Quel textile choisir pour avoir chaud tout en limitant l’impact environnemental ?

Source: The Conversation – in French – By Coralie Thieulin, Enseignant chercheur en physique à l’ECE, docteure en biophysique, ECE Paris

Au cœur de l’hiver, la quête du pull-over parfait peut parfois sembler bien compliquée. Trouver un textile chaud, qui n’endommage pas l’environnement, qui soit confortable… Les critères s’accumulent. Tâchons d’y voir plus clair.


Avoir chaud en hiver tout en limitant son impact environnemental peut sembler un défi. Chercher à avoir des vêtements nous protégeant au mieux du froid est certes un levier efficace pour réduire sa consommation d’énergie, comme le montrent des initiatives telles que le mouvement Slow Heat et d’autres expérimentations récentes.

Toutefois, cette démarche se heurte à une contradiction de taille : le secteur textile reste parmi les plus polluants au monde, avec des émissions de gaz à effet de serre importantes et une contribution notable aux microplastiques marins.

Alors, quelles matières tiennent vraiment chaud tout en respectant davantage l’environnement ? Si les fibres naturelles sont souvent mises en avant pour leur bonne isolation et leur fin de vie plus respectueuse de l’environnement, leur impact réel dépend largement de la manière dont elles sont produites et utilisées. Pour y voir plus clair, commençons par comprendre ce qui fait qu’un textile tient chaud.

La fabrication du textile tout aussi importante que la fibre

La capacité d’un textile à tenir chaud dépend moins de la fibre utilisée que de l’air qu’elle parvient à enfermer. En restant immobile dans de minuscules espaces au cœur du tissu, cet air limite les échanges de chaleur, un peu comme dans une couette ou un double vitrage. Plus un tissu est épais, duveteux ou poreux, plus il limite les échanges de chaleur.

Cette capacité dépend beaucoup de la structure des fibres et de la manière dont le textile est fabriqué. Les fibres frisées ou ondulées comme la laine de mouton créent des poches où l’air reste piégé. D’autres fibres comme l’alpaga (un camélidé des Andes proche du lama) ou le duvet synthétique sont partiellement creuses, augmentant encore la capacité isolante. De même, les tricots et mailles, plus lâches, isolent mieux que les tissages serrés. Ainsi, la chaleur d’un vêtement dépend autant de sa construction que de sa matière.

Des alpagas juvéniles à Nuñoa, au Chili.
Des alpagas juvéniles à Nuñoa, au Chili.
Elwinlhq/Wikimedia, CC BY

C’est sur ces mêmes principes physiques que reposent les fibres synthétiques. En effet, le polyester, l’acrylique, le polaire imitent en partie la laine par leur structure volumineuse et leur capacité à emprisonner de l’air, soit grâce à des fibres frisées, soit grâce à des fibres creuses ou texturées.

Ainsi, ces textiles offrent une bonne isolation thermique, sont légers et sèchent rapidement, ce qui les rend très populaires pour le sport et l’outdoor. En revanche, leur faible respirabilité intrinsèque et leur capacité limitée à absorber l’humidité peuvent favoriser la transpiration et la sensation d’humidité lors d’efforts prolongés. D’autre part, contrairement aux fibres naturelles, ces matériaux sont inflammables, un aspect souvent négligé, mais qui constitue un enjeu réel de sécurité.

Elles ont également un coût environnemental élevé. Issues du pétrole, non biodégradables et fortement consommatrices d’énergie, ces fibres libèrent à chaque lavage des microfibres plastiques dans l’eau, contribuant à la pollution marine. On estime qu’entre 16 % et 35 % des microplastiques marins proviennent de ces textiles, soit de 200 000 à 500 000 tonnes par an. Ces impacts surpassent largement ceux des fibres naturelles, ce qui constitue un vrai défi pour une mode plus durable.

Les bénéfices de la laine de mouton mérinos et de l’alpaga

Face à ces limites, les fibres naturelles apparaissent donc souvent comme des alternatives intéressantes, à commencer par la laine de mouton, longtemps considérée comme une référence en matière d’isolation thermique.

La laine possède en effet une structure complexe et écailleuse : chaque fibre est frisée et forme de multiples micro-poches d’air, réduisant ainsi la perte de chaleur corporelle. Même lorsqu’elle absorbe un peu d’humidité, l’air reste piégé dans sa structure, ce qui lui permet de continuer à isoler efficacement. Cette organisation particulière explique aussi pourquoi la laine est respirante et capable de réguler l’humidité sans donner une sensation de froid. Cependant, ces mêmes fibres peuvent parfois provoquer une sensation de « grattage » pour certaines personnes : plus les fibres sont épaisses, plus elles stimulent les récepteurs de la peau et provoquent des picotements. Il s’agit d’un phénomène purement sensoriel, et non d’une allergie.

Fibre de laine mérinos au microscope.
CSIRO, CC BY

Parmi les différents types de laines, la laine de mouton mérinos, issue d’une race d’ovin originaire d’Espagne se distingue par la finesse de ses fibres, nettement plus fines que celles de la laine classique (de 11 à 24 microns pour le mérinos et de 25 à 40 microns pour la laine classique) . Cette caractéristique réduit fortement les sensations d’irritation au contact de la peau et améliore le confort.

Elle favorise également la formation de nombreuses micro-poches d’air isolantes, tout en maintenant une excellente respirabilité. Ces qualités expliquent son usage croissant dans les sous-couches et vêtements techniques, aussi bien pour le sport que pour le quotidien.

Pour autant, la laine n’est pas exempte d’impact environnemental. Bien qu’elle soit renouvelable et biodégradable, son élevage contribue aux émissions de gaz à effet de serre, principalement via le méthane produit par les moutons et la gestion des pâturages. On estime qu’entre 15 et 35 kg de CO₂ équivalent sont émis pour produire 1 kg de laine brute, et qu’environ 10 000 litres d’eau sont nécessaires, selon le mode d’élevage. Le bien-être animal et les pratiques agricoles, comme le mulesing ou l’intensification des pâturages, jouent également un rôle déterminant dans l’empreinte globale de cette fibre.

D’autres fibres animales, comme l’alpaga, suscitent un intérêt croissant en raison de propriétés thermiques comparables, voire supérieures, associées à un meilleur confort. Les fibres d’alpaga sont en effet partiellement creuses, ce qui leur permet de piéger efficacement l’air et de limiter les pertes de chaleur, tout en restant légères. Contrairement à certaines laines plus grossières, elles ne grattent pas, ce qui les rend agréables à porter directement sur la peau.

Elles sont également plus longues et plus fines que la laine classique, avec une bonne capacité de régulation de l’humidité et un séchage plus rapide. Ces caractéristiques expliquent l’essor de l’alpaga dans les vêtements techniques comme dans les pièces haut de gamme, des sous-couches aux manteaux. Sur le plan environnemental, l’alpaga présente aussi certains avantages. En effet, l’élevage d’alpagas exerce généralement une pression moindre sur les écosystèmes : animaux plus légers, consommation alimentaire plus faible, émissions de méthane réduites et dégradation limitée des sols comparativement à l’élevage ovin. Là encore, la durabilité dépend largement du respect de systèmes extensifs et adaptés aux milieux locaux.

Le succès des fibres synthétiques

Malgré les nombreux atouts de ces textiles naturels, les fibres synthétiques restent donc très utilisées, notamment pour leurs performances techniques. Mais leur succès est aussi lié à des facteurs économiques et pratiques : elles sont généralement moins coûteuses, très abondantes dans le commerce, et faciles à transformer en vêtements de masse. Ces aspects rendent le synthétique accessible et pratique pour une large partie des consommateurs, ce qui explique en partie sa prédominance dans l’industrie textile, indépendamment des préférences individuelles.

Polaire, duvet synthétique ou fibres techniques offrent une isolation thermique efficace, tout en étant légères et rapides à sécher, des qualités particulièrement recherchées dans les vêtements de sport et d’outdoor. La conductivité thermique est une mesure de la capacité d’un matériau à conduire la chaleur : plus cette valeur est faible, moins la chaleur passe facilement à travers le matériau, ce qui signifie une meilleure capacité à retenir la chaleur dans un textile donné.

Des mesures de conductivité thermique montrent par exemple que certains isolants synthétiques comme la polaire présentent des valeurs très basses (0,035-0,05 watt par mètre-kelvin (W/m·K)), indiquant une excellente capacité à retenir la chaleur. Pour comparaison, la laine, lorsqu’elle est compacte ou densifiée, peut atteindre 0,16 W/m·K, mais dans les textiles isolants volumineux, elle reste faible (0,033–0,045 W/m·K).

Toutefois, l’origine fossile, la non-biodégradabilité, la libération de microplastiques et un recyclage encore très limité font des textiles synthétiques des matériaux à fort impact environnemental.

Le pull en laine qui gratte, un préjugé qui colle à la peau

À l’inverse, si les fibres naturelles sont parfois boudées, ce n’est pas toujours pour des raisons environnementales, mais souvent pour des questions de confort. Une personne ayant déjà porté un vêtement en fibres naturelles qui lui a paru inconfortable ou irritant peut développer un rejet global de ces fibres, au profit du synthétique, même lorsque des alternatives plus douces existent.

Or, des solutions sont disponibles : privilégier des fibres fines comme la laine mérinos, l’alpaga ou le cachemire, recourir à des traitements mécaniques ou enzymatiques pour adoucir les fibres, ou encore combiner différentes fibres naturelles. Le choix doit aussi tenir compte de l’usage du vêtement et de son contact direct avec la peau.

En pratique, choisir un textile chaud et moins polluant relève donc d’un compromis, qui dépend autant de la matière que de l’usage. Une sous-couche portée à même la peau bénéficiera de fibres fines et respirantes, comme la laine mérinos, tandis qu’une couche intermédiaire privilégiera l’isolation et un vêtement extérieur la protection contre l’humidité et le vent.

Enfin, plutôt que de rechercher une matière « parfaite », il est essentiel de raisonner en cycle de vie. Sa durabilité (combien de temps il est porté), sa réparabilité, la fréquence et la manière de le laver, ainsi que sa fin de vie (recyclage, réutilisation, compostage pour les fibres naturelles) influencent largement son impact environnemental total. Un vêtement bien entretenu et durable peut avoir un impact bien moindre qu’un textile « écologique », mais rapidement jeté.

Au final, les matières textiles les plus chaudes et les moins polluantes sont majoritairement naturelles, mais aucune n’est totalement exempte d’impact. La laine mérinos et l’alpaga offrent aujourd’hui un compromis intéressant entre chaleur, confort et fin de vie environnementale. Le rejet des fibres naturelles pour des raisons de grattage mérite d’être nuancé : la qualité et la finesse des fibres font toute la différence. Mieux informer sur ces aspects pourrait encourager des choix plus durables. En textile comme ailleurs, le meilleur choix reste souvent celui que l’on garde longtemps.

The Conversation

Coralie Thieulin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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Comment le djihadisme s’est métamorphosé

Source: The Conversation – in French – By Myriam Benraad, Chercheure spécialiste de l’Irak, professeure en relations internationales, enseignante sur le Moyen-Orient, Institut catholique de Paris (ICP)

Idéologie doublée d’une militance globale, le djihadisme a connu un recul après la débâcle de l’organisation État islamique sur le théâtre syro-irakien, dont les combattants ne sont pas parvenus à se réimposer, Al-Qaida ayant aussi perdu de son écho. Le monde est témoin d’un épuisement du phénomène et d’une mise en déroute de ses structures, en Europe et en France par exemple, terres vers lesquelles un terrorisme de masse a cessé de s’exporter. Mais n’est-il pas plus judicieux d’évoquer une « métamorphose » du djihad, au sens de la modification progressive et inachevée de ses formes et de sa nature ? Dans son nouvel ouvrage Jihad : la métamorphose d’une menace, la politiste et professeure en relations internationales Myriam Benraad sonde un ensemble d’idées reçues sur cette mouvance hétéroclite.


Les plus méfiants rétorqueront que des développements dramatiques comme l’attentat de la plage de Bondi à caractère antisémite en décembre 2025, la chute de Kaboul aux mains des talibans en 2021, le changement de régime en Syrie en décembre 2024 à la faveur de djihadistes endurcis, ou encore l’expansion de cette mouvance dans les États du Sahel, l’assassinat de Samuel Paty en 2020 et celui de Dominique Bernard trois ans plus tard démontrent que le djihadisme reste un système de pensée actif et meurtrier. L’affirmation n’est pas dénuée de fondement.

Mais évoquer un épuisement ne revient pas à conclure à la déchéance définitive des idées et des hommes. Comme mouvement et dispositif, le djihadisme s’inscrit dans la durée. À plusieurs reprises, il a surmonté ses revers et l’élimination de ses chefs. Une survivance illustrée en 2023 lorsque, dans le contexte de la relance des hostilités au Proche-Orient après les attaques du Hamas en Israël le 7 octobre, a ressurgi une « Lettre à l’Amérique » signée par Oussama Ben Laden en 2001 en justification des attentats du 11 septembre et incitant les musulmans à « venger le peuple palestinien » contre les États-Unis, Israël et leurs alliés.

Il y a, d’une part, une dégradation manifeste des groupes et de leur commandement, de leur cause et de leurs capacités. On peut juger, d’autre part, qu’une actualité géopolitique extrêmement lourde, de la pandémie de Covid-19 à la guerre en Ukraine et à la conflagration dans la bande de Gaza, a contribué à reléguer la menace au second plan.

Le traitement médiatique n’a plus rien à voir avec la frénésie informationnelle qui avait marqué la période antérieure. Quoique le traumatisme suscité par des vagues d’attaques sanglantes n’ait jamais complètement guéri, le temps a commencé à faire son œuvre, lentement. Peu de citoyens craignent une répétition des actions qui ont meurtri la France en 2015 et 2016. Aucun Français ne s’attend plus à la commission d’une attaque comparable à celle du Bataclan.

Mais comme le suggère l’idée de métamorphose, se transformer ne signifie pas avoir disparu. Le djihad, abordé comme un acte guerrier violent, n’est certes plus aussi puissant qu’auparavant et a vu son potentiel d’enrôlement s’amoindrir. Il n’y a pas eu non plus d’internationalisation djihadiste de la question palestinienne et pas de nouveaux flots de militants à destination du Moyen-Orient depuis la dernière guerre israélo-palestinienne.

Au même moment, le djihadisme est opérationnel sur d’autres terrains. Même minoritaire, il agit dans des pays comme la Syrie, la Libye, le Yémen, où les guerres civiles ont laissé de lourdes séquelles et continuent de procurer aux djihadistes des espaces pour sévir. Dans nos sociétés, des profils d’individus vulnérables aux idées de cette mouvance sont identifiés et mis hors d’état de nuire régulièrement. Enfin, du fait de leur promesse d’endurance et de rétribution, les djihadistes clament haut et fort leur détermination à survivre et continuer de frapper.

Rappelons que le djihad n’est pas réductible à la guerre, en dépit de la violence qui demeure la principale expression du djihadisme contemporain. Au-delà des stéréotypes et clichés, il est impératif de se saisir de la pluralité des significations de ce mot et d’opérer une distinction claire entre ses interprétations théologiques et manifestations historiques, d’un côté, et ses acceptions idéologiques récentes, de l’autre. En effet, le djihad n’est pas le djihadisme malgré la confusion fréquemment opérée entre ces deux termes.

Nier la lourdeur de leurs connotations négatives n’est pas non plus la meilleure des manières de dépasser les préjugés courants, ni d’apporter des éléments de réponse sur un sujet qui reste d’actualité même s’il n’occupe plus les grands titres.

Si l’on excepte le poids de certaines dérives médiatiques et politiques, le djihad est un objet pluri­dimensionnel. La mouvance djihadiste initialement constituée par des Sayyid Qutb, Abdallah Azzam et Oussama Ben Laden n’en a pas épuisé toutes les formes et les structures, et encore moins l’influence. Or ce caractère hétéroclite est difficilement démontrable dans un contexte trop souvent marqué par les polémiques et controverses, notamment en France où les tueries de l’année 2015 continuent de résonner au niveau sociétal.

Dix ans plus tard, les commémorations des attentats du 13 novembre ont montré en quoi la mémoire traumatique de l’ultraviolence est omniprésente et combien le besoin d’une justice restaurative importe pour les victimes, directes ou indirectes. On perçoit bien à cet égard la nécessité d’un retour aux sources, arabes et médiévales, en vue de lever le voile sur les zones d’ombre persistantes. Certes, l’approche belliqueuse du djihad élaborée par les djihadistes sied à leurs convictions, mais elle fausse en large part le sens de l’islam.

Cet extrait est issu de Jihad. La métamorphose d’une menace, de Myriam Benraad, qui vient de paraître aux éditions Le Cavalier bleu.

Dans de nombreux commentaires, on observe aussi que l’Histoire est la grande absente. Les djihadistes ont imposé leur lecture idéologique des circonstances d’expansion de cette religion, qu’ils assimilent à une conquête militaire. En réalité, cette expansion a été plus dispersée dans le temps, pluriforme et multifactorielle. Elle est également plus riche que les descriptions qui en sont faites ici et là. Les bouleversements des dernières décennies ne sauraient occulter que l’islam a accouché d’une civilisation qui était autrefois majestueuse et orientée vers le progrès.

Les djihadistes sont d’ailleurs loin d’être unis dans la vision qu’ils entretiennent de ce passé et des moyens de le restituer. Le « califat » un temps revendiqué par l’État islamique procédait d’une réinvention de la tradition islamique et s’est symptomatiquement vu rejeté par une majorité de musulmans. Cette logique de fragmentation du champ djihadiste a cours, dans les faits, depuis les années 1990 et les djihads afghan, algérien, bosniaque et tchétchène. Puis les clivages entre mouvements se sont renforcés avec les guerres d’Irak, de Libye et de Syrie, pour ne citer que ces crises.

Un socle partagé n’en définit pas moins le djihadisme, pétri de mythes et d’un puissant imaginaire. Depuis le 11 septembre 2001, une majorité de militants s’est ainsi ralliée à la notion d’une croisade supposément conduite par l’Occident et ses alliés contre l’islam et ses fidèles, croisade à laquelle devrait répondre un djihad globalisé. Cette représentation binaire et manichéenne explique l’intolérance absolue des djihadistes et leur rejet de toute différence, y compris religieuse parmi leurs coreligionnaires qu’ils prétendent représenter et défendre.

Quelles sont au fond les causes du djihadisme ? Prétendre apporter une réponse linéaire et exclusive relève du leurre car il n’existe aucun système d’interprétation fixe. À l’identique, les parcours des djihadistes pris individuellement rendent compte de l’absence d’un profil-type, tandis que radicalisation et déradicalisation se doivent d’être examinées à la lumière d’expériences tangibles. Pour l’heure, le djihadisme poursuit sa métamorphose, moins délétère que par le passé, mais le chemin sera long, dans le monde musulman comme dans nos sociétés, avant de prétendre l’avoir vaincu.

The Conversation

Myriam Benraad ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Comment le djihadisme s’est métamorphosé – https://theconversation.com/comment-le-djihadisme-sest-metamorphose-272978

Sergueï Karaganov est-il vraiment l’architecte de la politique étrangère du Kremlin ?

Source: The Conversation – in French – By Maxime Daniélou, Doctorant en études slaves et chargé de cours à l’université Paris-Nanterre, Université Paris Nanterre

Le 7 juin 2024, avant la séance plénière du Forum économique international de Saint-Pétersbourg, dont il est le modérateur, Sergueï Karaganov discute avec Vladimir Poutine.
Kirill Morozov/Roscongress, site officiel de la présidence russe

Spécialiste reconnu des relations internationales depuis plusieurs décennies, fondateur de think tanks influents et d’une grande revue consacrée aux affaires diplomatiques, Sergueï Karaganov s’est dernièrement fait remarquer par des propos plus que musclés, promettant notamment à ceux qui s’opposeraient à la Russie, à commencer par les pays de l’Union européenne, une destruction totale. On aurait toutefois tort de voir en lui l’un des artisans de la politique étrangère de Moscou : il s’agit plutôt d’un habile « entrepreneur idéologique », qui sert le pouvoir en lui proposant un habillage conceptuel et en lançant des messages destinés à raffermir, dans l’opinion occidentale, l’idée selon laquelle le Kremlin est déterminé à aller, le cas échéant, jusqu’à la guerre nucléaire.


Les prises de position de l’universitaire russe Sergueï Karaganov font l’objet d’une attention croissante dans l’espace médiatique français et international depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022. Récemment, des articles et des émissions télévisées lui ont attribué une influence déterminante sur la politique étrangère russe, allant jusqu’à le qualifier de « nouvel architecte de la politique étrangère du Kremlin » ou de « cerveau géopolitique de Vladimir Poutine », le plus souvent sans autre justification que sa proximité supposée avec le président russe.

Cette situation rappelle un phénomène déjà observé avec le philosophe ultranationaliste Alexandre Douguine, lui-aussi régulièrement présenté comme le « cerveau de Poutine » depuis le début des années 2000, en dépit des démentis répétés de plusieurs chercheurs spécialistes de la Russie.

Dans le cas de Douguine comme dans celui de Karaganov, attribuer une telle influence sur le chef du Kremlin sans fondement empirique solide contribue à obscurcir la compréhension des dynamiques à l’œuvre dans le processus de prise de décision en matière de politique étrangère dans la Russie contemporaine. Ces exagérations offrent par ailleurs une exposition médiatique bienvenue à ces entrepreneurs idéologiques. Si ni l’un ni l’autre n’ont jamais confirmé le rôle qui leur est parfois prêté au sommet de l’État, ils profitent de la visibilité et de l’autorité symbolique que cette image leur confère dans une logique de promotion personnelle et de diffusion de leurs idées, en Russie comme à l’étranger.

Afin de dépasser les interprétations excessives, il est nécessaire de s’interroger sur la place réelle qu’occupe Sergueï Karaganov dans l’environnement politique et idéologique russe. Revenir sur son parcours, ses réseaux et les idées qu’il défend permet de relativiser l’idée d’une influence directe sur les décisions du Kremlin, et de mieux comprendre les raisons de sa soudaine surexposition médiatique.

Un réseau puissant en formation dès la chute de l’URSS

En janvier 1992, moins d’un mois après la chute de l’URSS, Sergueï Karaganov (né en 1952), expert des États-Unis au sein de l’Académie des sciences soviétique, fonde l’un des premiers think tanks russes indépendants, le Conseil pour la politique étrangère et de défense (SVOP selon le sigle russe). En raison de la faiblesse des institutions qui caractérise la décennie 1990 en Russie, le SVOP, qui réunit hommes d’affaires, diplomates et militaires, parvient à exercer une influence certaine sur la politique nationale et permet à son directeur de se doter d’un réseau puissant.

Les dynamiques de centralisation et de renforcement de l’État, ainsi que le renouvellement des élites qui accompagne l’arrivée de Vladimir Poutine à la présidence en 2000, entraînent le déclin irréversible du SVOP et obligent Karaganov à se renouveler. En 2002, il fonde l’influente revue de politique étrangère Russia in Global Affairs, avant d’être nommé à la tête de la faculté de politique internationale de la Haute École d’économie, l’une des plus prestigieuses universités du pays, quatre ans plus tard.

Son implication dans la création du club de discussion Valdaï en 2004, qui s’impose progressivement comme un des principaux think tanks de l’ère Poutine, lui permet de se garantir un canal de communication avec l’administration présidentielle, institution centrale de la Russie poutinienne, qui est la seule à même de pouvoir faire circuler ses idées jusqu’au sommet de l’État.

Un entrepreneur idéologique

La politologue Marlène Laruelle, qui a récemment publié un ouvrage sur la construction idéologique de l’État russe, souligne que cette dernière est en constante évolution et repose sur un corpus dont la production est le plus souvent externe à l’État. Elle propose la notion d’« entrepreneur idéologique » pour désigner les acteurs situés en dehors des institutions étatiques qui entrent en concurrence pour capter l’attention de l’administration présidentielle et du gouvernement, afin d’accéder aux ressources et à la reconnaissance qui y sont associées.

Sergueï Karaganov s’inscrit pleinement dans cette catégorie, puisqu’il utilise son réseau et les organisations qu’il a fondées pour développer puis promouvoir ses idées et récits auprès des décideurs russes, dans l’espoir d’en tirer des bénéfices symboliques et matériels.

Capture d’écran de la page d’accueil du site Internet de Sergueï Karaganov.
karaganov.ru

Depuis le début des années 2010, Karaganov a ainsi réussi à s’imposer comme l’un des principaux fournisseurs conceptuels du « tournant russe vers l’Asie ». Plusieurs notions qu’il a développées, comme la « Grande Eurasie » ou, plus récemment, « la Majorité mondiale », ont été intégrées dans le discours officiel, aidant les dirigeants à justifier et à promouvoir la réorientation stratégique et économique de la Russie vers la Chine et ses autres partenaires non-occidentaux.

Rien ne permet en revanche de lui attribuer une quelconque influence sur la définition de l’agenda ni sur les choix concrets de politique étrangère : en la matière, le processus de prise de décision semble cloisonné au président et à son entourage le plus proche, dont Karaganov ne fait assurément pas partie.

Pourquoi toute cette attention aujourd’hui et quelle utilité pour le Kremlin ?

Tout au long de sa carrière, Sergueï Karaganov a bénéficié d’une exposition médiatique en adéquation avec son statut d’expert reconnu en relations internationales. Depuis le début de la guerre en Ukraine, cette exposition a toutefois changé d’échelle, élargissant nettement son audience. Karaganov a su tirer parti du contexte de radicalisation de l’espace public, dans lequel les experts sont incités à afficher leur soutien à la guerre, voire à surenchérir par rapport à la ligne officielle, afin de se distinguer et d’augmenter leur visibilité.

À partir de l’été 2023, il s’est illustré par ses appels répétés en faveur d’une baisse du seuil d’emploi de l’arme atomique et de « frappes nucléaires limitées » contre plusieurs capitales européennes. Ces prises de position, très controversées, y compris au sein de la communauté académique russe, l’ont propulsé au premier plan du débat public. Elles ont très probablement pesé dans sa désignation comme modérateur de la séance plénière du Forum économique international de Saint-Pétersbourg, le 7 juin 2024.

Cette position hautement symbolique lui a permis de dialoguer avec Vladimir Poutine en direct devant les caméras du monde entier. Lors de cet échange, le président russe a déclaré lire les textes de Karaganov, ce qui a alimenté les spéculations quant à l’influence de ce dernier sur la politique étrangère du pays. Cet épisode a également accru ses sollicitations par les médias, jusqu’à son intervention en direct sur la première chaîne de télévision russe, le 5 décembre dernier, largement reprise et traduite à l’étranger pour ses déclarations particulièrement belliqueuses envers l’Europe.

Du point de vue du Kremlin, Karaganov constitue une voix radicale supplémentaire permettant de durcir le discours sans impliquer directement le sommet de l’État. Il joue ainsi le rôle d’un épouvantail utile, à l’image de l’ancien président Dmitri Medvedev, dont les déclarations provocatrices s’inscrivent dans une stratégie de guerre psychologique contre l’Occident. Cette délégation du discours le plus extrême permet au pouvoir de préserver une posture officielle apparaissant comme ouverte à la négociation, tout en laissant circuler des messages plus agressifs par des canaux indirects.

Ainsi, invité du podcast de Tucker Carlson au mois de janvier 2026 dans un contexte de tensions inédites dans les relations transatlantiques dont le Kremlin entend profiter, Sergueï Karaganov a pu s’adresser à l’Amérique trumpiste par l’un de ses canaux favoris. Espérant sans doute être entendu jusque dans le Bureau ovale, il est allé toujours plus loin dans la surenchère, rappelant que « l’Europe est la source de tous les maux » et qu’elle serait « rayée de la carte de l’humanité » en cas d’assassinat de Vladimir Poutine…

The Conversation

Maxime Daniélou ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Sergueï Karaganov est-il vraiment l’architecte de la politique étrangère du Kremlin ? – https://theconversation.com/sergue-karaganov-est-il-vraiment-larchitecte-de-la-politique-etrangere-du-kremlin-272486

« Une bataille après l’autre » et « The Mastermind » : quand le cinéma révèle les échecs de la gauche aux États-Unis

Source: The Conversation – in French – By Gregory Frame, Teaching Associate in Media and Cultural Studies, University of Nottingham

Explorant les failles et la défaite de la gauche américaine, les films Une bataille après l’autre, de Paul Thomas Anderson, et The Mastermind, de Kelly Reichardt, sont sortis en 2025, tandis que Donald Trump faisait un retour en force. Chacun à leur manière, ils invitent les membres et les partisans du parti démocrate comme les activistes de la gauche radicale à faire leur introspection.


La victoire de Donald Trump en novembre 2024 a provoqué une profonde remise en question dans les forces de gauche de la politique états-unienne. Après avoir échoué, les dirigeants du Parti démocrate ont passé l’essentiel de l’année 2025 à panser leurs plaies, tandis que Trump lançait ce que ses opposants considèrent comme une attaque frontale contre la démocratie américaine.

La nouvelle année a commencé par de nouveaux scandales, tant sur le plan intérieur qu’extérieur, l’administration Trump agissant avec une impunité de plus en plus effrayante.




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Combinée à la poursuite de la montée du populisme de droite et de l’autoritarisme dans le monde entier, la version « 2.0 » de Trump est vécue comme une crise existentielle pour la gauche.

Le pays a déjà connu une telle situation. Les mouvements de protestation de gauche des années 1960 aux États-Unis ont contribué à d’importants changements législatifs – en particulier dans le domaine des droits civiques –, mais ils ont souvent été caricaturés comme étant « antipatriotiques », notamment s’agissant de la guerre du Vietnam. Le sentiment que le pays se désagrégeait sous l’action de jeunes radicaux violents a conduit la « majorité silencieuse » conservatrice à offrir la victoire électorale à Richard Nixon en 1968.

Depuis lors, la gauche institutionnelle étasunienne s’est détournée de l’idéalisme des années 1960 et a plutôt proposé des changements progressifs et limités. Mais cette stratégie ne s’est sans doute pas révélée très efficace au cours du dernier demi-siècle.

Dans le contexte d’une nouvelle défaite et d’un énième cycle d’introspection, il semble donc approprié que deux films portant sur les échecs de la politique révolutionnaire de gauche des années 1960 et 1970 émergent presque simultanément avec le retour en force de Trump.

Explorer l’activisme de gauche

Bien que très différents par leur style et leur ton, Une bataille après l’autre (2025), de Paul Thomas Anderson, et The Mastermind (2025), de Kelly Reichardt, critiquent ce qu’ils présentent comme l’insuffisance stratégique et l’autosatisfaction de l’activisme de gauche, tout en explorant son coût personnel.

Une bataille après l’autre met en scène l’ancien révolutionnaire Pat Calhoun, alias Bob, (Leonardo DiCaprio) qui tente de sauver sa fille Willa (Chase Infiniti) des griffes d’un colonel suprémaciste blanc, qui a tout d’un psychopathe, Lockjaw (Sean Penn). Bien que Bob ait autrefois résisté aux politiques d’immigration cruelles et racistes du gouvernement fédéral à travers une série de raids audacieux contre des centres de détention, la paternité et une consommation excessive de cannabis ont émoussé son ardeur révolutionnaire.

Au lieu de cela, Bob est désormais un bouffon quelque peu incompétent. Le film exploite à des fins comiques ses tentatives chaotiques pour communiquer avec la « French 75 », l’armée révolutionnaire dont il faisait autrefois partie, inspirée de groupes révolutionnaires réels des années 1960 et 1970, comme les Weathermen.

Déambulant en peignoir, il a oublié tous les codes et les conventions nécessaires pour évoluer dans cet univers. Des mots de passe aux pronoms, Bob est en décalage avec son époque.

Cependant, le film se permet aussi de se moquer du moralisme de la gauche. Alors que Bob devient de plus en plus agressif faute d’obtenir des informations sur un point de rendez-vous crucial, le radical à qui il parle au téléphone l’informe que le langage qu’il emploie nuit à son bien-être. Si Bob manque de compétences pour soutenir la révolution, ceux qui la dirigent sont trop fragiles pour en mener une à bien.

À l’inverse, The Mastermind suit J. B. Mooney (Josh O’Connor) dans ses tentatives d’échapper aux autorités après avoir orchestré le vol de quatre œuvres d’art dans un musée de banlieue. Mari, père et fils d’un juge, Mooney est privilégié, sans direction, désorganisé, égoïste et, semble-t-il, indifférent à l’impact de la guerre du Vietnam alors que le conflit fait rage autour de lui.

Sa désorganisation est évidente dès le moment où il réalise que l’école de ses enfants est fermée pour une journée de formation des enseignants, le jour du casse. Son privilège apparaît clairement lorsqu’il lui suffit de mentionner le nom de son père lors de son premier interrogatoire par la police pour qu’on le laisse tranquille.

Même ses tentatives de convaincre sa femme, Terri (Alana Haim), qu’il a agi pour elle et pour leurs enfants sont maladroites, puisqu’il finit par admettre qu’il l’a aussi fait pour lui-même.

Alors qu’il est en fuite, Mooney semble ignorer ce qui se passe réellement autour de lui, des jeunes hommes noirs qui discutent de leur déploiement imminent au Vietnam, aux bulletins d’information relatant la réalité de la guerre. Sans rien dévoiler, Mooney ne peut finalement échapper aux conséquences de la guerre du Vietnam sur la société américaine.

Des moments révélateurs dans les deux films suggèrent également l’engagement vacillant envers la révolution de la part de ses anciens adeptes. Dans The Mastermind, Mooney se cache chez Fred (John Magaro) et Maude (Gaby Hoffmann), un couple avec lequel il a fréquenté l’école d’art. Malgré son passé militant, Maude refuse de l’héberger plus d’une nuit par crainte d’attirer l’attention des autorités. Dans Une bataille après l’autre, la volonté de Bob de prendre des risques pour sa sécurité et sa liberté diminue lorsqu’il devient parent et il est, de manière assez problématique, prompt à juger la mère de Willa, Perfidia (Teyana Taylor), qui continue à agir à ses risques et périls.

Le cinéma politique des années 1970

Les deux films rappellent inévitablement les œuvres tout aussi politiques produites par le cinéma états-unien à la fin des années 1960 et au début des années 1970, telles que Cinq pièces faciles (1970), Macadam à deux voies (1971) et Chinatown (1974). Au cœur du contrecoup nixonien face au radicalisme des années 1960, ces films adoptent un ton de résignation défaitiste, mettant en scène des protagonistes sans direction et des fins malheureuses.

La conclusion de The Mastermind ressemble à celle de ces films des années 1970. Le film s’achève sur des policiers présents lors d’une manifestation contre la guerre du Vietnam, se félicitant mutuellement après avoir arrêté un nouveau groupe de manifestants et de les avoir envoyés en prison.

Bien qu’Une bataille après l’autre soit beaucoup plus pétillant dans son style, la politique révolutionnaire de gauche y apparaît aussi comme une impasse. Des victoires à plus petite échelle restent possibles : Sergio (Benicio del Toro) continue de se battre pour les immigrés sans papiers, et Willa s’enfuit pour rejoindre une manifestation Black Lives Matter à la fin du film.

Mais en regardant ces deux films depuis la perspective d’une nouvelle année où l’administration Trump menace de provoquer de nouveaux bouleversements violents, tant au plan national qu’international, je repense à la lamentation mélancolique de Captain America (Peter Fonda) vers la fin du classique de la contre-culture Easy Rider (1969) :

« On a tout gâché. »

The Conversation

Gregory Frame ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « Une bataille après l’autre » et « The Mastermind » : quand le cinéma révèle les échecs de la gauche aux États-Unis – https://theconversation.com/une-bataille-apres-lautre-et-the-mastermind-quand-le-cinema-revele-les-echecs-de-la-gauche-aux-etats-unis-274060

Du technocapitalisme aux Venture Capitals : la grande transformation des industries de défense

Source: The Conversation – in French – By Nicolas Minvielle, Spécialiste du design et de l’innovation, Audencia

La valeur de l’industrie de défense est en train de muter vers le monde du logiciel. Le monde d’hier est donc bien caduc. Imperial War Museums

Alors que le contexte géopolitique change en profondeur, de nouvelles entreprises émergent dans le monde de la défense. Après des décennies dominées par la puissance d’entreprises industrielles à l’ancienne, les start-up du logiciel deviennent des actrices clés. Retour sur une mutation en cours et décryptage des nouveaux enjeux qu’elle pose.


Dans le contexte de la guerre en Ukraine où l’« autonomie stratégique » devient un problème concret apparaît, à côté du traditionnel « complexe militaro-industriel »), un nouveau modèle que l’on pourrait décrire comme étant un complexe technocapitaliste. Un écosystème où start-up, fonds de capital-risque, fonds souverains, initiatives européennes et philanthropes techno-nationalistes investissent massivement dans la défense et la sécurité.

Non pas pour remplacer d’un coup la base industrielle et technologique de défense (BITD) – et ce malgré les annonces tonitruantes de certains de ces acteurs –, mais pour en modifier progressivement l’architecture, les acteurs et les temporalités.

Le dernier souper est servi

Le modèle qui domine encore aujourd’hui a pris forme dans les années 1990, avec la grande consolidation de l’industrie américaine de défense sous l’administration Clinton. Durant cette période, la base industrielle de défense américaine a connu une consolidation d’une ampleur inédite. Surnommé le last supper, ce moment d’accélération des fusions a donné naissance aux cinq géants qui dominent encore largement la défense américaine – Lockheed Martin, Boeing, Northrop Grumman, Raytheon et General Dynamics. Quelques grands maîtres d’œuvre – ces fameux Big Five – se partagent ainsi depuis l’essentiel des grands programmes : avions de combat, frégates, satellites, systèmes de commandement intégrés.




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Leur logique est celle de la commande publique lourde : des besoins définis par l’État, des appels d’offres longs, des cycles de développement qui se comptent en décennies, une forte intégration verticale, une relation quasi organique avec les ministères de la Défense. Ce modèle assure une certaine visibilité budgétaire et une capacité à gérer des systèmes d’une complexité extrême. Il produit aussi une grande inertie tant sur le plan technologique que procédural.

L’arrivée du monde du logiciel

Depuis une dizaine d’années, ce paysage est bousculé par des acteurs qui viennent, pour l’essentiel, du monde du logiciel : Anduril, Palantir, Helsing, Shield AI, et en France des entreprises comme Command AI. Leur point de départ n’est pas une plateforme matérielle (un avion, un navire, un char), mais le logiciel : fusion de données, IA, capteurs distribués, systèmes autonomes, couches de command & control.

Leurs méthodes de travail et de production, héritées de la tech consistent en itérations rapides, tests fréquents, déploiements progressifs, adaptation au retour du terrain plutôt qu’exécution d’un cahier des charges figé. Aux États-Unis, des dispositifs comme les Other Transaction Authority (OTA) ont été créés pour faciliter cette collaboration avec des acteurs non traditionnels, ce qui permet d’en contourner certaines lourdeurs réglementaires.

Traverser la « vallée de la mort »

Au sein de ces organisations, on sait prototyper plus vite, expérimenter plus tôt, et ce qu’elles que soient leurs origines géographiques. Mais le cœur du problème reste entier : beaucoup de ces start-up valident un démonstrateur… puis butent sur la « vallée de la mort » entre prototypes financés en mode agile et programmes pérennes inscrits en loi de finances. L’appareil budgétaire, taillé pour les grands industriels historiques, peine à absorber des solutions issues de ce nouveau monde.

En Europe, on tente d’importer cet esprit à travers des marchés d’innovation, des programmes d’expérimentation accélérée, des dispositifs dual-use. Mais la culture d’acquisition reste largement calibrée pour les grands programmes industriels, plutôt que pour des produits logiciels qui changent de version plusieurs fois par an.

La défense devient une classe d’actifs

Parallèlement à cette rupture technologique, c’est la structure du financement de la défense qui se transforme. La sécurité n’est plus seulement affaire de budgets ministériels ; elle devient aussi un segment identifié du capital-risque. Aux côtés des commandes publiques et des investissements des grands groupes se constitue un nouvel écosystème d’investisseurs composé :

  • des fonds privés spécialisés dans la défense, la sécurité et les technologies dites « civilisationnelles » (IA, autonomie, cyber, spatial, résilience d’infrastructures) ;

  • des fonds souverains et publics qui cherchent à orienter l’innovation vers des priorités de souveraineté ;

  • des dispositifs européens (fonds de fonds, véhicules dédiés) qui tentent de structurer un marché encore fragmenté ;

  • des philanthropes techno-nationalistes qui investissent par conviction politique ou civilisationnelle autant que pour le rendement (Peter Thiel par exemple).

Tous partagent la conviction que certaines technologiesIA militaire, lutte anti-drones, robotique autonome, surveillance avancée, sécurité spatiale – vont devenir structurantes, et que la valeur se créera très en amont, bien avant les grands contrats publics. Le schéma de l’industriel finançant la R&D sur fonds propres pour vendre ensuite un produit à marge encadrée recule. Le risque est socialisé dans le capital : les VC, les fonds souverains, les programmes européens prennent le risque initial, en misant sur l’hypothèse qu’un jour, une partie de la commande publique basculera vers ces nouvelles solutions.

Ce mouvement ne remplace pas le financement traditionnel par les États ; il l’encercle, le complète et le pousse à se réorganiser. Ministères de la Défense, Union européenne, Otan tentent désormais de co-concevoir des instruments (fonds, equity facilities, fonds d’innovation) pour ne pas laisser au seul capital privé le soin de définir, par ses paris, l’architecture future de la BITD.

Un dialogue nécessaire entre deux modèles

On l’aura compris, dans ce nouvel environnement, deux grandes logiques industrielles cohabitent. Du côté des industriels historiques, la chaîne de valeur part de l’expression de besoin : l’État formalise une exigence (un avion de combat, un système de défense antiaérienne, une frégate de nouvelle génération), lance un appel d’offres, sélectionne un industriel, et s’engage sur des décennies. La robustesse, la certification, l’intégration dans des architectures complexes sont centrales. Les marges sont encadrées, le risque est partagé, mais le tempo reste celui du temps long.

Les start-up de défense, à l’inverse, développent des produits avant que le besoin ne soit formalisé. Elles financent le développement puis se tournent vers les États en disant, en substance : « voilà ce que nous savons déjà faire, regardez si vous pouvez vous en passer ».

Cette asymétrie se voit dans la façon dont on conçoit les systèmes. Là où les grands industriels ont longtemps construit d’abord la plateforme matérielle, puis ajouté des couches logicielles au fil du temps, les nouveaux entrants adoptent une logique software first.

Un nouveau rapport de forces

Le cas d’Anduril est emblématique. Au cœur de sa stratégie se trouve un système d’exploitation tactique, conçu pour connecter capteurs, drones, effecteurs et flux de données. À partir de cette brique logicielle, l’entreprise déploie ensuite ses propres drones, capteurs, systèmes d’armes, en gardant la maîtrise de l’architecture logicielle qui fait la jonction. Le tout étant principalement focalisé sur La clientèle militaire.

Cette inversion du rapport de force – la valeur se loge dans le logiciel, la plateforme matérielle devient, jusqu’à un certain point, substituable – rend très concrète la question de la souveraineté : qui contrôle la brique logicielle qui orchestre l’ensemble ? Qui décide du rythme des mises à jour ? Où se situent les dépendances critiques ?

Elle rebat aussi les cartes du Hi–Low mix : comment articuler des systèmes lourds, rares et coûteux (avion de combat, frégate) avec des objets plus simples, distribués, produits en masse (drones, capteurs, effecteurs low cost). Les nouveaux acteurs occupent volontiers ce bas et ce milieu du spectre, la « masse agile » ; les industriels historiques doivent, eux, apprendre à descendre vers des produits plus modulaires, plus rapides, tout en continuant à garantir l’excellence sur les systèmes de très haute complexité.

Des horizons temporels différents

La rencontre entre capital-risque et défense met aussi au jour une tension structurante : celle des horizons temporels. Le Venture Capital (VC, ou capital-risque) raisonne en cycles de cinq à sept ans, avec l’idée que l’entreprise doit, soit atteindre une taille critique, soit être rachetée, soit entrer en bourse. Les ministères de la défense, eux, raisonnent sur vingt ou trente ans, voire davantage.

Ce décalage pose des questions très concrètes. Que se passe-t-il si un acteur clé de l’IA tactique ou du contre-drone, devenu indispensable sur le terrain, se retrouve fragilisé par la conjoncture financière, ou racheté par un acteur étranger ? Comment garantir la continuité d’une capacité opérationnelle dont la brique critique est portée par une entreprise structurée selon les logiques de la tech ?

Trois idées structurantes

À l’inverse, la défense ne peut plus ignorer le rythme d’innovation propre au logiciel. Attendre dix ans pour figer une architecture revient souvent à se condamner à déployer des systèmes déjà dépassés. D’où la montée en puissance de trois idées structurantes :

  • Le dual-use : privilégier les technologies qui ont, par construction, des débouchés civils et militaires (cyber, spatial, IA, robotique, résilience d’infrastructures). Cela élargit la base industrielle, répartit le risque et évite de concentrer des capacités critiques sur des marchés de niche.

  • Le « software-defined, hardware-enabled » : concevoir des systèmes où le cœur de valeur est dans l’algorithme (détection, fusion de capteurs, décision), et où le matériel – drone, capteur, effecteur – peut évoluer plus librement.

  • La modularisation et les architectures ouvertes : prévoir dès la conception des points d’insertion réguliers pour de nouvelles briques logicielles, de nouveaux capteurs, sans devoir réinventer tout le système.

Ces leviers ne font pas disparaître la tension entre temps court financier et temps long doctrinal, mais ils la rendent plus gérable. L’État peut, en théorie, remplacer une brique sans casser l’ensemble. Et le capital peut se concentrer sur des modules identifiables plutôt que sur des mégaprogrammes monolithiques.

BFM, 2025.

Jungle et zoo ou concilier l’inconciliable

On décrit parfois la situation actuelle comme la rencontre d’un « zoo » – celui des grands programmes, très régulés, très documentés, pensés pour durer – et d’une « jungle » peuplée d’insurgés technologiques, financés par les VC, en constante exploration.

Les nouveaux acteurs occupent des niches, souvent à la périphérie des grands programmes, mais avec un fort potentiel de diffusion. Pour l’instant, une grande partie d’entre eux reste dépendante de tremplins publics (contrats d’étude, expérimentations, appels à projets). Le marché réel, celui des grands volumes, demeure largement capté par les industriels historiques.

Dans le même temps, et le point est clé, les investisseurs privés se concentrent progressivement sur des profils plus mûrs : des entreprises qui ont déjà fait la preuve de leur solidité technique, de leur capacité à dialoguer avec les armées, de leur compréhension des contraintes réglementaires. On s’éloigne du fantasme de la start-up de défense sortie de nulle part pour se rapprocher d’acteurs hybrides, où se mêlent les cultures tech, industrielle et stratégique. Dit autrement, malgré le marketing ambiant, les investisseurs préfèrent accélérer des sociétés ayant une forme de maturité plutôt qu’une forme de risque extrême à tout va.

Quelles réponses européennes ?

Pour l’Europe, l’enjeu n’est pas de choisir entre la jungle et le zoo, ni de rêver à une table rase. Il est d’apprendre à articuler ces deux univers :

  • en assumant plus clairement une politique industrielle de défense, qui fixe des priorités et des lignes rouges ;

  • en construisant des passerelles institutionnelles et financières entre fonds souverains, VC et industriels historiques ;

  • en pensant la souveraineté non seulement en termes de plates-formes matérielles, mais aussi en termes d’architectures logicielles, de données, de standards.

Le « complexe technocapitaliste » ne supprime pas le complexe militaro-industriel. Il le met à l’épreuve, l’oblige à se transformer et offre, si l’on sait le canaliser, de nouveaux leviers pour renforcer une souveraineté européenne qui ne peut plus se contenter de dépendre des choix technologiques et politiques des autres.

The Conversation

Nicolas Minvielle est membre du comité d’orientation de La Fabrique de la Cité, et du collectif Making Tomorrow

Marie Roussie travaille au sein de Alt-a et est membre du Collectif Making Tomorrow.

ref. Du technocapitalisme aux Venture Capitals : la grande transformation des industries de défense – https://theconversation.com/du-technocapitalisme-aux-venture-capitals-la-grande-transformation-des-industries-de-defense-273707

Tanzania’s president raised hopes for women’s political representation – the 2025 elections show much remains to be done

Source: The Conversation – Africa (2) – By Victoria Melkisedeck Lihiru, Lecturer, Faculty of Law, The Open University of Tanzania

President Samia Suluhu Hassan’s historic rise as Tanzania’s first woman head of state broke a decades-old tradition of male dominance. In keeping with political precedent, she also became chairperson of the ruling Chama cha Mapinduzi (CCM) party. That made Hassan the first woman to hold this position.

For decades, women’s representation in Tanzania’s parliament has relied heavily on reserved quota seats rather than direct electoral success. With a woman as president, women’s rights organisations held high expectations for reforms that would dismantle systemic barriers to women’s political participation.

The reform priorities they championed included defined gender representation in party leadership. They also sought measures to address weaknesses associated with reserved seats. The quota system could be improved by introducing uniform nomination procedures, geographical accountability and term limits. Lobbyists also sought robust laws to end violence against women in elections.

Nine months into her tenure, Hassan established a taskforce to review Tanzania’s multiparty democratic framework. Among other things, its report made two important proposals to promote gender inclusion in political participation:

  • a requirement that no gender should constitute less than 40% of leadership positions within political parties

  • a mandate for all political parties to entrench equality and strengthen internal democracy.

The taskforce report crystallised in three key laws:

These new laws contained several positive developments. All political parties were required to implement gender and social inclusion policies. Gender-based violence was recognised as an electoral offence.

I am a legal scholar with a research interest in women’s political participation on the continent, both at the national level and within political parties. I was keen to assess how the reforms undertaken in 2024 would pan out in the 2025 elections.

My analysis of the 2025 election results shows that there were some minor gains. Women constituted 32.2% (558 out of 1,735) of parliamentary candidates in 2025, up from 23.3% in 2020. This suggests a modest expansion of women’s participation at the candidacy stage. But it also underscores the persistence of structural barriers to equal political competition, with men comprising 68% of parliamentary candidates.

However, the limited progress observed at the parliamentary level collapses sharply at the local level. Only 9.6% (700 out of 7,289) of candidates for local councils were women. This is an alarmingly low figure, given the importance of these positions for developing future leadership pipelines.

It’s my argument that the 2025 elections demonstrate that the presence of a woman at the helm, while symbolically powerful, does not necessarily translate into a gender-equitable electoral environment.

Reform gaps

Public participation was made a central part of the legislative process. This was a welcome shift from the previous administration’s approach in which most laws were passed under certificate of urgency. But the reforms glaringly failed to advance tangible progress.

Conspicuously missing were mandatory quotas for women’s representation across crucial spheres: party leadership, nomination lists, and electoral-management bodies.

Furthermore, there are no political-party financing mechanisms or public subsidies to women, youth, or persons with disabilities that would improve equity. The lack of exemptions from election deposits for marginalised groups further reinforced existing structural barriers to political participation.

The appointment procedures outlined in the Independent Electoral Commission Act offered no assurance of gender balance within the electoral management body’s composition.

What can be said for the reforms is that they strengthened accessibility measures for persons with disabilities and illiterate voters. Also significant was the expansion of the Independent Electoral Commission’s mandate to include local-government elections. This addressed long-standing demands to detach the local elections from ministerial influence.

A particularly significant change was the abolition of unopposed victories. All candidates, even in uncontested races, would now face a mandatory “Yes” or “No” vote. The abolition of unopposed victories removed a key mechanism through which electoral outcomes were previously engineered at the nomination stage.

Under the old system, party elites could secure automatic wins by blocking or pressuring rivals – often women aspirants – out of the race. This often left more influential candidates to be declared elected without voter input. Requiring a mandatory “Yes” or “No” vote reintroduced voter scrutiny, reduced the incentive to manipulate nominations, and limited the use of procedural exclusion to sideline women candidates.

Political parties as gendered gatekeepers

My analysis of party practices towards the 2025 general elections shows that these limitations in national law found parallels in political-party practices. In January 2025, Chama Cha Demokrasia na Maendeleo (Chadema)’s internal elections resulted in all top positions being retained by men. This continued a trend dating back to 1992.

Chadema’s “No Reform, No Elections” stance led to its controversial exclusion from the 2025 polls. Its absence carried gendered implications, given the party’s consistent record of fielding a higher number of female candidates than other parties.

In 2020, Chadema fielded 58 women candidates, compared to CCM’s 24. While all CCM women candidates reportedly won their seats, only one Chadema woman did so. Chadema’s absence in the 2025 elections therefore reduced the overall pool of female aspirants.

At ACT-Wazalendo, the party’s Dorothy Semu was sidelined in favour of Luhaga Mpina for the presidential race. Mpina, a CCM defector, was then barred from contesting due to legal and procedural battles.

Against this backdrop, CCM appointed Asha Rose Migiro as its first female party general secretary, a milestone in a wider context of political manoeuvring.

Women as candidates

Women were represented as presidential candidates (18%) and as running mates (53%). The United Movement for Democracy became the first party in Tanzanian history to field women for both executive positions. For the first time, Zanzibar featured women, Laila Rajab Khamis, Isha Salim Hamad and Naima Salum Hamad, on the presidential ballot.

There were 272 elective parliamentary seats in 2025. This translates to 115 reserved seats for women. The 155 are joined by 36 women elected from constituencies. The representation of 39.5% is an improvement over the 2020 election outcome of 37.5%.

The 2025 national elections unfolded amid nationwide demonstrations which prompted a curfew in the capital and a nationwide internet shutdown. President Hassan was announced to have received 97.6% of the votes and was sworn in. However, both the Southern African Development Community and African Union missions reported that the elections fell short of regional standards for democratic and inclusive processes.

Opposition sources and later the government reported widespread electoral violence that led to death and destruction of properties.

Symbolism without structural change

The results of this election show that Tanzania is yet to address the structural challenges associated with women’s reserved seats.

For real change to occur, high-level representation must be accompanied by deep structural reforms. These include:

  • mandatory party quotas within political party leadership structures and candidate lists

  • gender quotas in the composition of Independent National Electoral Commission

  • a proportional representation electoral system

  • equitable resourcing for women aspirants and candidates

  • allowing independent candidacy

  • a mindset shift that challenges societal biases and affirms women’s leadership among citizens and electoral stakeholders.

The political commitment for substantive gender equality must go above merely numerical representation.

The Conversation

Victoria Melkisedeck Lihiru does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Tanzania’s president raised hopes for women’s political representation – the 2025 elections show much remains to be done – https://theconversation.com/tanzanias-president-raised-hopes-for-womens-political-representation-the-2025-elections-show-much-remains-to-be-done-271863

What detox really means, and why most detox diets miss the point

Source: The Conversation – UK – By Rachel Woods, Senior Lecturer in Physiology, University of Lincoln

ViDI Studio/Shutterstock

After the indulgence of festive treats, the idea of starting the year with a clean slate can be appealing. Detox powders, pills, teas and juice “cleanses” all promise a fast reset, often with bold claims about flushing toxins from the body.

These promises sound scientific, but they don’t match what detox actually means. In medicine, detoxification refers to the removal of harmful substances from the body under controlled conditions, especially in the context of substance dependence or poisoning.

Outside of this context, the wellness industry has stretched the word to cover a wide range of practices and products that claim to rid the body of unspecified toxins. These claims are not supported by medical science.

Our bodies come with their own highly effective detoxification system. The liver and kidneys do most of the work. When we eat or drink, nutrients and waste products enter the bloodstream and pass through the liver. The liver produces bile to help break down fats and remove toxins through faeces and urine.

Blood then passes through the kidneys, where tiny filtering units called nephrons remove waste and excess substances, sending purified blood back into circulation.
Smaller amounts of waste are also removed through sweat, exhaled air and normal digestion. When this system fails, the effects are serious and obvious. People develop symptoms that require urgent medical care, not a special juice cleanse.

An issue with detox culture is that it could even encourage overconsumption, particularly of alcohol, in the hope that a post-binge cleanse will undo the damage. The only reliable way to limit alcohol’s impact is to reduce how much we drink. No smoothie or detox drink reverses the effects of excess alcohol.

Detox approaches vary widely. Some are mostly harmless but unhelpful, while others carry real risks. The harmless group tends to rely on ideas that sound healthy at first glance but are not backed by good evidence.

Juice cleanses and liquid-only diets, for example, remove or break down a lot of the fibre from the fruit and vegetables. Some vitamins and antioxidant compounds are also lost, and the sugars become more rapidly available because the structure of the plant is broken down. While drinking fruit and vegetables as a juice is better than not having them at all, eating whole fruits and vegetables tends to keep you fuller longer and provides more consistent nutritional benefits than drinking juice.

Lemon water is another common recommendation. It may taste sharp and refreshing, but it does not burn fat or remove toxins.

Detox teas are frequently marketed with added herbs or minerals. Some contain nutrients such as selenium, but these are already found in many everyday foods including seafood, poultry and nuts.

Close up of colourful cocktails being prepared at a bar
The latest detox trend won’t compensate for binge drinking.
Nykonchuk Oleksii/Shutterstock

Many detox plans encourage cutting out alcohol and caffeine. Reducing alcohol intake has clear, well-established benefits for health, but cutting out coffee or tea entirely is unnecessary for most people. Moderate caffeine intake, roughly three to four cups of coffee a day, can fit comfortably into a healthy diet and may even have some benefits.

Some detox practices move beyond being unhelpful and become dangerous. Excessive fluid intake is a feature of several detox regimes.

A case report described a woman who arrived at hospital with seizures after consuming large amounts of water and herbal remedies as part of a detox regime. Her sodium levels had dropped sharply, a condition called hyponatraemia, caused by diluting the salts in the body faster than the kidneys could correct the balance.

Detox pills and powders can also pose risks, and their ingredients are not always clear.

Some herbal supplements marketed for cleansing or liver support have been associated with liver injury, such as products containing concentrated green tea extract, turmeric or complex herbal mixtures. It is an unfortunate irony that these products can end up harming the very organ that performs most of the body’s detoxification.

So, is there any evidence to support a New Year’s detox diet? The short answer is no. Healthy liver and kidney function is sufficient to process everyday dietary intake. When the body’s detox system fails, as in kidney failure, medical interventions such as dialysis (not lemon water or herbal drinks) are required.
For the rest of us, small, sustainable changes are far more effective than extreme short-term cleanses.

Starting a new eating pattern in January can be motivating, but drastic, restrictive routines are difficult to maintain. Research shows that consistent, moderate changes, such as increasing fruit and vegetable intake, and reducing excess free sugar and alcohol support long-term health better than fad detoxes.

Ultimately, your body’s natural systems are remarkably efficient. Trusting them, and supporting them with everyday healthy choices, is far more effective than chasing the latest juice, powder, or tea. A sustainable approach, rather than a radical reset, will serve your health best, not only in January, but all year long.


In the first episode of Strange Health, a new visualised podcast from The Conversation, hosts Katie Edwards and Dan Baumgardt put detox culture under the microscope and ask a simple question: do we actually need to detox at all?

Strange Health explores the weird, surprising and sometimes alarming things our bodies do. Each episode takes a popular health or wellness trend, viral claim or bodily mystery and examines what the evidence really says, with help from researchers who study this stuff for a living.

Katie Edwards, a health and medicine editor at The Conversation and Dan Baumgardt, a GP and lecturer in health and life sciences at the University of Bristol share a longstanding fascination with the body’s improbabilities and limits, plus a healthy scepticism for claims that sound too good to be true.

Strange Health is hosted by Katie Edwards and Dan Baumgardt. The executive producer is Gemma Ware, with video and sound editing by Sikander Khan. Artwork by Alice Mason.

Dan and Katie talk about two social media clips in this episode, one from 30.forever on TikTok and one from velvelle_store on Instagram.

Listen to Strange Health via any of the apps listed above, download it directly via our RSS feed or find out how else to listen here. A transcript is available via the Apple Podcasts or Spotify apps.

The Conversation

Rachel Woods does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. What detox really means, and why most detox diets miss the point – https://theconversation.com/what-detox-really-means-and-why-most-detox-diets-miss-the-point-269585

Europe wants to end its dangerous reliance on US internet technology

Source: The Conversation – UK – By Johan Linåker, Adjunct Assistant Professor in Computer Science, Lund University

Helsingborg in Sweden is undergoing a city-wide trial of how its services would respond to a complete digital shutdown. Collection Maykova/Shutterstock

Imagine the internet suddenly stops working. Payment systems in your local food store go down. Healthcare systems in the regional hospital flatline. Your work software tools, and all the information they contain, disappear.

You reach out for information but struggle to communicate with family and friends, or to get the latest updates on what is happening, as social media platforms are all down. Just as someone can pull the plug on your computer, it’s possible to shut down the system it connects to.

This isn’t an outlandish scenario. Technical failures, cyber-attacks and natural disasters can all bring down key parts of the internet. And as the US government makes increasing demands of European leaders, it is possible to imagine Europe losing access to the digital infrastructure provided by US firms as part of the geopolitical bargaining process.

At the World Economic Forum in Davos, Switzerland, the EU’s president, Ursula von der Leyen, has highlighted the “structural imperative” for Europe to “build a new form of independence” – including in its technological capacity and security. And, in fact, moves are already being made across the continent to start regaining some independence from US technology.

A small number of US-headquartered big tech companies now control a large proportion of the world’s cloud computing infrastructure, that is the global network of remote servers that store, manage and process all our apps and data. Amazon Web Services (AWS), Microsoft Azure and Google Cloud are reported to hold about 70% of the European market, while European cloud providers have only 15%.

My research supports the idea that relying on a few global providers increases vulnerabilty for Europe’s private and public sectors – including the risk of cloud computing disruption, whether caused by technical issues, geopolitical disputes or malicious activity.

Two recent examples – both the result of apparent technical failures – were the hours‑long AWS incident in October 2025, which disrupted thousands of services such as banking apps across the world, and the major Cloudflare incident two months later, which took LinkedIn, Zoom and other communication platforms offline.

The impact of a major power disruption on cloud computing services was also demonstrated when Spain, Portugal and some of south-west France endured a massive power cut in April 2025.

EU president Ursula von der Leyen urges greater European independence in response to ‘seismic change’. Video: Guardian News.

What happens in a digital blackout?

There are signs that Europe is starting to take the need for greater digital independence more seriously. In the Swedish coastal city of Helsingborg, for example, a one-year project is testing how various public services would function in the scenario of a digital blackout.

Would elderly people still receive their medical prescriptions? Can social services continue to provide care and benefits to all the city’s residents?

This pioneering project seeks to quantify the full range of human, technical and legal challenges that a collapse of technical services would create, and to understand what level of risk is acceptable in each sector. The aim is to build a model of crisis preparedness that can be shared with other municipalities and regions later this year.

Elsewhere in Europe, other forerunners are taking action to strengthen their digital sovereignty by weaning themselves off reliance on global big tech companies – in part through collaboration and adoption of open source software. This technology is treated as a digital public good that can be moved between different clouds and operated under sovereign conditions.

In northern Germany, the state of Schleswig-Holstein has made perhaps the clearest break with digital dependency. The state government has replaced most of its Microsoft-powered computer systems with open-source alternatives, cancelling nearly 70% of its licenses. Its target is to use big tech services only in exceptional cases by the end of the decade.

Across France, Germany, the Netherlands and Italy, governments are investing both nationally and transnationally in the development of digital open-source platforms and tools for chat, video and document management – akin to digital Lego bricks that administrations can host on their own terms.

In Sweden, a similar system for chat, video and online collaboration, developed by the National Insurance Agency, runs in domestic data centres rather than foreign clouds. It is being offered as a service for Swedish public authorities looking for sovereign digital alternatives.

Your choices matter

For Europe – and any nation – to meaningfully address the risks posed by digital blackout and cloud collapse, digital infrastructure needs to be treated with the same seriousness as physical infrastructure such as ports, roads and power grids.

Control, maintenance and crisis preparedness of digital infrastructure should be seen as core public responsibilities, rather than something to be outsourced to global big tech firms, open for foreign influence.

To encourage greater focus on digital resilience among its member states, the EU has developed a cloud sovereignty framework to guide procurement of cloud services – with the intention of keeping European data under European control. The upcoming Cloud and AI Development Act is expected to bring more focus and resources to this area.

Governments and private companies should be encouraged to demand security, openness and interoperability when seeking bids for provision of their cloud services – not merely low prices. But in the same way, as individuals, we can all make a difference with the choices we make.

Just as it’s advisable to ensure your own access to food, water and medicine in a time of crisis, be mindful of what services you use personally and professionally. Consider where your emails, personal photos and conversations are stored. Who can access and use your data, and under what conditions? How easily can everything be backed up, retrieved and transferred to another service?

No country, let alone continent, will ever be completely digitally independent, and nor should they be. But by pulling together, Europe can ensure its digital systems remain accessible even in a crisis – just as is expected from its physical infrastructure.

The Conversation

Johan Linåker does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Europe wants to end its dangerous reliance on US internet technology – https://theconversation.com/europe-wants-to-end-its-dangerous-reliance-on-us-internet-technology-274042

I research the harm that can come to teenagers on social media. I don’t support a ban

Source: The Conversation – UK – By Emily Setty, Associate Professor in Criminology, University of Surrey

Rawpixel.com/Shutterstock

The UK government has launched a consultation on introducing an Australian-style ban on social media for under-16s. The proposal is framed as a bold response to rising concerns about young people’s mental health, online abuse and exposure to harmful content.

At first glance, a ban sounds straightforward: keep children away from platforms that can cause harm. But as someone who has spent years researching young people’s digital lives, relationships and wellbeing, I believe that a blanket ban risks misunderstanding both the problem and the solution.

My research with teenagers consistently shows that the harms young people experience online are not separate from the harms they face offline. Bullying, racism, sexism, coercion, exclusion and body image pressures all pre-date social media. Digital platforms can amplify these problems, but they do not create them from scratch.

In focus groups I conducted with teenagers and research I carried out with young people during the pandemic, participants described online life as an extension of school corridors, peer groups and local communities. This is what scholars increasingly call a “post-digital” reality. Young people do not experience online and offline as separate worlds, but as a single, interconnected continuum.

If harms are socially rooted, then technical restrictions alone are unlikely to solve them. A ban treats social media as the problem, rather than asking deeper questions about why certain behaviours – harassment, shaming, misogyny, exploitation – occur in the first place.

We also need to ask why digital spaces have become the default arenas for meeting so many needs in the first place. Over years of funding cuts to youth services, reduced community spaces and intensified academic pressures, online platforms have filled a gap.

They did not simply colonise young people’s lives. They were invited into a vacuum created by adult policy decisions. A ban addresses the symptom of these developments while leaving the wider contexts untouched.




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Young people’s social worlds are ‘thinning’ – here’s how that’s affecting wellbeing


There is also a practical problem. Age-based bans are difficult to enforce. Young people are resourceful digital citizens. Many will find workarounds, migrate to unregulated platforms or simply lie about their age.

This risks driving online activity underground, away from any oversight of parents, teachers and support services. Instead of engaging with young people where they already are, a ban could make it harder to identify those who are struggling and need help.

A recent joint statement signed by more than 40 children’s charities, digital safety experts and bereaved families warns of the danger that blanket prohibitions may isolate vulnerable young people from peer support networks and crisis resources.

What young people say they need

Many young people are critical of social media. In my research on online harms and influencer culture, young people frequently describe feeling exhausted by comparison culture, constant notifications and the pressure to be “always on”. They often say they want more time offline and more meaningful face-to-face connection.

Teenagers with phone sat on steps
Teens want more authentic experiences and to be able to talk to adults about social media.
SeventyFour/Shutterstock

This ambivalence shows that young people are not passive victims of technology but can identify problems and articulate the kind of digital lives they want. They ask for better education, more honest conversations and greater adult understanding.

They want to learn how to set boundaries, recognise coercion and algorithmic manipulation, and manage conflict. Above all, they want to be taken seriously as partners in solving the problems they face.

A blanket ban treats young people as a single homogeneous group, ignoring the diversity of their experiences, needs and circumstances. It assumes that what is protective for one young person will be protective for all, rather than recognising that risks and benefits are shaped by identity, relationships, resources and context.

What parents are really worried about

Parents’ perspectives add another important layer. In research colleagues and I have carried out with families, many parents express deep ambivalence about social media. They worry about online harms and often voice a nostalgic desire to return to a pre-internet era of childhood.

Yet this nostalgia is rarely about technology alone. It is more often an expression of feeling out of control as parents, in the face of powerful tech companies, complex digital cultures and broader social changes they perceive to be reshaping their children’s lives.

Parents describe feeling torn between wanting to protect their children, while recognising that digital communication is central to modern friendship and learning. They fear both the risks of their children being online and the risks of exclusion from being offline.

In this context, a ban can feel like an attractive proposition. It promises to restore a sense of order and authority. But it risks misdiagnosing the problem. What parents are asking for is not simply prohibition but more support to navigate these tensions, including clearer regulation of platforms, better education in schools and more resources to help families manage digital life together.

The illusion of simple fixes

The appeal of a ban lies in its simplicity. But complex social problems rarely yield to simple technological solutions.

Real progress will be slower and less headline-grabbing. It involves investing in high-quality relationships and sex education that reflects young people’s digital realities, and supporting parents to have informed conversations. It means regulating platform design to reduce exploitation and harassment, and holding social media companies more accountable. And it requires rebuilding the offline services and spaces that give young people genuine alternatives.

Social media is not an external danger that young people occasionally visit. It is woven into their everyday social worlds. By cutting young people off from the spaces through which they meet real personal, interpersonal and social needs, a ban risks leaving them unmoored.

A generation growing up in a networked world needs guidance, not exclusion from the spaces where their lives unfold. Policy must start from how young people actually live, not from adult fears about technology. If we want young people to be safer online, the answer is not to ban their digital lives, but to help them navigate them.

The Conversation

Emily Setty receives funding from ESRC, Leverhulme Trust, University of Surrey and various government, third-sector and for-profit organisations.

ref. I research the harm that can come to teenagers on social media. I don’t support a ban – https://theconversation.com/i-research-the-harm-that-can-come-to-teenagers-on-social-media-i-dont-support-a-ban-273835

After the Quake: an ambitious adaptation of Haruki Murakami’s stories born from the 1995 Kobe earthquake

Source: The Conversation – UK – By Thomas Caffrey, Tutor/Lecturer in English Literature, Dublin City University

NHK

The 1995 Kobe earthquake was a catastrophe that disturbed the very foundations of modern Japan. In inspired, as many natural disasters do, great works of art, music, and literature, including Haruki Murakami’s sparse and enigmatic short story collection After the Quake.

After the Quake (2000) comprises six tales that alternate between emotional turmoil and flights of whimsy. The collection responds to the national tragedy that unfolded in the wake of the earthquake – families were divided, homes were destroyed and infrastructure was decimated.

This film first had life as a TV series for Japanese station NHK. The original episodes have been stitched together and repackaged as an anthology film for Netflix’s global audience. The film features four of the collection’s six stories and director Tsuyoushi Inoue confidently reconfigures Murakami’s tales so that they speak directly to other tragedies in chronological order.

The first story, UFO in Kushiro, takes place during the aftermath of the 1995 Kobe earthquake. The shoreline setting of Landscape With Flatiron ominously foreshadows the March 2011 Tōhoku earthquake and tsunami, which triggered the Fukushima Daiichi nuclear crisis and still remains the most powerful earthquake ever recorded in Japan. All God’s Children can Dance is set during COVID, while the final story, Super-Frog Saves Tokyo is a modern-day fable that aims to tie all these disparate strands together.

Actor Masaki Okada and screenwriter Takamasa Ōe reunite after having previously worked together on the 2022 Academy Award-winning Murakami adaptation Drive My Car. Their expertise in Murakami-land renders them steady hands to guide the film.




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How to read Haruki Murakami in English the Japanese way – in four steps


As previously seen in Drive My Car, Ōe demonstrates a canny ability to transmute multiple stories into a satisfying overarching narrative. Meanwhile Okada, the lead of UFO in Kushiro, delivers a performance of polite banality entirely removed from his insidious and devilish Drive My Car character. His blank slate protagonist is a perfect representation of the typical Murakami narrator: a dazed and unremarkable man of submerged conflicts.

Meticulously constructed and shot, the first part follows a young man whose wife divorces him without explanation following the Kobe earthquake. The connection between the two events is unclear. In need of solitude to work out this puzzle, he travels to the northern island of Hokkaido with a mysterious package.

This section is strongly acted, with Okada finding good support in Ai Hashimoto. It is technically excellent too: cinematographer Yasutaka Watanabe makes the most of the vertical lines of Japanese houses, creating a paper theatre effect in which a pleasing sense of depth is created by a series of framed sliding doors and rigid, angular proportions.

This first part – and to a lesser extent, the two follow-up stories – feels indebted to the late-90s cinematic output of director Kiyoshi Kurosawa, whose work similarly features architectural geometry, static takes and an extensive wardrobe of heavy knit. After the Quake shares with Kurosawa a sense of the genuinely eerie: an early scene involving a woman whose face is preternaturally bathed in shadow is unsettling and recalls Kurosawa’s underrated horror Retribution (2006).

Moments like this capture the essence of Murakami’s appeal. As a writer, Murakami is an obsessive documenter of the mundane. His fiction is not so much punctuated as defined by grocery shopping, vegetable chopping, and red-light traffic stopping. But this has a paradoxical effect. Only through curating such a recognisable and “normal” world can the truly shocking and absurd moments of novels satisfyingly land. This is a quality often overlooked in Murakami adaptations.

Lee Chang-dong’s otherwise superior Murakami adaptation Burning (2018) is entirely neurotically bleak and fails to create a sense of normality. Meanwhile the recent Murakami animation Blind Willow, Sleeping Woman (2022) is weird and off-putting from the outset. After the Quake takes pains to create a feeling of safety and normality, before it threatens this stability with the absurd.

If After the Quake falters, it is at the finish line. The final 40 minutes of the film, which draws on Murakami’s beloved story Super-Frog Saves Tokyo, are spirited and funny. But attempts to unify too many disparate narrative threads stretch the section a little thin.

Earlier in the film, the thematic connections between stories were hinted at. By overtly making visible the connective strings, the engagingly synaptic structure of the film collapses a little as subtlety gives way to literalism. This undercuts the mysterious power of the apparently disconnected stories.

Nonetheless, the Super-Frog sequences remain entertaining and ambitious. Among Murakami’s most fantastical stories, it involves a giant talking frog who invites a man named Katagiri (delicately portrayed by Koichi Sato) to battle Worm, Frog’s arch nemesis who’s responsible for earthquakes all across Japan. Frog is wonderfully realised onscreen through an old-fashioned monster costume. He is lovable, trustworthy, and utterly bizarre.

Super-Frog is something of a Murakami classic and was recently re-released in English translation by Jay Rubin in a beautiful illustrated standalone volume. Ōe and Inoue do not adapt the story straight, instead presenting a wistful sequel to the original tale.

In the film’s version, 30 years have passed since Frog and Katagiri last met. By meeting again to battle Worm, the film argues for the timelessness of the original story. If Worm is a stand-in for natural disaster, there must always be a Super-Frog and an everyman to stand against it.

In all, After the Quake is an audacious and spirited film that captures the essence of the Murakami experience. The closing moments are touching, elegiac and tender, serving as a suitable closing for a fine adaptation of a master storyteller’s work.

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The Conversation

Thomas Caffrey does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. After the Quake: an ambitious adaptation of Haruki Murakami’s stories born from the 1995 Kobe earthquake – https://theconversation.com/after-the-quake-an-ambitious-adaptation-of-haruki-murakamis-stories-born-from-the-1995-kobe-earthquake-273838