Charles Ponzi nous permet-il de comprendre la bulle de l’IA ?

Source: The Conversation – in French – By Paul David Richard Griffiths, Professor of Finance; (Banking, Fintech, Corporate Governance, Intangible Assets), EM Normandie

L’escroc Charles Ponzi (né Carlo Pietro Giovanni Guglielmo Tebaldo Ponzi en 1882 en Italie et mort au Brésil en 1949) se fait connaître dès 1920 pour ses manœuvres financières frauduleuses. Wikimedia Commons

Les bulles technologiques ont souvent dissimulé de grandes fraudes. Du boom ferroviaire britannique au XIXᵉ siècle à l’affaire Madoff, y a-t-il des signes avant-coureurs qui peuvent nous permettre de comprendre la frénésie actuelle autour de l’IA et sa potentielle bulle ?


De nombreux investisseurs se demandent si nous vivons dans une bulle IA ; d’autres vont plus loin et se posent la question de savoir jusqu’à quand. Pourtant, la bulle continue de gonfler, alimentée par ce sentiment dangereux de « peur de passer à côté » (FOMO pour Fear Of Missing Out). L’histoire et l’expérience récente nous montrent que les bulles financières naissent souvent de l’enthousiasme excessif des investisseurs pour les nouvelles technologies « révolutionnaires » qui, lorsqu’elles éclatent, révèlent des systèmes frauduleux surréalistes qui se sont développés sous couvert de la bulle.

Concrètement, un système de Ponzi consiste à rémunérer les investisseurs existants avec l’argent apporté par de nouveaux investisseurs plutôt qu’avec de vrais profits, ce qui nécessite un recrutement continu jusqu’à son effondrement inévitable. L’une des caractéristiques de ces systèmes est qu’ils sont difficiles à détecter avant l’éclatement de la bulle, mais étonnamment simples à comprendre avec le recul.

Dans cet article, nous abordons la question suivante : quelles traces les systèmes de Ponzi laissent-ils dans les bulles financières alimentées par la technologie ? Comment pourraient-elles nous aider à anticiper la prochaine bulle qui émergera dans le tumulte de l’IA ?

Pour ce faire, nous comparerons le Ponzi du « roi du chemin de fer » George Hudson, dans les années 1840, à celui de Bernie Madoff, rendu possible par les technologies de l’information et de la communication (TIC) et les dotcoms des années 1990-2000, puis soutenu par la bulle immobilière qui a suivi aux États-Unis.

« Railway Mania » de George Hudson

La « Railway Mania » débute au Royaume-Uni en 1829. Elle émerge sous l’effet à la fois des attentes des investisseurs quant à la croissance de cette nouvelle technologie et du manque d’alternatives d’investissement provoqué par l’arrêt de l’émission d’obligations par le gouvernement. La promesse de la technologie ferroviaire entraîne un afflux de compagnies ferroviaires avec l’enregistrement de plus de 50 entreprises au cours des quatre premiers mois de 1845 seulement.

George Hudson (1800–1871), caricaturé ironiquement « hors des sentiers battus » dans la revue Punch.
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À cette époque, les estimations des coûts de développement ferroviaire sont sous-évaluées de plus de 50 %, et les prévisions de recettes sont estimées entre 2 000 et 3 000 livres sterling par mile, alors que les recettes réelles se situent plutôt entre 1 000 et 1 500 livres par mile. (Cent livres sterling en 1845 équivalent à 15 782,99 livres sterling en 2026, soit 18 216,73 euros, ndlt) Les normes comptables rudimentaires permettent une certaine liberté dans la présentation des comptes, comme le report de la comptabilisation des dépenses. La responsabilité des directeurs incombe aux actionnaires et non à des auditeurs externes ou à des représentants de l’État.

George Hudson, qui est également membre du Parlement, encourage la déréglementation du secteur ferroviaire.

Ponzi de Bernard Madoff

La réputation de Bernard Madoff s’est construite sur son succès dans les années 1970 grâce à l’informatisation et à l’innovation technologique dans le domaine du trading. La bulle Internet est alimentée par l’expansion rapide des entreprises technologiques, avec plus de 1 900 sociétés TIC cotées sur les bourses américaines entre 1996 et 2000, ce qui permet à son fonds BLMIS de détenir 300 millions de dollars d’actifs en 2000 (alors plus de 300 millions d’euros, ndlr).




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Bernard Madoff (1938-2021), président fondateur de Bernard L Madoff Investment Securities LLC, l’une des principales sociétés d’investissement de Wall Street. En 2008, il est arrêté par le FBI pour escroquerie de type « système de Ponzi ».
Wikimédia

Le système de Madoff se développe dans un contexte de croissance rapide des produits dérivés, tels que les credit default swaps (CDS) et les collateralized debt obligations (CDO), qui augmentent de 452 % entre 2001 et 2007. La forte volatilité des marchés engendre une normalisation des rendements exceptionnellement élevés, masquant le caractère irréalisable des performances promises par Bernard Madoff. Ces rendements sont considérés comme modérés par les investisseurs, qui ne perçoivent pas l’invraisemblance d’une telle constance sur le long terme, ce qui permet au système de durer sans être détecté.

Les activités de Bernard Madoff sont facilitées par le fait qu’avant la loi Dodd-Frank de 2010 sur la supervision des banques, l’enregistrement des hedge funds (fonds spéculatifs) auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC, l’organisme de régulation des marchés financiers) est volontaire. De plus, après les attentats du 11 septembre 2001, les ressources gouvernementales sont réorientées vers la sécurité nationale, entraînant une baisse de plus de 25 % des enquêtes ouvertes pour crimes financiers entre 2000 et 2003.

L’invraisemblance des rendements de Bernard Madoff est négligée par la SEC, malgré les signalements de lanceurs d’alerte qui ont déclenché une enquête – ce qui reflète son manque de connaissances et celui d’autres organismes de réglementation en matière de trading des hedge funds. Cela a également pu être le résultat de l’influence des relations étroites de Madoff avec les autorités de régulation, compte tenu de ses fonctions passées de président du Nasdaq et de conseiller en structure de marché auprès de la SEC.

Au moment de l’éclatement de la bulle ferroviaire, les taux d’intérêt de la Banque d’Angleterre sont à leur plus bas niveau depuis près d’un siècle. De même, la baisse des taux d’intérêt par la Réserve fédérale états-unienne (Fed) dans les années 2000 réduit le coût des crédits immobiliers, stimulant la demande et contribuant à l’inflation des prix de l’immobilier. Dans les deux cas, les marchés sont inondés d’argent bon marché et lorsque tout le monde gagne de l’argent (ou pense en gagner), les questions qui dérangent ne sont pas posées.

De l’ascension à la chute des fraudeurs

George Hudson de même que Bernard Madoff communiquent très peu sur leurs opérations auprès de leurs collègues directeurs et actionnaires. Le premier lève notamment 2,5 millions de livres sans fournir de plan d’investissement détaillé. Madoff, quant à lui, emploie et surpaye des collaborateurs peu qualifiés afin de décourager les questions sur le fonctionnement interne, et évite les réunions de présentation aux investisseurs pour ne pas avoir à répondre aux interrogations de professionnels avertis. Il recrute plutôt ses investisseurs par le biais de relations philanthropiques et de réseaux personnels. Des éléments suggèrent que certains actionnaires sont en partie conscients des pratiques commerciales douteuses de Hudson, mais ils ne s’y opposent pas initialement.

Lorsque leurs bulles respectives éclatent, ces pratiques commerciales douteuses sont révélées, et il apparaît clairement qu’ils utilisent, selon le système classique de Ponzi, des capitaux frais – et non les bénéfices des investissements – pour verser des dividendes aux investisseurs. Il a également été révélé qu’ils utilisent les fonds des investisseurs pour financer leurs trains de vie luxueux. Hudson aurait détourné environ 750 000 livres (soit environ 74 millions de livres actuelles, soit 85,4 millions d’euros, ndlt), tandis que la fraude de Bernard Madoff a atteint 65 milliards de dollars de pertes déclarées, avec des pertes réelles pour les investisseurs estimées à environ 18 milliards.

Tous deux ont terminé dans la disgrâce : Hudson s’est enfui en France et Madoff est mort en prison.

Sur la piste du renard

Méfiez-vous lorsque vous voyez des entreprises d’IA dont la valeur marchande ne cesse d’augmenter, dirigées par des leaders charismatiques et influents – il est préoccupant que les dirigeants des géants de l’IA entretiennent des relations aussi étroites avec la Maison-Blanche.

Dans ces cas, il est impératif d’analyser la qualité des communications avec les actionnaires et les investisseurs potentiels, notamment en termes d’allocation du capital et de transparence sur les flux de trésorerie détaillés. Il ne suffit pas de se fier aux états financiers audités ; il faut aller beaucoup plus loin dans l’examen de la stratégie d’investissement – ce qui exigera évidemment des auditeurs qu’ils redoublent d’efforts.

Lorsque les investisseurs sont pris dans la frénésie, au coin de la rue attend un Ponzi.


Geneva Walman-Randall a contribué à cet article en tant qu’assistante de recherche sur les conditions entourant les systèmes de Ponzi de Bernie Madoff et de George Hudson. Elle a mené cette recherche en tant qu’étudiante invitée au St. Catherine’s College d’Oxford.

The Conversation

Paul David Richard Griffiths ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Charles Ponzi nous permet-il de comprendre la bulle de l’IA ? – https://theconversation.com/charles-ponzi-nous-permet-il-de-comprendre-la-bulle-de-lia-275695

Entre capital-risque et capital patient : la stratégie des banques coopératives dans les fintech

Source: The Conversation – in French – By Valérie Lelièvre, Maître de conférences en Sciences économiques, Chercheur au BETA et membre de la Chaire EFNUM, Université de Lorraine

Entre les banques sociétés anonymes et les banques coopératives, la différence concerne notamment la structure du capital et, ce faisant, la gouvernance. Cela a-t-il un impact sur leur manière d’aborder les fintech ? Quelles approches ont développé les banques coopératives pour devenir des investisseurs pas comme les autres ?


Pour faire face à la montée en puissance des fintech, les banques françaises explorent de nouvelles formes d’investissement. L’enjeu est de s’adapter au contexte de transformation numérique, où l’offre innovante restructure la demande de services financiers. Les banques coopératives se distinguent en entrant très tôt au capital de jeunes start-up de la finance, parfois dès la phase d’incubation.

Cette stratégie risquée leur permet d’apprendre, de tester des technologies et d’ajuster leurs choix dans le temps. Elle les rapproche d’une logique de capital-risque. Si cette logique est a priori en contradiction avec le modèle coopératif originel, qu’elles revendiquent comme davantage ancré sur la relation de long terme et la proximité avec la clientèle, elle constitue néanmoins une réponse cohérente.

Nous avons recensé 177 entrées au capital de fintech provenant des cinq grands groupes bancaires français depuis 2005, dont 85 émanant des groupes coopératifs (BPCE, Crédit mutuel et Crédit agricole). Relativement aux groupes SA (BNPP et Société générale), ils entrent à des stades de développement plus précoces : 62 % en phase d’amorçage, dont 22 % en période d’incubation




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La théorie des options réelles comme grille de lecture

Cette différence de stratégie peut s’analyser au regard de la théorie des options réelles (TOR) qui souligne l’intérêt de pouvoir ajuster les décisions d’investissement au fil du temps dans un environnement où les trajectoires technologiques sont peu prévisibles et où l’information s’acquiert progressivement, ce qui est typique des jeunes fintech. Y investir s’apparente à un mécanisme d’apprentissage qui permet de révéler progressivement la qualité du projet, d’observer les évolutions réglementaires, technologiques et d’ajuster la stratégie en fonction des évolutions du marché. La TOR conceptualise ces engagements comme des droits conditionnels : la décision d’investir dans un projet risqué est vue comme l’achat d’une option (d’un droit) à reporter, à maintenir, à faire évoluer ou à abandonner le partenariat.

Investir dans une fintech présente un caractère fortement irréversible, car les ressources engagées sont en grande partie spécifiques, peu redéployables et difficilement récupérables en cas d’échec. Il s’agit des capitaux investis dans des actifs immatériels (algorithmes, compétences, données) dont la valeur est contingente au projet, et de coûts organisationnels (temps managérial, apprentissage conjoint, alignement des processus). Ces coûts seront d’autant plus élevés que la fintech est jeune.

Investir dans les fintech : les enjeux liés à l’incertitude

La stratégie et les objectifs des banques coopératives, répondant davantage à une gouvernance partenariale, sont moins sensibles à la rentabilité immédiate et s’ancrent davantage dans des relations durables, au sein des territoires. Leur horizon est plus long que celui des banques ayant le statut de sociétés anonymes et est davantage compatible avec des retours sur investissement plus étalés dans le temps.

Elles peuvent alors accepter des coûts d’irréversibilité plus élevés et intervenir à un stade plus précoce de la fintech, en exerçant une option d’apprentissage. Ainsi, elles peuvent avoir un accès privilégié à l’information et à la technologie, suivre l’évolution de la fintech et profiter des retombées positives que cette dernière génère pour acquérir et diffuser des compétences en interne.

Une logique de capital-risque ?

L’option d’apprentissage permet d’affiner l’évaluation stratégique du projet : si les signaux sont favorables, la banque peut augmenter son engagement. C’est le principe des options de croissance séquencées (par escaliers) : l’option peut être une montée au capital, une acquisition future ou une intégration industrielle. Les banques coopératives ayant de larges réseaux, une solution technologique peut potentiellement émerger au niveau local puis être déployée à grande échelle, permettant une mutualisation des coûts pour les caisses régionales.

À l’inverse, en cas de signaux négatifs (échec technologique, inadéquation stratégique…), l’intervention de la banque coopérative à un stade précoce de la fintech lui permet d’abandonner à un coût limité, c’est l’option d’abandon. Ainsi, BPCE est sorti de Payplug et de FundsDTL, le Crédit agricole est sorti de Setl, le Crédit mutuel est sorti de Linxo et a fermé Omax et Pumpkin.

Les banques coopératives se comporteraient dès lors comme des capitaux-risqueurs jouant un rôle de révélateurs d’informations, en sélectionnant, en finançant et en accompagnant les jeunes fintech jusqu’à un stade où elles pourraient exercer d’autres options. Avec des tickets d’entrée plus faibles, les partenariats avec des fintech au stade précoce permettent de multiplier les expériences, de tester plusieurs technologies et d’abandonner rapidement les projets non viables ou qui ne correspondent pas à la stratégie de la banque.

En d’autres termes, leurs investissements dans les fintech naissantes peuvent s’analyser comme un portefeuille d’opportunités (d’options) à saisir progressivement.

Un investisseur patient

Notre étude montre, qu’au sein des groupes coopératifs, le Crédit agricole (CA) se démarque. En effet, si la moitié des entrées au capital de fintech de BPCE et du Crédit mutuel (CM) se fait aux premiers stades de développement de la fintech, CA intervient encore plus en amont. À travers les Villages by CA et La Fabrique, la banque verte joue le rôle d’incubateur et d’accompagnatrice aux tout premiers stades de développement des fintech : 51 % de ses premières entrées en relation se font en phase d’incubation (0 pour BPCE et pour CM) et 78 % au stade d’amorçage.

Le Crédit agricole pourrait donc être davantage qualifié d’« investisseur patient ». En engageant du capital sur le long terme sans exiger de rendements rapides et en maintenant son investissement même en contexte d’incertitude, il privilégie la création de valeur durable plutôt qu’une sortie rapide. Il accompagne ainsi les start-up sur le plan stratégique au-delà du simple financement. En échange, il peut bénéficier d’une valorisation future de la fintech, lors des levées de fonds ultérieures.

Le CA peut soutenir des projets innovants grâce à des structures spécifiques. Dans son « start-up studio » La Fabrique, créé en 2018, des start-up sont conçues et développées en interne (c’est le cas de Blank, la néobanque consacrée aux indépendants). Dans ses 47 « Villages by CA », accélérateurs de start-up implantés dans les territoires, il accompagne de très jeunes start-up en leur apportant des ressources multiformes. Investisseur patient, le CA est encore présent dans le capital de 19 fintech passées par ces structures.

Fnege Médias – 2025.

Deux types de gouvernance, deux stratégies

Si les banques coopératives investissent aux premiers stades de développement des fintech, les banques sociétés anonymes (BNP Paribas et Société générale) interviennent généralement plus tard, exerçant une option d’attente. Davantage soumises à une exigence de rentabilité des fonds propres à court terme, elles privilégient une logique d’intervention moins risquée, plutôt au stade de capital-développement de la fintech, lorsque l’innovation s’est déjà transformée en un actif plus sûr.

Leur stratégie s’apparente davantage à celle d’un capital-investisseur privé, limitant le risque au départ tout en visant la valorisation future, via des entrées en bourse ou des sorties ultérieures. Cette complémentarité des financements reflète une division des rôles cohérente avec les contraintes de gouvernance des deux types de banques.

Au final, les spécificités des banques coopératives constituent toujours un socle favorable à des relations de long terme qui prennent la forme d’investissements en capital risque patient. Cela les différencie d’un capital risqueur classique, au sens où l’enjeu principal n’est pas la valorisation financière de la fintech, mais la capacité à absorber, à diffuser et à recombiner l’innovation dans des réseaux bancaires par nature décentralisés.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Entre capital-risque et capital patient : la stratégie des banques coopératives dans les fintech – https://theconversation.com/entre-capital-risque-et-capital-patient-la-strategie-des-banques-cooperatives-dans-les-fintech-275571

Des appétits militaires à ceux des multinationales, l’épopée de la mine de lithium d’Échassières

Source: The Conversation – in French – By Mathieu Bidaux, chercheur associé au laboratoire GRHIS, Université de Rouen Normandie

Alors que le groupe minier Eramet traverse une crise majeure, le projet de mine de lithium d’Échassières porté par Imerys, dans l’Allier, électrise le débat public. Ce que l’on oublie, c’est que ce site stratégique a une longue histoire industrielle, notamment dans le secteur de la défense, de 1913 à 1959.


L’État vient d’investir 50 millions d’euros dans EMILI, le projet de mine de lithium porté par la multinationale française Imerys au sud de l’Allier. Il comporterait environ un million de tonnes de lithium. Près de 34 000 tonnes pourraient être produites par an à partir de 2030, permettant de facto d’équiper 700 000 véhicules de fabrication européenne.

Le contexte actuel montre combien les ressources du sous-sol redeviennent un enjeu géopolitique majeur. Les minerais ukrainiens – terres rares et métaux non ferreux – suscitent l’appétit de Donald Trump. La présence de cuivre, graphite, ilménite, molybdène, fer, plomb, nickel ou d’or au Groenland ont transformé le territoire arctique en eldorado minier.

« Les mines du groupe Worms & Cie : une histoire de l’exploitation des minerais non ferreux en France (1938-1962) ».
Wormstecie

Le lithium fait partie de ces matières premières stratégiques. La Chine en regorge et l’Occident en est dépendant, notamment pour les batteries électriques de son industrie automobile.

Ce n’est pas la première fois que le site minier d’Échassières attire l’attention. Pendant la Première Guerre mondiale, il avait suscité l’intérêt de l’armée française pour le wolframite, tungstate de fer et de manganèse, recherchés pour la fabrication d’aciers spéciaux. À l’approche de la Seconde Guerre mondiale, il est remis en exploitation puis aiguise l’appétit des Allemands en 1941 sous l’Occupation.

Alors, quelle est cette histoire industrielle ? Quelles leçons en tirer ?

Wolfram et Première Guerre mondiale

Une étrange roche noire et lourde est découverte en 1913 par un habitant de ce bourg rural. Le paysan est allé rendre compte de sa trouvaille au médecin local – le docteur Trapenard – qui en a conclu qu’il s’agissait d’un minerai de tungstène : le wolfram, utile à l’industrie de l’armement. Associé à la fabrication de l’acier en petite quantité, il peut servir à fabriquer des aciers blindés, des obus perforants et des outils de coupe.

Une première société, au capital de 50 000 F est fondée le 16 novembre 1913. En mai 1914, le capital est élevé à 250 000 F. En juin 1915, alors que la Grande Guerre fait des ravages, les premières livraisons de concentrés ont lieu. Fin 1915, le capital est élevé à 500 000 F. Le tri manuel du minerai débute en 1916. Ayant montré tout le potentiel de l’entreprise, la concession pour l’exploitation du wolfram lui est attribuée en juin 1917. La mine est en activité jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale et s’arrête en 1919. La laverie, permettant de laver et trier le minerai avant de le concasser et le fondre, avait produit 207 tonnes de concentré.

De la menace allemande au sauvetage par la Setem

Après être tombée en désuétude entre 1919 et 1937, l’entreprise regagne l’intérêt des pouvoirs publics et des sociétés consommatrices de wolfram. En 1941, le site attire l’attention des occupants allemands entrés en guerre contre la Russie soviétique. Alors que la direction des mines de wolfram d’Échassières est sur le point de vendre des parts de capital à l’IG Farbenindustrie, la Société d’études et d’explorations minières (Setem), département minier de la maison financière Worms & Cie, s’interpose et réussit à prendre le contrôle de la mine à la place des Allemands.

Worms & Cie est fondée par Hypolite Worms dans les années 1840. Quatre départements représentent alors ses activités : importation de charbon, transport maritime, construction navale et services bancaires. Le secteur des métaux non ferreux lui était ainsi étranger. Auprès des Allemands, sous l’Occupation, « nos dirigeants et le personnel d’encadrement durent déployer des trésors d’imagination pour justifier la nécessité de notre emploi à ne rien faire », estime Roger Barrel, chef d’exploitation de la mine d’Échassières (Pierre-Christian Guiollard, L’Industrie minière de l’antimoine et du tungstène, Éditions Atlantica, 2010, p. 222).

Dès lors, la mine parvient à ne pas vendre le moindre gramme de minerai à l’ennemi. Après la guerre, la mine de wolfram vend au Girm de tungstène, un organisme d’État, qui revendait ensuite. Alors que l’argument de l’indépendance nationale est sans cesse invoquée pour justifier l’existence de la mine, en réalité, environ 90 % de la production est vendue à l’étranger : États-Unis, République fédérale d’Allemagne (RFA) ou Royaume-Uni.

La guerre de Corée soutient alors le cours du tungstène. Les difficultés financières interviennent à partir de 1953-1954. En 1956, Worms & Cie décide de fusionner toutes ses mines de métaux non ferreux pour faire face à une féroce concurrence chinoise et soviétique, États à la main-d’œuvre moins chère et où l’on trouvait des gisements gigantesques.

Une multinationale a été créée par Worms – la Compagnie minière du M’Zaïta – qui mise sur des mines de cuivre du Chili et d’Algérie faisant partie du portefeuille de la Setem. M’Zaïta doit les mettre en exploitation, avant que les nationalisations chiliennes et la guerre d’Algérie ne mettent un terme à ces projets. Finalement, en 1959, M’Zaïta fusionne avec Peñarroya dont est issue, en partie, la société Imerys…

Naissance d’entreprises françaises multinationales

À qui profite cette industrie minière, indispensable et irremplaçable, comme le souligne le journaliste Guillaume Pitron dans la Guerre des métaux rares ? Imerys ? La population locale ? La France ?

Ce qui est certain, c’est que l’histoire du site d’Échassières montre qu’un gisement s’épuise. Sur le long terme, les sacrifices consentis peuvent donner naissance à une entreprise puissante, forte d’un rare savoir-faire. Worms & Cie a converti la mine d’Échassières en puissance financière en fusionnant toutes ses mines de métaux non ferreux.

Aujourd’hui, le site d’Échassières est lié à l’entreprise Imerys, issue de Peñarroya, société fondée par la Maison Rothschild et présente dans 40 pays, employant 12 300 salariés et réalisant 3,4 milliards de chiffre d’affaires. Imerys investit 180 millions d’euros dans la production de lithium et compte sur les projets d’EMILI, dans l’Allier et Imerys British Lithium, dans les Cornouailles au Royaume-Uni, pour « contribuer aux objectifs ambitieux de transition énergétique de l’Union européenne ».

Le site d’Échassières n’est pas près de disparaître que ce soit dans les débats publics ou dans les imaginaires collectifs.

The Conversation

Mathieu Bidaux travaille comme responsable histoire et patrimoine pour Worms & Cie.

ref. Des appétits militaires à ceux des multinationales, l’épopée de la mine de lithium d’Échassières – https://theconversation.com/des-appetits-militaires-a-ceux-des-multinationales-lepopee-de-la-mine-de-lithium-dechassieres-276196

Télétravail à Tahiti, un décor de rêve et des risques RH importants

Source: The Conversation – in French – By Caroline Diard, Professeur associé – Département Droit des Affaires et Ressources Humaines, TBS Education

Après Ubisoft, c’est au tour de Stellantis France de revenir sur la pratique du télétravail. C’est l’heure du ressac de la vague de ces dernières années favorable au travail à distance dans certaines entreprises. Mais quelles sont les motivations de ce retour au monde d’avant « le monde d’après » ? Tous les risques juridiques du télétravail ont-ils été bien anticipés ? Illustration avec un cas extrême : le télétravail depuis… Tahiti !


Quand il est minuit à Tahiti… il est midi à Paris. Dans ce contexte, imaginez un collaborateur qui télétravaille depuis Tahiti (Polynésie française), soit à 15 000 kilomètres de son employeur. Pas de bureau partagé, pas d’open space, pas de machine à café…

Si avoir une famille installée sous les cocotiers peut sembler désirable, la médaille a aussi un revers : des réunions à minuit, en raison du décalage horaire, une connexion Internet parfois capricieuse. Tahiti rêve ou cauchemar du salarié en télétravail ? Et qu’en est-il pour l’employeur ?

Quand la fiction devient réalité

Ce scénario, loin d’être un une fiction, est une situation réelle, étudiée dans une recherche inédite sur le télétravail « hyperflexible ». Par ce terme, on s’intéresse à une forme atypique de télétravail, où la distance géographique et la durée bousculent tous les repères traditionnels du management.




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Dans l’organisation étudiée, le télétravail a été mis en place en dehors du contexte pandémique. L’entreprise étudiée a choisi d’encadrer le télétravail à travers une charte déposée auprès de la Dreets (Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités) dès 2019. Un avenant a été signé en janvier 2021. Le collaborateur concerné a sollicité en janvier 2021, après une première expérience de télétravail à temps plein en confinement, la possibilité d’exercer son activité en Polynésie française. Le collaborateur a obtenu de son employeur un détachement de deux ans. Des entretiens semi-directifs ont été réalisés mensuellement avec son n + 1.

Télétravail hyperflexible

Avec une posture de recherche-intervention, nous avons étudié le cas particulier de ce collaborateur, en ayant formulé la question de recherche suivante : le télétravail exercé à temps plein et outre-mer, comporte-t-il des risques sur l’engagement et l’intention de rester dans l’entreprise ? Peut-il produire des risques potentiels particuliers ?

Nous avons considéré une forme de télétravail hyperflexible compte tenu de l’éloignement géographique (la distance entre Tahiti et la métropole est de 15 706 kilomètres), de l’organisation du nombre de jours en présentiel en métropole très réduit (trois semaines en novembre et quatre en janvier) et la durée du détachement (deux ans).

De manière générale, la notion de flexibilité est multidimensionnelle. Elle concerne parfois la flexibilité dans la relation d’emploi (contrat de travail précaire, autoentrepreneur). Elle peut aussi renvoyer au temps de travail (forfait-jours, temps partiel) ou au le lieu de travail (à domicile, en mode nomade, en espace de coworking). Ces trois dimensions peuvent être isolées ou cohabiter.

Des formes variées de flexibilité

L’hyperflexibiltié prend aussi des formes variées. Ainsi, Stich et Mairesse ont observé un chef d’entreprise parti 40 jours télétravailler sur une île déserte, physiquement isolé mais virtuellement connecté à une communauté immergée dans ses aventures.

De même, le Working From Anywhere (WFA), où les salariés ne sont plus tenus de résider près de leur employeur redessine les frontières du travail et marque une flexibilité accrue pour choisir le lieu de vie des salariés. Ce modèle, déjà observé dans les métiers des systèmes d’information, exige cependant une culture organisationnelle adaptée pour préserver productivité et efficacité.

Un recul en France et à l’étranger

Plusieurs expériences de télétravail à temps plein aussi bien en France (Boursorama, Mutuelle générale) qu’à l’international (Amazon, Apple, GitHub, Nasa, Facebook, Twitter, Slack, Glassdoor) ont pour certaines été abandonnées.

Les dirigeants, pour justifier ce retour en arrière, ont invoqué diverses raisons comme, par exemple, les inégalités de traitement. Les différences de conditions de travail entre les collaborateurs créeraient des frustrations chez certains. Un autre argument est parfois mobilisé : l’altération de la culture d’entreprise et la dilution du collectif. Ces reculs de certaines entreprises suggèrent une prise de conscience tardive mais réelle des risques RH inhérents à la pratique du télétravail.

Des risques multiples

Notre étude de cas complète la littérature sur les risques en situation de télétravail, en s’intéressant spécifiquement à une situation extrême. À travers notre approche longitudinale sur deux ans nous avons ainsi identifié plusieurs types de risques inhérents à la distance, le décalage horaire et les conditions techniques d’exercice des missions.

En premier lieu, les risques techniques et logistiques (connexion difficile, manque de certains outils, difficulté pour revenir en métropole pendant la crise sanitaire). Ces difficultés peuvent engendrer une situation anxiogène, notamment en raison de l’isolement et de la dépendance aux outils numériques. La dépendance à ces outils technologiques devient critique, car les problèmes ne peuvent pas être résolus par un simple déplacement. La personne qui télétravaille à Tahiti témoigne :

« Avant le télétravail, cela ne me dérangeait pas d’avoir de nombreux dossiers de data sur mon bureau d’ordinateurs, car j’avais accès à toutes les ressources à mon domicile et j’habitais à quelques kilomètres de mon lieu de travail. Dorénavant, j’optimise mes données, car un incident peut vite arriver à distance, et je préfère avoir un accès simple à mes données, car je n’ai que deux ordinateurs portables actuellement.
Un incident ce mois-ci : le problème de mise à jour Windows sur l’ordinateur, qui ne peut se faire que via le réseau de l’organisation : l’ordi n’était plus utilisable. Or on ne peut pas joindre la métropole par téléphone car pas d’abonnement. Je suis passé par What’s app en contactant un collègue pour contacter le technicien informatique pour une mise à jour. »

En second lieu, les risques psychosociaux :

  • l’isolement professionnel : l’éloignement géographique et le manque d’interactions ;

« En étant à distance, il est moins aisé de discuter en direct avec une personne pour avoir de l’information. Des tutoriels et vidéos en ligne sont donc importants pour satisfaire certaines de mes requêtes. »

  • le stress accru : le décalage horaire et la nécessité d’être hyperconnecté pour compenser la distance créent un déséquilibre entre les contraintes perçues et les ressources disponibles en mode asynchrone ;

  • l’hyperconnectivité : le collaborateur doit souvent travailler en dehors des horaires classiques, ce qui peut nuire à l’équilibre entre la vie professionnelle et personnelle.

« J’optimise mon temps de travail avec la métropole, le matin je traite les mails reçus la nuit, puis après je travaille non stop sur mes missions. »

Une relation managériale bousculée

Les enjeux pour l’employeur incluent également des risques liés à la gestion de la relation managériale. Dans notre étude, nous avons retrouvé des difficultés à anticiper les tâches, un risque d’inégalité de traitement entre les salariés en mobilité et ceux restés en métropole, une possible diminution de la performance, une érosion de la confiance, ainsi qu’un sentiment d’exclusion vis-à-vis de l’équipe.

Enfin, il existe des risques liés aux doubles carrières : contrairement aux études classiques sur les conjoints d’expatriés, le conjoint du salarié étudié s’est bien adapté à la vie locale et n’a pas subi de perturbation majeure de sa carrière. Le risque apparaît progressivement lorsqu’il faut évoquer d’un retour dans l’Hexagone, où les arbitrages entre vie familiale et professionnelle deviennent conflictuels.

La carrière du conjoint

La double carrière pose ici un défi particulier : si le conjoint s’adapte bien sur place, le retour en métropole peut devenir une source de tension majeure. La littérature décrit les conflits travail/famille mais le défi posé en cas de télétravail hyperflexible n’est pas documenté. La question des doubles carrières est apparue dès la première année du détachement en Outre-mer. Pour le salarié, ce choix a généré un dilemme entre vie professionnelle et vie familiale : rentrer en métropole et laisser sa famille à distance, avec des arbitrages difficiles à faire.

Le Monde, 2022.

Bien que le salarié ait envisagé de quitter l’entreprise, cette intention n’était pas liée au travail, mais à la situation familiale. Finalement, le salarié est rentré en métropole. Cette situation met en lumière un conflit classique des couples à doubles carrières : le choix entre la stabilité professionnelle et l’équilibre familial. Malgré les tensions, son engagement envers l’entreprise n’a pas été remis en cause, mais plutôt renforcé par cette expérience.

Le collectif de travail et l’institution ont alors été contraints à une forme d’agilité organisationnelle.

« Deux de mes collègues ont trouvé un système adapté pour l’accès aux dossiers en papier et ont proposé une numérisation. Il y a beaucoup de bienveillance. »

Les horaires des réunions d’équipe ont aussi été adaptés pour tenir compte du décalage horaire.

Quand la distance exacerbe les tensions

Tous les risques RH apparus au fil de l’étude longitudinale semblent exacerbés par la distance. Le départ sous forme de détachement vers Tahiti a pourtant été anticipé avec une formalisation maximale par le service RH tendant à minimiser les risques (notamment au moyen d’un avenant au contrat de travail et de mise en place des garanties sociales et fiscales).

En revanche, la réponse aux aléas conjoncturels a dépendu largement de liens informels coconstruits au fil de l’expérience avec certains collègues. Par exemple, le retour initialement prévu en métropole pour trois semaines (ce que prévoyait l’avenant au contrat) n’a pas été possible pour des raisons sanitaires (escale aux États-Unis depuis Tahiti). Le collaborateur a vécu une période difficile à ce moment-là avec le sentiment de ne pas avoir « rempli le contrat ».

Ceci peut laisser supposer que la mise en place d’une situation extrême, inédite à titre expérimental a révélé une bienveillance du collectif de travail. D’autres salariés de l’organisation ont, quant à eux, bénéficié de la possibilité de résider dans leur pays d’origine pour des raisons fiscales dans le cadre cette fois d’une formalisation induite. L’organisation avec cette formalisation a tenté d’éviter des comportements déviants et du télétravail informel, non déclaré, hors du territoire et ainsi de limiter les risques de contentieux, notamment en matière d’accident du travail, redressement social ou fiscal.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Télétravail à Tahiti, un décor de rêve et des risques RH importants – https://theconversation.com/teletravail-a-tahiti-un-decor-de-reve-et-des-risques-rh-importants-272865

Why long-term climate choices are hard to make – a philosopher explains

Source: The Conversation – UK – By Luke Elson, Lecturer in Philosophy, University of Reading

Victoria Nevzorova/Shutterstock

A philosophical puzzle can help explain why some people and governments aren’t acting quickly enough to tackle climate change.

In 1990, American philosopher Warren Quinn posed the puzzle of the self-torturer. Imagine you’ve had an electrical device fitted to you. It has a dial, and every week you’re offered £10,000 to turn that dial up a notch. Doing this causes a tiny but permanent increase in electrical current flowing through your body, an increase you either can’t or can barely feel.

Each week, this seems like an excellent deal: a lot of money for (at worst) a negligible pain increase. But if you keep taking the money, the device will reach high settings and you’ll be full of agony and regret. It seems like you should stop at some point, but when?

Theories of self-torture vary, but many philosophers (including Quinn) agree that it’s a mistake to only consider each dial-turn in isolation. Instead, they claim the rational strategy is to consider the whole sequence, and perhaps employ some kind of decision procedure to pick a reasonable point and stop there.

I’d take £50,000 for an occasional ache in my arm. But there is some arbitrariness here, because rationality doesn’t tell us precisely when to stop. £40,000 or £60,000 would also be reasonable.

People pick goals or targets arbitrarily all the time, often settling on salient numbers. Eight hours sleep, not 7 hours 55 minutes; 2,000 calories not 2,003; 2°C of global warming. There may be scientific or other reasons for choosing roughly these numbers, but these reasons are often vague – not precise enough to forbid a small increase or decrease.

So how does this connect to climate change? In the example of self-torture, there’s a “clear and repeatable reason” to turn the dial (in Quinn’s words). And this reasoning is also commonplace about the climate.

The American philosopher Walter Sinnott-Armstrong argues that global warming is not “my fault”. He imagines taking a gas-guzzling car for a drive for fun. The drive brings some pleasure and, in normal circumstances, causes no meaningful harm via the atmosphere. It’s a drop in the ocean, some might say.

yellow bakcground, black line with knotted lines, straight black line coming out from side
Decisions often hinge more on short-term benefits than longer-term problems.
Victoria Nevzorova/Shutterstock

Canadian philosopher Chrisoula Andreou and others have noticed the similarities between environmental damage and self-torture. Every day people are offered food, flights and air conditioning in return for tiny increases in greenhouse gas levels. Each emission or turn of the dial is negligible in isolation, but taken together they have awful consequences: agony and a wrecked climate.

But if climate change is a version of Quinn’s thought experiment, it’s far more challenging than the original. The payoff is not just money. At present, some greenhouse gas emissions are essential to our lives. Much of our food, energy, flights and even medication currently rely on fossil fuels. Witness the surprisingly high emissions of gases commonly used in anaesthesia.

Overwhelm is real

Because our personal environmental footprints are negligible in a global context, many (including Sinnott-Armstrong) suggest climate change is a problem for governments, not citizens. Certainly, a government can determine health service policy, energy policy and so on.

But the challenge is bigger than that. The climate is so vast that even particular government policies can seemingly make no difference to the overarching crisis. The temptation to turn the dial recurs at a political and policy level too. This relates to us all in our role not as drivers (tempted to go for a drive) but as voters tempted to vote against fuel tax rises, for example.

As former UK prime minister Tony Blair wrote in a 2025 report by his thinktank, the Institute for Global Change: “In developed countries, voters feel they’re being asked to make financial sacrifices and changes in lifestyle when they know that their impact on global emissions is minimal.”

The puzzle of the self-torturer shows the truth in this claim. Many policies by themselves make no meaningful difference to the climate, but impose real sacrifices on citizens. If a small increase in British aviation taxes leads to fewer flights or even a regional airport closing, then some people will lose their jobs.

And even though air travel is one of the most carbon-intensive things most of us will ever do, one medium-sized country slightly reducing the number of flights in its territory will make negligible difference to the climate overall.

But the self-torture thought experiment shows why considering each policy in isolation like this is a mistake, just as it’s a mistake to consider every dial turn in isolation.

As many of us learn every new year, agreeing a goal is the easy part – not backsliding when trade-offs begin to bite is much harder. Even if we know that, just like eight hours of sleep, our agreed climate target is somewhat arbitrary and could have been a bit higher or lower, we should stick to it.

Much of the world has agreed to limit global warming. If the analogy with the puzzle of the self-torturer holds, then doing this requires that we – both individual people and governments – need to endure some painful sacrifices, even when they appear to have individually negligible benefits.

The Conversation

Luke Elson is a member of the Labour Party and occasionally does some leafleting.

ref. Why long-term climate choices are hard to make – a philosopher explains – https://theconversation.com/why-long-term-climate-choices-are-hard-to-make-a-philosopher-explains-277040

Senegal’s crisis: why debt restructuring may be the least bad option

Source: The Conversation – Africa – By Abdoulaye Ndiaye, ensiengnant-chercheur, New York University

Senegal is facing a serious debt crisis. The IMF estimated the country’s debt at 132% of GDP at the end of 2024. Debt servicing costs are projected at 5.5 trillion CFA francs (about $9.1 billion) this year, eating up a growing share of tax revenue.

A restructuring of the debt seems necessary but Senegalese Prime Minister Ousmane Sonko has ruled out this option. Instead, government has announced the shutdown of 19 agencies to save an estimated 55 billion CFA francs (about US$97.95 million) over three years.

A recent report examines the main implications of two options: trying to repay the debt at all cost or defaulting. In an interview with The Conversation Africa, Abdoulaye Ndiaye, one of the authors of the report, breaks down what each path could mean for the country.


How did Senegal’s debt crisis come about?

In September 2024, the new government announced that it found irregularities in debt reports. In response, the IMF froze its US$1.8 billion credit facility for Senegal in October 2024.

A few months later, in February 2025, Senegal’s Court of Auditors, the country’s supreme auditor of public finances, found that the deficit had been underestimated by 5.6% of GDP per year between 2019 and 2023. As a result, the debt-to-GDP ratio rose from 74% to 100%. Between March 2025 and October 2025, despite several visits to the country, the IMF program remained on hold.

The government later published a revised 2025 budget and medium-term outlook. It then estimated the debt at 120% of GDP. A month later, an IMF visit was extended by two weeks. Tension between the IMF and the Senegalese government became public. As a direct consequence, government bonds collapsed. Under pressure, Prime Minister Ousmane Sonko pledged to do everything in his power to avoid default.




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What does Senegal’s current strategy rely on?

Repaying at all costs means making two assumptions. The first is achieving massive budget consolidation in record time. In simple terms, it’s like running a marathon at sprint speed. Going from a primary deficit of roughly 14% of GDP in 2024 to a 2% surplus is something few countries have achieved. This usually requires a big natural resource windfall, as was the case in Antigua and Barbuda.

The second gamble is hoping key players, including the IMF, will agree that Senegal’s debt is sustainable and keep lending during this hard times.

To cover its current deficit and repay its debts due between 2026 and 2028, the government needs to raise 15 trillion CFA francs (US$25 billion).

If not the IMF, who could lend to Senegal and at what cost?

The IMF is the most suitable institution to support countries in crisis. Its programs are designed for these situations. They unlock other low-cost loans and offer zero-interest lending to low-income countries. Our analysis suggests that’s unlikely.

Under its own rules, the IMF can only approve a programme if its debt analysis shows the debt is sustainable.

If the IMF cannot lend, others might step in. For example, Egypt and Kenya] got loans in 2024 from emerging lenders like the United Arab Emirates despite doubts about their solvency. But this support comes at a price. The riskier the loan, the tougher the conditions, including painful privatisations.




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Does Senegal have other options?

A third option would be to rely on regional financial markets. In 2025, regional banks lent to Senegal over 4 trillion CFA francs (US$6.7 billion) . They could continue to do so, but probably not as much. If they do, they would squeeze lending to the private sector and, above all, could expose the banking sector to increasing risk.

This strategy of paying back the debt at all cost might work. But it’s a big gamble. It carries two serious risks – either the fiscal adjustment fails, or no lender steps forward.

How can Senegal negotiate with creditors without hurting future investments?

Another path is negotiating with creditors under the G20’s Common Framework. This process was devised to reduce debt owed by developing countries to bilateral creditors. This option is not easy either. That said, Ghana and Ethiopia moved faster than Zambia in negotiating with creditors?.

The international community should treat Senegal as a test of possible cooperation. China and France together hold about 70% of Senegal’s bilateral debt. They should clearly show their support by committing to fixing the debt as quickly as possible.

Dealing with private creditors adds another layer of complexity. Their primary goal is to minimise losses which tends to make negotiation’s lengthy and adversarial. If the restructuring involves reducing or rescheduling payments, the country’s bond would usually be rated as “in default” by credit agencies, taking a temporary hit to its financial reputation. Default is not the end of the road. Countries can regain access to financial markets after a default. The key is making the debt cut deep enough to restore sustainability.

International institutions should step in with new loans. This would help Senegal keep investing despite its limited access to international markets. Finally, to minimise economic costs, debts denominated in CFA francs should be excluded from the restructuring scope to avoid destabilising the regional monetary zone.




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What is the best path forward?

In any case, the lessons of this crisis must go beyond Senegal. Debt transparency and banking oversight across the region need to be strengthened. As European countries did during the Greek crisis in 2010, the West African Economic and Monetary Union will have to reform and build additional safety nets.

Experience shows that delaying a default is costly. It is better to negotiate early to reduce the impact on exports and growth. Both options – repaying and restructuring – are challenging, and can cause serious damage to the economy. Our analysis shows that without access to large amounts of cheap money, trying to repay would be more dangerous and more costly than restructuring.

Restructuring carries short-term costs mostly during the negotiation period of two to three years. A failed repayment would bring much deeper and more lasting damage to economic stability. That outcome should be avoided.

This article was commissioned in French and later translated.

The Conversation

Abdoulaye Ndiaye does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Senegal’s crisis: why debt restructuring may be the least bad option – https://theconversation.com/senegals-crisis-why-debt-restructuring-may-be-the-least-bad-option-276663

¿Son las matemáticas un descubrimiento o una creación de la mente humana?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Jorge Romero-Castillo, Profesor de Psicobiología e investigador en Neurociencia Cognitiva, Universidad de Málaga

La moderna Academia de Atenas está flanqueada por Platón (izquierda) y Sócrates (derecha). Este edificio es un homenaje a la antigua Academia de Platón, considerada la primera universidad de occidente. En su frontispicio se podía leer en griego: “Nadie entra aquí que no sepa geometría”. ColorMaker/Shutterstock

La importancia de la pregunta que titula a este artículo impacta directamente en las matemáticas, pero también determina cómo entendemos la realidad y, en última instancia, cómo concebimos nuestro propio pensamiento.

Las raíces de la controversia se remontan a la Grecia clásica, hace 2 500 años, donde el auge de la filosofía griega se produjo gracias a las matemáticas. Desde entonces, lo fascinante es que ambas posturas han contado con intelectuales de primer nivel a lo largo de la historia.

El principio de todo: la Escuela de Pitágoras

El primero en trazar el camino fue el matemático y filósofo griego Pitágoras de Samos (570-495 a. e. c.).

Además de acuñar el término philosophia, propuso una idea revolucionaria: todo está hecho de relaciones matemáticas: el kosmos, la armonía musical y hasta conceptos abstractos como la justicia. Defendió que los números eran puros, fijos y eternos. Y creía que eran la vía para acceder a un orden oculto de la existencia (independiente al ser humano).

Para seguir a Pitágoras, un círculo de aproximadamente 500 hombres y mujeres (es la escuela conocida más antigua donde las mujeres tenían un rol intelectual activo) formaron una comunidad secreta: la escuela pitagórica.
Aristóteles, aunque difería de la visión de este grupo de fieles, reconoció su labor en Metafísica:

“Fueron las primeras personas en cultivar las matemáticas. No sólo las hicieron avanzar, sino que, nutriéndose de ellas, creyeron que sus principios eran los principios de todos los seres”.

Para Pitágoras y su escuela, lo importante no era la matemática como herramienta, sino como ontología (como un ser). No es que los números “sirvieran” para describir el mundo; es que eran el mundo. Una idea que evolucionó con el platonismo matemático.




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Platón y la realidad eterna del número

El filósofo griego Platón —cuyo nombre real era Aristocles (427-347 a. e. c.)— hereda el conocimiento pitagórico, aunque reestructura la ontología del número siguiendo su famosa teoría dualista: mundo sensible y mundo inteligible. Por ejemplo, en su diálogo más conocido, La República, presenta la geometría como aquello que “existe eternamente” (en el mundo inteligible).

En el Menón, muestra cómo un joven esclavo “resuelve” un problema matemático gracias a la mayéutica socrática: hacer “parir” un saber a base de preguntas. Así, Platón honra tanto a Pitágoras como a su mentor, Sócrates, al sugerir que las verdades matemáticas no se aprenden, sino que existen de forma innata en la mente humana y afloran mediante reminiscencia.

En el Timeo (libro que lleva el nombre de un pitagórico), el filósofo sostiene que la materia posee una estructura geométrica fundamental, formada por figuras regulares que más tarde serían conocidas como sólidos platónicos. Sus propiedades hacen que estas formas sean únicas: solo existen cinco.

Los sólidos platónicos (se conocen así por haber sido descritos por primera vez en el Timeo de Platón) se caracterizan por ser poliedros convexos formados por caras regulares congruentes, con el mismo número de caras encontrándose en cada vértice y una simetría máxima. Con estas características, solo es posible la existencia de 5 poliedros. Para Platón, representaban los cuatro elementos (tetraedro = fuego; hexaedro = tierra; octaedro = aire; icosaedro = agua) y el universo (dodecaedro).
Wikipedia, CC BY-NC-ND

Posteriormente, los sólidos platónicos se han buscado en la naturaleza. Hoy sabemos que se hallan, por ejemplo, en cristales, virus, organismos unicelulares, gases y cúmulos de galaxias.

Ejemplos de sólidos platónicos observados en la naturaleza. De izquierda a derecha: tetraedro representado por una molécula de Metano (CH₄), cubo de Pirita (FeS₂), octaedro de fluorita (CaF₂), dodecaedro representado por fullereno C₂₀ (una forma molecular estable de carbono) e icosaedro representado por circogonia Icosahedra (una especie de protista, un organismo eucariota unicelular). A pesar de que no son las únicas estructuras del mundo físico, su recurrencia en sistemas tan distintos revelan principios de simetría y estabilidad compartidos.
Elaboración de los autores.

Euclides y Newton: dos puntos de una misma recta.

El polímata que detalló con precisión los sólidos platónicos fue Euclides de Alejandría (siglo IV y III a. e. c.), y lo hizo en la obra matemática más influyente de todos los tiempos: Elementos. Con ella, nace la geometría euclidiana.

En esa recopilación de 13 libros también aparece el mensaje de que la geometría proporciona una ruta hacia las verdades intemporales. Para Euclides, los postulados (propuso 5) y axiomas de los que se derivan los teoremas no se inventan, sino que se suponen universalmente ciertos (aunque el postulado 5 relacionado con líneas paralelas ha sido discutido).

Muchos siglos más tarde, Isaac Newton (1643-1727) usó las matemáticas para establecer las bases de la física y la astronomía modernas con su obra más famosa: Philosophiae Naturalis Principia Mathematica.

En sus páginas, Newton elegantemente demostró que los movimientos del cosmos podían anticiparse con cálculos. Y también expresó que “el libro de la naturaleza está escrito en términos matemáticos”. Un ejemplo de ello es la sucesión de Fibonacci: se encuentra en muchas flores, en la distribución de las hojas sobre el tallo en todos los grupos principales de plantas terrestres (filotaxis) y en el cuerpo humano. Hay quien cree que la espiral áurea asociada a esta secuencia también está presente en la concha del molusco del género Nautilus, pero es un mito.

Las matemáticas están presentes en una gran parte de las plantas, las cuales optimizan la captación de luz y la distribución de los recursos utilizando lo que conocemos como ángulo áureo (137.5°). Gracias a ello, desarrollan un crecimiento equilibrado y eficiente.

En resumen, los objetos matemáticos van a fraguarse como idealizaciones adecuadas para abordar el conocimiento de la naturaleza. Podríamos decir que Euclides y Newton, junto a Platón, componen el triángulo pitagórico perfecto donde las matemáticas se “descubren”.




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Poincaré y Einstein transitan por la perpendicular

El giro conceptual llega a finales del siglo XIX y comienzos del XX. El polímata francés Henri Poincaré (1854-1912) defendió que se eligen unas geometrías u otras no porque sean “verdaderas” en sentido absoluto, sino porque simplifican nuestra descripción del mundo.

Esta idea se vuelve especialmente potente con el desarrollo de las geometrías no euclidianas, que mostraron que el famoso quinto postulado de Euclides no era una necesidad lógica. El espacio podía concebirse de múltiples maneras coherentes. La geometría, por tanto, ya no describía el espacio, sino posibles espacios.

El matemático Henri Poincaré sostuvo que los principios matemáticos fundamentales, especialmente los geométricos, no son verdades descubiertas ni arbitrarias. En su obra Ciencia e hipótesis afirmó: ‘Los axiomas geométricos no son ni juicios sintéticos a priori ni hechos experimentales. Son convenciones’, una tesis que cuestionaba directamente la filosofía del conocimiento propuesta por Immanuel Kant. Esta postura afecta de lleno al quinto postulado de Euclides, según el cual por un punto exterior a una recta solo puede trazarse una paralela. Al adoptar geometrías alternativas, este postulado deja de cumplirse. Por ejemplo, en la geometría elíptica, por un punto exterior a una recta, no puede trazarse ninguna paralela ya que todas intersectan en dos puntos. Del mismo modo, en las geometrías no euclidianas el teorema de Pitágoras ya no es válido en su formulación clásica.
Wikipedia, CC BY-NC-SA

El físico alemán Albert Einstein (1879-1955) llevó esta concepción hasta sus últimas consecuencias. En la relatividad general, el espacio-tiempo deja de ser un escenario rígido y euclidiano para convertirse en una entidad dinámica y curva, descrita mediante geometría riemanniana (llamada así por el matemático alemán Bernhard Riemann). La gravedad ya no es una fuerza newtoniana, sino el efecto geométrico de esa curvatura. Paradójicamente, una matemática desarrollada sin aplicación física directa terminó siendo el lenguaje más preciso para describir la estructura del universo.

Einstein señaló una tensión fundamental: las matemáticas son extraordinariamente eficaces, pero su relación con el mundo no es directa. No reflejan la realidad tal cual es, sino cómo podemos formalizarla.




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Inventar para descubrir con Zenón

Descubrir e inventar son dos verbos que remiten a concepciones ontológicas irreductibles. Descubrir presupone que los entes matemáticos existen con independencia del sujeto que los piensa. mientras que inventar hace depender su existencia del acto humano de conceptualizar, nombrar y formalizar.

Volvamos brevemente a la Grecia clásica. La paradoja de la dicotomía de Zenón de Elea (siglo V a. e. c.) afirmaba que el movimiento parece imposible, y esta dificultad conceptual se mantuvo durante siglos. Pero el “invento” matemático de las series infinitas permitió mostrar que la suma de esos infinitos pasos converge a una distancia finita. Así, aunque esa herramienta haya sido una creación humana, a través de ella se “descubre” una propiedad real del movimiento, ilustrando así la relación entre invención y descubrimiento en matemáticas.

Por tanto, las matemáticas probablemente habitan en ese punto intermedio. No inventamos la realidad, pero sí los lenguajes con los que la interpretamos. Y las matemáticas son, quizá, ese lenguaje refinado que nuestra mente ha creado para explorar regularidades y dotar de coherencia a lo que observamos.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. ¿Son las matemáticas un descubrimiento o una creación de la mente humana? – https://theconversation.com/son-las-matematicas-un-descubrimiento-o-una-creacion-de-la-mente-humana-267925

El hormigón y el cambio climático estrangulan las playas de Andalucía, pero la solución no son más espigones

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Antonio Prieto Campos, Investigador Doctor, Universidad de Sevilla

Playa de Málaga. Xbrchx/Shutterstock

Cada temporal fuerte deja imágenes parecidas: playas sin arena y paseos marítimos descalzos por el avance del mar “de golpe”. Pero ese “golpe” visible suele apoyarse en un proceso mucho más lento: un litoral cada vez más influido por la acción humana, justo cuando el nivel del mar sube y los episodios extremos aprietan.

Andalucía es un claro ejemplo de este fenómeno. En esta región conviven dos fachadas diferenciadas:

  • Una atlántica baja y arenosa, con playas extensas y sistemas dunares bien desarrollados.

  • Una mediterránea más abrupta, con playas más cortas (a menudo en forma de calas) que se alternan con acantilados y aportes sedimentarios torrenciales y discontinuos.

Dicho de forma simple: el Atlántico suele disponer de más arena y más espacio; el Mediterráneo, de menos sedimento y menor margen para absorber cambios.

Erosión costera: ni desastre ni excepción

Las playas son un sistema altamente dinámico: buscan continuamente un equilibrio constante entre su morfología, los materiales que las forman y las condiciones impuestas por los agentes externos. Se mantienen gracias al intercambio de arena entre playa y duna y al transporte a lo largo de la costa (la llamada “deriva litoral”).

Así, las dunas cumplen un papel clave como reserva sedimentaria y como amortiguador: durante temporales ceden arena a la playa y disipan parte de la energía del oleaje.

La erosión es, al igual que la acumulación de sedimentos, un proceso natural y común a nivel global. Cuando la erosión es constante, el sistema litoral tiende a adaptarse migrando hacia el interior. Es el llamado “espacio de acomodación”: ese colchón de espacio tierra adentro del que dispone la costa para ajustarse a nuevas condiciones. Es algo normal y no hay problema en que esto ocurra.

La costa ahora está limitada por muros

Sin embargo, cuando las reservas naturales de sedimentos se sellan o se fijan mediante edificaciones, paseos o muros, el sistema pierde su capacidad de reajuste natural. Entonces, el mar utiliza su única reserva disponible: la propia playa. Y aquí es donde comienzan los problemas: pérdida (progresiva o súbita) de arena, con la consecuente exposición directa al oleaje de infraestructuras, como los paseos marítimos y edificaciones.

La ocupación del frente costero ha crecido desde mediados del siglo XX. En Andalucía, la longitud de playas afectadas por construcciones pasó de 40 km a 240 km entre 1956 y la actualidad. El dato es contundente: más de un tercio de las playas andaluzas (37,5 %) se encuentra bajo la influencia directa del hormigón, de las cuales más del 80 % se encuentra en la fachada mediterránea.

Efectos de la subida del nivel del mar

A esa rigidez se suma el aumento del nivel medio del mar. En series de medidas recientes se observan tasas de pocos milímetros por año: 3,81 milímetros/año en Huelva (1998–2024), 3,32 mm/año en Cádiz (1961–2018) y 2,45 mm/año en Málaga (1993–2024). Una tasa cercana a 4 mm/año equivale a 4 centímetros por década.

Aunque esos 4 centímetros parecen poco, en playas con pendientes suaves –cerca del 1 %– esos 4 cm pueden traducirse, por pura geometría, en un desplazamiento potencial de unos 4 metros hacia tierra cada diez años. La cifra exacta varía según oleaje y sedimentos, pero la idea es potente: milímetros verticales pueden convertirse en metros horizontales.

A ello se le unen los temporales, porque el cambio climático no actúa por una sola vía. Un mar más alto funciona como una “tarima” sobre la que se “montan” los temporales: con el punto de partida más elevado, la misma tormenta penetra más e impacta más tierra adentro en el perfil de playa. Si además los episodios extremos son más frecuentes o intensos, el sistema tiene menos tiempo para recuperarse entre golpes.




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Playas que desaparecen

En zonas donde tradicionalmente hay mucha erosión, se han construido infraestructuras de estabilización (como los espigones) para supuestamente frenar la desaparición de las playas. Sin embargo, estas dan una falsa sensación de seguridad, a menudo reforzada por las propias Administraciones públicas.

Una playa que hoy parece “estable” puede ser un espejismo. En algunos tramos, la obra no elimina la erosión, solo impide que se manifieste en la posición visible de la línea de costa, afectando a su estabilidad sedimentaria. Así ocurre, por ejemplo, con el sector occidental de la playa de Torre del Mar (Vélez-Málaga), Balerma (El Ejido) y los Cerrillos (Roquetas de Mar) en la vertiente mediterránea; y El Portil (Punta Umbría), Matalascañas (Almonte) y Punta Montijo (Chipiona) en su homóloga atlántica, entre muchas otras. En la mayoría de estas playas destaca la presencia de infraestructuras de estabilización.

Torre del Mar, Málaga.
BearFotos/Shutterstock

Entonces, ¿más arena o más costa?

Cuando llegan los daños, la reacción habitual es “reparar” la playa: aportar arena y reforzar defensas. A veces es inevitable a corto plazo, pero como estrategia única suele ser pan para hoy y hambre para mañana si no se restaura la dinámica natural del sistema.




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Dos líneas ayudan a orientar la gestión. La primera es respetar el espacio donde sea posible: proteger y restaurar dunas, evitar nuevas construcciones en primera línea, planificar asumiendo que la costa necesita moverse. La segunda es priorizar por tramos, porque no todas las playas cuentan con el mismo aporte de sedimento ni el mismo margen de migración.

La erosión no es un fallo: es parte del funcionamiento normal de la costa. Con un mar que sube, temporales más exigentes, menos sedimento disponible por la regulación de las cuencas hidrográficas y un litoral “rigidizado” por la construcción, la pregunta ya no es si la costa cambiará, sino si la ordenación del territorio permitirá que lo haga de forma natural… o si seguirá chocando contra un muro.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. El hormigón y el cambio climático estrangulan las playas de Andalucía, pero la solución no son más espigones – https://theconversation.com/el-hormigon-y-el-cambio-climatico-estrangulan-las-playas-de-andalucia-pero-la-solucion-no-son-mas-espigones-275956

El reto de cuidar la salud mental en niños con autismo

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Gema P. Sáez-Suanes, Profesora Ayudante Doctora. Psicología evolutiva y de la educación., Universidad Autónoma de Madrid

Niño dibujando el puzzle que se utiliza para simbolizar la complejidad del espectro autista. meirijanz/Shutterstock

Desde hace un par de semanas Martín ha dejado de cantar en la asamblea, algo que antes pedía y disfrutaba. Ahora permanece apartado del grupo y juguetea con sus manos más de lo habitual. A veces no responde cuando se le habla y parece cada vez más aislado.

Su maestro piensa que quizá esté cansado o pasando una mala racha. Sin embargo, hay un elemento importante en esta historia: Martín tiene autismo. Aquí surge una pregunta difícil: ¿está actuando así porque forma parte de su forma habitual de relacionarse con el mundo o porque algo no va bien en su estado emocional?

En los niños y niñas con autismo, las tasas de ansiedad y depresión son más altas, pero a menudo sus síntomas pasan desapercibidos. Las propias características del autismo dificultan su detección y tratamiento.

Una realidad común pero invisible

Hasta el 80 % de los niños y adultos con trastorno del espectro autista viven con síntomas de ansiedad, mientras que aproximadamente el 40 % lo hace con síntomas depresivos.

Esto quiere decir que los niños y niñas con este trastorno no solo están afrontando a diario retos sociales, comunicativos o de adaptación, sino que, además, lo hacen lidiando con un importante malestar emocional.

El principal problema es que este sufrimiento no siempre se expresa a través de las señales que tradicionalmente reconocemos. Por ello, en la mayoría de los casos permanece invisible.

Cuando todo parece ‘parte del autismo’

Uno de los grandes retos en la detección de estos síntomas es el llamado “ensombrecimiento diagnóstico” , es decir, la común atribución errónea de los síntomas de ansiedad o depresión al propio autismo. Pongamos un ejemplo: un niño que comienza a evitar el recreo puede estar mostrando síntomas de ansiedad y no solo dificultades sociales.

A todo esto, se suman otros obstáculos como el hecho de que a muchos niños con autismo les cuesta identificar y describir sus propios estados emocionales, un fenómeno conocido como alexitimia.

Si a esto añadimos discapacidad intelectual, ausencia de lenguaje u otra condición comúnmente asociada a algunos casos de autismo, el reto diagnóstico es aún mayor.

Por eso, debemos aprender a leer las señales.




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Castigos, partes y otros errores frecuentes en la escolarización de los niños con autismo


A qué tenemos que prestar atención

Dentro del espectro autista, especialmente en niños con mayores dificultades comunicativas, los problemas emocionales pueden expresarse casi exclusivamente a través de la conducta.

Por ello, cualquier cambio de comportamiento debe entenderse como un síntoma, como una vía de comunicación del niño y no como un problema en sí. Por ejemplo, si nos encontramos con una niña que últimamente se enfada más y ha dejado de jugar con sus juguetes favoritos, deberíamos de intentar entender el porqué de esa conducta.

Conductas repetitivas y ansiedad

Muchos otros comportamiento infantiles no deberían tratarse como problemas en sí, sino como consecuencias o como peticiones de ayuda.

Un signo de alarma que nos puede estar alertando de altos niveles de ansiedad es el aumento de las conductas repetitivas, una mayor respuesta negativa ante cambios, la aparición o incremento de conductas autolesivas y de problemas de conducta que antes no estaban.

Depresión no es solo tristeza

Por su parte, la depresión infantil puede ser todavía más difícil de detectar ya que no siempre aparece como tristeza manifiesta. A menudo se observa como una irritabilidad que se mantiene: a través de dolores (de cabeza, molestias digestivas), pérdida de interés en actividades que antes disfrutaba, aumento del aislamiento, descenso en el rendimiento escolar.

Los cambios en los patrones de sueño y alimentación también pueden significar un signo de malestar emocional. Por ello, la clave está en observar cambios respecto al funcionamiento habitual del niño. Si algo se intensifica sin causa aparente, conviene preguntarse: ¿qué está generando esta conducta?




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Incertidumbre y desregulación emocional

Para comprender por qué la ansiedad y la depresión son tan frecuentes en el autismo, es importante entender cómo muchas personas con autismo experimentan el mundo. Les resulta impredecible, caótico e intenso para los sentidos: ruidos inesperados, dobles sentidos o dinámicas sociales ambiguas. Esto genera sensación de incertidumbre y un estado de alerta sostenido que, a largo plazo, aumenta el riesgo de ansiedad y depresión.

Sumado a esto, las personas con autismo presentan una mayor dificultad para regular sus emociones. En general, suelen utilizar estrategias que resultan poco eficaces para gestionar el malestar emocional. De hecho, lejos de ayudar, mantienen o agravan el malestar interno.

Las personas con autismo, incluidos los niños, suelen padecer altos niveles de activación: es decir, un estado elevado de alerta física y emocional (por ejemplo, mayor tensión, nerviosismo o sensibilidad ante lo que ocurre alrededor). Este nivel de activación difícilmente se gestiona de forma adaptativa, esto es, mediante estrategias que permitan regular esas emociones de manera eficaz y ajustada a la situación.

Algunos expertos alertan de que, en el caso de las niñas y en los contextos urbanos, pueden haber mayor predisposición a sufrir ansiedad o depresión.




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Cómo ayudar a crear los cimientos del lenguaje en niños con autismo


¿Qué podemos hacer?

Comprender el perfil individual es fundamental para no generalizar y ser capaces de detectar diferencias sutiles. En el caso de los menores, hay que hacer un esfuerzo por conocer al niño y no generalizar. Cada niño con autismo presenta una combinación propia de fortalezas, dificultades, intereses, formas de comunicación y maneras de regular sus emociones. Conocer ese perfil implica observar cómo se relaciona con los demás, cómo expresa el malestar, qué situaciones le generan estrés, qué apoyos le ayudan a calmarse y qué cambios respecto a su comportamiento habitual pueden indicar que algo no va bien.

Una vez conocemos bien al niño y su forma particular de experimentar el mundo, también podemos poner en marcha estrategias que ayuden a prevenir o reducir la aparición de síntomas ansiosos o depresivos. Por ejemplo:

  • Observar y analizar cambios en su contexto y su comportamiento.

  • Dar valor e importancia a las emociones que los niños experimentan, aunque no las expresen verbalmente: “Veo que esto está siendo muy difícil, te puedo ayudar”.

  • Reducir la incertidumbre en sus contextos cotidianos. Anticipar cambios, usar apoyos visuales y estructurar el entorno.

  • Apoyar la regulación emocional de forma explícita. Identificar emociones, usar apoyos visuales, practicar técnicas de respiración, etc.

  • Explicar y hacer explícito lo que para nosotros es obvio.

Vivir con este trastorno supone muchos desafíos en el día a día, pero no significa que no se pueda aspirar al máximo bienestar. Familias y maestros tienen el papel fundamental de observar, comprender y acompañar.

The Conversation

Gema P. Sáez-Suanes no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. El reto de cuidar la salud mental en niños con autismo – https://theconversation.com/el-reto-de-cuidar-la-salud-mental-en-ninos-con-autismo-276205

El material sin el que no existirían las películas de Hollywood

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Jordi Diaz Marcos, Profesor departamento materiales y microscopista , Universitat de Barcelona

Serhii Yushkov/Shutterstock

A veces, la historia avanza por caminos inesperados. Uno de esos giros curiosos tuvo lugar a mediados del siglo XIX y comenzó con un objeto aparentemente trivial: una bola de billar. Aquella pequeña pieza acabaría desencadenando una historia digna de película.

La necesidad de sustituir el marfil utilizado para fabricar las bolas de billar llevó a la invención de un material nuevo y extraordinario: el celuloide. Considerado el primer plástico semisintético, este material no solo abrió el camino a la futura era de los plásticos, sino que también sería clave en los primeros sistemas para capturar y proyectar imágenes en movimiento. Sin él, probablemente el cine –e incluso Hollywood– no existirían tal como los conocemos.

De las bolas de billar a Hollywood

A mediados del siglo XIX, el billar se había convertido en una auténtica moda y movía enormes cantidades de dinero. Uno de sus grandes referentes era Michael Phelan, probablemente el jugador más famoso de la época.

Pero el éxito del juego escondía un problema inesperado: la gran cantidad de marfil necesaria para fabricar las bolas. En 1867, The New York Times advertía del riesgo de que los elefantes acabaran “contados entre las especies extinguidas” debido a la demanda de sus colmillos. Para encontrar una alternativa, Phelan ofreció una recompensa extraordinaria: 10 000 dólares en oro a quien descubriera un sustituto adecuado para el marfil. Sin saberlo, aquella recompensa acabaría vinculada al nacimiento de la era de los plásticos… y del cine.

El reto lo resolvió John Wesley Hyatt, con la ayuda de su hermano. Su solución fue el celuloide, obtenido a partir de celulosa derivada del algodón y plastificada con alcanfor. Este material podía calentarse, moldearse y volver a moldearse, motivo por el cual se considera uno de los primeros termoplásticos.

Hyatt lo promocionaba con una frase que resume bien el espíritu de la época: “Así como el petróleo ayudó a la ballena, el celuloide ha dado al elefante un respiro”. Más allá de la retórica, el descubrimiento fue revolucionario. Como señala el historiador Jeffrey Meikle en American Plastic, al sustituir materiales escasos o caros, el celuloide contribuyó a democratizar muchos productos para una clase media en expansión.

Utilización en el cine

Curiosamente, el celuloide tuvo una vida breve en el mundo del billar. Sin embargo, su nombre quedaría ligado para siempre a otro ámbito: el cine.

En 1880, el empresario George Eastman, fabricante de cámaras fotográficas, visitó a Hyatt con una idea clara: sustituir las pesadas placas de vidrio de la fotografía por un soporte más ligero. El celuloide resultaba ideal.

Gracias a este material, Eastman pudo colocar la emulsión fotográfica en una cinta larga y flexible enrollada en un carrete, lo que permitía tomar múltiples fotos con una cámara compacta. Así nació, en 1888, la primera Kodak, que popularizó la fotografía y transformó la manera en que las personas registraban su vida cotidiana.

Pocos años después, el uso del celuloide como soporte para película fotográfica –impulsado por desarrollos como el de Hannibal Williston Goodwin– abrió definitivamente la puerta al cine.

Sobre este nuevo material flexible trabajarían los hermanos Lumière, hijos de un reconocido fotógrafo de Lyon. A finales del siglo XIX, su familia ya poseía una de las fábricas fotográficas más importantes de Europa.

Imagen de una cinta de una película antigua.
Imagen de una cinta de una película antigua.
Prawny/Pixabay

Los Lumière: el inicio del cine

Louis y Auguste Lumière fueron más allá de la fotografía. Inspirados por los avances en óptica y mecánica, desarrollaron el cinematógrafo, un ingenioso dispositivo que utilizaba película perforada de 35 milímetros. Mediante una manivela, capturaba imágenes sucesivas que luego podían proyectarse sobre una pantalla.

Cada escena duraba solo unos segundos, pero era suficiente para provocar una sensación completamente nueva: ver la realidad en movimiento. Así comenzó la historia del cine.

La fábrica de los hermanos Lumière se convirtió, de hecho, en el primer estudio cinematográfico. Allí se filmó La sortie de l’usine Lumière, estrenada el 28 de diciembre de 1895 en el Salon Indien del Grand Café de París. Para el público de la época, ver imágenes en movimiento proyectadas en una pantalla fue una auténtica revelación.

Cartel publicitario del cinematógrafo de los hermanos Lumière, 1895.
Cartel publicitario del cinematógrafo de los hermanos Lumière, 1895, hecho por Marcellin Auzolle.
Wikimedia Commons, CC BY-SA

La base de estas primeras películas hizo posible aquel milagro técnico y mereció el honor de dar nombre a esta nueva industria naciente: la industria del celuloide.

En pocos años, el cine se convirtió en un fenómeno de masas que democratizaba el acceso al espectáculo. En la pantalla, el público podía reír con Buster Keaton o escuchar, por primera vez, voces como la de Al Jolson, en los inicios del cine sonoro.

Los peligros del primer cine

Sin embargo, el mismo material que había impulsado el séptimo arte escondía riesgos importantes. La película de nitrocelulosa era extremadamente inflamable: podía descomponerse o incendiarse a temperaturas relativamente bajas y, además, liberaba gases tóxicos durante su degradación.

Este peligro provocó numerosos incendios en salas de proyección y almacenes de películas, y también ha contribuido a la pérdida de una enorme parte del patrimonio cinematográfico. Diversos expertos del sector han señalado que menos de la mitad de las películas rodadas antes de 1950 han llegado hasta nuestros días, y solo una pequeña fracción del cine mudo se ha conservado.

Algunos accidentes fueron especialmente dramáticos. En 1897, durante el Bazar de la Charité de París, una proyección cinematográfica terminó en incendio cuando una llama entró en contacto con película de nitrocelulosa. La tragedia causó más de un centenar de víctimas y evidenció los peligros de aquel nuevo espectáculo tecnológico.

La solución llegaría desde la propia industria. A principios del siglo XX, Kodak introdujo un soporte alternativo basado en acetato de celulosa, mucho más seguro que la nitrocelulosa utilizada hasta entonces. Aquel cambio marcaría el inicio del declive del celuloide en el cine.

Aun así, su legado es inmenso. El celuloide hizo posible el nacimiento del cine moderno y, al mismo tiempo, abrió la puerta a una nueva familia de materiales que transformarían profundamente la sociedad contemporánea: los plásticos.

Si algún día existe un Óscar honorífico para los materiales, el celuloide probablemente sería el primero en recibirlo. Al fin y al cabo, sin él quizá el cine nunca habría llegado a convertirse en la gran fábrica de historias y sueños que hoy conocemos.

The Conversation

Jordi Diaz Marcos no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. El material sin el que no existirían las películas de Hollywood – https://theconversation.com/el-material-sin-el-que-no-existirian-las-peliculas-de-hollywood-278113