Algérie, Tunisie, Maroc : Comment l’opéra est passé d’un héritage colonial à un outil diplomatique

Source: The Conversation – in French – By Frédéric Lamantia, Docteur en géographie et maître de conférences, UCLy (Lyon Catholic University)

L’Opéra Boualem-Bessaïh d’Alger a été financé par la Chine, pour un montant de 30 millions d’euros, et inauguré en 2016. Sino/Opéra d’Alger

La présence d’opéras importés par les Occidentaux en Afrique du Nord et le regain d’intérêt pour ceux-ci depuis une vingtaine d’années raconte l’histoire complexe d’un art, vecteur d’influence culturelle, en cours d’intégration dans les sociétés et les politiques publiques autochtones.


La diffusion de l’opéra en Afrique du Nord s’inscrit au départ dans des logiques de domination culturelle. Durant la période coloniale, l’opéra est majoritairement un art importé, cloisonné et réservé aux élites européennes. Cette dynamique laisse progressivement la place à un transfert artistique combiné à la création de liens diplomatiques. En Algérie, comme en Tunisie ou au Maroc, les trajectoires de l’opéra sont liées à l’histoire coloniale, révèlent des échanges transméditerranéens et mettent en lumière certaines recompositions identitaires qui ont vu le jour après les indépendances. Initialement outil de légitimation propre aux puissances coloniales, cet art a progressivement intégré des éléments de la culture locale pour devenir, aujourd’hui, un instrument de soft power et de rayonnement international.

L’Algérie, du territoire lyrique colonial hiérarchisé au nouveau modèle culturel

En 1830, alors que l’Algérie possède déjà une riche tradition musicale et théâtrale, la colonisation ouvre une phase d’intégration avec l’espace culturel français. L’installation d’infrastructures lyriques dans la capitale comme dans des villes moyennes répond à l’objectif explicite des autorités coloniales de reproduire des formes de sociabilité et de distinction culturelle et sociale présentes dans la métropole.

La construction de théâtres à Alger, à Oran ou à Constantine, inscrit la forme artistique sur le territoire avec une programmation offrant opéras, opérettes et concerts symphoniques. Un public composé de fonctionnaires, de militaires, de commerçants et de notables vient s’y distraire. L’armée joue un rôle structurant, ses musiciens formant le socle d’orchestres permanents ou ponctuels.

Un aménagement du territoire lyrique hiérarchisé voit le jour comprenant des maisons d’opéra dans les grands centres urbains alors que des tournées desservent des villes secondaires. Les populations autochtones sont presque totalement exclues de ce territoire lyrique occidental importé, en raison de barrières linguistiques (œuvres chantées en italien ou en français), de différences esthétiques sur le plan musical et d’une distance sociale qui touche aussi certains pieds-noirs…

Après l’indépendance de 1962, l’Algérie conserve le bâti hérité de la colonisation et notamment l’ex-Opéra d’Alger, rebaptisé Théâtre national algérien. Le monument accueille alors des pièces de théâtre, même si quelques activités lyriques sporadiques restent programmées. L’Orchestre symphonique national remplace les ensembles musicaux français tandis que la musique andalouse et des formes traditionnelles conservent leur place dans la vie musicale, voire se développent.

L’ère contemporaine voit le réveil d’un intérêt pour l’opéra, désormais associé à la diplomatie culturelle. Inauguré en 2016, le nouvel opéra d’Alger marque ainsi une rupture dans la perception de l’art lyrique en Algérie. Financé par la Chine pour un montant de 30 millions d’euros et considéré comme une vitrine artistique par le pouvoir algérien, il accueille en résidence l’Orchestre symphonique, le Ballet national et l’Ensemble de musique andalouse. La programmation combine répertoire lyrique occidental, créations locales en lien avec des traditions séculaires, alors que s’instituent des échanges avec de grandes maisons d’opéra de renommée internationale, comme Milan ou Le Caire. L’opéra devient ainsi un outil diplomatique intégrant la culture dans les relations bilatérales.

Tunisie : de l’influence égyptienne au réseau d’art lyrique panarabe

Sous protectorat français à partir de 1881, la Tunisie présente un paysage lyrique diversifié abritant des traditions musicales autochtones sur lesquelles l’opéra occidental vient se surimposer. Riche d’une population issue d’horizons culturels variés, le territoire lyrique tunisien devient un lieu de confluence entre répertoires italiens, français et égyptiens.

Le Théâtre municipal de Tunis, construit dans un style italien, accueille des troupes venues de toute l’Europe pour le plaisir d’un public colonial assorti de diplomates et d’une minorité de Tunisiens formant une élite occidentalisée. En parallèle, une tradition lyrique arabe se développe grâce à des troupes, en provenance d’Égypte, qui proposent des œuvres associant chant, théâtre et poésie, jouées le plus souvent dans des espaces alternatifs, souvent temporaires. Les infrastructures coloniales restent vouées à l’opéra et, plus généralement, à la musique occidentale si bien que la coexistence des deux traditions reste marquée par un cloisonnement institutionnel et social.

Les premières décennies de postindépendance sont celles d’un début de patrimonialisation. En Tunisie, le Théâtre municipal de Tunis demeure le principal lieu de représentations lyriques. De surcroît, on note l’apparition des années 1980 aux années 2000 de festivals, tels que l’Octobre musical de Carthage, qui accueillent des productions européennes et arabes. Des coopérations bilatérales avec l’Italie et avec la France permettent ensuite, dans les années 2010, l’émergence de jeunes chanteurs tunisiens bien que la structuration d’une saison lyrique nationale soit encore embryonnaire.

Ces initiatives portent leurs fruits. Le Théâtre de l’Opéra de Tunis développe désormais des coproductions de haut niveau comme Archipel (menée avec le Conservatoire national supérieur de musique et de danse [CNSMD] de Paris et l’Institut français de Tunisie). Par ailleurs, le projet « Les voix de l’Opéra de Tunis » vise à former une nouvelle génération de chanteurs et à créer une saison lyrique nationale. L’inauguration, en 2018, d’une cité de la culture comptant une grande salle de 1 800 places consacrée à l’opéra marque la volonté du pouvoir politique d’inscrire cet art dans le paysage culturel tunisien.

En 2024, la Tunisie participe au lancement d’un festival arabe de l’opéra, sous l’égide de l’Organisation arabe pour l’éducation, la culture et les sciences (ALECSO) et du Quatar, avec, pour objectif, la mutualisation des productions, mais aussi celle de datas sur cette thématique, en vue de la constitution d’un réseau panarabe d’art lyrique.

Au Maroc, de l’implantation intermittente à la volonté d’excellence lyrique

Au Maroc, durant le protectorat français (1912-1956), l’art lyrique est marqué par des initiatives ponctuelles plutôt que par une implantation structurée sur le territoire comme cela a pu être le cas en Algérie.

L’inauguration en 1915 d’un opéra-comique à Casablanca, à l’occasion de l’Exposition franco-marocaine, symbolise la volonté pour la France d’affirmer son prestige culturel, tout en répondant à une demande de divertissement émanant des colons français. Les infrastructures sont souvent provisoires (on note l’utilisation de théâtres en bois) et la programmation reste destinée à un public européen (un théâtre populaire marocain préexistait). Entre 1920 et 1950, Casablanca accueille des artistes lyriques de renom – à l’image de Lili Pons ou Ninon Vallin – qui viennent interpréter un répertoire essentiellement européen et chanté en français ou en italien.

À Rabat, le Théâtre national Mohammed-V devient, en 1962, la scène marocaine de référence pour l’accueil de compagnies internationales. Quelques expériences d’adaptation linguistique voient le jour, bien que restant marginales. L’opéra demeure encore perçu comme un art importé, associé à un symbole de prestige, plutôt qu’ancré dans la création locale.

Mais la volonté d’excellence lyrique du Maroc se matérialise avec la création du Grand Théâtre de Rabat et de ses 1 800 places, inauguré en octobre 2024. Conçu par l’architecte anglo-irakienne Zaha Hadid, s’inscrivant dans un projet phare de requalification urbaine, il se veut à la fois un incubateur de talents marocains et une scène internationale. Sous l’impulsion du baryton David Serero, ce projet lyrique d’envergure se caractérise par la volonté de promouvoir un répertoire Made in Morocco, associant des œuvres occidentales en langue originale et des créations ou adaptations en darija, forme d’arabe dialectal marocain.

Par ailleurs, un travail de médiation en direction de la jeunesse est mené, montrant la volonté d’ouvrir cet art à un public plus large. Ce lieu symbolise la volonté du Maroc de s’affirmer comme une référence culturelle africaine et arabe de premier plan en matière d’art lyrique.

L’histoire et la géographie de l’opéra en Afrique du Nord mettent en lumière la plasticité des formes artistiques lorsqu’elles traversent des contextes politiques et culturels différents.

Importé comme un outil de domination symbolique, l’art lyrique a d’abord servi à reproduire les hiérarchies sociales coloniales avant de devenir, dans certains cas, un espace d’expérimentation identitaire et de projection internationale. Aujourd’hui, les grandes institutions lyriques d’Alger, de Tunis ou de Rabat s’inscrivent dans des stratégies où la culture est mobilisée comme ressource de prestige, de diplomatie et de développement urbain, confirmant que l’opéra, loin d’être un simple divertissement, demeure un acteur à part entière des relations internationales.

The Conversation

Frédéric Lamantia ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Algérie, Tunisie, Maroc : Comment l’opéra est passé d’un héritage colonial à un outil diplomatique – https://theconversation.com/algerie-tunisie-maroc-comment-lopera-est-passe-dun-heritage-colonial-a-un-outil-diplomatique-263673

À la fin, qui prendra en charge le coût des assurances ?

Source: The Conversation – in French – By Arthur Charpentier, Professeur, Université de Rennes 1 – Université de Rennes

Depuis 1990, les pertes assurées liées aux catastrophes naturelles croissent de 5 % à 7 % par an – 137 milliards de dollars états-uniens, en 2024, et une tendance à 145 milliards, en 2025. Lucian Coman/Shutterstock

Tempêtes qui se répètent, primes qui s’envolent, retraits d’assureurs : à l’heure du dérèglement climatique, une question se pose : qui règlera, in fine, la note ?


Des mutuelles ouvrières du XIXe siècle, créées pour amortir les coups durs du développement industriel, aux logiques actionnariales des multinationales contemporaines, l’assurance a toujours reflété les grands risques de son époque.

Désormais sous la pression d’événements climatiques à la fréquence et à la sévérité inédites, le secteur affronte une équation nouvelle : comment rester solvable et socialement légitime lorsque la sinistralité (montants payés par une compagnie d’assurance pour des sinistres) croît plus vite que les primes (encaissées) ? Entre flambée des tarifs, exclusions de garanties et menace d’inassurabilité de territoires entiers, comment la solidarité assurantielle doit-elle se réinventer ?

Chacun pour tous, et tous pour chacun

Avant d’être une industrie financière pesant des milliards d’euros, l’assurance est née comme un simple pot commun : des membres cotisent, les sinistrés piochent, et le surplus (s’il existe) revient aux sociétaires. Des organismes de solidarité et d’assurance mutuelle créés dans le cadre de la Hanse (la Ligue hanséatique, réseau de villes marchandes d’Europe du Nord entre le XIIIᵉ et le XVIIᵉ siècle) jusqu’aux guildes médiévales, ces associations de personnes exerçant le même métier ou la même activité, la logique est déjà celle d’un risk-pooling, un partage de risque, à somme nulle. Chacun paie pour tous, et tous pour chacun.

Dans les guildes du Moyen Âge, en Europe, chaque maître artisan versait un droit annuel qui finançait la reconstruction de l’atelier détruit par l’incendie ou le soutien de la veuve en cas de décès. Pour l’historien de l’économie Patrick Wallis, c’est la première caisse de secours structurée. Les chartes danoises de 1256, qui imposent une « aide feu » (ou brandstød) obligatoire après sinistre, en offrent un parfait exemple, comme le montre le chercheur en politique sociale Bernard Harris.

Le principe traverse les siècles. Au XIXe, les sociétés de secours mutuel instaurent la ristourne, quand la sinistralité s’avère plus clémente que prévu. Aujourd’hui encore, près d’un assuré sur deux en incendies, accidents et risques divers (IARD) adhère à une mutuelle dont il est copropriétaire statutaire.

L’équation financière reste fragile : lorsque le climat transforme l’aléa en quasi-certitude, la prime n’est plus un simple « partage de gâteau » mais une avance de plus en plus volumineuse sur des dépenses futures. Le groupe Swiss Re a calculé que, depuis 1990, les pertes assurées liées aux catastrophes naturelles croissent de 5 % à 7 % par an – 137 milliards de dollars états-uniens en 2024, la tendance est à 145 milliards de dollars en 2025 (respectivement 118 milliards et 125 milliards d’euros).

Le modèle mutualiste, fondé sur la rareté relative du sinistre et la diversification géographique, se voit contraint de réinventer sa solidarité si la fréquence double et la gravité explose… sous peine de basculer vers une segmentation aussi fine que celle des assureurs capitalistiques.

Tarification solidaire et optimisation actionnariale

À partir des années 1990, la financiarisation injecte un nouvel impératif : la prime doit couvrir les sinistres, financer le marketing, rémunérer les fonds propres et, à l’occasion, servir de variable d’ajustement pour les objectifs trimestriels. L’optimisation tarifaire, popularisée sous le vocable de price optimisation, décortique des milliers de variables de comportements (nombre de clics avant signature, inertie bancaire, horaires de connexion) afin d’estimer le prix de réserve individuel, soit le prix minimum qu’un vendeur est prêt à accepter, ou qu’un acheteur est prêt à payer, lors d’une transaction.

Autrement dit, on estime non plus seulement la prime la plus « juste » actuariellement (l’actuaire étant l’expert en gestion des risques), au sens que lui donnait Kenneth Arrow en 1963, mais aussi la prime la plus élevée que l’assuré est prêt à payer. La prime juste étant le coût moyen attendu des sinistres, le montant que l’assureur pense payer l’an prochain pour des risques similaires.




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L’Institut des actuaires australiens dénonce, dans son rapport The Price of Loyalty, une pénalisation systématique des clients fidèles, assimilée à un impôt sur la confiance. Au Royaume-Uni, le régulateur Financial Conduct Authorities (FCA) a frappé fort. Depuis le 1er janvier 2022, la cotation à la reconduction doit être identique à celle d’un nouveau client à risque égal ; l’autorité évalue à 4,2 milliards de livres l’économie réalisée pour les ménages sur dix ans.

Cette bataille réglementaire va bien au-delà du prix. En reléguant la logique de mutualisation au second plan, l’optimisation comportementale renforce les indicateurs socioéconomiques indirects – comme l’âge, la fracture numérique ou la stabilité résidentielle –, qui finissent par peser davantage que le risque technique pur dans la détermination du tarif.

Désormais l’assureur a accès à des data lakes (données brutes) privés, où l’assuré ignore ce qui rend sa prime plus chère. Par nature, les contrats restent rétifs à toute comparaison simplifiée. L’un affiche une franchise de 2 000 euros, l’autre un plafond d’indemnisation plus bas ou des exclusions reléguées dans de minuscules clauses, de sorte qu’il faut un examen quasi juridique pour aligner réellement les offres, comme le soulignait un rapport de la Commission européenne.

Refus d’un dossier sur deux

La montée des événements extrêmes illustre brutalement ces dérives. En Australie, trois phénomènes climatiques dans la première moitié de l’année 2025, dont le cyclone Alfred, ont généré 1,8 milliard de dollars australiens (AUD), soit 1 milliard d’euros, de demandes d’indemnisation. L’Insurance Council prévient que les primes habitation verront des augmentations à deux chiffres et certains contrats pourraient atteindre 30 000 dollars autraliens par an (ou 16 600 euros par an) dans les zones les plus exposées.

Aux États-Unis, la Californie cumule résiliations et refus de prise en charge. Un rapport mentionné par le Los Angeles Times montre que trois grands assureurs ont décliné près d’un dossier sur deux en 2023. Une action collective accuse de collusion 25 compagnies d’assurance dans le but de pousser les sinistrés vers le FAIR Plan, pool d’assureurs de dernier ressort aux garanties réduites.

Vers l’« inassurabilité » systémique

Le phénomène n’est pas marginal. Les assureurs réduisent leur exposition. Les assureurs états-uniens State Farm et Allstate ont cessé d’émettre de nouvelles polices en Californie, dès 2023. En Floride, parce qu’il intervient lorsque aucun assureur privé n’accepte de couvrir un logement à un prix raisonnable, l’assureur public de dernier ressort Citizens a vu son portefeuille grossir jusqu’à environ 1,4 million de polices au pic de la crise, puis repasser sous le million, fin 2024, grâce aux transferts (takeouts) vers des acteurs privés – un progrès réel, qui révèle toutefois un marché encore fragile. Au niveau mondial, Swiss Re compte 181 milliards de dollars états-uniens de pertes 2024 restées à la charge des victimes ou des États, soit 57 % du total.

Face à ces écarts de protection croissants, les assureurs réduisent leur exposition. Cette contraction de l’offre rejaillit sur la finance immobilière : l’économiste Bill Green rappelle dans une lettre au Financial Times que la moindre défaillance d’assurance provoque, en quelques semaines, l’annulation des prêts hypothécaires censée sécuriser la classe moyenne états-unienne. Lorsque les assureurs se retirent ou lorsque la prime devient inabordable, c’est la valeur foncière qui s’effondre et, avec elle, la stabilité de tout un pan du système bancaire local.

Refonder le contrat social du risque

Des pistes se dessinent néanmoins. Le Center for American Progress propose la création de fonds de résilience cofinancés par les primes et par l’État fédéral, afin de financer digues, toitures renforcées et relocalisations dans les zones à très haut risque.

En Europe, la France conserve un régime CatNat fondé sur une surprime obligatoire uniforme – 20 % en 2025 – pour un risque réassuré par la Caisse centrale de réassurance (CCR). Ce mécanisme garantit une indemnisation illimitée tout en mutualisant les catastrophes sur l’ensemble du territoire national. Combinés à une tarification incitative (franchise modulée selon les mesures de prévention), ces dispositifs peuvent préserver l’assurabilité sans faire exploser les primes individuelles.

Reste à traiter l’amont : limiter l’exposition en gelant les permis dans les zones inconstructibles, conditionner le financement bancaire à la compatibilité climat et pérenniser, à l’échelle nationale, une surtaxe de prévention climatique progressive qui financerait les adaptations structurelles tout en lissant les chocs tarifaires.

À ce prix, l’assurance redeviendrait un bien commun : ni pur produit financier ni simple pot commun, mais une infrastructure essentielle où la société, et non plus le seul assureur, choisit sciemment la part de la facture climatique qu’elle accepte de supporter.


Cet article a été rédigé avec Laurence Barry, co-titulaire de la Chaire PARI (Programme de recherche pour l’appréhension des risques et des incertitudes).

The Conversation

Arthur Charpentier est membre (fellow) de l’Institut Louis Bachelier. Il a reçu des financements du CRSNG (NSERC) de 2019 à 2025, du Fond AXA Pour la Recherche de 2020 à 2022, puis de la Fondation SCOR pour la Science de 2023 à 2026.

– ref. À la fin, qui prendra en charge le coût des assurances ? – https://theconversation.com/a-la-fin-qui-prendra-en-charge-le-cout-des-assurances-261610

Faut-il rouvrir des mines en France et en Europe au nom de la souveraineté économique ?

Source: The Conversation – in French – By Laurent Jolivet, Professeur, Sorbonne Université

Dans un contexte de tensions sur l’approvisionnement en ressources minérales stratégiques, le débat sur la réouverture des mines en France et en Europe est passé au premier plan. Mais pas de prospection et d’exploitation minière sans géologie ! La place de cette science dans nos sociétés est tout aussi centrale pour tirer parti des ressources précieuses qu’abrite le sous-sol, explique le président de la Société géologique de France.


Depuis la naissance de la métallurgie, l’humain extrait du sous-sol les ressources dont il a besoin. Ces activités minières se heurtent aujourd’hui à des injonctions paradoxales :

  • D’un côté, les sciences de la Terre et du climat nous enseignent la finitude des ressources naturelles – les conséquences délétères de leur utilisation sur notre environnement.

  • Mais pour répondre aux objectifs d’énergies renouvelables ou de l’électromobilité, l’utilisation de certains métaux et de terres rares devient incontournable.

  • Dans le même temps, les conflits géopolitiques, les crises sanitaires et les tensions commerciales d’aujourd’hui révèlent crûment notre dépendance à ces ressources du sous-sol.

Dans ce contexte, la question de la réouverture de mines en France et en Europe se pose. Ainsi, le Critical Raw Material (CRM) Act européen impose aux États membres de l’Union européenne d’extraire au minimum 10 % de leurs besoins de minerais sur le territoire (et d’en raffiner 40 %). En France, la politique nationale des ressources et des usages du sous-sol (PRUSS) a fait l’enjeu d’une consultation publique dans le cadre de la loi Climat et résilience.

Ce retour du sous-sol dans les débats nationaux impose de rappeler l’importance de la géologie au cœur même de nos sociétés.




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La géologie, au cœur de nos sociétés

En effet, accroître la souveraineté européenne impose de relocaliser en partie l’exploitation du sous-sol, tout en garantissant une gestion la plus durable possible. Ces questions ne sont pas seulement économiques et politiques, mais en premier lieu géologiques.

La géologie moderne est née en Europe et en Amérique du Nord parce que le développement des sociétés des XVIIIe et XIXe siècles demandait de comprendre la nature et l’agencement des différentes roches dans le sous-sol pour les prospecter et en extraire les ressources.

Grand pays charbonnier, la France a exploité de nombreux gisements métalliques, qui ont à la fois fait la richesse des régions concernées et laissé des pollutions chimiques ou géotechniques sur le long terme.




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Le sous-sol, premier fournisseur de ressources pour tous nos usages

Les roches, minéraux et métaux fournis par les carrières et par les mines sont à la base de tout ce que nous fabriquons et utilisons au cours de notre vie.

À commencer par l’énergie que nous utilisons, qui reste en majeure partie issue de l’exploitation du sous-sol. Plus de 60 % du mix énergétique français provient encore des énergies fossiles et plus de 80 % de l’électricité est d’origine nucléaire – et donc produite à partir d’uranium. Ces ressources sont presque entièrement importées.

Les énergies renouvelables éoliennes et solaires consomment elles aussi des ressources. Il y a, d’abord, les besoins en ciment pour les éoliennes, consommateur de grandes quantités de calcaire ou de marne (type de calcaire argileux) et de granulats, et dont la production est énergivore et émettrice de dioxyde de CO2. La construction des panneaux solaires et des éoliennes nécessite également du fer, du cuivre, de la silice et des terres rares, sans parler du carburant nécessaire aux engins pour les construire puis pour en assurer la maintenance.

Les éoliennes nécessitent d’importantes quantités de ciment, et donc de calcaire ou de marne.
Pexels.com

Sans ressources du sous-sol, nous n’aurions ni routes, ni véhicules, ni hôpitaux, pas d’agriculture, pas d’écoles, pas de maisons, pas d’eau au robinet, pas d’électricité ni de chaleur et, bien sûr, pas d’ordinateurs ni de téléphones portables. Le numérique, le télétravail, le streaming et l’IA générative rendent cette question encore plus prégnante.

Bien entendu, le recyclage doit être privilégié, en commençant par la valorisation des déchets des mines, des carrières anciennes et des déchets électroniques et par la réhabilitation des zones minières. Mais cela ne suffira pas à répondre à nos besoins.




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De nouvelles ressources et nouveaux gisements à découvrir

Reste que la richesse d’un territoire en métaux et matériaux utiles dépend essentiellement de son histoire géologique. La plupart des gisements se forment à grande profondeur, là où règnent des conditions de pression et de température élevées et où circulent des fluides chauds. Ils sont ensuite ramenés à la surface par l’érosion ou par la tectonique des plaques.

Cristaux de stibine (Sb2S3), à base d’antimoine, provenant de la mine d’Ouche, près de Massiac (Cantal).
P.-C. Guiollard

Le cœur ancien des continents, Afrique, Canada, Russie, Australie, ou encore la Cordillère des Andes – tectoniquement active – en est riche. En Europe occidentale, ces conditions géologiques ne sont remplies que sur de plus petites surfaces.

Par exemple, la France possède a priori des réserves de cuivre de plus faibles dimensions, mais des réserves importantes de tungstène, d’antimoine, d’or, de lithium ou de germanium.

Cependant, notre connaissance des mécanismes géologiques menant à la concentration des métaux a beaucoup progressé au cours des dernières décennies. Il est probable que de nouveaux gisements puissent être découverts, si l’on se donne la peine de les chercher. Le programme PEPR Sous-Sol Bien Commun et le nouvel inventaire des ressources minérales de la France lancé par le BRGM vont dans ce sens.

En ce qui concerne les ressources énergétiques du sous-sol, le potentiel géothermique de la France devrait lui aussi être revu, à. la suite des progrès dans la compréhension de la structure thermique de la Terre et de la circulation de l’eau en profondeur. Le principal intérêt de la géothermie est qu’il s’agit d’une source d’énergie inépuisable.

Schéma d’une plateforme expérimentale de géothermie.
BRGM/Girelle Prod

Il existe déjà en France un fort potentiel de géothermie appelée « géothermie de minime importance » (GMI, appelée de la sorte, car il s’agit de géothermie à très basse température) de l’ordre de 100 térawattheures (TWh)/an, soit la production annuelle de 10 centrales nucléaires. Son développement pourrait créer des dizaines de milliers d’emplois non délocalisables.

Au-delà de la prospection de nouvelles ressources minières, nous devons donc développer plus activement la géothermie sur l’ensemble du territoire national, et cela sous toutes ses facettes : basse, moyenne et haute température. Pour cela, une montée en compétences sur toute la chaîne de valeur, de la compréhension géologique aux techniques de géothermie, est indispensable.




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Un débat qui impose de mieux former citoyens et décideurs

L’exploitation du sous-sol et la transformation des minerais en usine soulèvent des enjeux économiques, environnementaux et sociaux majeurs. Nous ne pouvons plus faire l’autruche en utilisant à profusion des ressources extraites dans des pays tiers sans nous soucier de notre dépendance et des conséquences environnementales et sociales là où les législations ne sont pas aussi strictes qu’en Europe.

Ces questions, qui appellent à des arbitrages complexes, demandent des débats sereins, qui ne pourront avoir lieu que si nous avons tous accès à un socle minimal de connaissances, tant géologiques qu’environnementales. Il y a donc urgence à mieux former nos concitoyens et nos dirigeants, d’abord à l’école, puis tout au long de la vie.

Pourtant, les sciences de la Terre trouvent à l’heure actuelle de moins en moins leur place au collège et au lycée. Étudier la géologie est pourtant crucial pour comprendre la formation des montagnes et des océans, les mécanismes des volcans et des séismes ou, encore, pour comprendre comment la tectonique des plaques a orienté l’évolution du vivant. Autant de sujets passionnants qui sont à même de motiver nos jeunes concitoyens.

Investir dans la recherche, un choix stratégique

Investir dans la recherche en sciences de la Terre est tout aussi essentiel.

Les dépenses de la France en recherche fondamentale aujourd’hui restent très insuffisantes au vu des enjeux actuels. La France, malgré un niveau élevé de dépenses publiques, consacre seulement 0,3 % de son PIB à la recherche fondamentale, soit deux fois moins que la moyenne européenne.

C’est pourtant grâce à la recherche, fondamentale comme appliquée, que l’on pourra concevoir des solutions durables pour économiser les ressources naturelles, développer l’écoconception, diminuer les empreintes de nos activités (eau, sol, métaux, matériaux, énergie, climat…).

Mieux comprendre les processus géologiques et biologiques en jeu aidera à développer des alternatives non carbonées aux énergies fossiles : par exemple, la géothermie, la récupération de chaleur industrielle, l’hydrogène natif, les carburants de synthèse et les biocarburants.

Mais avant de se prononcer pour ou contre l’exploitation des ressources de notre sous-sol (métaux, roches, minéraux, énergies), il est essentiel de s’interroger sur nos modes de consommation et sur ce dont nous avons réellement besoin. Dans ce contexte, alors que l’Union européenne cherche à mieux encadrer et à valoriser les métaux, un débat national s’impose. La Société géologique de France, que je représente à travers ce texte, est prête à y participer activement.


Laurent Jolivet est président de la Société géologique de France. Les membres du conseil d’administration de la Société géologique de France ont également participé à l’écriture de cet article.

The Conversation

Jolivet Laurent est professeur émérite à Sorbonne Université et président de la Société Géologique de France. Il a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche, du CNRS-INSU, de l’European Research Council, de Total. Il a été membre du Comité Scientifique du BRGM et président du conseil scientifique du Référentiel Géologique de la France.

– ref. Faut-il rouvrir des mines en France et en Europe au nom de la souveraineté économique ? – https://theconversation.com/faut-il-rouvrir-des-mines-en-france-et-en-europe-au-nom-de-la-souverainete-economique-262286

Le « sharp power », nouvel instrument de puissance par la manipulation et la désinformation

Source: The Conversation – in French – By Andrew Latham, Professor of Political Science, Macalester College

En plus de la puissance militaire, les États peuvent désormais compter sur de nouveaux outils pour exercer leur puissance. On connaissait le « soft power », qui exploite l’attractivité du pays qui l’exerce. Il faudra désormais compter avec le « sharp power », mobilisant les outils de la manipulation et de la désinformation.


« Le fort fait ce qu’il peut faire, et le faible subit ce qu’il doit subir. » C’est ce qu’écrivait Thucydide dans son Histoire de la guerre du Péloponnèse » : cette observation lucide de l’historien grec reste d’actualité. Mais dans le monde actuel, la puissance ne se manifeste pas toujours sous la forme d’une armée nombreuse ou d’une flotte de porte-avions. Les moyens par lesquels la puissance s’exprime se sont diversifiés, devenant plus subtils, plus complexes et souvent plus dangereux.




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Il devient ainsi insuffisant de parler du pouvoir en termes purement militaires ou économiques. Il faudrait plutôt en distinguer trois formes, qui se recoupent mais restent distinctes : le « hard power », le « soft power » et le « sharp power » – en français, « pouvoir dur », « pouvoir doux » et « pouvoir tranchant ».

Ces trois catégories de pouvoir sont plus que de simples concepts académiques. Ce sont des outils concrets, à la disposition des dirigeants, qui permettent respectivement de contraindre, de séduire ou de manipuler les populations et les gouvernements étrangers, dans le but d’influencer leurs choix. Ils sont parfois mobilisés de concert, mais s’opposent souvent dans les faits.

Exiger ou persuader ?

Le « hard power » est probablement la plus connue des trois formes de puissance, et celle sur laquelle les gouvernements se sont appuyés pendant la majeure partie de leur histoire. Il désigne la capacité à contraindre par la force ou la pression économique, et se traduit par l’utilisation de chars, de sanctions, de navires de guerre et de menaces.

On le voit à l’œuvre lorsque la Russie bombarde Kiev, lorsque les États-Unis envoient des porte-avions dans le détroit de Taïwan ou lorsque la Chine restreint sont commerce extérieur vers des pays étrangers pour punir leurs gouvernements. Le « hard power » ne demande pas : il exige.

Mais la coercition seule permet rarement d’exercer une influence durable. C’est là qu’intervient le « soft power ». Ce concept, popularisé par le politologue états-unien Joseph Nye, fait référence à la capacité de séduire plutôt que de contraindre. Il fait jouer la crédibilité, la légitimité et l’attrait culturel d’une puissance.

Pour rendre cette notion plus concrète, on peut penser au prestige mondial des universités américaines, à la portée inégalée des médias anglophones ou encore à l’attrait qu’exercent les normes juridiques, politiques ou la culture occidentales. Le « soft power » persuade ainsi en proposant un modèle enviable, que d’autres pays sont susceptibles de vouloir imiter.

Le pouvoir par la désinformation

Cependant, dans le contexte actuel, le « soft power » perd du terrain. Il repose en effet sur l’autorité morale de la puissance qui l’exerce, dont la légitimité est de plus en plus remise en question par les gouvernements du monde entier qui s’appuyaient auparavant sur le « soft power ».

Les États-Unis, qui restent une puissance culturelle incontournable, exportent aujourd’hui non seulement des séries télévisées prestigieuses et des innovations technologiques, mais aussi une polarisation et une instabilité politique chroniques. Les efforts de la Chine pour cultiver son « soft power » à travers les instituts Confucius et les offensives de communication culturelle sont constamment limités dans leur efficacité par les réflexes autoritaires du pays.

Les valeurs autrefois considérées comme attrayantes sont ainsi désormais perçues, à tort ou à raison, comme hypocrites et creuses. Cela a ouvert la voie à un troisième concept : le « sharp power ». Celui-ci fonctionne comme un négatif du « soft power ». Inventé par le National Endowment for Democracy en 2017, le terme vise à décrire la manière dont les États – autoritaires en particulier, mais pas exclusivement – exploitent l’ouverture politique des démocraties pour les manipuler de l’intérieur.

Le « sharp power » ne contraint pas, ne séduit pas non plus… mais il trompe. Il s’appuie ainsi sur la désinformation, les réseaux d’influence, les cyberattaques et la corruption utilisée comme arme stratégique. Il ne cherche pas à gagner votre admiration, mais à semer dans la population confusion, division et doute.

Des exemples d’utilisation du « sharp power » sont, par exemple, les ingérences russes dans les élections, le contrôle chinois des algorithmes de certains réseaux sociaux ou les opérations d’influence secrètes menées par les États-Unis contre la Chine.

Le « sharp power » consiste ainsi à façonner les discours dans les sociétés étrangères sans jamais avoir à tirer un coup de feu ni à conclure d’accord commercial. Contrairement au « hard power », il passe souvent inaperçu, jusqu’à ce que ses objectifs soient atteints et que le mal soit fait.

Comment faire face au « sharp power » ?

Le paysage diplomatique actuel est rendu particulièrement difficile à lire par le fait que ces formes de pouvoir ne sont pas clairement séparées, mais s’entremêlent. L’initiative chinoise des Nouvelles routes de la soie combine ainsi le « hard » et le « soft power », tout en s’appuyant discrètement sur des tactiques de « sharp power » pour faire pression sur ses détracteurs et pour réduire au silence les dissidents. La Russie, qui ne dispose pas du poids économique ni de l’attrait culturel des États-Unis ou de la Chine, a dû apprendre à maîtriser le « sharp power », et l’utilise désormais pour déstabiliser, distraire et diviser ses adversaires géopolitiques.

Cette situation crée un dilemme stratégique pour les démocraties libérales, qui jouissent toujours pour l’instant d’un statut dominant en matière de « hard power » et d’un « soft power » résiduel lié à l’attractivité de leur modèle. Elles sont cependant vulnérables aux outils du « sharp power » et sont de plus en plus tentées de l’utiliser elles-mêmes. Au risque, en essayant de répondre à la manipulation par la manipulation, de vider de leur substance leurs propres institutions et valeurs.

The Conversation

Andrew Latham ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Le « sharp power », nouvel instrument de puissance par la manipulation et la désinformation – https://theconversation.com/le-sharp-power-nouvel-instrument-de-puissance-par-la-manipulation-et-la-desinformation-260273

« Où avez-vous appris l’anglais ? » : la question de Trump au président du Liberia qui illustre les stéréotypes occidentaux sur les Afriques

Source: The Conversation – in French – By Sonia Le Gouriellec, Maîtresse de conférence en science politique à l’Université catholique de Lille, Institut catholique de Lille (ICL)

Donald Trump et le président du Liberia Joseph Boakai, dans le Bureau ovale, le 9 juillet 2025 (Washington, DC). Site de l’ambassade des États-Unis au Liberia

« Où avez-vous appris à parler un si bon anglais ? » La question de Donald Trump au président libérien Joseph Boakai, posée pendant une rencontre à Washington, en juillet 2025, a provoqué une onde de choc au Liberia – pays dont l’anglais est la langue officielle –, et dans le monde. Derrière cette remarque jugée condescendante, c’est tout un système de représentations biaisées relatives au continent africain qui refait surface.


Oublier que le Liberia est anglophone, et qu’il partage une histoire fondatrice avec les États-Unis, c’est révéler un aveuglement symptomatique d’un regard occidental figé sur l’Afrique. Un regard qui reste souvent prisonnier de stéréotypes anciens : l’Afrique comme continent sans histoire, replié sur lui-même, condamné à la pauvreté ou privé de rationalité politique.

« L’Afrique » : au-delà delà des représentations réifiantes, un continent à l’histoire millénaire

Cet épisode s’inscrit dans un imaginaire hérité de la colonisation. L’Afrique y est perçue comme un tout homogène, sans distinction entre ses 54 pays, ses centaines de langues, et son histoire riche et ancienne.

Or, le continent n’est pas « hors de l’histoire ». Des empires puissants comme ceux du Ghana ou du Mali ont rayonné bien avant l’arrivée des Européens. Durant la période précoloniale, le continent a connu de grandes civilisations, puissantes, organisées et connectées au reste du monde.

C’est le cas emblématique de l’Empire du Ghana (aussi appelé Wagadou), fondé dès le IIIe siècle de notre ère par le peuple soninké, et qui atteignit son apogée au XIe siècle. Bien qu’il n’ait aucun lien géographique avec le Ghana moderne, cet empire dominait une large partie de l’actuel Sahel (Sénégal, Mali, Mauritanie, Niger).

L’Empire tirait sa prospérité de ses richesses aurifères, de sa maîtrise du travail du fer, de son organisation politique structurée (avec ministres, gouverneurs, et armée hiérarchisée) et d’un système de succession matrilinéaire particulièrement avancé pour son époque. Il était aussi relié au reste du monde par les routes commerciales transsahariennes, qui permettaient des échanges avec le Maghreb, le monde arabe et même au-delà.

L’idée reçue selon laquelle les Africains seraient de simples récepteurs de la modernité continue pourtant de nourrir un regard paternaliste. Or, les sociétés africaines ont été actrices de l’histoire globale, connectées par le commerce, la religion et la diplomatie à l’Europe, au Moyen-Orient ou à l’Asie, bien avant la colonisation.

Après le déclin du Ghana au XIIe siècle, l’Empire du Mali prend le relais et marque profondément les mémoires. Il atteint son apogée sous le règne du légendaire Mansa Moussa (1312–1332 ou 1337). Ce souverain, souvent considéré comme l’un des hommes les plus riches de l’histoire mondiale, doit sa fortune à la production d’or du Mali, à une époque où la majeure partie de l’or circulant dans le monde méditerranéen venait d’Afrique de l’Ouest.

Le commentaire de Trump ne serait qu’un « faux-pas » si le contexte n’était pas aussi lourd de symboles. Il rappelle combien les voix africaines sont encore perçues à travers un prisme d’exotisme ou de surprise, comme si l’intelligence, la maîtrise linguistique ou la culture ne pouvaient s’exprimer depuis le continent africain, qu’à titre exceptionnel.

On a souvent présenté les sociétés africaines comme sans écriture, sans passé, sans rationalité politique. La colonisation s’est construite sur cette base, en prétendant « civiliser » des peuples jugés naturellement inférieurs. Le sociologue portugais Boaventura de Sousa Santos qualifie cette pratique d’« épistémicide », au sens d’une élimination des formes de connaissances et des pratiques sociales indigènes, pratique déjà à l’œuvre dans les colonies.

Des pays producteurs et acteurs de leur politique

Le continent regorge de dynamiques citoyennes, d’expressions démocratiques et de formes d’organisation politique qui témoignent d’une réelle vitalité. Les Africains ne sont pas « apolitiques », comme certains discours le laissent entendre, mais ils participent activement à la vie publique, souvent en dehors des cadres formels ou des institutions étatiques affaiblies.

Les sociétés civiles jouent un rôle crucial dans cette rationalité politique : syndicats, mouvements étudiants, ONG locales, journalistes, artistes engagés, activistes numériques, autant de forces qui questionnent le pouvoir, dénoncent la corruption ou défendent les droits humains. Ce sont souvent ces acteurs qui portent les aspirations démocratiques face à des élites perçues comme déconnectées des réalités sociales.

On observe également l’importance des mouvements citoyens panafricains, comme ont pu l’être « Y’en a marre » au Sénégal ou « Balai citoyen » au Burkina Faso, qui incarnent une nouvelle génération politique, plus horizontale, inventive, et en rupture avec les pratiques clientélistes héritées des États postcoloniaux.

Dans un contexte où la jeunesse africaine est de plus en plus éduquée, connectée et exigeante, la légitimité politique se redéfinit en dehors des seules élections : elle s’ancre désormais dans la capacité des pouvoirs à répondre aux besoins réels des populations, à incarner une vision partagée et à dialoguer avec une société civile de plus en plus structurée et influente.

Ainsi, les modèles occidentaux de démocratie représentative ne s’exportent pas mécaniquement, et leur transposition sans adaptation a souvent produit des systèmes hybrides, où les élections cohabitent avec des pratiques autoritaires, clientélistes ou militarisées. Pourtant, cela ne signifie pas l’absence de vie politique ou de recherche de légitimité. Bien au contraire : les sociétés africaines inventent d’autres formes de participation, de contestation et de redevabilité, ancrées dans leurs contextes sociaux et historiques.




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Rompre avec l’idée d’une Afrique « naturellement en retard »

Enfin, les Afriques sont le théâtre de multiples innovations qui démentent l’idée reçue selon laquelle le continent serait condamné à n’être qu’un réceptacle de modernité importée.

Historiquement, des centres de savoir comme l’Université de Sankoré à Tombouctou, dès le Moyen Âge, rassemblaient des milliers d’ouvrages manuscrits en astronomie, mathématiques, droit, théologie. Cette institution accueillait des érudits venus de tout le monde islamique, rivalisant avec les grandes universités européennes de l’époque.

Dans l’Afrique contemporaine, cette dynamique créative et technologique se poursuit avec une intensité croissante. Le Kenya est devenu un symbole d’innovation grâce à M-Pesa, un service pionnier de transfert d’argent par mobile, lancé en 2007 par Safaricom et fondé sur une technologie développée localement. Il a permis à des millions de personnes non bancarisées d’accéder aux services financiers, transformant le quotidien économique de nombreux foyers.

Ce succès a été suivi par une vague de start-ups africaines, notamment au Nigeria, au Sénégal ou au Maroc, qui lèvent aujourd’hui des centaines de millions de dollars dans des domaines aussi variés que le numérique, l’agritech, la santé ou l’intelligence artificielle. Des pays comme l’Égypte, l’Afrique du Sud et le Kenya sont devenus de véritables pôles d’innovation, même si l’écosystème reste encore fragilisé par un manque d’infrastructures et d’accès au financement.

L’innovation est aussi culturelle. Le cinéma nigérian Nollywood, deuxième industrie cinématographique mondiale en volume, illustre la puissance d’une création populaire locales. Il en va de même pour l’essor de l’afrofuturisme : en mêlant science-fiction, héritage culturel africain et critique du colonialisme, il propose une réinvention des imaginaires africains, loin des stéréotypes misérabilistes. Le film Black Panther, avec son royaume fictif du Wakanda jamais colonisé et technologiquement avancé, a marqué une rupture dans les représentations populaires, en valorisant une Afrique puissante, moderne et autonome.

Ces exemples rappellent que la créativité n’est ni marginale ni récente, mais structurelle. Pourtant, elle continue d’être perçue à travers un filtre de surprise ou d’exception : comme si l’innovation sur le continent ne pouvait être que l’exception qui confirme la règle, et non la manifestation d’un dynamisme profond.

La « surprise » de Donald Trump, que nous avons narrée au début de cet article, devant un président africain anglophone, est l’écho de cette idée absurde selon laquelle « les Africains n’ont pas d’histoire », ou seraient « naturellement en retard ».

En réalité, comme nous le montrons dans Afriques : Idées reçues sur un continent composite, il s’agit moins d’un manque de connaissances que d’un refus d’écouter les récits africains dans leur pluralité. Il est urgent de déconstruire ces visions. Cela commence par un travail d’éducation, d’histoire et d’écoute. Car ce n’est pas l’Afrique qui est « en retard », mais bien certaines perceptions qui peinent à se mettre à jour. Le véritable enjeu n’est pas tant de corriger une bourde diplomatique que de reconsidérer en profondeur nos cadres de pensée.

The Conversation

Sonia Le Gouriellec ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. « Où avez-vous appris l’anglais ? » : la question de Trump au président du Liberia qui illustre les stéréotypes occidentaux sur les Afriques – https://theconversation.com/ou-avez-vous-appris-langlais-la-question-de-trump-au-president-du-liberia-qui-illustre-les-stereotypes-occidentaux-sur-les-afriques-261206

Himalayan flash floods: climate change worsens them, but poor planning makes them deadly

Source: The Conversation – UK – By Manudeo Singh, Newton International Fellow at the Department of Geography and Earth Science, Aberystwyth University

On August 5, a cloudburst near the Kheer Ganga river triggered a flash flood that tore through Dharali, a village in the Indian Himalayas. Within minutes, the river swelled with water, mud and debris, sweeping away homes, roads and lives.

Every monsoon season, the Himalayas see similar tragedies – flash floods caused by cloudbursts or glacial lake outbursts. The first explanation we often hear is climate change. Extreme rainfall and melting glaciers are part of our warming world, but that is only half the story. The other half lies in where and how we build.

A cloudburst is an extreme, sudden downpour – often more than 100mm of rain in just an hour, falling over a small area. It’s like the sky suddenly emptying a huge bucket of water over the mountainside.

A glacial lake outburst flood happens when a lake formed by melting glaciers bursts through its natural dam of ice or loose rock, releasing a sudden torrent downstream.

Both cloudbursts and glacial lake outbursts send huge volumes of water rushing down steep valleys. On their way, they pick up mud, rocks and trees, turning into debris-laden flash floods that sweep away whatever lies in their path.

These are natural events in higher mountainous regions, such as the Himalayas. They cannot be stopped. What makes them disasters is when towns, hotels and roads are built directly where these floods predictably flow.

Where we build matters

To understand why the damage is so severe, we need to look at the land itself. Geomorphology is the study of how Earth’s surface is shaped. It shows us how rivers, slopes and valleys have been formed and modified over time by floods, landslides and debris flows.

In the Himalayas, many safe-looking places are anything but. Take the alluvial fan, which is a cone-shaped pile of sand, gravel and silt that forms where a steep stream slows and drops the debris it carries. Over time, repeated floods build up this fan. It looks flat and inviting – perfect for a settlement, hotel, or car park – but when the next flash flood happens, the water and debris flow straight back down, burying whatever is built there.

This is not theory but history repeating itself. Dharali, which is built around the ancient Kalp Kedar Hindu temple, has faced flash floods before. Records show the temple has been buried multiple times, most recently in 2013. This also highlights our short memory span.

Climate change and poor planning

Rising temperatures can lead to more intense and erratic rainfall, and this does raise the likelihood of cloudbursts and glacial lake outbursts. But focusing only on climate change makes disasters sound unavoidable.

In reality, much of the destruction is preventable. Poor planning and reckless construction have put people in harm’s way. Roads, hotels, even entire towns, are expanding into zones geomorphology tells us are flood prone.

When disaster follows, we blame the climate. But the harder truth is that our own decisions magnify the risks.

Ignoring geomorphology has serious consequences. For governments, it means billions spent on disaster relief and rebuilding after every monsoon. For developers, it means investments washed away in a single night. For tourists, it means the risk of being caught in floods during what should be a holiday. And for mountain communities, it means living in constant danger.

What is needed is geomorphic literacy. Planners, policymakers, developers and citizens need to read the land and respect its signals. The land itself tells us where floods have happened before, and where they will happen again. Listening to it can save lives.

Flash floods due to cloudbursts and glacial lake outbursts are a natural part of the Himalayan monsoon. They cannot be prevented, and climate change may make them more frequent. But the devastation they cause is not inevitable – it is shaped by where and how we build.

Geomorphology is nature’s diary, showing where water and debris have flowed for centuries. Learning to read it can keep people safe.

The Dharali disaster is a painful reminder that the real danger is not only in the sky, but in our failure to understand and respect the land beneath our feet. Unless we take that lesson seriously and build geomorphic awareness into planning, policy making and public understanding, tragedies like Dharali will keep happening, year after year.

The Conversation

Manudeo Singh does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. Himalayan flash floods: climate change worsens them, but poor planning makes them deadly – https://theconversation.com/himalayan-flash-floods-climate-change-worsens-them-but-poor-planning-makes-them-deadly-263561

Was the ‘double tap’ attack on Gaza’s Nasser hospital a war crime? Here’s what the laws of war say

Source: The Conversation – UK – By James Sweeney, Professor, Lancaster Law School, Lancaster University

There has been widespread international outrage at Israel’s attack on Nasser hospital in Khan Younis, northern Gaza, on August 25. The attack took the form of a “double tap” strike. The first attack killed at least one person, then – as medics, journalists and other responders rushed to the scene – a second attack on the same location killed another 20 people. This included five journalists and several medical staff treating people injured in the first attack.

Israel’s prime minister, Benjamin Netanyahu, has called the incident a “tragic mishap”. But whether or not the attacks on the hospital were intentionally directed, the double tap tactic almost certainly falls under those acts of war prohibited by the law of armed conflict and could constitute a war crime on that basis alone.

Whether or not charges specifically relating to the attacks on Nasser Hospital are ever brought, it’s an opportunity to examine how international law operates in situations like this.

Who is fighting who, and why it matters

That the hostilities in Gaza constitute, in international law, an “armed conflict” is beyond doubt. That means that there are grounds for the application of the law of armed conflict (LOAC) – or as it is also known, international humanitarian law.

If we see today’s conflict as being between Israel and Hamas, then it would be a non-international conflict because it would not be between two or more states. But if it is between Israel and Palestine then, whether or not Israel recognises Palestine as a valid state, it would be international. In May 2024, International Criminal Court (ICC) prosecutor Karim Khan caused some controversy when he said that it was both, running in parallel.

This issue is important because the rules covering international and non-international armed conflict are not the same. The rules on international armed conflict are older and more detailed. This also means that there are separate lists of international and non-international war crimes in the Rome Statute, the treaty that established the ICC. But the LOAC rules relevant to a double-tap attack are similar enough in both types of conflict that we can postpone coming to a conclusion on this until such as time as war crime charges are actually brought.

Law of armed conflict

The first essential feature of LOAC is that it is all based on the idea that the means (weapons) and methods (tactics) used in an armed conflict are “not unlimited”. That is why some weapons are banned – chemical weapons, for example. When it comes to tactics it is, for example, unlawful to order to “take no prisoners”.

There are other even more fundamental rules on methods that govern the conduct of hostilities.

The main rules on hostilities are often said to be humanity, necessity, distinction and proportionality. Humanity is about not inflicting unnecessary suffering. Necessity requires that in applying the other rules a commander should be able to do what they need to “win”, but no more than that. Distinction requires that only lawful objectives should be targeted for attack. Proportionality requires that when a lawful objective is attacked, the expected “collateral damage” should not be excessive to the expected military advantage of the attack.

It’s important to note that a judgement on proportionality must be made before a military action is launched and during an attack “constant care” should be taken that the situation really is what the military commander thought it was when they ordered the attack. That rule is meant to minimise accidents.

Double-tap attacks

Distinction and proportionality are the key principles for looking at a “double-tap attack” such as the one on August 25. First, applying the rule on distinction, there are only very limited circumstances in which a hospital could ever be a lawful target. Hospitals are marked out for special protection under the Geneva Conventions. The same goes for journalists, who are protected alongside all other civilians, as long as they do not become engaged in fighting.

Further to this, it would be reasonable to expect that after a lethal attack medics would attend the site, and journalists might want to cover it. Launching the second attack could therefore be said to be either intentionally directed against the medics and journalists or, at the very least, uncaring as to whether both lawful and unlawful targets might be killed. That is known as an “indiscriminate” attack. So it also violates the rule on distinction. It is also difficult to see how the second attack could have been accidental.

And even if it were argued that the hospital was a lawful target, for example due to being used by Hamas fighters to stage attacks on the Israeli forces, the collateral damage was almost certainly going to be vast. So, for that reason, it would violate the rule on proportionality.

Israel is a state party to the Geneva Conventions of 1949, which require that “grave breaches” of their rules are investigated and prosecuted. Alternatively, and whether or not the conflict is found to be international or non-international, the Rome Statute provides a solid basis for the above violations of LOAC to be prosecuted as war crimes at the International Criminal Court.

The Conversation

James Sweeney does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. Was the ‘double tap’ attack on Gaza’s Nasser hospital a war crime? Here’s what the laws of war say – https://theconversation.com/was-the-double-tap-attack-on-gazas-nasser-hospital-a-war-crime-heres-what-the-laws-of-war-say-263955

Supporting religious diversity on campus is a surprising consensus among faculty across the red-blue divide

Source: The Conversation – USA – By Matthew J. Mayhew, Professor of Higher Education, The Ohio State University

University faculty are the most important people influencing student learning, development, persistence and degree attainment. Maskot/Getty Images

Universities, often perceived as bastions of progressive thought, are increasingly reflecting the broader political polarization gripping the nation.

Faculty members represent a university’s core identity and mission. They express the values of the institution in numerous ways, including teaching, mentoring, advising and researching.

In my research into the impact of college on student development and learning, I – and others – have found that faculty are the most important people influencing student learning, development, persistence and degree attainment.

However, no systematic efforts have ever been undertaken to find out how faculty’s work is influenced by their understanding of university life and religion – until now.

The Templeton Religion Trust, a charity focused on improving societal well-being through understanding individual well-being, funded a recent national survey my team and I administered to 1,000 faculty members. The survey asked faculty about their perceptions of university life, including free speech and diversity, equity and inclusion initiatives, often shortened to simply DEI.

The survey results reveal a striking divergence in perspectives on the often divisive issues of free speech and DEI among faculty. Those differences showed up particularly along the red state and blue state divide.

Yet, amid these deep disagreements, a surprising point of bipartisan consensus emerges: faculty members’ belief in the importance of religious, spiritual and secular inclusion in diversity efforts.

A student wears a graduation cap with a verse from Koran written on it.
Faculty agreed on the importance of religious, spiritual and secular inclusion in diversity efforts. Here, a student graduating from Columbia University in New York on May 21, 2025, wears a graduation cap with a verse from the Quran written on it.
Jeenah Moon/POOL/AFP via Getty Images, CC BY

State political leaning is key

Survey responses represented national trends across various factors, including region, institutional control, institutional type and academic discipline.

In part of the analysis, we uncovered that the political leanings of a state – how a state voted in the presidential election of 2024 – play a significant role in what faculty perceive about free speech and DEI programming.

Even more compelling, significant differences reported by faculty from red versus blue states showed up consistently across gender, race, religion, academic discipline, faculty rank and whether the faculty member was employed at a private or public institution.

In other words, political leanings of a state were strongly associated with faculty perceptions regardless of these other factors.

Measuring the right to free speech

We asked faculty four questions related to their First Amendment rights, which we presented as: “The First Amendment protects freedom of speech, freedom of religion, freedom of the press, freedom of assembly, and freedom to petition.”

Working closely with experts in legal epidemiology, we asked faculty the extent to which they agreed with the following statements: a) the First Amendment is relevant to my job as a faculty member; b) the First Amendment is relevant to my research engagement; c) my institution provides me with my constitutionally mandated First Amendment rights; and d) I am aware of my rights and responsibilities as they relate to the First Amendment of the U.S. Constitution.

While awareness of First Amendment rights appears consistent across the board, a notable difference arises in faculty members’ perception of institutional protection of those rights.

Faculty in blue states are significantly more likely than those in red states to report that their institutions uphold their constitutionally mandated First Amendment rights. This implies a potential disconnect in how freedoms are experienced and protected, depending on the political leanings of the state where an institution is located.

Measuring attitudes about DEI

The divide deepens when it comes to DEI, defined in the survey as “campus diversity programs” in some instances and “diversity, equity, and inclusion” in others.

When compared with faculty in blue states, those in red states are far more inclined to view DEI efforts as “overreach,” agreeing with the statements that “diversity programs generally do more harm than good on college and university campuses” and “the promotion of diversity, equity, and inclusion on college and university campuses has gone too far.”

Conversely, blue state faculty largely disagree with these assertions. When compared with faculty in red states, those in blue states were more likely to agree that “campus diversity programs support student success,” demonstrating a stark ideological chasm on the value and impact of DEI.

This partisan disagreement extends to the very concept of banning DEI programs.

Red state faculty show moderate support for banning DEI, suggesting a belief that current efforts to curtail campus diversity initiatives are, according to survey response options, “well justified.”

Blue state faculty overwhelmingly support the continuation of these programs. They gave strong endorsement to the idea that “colleges and universities should continue to offer identity-specific organizations and programming.”

This schism reflects the ongoing national debate about the role and scope of DEI in higher education. Faculty perspectives mirror the political sentiments of their respective regions.

Amid this significant polarization, a crucial area of common ground emerges: what we call religious, spiritual and secular inclusion.

That’s the idea that DEI efforts should include programming and activities designed to help students from all religious, spiritual and secular backgrounds belong and succeed.

Religious, secular and spiritual diversity

Despite their sharp disagreements on other aspects of DEI, both red state and blue state faculty overwhelmingly agree that “colleges and universities should provide support for students of all religious, secular, and spiritual identities and backgrounds.”

And both groups similarly reject the notion that “campuses should not concern themselves with religious, secular and spiritual diversity.”

The findings from this survey highlight the complex landscape of faculty opinion in higher education. While significant difficulties remain in reconciling differing views on free speech and DEI, the shared commitment to religious, spiritual and secular inclusion offers a potential path to agreement.

By focusing on areas of consensus, institutions can begin to foster more inclusive environments to serve the needs of all students, regardless of their background or beliefs. Understanding these nuanced perspectives is the first step toward building more cohesive, pluralistic and intellectually vibrant academic communities across the nation’s varied political terrain.

The Conversation

Matthew J. Mayhew receives funding from the Templeton Religions Trust, the Arthur Vining Davis Foundations, the Pew Charitable Trusts, the Educational Credit Management Corporation (ECMC) Foundation, the National Science Foundation, the Alfred P. Sloan Foundation, the Merrifield Family Trust, the Andrew W. Mellon Foundation, the Fetzer Institute, the Ewing Marion Kauffman Foundation, the Merrifield Family Trust, and the United States Department of Education.

– ref. Supporting religious diversity on campus is a surprising consensus among faculty across the red-blue divide – https://theconversation.com/supporting-religious-diversity-on-campus-is-a-surprising-consensus-among-faculty-across-the-red-blue-divide-262589

We drilled deep under the sea to learn more about mega-earthquakes and tsunamis

Source: The Conversation – Canada – By Morgane Brunet, Postdoctoral researcher, Marine geoscience, Université du Québec à Rimouski (UQAR)

The Japanese drilling vessel Chikyu (Japan Agency for Marine-Earth Science and Technology)

Far beneath the waves, down in the depths of the Japan Trench — seven kilometres below sea level — lie hidden clues about some of the most powerful earthquakes and tsunamis on Earth.

From September to December 2024, Expedition 405 of the International Ocean Discovery Program (IODP) embarked on a four-month long mission to offshore Japan. Aboard the Chikyu — the world’s largest scientific drilling ship — 60 scientists teamed up with experienced drillers to uncover deep-sea sediment cores from beneath the sea floor.

The scientists included sedimentologists like myself, alongside geochemists, micropaleontologists, structural geologists, geophysicists and paleomagnetists. We drilled into a fault zone where only one prior expedition had drilled directly before. IODP Expedition 405 — also called Tracking Tsunamigenic Slip Across the Japan Trench (JTRACK) — is only the second deep-drilling mission to access this area.

This time, we reached and sampled the décollement, or the basal detachment, of the fault that ruptured during the devastating 2011 Tōhoku mega-earthquake. We collected cores that will help scientists better understand how such powerful earthquakes are triggered.

Expedition 405 of the International Ocean Discovery Program embarked onboard the Chikyu for a four-month long mission offshore Japan.

An unexpected slip

On March 11, 2011, the Tōhoku mega-earthquake struck off the northeast coast of Japan, triggering a catastrophic tsunami. At magnitude 9.1, it was the most powerful earthquake ever recorded and the deadliest natural disaster in Japan’s modern history.

More than 18,000 people died. The earthquake severely damaged the Fukushima nuclear plant; there was an estimated US$235 billion in damages. Scientists were surprised not by the scale of the earthquake, but by the location of the largest plate slip that had triggered it: not deep underground, but just beneath the sea floor, at the shallowest part of the plate boundary.

The rupture took place along the Japan Trench, where the Pacific Plate dives beneath the Okhotsk Plate. Until then, this shallow section of subduction zones was thought to slip slowly and quietly.

But during the Tōhoku event, more than 50 metres of slip occurred on a fault that ruptured the sea floor, displacing huge amounts of water and generating the devastating tsunami.

Drilling into the fault

During the IODP 405 expedition, we set out to understand the conditions that make such tsunamis possible.

The Japan Trench provides a natural laboratory to investigate the fundamental processes of tsunamigenic earthquakes that trigger massive tsunamis.

For that reason, we drilled deep into the plate boundary fault, the exact zone that ruptured during the 2011 earthquake. This meant drilling more than 800 metres beneath the seafloor and into the fault itself to recover samples of rocks and sediments.

We also installed a long-term observatory to monitor temperature and fluid pressure at the earthquake’s source, hoping to detect subtle signals locked in the material that once unleashed one of the most powerful earthquakes in history.

Retrieving cores

On board the Chikyu, operations ran 24-7. Every three hours, a new core arrived on deck — a long, cylindrical archive of Earth’s memory. As sedimentologists, we got to work right away peering through the transparent liners with flashlights, scanning for traces of sand, volcanic ash or anything hinting at past geological events.

Each core told a chapter of a story written over millions of years. Layer by layer, they revealed a sequence of faulted, fractured or deformed sediments and rocks. Some contained smectite — a slippery clay mineral known to reduce friction along faults. These are precisely the kinds of materials that can allow tectonic plates to slip easily, even at shallow depths near the sea floor — exactly the kind of setting that could produce a tsunami-generating earthquake.

One of the most thrilling moments came when we hit layers of chert — a hard, glassy rock that marks the transition from deep-sea sediments to oceanic crust. We had reached the décollement zone, the very boundary where one tectonic plate dives beneath another.

a woman holding a tube filled with layers of different coloured sediment
A split core recovered from within the fault zone.
(M. Brunet), CC BY-NC-ND

In the lab, slicing open the cores revealed something else: beautifully banded colourful clays, tinted in rich shades of chocolate, vanilla and caramel — a natural palette created from geological processes deep within the Earth.

Each new core entered a tightly co-ordinated workflow: scanned by high-resolution, X-ray-computed tomography, tested for physical and chemical properties, then split in half. One half was carefully preserved in a permanent archive, while the other was examined and sampled thoroughly by scientists from various countries and disciplines.

My research focuses on the sedimentary signature of past earthquakes and tsunamis. On the Chikyu, I searched for deposits called homogenite-turbidite sequences. These form when a quake shakes the sea floor, triggering a submarine landslide (the turbidite), followed by a slow rain of fine particles stirred up by the tsunami (the homogenite). These sequences are geological time capsules, helping us estimate how often giant earthquakes have struck in the past.

Fault evolution

The Chikyu returned to the original site drilled soon after the 2011 earthquake. This gave us something rare in geoscience: an opportunity to observe how the fault has evolved over more than a decade. We installed a borehole observatory, deeper and more advanced than any before in this region.

Installing the observatory in the JTRACK research expedition.

Over the coming years, it will monitor temperature and fluid flow in real time, giving us a window into the living, breathing dynamics of a megathrust fault.

Using this data, scientists will simulate earthquake conditions using numerical models or experiments to test how these rocks respond under pressure. They will analyze the chemistry of the fluids trapped within the fault and use advanced logging tools to build a detailed picture of the fault’s internal architecture.

Others — like myself — will focus on the sedimentary record, deciphering past events to better understand the frequency of earthquakes and tsunamis.

From understanding to preparedness

The Japan Trench is not an isolated case. Subduction zones around the world, from Chile to Alaska to Indonesia, pose similar risks, often just offshore from densely populated regions. If shallow slip can happen there too, then our current models and preparedness strategies must evolve accordingly.

Our goal wasn’t just to understand why the 2011 Tōhoku earthquake happened, but to help prepare for the next one. By improving tsunami hazard assessments and deepening our understanding of mega-earthquake fault behaviour, we contribute to building global resilience.

IODP Expedition 405 marks a major milestone for earthquake and tsunami science. In the coming years, data from the new borehole observatory, along with lab experiments and sediment analyses, will offer unprecedented insights into how these faults evolve and how we can better anticipate and mitigate the impacts of future megathrust earthquakes.

The Conversation

Morgane Brunet receives funding from the European Commission through a Marie Curie Postdoctoral Global Fellowship.

– ref. We drilled deep under the sea to learn more about mega-earthquakes and tsunamis – https://theconversation.com/we-drilled-deep-under-the-sea-to-learn-more-about-mega-earthquakes-and-tsunamis-252010

Canada is leading the U.K. and France in boycotting American goods due to Trump’s tariffs

Source: The Conversation – Canada – By Shelley Boulianne, Professor in Communication Studies, Mount Royal University

Since taking office, United States President Donald Trump has used tariffs to address perceived trade deficits with other countries. He claims that other countries have cheated and pillaged the U.S. via trade deficits.

In response, many political leaders have implemented retaliatory tariffs on American products, although Canadian Prime Minister Mark Carney recently lifted many of them in an apparent peace offering amid Canada-U.S. trade negotiations.

Citizens have also been engaged in these trade wars by avoiding the purchase of American products and services, as well as avoiding travel to the U.S.

From June 25 to July 8, 2025, Kantar, a global research and consulting company, conducted a survey through its online panels of 1,500 respondents in Canada, France and the United Kingdom, respectively.

Strict quotas were used to ensure the survey respondents would match the census profile of the adult population in each of the three countries.

Surveying consumers

As a social scientist who examines citizen engagement in civic and political life, I designed the survey questions. Respondents answered yes or no to:

Due to Trump’s recent tariffs, have you boycotted: a) American products, including grocery items; b) American services, such as Facebook, Amazon, or TV streaming services; and c) Travel to the United States.

The graph below outlines the results. Compared to the U.K. and France, Canadians were far more likely to report boycotting American products, services and travel.

Canadians, of course, have greater opportunities to boycott compared to other countries, given historically high levels of travel and international trade with the U.S. and Canada’s close proximity to the country. Statistics Canada reports that Canadian trips to the U.S. are down by 28.7 per cent from last year.

This case study of political consumerism reveals important distinctions compared to traditional boycotts.

Politically motivated boycotting is typically associated with those holding left-wing views.

In this case, both left-wing and right-wing people are participating in the boycott of American products. There are no ideological differences in participation in Canada and France. However, in the U.K., those on the right are more likely to boycott American products, services and travel than those on the left.

Existing research also shows well-educated people are more likely to boycott, particularly in Canada and France.

But in the Kantar survey, education did not impact participation in the boycott of American products, services and travel. All educational groups were motivated to participate.

Expressing discontent

Boycotting is a particularly attractive form of political behaviour in the case of international relations, because angry international citizens cannot simply contact Trump to express their discontent.

In fact, criticizing U.S. policies under Trump may result in being turned away at the American border by U.S. Customs and Border Protection.

Instead, consumers can express their discontent through the choices they make when grocery shopping, when making travel plans, and finally, in their choice to refrain from using American-owned social media like Facebook.

This situation is also unique because Trump actively encourages citizens to boycott companies with which he disagrees. Despite his own calls to boycott companies, Trump and American officials have called Canadians “nasty” for boycotting U.S. alcohol and travel in retaliation of American tariffs.

Follow the leader?

Now Canada has lifted most of the retaliatory tariffs, with Carney explaining that Canada has the “best deal with the United States right now.”

Canadians may choose to follow the direction of their prime minister or they may view this as an opportunity to take more responsibility and continue to use their purchasing choices to influence trade relations.

The responses may also differ across countries.

The U.K. says it has negotiated the lowest U.S. tariff rate so far and therefore, British citizens may choose to end their boycotting.

In contrast, political leaders in France continue to criticize the European Union’s recent trade agreement with the U.S. In this case, French citizens may follow suit and continue to use their purchasing power to influence trade relations.

The Conversation

Shelley Boulianne does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. Canada is leading the U.K. and France in boycotting American goods due to Trump’s tariffs – https://theconversation.com/canada-is-leading-the-u-k-and-france-in-boycotting-american-goods-due-to-trumps-tariffs-263395