Tout comprendre à l’ICE, la police de l’immigration au cœur des polémiques aux États-Unis

Source: The Conversation – in French – By Frédérique Sandretto, Adjunct assistant professor, Sciences Po

Le Service de l’immigration et des douanes des États-Unis, ou ICE, est l’une des agences fédérales favorites de Donald Trump, qui en a très largement augmenté le budget alors même qu’il réduisait celui de bien d’autres administrations. Chargée avant tout d’arrêter et d’expulser les supposés millions de clandestins se trouvant sur le territoire national, elle recrute des milliers d’agents, qui sont rapidement formés et quasi immédiatement envoyés sur le terrain. Très critiquée pour ses méthodes violentes, l’organisation est plus que jamais sous le feu des projecteurs actuellement, après deux arrestations à Minneapolis (Minnesota) qui ont provoqué la mort des personnes interpellées. L’administration Trump fait bloc autour du Service, tandis que le Parti démocrate et de très nombreux simples citoyens la dénoncent et, souvent, réclament sa dissolution immédiate.


L’Immigration and Customs Enforcement (ICE), agence fédérale américaine chargée de l’application des lois sur l’immigration et les douanes, a été officiellement créée le 1er mars 2003, dans le cadre d’une vaste réorganisation gouvernementale consécutive aux attentats du 11 septembre 2001. Son instauration résulte directement du Homeland Security Act de 2002, signé par le président George W. Bush, qui visait à renforcer la sécurité intérieure des États-Unis en consolidant plusieurs agences fédérales sous l’égide du nouveau Département de la Sécurité intérieure (DHS).

L’ICE a absorbé les fonctions de l’ancien Immigration and Naturalization Service (INS) et de l’United States Customs Service, deux entités dissoutes pour permettre une gestion plus centralisée et plus efficace des questions migratoires et douanières, dans un contexte marqué par la lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale.

Sa création est donc indissociable des bouleversements politiques et sécuritaires provoqués par les attaques du 11 septembre 2001, qui ont conduit les autorités américaines à repenser en profondeur leur approche de la sécurité nationale, en intégrant notamment une dimension plus répressive et plus préventive à la gestion des flux migratoires et des échanges commerciaux. L’ICE a été conçue pour jouer un rôle clé dans cette stratégie, en combinant des pouvoirs civils et pénaux afin de mieux protéger le territoire national contre les menaces extérieures, qu’elles soient terroristes, criminelles ou liées à l’immigration illégale.

Explosion budgétaire sous la seconde présidence Trump

Sous Bush puis sous son successeur Barack Obama, l’agence se consacre essentiellement à la lutte contre le terrorisme et contre les gangs transnationaux, même si elle procède déjà à de nombreuses expulsions de sans-papiers. Ses capacités seront accrues lors du premier mandat Trump, et Joe Biden ne les réduira pas : lors de sa dernière année à la Maison Blanche, 274 000 personnes seront expulsées, soit un peu plus que lors de l’année la plus « productive » en la matière du premier mandat Trump. Mais c’est le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2025 qui marquera un véritable tournant majeur pour l’ICE, avec une augmentation spectaculaire de ses moyens financiers.

En juillet 2025, le Congrès, à majorité républicaine, a adopté la loi dite « One Big Beautiful Bill Act », qui a alloué environ 75 milliards de dollars (plus de 63 milliards d’euros) supplémentaires à l’ICE sur plusieurs années, dont une grande partie disponible jusqu’en 2029. Sur ce montant, 45 milliards (soit quelque 37,8 milliards d’euros) sont destinés à l’expansion massive des capacités de détention (visant potentiellement à la création de plus de 100 000 places supplémentaires), et environ 30 milliards (environ 25,2 milliards d’euros) à l’intensification des opérations d’arrestation, de traque et d’expulsion.

Ajoutés au budget annuel classique d’environ 10 milliards de dollars, environ 8,4 milliards d’euros, (maintien pour l’exercice fiscal 2026), ces fonds portent le budget effectif de l’agence à des niveaux inédits, souvent estimés autour de 28 milliards à 30 milliards de dollars (de 23,5 milliards à 25,2 milliards d’euros) par an en 2025-2026, soit près du triple du budget d’avant 2025.

Cette manne financière a permis de doubler les effectifs (passés à environ 22 000 agents aujourd’hui), d’offrir des primes d’embauche allant jusqu’à 50 000 dollars (plus de 42 000 euros) et de financer la plus grande opération d’expulsions de l’histoire américaine : plus de 300 000 personnes sur la seule année 2025 – comme promis par le président.

Post de l’ICE sur X, reprenant une esthétique bien connu de l’appel à s’engager (le dessin d’origine, montrant l’Oncle Sam invitant les jeunes Américains à rejoindre l’armée avec le slogan « I want you for U.S. Army » datait de 1917, en pleine Première Guerre mondiale). Le texte dit : « Pas de limite d’âge. Prime à la signature de 50 000 $. Défendre la patrie. Qu’attendez-vous ? Répondez à l’appel pour servir au sein de l’ICE. »
@Icegov/X

Les critiques, qui viennent notamment de la part des élus démocrates au Congrès, dénoncent un « fonds sans garde-fous » favorisant une machine répressive sans précédent, tandis que les partisans de Trump y voient un outil indispensable pour « rendre l’Amérique sûre à nouveau ».

L’ICE et la crise de Minneapolis

Depuis le début du second mandat de Donald Trump, l’ICE s’est imposée comme l’une des institutions fédérales les plus sujettes à controverse, en raison notamment de pratiques opérationnelles fréquemment dénoncées pour leur caractère excessif, voire abusif.

Cette polarisation a atteint son paroxysme en janvier 2026, lorsque l’agence s’est retrouvée au centre d’une crise sociopolitique majeure à Minneapolis (Minnesota), ses agents ayant abattu deux personnes dans le courant de ce mois. Cette séquence, encore loin d’être achevée au moment où ces lignes sont écrites, a catalysé les tensions latentes, accumulées depuis plusieurs années, concernant tant les modalités d’intervention de l’ICE que la légitimité même de son mandat institutionnel.

Petit rappel des faits : le 7 janvier dernier, Renée Nicole Good, une mère de famille américaine de 37 ans, a été tuée par balles par un agent de l’ICE lors d’une opération de contrôle de l’immigration dans la métropole du Minnesota. Les circonstances de sa mort, rapidement appuyées par des vidéos tournées par des témoins diffusées sur les réseaux sociaux, ont révélé une scène d’une grande violence : alors que Good se trouvait dans son véhicule, garé en travers de la route depuis seulement quelques minutes, un agent de l’ICE a fait usage de son arme à feu, la touchant à quatre reprises, dont deux balles dans la poitrine et une à la tête.

Le 24 janvier 2026, dans la même ville, des agents de l’ICE tuaient Alex Pretti, un infirmier américain venu filmer une de leurs opérations. Pretti a reçu plusieurs balles dans le corps alors qu’il se trouvait au sol, immobilisé et ne présentant aucun danger, le pistolet qu’il portait – légalement – sur sa personne lui ayant été retiré, sans qu’il n’ait d’ailleurs cherché à s’en saisir.

L’impact de ces deux événements a été immédiat et profond, tant sur le plan local que national. Minneapolis, déjà marquée par la mort de George Floyd en 2020 et les mouvements de protestation contre les violences policières qui avaient suivi, est devenue une nouvelle fois l’épicentre d’une mobilisation citoyenne massive.

Dès le lendemain de la mort de Renée Good, des manifestations ont éclaté dans plusieurs villes américaines, dénonçant ce que les participants qualifiaient de « meurtre » et assimilant les actions de l’ICE à des pratiques « terroristes ». Les images des rassemblements, où des milliers de personnes brandissaient des pancartes et des photos de la victime, ont circulé massivement, tandis que des personnalités publiques, comme l’artiste Bruce Springsteen, ont publiquement exprimé leur indignation et leur soutien aux familles touchées.

Le maire de Minneapolis Jacob Frey ainsi que le gouverneur du Minnesota Tim Walz, tous deux démocrates (Walz était le colistier de Kamala Harris à la dernière présidentielle), ont rapidement condamné les actions de l’ICE, exigeant le retrait immédiat des agents fédéraux de leur État et dénonçant « le chaos, les perturbations et les traumatismes » infligés à la communauté locale. Ces prises de position ont mis en lumière les tensions persistantes entre les autorités locales, souvent démocrates et favorables à une approche plus humaniste de l’immigration, et le gouvernement fédéral, dont la politique migratoire s’est durcie sous l’administration Trump, spécialement depuis son retour au pouvoir en 2025.

La mort d’Alex Pretti a suscité les mêmes réactions, encore plus fortes peut-être du fait de la répétition à court terme, dans la même ville, d’une scène similaire à celle du décès de Renée Good : les protestations massives consécutives à la tragédie du 7 janvier n’avaient donc pas suffi à empêcher un bis repetita.

Sur le plan politique, l’affaire a également révélé les profondes divisions qui traversent la société américaine. Alors que des enquêtes fédérales et locales ont été ouvertes pour éclaircir les circonstances exactes de la mort de Renée Good, les réactions des responsables politiques ont été plus que contrastées.

Le vice-président J. D. Vance, par exemple, a rapidement soutenu la version des faits avancée par l’ICE à propos de la mort de Renée Good, selon laquelle la victime aurait tenté de faire obstruction à l’opération en cours, une affirmation infirmée par les vidéos et les témoignages indépendants. De même, Greg Bovino, l’un des principaux responsables de l’ICE, est allé jusqu’à affirmer que les agents ayant abattu Alex Pretti avaient agi en « légitime défense » et que l’infirmier avait eu pour objectif de « massacrer » des agents des forces de l’ordre. Quant à Donald Trump, il a dans les deux cas imputé la responsabilité des faits au « chaos » créé par les démocrates.

Dans le camp d’en face, la condamnation des méthodes de l’ICE et du soutien systématique que lui offrent les responsables républicains, qu’il s’agisse de Trump, de Vance, ou encore de la secrétaire à la sécurité intérieure Kristi Noem, a été tout aussi unanime. De Bernie Sanders à Bill Clinton et Barack Obama, en passant par le leader des démocrates au Congrès Hakeem Jeffries, les leaders démocrates ont tous fait part de leur consternation et de leur dégoût, dans des termes très vifs.

L’ICE et au-delà : illustration d’une société plus polarisée que jamais

Cette polarisation des discours a alimenté une crise de confiance envers les institutions fédérales, déjà fragilisées par des années de controverses autour des pratiques de l’ICE.

En effet, les morts de Renée Good et d’Alex Pretti ont relancé le débat sur la légitimité même de l’ICE en tant qu’institution. Des appels à sa dissolution, portés par des mouvements militants et des élus locaux, se sont multipliés, tandis que des sondages réalisés dans les jours suivant l’incident ont révélé une désapprobation majoritaire de l’action de l’agence parmi la population américaine. Plus de 50 % des personnes interrogées ont jugé les méthodes de l’ICE « trop énergiques », et une majorité a exprimé une forte désapprobation de son fonctionnement, soulignant un fossé croissant entre les objectifs affichés de sécurité nationale et les réalités vécues par les communautés directement affectées par ses opérations.

En définitive, l’affaire de Minneapolis s’inscrit dans une trajectoire historique plus large. L’ICE, née dans le sillage des attentats du 11-Septembre, est devenue le symbole d’une approche sécuritaire de l’immigration, souvent au détriment des droits humains et de la cohésion sociale. Les événements de janvier 2026, en révélant les excès et les dangers d’une telle politique, ont non seulement ravivé les mémoires des violences passées, mais ont aussi posé avec une acuité nouvelle la question de l’équilibre entre sécurité et liberté dans une démocratie libérale.

The Conversation

Frédérique Sandretto ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Tout comprendre à l’ICE, la police de l’immigration au cœur des polémiques aux États-Unis – https://theconversation.com/tout-comprendre-a-lice-la-police-de-limmigration-au-coeur-des-polemiques-aux-etats-unis-274229

Ontario’s Bill 33 raises serious concern about campus equity and student rights

Source: The Conversation – Canada – By Aasiya Satia, Doctoral candidate, Higher Education Leadership, Western University

Ontario’s Bill 33, passed in November 2025, could change how post-secondary admissions decisions are made, as well as how student fees are managed and what campus services they fund.

Each year, tens of thousands of university and college applicants come from communities that are historically underrepresented in higher education.

These policy changes could shape who gains access to programs, supports and opportunities for success.

The Council of Ontario Universities (COU) and many other educational groups and advocates and students have raised serious concerns about how the bill reaches into educational affairs. Some note that the bill comes at a time when there are ongoing public debates about institutional independence and decision-making.




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Ontario’s Bill 33 expands policing in schools and will erode democratic oversight


The provincial government says Bill 33, which it termed the Supporting Children and Students Act, will make education more transparent and consistent. The law affects school boards, colleges and universities.

For us as scholars whose combined expertise spans strategic planning, equity, anti-oppressive forms of education and learning accessibility, the bill’s reach into admissions raises serious concerns about equity and student rights.

Discussion of ‘merit’

A section of the bill “requires colleges of applied arts and technology and publicly assisted universities to assess applicants based on merit and to publish the criteria and process to be used for assessment into programs of study.”

Greater transparency in admissions is positive. But if merit is defined too narrowly, it could block diverse pathways to post-secondary admissions that recognize different kinds of achievement, leaving out students from marginalized communities.

Steps leading up to an archway.
If merit is defined too narrowly, it could block diverse pathways to post-secondary admissions.
(Saforrest/Wikimedia Commons), CC BY-SA

Studies in professional and medical education show that relying only on grades can miss other signs of potential, like life experience, community work and meeting the needs of society.




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Resisting the backlash against equity in medicine will improve health outcomes for all


Grades seem objective, but they depend on many factors like family income and access to school and community resources — along with teacher and parent expectations and how much time students have to study while balancing work, family, community and other responsibilities.

Students from low-income, Black, Indigenous, rural or otherwise marginalized communities often face big challenges even before applying to college or university. These challenges reflect longstanding gaps in income and education.

Bill 33 doesn’t explain what “merit” means. Without a clear definition, admissions could end up favouring students who already have advantages. New rules will soon define how merit is measured, and these rules will be very important. If they don’t protect equity-focused pathways, the law could make existing gaps even worse.

Student fees and risk to campus services

Fair admissions are only part of the story. Bill 33 also changes how student fees are handled. These changes could harm students from marginalized communities.

Student groups have raised strong concerns about how Bill 33 could affect ancillary fees and the services they fund.

According to the Ontario Undergraduate Student Alliance, “ancillary fees are democratically approved by students, for students.” These are extra student fees that fund essential services such as food banks, wellness centres, accessibility programs, cultural programs, transportation and safety programs. These services could be at risk if the province gains more control over how fees are defined and charged.

In 2019, student groups successfully challenged Ontario’s Student Choice Initiativ. Through this measure, the province tried to limit ancillary fees but the court ruled it didn’t have the legal authority to do so at the time. Bill 33 responds to that ruling by changing the law itself, giving the province clear authority to regulate student fees.

The Canadian Federation of Students in Ontario has warned that focusing on fee oversight may distract from deeper problems in higher education, including chronic underfunding and high tuition costs.

Could weaken student-led supports, harm equity

Under Bill 33, the government can decide which fees can be charged and under what rules. Most universities clearly list how ancillary fees are used. For example, at McMaster University, these fees help fund transit passes, wellness services, career supports and refugee student programs.

How fees are managed is closely linked to the government’s broader oversight of universities, linking financial decisions to questions of accountability, governance and whose voices are heard in decision-making.

Student groups have long played a key role in raising equity concerns and ensuring local needs are addressed. If more decisions are made at the provincial level, student voices could carry less weight unless students are clearly included in new rules and decision-making processes.

Looking ahead: Equity is not automatic

As universities begin to apply Bill 33, students and faculty may notice changes in how admissions decisions are explained, how student fees are handled and how transparency rules are used.

These changes will not look the same at every campus. Their impact will depend on how the rules are interpreted and whether universities make equity a clear priority in their policies.

While the law may seem neutral, its real impact will depend on how it is put into practice and whose experiences are considered.

Ensuring equitable access to higher education requires careful planning, enough funding and meaningful input from students, faculty and communities most affected by these changes.

Equity will not happen by chance. It will depend on the choices universities and policymakers make now, and on whose voices are heard in those decisions.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Ontario’s Bill 33 raises serious concern about campus equity and student rights – https://theconversation.com/ontarios-bill-33-raises-serious-concern-about-campus-equity-and-student-rights-272548

Tout comprendre à l’ICE, l’agence migratoire américaine au cœur des polémiques

Source: The Conversation – in French – By Frédérique Sandretto, Adjunct assistant professor, Sciences Po

Le Service de l’immigration et des douanes des États-Unis, ou ICE, est l’une des agences fédérales favorites de Donald Trump, qui en a très largement augmenté le budget alors même qu’il réduisait celui de bien d’autres administrations. Chargée avant tout d’arrêter et d’expulser les supposés millions de clandestins se trouvant sur le territoire national, elle recrute des milliers d’agents, qui sont rapidement formés et quasi immédiatement envoyés sur le terrain. Très critiquée pour ses méthodes violentes, l’organisation est plus que jamais sous le feu des projecteurs actuellement, après deux arrestations à Minneapolis (Minnesota) qui ont provoqué la mort des personnes interpellées. L’administration Trump fait bloc autour du Service, tandis que le Parti démocrate et de très nombreux simples citoyens la dénoncent et, souvent, réclament sa dissolution immédiate.


L’Immigration and Customs Enforcement (ICE), agence fédérale américaine chargée de l’application des lois sur l’immigration et les douanes, a été officiellement créée le 1er mars 2003, dans le cadre d’une vaste réorganisation gouvernementale consécutive aux attentats du 11 septembre 2001. Son instauration résulte directement du Homeland Security Act de 2002, signé par le président George W. Bush, qui visait à renforcer la sécurité intérieure des États-Unis en consolidant plusieurs agences fédérales sous l’égide du nouveau Département de la Sécurité intérieure (DHS).

L’ICE a absorbé les fonctions de l’ancien Immigration and Naturalization Service (INS) et de l’United States Customs Service, deux entités dissoutes pour permettre une gestion plus centralisée et plus efficace des questions migratoires et douanières, dans un contexte marqué par la lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale.

Sa création est donc indissociable des bouleversements politiques et sécuritaires provoqués par les attaques du 11 septembre 2001, qui ont conduit les autorités américaines à repenser en profondeur leur approche de la sécurité nationale, en intégrant notamment une dimension plus répressive et plus préventive à la gestion des flux migratoires et des échanges commerciaux. L’ICE a été conçue pour jouer un rôle clé dans cette stratégie, en combinant des pouvoirs civils et pénaux afin de mieux protéger le territoire national contre les menaces extérieures, qu’elles soient terroristes, criminelles ou liées à l’immigration illégale.

Explosion budgétaire sous la seconde présidence Trump

Sous Bush puis sous son successeur Barack Obama, l’agence se consacre essentiellement à la lutte contre le terrorisme et contre les gangs transnationaux, même si elle procède déjà à de nombreuses expulsions de sans-papiers. Ses capacités seront accrues lors du premier mandat Trump, et Joe Biden ne les réduira pas : lors de sa dernière année à la Maison Blanche, 274 000 personnes seront expulsées, soit un peu plus que lors de l’année la plus « productive » en la matière du premier mandat Trump. Mais c’est le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2025 qui marquera un véritable tournant majeur pour l’ICE, avec une augmentation spectaculaire de ses moyens financiers.

En juillet 2025, le Congrès, à majorité républicaine, a adopté la loi dite « One Big Beautiful Bill Act », qui a alloué environ 75 milliards de dollars (plus de 63 milliards d’euros) supplémentaires à l’ICE sur plusieurs années, dont une grande partie disponible jusqu’en 2029. Sur ce montant, 45 milliards (soit quelque 37,8 milliards d’euros) sont destinés à l’expansion massive des capacités de détention (visant potentiellement à la création de plus de 100 000 places supplémentaires), et environ 30 milliards (environ 25,2 milliards d’euros) à l’intensification des opérations d’arrestation, de traque et d’expulsion.

Ajoutés au budget annuel classique d’environ 10 milliards de dollars, environ 8,4 milliards d’euros, (maintien pour l’exercice fiscal 2026), ces fonds portent le budget effectif de l’agence à des niveaux inédits, souvent estimés autour de 28 milliards à 30 milliards de dollars (de 23,5 milliards à 25,2 milliards d’euros) par an en 2025-2026, soit près du triple du budget d’avant 2025.

Cette manne financière a permis de doubler les effectifs (passés à environ 22 000 agents aujourd’hui), d’offrir des primes d’embauche allant jusqu’à 50 000 dollars (plus de 42 000 euros) et de financer la plus grande opération d’expulsions de l’histoire américaine : plus de 300 000 personnes sur la seule année 2025 – comme promis par le président.

Post de l’ICE sur X, reprenant une esthétique bien connu de l’appel à s’engager (le dessin d’origine, montrant l’Oncle Sam invitant les jeunes Américains à rejoindre l’armée avec le slogan « I want you for U.S. Army » datait de 1917, en pleine Première Guerre mondiale). Le texte dit : « Pas de limite d’âge. Prime à la signature de 50 000 $. Défendre la patrie. Qu’attendez-vous ? Répondez à l’appel pour servir au sein de l’ICE. »
@Icegov/X

Les critiques, qui viennent notamment de la part des élus démocrates au Congrès, dénoncent un « fonds sans garde-fous » favorisant une machine répressive sans précédent, tandis que les partisans de Trump y voient un outil indispensable pour « rendre l’Amérique sûre à nouveau ».

L’ICE et la crise de Minneapolis

Depuis le début du second mandat de Donald Trump, l’ICE s’est imposée comme l’une des institutions fédérales les plus sujettes à controverse, en raison notamment de pratiques opérationnelles fréquemment dénoncées pour leur caractère excessif, voire abusif.

Cette polarisation a atteint son paroxysme en janvier 2026, lorsque l’agence s’est retrouvée au centre d’une crise sociopolitique majeure à Minneapolis (Minnesota), ses agents ayant abattu deux personnes dans le courant de ce mois. Cette séquence, encore loin d’être achevée au moment où ces lignes sont écrites, a catalysé les tensions latentes, accumulées depuis plusieurs années, concernant tant les modalités d’intervention de l’ICE que la légitimité même de son mandat institutionnel.

Petit rappel des faits : le 7 janvier dernier, Renée Nicole Good, une mère de famille américaine de 37 ans, a été tuée par balles par un agent de l’ICE lors d’une opération de contrôle de l’immigration dans la métropole du Minnesota. Les circonstances de sa mort, rapidement appuyées par des vidéos tournées par des témoins diffusées sur les réseaux sociaux, ont révélé une scène d’une grande violence : alors que Good se trouvait dans son véhicule, garé en travers de la route depuis seulement quelques minutes, un agent de l’ICE a fait usage de son arme à feu, la touchant à quatre reprises, dont deux balles dans la poitrine et une à la tête.

Le 24 janvier 2026, dans la même ville, des agents de l’ICE tuaient Alex Pretti, un infirmier américain venu filmer une de leurs opérations. Pretti a reçu plusieurs balles dans le corps alors qu’il se trouvait au sol, immobilisé et ne présentant aucun danger, le pistolet qu’il portait – légalement – sur sa personne lui ayant été retiré, sans qu’il n’ait d’ailleurs cherché à s’en saisir.

L’impact de ces deux événements a été immédiat et profond, tant sur le plan local que national. Minneapolis, déjà marquée par la mort de George Floyd en 2020 et les mouvements de protestation contre les violences policières qui avaient suivi, est devenue une nouvelle fois l’épicentre d’une mobilisation citoyenne massive.

Dès le lendemain de la mort de Renée Good, des manifestations ont éclaté dans plusieurs villes américaines, dénonçant ce que les participants qualifiaient de « meurtre » et assimilant les actions de l’ICE à des pratiques « terroristes ». Les images des rassemblements, où des milliers de personnes brandissaient des pancartes et des photos de la victime, ont circulé massivement, tandis que des personnalités publiques, comme l’artiste Bruce Springsteen, ont publiquement exprimé leur indignation et leur soutien aux familles touchées.

Le maire de Minneapolis Jacob Frey ainsi que le gouverneur du Minnesota Tim Walz, tous deux démocrates (Walz était le colistier de Kamala Harris à la dernière présidentielle), ont rapidement condamné les actions de l’ICE, exigeant le retrait immédiat des agents fédéraux de leur État et dénonçant « le chaos, les perturbations et les traumatismes » infligés à la communauté locale. Ces prises de position ont mis en lumière les tensions persistantes entre les autorités locales, souvent démocrates et favorables à une approche plus humaniste de l’immigration, et le gouvernement fédéral, dont la politique migratoire s’est durcie sous l’administration Trump, spécialement depuis son retour au pouvoir en 2025.

La mort d’Alex Pretti a suscité les mêmes réactions, encore plus fortes peut-être du fait de la répétition à court terme, dans la même ville, d’une scène similaire à celle du décès de Renée Good : les protestations massives consécutives à la tragédie du 7 janvier n’avaient donc pas suffi à empêcher un bis repetita.

Sur le plan politique, l’affaire a également révélé les profondes divisions qui traversent la société américaine. Alors que des enquêtes fédérales et locales ont été ouvertes pour éclaircir les circonstances exactes de la mort de Renée Good, les réactions des responsables politiques ont été plus que contrastées.

Le vice-président J. D. Vance, par exemple, a rapidement soutenu la version des faits avancée par l’ICE à propos de la mort de Renée Good, selon laquelle la victime aurait tenté de faire obstruction à l’opération en cours, une affirmation infirmée par les vidéos et les témoignages indépendants. De même, Greg Bovino, l’un des principaux responsables de l’ICE, est allé jusqu’à affirmer que les agents ayant abattu Alex Pretti avaient agi en « légitime défense » et que l’infirmier avait eu pour objectif de « massacrer » des agents des forces de l’ordre. Quant à Donald Trump, il a dans les deux cas imputé la responsabilité des faits au « chaos » créé par les démocrates.

Dans le camp d’en face, la condamnation des méthodes de l’ICE et du soutien systématique que lui offrent les responsables républicains, qu’il s’agisse de Trump, de Vance, ou encore de la secrétaire à la sécurité intérieure Kristi Noem, a été tout aussi unanime. De Bernie Sanders à Bill Clinton et Barack Obama, en passant par le leader des démocrates au Congrès Hakeem Jeffries, les leaders démocrates ont tous fait part de leur consternation et de leur dégoût, dans des termes très vifs.

L’ICE et au-delà : illustration d’une société plus polarisée que jamais

Cette polarisation des discours a alimenté une crise de confiance envers les institutions fédérales, déjà fragilisées par des années de controverses autour des pratiques de l’ICE.

En effet, les morts de Renée Good et d’Alex Pretti ont relancé le débat sur la légitimité même de l’ICE en tant qu’institution. Des appels à sa dissolution, portés par des mouvements militants et des élus locaux, se sont multipliés, tandis que des sondages réalisés dans les jours suivant l’incident ont révélé une désapprobation majoritaire de l’action de l’agence parmi la population américaine. Plus de 50 % des personnes interrogées ont jugé les méthodes de l’ICE « trop énergiques », et une majorité a exprimé une forte désapprobation de son fonctionnement, soulignant un fossé croissant entre les objectifs affichés de sécurité nationale et les réalités vécues par les communautés directement affectées par ses opérations.

En définitive, l’affaire de Minneapolis s’inscrit dans une trajectoire historique plus large. L’ICE, née dans le sillage des attentats du 11-Septembre, est devenue le symbole d’une approche sécuritaire de l’immigration, souvent au détriment des droits humains et de la cohésion sociale. Les événements de janvier 2026, en révélant les excès et les dangers d’une telle politique, ont non seulement ravivé les mémoires des violences passées, mais ont aussi posé avec une acuité nouvelle la question de l’équilibre entre sécurité et liberté dans une démocratie libérale.

The Conversation

Frédérique Sandretto ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Tout comprendre à l’ICE, l’agence migratoire américaine au cœur des polémiques – https://theconversation.com/tout-comprendre-a-lice-lagence-migratoire-americaine-au-coeur-des-polemiques-274229

La dictature du prolétariat, vie et mort d’un projet politique

Source: The Conversation – in French – By Yves Santamaria, Historien, Maître de conférence émérite, Sciences Po Grenoble – Université Grenoble Alpes

Affiche de propagande soviétique, Lénine au premier plan.

Il y a cinquante ans, en février 1976, le Parti communiste français (PCF) abandonnait officiellement le projet de « dictature du prolétariat ». Que recouvrait réellement cette notion dans la doctrine et la pratique communistes, et comment a-t-elle été interprétée au fil du temps ?


On peut distinguer chez les partisans de la dictature du prolétariat plusieurs versions se démarquant à des degrés divers de l’ordre démocratique libéral/représentatif.

Pour le leader bolchevik Lénine (1870-1924) :

« La dictature du prolétariat est une lutte opiniâtre, sanglante et non sanglante, violente et pacifique, militaire et économique, pédagogique et administrative, contre les forces et les traditions de la vieille société. »

Dans sa mouture la plus rassurante, le terme « dictature » est revendiqué en tant que système provisoire visant à écarter le chaos après la mise à bas de l’ordre ancien et s’oppose donc – selon une nomenclature antique – à la « tyrannie ». Elle se présente également, du fait de la référence prolétarienne, comme une alternative progressiste à la « dictature de la bourgeoisie »

Paternités

La paternité de la formule semble pouvoir être attribuée au socialiste français Auguste Blanqui (1805-1881). Croyant à la nécessité d’un petit groupe organisé de révolutionnaires, il se plaçait dans la continuité de figures, telles que Jean-Paul Marat (1743-1793) ou Gracchus Babeuf (1760-1797). Il s’agissait dans l’esprit de ces derniers de suspendre pour un temps – selon leur interprétation du modèle romain – les droits fondamentaux afin de briser la résistance des ennemis de la Révolution.

Karl Marx (1818-1883) recueille cet héritage en affichant sa volonté de le dépasser de façon dialectique. En fait, il récuse toute prétention d’une minorité à se substituer aux masses révolutionnaires. Selon la narration historique qu’il développe :

« La lutte des classes conduit nécessairement à la dictature du prolétariat [qui] elle-même ne constitue que la transition à l’abolition de toutes les classes et à une société sans classes. »

L’idée d’un accaparement éventuel du pouvoir est selon lui balayée vu que les communistes « ne forment pas un parti distinct opposé aux autres partis ouvriers » et « n’ont point d’intérêts qui les séparent de l’ensemble du prolétariat ».

Une postérité socialiste

Même si Marx n’a guère développé son idée, l’expression a connu une belle postérité dans les rangs socialistes. En France, le concept de « dictature du prolétariat » est notamment assumé par Jules Guesde (1845-1922) alors même que son courant tire profit de son insertion dans le jeu parlementaire. Souhaitant désamorcer la contradiction entre le slogan et la défense des valeurs républicaines, Jean Jaurès (1859-1914) préconise l’abandon de cette perspective. Sans pour autant renoncer à la violence ou au projet communiste, il franchit le pas en 1901 :

« Une minorité révolutionnaire, si intelligente, si énergique qu’elle soit, ne suffit pas, du moins dans les sociétés modernes, à accomplir la révolution. Il y faut le concours, l’adhésion de la majorité, de l’immense majorité. »

Pour autant, la « dictature du prolétariat » ne disparaîtra que progressivement de la rhétorique socialiste. À preuve, son usage par Léon Blum (1872-1950) à l’occasion de la fracture de la social-démocratie française consécutive à la révolution russe de 1917. Devant les militants réunis à Tours en décembre 1920, il affirme n’avoir peur « ni du mot ni de la chose » : le Parti socialiste est prêt à exercer sa dictature au nom du prolétariat en vertu, précise-t-il, « d’une fiction à laquelle nous acquiesçons tous ». Son refus d’adhérer à l’Internationale communiste repose sur son hostilité à l’organisation centralisée, hiérarchisée et militarisée des bolcheviks :

« Dictature d’un parti, oui, dictature d’une classe, oui, dictature de quelques individus, connus ou inconnus, cela, non. »

De la théorie à la pratique

Si la dictature du prolétariat autorisait l’exercice d’une violence sans bornes contre la « bourgeoisie », à compter de novembre 1917, son champ d’application allait connaître une inflation considérable.

Après les mesures adoptées par les bolcheviks russes contre les membres de l’appareil d’État et les couches possédantes, vint rapidement le tour de l’ensemble des diverses fractions politiques et sociologiques de la société. Ouvriers grévistes ou paysans rétifs face à l’extorsion de leur grain, tous les récalcitrants furent englobés sous l’appellation « contre-révolutionnaire » et à ce titre devenaient la cible d’un appareil répressif performant : dès le 23 novembre, tous les individus suspectés de sabotage, de spéculation et d’accaparement étaient susceptibles d’être arrêtés sur le champ comme « ennemis du peuple ».

Lenine et Staline à Gorki près de Moscou
Lénine et Staline à Gorki près de Moscou.

Après le renversement du tsarisme (mars 1917), le Gouvernement provisoire avait engagé un processus électoral devant déboucher sur la mise en place de nouvelles institutions. Défavorables aux bolcheviks, les résultats des élections à l’Assemblée constituante furent appréciés en ces termes par ceux qui, depuis mars 1918, se désignaient comme « communistes », notamment Lénine :

« Le prolétariat doit d’abord renverser la bourgeoisie et conquérir pour lui le pouvoir politique ; ce pouvoir politique, c’est-à-dire la dictature prolétarienne, il doit ensuite s’en servir comme d’un moyen pour s’attirer la sympathie de la majorité des travailleurs. »

En définitive, le pouvoir soviétique et la dictature du prolétariat constituaient aux yeux de Lénine et de ses camarades une forme plus élevée d’expression démocratique qu’un Parlement.

En foi de quoi, le 6 janvier 1918, les travaux de l’Assemblée sont interrompus manu militari par les bolcheviks. Seule la guerre civile peut alors ouvrir une issue à la crise. La « Terreur rouge » s’inscrit dès lors dans un processus d’une implacable « rationalité ». Elle représente désormais, aux yeux de ses promoteurs comme des anticommunistes de tous bords, la manifestation concrète de la dictature du prolétariat.

Après la victoire du Parti communiste, son secrétaire général Staline (1879-1953) inscrit en 1924 cette politique dans la durée :

« Il faut considérer la dictature du prolétariat, le passage du capitalisme au communisme, non comme une période éphémère d’actes et de décrets “éminemment révolutionnaires” mais comme toute une époque historique remplie de guerres civiles et de conflits extérieurs, d’un opiniâtre travail d’organisation et d’édification économique, d’offensives et de retraites, de victoires et de défaites. »

L’Espagne, banc d’essai de la « démocratie populaire »

Pour autant, le réalisme stalinien s’attachait à établir une distinction entre l’essentiel (la souveraineté et l’indépendance du Parti communiste) et les infinies conjonctures se dévoilant au cours de la « période historique ». C’est ainsi que, en 1936, dans le cadre de la guerre civile espagnole (1936-1939), se fit jour un autre modèle de transition adapté à la conjoncture locale : la « démocratie populaire ». Cette politique illustre le tournant advenu à la suite de la victoire de Hitler en 1933 : il s’agissait d’élargir les alliances avec les forces susceptibles de s’opposer au nazisme.

D’où la promotion « d’un type spécifique de république, avec une authentique démocratie populaire. Il ne s’agira pas encore d’un État soviétique, mais bien d’un État antifasciste, de gauche, auquel participera le secteur authentiquement de gauche de la bourgeoisie ». Staline ratifie cette ligne dans une lettre au socialiste espagnol Largo Caballero (1869-1946) dans laquelle il recommande pour l’Espagne une voie parlementaire au socialisme pour « empêcher que les ennemis de l’Espagne voient en elle une république communiste ». Telle fut également la stratégie développée après 1945 en Europe de l’Est.

La paille des mots…

En Extrême-Orient l’affirmation de la dictature du prolétariat revint rapidement au premier plan, sitôt assurée l’hégémonie du parti communiste vis-à-vis de ses concurrents, un temps présentés comme partenaires au sein de « fronts nationaux » visant le départ des Japonais ou des Européens. La taxinomie n’était d’ailleurs pas toujours fidèle à la formulation canonique. La constitution de la Corée du Nord définit ainsi le régime en place comme une « dictature de la démocratie du peuple ». Si la Chine post-maoïste recourt encore à la marque déposée « dictature du prolétariat », le Vietnam l’a jetée par-dessus bord en 1992. Mais après tout Staline l’avait déjà évacuée en 1936 dans une Constitution présentée par lui comme « la plus démocratique du monde », quelques mois avant le déclenchement de la grande terreur (700 000 assassinats…).

En Europe, l’expression fit brièvement l’actualité dans la seconde moitié des années 1970, au cours d’un intermède dit « eurocommuniste » où les partis communistes espagnol, français et italien affichèrent une prise de distance avec l’URSS. Dans une situation internationale marquée par l’extension maximale du système communiste (Sud-Vietnam, Angola, Mozambique, Éthiopie…), les trois PC furent alors écartelés entre leurs liens avec un communisme soviétique triomphant et des conjonctures jugées porteuses dans le cadre national : mort de Franco en Espagne, alliance avec les socialistes en France, rapprochement avec la démocratie chrétienne en Italie.

C’est de cette période que date, lors du XXIIe congrès du Parti communiste français (PCF) (février 1976), l’annonce unilatérale par son secrétaire général Georges Marchais (1920-1997) de l’abandon par le PCF de la notion de dictature du prolétariat. L’aspect emblématique de la déclaration n’échappa à personne : l’objectif figurait en 1919 parmi les 21 conditions de l’adhésion à l’Internationale communiste. Cette atteinte à l’identité du Parti fut partiellement compensée par diverses campagnes visant à flatter la clientèle populaire, telles que la dénonciation de la pornographie, de la drogue et de l’immigration incontrôlée. Elle fut insuffisante à éviter, dès l’année suivante, un décrochage électoral par rapport à un Parti socialiste en phase ascendante. Le désamour entre la France et son Parti communiste relevait d’un processus difficile à enrayer par la seule dédiabolisation. Et la querelle parut bientôt relever du sexe des anges devant un déclin bientôt précipité par l’effondrement du système soviétique.

The Conversation

Yves Santamaria ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La dictature du prolétariat, vie et mort d’un projet politique – https://theconversation.com/la-dictature-du-proletariat-vie-et-mort-dun-projet-politique-272117

« Paresseux et complaisants » : des retraités suédois racontent comment la suppression de l’impôt sur la fortune a transformé leur pays

Source: The Conversation – in French – By Miranda Sheild Johansson, Senior Research Fellow in Social Anthropology, UCL

Quels sont les impacts de la suppression d’un impôt au-delà des personnes et des agents économiques concernés ? Les Suédois ont aboli l’impôt sur la fortune en 2007. Ce faisant, c’est toute la vision de la société partagée jusque-là qui pourrait avoir été ébranlée. Car la fiscalité n’est pas qu’une affaire économique. Elle a aussi un rôle social, voire individuel.


Pendant une grande partie du XXe siècle, la Suède jouissait à juste titre de la réputation d’être l’un des pays les plus égalitaires d’Europe. Pourtant, au cours des deux dernières décennies, elle s’est transformée en ce que le journaliste et auteur Andreas Cervenka qualifie de « paradis pour les super-riches ».

Aujourd’hui, la Suède affiche l’un des ratios de milliardaires en dollars les plus élevés au monde et abrite de nombreuses start-up « licornes », valorisées à au moins un milliard de dollars américains (850 millions d’euros), dont la plateforme de paiement Klarna et le service de streaming audio Spotify

La suppression de l’impôt sur la fortune (förmögenhetsskatten) il y a vingt ans s’inscrit pleinement dans cette évolution, tout comme, la même année, l’instauration de généreuses déductions fiscales pour les travaux domestiques et la rénovation des logements. Vingt ans plus tard, le nombre de foyers suédois qui emploient du personnel de ménage est devenu l’un des signes révélateurs d’un pays de plus en plus fracturé socialement.

Dans le cadre de mes recherches anthropologiques sur les relations sociales que produisent les différents systèmes fiscaux, j’ai travaillé avec des retraités dans les banlieues sud de la capitale suédoise, Stockholm, afin de comprendre comment ils perçoivent la baisse du niveau de taxation au cours de leurs dernières années de vie.

Cette évolution s’est accompagnée d’un recul progressif de l’État-providence. Beaucoup des personnes que j’ai interrogées regrettent que la Suède n’ait plus de projet collectif visant à construire une société plus cohésive.

« Nous, les retraités, voyons la destruction de ce que nous avons bâti, de ce qui a commencé quand nous étions de très jeunes enfants », explique Kjerstin, 74 ans.

« Je suis née après la fin de la guerre et j’ai contribué à construire cette société tout au long de ma vie, avec mes concitoyens. Mais avec la baisse des impôts et le démantèlement de notre sécurité sociale… aujourd’hui, nous ne construisons plus rien ensemble. »

Le coefficient de Gini de la Suède, l’indicateur le plus couramment utilisé pour mesurer les inégalités, a atteint 0,3 ces dernières années (0 correspondant à une égalité totale et 1 à une inégalité totale), contre environ 0,2 dans les années 1980. L’Union européenne dans son ensemble se situe à 0,29. « Il y a désormais 42 milliardaires en Suède – c’est une hausse considérable », m’a confié Bengt, 70 ans.

« D’où viennent-ils ? Ce n’était pas un pays où l’on pouvait devenir aussi riche aussi facilement. »

Mais, comme d’autres retraités que j’ai rencontrés, Bengt reconnaît aussi la part de responsabilité de sa génération dans cette évolution.

« J’appartiens à une génération qui se souvient de la manière dont nous avons construit la Suède comme un État-providence, mais tellement de choses ont changé. Le problème, c’est que nous n’avons pas protesté. Nous n’avons pas réalisé que nous devenions ce pays de riches. »

À l’opposé de l’American Dream

L’impôt sur la fortune a été instauré en Suède en 1911. Son montant était alors calculé à partir d’une combinaison du patrimoine et des revenus. À la même période, les premières pierres de l’État-providence suédois étaient posées, notamment via l’introduction de la retraite publique en 1913.

Le terme utilisé pour désigner ce modèle, folkhemmet (« la maison du peuple »), renvoyait à l’idée d’un confort et d’une sécurité garantis à tous de manière égale. Il constituait, à bien des égards, l’exact opposé idéologique du rêve américain : non pas la recherche de l’exceptionnel, mais celle de niveaux de vie décents pour tous et de services universels.

Après la Seconde Guerre mondiale, l’impôt sur la fortune – désormais dissocié de l’impôt sur le revenu – a de nouveau été relevé par étapes, jusqu’à atteindre dans les années 1980 un niveau historiquement élevé, avec un taux marginal de 4 % pour les patrimoines les plus importants, même si la charge fiscale réelle reste difficile à établir en raison de règles d’exonération complexes. Malgré cela, les recettes totales générées par cet impôt sont restées relativement modestes. Rapportées au PIB annuel de la Suède, elles n’ont jamais dépassé 0,4 % sur l’ensemble de la période d’après-guerre.

À la fin des années 1980, les vents politiques commencent toutefois à tourner en Suède, dans le sillage d’un mouvement plus large de privatisation des services publics et de dérégulation des marchés financiers observé dans plusieurs pays européens, dont le Royaume-Uni sous Margaret Thatcher, ainsi qu’aux États-Unis.

L’un des reproches récurrents adressés à l’impôt sur la fortune en Suède était alors son caractère régressif : il taxait surtout le patrimoine des classes moyennes, principalement constitué de logements et d’actifs financiers, tout en épargnant les plus grandes fortunes, notamment celles détenues par des propriétaires de grands groupes ou des dirigeants occupant des postes élevés dans des entreprises cotées. Une autre critique tenace était que cet impôt encourageait l’optimisation fiscale, en particulier sous la forme de fuites de capitaux vers des paradis fiscaux offshore.

Si l’existence d’un impôt sur la fortune pouvait sembler incarner l’engagement du pays en faveur de l’égalité socioéconomique, les personnes que j’ai interrogées disent ne pas y avoir vraiment prêté attention avant son abolition en 2006 par le gouvernement de droite alors en place, après la suppression, un an plus tôt, des droits de succession par le précédent gouvernement social-démocrate.

« Quand l’impôt sur la fortune a été supprimé, raconte Marianne, 77 ans, je ne pensais pas que l’on faisait un cadeau aux millionnaires, parce que… nous n’avions pas de riches aristocrates possédant tout. La suppression de l’impôt sur la fortune et des droits de succession semblait être une mesure pratique, pas vraiment politique. »

Marianne, comme les autres retraités à qui j’ai parlé, racontent tous une histoire dans laquelle l’État-providence a été construit par un effort collectif, plutôt que comme un projet à la Robin des Bois consistant à prendre aux riches pour donner aux pauvres. Cette vision de l’État-providence suédois comme l’œuvre d’égaux, issus à l’origine d’une population majoritairement rurale et pauvre, a sans doute détourné ces retraités des questions liées à l’accumulation des richesses.

Si la Suède continue de taxer la propriété et différentes formes de revenus du capital, avec le recul, nombre de mes interlocuteurs âgés considèrent aujourd’hui que la suppression de l’impôt sur la fortune, intervenue « alors qu’ils en étaient les témoins directs », a constitué une étape décisive dans la transformation de la société suédoise, l’éloignant du modèle social-démocrate de l’État-providence pour l’orienter vers autre chose : un pays de milliardaires à la fragmentation sociale accrue.

« Je pense à mes enfants, à mes deux filles qui travaillent et ont de jeunes familles, m’a confié Jan, 72 ans. Quand elles étaient enfants, l’État-providence s’occupait d’elles : elles allaient dans de bonnes écoles, avaient accès au football, au théâtre, au dentiste…, mais aujourd’hui, je crains que la société ne se dégrade pour elles. »

Comme d’autres personnes interrogées, Jan exprime des regrets quant à son propre rôle dans cette évolution.

« Je pense maintenant que c’est en partie de ma faute, dit-il. Nous sommes devenus paresseux et complaisants, convaincus que l’État-providence suédois était solide, nous ne nous sommes pas inquiétés de la suppression de l’impôt sur la fortune, nous pensions que cela ne changerait rien… mais je crois que ça a changé beaucoup de choses. »

« Une société plus humaine »

Mes recherches suggèrent que les effets de l’existence – ou de l’absence – d’un impôt sur la fortune ne se limitent pas aux recettes fiscales ou à la redistribution des richesses. Ils ont des répercussions sociales plus larges et peuvent être constitutifs de la manière dont les individus se représentent la société.

À l’heure actuelle, seuls trois pays européens appliquent un véritable impôt sur la fortune : la Norvège, l’Espagne et la Suisse. Par ailleurs, la France, l’Italie, la Belgique et les Pays-Bas prélèvent des impôts sur le patrimoine ciblant certains actifs, sans toutefois taxer la richesse globale des individus.

En Suède du moins, la question aujourd’hui n’est pas seulement de savoir si l’impôt sur la fortune fonctionne ou non, mais aussi quel type de société il dessine : celle du folkhemmet, ou celle d’un paradis pour les riches.

« L’impôt allait de soi quand j’ai grandi dans les années 1950, se souvient Kjerstin. Je me rappelle avoir pensé, alors que j’étais en deuxième année de primaire, que je serais toujours prise en charge, que je n’aurais jamais à m’inquiéter. »

Revenant sur le sentiment que la vie en Suède est aujourd’hui très différente, elle ajoute :

« Désormais, les gens ne veulent plus payer d’impôts – parfois même moi, je n’ai plus envie d’en payer. Tout le monde réfléchit à ce qu’il reçoit en retour et à la manière de s’enrichir, au lieu de penser à construire quelque chose ensemble. »

« Je ne pense pas qu’on puisse dire : “Je paie tant d’impôts, donc je devrais récupérer exactement la même chose.” Il faut plutôt prendre en compte le fait que l’on vit dans une société plus humaine, où chacun sait, dès le CE1, qu’il sera pris en charge. »


Les noms des personnes interrogées ont été modifiés.

The Conversation

Miranda Sheild Johansson a reçu des financements de UK Research And Innovation.

ref. « Paresseux et complaisants » : des retraités suédois racontent comment la suppression de l’impôt sur la fortune a transformé leur pays – https://theconversation.com/paresseux-et-complaisants-des-retraites-suedois-racontent-comment-la-suppression-de-limpot-sur-la-fortune-a-transforme-leur-pays-273907

S’adapter ou périr : le retail face à une menace existentielle

Source: The Conversation – in French – By Guillaume Do Vale, Professeur associé, IDRAC Business School

L’entreprise de prêt-à-porter C&A a fermé 24 magasins en 2025 en France et licencié des centaines de salariés. ArturBogacki/Shutterstock

Le secteur français de la distribution est secoué par l’arrivée de plateformes telles que Temu et Shein, l’augmentation des droits de douane ou des plans de licenciements massifs. Après l’âge d’or à la fin du XXᵉ siècle, il doit combiner diminution de son empreinte carbone, rentabilité économique et confiance des consommateurs. Alors quels nouveaux modèles d’affaires pour rester viable ?


Les acteurs historiques de la distribution tels qu’Auchan, Boulanger, Carrefour, Décathlon, Fnac-Darty, Idkids ou Leroy Merlin, nés avec des magasins et convertis au numérique, sont dans une situation délicate. Ces entreprises traditionnelles doivent remettre en cause ce qu’elles ont mis des décennies à construire.

Elles cohabitent dorénavant avec des acteurs au modèle d’affaires décriés comme Shein ou Temu. Autres concurrents : les nouveaux acteurs au modèle d’affaires conçu dès l’origine sur des bases de la durabilité comme Asphalte dans le textile ou Le Fourgon dans l’alimentaire.

Le secteur de la distribution est particulièrement concerné par cette remise en question compte tenu du nombre d’emplois que ses entreprises représentent : 1,9 million d’emplois en France en 2025, ce qui en fait le premier secteur employeur.

Alors, comment répondre à des injonctions en apparence contradictoires ? Comment garantir une préservation du pouvoir d’achat tout en améliorant l’écoresponsabilité des produits ? Baisser l’empreinte-carbone des produits tout en préservant leur chiffre d’affaires ? Respecter les normes environnementales et sociales tout en apparaissant compétitifs face à des acteurs comme Shein ou Temu qui peuvent aisément contourner l’ensemble de ces normes ? Augmenter la qualité tout en proposant des prix attractifs ?

« Faire l’autruche » ou survivre

La littérature en management précise qu’une tension est paradoxale dès lors qu’elle est causée par des éléments contradictoires, mais interdépendants, qui sont intégrés dans les processus organisationnels. Par exemple, faire plus de chiffre d’affaires et moins d’empreinte carbone simultanément représente une tension paradoxale. Au regard de la complexité des prises de décisions, certains acteurs peuvent volontairement « faire l’autruche » en reportant des décisions essentielles.

Comme nous l’avons montré dans une recherche récente publiée dans la revue Journal of Retailing, l’évolution vers des modèles d’affaires durables peut souvent mener à une impression « d’indécidabilité » – qui ne peut être démontrée – de ses dirigeants. Ces nouveaux business model génèrent du capital économique, tout en maintenant ou régénérant le capital environnemental et social.

Nous avons étudié pendant sept ans trois distributeurs européens ayant choisi de mettre en œuvre un modèle d’affaires durable. Notre recherche met en lumière les trois étapes clés susceptibles de garantir la mise en œuvre de ces modèles économiques :

  • dépasser les tensions ;

  • engager les actionnaires et les dirigeants ;

  • travailler avec davantage de parties prenantes.

Dépasser les tensions

Avant de vouloir devenir une entreprise au modèle d’affaires durable, les organisations traditionnelles doivent accepter d’intégrer de multiples initiatives à petite échelle qui s’intègrent à leur modèle d’affaires original. Il s’agit par exemple de la proposition de produits de seconde vie et/ou de services de location. Carrefour s’est associé à l’entreprise Cash Converters pour installer des corners dédiés à l’occasion dans ses hypermarchés.

« Comme faire concorder cette évolution avec notre modèle historique depuis soixante-cinq ans ? Quand un produit neuf ramène plus au mètre carré que la circularité, pourquoi changer ? », témoigne un responsable seconde vie des produits d’une entreprise interviewée.




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Ces initiatives génèrent des tensions, donnant parfois l’impression aux parties prenantes d’être des pansements, ou patchs, sur le modèle d’affaire initial.

« On réfléchit à supprimer des catégories de produits, mais si ça concerne trop le chiffre ou la rémunération des employés, ça ne va pas trop marcher. Nous devons chercher des arbitrages pour mettre la direction de l’entreprise face à cette contradiction », souligne un responsable stratégie offre d’une autre entreprise.

Engagement des actionnaires et des dirigeants

Seules certaines tensions peuvent être gérées par les managers dans leurs activités quotidiennes ou par l’équipe en charge de la responsabilité sociale et environnementale. D’autres vont subsister dans l’entreprise. Elles restent paradoxales tant que les dirigeants ne font pas des choix clairs, engageant l’entreprise vers une transformation profonde du modèle d’affaires.

La non-gestion de ces tensions paradoxales entraîne des critiques majeures, soit en interne par les collaborateurs, soit en externe par les consommateurs ou par les organisations non gouvernementales. Ces dernières peuvent remettre en cause certaines décisions, mais aussi l’absence de décisions dans un contexte d’urgence climatique.

« Si on communique sur la durabilité, on se fait taper dessus. Si on ne communique pas, on se fait taper dessus. Si on communique partiellement, on se fait taper dessus », rappelle un directeur général interviewé.

L’engagement formel des actionnaires et dirigeants apparaît comme essentiel. Les prises de décisions fortes en termes d’attribution des ressources – création de nouvelles fonctions comme le leader Planet – et les nouvelles mesures de la performance – pourcentage sur le chiffre d’affaires « durable », seconde vie, location ou réparation – sont nécessaires pour avancer vers la mise en œuvre d’un modèle d’affaires plus durable.

Travailler avec davantage d’acteurs

La mise en œuvre des principes de durabilité ne se fait à la seule échelle de l’organisation. Les distributeurs ont besoin dans une troisième étape de restructurer de manière importante leur écosystème. Ce dernier correspond à tous les acteurs avec lesquels l’entreprise choisit de collaborer plus ou moins directement.

Leroy Merlin a créé Home Index, un indicateur qui évalue l’impact environnemental et social d’un produit tout au long de son cycle de vie.
marinissim/Shutterstock

Les actions à l’échelle de l’écosystème impliquent de renouveler les relations avec les parties prenantes historiques – consommateurs, fournisseurs, pouvoirs publics – et d’en initier de nouvelles avec de nouveaux acteurs – chercheurs, acteurs de l’économie sociale et solidaire, concurrents, citoyens. C’est ainsi que l’enseigne de bricolage Leroy Merlin, en lançant son Home Index, utilise son poids dans le secteur en proposant un indicateur d’impact clair pour les consommateurs.

The Conversation

Guillaume Do Vale est membre de de la chaire TREND(S)
Transformation of Retailing Ecosystems & New market Dynamics for Sustainability.

Cette recherche a été menée dans le cadre de la chaire industrielle TREND(S) – Transformation of Retailing Ecosystems & New market Dynamics for Sustainability – dont elle est la fondatrice et directrice scientifique.

Xavier Lecocq est membre de la chaire TREND(S) – Transformation of Retailing Ecosystems & New market Dynamics for Sustainability.

ref. S’adapter ou périr : le retail face à une menace existentielle – https://theconversation.com/sadapter-ou-perir-le-retail-face-a-une-menace-existentielle-260934

« Les Sept Cadrans » : la série Netflix transforme le huis clos campagnard d’Agatha Christie en une réflexion sur la guerre

Source: The Conversation – in French – By Catherine Wynne, Associate Dean for Research and Enterprise, Faculty of Arts, Social Sciences and Education, University of Hull

Le rôle de Bundle, tenu dans la série par Mia McKenna-Bruce, rappelle celui d’Adler dans *Un mystère en Bohème*, de Sir Arthur Conan Doyle. Simon Ridgway/Netflix

Netflix revisite les Sept Cadrans en déplaçant le regard : l’intrigue policière devient un prisme pour interroger la guerre, l’ordre social et l’impensé impérial de la Grande-Bretagne des années 1920. Une relecture ambitieuse qui montre combien Agatha Christie reste une autrice de son temps – et du nôtre.


Nous sommes en 1925 et l’action se déroule à Chimneys, la demeure aristocratique anglaise de la famille Caterham. Mais Lady Caterham (Helena Bonham Carter), désargentée, a été contrainte de la louer à l’industriel Sir Oswald Coote (Mark Lewis Jones).

À l’intérieur, la réception bat son plein. Misanthrope et réduite au rôle de simple invitée chez elle, Lady Caterham glisse à sa fille, Lady Eileen « Bundle » Brent (Mia McKenna Bruce), que l’assemblée réunit « l’industrie, l’aristocratie et la diplomatie (le Foreign Office).

Les Sept Cadrans, d’Agatha Christie, publié en 1929, est aujourd’hui adapté en une minisérie Netflix de trois épisodes, écrite par Chris Chibnall et réalisée par Chris Sweeney. Cette nouvelle version s’appuie sur l’énigme des sept cadrans non seulement pour divertir, mais aussi pour interroger le monde politique et impérial que les romans de Christie laissent souvent en arrière-plan.

Au cours de la réception, de jeunes fonctionnaires du Foreign Office jouent un tour à l’un de leurs collègues en disposant huit réveils dans sa chambre, programmés pour sonner à 11 h 15 le lendemain matin. La raison ? Leur camarade est réputé pour faire la grasse matinée.

Lorsqu’un des réveils disparaît, avant d’être retrouvé par Bundle sur la pelouse, tandis que les sept autres sont soigneusement disposés sur la cheminée de la chambre, la jeune femme est perplexe. Et puis on découvre un mort – évidemment.

Malgré l’idée que la victime aurait été fragilisée par le stress lié à son travail – écho contemporain à la hausse rapide des troubles de santé mentale chez les jeunes hommes –, Bundle rejette la thèse du suicide. Sa certitude se renforce lorsqu’elle tombe plus tard sur un autre jeune homme mort, dont les derniers mots sont « sept cadrans ». Mais à quoi fait-il réellement référence ? Bundle entend bien le découvrir.

La bande-annonce de la série.

En suivant une silhouette qu’elle ne parvient pas à identifier, elle se retrouve à Scotland Yard, face à l’inspecteur Battle (Martin Freeman, habitué des enquêtes pour avoir incarné Watson dans la série Sherlock de la BBC). Bundle fait écho à Irene Adler, héroïne d’Arthur Conan Doyle dans Un scandale en Bohême (1891). Dans la nouvelle, Adler suit Holmes déguisé jusqu’à Baker Street et devient la seule personne à avoir jamais réussi à le déjouer.

À l’image d’Adler, l’intrépide Bundle s’impose comme une figure féministe avant l’heure. McKenna Bruce est remarquable, habitant le rôle avec une assurance éclatante. Dans le roman de Christie, Bundle est incapable de tenir en place. Dans la série, elle saute par la fenêtre d’un étage de Chimneys pour échapper à une demande en mariage formulée par un député ennuyeux et plus âgé, George Lomax (Alex Macqueen), et atterrit dans le jardin, où Kettle examine des indices. Son choix est fait.

Ce que Netflix ajoute à l’œuvre originale de Christie

La série adopte une forme de thriller plus directe que dans le roman de Christie. Dans l’introduction à l’édition anglaise de 2026 de référence, dotée d’une nouvelle couverture et d’un nouveau design signés Netflix, Val McDermid avance que Christie évolue sur le terrain du pastiche de thriller, en détournant les thrillers virils à la John Buchan qui dominaient les années 1910 et 1920. Elle se rapproche aussi de Jane Austen par son regard ironique sur l’aristocratie, les nouveaux riches et les jeunes hommes et femmes désœuvrés.

La série fait écho à la critique des structures sociales rigides des années 1920, dont Agatha Christie est coutumière. Lady Caterham, incarnée par Helena Bonham Carter, remarque que Lady Coote ne devrait pas remercier les domestiques ; Sir Oswald Coote affirme, lui, que la distinction sociale peut s’acheter. Mais la série va plus loin encore. Christie évitait toute référence directe à la Première Guerre mondiale, écrivant dans la décennie qui a suivi sa fin. Pendant le conflit, elle avait travaillé à la distribution de médicaments pour le Voluntary Aid Detachment de la Croix-Rouge britannique à Torquay, où elle a acquis sa connaissance des poisons. À l’inverse, dans la série, la guerre est pleinement intégrée à l’intrigue.

Bundle a perdu son frère pendant le conflit, et le lien qui l’unit aux jeunes hommes du Foreign Office est une camaraderie forgée par la guerre. Ce sont, d’une certaine manière, des survivants. La vie, dit-elle, est « bien trop courte ». Son frère disparu, Tommy, servait aux côtés de Gerry Wade (Corey Mylchreest), du Foreign Office, qui a rapatrié son corps.

Au point culminant de la série, Lady Caterham, interprétée avec une force saisissante par Helena Bonham Carter, décrit la guerre comme un « abattoir », dénué de toute « gloire ». À la manière de Miss Havisham, elle vit recluse dans une maison où un seau recueille l’eau qui goutte d’un toit qui fuit et où le valet n’est même plus payé. Et, comme le découvre Bundle – conformément aux codes du thriller – personne n’est réellement ce qu’il paraît être.

Mais la dénonciation la plus glaçante des empires européens et des structures sociales qui les soutiennent est portée par le Dr Cyril Matip (Nyasha Hatendi), brillant inventeur camerounais que Lomax tente d’attirer au service de la Grande-Bretagne en l’invitant dans sa demeure de campagne.

Lorsque Lomax organise une chasse au faisan pour divertir son invité, Matip refuse d’y prendre part : il a vu ce que les armes peuvent faire. Pendant ce temps, le regard de Bundle s’attarde sur un faisan abattu dans l’herbe. À table, Matip décrit les ravages de la guerre et la défiance qu’elle a fait naître chez lui à l’égard des Européens. Il a vu comment « des Africains ont combattu d’autres Africains pour des Européens blancs ».

En hommage à l’œuvre la plus célèbre de Christie, le Crime de l’Orient-Express, le dénouement se joue à bord d’un train. Mais tout n’est pas encore terminé. Le dernier secret – celui des Sept Cadrans – reste à révéler. Les Sept Cadrans d’Agatha Christie actualise l’œuvre de l’autrice, et le fait avec brio.

The Conversation

Catherine Wynne ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « Les Sept Cadrans » : la série Netflix transforme le huis clos campagnard d’Agatha Christie en une réflexion sur la guerre – https://theconversation.com/les-sept-cadrans-la-serie-netflix-transforme-le-huis-clos-campagnard-dagatha-christie-en-une-reflexion-sur-la-guerre-274083

Les violences sexuelles sur les campus universitaires stagnent. Voici ce qu’il faut faire

Source: The Conversation – in French – By Isabelle Daigneault, M.Ps., Ph. D., professeure titulaire et psychologue, Université de Montréal

Agressions, coercition, harcèlement… Les violences sexuelles sont toujours présentes sur les campus universitaires, et les taux ne diminuent guère, malgré qu’on en parle davantage. Comment les diminuer de manière substantielle ?

Un des problèmes est le manque de prévention. Celle-ci reste tardive, fragmentée et souvent peu efficace.

C’est ce que nous avons constaté dans une étude que notre groupe de recherche affilié à la Chaire sur les violences sexistes et sexuelles en milieu d’enseignement supérieur, de l’UQAM, a mené auprès de 704 femmes entrant à l’université et représentatives d’une population québécoise de plus de 36 000 étudiantes.

Un constat préoccupant

Notre étude nous a permis de constater que près de la moitié des femmes interrogées n’avaient reçu aucun message de prévention avant leur arrivée.

Parmi celles qui y avaient été exposées au cours de leur vie, l’information provenait de moins de deux sources, principalement de proches ou des réseaux sociaux. Les effets étaient tout aussi limités : une légère hausse de moins de 2 % du sentiment d’efficacité à faire face à un agresseur potentiel, mais aucun impact mesurable sur les mythes du viol, le blâme des victimes, la perception du risque ou la connaissance de stratégies de résistance efficaces.

Le problème est plus large. Au Québec, l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) a annulé l’enquête qui devait actualiser les données, privant la province d’indicateurs essentiels pour suivre l’évolution des violences sexuelles en milieu postsecondaire.

L’annulation découle probablement en partie de compressions budgétaires qui plombent actuellement le milieu de l’enseignement supérieur et du choix de s’en remettre à l’Enquête sur la santé mentale étudiante, que le ministère croyait suffisante. Or, ses questions beaucoup plus limitées n’ont été posées qu’à une fraction des personnes répondantes et avec un taux de réponse trop faible, rendant les données peu utiles.

Cette absence de données contraste avec le fait que les universités produisent elles-mêmes une recherche solide, qu’elles utilisent encore trop peu pour guider leurs pratiques préventives.

La recherche existe, mais elle n’est guère appliquée dans des programmes de prévention.

Trois stratégies

La littérature internationale, notamment la synthèse de plusieurs expertes en prévention de l’agression sexuelle en Amérique du Nord, en 2020, recommande d’articuler trois stratégies complémentaires au collège et à l’université :

  • Programmes de résistance et d’autodéfense féministe affirmative pour les femmes ;

  • Programmes visant les normes sociales masculines ;

  • Formations de témoins actifs.

Ces approches ne sont efficaces que si elles sont cohérentes, ciblées et intensives. Lorsque la prévention est tardive, brève et limitée à des messages généraux, les effets restent faibles.

À l’inverse, des programmes intensifs (jusqu’à 12 heures au cours d’un semestre), structurés et ancrés dans la pratique, comme ceux proposés par un groupe de chercheures à l’Université de Windsor, dont la plus récente remonte à 2023, ont démontré qu’ils peuvent réduire les agressions sexuelles subies par les étudiantes, même lorsqu’ils sont offerts à l’université avec peu d’expositions préalables.




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Une prévention universitaire qui n’arrive pas à compenser les lacunes

Parmi nos participantes, 271 ont été suivies durant leur première année universitaire. Leur exposition aux messages de prévention sur les campus était limitée : 93 % des personnes exposées le sont moins de trois heures, principalement via des formations en ligne, et moins de 10 % ont été exposées à du contenu d’autodéfense – alors que les programmes efficaces reposent précisément sur des activités en personne, de plus de trois heures et intégrant un volet d’autodéfense féministe.

Après douze mois, certains résultats sont préoccupants. Nous nous attendions à voir des progrès plus marqués. Or, un seul effet positif existe, mais il est minime : une hausse de 1 à 3 % du sentiment d’efficacité à réagir face à un agresseur. Concrètement, il faut deux sources préventives supplémentaires pour que les participantes augmentent leur sentiment d’efficacité à faire face à un agresseur potentiel d’un seul point sur une échelle de 63 points. Un effet aussi faible a peu de signification pratique.

Deux effets néfastes dominent toutefois. D’abord, les participantes sont moins nombreuses à rapporter qu’elles utiliseraient au moins une stratégie de résistance verbale ou physique ferme (44 %), comme celles enseignées dans les formations d’autodéfense féministes, qu’au début de l’étude (80 %). Cette baisse importante n’est légèrement atténuée que chez les 7 % de participantes ayant reçu trois heures ou plus de prévention sur le campus.

Ensuite, la perception du risque personnel évolue dans une direction contraire à celle recherchée. Les étudiantes très peu exposées (moins d’une heure) développent une perception du risque légèrement plus juste, mieux alignée avec la réalité des violences sexuelles sur les campus.

À l’inverse, celles exposées trois heures ou plus voient leur perception du risque diminuer, illustrant un biais d’optimisme : l’idée que « Cela n’arrive qu’aux autres ».

Ces résultats indiquent qu’en l’absence d’interventions intensives, qui soient ciblées, structurées et adaptées, la prévention universitaire ne compense pas le manque de prévention préalable et peut même conduire à des reculs sur des éléments clés.

Une expertise scientifique disponible, mais sous-utilisée

Dans une perspective de santé publique, la prévention devrait être présente du préscolaire, du primaire et du secondaire jusqu’aux cégeps et aux universités.

Chaque niveau contribue à renforcer les connaissances, à modifier les normes sociales, à développer des stratégies de résistance et à soutenir l’intervention des témoins. Quand ce continuum est absent ou incomplet, les interventions collégiales et universitaires doivent compenser des années de prévention insuffisante.


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Les équipes de recherche universitaires produisent des connaissances rigoureuses sur les programmes efficaces, mais ces données sont encore peu intégrées aux politiques internes, à la programmation de prévention et aux communications institutionnelles.

Le fossé entre la science et l’action demeure un obstacle majeur.




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Des balises connues, mais insuffisamment implantées

L’Institut national de la Santé publique du Québec, ainsi que les experts nationaux et internationaux, convergent vers la même conclusion : la prévention doit être multiniveaux, répétée, intensive, ciblée et évaluée en continu.

L’annulation de l’enquête de l’Institut de la Statistique du Québec limite par ailleurs la capacité de mesurer l’impact des politiques mises en place au Québec, comme la Loi visant à prévenir et à combattre les violences à caractère sexuel dans les établissements d’enseignement supérieur, et d’assurer la reddition de comptes des établissements.

Pour un véritable leadership institutionnel

Les universités sont idéalement positionnées pour montrer la voie : infrastructures de recherche, réseaux d’expertise, accès aux données, capacité d’évaluation, mandat social. Elles pourraient être des leaders dans l’élaboration d’une programmation de prévention solide et continue.

Le constat est clair : la stagnation des taux de violence ne découle pas d’un manque de connaissances, mais d’un manque d’implantation, de cohérence et de continuité. Des solutions existent déjà, ont été testées et sont efficaces. Le défi est désormais de les appliquer de manière systémique et durable, en combinant autodéfense féministe, interventions sur les normes sociales et formations de témoins actifs, afin de protéger véritablement les filles, les jeunes femmes et l’ensemble des communautés.

La Conversation Canada

Membre du comité des partenaires en violence sexuelle du Secrétariat à la condition féminine du gouvernement du Québec, Isabelle Daigneault est membre de l’Ordre des psychologues du Québec et dirige le laboratoire de recherche sur les trajectoires de santé et de résilience des jeunes agressés sexuellement (TRAJETS). Elle est chercheuse membre régulière au Centre de recherche interdisciplinaire sur les problèmes conjugaux et l’agression sexuelle (CRIPCAS), à l’Équipe violence sexuelle et santé (ÉVISSA), financés par les fonds de recherche du Québec, ainsi qu’à la Chaire de recherche sur les violences sexistes et sexuelles en milieu d’enseignement supérieur (VSSMES). Elle a reçu des financements des Instituts de recherche en santé du Canada, du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, du Ministère de l’enseignement supérieur du Québec et de l’Université de Montréal.

Membre du Conseil du statut de la femme pour le gouvernement du Québec et de l’Ordre des psychoéducateurs et des psychoéducatrices du Québec, Geneviève Paquette dirige le Groupe de recherche et d’intervention sur les adaptations sociales de l’enfance financé par l’Université de Sherbrooke et l’Équipe de recherche sur l’adaptation positive et la santé mentale des jeunes exposés à un risque accru d’adversité familiale ou sociale financée par le Fonds de recherche du Québec – Société et culture (FRQSC). Elle est chercheuse membre régulière au Centre de recherche interdisciplinaire sur les problèmes conjugaux et l’agression sexuelle (CRIPCAS) et à la Chaire de recherche sur les violences sexistes et sexuelles en milieu d’enseignement supérieur. Elle a obtenu des financements de recherche provenant des Instituts de recherche en santé du Canada, du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, du FRQSC et du ministère de l’Enseignement supérieur du Québec.

Jacinthe Dion est titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la violence sexuelle chez les jeunes vulnérables, surnommée Aquarelle, et co-titulaire de la Chaire de recherche VISAJ sur la vie et la santé des jeunes. Psychologue et professeure titulaire au Département de psychologie de l’Université du Québec à Trois-Rivières, elle est également membre du Comité scientifique et de gouvernance du Centre de recherche interdisciplinaire sur les problèmes conjugaux et l’agression sexuelle (CRIPCAS) et membre régulière de l’équipe Violence sexuelle et santé (ÉVISSA) et de l’Équipe de recherche sur l’adaptation positive et la santé mentale des jeunes exposés à un risque accru d’adversité familiale ou sociale, financés par le Fonds de recherche du Québec – Société et culture (FRQSC). Elle est aussi membre du Centre d’études interdisciplinaires sur le développement de l’enfant et la famille (CEIDEF). Ses recherches sont financées par le programme de Chaires de recherche du Canada, le Conseil de recherches en sciences humaines, les Instituts de la recherche en santé du Canada (CRSH), l’Agence de la santé publique du Canada, le Secrétariat à la condition féminine du Québec et le Ministère de l’éducation du Québec.

Martine Hébert est titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les traumas interpersonnels et la résilience et cotitulaire de la Chaire interuniversitaire Marie-Vincent sur les agressions sexuelles envers les enfants. Elle dirige l’équipe Violence sexuelle et santé (ÉVISSA) financée par le Fonds de recherche du Québec – Société et culture et elle est chercheuse membre régulière au Centre de recherche interdisciplinaire sur les problèmes conjugaux et l’agression sexuelle (CRIPCAS). Elle est également membre de la Chaire de recherche sur les violences sexistes et sexuelles en milieu d’enseignement supérieur (VSSMES) et de la Chaire de recherche Sécurité et intégrité en milieu sportif (SIMS). Ses recherches sont financées par le programme des Chaires de recherche du Canada, des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) et de l’Agence de santé publique du Canada (ASPC).

ref. Les violences sexuelles sur les campus universitaires stagnent. Voici ce qu’il faut faire – https://theconversation.com/les-violences-sexuelles-sur-les-campus-universitaires-stagnent-voici-ce-quil-faut-faire-271251

Uganda’s boda-boda drivers: the digital economy hasn’t been the route to formal work and better protection – research

Source: The Conversation – Africa – By Rich Mallett, Research Associate and Independent Researcher, ODI Global

Digital labour platforms – like fast food delivery and cab hailing services – are having a dramatic impact on people’s labour rights and working conditions around the world.

In western countries like the UK and the US, their rise has intensified a process of labour casualisation already several decades in the making. Under the guise of “flexibility”, platforms have heralded a return to insecure, temporary forms of employment that offer few rights or benefits to workers.

But in “less developed” countries like Uganda, the growth of the digital gig economy is often considered a boon. Across the global south, it has been claimed that platforms are not only creating millions of new jobs, but they are actually helping to formalise an informal economy so vast it accounts for an estimated 70% of total employment in low- and middle-income countries.

Existing research suggests that by guiding informal workers towards compliance with registration and licensing requirements or making them more visible to state authorities, digital labour platforms are capable of “counteracting informal economic activity”.

But is it all as straightforward as it seems?

In a new research paper I put this claim to the test through a case study of moto-taxi work in the Ugandan capital city, Kampala.

Moto-taxi (or boda boda) work is a hugely important source of income in Uganda, providing livelihoods for an estimated 350,000 people in the capital alone. Over the past decade, ride-hail platforms have descended upon this vast industry, claiming to offer safer, better paid work and a step towards formality.

Drawing on 112 interviews, 370 driver surveys and scans of relevant media, my research reaches a different conclusion. Despite shifting online, digital moto-taxi drivers remain as they always were – informal workers in an unprotected labour market.

This raises fundamental questions about the capacity of digital labour platforms to bring about positive transformations in the global informal economy.

Fallacies of ‘plat-formalisation’

As the new paper shows, moto-taxi workers’ inclusion within the new platform economy brings them no closer to formal labour status in any meaningful way.

This is illustrated by three key insights from my findings.

First, despite early collaborative engagement with state actors, Uganda’s ride-hail companies have tended to operate in unilateral, platform-specific ways that undermine prospects for sectoral standardisation. Each platform enforces its own rules over drivers, and these do not always line up with government legislation.

Take driver licensing, for example. While some companies insist that drivers must have a valid driving permit before working through their apps, others bypass this requirement completely. Market leader SafeBoda, for instance, instead chooses to enrol new drivers in road safety training at a purpose-built “academy”. Though a positive step towards safer driving standards, this is not the same as formalisation.

Second, Uganda’s ride-hail platforms accept zero legal responsibility for the welfare and safety of those using their apps, including cases of “bodily injuries, death, and emotional distress and discomfort”. Despite claiming to help regulate the industry, these companies’ designation of informal moto-taxi workers as independent “gig workers” keeps drivers distanced from state labour regulation.

And third, my findings indicate corporate reluctance to share data with government. According to one city planner I talked with, while the platforms tended to talk positively about public-private collaboration, when push came to shove they would often “withhold their data”. Recent evidence suggests this is continuing to happen, further highlighting the limits of private data ownership and non-binding agreements around data sharing. Without access to this information, it is difficult for governments to register workers, tax them effectively and extend labour protections.

Profiting from informality

Ride-hailing may not have led to better, more formalised work for Uganda’s moto-taxis. But what is has done is open up new revenue streams for the various local and international companies involved. The result: a formalisation not of drivers’ labour but of their wealth.

As detailed in the paper, some of the techniques here include:

  • Commissions. Drivers regularly lose 15%-20% of their trip fares in the form of company commission fees. With digital technology, these are increasingly being captured via cashless payment systems that deduct fees and other equipment-related debts automatically.

  • Equipment. Many companies operate by selling drivers the gear they need to function in the ride-hail economy. SafeBoda, for instance, regularly charges new riders somewhere in the region of US$140 for a smartphone, crash helmets and branded uniforms. Drivers often take this on as debt and pay it back incrementally over time, only to later discover that this does not, in all cases, entitle them to actual ownership. As one former employee at the company told me:

The helmet itself is a business. It’s on the side, you can’t see it. The phone is a business. It’s about business besides riders. It’s all about getting commission on things.

  • Corporate tie-ins. Through a series of funding relationships and “private-private partnerships”, Uganda’s ride-hail platforms make drivers visible and accessible to a whole host of banks, insurance agencies and alternative credit lenders. These financial actors are all keen to find lucrative new markets at the “bottom of the pyramid”. Ride-hailing is simply the vehicle for this.

The formalisation agenda remains important. It is central to achieving better working conditions and stronger labour protections for hundreds of millions of workers around the world.

But for private digital platforms operating across Africa’s informal economies, the bottom line is often not about “counteracting informal economic activity” at all. It is about profiting from it.

The Conversation

This article draws on doctoral research, for which the author received funding from the UK’s Economic and Social Research Council (ESRC).

ref. Uganda’s boda-boda drivers: the digital economy hasn’t been the route to formal work and better protection – research – https://theconversation.com/ugandas-boda-boda-drivers-the-digital-economy-hasnt-been-the-route-to-formal-work-and-better-protection-research-270993

Crime-fighting in Lagos: community watch groups are the preferred choice for residents, but they carry risks

Source: The Conversation – Africa (2) – By Adewumi I. Badiora, Senior Lecturer, Department of Urban and Regional Planning, Olabisi Onabanjo University

Criminal activities have developed into a security crisis in Nigeria. Alongside the responses of security agencies such as the police and military, there has been a huge local response, with community groups mobilising in the face of criminal attacks.

For example, communities in Zamfara State, north-west region, repelled a bandit attack, causing the death of 37 bandits in August 2024. In Sokoto State, north-west region, residents rescued kidnapped individuals and recovered the body of the deceased village head in August 2024. In Kwara state, north-central region, community groups rescued people from their abductors in December 2025.

But how effective are these community-organised interventions?

I’m an urban and community safety researcher who has studied various aspects of insecurity in Nigeria, particularly in the country’s south-west, for more than a decade now.

In a recent paper I sought to answer this question in relation to Lagos. As Nigeria’s largest city with an estimated population exceeding 20 million, Lagos faces severe, complex crime challenges driven by rapid, poorly managed urbanisation and high unemployment rates. I surveyed 62 stakeholders in a bid to evaluate community-driven crime prevention strategies. Respondents included residents, members of the state and community groups who were playing important roles in the city’s security processes. This was qualitative research.

Many respondents expressed little or no trust in formal security agencies. Their expectations that the police could protect them were low.

A resident interviewed for the study said that while people like politicians got police protection, ordinary citizens did not:

That is why everyone has devised ways to protect themselves and family.

My research found that these commmunity-organised interventions have emerged in different forms. The commonest is community vigilante groups. These are self-appointed resident security volunteers who take it upon themselves to confront criminals in their neighbourhood. This is common in low-income neighbourhoods of Lagos because they have to deal with crime but feel they can’t rely on the police to patrol, unlike elite neighbourhoods.

A successful urban security strategy

Lagos community vigilante groups range from small groups of volunteers on streets, and informal neigbourhood watches, to well structured local community bodies. Community vigilante members are mostly men. But women are not explicitly excluded, and they are an important source of information.

The groups were using local knowledge to help the police. They compiled information on crimes, suspicious activity and criminal suspects in their area and provided it to the police as needed. In some cases, they joined the police intelligence response team to raid hideouts of criminals in their areas.

A resident interviewed for the study said:

We are local people. We know our community very well. We can easily spot strangers and suspicious movements. This local knowledge is what we have, that the police do not have. So, we complement their efforts by providing dependable intelligence for their work. Beyond that, we also escort police patrol, and our presence has helped them to penetrate streets they would not have been able to navigate by themselves.

The relationship between the police and community groups was “semi-formal”. Arrangements were made by the communities with little or no intervention by the state. The collaborations were owned, structured and sustained by residents.

Some of those involved in the groups were remunerated through financial contributions by residents. However, they “occasionally” received financial support from the local government authorities, individual local politicians and donors.

Successes

My research showed there had been some positive results. Residents confirmed that the collaborations brought safety to their community and had helped to reduce crime and insecurity, particularly where the police were lacking.

A resident interviewed for the study said:

Things are a little better. Before now, it was dreadful as criminals and hoodlums operate openly. Although there is still a long way to go, there has been a commendable level of improvements in our security in the last five years.

Some ongoing issues

Despite its success, several concerns were raised in my study.

First, community vigilante groups are a patchwork of isolated groups. Organisations are fragmented and weak. This could be dangerous because it creates unaccountable groups that can easily change from being protectors to being a threat. That can be seen in the Bakassi Boys (south-east Nigeria), Yan Sakai (north-west Nigeria) and global examples like Mungiki (Kenya) and Autodefensas (Mexico).

Second is the question of the legality of community groups in terms of the provisions of the Nigerian constitution, the Police Act and the Public Order Act. Their legal status is “complex” as they operate in a grey area. Most of them do not have the backing of the federal government, which has the constitutional authority to manage policies regarding them.

Third, while community vigilante groups fill security gaps created by an under-resourced police force, their activities sometimes lead to conflicts because they act as judge, jury and executioner.

A police officer interviewed for the study said:

The activities of vigilantes are usually unlawful in the way and manner they deal with suspected criminals … The lawful thing for them is to report suspected criminals to the police, but many times, they take law into their own hands.

Still, residents view the groups as legitimate because of their perceived effectiveness, deep local knowledge, community ties and quick action.

Fourth, relationships between community groups and the police range from amiable and collaborative to distrustful and hostile. Mutual distrust risks escalating violence rather than reducing it.

A member of a vigilante group put it this way:

We cannot totally entrust suspects and our community to the police. We have situations where suspects were released without any investigation and prosecution. Not only that, corrupt police officers do give hints to these suspects about key vigilante members behind their arrests, and these criminals go all-out for them after their unlawful freedom from the police custody.

Moving forward

To overcome the challenges, the following steps should be taken:

  • reform of Nigeria’s security governance, allowing states to create their own police forces

  • formal recognition and support of community groups

  • adopting policies to curb the proliferation of the groups

  • working more closely with community groups to deal with some of the underlying reasons for insecurity. These include political negligence, youth unemployment, poverty and inequality.

The Conversation

Adewumi I. Badiora does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Crime-fighting in Lagos: community watch groups are the preferred choice for residents, but they carry risks – https://theconversation.com/crime-fighting-in-lagos-community-watch-groups-are-the-preferred-choice-for-residents-but-they-carry-risks-273667