Incendies : comprendre le mystère des pyromanes

Source: The Conversation – in French – By Thierry Toutin, Chercheur associé en criminologie


L’ESSENTIEL

  • Plus de 400 incendiaires ont été interpellés en France à la suite des incendies de juillet 2026.

  • Quels sont les profils des personnes mises en cause ?

  • Pyromanes et psychopathes, incendiaires par vengeance, pour motifs économiques ou politiques : que dit la criminologie ?


En 1938, le philosophe Gaston Bachelard écrivait :

« Œuvre de jouissance, le feu est aussi œuvre de destruction, le feu se dématérialise, se déréalise, il devient esprit. Un incendie détermine un incendiaire presque aussi fatalement qu’un incendiaire allume un incendie. Le feu couve dans une âme plus sûrement que sous les cendres, et l’incendiaire est le plus dissimulé des criminels. »

Criminel mystérieux et difficile à appréhender pour l’entendement commun, l’incendiaire – communément appelé « pyromane » – intrigue. Qui est-il ?

Les profils sont en fait nombreux, de l’individu indemne du moindre trouble mental jusqu’à la personne au discernement aboli, au sens pénal du terme. L’homme incendiaire, la femme incendiaire, les adolescents et les enfants incendiaires, agissent tous, chacun en ce qui les concerne, pour des motifs variés et parfois obscurs. Très peu étudié par la criminologie française, l’incendiaire reste dans l’ombre.

Les incendiaires sont désignés généralement sous le terme de « pyromanes », par la sphère médiatico-politique. Or, il n’est pas certain que toutes les personnes arrêtées soient des « pyromanes ». La prudence indique que le diagnostic de pyromanie ne peut être dressé que par un expert psychiatre qui a examiné le suspect. Parmi les quelque 400 individus incendiaires qui ont été interpellés,, nous ne savons pas encore quelle est la part précise qu’occupent les « pyromanes », ni celles des « négligents », ni celle des individus alcoolisés. Nous connaissons juste la proportion de mineurs – 156 au total – sans savoir s’ils avaient agi par pulsions pyromaniaques, par ludisme, par vengeance ou par mimétisme.

Des statistiques éparses et parcellaires

Lorsque l’on étudie l’incendie criminel et l’incendiaire, il est très difficile de donner un aperçu statistique de la situation en France.

Comme le rappelait une proposition de loi de 2022 visant à combattre la pyromanie, il y aurait environ 300 000 incendies par an en France, toutes origines confondues, dont 10 % seraient d’origine criminelle. Ce qui signifie qu’il y aurait environ 30 000 incendies criminels commis chaque année dans notre pays.

Du côté des sanctions pénales, les sources officielles indiquent entre 900 et 1 000 condamnations par an d’incendiaires (dont la proportion de pyromanes au sens strict du terme n’est pas connue). Ce qui peut paraître peu par rapport au nombre d’incendies criminels estimés (environ 30 000). Mais, il convient de noter que plusieurs incendies peuvent être attribués à un seul et même auteur, que tous les incendies volontaires ne sont pas élucidés et que toutes les affaires élucidées ne débouchent pas forcément sur une condamnation.

Enfin, en ce qui concerne le taux d’élucidation des incendies, s’il est généralement faible par rapport à d’autres infractions graves, c’est parce que le feu détruit souvent tous les indices matériels, privant les enquêteurs de preuves. Dans ce cas, faute d’avoir pu prouver l’origine criminelle de l’incendie en question, ce dernier ira grossir les chiffres des incendies pour causes « suspectes », « douteuses » ou « indéterminées »…

Une indispensable classification des profils et des mobiles incendiaires

Il n’existe pas de classifications officielles récentes des divers types d’incendiaires. En France, les classifications sont rares et anciennes, l’une datant de 1947 et l’autre de 1979.

Dans l’étude de 1947 (celle de Raymond Faralicq), cinq types d’incendiaires sont identifiés :

  • les incendiaires par vengeance comprenant « la jalousie, l’envie et la concurrence »,
  • les incendiaires par intérêt (fraude à l’assurance),
  • les incendiaires par « état morbide et sadisme malfaisant » (profil correspondant probablement à celui du pyromane),
  • les incendiaires « anarchistes révolutionnaires dont les actes constituent des sortes de représailles collectives contre la société »,
  • et les incendiaires « détraqués cérébraux ».

Dans la catégorie des « détraqués cérébraux », Raymond Faralicq évoque le cas d’un incendiaire reflétant l’époque. Ce dernier fut arrêté après la commission de « 41 incendies d’urinoirs, [de] kiosques à journaux, [d’]édicules de marchés, 20 incendies de voitures de paille et 11 incendies de magasins à fourrage… ». Dans cette affaire, l’auteur des faits sera arrêté et « interné dans un asile d’aliénés » après avoir été reconnu irresponsable de ses actes.

Dans l’étude de 1979, la classification (Pierre Grapin, Les Incendies, Collection « Que Sais-je ? », PUF) repose sur quatre catégories d’incendiaires :

  • les incendiaires par intérêt financier,
  • les incendiaires par vengeance (« mise à feu d’étables, de granges, d’écuries, de meules de paille ou de foin »),
  • les incendiaires par ludisme qui concernent essentiellement des mineurs qui « se grisent du pouvoir de faire jaillir des flammes et d’effrayer les adultes par une agression aussi spectaculaire que gratuite »,
  • les incendiaires pervers qui se « délectent sensuellement à la vue des flammes ».

Classification contemporaine des types d’incendiaires

Ces classifications anciennes nécessitaient une mise à jour que nous avons proposée en 2025. Les auteurs d’incendies volontaires y sont regroupés en quatre groupes : incendiaires conflictuels, économiques, idéologiques et pathologiques.

  • Incendiaires par motivations conflictuelles (conflits de voisinage, vengeances conjugales, vandalisme urbain). On y trouve également les incendiaires agissant par règlement de comptes, notamment dans le cadre du narcotrafic dont la mise à mort d’un individu brûlé constitue un avertissement aux rivaux et aux témoins gênants.

  • Incendiaires par motivations économiques. Ce groupe concerne les incendiaires « fraudeurs » au préjudice des compagnies d’assurance ou visant l’appât du gain.

  • Incendiaires par motivations idéologiques et politiques.

  • Incendiaires à connotation pathologique. Dans ce groupe, on distingue les profils pathologiques et les pyromanes.

Psychotiques et pyromanes

Si les psychotiques sont généralement reconnus irresponsables pénalement en raison de l’abolition de leurs facultés psychiques ou neuropsychiques (article 122-1 du Code pénal), pour les pyromanes – incendiaires à répétition – la responsabilité pénale est généralement engagée. La pyromanie relève du trouble du contrôle des impulsions, selon la Classification internationale des maladies (CIM) de l’OMS). Il s’agit de l’impossibilité de résister à l’impulsion d’allumer de manière compulsive des incendies. Ce trouble s’accompagne d’une fascination et d’un plaisir intense, pour ne pas dire jouissif, à contempler les incendies, comme l’ensemble des évènements en résultant.

Après le diagnostic des psychiatres experts judiciaires, il sera tenu compte de l’état des facultés psychiques ou neuropsychiques des individus mis en cause, considérées altérées au sens de l’article 122-1, al.2 du Code pénal. Ceux-ci sont donc tenus pour responsables de leurs actes, mais leur comportement semi-pathologique sera pris en compte lors du prononcé de la peine et de son exécution.

Au XIXᵉ siècle la pyromanie était désignée sous le terme de « monomanies incendiaires », par les aliénistes de l’époque, tels que Jean-Étienne Esquirol (1772-1840) et Valentin Magnan (1835-1916).

« Les auteurs classiques européens considéraient la pyromanie comme une obsession-impulsion consciente, une impulsion obsédante appartenant plus ou moins au registre de la névrose obsessionnelle. »
– selon le psychiatre Michel Bénézech.

Progressivement le terme de « pyromanie » s’est imposé au cours du XXᵉ siècle.

Qui sont les auteurs d’incendies de forêt ?

Si l’on s’intéresse uniquement aux individus qui mettent le feu dans les bois et les forêts françaises, on observe (mais il n’existe aucune statistique précise) que deux types de profils dominent en particulier : ceux des « incendiaires pyromanes » et ceux des « incendiaires négligents » (l’individu qui connaît les risques et qui ne respecte pas les règles de sécurité).

Sont-ils les seuls ? Ce n’est pas certain, dans la mesure ou l’on aurait tendance à oublier les mineurs incendiaires qui agissent par mimétisme, provocation et surenchère, à la faveur du retentissement médiatique qui en est fait, et les individus sous imprégnation alcoolique, qui agissent par désœuvrement, par vengeance ou pour nuire.

Quid des fameux pompiers pyromanes ? ll n’existe pas de statistiques fondées sur la catégorie professionnelle des auteurs d’incendies volontaires. Ce qui ne permet pas d’affirmer que les pompiers pyromanes sont nombreux ni plus nombreux que dans toutes autres professions. Parmi les quelques cas recensés, il s’agit essentiellement de « pyromanes » attirés par le feu, qui sont ensuite devenus pompiers et non l’inverse, celui de pompiers devenus pyromanes.


Thierry Toutin est l’auteur d’ Incendies volontaires et profilage criminel, éditions Eska, 2025.

The Conversation

Thierry Toutin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Incendies : comprendre le mystère des pyromanes – https://theconversation.com/incendies-comprendre-le-mystere-des-pyromanes-289244

L’utilisation de l’IA par Al-Qaida et l’État islamique : deux approches différentes

Source: The Conversation – in French – By Sara Harmouch, Research Fellow in Counterterrorism, George Washington University


L’ESSENTIEL

  • Les réseaux djihadistes s’emparent eux aussi de l’intelligence artificielle, notamment pour la propagande, la traduction et la production de contenus.

  • Al-Qaida et l’État islamique mettent en œuvre, dans ce domaine comme dans d’autres, des approches différentes : la première privilégie une stratégie de long terme, tandis que le second recherche davantage des effets rapides et visibles.

  • L’adoption de l’IA met en lumière ces deux cultures organisationnelles : au-delà de pratiques similaires, les deux mouvements n’envisagent pas le rôle de la technologie de la même manière.


L’intelligence artificielle ne créera peut-être pas une nouvelle forme de terrorisme, mais elle rend les tactiques existantes moins coûteuses, plus rapides et plus faciles à mettre en œuvre. C’est en tout cas l’argument central d’un rapport publié en juillet 2026 par le Center for Strategic and International Studies, un think tank basé aux États-Unis.

Ce texte, par ailleurs tout à fait convaincant, laisse une question sans réponse : les différents groupes terroristes envisagent-ils tous cette technologie de la même manière ?

En tant qu’experte en terrorisme qui étudie la manière dont les groupes militants raisonnent et s’adaptent, j’ai analysé de nombreux éléments de propagande, manuels et documents stratégiques des deux mouvements djihadistes les plus influents du XXIᵉ siècle – Al-Qaida et l’État islamique –afin d’observer comment ils interprètent et adoptent les nouvelles technologies. Mes travaux reposent notamment sur l’analyse des utilisations documentées de l’IA par leurs médias et leurs partisans.

Ces groupes utilisent l’un comme l’autre l’IA à des fins de propagande, de recrutement, de sécurité et de planification. Mais Al-Qaida et les réseaux liés à l’État islamique l’abordent chacun différemment, conformément à la manière dont ils mènent leurs combats.

Al-Qaida est plus méthodique et pense en termes de décennies. L’État islamique, lui, agit rapidement et recherche des résultats immédiats.

En d’autres termes, l’approche de chaque groupe reflète sa culture organisationnelle et révèle une vision différente du temps et de la guerre. L’État islamique a construit son projet autour d’un califat à conquérir au plus vite – une urgence qui récompense quiconque produit un effet visible aujourd’hui. Al-Qaida, à l’inverse, a bâti son projet autour d’une guerre d’usure générationnelle, misant sur l’idée que la volonté et l’endurance pourraient triompher d’un ennemi technologiquement supérieur.

Pour l’État islamique, une stratégie d’adaptation

L’État islamique a longtemps été le plus offensif des deux mouvements en matière d’innovation médiatique.

Au plus fort de son califat autoproclamé en Syrie et en Irak, l’État islamique a mis en place un appareil sophistiqué, misant sur la rapidité et un haut niveau de professionnalisation. Cette dynamique s’est prolongée à l’ère de l’IA, portée par des partisans et des recrues plus jeunes, immergés dans la culture numérique, qui n’hésitent pas à expérimenter de nouveaux outils.

Depuis 2023, les affiliés de l’État islamique recourent de plus en plus à l’IA générative pour produire leur propagande. Après l’attentat perpétré en mars 2024 dans une salle de concert près de Moscou, qui a fait plus de 130 morts, des partisans du groupe ont diffusé une vidéo célébrant l’attaque. Celle-ci mettait en scène un faux présentateur arabophone, généré artificiellement, qui présentait l’attentat comme un épisode de la guerre plus large menée par l’organisation contre ses ennemis.

Des réseaux liés à l’État islamique ont également utilisé l’intelligence artificielle pour générer des images, accélérer les traductions et produire de la propagande multilingue.

En juin 2025, la branche afghane du groupe État islamique, l’État islamique du Khorasan (ISIS-K), a diffusé un numéro de son magazine en anglais, Voice of Khorasan, publié par la Fondation al-Azaim, qui présentait la maîtrise de l’IA comme un devoir religieux pour chaque musulman. Cela a conduit à assimiler juridiquement cette compétence au djihad défensif, que les idéologues djihadistes présentent souvent comme un devoir de combattre lorsque les musulmans, leur foi ou leur territoire sont attaqués. Selon cet article, l’IA est une force qui façonne déjà la guerre, le monde des affaires et l’identité. Le document met également en garde contre les deepfakes, la surveillance et la collecte de données, tout en proposant des conseils pratiques pour se protéger.

La Fondation a par la suite retiré la qualification religieuse, semble-t-il après avoir été raillée par d’autres groupes djihadistes, mais a maintenu les recommandations pratiques. Cet épisode, inscrit dans le cadre plus large des expérimentations menées par l’État islamique, reflète un schéma récurrent : une adoption rapide, suivie d’une correction doctrinale. Il révèle également une logique de mobilisation particulière. Les adeptes sont encouragés à considérer leur méconnaissance de cette technologie comme une vulnérabilité face à des adversaires qui l’utilisent déjà.

Dans les documents examinés, la question centrale n’est pas de savoir si l’IA modifie la nature de la guerre, mais comment l’utiliser, se protéger contre elle et éviter de se retrouver à la traîne.

Al-Qaida se lance aussi dans l’expérimentation

Les branches et les partisans d’Al-Qaida s’essaient également à cette technologie.

Des médias pro-Al-Qaida ont diffusé des images probablement générées par l’IA dès 2023, et ses réseaux ont fait la promotion d’ateliers et de guides sur les chatbots. En 2024, l’Armée électronique Al-Malahem a publié un guide intitulé « Des façons incroyables d’utiliser l’IA », offrant à ses partisans de nombreux conseils.

En juillet 2025, les Nations unies ont indiqué qu’Al-Shabaab, la branche somalienne d’Al-Qaida, utilisait des outils d’intelligence artificielle pour traduire ses messages en plusieurs langues.

En mai 2026, l’Agence nationale d’enquête indienne a engagé des poursuites concernant un attentat à la voiture piégée perpétré en novembre 2025 à Delhi, qui avait fait 11 morts. Les enquêteurs ont affirmé que la cellule responsable était liée à Al-Qaida dans le sous-continent indien et employait un ingénieur qui utilisait YouTube et ChatGPT pour effectuer des recherches sur les explosifs.

Par ailleurs, certains analystes ont émis l’hypothèse que les récentes adaptations en matière de drones menées par la branche ouest-africaine d’Al-Qaida pourraient impliquer des outils d’IA en open source. Les preuves restent toutefois fragiles.

Des militants liés à Al-Qaida ont mis en garde contre le risque que des « deepfakes » ne s’infiltrent dans leurs discussions en ligne ou ne les manipulent. Les comptes de réseaux sociaux liés à Al-Qaida ont également débattu de l’utilisation de l’IA pour la recherche religieuse. Certains messages affirmaient que s’appuyer sur cette technologie témoignait d’une connaissance religieuse insuffisante.

La nature de la guerre en mutation

Les deux mouvements enseignent donc à leurs partisans comment utiliser ces outils et s’en prémunir. Mais certains acteurs de l’écosystème médiatique pro-Al-Qaida posent une question différente : la technologie modifie-t-elle la nature même de la guerre ?

L’exemple le plus frappant est celui de la Fondation Anaziat, pro-Al-Qaida. Au fil de six numéros consécutifs de sa série Fiqh al-Harb (Jurisprudence de la guerre), parue en 2025, la fondation a publié des traductions en arabe d’ouvrages stratégiques occidentaux consacrés à l’IA, à la cyberguerre et aux évolutions technologiques.

Un texte examine ainsi l’IA et l’avenir de la guerre. Un autre se demande si les stratèges devraient prendre au sérieux la philosophie de l’IA. Deux autres débattent de la question de savoir si l’IA pourrait changer la nature même de la guerre. La série critique ensuite la cyberguerre et l’hypothèse selon laquelle la supériorité technologique pourrait venir à bout des réalités persistantes du conflit.

Ces textes donnent lieu à un débat révélateur qui revient sans cesse sur l’action humaine, la conscience, la finalité politique, la persévérance et la volonté. Cette série ne rend pas de verdict contre l’IA. Son intérêt réside plutôt dans les questions qu’elle choisit de poser et les hypothèses qu’elle ne cesse de remettre en question.

Des cultures organisationnelles différentes

Ces approches reflètent différents instincts organisationnels. Al-Qaida s’est historiquement montrée plus patiente et mesurée, envisageant sa lutte comme une guerre de longue haleine et contrôlant minutieusement ses messages. Sa stratégie repose sur un pari : la volonté politique et l’endurance peuvent l’emporter sur la supériorité technologique. Le mouvement a survécu à l’essor des drones, de la surveillance de masse et des frappes de précision en se dispersant, en encaissant les pertes subies, en s’adaptant et en patientant.

Les choix éditoriaux d’Anaziat se distinguent car ils font écho à ces hypothèses. Sa série d’articles s’appuie sur des chercheurs occidentaux qui se demandent si les machines et l’IA peuvent remplacer le jugement humain et surmonter l’incertitude de la guerre, et si des armes supérieures peuvent se substituer à l’endurance, à la volonté politique et à la volonté humaine. Ces réflexions mettent à l’épreuve la stratégie de « guerre longue » d’Al-Qaida, qui en revient sans cesse à la même conclusion : la technologie peut changer la manière dont les guerres sont menées sans pour autant déterminer qui, en fin de compte, tiendra le plus longtemps ou l’emportera.

Al-Qaida estime que l’endurance, la volonté politique et l’action humaine jouent en sa faveur. Selon elle, la supériorité militaire ou technologique ne garantit pas la victoire.

Les deux mouvements djihadistes utilisent l’IA pour bon nombre d’objectifs et de pratiques identiques. Il existe néanmoins une différence dans leur conception de cette technologie et dans les questions qu’ils se posent au-delà de son utilisation immédiate.

Le discours lié à l’État islamique considère l’IA principalement comme un outil à maîtriser dès maintenant. C’est également le cas d’une partie de l’écosystème pro-Al-Qaida, mais celui-ci l’inscrit également dans un débat plus large sur la guerre, la persévérance et la victoire stratégique. Ces cultures organisationnelles pourraient déterminer non seulement quels outils d’IA chaque mouvement adoptera à l’avenir, mais aussi à quelles fins – et de quelle manière – il les utilisera.

The Conversation

Sara Harmouch ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. L’utilisation de l’IA par Al-Qaida et l’État islamique : deux approches différentes – https://theconversation.com/lutilisation-de-lia-par-al-qaida-et-letat-islamique-deux-approches-differentes-289822

L’histoire de la « double fente », l’expérience qui contient tout le mystère de la quantique

Source: The Conversation – in French – By Fabrizio Bucella, Full Professor, Université Libre de Bruxelles (ULB)

Depuis plus de deux siècles, les physiciens réalisent une expérience au principe simple, qui permet toujours de mettre en évidence les mystères de la mécanique quantique. ©Université de Vienne

Quelle est l’expérience qui permet aux novices d’appréhender les mystères de la mécanique quantique et qui continue de faire vibrer les physiciens ? Partons à la découverte de l’expérience de la « double fente » !


Le physicien américain Richard Feynman (1918-1988) disait de la « double fente » que c’était l’expérience qui contenait tout le mystère de la quantique. L’eau a coulé sous les ponts depuis ses cours des années 1960, mais, conceptuellement, les choses n’ont pas changé : on peut toujours expliquer les dernières expériences de la physique quantique en revenant à la double fente et à son formalisme.

Embarquons pour un tour du propriétaire, remontant aux anciens – bien avant Feynman – aux modernes… puisque la dernière instance en date de l’expérience de la double fente date de… 2026.

L’étude de la nature de la lumière, avant la physique quantique

La double fente démarre comme une expérience totalement classique.

portrait
Portrait de Thomas Young en 1822, par Henry Perronet Briggs d’après Thomas Lawrence.
Wikimédia.

En 1801, le physicien Thomas Young éclaire deux petits trous percés dans un carton. Ces deux trous deviennent à leur tour des sources lumineuses secondaires. Sur le mur de sa chambre, au-delà des trous, Young constate l’apparition de franges d’interférences. Donc, les deux trous, en tant que sources lumineuses, interfèrent l’un avec l’autre : en fonction de la position sur le mur, Young observe des interférences soit constructives (on a une bande claire), soit destructives (on a une bande sombre).

Si vous voulez essayer à la maison, on peut facilement obtenir des franges d’interférence par diffraction avec un laser de poche et un cheveu, le cheveu jouant le rôle des deux fentes, car il sépare le faisceau en deux de part et d’autre.

un schéma décrivant des franges d’interférences
La planche historique de l’expérience de Young.
Wikimédia, CC BY

Cette expérience réalisée un peu par hasard et avec les moyens du bord sera reprise dans ses Lectures en 1807. Elle deviendra la preuve expérimentale canonique que la lumière se comporte comme une onde. En effet, si la lumière se comportait comme des particules, on trouverait deux taches lumineuses sur le mur en regard des deux fentes.

Fin du premier acte.

La double fente de Feynman, ou la nature des électrons

Puis, au début du XXᵉ siècle, est apparue la « nouvelle physique », qu’on a depuis appelée « mécanique quantique ». C’est la théorie qui décrit la matière aux plus petites échelles. En 1924, le Français Louis de Broglie ose l’hypothèse décisive : toute particule de matière possède aussi un comportement d’onde.

Richard Feynman
Richard Feynman en 1984, aux États-Unis.
Tamiko Thiel, Wikipédia.

Pour illustrer ce comportement, Richard Feynman utilise la double fente dans son article fondateur sur les intégrales de chemin (1948), mais la version la plus célèbre arrivera dans ses cours à Caltech donnés de 1961 à 1963 aux premières et deuxièmes années. Pour Feynman, la double fente est l’expérience qui recèle tout le mystère de la physique quantique (ou « mécanique quantique », comme on disait à l’époque).

Feynman réalise cette expérience comme une expérience de pensée, sans vérification expérimentale, mais le formalisme de la quantique étant tellement puissant et tellement précis, nul doute que, si on devait faire cette expérience en vrai, on trouverait le résultat prévu.

Schéma de l’expérience de la double fente.
NekoJaNekoJa, traduit en français par Christophe Dioux., CC BY-SA

Pour ne pas porter à confusion avec les fentes de Young et la nature de la lumière, Feynman décrit une expérience avec des électrons. C’est le premier point qui perturbe souvent mes étudiants. Si ce point vous gêne, vous pouvez imaginer que les électrons sont des photons sans aucun souci, car cette expérience montre en fait que les électrons se comportent comme des photons, et les photons comme des électrons.

Imaginez un écran percé de deux ouvertures en forme de fentes. Derrière cet écran se trouve un second écran, qui sert simplement à enregistrer les impacts des particules. Imaginez aussi que vous disposez d’un canon capable d’envoyer des électrons. Que devrait-il se passer ? Si l’on tire des électrons vers l’écran, la plupart seront arrêtés par le premier écran, sauf ceux qui passent par les fentes. On s’attend donc à voir apparaître sur le second écran deux zones d’impact, alignées avec les deux fentes.

Mais ce n’est pas ce qui se produit. À la place, on observe sur le deuxième écran un motif appelé « franges d’interférence » : une alternance régulière de bandes claires et de bandes sombres.

Pourquoi ? Parce que les électrons ne se comportent pas comme des particules, mais comme des ondes. Et les ondes peuvent se combiner entre elles. Lorsque deux ondes s’additionnent, elles produisent une interférence constructive, qui donne une zone claire. Lorsqu’elles s’annulent partiellement, elles produisent une interférence destructive, qui donne une zone sombre. L’interférence constructive ou destructive dépend de la différence de chemin parcouru par les deux ondes depuis chaque fente jusqu’à un point de l’écran (exactement comme dans l’expérience de Young).

Jusqu’ici, cela peut encore sembler compréhensible. Mais imaginons maintenant que l’on envoie les électrons un par un avec notre canon à électrons, sans viser une fente en particulier. Dans ce cas, chaque électron est seul. Intuitivement, il devrait donc passer par une seule fente, et on ne devrait plus observer de franges d’interférence. Pourtant, ce n’est toujours pas ce qui se produit. Au fur et à mesure que les électrons arrivent un par un sur l’écran, le motif d’interférence finit malgré tout par apparaître.

Comment l’expliquer ? En mécanique quantique, on décrit l’électron par une fonction d’onde, c’est-à-dire une description probabiliste de son comportement. Cette fonction d’onde peut passer simultanément par les deux fentes, se superposer à elle-même et produire les interférences observées sur l’écran. Attention, on ne dit pas que l’électron passe par les deux fentes à la fois. L’électron n’est pas aux deux endroits à la fois, c’est sa fonction d’onde (c’est-à-dire sa description de probabilité quantique) qui se propage à travers les deux fentes et interfère avec elle-même.

apparition des franges d’interférences
La construction des franges d’interférence électron par électron, dans un film réalisé en 2013.
Roger Bach et collaborateurs, « New J. Phys. » 15 033018, 2013., CC BY

Mais allons encore plus loin. Imaginons que l’on place un détecteur après une des fentes afin de savoir par quelle fente l’électron passe réellement. Parfois, on entend un clic : cela signifie que l’électron est passé par cette fente. S’il n’y a pas de clic, on en déduit qu’il est passé par l’autre fente. Que se passe-t-il alors sur l’écran ? Les franges d’interférence disparaissent. Le simple fait de mesurer le passage de l’électron force le système quantique à interagir avec l’appareil de mesure. Cette interaction détruit la superposition des états et empêche la formation des interférences. Les physiciens ont appelé ce phénomène l’« effondrement de la fonction d’onde ». Le mécanisme à l’œuvre, l’interaction avec le détecteur qui brouille la superposition, porte le nom de « décohérence quantique ».

Bref, tant qu’on ne regarde pas, le monde quantique se permet des comportements bizarres. Dès qu’on l’observe, il rentre dans le rang.

Fin du deuxième acte.

Mais, pour l’anecdote, et la correction historique, notons que si, pour Feynman, l’expérience était vraiment une expérience de pensée, le physicien Claus Jönsson avait déjà réalisé à Tübingen (Allemagne) l’expérience avec une vraie double fente et de vrais électrons en 1961 ! Ses résultats avaient été publiés dans Zeitschrift für Physik. Feynman l’ignorait, car l’article n’a été traduit en anglais qu’en 1974 dans l’American Journal of Physics. C’était une époque – tout à fait révolue – où les publications de physique ne se faisaient pas forcément en anglais.

Une avancée spectaculaire

Le trio des Italiens : Merli, Missiroli et Pozzi.
Image tirée du documentaire « L’esperimento più bello » (2010), Consiglio Nazionale delle Ricerche, Cineteca di Bologna (Italie)

La double fente connaîtra une avancée spectaculaire en 1974 lorsque les Italiens Pier Giorgio Merli, Gian Franco Missiroli et Giulio Pozzi vont envoyer les électrons un par un à travers un biprisme, qui est une sorte de paire de fentes virtuelles créée par un champ électrique. C’était à Bologne et ils vont même en tirer un film, qui sera primé au festival du film scientifique et technique de Bruxelles en 1976. La différence avec l’expérience de Claus Jönsson en 1961 est capitale. Jönsson envoyait un flot d’électrons, les Italiens les envoient un par un et le motif d’interférence se construit impact après impact. C’est bluffant.

Ensuite, en 1989, les Japonais Akira Tonomura, Junji Endo, Tsuyoshi Matsuda, Takeshi Kawasaki et Hiroshi Ezawa, chez Hitachi, vont réaliser la même opération, toujours avec un biprisme.

Malheureusement, la prouesse italienne des électrons un par un passera par pertes et profits. Dans les manuels, on retient l’expérience japonaise alors que l’expérience italienne a eu lieu quinze ans avant… juste parce qu’un « concours » lancé en 2002 par le philosophe des sciences Robert P. Crease dans la revue Physics World a désigné l’expérience de la double fente avec les électrons un par un comme « la plus belle expérience de physique de tous les temps »… mais, pas de bol, la revue a attribué l’expérience aux Japonais au lieu des Italiens. Malgré un rectificatif publié plus tard, le mal était fait et bien fait, d’autant que Crease surfera sur la vague du concours avec un livre à succès.

Fin du troisième acte.

Au XXIᵉ siècle, l’épopée de la double fente continue

Pour avoir une vraie double fente et des électrons un par un, comme l’avait décrit Feynman, il faudra attendre 2013 avec Roger Bach, Damian Pope, Sy-Hwang Liou and Herman Batelaan, à l’Université du Nebraska à Lincoln. Ici, on a littéralement le dispositif décrit par Feynman soixante-cinq ans auparavant : un canon à électrons qui les envoie un par un, de vraies fentes découpées dans de la vraie matière et même un dispositif qui ferme une des deux fentes à la demande.

Mais l’histoire de la double fente ne s’arrête pas là…

Début 2026, le groupe de Markus Arndt à l’Université de Vienne (Autriche) vient de publier le résultat d’interférences avec des agrégats de sodium d’environ 8 nanomètres et 170 000 unités de masse atomique, soit l’équivalent de 170 000 atomes d’hydrogène. C’est totalement bluffant, car la taille des amas métalliques envoyés dans le dispositif est comparable aux plus petites échelles de la microélectronique actuelle !

La double fente continue de nous épater.


Cet exposé suit le déroulé de la conférence donnée aux lycéens du Lycée français de Rabat (Maroc), dont la vidéo est en ligne.

The Conversation

Fabrizio Bucella ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. L’histoire de la « double fente », l’expérience qui contient tout le mystère de la quantique – https://theconversation.com/lhistoire-de-la-double-fente-lexperience-qui-contient-tout-le-mystere-de-la-quantique-289548

Une bouse de vache vaut-elle un crottin de cheval ? Les bousiers n’ont pas tous les mêmes préférences gustatives

Source: The Conversation – France (in French) – By Cloé Joly, Postdoctoral fellow, Centre national de la recherche scientifique (CNRS); Université de Montpellier; Université de Rouen Normandie

Bousier de l’espèce _O. Vacca_ avec des acariens sur le dos. Martin A. Prinz (martin_der_prinz)/iNaturalist, CC BY-NC

L’ESSENTIEL

  • Les bousiers sont une grande famille d’insectes coléoptères qui se nourrit et pond dans les excréments d’animaux, parmi lesquels les grands mammifères d’élevage (vaches, chevaux…).

  • On pensait jusqu’alors que, dans le sud de la France, les bousiers de l’espèce Onthophagus vacca privilégiaient les déjections de vaches. Une nouvelle étude contredit ces résultats : les coléoptères y ont préféré les crottins d’équidés. Plusieurs hypothèses sont à l’étude pour expliquer ces différences.

  • Comprendre l’écologie des bousiers est important, car ceux-ci rendent des services écosystémiques précieux dans les pâturages, où ils jouent à la fois un rôle de nettoyeurs et de disséminateurs de graines.


L’élevage a pour objectif de produire des ressources utilisables par les humains : lait (et, par extension, produits laitiers), laine, viande… Nous ne sommes toutefois pas les seuls à profiter indirectement de l’occupation des pâturages par les animaux d’élevage. Les bousiers, ces insectes coléoptères coprophages, prospèrent dans leurs excréments.

Mais est-ce que, pour le bousier, une bouse de vache vaut un crottin de cheval ? Sont-ils de fins gourmets, avec des préférences gustatives caractéristiques en fonction des espèces ? Cette question était au cœur de notre récente étude.

Mais y répondre est plus compliqué qu’il n’y paraît : les goûts des bousiers pourraient ne pas dépendre uniquement de leur espèce au sens strict, mais également des types de déjections auxquelles ils auraient été exposés pendant leur développement, notamment au stade larvaire.

Les bousiers, ces fins gourmets

Le terme « bousiers » correspond à plusieurs centaines d’espèces différentes, appartenant toutes à la superfamille des scarabées (Scarabaeidae). Leur point commun est de toutes se nourrir, à un moment de leur vie au moins, de déjections.

On en compte plus de 150 espèces rien que dans le pourtour méditerranéen, 900 espèces en Europe et plus de 6 000 dans le monde.

Généralement, on peut distinguer trois grandes classes de bousiers, selon leur manière d’utiliser la déjection :

  • les endocoprides, dont les larves sont disposées soit directement dans la déjection, soit à l’interface avec le sol ;

  • les paracoprides, qui forment des pilules de déjections, enterrées en dessous de celles-ci et dans lesquelles la femelle dépose un œuf ;

  • et les télécoprides, qui forment des boulettes de déjections en les roulant sur le sol, dans lesquelles la femelle dépose un œuf qui sera enterré un peu plus loin.

Les trois groupes fonctionnels des bousiers.
Fourni par l’auteur

Choisir la bonne déjection représente donc un enjeu de taille pour les parents bousiers, puisqu’il en va de la survie de leur descendance. C’est par l’odorat qu’ils vont se diriger dans leur environnement, jusqu’à trouver une ressource qui leur convienne.




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Toutes les déjections ne se valent pas

Mais, pour les bousiers, toutes les déjections ne se valent pas. Et pour cause, elles n’émettent pas les mêmes composés odorants, ne présentent pas les mêmes compositions nutritionnelles ni les mêmes caractéristiques physiques (taille des particules, taux d’humidité, taille des déjections, etc.). Ces différences dépendent, entre autres, du régime alimentaire de l’animal producteur et de son métabolisme.

Certaines espèces de bousiers peuvent alors montrer des préférences alimentaires. Par exemple, une étude menée par Laurent Dormont et son équipe, publiée en 2004, a montré que les déjections de bovins sont plus attractives dans le contexte méditerranéen, aussi bien sur le terrain qu’en laboratoire.

Avec mon équipe, nous sommes allés dans le sud de la France, où la communauté de bousiers est la plus riche, et nous avons testé leurs préférences alimentaires. Pour cela, nous avons travaillé au sein de la Réserve africaine de Sigean, entre Narbonne (Aude) et Perpignan (Pyrénées-Orientales), un zoo qui a la particularité de présenter des enclos où cohabitent plusieurs espèces de grands herbivores.

Nous avons disposé des pièges à bousiers, afin de les appâter par des déjections soit de zèbres, soit de bovins, soit d’antilopes, soit d’autruches. Puis nous avons attendu 24 heures pour compter le nombre d’espèces de bousiers représentées dans les pièges et le nombre d’individus capturés.

Les bousiers de l’espèce Onthophagus vacca sont supposés préférer les bouses de vache, mais ont plébiscité le crottin de zèbre.
Antoine Joris (directeur zoologique de la Réserve africaine de Sigean), Fourni par l’auteur

Nos résultats ont montré que les bousiers de la Réserve africaine de Sigean sont moins attirés par les déjections d’autruches et préfèrent les déjections de zèbres aux déjections d’antilopes ou de bovins.

Une espèce en particulier, appelée Onthophagus vacca (du latin vacca, pour vache) justement parce qu’elle est connue pour apprécier particulièrement les bouses bovines, a démontré une forte préférence pour les déjections de zèbres dans nos conditions expérimentales.

Nos résultats sont donc en contradiction avec les études précédentes. Pourquoi ?

« Goûter de tout pour aimer de tout »

Chez les insectes, l’hypothèse de « l’héritage chimique » suppose que lorsque des larves sont exposées à une certaine ressource alimentaire durant leur développement, les adultes qu’elles deviendront préféreront déposer leurs propres œufs dans le même type de ressource. L’idée, c’est que comme l’adulte a réussi à se développer sur une ressource en particulier, c’est la garantie qu’elle sera également utilisable pour ses descendants.

Cycle vie du bousier O. vacca.
Fourni par l’auteur

Dans notre cas, la Réserve africaine de Sigean est implantée depuis cinquante ans, soit 50 générations de bousiers environ. Une des hypothèses expliquant pourquoi on a observé une préférence alimentaire d’O. vacca pour les déjections équines est que le succès reproducteur de l’espèce serait meilleur dans les déjections de zèbres par rapport aux déjections d’autres herbivores, dans le contexte particulier de ce zoo. Au cours du temps, ce comportement alimentaire aura donc été sélectionné. À l’inverse, l’étude de Laurent Dormont a utilisé des bousiers provenant d’enclos de bovins, dont les préférences alimentaires auraient pu être déjà sélectionnées.

Selon cette hypothèse, les préférences alimentaires des bousiers dépendraient avant tout de l’accessibilité des différentes ressources.

Deux espèces de bousiers très proches, mais aux préférences différentes

Mais il pourrait y avoir une autre explication à ces résultats contradictoires.

En Europe, il existe une espèce de bousiers qui ressemble beaucoup à O. vacca et qui se nomme Onthophagus medius. Elles sont tellement similaires visuellement que ce n’est qu’en étudiant leur ADN que la communauté scientifique s’est rendu compte qu’il s’agissait de deux espèces distinctes.

Grâce à ces études menées dans les années 2010, on sait qu’O. vacca se trouve plutôt dans les régions chaudes par comparaison à O. medius, et plutôt en faible altitude.

Or, ces deux espèces, si similaires visuellement, pourraient ne pas partager les mêmes goûts, expliquant que nos résultats diffèrent de ceux décrits précédemment, quelques années avant la distinction officielle des deux espèces. En effet, ce qu’on a pris pour O. vacca quelques années plus tôt dans les bouses de vaches pourrait bien avoir été le fait d’O. medius.

Préférences alimentaires et services écosystémiques

Prenons de la hauteur : pourquoi s’intéresser aux préférences alimentaires des bousiers ? Le sujet peut prêter à sourire, et pourtant. En se nourrissant de déjections et en enterrant une grande partie de celles-ci, les bousiers réalisent un travail monumental dans nos pâturages, où ils rendent des services écosystémiques considérables.

En effet, ils permettent de nettoyer les pâturages, laissant des herbages propres pour les herbivores qui souhaitent brouter. Avec les déjections, les bousiers enfouissent aussi tout un tas de graines, précédemment avalées par les herbivores, et participent ainsi à la dispersion des plantes.

Ils accélèrent aussi la décomposition de la matière organique, permettant l’enrichissement de la terre, et par la suite de la végétation, dont la pousse est aussi accélérée par cet engrais naturel. Enfin, en présence de bousiers, les parasites des grands herbivores, dont les œufs se trouvent dans les déjections de l’hôte, voient leur taux de survie diminuer, ce qui réduit les risques d’infestation.

En bref, les bousiers rendent une multitude de services à nos pâturages. Pour cette raison, il est crucial de mieux comprendre leur écologie, afin d’adapter si nécessaire nos habitudes d’élevage pour mieux les protéger.


L’autrice remercie chaleureusement Pierre Jay-Robert, Freddie-Jeanne Richard et Alix Ortega, les co-auteurs de l’article scientifique qui a donné lieu à ce partage de connaissance avec le grand public.

The Conversation

Cloé Joly ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Une bouse de vache vaut-elle un crottin de cheval ? Les bousiers n’ont pas tous les mêmes préférences gustatives – https://theconversation.com/une-bouse-de-vache-vaut-elle-un-crottin-de-cheval-les-bousiers-nont-pas-tous-les-memes-preferences-gustatives-289166

Suplemento cultural: el museo y la moralidad

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Claudia Lorenzo Rubiera, Editora de Arte y Humanidades, The Conversation

Imagen de un vestido de John Galliano para Christian Dior expuesto en París, en La Galerie Dior. Lila Louisa/Shutterstock

Una versión de este texto se publicó por primera vez en nuestro boletín Suplemento cultural, un resumen quincenal de la actualidad cultural y una selección de los mejores artículos de historia, literatura, cine, arte o música. Si quiere recibirlo, puede suscribirse aquí.


Les confesaré que el último escándalo en el mundo de la moda me pilló en la playa y no me enteré del mismo hasta unos días después. Resulta que el Costume Institute del Museo Metropolitano de Nueva York anunció a principios de agosto cuál será la temática de la exposición temporal que se inaugurará en la primavera de 2027 y que corresponderá, previsiblemente, al enfoque de la próxima Met Gala.

El objeto de atención no es otro que el británico John Galliano. Galliano, diseñador estrella de la casa Dior durante quince años, cayó en desgracia después de aparecer en unos vídeos insultando, borracho, a una pareja en una terraza de París y, posteriormente, alabando la figura de Hitler. El racismo y antisemitismo de su actitud llevaron a que la marca francesa prescindiese de sus servicios y tras pedir perdón se mantuvo en un discreto segundo plano, incluso tras volver a diseñar para Maison Margiela. Galliano ha sido noticia recientemente también por firmar un contrato con Zara para trabajar sobre prendas de su archivo.

Que una persona con un pasado conflictivo haya sido elegida como figura central de la exposición del Metropolitan ha despertado no solo recelos sino también protestas activas. Sandra Bravo Durán explica en su artículo la grandeza de Galliano –“Si Galliano hubiera sido un diseñador menor, probablemente este debate no tendría la misma intensidad”– y también analiza certeramente la necesidad de abordar el reconocimiento de determinadas figuras teniendo en cuenta su creatividad y también su personalidad, en una reflexión que va mucho más allá de la moda.

Después de todo, como declara en la introducción de la pieza, “una exposición no es exactamente un premio y un museo no es un salón de la fama para figuras moralmente ejemplares”.

Las mujeres siguen muriendo

El caso de la guardia civil Laura Cruz, asesinada por su expareja en el cuartel de la Guardia Civil de Llanes después de más de una década de maltrato y acoso, ha demostrado lo difícil que todavía resulta para la justicia determinar y condenar actos de violencia machista reiterada. Cruz es una de las 36 mujeres asesinadas en España en 2026. En México, en 2025, se contabilizaron oficialmente 721 feminicidios, aunque las asociaciones cuadruplican o quintuplican esa cifra.

Es llamativo echar la vista atrás, a 1905, y ver cómo Benito Pérez Galdós ya se fijó en esta lacra y la desarrolló en su obra Bárbara. En ella consiguió “representar con singular profundidad los mecanismos psicológicos, emocionales y sociales del maltrato ejercido contra una mujer”. Es necesario que enfoques como los de Galdós sigan creciendo hasta permear toda la sociedad. La educación, el conocimiento y la empatía son la única forma de hacer entender que ningún hombre tiene derechos sobre la vida de ninguna mujer.

El K-pop vuelve a alzar la voz

Se acordarán de que Bad Bunny ganó a principios de año el premio a mejor álbum en los premios Grammy. Tal vez no se acuerden –pero ya lo mencionamos aquí– de que la Mejor Canción para Medios Audiovisuales recayó en “Golden”, el omnipresente tema de la película Las guerreras K-pop, haciendo que por primera vez una canción de ese género surcoreano se llevase uno de esos galardones.

Pues hace un par de meses los Grammy decidieron crear nuevas categorías, dos de ellas relacionadas con las músicas latina y asiática. Lo que algunos han visto como una forma de incluir géneros populares de otros continentes –no nos olvidemos de que los Grammy son esencialmente anglosajones–, otros han considerado que es una forma de relegar aquello que ahora domina el mercado global a categorías menores. Así al menos se lo ha tomado el grupo coreano BTS, que ha decidido no presentarse con su último álbum a los premios este año.

Aprovechamos esto para recuperar un artículo sobre el nacimiento del K-pop, su esencia disruptiva y cómo esta no es la primera vez –ni probablemente será la última– en la que BTS alce la voz para protestar contra algo que considera injusto.

El mix estival

Sigue el verano en el hemisferio norte del planeta así que traemos un popurrí de temas ideales para estas fechas.

Tenemos por un lado el texto –uno de los clásicos de The Conversation– en el que Ricardo Navarrete Franco compara zambullirse en el Ulises de Joyce con nadar en una playa de, pongamos, las Rías Baixas gallegas: “Se puede llevar una vida normal sin leer el Ulises. Y sin nadar. Sin embargo, hay algo que nos empuja mar adentro…”.

Si, a pesar de todo, seguimos sin atrevernos a entrar en el agua helada, siempre podemos atemperarnos en el chiringuito, con un refresco. El origen de estas palabras, y algunas otras que escuchamos con frecuencia en estos meses, es tan curioso como ingenioso.

Hace ya años, cuando Luis Fonsi y Daddy Yankee recomendaban aquello de ligar des-pa-ci-to, el filósofo Txetxu Ausín abogó por aplicar el estribillo no solo a los romances sino a la vida. Su elogio de la lentitud es perfecto para estos días en los que no solo vivimos con más calma sino que aspiramos a extender este ritmo al resto del año.

Un lugar en el que definitivamente los expertos recomiendan tranquilidad es el museo. Aunque muchos aprovechamos la visita a otras ciudades para empaparnos de su cultura y sus riquezas, a veces, como dice el refrán, “quien mucho abarca poco aprieta”.

Y de la lentitud pasamos a velocidad. La mítica Ruta 66 cumple 100 años y en medio de las celebraciones hay quien se plantea si hay razón para tanto aniversario. Después de todo, durante varias décadas una gran parte de la población estadounidense no pudo disfrutar ni de los restaurantes ni de los moteles de esa famosa carretera. ¿La razón? Su tono de piel.

The Conversation

– ref. Suplemento cultural: el museo y la moralidad – https://theconversation.com/suplemento-cultural-el-museo-y-la-moralidad-288829

Contre le gaspillage alimentaire, une réduction suffit-elle ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Gabriel Van-Ha Luong, Professeur de marketing, PSB Paris School of Business


L’ESSENTIEL

  • Face au gaspillage alimentaire, des plateformes mettent en relation consommateurs et commerçants ou artisans qui vendent à prix réduit leurs produits non écoulés.

  • Le rapport qualité-prix arrive en tête des motivations des acheteurs, mais d’autres facteurs entrent aussi en ligne de compte.

  • Cette pratique est également l’illustration d’une nouvelle manière de consommer.


Si un prix réduit peut inciter à acheter un panier d’invendus, suffit-il à renouveler l’expérience ? L’exemple de l’application antigaspillage alimentaire Too Good To Go permet à notre étude de mettre en évidence quatre variables qui vont influencer le résultat : le rapport qualité-prix, la nouveauté, la contribution environnementale perçue et le sentiment de communauté. Leur combinaison peut transformer un achat ponctuel en pratique que l’on souhaite poursuivre et même partager.

À 18 h 30, Claire réserve sur l’application antigaspillage Too Good To Go, un « panier surprise » proposé par une boulangerie de son quartier avant la fermeture. Elle repart avec du pain, deux pâtisseries et un sandwich présentés comme des invendus. La réduction l’a attirée.

Pourtant, lorsqu’elle raconte son expérience à une amie, elle ne parle pas seulement de l’argent économisé. Elle évoque une boulangerie devant laquelle elle passait sans jamais entrer, de nouvelles saveurs et les quelques mots échangés avec le commerçant. Elle a aussi la satisfaction de penser que les aliments qu’ils proposent ne finiront peut-être pas à la poubelle.

Claire n’existe pas vraiment, mais ce qu’elle a vécu est réel : c’est un personnage composite, inspiré de situations récurrentes, dans les avis que nous avons analysés.

Rendre l’antigaspillage concret

Face aux quantités de nourriture jetées, il est difficile de percevoir l’effet d’une décision individuelle. Les applications antigaspillage rapprochent cet enjeu du quotidien en l’intégrant à un acte aussi ordinaire que l’achat d’un repas.




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Comment expliquer le succès des applis anti-gaspi ?


Too Good To Go constitue un terrain intéressant pour observer ce mécanisme. La plateforme met en relation des consommateurs et des commerces qui vendent à prix réduit leurs produits non écoulés. Le contenu du panier étant généralement inconnu, une même transaction peut combiner économie, exploration et impression de participer à la réduction du gaspillage.

Pour comprendre ce qui conduit les utilisateurs à poursuivre l’expérience, nous avons analysé 20 000 avis publiés sur Google Play et sur l’App Store, soit plus de 448 000 mots. Une analyse qualitative assistée par de grands modèles de langage (LLM) nous a permis d’en dégager les thèmes récurrents. Les relations entre les motivations ainsi identifiées ont ensuite été testées quantitativement auprès de 534 utilisateurs actifs.

Les quatre dimensions de l’antigaspi

Avec 4 554 mentions dans les avis positifs, le rapport qualité-prix arrive en tête. Notre enquête confirme qu’il s’agit du facteur le plus fortement associé à l’engagement émotionnel. L’incitation économique ne doit donc pas être minimisée. Elle rend la pratique accessible à davantage de personnes. Elle rappelle aussi qu’intérêt personnel et préoccupation environnementale ne sont pas incompatibles : un consommateur peut vouloir économiser tout en cherchant à limiter le gaspillage.

La nouveauté, mentionnée 3 461 fois, dépasse l’effet de surprise lié au contenu du panier. Les utilisateurs découvrent de nouveaux aliments, de nouvelles saveurs, des commerces inconnus et parfois des cuisines issues d’autres cultures. Une personne peut ainsi entrer pour la première fois dans une boutique située à quelques rues de chez elle ou goûter un plat qu’elle n’aurait jamais choisi.

La contribution environnementale perçue apparaît dans 2 599 avis. Elle correspond au sens écologique que l’utilisateur attribue à son geste : il a le sentiment de participer à la réduction du gaspillage. Cette perception peut lui procurer de la satisfaction et de la fierté, sans connaître exactement la mesure objective de l’impact obtenu.

Enfin, le sentiment de communauté est présent dans 1 293 avis. Il ne se limite pas à l’appartenance abstraite à un mouvement antigaspillage. Il peut aussi naître d’expériences locales : rencontrer un commerçant, mieux connaître les acteurs de son quartier, soutenir leur activité ou contribuer à un effort partagé.

Grâce à la découverte de nouvelles saveurs et de nouvelles adresses, Claire apprend aussi à mieux connaître ceux qui font vivre son quartier. Lorsqu’elle raconte son expérience, elle peut également faire connaître un commerce et donner à d’autres l’envie de l’essayer. Ensemble, ces quatre valeurs nourrissent un engagement affectif, fortement associé à l’intention de continuer à utiliser le service et de le recommander.

Ces résultats confirment une étude antérieure sur Too Good To Go, qui relevait des bénéfices fonctionnels, émotionnels et sociaux. Ils montrent aussi que ces valeurs favorisent l’engagement émotionnel, puis la poursuite de l’utilisation et la recommandation du service.

Le prix attire, mais ne suffit pas

Pour les entreprises, l’enjeu est de ne pas réduire l’antigaspillage à une promotion. Une meilleure offre pourrait rapidement détourner les utilisateurs si leur seule motivation était financière. La découverte, le sentiment d’utilité et le lien social peuvent prolonger l’impulsion suscitée par le prix.

Les entreprises peuvent, par exemple, faire connaître des produits ou des acteurs locaux, créer des liens entre les personnes et montrer comment chacun contribue à un effort collectif. Les campagnes de sensibilisation peuvent également mobiliser le plaisir et la fierté d’agir, plutôt que de s’appuyer uniquement sur la culpabilité ou le devoir.

Engager ne signifie toutefois pas seulement fidéliser ou encourager davantage d’achats. Une entreprise qui se présente comme responsable doit aussi aider les consommateurs à comprendre le problème auquel elle prétend répondre. Cela suppose de communiquer clairement sur les résultats obtenus, les méthodes utilisées pour les calculer et les limites de son action.

Une promesse à rendre vérifiable

Une expérience agréable ne garantit pas son bénéfice environnemental. Too Good To Go estime notamment son impact en supposant que les produits collectés sont de véritables surplus et que leur consommation remplace l’achat d’une quantité équivalente de nourriture. Ces hypothèses permettent d’effectuer un calcul global, mais ne décrivent pas nécessairement chaque panier.

BFM, 2025.

Des questions demeurent donc : que seraient devenus les aliments s’ils n’avaient pas été vendus sur l’application ? Leur achat remplace-t-il réellement un autre repas ? Quelle quantité est consommée finalement ?

La prévention doit également rester prioritaire. Lorsque les surplus ne peuvent pas être évités, leur redistribution limite certaines pertes. Mais leur vente ne dispense pas les commerces de mieux ajuster leur production en amont. Too Good To Go est ainsi étudié comme un dispositif susceptible de stimuler l’engagement, et non comme une solution dont tous les effets seraient garantis.

De la gêne à la fierté de consommer autrement

La question dépasse l’antigaspillage alimentaire. Acheter un vêtement d’occasion, choisir un produit proche de sa date limite ou réserver une offre de dernière minute peut encore être perçu comme un choix dicté par le manque de moyens.

Pourtant, ces pratiques peuvent aussi permettre d’explorer, de créer des liens et de se sentir utile. Ce changement de regard est important. Un achat auparavant dissimulé ou dévalorisé peut désormais devenir un choix assumé, source de satisfaction et de fierté.

Dès lors, comment les entreprises peuvent-elles transformer des pratiques de consommation encore perçues comme contraintes en expériences que les consommateurs auront envie d’assumer, de renouveler et de partager ?

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Contre le gaspillage alimentaire, une réduction suffit-elle ? – https://theconversation.com/contre-le-gaspillage-alimentaire-une-reduction-suffit-elle-288755

El terremoto de Granada no fue un evento excepcional: ¿qué riesgo sísmico hay en el sureste de España?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Patricio Venegas Aravena, Profesor e investigador de física aplicada, Universidad Loyola Andalucía

Destrozos causados por el terremoto de Granada. RTVE

La península ibérica presenta una actividad sísmica considerable y la provincia de Granada está entre las regiones sísmicamente más activas. El reciente terremoto del 15 de agosto de 2026, bastante cercano a la ciudad de Granada (entre 10 a 15 km), tuvo una magnitud –Mw– de 5.2 y una profundidad de pocos kilómetros, según el US Geological Survey.

Es importante entender cómo se describen los terremotos. La magnitud cuantifica la energía liberada y, por lo tanto, constituye una medida única del evento. En cambio, la intensidad describe sus efectos observados en diferentes localidades. Por ello, puede variar espacialmente alrededor del epicentro. A diferencia de la magnitud, la intensidad emplea números romanos, desde I hasta XII. Estos valores aumentan conforme aumenta la severidad de los efectos.

Intensidad V, daños moderados

Según el Instituto Geográfico Nacional (IGN), Granada alcanzó intensidad V, que corresponde a una sacudida fuerte y claramente perceptible. También pueden aparecer daños menores en estructuras vulnerables y el desprendimiento de material o escombros en zonas peatonales. Sin embargo, no implica daños estructurales generalizados.

En cuanto a los valores de velocidad a la que viajan las ondas de energía a través de la tierra, podría haber alcanzado varios centímetros por segundo. Estimaciones preliminares del IGN sitúan estos valores alrededor de cinco centímetros por segundo –aunque futuros análisis podrían modificar los resultados preliminares de velocidad del suelo e intensidad–.

Los terremotos del sur de España

El terremoto de Granada no fue un evento aislado, ya que comparte muchas similitudes con otro que ocurrió a unos 170 km al este en 2011: el terremoto de Lorca. Este último tuvo una magnitud, una profundidad y una intensidad ligeramente superiores a las del reciente evento de Granada. Dejó 9 fallecidos y daños en el 80 % de la ciudad.

Gráfico de las consecuencias de los seísmos de Lorca en 2011. La imagen muestra el epicentro de los terremotos, áreas con edificios dañados y las personas fallecidas.
Ecelan / Wikimedia Commons., CC BY-SA

Ambos generaron daño localizado (a unos 100 km a la redonda), lo que contrasta con otros sucesos del pasado, como el gran terremoto de Lisboa de 1755 (de magnitud cercana a Mw9), cuyos efectos se extendieron por toda la península ibérica.

Así que la Península no está exenta de peligro sísmico –un concepto que describe la probabilidad de que el suelo alcance determinados niveles de sacudida en un lugar determinado–. De hecho, la actualización periódica de los mapas que representan la peligrosidad sísmica de España es una de las acciones más importantes que desarrolla el Instituto Geográfico Nacional en el marco de sus competencias en el campo de la sismología.

A más tiempo sin terremotos, más energía acumulada

Si bien los grandes eventos, como el de Lisboa, son más catastróficos –pueden producir hasta tsunamis y el colapso de grandes estructuras–, los de tamaño moderado (como los de Lorca y Granada) ocurren de forma más recurrente.

Esto tiene que ver con uno de los principios de la sismología: la ley de Gutenberg-Richter, según la cual los terremotos de magnitud moderada (como 4 o 5, similares a los que suelen ocurrir en el sureste de España) son más frecuentes que los grandes terremotos (como el de Lisboa). Esta diferenciación ocurre por el tiempo de acumulación de energía, el cual es considerablemente mayor para terremotos de gran tamaño.

Cada cuánto ocurren

El sureste español presenta actividad sísmica recurrente que afecta especialmente las cordilleras Béticas orientales, incluyendo ciudades como Granada, Murcia y zonas próximas, ya que comprende numerosas fallas tectónicamente activas.

Según un estudio reciente sobre la recurrencia estadística regional –es decir, un análisis sobre cada cuánto tiempo ocurre un terremoto de tal magnitud–, dicha zona tiene una tasa anual de sismicidad cercana a 0.63 para eventos de magnitud 4 o superior. Esto corresponde aproximadamente a un terremoto de magnitud 4 cada 1.6 años (la fórmula es T = 10M-3.8, donde T es el tiempo de recurrencia y M la magnitud).

La extrapolación proporciona tiempos mayores para magnitudes superiores. Por ejemplo, para un terremoto de magnitud 5 (como el de Lorca o Granada) es de esperar que haya un evento cada dieciséis años. Para terremotos de magnitud mayor a 6, este intervalo es de 160 años.

…y dónde los esperamos en la península ibérica

Para trasladar estos tiempos a la realidad del riesgo sísmico, es fundamental diferenciar la naturaleza de las rupturas. El catálogo del Instituto Geográfico Nacional (IGN) identifica en el sureste peninsular más de 10 terremotos superficiales históricos de magnitud similar o mayor a 6 y, al comparar estos eventos con las previsiones de recurrencia estadística, el margen de error puede variar.

Impreso realizado en Colonia, Alemania, en 1523 informando acerca de la destrucción de Almería por el terremoto de 1522.
Wikimedia Commons.

Por ejemplo, en las proximidades de Valencia, el terremoto de Estubeny de 1748 superó el intervalo de recurrencia estimado para un evento de magnitud similar (aproximadamente 251 años, frente a los 278 que transcurrieron en realidad). En Almería, el caso del terremoto de Alhama de 1522 (Mw∼6.5) resulta especialmente llamativo: en el presente, han transcurrido unos 504 años, cifra que prácticamente coincide con los ~501 años de recurrencia estadística estimados para esa magnitud.

A ello se suma que las mayores velocidades de deformación cortical de las Béticas orientales se concentran hacia el sector de Almería y Murcia, donde llegan a 1–2 mm/año. Esto indica una mayor acumulación actual de deformación tectónica y, potencialmente, una mayor capacidad para generar terremotos moderados en estos sectores.

Aunque estos datos no permiten predecir cuándo ocurrirá el próximo, habría que poner atención a Granada, Almería y Murcia –sobre todo, estas dos últimas–, por la combinación de actividad sísmica histórica y deformación cortical actual. También hay que poner atención a Valencia, ya que presenta un tiempo transcurrido particularmente elevado respecto de su recurrencia estadística.

The Conversation

Patricio Venegas Aravena no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. El terremoto de Granada no fue un evento excepcional: ¿qué riesgo sísmico hay en el sureste de España? – https://theconversation.com/el-terremoto-de-granada-no-fue-un-evento-excepcional-que-riesgo-sismico-hay-en-el-sureste-de-espana-289907

De pequeña, los talibanes me prohibieron ir al colegio en Afganistán. Ver cómo vuelve a pasar es desgarrador

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Ghazaal Habibyar, PhD Candidate, Faculty of Social Sciences, L’Université d’Ottawa/University of Ottawa

En agosto de 2021, los talibanes volvieron a tomar Kabul y, en cuestión de semanas, impidieron que las niñas asistiesen a la escuela más allá de sexto (11-12 años). Cinco años después, la restricción sigue vigente.

Afganistán continúa siendo el único país del mundo que prohíbe oficialmente a las niñas y a las mujeres acceder a la educación secundaria y superior. Desde entonces, a las mujeres afganas también se les ha prohibido trabajar en la mayoría de los sectores en los que antes estaban empleadas, desde los trabajos públicos hasta las organizaciones de ayuda humanitaria nacionales e internacionales.

A unas 2,2 millones de adolescentes se les ha impedido asistir a la escuela secundaria durante casi 1 800 días. Un análisis de UNICEF de 2026 prevé que Afganistán perderá hasta 20 000 profesoras y 5 400 trabajadoras sanitarias de aquí a 2030, y se estima que las restricciones ya le están costando al país unos 84 millones de dólares al año.

Desde septiembre de 2025, las fuerzas talibanes también han prohibido a las mujeres afganas –incluido el personal de las Naciones Unidas– el acceso a las oficinas de la ONU. En enero de 2026, las funcionarias públicas perdieron incluso el salario reducido que recibían desde 2021 por quedarse en casa.

Ya vi cómo ocurría algo parecido una vez, cuando era una niña en 1996, la última vez que los talibanes tomaron Kabul.

Lo que más me impacta de esta segunda prohibición no es que haya vuelto a ocurrir, sino que la falta de reacción internacional esta vez no se deba a una falta de concienciación. Todo el mundo sabe lo que les está pasando a las niñas afganas. El fracaso radica en que ese conocimiento no ha supuesto ningún coste real para los talibanes.

Lo que han construido las mujeres afganas

A los pocos días de la toma del poder, las mujeres afganas salieron a las calles de Kabul coreando “Pan, trabajo, libertad”, una reivindicación que han seguido planteando desde entonces, asumiendo un riesgo personal real. Este grito de guerra, que las define, reclama derechos humanos básicos: educación y empleo frente a la exclusión sistémica de la vida pública.

Grupos de mujeres afganas han organizado protestas durante todo ese tiempo, a pesar de que las participantes han denunciado detenciones, torturas y asesinatos como respuesta, reacciones tan severas que han obligado a que gran parte de su labor de resistencia se realice en la clandestinidad.

Porque, aunque en febrero de 2026 las niñas volvieron a salir a las calles de Kabul a exigir educación, protestar se ha vuelto demasiado peligroso. Así, las mujeres afganas han creado algo más discreto: redes informales de escuelas clandestinas, gestionadas desde sus propios hogares, que imparten clases a niñas que, de otro modo, no tendrían acceso alguno a un aula.

Esta resistencia no se lleva a cabo porque sea fácil o segura. Se lleva a cabo porque nadie más lo ha hecho por ellas, y hay que hacerlo.

Además de las protestas y la educación clandestina, las organizaciones de mujeres afganas también se han dedicado a documentar lo que está pasando. En junio de 2026, investigadores del Instituto para las Mujeres, la Paz y la Seguridad de la Universidad de Georgetown contabilizaron 264 decretos talibanes que afectan a los derechos humanos desde 2021, 166 de los cuales se dirigen específicamente a las mujeres y las niñas.

La respuesta internacional se queda corta

El principal canal para el diálogo internacional con el Gobierno del país es el Proceso de Doha, liderado por la ONU. Desde 2023 se han celebrado múltiples rondas de conversaciones con representantes de los talibanes con el objetivo de lograr la reintegración definitiva de Afganistán en la comunidad internacional: la normalización de las relaciones diplomáticas, el reconocimiento formal del Gobierno talibán y el retorno del país a una participación normal en las instituciones internacionales y el comercio.

Por insistencia de los talibanes, las mujeres y los grupos de la sociedad civil afgana han sido excluidos de las negociaciones principales, reuniéndose por separado y al margen de las mismas. Sima Samar, expresidenta de la Comisión Independiente de Derechos Humanos de Afganistán, ha argumentado que, al aceptar las condiciones de participación impuestas por los talibanes, la ONU corre el riesgo de legitimar indirectamente precisamente las políticas a las que dice oponerse.

Georgette Gagnon, representante especial adjunta de la ONU y responsable de la Misión de Asistencia de las Naciones Unidas en Afganistán, defendió lo contrario en esa misma sesión: que sigue siendo necesario un compromiso continuo, basado en principios pero pragmático, incluso cuando los avances son graduales.

Ese desacuerdo, que se manifiesta en la propia tribuna de la ONU, pone de manifiesto la trampa que las mujeres afganas llevan años describiendo: se emiten regularmente declaraciones que expresan la preocupación internacional y que no le cuestan nada a los talibanes.

Esfuerzos globales

En septiembre de 2024, Australia, Canadá, Alemania y los Países Bajos invocaron formalmente las obligaciones de Afganistán en virtud de la CEDAW, la convención de la ONU contra la discriminación de la mujer que Afganistán ratificó en 2003. Se trata de una iniciativa verdaderamente significativa, ya que es la primera vez que unos Estados intentan que otro rinda cuentas ante el tribunal más alto del mundo por discriminación de género.

Pero, dos años después, el caso aún no ha llegado a la Corte Internacional de Justicia (CIJ). Una declaración suscrita por grupos de la sociedad civil con motivo del primer aniversario de la iniciativa la ha descrito como un esfuerzo que podría culminar finalmente en un caso ante la CIJ, no como uno que ya lo haya logrado.

Cuando los Países Bajos y Canadá interpusieron un caso similar contra Siria por torturas, fueron avanzando por cada una de las etapas sin retrasos. Una vez que las negociaciones se estancaron en 2022, solicitaron sin demora el arbitraje. Al no responder Siria en el plazo exigido de seis meses, presentaron la demanda ante la CIJ en 2023 y obtuvieron una resolución vinculante.

Tras invocar el mismo mecanismo contra Afganistán, no se ha alcanzado ningún hito equivalente. Las negociaciones, si es que han fracasado, no han dado paso de forma visible a una solicitud de arbitraje, y el caso sigue en el punto de partida.

Las mujeres afganas, y los Estados que asumieron este compromiso en su nombre, merecen la misma urgencia procesal que llevó el caso de Siria hasta su resolución.

La magnitud de lo que esta inacción ha permitido está bien documentada.

Reflexiones personales

Reconozco todo esto porque ya viví una versión de ello en otra ocasión.

En 1996, era una niña a la que le faltaban unas semanas para los exámenes finales cuando los talibanes tomaron Kabul. Aquella noche, sin electricidad, nos reunimos alrededor de una radio y oímos que nos habían promocionado al curso siguiente, pero que las escuelas permanecerían cerradas para las niñas hasta nuevo aviso.

Al principio, no entendí lo que eso significaba. Como joven estudiante, me alegré de que se cancelaran los exámenes finales, así que corrí a contárselo a mi abuela. En medio de un pasillo oscuro, sin embargo, me di cuenta: no podría ir más al colegio. Me senté y lloré.

Pero tuve suerte.

Mis padres nos trasladaron a mi hermana y a mí a Pakistán para que pudiéramos seguir estudiando, una decisión que muchas familias afganas no podían permitirse. De hecho, nosotros tampoco. Fueron mis tías y tíos, que vivían en el extranjero, quienes financiaron nuestros estudios.

Algunas de mis amigas no pudieron terminar la escuela y, por lo que sé, en lugar de eso las casaron. Yo conseguí convertirme en la primera mujer en ocupar el cargo de directora, luego viceministra y, posteriormente, ministra en funciones de Minas y Petróleo en el Gobierno afgano.

La situación cambió para mi generación, pero nada garantiza que vaya a ser así para esta; la concienciación por sí sola no bastará para lograrlo.

Las mujeres afganas han pasado los últimos cinco años demostrando que no han aceptado esta prohibición como algo permanente. Vale la pena preguntarse por qué el resto del mundo se ha conformado con mucho menos que eso.

The Conversation

Ghazaal Habibyar no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. De pequeña, los talibanes me prohibieron ir al colegio en Afganistán. Ver cómo vuelve a pasar es desgarrador – https://theconversation.com/de-pequena-los-talibanes-me-prohibieron-ir-al-colegio-en-afganistan-ver-como-vuelve-a-pasar-es-desgarrador-289902

El planeta donde un amanecer podría durar años: así desafía HD 80606 b nuestra idea del tiempo

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Carlos Vázquez Monzón, Profesor Ayudante Doctor, especializado en Astrofísica y Astrodinámica, Universidad Loyola Andalucía

Simulación a partir de observaciones del exoplaneta HD 80606b por el telescopio espacial Spitzer. NASA/JPL-Caltech, CC BY

Cuando pensamos en un día, solemos imaginar algo universal: unas horas de luz, unas horas de oscuridad y un ciclo que se repite con regularidad. Sin embargo, fuera del Sistema Solar existen mundos donde el concepto mismo de día adquiere dimensiones difíciles de imaginar.

Uno de los ejemplos más fascinantes es HD 80606 b, un planeta situado a unos 190 años luz de la Tierra cuya órbita desafía nuestra intuición. Cada 111 días pasa a menos de 4,5 millones de kilómetros de la superficie de su estrella (la Tierra se encuentra, en promedio, a 149,6 millones de kilómetros del Sol). Su caso nos permite explorar cómo podrían ser los ciclos de luz y oscuridad –sus “días”– en algunos de los entornos más extremos conocidos.

Cuando un planeta casi queda atrapado por su estrella

La mayoría de los exoplanetas gigantes descubiertos muy cerca de sus estrellas están sometidos a intensas fuerzas gravitatorias. Con el tiempo, estas fuerzas actúan como un freno que reduce progresivamente su velocidad de rotación.

El resultado suele ser el llamado acoplamiento por marea: el planeta termina mostrando siempre la misma cara a su estrella, igual que la Luna muestra siempre la misma cara a la Tierra. En ese estado, el período de rotación y el período orbital coinciden. En un planeta así, una cara viviría un día perpetuo, mientras que la otra permanecería en una noche permanente.

Órbitas con excentricidad 0,5. Se aprecia que son altamente excéntricas debido a su forma significativamente ovalada.
Philip D. Hall/Wikimedia Commons

Sin embargo, la naturaleza no siempre conduce a situaciones tan simples. HD 80606 b parece encontrarse en un estado intermedio. Las mareas han frenado su rotación, pero su órbita es tan excéntrica que probablemente ha evitado alcanzar el bloqueo completo.

Una órbita extrema

La excentricidad orbital de HD 80606 b es tan elevada que suele equipararse a la trayectoria de un cometa más que a la de un planeta gigante. Durante buena parte de su año permanece enormemente alejado de su estrella, pero cuando se acerca a su estrella (periastro) lo hace a una gran velocidad. Cada aproximación a la estrella lo comprime y estira, disipando energía en forma de calor y modificando lentamente su rotación. La atmósfera también responde de forma espectacular . En cuestión de horas, la temperatura puede aumentar varios cientos de grados.




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Comparación de la órbita de HD 80606 b con los planetas interiores del sistema solar.
NASA

Mientras que la órbita terrestre es casi circular, la de HD 80606 b es una de las más alargadas conocidas entre los exoplanetas. Durante el periastro recibe cientos de veces más energía que cuando se encuentra en las regiones más alejadas de su órbita. Esta variación extrema dificulta que alcance una sincronización perfecta entre rotación y traslación. En este caso, según los modelos que se realizan en astrofísica, puede producirse lo que conocemos como rotación pseudo-síncrona. El planeta gira lentamente sobre sí mismo, influido por las mareas, sin quedar completamente inmovilizado respecto a su estrella.

En la Tierra, las estaciones se desarrollan a lo largo de meses debido a pequeñas variaciones de la radiación solar. En HD 80606 b ocurre algo mucho más extremo: el planeta experimenta una especie de “ola de calor global” cada vez que pasa cerca de su estrella. Los vientos podrían alcanzar velocidades de varios kilómetros por segundo mientras la atmósfera intenta redistribuir el calor recibido.

¿Cómo sería un día allí?

Nadie ha observado directamente el ciclo día-noche de HD 80606 b. Sin embargo, la física permite imaginar escenarios muy distintos de los terrestres.

HD 80606 b es un gigante gaseoso, por lo que un observador hipotético no podría situarse sobre una superficie sólida. Sin embargo, si pudiera flotar en alguna capa estable de la atmósfera, contemplaría un cielo dominado por una estrella mucho más brillante de lo que vemos desde la Tierra. El observador vería esa estrella avanzar lentamente por el cielo. Dependiendo de la velocidad exacta de rotación y de la geometría de la órbita, los amaneceres y atardeceres podrían prolongarse durante días, semanas o incluso años.




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El mediodía también podría resultar ambiguo. En determinados momentos, la combinación entre la rotación del planeta y su velocidad orbital podría hacer que la estrella pareciera ralentizarse en el cielo o incluso invertir temporalmente su movimiento aparente.

El espectáculo sería una estrella casi inmóvil durante largos periodos que, de repente, parece desplazarse con rapidez mientras el planeta atraviesa la parte más extrema de su órbita.

Amanecer en un exoplaneta.
NASA/Ames Research Center/Daniel Rutter

El tiempo no es igual en todos los mundos

La duración del día es una de las propiedades planetarias más diversas que conocemos.

En el Sistema Solar encontramos ejemplos relativamente moderados: unas 10 horas en Júpiter, 24 horas en la Tierra y 243 días terrestres en Venus. Los exoplanetas amplían enormemente ese abanico de posibilidades.

Muchos de los mundos descubiertos alrededor de estrellas pequeñas podrían estar completamente bloqueados por marea. Otros, como HD 80606 b, podrían encontrarse en estados intermedios en los que el día sigue existiendo, pero transcurre a un ritmo extraordinariamente lento.

En otros rincones de la galaxia, los soles tardan meses o incluso años en completar su recorrido por el cielo del planeta. Aún no podemos observar directamente un amanecer en estos mundos, pero nos muestran que conceptos que consideramos cotidianos, como un día o una noche, son solo circunstancias astronómicas.

The Conversation

Carlos Vázquez Monzón no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. El planeta donde un amanecer podría durar años: así desafía HD 80606 b nuestra idea del tiempo – https://theconversation.com/el-planeta-donde-un-amanecer-podria-durar-anos-asi-desafia-hd-80606-b-nuestra-idea-del-tiempo-284673

¿Están los hijos de padres divorciados destinados a repetir la historia?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Laura Viqueira Gutiérrez, Directora Máster Formación Profesorado Secundaria, Universidad Internacional de Valencia

Studio Romantic/Shutterstock

“Mis padres se divorciaron cuando yo era pequeño. ¿Significa eso que mi relación de pareja también está destinada a fracasar?” Esta es una pregunta que muchas personas se hacen al llegar a la edad adulta. La idea de que crecer en una familia en la que los padres se separaron marca de forma inevitable la manera de amar y de construir relaciones estables sigue muy presente en el imaginario colectivo.

Y no es una preocupación sin fundamento. Desde hace décadas, las investigaciones muestran que las personas cuyos padres se divorciaron durante la infancia presentan, en promedio, una mayor probabilidad de experimentar dificultades en sus relaciones de pareja. De hecho, un estudio encontró que el divorcio de los progenitores duplicaba aproximadamente la probabilidad de que los hijos repitieran esa conducta en la edad adulta.

No es un destino inexorable

Sin embargo, este aumento del riesgo refleja una tendencia observada en grandes grupos de población y no implica que la ruptura de los padres determine inevitablemente el futuro de cada persona.

La razón es que el divorcio, por sí solo, no explica cómo serán las relaciones afectivas de los hijos. La investigación señala que variables como el nivel de conflicto entre los progenitores, la calidad del vínculo que mantienen con sus hijos, la estabilidad familiar tras la separación o el apoyo emocional recibido durante la infancia tienen un peso igual o incluso mayor que la propia separación.

Por ello, crecer en un hogar con elevados niveles de conflicto puede resultar más perjudicial para el bienestar y el desarrollo socioemocional que una ruptura en la que los progenitores consiguen mantener una relación respetuosa y cooperativa.

Experiencias que moldean el cerebro

En psicología, una de las explicaciones más aceptadas es que las primeras experiencias familiares influyen en la forma en que aprendemos a relacionarnos con los demás. A través de la convivencia con nuestros padres desarrollamos expectativas sobre la confianza, la comunicación, la resolución de conflictos o el compromiso.

Lo cierto es que, desde el punto de vista del neurodesarrollo, las experiencias familiares durante la infancia no solo influyen en la manera en que interpretamos las relaciones, sino también en cómo respondemos al estrés y a las emociones. Durante los primeros años de vida, el cerebro presenta una gran capacidad de adaptación —conocida como plasticidad cerebral—, por lo que las experiencias repetidas ayudan a moldear los circuitos implicados en la regulación emocional, la confianza y la respuesta al conflicto.

Esto no significa que el divorcio “cambie el cerebro”. La evidencia científica apunta a que es la exposición mantenida a un ambiente familiar muy conflictivo o estresante la que puede alterar el funcionamiento de sistemas relacionados con la respuesta al estrés, como el eje hipotálamo-hipófisis-suprarrenal, y de regiones cerebrales implicadas en el procesamiento emocional, como la amígdala y la corteza prefrontal.

Estos cambios pueden hacer que algunas personas sean más sensibles a las señales de amenaza, tengan mayores dificultades para regular sus emociones o reaccionen con más intensidad ante los conflictos interpersonales.

La buena noticia es que estos procesos no son irreversibles. Gracias a la plasticidad cerebral, las experiencias posteriores también pueden modificar el funcionamiento de estos circuitos. Un entorno seguro, relaciones afectivas estables, modelos de vínculo saludables e, incluso, la intervención psicológica cuando es necesaria pueden fortalecer las estrategias de regulación emocional y favorecer formas más seguras y satisfactorias de relacionarse.

Recomendaciones a la luz de la ciencia

La investigación de las últimas décadas ha permitido responder a una pregunta clave: ¿qué ayuda a que los hijos se adapten mejor tras el divorcio de sus progenitores?

Según estos estudios, la cooperación entre los progenitores, una comunicación respetuosa, el mantenimiento de vínculos afectivos seguros con ambos padres, la estabilidad en las rutinas familiares y el apoyo emocional actúan como factores de protección. Estos elementos se asocian con una mejor adaptación psicológica y social de los hijos y pueden reducir el impacto que la separación tiene sobre su bienestar.

Por el contrario, la exposición prolongada a conflictos intensos, descalificaciones o un clima familiar hostil se asocia a un mayor riesgo de dificultades de salud mental, como ansiedad o síntomas depresivos, problemas de conducta, dificultades en las relaciones sociales, un descenso temporal del rendimiento académico o un consumo problemático de alcohol y otras sustancias durante la adolescencia. No obstante, estas asociaciones dependen en gran medida de la calidad de las relaciones familiares, del apoyo emocional recibido y de los recursos personales y sociales con los que cuenten los hijos.

En definitiva, conocer nuestra historia puede ayudarnos a comprendernos mejor, pero no determina quiénes seremos ni cómo construiremos nuestras relaciones. Aunque la infancia influye, el futuro también se construye a partir de las experiencias, las decisiones y los vínculos que desarrollamos a lo largo de la vida.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

– ref. ¿Están los hijos de padres divorciados destinados a repetir la historia? – https://theconversation.com/estan-los-hijos-de-padres-divorciados-destinados-a-repetir-la-historia-288850