la conception originelle des congés payés.

Le droit au report des jours de congés en cas de maladie pendant les congés payés est un second exemple. Selon la CJUE, « un travailleur qui est en congé de maladie durant une période de congé annuel fixée au préalable a le droit, à sa demande, et afin qu’il puisse bénéficier effectivement de son congé annuel, de prendre celui-ci à une autre époque que celle coïncidant avec la période de congé de maladie » (CJCE 10 septembre 2009, C‑277/08 ; CJUE 21 juin 2012, ANGED). Les congés payés et l’arrêt maladie ayant deux finalités différentes ne peuvent se confondre.

Mise en demeure de la France

Le Code du travail n’ayant pas été mis en conformité, la France a reçu, le 18 juin 2025, une lettre de mise en demeure de la Commission pour manquement aux règles de l’UE sur le temps de travail.

En application du droit européen, pour la Cour de cassation il convient de juger désormais que « le salarié en situation d’arrêt de travail pour cause de maladie survenue durant la période de congé annuel payé a le droit de bénéficier ultérieurement des jours de congé payé coïncidant avec la période d’arrêt de travail pour maladie » (Cassation sociale 10 septembre 2025, n° J 23-22.732).

Pour en bénéficier, le salarié doit avoir notifié un arrêt de travail pour maladie à l’employeur. Des questions pratiques se posent : cette règle est applicable aux cinq semaines de congés ; le régime du report restant à préciser.

Calcul des majorations des heures supplémentaires

Un autre exemple de la façon dont la diffusion du droit européen via la jurisprudence nationale s’est alors intensifiée concerne le droit au bénéfice des majorations pour heures supplémentaires. Selon le droit européen (CJUE 13 janvier 2022, C-514/20), afin de déterminer si le seuil des heures travaillées donnant droit à majoration pour heures supplémentaires est atteint, les heures correspondant à la période de congé annuel payé pris par le travailleur sont prises en compte en tant qu’heures de travail accomplies.

En application de cette règle, pour la Cour de cassation, l’assiette de calcul hebdomadaire des heures supplémentaires doit intégrer les périodes de congés payés. Les jours de congés payés, au cours d’une semaine, sont désormais pris en compte pour le calcul de la durée du travail lorsque le temps de travail est décompté à la semaine.

Public Sénat 2025.

Le salarié a alors droit à des majorations pour heures supplémentaires en cas de dépassement de la durée légale de 35 heures hebdomadaires (Cassation sociale 10 septembre 2025, n° 23-22.732).

La disposition contraire du Code du travail (article L. 3121-28), qui subordonne à l’accomplissement de plus de 35 heures hebdomadaires de « travail effectif » le déclenchement des majorations pour heures supplémentaires, est écartée. Des questions pratiques se posent : cette règle est applicable aux cinq semaines de congés et aux heures complémentaires des salariés à temps partiel (à défaut, une discrimination indirecte serait imposée aux salariés à temps partiel, en majorité des femmes).

La jurisprudence européenne apporte encore bien d’autres précisions en matière de congés payés. Ainsi, en cas d’arrêt maladie en cours d’année, si le travailleur a subi une baisse de ses revenus (indemnités/rémunération), il a droit lors de la prise de ses congés payés à l’intégralité de l’indemnité de congés payés, sans réduction, calculée comme s’il avait travaillé pendant toute la période de référence (CJUE 9 décembre 2021, C‑217/20).

Ce sujet des congés payés est emblématique des nombreux apports du droit européen du travail au droit national. Le droit du travail grâce à la jurisprudence nationale est progressivement mis en harmonie avec le droit européen, assurant aux salariés le bénéfice de leurs droits et aux employeurs la sécurité juridique.

The Conversation

Michel Miné est membre du RACSE (Réseau Académique de la Charte sociale européenne)

ref. Congés payés : la France doit se mettre en règle avec l’UE, quelle conséquences pour les salariés ? – https://theconversation.com/conges-payes-la-france-doit-se-mettre-en-regle-avec-lue-quelle-consequences-pour-les-salaries-269978

Should lynx and wolves be reintroduced to Britain and Ireland? Young people have mixed feelings

Source: The Conversation – UK – By Jonny Hanson, Environmental Social Scientist, Queen’s University Belfast

Bjorn H Stuedal/Shutterstock

There are many things people have love-hate relationships with in Britain and Ireland, from Brussels sprouts to cricket or sea swimming. Another item can now be added to this list: the reintroduction of lynx and wolves to the countryside.

Lynx and wolf reintroductions are ecologically feasible in parts of Great Britain and may be in parts of Ireland in the future. Such reintroductions may provide significant ecological benefits, especially through influencing deer numbers and behaviour.

However, no governments in either of the two islands or nations has yet approved any proposals to reintroduce the animals. And ultimately, it is human nature much more than nature that will shape the feasibility and viability of such proposals. That’s why it’s vital to understand how people think and feel about the idea.

As part of my ongoing research on the subject, I asked over 4,000 ten to 11-year-olds and over 1,000 16-year-olds in Northern Ireland about their attitudes to lynx, wolves and their potential return to the UK and the Republic of Ireland.

For political and ecological reasons, Northern Ireland appears the least likely part of either nation to see these happen in the future. But its unique geopolitical status means its population can provide insights into what British and Irish people think.

My research highlights the complexity of feeling among young people on this subject in four key ways.

man in bllue coat looks through binoculars
In his research, author Jonny Hanson searches for social solutions to carnivore coexistence.
Marty Stalker, CC BY-NC-ND

First, perspectives may vary. The strongest single result from the five main survey responses to proposed reintroductions was the “neither agree nor disagree” category across both species and age groups. This was chosen by approximately a fifth to a quarter of young people: 21% and 26% for lynx among children and teenagers, and 22% and 24% respectively for wolves.

This uncertainty is summarised by Freddie, a 16-year-old from rural County Antrim: “As a young farmer who keeps sheep and other livestock, I’d be pretty worried about bringing lynx and wolves back.”

Second, Little Red Riding Hood still has a lot to answer for, as there was less support for the return of wolves compared to lynx. In my survey, just under one-third (32%) of ten to 11-year-olds and just over one third (35%) of 16-year-olds “agreed” or “strongly agreed” with the idea of lynx reintroductions to parts of the UK and Republic of Ireland.

That figure was lower for wolf reintroductions, with 30% of ten to 11-year-olds and 31% of 16-year-olds supporting the idea.

young lynx in woods walking towards camera
Young people’s perspectives about the reintroduction of lynx vary.
Miroslav Srb/Shutterstock

These levels were notably lower than the range of 36-52% support among surveys of British adults that I outline in my recent book, and considerably lower than the 72% support for lynx reintroductions in a study from northern England and southern Scotland published earlier this year. As Clara, an 11-year-old from Belfast, said: “I would definitely encourage the reintroduction of lynx … with regards to wolves I am uncertain.”




Read more:
Farmers told me what they really think about reintroducing lynx and wolves to Britain and Ireland


Third, for many teenagers “lynx” is primarily known as a brand of deodorant. Despite the illegal release of four lynx into the Scottish Highlands in January of this year, there is still less awareness of the species than of wolves.

This was reflected in the survey results among both ten to 11- and 16-year-olds, with many more choosing “I don’t know” for lynx (29% and 25% respectively) than for wolves (19% and 17% respectively). Freddie continued: “I don’t actually know a lot about how these animals hunt, so I am not sure how much danger they would really be.”

Fourth, knowledge is not enough. Among the 16-year-olds, those who knew what nature restoration or, especially, rewilding were, were much more supportive of lynx and wolf reintroductions.

But among the ten to 11-year-olds, beliefs that lynx and wolves were “beautiful”, “good” or “scary” also linked to attitudes to their possible return. When it comes to coexisting with these species, as similar research from Germany has shown, feelings matter as well as facts.

Young people, like people of all ages, have complex attitudes about the return of these complex creatures because of our complex relationship with them. On any love-hate issue, and especially with something as socially complex as lynx and wolf reintroductions, treading carefully is a wise course of action. As Freddie wisely summed it up: “Overall, I’d need more information before I could make a proper judgement.”


Don’t have time to read about climate change as much as you’d like?

Get a weekly roundup in your inbox instead. Every Wednesday, The Conversation’s environment editor writes Imagine, a short email that goes a little deeper into just one climate issue. Join the 47,000+ readers who’ve subscribed so far.


The Conversation

Jonny Hanson has received research funding in the past from the Economic and Social Research Council, the University of Cambridge, the Snow Leopard Conservancy, the Co-op Foundation and the Nuffield Farming Scholarships Trust. He is an affiliate of the Snow Leopard Conservancy.

ref. Should lynx and wolves be reintroduced to Britain and Ireland? Young people have mixed feelings – https://theconversation.com/should-lynx-and-wolves-be-reintroduced-to-britain-and-ireland-young-people-have-mixed-feelings-269139

AFM-Téléthon : comment les patients et leurs proches ont révolutionné la recherche médicale

Source: The Conversation – in French – By Marie-Georges Fayn, Chercheuse associée, Université de Tours

Le Téléthon 2025 se tiendra les 5 et 6 décembre 2025. Née grâce à la détermination de parents d’enfants atteints de myopathie, l’association a su transformer l’épreuve de la maladie en une force génératrice d’entraide, de progrès scientifique et d’innovation sociale. Retour sur les raisons de ce succès, à la lumière des théories de l’empowerment.


Lorsqu’est créée, en 1958, l’Association française pour la myopathie (AFM), scientifiques et médecins n’ont que très peu de connaissances sur la maladie. Soutenue par une poignée de parents de patients, sa fondatrice Yolaine de Kepper, elle-même mère de quatre enfants atteints de myopathie de Duchenne, n’accepte pas la fatalité.

Elle décide de créer une structure pour faire connaître (et reconnaître) cette maladie, avec l’ambition de parvenir un jour à guérir les malades, dont la majorité mourait avant d’atteindre l’âge adulte. Les statuts initialement enregistrés au Journal officiel précisaient alors que l’objet de l’AFM était « [le] recensement des myopathes en France et en Belgique, [l’]obtention pour les malades atteints de myopathie des avantages du régime “longue durée” ; [la] création d’un centre spécialisé social et médical ».

Un peu moins de soixante-dix ans plus tard, devenue Association française contre les myopathies puis AFM-Téléthon, cette structure est une actrice incontournable de la recherche biomédicale, dont l’influence et l’expertise s’étendent bien au-delà de son périmètre initial.

L’analyse croisée des rapports institutionnels de l’association ainsi que de publications scientifiques ou issues de la société civile permet de mieux comprendre comment ce succès s’est construit, grâce à l’empowerment collectif.

De la révolte des familles à la naissance d’un mouvement

Sur son site Internet,l’AFM-Téléthon revendique un réseau de 68 délégations s’appuyant sur plus de 850 bénévoles afin d’accompagner quotidiennement les malades et leurs proches.

Le refus de la fatalité, la solidarité, la quête de solutions sont les valeurs fondatrices de ce collectif. En devenant membres de l’AFM, les parents sortent de leur isolement, s’entraident et mutualisent leurs expériences. Au fil du temps les réunions informelles se sont structurées ; l’association dispose aujourd’hui d’importants moyens d’accueil et d’information : groupes de paroles, lignes d’écoute, forums…

Le rapprochement de familles confrontées aux mêmes maux a permis de faire émerger une prise de conscience, une identité partagée, des liens de solidarité, un savoir et un pouvoir collectifs offrant une illustration concrète de l’empowerment communautaire. Ce terme d’empowerment est difficile à traduire en français, car il n’existe pas réellement d’équivalent capable de restituer à la fois sa dimension individuelle et sa dynamique collective, évolutive et transformative (même si des essais ont été tentés, tels qu’« empouvoirement », « pouvoir d’agir » ou « encapacitation », notamment).

Quand les patients deviennent partenaires de la recherche

Au début des années 1980, l’AFM réalise qu’aider ne suffit pas : il faut chercher à guérir. En 1981, elle crée son premier conseil scientifique, posant les bases d’une alliance entre familles, chercheurs et médecins. En 1982, sous la présidence de Bernard Barataud, elle adopte une devise ambitieuse, « Refuser, résister, guérir ».

Mais pour atteindre cet objectif, l’association a besoin d’argent, de beaucoup d’argent. En 1987, inspirée par le Jerry Lewis Show, l’AFM lance le Téléthon avec France 2. Un marathon de trente heures d’émission en direct qui mobilisent tout un pays : 180 millions de francs (soit l’équivalent de 27 millions d’euros) sont collectés dès la première édition. C’est un tournant historique – la société civile devient co-actrice de la recherche médicale.

L’association investit dans des laboratoires et des instituts (voir tableau plus bas) et les découvertes scientifiques majeures s’enchaînent :

Dans son rapport annuel et financier 2024, l’association revendique plus de 40 essais cliniques en cours ou en préparation pour 33 maladies différentes (muscle, peau, cœur, vision, foie…).

Ce contexte a permis à Laurence Tiennot-Herment, présidente de l’AFM, de déclarer lors du Téléthon 2024 :

« Aujourd’hui, nous avons des résultats concrets. C’est une révolution médicale collective. »

L’accompagnement au plus près des familles

Parallèlement au progrès scientifique, l’association poursuit sa mobilisation en faveur du soutien aux malades dans leur vie quotidienne en concevant un maillage au plus près des familles. L’AFM-Téléthon se prévaut de 120 référents parcours de santé qui interviennent non seulement à domicile, mais aussi à l’école et en entreprise, afin d’accompagner chaque étape du parcours de vie : diagnostic, scolarisation, emploi, démarches administratives.

Vecteurs d’empowerment individuel, ces professionnels favorisent l’expression des besoins, la prise d’autonomie et la construction de projets de vie adaptés à chaque situation. Leur accompagnement sur mesure aide les personnes à faire valoir leurs droits, à renforcer leur capacité d’agir et à devenir acteurs de leur parcours.

Ces dispositifs placent les personnes concernées au cœur des décisions qui les affectent. Des groupes d’intérêt par pathologie sont aussi constitués (Myopathies de Duchenne et de Becker, Amyotrophies spinales, Myasthénie, Dystrophie myotonique de Steinert, Dystrophie facio-scapulo-humérale, Maladies neuromusculaires non diagnostiquées, Myopathies inflammatoires, Myopathies des ceintures). Ils réunissent des personnes ayant développé une expertise approfondie de leur maladie. Ensemble, ils mobilisent leur intelligence collective pour co-produire des connaissances et développer les filières de santé ainsi que la recherche.

Mobilisant son énergie et ses ressources autour de deux stratégies complémentaires, l’AFM-Téléthon inscrit donc ses actions dans un empowerment collaboratif d’envergure : un axe scientifique, associant les familles à la production de connaissances fondamentales et au développement de programmes expérimentaux, et un axe social, fondé sur l’accompagnent à l’autonomie avec la co-conception de services (ouverture d’une ligne téléphonique « accueil familles » – 0 800 35 36 37 – accessible 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, création de lieux de répit) et de dispositifs de soutien en proximité (visites à domicile par les référents de parcours santé cités précédemment, cellule d’aide psychologique durant la pandémie).

De la science à la société

L’AFM-Téléthon porte une vision ambitieuse et volontariste de la santé. Ses plaidoyers inspirent les plans nationaux sur les maladies rares et promeuvent une recherche simplifiée, mieux financée et tournée vers l’innovation.

Ainsi, le programme de dépistage néonatal comprend désormais celui de l’amyotrophie spinale infantile (SMA) chez les nouveau-nés. Il s’agit d’une extension nationale du projet Depisma porté par l’AFM-Téléthon (le projet Depisma, projet-pilote de dépistage génétique à la naissance a été déployé par l’AFM-Téléthon dans les régions Nouvelle-Aquitaine et Grand-Est ; lancé en janvier 2023, il a permis de dépister la maladie sur quatre bébés et de la traiter).

Mais son influence dépasse largement le champ sanitaire : ses trente heures d’antenne et les milliers d’événements organisés dans plus de 15 000 communes ne sont pas seulement des temps de collecte : ils constituent un levier de transformation sociale. En offrant une tribune aux malades et à leurs proches, l’association a rendu visibles celles et ceux que la société tenait à distance.

L’association s’inscrit dans une tradition d’action axée sur la solidarité, l’accompagnement des familles et le soutien à la recherche, écartant toute prise de position partisane. Cette orientation stratégique lui permet de concentrer ses ressources sur son obligation de résultat (sauver la vie des enfants).

Par ailleurs, elle met son expertise scientifique et organisationnelle au service d’autres associations, notamment pour le développement de biomarqueurs, la structuration des filières ou la réponse à des appels d’offres. L’exemple de l’AFM-Téléthon illustre la manière dont un acteur majeur peut contribuer à renforcer un empowerment collectif, sans nécessairement investir le registre politique au sens strict comme ont choisi de le faire d’autres mouvements.


L’empowerment des patients. La révolution douce en santé, Presses de l’EHESP, octobre 2025.
DR

Pour approfondir :

The Conversation

Marie-Georges Fayn ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. AFM-Téléthon : comment les patients et leurs proches ont révolutionné la recherche médicale – https://theconversation.com/afm-telethon-comment-les-patients-et-leurs-proches-ont-revolutionne-la-recherche-medicale-268463

Pops Mohamed mixed old and new to reinvent South African music

Source: The Conversation – Africa – By Gwen Ansell, Associate of the Gordon Institute for Business Science, University of Pretoria

Ismail Mohamed-Jan – better known by South African jazz fans as Pops Mohamed – has passed away at the age of 75. His life in music represented a struggle against narrow, oppressive definitions – of race, instrumental appropriateness and musical genre.

A few days before his death, a remastered version of his 2006 album Kalamazoo, Vol. 5 (A Dedication to Sipho Gumede) had been released on digital platforms ahead of an official launch.

Mohamed was born on 10 December 1949 in the working-class gold-mining town of Benoni in South Africa. By his mid-teens, the Group Areas Act – which divided urban areas into racially segregated zones during apartheid – had forced his family to move to Reiger Park (then called Stertonville).

The suburb was allocated to residents of mixed heritage: Mohamed’s father had Indian and Portuguese ancestry; his mother, Xhosa and Khoisan forebears.

Influences

Significantly for his musical development, Reiger Park was a stone’s throw from the Black residential area of Vosloorus and the remnants of the historic informal settlement of Kalamazoo, where people of all racial classifications had lived side by side. He told me in a radio interview about travelling in the area with his father:

I used to witness migrant workers from the East Rand Property Mines coming with traditional instruments to the shebeens (taverns) and playing their mbiras (thumb pianos) and their mouth bows … and at the same time you’d have jazz musicians playing Count Basie stuff on an old out-of-tune piano … and these traditional guys would be joining in, jamming on their instruments.

At home, Mohamed’s family played music from LM Radio – which defied apartheid by broadcasting from Mozambique – and Springbok Radio – the first commercial station in South Africa, owned by the state (“I got attracted to Cliff Richard and the Shadows”).

As he became more interested in music, but still at high school, he’d take trips to central Johannesburg, to Dorkay House and the Bantu Men’s Social Centre, both famous as cultural centres for Black artists and thinkers. There he found his first guitar teacher, whose name he remembered as Gilbert Strauss. He heard legends like saxophonist Kippie Moeketsi rehearsing.

His first teenage band was Les Valiants (The Valiants). And by the early 1970s he was with The Dynamics, influenced by the assertive Soweto Soul sound of groups such as The Cannibals and The Beaters (later Harari).

Partly to pay school fees and partly out of a sense of adventure, those teenage bands sometimes played in white clubs, enduring the bureaucracy of special permits and sometimes playing behind a curtain while white men mimed out front. Apartheid laws prohibited venues from allowing racial mixing.

Something musically very interesting, he suggested, was emerging at that time from “how we copied the Americans and couldn’t get it quite right”. He was teaching himself to play a Yamaha keyboard with a ‘disco’ pre-set, falling in love with the sounds of Timmy Thomas and Marvin Gaye. “But then I was also influenced by Kippie Moeketsi and those melodies”.

Challenging boundaries

Introduced by As-Shams label founder Rashid Vally to reedman Basil Manenberg Coetzee, and together with an old Dorkay House friend, bassist Sipho Gumede, that eclectic mix went down on record as the first album by the band Black Disco, which produced the popular hit Dark Clouds.

Mohamed wasn’t yet confident to call himself a jazzman, but:

Sipho and Basil told me: just play what your heart is telling you. They were my mentors.

The success of Dark Clouds led to a second album, this time with drummer Peter Morake, called Black Discovery/Night Express – until the officious white minority apartheid censors blue-pencilled the first two words.

And after that the Black Disco band, with shifting personnel, was very much in demand at more upmarket clubs in the coloured townships.

Already the music was challenging boundaries:

We were bridging between a Jo’burg and a Cape Town feel – but still keeping the funk alive … But it was always very important for us not to stay inside the classification.

He explained:

The regime divided us – people classified coloured (mixed race) had identity documents; Black people had the dompas (pass book). We didn’t accept that separation. Black Disco was our way of saying: we are with you.

With work precarious and earnings uncertain, Mohamed played across genres and in multiple bands. Playing pop covers with his band Children’s Society did not satisfy him, but it provided some income. And he scored an even more substantial hit with them in 1975 with the original song I’m A Married Man.

It had been Black Disco that established the politics of his music. And in the shadow of the anti-apartheid 1976 Soweto uprising, with drummer Monty Weber, he established the project Movement in the City – a name he said was code for fighting the system.

Traditional sounds

He began exploring traditional instruments too, fearing that this heritage would be taken away.

So he mastered various mouth-bows and whistles, berimbau, didgeridoo, a range of percussion and the Senegambian kora, a stringed instrument with a long neck. On the kora, his style was unique, combining West African motifs, South African idioms and his personal, plaintive, tuneful melodies. It became his favourite instrument, “telling me more about what’s happening in myself … about who I am”.

Mohamed had a prolific and diverse recording career from that time on, producing more than 20 albums. Five of them, titled Kalamazoo, revisited Khoisan and African jazz tunes. He established a close relationship with individual Indigenous Khoisan musicians, healers and their communities, taking frequent trips to visit and play music with them in the Kalahari Desert.

With former Earth Wind and Fire trumpeter Bruce Cassidy he recorded the duo set Timeless. He also toured Europe with the London Sound Collective and voice artist Zena Edwards. Sampling, he said to me, was “a nice way of educating young people about traditional sounds”.

He established a partnership with steelpan player and multi-instrumentalist Dave Reynolds: “We’re both committed to a South African musical identity,” Reynolds says, “and we both play instruments that we weren’t born to – Trinidadian pans and Senegambian kora – but were rather called to.”

Mohamed’s final video.

In late 2021, Mohamed was hospitalised, and his convalescence left him struggling to work for a period. He continued working. His most recent release, Kalamazoo 5, used digital remastering to extend the sound palette of earlier work.

It showed how, never content to stay within anybody else’s boxes, he held on to his mission of “taking the old and mixing it with the new. We’re not destroying the music: we’re giving it a way to live on.” Through his recordings, it will.

The Conversation

Gwen Ansell does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Pops Mohamed mixed old and new to reinvent South African music – https://theconversation.com/pops-mohamed-mixed-old-and-new-to-reinvent-south-african-music-175710

Impossible translations: why we struggle to translate words when we don’t experience the concept

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Mark W. Post, Senior Lecturer in Linguistics, University of Sydney

Wietse Jongsma/Unsplash

If you are fluent in any language other than English, you have probably noticed that some things are impossible to translate exactly.

A Japanese designer marvelling at an object’s shibui (a sort of simple yet timelessly elegant beauty) may feel stymied by English’s lack of a precisely equivalent term.

Danish hygge refers to such a unique flavour of coziness that entire books seem to have been needed to explain it.

Portuguese speakers may struggle to convey their saudade, a mixture of yearning, wistfulness and melancholy. Speakers of Welsh will have an even harder time translating their hiraeth, which can carry a further sense of longing after one’s specifically Celtic culture and traditions.

Imprisoned by language

The words of different languages can divide and package their speakers’ thoughts and experiences differently, and provide support for the theory of “linguistic relativity”.

Also known as the Sapir-Whorf hypothesis, this theory derives in part from the American linguist Edward Sapir’s 1929 claim that languages function to “index” their speakers’ “network of cultural patterns”: if Danish speakers experience hygge, then they should have a word to talk about it; if English speakers don’t, then we won’t.

The Welsh mountainside
Welsh hiraeth can imply a longing after specifically Celtic culture and traditions.
Mitchell Orr/Unsplash

Yet Sapir also went a step further, claiming language users “do not live in the objective world alone […] but are very much at the mercy” of their languages.

This stronger theory of “linguistic determinism” implies English speakers may be imprisoned by our language. In this, we actually cannot experience hygge – or at least, not in the same way that a Danish person might. The missing word implies a missing concept: an empty gap in our world of experience.

Competing theories

Few theories have proven as controversial. Sapir’s student Benjamin Lee Whorf famously claimed in 1940 that the Hopi language’s lack of verb tenses (past, present, future) indicated its speakers have a different “psychic experience” of time and the universe than Western physicists.

This was countered by a later study devoting nearly 400 pages to the language of time in Hopi, which included concepts such as “today”, “January” and – yes – discussions of actions happening in the present, past and future.

Even heard of “50 Inuit words for snow?” Whorf again.

Although the number he actually claimed was closer to seven, this was later said to be both too many and too few. (It depends on how you define a “word”.)

Four Inuit children.
Do in the Inuit really have 50 words for snow?
UC Berkeley, Department of Geography



Read more:
Do Inuit languages really have many words for snow? The most interesting finds from our study of 616 languages


More recently, the anthropological linguist Dan Everett claimed the Amazonian Pirahã language lacks “recursion”, or the capacity to put one sentence inside another (“{I trust {you’ll come {to realise that {my theory is better.}}}}”).

If true, this would suggest that Pirahã differs in the exact property that Noam Chomsky has argued to be the principal defining property of any human language.

Once again, Everett’s claims have been argued both to go too far and not far enough. The cycle would appear to be endless, such that two excellent recent books on the topic have adopted almost diametrically opposite perspectives – even down to the opposite wording of their titles!

Language as a comfortable house

There is truth in both perspectives.

At least some aspects of human languages must be identical or nearly so, since they are all used by members of the same human species, with the same sorts of bodies, brains and patterns of communication.

Yet recent increases in understanding of the world’s Indigenous languages have taught us two important additional lessons. First, there is far more diversity among the world’s languages than previously believed. Second, differences are often related to the patterns of culture and environment in which languages are traditionally spoken.

A scenic view of mountains with huts
In many Himalayan languages, expressions reflect the mountainous surroundings.
Mark Post

For example, in many Himalayan languages, an expression like “that house” comes in three flavours: “that-house-upward”, “that-house-downward” and “that-house-on-the-same-level” – a reflection of the mountainous area these speakers live in.

When their speakers migrate to lower-elevation regions, the system may shift from “upward/downward” to “upriver/downriver”. If there is no large enough river present then the distinction may disappear.

In Indigenous Aslian languages of peninsular Malaysia, there are large vocabularies referring to finely-distinguished natural odours. This is an index of the richly diverse foraging environment of their speakers.

Studies of small, tightly-knit communities like the Milang of northeastern India have revealed how languages can require speakers to mark their information source: whether a statement is the general knowledge of one’s social group, or is arrived at through a different type of source – such as hearsay, or deduction from evidence.

Speakers of languages with such “evidentiality” systems can learn to speak languages – like English – without them. Yet native language habits turn out to be hard to break. One recent study showed speakers of some languages with evidentiality add words like “reportedly” or “seemingly” into their statements more often than native English speakers.

Human languages may not be a prison their speakers cannot escape from. They may be more like comfortable houses one finds it difficult to leave. Although a word from another language can always be borrowed, its unique cultural meanings may always remain just a little bit out of reach.

The Conversation

Mark W. Post does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Impossible translations: why we struggle to translate words when we don’t experience the concept – https://theconversation.com/impossible-translations-why-we-struggle-to-translate-words-when-we-dont-experience-the-concept-267521

Fairness for whom? The impact of Alberta’s trans-exclusionary sports law

Source: The Conversation – Canada – By Gio Dolcecore, Assistant Professor, Social Work, Mount Royal University

Alberta’s Fairness and Safety in Sport Act promises protection. We believe that it discriminates and decides who gets to belong in sport.

The act, which received royal assent in December 2024 and came into effect on Sept. 1, 2025, requires organizations like school divisions, post-secondary institutions and provincial sport bodies to create and implement policies for athlete eligibility, including limiting eligibility for female-only divisions to people assigned female at birth.

While framed by the province’s United Conservative Party government as a measure to protect competition and ensure athletes “are able to participate in the sports they love fairly, safely, and meaningfully,” the act bans transgender girls aged 12 years and older from participating in competitive sports for women.

As there is no consistent or conclusive scientific evidence to show that transgender athletes have an inherent advantage, the act appears to be part of an organized anti-trans backlash occurring across the country, and a broader targeting of transgender and gender-nonconforming athletes internationally.

Far from just a local or niche issue, the implementation of this act exposes inconsistencies in sport policy and raises urgent questions about how anti-trans politics are shaping access to sport.

The impact on youth

The Fairness and Safety in Sport Act empowers just about anyone to file a complaint related to an organizations’ eligibility determinations. Incidents like one in British Columbia in 2023
a man attending a girls’ track and field meet demanded that a nine-year-old cisgender girl with a pixie cut prove she was not a boy through documentation — demonstrate the impact of this type of gender policing.

The consequences fall on transgender and gender non-conforming youth. For them, being banned from participation brings not only the loss of athletic opportunities, but also heightened experiences of exclusion and stigma.

Teammates and coaches must also navigate fractured team dynamics and a school-based athletic culture that risks becoming less about belonging and more about surveillance. The policy undermines the very developmental and educational values that sport is meant to cultivate.

It also places heavy and often invisible demands on the people who support these children. Parents and caregivers are left to shoulder the emotional work of helping their children process the psychological repercussions of exclusion in ways that surpass the normal responsibilities of parenting.

Research consistently shows that parents of transgender and gender-diverse children face significantly elevated levels of stress compared to parents of non-transgender children. This is largely due to the chronic strain of stigma, discrimination and navigating hostile environments along with the emotional labour of advocating within schools, health care and peer groups.

The impact on society

The act also has implications for varsity athletics and broader sporting cultures at post-secondary institutions.

Universities across the province have been forced to create new internal policies and procedures to align with the act, which place incoming and existing athletes participating in women’s varsity sport under increased scrutiny.

An inconsistency emerges when Alberta athletes step onto fields, rinks and courts outside the province.

Since the national institution for post-secondary sport in Canada (U Sport) still allows transgender athletes to compete according to their gender identity, Alberta now risks excluding its own youth while requiring them to compete under different eligibility standards when facing athletes from other provinces.

In addition, implementing this act will eventually create financial strain for organizations. Administering exclusionary rules requires new systems of eligibility verification, monitoring and appeals — an administrative burden that smaller leagues in particular are ill-equipped to manage.

A 2024 statement by the Alberta 2SLGBTQI+ Chamber of Commerce even urged the government to reject this trans-exclusionary legislation on the basis that it would also reduce Alberta’s market share of tourism and 2SLGBTQI+ travel revenue.

Resistance is necessary

Public response so far to the Fairness and Safety in Sport Act has been mixed.

Since it’s provincial law, school districts and universities have complied, creating internal policies and processes to fulfil the requirements of the act even while its trans-exclusionary nature runs counter to many of their values and commitments to equity, diversity and inclusion.

Some, however, have taken action. One University of Lethbridge faculty member, for example, resigned from the Board of Governors after it was forced to accept the new act.

Egale Canada, a national 2SLGBTQI organization — which, along with Calgary-based non-profit support organization Skipping Stone — has launched legal action against the Alberta government, challenging the constitutionality of the province’s anti-trans laws, and released a statement condemning the Fairness and Safety in Sport Act.

On Nov. 17, the Alberta government tabled legislation that seeks to invoke the notwithstanding clause of the Charter of Rights and Freedoms to insulate its laws from legal challenges. Using the clause would prevent courts from striking down laws for being unconstitutional, and in this context specifically, overrides the Charter rights of gender-diverse people.

This action has spurred widespread condemnation, including from the Canadian Civil Liberties Association and the Alberta Medical Association. Albertans are also making their views heard through MLA recall petitions and public protests.

The human toll of the Fairness and Safety in Sport Act must be recognized and challenged. When people refuse to accept exclusion and the overriding of basic human rights in sport, it can become a space for play, belonging and personal growth.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Fairness for whom? The impact of Alberta’s trans-exclusionary sports law – https://theconversation.com/fairness-for-whom-the-impact-of-albertas-trans-exclusionary-sports-law-265565