Unoc 2025 : en France, de l’exploitation économique des grands fonds marins à leur maîtrise militaire

Source: – By Virginie Saliou, Titulaire de la chaire 4M, Sciences Po Rennes

Les eaux de Polynésie recèlent, selon les estimations, environ 50 millions de tonnes de cobalt, soit l’équivalent de 600 ans de consommation mondiale. Gualtieroboffi/Shutterstock

Avec 10,6 millions de km2 d’espaces maritimes, la France est le second espace maritime mondial. Alors qu’elle envisageait l’exploitation des ressources minières des grands fonds marins en 2013, elle plaide depuis 2022 pour leur moratoire. Comment expliquer cet apparent renoncement ? Ces ressources sont-elles des richesses en sommeil ? Ou la maîtrise des fonds marins ne devient-elle pas une question militaire et de compétition entre les puissances?


En mars 2025, à l’occasion de l’évènement « SOS Océan » en préparation de la Conférence des Nations unies sur l’océan (Unoc), Emmanuel Macron déclare que nous ne connaissons pas suffisamment les grands fonds marins pour endosser un code minier. Il réaffirme son souhait d’un moratoire pour l’exploitation des grands fonds marins dans les eaux internationales.

Dans un contexte de tensions internationales pour l’approvisionnement en métaux critiques, indispensables à nos nouvelles technologies – téléphones, ordinateurs –, à la transition énergétique – éolienne, batterie de voitures électriques – mais aussi à nos industries d’armement – radars, satellites –, les ressources minérales non énergétiques des grands fonds marins apparaissent comme un nouvel eldorado.

La France, qui dispose du deuxième espace maritime mondial réparti sur plusieurs océans, bénéficie de fait d’un potentiel géologique important. Alors qu’elle envisageait l’exploitation de ces ressources en 2013, la France plaide depuis 2022 pour un moratoire sur l’exploitation des ressources minières des grands fonds marins. Comment expliquer cet apparent renoncement ?

Plus de 10 millions de km² de richesses maritimes

Alors que la France s’est lancée dans la course à la connaissance des profondeurs marines dans les années 1960-1970, son intérêt pour les grands fonds marins s’est manifesté sans équivoque en 2013 en faveur d’une exploration et d’une exploitation des ressources minières de ces espaces maritimes. Le rapport d’Anne Lauvergeon « Innovation 2030 » classait, parmi les sept ambitions stratégiques de la France, la valorisation des métaux contenus dans les grands fonds marins.

La stratégie interministérielle d’octobre 2015 affichait l’ambition de « permettre à la France de valoriser ses atouts dans le domaine de l’exploration et de l’exploitation minières des grands fonds marins » afin d’assurer son indépendance stratégique en métaux. Avec ses 10,6 millions de km² d’espaces maritimes sous souveraineté, ainsi que de nouveaux droits obtenus sur l’extension de son plateau continental, la France dispose d’un fort potentiel de ressources minières.

La zone de Clarion-Clipperton où la France possède des espaces maritimes est connue pour ses nodules polymétalliques, ou nodules de manganèse, entre 4 000 m et 6 000 m de profondeur. Constitués en majorité de manganèse et de fer, contenant du silicium ou de l’aluminium, du cobalt, du nickel ou du cuivre, ils sont scrutés de près par les industriels. Les eaux de Polynésie recèlent, selon les estimations, environ 50 millions de tonnes de cobalt, soit l’équivalent de 600 ans de consommation mondiale. La zone de Wallis et Futuna a pour sa part été explorée avant de rencontrer l’opposition des autorités locales, réaffirmées en 2015 et 2018.

Code minier sous-marin

La France peut théoriquement exploiter les fonds marins dans ses eaux. La Convention de Montego Bay sur le droit de la mer précise en son article 56 que les États disposent de droits souverains sur les ressources des eaux et des fonds marins dans leur zone économique exclusive (ZEE), ainsi que des droits de juridiction leur conférant par exemple une exclusivité de la recherche dans ces espaces. Parallèlement, la France dispose d’un code minier encadrant les activités d’exploration et d’exploitation des ressources minérales marines. Pour pouvoir éventuellement exploiter, il est nécessaire d’obtenir un titre minier ainsi qu’une autorisation d’ouverture de travaux après étude d’impact et, si besoin, une autorisation d’occupation du domaine public.

Exploitation minière des grands fonds marins dans le monde.
Parlement canadien

Si le cadre légal existe, la France, sans l’interdire, n’a encore jamais donné d’autorisation pour exploiter ses ressources minières marines.

Dans les eaux internationales, régies par le droit de la mer et l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM), la France dispose depuis 2001 de deux permis d’exploration sur la zone de fracture de Clarion-Clipperton et sur la dorsale médio-atlantique. À l’occasion de la COP 27 en 2022, le président de la République française annonçait, presque à rebours, que la France soutenait l’interdiction de toute exploitation des grands fonds marins. Elle plaiderait pour un moratoire dans les enceintes internationales auprès d’autres pays tels que l’Allemagne, la Nouvelle-Zélande, le Panama, ou encore le Costa Rica, le Chili, et certains États insulaires du Pacifique.

La sensibilité écologique de la question, les oppositions des populations locales et le manque de données environnementales ont alors conduit à une évolution de la posture française en faveur d’une pause de précaution sur les exploitations et d’une priorité à l’exploration scientifique.

Maîtrise militaire des fonds marins

En amont de cette demande de moratoire, la France avait réorienté sa stratégie pour les grands fonds marins dans une perspective plus militaire. En février 2022, le ministère des Armées s’était en effet doté d’une stratégie ministérielle visant à la maîtrise des grands fonds marins. Cette stratégie élargit les perspectives. Les grands fonds marins n’y sont plus abordés uniquement du point de vue de leurs ressources potentielles, mais également d’un point de vue sécuritaire.


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Dans cette optique, ils sont perçus comme de potentiels espaces de conflictualités entre États, en raison de leur potentiel minier, mais aussi de l’avantage stratégique qu’ils confèrent. L’intérêt pour ces espaces est également lié aux enjeux de lutte informationnelle et énergétique. Près de 99 % des communications mondiales passent par des câbles sous-marins gisant sur le fond des océans tandis que croissent les câbles énergétiques et autres « tubes » gaziers et pétroliers. Surtout, les profondeurs marines, bien avant les éventuels projets d’exploitation, sont l’apanage des grandes marines militaires océaniques où elles mettent en œuvre la dissuasion. Dissuasion, sécurité des flux et sécurité énergétique – autant d’enjeux de souveraineté des États qui accroissent l’intérêt pour les fonds marins.

Chine et États-Unis en course

L’évolution de la position française est de fait symptomatique d’un changement de perspective sur l’intérêt mondial pour les grands fonds marins. Elle passe

d’un eldorado minier potentiel, patrimoine commun de l’humanité, à un nouvel espace de conflictualité tel que décrit dans la loi de programmation militaire de 2024. Au niveau français, ce changement de posture s’explique certes par la nécessité environnementale. Mais il trouve également des motifs dans le besoin de se repositionner dans la compétition pour la maîtrise des grands fonds marins face à des puissances qui investissent beaucoup et rapidement.

L’entreprise canadienne, The Metals company, avec laquelle l’administration Trump vient de conclure un accord d’exploitation des ressources dans les eaux américaines, annonçait, suite à des essais fructueux en 2022, sa capacité à commencer l’exploitation industrielle des nodules polymétalliques pour 2025. La Chine pour sa part annonçait dès novembre 2018 le lancement du projet Hadès, visant à installer un avant-poste sous-marin à 5500 m de profondeur dans la fosse de Manille pour la surveillance des tremblements de terre et l’exploration scientifique à grand renfort de drones et d’intelligence artificielle.

Vision de long terme

L’exploitation des grands fonds marins, l’augmentation des acteurs et des capacités en mer sont susceptibles de fragiliser la dissuasion. Tempérer pour s’adapter à ces nouvelles contraintes s’avère dès lors nécessaire. D’un point de vue industriel, les revirements successifs des gouvernements français n’ont pas permis de dessiner une vision politique de long terme dont ont besoin les investissements privés afin de développer des technologies rentables.

Connaître, explorer et maîtriser les fonds marins a un prix. Les coûts engendrés par le développement de capacités dans un milieu méconnu et extrême nécessitent une visibilité et une stabilité du cadre juridique et politique. La dualité des technologies sous-marines offre ici une solution intéressante pour le développement des capacités dans les grands fonds. Les enjeux militaires donnent en effet au secteur industriel une option de long terme via le développement de technologie à double usage civil et militaire.

La stratégie nationale de 2020 conditionnait l’exploitation des ressources minérales marines à un faible impact environnemental, dont les conditions d’acceptabilité demeuraient floues. Dans ce contexte, les investissements nécessaires à la connaissance préalable des fonds marins ne rimaient pas nécessairement avec retour sur investissement par une exploitation future de ces ressources.

La stratégie de maîtrise des fonds marins du ministère des Armées, en revanche, ouvre des perspectives de plus long terme. Elle offre des possibilités variées de valorisation de l’exploration. De quoi permettre une protection de l’environnement marin, tout en maîtrisant son environnement stratégique…

The Conversation

Virginie Saliou a travaillé pour le ministère des Armées de 2014 à 2018 puis pour le Secrétariat général de la mer.

ref. Unoc 2025 : en France, de l’exploitation économique des grands fonds marins à leur maîtrise militaire – https://theconversation.com/unoc-2025-en-france-de-lexploitation-economique-des-grands-fonds-marins-a-leur-maitrise-militaire-257291

Nouvelle-Calédonie : qu’est-ce que l’« indépendance-association » au cœur des débats sur l’avenir de l’archipel ?

Source: – By Léa Havard, Maître de conférences en droit public, Directrice adjointe du Laboratoire de Recherches Juridique & Économique, Université de Nouvelle Calédonie

Le 2 juillet, lors du « sommet » de l’Elysée sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie, Emmanuel Macron se serait prononcé en faveur d’une consultation des Néo-Calédoniens sur un projet « d’Etat associé » ou sur une forme d’autonomie élargie. Le projet proposé précédemment par le ministre des outre-mer Manuel Valls rappelait également l’«indépendance-association» – ce que lui reproche le camp loyaliste. Quelle est cette forme institutionnelle rare, pourtant reconnue par l’ONU dans le cadre des processus de décolonisation ?


Pour tenter de sortir la Nouvelle-Calédonie de l’impasse politique dans laquelle elle est plongée depuis des mois, voire des années, le ministre des outre-mer propose un projet de « souveraineté avec la France ». Cette actualité place la notion d’« indépendance-association » au cœur du débat public. Source de crispations et d’inquiétudes aggravées par de forts a priori, la notion doit être déconstruite pour participer à des échanges éclairés sur l’avenir institutionnel de l’archipel.

Longtemps taboue, parfois fantasmée, souvent source d’inquiétudes, l’indépendance-association a toujours suscité de fortes crispations en Nouvelle-Calédonie, tant auprès des politiques que de la population.

C’était vrai en janvier 1985 quand l’État a proposé pour la première fois un projet portant cette dénomination pour faire évoluer le statut de l’archipel. Tout juste présenté, le « plan Pisani » (du nom du haut-commissaire de l’époque) avait immédiatement été rejeté et l’idée d’indépendance-association remisée aux oubliettes.

Quarante ans plus tard, elle semble pourtant exhumée, de nouveau placée au cœur de l’actualité. Dans un contexte marqué par l’impasse politique qui a résulté de la tenue contestée du 3ᵉ référendum de 2021, auquel s’est ajoutée la grave crise politique, économique et sociale provoquée par les émeutes débutées le 13 mai 2024, le ministre des outre-mer Manuel Valls a réuni plusieurs fois les représentants politiques calédoniens ces dernières semaines pour tenter de trouver une issue à l’inextricable question de l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie.

Lors de sa conférence de presse du 8 mai 2025, le ministre a révélé le contenu des discussions qui se sont déroulées pendant les trois jours du « conclave » de Deva (Bourail, sud de la Nouvelle-Calédonie). Bien qu’elles n’aient pas abouti (elles devraient reprendre à Paris mi-juin à l’invitation du président de la République), elles ont le mérite d’avoir relancé un débat de fond, à l’arrêt depuis plus de quatre ans. Deux projets ont été discutés : le premier, porté par une partie des loyalistes, promeut une forme de fédéralisme au sein de la République française ; le second, défendu par le ministre des outre-mer, repose sur une « souveraineté avec la France ».

À peine ces mots étaient-ils prononcés qu’ils ont été assimilés à la notion d’indépendance-association dont on n’osait plus parler, suscitant l’enthousiasme des uns, la crainte des autres et créant une confusion générale.

Confusion autour de l’indépendance-association

Confusion des mots, d’abord : « État associé », « indépendance-association », « souveraineté partagée », « plan Pisani », « souveraineté avec la France »… autant de notions connexes mobilisées dans le débat public calédonien sans être définies.

Confusion des postures politiques, également : pour les non-indépendantistes, l’indépendance-association est souvent synonyme d’un abandon camouflé par la France. Pour leur part, les indépendantistes dénonçaient dans les années 1980 un statut néocolonial, un ersatz d’indépendance permettant à la France de maintenir son emprise sur le Caillou, quand, aujourd’hui, ils saluent la perspective d’une évolution vers un tel statut.

Alors de quoi parle-t-on vraiment ? À quoi renvoie réellement l’indépendance-association ? Pour démêler cet imbroglio, éloignons-nous de l’actualité pour revenir au sens premier de la notion.

Une voie de décolonisation consacrée par l’ONU

En 1960, alors que les peuples du monde entier se libéraient du joug colonial, les Nations unies ont identifié dans leur résolution 1541 (XV) les trois hypothèses permettant de considérer un territoire comme décolonisé :

« a) quand il est devenu un État indépendant et souverain ; b) quand il s’est librement associé à un État indépendant ; ou c) quand il s’est intégré à un État indépendant. »

Entre l’intégration et l’indépendance totale, les Nations unies ont imaginé de toutes pièces une troisième voie de décolonisation : la libre association, aussi appelée « indépendance-association ».


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À rebours de la quasi-totalité des colonies qui a privilégié l’indépendance totale, les îles Cook ont été les premières à emprunter cette voie inédite. En 1965, elles sont devenues un État associé à la Nouvelle-Zélande et, ce faisant, ont conservé des liens étroits avec leur ancienne puissance administrante tout en établissant des rapports nouveaux, fondés sur une égalité souveraine et non sur une domination coloniale.

Niue a fait de même en 1974, toujours avec la Nouvelle-Zélande. Enfin, les États fédérés de Micronésie et les îles Marshall se sont associés aux États-Unis en 1990, avant que les Palaos ne les imitent en 1994, portant à cinq seulement le nombre de territoires décolonisés dans le monde via l’indépendance-association.

L’expérience des États associés du Pacifique

Plus qu’un statut transitoire de décolonisation, l’indépendance-association est devenue une forme d’organisation politique pérenne.

Elle caractérise aujourd’hui encore ces cinq territoires que la doctrine juridique appelle couramment « État associé ». Mais quelles caractéristiques font de lui un État si singulier ?

L’État associé est une communauté politique souveraine caractérisée par des liens si resserrés avec un État partenaire que cette association lui est consubstantielle. L’association fait partie de son ADN à tel point qu’elle est inscrite dans sa Constitution, tout comme dans celle de son État partenaire. S’il n’est pas immuable (rien ne l’est dans le monde du droit !), ce lien gravé dans le marbre constitutionnel bénéficie de la garantie juridique suprême, assurant ainsi sa stabilité.

En outre, l’État associé se distingue par sa « souveraineté déléguée » pour reprendre les termes du professeur de droit Guy Agniel. En concertation avec son partenaire, l’État associé décide de ne pas exercer toutes ses compétences et de lui en confier certaines. Ce type de délégation est, par exemple, pratiquée en matière de nationalité aux îles Cook et à Niue où les habitants ont la nationalité néo-zélandaise, ou encore dans le domaine de la défense et des relations extérieures, les États fédérés de Micronésie confiant ainsi leur protection militaire aux États-Unis. L’État associé et son État partenaire sont donc étroitement imbriqués dans un subtil équilibre qui vise à valoriser leur identité commune tout en préservant leur existence propre.

La « fausse » indépendance-association du plan Pisani

Dans le contexte néo-calédonien, la notion d’indépendance-association ne renvoie pas nécessairement aux statuts des voisins du Pacifique et peut revêtir un sens différent, créant par là même un profond quiproquo. En effet, elle est souvent assimilée au très critiqué plan Pisani de 1985 qui avait vocation à endiguer l’escalade de la violence entre indépendantistes et non-indépendantistes en créant une Nouvelle-Calédonie en indépendance‑association.

Les quelques orientations dudit plan rendues publiques suggèrent toutefois que de l’indépendance-association, il n’avait que le nom. La lecture des débats parlementaires à son sujet dénote l’incompréhension de la classe politique envers un projet réalisé hâtivement dont le contenu était confus (par exemple, il est fait référence à la fois à un traité de coopération et à un traité d’association, les deux étant pourtant à distinguer).

Aussi, et surtout, ce projet avait été élaboré par le seul gouvernement français, sans concertation avec les principaux intéressés, ce qui s’opposait frontalement à la vraie indépendance-association dont l’essence même repose sur le consensus entre les deux parties. L’inscription de l’association dans le cadre de l’article 88 de la Constitution française était d’ailleurs équivoque, ce dernier étant empreint de l’esprit colonialiste des années 1950.

« Mort‑né », le plan Pisani a disparu cinq jours seulement après avoir été présenté. Il n’en a pas moins durablement marqué les esprits comme un repoussoir, et son assimilation fréquente à la notion générique d’indépendance-association brouille, aujourd’hui encore, les discussions sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie.

Quid de l’actuel projet de « souveraineté avec la France » ?

Dans un courrier en date du 16 mai dernier, Manuel Valls explique que son projet de « souveraineté avec la France » a vocation à « conjuguer les aspirations divergentes à la pleine émancipation et au lien structurant avec la France ». Les grandes lignes sont posées : transfert des compétences régaliennes à la Nouvelle-Calédonie assorti d’une délégation à la France, instauration d’une double nationalité française et néo-calédonienne, accès à un statut international, lien constitutionnellement garanti… Autant d’éléments qui ne sont évidemment pas sans rappeler l’indépendance-association.

Il faut toutefois se garder de toute conclusion hâtive. À ce stade, en l’absence d’informations publiques détaillées quant au contenu du projet, mieux vaut éviter de le faire entrer dans une case théorique qui risquerait de limiter le champ des possibles à un moment où la Nouvelle-Calédonie a plus que jamais besoin d’ouvrir pleinement la réflexion.

The Conversation

Léa Havard ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Nouvelle-Calédonie : qu’est-ce que l’« indépendance-association » au cœur des débats sur l’avenir de l’archipel ? – https://theconversation.com/nouvelle-caledonie-quest-ce-que-l-independance-association-au-coeur-des-debats-sur-lavenir-de-larchipel-257750

Les États-Unis entrent dans la guerre Israël-Iran : trois scénarios pour envisager la suite

Source: – By Ian Parmeter, Research Scholar, Middle East Studies, Australian National University

Option 1 : l’Iran effectue des représailles contre les États-Unis (mais celles-ci seront probablement volontairement minimales). Option 2 : l’Iran dépose les armes et revient à la table des négociations en position d’immense faiblesse. Option 3 : Washington estime avoir fait sa part du travail et se retire du théâtre iranien, à la suite de quoi le régime, si ses stocks et ses moyens techniques n’ont pas été aussi détériorés que l’affirme Donald Trump, se lance à corps perdu dans la fabrication de l’arme nucléaire.


Après avoir semblé hésiter sur l’opportunité d’entrer en guerre aux côtés d’Israël contre l’Iran, Donald Trump a pris sa décision. Ce 21 juin, des bombes lâchées par des avions B2 et des missiles lancés depuis des sous-marins américains ont frappé trois sites nucléaires iraniens à Natanz, Ispahan et Fordo, ce dernier abritant une usine d’enrichissement d’uranium enterrée à environ 80 mètres sous une montagne.

Ces frappes s’inscrivent dans la série d’événements qui a commencé avec le massacre commis par le Hamas en Israël le 7 octobre 2023, et qui s’est poursuivie par la guerre de Gaza puis, en 2024, par les attaques dévastatrices d’Israël contre le Hezbollah libanais (soutenu par l’Iran), la chute du régime syrien de Bachar Al-Assad (également soutenu par l’Iran), et la série de frappes israéliennes déclenchées contre l’Iran le 13 juin.

L’Iran n’a jamais été aussi faible qu’aujourd’hui. Trump avait déclaré il y a quelques jours qu’il lui faudrait peut-être deux semaines pour décider de bombarder le pays ou non ; les Israéliens l’ont probablement poussé à passer à l’action au plus vite.

Israël a en effet pressé Trump d’utiliser les massive ordnance penetrators (MOP), ces bombes « anti-bunker » de 13 600 kilos que seuls les États-Unis peuvent utiliser aujourd’hui grâce à leurs bombardiers B2.

À présent que Trump a décidé d’engager les États-Unis dans une nouvelle guerre au Moyen-Orient, comment les choses pourraient-elles évoluer ?

1. L’Iran contre-attaque, mais avec quelle vigueur ?

Les Iraniens savent qu’ils n’ont pas les moyens d’entrer dans une confrontation totale avec les États-Unis et que ces derniers, en revanche, ont la capacité de causer d’immenses dommages à leur pays et même de mettre en péril la stabilité du pouvoir de Téhéran. Or cette stabilité a été de tout temps la principale préoccupation du régime clérical dirigé par le guide suprême Ali Khamenei : c’est la priorité des priorités, à laquelle toutes les autres sont subordonnées.

Pour anticiper la possible réaction de l’Iran, il peut être utile d’examiner la façon dont il a réagi à l’assassinat, par la première administration Trump, en janvier 2020 de Ghassem Soleimani, commandant de la Force Al-Qods, l’unité d’élite des Gardiens de la révolution.

L’Iran avait alors immédiatement fait savoir que sa vengeance serait terrible ; mais dans les faits, il s’était contenté de lancer un barrage de missiles sur deux bases américaines en Irak. Cette réaction mesurée n’a pas fait de victimes et a causé très peu de dégâts. Après ces représailles symboliques, l’Iran avait déclaré que l’affaire était close.

La réaction de l’Iran aux nouvelles frappes américaines sera probablement similaire. Téhéran ne voudra sans doute pas entrer dans une guerre ouverte avec les États-Unis en lançant des attaques contre les bases américaines situées dans la région. Trump a d’ailleurs déjà annoncé qu’il envisageait des frappes supplémentaires :

« L’Iran, la brute du Moyen-Orient, doit maintenant faire la paix. Dans le cas contraire, les attaques futures seront bien plus importantes et bien plus faciles. »

En outre, le doute plane sur les capacités dont dispose l’Iran. Avant le 13 juin, les analystes s’accordaient à penser que le pays possédait environ 2 000 missiles capables d’atteindre Israël. Selon certaines estimations, il en aurait tiré 700 ; d’autres parlent d’environ 400. Quel que soit le chiffre réel, il est certain que les stocks iraniens diminuent rapidement.

De plus, Israël a déjà détruit environ un tiers des lanceurs de missiles balistiques iraniens. S’il parvient à les détruire tous, la capacité de riposte de Téhéran sera très limitée.

2. L’Iran s’incline, mais ne rompt pas totalement

Avant que les États-Unis ne s’impliquent dans le conflit, l’Iran avait déclaré qu’il était prêt à négocier, mais qu’il ne le ferait pas tant qu’Israël poursuivrait ses attaques.

L’un des scénarios possibles est donc celui d’un compromis qui verrait Israël annoncer un cessez-le-feu et l’Iran et les États-Unis accepter de reprendre les négociations sur le programme nucléaire de Téhéran.

Il existe toutefois un obstacle d’importance à un tel développement : le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a martelé à de nombreuses reprises qu’il ne faisait pas confiance au processus de négociation et qu’il refuserait de mettre fin aux actions militaires d’Israël tant que toutes les installations nucléaires iraniennes n’auraient pas été complètement détruites. Il a également bombardé des terminaux pétroliers et des installations gazières de l’Iran afin d’accroître encore la pression sur le régime.

En outre, il faut rappeler que, historiquement, le régime iranien s’est montré incroyablement déterminé à ne pas perdre la face. Il a été placé sous une pression extrême à différents moments de la guerre Iran-Irak (1980-1988) et n’a jamais envisagé de mettre fin aux combats jusqu’à ce qu’un missile américain abatte par erreur le 3 juillet 1988 un avion de ligne iranien, tuant 290 personnes. C’est alors que l’Iran avait fini par accepter un cessez-le-feu parrainé par l’ONU. Il reste que la guerre contre l’Irak avait duré huit ans et causé environ un million de victimes au total. Et le guide suprême Ruhollah Khomeini avait déclaré que signer le cessez-le-feu avait été pour lui « pire que boire du poison ».

Le régime est aujourd’hui très impopulaire, et Benyamin Nétanyahou a déclaré qu’il voulait créer des conditions favorables à un soulèvement du peuple iranien contre le régime. Mais ce peuple iranien, d’après mon expérience, est très patriote : s’il n’est pas loyal envers le régime, il est en revanche loyal envers son pays. Bien qu’il soit difficile d’évaluer l’état de l’opinion publique dans un pays de 90 millions d’habitants où la parole est muselée, il ne fait nul doute que la majorité des Iraniens ne voudraient pas que les États-Unis ou Israël décident de leur avenir à leur place.

En outre, il ne faut pas oublier que l’effondrement d’une autocratie n’est pas nécessairement suivi de l’avènement de la démocratie mais, souvent, d’une plongée dans le chaos. L’Iran compte plusieurs groupes ethniques différents et il y aura certainement de profonds désaccords sur le système qui devrait prendre la place du régime clérical actuel si ce dernier venait à tomber.

À ce stade, il apparaît que le régime sera probablement en mesure de tenir bon. Et même si le guide suprême Ali Khamenei, âgé de 86 ans et ouvertement menacé par Trump et Nétanyahou à plusieurs reprises, devait disparaître soudainement, le régime sera probablement en mesure de le remplacer rapidement. Bien que nous ne connaissions pas encore le nom de son successeur, le régime a eu tout le temps nécessaire pour se préparer à cette éventualité. Ses hauts responsables savent également qu’une lutte de succession après la mort de Khamenei mettrait réellement le système en danger.

3. Une poursuite et une accélération du programme iranien

Selon un sondage réalisé par The Economist et l’institut YouGov et publié le 17 juin, 60 % des Américains sont opposés à une participation de leur pays au conflit entre Israël et l’Iran, tandis que seulement 16 % y sont favorables. Parmi les sympathisants du Parti républicain, 53 % sont opposés à une action militaire.

Les frappes du 21 juin n’ont donc pas répondu à une demande populaire de l’opinion publique états-unienne, au contraire. Cependant, si elles n’entraînent pas le pays dans la guerre et si Trump parvient à rapidement mettre fin aux affrontements entre l’Iran et Israël, il sera probablement applaudi par une majorité d’Américains. Mais si les États-Unis décident de bombarder davantage, ou si des attaques graves sont lancées contre leurs intérêts dans la région, les réactions négatives des simples citoyens pourraient se multiplier.

Une autre question est de savoir si les 400 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 % dont disposait l’Iran ont été détruits lors de l’attaque du 21 juin.

Si ce n’est pas le cas, et si les centrifugeuses n’ont pas subi de dégâts trop importants, l’Iran pourrait être en mesure de reconstruire son programme nucléaire relativement rapidement. Et cet épisode l’aura probablement incité plus que jamais à enrichir cet uranium jusqu’à une pureté de 90 %, c’est-à-dire un niveau qui lui permettrait d’enfin posséder l’arme nucléaire.

The Conversation

Ian Parmeter ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les États-Unis entrent dans la guerre Israël-Iran : trois scénarios pour envisager la suite – https://theconversation.com/les-etats-unis-entrent-dans-la-guerre-israel-iran-trois-scenarios-pour-envisager-la-suite-259522

Contrôler les données des ports, un enjeu de guerre économique avec la Chine ?

Source: – By Véronique Guilloux, Maîtresse de conférences en Sciences de gestion et management, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

Logink, aussi connue sous le nom de National Transport and Logistics Public Information Transport, est une plateforme numérique de logistique et de commerce administrée par le ministère des Transports de la République populaire de Chine. metamorworks/Shutterstock

Dans les ports du monde entier, les Port Community Systems (PCS) gèrent les flux informationnels des 12 292 millions de tonnes de marchandises. À l’origine, ils symbolisent la transformation numérique des ports. Aujourd’hui, leur interfaçage dans un contexte de tensions géopolitiques soulève des risques en matière de gestion des données maritimes et portuaires. Pour preuve, l’Europe s’inquiète de la cyber-influence de Logink, un PCS chinois.


Le transport maritime achemine plus de 80 % des marchandises en 2025. La mondialisation a entraîné une forte hausse du commerce maritime à partir des années 1990. Le volume de fret annuel est passé de 4 000 millions en 1990, à 12 292 millions de tonnes de marchandises en 2023.

Cette massification du transport maritime de marchandises est visible notamment avec l’Automatic Identification System (AIS). L’AIS, mis au point par l’Organisation maritime internationale (OMI), permet de localiser les navires à travers le monde en temps quasi réel.

Dans les ports, des milliers de containers sont chargés ou déchargés. Dans cet article, nous nous intéressons aux plateformes informatiques dans les ports – Port Community Systems (PCS) – gérant justement les flux informationnels liés aux marchandises. Ces PCS favorisent la compétitivité des ports, mais leurs interopérabilités – capacité de ces systèmes à communiquer ensemble – deviennent également des leviers géopolitiques, comme c’est le cas avec la guerre des superpuissances Chine et États-Unis. Dans ce cadre, nous prenons l’exemple de la plateforme chinoise Logink.

Compétitivité des ports

Les PCS connectent les acteurs publics et privés, automatisent les échanges de données entre les différentes parties prenantes : transitaire, agent maritime, transporteur, douane, autorité portuaire, terminal…

« Chacun transmet ses informations sur l’avancée de la marchandise pour que l’intervenant suivant récupère l’information et poursuive le circuit », souligne une communication du port du Havre.

En France, on compte 30 000 utilisateurs par jour.

Le PCS « à la française » a fait longtemps débat. Deux entreprises se partagent historiquement ce marché : SOGET dans le nord de la France et MGI au sud. En 2005, le rapport gouvernemental « La réalisation du projet AP+ sur les places portuaires du Havre et de Marseille » recommandait la convergence informatique des deux systèmes et son ouverture sur l’arrière-pays permettant un accès aux importateurs/exportateurs.

En 2020, SOGET et MGI se regroupent et créent le GIE France PCS pour des chaînes logistiques nationales encore plus numérisées.

Puis, en 2021, la mission nommée « Amélioration des échanges numériques des acteurs des filières logistiques associés aux ports » définit « des outils nécessaires à une véritable interopérabilité des données sur l’ensemble de la chaîne logistique, ainsi qu’une synchronisation des flux numériques et physiques ».

Le marché du transport, de la logistique et du numérique en France.
France PCS

Malgré ces avancées, l’International Logistics Performance Index classe la France à la 15e position. Ses concurrents portuaires belges et néerlandais sont classés troisièmes et sixièmes et l’Allemagne première. Levier de gain de compétitivité, la transformation numérique du secteur portuaire français apparaît comme un enjeu prioritaire pour le développement économique national.

C’est alors la naissance de la plateforme ClearFrance portée par le groupement d’intérêt économique (GIE) France PCS. Ce projet est financé par l’État dans le cadre de France 2030 opéré par l’Ademe et financé par l’Union européenne. La mission du GIE France PCS est d’assurer le déploiement d’une interface unique et harmonisée répondant au Règlement européen 2019/1239 établissant un système de guichet unique maritime européen et abrogeant la directive 2010/65/UE.

Guerre économique (des données)

L’intégration des systèmes d’information dans les ports peut être abordée sous un angle de compétitivité nationale, européenne, voire globale. Pour ce dernier point, on peut citer le concept de network-of-trusted-networks permettant l’échange de données de port à port et transfrontière de l’International Port Community Systems Association (IPCSA). Connecter et partager les données permettent d’optimiser la supply chain, avec « une solution fiable et neutre » selon l’IPCSA. Mais échanger des données de port à port dans un cadre transfrontalier peut également soulever des problèmes en période de fortes tensions géopolitiques.

Prenons l’exemple de l’intégration du PCS chinois Logink dans les ports occidentaux. La Chine tisse un réseau portuaire mondial, que cela soit avec l’armateur COSCO ou les opérateurs de terminaux comme China Merchants Port Holding.

Logink est peu connue du grand public. Pourtant, une simple recherche sur Internet fait apparaître des articles professionnels alarmants comme « The Chinese digital octopus spreading its tentacles through smart port ambitions » « US alarm about Logink shows China’s transformational edge » ou « China’s Logink platform as an economic weapon ? ».

Menace de Logink

Logink National Transport and Logistics Public Information Transport est une plateforme numérique de logistique et de commerce administrée par le ministère des Transports de la République populaire de Chine.

Implantation de Logink dans les ports mondiaux.
USCC

À l’origine, en 2007, Logink est juste un système de contrôle et de suivi logistique au niveau provincial. La plateforme s’est étendue en 2009 à toutes les provinces chinoises. En 2010, Logink intègre progressivement des données du Northeast Asia Logistics Information Service Network (NEAL-Net) couvrant initialement les opérations des porte-conteneurs dans les ports de Ningbo-Ahoushan (PRC), Tokyo-Yokohama (Japon) et Busan (Corée du Sud). Des partenariats entre Logink et des entreprises chinoises sont également effectués comme avec Cainiao Smart Logistics Network Limited, détenu par le groupe de e-commerce Alibaba.

Vigilance des États-Unis et de l’Union européenne

Logink s’inscrit dans le projet de la Route de la soie numérique, composant stratégique de la Belt and Road Initiative (BRI), lancée en 2013. Si en 2022, Logink participe au réseau de confiance Network of Trusted Networks (NoTN), il semble aujourd’hui que l’Union européenne et les États-Unis ne voient plus Logink comme une plateforme logistique totalement neutre.

L’Europe est consciente des intérêts stratégiques des Chinois vis-à-vis des ports européens. L’attitude de l’Europe vis-à-vis de Logink semble plus mesurée que les États-Unis. Même si aux États-Unis, aucun port n’a signé d’accord avec Logink, plusieurs instances américaines avertissent que ce système pourrait être une menace pour la sécurité nationale.

Route de la soie maritime et terrestre… chinoise.

La Commission d’examen de l’économie et de la sécurité des échanges bilatéraux entre les États-Unis et de la Chine a indiqué que le Parti communiste chinois (PCC) prévoyait d’utiliser Logink pour renforcer son influence sur le commerce maritime international. Quant à l’administration maritime de l’US Departement of Transportation, elle s’est élevée contre la cyber-influence de Logink.

Plusieurs projets de loi ont été également évoqués. En 2023, le sénateur Cotton et la députée Steel présentent la loi sur « l’obtention de données maritimes de la Chine communiste », visant à interdire l’utilisation de la plateforme de logistique numérique chinoise Logink dans les ports états-uniens. Plus tard, un autre acte sur le transport maritime contre Logink est proposé par le républicain Dusty Johnson. Ces différents projets de loi n’ont pas abouti, mais montrent l’inquiétude géopolitique vis-à-vis du système dans le cadre de la guerre commerciale entre géants.

The Conversation

Véronique Guilloux ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Contrôler les données des ports, un enjeu de guerre économique avec la Chine ? – https://theconversation.com/controler-les-donnees-des-ports-un-enjeu-de-guerre-economique-avec-la-chine-257401

La société iranienne prise en étau entre les frappes israéliennes et la répression du régime

Source: – By Azadeh Kian, Professeure de sociologie, directrice du Centre d’Enseignement, de Documentation et de Recherches pour les Etudes Féministes (CEDREF), Université Paris Cité

La guerre actuelle frappe de plein fouet une société iranienne exsangue, qui subit depuis des décennies l’effet de la combinaison des sanctions occidentales et de la répression d’un régime dictatorial. Entretien avec la sociologue Azadeh Kian, autrice, entre autres nombreuses publications, de Rethinking Gender, Ethnicity and Religion in Iran (Bloomsbury, 2023).


The Conversation : L’attaque israélienne du 13 juin 2025 vient frapper un pays encore marqué par le grand mouvement de contestation, né en 2022 après le meurtre de Mahsa Amini, qui a été réprimé par le régime dans la plus grande violence. La mort dans les bombardements de plusieurs des responsables les plus haut placés de ses services de sécurité peut-elle inciter la population à se retourner encore plus contre lui, voire à se soulever pour provoquer sa chute ? Ou bien assiste-t-on au contraire à un ralliement autour du drapeau ?

Azadeh Kian : Première chose, non, on n’assiste pas à un ralliement autour du drapeau. Le régime est toujours très décrié. Il n’a jamais cessé de réprimer les contestataires, même si le mouvement « Femme, vie, liberté » que vous évoquez avait obtenu quelques acquis.

Pour autant, il ne faut pas non plus croire que la situation soit propice à un soulèvement. La population, en particulier dans les grandes villes, à commencer par Téhéran, se trouve sous les bombes israéliennes. Donald Trump a déclaré que les gens devaient évacuer Téhéran, une mégapole de quelque 19 millions d’habitants, laissant entendre qu’il faut s’attendre à des bombardements encore plus intenses. La ville a déjà été durement touchée. Et il n’y a absolument aucun abri à Téhéran, aucune protection.

Ceux qui le peuvent se préparent à partir. Il y a une pénurie d’essence, des embouteillages, et peu de gens ont une résidence secondaire où aller se réfugier.

La société, déjà en grande difficulté, est encore plus fragilisée et appauvrie. C’est l’angoisse, la peur. Sans oublier tous ceux qui pleurent leurs morts : il y a déjà eu plus de 550 tués, des centaines de blessés, et ce bilan humain est malheureusement amené à s’alourdir encore, car les frappes israéliennes continuent et vont continuer. Ce n’est pas dans ces circonstances que les gens vont se soulever pour renverser le régime !

D’autant plus que même si les Iraniens sont, dans leur grande majorité, opposés au régime, ils aiment leur pays. Ils ne peuvent pas applaudir Nétanyahou, un criminel de guerre qui frappe leurs villes, y compris les quartiers résidentiels et les hôpitaux. Il ne faut pas croire que seuls les sites nucléaires sont attaqués… La société iranienne est prise en étau entre un régime corrompu, répressif, dictatorial, et les frappes de Nétanyahou.

Nétanyahou n’a-t-il pas rendu service au régime iranien en appelant les Iraniens à se soulever ? Ce type d’appel ne permet-il pas au pouvoir d’accuser n’importe quel opposant d’être un agent d’Israël ?

A. K. : C’est déjà le cas. Ces derniers jours, une vingtaine de personnes ont été arrêtées dans différentes villes. Une personne a déjà été exécutée pour espionnage au profit d’Israël. La répression contre les opposants, désormais sous le prétexte de « soutien à Israël », va s’intensifier.

Vous avez dit que le mouvement « Femme, vie, liberté » avait obtenu des concessions de la part du régime depuis 2022. Pourriez-vous nous en dire plus ?

A. K. : Je pensais notamment aux femmes qui ont refusé de porter le voile obligatoire. Elles ont, en quelque sorte, contraint le régime à ne plus les réprimer comme auparavant. Le nouveau président, Massoud Pezechkian, issu du camp des conservateurs modérés, ainsi que le président du Parlement ont décidé de suspendre un projet de loi visant les femmes qui portaient mal le voile ou qui ne le portaient pas.

Cette décision a été prise par crainte d’un nouveau soulèvement de la population ou de l’aggravation du mécontentement. Il s’agit d’une concession significative : le voile islamique fait en effet partie de l’ADN idéologique du régime. C’était donc un véritable symbole, et le fait qu’à la suite du mouvement « Femme, vie, liberté », le régime ait été obligé de tenir compte du refus massif de nombreuses femmes de porter le voile constitue un acquis important.

Par ailleurs, la société civile iranienne était en train de se réorganiser, après avoir été mise sous forte pression, notamment sous la présidence de l’ultraconservateur Ebrahim Raïssi, de mai 2021 à sa mort accidentelle en mai 2024. De nombreuses ONG, dans des domaines variés, avaient été fermées. Malgré cela, des militants et militantes, spécialement parmi les étudiants, commençaient à se mobiliser à nouveau, à se regrouper, à se réunir en petits cercles pour discuter, pour évoquer des actions communes. Mais aujourd’hui, tout cela est à l’arrêt.

Après la mort de Raïssi puis l’élection de Pezechkian, y a-il eu une inflexion du régime ?

A. K. : Absolument, car le régime y a été contraint. Le simple fait qu’un président modéré ait été élu – si on peut dire car ces scrutins sont étroitement contrôlés – montre bien que le pouvoir a dû faire des concessions à la société. Pezechkian a voulu projeter une image moins radicale que Raïssi et les ultras. Tout cela répondait à la pression exercée par une société active et déterminée.

Jusqu’à la veille des frappes israéliennes, on voyait encore des manifestations dans plusieurs villes du pays. Il s’agissait de revendications portées par des retraités, des employés, entre autres. Certes, ces mobilisations relevaient surtout de questions corporatistes, mais elles montraient qu’une société civile vivante existait, qu’elle faisait entendre sa voix. Aujourd’hui, il n’en reste rien.

Le slogan « Ni Gaza, ni Liban, je donne ma vie pour l’Iran », entendu dans les manifestations iraniennes depuis des années, reflétait-il un rejet par la population de la politique étrangère du régime, lequel n’a cessé de dépenser d’importantes ressources pour soutenir ses alliés dans la région ?

A. K. : Tout à fait. Ce slogan traduisait en réalité le désaccord d’une large partie de la population iranienne quant à l’usage des ressources nationales – notamment les revenus du pétrole – pour financer les groupes alliés du régime à l’étranger, comme le Hezbollah, le Hamas ou encore Bachar Al-Assad en Syrie. Beaucoup d’Iraniens estiment que cet argent devrait avant tout être utilisé pour améliorer les conditions de vie dans leur propre pays, où la pauvreté progresse et où l’économie est en grande difficulté.




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Il y a aussi cette autre dimension très importante : les investissements massifs dans le programme nucléaire. Depuis des années, des centaines de milliards de dollars y ont été consacrés. Et une question revient souvent dans la société : pourquoi enrichir de l’uranium à 70 %, alors qu’il suffit d’un enrichissement à 3,5 % pour produire de l’électricité ? Là encore, on perçoit un profond décalage entre les priorités du régime et les besoins quotidiens de la population.




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Il faut rappeler que, avant même les frappes israéliennes, près de 60 % des Iraniens vivaient déjà sous le seuil de pauvreté ou juste au-dessus. Cela fait longtemps que les classes populaires ont cessé de soutenir le régime. Quant aux classes moyennes éduquées, elles s’en sont détournées encore plus tôt. C’est donc un régime qui, dans les faits, est très impopulaire, largement perçu comme illégitime. Mais en même temps – et c’est là toute l’ambiguïté –, lorsque des bombes tombent sur Téhéran, vers qui la population peut-elle se tourner pour sa protection ? Vers ce régime décrié et illégitime ?

Est-ce qu’un mouvement de contestation pourrait tout de même émerger face à l’incapacité du régime à protéger la population ?

A. K. : C’est une question légitime, mais la réalité est plus complexe. Il y a un contraste évident entre Israël, qui dispose d’infrastructures de protection comme le Dôme de fer et les bunkers, et l’Iran, où la population civile est exposée sans réelle solution. À Téhéran, on a conseillé aux habitants de se réfugier dans le métro, mais toutes les stations ne sont pas accessibles, et certaines étaient même fermées. Ce manque de préparation révèle une fois de plus l’incapacité du régime à protéger ses citoyens.

Mais cela ne signifie pas pour autant qu’un soulèvement soit imminent. L’élimination de plusieurs hauts gradés des Gardiens de la révolution – que Nétanyahou espérait décisive – n’a pas suffi à faire chuter le régime, même s’il en a été affaibli. Les responsables tués ont été rapidement remplacés, et la capacité de riposte militaire demeure intacte. Des missiles continuent d’être lancés, et tous ne sont pas interceptés. Le régime conserve donc une force de dissuasion, et surtout, un appareil répressif actif.

En l’absence d’alternative politique claire, la perspective d’un renversement rapide paraît peu crédible. Si le régime tombait demain, la question centrale serait : qui pour gouverner ? À ce stade, la réponse semble être : personne. Et le risque, dans ce cas, serait que le pays sombre dans le chaos – un chaos dont les répercussions régionales seraient majeures.

Cette absence d’alternative est-elle due à la répression des militants depuis deux ans ?

A. K. : Absolument. La répression a été très forte, pour empêcher toute formation d’opposition structurée, capable de prendre le pouvoir. Les gens manifestent, se font tuer, les têtes des mouvements sont arrêtées. Par exemple, pendant la grève des camionneurs, en mai dernier, les responsables ont été jetés en prison.

Il n’y a pas de syndicats, pas de partis politiques indépendants. Le mouvement existe, mais il n’est pas structuré, pas organisé. Le régime procède à des arrestations ciblées, puis tente parfois de négocier avec ceux qu’il laisse en liberté. Cela suffit à désorganiser les dynamiques de contestation. Même en temps de guerre, l’appareil de répression fonctionne.

Certaines figures, comme Narges Mohammadi, prix Nobel de la paix 2023, ont-elles une influence ? Est-ce que leurs messages circulent encore dans le pays ?

A. K. : Oui. Tout le monde a des paraboles et capte les programmes en persan diffusés depuis l’étranger. Narges Mohammadi, emprisonnée pendant des années, n’est plus en prison, elle est désormais en résidence surveillée. Mais de nombreux prisonniers politiques restent derrière les barreaux et ils sont actuellement en danger, car les bombardements peuvent frapper les prisons.

Une déclaration signée par des personnalités comme Mohammadi, mais aussi la prix Nobel de la paix 2003 Shirin Ebadi et des cinéastes de premier plan a été publiée, il y a deux jours, pour demander la fin des hostilités. Mais ce genre de texte n’a guère d’impact.

Certains Iraniens ont applaudi les premières frappes israéliennes vendredi car elles ont visé des caciques du régime, mais ils ont vite déchanté en voyant les quartiers résidentiels détruits, les plus de 500 morts civils. Nétanyahou détruit l’Iran, pas seulement les sites nucléaires. Et concernant ces sites, il ne faut pas oublier que, quand ils sont touchés, cela provoque des risques radioactifs élevés

La diaspora iranienne est-elle divisée ? A-t-elle une influence dans le pays ?

A. K. : Elle est très divisée, et la guerre n’a fait qu’accentuer cette division. Certains monarchistes sont ouvertement pro-Nétanyahou. Reza Pahlavi, le fils du dernier shah, qui est allé en Israël en avril 2023, a dit, ces derniers jours, à propos des frappes israéliennes, que tout ce qui affaiblit le régime doit être salué et a déclaré, plus généralement, que la situation actuelle constituait une « chance de changer le régime ». Il est très isolé. La tentative de coalition qu’il avait mise sur pied après le début du mouvement « Femme, vie, liberté » a échoué, et lui-même s’en est retiré, montrant son incapacité à rassembler autour de lui. Il est devenu très impopulaire en Iran, et ses prises de position en faveur des bombardements n’ont rien fait pour améliorer son image.

Les Moudjahidins du peuple (OMPI), quant à eux, ont perdu tout soutien en Iran depuis leur alliance avec Saddam Hussein pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988, ndrl). Ils sont très bien organisés et riches, avec environ 5 000 membres actifs, mais ils n’ont aucune influence au sein de la population iranienne.

Contrairement à 1979, il n’existe aujourd’hui aucune structure de transition prête à prendre le relais. En 1979, tout avait été soigneusement préparé, avec l’aide des Américains, de sorte que l’État et ses structures avaient survécu au changement de régime. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas, et si le régime tombe, le risque est plutôt celui d’un chaos total.

Concernant les contestations en interne, est-ce que l’affichage d’une vie luxueuse par les enfants des élites du régime reste une source de haine dans la population ?

A. K. : Oui. Le 13 juin, le secrétaire à la sécurité nationale Ali Shamkhani a été tué dans une frappe israélienne qui a largement détruit sa maison. Des images ont été publiées et les gens ont vu à quel point Shamkhani avait vécu dans le luxe. Ce n’est pas une exception. Les dignitaires vivent tous dans les beaux quartiers du nord de Téhéran. Leurs enfants résident très souvent en Europe, au Canada, aux États-Unis. Ils ont sorti leur argent du pays.

La différence entre riches et pauvres n’a jamais été aussi importante. Il y a, d’un côté, les 1 % très riches, liés au régime, et, de l’autre, une majorité qui vit sous le seuil de pauvreté. La classe moyenne disparaît. Le niveau de vie s’effondre. Pourtant, les Iraniens restent très bien formés, y compris dans le domaine nucléaire. Alors oui, Israël a tué une vingtaine de scientifiques, mais le pays en compte des centaines rien que dans ce domaine…

Y a-t-il malgré tout un motif d’espoir ?

A. K. : Tout ce qu’on peut espérer, c’est une fin rapide des hostilités, puis le retour de l’Iran et des États-Unis à la table des négociations. Si l’Iran accepte de suspendre l’enrichissement de l’uranium, ce serait un espoir. Ensuite, ce sera à la société civile iranienne de faire évoluer le régime, pas à Nétanyahou.

D’ailleurs, les Turcs et les Saoudiens s’inquiètent aussi de cette attaque israélienne : si les Israéliens réussissent en Iran, qui sera le suivant sur leur liste ? Pour autant, personne dans la région ne veut d’un Iran nucléarisé. Bref, toute solution diplomatique de long terme est préférable à la guerre mais, pour l’instant, l’urgence absolue est l’arrêt des bombardements.


Propos recueillis par Grégory Rayko.

The Conversation

Azadeh Kian ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La société iranienne prise en étau entre les frappes israéliennes et la répression du régime – https://theconversation.com/la-societe-iranienne-prise-en-etau-entre-les-frappes-israeliennes-et-la-repression-du-regime-259253

Financement du réarmement : comment l’Europe commence à s’organiser

Source: – By Marc Guyot, Professeur d’économie, ESSEC

Après des décennies de désarmement progressif justifié par l’illusion d’une paix universelle durable, l’Europe amorce un revirement stratégique majeur. Aux yeux de la plupart des gouvernements en place – et même si les opinions publiques ne sont pas toujours sur la même longueur d’ondes –, la guerre en Ukraine, la montée des menaces hybrides et le désengagement de Washington ne laissent aux États européens d’autre choix que de s’engager résolument dans un effort de réarmement s’ils veulent peser sur les affaires du monde. Pour y parvenir, les États membres de l’Union européenne doivent pouvoir financer ces nouvelles dépenses militaires sans compromettre la stabilité macroéconomique, tandis que les entreprises du secteur de la défense doivent avoir accès à un financement non discriminatoire pour soutenir leur développement.


La chute de l’empire soviétique dans les années 1990, combinée aux nouveaux atours d’une Chine communiste drapée en commerçant pacifiste, a nourri le discours des « dividendes de la paix », qui a eu une forte résonance en Europe et dans d’autres pays démocratiques.

En effet, ces trente dernières années, les dirigeants des États membres de l’Union européenne (UE) ont bel et bien mis la main sur les fonds libérés par la réduction des dépenses militaires pour financer des dépenses sociales de toute sorte. De surcroît, une lecture dogmatique des critères de l’investissement ESG a mis la base industrielle de défense au même rang que les producteurs d’énergie fossile, contribuant ainsi à son dépérissement. La Sustainable Finance Disclosure Regulation (SFDR), au moyen de l’article 9 qui définit les objectifs d’investissement durable (2021) et la taxonomie verte (2020) qui définit les activités compatibles avec les objectifs environnementaux de l’UE, a déterminé de manière assez restrictive le domaine d’exclusion des investissements (armes interdites par convention internationale). Petit à petit, les banques et les fonds d’investissement ont exclu de plus en plus d’entreprises du secteur de la défense pour éviter toute critique a posteriori.

Si l’invasion de la Crimée en 2014 n’avait pas suffi, l’attaque à grande échelle contre l’Ukraine déclenchée en février 2022 et l’attitude ouvertement hostile adoptée par la Russie à l’égard des pays d’Europe – cyberattaques, désinformation, espionnage industriel, corruption… – ont eu l’effet d’un électrochoc. Et la volonté de désengagement des affaires européennes proclamée par Donald Trump lors de son premier mandat, et réaffirmée de date récente, a rendu la menace russe encore plus inquiétante.

Depuis 2022, les attitudes, les diagnostics et les faits confirment une certaine prise de conscience des Européens quant à leur dénuement militaire et à l’urgence d’un rétablissement. Dans ce domaine, le politique joue certes un rôle fondamental, mais il s’agite dans le vide sans une base économique crédible.

Des dépenses militaires européennes en forte hausse

Le réarmement envisagé est extrêmement coûteux. Entre 2021 et 2024, les dépenses totales des États membres de l’UE en matière de défense ont augmenté de plus de 30 %. En 2024, elles ont atteint un montant estimé à 326 milliards d’euros, soit environ 1,9 % du PIB de l’UE (chiffres de la Commission européenne). En 2024, 17 pays de l’UE ainsi que le Royaume-Uni avaient atteint la barre des 2 % de dépenses militaires, la Pologne surpassant tous les autres avec 4,1 % (données de l’Otan).




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Le revirement stratégique de l’Allemagne va dans le sens de cette évolution européenne. Initié par Olaf Scholtz, il a été renforcé par le nouveau chancelier Friedrich Merz, qui a maintenu au gouvernement l’ancien ministre de la défense, Boris Pistorius, avec l’objectif clair de faire de l’Allemagne la principale puissance militaire conventionnelle européenne. Le gouvernement allemand envisage d’augmenter rapidement les dépenses militaires à 3,5 % du PIB, pour un total d’environ 600 milliards euros sur dix ans, et de porter les effectifs de 181 000 à 231 000 militaires en 2031. En France, Emmanuel Macron propose d’augmenter graduellement la dépense militaire à 3 % du PIB à l’horizon 2030, pour atteindre 100 milliards euros par an.

Au prochain Sommet de l’Otan des 25 et 26 juin (La Haye, Pays-Bas), plusieurs pays de l’UE s’apprêtent à s’engager sur une dépense militaire à 3,5 % du PIB complétée par 1,5 % d’investissement en infrastructures. Dans ce contexte dynamique, se pose la question du financement de cette nouvelle ambition.

La Commission européenne au soutien

La guerre en Ukraine a eu pour effet de réduire les divergences entre des gouvernements des pays de l’UE obsédés par leurs intérêts nationaux respectifs et une Commission européenne indifférente à ces derniers.

En mars 2024, la Stratégie pour l’industrie européenne de la défense définit avec précision les défis auxquels les pays de l’UE sont confrontés et propose un cadre modernisé pour soutenir la base industrielle de défense, renforcer la coopération et créer de nouvelles possibilités de financement.

Un an plus tard, la Commission publie le Livre blanc de la défense européenne, un ample programme d’action visant à accélérer la préparation à la guerre des forces armées et du secteur industriel de la défense des pays de l’Union. Associée à ce document programmatique, l’initiative ReArm Europe (mars 2025) a créé les conditions pour mobiliser 800 milliards d’euros publics supplémentaires pour le secteur de la défense.




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Concrètement, la Commission européenne a autorisé les États membres à dépasser jusqu’à 1,5 point de pourcentage le seuil des 3 % de déficit (par rapport au PIB), si la hausse était expliquée par des dépenses de défense, soit une enveloppe maximale de 650 milliards d’euros. Si cette mesure est intéressante pour les pays à faible endettement et dont les finances publiques sont plus ou moins à l’équilibre, elle sera peu applicable dans ceux – comme la France ou l’Italie – qui peinent à réduire le déficit public et inquiètent les investisseurs.

Une nouvelle facilité d’emprunt – Security for action for Europe (SAFE) – a été créée au même moment, avec une enveloppe de 150 milliards d’euros, pour lever des fonds sur les marchés et les investir sous forme de prêts bonifiés pour le secteur de la défense. L’essentiel des fonds sera consacré aux achats communs (réalisés par au moins deux pays), à l’instar de l’achat de vaccins durant la période du Covid. La provenance des armements constituera une contrainte importante puisqu’ils devront être produits prioritairement en Europe.

En outre, la Commission a constaté qu’une grande partie (50 %) des fonds européens destinés à la lutte contre la crise du Covid par l’initiative NextGenerationEU n’a pas été utilisée et que le nombre de projets soumis à financement se tarit. Les fonds encore disponibles pour environ dix-huit mois représentent 154 milliards d’euros de dotations et 180 milliards d’euros de prêts bonifiés. Dernière impulsion : le 4 juin, la Commission européenne a proposé d’autoriser l’utilisation de ces fonds en complément des investissements nationaux dans des projets de défense et de développement du réseau satellitaire.

Acteur important du financement public-privé en Europe, la Banque européenne d’investissement a abandonné, en mars 2024, ses règles curieuses lui interdisant d’investir dans le secteur de la défense. Depuis le début de l’année, elle s’engage fermement dans ce type de projets, avec plusieurs milliards d’euros de crédits.

Enfin, la Banque centrale européenne (BCE) se distingue d’autres banques centrales par un engagement fort en faveur du financement vert. À ce jour, la BCE ne semble pas souhaiter apporter une impulsion comparable au financement du secteur de la défense. Récemment ; elle a apporté un soutien du bout des lèvres à la mutualisation des dépenses à travers des initiatives européennes, par la voix de son vice-président Luis de Guindos.

Au vu des annonces et des postures, les pouvoirs publics semblent globalement avoir enfin pris la mesure des dépenses à engager.

Des investisseurs privés moins réticents ?

Qu’en est-il des entreprises européennes de défense, censées répondre aux nouveaux besoins des armées en équipements et en munitions ? Ont-elles réellement accès à un financement de marché à la fois aisé et non discriminatoire ?

Dans un monde où les promesses politiques sont tenues, les budgets alloués à l’équipement de la défense se traduisent par des commandes fermes. Une fois les carnets de commandes remplis et les contrats de long terme signés, les entreprises ne devraient, en théorie, rencontrer aucune difficulté à se financer sur les marchés. Elles doivent en effet lever des capitaux pour accroître leur capacité de production, développer des technologies de pointe et investir dans la recherche et développement. En France, le besoin en fonds propres supplémentaires est estimé à 5 milliards d’euros.

Il y a encore beaucoup à faire pour que l’épargne européenne permette aux entreprises de défense de se développer. En effet, plusieurs verrous doivent être supprimés. Il a fallu presque trois ans de guerre aux frontières de l’Europe pour que la perception « incompatible avec les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) » soit graduellement levée en ce qui concerne le secteur.

Longtemps réticentes à investir dans le secteur de la défense pour des raisons de risque d’image, d’incertitudes réglementaires et d’autres risques cachés, les banques européennes commencent à s’y intéresser. La Deutsche Bank vient de mettre en place une équipe consacrée au secteur européen de l’armement. Commerzbank et la banque italienne UniCredit ont augmenté leur participation au secteur de la défense et s’engagent dans les émissions de dette des firmes de la défense. Selon la Fédération bancaire française, mi-2025, les six plus grandes banques françaises soutiennent les entreprises de défense à hauteur de 37 milliards d’euros, une hausse importante depuis 2021. Cela dit, il n’est pas exclu que, en comparaison de leurs homologues états-uniennes, les grandes banques européennes souffrent d’un déficit de compétences en matière d’évaluation des dossiers relatifs à l’industrie de la défense.

Bon nombre d’entreprises européennes de l’armement sont cotées. La dynamique de leur capitalisation boursière témoigne du changement d’ère. En cinq ans, l’indice Stoxx – Europe Total Market Aerospace & Defense a vu sa valeur multipliée par 4 (au 13 juin 2025). La hausse la plus spectaculaire est celle du géant de l’industrie allemande Rheinmetall, dont la capitalisation a été multipliée par 20 depuis le début de la guerre en Ukraine. Safran, Leonardo, Thales et d’autres sociétés cotées ont également connu une forte croissance, quoique moins spectaculaire.

Signe du bon fonctionnement du marché des actions, plusieurs fonds indiciels, les Exchange-Traded Fund (ETF) Defense Europe, ont commencé à voir le jour (chez WidsomTree, VanEck et Amundi). WidsomTree a généré autour du lancement une collecte d’un milliard d’euros.

Si les grands groupes semblent bien tirer leur épingle du jeu, les PME et TPE rencontrent, quant à elles, davantage de difficultés. Le Livre blanc de la défense européenne (mars 2025) souligne que l’accès au financement demeure une préoccupation majeure pour 44 % des PME du secteur, un taux bien plus élevé que pour les PME civiles. Des politiques publiques visant à soutenir ce segment devraient ainsi renforcer l’attractivité du secteur pour les financements privés, encore trop limités.

Initiative intéressante, en France, la Banque publique d’investissement (Bpifrance) compte mettre en place un fonds d’investissement dans des sociétés non cotées de la défense, y compris les TPE, ouvert aux particuliers, pour une enveloppe de 450 millions d’euros. Cette action, relativement modeste, complète une ample panoplie d’investissement défense mis en place par cette organisation.

Le retour de la défense comme priorité stratégique pour l’Europe impose une réponse financière à la hauteur de la reconstruction de sa base industrielle. Il ne s’agit plus seulement de dépenser mais d’orienter l’épargne, d’adapter les règles budgétaires et de bâtir des instruments communs efficaces. Sans un financement structuré, prévisible et compétitif, le sursaut militaire européen restera un vœu pieux. L’enjeu est clair : transformer la puissance économique et financière du continent en puissance de défense crédible, à même de dissuader les agresseurs potentiels.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Financement du réarmement : comment l’Europe commence à s’organiser – https://theconversation.com/financement-du-rearmement-comment-leurope-commence-a-sorganiser-258495

L’eugénisme réinventé : la reconfiguration racialiste du trumpisme en 2025

Source: – By Jérôme Viala-Gaudefroy, Spécialiste de la politique américaine, Sciences Po

De nombreux propos de Donald Trump et de divers membres de son entourage rappellent en bien des points les théories eugénistes qui furent longtemps tolérées et même appliquées aux États-Unis. Et certaines mesures prises par l’administration en place depuis février dernier s’inscrivent dans cette vision, fondée, en son cœur, sur l’idée de la suprématie de certaines « races » par rapport à d’autres.


Dès son investiture, l’une des toutes premières décisions de Donald Trump a été de suspendre l’admission de l’ensemble des réfugiés aux États-Unis, qualifiant leur entrée sur le territoire du pays de « préjudiciable » pour les intérêts nationaux. Ce gel s’appliquait même aux Afghans ayant aidé l’armée américaine. Une exception notable : des Afrikaners, Blancs d’Afrique du Sud. Le mois dernier, une soixantaine d’entre eux ont été accueillis à Washington avec tous les honneurs, au motif qu’ils seraient, dans leur pays, « victimes de persécution raciale ».

Quelques jours plus tard, Trump recevait le président sud-africain dans une nouvelle mise en scène d’humiliation, l’accusant d’encourager les meurtres de masse de fermiers blancs. Il est même allé jusqu’à évoquer un « génocide » en cours contre ces derniers, génocide qui serait passé sous silence par les médias en raison de la couleur de la peau des victimes. Déjà, lors de son premier mandat, il dénonçait – sans preuve – « les assassinats à grande échelle » de fermiers sud-africains, attribuant ces assassinats à la volonté du gouvernement sud-africain de redistribuer leurs terres.

« Les Afrikaners aux États-Unis, les suites d’une fake news relayée par Elon Musk », Le Huff Post, 2025.

Ce récit, largement diffusé dans les milieux suprémacistes blancs, est relayé par des figures influentes proches de Donald Trump, telles que Tucker Carlson, Elon Musk et certains milliardaires sud-africains, ainsi que le groupe de pression nationaliste pro-Afrikaner AfriForum. Pourtant, cette thèse a été largement réfutée, notamment par plusieurs sites de vérification des faits (voir ici, ici, ou ici), et par un rapport du Congrès de 2020.

Trump et la lutte contre les politiques DEI et le « grand remplacement »

Cette démarche s’inscrit dans une politique de hiérarchisation raciale. Le parcours de Donald Trump est d’ailleurs émaillé de propos et d’actions considérés par de nombreux spécialistes et une partie du public comme racistes ou favorables à la suprématie blanche.

Son second mandat se caractérise par des attaques systématiques contre les politiques de diversité (Diversity, Equity and Inclusion, ou DEI) dans les institutions publiques, privées et même étrangères, attaques soutenues par l’affirmation que les véritables victimes de discrimination seraient désormais les hommes blancs hétérosexuels. Ce discours, qui exploite la peur d’un renversement des hiérarchies sociales lié à l’évolution démographique d’un pays où les personnes s’identifiant comme « blanches » ne seront sans doute bientôt plus majoritaires, permet de détourner les lois antiracistes.

C’est dans ce contexte que se répand la théorie complotiste du « grand remplacement » selon laquelle des élites mondialistes voudraient modifier la composition démographique des pays occidentaux, y compris des États-Unis, au profit des « non-Blancs ». Trump l’a reprise à son compte, accusant les démocrates de vouloir faire voter les immigrés pour renforcer leur base électorale : une accusation qui lui a servi à justifier la remise en cause des résultats des élections quand ceux-ci sont défavorables à son camp.


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Une obsession pour « les bons gènes »

Cette vision qui tend à redéfinir la citoyenneté selon des critères ethniques n’est pas nouvelle. Dès 1882, le Chinese Exclusion Act interdit l’immigration en provenance de Chine (sauf exceptions), une mesure abrogée seulement en 1943.

En 1924, l’Immigration Act instaure des quotas limitant drastiquement l’immigration asiatique et celle d’Europe de l’Est (notamment juive), au profit des Blancs d’Europe du Nord et de l’Ouest, jugés « désirables ».

Alfred Johnson, co-auteur de cette loi, était lié au Ku Klux Klan et défenseur de l’eugénisme, doctrine visant à « améliorer » la population par la sélection génétique. Le président Calvin Coolidge, également eugéniste, qui a signé cette loi, affirmait en 1923 lorsqu’il était vice-président :

« Les lois biologiques prouvent […] que les Nordiques se détériorent lorsqu’ils sont mélangés avec d’autres races. »

Le régime des quotas raciaux ne sera abrogé qu’en 1965, avec l’Immigration and Nationality Act qui favorise une immigration qualifiée.

Trump reprend aujourd’hui ces thèses de façon à peine voilée. Les migrants sans papiers, dit-il, « empoisonnent le sang » du pays – une métaphore biologique qu’il martèle, évoquant des individus porteurs de « gènes corrompus », prétendument libérés de prisons ou d’hôpitaux psychiatriques par des régimes hostiles.

L’enjeu n’est plus seulement de protéger les frontières, mais de préserver une « pureté raciale ». Ce langage s’inscrit dans une vision pseudo-biologique de la nation, héritée des thèses eugénistes du début du XXe siècle.




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How Trump’s racist talk of immigrant ‘bad genes’ echoes some of the last century’s darkest ideas about eugenics


L’obsession de Trump pour la génétique remonte loin. En 1988, sur le plateau d’Oprah Winfrey, il déclare :

« Il faut avoir la chance de naître avec les bons gènes. »

Trump apparaît littéralement obsédé par la supériorité génétique, se référant régulièrement à l’hérédité de sa propre famille, notamment à son oncle, professeur au MIT (Massachusetts Institute of Technology). Pendant ses campagnes, il oppose les immigrés supposément porteurs de « mauvais gènes » aux pionniers blancs du Minnesota dotés de « bons gènes, c’est dans le sang ».

Il invoque également la « théorie du cheval de course », une analogie issue de l’élevage, appliquée ici aux humains. Cette théorie fait écho aux travaux d’Harry H. Laughlin dans les années 1930. Laughlin, directeur du Bureau des archives eugéniques (Eugenics Record Office), fondé en 1910 par Charles Davenport, était l’une des figures majeures du mouvement eugéniste. Laughlin et Davenport ont participé à façonner la législation américaine sur la stérilisation obligatoire, visant à améliorer la société en éliminant les « indésirables », notamment les pauvres, les handicapés, les criminels, les faibles d’esprit et les « non-Blancs ».

En 1927, la Cour suprême entérine cette pratique dans l’arrêt Buck v. Bell en confirmant la constitutionnalité de la loi de stérilisation forcée de l’État de Virginie et en autorisant la stérilisation d’une jeune femme, enceinte à la suite d’un viol et internée à tort pour « faiblesse d’esprit » et « promiscuité » dans un asile. Sa fille et sa mère – cette dernière étant elle aussi internée – étaient également considérées comme « faibles d’esprit ». Le juge Oliver Wendell Holmes, partisan de l’eugénisme, déclara dans la conclusion de son avis à l’issue du jugement rendu par huit voix contre une :

« Trois générations d’imbéciles, c’est assez ! »

Cet arrêt favorisa les liens entre l’eugénisme et le racisme, comme le montre l’histoire des politiques de stérilisations eugéniques ciblant spécifiquement les Afro-Américains. Une étude publiée dans la American Review of Political Economy parle de potentiel « génocide » en Caroline du Nord, selon la définition de l’ONU qui inclut « les mesures visant à entraver les naissances » au sein d’un groupe.

L’eugénisme racial a aussi justifié les lois anti-métissage comme le Racial Integrity Act (1924), en Virginie, interdisant les mariages interraciaux. Pour l’eugéniste Lothrop Stoddard, membre du Ku Klux Klan, le métissage menaçait la civilisation. Ces lois ne seront abolies qu’à partir de 1967 par l’arrêt Loving v. Virginia de la Cour suprême. L’Alabama est le dernier État à avoir légalisé les mariages interraciaux, en 2000.

« Mariage mixte, une histoire américaine. »

Les habits neufs de l’eugénisme

En 2025, le « soft eugenics » contemporain n’impose plus de stérilisations forcées, et n’interdit pas les unions mixtes. Il agit par des politiques indirectes. Par exemple, la purge des « improductifs » dans la fonction publique, prioritairement des minorités et des personnes handicapées, vise à restaurer une administration supposément plus « performante ». Le démantèlement de l’État-providence participe du même projet : coupes dans Medicaid, réduction de l’aide alimentaire, fiscalité favorable aux plus riches.

Elon Musk ou Robert F. Kennedy Jr. incarnent ce darwinisme social : remise en cause des filets sociaux, rejet de toute forme d’empathie élevé en principe philosophique (au nom de l’anti-wokisme), mise en avant de la responsabilisation individuelle au détriment des déterminants sociaux sur la santé, et appel à la reproduction des plus « intelligents » pour « sauver la civilisation ».

Donald Trump semble vouloir restaurer une société « Gilded Age » (Âge doré), de la fin du XIXᵉ siècle : profondément inégalitaire, sans intervention de l’État, fondée sur la compétition impitoyable des plus « aptes ». L’eugénisme, jadis proclamé, n’est plus un projet explicite mais une conséquence assumée d’un monde où l’inégalité ne serait plus une injustice, mais une norme souhaitable.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. L’eugénisme réinventé : la reconfiguration racialiste du trumpisme en 2025 – https://theconversation.com/leugenisme-reinvente-la-reconfiguration-racialiste-du-trumpisme-en-2025-258466

Cinco maneras distintas de evaluar en tiempos de la inteligencia artificial

Source: The Conversation – France – By Francisco Javier Ulloa Cortez, Maestro en Tecnologías de la Información, Profesor de tiempo completo del depto. de Ingenierias del Centro Universitario de los Altos, Universidad de Guadalajara

La generalización del uso de la IA hace mirar con otros ojos los trabajos de los alumnos. Nicoleta Ionescu/Shutterstock

En los últimos años han surgido muchísimas herramientas de inteligencia artificial generativa que hacen sencillísimo el uso de esta tecnología para cualquier persona sin conocimientos informáticos. Las más populares son ChatGPT, MidJourney, Claude AI, Synthesia, DALL-E, Perplexity y DeepSeek.

La facilidad de acceder a estas herramientas ha planteado importantes desafíos éticos y de autoría, que generan intensos debates y temas de regulación. Por ejemplo, en cuanto a la “ayuda” que podamos recibir de la IA para la redacción de tareas o incluso tesis y el uso no ético, sin revisar ni editar lo generado, que le pueden dar los estudiantes.

El uso –y a veces abuso– constante de la inteligencia artificial por parte de los estudiantes nos obliga a replantear los métodos de enseñanza, pero sobre todo los de evaluación. Tenemos que reconsiderar qué es lo que se debe de aprender y con qué fin, además de cómo vamos a evaluar el aprendizaje.

Cambios en el proceso educativo

La inteligencia artificial ha modificado el acceso a la información y la elaboración de contenidos. Es más sencillo buscar, escribir, resumir o resolver problemas matemáticos, aunque esto también nos plantea la cuestión de si estamos realmente adquiriendo habilidades o simplemente dejando la responsabilidad a la IA.

A menudo, los resultados entregados por los estudiantes nos hacen dudar. Antes de la IA, un trabajo con buena redacción, buena sintaxis y sin faltas de ortografía era bien visto o bien valorado; actualmente, algunos preferimos encontrarnos y corregir trabajos con errores ortográficos o limitados en cuanto ideas, porque son señales de que puede ser un trabajo auténtico del alumno.

Las universidades y los docentes hemos transitado rápidamente por varias etapas y reaccionado de diferentes maneras: desde la prohibición, pasando por el rechazo y llegando al uso crítico y aprovechamiento de las ventajas que ofrece esta tecnología.

Impacto en los métodos de evaluación

Cada día es más común encontrarnos a estudiantes que presentan buenos trabajos pero que no entienden realmente lo que entregaron. Esto no significa que el uso de la IA deba prohibirse, sino que es necesario replantear la forma de evaluar.

A continuación, se presentan algunas metodologías y actividades recomendadas para evaluar y aprender con la inteligencia artificial:

  1. Aprendizaje basado en proyectos: los estudiantes trabajan en un proyecto real o simulado; implica resolver una situación compleja, fomenta la creatividad. Se sugiere una evaluación continua, no solo del producto final.

  2. Portafolios: son una recopilación de trabajos, productos o actividades realizadas por los estudiantes a lo largo del curso. Se utilizan para dar seguimiento al proceso de aprendizaje. Permiten verificar la autenticidad y el desarrollo personal y académico.

  3. Coevaluación: incorporación de dinámicas de evaluación entre iguales a lo largo del proceso de trabajo, incluyendo valoraciones y reflexiones cualitativas. Por ejemplo, realizar una presentación de avances de un proyecto en equipos, cada equipo muestra el avance a otro equipo y el segundo debe ser quien evalúe.

  4. Exámenes orales: ayudan a comprobar el conocimiento auténtico del estudiante y ofrecen una medición real del nivel de aprovechamiento. No obstante, debemos identificar a los estudiantes que sí saben pero se ponen nerviosos.

  5. Gamificación: aporta actividades lúdicas con niveles, retos o insignias. Presenta una competencia amistosa, estimula la participación y mejora la atención de los estudiantes, haciendo más dinámica la clase. Además, ofrece retroalimentación inmediata, lo que les ayuda a identificar aciertos y errores en tiempo real. Si bien la gamificación no es exactamente una evaluación, puede ayudar a complementarla.

Encontrar el equilibrio

La inteligencia artificial no puede ni debe ser prohibida o eliminada del aula, sino que la respuesta debe ser reflexiva y de adaptación por parte de los profesores. Es importante encontrar un equilibrio para usarla como herramienta que no reemplace los roles de profesor y estudiante en el proceso educativo.

Evaluar hoy en día no implica solo medir las tareas o resultados que presentan los alumnos, sino también acompañar el proceso completo. Es necesario valorar los errores más que los trabajos perfectos. Para la UNESCO, la alfabetización básica, la aritmética elemental y la alfabetización científica básica seguirán siendo claves en la educación del futuro.

Contexto y sentido

La labor del docente no será sustituida siempre que su didáctica sea innovadora, que aporte valor al contexto del estudiante y le dé sentido a la enorme cantidad de información a la que se tiene acceso.

Una de las responsabilidades de los profesores de hoy consiste en crear entornos de aprendizaje significativo. Aunque siempre han existido herramientas para buscar información y datos, lo que realmente ayuda a aprender es reflexionar, conectar lo que ya sabemos con lo nuevo y saber aplicar lo aprendido.

The Conversation

Francisco Javier Ulloa Cortez no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Cinco maneras distintas de evaluar en tiempos de la inteligencia artificial – https://theconversation.com/cinco-maneras-distintas-de-evaluar-en-tiempos-de-la-inteligencia-artificial-257837

Así podemos aprovechar los huesos de aceituna para producir biocombustibles

Source: The Conversation – France – By María Luz Sánchez Silva, Catedrática de Universidad en el Área de Ingeniería Química, Universidad de Castilla-La Mancha

Sebra/Shutterstock

En un mundo donde la lucha contra el cambio climático se ha convertido en una carrera contrarreloj, la búsqueda de soluciones sostenibles es más urgente que nunca. Una de ellas consiste en convertir el dióxido de carbono (CO₂) en metano (CH₄), un combustible útil. Una de las estrategias más prometedoras para lograrlo es la metanación de CO₂, técnica innovadora que podría revolucionar nuestra industria energética.

Sin embargo, la implementación a gran escala de este proceso ha sido limitada por la falta de materiales catalíticos –es decir, que aceleran las reacciones químicas– sostenibles y rentables. Aquí es donde entra en juego el biochar o biocarbón derivado de huesos de aceituna.

La conversión del dióxido de carbono en metano no solo ayuda a reducir las emisiones de gases de efecto invernadero sino que también proporciona una fuente de energía renovable. Este proceso tiene el potencial de transformar la industria energética, pero para que sea viable se necesitan catalizadores eficientes y sostenibles. El uso de biochar derivado de residuos agrícolas, como los huesos de aceituna, ofrece una solución prometedora.

El potencial de los huesos de aceituna

Los olivares no solo son un símbolo del paisaje mediterráneo, sino también una fuente invaluable de biomasa renovable. España, líder mundial en la producción de aceitunas, dedica aproximadamente 2,75 millones de hectáreas al cultivo de olivos.

Regiones como Andalucía y Extremadura destacan por su alta producción, con la primera representando el 80 % del total nacional.

Este cultivo genera una gran cantidad de residuos, entre ellos los huesos de aceituna, que tradicionalmente se consideraban desechos. Sin embargo, estos huesos tienen un enorme potencial como materia prima para aplicaciones sostenibles.

Al igual que las cáscaras de frutos secos, los huesos de aceituna pueden transformarse en biochar, un material con múltiples usos, desde la mejora del suelo hasta la producción de energía.




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¿Qué es el biochar y por qué es importante?

La producción del biocarbón implica la pirólisis –descomposición por calor en ausencia de oxígeno– de biomasa, como los huesos de aceituna, a altas temperaturas. El resultado es un material poroso ideal para aplicaciones catalíticas, por ejemplo, en la producción de metano a partir de dióxido de carbono.

La producción de biocarbones activos está ganando tracción a nivel mundial debido a sus múltiples aplicaciones en la agricultura, la purificación de agua y la mitigación del cambio climático.

Se espera que el mercado de biocarbones activos crezca a una tasa compuesta anual del 3,5 % entre 2023 y 2030, alcanzando un valor proyectado de 3 500 millones de dólares estadounidenses para el final de este periodo.

El proceso de activación química

Para aprovechar al máximo el potencial del biochar, es necesario someterlo a un proceso conocido como activación química, que mejora sus propiedades y lo convierte en un soporte más eficaz para catalizadores. En un estudio reciente, evaluamos tres métodos de activación utilizando distintos agentes: hidróxido de potasio (KOH), cloruro de zinc (ZnCl₂) y ácido fosfórico (H₃PO₄).

El biochar activado con hidróxido de potasio fue el que ofreció mejores resultados. Este tratamiento incrementó notablemente su superficie específica, es decir, la cantidad de área disponible para que ocurran las reacciones químicas. Además, introdujo grupos funcionales que facilitaron una mejor dispersión de las partículas de níquel –empleado como catalizador para acelerar las reacciones– sobre la superficie del biochar. Estos grupos funcionales, pequeñas partes de una molécula con ciertas propiedades, son clave porque favorecen la activación del CO₂, lo que permite convertirlo en metano de forma más eficiente.

Gracias a estas mejoras, el material logró convertir el 72 % del CO₂ en metano, con una selectividad del 95,5 %, lo que significa que casi todo el CO₂ transformado terminó convertido en metano (rozando lo ideal).

Biochar activado en las tecnologías para producir metano

Las tecnologías Power-to-Methane (P2M) son una solución innovadora para producir metano a partir de dióxido de carbono con dos etapas principales. La primera consiste en la electrólisis del agua utilizando electricidad renovable para dividir el agua en hidrógeno (H₂) y oxígeno (O₂). Luego, en la segunda etapa, el hidrógeno se combina con CO₂ produciendo metano y agua.

Es en esta segunda etapa donde la incorporación de materiales como el biochar activado derivado del hueso de aceituna dopado con níquel puede mejorar sustancialmente el rendimiento y la viabilidad económica de estos procesos.

El metano generado puede ser inyectado en la red de gas natural existente o utilizado como combustible para generar electricidad y calor. Las tecnologías P2M no solo ayudan a reducir las emisiones de CO₂, sino que también permiten almacenar energía renovable de manera eficiente. Esto es especialmente útil para fuentes de energía intermitentes como la solar y la eólica, que no siempre producen electricidad cuando se necesita.

Al convertir el exceso de electricidad en metano, las tecnologías P2M permiten almacenar esta energía y utilizarla en momentos de alta demanda. Cuando sea necesario, el metano se quema para producir electricidad, igual que se hace con el gas natural. Se puede usar en centrales eléctricas, turbinas o motores. También hay tecnologías más modernas, como las pilas de combustible, que lo transforman en electricidad sin necesidad de llamas.

Esquema que muestra cómo los residuos agrícolas pueden emplearse en la producción de metano
Esquema de las tecnologías Power-to-Methane para valorizar residuos agrícolas.
María Luz Sánchez Silva, CC BY-SA

Impacto ambiental y económico

El uso de residuos agrícolas como los huesos de aceituna ofrece una solución sostenible para la gestión de desechos y promueve una economía circular. Al convertir estos residuos en materiales de alto valor añadido, se reduce la dependencia de recursos no renovables y se minimiza el impacto ambiental. Además, genera ingresos adicionales para los agricultores, mejorando la economía de las zonas rurales.




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El potencial del biochar no se limita a la metanación de CO₂. Sus aplicaciones pueden extenderse a otros procesos catalíticos y de adsorción, como la purificación de agua y aire. La investigación continua en este campo podría abrir nuevas oportunidades para su uso en diversas industrias, contribuyendo aún más a la sostenibilidad global.

The Conversation

María Luz Sánchez Silva recibe fondos del Programa de Energía e Hidrógeno Renovable Incluido dentro de los Planes Complementarios de I+D+i del MICIN, y Financiado por la Unión Europea NextGeneracionEU en el Marco del Componente 17 del Plan de Recuperación, Transformación y Resiliencia. C17.I01.P01. Además, este trabajo es parte del proyecto de investigación SBPLY/23/180225/000036, financiado por la UE a través del FEDER y por la JCCM a través de INNOCAM y del proyecto 2022-GRIN-34344 “Tecnología química para la sostenibilidad y economía circular en el contexto de Castilla La Mancha”. También agradecemos al Ministerio de Ciencia e Innovación español (Proyecto PID2022-142502OB-I00) financiado por MCIN/AEI/10.13039/ 501100011033 y por «ERDF A way of making Europe.

Alba Villardón Pérez recibe fondos del proyecto SBPLY/23/180225/000036, financiado por la UE a través del FEDER y por la JCCM a través de INNOCAM y del proyecto 2022-GRIN-34344 “Tecnología química para la sostenibilidad y economía circular en el contexto de Castilla La Mancha”. Agradece a la Universidad de Castilla-La Mancha el contrato predoctoral en el marco del Plan Propio I+D+i (2025-PRED-22666) financiado por la Unión Europea a través del Fondo Social Europeo Plus (FSE+)

Fernando Dorado Fernández recibe fondos del Programa de Energía e Hidrógeno Renovable Incluido dentro de los Planes Complementarios de I+D+i del MICIN, y Financiado por la Unión Europea NextGeneracionEU en el Marco del Componente 17 del Plan de Recuperación, Transformación y Resiliencia. C17.I01.P01. Además, este trabajo es parte del proyecto de investigación SBPLY/23/180225/000036, financiado por la UE a través del FEDER y por la JCCM a través de INNOCAM y del proyecto 2022-GRIN-34344 “Tecnología química para la sostenibilidad y economía circular en el contexto de Castilla La Mancha”. También agradecemos al Ministerio de Ciencia e Innovación español (Proyecto PID2022-142502OB-I00) financiado por MCIN/AEI/10.13039/ 501100011033 y por ERDF A way of making Europe.

ref. Así podemos aprovechar los huesos de aceituna para producir biocombustibles – https://theconversation.com/asi-podemos-aprovechar-los-huesos-de-aceituna-para-producir-biocombustibles-257835

‘Blokecore’: vestir una camiseta de fútbol como manifiesto cultural

Source: The Conversation – France – By Sandra Bravo Durán, Socióloga y Doctora en Creatividad Aplicada, UDIT – Universidad de Diseño, Innovación y Tecnología

De izquierda a derecha, la ‘influencer’ Sofia Coelho, la marca 3.PARADIS, el futbolista australiano Jackson Irvine y Kim Kardashian también se han apuntado a la estética ‘blokecore’. Collage creado a partir de imágenes de Instagram.

En las últimas temporadas, no deja de repetirse una escena: jóvenes que pasean por las ciudades con camisetas del Real Madrid de los 2000, del Betis noventero o incluso del Deportivo de la Coruña cuando ganaba ligas. No van al estadio. No es día de partido. Pero llevan la camiseta como si fuera una declaración personal. Y lo es.

Lo que estamos viendo no es solo una moda, sino un fenómeno sociocultural: el auge del blokecore, un estilo que fusiona camisetas de fútbol vintage, moda urbana y nostalgia generacional. Esta tendencia ha ganado protagonismo especialmente entre la generación Z, una cohorte que está redefiniendo el consumo, la estética y los códigos de identidad.

Aunque hoy nos parezca novedosa, la relación entre fútbol y moda no es nueva. En los años 70, figuras como Johan Cruyff no solo transformaron el juego en el terreno de juego, sino también fuera de él. Su estilo sobrio, moderno y europeo marcó una nueva forma de entender al futbolista como figura pública con estética propia. En España, Cruyff fue icono de una elegancia alternativa: una mezcla de deportividad, inteligencia y carisma que conectaba con una juventud en busca de referentes diferentes.

Lo que cambia con el blokecore es el sentido. Ya no se trata de demostrar fidelidad a un club, sino de construir una estética personal a través de símbolos futboleros. Para muchos jóvenes, la camiseta del Barça de 1998 o del Atlético de Madrid con publicidad de Marbella no representa solo un equipo, sino una era, una emoción, un relato visual.

El estudio: fútbol, moda y valores juveniles

El profesor Jorge del Río, de la Universidad de Navarra , y yo llevamos a cabo una investigación –recientemente presentada en el congreso FACTUM25 y de próxima publicación– con más de 150 jóvenes españoles entre 14 y 30 años para entender mejor este fenómeno. Analizamos cómo variables como el interés por el fútbol, la importancia de la moda como expresión personal, el uso de redes sociales y la nostalgia influyen en la adopción del blokecore.

Los resultados son reveladores: más del 60 % de los encuestados asocian estas camisetas a recuerdos (propios o imaginados), y más del 50 % valora especialmente las colaboraciones entre clubes y marcas de moda por su autenticidad. Además, se confirma una correlación clara entre el uso intensivo de plataformas como TikTok o Instagram y el interés por este estilo.

Lo que emerge es un patrón claro: el blokecore no es un simple revival estético, sino un código cultural que permite a la juventud expresar quién es, qué valores tiene y cómo quiere ser vista.

De la grada a la pasarela (y viceversa)

En los últimos años, varios clubes han sabido aprovechar este cruce entre fútbol y moda. El París Saint-Germain fue pionero al aliarse con la marca Jordan y equipos como el Manchester United lo han hecho con Balenciaga, pero también ha llegado a los campos españoles: Yohji Yamamoto ha diseñado equipaciones para el Real Madrid, la Real Sociedad hizo lo propio con Loreak Mendian, el Sevilla colabora con Scalpers y el Barça ha coqueteado con diseñadores como Thom Browne.

Estas estrategias buscan algo más que vender camisetas: quieren construir marca, conectar con públicos más jóvenes y expandirse fuera del campo. La camiseta ya no es solo merchandising, sino símbolo de pertenencia, estilo y cultura pop.

Blockcore: una respuesta a la identidad líquida

Desde la sociología, el blokecore puede entenderse como una respuesta estética a una identidad fragmentada. En un mundo acelerado, hiperconectado y plagado de estímulos, las camisetas de fútbol ofrecen algo sólido: una historia, un escudo, un símbolo colectivo. Vestir una camiseta retro permite anclarse a algo, aunque sea de forma irónica o estilizada.

No hablamos solo de moda, sino de una forma de estar en el mundo. La camiseta de fútbol actúa como lo que Pierre Bourdieu llamaría un “signo distintivo”, pero también como un refugio emocional. En este contexto, el fútbol se transforma: ya no es solo deporte, sino lenguaje simbólico.

¿Moda pasajera o fenómeno duradero?

Todo apunta a que el blokecore no es un simple capricho estético. Su arraigo en valores clave para la generación Z –como la autenticidad, la autoexpresión y la sostenibilidad– lo convierte en un fenómeno con recorrido. Las marcas y los clubes que lo entiendan conectarán con una audiencia que ya no responde solo a goles y títulos, sino también a relatos y emociones.

En definitiva, la camiseta de fútbol se ha convertido en mucho más que un uniforme. Es una prenda que condensa memoria, estética y pertenencia; una forma de tejer comunidad y narrarse en un presente inestable. En un tiempo marcado por la aceleración, la hiperconectividad y la fragmentación de la identidad, recuperar una camiseta del pasado no es solo un acto de estilo: es una forma de anclarse, de reclamar una narrativa propia, de sostenerse en algo que aún nos emociona.

Porque quizá lo verdaderamente importante no sea a qué equipo pertenece esa camiseta, sino qué historia queremos contar cuando decidimos llevarla.


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Sandra Bravo Durán no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ‘Blokecore’: vestir una camiseta de fútbol como manifiesto cultural – https://theconversation.com/blokecore-vestir-una-camiseta-de-futbol-como-manifiesto-cultural-258343