Comment une agence immobilière du XIXᵉ siècle proposait des visites en 3D avant l’invention même de la photographie

Source: The Conversation – France (in French) – By John Plunkett, Associate Professor of Victorian Culture, Department of English and Creative Writing, University of Exeter

La salle du Cosmorama de l’American Museum de P.  T. Barnum, à New York. Tiré du guide officiel du musée

L’ESSENTIEL

  • Dès 1838, à Londres, une agence immobilière proposait des visites immersives grâce au cosmorama.

  • Ce dispositif produisait un effet 3D en faisant observer des images à travers une lentille convexe.

  • Très populaire au XIXᵉ siècle, le cosmorama préfigurait les visites virtuelles et fut ensuite supplanté par le stéréoscope.


Si vous envisagez de déménager ou si vous êtes simplement curieux de savoir à quoi ressemblent les logements de vos voisins, votre premier réflexe sera peut-être de consulter un site d’annonces immobilières en ligne : Rightmove ou Zoopla au Royaume-Uni, Zillow aux États-Unis ou Magic Bricks en Inde.

Ces plateformes proposent des plans en 3D des biens ainsi que des visites vidéo, parfois assorties d’outils interactifs. Tout cela semble très moderne. Pourtant, à Londres, un agent immobilier précurseur proposait déjà à ses clients des visites virtuelles en 3D bien avant l’avènement de la photographie commerciale.

Au Royaume-Uni, la profession d’agent immobilier est apparue au milieu du XIXᵉ siècle, alors que l’urbanisation rapide et l’accroissement de la mobilité sociale et géographique entraînaient une forte hausse de la demande de logements.

Mais à cette époque où la photographie n’existait pas encore, comment les nouveaux riches de l’ère victorienne pouvaient-ils découvrir les biens qu’ils étaient susceptibles d’acquérir grâce aux fortunes amassées dans le commerce ou l’industrie ? Brooks & Green, une agence immobilière londonienne haut de gamme, trouva une solution novatrice.

Le fonctionnement du cosmorama
Le fonctionnement du cosmorama.
« From The Boy’s Own Book: A Complete Encyclopedia » (1849)

La galerie cosmoramique de l’agence Brooks & Green

En 1838, année du couronnement de la reine Victoria, cette agence immobilière d’Old Bond Street commença à faire la promotion d’une forme précoce de technologie visuelle immersive appelée « cosmorama », afin de proposer aux acheteurs potentiels une visite virtuelle des propriétés qu’elle vendait.

Un cosmorama permettait d’observer des peintures ou des gravures d’artistes à travers une grande lentille convexe, qui agrandissait l’image et accentuait la profondeur de la perspective, créant ainsi un effet 3D rudimentaire.

Un cadre carré noirci placé entre la lentille et l’image en dissimulait les bords, renforçant chez le spectateur l’impression d’observer une vaste scène à travers une ouverture profonde. D’ingénieux jeux de lumière accentuaient encore la profondeur et l’effet immersif.

Pour créer cette vue au cosmorama, un artiste expérimenté devait se rendre dans la propriété afin d’y réaliser des croquis. Pendant vingt ans, Brooks & Green fit la promotion de sa « galerie cosmoramique », préfiguration des visites virtuelles numériques. C’était près d’un demi-siècle avant que la photographie ne soit couramment utilisée dans les annonces immobilières.

Publicité de Brooks & Green pour son cosmorama
Publicité de Brooks & Green pour son cosmorama.
« The Patriot », newspaper, avril 1842

L’agence immobilière faisait beaucoup de publicité dans la presse londonienne. Une annonce de 1842 affirmait que sa galerie immobilière présentait « plusieurs centaines de vues de différentes propriétés ». Les acheteurs potentiels de l’une d’entre elles pouvaient découvrir « une perspective aérienne, le plan du site et l’élévation architecturale d’une demeure, les paysages environnants et les caractéristiques d’un parc, ainsi que les jardins d’agrément ».

Le cosmorama était censé offrir une expérience beaucoup plus réaliste et détaillée qu’une brochure écrite, sans que les riches acheteurs londoniens aient à parcourir des kilomètres pour visiter le bien concerné.

Mais ce service était assurément inaccessible aux familles ordinaires. Seuls les manoirs et domaines les plus prestigieux avaient une valeur suffisante pour être représentés de cette manière. L’entrée de la galerie Brooks & Green était en principe gratuite, mais il fallait disposer d’une carte d’admission, probablement accordée uniquement à ceux qui semblaient avoir les poches suffisamment bien garnies.

Explication visuelle du cosmorama (novembre 1821).
C. Blunt/« La Belle Assemblée », nº 155, vol. 24.

Des expositions dans le monde entier

Durant la première moitié du XIXᵉ siècle, le cosmorama fut l’une des formes de spectacle visuel les plus répandues en Europe et dans les Amériques. Il fut présenté pour la première fois à Paris en 1808 par un entrepreneur de spectacles français, l’abbé Constant Gazzera. Son succès entraîna la multiplication des expositions dans toute l’Europe au cours des années 1820 et 1830.

À Londres, les Cosmorama Rooms ouvrirent leurs portes en 1821, au 29 St James’s Street, avant de déménager à Regent Street en 1823. Cette galerie figura parmi les attractions incontournables de Londres pendant plus de trente ans. Regent Street n’étant située qu’à environ 1,6 kilomètre d’Old Bond Street, elle a peut-être inspiré à un employé ambitieux de Brooks & Green l’idée d’utiliser cette innovation pour promouvoir les biens de l’agence.

Également présenté dans toute l’Europe, dans des jardins d’agrément, des établissements de vulgarisation scientifique, des bazars commerciaux et des fêtes foraines, le cosmorama dut son succès à l’urbanisation et à la croissance démographique, qui avaient fait émerger un public de classe moyenne suffisamment nombreux. Il proposait une nouvelle forme d’exposition visuelle immersive, accessible à des publics qui n’auraient jamais fréquenté une galerie d’art.

Le mot « cosmorama » signifie « vues du monde » en grec. Le dispositif servait principalement à présenter des paysages pittoresques, des sites européens célèbres et des intérieurs architecturaux remarquables, comme l’éruption du Vésuve, les canaux de Venise ou l’intérieur de la basilique Saint-Pierre de Rome. L’intérêt suscité par cette invention témoignait du désir croissant du public de se cultiver et de découvrir les merveilles du vaste monde.

La fascination pour les univers en 3D

Mais le cosmorama ne constitue qu’un volet de l’histoire des spectacles visuels immersifs du début du XIXᵉ siècle. D’autres technologies populaires, comme les boîtes d’optique, les panoramas et les dioramas, donnaient elles aussi au public l’impression de voyager sans se déplacer.

Les panoramas étaient de vastes peintures circulaires – l’équivalent des cinémas Imax de l’époque – tandis que les dioramas étaient des spectacles illusionnistes reposant sur des maquettes en trois dimensions. Dans le même temps, des montreurs ambulants de boîtes d’optique parcouraient les fêtes foraines du pays pour présenter des scènes représentant des événements nationaux ou des meurtres sensationnels. La fréquentation des spectacles d’images était entrée dans les habitudes quotidiennes.

J’ai découvert les publicités de Brooks & Green pour son cosmorama au cours de mes recherches dans le cadre d’un projet historique dirigé par l’Universidade Lusófona de Lisbonne, qui a cartographié les expositions de cosmoramas en Europe et ailleurs dans le monde. Au total, le projet Curiositas: Peeping Before Virtual Reality a recensé plus de 650 cosmoramas au Portugal, en Espagne et au Royaume-Uni.

De nombreux autres dispositifs de ce type furent présentés dans des pays aussi éloignés les uns des autres que ceux d’Amérique du Nord, le Brésil, Cuba et l’Australie. Le célèbre entrepreneur de spectacles américain P. T. Barnum installa une galerie cosmoramique dans son American Museum, à New York.

Le cosmorama finit par être supplanté par le stéréoscope, qui permettait lui aussi de vivre une expérience photographique en 3D en regardant à travers des lentilles. Le cosmorama constitue ainsi l’un des premiers chapitres de notre fascination pour les mondes virtuels : ce désir d’être transportés hors de nous-mêmes, au-delà de notre environnement immédiat, et plongés dans un autre univers.

The Conversation

John Plunkett ne travaille pour aucune entreprise ou organisation susceptible de tirer profit de cet article, ne les conseille pas, ne détient aucune participation dans celles-ci et n’a reçu aucun financement de leur part. Il n’a déclaré aucune autre affiliation pertinente que son poste universitaire. Il est coauteur de Popular Visual Shows 1800-1914: Picturegoing from Peep Shows to Film (Oxford University Press, 2025).

– ref. Comment une agence immobilière du XIXᵉ siècle proposait des visites en 3D avant l’invention même de la photographie – https://theconversation.com/comment-une-agence-immobiliere-du-xix-siecle-proposait-des-visites-en-3d-avant-linvention-meme-de-la-photographie-292282

Les 400 ans de la Marine nationale : un anniversaire amnésique ? Du Levant au Ponant, les origines oubliées de la flotte française

Source: The Conversation – France in French (3) – By Kentigwern Jaouen, Doctorant au laboratoire TEMOS, Université Bretagne Sud (UBS)

Visite de Louis XV au Havre, en 1749. Descamps, via Wikimedia Commons

L’ESSENTIEL

  • La Marine nationale fête ses 400 ans en 2026.

  • Mais les bases de la Marine que nous connaissons n’ont-elles pas été posées avant la signature de l’édit de Saint-Germain par Richelieu en 1626 ?

  • Pour comprendre son histoire, il faut revenir sur la naissance, au XVIᵉ siècle, des marines du Levant et du Ponant.


En se fondant sur l’édit de Saint-Germain, signé en 1626 par le cardinal de Richelieu, l’année 2026 a été déclarée 400ᵉ anniversaire de la Marine française. Retenir cette date, n’est-ce pas faire l’impasse sur tout un pan de son histoire ?

Pour comprendre le concept même de Marine, il faut se pencher sur la naissance un siècle plus tôt des marines du Levant (la flotte circulant en Méditerranée) et du Ponant (vers la Manche et l’Atlantique). C’est ce qui permet d’éclairer le passage d’une force temporaire à une force d’État permanente en mer, répondant à des éléments plus complexes qu’un simple décret royal.

La Marine française, en tant qu’institution navale, apparaît ainsi dans les années 1520, lorsque s’institutionnalisent les marines du Ponant et du Levant, face aux défis du règne de François Ier (1515-1547). Ces enjeux, au cœur de mon projet de thèse et d’un dispositif de médiation scientifique interactif, « Les 5 sens ans de la Marine », restent méconnus.

Ils font directement écho aux débats de planification navale d’aujourd’hui – à savoir, comment construire, projeter, former, une marine dans un horizon profondément renouvelé, entre conflits de haute intensité, ouverture sur les océans et besoin de permanence ? L’omniprésence de l’urgence et la nécessité de préparer l’avenir sont des traits communs des années 1520 et 2020.

Un tournant sous le règne de François Iᵉʳ

Il faut attendre le XVIᵉ siècle pour voir le terme « Marine » devenir le nom de référence pour la force de l’État en mer. Sur la période médiévale, il reste flou, désignant les navires naviguant en mer, comme l’ensemble des espèces y vivant.

Les forces navales qui étaient armées jusqu’alors étaient appelées soit « flottes », (classis en latin), soit armées de mer au bas Moyen Âge, ou « navires du roi » pour les armements royaux. Ces termes désignaient des regroupements de navires armés en guerre de manière temporaire.

La bascule sémantique et institutionnelle se fait sous le règne de François Ier. Depuis les années 1490, le littoral français est regroupé sous l’autorité royale en deux façades, le Levant pour la Méditerranée et le Ponant pour la zone Manche-Atlantique. Ces deux espaces servent de base pour l’établissement de Marine, deux administrations « sœurs » distinctes, chargées des opérations navales dans leur façade respective et pouvant dépasser les limites des anciennes juridictions féodales.

Au-delà de la création d’une administration spécifique, pour la première fois appelée « Marine », on observe dans le dispositif naval français toutes les caractéristiques d’une force armée navale en devenir. Trois éléments peuvent être considérés comme constitutifs :

  • la permanence à l’année d’une force navale ;

  • l’existence de bases et de ports relais à même d’accueillir et d’entretenir la flotte ;

  • la création d’un corps de professionnels en charge des différents aspects de la force.

Il y a d’autres éléments de rupture, qui marquent le passage d’une force maritime temporaire à une véritable Marine : la planification stratégique, la recherche d’une force efficace et un engagement fort en mer, que l’on retrouve dans l’évolution des forces navales françaises sous les règnes de François Ier puis d’Henri II (1547-1559).

La constitution d’un corps professionnel

La création, en 1517, d’un port permanent au Havre (aujourd’hui en Seine-Maritime) dans le but d’ouvrir une base où la flotte pourrait être armée et entretenue est un premier jalon essentiel. Ce projet va être accompagné de l’établissement et du renforcement de ports sur l’ensemble du littoral.

Le port de Brest (Finistère) voit sa vocation militaire confirmée avec son usage comme port de rassemblement et d’embarquement et la construction de magasins consacrés aux armements de navires sur place. Nantes (aujourd’hui en Loire-Atlantique) sert à partir des années 1540 de port de base à une escadre de galères. Dans différents ports, des magasins sont loués ou achetés pour pouvoir ravitailler les flottes lors des conflits, comme solution d’appoint. En Méditerranée, c’est Marseille qui demeure le cœur de la Marine du Levant, mais Toulon (actuel département du Var) devient également un port d’armement secondaire doté de magasins.

Ce maillage portuaire permet de maintenir des escadres de navires en position, prêts à être armés. On trouve des galères, dans le Levant à Marseille et à Toulon, ainsi qu’une escadre à Nantes. Ces navires demeurent l’arme offensive en mer, grâce à leur maniabilité et à leurs avantages lors des abordages (pont dégagé et fort contingent embarqué). D’autres sont stationnés de manière épisodique à Brest, alors que les principaux navires du roi sont stationnés au Havre de manière permanente. Ils forment l’ossature des flottes françaises, même si celles-ci dépendent encore fortement des réquisitions de navires privés.

À ces navires de guerre sous la direction d’officiers royaux s’ajoute un corps de professionnels désormais attachés aux deux marines. Jacques Cartier et son successeur au Canada, Roberval, sont ainsi capitaines de la Marine du Ponant. On trouve des marins, officiers et experts de Marines. Des spécialistes étrangers (cartographes portugais, capitaines italiens) sont recrutés. On voit se mettre en place un corps d’officiers payé de manière trimestrielle par les trésoriers de la Marine et formant des gentilhommes sur un système de parrainage.

Un outil diplomatique

Ce nouvel appareil naval, ou plus exactement ces forces navales renouvelées, vont jouer un rôle essentiel dans la diplomatie française. Les voyages vers l’Amérique de Cartier et de Roberval s’inscrivent dans le projet politique de François Ier. Les navires vont opérer conjointement, de la Méditerranée jusqu’au nord de l’Écosse, et, en 1545, une vaste opération est menée contre l’Angleterre, qui, malgré l’échec tactique de la campagne, démontre une capacité de projection importante.

La gravure de Cowdray représente la bataille du Solent, au cours de laquelle la flotte française attaque les Anglais devant Portsmouth, les 18 et 19 juillet 1545.
James Basire, via Wikimédia

En parallèle, le roi et ses officiers cherchent à se doter d’outils efficaces, une véritable réflexion est menée tant sur la tactique et l’armement des flottes que sur les navires eux-mêmes. Un projet de navire de guerre « parfait » est mené au Havre avec la construction d’un navire de plusieurs centaines de tonneaux visant à répondre à tous les besoins, mais, trop lourd pour sortir du port, il n’est resté qu’un projet raté (La Grande Françoise).

Cependant d’autres constructions spécialisées, notamment de galions et de galères, vont s’enchaîner, accompagnées par une réflexion menée par les officiers de marine eux-mêmes, telle celle de Jean de Clamorgan qui écrivit un manuel de construction navale, malheureusement perdu.

Ainsi, les marines du Levant et du Ponant ont formé non seulement les premières marines de France, mais elles avaient en elles le germe de marine professionnelle. En perdure aujourd’hui encore une forme de bicéphalie, avec les « marines » de Brest et de Toulon.

Les guerres de Religion et le délitement de l’État au cours de la deuxième moitié du XVIᵉ siècle auront raison de cette dynamique, qui restait structurellement faible. Et il faut attendre Colbert pour que ces deux marines soient supplantées par une seule marine unifiée.

The Conversation

Kentigwern Jaouen ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Les 400 ans de la Marine nationale : un anniversaire amnésique ? Du Levant au Ponant, les origines oubliées de la flotte française – https://theconversation.com/les-400-ans-de-la-marine-nationale-un-anniversaire-amnesique-du-levant-au-ponant-les-origines-oubliees-de-la-flotte-francaise-290800

France-Togo : la fin d’une relation privilégiée ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Maxime Hatterer, Doctorant en histoire contemporaine, CY Cergy Paris Université


L’ESSENTIEL

  • L’arrestation de deux journalistes français au Togo, fin juillet 2026, révèle les difficultés persistantes auxquelles sont confrontés les médias dans un pays dirigé depuis près de soixante ans par la famille Gnassingbé.

  • Des décennies durant, le Togo a été un élément important du « pré carré » français en Afrique.

  • Dernièrement, le rapprochement de Lomé avec Moscou et la volonté de jouer les intermédiaires entre l’Alliance des États du Sahel (AES) et la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) fragilisent le partenariat franco-togolais, sans pour autant entraîner sa rupture.


Détenus en prison depuis le 27 juillet 2026 au Togo, les deux journalistes français Gaël Mocaër et Perez Pezzani ont pu regagner le sol français le 3 septembre 2026. Venus dans le cadre d’un tournage pour l’émission de France Télévisions les Routes de l’impossible, ils avaient été arrêtés dans le nord du Togo, région qui connaît depuis fin 2021 de graves incursions djihadistes en provenance du Burkina Faso.

Pour légitimer cette arrestation, la Haute Autorité togolaise de régulation de la communication écrite avait évoqué, dans un communiqué, un tournage sans autorisation ainsi que l’utilisation illégale d’un drone. Des motifs contestés par la société de production qui emploie les deux journalistes.

Il faut souligner que le Togo est un régime autoritaire, dirigé d’une main de fer par la famille Gnassingbé depuis 1967 – d’abord par Gnassingbé Eyadéma, au pouvoir de 1967 à 2005, puis par son fils Faure Gnassingbé, à la tête du pays depuis 2005. Cette longue domination politique familiale impose de nombreux obstacles aux journalistes, qu’ils soient togolais ou étrangers. Intimidations, arrestations et restrictions de la liberté de la presse sont ainsi devenues monnaie courante. Le cas du journaliste togolais Ferdinand Ayité, directeur du média indépendant l’Alternative et contraint à l’exil politique en France depuis 2024, est à cet égard révélateur des difficultés rencontrées par les journalistes au Togo.

L’arrestation des deux journalistes français s’inscrit en réalité dans un contexte plus large, celui de la dégradation des relations diplomatiques entre Lomé et Paris. Il faut rappeler que, depuis la fin des années 1960, le Togo constitue un pilier de l’influence française en Afrique de l’Ouest. Cependant, depuis quelques années, Lomé semble chercher à diversifier ses partenariats et à renforcer ses relations avec les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), à savoir le Burkina Faso, le Mali et le Niger.

Le Togo a ainsi présenté une nouvelle stratégie visant à se positionner comme un « pont » entre les pays de l’AES, en rupture avec la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et la communauté internationale. Le ministre des affaires étrangères Robert Dussey a d’ailleurs confirmé que Lomé envisageait sérieusement d’intégrer l’AES. Ce repositionnement diplomatique intervient alors que le pays traverse une période de tensions politiques, notamment autour de réformes constitutionnelles très controversées. Autant d’éléments qui viennent compliquer les relations historiquement étroites entre la France et le Togo.

Le Togo des Gnassingbé, un allié privilégié de la France

Le Togo est un petit pays côtier d’Afrique de l’Ouest d’environ 10 millions d’habitants situé dans le golfe de Guinée, entre le Bénin à l’est, le Ghana à l’ouest et le Burkina Faso au nord. C’est un État que l’on évoque rarement et qui reste relativement discret dans les médias.

Ancienne colonie allemande, anglaise, puis française, le pays accède à l’indépendance le 27 avril 1960 et fait ainsi son entrée dans la communauté internationale. Sylvanus Olympio devient le premier président du Togo indépendant en 1961.

Dans la nuit du 12 au 13 janvier 1963, Olympio est assassiné à Lomé par un commando militaire, au sein duquel se trouve le lieutenant Étienne Gnassingbé. Il est alors remplacé par Nicolas Grunitzky, lui-même renversé quatre ans plus tard, le 13 janvier 1967, lors d’un coup d’État mené par Étienne Eyadéma, qui prend ensuite les commandes du pays. Devenu Gnassingbé Eyadéma, il dirige fermement le Togo, empêche toute tentative de changement et instaure un parti unique : le Rassemblement du peuple togolais (RPT).

Il ne lâche un peu de liberté qu’au début des années 1990 en accordant le multipartisme, sous les pressions françaises. Il décède en 2005 mais cela ne signifie pas pour autant la fin de l’époque Eyadéma : son fils, Faure Gnassingbé, est désigné président par les militaires. À la suite des conseils de Jacques Chirac et aux pressions des États voisins, il est contraint d’organiser des élections « démocratiques », qui seront toutefois, comme les suivantes, très contestées par l’opposition. Élu en 2005 puis réélu en 2010, en 2015, en 2020 et en 2025, Faure Gnassingbé, âgé aujourd’hui de 60 ans, est toujours à la tête de l’État togolais.

Jusqu’à sa mort, Gnassingbé Eyadéma a été l’un des principaux alliés de la France dans la région. Une figure de ce que les historiens et les journalistes politiques ont appelé la « Françafrique ».

Le général Eyadéma a tissé des liens personnels étroits avec plusieurs dirigeants français, notamment Valéry Giscard d’Estaing. La pérennité du régime d’Eyadéma repose en bonne partie sur les accords militaires franco-togolais qui permettaient à Paris d’intervenir militairement lorsque le pouvoir est menacé, contribuant ainsi à sa stabilité et à sa survie politique. La tentative de coup d’État contre Eyadéma à Lomé, en 1986, en constitue une illustration : des soldats français furent alors déployés dans la capitale afin d’assurer la protection du président togolais.

Gnassingbé Eyadéma s’est imposé progressivement en Afrique de l’Ouest comme un médiateur régional incontournable dans la gestion des crises. Fin stratège et habile diplomate, il participe activement à la création de la Cédéao aux côtés du Nigeria. Il développe avec ses voisins une diplomatie du « bon voisinage », malgré des tensions persistantes avec le Ghana. Cette position lui permet de devenir un relais privilégié de la politique française en Afrique de l’Ouest.

Une relation franco-togolaise en déclin

Lorsque son fils Faure Gnassingbé reprend les rênes du pays en 2005, rien ne laisse présager une remise en cause de cette relation privilégiée. La France demeure le partenaire principal du pouvoir togolais, et Faure Gnassingbé entretient des relations cordiales avec les présidents français successifs. Les liens entre les deux États se renforcent encore un peu plus sur le plan sécuritaire avec la montée de la menace terroriste dans le nord du pays depuis 2021.

La France intervient dans ce domaine, notamment à travers le renforcement des capacités des forces armées togolaises engagées dans la lutte contre les groupes djihadistes. Cette proximité se retrouve également sur le plan économique, notamment avec le groupe français Bolloré, soupçonné d’avoir sous-facturé, via Havas, des prestations de communication pour favoriser la réélection de Faure Gnassingbé en 2010, en contrepartie de la concession du port de Lomé.

Le déclin des relations entre Paris et Lomé est relativement récent. Il intervient dans un contexte plus large : celui du recul de l’influence française dans la région du Sahel au profit notamment de la puissance russe. La politique d’Emmanuel Macron dans cette région s’est soldée par un échec marqué par le retrait militaire de la France et la dégradation durable de ses relations diplomatiques avec les pays de la région.

Rencontre entre Vladimir Poutine et Faure Gnassingbé au Kremlin (Moscou), 19 novembre 2025.
Kremlin.ru, CC BY-NC-SA

C’est dans ce contexte que Lomé adopte une diplomatie plus multilatérale en cherchant à diversifier ses alliances de défense face aux pressions sécuritaires au Sahel. Ainsi, Lomé s’est considérablement rapproché de Moscou, ce rapprochement étant marqué par la signature d’un accord de coopération militaire et une rencontre officielle entre Faure Gnassingbé et Vladimir Poutine à Moscou, en novembre 2025. De plus, le Togo, pays membre de la Cédéao, est très proche des militaires au pouvoir dans les trois pays membres de l’AES, pro-russe. Fidèle à sa diplomatie du « bon voisinage », Lomé essaie de rapprocher ces deux organisations dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. C’est la nouvelle stratégie « Togo-Sahel 2026-2028 ».

Ces évolutions ne marquent pas pour autant la fin des relations entre Paris et Lomé, mais elles ont contribué à fragiliser leur partenariat historique. Une situation qui préoccupe Paris, d’autant plus que la Russie cherche à étendre son influence dans la région en essayant de faire du Togo l’un de ses principaux alliés dans le golfe de Guinée. La visite de Jean-Noël Barrot à Lomé, les 23 et 24 avril 2026, témoigne ainsi de la volonté française de réaffirmer son partenariat avec le Togo et de défendre une offre de coopération face à la concurrence de nouveaux acteurs.

The Conversation

Maxime Hatterer ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. France-Togo : la fin d’une relation privilégiée ? – https://theconversation.com/france-togo-la-fin-dune-relation-privilegiee-291584

Dette du Sénégal : pourquoi l’accord avec le FMI ne règle pas encore la crise

Source: The Conversation – in French – By Florent Kanga Gbongue, Enseignant-Chercheur, Université Félix Houphouët-Boigny. Cocody, Côte-d’Ivoire

À ce jour, le Sénégal n’a pas reçu un seul dollar du Fonds monétaire international (FMI), et sa dette n’a pas diminué d’un franc. Le 1er septembre 2026, ses autorités et les services du FMI ont conclu un accord technique sur un programme d’environ 2,2 milliards de dollars sur 36 mois. Il reste soumis à des mesures correctrices sur les déclarations erronées du passé, à des assurances de financement et à l’approbation du conseil d’administration. Depuis, deux marchés jugent la même signature : le marché international des euro-obligations et le marché régional des titres publics de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa). Le premier affiche sa défiance dans les prix ; le second, davantage détenu par les banques de la zone et encadré par des règles prudentielles spécifiques, ne la traduit pas de la même manière.

L’économiste Florent Kanga Gbongué est spécialisé dans la finance, les marchés financiers, la gestion des risques et les questions de dette souveraine. Il explique à The Conversation Africa l’enjeu de l’accord du Sénégal avec le FMI.

Que change concrètement l’accord avec le FMI dans la gestion de la dette du Sénégal ?

L’accord change la manière de gérer la dette, pas encore son montant. Il fixe un cadre budgétaire sur trois ans, conditionne le retour des financements concessionnels et ouvre la voie à un traitement négocié avec les créanciers. Il répond d’abord à une crise de confiance. La Cour des comptes a réévalué le déficit de 2023 à 12,3 % du PIB, contre 4,9 % annoncés. Selon le FMI, la dette atteignait fin 2024 près de 119 % du PIB pour l’administration centrale, et environ 132 % pour l’ensemble du secteur public.

Le gouvernement a présenté en parallèle un plan de traitement. Il entend en exclure la dette libellée en francs CFA, pour préserver le marché régional, et recourir au Cadre commun du G20; environ 5 milliards de dollars d’euro-obligations seraient concernés.

Le 11 septembre, le Trésor a levé 101,3 milliards de francs CFA (170 millions de dollars américains) sur le marché régional, à 7,89 % sur cinq ans. Au même moment, ses euro-obligations s’échangeaient autour de la moitié de leur valeur faciale, et S&P abaissait la note du Sénégal en devises à CC (risque de défaut extrêmement élevé). Deux marchés, une seule dette, deux prix. J’appelle cet écart la prime de périmètre. Il tient en partie aux règles.

Dans l’Uemoa, qui réunit les huit pays utilisant le franc CFA, les titres d’État libellés et financés en francs CFA sont pondérés à 0 % dans le calcul des fonds propres exigés des banques. Conservés jusqu’à l’échéance, ils ne sont pas évalués au prix du marché, et leur dépréciation pour risque de crédit reste facultative.

Ce dispositif a une utilité réelle : il facilite le financement des États et limite les ventes forcées de titres publics par les banques lors des périodes de tension. Mais il comporte aussi un risque : en retardant la reconnaissance comptable et prudentielle d’une dégradation, il peut rendre le problème moins visible sans le faire disparaître. Ces règles ne suppriment donc pas le risque souverain ; elles influencent surtout le moment et la manière dont il apparaît dans les comptes des banques.




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Quels sont les principaux enjeux de cet accord pour les finances publiques sénégalaises ?

L’enjeu n’est pas un ratio isolé, mais l’articulation de quatre bilans. Le bilan des stocks exige une dette entièrement recensée, y compris les garanties, les engagements des entreprises publiques et les arriérés. Un indicateur utile est l’ajustement stocks-flux, c’est-à-dire l’écart entre la variation de la dette et le déficit budgétaire.

Lorsqu’il est durablement élevé, cet écart doit être expliqué : il peut refléter des opérations financières légitimes, mais aussi des engagements insuffisamment retracés dans les comptes publics. Dans le cas du Sénégal, les constatations de la Cour des comptes ont précisément mis en évidence l’importance de cette réconciliation.

Le bilan budgétaire mesure la charge réelle : en 2026, les intérêts prévus représentent environ un cinquième des recettes. Le bilan de liquidité est plus tendu. Sur un besoin de financement de 10,63 milliards de dollars américains, plus de 7,53 milliards de dollars amortissent du principal : sept francs empruntés sur dix remboursent d’anciens emprunts.

Le débat entre reprofilage et restructuration n’a donc rien de sémantique. Si le problème relève surtout de la liquidité, il peut suffire d’allonger les maturités, c’est-à-dire de repousser les dates auxquelles l’État doit rembourser le principal de ses emprunts.

S’il relève de la solvabilité, seul un allègement en valeur actuelle rétablira la soutenabilité. L’analyse de viabilité du programme tranchera; le FMI a rappelé que le Cadre commun ne prédétermine pas le type d’opération.

Le bilan financier, enfin, enferme le Sénégal dans un trilemme : obtenir un allègement suffisant, préserver les banques de l’union, répartir l’effort équitablement entre les créanciers. Or il ne peut maximiser les trois à la fois. Plus la dette en francs CFA est protégée, plus l’effort retombe sur les porteurs d’euro-obligations ou sur le budget. La prime de périmètre est le prix que le marché attache à ce choix.

Quels effets cet accord pourrait-il avoir sur la croissance et l’investissement au Sénégal ?

Tout dépendra de l’horizon. À court terme, l’effet sera probablement restrictif. La croissance de 6,7 % de 2025 doit beaucoup aux hydrocarbures : l’économie hors pétrole et gaz, qui crée l’emploi, n’a progressé que de 2,2 %. Pour 2026, le FMI prévoyait en avril 2,2 %, le gouvernement 2,5 %.

À moyen terme, l’un des principaux canaux de transmission passera par les banques. Dans une étude portant sur plus de 20 000 banques dans 191 pays, les économistes Nicola Gennaioli, Alberto Martin et Stefano Rossi montrent que les titres publics représentent en moyenne 9% des actifs bancaires. Ils constatent aussi qu’en cas de défaut de l’État, les banques les plus exposées réduisent davantage leurs crédits à l’économie. Dans l’Uemoa, les titres publics représenteraient entre 25 % et 35 % des actifs bancaires. Selon Fitch Ratings, l’exposition agrégée des banques de l’Union aux États équivaudrait à environ trois fois leurs fonds propres.




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Des travaux récents du FMI montrent que restructurer la dette intérieure soulage moins, et coûte plus durablement en croissance et en crédit, que restructurer la dette extérieure. Dans un système où les banques détiennent une part élevée de dette publique, préserver le marché régional relève moins d’une faveur accordée aux créanciers locaux que d’une précaution de stabilité financière. La Grenade et Saint-Kitts-et-Nevis, dans l’Union monétaire des Caraïbes orientales, avaient fait le même choix.

Protéger n’est pourtant pas effacer. L’expérience récente du Niger l’illustre : une dérogation prudentielle avait permis, à partir de janvier 2024, de maintenir temporairement des titres publics impayés dans la catégorie des créances saines. Lorsqu’elle a pris fin, en avril 2025, les banques concernées ont dû reclasser ces expositions. Une règle prudentielle peut donc différer la reconnaissance du risque, mais elle ne l’annule pas.

Mes travaux en cours sur le lien entre États et banques dans l’Uemoa suggèrent que la durée de l’exposition, plus encore que son niveau à un instant donné, peut amplifier la transmission du risque souverain au crédit.

À long terme, l’effet peut devenir positif si le traitement reste préventif, rapide et suffisamment crédible. Le règlement, comme annoncé, du coupon dû le 13 septembre (intérêts versés périodiquement aux détenteurs de l’obligation), a été suivi d’un rebond des obligations internationales sénégalaises, sans dissiper l’incertitude sur les modalités du traitement à venir.

Une étude montre que les restructurations engagées avant un défaut de paiement sont, en moyenne, plus rapides à négocier, associées à des décotes plus limitées et à des pertes de production plus faibles que celles engagées après un défaut.

Quelles marges de manœuvre le Sénégal conserve-t-il pour réduire durablement sa dette ?

Elles existent, mais aucune n’est spectaculaire. Élargir l’assiette fiscale et réduire les exonérations inefficaces contribueront davantage à l’assainissement des finances publiques que des coupes budgétaires uniformes.

Recomposer la dépense permettra de protéger l’investissement public à fort rendement et les transferts sociaux ciblés. Une règle d’épargne sur les recettes pétrolières et gazières peut aussi réduire la vulnérabilité budgétaire. Concrètement, elle consisterait à verser dans un fonds dédié la part exceptionnelle ou imprévue de ces recettes, plutôt que de l’utiliser immédiatement pour financer des dépenses courantes.




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Ces ressources pourraient ensuite servir à amortir la dette, à stabiliser le budget lorsque les cours ou la production baissent, ou à financer des investissements publics clairement identifiés.

Enfin, l’apurement des arriérés redonnerait de la trésorerie aux entreprises que l’État tarde à payer.

Mes travaux sur l’Uemoa estiment qu’autour de 62 % du PIB, les marchés commencent à réévaluer plus nettement le risque souverain, bien avant le plafond communautaire de 70 %. Cette estimation constitue un signal de marché, non une norme applicable mécaniquement à tous les États. Le FMI a d’ailleurs constaté que les restructurations souveraines sont souvent intervenues « trop peu, trop tard ».

L’enjeu n’est donc pas d’éviter à tout prix un traitement de la dette, mais d’obtenir une solution suffisamment ambitieuse, crédible et durable pour ne pas devoir y revenir.

Cinq indicateurs publics permettraient d’en suivre les résultats : l’ajustement stocks-flux, la part des intérêts dans les recettes, la dette arrivant à échéance dans l’année, l’exposition des banques à l’État et l’évolution du crédit au secteur privé. Un sixième indicateur les éclaire : la prime de périmètre.

Avec Lambert N’Galadjo Bamba, nous avons développé des modèles qui distinguent, dans la prime souveraine régionale, le risque de crédit du risque de liquidité. Appliqués aux données de marché disponibles après septembre, ils permettront d’établir si l’écart se réduit parce que la confiance revient, ou parce que les règles comptables et prudentielles en différèrent la reconnaissance.

Une dernière précaution concerne les ratios d’endettement. La révision de la base des comptes nationaux, qui rehausse le niveau estimé du PIB d’environ 13,5 %, réduira mécaniquement le ratio dette sur PIB. Elle ne réduira toutefois ni le montant nominal de la dette, ni les intérêts à payer, ni les échéances de remboursement.

The Conversation

Florent Kanga Gbongue does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. Dette du Sénégal : pourquoi l’accord avec le FMI ne règle pas encore la crise – https://theconversation.com/dette-du-senegal-pourquoi-laccord-avec-le-fmi-ne-regle-pas-encore-la-crise-292527

La selección: ¿leer mucho o leer mejor?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Eva Catalán, Editora de Educación, The Conversation

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¿Es mejor leer 30 libros al año, o solamente cinco? Qué pregunta tan absurda. Como todo, se dirán, depende: depende del contenido y la complejidad de los libros, del disfrute que obtengamos de ellos y de lo que nos aporten a largo plazo, es decir, del poso que dejen.

Cantidad no es calidad en casi nada, y mucho menos en lectura. Por eso puede ocurrir, como explicaba recientemente la psicopedagoga Sylvie Pérez Lima, que leamos muchos libros sin que nuestra capacidad de comprensión lectora se vea necesariamente mejorada. Porque cuando leemos, existen dos niveles de comprensión. El inmediato, que depende de la agilidad de nuestra mecánica lectora (es decir, de lo rápido que nuestro cerebro procese las letras, las palabras, las frases, y el significado directo que tienen); y el profundo. Este segundo nivel es el que nos permite interpretar, comparar, entender arcos narrativos, desarrollos de personajes o argumentos lógicos; el que nos ayuda a percibir una intención, un sesgo o una contradicción. En definitiva, el que no nos deja igual de como estábamos antes y permite desarrollar el pensamiento crítico.

¿Cómo se consigue mejorar la comprensión lectora? El primer escalón es dominar la mecánica, y conseguir que la lectura fluya de manera ágil y sencilla. Esto sí se consigue practicando mucho, leyendo mucho. Por eso en los primeros años a los niños se les anima a adquirir el hábito de la lectura eligiendo los temas y estilos que más les entusiasmen, sean los que sean. Pero los siguientes escalones no son tan automáticos, como deja en evidencia el reciente informe PISA y como se observa, a menudo, cuando se corrigen exámenes (¿qué profesor no se ha lamentado alguna vez de que sus alumnos no han leído “bien” la pregunta?). Lo importante no es solo cuánto lee un niño o un adolescente (¡o un adulto!), sino también qué es capaz de hacer con lo que lee.

La comprensión lectora se enseña y practica en la escuela con estrategias específicas; lo curioso es que no son las tradicionales preguntas sobre un texto que casi todos hemos tenido que responder en clase. Precisamente, esa obsesión por “examinarles” después de una lectura puede ser contraproducente.

También deberíamos animarles a leer diferentes tipos de libros, no solo los que les fascinan. Porque como dice la profesora Pérez Lima, “cuanta más experiencia lectora acumulamos sobre determinado estilo de escritura, menos esfuerzo cognitivo supone descifrarlo, más predecible será la tarea para nosotros, y menos esfuerzo de comprensión estaremos haciendo”. Devorar novelas románticas o de ciencia ficción es genial; pero para alcanzar una comprensión lectora completa es necesario salir de la zona de confort.

Se trata de un asunto que va mucho más allá del aula. La comprensión lectora es fundamental para siempre, no solo durante la etapa académica y para el aprendizaje, sino para ser un ciudadano con plenos derechos y capacidad de decisión. La vida digital nos empuja a todos (jóvenes y mayores) a leer mucho, en pantalla, y muy deprisa, y a menudo nos hace priorizar la cantidad en detrimento de la calidad. Lo difícil es leer “despacio”, de manera más profunda, asimilando y dejando las ideas madurar.

Ojalá esta selección de artículos les inspiren a leer de esta manera.

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– ref. La selección: ¿leer mucho o leer mejor? – https://theconversation.com/la-seleccion-leer-mucho-o-leer-mejor-292382

El humor y las rimas como recursos de aprendizaje

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Andrea Hernandez Hurtado, Profesora de Didáctica de la Lengua en los Grados de Educación Infantil y Educación Primaria y profesora de Inglés en el Máster en Formación del Profesorado, Universidad CEU Cardenal Herrera

Rawpixel.com/Shutterstock

–¿Qué le dice un pez a otro pez?

–Nada.

Este es uno de los chistes más conocidos que existen. La gracia de esta broma tan sencilla radica en la comprensión de la polisemia de la respuesta, pues “nada” sirve tanto para referirse a que el pez “no dijo nada” como a que le dijo al otro pez que “nadara”.

Igual que recordamos este chiste, recordamos numerosos juegos de palabras y cancioncillas que nos ayudaron a aprender en la escuela (“Treinta días trae noviembre, con abril, junio y septiembre…”). Este envoltorio humorístico o musical sobrevive en la memoria y, con él, el contenido que nos aporta.

Por eso, tanto el humor como las rimas y las melodías han formado parte tradicionalmente de muchas enseñanzas escolares.

El humor y la pedagogía

El humor es un fenómeno intrínsecamente humano y complejo que cumple las funciones sociales, culturales y cognitivas que requiere la interacción entre individuos para existir.

En el aula, es una estrategia didáctica motivadora, pues acerca a estudiantes y docentes, creando una vivencia positiva y gratificante del proceso de enseñanza y aprendizaje.

Gracias al humor, se pueden comunicar mejor algunos contenidos porque estimula la atención, la creatividad y la memoria simultáneamente). El uso de dobles sentidos o juegos de palabras, como los populares “colmos” en primaria (“¿Cuál es el colmo de un electricista? Que no le echen un cable”), desata una respuesta emocional positiva en el niño, la cual se retiene más fácilmente en el cerebro que una oración monótona: el niño aprende, entre otras cosas, vocabulario poco común y a usar la polisemia.

Cómo desarrollan el humor los niños

La capacidad de entender este tipo de dobles sentidos se va desarrollando en distintas fases hasta que aproximadamente a los 12 años ya somos totalmente competentes.

En las etapas iniciales, el uso de juegos de palabras con significado literal ayuda a que los niños desarrollen la competencia pragmática. Mientras juegan con el sentido de las palabras, están aprendiendo cómo funciona la lengua y la polisemia de algunos términos. Por ejemplo, los niños preferirán enfrentarse a un grupo de tigres “muertos de hambre” que a un grupo de leones hambrientos, pues los tigres muertos son inofensivos.




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La memoria tiene oído

En nuestra memoria de trabajo, que usamos para aprender, existe un subsistema llamado “bucle fonológico”, especializado en sostener sonidos del habla unos segundos mientras los repasamos mentalmente, como un audio que se reproduce en bucle.

Ese sistema es especialmente sensible al patrón sonoro: las palabras que comparten ritmo o rima se agrupan y se refuerzan entre sí de un modo que una definición seca simplemente no consigue. Por eso, a un niño de cinco años le cuesta mucho más recordar que “las palabras agudas llevan tilde cuando terminan en n, s o vocal”, que asimilar esta idea aprendiéndose la frase: “camión, ratón y balón, con tilde en el rincón”.

Lo que nos enseñan las tradiciones orales

David Rubin, psicólogo cuya investigación se centra, en parte, en el aprendizaje de estructuras gramaticales y la memorización a través de la tradición oral, investigó por qué epopeyas, romances de ciego y retahílas de comba de todo el mundo sobreviven generación tras generación sin necesidad de papel. Su respuesta: no es casualidad ni nostalgia, sino ingeniería. Estos géneros están construidos con varias “restricciones” (es decir, condiciones que se deben cumplir y que limitan las posibilidades) a la vez: métrica, rima, imágenes, fórmulas que se repiten funcionan como “pistas de recuperación redundantes”, es decir, diferentes señales que apuntan a la misma palabra o fragmento y que permiten recuperarlo si una de ellas falla.

Por eso contribuyen a la retención memorística: si se olvida una palabra, el ritmo o la rima casi nos la “soplan”. Pensemos, por ejemplo, en canciones de comba como “Al pasar la barca”, en las que el ritmo, las terminaciones sonoras e incluso el contexto ayudan a anticipar qué viene después:

Al pasar la barca, me dijo el barquero: “las niñas bonitas no pagan ______”.

Esta ayuda a la memoria que ofrecen las rimas se puede comprobar también en otro tipo de composiciones, no rimadas, como este chiste:

–El mes pasado “contraí” matrimonio.

–¡Contraje!

–Sí, claro, ¿cómo iba a ir sin traje?

El chiste corrige el verbo irregular (el pasado de contraer es “contraje”, no contraí) apoyándose precisamente en el parecido sonoro que tiene con la expresión “con traje”: esta homofonía resuelve el chiste y, de paso, la forma correcta del verbo ya no se nos olvida.

De la gracia al fondo

Tales elementos humorísticos y musicales no son necesariamente excluyentes, pues el mismo verso pegadizo por su ritmo puede ser que arranque una sonrisa en los niños e, incluso, ser parodiado por los propios niños (¡cuántas versiones gamberras de canciones no se habrán escuchado en clase!). Que un niño o niña juegue con las palabras es una prueba de que su conocimiento de la lengua está madurando.

Aunque rimas y juegos de palabras humorísticos ayudan a recordar, no pueden ser la prueba de que el aprendizaje ha tenido lugar: un alumno puede recitar de carrerilla una rima gramatical sin haber interiorizado la norma que esconde, igual que cualquiera tararea una canción en inglés sin saber qué dice la letra.




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Lo pegadizo garantiza que la información llegue y se quede a la puerta; que entre de verdad en el edificio y se quede a vivir ahí es otro trabajo, el de siempre: explicar, practicar y aplicar la regla a casos nuevos que ya no riman con nada.

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Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

– ref. El humor y las rimas como recursos de aprendizaje – https://theconversation.com/el-humor-y-las-rimas-como-recursos-de-aprendizaje-281896

‘Esto parece una película’: las frases cinematográficas con las que contamos la realidad

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Emeterio Diez Puertas, Profesor Doctor, Universidad Camilo José Cela

Emma Stone (de espaldas) y Ryan Gosling en una escena de la película _La La Land_. Summit Entertainment

En marzo de 2026, Euronews titulaba una noticia: “Los expertos advierten que la avalancha de vídeos de ICE generados por IA corre el riesgo de socavar la confianza en las grabaciones reales”. El artículo trataba de cómo cientos de vídeos generados con inteligencia artificial simulaban actuaciones del Servicio de Inmigración y Control de Aduanas de Estados Unidos (ICE).

En la sociedad se ha instalado la pregunta: ¿lo que veré en el próximo telediario serán imágenes auténticas? La vieja frase “esto parece una película” ha adquirido, en este sentido, un significado inquietante.

Sin embargo, la difusa frontera entre cine y realidad llevaba mucho tiempo presente entre nosotros y prueba de ello es el lenguaje. Todos los días usamos expresiones cinematográficas para explicar o calificar lo que sucede o nos sucede. Recurrimos a un diccionario, formal o informal, que da cuenta de nuestras experiencias.

El cine en nuestro lenguaje

En 2008, en su discurso de ingreso en la Real Academia Española, el cineasta José Luis Borau ya examinó la profunda huella que el cine ha dejado en el idioma español.

Mencionaba una serie de términos técnicos (montaje, rebobinar, primer plano, efectos especiales…), de anglicismos (flashback, thriller, remake…) e, incluso, de títulos, personajes y diálogos que han pasado de la pantalla al habla cotidiana y a la literatura. Estar “solo ante el peligro” es afrontar sin ayuda una situación comprometida; un “Tarzán” es un hombre fuerte, primitivo o dado a exhibir su físico; una “charlot(ada)” es un festejo taurino cómico; “siempre nos quedará París” es una frase de consuelo ante una pérdida o separación; “que la fuerza te acompañe”, una fórmula para desear suerte, y “nadie es perfecto” supone una aceptación humorística de los defectos propios o ajenos.

La escena final de Con faldas y a lo loco sirve desde su estreno como inspiración cultural.

Yo fui alumno de Borau y mis apuntes de sus clases de guion, allá por los años noventa del siglo pasado, se abren con una frase suya que dice: “El hombre conoce mediante la experiencia o bien mediante la narración y la representación”. Borau quería decir que el cine pertenece, en principio, al segundo territorio, pero luego, en su discurso a la Academia, constata que termina por acompañarnos en la vida real.

Las frases hechas

Porque ¿qué sucede cuando las representaciones cinematográficas, incorporadas al lenguaje, se convierten en guiones para interpretar la experiencia?

Hablamos de aquellas expresiones con las que convertimos la vida en una película. Son frases hechas que una comunidad emplea con un significado compartido, generalmente distinto del literal: “salirse del guion” es actuar de manera inesperada; “esto estaba en el guion” es lo contrario, lo previsible, lo que estaba planeado; “interpretar un papel” es adoptar una conducta que quizá no es auténtica.

En América “robarse la película” significa convertirse en el centro de atención; en Cuba, “ser más rollo que película” describe a quien aparenta más de lo que es; en Costa Rica, “ser pura película” se aplica a la persona que miente o exagera.

Usamos frases como “nos montamos una película” o “hacerse películas” para calificar situaciones que no están suficientemente respaldadas por la realidad. Estas expresiones funcionan como pequeñas cápsulas culturales, porque conservan maneras colectivas de interpretar y valorar la realidad. Y hay más.

‘De película’: mejor que lo real

Un paisaje, un robo, una boda o unas vacaciones pueden ser “de película”. La expresión funciona como superlativo: algo es tan hermoso, espectacular, lujoso o perfecto que parece preparado para la cámara. El cine se convierte aquí en la unidad de medida de la realidad.

La frase contiene una paradoja reveladora. Primero se elogió al cine porque reproducía fielmente el mundo y ahora el mundo recibe la máxima puntuación cuando se parece a su propia reproducción. Pero “de película” oculta el trabajo que da forma a esa perfección: el encuadre, la iluminación, el montaje…

Un caso especial es “un final de película”. El final cinematográfico prototípico suele ser feliz y reúne belleza, emoción, justicia y, sobre todo, un cierre. Los enamorados se besan, el héroe nos salva, el culpable recibe su castigo y la música confirma qué debemos sentir.

No se puede tener un final ‘de película’ más clásico que el de Pretty Woman.

En cambio, la vida rara vez nos ofrece tal concentración de sentido. Muchas relaciones amorosas se apagan sin una escena decisiva y numerosos conflictos se enquistan. Es tan raro saber, en la vida, dónde acaba una etapa y qué enseñanza deja que, cuando se da, nos parece propio de la representación, no de la experiencia.

‘El malo de la película’: repartir la culpa

“Siempre me toca ser el malo de la película”, protesta quien cree que carga con una culpa injustificada o excesiva. La frase convierte un conflicto complejo en un reparto reconocible, con un protagonista, una víctima y un villano.

Esa simplificación ayuda a contar lo ocurrido, pero puede impedir comprenderlo. El villano clásico concentra la culpa del mal y permite imaginar que, eliminado el culpable, desaparecerá el problema. En la vida, las personas son complejas porque ocupan posiciones contradictorias, actúan con información incompleta y cambian, pero preferimos las responsabilidades con rostro a buscar las causas estructurales de nuestros problemas.

‘Esto parece una película’: mapa para lo desconocido

La frase aparece cuando lo cotidiano pierde sus reglas y nos sentimos trasladados a una ficción. La realidad parece algo que ha sido escrito, encuadrado y montado, porque lo que sucede se aleja de lo cotidiano, las casualidades adquieren sentido y las personas se asemejan a personajes.

Pero también se presenta una situación peculiar. En su artículo “Cuando el espectador va a prisión: aprender la realidad viendo ficción. Un estudio cualitativo sobre el cultivo de la ficción”, Jan Van den Bulck y Heidi Vandebosch señalan que quienes ingresaban por primera vez en una prisión utilizaban de forma explícita y activa el conocimiento adquirido a través de la ficción televisiva para aprender a desenvolverse y anticipar lo que les podría suceder en la cárcel.

En efecto, cuando carecemos de experiencia directa, las ficciones nos proporcionan un guion provisional de conducta. Ante una emergencia, alguien intenta reproducir una maniobra de reanimación vista en una serie médica; quien comparece como jurado espera las pruebas científicas concluyentes que ha visto en series policiales; y un enamorado prepara una declaración de amor aprendida en las comedias románticas.

En definitiva, es verdad que cada vez será más difícil distinguir entre la pantalla y lo real, pero ya estamos usando el cine para “actuar” en el mundo, medir experiencias, repartir culpas, decidir quién merece el “primer plano” y exigir que la vida tenga un final comprensible. Después de más de un siglo de ficción audiovisual, parte de la realidad ya nos llega subtitulada.


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Emeterio Diez Puertas no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. ‘Esto parece una película’: las frases cinematográficas con las que contamos la realidad – https://theconversation.com/esto-parece-una-pelicula-las-frases-cinematograficas-con-las-que-contamos-la-realidad-291218

El lugar donde vivimos marca cómo envejecemos

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Javier Álvarez Gálvez, Profesor Titular de Universidad, Salud Poblacional y Ciencia de Datos Sociales/Sanitarios, Universidad de Cádiz

Imagine dos personas de la misma edad. Ambas acaban de cumplir sesenta años y, sobre el papel, comparten un mismo diagnóstico de hipertensión. Sin embargo, una década después sus vidas son muy distintas: una convive con esa una única dolencia, bien controlada. La otra ha sumado a la lista diabetes, una enfermedad cardiovascular, lumbalgia crónica y depresión. ¿Por qué dos caminos tan diferentes desde un inicio tan parecido? Muchas veces atribuimos a la genética estas diferencias, pero buena parte de la respuesta está en algo que solemos pasar por alto: el lugar donde vivimos.

Las enfermedades no vienen solas

Estamos acostumbrados a pensar en la hipertensión, la diabetes y la depresión como si fueran condiciones separadas, cada una con su especialista y su tratamiento. Sin embargo, a medida que envejecemos, rara vez aparecen de una en una. Lo habitual es que, desde una condición inicial, se acumulen y evolucionen de forma conjunta.

A esa coexistencia de dos o más enfermedades crónicas en una persona la llamamos “multimorbilidad”. Detrás de este concepto se encuentra uno de los grandes retos de los sistemas sanitarios, diseñados para tratar dolencias aisladas –brotes agudos– más que a pacientes con varias enfermedades a la vez.

Lo interesante es que esa acumulación no es caótica. En un estudio con más de un millón de historiales clínicos de la provincia de Cádiz identificamos 25 patrones distintos de multimorbilidad. Se trata de combinaciones que se repiten, como el grupo cardiometabólico (hipertensión, diabetes, colesterol), el musculoesquelético y el de salud mental.

Las enfermedades, en definitiva, tienden a viajar juntas y a hacerlo siguiendo rutas reconocibles.

De fotografías a películas

Durante mucho tiempo la investigación se limitó a hacer una fotografía –qué enfermedades tenía una persona en un momento dado–, pero nuestra salud se parece más a una película. Con grandes bases de datos y técnicas capaces de seguir a las personas en el tiempo hemos empezado a reconstruir esos caminos de la enfermedad. Hoy buscamos entender cómo se transita de un estado de salud a otro y por qué algunas personas acaban con perfiles complejos en los que se combinan varios sistemas del cuerpo.

En ese recorrido hay dolencias que actúan como puentes: patologías que conectan los patrones más sencillos con otros mucho más graves. Según nuestros datos, la disfunción hepática en los hombres y la depresión en las mujeres actúan como puntos de inflexión que aceleran la caída hacia una multimorbilidad más compleja y con mayor riesgo de mortalidad y de uso de servicios sanitarios.

El código postal, bajo la piel

Aquí es donde el entorno entra en juego. Cuando cruzamos esas trayectorias con las condiciones socioeconómicas del área de residencia, el patrón es nítido: en los barrios con menos recursos las combinaciones de enfermedades son más complejas, más graves y aparecen antes.

Nuestra revisión de la literatura científica internacional apunta en la misma dirección. La multimorbilidad puede adelantarse entre 10 y 15 años en las poblaciones con menos recursos. Dicho de otro modo: no solo enfermamos de forma distinta según dónde vivamos, sino que también lo hacemos antes.

No se trata únicamente del dinero. El entorno social moldea la alimentación, la vivienda, el empleo, las relaciones sociales y el acceso tanto a productos nocivos como a la propia atención sanitaria. Todos esos factores se embeben bajo la piel y van trazando el camino que seguirá nuestra salud.

Más que un problema clínico

Detrás de cada trayectoria hay una persona. En un estudio con pacientes y profesionales sanitarios la multimorbilidad se describía como un ciclo de deterioro físico, vulnerabilidad emocional y, con demasiada frecuencia, desatención de un sistema fragmentado. Estos pacientes experimentan largas esperas y tratamientos difíciles de coordinar. Los cuidados recaen, sobre todo, en las mujeres de la familia. Las enfermedades no solo se suman, sino que interactúan y se refuerzan con las condiciones sociales que las rodean.

Esto se aprecia con especial claridad en la salud mental. Cuando una enfermedad mental se combina con dolencias físicas los caminos se vuelven más enrevesados y el uso de los servicios sanitarios, más intenso. Esto revela hasta qué punto cuerpo y mente recorren juntos el mismo trayecto.

Mirar el mapa, no solo el diagnóstico

¿Por qué importa todo esto? Porque si las enfermedades siguen caminos, y esos caminos dependen en parte de dónde vivimos, también podemos intentar cambiarlos.

Comprender las trayectorias de multimorbilidad permite anticiparse. Por ejemplo, identificar antes a quién está en riesgo de dar un salto hacia perfiles más graves, actuar sobre esas enfermedades puente y adaptar la prevención a cada territorio en lugar de aplicar la misma receta para todos.

La idea de fondo es sencilla, pero cambiar la forma de mirar no lo es tanto. Para entender cómo envejecemos y enfermamos no basta con leer nuestra lista de diagnósticos. También hay que mirar el mapa. Porque la salud, más que un destino escrito en los genes, es un camino que recorremos, y ese camino empieza, en buena medida, por el lugar donde vivimos.

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Javier Álvarez Gálvez ha recibido fondos públicos de la convocatoria ITI (Inversión Territorial Integrada), desarrollada por la Consejería de Salud de la Junta de Andalucía. El proyecto de investigación DEMMOCAD (ITI-0028-2019) ha sido cofinanciado en un 80% con fondos del Programa Operativo FEDER de Andalucía 2014–2020.

– ref. El lugar donde vivimos marca cómo envejecemos – https://theconversation.com/el-lugar-donde-vivimos-marca-como-envejecemos-290088

Reconocer a los trabajadores con talento será más fácil gracias a la IA

Source: The Conversation – (in Spanish) – By María Vanessa Chávez Peña, Profesora y Coordinadora de prácticas del Máster Universitario en Psicología General Sanitaria, Universidad Europea

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Durante años, encontrar empleo dependía casi exclusivamente de contar con un buen currículum, títulos académicos y experiencia laboral. Sin embargo, la automatización, el análisis de datos y la irrupción de la inteligencia artificial han transformado no solo la forma de trabajar, sino también la manera en que las empresas identifican el talento.




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La inteligencia artificial está cambiando los procesos de selección de personal


En este nuevo escenario, se comienza a cuestionar si un título universitario puede predecir realmente el éxito profesional. Es el concepto de degree inflation (inflación de titulaciones) y, como respuesta, surge la selección basada en habilidades (Skills-Based Hiring).

Este modelo de contratación evalúa a las personas, más que por sus credenciales tradicionales, por sus competencias reales, su capacidad de adaptación y su potencial de aprendizaje. Además, permite ampliar oportunidades laborales a personas con trayectorias no convencionales.

Con este cambio, el papel del psicólogo organizacional se vuelve más importante: además de realizar entrevistas o aplicar pruebas psicométricas, debe interpretar datos, supervisar herramientas algorítmicas y velar que la tecnología se utilice de manera ética y centrada en las personas.

La selección basada en habilidades

Tradicionalmente, las empresas priorizaban candidatos con títulos prestigiosos y amplios años de experiencia. Sin embargo, con los cambios tecnológicos, muchas habilidades necesarias en el mercado laboral actual no siempre se aprenden en la universidad.

Diversos estudios sobre el futuro del trabajo indican que las organizaciones están dando cada vez más importancia a competencias como el pensamiento crítico, la creatividad, la resolución de problemas, la inteligencia emocional, el aprendizaje continuo y la adaptabilidad.

IA para el análisis de candidatos

Con la incorporación de la IA al área de recursos humanos, se han desarrollado herramientas de análisis (People Analytics) capaces de procesar grandes volúmenes de información sobre los candidatos para optimizar la toma de decisiones en la gestión del talento. Actualmente, algunos sistemas pueden, entre otras funciones: filtrar currículums, evaluar competencias, analizar el lenguaje verbal y escrito, detectar patrones de comportamiento, y estimar la probabilidad de adaptación cultural y rendimiento laboral de las personas.

Además, algunas organizaciones están incorporando modelos de selección predictiva basados en algoritmos y análisis de datos para estimar resultados laborales futuros de los candidatos.

Sin embargo, dado que los algoritmos aprenden a partir de datos históricos que pueden reproducir o amplificar desigualdades relacionadas con el género, la edad o la etnia, el psicólogo organizacional resulta fundamental para supervisar los procesos de selección automatizados, evaluar la validez y equidad de las herramientas utilizadas y garantizar decisiones más justas y éticamente responsables.

El nuevo rol del psicólogo organizacional

La transformación digital está redefiniendo el perfil del profesional de selección de personal. Además de las funciones tradicionales, el psicólogo organizacional debe desarrollar competencias relacionadas con: el análisis de datos, la interpretación de algoritmos, la evaluación ética de la IA y la detección de sesgos.

Así, el psicólogo organizacional deja de evaluar e identificar capacidades y competencias para asumir funciones de mediación entre la tecnología y las personas.

Riesgos éticos y futuro de la selección

Aunque la IA promete procesos de selección más rápidos y eficientes, también plantea desafíos éticos. Entre los principales, los sesgos algorítmicos, los riesgos para la privacidad de los datos, la posible deshumanización de las entrevistas y la falta de transparencia en las decisiones automatizadas, especialmente cuando los modelos utilizados no permiten explicar con claridad los criterios que conducen a una determinada evaluación.

Por ello, numerosos expertos y organismos internacionales defienden el desarrollo de una IA responsable en recursos humanos, basada en principios de equidad, supervisión humana, transparencia y rendición de cuentas.

Todo indica que el futuro de la selección será híbrido: una combinación entre inteligencia artificial y evaluación psicológica. Paradójicamente, cuanto más automatizado sea el mercado laboral, más importantes serán las habilidades genuinamente humanas, como la empatía, la comunicación y la creatividad.

Para terminar

La selección de personal está viviendo una transformación histórica. El antiguo modelo, centrado exclusivamente en títulos y experiencia, está dando paso a una visión basada en habilidades, potencial y adaptabilidad.

En el área de recursos humanos, la inteligencia artificial no reemplaza al psicólogo organizacional sino que transforma y amplía su función. En la nueva era del trabajo, el desafío no será elegir entre humanos o máquinas, sino aprender a combinar inteligencia tecnológica con comprensión humana.

Y quizá la lección más importante de esta transformación sea que, cuanto más inteligente se vuelva la tecnología, más imprescindible será la inteligencia humana para usarla con responsabilidad, sensibilidad y propósito.

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María Vanessa Chávez Peña no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Reconocer a los trabajadores con talento será más fácil gracias a la IA – https://theconversation.com/reconocer-a-los-trabajadores-con-talento-sera-mas-facil-gracias-a-la-ia-286537

Ir en bicicleta: algo más que infraestructura

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Javier Brazo-Sayavera, Profesor del área de Educación Física y Deportiva, Universidad Pablo de Olavide

Usuarios de un carril bici en Sevilla (España). Carlos Koblischek/Shutterstock

En 2021 la industria de la bicicleta en España alcanzó su mayor nivel de facturación en lo que va de siglo. Aunque desde entonces la cifra ha ido decreciendo, la fabricación de estos vehículos es elevada en comparación con otros países del entorno, lo que nos puede llevar a pensar que se siguen demandando. Sin embargo, poseer una bicicleta no es sinónimo de utilizarla para el desplazamiento cotidiano.

Además de existir más bicicletas en circulación, en los últimos años ha habido una apuesta importante por la ampliación de la infraestructura ciclista en España. Se ha dado un paso fundamental en el diseño de entornos urbanos más sostenibles y amigables para este tipo de transporte. Por ejemplo, mediante la construcción de más de mil kilómetros de carril bici, aparcamientos y sistemas municipales de alquiler, así como el incremento de calles con tráfico calmado.

El urbanismo táctico y las políticas de movilidad han creado el escenario físico necesario para su uso masivo. Sin embargo, la evidencia científica nos advierte de que el entorno construido, por sí solo, no garantiza un cambio de comportamiento social.

Aunque se están produciendo avances en este sentido, menos de la mitad de la población utiliza la bicicleta semanalmente. Además, existen cuatro barreras para convertir la bicicleta en una aliada cotidiana en los pueblos y ciudades españoles:

  1. Dificultades para trasladar bicicletas en otros medios de transporte.

  2. El uso de vehículos a motor para trayectos cortos.

  3. El incremento en el uso de vehículos autopropulsados (patinetes eléctricos).

  4. Falta de empatía con los usuarios de bicicletas.

El uso real comienza en la juventud

Esta desconexión entre disponer de bicicletas e infraestructura y el uso real es crítica en la infancia y la adolescencia. Se trata de periodos clave para el aprendizaje y la consolidación de hábitos de vida activos.

Un ensayo realizado en España para fomentar el uso de la bicicleta en jóvenes confirmó esta idea. En él se observó un incremento de la percepción de barreras físicas y de seguridad en el grupo que utilizó la bicicleta frente al grupo control.

Es decir, cuando los jóvenes realmente se exponen al tráfico urbano, su conciencia sobre los peligros reales (tales como la velocidad de los coches y el hecho de compartir calzada con vehículos motorizados, incluyendo autobuses y camiones, o de afrontar cruces con tráfico) aumenta.

Esto subraya que no basta con animar a pedalear: debemos garantizar entornos donde la seguridad percibida y objetiva confluyan.

Por otra parte, la percepción de esas barreras es mayor en los progenitores de familias usuarias de transporte motorizado en comparación con las que emplean la bicicleta. Este hallazgo plantea una pregunta relevante: ¿perciben más barreras porque sus hijos no utilizan la bicicleta, o precisamente esas percepciones están contribuyendo a que no la utilicen?

Necesitamos un cambio de mentalidad colectiva

Para extender el uso de la bicicleta es necesario un cambio de paradigma. Debemos ir más allá de un gran parque de bicis y una infraestructura ciclista infrautilizada: es necesario un cambio en la mentalidad colectiva hacia el uso de este medio de transporte en las ciudades y los pueblos.

Todos conocemos trayectos de cinco o diez minutos a pie que, por costumbre, terminamos haciendo en coche. Hemos normalizado el uso del vehículo motorizado incluso para desplazamientos que podrían realizarse caminando o en bicicleta, y que justificamos bajo la premisa de la falta de tiempo o la comodidad. Campañas de concienciación como los “Metrominutos escolares” ayudan a entender distancias y tiempos, además de ser estrategias motivadoras.

También son necesarias una serie de medidas educativas que suelen olvidarse en las agendas políticas, como la promoción de cursos para ir en bicicleta en ciudades dirigidos a la infancia y adolescencia. Sin olvidar el desarrollo del currículo educativo relacionado con la movilidad activa, que puede seguir favoreciendo un cambio de mentalidad en el uso para los más jóvenes. Estos procesos formativos sirven para perder miedo y ganar confianza y, por tanto, para cambiar de mentalidad.

La paradoja del estatus

A veces pensamos que prosperar es ir en un vehículo más caro o con un mayor confort, lo que reduce nuestras oportunidades de tener mejor salud. Este concepto de “estatus” ligado al vehículo privado choca frontalmente con las necesidades fisiológicas de movimiento de nuestro cuerpo. La evidencia nos indica que el desplazamiento al centro educativo es una de las oportunidades más claras para acumular minutos de actividad física de moderada a vigorosa.

Sin embargo, un reciente estudio muestra cómo el nivel socioeconómico podría explicar el uso del transporte activo hacia y desde la escuela. El trabajo mostró que un mayor nivel estaría asociado con un menor uso de transporte activo.

Esta paradoja revela que, en muchas ocasiones, disponer de mayores recursos económicos se traduce en una sobreprotección que fomenta el transporte motorizado. Esto priva a niños y adolescentes de la autonomía, el desarrollo motor y los beneficios cardiovasculares asociados al desplazamiento activo.

¿Y qué pasa en España?

En España, la Dirección General de Tráfico ha informado recientemente sobre las nuevas normas del Reglamento General de Circulación. Pueden servir de protección para usuarios de la bicicleta y entran en vigor a partir del 1 de octubre de 2026.

Esta acción se alinea con la estrategia por la bicicleta del Ministerio de Transportes y Movilidad Sostenible, que incluye numerosas acciones y recursos para fomentar su uso.

Si queremos que la utilización de la bicicleta se extienda más allá de la práctica deportiva y se convierta en medio de transporte es necesario que nuestra sociedad lo entienda así. Es insuficiente que unos pocos usuarios de bici conozcan sus beneficios, normas y manejo; será imprescindible que la sociedad entera tenga esos conocimientos y después pueda decidir libremente si encaja en su vida cotidiana.

El verdadero avance no se medirá solo en los kilómetros de carril bici construidos o en la facturación anual de la industria ciclista, sino en nuestra capacidad para reeducar la mirada social. Necesitamos integrar el transporte activo en las políticas de salud pública, mejorar la educación vial desde el respeto mutuo y desvincular el concepto de éxito personal del uso del coche privado. Solo así conseguiremos que la bicicleta deje de ser un artículo de ocio de fin de semana para convertirse en un verdadero motor de salud pública.

The Conversation

Javier Brazo-Sayavera recibe fondos del Consejo Superior de Deportes para el desarrollo de la Red Española por una Infancia Activa y Saludable. Es miembro de la Alianza Global por una Infancia Activa y Saludable. Además, coordina la Red Española por una Infancia Activa y Saludable.

Daniel Camiletti Moirón es miembro fundador de la Red Iberoamericana de Investigación en Desplazamiento Activo, Salud y Sostenibilidad, y además, miembro colaborador de la Red Española por una Infancia Activa y Saludable.

Manuel Herrador Colmenero es miembro de la Red Española por una Infancia Activa y Saludable.

Pablo Campos Garzón recibe financiación del Ministerio de Ciencia, Innovación y Universidades a través del Programa Beatriz Galindo. Es miembro de la Red Española por una Infancia Activa y Saludable y de la Red Iberoamericana de Investigadores en Desplazamiento Activo, Salud y Sostenibilidad.

Palma Chillón Garzón es miembro fundador de la Red Iberoamericana de Investigación en Desplazamiento Activo, Salud y Sostenibilidad, y además, miembro colaborador de la Red Española por una Infancia Activa y Saludable.

Susana Aznar es la directora grupo investigación PAFS-UCLM. Coordinadora en España de la Alianza Global por una Infancia Activa y Saludable. Representante del grupo Focal de España en la HEPA (Health Enhancing Physical Activity). Miembro de la Red Española por una infancia Activa y Saludable.

– ref. Ir en bicicleta: algo más que infraestructura – https://theconversation.com/ir-en-bicicleta-algo-mas-que-infraestructura-292018