Les bienfaits des animaux de compagnie sont connus. Il faut s’attaquer aux obstacles qui empêchent certains d’en profiter

Source: The Conversation – in French – By Renata Roma, Researcher Associate – Pawsitive Connections Lab, University of Saskatchewan

Les bienfaits des animaux de compagnie sont largement reconnus et étudiés.

Les animaux domestiques peuvent améliorer l’humeur et renforcer le système immunitaire. Ils incitent à rester actif et en forme, apportent de la compagnie et du réconfort émotionnel, tout en favorisant les liens sociaux. Ils peuvent même augmenter l’espérance de vie.

Malheureusement, tout le monde n’a pas accès à un animal de compagnie. Plusieurs groupes se heurtent à des obstacles lorsqu’il s’agit de passer du temps ou de vivre avec un animal. Parmi ces obstacles, citons le manque de logements adaptés et de ressources pour payer la nourriture et les soins vétérinaires.

Il peut également y avoir des freins plus concrets, tels que des clauses interdisant les animaux dans les contrats de location ou des politiques interdisant leur présence dans les maisons de retraite.




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Dans notre quête d’égalité sociale, il est essentiel de s’attaquer à ce qui empêche certaines personnes de profiter des bienfaits de la vie avec un animal de compagnie.

Défis et idées reçues

De nombreux facteurs peuvent empêcher les gens d’adopter un animal de compagnie. Parmi ceux-ci, citons le manque de logements appropriés et de ressources financières pour la nourriture et les soins vétérinaires. Une enquête canadienne a montré que les nouveaux immigrants et les jeunes de 18 à 34 ans sont les groupes les plus touchés par ces facteurs, et que les personnes âgées connaissent souvent des problèmes de logement et des difficultés financières.


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Les propriétaires d’animaux peuvent éprouver un sentiment de détresse lorsqu’ils ne sont pas en mesure de payer les services de toilettage, la nourriture ou les soins de leur animal, dont la qualité de vie risque alors d’être réduite. Dans un tel cas, on constate que le bien-être des propriétaires et de leur bête peut être compromis.

De plus, des recherches ont montré que les personnes qui gagnent plus d’argent possèdent davantage d’animaux compagnie. En ce qui concerne les facteurs économiques, il est inquiétant d’entendre dire que certaines personnes ne devraient pas avoir d’animaux. La Michelson Found Animals Foundation met en lumière plusieurs idées reçues, généralement associées aux finances, concernant la vie avec des animaux domestiques.

Certaines personnes pensent que si on vit dans un appartement plutôt que dans une maison dotée d’une cour et d’un espace vert, on ne devrait avoir que des chiens de petite taille. Cette croyance ne tient pas compte du niveau d’énergie de l’animal, car certains petits chiens sont beaucoup plus dynamiques que des chiens plus gros. Elle ne considère pas non plus la capacité du maître à stimuler mentalement et physiquement son animal.

D’autres estiment qu’une personne qui n’a pas les ressources financières pour répondre aux besoins d’un animal de compagnie ne devrait pas en avoir. Cette pensée ne fait que renforcer les inégalités sociales et reflète une forme de discrimination insidieuse.

Les problèmes financiers et les conditions de logement peuvent contraindre certaines personnes à se séparer de leur animal de compagnie, ce qui constitue un choix difficile sur le plan émotionnel. Une de nos recherches menées, menées avec Rebecca Raby, chercheuse sur l’enfance et la jeunesse, et des étudiants de l’université Brock, montrent que les enfants sans foyer ont souvent des sentiments d’intimité affective envers leurs animaux de compagnie en même temps que des sentiments de perte et de deuil. Dans le cadre de cette recherche, des enfants sans foyer ont raconté des histoires où ils avaient perdu un animal, que ce soit à la suite d’une séparation ou d’un décès.




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D’autres études indiquent que la plupart des personnes en situation d’itinérance sont des propriétaires d’animaux responsables, que leurs bêtes sont souvent en bonne santé et profitent de la compagnie humaine. Le lien émotionnel est réciproque et mutuellement bénéfique.

Animaux de compagnie pour tous

Les inégalités systémiques influencent la possibilité d’adopter un animal de compagnie. Nous devons mettre en place des stratégies et des politiques ciblées pour réduire les difficultés que rencontrent ces familles et ces communautés. Nous devons augmenter les possibilités de cohabitation avec des animaux afin de diminuer les inégalités sociales dans ce domaine.

Plusieurs études soulignent la nécessité d’améliorer l’accès aux soins vétérinaires gratuits ou peu coûteux. Il est également essentiel de rendre les refuges et les logements plus accueillants pour les animaux de compagnie. Les campagnes visant à réduire les idées reçues sur l’adoption d’animaux par certains groupes constituent également une stratégie importante.

Le Community Veterinary Outreach (CVO) est un exemple de programme qui contribue à rendre l’adoption d’un animal de compagnie plus accessible. Cet organisme de bienfaisance est présent dans plusieurs provinces du Canada. Il fournit des soins de santé aux humains ainsi que des soins préventifs aux animaux de compagnie. Il organise également des programmes d’éducation sur des sujets tels que le comportement, l’alimentation et l’hygiène dentaire des animaux. L’ensemble de ces services permet de soutenir des personnes vulnérables qui possèdent des animaux.

Un autre exemple est le programme canadien de financement PetCard, qui offre des options de paiement flexibles pour des services vétérinaires.

Nous devons toutefois intensifier notre collaboration et sensibiliser la population à l’importance des animaux de compagnie pour divers groupes de personnes. Élargir ce débat permettra de concevoir des politiques plus équitables, de favoriser la justice sociale et de rapprocher les communautés.

En négligeant la pertinence de cette réflexion, nous risquons de perpétuer des points de vue discriminatoires à l’égard de l’adoption d’animaux de compagnie.

Des bienfaits pour tous

Le fait que la situation économique d’une famille ou ses possibilités de logement restreignent son accès à un animal domestique est problématique, car cela fait en sorte que certaines personnes ne peuvent profiter du bien-être que procure la compagnie d’un animal. Ces bienfaits sont ainsi limités à un groupe privilégié.

Nous pouvons aider les humains et les animaux à bâtir des liens significatifs en promouvant un accès équitable à l’adoption d’animaux. Toutes les initiatives en ce sens doivent accorder la priorité aux besoins physiques et émotionnels des animaux de compagnie, en veillant à ce que le lien avec les humains leur soit bénéfique. Le bien-être et les droits des animaux de compagnie ne doivent jamais être négligés.

Pour créer une approche équitable qui permette à diverses populations de profiter de la compagnie d’animaux domestiques, nous devons concilier les besoins des humains et des animaux en tenant compte du bien-être de tous.

La Conversation Canada

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Les bienfaits des animaux de compagnie sont connus. Il faut s’attaquer aux obstacles qui empêchent certains d’en profiter – https://theconversation.com/les-bienfaits-des-animaux-de-compagnie-sont-connus-il-faut-sattaquer-aux-obstacles-qui-empechent-certains-den-profiter-258038

La RDC et le Rwanda signent un accord de paix négocié par les États-Unis : quelles sont ses chances de succès ?

Source: The Conversation – in French – By Jonathan Beloff, Postdoctoral Research Associate, King’s College London

Les ministres des Affaires étrangères du Rwanda et de la République démocratique du Congo (RDC) ont signé un nouvel accord de paix le 27 juin 2025 sous l’égide des États-Unis.

Cet accord vise à favoriser une paix durable, à développer les échanges économiques et à renforcer la sécurité. La RDC est l’un des plus grands pays d’Afrique, avec plus de 110 millions d’habitants. Le Rwanda compte 14 millions d’habitants.

Après trois décennies de guerre et de tensions entre les deux pays voisins depuis le génocide des Tutsis de 1994, cet accord devrait permettre de jeter les bases d’un progrès bénéfique pour les deux nations.

Pour l’administration Donald Trump, c’est l’occasion de montrer l’efficacité de sa politique étrangère « transactionnelle », axée sur les échanges et les avantages à court terme pour chaque acteur.

La plupart des détails de l’accord n’ont pas été divulgués avant sa signature. Une information a toutefois filtré: la RDC aurait renoncé à exiger le retrait des soldats rwandais de son territoire.

Depuis 2021, le gouvernement congolais, des chercheurs et l’ONU accusent le Rwanda de soutenir militairement le M23, en guerre contre le gouvernement de Kinshasa depuis 2021. Le gouvernement rwandais nie toute implication active, mais éprouve une certaine sympathie pour le groupe rebelle congolais.

En vertu de l’accord de juin 2025, chaque partie a fait des concessions et formulé des demandes qui sont peut-être plus faciles à dire qu’à faire. Les deux pays veulent également montrer à l’administration Trump leur volonté de négocier et de parvenir à un accord. Ils espèrent ainsi conclure de futurs accords avec les États-Unis, sur lesquels Trump est resté vague.

La RDC possède d’immenses richesses minérales, notamment de l’or, des diamants, du tungstène, du coltan, de l’étain et du lithium. Ces derniers minéraux sont utilisés dans les puces informatiques, les batteries et d’autres technologies.




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La question est de savoir si ce dernier accord permettra d’instaurer la paix en RDC. La réponse est probablement non, si l’on en croit les recherches sur l’instabilité dans l’est de la RDC. la politique étrangère rwandaise et les dynamiques sécuritaires et politiques entre le Rwanda et la RDC depuis plus de 15 ans.

Cela s’explique principalement par le fait que :

  • les principaux acteurs impliqués dans la crise ont été écartés des négociations

  • aucune disposition n’a été prise pour garantir l’application de l’accord

  • les opportunités pour les entreprises américaines restent incertaines compte tenu de l’insécurité qui règne dans les régions minières.

Les racines de la crise

Après le génocide des Tutsis en 1994, d’anciens auteurs du génocide ont profité de l’immensité de la RDC pour planifier des attaques contre le Rwanda. Ils avaient l’intention de retourner au Rwanda pour achever le génocide. Les conséquences ont conduit à la première guerre du Congo (1996-1997) et à la deuxième guerre du Congo (1998-2003).

C’est au cours de cette deuxième guerre sanglante que la RDC a été démembrée par plusieurs groupes rebelles alignés sur divers pays et acteurs politiques. L’ONU accuse le Rwanda et l’Ouganda de se livrer à un commerce illégal massif de minerais. Les deux pays nient ces accusations.

Les conséquences du conflit se font encore sentir plus de 20 ans après. Malgré de multiples accords de paix et des programmes de désarmement, de démobilisation et de réintégration, on estime à 120 le nombre de groupes rebelles encore actifs au Congo.

L’un d’entre eux, les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), vise à rétablir la division ethnique et le génocide au Rwanda. Le gouvernement rwandais craint l’idéologie génocidaire et haineuse de ce groupe.

En outre, les FDLR et d’autres acteurs extrémistes tels que Wazalendo prennent pour cible les Banyarwanda. Ce groupe ethnique, qui réside principalement dans l’est de la RDC, est historiquement lié au Rwanda. Il a été la cible d’attaques qui ont contraint des dizaines de milliers de personnes à fuir vers le Rwanda.




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Ces attaques ont conduit à la résurgence du M23. Malgré ses échecs en 2013, le M23 a réalisé des avancées majeures fin 2021 en réponse aux attaques contre les Banyarwanda. Le groupe rebelle a mené une campagne militaire couronnée de succès qui lui a permis d’occuper de vastes territoires dans l’est de la RDC.

Leur succès est largement attribué aux Forces de défense rwandaises, bien que Kigali nie cette affirmation.

Les concessions mutuelles

Le dernier accord de paix tente de concilier les intérêts sécuritaires, politiques et économiques des deux nations.

Les détails de l’accord n’ont pas été rendus publics, mais certaines hypothèses peuvent être formulées à partir de son cadre général et des documents fuités.

La première hypothèse est que chaque pays s’engage à respecter la souveraineté de l’autre et à cesser tout soutien aux groupes armés. Cela inclura une coordination conjointe en matière de sécurité et une collaboration avec la mission de maintien de la paix de l’ONU déjà en place. En outre, les réfugiés congolais qui ont fui l’est de la RDC, estimés à plus de 80 000, seront autorisés à rentrer chez eux. Enfin, les deux pays mettront en place des mécanismes visant à favoriser une plus grande intégration économique.

La RDC a également signalé sa volonté d’attirer les investisseurs américains. Les vastes richesses minérales de la RDC restent largement sous-exploitées. Les investissements américains pourraient permettre de développer une exploitation minière plus sûre et plus rentable que les méthodes actuelles. Kinshasa a également accepté de lutter contre la corruption et de simplifier le système fiscal.

Si la plupart de ces mesures incitatives visent les entreprises d’extraction minière, elles concernent également les sociétés de sécurité privées. L’incapacité de l’armée congolaise à vaincre le M23 montre à quel point la situation sécuritaire est fragile. Certains en RDC estiment que cela justifie une intervention étrangère.

Cependant, les garanties sécuritaires offertes dans le cadre de cet accord restent floues. Ces incertitudes pourraient freiner sa mise en œuvre et compromettre son succès.

Les faiblesses

Plusieurs raisons expliquent pourquoi ce dernier accord a peu de chances de mener à la paix.

Premièrement, le M23 n’a pas participé aux négociations. Or, ce groupe est le principal acteur militaire dans l’est de la RDC. Étant donné qu’il s’agit du principal acteur militaire dans l’est de la RDC, son engagement en faveur du processus de paix ne peut être garanti.

Deuxièmement, d’autres forces rebelles dans différentes régions du pays se sentiront également exclues. Elles pourraient voir cet accord comme une opportunité pour obtenir davantage de concessions de la part du gouvernement congolais.

Troisièmement, il existe peu de mécanismes pour faire respecter l’accord. Depuis la deuxième guerre du Congo, de nombreux traités, accords et programmes de désarmement ont été conclus, sans grand succès. L’accord de Pretoria conclu entre le Rwanda et la RDC en 2002 n’a pas abouti à une paix durable. Le nom M23 fait référence à leur mécontentement suite l’échec de l’accord en 2009.

En 2024, le Rwanda et le Congo ont failli parvenir à un accord sous la médiation de l’Angola, après le retrait de ce dernier s’est retiré. Le processus a ensuite été repris par le Qatar, puis par les États-Unis.

Enfin, les investisseurs américains pourraient être découragés par les problèmes de sécurité, de réglementation et de corruption qui affligent la RDC. Même si le gouvernement congolais promet de s’attaquer à ces problèmes, il ne dispose pas des capacités nécessaires pour tenir ses engagements.

The Conversation

Jonathan Beloff a reçu un financement du Conseil de recherche en arts et sciences humaines (AH/W001217/1).

ref. La RDC et le Rwanda signent un accord de paix négocié par les États-Unis : quelles sont ses chances de succès ? – https://theconversation.com/la-rdc-et-le-rwanda-signent-un-accord-de-paix-negocie-par-les-etats-unis-quelles-sont-ses-chances-de-succes-260247

Les fondations philanthropiques doivent-elles mourir pour mieux agir ?

Source: The Conversation – in French – By Sacha-Emmanuel Mossu, Doctorant en philosophie, Université Laval

Le modèle traditionnel de la philanthropie repose sur l’idée que les fondations doivent durer éternellement, en préservant leur capital et en redistribuant chaque année une petite partie de leurs revenus. Pourtant, de plus en plus de voix s’élèvent pour remettre en question cette logique, parfois jugée lente, inefficace et déconnectée de l’urgence des besoins sociaux. Et certains philanthropes commencent à montrer l’exemple.

En mai, le milliardaire Bill Gates a annoncé qu’il comptait épuiser le fonds de dotation de la Fondation Bill & Melinda Gates d’ici 2045. Cela représentera des investissements philanthropiques de plus de 200 milliards de dollars américains ainsi que la fermeture, à terme, de l’organisation. Cette annonce rompt avec les normes de la philanthropie partout dans le monde, où les fondations sont généralement conçues pour durer indéfiniment.

Le Canada n’y fait pas exception. En s’enregistrant auprès de l’Agence du revenu du Canada (ARC), les fondations peuvent faire fructifier leurs actifs tout en générant des revenus exempts d’impôts. Même si la loi les oblige à dépenser chaque année un minimum de 5 % de leurs actifs, les rendements réalisés sur les marchés financiers égalent ou dépassent souvent ce seuil. Les fondations peuvent donc se contenter de distribuer année après année les intérêts de leurs investissements, sans jamais toucher au capital.

Ce modèle « de charité à perpétuité » se fait souvent reprocher son inefficience fiscale. Selon la fiscaliste Brigitte Alepin, il faut en moyenne 35 ans pour que les activités caritatives d’une fondation compensent les avantages fiscaux perçus par ses fondateurs.

Je suis doctorant en philosophie à l’Université Laval en cotutelle à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et mon collègue David Grant-Poitras est doctorant en sociologie à l’Université du Québec à Montréal. Affiliés au Réseau canadien de recherche partenariale sur la philanthropie (PhiLab), basé à l’Université du Québec à Montréal, nous étudions la philanthropie dans le cadre de nos travaux de recherche. Nous travaillons à documenter le processus de fermeture de la Ivey Foundation, qui co-finance la recherche.

Un modèle alternatif qui fait ses premiers pas au Canada

Bien que la perpétuité fasse office de norme dans le milieu philanthropique, certaines fondations remettent en question sa pertinence. À côté des fondations dites « pérennes », un nouveau modèle prend forme : les fondations à durée de vie limitée (ou sunsetting foundations en anglais). Celles-ci s’engagent délibérément à dépenser l’entièreté de leurs actifs et cesser leurs activités au terme d’une période donnée ou suivant l’atteinte d’objectifs spécifiques.




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Ce modèle n’est pas nouveau : il a été mis en œuvre par des pionniers comme le Rosenwald Fund, la Aaron Diamond Foundation ou encore la John M. Olin Foundation, fermés respectivement en 1948, 1996 et 2005. Toutefois, il connaît un regain d’intérêt, particulièrement aux États-Unis, où un nombre croissant de fondations, surtout les plus jeunes, adoptent cette approche. Même si la pratique reste marginale au Canada, certaines fondations comme la Ivey Foundation, dont la fermeture est planifiée pour 2027, commencent à suivre le mouvement.

Moins de temps, plus d’impact !

Pourquoi choisir de fermer une fondation plutôt que de lui assurer une existence perpétuelle ? Pourquoi des philanthropes comme Bill Gates ne préfèrent-ils pas assurer la survie d’une institution qui immortalisera son nom ? Dans un cahier de recherche publié récemment, le Réseau canadien de recherche partenariale sur la philanthropie s’est penché sur la question.

Plusieurs raisons peuvent motiver un tel choix : décès des fondateurs, conflits familiaux, ou encore volonté de constater de son vivant les effets de sa philanthropie. Mais au-delà de ces facteurs, c’est souvent un souci d’efficacité qui pousse ces fondations à limiter leur durée de vie.

À ce sujet, la sociologue Francie Ostrower, professeure à la LBJ School of Public Affairs and College of Fine Arts de l’université du Texas à Austin, suggère que les fondations « pérennes » ont parfois tendance à faire de leur propre survie un objectif, au détriment de leur mission sociale. À l’inverse, les fondations à durée limitée se perçoivent davantage comme des « véhicules » au service des causes sociales qu’elles soutiennent. Dans cette optique, rejeter la perpétuité devient une stratégie pour maximiser l’impact social.


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Programmer sa fermeture donne souvent aux fondations plus de flexibilité et de marge de manœuvre. Cela permet, par exemple, d’augmenter les dépenses annuelles bien au-delà du seuil de 5 %, et donc de soutenir davantage d’organismes ou de financer des projets ambitieux nécessitant des investissements massifs à court terme. Dans certains cas, l’abandon de la perpétuité réduit les dépenses administratives, ce qui dégage des ressources à réinvestir dans ce qui compte vraiment.

De plus, puisque la gestion des dépenses est affranchie des contraintes liées à la pérennisation du fonds de dotation, les fondations à durée de vie limitée s’adaptent plus facilement aux événements imprévus et sont plus réactives à l’évolution des besoins sur le terrain.

Ce modèle est d’autant plus attrayant pour les petites et moyennes fondations qui peuvent ainsi accroître considérablement leur influence dans leur secteur, chose difficile dans un modèle fondé sur la préservation du capital.

Ne pas juste donner plus, mais donner mieux

Notre recherche montre également que les avantages ne sont pas seulement d’ordre quantitatif ou financier, mais aussi qualitatif. Planifier sa fermeture pousse aussi à réfléchir en profondeur à l’utilisation optimale des ressources disponibles dans un laps de temps limité. D’après plusieurs témoignages, l’échéance imposée par la fermeture motive le personnel de la fondation, génère un sentiment d’urgence et instaure une meilleure discipline. Cela incite à concentrer efforts et ressources sur les projets essentiels et à éviter le gaspillage sur des activités jugées secondaires.

Paradoxalement, limiter la durée de vie d’une fondation ne signifie pas adopter une vision à court terme. Au contraire, tout indique que cela favorise une réflexion sérieuse sur la durabilité et les impacts à long terme des projets financés.

Sachant qu’elles ne seront pas là pour toujours, les fondations à durée de vie limitée sont naturellement portées à trouver des solutions pérennes aux problèmes sociaux et à renforcer les capacités des organisations qui prendront le relais une fois qu’elles auront cessé leurs activités. Bref, comme l’affirme le philanthrope américain Jack Eckerd, « si les fondations sont éternelles, elles mettront une éternité à accomplir quoi que ce soit ».

Alors que 135 milliards dorment dans les fonds de dotation des fondations canadiennes, le moment est peut-être venu de repenser le modèle dominant. En encourageant le développement de fondations à durée de vie limitée, le Canada pourrait non seulement réinjecter massivement des ressources dans la société, mais aussi revitaliser le rôle du secteur philanthropique dans la réponse aux enjeux sociaux les plus pressants.

La Conversation Canada

Sacha-Emmanuel Mossu a reçu des financements du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH), de la Fondation Famille Choquette et du Fonds François-et-Rachel-Routhier. Il est membre du PhiLab dont le projet de recherche est co-financé par la Ivey Foundation.

David Grant-Poitras ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les fondations philanthropiques doivent-elles mourir pour mieux agir ? – https://theconversation.com/les-fondations-philanthropiques-doivent-elles-mourir-pour-mieux-agir-257162

Feux de forêt : voici pourquoi il faut une structure nationale pour mieux les gérer

Source: The Conversation – in French – By Alizée Pillod, Doctorante en science politique, Université de Montréal

L’été ne fait que commencer au Canada et l’on comptabilise déjà près de 2000 feux de forêt depuis le début de l’année. Ce sont plus de 4 millions d’hectares qui sont partis en fumée, soit l’équivalent de la taille du territoire de la Suisse. À ce rythme, la saison 2025 pourrait s’avérer tout aussi catastrophique – voire pire – que celle de 2023, l’une des plus dévastatrices jamais enregistrées au pays.

Face à ces feux toujours plus difficiles à maîtriser et ne connaissant pas de frontières, la création d’une structure nationale capable de coordonner efficacement les efforts des pompiers sur le terrain est à nouveau envisagée.

En quoi cela consisterait-il exactement ? À quel prix ?

Doctorante et chargée de cours en science politique à l’Université de Montréal, mes travaux portent sur la construction sociale des problèmes publics. Je m’intéresse notamment aux effets de cadrage de la crise climatique et à leur rôle dans l’apport de changements de politique publique.


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Une gestion fragmentée en perte d’efficacité

Le Canada compte environ 3 200 services d’incendie, majoritairement organisés au niveau local – municipalités, comtés ou districts. À cela s’ajoutent, dans chaque province et territoire, des agences spécialisées dans la lutte contre les feux de forêt, distinctes des services municipaux. La coordination interprovinciale en matière de feux de forêt est assurée par le Centre interservices des feux de forêt du Canada (CIFFC). Le gouvernement fédéral intervient également, notamment par l’entremise du ministère de la Sécurité publique, et détient l’autorité nécessaire pour déclarer l’état d’urgence.

Ainsi, les trois paliers de gouvernement peuvent être mobilisés dans la gestion des incendies de forêt. Or, bien qu’ils répondent à des mandats complémentaires, ces services demeurent fragmentés. L’absence d’un mécanisme centralisé de coordination peut engendrer des chevauchements, des lenteurs dans les interventions et une certaine confusion sur le terrain.

Les pompiers sonnent l’alarme

L’idée d’une structure nationale dédiée à la gestion des incendies ne date pas d’hier. En 2006, l’Association canadienne des chefs de pompiers soulevait déjà la question lors de son assemblée générale annuelle. À l’époque, elle reconnaissait que les enjeux devenaient trop vastes et trop complexes pour être gérés de façon dispersée.

En décembre 2023, après une saison des feux record, l’idée a refait surface et semble plus que jamais dans l’air du temps. Cette fois, l’Association a décidé d’aller plus loin dans sa réflexion. Elle a publié un rapport destiné aux responsables politiques, dans lequel elle propose la création d’une véritable « administration nationale des incendies », afin de mieux coordonner les interventions à l’échelle du pays.




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Ce qu’une meilleure coordination permettrait

Les changements climatiques entraînent une multiplication et une intensification des feux de forêt. Les pompiers sont donc appelés à intervenir plus souvent, et sur des périodes plus longues.

Cette pression accrue a des conséquences humaines importantes. En plus de l’épuisement, ces interventions prolongées exposent les pompiers à des fumées toxiques, augmentant ainsi les risques de maladies cardiorespiratoires. Leur santé – et parfois leur vie – est en jeu. Dans ce contexte, l’Association canadienne des chefs de pompiers constate des difficultés croissantes de recrutement et de rétention.

À cela s’ajoute un autre enjeu : tous les pompiers ne sont pas formés pour combattre les feux de forêt, dont les dynamiques diffèrent des incendies urbains.

Par ailleurs, certains incendies dépassent les frontières administratives, comme en témoignent les brasiers toujours actifs aux abords des provinces des Prairies.

Dans son rapport, l’Association soutient qu’une structure nationale permettrait de mieux répondre à ces défis. D’une part, elle offrirait la possibilité d’investir de façon plus stratégique, en orientant les budgets vers la formation spécialisée et l’achat d’équipement, souvent inadéquat face aux réalités du terrain. D’autre part, elle faciliterait le déploiement du personnel entre les régions et améliorerait la gestion des ressources essentielles – notamment l’eau, utilisée en grande quantité pour éteindre les incendies.

Au-delà des feux de forêt, l’Association rappelle que d’autres risques justifient la création d’une telle structure. Elle cite en exemple le transport de marchandises dangereuses, un domaine où l’uniformisation des pratiques et des capacités de réponse à l’échelle nationale s’avère également nécessaire.

Enfin, une administration nationale permettrait de mieux intégrer les pompiers à l’élaboration des politiques qui ont un impact direct sur leur travail. Cela concerne par exemple les normes de construction, la réglementation des feux d’artifice ou d’autres enjeux touchant la sécurité publique et qui affectent, de près ou de loin, la gestion des feux de forêt.

Pour toutes ces raisons, plutôt que de simplement élargir le mandat du Centre interservices des feux de forêt du Canada (CIFFC), les représentants défendent une approche plus holistique.

Passer de l’idée à l’action

Pour étayer ses recommandations, l’Association canadienne des chefs de pompiers a mené une analyse comparative rigoureuse en s’intéressant à des modèles internationaux, notamment ceux des États-Unis et de la Nouvelle-Zélande, où des délégations se sont rendues sur place pour rencontrer les responsables d’organismes similaires.

Cette veille internationale leur a permis d’identifier les bonnes pratiques et d’anticiper les défis rencontrés ailleurs. Cela leur a permis, par exemple, d’échanger sur les budgets alloués, les compétences confiées à ces agences, leur degré d’autonomie par rapport aux gouvernements.

Sur le plan budgétaire, la création d’une administration nationale des incendies au Canada ne représenterait pas une charge insurmontable. Comme le souligne l’Association, il ne s’agirait pas de repartir de zéro, mais de s’appuyer sur les structures existantes – l’association elle-même étant déjà bien organisée – pour les transformer. Les services d’incendie disposent d’un budget annuel d’environ 5,6 milliards de dollars. Selon l’Association, un investissement supplémentaire de 2 millions de dollars par an serait suffisant pour mettre en place cette coordination nationale.

Ces dernières semaines, des représentants de l’Association ont rencontré des membres du gouvernement fédéral pour discuter de leur proposition. Mais les gouvernements des territoires, des provinces et des municipalités devront aussi être consultés. Or, les discussions intergouvernementales semblent pour l’instant dominées par la guerre commerciale avec les États-Unis.

Autre frein : le premier ministre Carney n’a pas été élu avec un mandat environnemental fort. Pourtant, il aurait tout intérêt à s’emparer du dossier, étant donné que les coûts liés à la lutte contre les incendies de forêts, à eux seuls, dépassent désormais le milliard de dollars par an.

La Conversation Canada

Alizée Pillod est affiliée au Centre d’Études et de Recherches Internationales de l’UdeM (CERIUM), au Centre de recherche sur les Politiques et le Développement Social (CPDS) et au Centre pour l’Étude de la citoyenneté démocratique (CECD). Ses recherches sont subventionnées par les Fonds de Recherche du Québec (FRQ). Alizée a aussi obtenu la Bourse départementale de recrutement en politiques publiques (2021) ainsi que la Bourse d’excellence Rosdev (2023). Elle a également été la coordonnatrice pour un projet financé par Ouranos et le MELCCFP sur la communication climatique en contexte pandémique.

ref. Feux de forêt : voici pourquoi il faut une structure nationale pour mieux les gérer – https://theconversation.com/feux-de-foret-voici-pourquoi-il-faut-une-structure-nationale-pour-mieux-les-gerer-259216

Tour de France 2025 : quand le peloton traverse les mystères géologiques de la Flandre

Source: The Conversation – in French – By Patrick de Wever, Professeur, géologie, micropaléontologie, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

Le Cap Blanc-Nez et la Manche vus du cimetière de Tardinghen. Jean-Pol Grandmont / Wikimedia commons, CC BY-NC-SA

Au-delà du sport, le Tour de France donne aussi l’occasion de (re)découvrir nos paysages et parfois leurs bizarreries géologiques. Le Tour de France 2025 s’ouvre ainsi dans les Hauts de France. Ses coureurs traverseront notamment, au cours de ces premiers jours, la plaine flamande. C’est la partie française du « pays bas » qui borde la mer du nord du Boulonnais à la Frise. Et est depuis des millions d’années sujette aux submersions marines.


À l’est des Hauts de France, la Flandre française est limitée par les contreforts du Massif ardennais ; au sud, par les collines qui, du Cambrésis au Boulonnais, appartiennent à un bombement qui se poursuit en Angleterre. Jalonnant cette structure, un relief modeste de moins de 300 mètres de haut, dont fait partie le Blanc-Nez, a été entaillé par le trop-plein du lac qui occupait la mer du Nord pendant les périodes de grande extension glaciaire : cette entaille a formé la vallée étroite qu’est le détroit du Pas-de-Calais.

Au Nord, la Flandre intérieure (le houtland) est constituée de collines molles, formées d’alternances de sables et d’argiles, accumulées dans un bassin marin calme il y a 55 à 35 millions d’années environ. La ligne de rivage était d’abord adossée sur les collines du Boulonnais-Artois, et s’en est progressivement éloignée en migrant vers le nord, effet lointain de la formation des Alpes.

Depuis quelques millions d’années, la Flandre française est épisodiquement submergée par la mer du fait des interactions entre tectonique des plaques et climat. Le changement climatique d’origine anthropique vient renforcer le phénomène.

Un paysage issu de la dernière glaciation

Dans le passé, des torrents dévalaient les collines méridionales de la Flandre française, à l’image des oueds sahariens autour de certains massifs montagneux. De nombreuses nappes de cailloutis (reg) se sont ainsi disséminées sur toute la Flandre. Une période climatique particulière, très chaude, a figé certains de ces dépôts au niveau du rivage de l’époque, en les cimentant par des oxydes ferrugineux. Ces cailloutis transformés en cuirasses ont protégé de l’érosion ultérieure les sables qu’ils recouvraient, formant l’alignement des monts de Flandres qui a étonné géologues et curieux : le Mont Cassel (176 m) est l’un de ces témoins.

Au cours du Quaternaire (depuis 2,6 millions d’années), les glaciations ont fait varier le niveau marin de plus de 100 m, asséchant plus ou moins la Manche et la mer du Nord lors de chaque pic glaciaire. Archéologues, paléontologues et géologues ont su reconstituer à partir des terrasses fluviatiles de la Somme, 10 cycles glaciaires de 100 000 ans chacun environ. Les travaux du canal Seine-Nord-Europe vont aussi contribuer à préciser ces reconstitutions.


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Le paysage actuel de la plaine maritime flamande résulte du façonnement produit depuis la fin de la dernière glaciation, c’est-à-dire environ 20 000 ans. Les archéologues néerlandais, belges et français qui coordonnent leurs recherches démontrent que la montée naturelle du niveau marin s’estompe, mais que le phénomène est désormais engendré sous l’effet prépondérant du réchauffement d’origine anthropique.

Des digues à partir du XIᵉ siècle

La dernière invasion marine a été bien documentée par les géologues : à partir de la fin du IIIe siècle et jusqu’au IXe siècle, ils ont mis en évidence l’enfouissement par une tourbe puis par des dépôts marins de traces d’activités agricoles et commerciales (salines entre autres). En réponse, montrent les archéologues de l’Inrap, les humains ont construit durant les 11e et XIIe siècles des digues pour se protéger de la submersion marine occasionnelle, et ont aménagé des espaces de collecte d’eaux pluviales pour se ménager une ressource en eau douce.

Dans cet ensemble, le moulin est sans doute la structure la plus connue. On en comptait plus de 200 au début de XXᵉ siècle, qui avaient deux destinations principales : certains servaient à pomper l’eau pour l’assèchement, d’autres à moudre les céréales. Ici, le « Moulin tour » de Watten (Nord) est composé d’une base en craie et d’un sommet en rouges-barres, alternance de craie et de briques. C’est un moulin à vent classique constitué d’une tour en maçonnerie, surmontée d’une calotte orientable dans le sens du vent, supportant les ailes fixées à un axe horizontal ou légèrement incliné vers le haut et un toit en bardage.
Wikimedia, Fourni par l’auteur

Jusque-là en effet, chaque propriétaire défendant son champ ne pouvait le faire qu’en renvoyant l’eau en excès chez ses voisins. Cette situation, qui engendrait des conflits, a mené dès le XIIe siècle Philippe d’Alsace, comte de Flandre, à tenter de mettre en place un système de gestion commun, ordonné et contrôlé. Mais il faut attendre le XVIIe siècle pour qu’un ingénieur hollandais, Cobergher, acquière la lagune résiduelle (Les Moëres) pour y construire un dispositif mécanique dont le principe est encore actuel. Seules la forme d’énergie et la commande des manœuvres, autorégulée aujourd’hui, ont depuis changé.

Aujourd’hui, la poldérisation – l’assèchement de marais littoraux pour en faire des terres cultivables – est de plus en plus gênée par la montée du niveau marin, par le développement de l’urbanisme et de l’industrialisation. La période de pluies soutenues, génératrices d’inondations au cours de l’hiver 2023-2024 a mis en évidence une autre limite : le processus de poldérisation a été élaboré pour drainer des terres agricoles ; à cette occasion, il a aussi été utilisé comme ouvrage d’assainissement à portée régionale pour drainer la totalité de la plaine maritime. Or ce système n’a jamais été dimensionné pour un tel objectif !

Un système de gestion désormais dépassé

Le principe de gestion est connu sous le nom de wateringues. Chaque propriétaire d’un lopin de terre est chargé de le cultiver et de l’entretenir : il rejette les eaux en excès (pluviales et ruissellements, donc douces), dans un drain (watergang) qui entoure sa parcelle et paye une redevance pour qu’elles soient collectées par un canal plus important (ringslot) qui les conduit vers des canaux classiques, gérés, eux, par Voies Navigables de France.

Formation du polder de la Flandre maritime. Le flux marin apporte des sédiments détritiques.
Modifié d’après AGUR, Fourni par l’auteur
Les sédiments apportés commencent à former des cordons dans la sens des courants.
Modifié d’après AGUR, Fourni par l’auteur
Les apports continentaux comblent l’espace derrière les cordons. À la fin du Quaternaire, la plaine maritime est une lagune protégée par un cordon dunaire qui se renouvelle sans cesse.
Modifié d’après AGUR, Fourni par l’auteur
Localisation des canaux (VNF) et coupe transversale (barre rouge) du polder au nord-est de Dunkerque.
Modifié d’après AGUR/IIW, Fourni par l’auteur

Le principal problème est qu’aujourd’hui, à marée haute, l’écoulement de l’eau à la mer ne peut plus se faire naturellement par gravité, à cause de la montée du niveau marin. L’eau est donc momentanément stockée derrière des écluses, soit en attendant la marée basse, soit pour être reprise par des pompes qui la rejetteront au-dessus de ces écluses. L’épisode d’inondations de l’hiver 2023-2024 a démontré qu’on ne détourne pas impunément un aménagement si l’on n’a pas compris le système fonctionnel du territoire.

Dans ce contexte, il s’agit de repenser dans sa totalité l’aménagement de ce territoire, porteur d’enjeux très lourds, économiques, sociaux, environnementaux. La dépression des Moëres, en particulier, est aujourd’hui officiellement située sous le niveau de la mer : elle devrait donc être (progressivement) libérée de tout habitat et peu à peu transformée en bassin de collecte des eaux pluviales et de ruissellement. Diverses formes de valorisation économique sont à étudier. Seul problème : les négociateurs du Traité d’Utrecht (1713) ont fait passer la frontière au milieu de cette dépression… ce qui implique de traiter ce problème dans un cadre européen.

The Conversation

Francis Meilliez est Professeur honoraire de Géologie et directeur de la Société Géologique du Nord.

Patrick de Wever ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Tour de France 2025 : quand le peloton traverse les mystères géologiques de la Flandre – https://theconversation.com/tour-de-france-2025-quand-le-peloton-traverse-les-mysteres-geologiques-de-la-flandre-258131

Une thérapie génique restaure l’audition chez des enfants atteints de surdité congénitale

Source: The Conversation – in French – By Maoli Duan, Associate Professor, Senior Consultant, Karolinska Institutet

Une fois que les patients ont reçu la thérapie génique, les améliorations auditives ont été à la fois rapides et significatives. Nina Lishchuk/ Shutterstock

Une thérapie génique a permis pour la première fois de restaurer l’audition chez des patients atteints d’une forme de surdité liée à la mutation d’un gène indispensable au fonctionnement de certaines cellules de l’oreille interne. Cette approche pourrait être utilisée pour traiter d’autre types de surdité d’origine génétique.


On estime que près de 3 nouveau-nés sur 1 000 présentent une perte auditive unilatérale ou bilatérale lorsqu’ils viennent au monde. Si la pose d’implants cochléaires peut améliorer la situation de ces enfants, c’est au prix d’une intervention chirurgicale invasive. En outre, ces dispositifs ne sont pas capables de reproduire en intégralité la finesse de l’audition naturelle.

Les résultats que nous avons obtenus récemment ouvrent toutefois une autre piste : nos recherches indiquent en effet que la thérapie génique peut rétablir l’audition, non seulement chez certains tout-petits, mais aussi chez de jeunes adultes atteints de surdité congénitale.

Nos travaux ont porté sur des personnes présentant une surdité due à des mutations survenues dans le gène OTOF, responsable de la production de la protéine otoferline. Cette dernière assure la transmission des signaux auditifs de l’oreille interne au cerveau, ce qui la rend indispensable.




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Contrairement à ce qui se passe dans le cas d’autres formes de surdité d’origine génétique, chez les individus porteurs de mutations dans le gène OTOF, les structures de l’oreille interne demeurent intactes, ce qui en fait de parfaits candidats à la thérapie génique. En effet, cette approche consiste à remplacer le gène défaillant par une version fonctionnelle : en cas de succès, les structures existantes fonctionnent à nouveau normalement, et l’audition est restaurée.

Pour transporter une copie fonctionnelle du gène OTOF au bon endroit, c’est-à-dire dans les cellules ciliées de l’oreille interne, nous avons utilisé comme vecteurs des virus modifiés. Ceux-ci peuvent être vus comme des « postiers moléculaires » : ils sont capables de « livrer » la réparation génétique précisément là où elle est requise.

Dans un premier temps, les virus modifiés se fixent à la membrane des cellules ciliées. Ils induisent ensuite leur internalisation, autrement dit leur transport dans lesdites cellules. Une fois entrés, ils poursuivent leur trajet jusqu’au noyau des cellules, où ils libèrent les instructions génétiques qui permettront la production d’otoferline au sein des cellules nerveuses auditives.

Nous avions préalablement testé ce protocole chez l’animal (primates), pour confirmer la sûreté de cette thérapie virale, avant d’entamer des études cliniques chez de jeunes enfants (âgés de cinq et huit ans). Nous avons ainsi pu constater son potentiel de restauration : les niveaux d’audition obtenus après traitement se sont parfois avérés quasi normaux.

Néanmoins, deux questions majeures restaient en suspens : quelle serait l’efficacité de cette approche chez des patients plus âgés ? Et existe-t-il une tranche d’âge optimale pour l’application du traitement ?

Pour y répondre, nous avons élargi notre essai clinique à cinq centres hospitaliers, ce qui nous a permis de recruter dix participants âgés de 1 à 24 ans, tous atteints de surdité OTOF. Chacun a reçu une injection dans l’oreille interne.

Les participants ont ensuite été étroitement suivis pendant 12 mois, grâce à des examens otologiques et des analyses de sang, afin de détecter tout problème.

Les améliorations auditives ont été estimées de deux façons : par des tests objectifs de réponse du tronc cérébral, et par évaluations comportementales. Dans le premier cas, les patients entendent des clics rapides (ou des bips) correspondant à différentes fréquences, tandis que des capteurs mesurent la réponse électrique automatique de leur cerveau à ces stimulations sonores. Dans le second cas, équipés d’un casque dans lequel des bips très faibles sont diffusés, les patients signalent chaque stimulus perçu en appuyant sur un bouton ou en levant la main, quelle que soit son intensité.

thérapie génique -- vue d’artiste
La thérapie génique met en œuvre la version synthétique d’un virus, utilisée pour délivrer un gène fonctionnel dans les cellules ciliées de l’oreille interne.
Kateryna Kon/Shutterstock

Les progrès constatés ont été à la fois rapides et significatifs, en particulier chez les plus jeunes : dès le premier mois, l’amélioration auditive moyenne atteignait 62 % selon l’évaluation par tests objectifs et 78 % selon les évaluations comportementales. Deux participants ont retrouvé une perception de la voix quasi normale ; la mère d’un enfant de sept ans a rapporté que son fils a perçu des sons à peine trois jours après l’administration du traitement.

Au cours des douze mois qu’a duré l’étude, des effets indésirables faibles à modérés ont été constatés chez dix patients, le plus fréquent d’entre eux étant une diminution du nombre de globules blancs. Aucun événement indésirable grave n’a été observé, ce qui confirme que cette thérapie présente un profil de sécurité favorable.

Traitement de la surdité génétique

Il faut souligner que c’est la première fois que de tels résultats sont obtenus chez des adolescents et des adultes atteints de surdité OTOF.

Par ailleurs, ces travaux nous ont renseignés sur la fenêtre d’intervention idéale. En effet, les gains les plus importants ont été observés chez les enfants âgés de cinq à huit ans. L’audition des tout-petits et des patients plus âgés s’est aussi améliorée, mais les progrès ont été moins spectaculaires.

Ce constat, a priori contre-intuitif, suggère que la capacité du cerveau à intégrer des sons nouvellement restitués par le système auditif varie en fonction de l’âge. Les raisons expliquant cette situation restent à déterminer.

Cet essai constitue un jalon : il a permis de combler l’écart qui existait entre les expérimentations chez l’animal et les études chez l’être humain, en couvrant qui plus est une large tranche d’âges. Il reste encore des questions en suspens concernant la persistance dans le temps des améliorations constatées. Mais la thérapie génique continue à progresser, et la possibilité de l’utiliser pour guérir la surdité d’origine génétique (et non plus seulement la gérer) est en train de devenir une réalité.

Ces travaux ont porté sur la surdité liée aux mutations du gène OTOF, mais il ne s’agit là que d’un début. Notre équipe (et d’autres) développent déjà des thérapies ciblant des gènes différents, impliqués eux aussi dans la surdité, mais plus répandus. Ces cas sont bien plus complexes à traiter, cependant les résultats précliniques déjà obtenus sont prometteurs. Cela nous permet d’envisager avec confiance le fait qu’à l’avenir, la thérapie génique pourra être employée pour traiter de nombreuses autres formes de surdité d’origine génétique.

The Conversation

Maoli Duan ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Une thérapie génique restaure l’audition chez des enfants atteints de surdité congénitale – https://theconversation.com/une-therapie-genique-restaure-laudition-chez-des-enfants-atteints-de-surdite-congenitale-260436

Changement climatique en Afrique : voici les compétences vertes dont les femmes ont besoin

Source: The Conversation – in French – By Ogechi Adeola, Full Professor and Deputy Vice-Chancellor of Administration and Human Resources, University of Kigali

Les femmes africaines sont une ressource précieuse, mais souvent sous-estimée. Elles ont longtemps été confrontées à de nombreux obstacles. Elles ont un accès limité à la terre, au financement, à l’éducation et aux postes de décision. Cela les empêche de participer pleinement à l’économie verte.

Une économie verte est une économie qui améliore le bien-être et l’équité sociale tout en réduisant les risques environnementaux. Elle exige que les individus utilisent moins de ressources pour produire plus.

Aujourd’hui, le monde se tourne vers les énergies renouvelables et cherche à s’adapter au changement climatique. De nouveaux secteurs d’emploi émergent. Si les femmes acquièrent les compétences vertes nécessaires, leur contribution à l’économie verte pourrait tripler. C’est particulièrement vrai dans l’agriculture, l’énergie, l’industrie et la transformation.

Par exemple, les agricultrices pourraient adopter des techniques d’agriculture intelligente face au climat, telles que l’irrigation goutte à goutte ou la culture de plantes résistantes à la sécheresse, tandis que les techniciennes pourraient être formés à l’installation et à la maintenance de panneaux solaires. Il s’agit là de formes pratiques de reconversion professionnelle (mise à jour des compétences des personnes afin de les adapter aux nouveaux emplois verts).

Les actions de mise à niveau et de reconversion des compétences vertes menées à l’échelle mondiale, telles que le Pacte pour des emplois verts pour les jeunes, donnent souvent la priorité aux jeunes occupant un emploi formel. Mais en Afrique, les femmes ne sont pas seulement parmi les plus touchées par le changement climatique, elles sont également essentielles pour apporter des solutions. De l’agriculture à la collecte de l’eau et à la consommation d’énergie domestique, les femmes sont à l’avant-garde de la recherche de solutions innovantes pour faire face au changement climatique.

De nombreuses femmes africaines appliquent déjà des pratiques traditionnelles respectueuses de l’environnement. Les femmes sont également plus susceptibles d’adopter des pratiques durables et d’influencer l’adaptation au niveau communautaire. Toutefois, pour faire face à l’évolution des défis climatiques, elles doivent également acquérir des compétences modernes, notamment dans le domaine des technologies. Cela permettra de préserver les connaissances locales grâce à la reconversion professionnelle verte et de les enrichir à l’aide de nouveaux outils et techniques.

Nous sommes spécialisés dans les questions de genre, de changement climatique, de développement durable et d’économie. Nous menons des recherches sur la manière dont la croissance de l’Afrique peut être stimulée en combinant égalité de genre, action climatique, finance numérique et innovation technologique.

Notre dernier ouvrage s’appuie sur cette vision. Il explore des stratégies visant à promouvoir le développement durable à travers l’Afrique. Le chapitre 9, intitulé « Green Reskilling of African Women for Climate Action » (Reconversion verte des femmes africaines pour l’action climatique), porte sur les compétences vertes et inclusives en matière de genre, ainsi que sur les compétences numériques vertes. Ces compétences sont essentielles pour que les femmes puissent s’épanouir dans le cadre de la transition climatique du continent.

Pour que les femmes acquièrent ces compétences vertes, les gouvernements et les partenaires de développement doivent concevoir des programmes inclusifs qui accordent la priorité à l’égalité des sexes, en particulier pour les femmes rurales, en situation de handicap et marginalisées. Les décideurs politiques doivent intégrer la reconversion verte dans les stratégies nationales en matière de climat, les réformes de l’éducation et les plans pour l’emploi.

C’est la seule façon de créer une transition juste qui ne laisse pas les femmes de côté.

Les femmes ne doivent pas seulement être les bénéficiaires des solutions climatiques. Elles doivent aussi être des co-créatrices et des leaders actives dans leur élaboration.

Compétences vertes et inclusives en matière de genre

Il s’agit du premier ensemble de compétences vertes dont les femmes africaines doivent se doter. Ces compétences comprennent :

  • Gestion des actifs naturels: La capacité à identifier, évaluer et conserver des ressources telles que les forêts, les points d’eau et les sols. Ces compétences sont requises dans les emplois qui visent à préserver l’équilibre environnemental à l’avenir, même si le climat se réchauffe.

  • Soutien à l’industrie à faible intensité de carbone: Il s’agit des compétences nécessaires pour travailler à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Elles comprennent les énergies renouvelables, la réduction de l’impact environnemental du transport maritime et routier, et la fabrication durable.

  • Résilience climatique: Compétences qui aident les communautés à s’adapter au changement climatique. La culture de plantes résistantes à la sécheresse ou la construction d’infrastructures capables de résister aux inondations en sont des exemples.

  • Utilisation efficace des ressources: Capacité à utiliser les ressources naturelles de manière judicieuse, en réduisant les déchets et les coûts. Le recyclage, les économies d’eau ou les emballages durables en sont quelques exemples.

Compétences numériques vertes

Il s’agit de la deuxième catégorie de compétences vertes essentielles dont les femmes africaines ont besoin :

  • Compétences vertes en numérique et marketing : Capacité à utiliser les plateformes numériques pour commercialiser et promouvoir des produits et services respectueux de l’environnement.

  • Surveillance et inspection : Utilisation de technologies telles que les capteurs et l’analyse de données pour suivre les changements environnementaux et vérifier si les politiques climatiques sont respectées.

  • Compétences agricoles numériques vertes : Celles-ci sont nécessaires pour l’agriculture, comme les applications météorologiques, l’agriculture de précision.

L’agriculture de précision (PA) est l’utilisation de technologies de l’information et de la communication pour optimiser les processus agricoles, notamment la fertilisation et l’irrigation.), et les conseils d’agriculteurs spécialisés accessibles en ligne ou par téléphone. Ces outils aident à réduire les risques de dommages climatiques pour les agriculteurs et augmentent le rendement de leurs cultures.

  • Compétences numériques en communication verte : Utilisation des médias numériques pour sensibiliser sur les questions environnementales, influencer les comportements et promouvoir les politiques climatiques.

  • Compétences en conception numérique verte : Capacité à créer des outils numériques, tels que des applications et des systèmes intelligents, qui favorisent la durabilité et l’innovation verte.

  • Compétences technologiques mobiles vertes : Il s’agit d’emplois dans les technologies mobiles qui favorisent l’efficacité énergétique, réduisent les déchets ou soutiennent la résilience climatique.

Ce qu’il faut faire maintenant

Pour rendre ces compétences plus accessibles, les pays africains doivent investir dans l’expansion des programmes d’enseignement et de formation techniques et professionnels axés sur l’écologie. Les femmes des zones rurales ou marginalisées doivent aussi pouvoir bénéficier de formations à travers des modes d’apprentissage informels.

Plusieurs changements sont nécessaires :

Lorsque les femmes africaines acquièrent des compétences vertes, cela renforce la résilience de toute la communauté face au changement climatique. Cela accélère les moyens d’adaptation au changement climatique et favorise également une croissance économique inclusive.

Il est essentiel d’impliquer les hommes dans la transition vers l’égalité des sexes. Changer les normes sociales et promouvoir le partage des responsabilités profitera à l’ensemble des communautés. En fin de compte, la reconversion verte n’est pas seulement une question de formation, c’est une question de transformation.

The Conversation

Notre ouvrage intitulé « Égalité des sexes, action pour le climat et innovation technologique pour le développement durable en Afrique » est désormais accessible gratuitement grâce au soutien du Fonds LYRASIS pour les objectifs de développement durable des Nations Unies. https://link.springer.com/book/10.1007/978-3-031-40124-4

Innocent Ngare and Olaniyi Evans do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Changement climatique en Afrique : voici les compétences vertes dont les femmes ont besoin – https://theconversation.com/changement-climatique-en-afrique-voici-les-competences-vertes-dont-les-femmes-ont-besoin-260362

Parents who oppose sex education in schools often don’t discuss it at home

Source: The Conversation – USA (2) – By Robin Pickering, Professor and Chair, Public Health, Gonzaga University

Lawmakers and school boards across the country have established policies that limit what schools can teach about gender, sexuality and reproductive health. Alexmia/iStock via Getty Images

Public battles over what schools can teach about sex, identity and relationships, often framed around “parental rights,” have become more intense in recent years.

Behind the loud debate lies a quiet contradiction. Many parents who say sex education should be taught only at home don’t actually provide it there, either.

As a scholar of sex education, I found that parents strongly opposed to comprehensive sex education in schools were the least likely to discuss health-promoting concepts such as consent, contraception, gender identity and healthy relationships. I discuss similar themes in my book, “A Modern Approach to the Birds and the Bees.”

Comprehensive sex education delays sexual activity, increases contraceptive use and reduces teen pregnancy and sexually transmitted infection rates. It has a complex history, but has long received bipartisan support.

In recent years, however, old debates over sex education and funding have taken a sharper turn.

In June 2025, the Trump administration ordered California to remove gender-identity materials from sex education lessons or risk losing over US$12 million in federal funding.

This directive is part of a broader shift. Since the early 1980s, abstinence-focused policy has existed at the federal level under Reagan with the Adolescent Family Life Act. In recent years, however, a wave of state-level legislation, often driven by conservative advocacy groups, has tried to limit what schools can teach about sexuality.

The parents’ rights movement

In 2023, Florida expanded its Parental Rights in Education, also known as the “Don’t Say Gay” law, to extend limits on discussing sexual orientation and gender identity to all K–12 grades. The law states that sex can be defined only as strictly binary, limits discussions of gender and sexuality, imposes rules on pronoun use and increases school board authority over curricula.

Other states, including Texas, Oklahoma, Louisiana and Kentucky, have imposed similar restrictions.

A word cloud illustration with phrases such as sex education, birth control, teen pregnancy and social stigma.
Federal, state and local efforts have sought to control or limit sex education in schools.
tupungato/iStock via Getty Images

Local school boards in states such as Florida, Idaho, Tennessee and Utah have removed textbooks, cut health courses and banned books with LGBTQ+ themes. Conservative, local school boards are reshaping sex education nationwide even though the vast majority of Americans oppose efforts to restrict books in public schools and are confident in public schools’ selection of books.

Who’s having the talk?

A Black couple sit on a couch, speaking with a young boy.
A national survey on parental attitudes and beliefs about school-based sex education revealed that some families do not practice what they preach.
diane39/iStock via Getty Images

As laws limit teaching about sex, gender and identity, I wanted to explore whether parents are stepping in to fill the gaps.

About 10% of the surveyed parents said sex education should happen only at home. Those parents were also most likely to say they “almost never” or “never” discussed sex, sexuality and romance with their children.

By contrast, parents who supported comprehensive, school-based sex ed were significantly more likely to discuss subjects including consent, contraception, identity and healthy relationships at home.

The survey also found that parents who opposed comprehensive sex education were more likely to believe commonly circulated misinformation, such as the idea that talking about sex encourages early sexual activity and that condoms are not effective.

These preliminary findings align with a robust body of peer-reviewed literature suggesting that parents who are more resistant to school-based sex ed are also less likely and less equipped to have open, informed conversations at home.

These findings point to a gap between expert recommendations and what parents do.

At the federal level, the Trump administration slashed funding for comprehensive sex education. The administration also expanded funding for abstinence-only programs, despite evidence of their ineffectiveness.

Risks rise without education

A girl covers the eyes of a boy while she looks at a computer screen in a darkened room.
Teenagers learn about sex online, and pornography is among the top sources of information.
redhumv?E+ via Getty Images

A 2022 report from Common Sense Media found that nearly half of teens report learning about sex online, with pornography among the top sources.

Research indicates that even when schools and families avoid topics related to sexuality, young people still encounter sexual content. Yet, advocacy groups such as Moms for Liberty support the removal of what it considers “age-inappropriate” or “sexually explicit” materials from classrooms and school libraries.

The absence of structured, accurate education likely has implications for public health. According to the CDC, individuals ages 15 to 24 account for nearly half of all new sexually transmitted infections in the U.S.

Mississippi, Alabama and Arkansas have some of the highest teen birth and sexually transmitted infection rates. Yet, these states are also among those with the most restrictive sex education policies and poorest sex ed ratings.

These communities also face higher poverty, limited health care access and lower educational attainment. The combination deepens health disparities.

LGBTQ+ youth are especially vulnerable to sexually transmitted infections and related health challenges. This vulnerability is compounded in regions with limited access to inclusive education.

A 2023 CDC report found that students who receive inclusive sex education feel more connected to school and experience lower rates of depression and bullying. These benefits are especially critical for LGBTQ+ youth.

As debates over sex education continue, I believe it’s important for policymakers, school boards and communities to weigh parental input and public health data.

The Conversation

I am the author of the book, “A Modern Approach to the Birds and the Bees” which I mentioned in the article and do benefit from its sale.

ref. Parents who oppose sex education in schools often don’t discuss it at home – https://theconversation.com/parents-who-oppose-sex-education-in-schools-often-dont-discuss-it-at-home-258892

Astronomers have discovered another puzzling interstellar object − this third one is big, bright and fast

Source: The Conversation – USA – By Darryl Z. Seligman, Assistant Professor, Michigan State University

The Haleakala Observatory, left, houses one telescope for the ATLAS system. That system first spotted the object 3I/ATLAS, which isn’t visible in this image. AP Photo/Lindsey Wasson

Astronomers manning an asteroid warning system caught a glimpse of a large, bright object zipping through the solar system late on July 1, 2025. The object’s potentially interstellar origins excited scientists across the globe, and the next morning, the European Space Agency confirmed that this object, first named A11pl3Z and then designated 3I/ATLAS, is the third ever found from outside our solar system.

Current measurements estimate that 3I/ATLAS is about 12 miles (20 kilometers) wide, and while its path won’t take it close to Earth, it could hold clues about the nature of a previous interstellar object and about planet formation in solar systems beyond ours.

On July 2 at 3 p.m. EDT, Mary Magnuson, an associate science editor at The Conversation U.S., spoke to Darryl Z. Seligman, an astrophysicist at Michigan State University who has been studying 3I/ATLAS since its discovery.

What makes 3I/ATLAS different from its predecessors?

We have discovered two interstellar objects so far, ’Oumuamua and Comet 2I/Borisov. ’Oumuamua had no dust tail and a significant nongravitational acceleration, which led to a wide variety of hypotheses regarding its origin. 2I/Borisov was very clearly a comet, though it has a somewhat unique composition compared to comets in our solar system.

All of our preparation for the next interstellar object was preparing for something that looked like a ’Oumuamua, or something that looked like Borisov. And this thing doesn’t look like either of them, which is crazy and exciting.

This object is shockingly bright, and it’s very far away from the Earth. It is significantly bigger than both of the interstellar objects we’ve seen – it is orders of magnitude larger than ’Oumuamua.

For some context, ’Oumuamua was discovered when it was very close to the Earth, but this new object is so large and bright that our telescopes can see it, even though it is still much farther away. This means observatories and telescopes will be able to observe it for much longer than we could for the two previous objects.

It’s huge and it’s much farther away, but it is also much faster.

When I went to bed last night, I saw an alert about this object, but nobody knew what was going on yet. I have a few collaborators who figure out the orbits of things in the solar system, and I expected to wake up to them saying something like “yeah, this isn’t actually interstellar.” Because a lot of times you think you may have found something interesting, but as more data comes in, it becomes less interesting.

Then, when I woke up at 1 a.m., my colleagues who are experts on orbits were saying things like “no, this is definitely interstellar. This is for real.”

How can astronomers tell if something is an interstellar object?

The eccentricity of the object’s orbit is how you know that it’s interstellar. The eccentricity refers to how noncircular an orbit is. So an eccentricity of zero is a pure circle, and as the eccentricity increases, it becomes what’s known as an ellipse – a stretched out circle.

An animation showing a line with a dot labeled ''Oumuamua' that intersects the oval-shaped ellipses showing the orbits of Earth, Mars and other planets.
A hyperbolic orbit isn’t a closed loop, as this rendering of ‘Oumuamua’s trajectory shows. All the planets have oval-shaped elliptical orbits, which close in a loop. The interstellar object instead passes through but doesn’t come back around.
Tomruen/Wikimedia Commons, CC BY-SA

And then once you get past an eccentricity of one, you go from an ellipse to a hyperbolic orbit, and that is unbound. So while an elliptical orbit is stretched out, it still orbits and comes back around. An object with a hyperbolic orbit comes through and it leaves, but it never comes back. That type of orbit tells you that it didn’t come from this solar system.

When researchers are collecting data, they’re getting points of light on the sky, and they don’t know how far away they are. It’s not like they see them and can just tell, “oh, that’s eccentric.” What they’re seeing is how far away the object is compared with other stars in the background, what its position is and how fast it’s moving. And then from that data, they try to fit the orbit.

This object is moving fast for how far away it is, and that’s what’s telling us that it could be hyperbolic. If something is moving fast enough, it’ll escape from the solar system. So a hyperbolic, unbound object inherently has to be moving faster.

This is a real-time process. My collaborators have preexisting software, which will, every night, get new observations of all the small bodies and objects in the solar system. It will figure out and update what the orbits are in real time. We’re getting data points, and with more data we can refine which orbit fits the points best.

What can scientists learn from an interstellar object?

Objects like this are pristine, primordial remnants from the planet formation process in other planetary systems. The small bodies in our solar system have taught us quite a lot about how the planets in the solar system formed and evolved. This could be a new window into understanding planet formation throughout the galaxy.

As we’re looking through the incoming data, we’re trying to figure out whether it’s a comet. In the next couple of weeks, there will likely be way more information available to say if it has a cometary tail like Borisov, or if it has an acceleration that’s not due to a gravitational pull, like ’Oumuamua.

If it is a comet, researchers really want to figure out whether it’s icy. If it contains ices, that tells you a ton about it. The chemistry of these small bodies is the most important aspect when it comes to understanding planet formation, because the chemical composition tells you about the conditions the object’s solar system was in when the object formed.

For example, if the object has a lot of ices in it, you would know that wherever it came from, it didn’t spend much time near a star, because those ices would have melted. If it has a lot of ice in it, that could tell you that it formed really far away from a star and then got ejected by something massive, such as a planet the size of Jupiter or Neptune.

Fundamentally, this object could tell astronomers more about a population of objects that we don’t fully understand, or about the conditions in another solar system.

We’ve had a couple of hours to get some preliminary observations. I suspect that practically every telescope is going to be looking at this object for the next couple of nights, so we’ll get much more information about it very soon.

The Conversation

Darryl Z. Seligman is supported by an NSF Astronomy and Astrophysics Postdoctoral Fellowship under award AST-2303553. This research award is partially funded by a generous gift of Charles Simonyi to the NSF Division of Astronomical Sciences. The award is made in recognition of significant contributions to Rubin Observatory’s Legacy Survey of Space and Time.

ref. Astronomers have discovered another puzzling interstellar object − this third one is big, bright and fast – https://theconversation.com/astronomers-have-discovered-another-puzzling-interstellar-object-this-third-one-is-big-bright-and-fast-260391

War, politics and religion shape wildlife evolution in cities

Source: The Conversation – USA – By Elizabeth Carlen, Living Earth Collaborative Postdoctoral Fellow, Washington University in St. Louis

A Buddhist monk in Hong Kong releases fish and chants prayers during a ceremony to free the spirits of tsunami victims. Samantha Sin/AFP via Getty Images

People often consider evolution to be a process that occurs in nature in the background of human society. But evolution is not separate from human beings. In fact, human cultural practices can influence evolution in wildlife. This influence is highly pronounced in cities, where people drastically alter landscapes to meet their own needs.

Human actions can affect wildlife evolution in a number of ways. If people fragment habitat, separated wildlife populations can evolve to be more and more different from each other. If people change certain local conditions, it can pressure organisms in new ways that mean different genes are favored by natural selection and passed on to offspring – another form of evolution that can be driven by what people do.

In a recent review, evolutionary biologists Marta Szulkin, Colin Garroway and I, in collaboration with scientists spread across five continents, explored how cultural processes – including religion, politics and war – shape urban evolution. We reviewed dozens of empirical studies about urban wildlife around the globe. Our work highlights which human cultural practices have and continue to shape the evolutionary trajectory of wild animals and plants.

Religious practices

If you’ve traveled internationally, you may have noticed the menu at any one McDonald’s restaurant is shaped by the local culture of its location. In the United Arab Emirates, McDonald’s serves an entirely halal menu. Vegetarian items are common and no beef is served in Indian McDonald’s. And in the United States, McDonald’s Filet-O-Fish is especially popular during Lent when observant Catholics don’t consume meat on Fridays.

Similarly, ecosystems of cities are shaped by local cultural practices. Because all wildlife are connected to the environment, cultural practices that alter the landscape shape the evolution of urban organisms.

Yellow and black salamander facing the camera
Populations of fire salamanders have different genes depending on which side of city walls in Oviedo, Spain, they live on.
Patrice Skrzynski via Getty Images

For example, in Oviedo, Spain, people constructed walls around religious buildings between the 12th and 16th centuries. This division of the city led to different populations of fire salamanders inside and outside the walls. Because salamanders can’t scale these walls, those on opposite sides became isolated from each other and unable to pass genes back and forth. In a process that scientists call genetic drift, over time salamanders on the two sides became genetically distinct − evidence of the two populations evolving independently.

Imagine dumping out a handful of M&Ms. Just by chance, some colors might be overrepresented and others might be missing. In the same way, genes that are overrepresented on one side of the wall can be in low numbers or missing on the other side. That’s genetic drift.

Introducing non-native wildlife is another way people can alter urban ecosystems and evolutionary processes. For example, prayer animal release is a practice that started in the fifth or sixth century in some sects of Buddhism. Practitioners who strive to cause no harm to any living creature release captive animals, which benefits the animal and is meant to improve the karma of the person who released it.

However, these animals are often captured from the wild or come from the pet trade, thereby introducing non-native wildlife into the urban ecosystem. Non-natives may compete with local species and contribute to the local extinction of native wildlife. Capturing animals nearby has downsides, too. It can diminish local populations, since many die traveling to the release ceremony. The genetic diversity of these local populations in turn decreases, reducing the population’s ability to survive.

Black and white photo showing a cart filled with dead birds and a group of people marching alongside
More than a thousand sparrows killed by peasants in 1958 are displayed on a cart near Beijing, China.
Sovphoto/Universal Images Group via Getty Images

Influence of politics

Politically motivated campaigns have shaped wildlife in various ways.

Starting in 1958, for instance, the Chinese Communist Party led a movement to eliminate four species that were considered pests: rats, flies, mosquitoes and sparrows. While the first three are commonly considered pests around the world, sparrows made the list because they were “public animals of capitalism” due to their fondness for grain. The extermination campaign ended up decimating the sparrow population and damaging the entire ecosystem. With sparrows no longer hunting and eating insects, crop pests such as locusts thrived, leading to crop destruction and famine.

In the United States, racial politics may be shaping evolutionary processes in wildlife.
For instance, American highways traverse cities according to political agendas and have often dismantled poor neighborhoods of color to make way for multilane thoroughfares. These highways can change how animals are able to disperse and commingle. For example, they prevent bobcats and coyotes from traveling throughout Los Angeles, leading to similar patterns of population differentiation as seen in fire salamanders in Spain.

Wildlife during and after war

Human religious and political agendas often lead to armed conflict. Wars are known to dramatically alter the environment, as seen in current conflicts in Gaza and Ukraine.

A large brown bird with white wing spots perching on a tree trunk
The Russia-Ukraine war affected migration of greater spotted eagles.
Nimit Virdi via Getty Images

While documenting evolutionary changes to urban wildlife is secondary to keeping people safe during wartime, a handful of studies on wildlife have come out of active war zones. For example, the current Russia-Ukraine war affected the migration of greater spotted eagles. They made large diversions around the active war zone, arriving later than usual at their breeding grounds. The longer route increased the energy the eagles used during migration and likely influenced their fitness during breeding.

Wars limit access to resources for people living in active war zones. The lack of energy to heat homes in Ukraine during the winter has led urban residents to harvest wood from nearby forests. This harvesting will have long-term consequences on forest dynamics, likely altering future evolutionary potential.

A similar example is famine that occurred during the Democratic Republic of Congo’s civil wars (1996-1997, 1998-2003) and led to an increase in bushmeat consumption. This wildlife hunting is known to reduce primate population sizes, making them more susceptible to local extinction.

Even after war, landscapes experience consequences.

For example, the demilitarized zone between North Korea and South Korea is a 160-mile (250-kilometer) barrier, established in 1953, separating the two countries. Heavily fortified with razor wire and landmines, the demilitarized zone has become a de facto nature sanctuary supporting thousands of species, including dozens of endangered species.

The collapse of the Soviet Union and the end of the Cold War led to the establishment of the European Green Belt, which runs along the same path as the Iron Curtain. This protected ecological network is over 7,800 miles (12,500 kilometers) long, allowing wildlife to move freely across 24 countries in Europe. Like the Korean DMZ, the European Green Belt allows for wildlife to move, breed and exchange genes, despite political boundaries. Politics has removed human influence from these spaces, allowing them to be a safe haven for wildlife.

While researchers have documented a number of examples of wildlife evolving in response to human history and cultural practices, there’s plenty more to uncover. Cultures differ around the world, meaning each city has its own set of variables that shape the evolutionary processes of wildlife. Understanding how these human cultural practices shape evolutionary patterns will allow people to better design cities that support both humans and the wildlife that call these places home.

The Conversation

Ideas for this article were developed as part of a NSF funded Research Coordination Network (DEB 1840663). Elizabeth Carlen was funded by the Living Earth Collaborative.

ref. War, politics and religion shape wildlife evolution in cities – https://theconversation.com/war-politics-and-religion-shape-wildlife-evolution-in-cities-260184