Pas de chauffage central mais des lits chauffés… Ce que la ville la plus froide du monde nous enseigne

Source: The Conversation – France (in French) – By Yangang Xing, Associate Professor, School of Architecture Design and the Built Environment, Nottingham Trent University

Et si le confort thermique ne se résumait pas à chauffer plus, mais à chauffer mieux ? Des lits chauffants chinois aux kotatsu japonais, l’Asie a longtemps privilégié des solutions ciblées, sobres et durables face au froid.


Les matins d’hiver à Harbin, où l’air extérieur pouvait vous geler les cils, je me réveillais sur un lit de terre chaude. Harbin, où j’ai grandi, se situe dans le nord-est de la Chine. Les températures hivernales y descendent régulièrement jusqu’à −30 °C et, en janvier, même les journées les plus douces dépassent rarement −10 °C. Avec environ 6 millions d’habitants aujourd’hui, Harbin est de loin la plus grande ville du monde à connaître un froid aussi constant.

Rester au chaud sous de telles températures m’a occupé l’esprit toute ma vie. Bien avant la climatisation électrique et le chauffage urbain, les habitants de la région survivaient à des hivers rigoureux en utilisant des méthodes entièrement différentes des radiateurs et des chaudières à gaz qui dominent de nos jours les foyers européens.

Aujourd’hui, en tant que chercheur en architecture dans une université britannique, je suis frappé par tout ce que nous pourrions apprendre de ces systèmes traditionnels. Les factures d’énergie restent trop élevées et des millions de personnes peinent à chauffer leur logement, tandis que le changement climatique devrait rendre les hivers plus instables. Nous avons besoin de moyens efficaces et peu énergivores pour rester au chaud, sans dépendre du chauffage de l’ensemble d’un logement à l’aide de combustibles fossiles.

Certaines des réponses se trouvent peut-être dans les méthodes avec lesquelles j’ai grandi.

Un lit chaud fait de terre

Mes premiers souvenirs de l’hiver sont liés au fait de me réveiller sur un « kang » – une plateforme-lit chauffée faite de briques de terre, utilisée dans le nord de la Chine depuis au moins 2 000 ans. Le kang est moins un meuble qu’un élément du bâtiment lui-même : une dalle épaisse et surélevée, reliée au poêle familial situé dans la cuisine. Lorsque le poêle est allumé pour cuisiner, l’air chaud circule dans des conduits aménagés sous le kang, réchauffant l’ensemble de sa masse.

Un kang traditionnel chinois, combinant lit et poêle.
Google Gemini, CC BY-SA

Pour un enfant, le kang avait quelque chose de magique : une surface chaude et rayonnante qui restait tiède toute la nuit. Mais à l’âge adulte – et aujourd’hui en tant que chercheur – je peux mesurer à quel point il s’agit d’une pièce d’ingénierie remarquablement efficace.

Contrairement au chauffage central, qui fonctionne en réchauffant l’air de chaque pièce, seul le kang (c’est-à-dire la surface du lit) est chauffé. La pièce elle-même peut être froide, mais les personnes se réchauffent en s’allongeant ou en s’asseyant sur la plateforme, sous d’épaisses couvertures. Une fois chauffée, sa masse de plusieurs centaines de kilogrammes de terre compactée restitue lentement la chaleur pendant de longues heures. Il n’y avait pas de radiateurs, pas besoin de pompes, et nous ne chauffions pas inutilement des pièces inoccupées. Comme une grande partie de la chaleur initiale était produite par des feux nécessaires de toute façon pour cuisiner, nous économisions du combustible.

L’entretien du kang était une affaire familiale. Mon père – professeur de littérature chinoise au collège, pas vraiment un ingénieur – est devenu un expert du kang. Empiler avec soin des couches de charbon autour du foyer afin de maintenir le feu toute la nuit relevait du travail de ma mère. Avec le recul, je mesure l’ampleur des compétences et du travail que cela exigeait, ainsi que la confiance que les familles accordaient à un système nécessitant une bonne ventilation pour éviter les risques d’intoxication au monoxyde de carbone.

Mais malgré tous ses inconvénients, le kang offrait quelque chose que les systèmes de chauffage modernes peinent encore à fournir : une chaleur durable avec très peu de combustible.

Des approches similaires en Asie de l’Est

Dans toute l’Asie de l’Est, les manières de se réchauffer par temps froid ont évolué autour de principes similaires : maintenir la chaleur près du corps et ne chauffer que les espaces qui comptent vraiment.

En Corée, l’ancien système ondol fait également circuler de l’air chaud sous des sols épais, transformant toute la surface du sol en plancher chauffant. Le Japon a développé le kotatsu, une table basse recouverte d’une lourde couverture, avec un petit dispositif chauffant placé en dessous pour garder les jambes au chaud. Ils peuvent être un peu coûteux, mais comptent parmi les objets les plus populaires dans les foyers japonais.

Les vêtements étaient eux aussi très importants. Chaque hiver, ma mère me confectionnait un tout nouveau manteau épais et matelassé, qu’elle garnissait de coton fraîchement cardé. C’est l’un de mes souvenirs les plus tendres.

L’Europe avait des idées similaires – puis les a oubliées

Des approches comparables se sont jadis développées en Europe. Les Romains de l’Antiquité, par exemple, chauffaient les bâtiments grâce à des hypocaustes, qui faisaient circuler l’air chaud sous les sols. Au Moyen Âge, les foyers suspendaient de lourdes tapisseries aux murs pour réduire les courants d’air, et de nombreuses cultures utilisaient des coussins moelleux, des tapis chauffés ou des espaces de couchage clos afin de conserver la chaleur.

La généralisation du chauffage central moderne au XXe siècle a remplacé ces pratiques par un modèle plus énergivore : chauffer des bâtiments entiers à une température uniforme, même lorsqu’une seule personne est présente au domicile. Tant que l’énergie était bon marché, ce modèle fonctionnait, malgré le fait que la plupart des logements européens (notamment en France, NDT) soient mal isolés au regard des standards internationaux.

Mais aujourd’hui, alors que l’énergie est redevenue chère, des dizaines de millions d’Européens ne parviennent pas à chauffer correctement leur logement. De nouvelles technologies comme les pompes à chaleur et les énergies renouvelables aideront – mais elles fonctionnent d’autant mieux que les bâtiments qu’elles chauffent sont déjà performants, ce qui permet de fixer des consignes de chauffage plus basses et des consignes de refroidissement plus élevées.

Les approches traditionnelles du chauffage domestique ont donc encore beaucoup à nous apprendre. Le kang et les systèmes similaires démontrent que le confort ne vient pas toujours d’une consommation accrue d’énergie, mais d’une conception plus intelligente de la chaleur.

The Conversation

Yangang Xing ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pas de chauffage central mais des lits chauffés… Ce que la ville la plus froide du monde nous enseigne – https://theconversation.com/pas-de-chauffage-central-mais-des-lits-chauffes-ce-que-la-ville-la-plus-froide-du-monde-nous-enseigne-272640

Oldest known cremation in Africa poses 9,500-year-old mystery about Stone Age hunter-gatherers

Source: The Conversation – USA – By Jessica C. Thompson, Assistant Professor of Anthropology, Yale University

Why did this community burn one woman’s remains in such a visible, spectacular way? Patrick Fahey

Near the equator, the Sun hurries below the horizon in a matter of minutes. Darkness seeps from the surrounding forest. Nearly 10,000 years ago, at the base of a mountain in Africa, people’s shadows stretch up the wall of a natural overhang of stone.

They’re lit by a ferocious fire that’s been burning for hours, visible even to people miles away. The wind carries the smell of burning. This fire will linger in community memory for generations − and in the archaeological record for far longer.

We are a team of bioarchaeologists, archaeologists and forensic anthropologists who, with our colleagues, recently discovered the earliest evidence of cremation – the transformation of a body from flesh to burned bone fragments and ashes – in Africa and the earliest example of an adult pyre cremation in the world.

Small map of Africa next to a big image of a bare rock mountaintop at sunset. The slopes are covered in forest.
The pyre was found under a giant boulder near the base of Mount Hora. The site is in Malawi, which is outlined in black within the Zambezian forest (colored green) on the map of Africa.
Jessica Thompson and Natural Earth

It’s no easy task to produce, create and maintain an open fire strong enough to completely burn a human body. While the earliest cremation in the world dates to about 40,000 years ago in Australia, that body was not fully burned.

It is far more effective to use a pyre: an intentionally built structure of combustible fuel. Pyres appear in the archaeological record only about 11,500 years ago, with the earliest known example containing a cremated child under a house floor in Alaska.

Many cultures have practiced cremation, and the bones, ash and other residues from these events help archaeologists piece together past funeral rituals. Our scientific paper, published in the journal Science Advances, describes a spectacular event that happened about 9,500 years ago in Malawi in south-central Africa, challenging long-held notions about how hunter-gatherers treat their dead.

people with digging tools against a landscape that looks like hardpacked earth
Excavators standing at the depth of the pyre at the Hora 1 site in northern Malawi.
Jessica Thompson

The discovery

At first it was just a hint of ash, then more. It expanded downward and outward, becoming thicker and harder. Pockets of dark earth briefly appeared and disappeared under trowels and brushes until one of the excavators stopped. They pointed to a small bone at the base of a 1½-foot (0.5-meter) wall of archaeological ash revealed under a natural stone overhang at the Hora 1 archaeological site in northern Malawi.

The bone was the broken end of a humerus, from the upper arm of a person. And clinging to the very end of it was the matching end of the lower arm, the radius. Here was a human elbow joint, burned and fractured, preserved in sediments full of debris from the daily lives of Stone Age hunter-gatherers.

We wondered whether this could be a funeral pyre, but such structures are extremely rare in the archaeological record.

man kneeling on a board measures down into the excavated area
Excavators began finding a thick ash deposit about 2 feet (0.6 meters) under the modern-day surface of the rock shelter.
Jessica Thompson

Finding a cremated person from the Stone Age also seemed impossible because cremation is not generally practiced by African foragers, either living or ancient. The earliest evidence of burned human remains from Africa date to around 7,500 years ago, but that body was incompletely burned, and there was no evidence of a pyre.

The first clear cases of cremation date to around 3,300 years ago, carried out by early pastoralists in eastern Africa. But overall the practice remained rare and is associated with food-producing societies and not hunter-gatherers.

We found more charred human remains in a small cluster, while the ash layer itself was as large as a queen bed. The blaze must have been enormous.

When we returned from fieldwork and received our first radiocarbon dates, we were shocked again: The event had happened about 9,500 years ago.

Piecing together the events

We built a team of specialists to piece together what had happened. By applying forensic and bioarchaeological techniques, we confirmed that all the bones belonged to a single person who was cremated shortly after her death.

This was a small adult, probably a woman, just under 5 feet (1.5 meters) in height. In life, she was physically active, with a strong upper body, but had evidence of a partially healed bone infection on her arm. Bone development and the beginnings of arthritis suggested she was probably middle-aged when she died.

Three images showing thin marks on a gray bone fragment. The images get more zoomed in moving to the right.
Marks incised on the shaft of the lower arm bone (radius) were inflicted by a stone tool. The bone then turned gray as it burned. The area in the box on the left is enlarged on the right of the image.
Jessica Thompson

Patterns of warping, cracks and discoloration caused by fire damage showed her body was burned with some flesh still on it, in a fire reaching at least 1,000 degrees Fahrenheit (540 degrees Celsius). Under the microscope we could see tiny incisions along her arms and at muscle connections on her legs, revealing that people tending the pyre used stone tools to help the process along by removing flesh.

Six fragments of shiny white and brown stone on a black background.
Tiny pointed tools made from local stone were found within the pyre. They were probably made at the same time that it burned.
Justin Pargeter

Within the pyre ash, we found many small pointed chips of stone that suggested people had added tools to the fire as it burned.

And the way the bones were clustered inside such a large fire showed that this was not a case of cannibalism: It was some other kind of ritual.

Perhaps most surprisingly, we found no evidence of her head. Skull bones and teeth usually preserve well in cremations because they are very dense. While we can’t know for sure, the absence of these body parts suggest her head may have been removed before or during the cremation as part of the funeral ritual.

A communal spectacle

We determined that the pyre must have been built and maintained by multiple people who were actively engaged in the event. During new excavations the following year, we found even more bone fragments from the same ancient woman, displaced and colored differently from in the main pyre. These additional remains suggest that the body was manipulated, attended and moved during the cremation.

Microscopic analysis of ash samples from across the pyre included blackened fungus, reddened soil from termite structures, and microscopic plant remains. These helped us estimate that people collected at least 70 pounds (30 kg) of deadwood to do the task and stoked the fire for hours to days.

We also learned that this was not the first fire at the Hora 1 site – nor its last. To our astonishment, what had seemed during fieldwork to be a single massive pile of ash was in fact a layered series of burning events. Radiocarbon dating of the ash samples showed that people began lighting fires on that spot by about 10,240 years ago. The same location was used to construct the cremation pyre several hundred years later. As the pyre smoldered, new fires were kindled on top of it, resulting in fused ashes in microscopic layers.

A mix of grey, brown, white and black colors showing what soil and ash looks like under a microscope.
Loose, sandy, burned soil was mixed on top of very thin layers of ash, showing that the pyre was lit over and over again.
Flora Schilt

Within a few hundred years of the main event, another large fire was built again at the exact same place. While there is no evidence that anyone else was cremated in the subsequent fires, the fact that people repeatedly returned to the spot for this purpose suggests its significance lived on in community memory.

A new view of ancient cremation

What does all of this tell us about ancient hunter-gatherers in the region?

For one, it shows that entire communities were engaged in a mortuary spectacle of extraordinary scale. An open pyre can take more than a day of constant tending and an enormous amount of fuel to fully reduce a body, and during this time the sights and smells of burning wood and other remains are impossible to hide.

This scale of mortuary effort is unexpected for this time and place. In the African record, complex multigenerational mortuary rituals tied to specific places are generally not associated with a hunting-and-gathering way of life.

flames of a pyre against dark black background
The pyre event was a spectacle that required many hours of communal effort and would have been impossible to hide.
Anders Blomqvist/Stone via Getty Images

It also shows that different people were treated in different ways in death, raising the possibility of more complex social roles in life. Other men, women and children were buried at the Hora 1 site beginning as early as 16,000 years ago. In fact, those other burials have provided ancient DNA evidence showing they were part of a long-term local group. But those burials, and others that came a few hundred years after the pyre, were interred without this labor-intensive spectacle.

What about this person was different? Was she a beloved family member or an outsider? Was this treatment because of something she did in life or a specific hope for the afterlife? Additional excavation and data from across the region may help us better understand why this person was cremated and what cremation meant to this group.

Whoever she was, her death had important meaning not just to the people who made and tended the pyre, but also to the generations that came after.

The Conversation

Jessica C. Thompson has received funding for this research from the Wenner-Gren Foundation, National Geographic Society, and Hyde Family Foundations. She is affiliated with the Yale Peabody Museum and the Institute of Human Origins.

Elizabeth Sawchuk and Jessica Cerezo-Román do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Oldest known cremation in Africa poses 9,500-year-old mystery about Stone Age hunter-gatherers – https://theconversation.com/oldest-known-cremation-in-africa-poses-9-500-year-old-mystery-about-stone-age-hunter-gatherers-268074

Marchés prédictifs en ligne : miser sur un résultat sportif… ou sur la guerre en Ukraine

Source: The Conversation – France in French (3) – By Léo-Paul Barthélémy, Doctorant en sciences de l’information et de la communication, CREM, Université de Lorraine, Université de Lorraine

Certains parient sur l’issue de tel ou tel événement sportif. D’autres sur l’évolution à court terme d’un indicateur économique largement suivi. D’autres encore – parfois les mêmes – engagent des sommes importantes sur des questions nettement plus discutables d’un point de vue moral, comme la prise d’une ville en Ukraine par l’armée russe. Les sites permettant ce type de paris sont en plein essor.


Un marché prédictif n’est pas tout à fait un site de paris. C’est un dispositif de spéculation collective dans lequel des participants achètent et vendent des contrats indexés sur la réalisation d’un événement futur précisément défini (« X aura lieu avant telle date », « Y gagnera l’élection », etc.). Le prix de ces contrats fluctue en fonction de l’offre et de la demande : plus un événement est jugé probable par les participants, plus le contrat associé est recherché et plus son prix augmente.

À la date fixée – ou une fois l’événement tranché – le marché est résolu : si l’événement s’est bien produit, le contrat correspondant est payé à sa valeur maximale, tandis que les contrats perdants deviennent sans valeur. Les gains ou pertes des participants dépendent donc du prix auquel ils ont acheté ou vendu ces contrats avant la résolution.

Parce qu’ils incitent ceux qui disposent de bribes d’informations utiles à investir, et agrègent donc le savoir d’un maximum d’acteurs sur un événement, ces marchés se révèlent souvent étonnamment précis. Aux États-Unis, des marchés de paris très organisés consacrés à l’issue de l’élection présidentielle ont existé de la fin du XIXe siècle jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, notamment à New York. Paul W. Rhode et Koleman S. Strumpf ont montré que ces marchés ont fait preuve d’une précision remarquable, à une époque pourtant dépourvue de sondages scientifiques. Dans quinze élections présidentielles entre 1884 et 1940, le candidat favori un mois avant le scrutin a presque toujours remporté l’élection, avec une seule véritable exception.

Les versions décentralisées, comme Polymarket et Kalshi, ajoutent un avantage, selon leurs promoteurs : elles fonctionnent sans intermédiaire central, reposent sur la blockchain et permettent des échanges mondialisés, en résistant aux réglementations nationales (ces sites sont par exemple interdits en France). Mais cette décentralisation a un revers fondamental : le système ne peut pas, à lui seul, savoir ce qui se passe dans le monde réel. Il doit donc s’appuyer sur des oracles, c’est-à-dire des sources externes (médias, bases de données, experts, indicateurs publics) chargées de confirmer si un événement s’est effectivement produit. Lorsque la réalité est ambiguë, ces oracles peuvent être contestés. D’où la nécessité de mécanismes d’arbitrage humains, censés trancher les litiges : votes communautaires, comités de résolution ou décisions manuelles. Ces moments, où l’interprétation humaine reprend le dessus, constituent précisément le point de fragilité des marchés prédictifs décentralisés, car ils ouvrent la porte aux erreurs, aux biais… et parfois aux manipulations.

Entre vulnérabilités et défis informationnels : parier sur la guerre en Ukraine

Ces marchés de prédiction en ligne, en pleine croissance depuis plusieurs années, donnent à leurs utilisateurs la possibilité d’ouvrir des paris sur n’importe quel thème, y compris sur les sujets géopolitiques les plus sensibles.

Dernièrement, on constate l’existence de très nombreux paris portant sur la guerre en Ukraine, particulièrement documentée et suivie, et donc propice à une multiplicité de paris variés : pertes territoriales, échéances de cessez-le-feu, escalade nucléaire ou rencontres entre dirigeants sont au cœur des questions les plus convoitées. Derrière chaque prévision publiée se joue le sort de milliers de personnes dans la vraie vie. Mais pour les joueurs, les drames vécus par des individus concrets sur le terrain relèvent d’un simple jeu de spéculation. Certains de ces paris brassent des dizaines de millions de dollars.

Polymarket, premier site de marché prédictifs en termes de mises, a été fondé en 2020 par Shayne Coplan, brièvement devenu le plus jeune self-made milliardaire au monde. Simple d’accès, il permet aux internautes de parier en cryptomonnaies sur toutes sortes d’événements : rencontres politiques, compétitions sportives, actualités financières et culturelles. Cette pratique connaît un essor considérable, notamment depuis l’élection présidentielle américaine de 2024, au point que certains suggèrent que les prédictions étaient alors plus fiables que les sondages dans plusieurs États indécis.

Ce succès s’explique aussi par un environnement propice au développement des cryptomonnaies, dont l’usage ne cesse de croître depuis quelques années.

Capture d’écran du site Polymarket montrant la variété des thèmes sur lesquels les parieurs sont invités à parier.
Fourni par l’auteur

Plusieurs prédictions sur la guerre en Ukraine ont été fébrilement relayées durant la première moitié de 2025. Le premier exemple est celui de l’accord minier qui devait être signé par Donald Trump sur l’Ukraine au mois de mars. Malgré l’absence d’un tel accord, la plate-forme a été manipulée par une « baleine crypto » (quelqu’un qui détient une quantité massive d’une cryptomonnaie) qui a pu faire pencher la décision en sa faveur, avec en prime un remboursement impossible pour les parieurs lésés. À ce titre, Polymarket a répondu aux demandes des utilisateurs en précisant que le marché avait été résolu conformément au protocole.

Le second exemple porte sur la tenue du président ukrainien : il était question de parier sur le fait que Volodymyr Zelensky porterait un costume avant juillet 2025. Ce qui semble en apparence assez simple à prouver s’est en réalité avéré extrêmement compliqué, le critère de résolution et de validation du pari ayant été mal défini sur le site.

Derek Guy, spécialiste influent de la mode masculine, a indiqué que « la question était mal formulée » puisque la définition d’un costume peut varier, selon l’aspect technique du vêtement ou de l’attente sociale qu’on lui attribue. Alors que plus de 240 millions de dollars ont été échangés sur ce pari, le débat continue dans les commentaires, plusieurs mois après sa clôture. Courant novembre 2025, on dénombrait près de 100 paris possibles sur divers aspects relatifs à la guerre en Ukraine.

Un autre débat a émergé de la carte interactive Polyglobe, fondée par Le Pentagon Pizza Watch (PPW), un tracker qui surveille l’activité des restaurants autour de bâtiments gouvernementaux américains, en vue d’anticiper des actions stratégiques et militaires importantes. La visualisation des paris Polymarket sur une carte interactive est complétée par des données en sources ouvertes (OSINT), comme des tweets.

Capture d’écran d’une carte de Polyglobe (17/12/2025) représentant la ligne de front dans l’est de l’Ukraine.
Fourni par l’auteur

Il s’agissait pour les parieurs de prédire si l’armée russe allait réussir à capturer la ville de Myrhorod d’ici le 15 novembre. Les pronostics se basaient sur une carte du think tank Institute for the Study of War (ISW). Juste avant la clôture du pari, cette carte a indiqué une avancée russe à l’intérieur de la ville. La zone est apparue en rouge, donc aux mains de la Russie ; les parieurs ont été payés ; puis la carte a été corrigée peu de temps après. L’ISW a confirmé par la suite que la modification n’avait pas été approuvée en interne, ajoutant un système d’annotation tout en dénonçant l’utilisation de ses cartes par des spéculateurs.

Polyglobe a rapidement choisi de changer d’outil cartographique, et de passer désormais cette fois-ci par la carte interactive et collaborative de DeepStateMap.Live, qui affiche l’évolution quotidienne de la ligne de front en Ukraine. Les représentants de ce dernier site ont à leur tour dénoncé le réemploi non souhaité de leurs données à des fins de spéculation, PPW finissant par s’excuser et par retirer la carte. Ces changements et rétractations rapides illustrent bien la zone grise réglementaire dans laquelle évoluent ces nouveaux outils spéculatifs.

Capture d’écran d’une carte de DeepStateMap.Live (17/12/2025) représentant la ligne de front dans l’est de l’Ukraine.
Fourni par l’auteur

Une culture du jeu qui varie, une technologie qui s’en affranchit

La question morale est inévitable : comment est-il possible de parier sur la guerre, de surcroît dans un contexte où les combats s’intensifient et où les civils ukrainiens sont attaqués quotidiennement ?

Une première piste de réflexion est peut-être celle de la culture du jeu, qui varie considérablement d’un pays à un autre. Dans celle anglo-saxonne, dont est issu le fondateur de Polymarket, il n’existe aucun tabou en ce qui concerne les paris. Au Royaume-Uni, c’est même un « sport national », où il est possible, par exemple, de spéculer sur divers détails de la vie de la famille royale.

Cette conception de la prédiction est très différente de celle que nous avons en France, où l’Autorité nationale des jeux (ANJ) régule, entre autres, les sports sur lesquels il est possible de miser. Au niveau de l’Union européenne, il existe des socles juridiques communs et des initiatives de régulation, mais chaque membre fixe ses propres règles. Celles-ci sont d’autant plus disparates qu’elles sont désormais contournables par la décentralisation offerte par la blockchain, laquelle permet de se passer d’intermédiaires financiers soumis aux réglementations nationales. Le recours aux cryptomonnaies permet ainsi à ces plates-formes de contourner les interdictions bancaires, y compris dans les pays où Polymarket est interdit, comme en France, indépendamment des outils de contournement géographique tels que les VPN.

Au-delà des contraintes juridiques et des offres des bookmakers, ce sont aussi nos valeurs qui influencent nos limites philosophiques de ce qui est acceptable. Rappelons que les spéculations sur l’issue des conflits ne datent pas d’aujourd’hui. Entre autres exemples, en 1691, bien longtemps avant notre ère numérique, des paris avaient été pris en Angleterre sur l’issue de la bataille de Limerick en Irlande, qui opposa les partisans de Jacques II à ceux de Guillaume d’Orange.

Quelles limites pour le marché de la prédiction ?

Indéniablement, ces paris qui relèvent de vie et de mort, de guerre et de paix et d’enjeux géopolitiques lourds, posent des questions morales, mais ils nous interrogent aussi quant à toutes ces données du front rapidement diffusées et réinterprétées. Il est également établi que les jeux de hasard favorisent des problèmes psychologiques et émotionnels, sans occulter leur aspect addictif. Une étude de 2023 pointait les biais structurels qu’ils posent, notamment avec le phénomène de paris irrationnels.

Ce marché nous questionne aussi sur la vérification de l’information : les paris prédisent-ils seulement le cours des événements ou ont-ils un impact sur ces derniers ? Qui est légitime pour définir les contours d’un critère de résolution d’une issue ? La manipulation cartographique évoquée précédemment aurait pu poser des soucis de désinformation conséquents, surtout à un moment crucial de la guerre où chaque kilomètre carré capturé par des soldats est commenté en temps réel dans la presse.

L’instrumentalisation de ces données pour la spéculation menace l’intégrité de notre connaissance de la guerre, en mettant une pression supplémentaire sur les analystes qui traitent déjà de grands volumes d’informations, tout en sapant l’image des cartes militaires en ligne. Ceci est d’autant plus dangereux que des paris similaires existent sur à peu près tous les autres théâtres militaires en cours dans le monde.

Enfin, ces exemples nous rappellent les limites de ces plates-formes décentralisées qui font fi de toutes barrières éthiques et techniques. Miser sur le dresscode d’un président n’a évidemment pas la même signification morale que spéculer sur la capture d’un village de l’oblast de Donetsk. Est-il acceptable de parier sur la sécurité de civils et de mettre cela au même niveau que le résultat d’un match de football ? Il est sans doute temps de fixer une limite, a minima celle de l’empathie, pour éviter que la guerre ne soit reléguée à un divertissement, ce qu’elle n’est certainement pas.

The Conversation

Léo-Paul Barthélémy ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Marchés prédictifs en ligne : miser sur un résultat sportif… ou sur la guerre en Ukraine – https://theconversation.com/marches-predictifs-en-ligne-miser-sur-un-resultat-sportif-ou-sur-la-guerre-en-ukraine-272369

Three climate New Year’s resolutions that will fail – and four that can actually stick

Source: The Conversation – UK – By Anastasia Denisova, Senior Lecturer in Journalism, University of Westminster

Going cold turkey on flights is tough. Instead, resolve to take the train where possible. Jaromir Chalabala / shutterstock

Four in five adults in the UK say they have changed their lifestyle to help tackle environmental change. The New Year is a good time to implement changes to behaviour, but our willpower is finite.

The secret isn’t to be more virtuous, but to be strategic.

If you want 2026 to be the year you make a difference without burning out, here is what the evidence suggests you should prioritise – and what you should ignore.

Here are some resolutions that are likely to work.

1. Buy clothes from a reselling platform once a month

Immediate gratification is one of the most reliable predictors of long-term success. A vow to “buy nothing” is miserable and hard to keep. A vow to “buy second hand” gives you a treasure hunt.

A garment spends 2.2 years on average in a UK wardrobe, while fashion remains one of the biggest polluters – that’s why buying lots of outfits from the high street is problematic. Reselling platforms such as Vinted, Depop and eBay, or charity shops, can provide a guilt-free solution to the endless consumption encouraged by the fashion media and influencers.

2. Make plans with friends

Making changes is hard – and it’s even harder doing it alone. We are social animals, susceptible to “social proof” – naturally adopting the behaviour of people we admire or respect.

Leverage this by finding your herd. Identify a couple of friends, family members or colleagues who are interested in gardening, walks in nature, mending clothes, volunteering at a local farm or attending or teaching a zero-waste cooking workshop. Having a plan acts as scaffolding for a new habit, but making that plan with friends turns an eco-practice into a social event you actually look forward to.

two people gardening in an allotment
Rope your friends in – they’ll help you stick to your resolutions.
Monkey Business Images / shutterstock

3. Indulge in grains, vegetables and dips twice a week

Numerous studies warn about the harmful effects of a meat-heavy diet. But for “meat-attached” eaters, going cold turkey (or cold tofu) rarely works.

Instead, use positive framing. Not “eat less of this”, but “eat more of this”. Change “meat-free Monday” to “hummus-heavy Mondays”. Research shows that the most unshakeable burger enthusiasts can still be convinced to reduce their meat intake through the argument of food purity (avoiding hormones and factory farming) and the health benefits (weight control, cholesterol). Frame the resolution as indulging in grains, vegetables and dips, rather than restricting meat.

4. The ‘boring’ one: write to your MP

Less entertaining than other resolutions, this suggestion is nonetheless likely to have longer and wider repercussions. Leading climate thinkers such as academics Hannah Ritchie and Kimberly Nicholas argue that influencing policy is a stronger action than adjusting your individual behaviour.

A letter written to your local MP can echo in the higher echelons of power. Imagine your representative telling the Prime Minister: “my constituents are demanding greener energy and transport”. It takes 15 minutes. Charities such as Friends of the Earth even provide templates. It’s a low-effort, high-impact resolution.

On the other hand, there are some resolutions that are more likely to fail.

1. The ‘I will never fly again’ trap

Giving up flying is an effective way to shrink your carbon footprint, but it’s a tough New Year resolution to stick to. For many with family abroad or tight budgets, the price disparity between cheap (often heavily subsidised) flights and expensive trains makes this difficult to sustain, adding financial complications to an already tricky ethical dilemma.

A more realistic approach would be to commit to “no domestic flights” or “trains where possible”. Save the hardline stance for when the mince pies have settled.

2. Trying to go ‘all green’ at once

Beware the “sustainable consumption paradox”. This is the paralysis that comes from being overwhelmed with information when trying to make greener choices: worrying that your recycled plastic takes too much energy to produce, or if your fair trade coffee caused deforestation.

Trying to fix every aspect of your life leads to information overload and failure. Pick two or three battles, no more.

3. Converting the non-believers

Resolving to convert your friends and family is a recipe for conflict, not change. Shame triggers defensiveness, not action.

Instead, lead by example. Talk about your new habits casually – mention the bargain you found on Vinted or your new recipe for beef-free bolognese – without preaching. You are more likely to plant a seed with enthusiasm than with a smug lecture.

Eco-awareness is very high in the UK, so if you’re reading this, know that you’re in the majority. The best strategy to turn concern into action is to quiet the overthinking and begin 2026 with optimism and a realistic, achievable commitment.

The Conversation

Anastasia Denisova received funding from JJ Trust for her research policy brief Fashion Media and Sustainability.

ref. Three climate New Year’s resolutions that will fail – and four that can actually stick – https://theconversation.com/three-climate-new-years-resolutions-that-will-fail-and-four-that-can-actually-stick-271988

Why New Year’s resolutions might feel harder this year – and what could help

Source: The Conversation – UK – By Vlad Glăveanu, Professor of Psychology, Business School, Dublin City University

Boontoom Sae-Kor/Shutterstock

The start of a new year has long been considered an important moment for personal change. Psychological research shows that calendar landmarks such as birthdays, Mondays or the new year can act as mental reset points, making people more likely to reflect on their lives and attempt new goals. This phenomenon was described by researchers more than a decade ago as the “fresh start effect”.

Yet many people reach the new year less enthusiastically than they once did. We live in a world in which mental wellness is deteriorating, particularly among young people, and in which being asked to imagine change can be daunting. Climate anxiety, political instability and economic precarity can all make the idea of “starting over” seem unrealistic.

Research also shows that repeated or imposed change can lead to change fatigue. This is a state of emotional exhaustion that reduces people’s willingness to engage with new initiatives, even when they are presented as positive. Rather than renewing hope, calls for change can provoke scepticism, withdrawal or disengagement in these people.

Our ability to imagine the future is not unlimited. Studies on anxiety and uncertainty consistently show that when people feel under threat or lack control, their future-oriented thinking narrows. Instead of imagining a range of possibilities, people tend to focus on risks, losses and worst-case scenarios.

So if you’re struggling to make changes, the problem is not necessarily a lack of imagination or hope. It could be that circumstances are making it difficult for hope and imagination to operate.

My own research at the DCU Centre for Possibility Studies focuses on what psychologists call possibility thinking. This is about how people perceive what could be different, explore alternatives and feel able to act. A 2024 study showed that these elements need to support each other. When people can see opportunities but feel unable to act on them, or feel motivated but unable to imagine alternatives, meaningful change is difficult.

Woman in suit sitting at desk with hands over her face under her glasses
Feeling too frazzled to set a resolution? It could be change fatigue.
CrizzyStudio/Shutterstock

This pattern emerged in a December 2025 study I co-authored, which involved teachers taking part in a professional development programme meant to stimulate possibility thinking. During the study, participants found out they would soon move into a new school building, as their existing school was to be demolished. Many teachers reported emotional fatigue in response to the prospect of having to “start over” yet again. Instead of excitement, the dominant response was depletion and reduced motivation.

Although this example concerns a life transition rather than the new year, it helps to explain why fresh starts can feel harder in the current climate. When people feel that a change is unfair, badly supported and might harm them, they are less likely to get behind it and more likely to push back. This can undermine their capacity to engage with new possibilities.

This also helps explain why many New Year’s resolutions don’t stick: people often treat them as tests of pure willpower, but research shows that lasting change depends much more on how goals are set up, supported and built into everyday life.

Decades of research on behaviour change show that motivation is shaped by context. Time pressure, financial stress, caring responsibilities and institutional constraints all limit what people can realistically change, regardless of their intentions.

Rather than focusing on dramatic reinvention, it may be more realistic to ask what small shifts are possible within the constraints you’re under. Possibility thinking does not mean ignoring limits or pretending everything will improve. It involves learning how to work creatively with constraints, rather than against them.

For example, someone who knows they have limited time and energy might set a resolution like: “I will add a 10‑minute walk into my daily routine, such as after lunch or school drop‑off, and adjust it each week based on what is actually workable for me.”

It’s also important to recognise that imagining the future doesn’t have to be an individual activity. Research on shared or collective agency shows that people are better at envisioning and sustaining change when responsibility is distributed across groups, whether in families, workplaces or communities. Discussing limits and possibilities together can expand what feels achievable.

For example, a family might make a shared resolution to eat more home‑cooked meals, dividing tasks so that one person plans the menu, another cooks on certain nights, and children help with prep. That way, the change is carried and sustained by the group rather than one person.

In the end, the new year is a powerful cultural moment. But in a world shaped by uncertainty and fatigue, renewal is unlikely to come from pressure to “start fresh” or try harder. It may come, instead, from learning to imagine differently: with others, within limits, and in ways that make positive, even if small, changes still feel possible.

The Conversation

Vlad Glăveanu does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Why New Year’s resolutions might feel harder this year – and what could help – https://theconversation.com/why-new-years-resolutions-might-feel-harder-this-year-and-what-could-help-272456

Five ways to improve your health this year that don’t rely on losing weight

Source: The Conversation – UK – By Rachel Woods, Senior Lecturer in Physiology, University of Lincoln

PeopleImages/Shutterstock

Every January, internet searches for the terms “diet” and “weight loss” surge, gyms become busier and diet trends spread across social media. But research shows that most people who try the latest quick-fix plan do not keep the weight off.

Focusing on weight alone can overshadow other changes that improve health in more reliable and sustainable ways. Some of these may lead to weight loss and some may not, but the benefits are clear either way.

Here are five evidence-based resolutions that can support better health – and none are about losing weight.

1. Eat more plants

Eating more plants does not mean you have to become vegetarian. If you eat meat and want to continue, that is fine. You can still increase the amount and variety of plant foods on your plate.




Read more:
The 30-plants-a-week challenge: you’ll still see gut health benefits even if you don’t meet this goal


There is a vast amount of research showing that diets rich in plant foods are linked with lower risks of major diseases. A meta-analysis of more than 2.2 million adults found that consistently sticking to a plant-based dietary pattern was associated with significantly lower risks of type 2 diabetes, cardiovascular disease, cancer and all-cause mortality (the risk of dying from any cause).

Although that study focused on people limiting or avoiding meat, other research has shown that even among omnivores, each additional 200 g of fruits and vegetables per day is linked with reduced risk of coronary heart disease, cardiovascular disease, cancer, stroke and premature mortality (dying earlier than expected for someone of your age).

Adding more plants is one of the simplest ways to improve your diet. This includes fruit and vegetables, but also grains, nuts, seeds, herbs, spices and pulses.

2. Exercise

If exercise were a pill, it would be prescribed to everyone. It is one of the most effective things you can do for your health.

Although exercise is often discussed in the context of weight loss, it is not as effective for losing weight as many people assume. Its real value lies in helping to maintain a healthy body weight and supporting overall health.




Read more:
The exercise paradox: why workouts aren’t great for weight loss but useful for maintaining a healthy body weight


Research has shown that exercise alone improves several important health markers. It can raise levels of HDL cholesterol, often called “good cholesterol”, because higher levels help protect against heart disease. It also lowers triglycerides, a type of fat in the blood that increases cardiovascular risk when elevated.

Exercise helps the body regulate blood glucose more effectively, and it reduces arterial stiffness, meaning the arteries stay more flexible and less prone to the strain that increases the risk of heart disease and stroke. It can also reduce liver fat, which lowers the likelihood of developing non-alcoholic fatty liver disease. All of these improvements can happen even when a person’s weight stays the same.

More broadly, exercise has been shown to improve fitness, quality of life, sleep and symptoms of depression. These benefits arise because physical activity boosts blood flow to the brain, releases mood-supporting chemicals such as endorphins and helps regulate circadian rhythms – the internal 24-hour cycles that guide sleep, wakefulness, hormone release and other essential functions.

The best type of exercise is the one you enjoy, because you are more likely to stick to it. The benefits come from consistency. Building movement into everyday routines, such as taking the stairs, walking part of your commute or cycling the school run, can be as effective as structured workouts. This also means you do not need an expensive gym membership that might be abandoned by the end of January.

These approaches are not possible for everyone, so finding something that fits your circumstances is important. If you are new to exercise, easing in and building up gradually helps reduce the risk of injury and gives your body time to adapt.

3. Stress

This one is easier said than done, since stress is not usually something we choose. But it can have wide-ranging effects on the body. Long-term stress can weaken the immune system, raise blood pressure and cholesterol and disrupt sleep.

It can also change how we eat. Research suggests that around 40% of people eat more when stressed, another 40% eat less and about 20% do not change how much they eat.

Regardless of direction, the types of foods chosen often shift towards more pleasurable options higher in fat and sugar. Stress has also been linked with eating fewer fruits and vegetables.

Looking at what is driving your stress and seeing whether any part of it can be eased or managed differently can have meaningful effects on health.

4. Sleep

Sleep has a major impact on health. Not getting enough is linked with a range of physical and mental health conditions, including high blood pressure, heart disease, dementia and depression.

Adults are usually advised to get around seven hours a night, although this varies from person to person.

Sleep also influences diet. Lack of sleep has been linked with increased appetite and food intake. It also tends to increase preferences for high-energy foods such as sweets and fast food, partly because sleep deprivation disrupts hormones that regulate hunger and craving.




Read more:
Gut microbes may have links with sleep deprivation


This advice can feel frustrating for people dealing with insomnia or caring responsibilities. But making a realistic plan to improve sleep, where possible, may be a new year resolution that pays off over time.

5. Alcohol

Alcohol is linked with long-term risks such as cancer, heart disease and liver disease. But even in the short term, it can disrupt sleep because alcohol changes sleep stages and reduces the amount of restorative deep sleep. Alcohol can also influence appetite and food choices by lowering inhibitions and making high-calorie foods seem more appealing.

NHS guidance advises people not to drink more than 14 units a week on a regular basis (equivalent to six pints of average-strength beer or 10 small glasses of lower-strength wine) and to have several “drink free days” per week. This guideline is intended to keep the risk of alcohol-related illness low, but research shows there is no completely safe level of drinking.

Enjoying a drink now and then is a personal choice. But reducing how much you drink is an evidence-based way to improve health.

Many new year resolutions focus on weight, yet long-term health is shaped by a much wider set of habits. Small, realistic steps can add up to meaningful improvements in health throughout the year.

The Conversation

Rachel Woods does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Five ways to improve your health this year that don’t rely on losing weight – https://theconversation.com/five-ways-to-improve-your-health-this-year-that-dont-rely-on-losing-weight-269587

What colour should I repaint my home? Ask a psychologist

Source: The Conversation – UK – By Geoff Beattie, Professor of Psychology, Edge Hill University

I knew there would be an argument. The room had gone eerily quiet. “Isn’t it about time,” my partner began, “that we freshened this place up a little?”

There was a long pause as she glanced around the white walls of our kitchen – which, I’ll admit, do have a little bit of paint chipping off them. Then she dropped a glossy magazine on the table – World of Interiors, I think. I was trying not to look.

My partner is passionate about colours and knows the names of all the different shades. I don’t – but I am a psychologist, and that gives me some skin in this colour game too.

Let’s start with those myriad names. Clay pink, muted teal, warm taupe … psychologists have long argued that the extent of your colour vocabulary affects how good you are at colour recognition. My partner spots subtle differences that I never notice. Recently, it’s been all about katsuobushi smoke, halva sesame and black garlic amber.

Colours exert their influence through a combination of evolutionary predispositions, physiological responses, learned associations and broader cultural meanings. Because of this, I’d argue that choosing a new colour scheme is a psychological issue, not just an aesthetic one.

Indeed, a growing body of neuroscientific, behavioural and psychological research shows that colour is not merely a matter of taste. The hues that surround us influence our emotional states, cognitive performance, social interactions, sleep – and even our long-term psychological wellbeing.

In other words, the colours of our walls might be shaping our lives in ways we rarely consider.

Strong or subtle?

Let’s start with a fundamental question: what does psychology say about whether to go strong or subtle in your paint choices?

Neutral colours (whites, greys, beiges) are low in visual stimulation, which helps reduce sensory overload and stress. They enhance perceived spaciousness, and can have positive effects on cognitive performance in both children and adults. But their psychological impact hinges on shade and context. Cold greys or stark whites may evoke sterility or sadness, particularly in poorly lit spaces.

Recently, there has been a general trend away from white towards using brighter colours in our homes. The hot colours for 2026 apparently include chocolate brown and burgundy – while Ikea’s colour of the year is Rebel Pink: “A vibrant, playful shade chosen to inspire joy, energy and self-expression.”

A pink wall with white side table.
Rebel pink, anyone?
Shutterstock

However, the psychological evidence says choose low- to mid-saturation shades rather than hyper-bright colours for your long-term comfort. Blue and muted green are associated with enhanced creativity and improved problem-solving. A muted green home office or study may make you more innovative without you really noticing why.

Green, with its obvious nature connection, is also linked to restoration and reduced mental fatigue, supporting the broader findings of environmental psychology on biophilic design.

You should probably reserve warm, energising colours for social or active areas in the house. Soft yellow feels cheerful, presumably due to its association with sunlight – but high-saturation yellows may increase agitation.

And then there’s red. In evolutionary terms, bright red wavelengths tend to increase physiological arousal, raising heart rate and galvanic skin response. It can also affect desire – one study found men perceived women as “more attractive” and “more sexually desirable” when their photos were presented on a red rather than white background.

But red is also associated with danger and warning. Children did less well in problem-solving tasks when their exam number was written in red rather than green or black, or if the cover of the test booklet was red. Even just seeing the word “red” can negatively affect intellectual performance.

So think carefully before using red in your home office. A red-accented study might feel “dynamic” initially, but it could backfire when you start on tasks requiring calm focus and clear thinking. In contrast, painting an office blue seems to have a calming effect. It is associated with sky and water, and seems to be connected to improved concentration.

The 60-30-10 rule

In truth, my partner didn’t seem all that keen to take the advice of a psychologist – well, this one, anyway – about the house’s impending makeover. “Haven’t you heard of the 60-30-10 rule?” she sniffed.

The experts of interior design suggest 60% of a room should be devoted to the dominant colour (the majority of the walls plus a key piece of furniture like a sofa, say), 30% for the secondary colour to add visual interest (perhaps including curtains or carpet), and 10% to an “accent colour”. The roots of these proportions have been said to lie in visual psychology and mathematics’ “golden ratio” – although some recent studies suggest the association of this precise mathematical formula with our perceptions of beauty is something of a myth.

Nonetheless, I propose this scheme for our living room: soft sage green (dominant), warm cream (secondary), plus brushed gold as the accent colour (maybe as cushions).

My reasoning? Sage green reduces stress, improves relaxation and mimics the cognitive benefits of being in nature. Cream warms the palette, encouraging a cosy rather than “forest hermit” vibe. Finally, accent colours draw attention, and gold can have a powerful symbolic and emotional impact because of its cultural associations with wealth, success and achievement. It subconsciously signals confidence and positivity (in moderation, of course – Donald Trump famously loves excessive gold decoration).

Now I’m just waiting to see which colour paints my partner returns with.

The Conversation

Geoff Beattie does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. What colour should I repaint my home? Ask a psychologist – https://theconversation.com/what-colour-should-i-repaint-my-home-ask-a-psychologist-271787

Ces présidents de la République qui ont démissionné. Avec quelles conséquences ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Thierry Truel, Docteur en histoire contemporaine, Université de Bordeaux

Lors de ses voeux pour 2026, le président de la République, Emmanuel Macron, a affirmé qu’il irait au bout de son mandat. Pourtant, de nombreuses personnalités appellent à sa démission, que souhaite d’ailleurs une large majorité de français. Qui sont les présidents de la République qui ont renoncé au pouvoir au cours de l’histoire française ? Avec quelles conséquences ?


Les demandes de destitution (LFI) ou de démission d’Emmanuel Macron (Edouard Philippe, le RN et certains élus LR) se sont multipliées depuis la dissolution de juin 2024. Dans l’histoire de notre République, aucun président n’a été destitué par le Parlement. En revanche, neuf présidents de la République ont démissionné : Adolphe Thiers en 1873, Mac-Mahon en 1879, Jules Grevy en 1887, Jean Casimir-Perier en 1895, Paul Deschanel en 1920, Alexandre Millerand en 1924, Albert Lebrun en 1940, René Coty en 1959 et Charles de Gaulle en 1969. Les crises politiques qui ont présidé à ces décisions irrémédiables posent la question de la stabilité du régime lorsque la tête de l’exécutif tombe : la Ve république survivrait-elle à la démission d’Emmanuel Macron ?

Thiers écarté par les monarchistes

Adolphe Thiers est élu président de la République par les parlementaires le 31 août 1871, comme le veulent les institutions de la IIIe République. Sans constitution, Thiers est chargé de négocier la paix avec l’ennemi allemand (la guerre franco-prussienne vient de se terminer) afin qu’il quitte le territoire. Mais l’Assemblée, élue en février 1871, est majoritairement monarchiste : elle veut tout faire pour éviter l’installation d’un régime républicain. C’est dans un climat tendu que les relations entre Thiers et l’Assemblée nationale se dégradent au printemps 1873. Une crise politique s’ouvre le 24 mai, lorsque le duc de Broglie prend la tête de la fronde monarchiste : Thiers, désavoué, renonce à présider. Même si la décision lui appartient, le président Thiers a donc été poussé vers la sortie et le vote parlementaire s’apparenterait à une destitution officieuse.

Cette crise de jeunesse du nouveau régime installe une vraie culture de régime parlementaire dans lequel le législatif a le dernier mot sur le pouvoir exécutif. La conséquence est l’affaiblissement de la fonction présidentielle, propre à « inaugurer les chrysanthèmes ».

Grevy et le scandale des médailles

Jules Grevy est le seul des présidents en fonction qui est contraint de démissionner, le 2 décembre 1887. Son gendre, Daniel Wilson est à la tête d’un trafic lucratif de médailles républicaines et notamment celle de la Légion d’honneur. La police et la presse d’opposition s’emparent du scandale qu’exploitent alors Georges Clemenceau et Jules Ferry contre Grevy.

Périer, Deschanel et Millerand : renoncer pour l’honneur

Deux chefs de l’État renoncent volontairement (démission) à leurs fonctions alors que rien, dans le contexte, ne l’exigeait.

En 1895, Jean-Casimir Périer rédige une lettre de renoncement pour des raisons politiques et personnelles : il évoque la faiblesse institutionnelle du chef de l’État, isolé dans son palais, sans réels pouvoirs de décisions. Il reproche au gouvernement de ne pas assez le consulter en matière de politique étrangère et de défense. Il critique surtout l’attitude de Charles Dupuy, son président du conseil avec qui la mésentente est bien réelle. Son malaise est aussi lié au contexte de l’Affaire Dreyfus avec un climat politique tendu et de profondes divisions de la société française. Il écrit dans sa lettre de démission : « Je refuse d’être une ombre, une potiche inutile ».

En 1920, Paul Deschanel est malade et ne peut continuer son mandat alors qu’il venait d’être élu président six mois plus tôt : sa dégringolade du train en pleine nuit marque sa faiblesse physique et donc institutionnelle. Ne pouvant plus être crédible, il démissionne.

Le troisième renoncement est celui d’Alexandre Millerrand, en juin 1924 : le président, jugé trop présent dans le jeu politique, reçoit des pressions importantes de la part des partis républicains modérés et ceux de la gauche. Le risque de dérive « présidentialiste » provoque la méfiance de la gauche qui gagne les législatives sous l’appellation du « Cartel des gauches ». Son refus de nommer le principal chef de cette alliance, Edouard Herriot à la présidence du conseil est perçu comme un déni de démocratie. La Chambre des députés, hostile à Millerand, demande sa démission, qui aura lieu le 11 juin 1924.

Lebrun et Coty : l’avènement d’un nouveau régime

Deux autres chefs de l’État quittent l’Elysée dans des circonstances exceptionnelles puisque leur départ marque un changement de régime.

Albert Lebrun est pris dans la tourmente de l’été 1940. Élu en 1932, il ne peut affronter la déflagration de l’invasion allemande et la défaite française reconnue lors de la signature de l’armistice par le Maréchal Pétain le 22 juin 1940. Alors qu’une petite partie de la classe politique ne veut perdre le régime républicain, beaucoup se rangent à l’avis d’offrir le pouvoir au vainqueur de Verdun le 10 juillet 1940. Le vote des pleins pouvoirs à Pétain par la représentation parlementaire met fin aux fonctions présidentielles d’Albert Lebrun, laissant Pétain devenir chef de l’État français.

René Coty connaît un sort similaire en 1958. Difficilement élu par le Parlement en 1953, il réussit à s’imposer comme un élément de stabilité dans la vie politique très tourmentée de la IVe République (23 gouvernements en douze ans). Mais la crise algérienne gangrène l’équilibre politique fragile, avec un point d’orgue en 1958 lorsque le Comité de salut public d’Alger appelle le général de Gaulle à la rescousse face aux nationalistes du FLN. Le 1er juin, le président Coty décide de nommer à la présidence du Conseil le « plus illustre des Français ». Alors que la nouvelle constitution s’écrit et que de Gaulle prépare la transition, Coty achève son mandat le 8 janvier 1959, laissant advenir le nouveau régime républicain et, à sa tête, le général, élu en décembre 1958.

De Gaulle et le renoncement pour l’honneur

La démission du général de Gaulle, en avril 1969, laisse l’image d’un homme capable d’abandonner le pouvoir avec dignité. Après l’épisode de mai 68, de Gaulle, âgé de 79 ans, est affaibli physiquement et politiquement. Les jeunes jugent la société trop conservatrice et beaucoup constatent que le président ne comprend plus son pays. Le non cinglant (52,4 %) au référendum d’avril 1969 le conduit à démissionner le 28 avril. On retient l’image du général et de son épouse se promenant sur les plages d’Irlande, laissant à penser la profonde tristesse qui étreint le général, divorcé de son cher « vieux pays ».

Le départ du Général ne remet pas cependant en cause le fonctionnement des institutions parce que sa succession était prévue, lui-même ayant accepté sa candidature à l’Elysée après sa démission en avril 1969 (même si les bons rapports entre les deux hommes avaient été brouillés par les évènements de mai 1968). Parmi de nombreux héritiers putatifs, plus près du Général (Michel Debré, Jacques Chaban-Delmas), Pompidou s’impose comme le meilleur. Pierre Messmer en 2006 en témoigne : « En avril 1969, il lui écrit qu’il approuve sa candidature à l’Elysée et qu’il espère son succès ; en juin, il le félicite pour son élection. Cela suffit à trancher le débat, il me semble ».

Un président qui dépasse (toujours) ses fonctions

La constitution de la Ve République fut conçue pour mettre un terme au « régime des partis », dénoncé par de Gaulle. Les pouvoirs étendus du président en font la clé de voûte d’institutions stables et son « corps politique » ne peut défaillir sans mettre en péril le régime selon les politistes Marcel Morabito et Marlène Coulomb-Gully. Pourtant, les démissions présidentielles qui ont jalonné notre histoire n’ont pas toujours été des moments de fragilisation du régime. Ce sont surtout les conditions dans lesquelles cette décision est prise qui dictent l’intensité d’une éventuelle crise politique ou institutionnelle, nourrissant l’inquiétude d’une opinion publique qui n’apprécie guère de voir le chef de l’Etat vaciller.

The Conversation

Thierry Truel ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Ces présidents de la République qui ont démissionné. Avec quelles conséquences ? – https://theconversation.com/ces-presidents-de-la-republique-qui-ont-demissionne-avec-quelles-consequences-267889

Quelles cartes postales hivernales en 2050 ? Imaginer ensemble un futur désirable pour les stations de montagne

Source: The Conversation – France (in French) – By Angèle Richard, Stratégie et Innovation, Université Savoie Mont Blanc

Alors que les Alpes subissent de plein fouet le changement climatique, la transformation du modèle économique des stations reste compliquée, souvent entravée par des tensions et des intérêts divergents. Une nouvelle méthode participative propose de dépasser ces blocages grâce à une approche originale : l’utopie. De quoi stimuler l’imagination pour bâtir une vision partagée d’un futur plus désirable. Celle-ci a été expérimentée au cours d’ateliers où les différentes parties prenantes d’une station de montagne ont été invitées à créer leur propre carte postale de montagne à l’horizon 2050.


Les Alpes françaises comptent parmi les régions les plus exposées au changement climatique. Les stations de montagne y sont directement confrontées, notamment face à la raréfaction de la neige. En mars 2024, la Cour des Comptes constatait l’insuffisance des stratégies d’adaptation mises en place dans ces stations. Celles-ci doivent impérativement transformer leur business model, encore largement centré sur le « tout-ski ».

Cette transformation est nécessaire pour préserver leur performance dans une perspective soutenable. Mais transformer un territoire est plus complexe qu’un simple changement d’offre touristique. Comment amorcer cette transformation ? Avec quelles parties prenantes ? Comment construire une vision commune, quand chacun perçoit la montagne à travers son propre prisme et ses propres intérêts ? Dans quelle direction stratégique s’engager ?

Ces questions sont d’autant plus cruciales que plusieurs tentatives d’innovations en la matière ont déjà échoué, notamment du fait de résistances ou de conflits d’intérêts entre les différentes parties prenantes concernées par ces innovations : exploitants, commerçants, élus, touristes…

Un exemple emblématique de ce type de conflits d’intérêts est la question de l’eau. En effet, elle est utilisée à la fois pour garantir les conditions d’enneigement des domaines skiables (ce qui permet de maintenir l’attractivité touristique en hiver) et pour répondre aux besoins des populations locales et des milieux naturels en montagne.

L’une des principales difficultés tient à la capacité de construire un alignement partagé entre les différents acteurs de la montagne. Cette quête doit reposer sur une proposition de valeur commune. Pour ce faire, nous avons adopté avec des collègues, dans une étude récemment publiée, une méthode de prospective originale basée sur ce qu’on appelle des « scénarios utopistes ».

L’intérêt ? Stimuler l’imaginaire collectif en insistant davantage sur les représentations partagées. Nous avons expérimenté la démarche à l’échelle d’une station de montagne à travers des ateliers participatifs, où ces différents interlocuteurs ont été encouragés à concevoir leur propre « utopie », sous la forme d’une carte postale fictive à l’horizon 2050.

L’utopie, une méthode prospective qui favorise le dialogue

Pour surmonter les difficultés évoquées précédemment, il faut avoir recours à des méthodes capables de faire dialoguer toutes les parties prenantes pour créer ensemble une nouvelle proposition de valeur. La prospective stratégique répond précisément à cet enjeu. En élaborant des scénarios exploratoires, elle crée un espace de réflexion où chacun peut se projeter plus librement face aux enjeux du changement climatique.

Les scénarios utopistes, en particulier, permettent l’émergence d’imaginaires collectifs capables de dépasser les représentations individuelles et leurs blocages cognitifs, comme la peur du changement. L’utopie permet d’apporter un regard critique sur l’existant tout en ouvrant la voie à un futur commun plus désirable. Elle peut alors devenir un guide d’action et contribuer à reconfigurer les relations.

La méthode des scénarios utopistes que nous proposons, déployée dans le cadre d’ateliers participatifs, peut avoir un pouvoir transformateur sur les représentations individuelles et collectives de ce que peut être un modèle d’affaires soutenable pour les stations de montagne.




À lire aussi :
Une brève histoire de l’utopie


La démarche consiste à :

  • d’abord proposer une relecture de l’existant à partir des représentations individuelles,

  • puis faire émerger d’autres représentations collectives plus soutenables, à travers le dialogue et l’imagination.

  • à partir de celles-ci, plusieurs propositions de valeur sont élaborées par les participants pour favoriser l’alignement entre les acteurs. L’idée est de construire des propositions qui fédèrent davantage qu’elles divisent.

  • un enjeu clé est de renforcer la désidérabilité de ces orientations futures et de redonner du sens au processus de transformation.




À lire aussi :
Penser l’avenir : qu’est-ce que la « littératie des futurs » ?


Quand imaginer ensemble aide à se projeter

Mais avant même d’envisager la création de scénarios utopistes, la priorité est d’ouvrir le dialogue. Cette première étape est décisive : elle permet de faire émerger des représentations individuelles fondées sur leurs intérêts, attentes, besoins et préoccupations respectives.

Cette étape permet d’identifier un enjeu véritablement partagé, capable de servir de point d’ancrage à la transformation du business model existant. Parmi les thématiques évoquées lors de nos ateliers, figurait notamment la quête d’un développement économique fondé sur la sobriété en ressources naturelles, tout en restant en harmonie avec l’environnement montagnard.

Une fois ces enjeux clarifiés, les parties prenantes ont été invitées à imaginer ensemble ce que pourrait être la proposition de valeur d’un futur business model pour la station. Pour nourrir cette réflexion, elles ont chacune conçue une utopie, sous la forme d’un parcours client situé en 2050, incarnée par une carte postale fictive. Cet exercice permet d’esquisser une nouvelle proposition de valeur et d’en explorer la désirabilité, en mobilisant l’imagination et les capacités de projection dans le futur.

Cet exercice a donné naissance à plusieurs directions possibles. Citons par exemple les propositions suivantes, qui ont émergé lors des ateliers :

  • un tourisme axé sur le bien-être et la reconnexion au vivant,

  • un écotourisme valorisant l’engagement actif du touriste dans la découverte du patrimoine territorial,

  • ou encore un tourisme expérientiel centré sur l’authenticité et l’immersion dans les savoir-faire locaux.

Toutes ces représentations collectives ont ensuite été discutées de manière critique afin d’anticiper leurs limites potentielles telles que la surcharge d’activités, les tensions autour des ressources ou encore les risques de surfréquentation.

Malgré cette prise de recul, ces idées ont été majoritairement perçues comme désirables et mobilisatrices. Le recours aux scénarios utopistes a permis aux participants de relâcher les contraintes du présent, de mobiliser leur imaginaire et de se projeter dans un futur vu comme moins anxiogène.

L’utopie pour briser la glace ?

Les scénarios utopistes apparaissent ainsi comme un levier stratégique intéressant pour penser de nouveaux business models soutenables :

  • D’abord parce qu’ils aident à prendre de la distance par rapport au modèle actuel. Ils offrent un espace de réflexion afin d’imaginer ceux du futurs, tout en restant ancré dans des enjeux réels et tangibles.

  • Ces visions ne relèvent pas nécessairement de fictions déconnectées : l’utopie permet de transposer ici un idéal déjà observé ailleurs, sur d’autres territoires, dans d’autres secteurs ou encore d’autres industries.

  • Enfin, en rapprochant les représentations individuelles, elle tend à réduire les risques d’échecs et de tensions liés aux divergences d’intérêts, souvent responsables de blocages dans des démarches de co-création de valeur.

Ainsi, nous constatons que les scénarios utopistes permettent de « briser la glace » entre les différentes parties prenantes. En effet, ils offrent un appui stratégique précieux pour initier un projet de transformation, parce qu’ils facilitent l’entrée en relation et le dialogue entre les acteurs du territoire. Ils favorisent ainsi l’émergence de représentations collectives partagées.

Néanmoins, pour que ces visions communes de business models soutenables puissent devenir opérationnelles, une phase d’ajustement intermédiaire reste nécessaire. Dans les premières phases d’un projet de transformation, le défi principal reste de mobiliser autour d’un enjeu commun et séduisant. Sous cet angle, les scénarios utopistes peuvent jouer un rôle mobilisateur et fédérateur en amont.




À lire aussi :
Entre utopie et dystopie, créer un langage végétal


The Conversation

Angèle Richard est membre de l’Institut de Recherche en Gestion et Economie. Elle a reçu des financements de la Chaire Tourisme Durable de l’Université Savoie Mont Blanc.

Romain Gandia et Élodie Gardet ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Quelles cartes postales hivernales en 2050 ? Imaginer ensemble un futur désirable pour les stations de montagne – https://theconversation.com/quelles-cartes-postales-hivernales-en-2050-imaginer-ensemble-un-futur-desirable-pour-les-stations-de-montagne-271872

Le Paris de Bilal Hamdad, vivifiant hommage aux maîtres de la peinture

Source: The Conversation – France (in French) – By Anna-Louise Milne, Director of Graduate Studies and Research, University of London Institute in Paris

À travers ses peintures, Bilal Hamdad transforme l’ordinaire en mythique, en donnant à voir des scènes et des postures contemporaines nimbées d’une lumière intemporelle et mystérieuse.


Ces dernières années, à Paris, des fonds privés ont investi dans d’anciennes institutions parisiennes afin d’en transformer les espaces pour accueillir des œuvres contemporaines. Les foules affluent par exemple à la Bourse du Commerce-Pinault Collection : autrefois marché aux grains, puis marché du travail, elle a été transformée par l’architecte japonais Tadao Ando en un espace blanc et épuré. Il en va de même pour la nouvelle Fondation Cartier, récemment inaugurée, qui abritait auparavant un hôtel et le Louvre des antiquaires. L’architecte français Jean Nouvel l’a réaménagée en un vaste musée d’art contemporain. À l’intérieur, tout n’est que lignes épurées et verre.

Le Petit Palais, en revanche, a conservé ses courbes fin de siècle et ses ferronneries alambiquées. Il est calme, et l’entrée des collections permanentes y est gratuite, comme dans tous les musées de la Ville de Paris. Mais s’il fait exception dans le paysage artistique toujours plus riche de la capitale, c’est aussi pour l’originalité des expositions qu’il propose.

Dans ce majestueux bâtiment, j’ai découvert avec surprise « l’ivresse du moderne », telle que la définissait le poète Charles Baudelaire : « La modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable. »

L’événement éphémère en question se nomme « Paname », une exposition du peintre émergent Bilal Hamdad. Elle illustre brillamment la combinaison magique exprimée par Baudelaire : une vision fraîche et vibrante de la vie urbaine installée au milieu des trésors de la collection permanente du musée. L’exposition présente 20 œuvres de Hamdad, dont deux spécialement créées et inspirées par la collection du musée.

Né en Algérie en 1987 et aujourd’hui installé à Paris, Hamdad est un habitué du Petit Palais, où il s’est imprégné des enseignements de grands maîtres tels que Claude Monet, Paul Gauguin et Edgar Degas. Son œuvre s’inspire de ces derniers dans des compositions représentant la vie quotidienne dans les villes contemporaines. La solitude y est un thème récurrent, comme elle l’était pour Baudelaire qui, à l’instar de Hamdad, accordait une attention particulière aux travailleurs de la ville qui arpentaient les quais de Seine, boîte à outils à la main (« Et le sombre Paris, en se frottant les yeux,/Empoignait ses outils – vieillard laborieux ! »)

Dans ses magnifiques peintures à l’huile grand format, on voit des femmes qui attendent sur le quai du métro, des sacs qui pèsent sur les épaules, et des jeunes hommes perchés sur des balustrades ou des rambardes qui attendent du travail ou une rencontre. On y voit des scènes de marché à la sortie du métro, avec des femmes vendant des épis de maïs dans des caddies, et des vendeurs à la sauvette qui croisent des hipsters ou des touristes avec leurs lunettes de soleil et leurs sacs à main.

Bien que Hamdad travaille à partir de photographies, qu’il décrit comme son carnet de croquis, ses œuvres ont une profondeur et une intensité qui transforment l’ordinaire en mythique, projetant les détails de la mode et des postures contemporaines dans une lumière intemporelle et mystérieuse. La peinture la plus énigmatique de cette exposition est sa subtile réinterprétation du tableau d’Édouard Manet de 1882, Un bar aux Folies Bergère, qui est exposé à la Courtauld Gallery de Londres.

Dans l’original, Manet joue avec les effets d’un grand miroir terni derrière le bar. Le miroir reflète le dos d’une serveuse qui fixe un point à l’extérieur du tableau, à côté des bouteilles et du bol de clémentines sur le bar. Avec ce jeu de reflets, Manet représente la serveuse à la fois comme l’objet de notre regard scrutateur et comme éloignée de nous, dans une forme de solitude et de vulnérabilité.

Dans Sérénité d’une ombre (2024), Hamdad développe l’intention de Manet, la poussant davantage dans l’ombre. Le premier plan, baigné de lumière, nous montre le bar, clin d’œil à celui de Manet, avec un magnifique bol d’oranges et une délicate composition florale. À l’arrière-plan, on distingue à peine un barman en chemise blanche, un peu voûté, manifestement fatigué par sa journée de travail.

Le moment est mélancolique, en retrait, mais il fait écho au brouhaha de la ville contemporaine. Ce tableau est accroché, comme toutes les toiles de Hamdad, au cœur des galeries éclectiques du Petit Palais, ouvrant une fenêtre sur un temps qui mêle passé et présent. Et dans ce dialogue entre l’ancien et le nouveau, le spectateur comprend immédiatement que cette œuvre est là pour durer.


« Paname » de Bilal Hamdad est présenté au Petit Palais à Paris jusqu’au 8 février 2026


The Conversation

Anna-Louise Milne ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le Paris de Bilal Hamdad, vivifiant hommage aux maîtres de la peinture – https://theconversation.com/le-paris-de-bilal-hamdad-vivifiant-hommage-aux-maitres-de-la-peinture-271121