Rassemblement national/Reform UK : mêmes combats ?

Source: The Conversation – in French – By Alma-Pierre Bonnet, Senior Lecturer in British Studies, Université Jean Moulin Lyon 3


L’ESSENTIEL

  • Présent lors du dernier congrès de Reform UK, parti donné gagnant aux prochaines législatives au Royaume-Uni, le président du RN Jordan Bardella a souligné les nombreux points d’accord entre les deux formations.

  • Toutes deux dénoncent une immigration assimilée à une invasion, se posent en protectrices de la culture et des valeurs de leurs pays respectifs, et se montrent très critiques vis-à-vis des mesures environnementales, dans lesquelles elles voient des manifestations d’« écologie punitive ».

  • Leurs registres lexicaux et rhétoriques, souvent proches, ne sont cependant pas identiques, comme le montre l’analyse linguistique de leurs documents programmatiques.


Les rapports entre le Rassemblement national (RN) et Reform UK n’ont pas toujours été cordiaux. En 2014, alors à la tête du parti UKIP, Nigel Farage avait refusé de former une alliance avec le RN, dénonçant son ADN antisémite et son approche économique qu’il jugeait incompatible avec ses velléités libérales. Mais de l’eau a coulé sous les ponts depuis et même si la méfiance reste de mise, on observe un rapprochement entre les deux formations, qui s’est matérialisé avec le discours de Jordan Bardella au congrès annuel de Reform UK, ce 4 septembre, durant lequel un « protocole d’accord » symbolique a été signé par les deux dirigeants.

Le RN et Reform UK (successeur du Brexit Party et dont les racines idéologiques proviennent d’UKIP, avec Nigel Farage comme dénominateur commun) sont généralement classés dans la catégorie des partis populistes de droite radicale, car ils s’inspirent du même courant idéologique, le national-populisme, qui entend prioriser la culture et les intérêts de la nation tout en promettant de redonner une voix à un peuple qui se sent négligé par des élites distantes.

Dès lors, l’opposition à l’immigration de masse est leur fonds de commerce. Toutefois, Tim Bale, de l’Université Queen Mary de Londres, explique qu’aujourd’hui leurs points d’accord ne se réduisent pas à la question migratoire. Ils s’étendent notamment au rejet viscéral du « wokisme » et à la résistance aux politiques environnementales visant la neutralité carbone.

Mais comment cela se traduit-il dans leurs programmes respectifs ? Utilisent-ils les mêmes arguments ? L’étude de leurs manifestes politiques grâce à la linguistique de corpus et sous l’angle de la prosodie sémantique – c’est-à-dire des associations positives, négatives ou émotionnelles que les mots prennent selon leur contexte – révèle de nombreuses similarités sur le fond, tout en mettant en lumière deux approches rhétoriques différentes.

Combattre la « vague migratoire »

La métaphore de l’eau est une constante du discours populiste pour désigner la difficulté à endiguer l’immigration de masse.

Reform UK l’insère dans le roman national britannique en utilisant l’imagerie rassurante des falaises de Douvres qui protègent le pays contre la « menace » provenant du continent depuis près de mille ans. Dans le manifeste de 2024, l’immigration est le premier sujet abordé, avec le titre « Uncontrolled Immigration has Pushed Britain to Breaking Point » (« L’immigration incontrôlée a poussé la Grande-Bretagne au point de rupture ») et l’image des falaises (photo 1).

On voit un lien direct avec la rhétorique du Brexit grâce au terme « Breaking Point » qui fait référence à une affiche utilisée par Farage lors de la campagne référendaire en 2016, montrant un flot de migrants supposément sur le point d’entrer au Royaume-Uni (photo 2).

Photo 2.

En lien aussi avec le Brexit, Reform UK martèle le néologisme Boriswave (la vague de Boris). Ce terme fait référence à la forte augmentation de l’immigration (hors UE) post-Brexit observée après la mise en place, sous Boris Johnson (premier ministre de 2019 à 2022) d’un système d’immigration par points (sur le modèle australien) qui allonge la durée de séjour des étudiants et facilite l’accès du pays aux travailleurs de santé.

Visuel « Stop the Boriswave ».
Site de Reform UK

Concernant l’immigration, Reform UK_base donc l’impact de sa communication sur la puissance des images et la peur qu’elles inspirent.

En France, le RN utilise également la métaphore de l’eau, mais différemment. Lors de la présidentielle de 2022, pour « contrôler l’immigration », le vocabulaire du RN repose moins sur des images spectaculaires que sur une mécanique rhétorique reposant sur le débordement. Les « flux » doivent être maîtrisés, car une « pression migratoire » se dirige vers un « niveau jamais atteint ». Le parti parle aussi d’une immigration « hors de contrôle », qu’il faudrait « endiguer ».

Cette logique se retrouve dans le projet politique du RN présenté lors de la campagne européenne de 2022 menée par Jordan Bardella, où la terminologie de l’« Europe passoire » laisse place à celle de la « submersion du continent » ; puis dans son projet pour les élections législatives de 2024, qui veut « préserver le peuple français de la submersion migratoire ». Le champ lexical de l’eau sert donc à construire une menace qui déborde les frontières, et l’immigration est apparentée à une catastrophe naturelle.

La différence avec Reform UK tient alors à la perspective et au support rhétorique. Le parti de Farage dramatise par l’image des falaises et de la vague pour faire appel à la mémoire collective, tandis que le RN exprime la peur du débordement en langage plus institutionnel, autour de la maîtrise des flux et du contrôle des frontières.

Gagner la guerre culturelle

Dans son ouvrage de référence sur les guerres culturelles, publié en 1991, James D. Hunter définit la culture comme un système de valeurs qui structure notre expérience au monde et donne un sens à notre vie. Gage d’autorité morale sur un groupe, elle est source d’identité, de sens et de cohésion. Le rejet de l’immigration de masse est directement corrélé à la peur de voir la culture nationale disparaître. Il s’agit d’un postulat pour les deux partis, mais là encore, cela s’exprime différemment.

Reform UK voit l’immigration de masse non seulement comme un flux de personnes mais, aussi, comme un phénomène lié à la promotion, au Royaume-Uni, du multiculturalisme, du communautarisme et de l’idéologie « woke ». Le logiciel d’analyse du discours Sketch Engine montre que, dans les documents publiés par le parti, le terme le plus souvent utilisé pour qualifier « culture » est « British » et celui qui lui est le plus souvent associé est « values » (valeurs), notamment chrétiennes : « Our culture is built upon Christian values » (Notre culture repose sur des valeurs chrétiennes). La conception de la culture de Reform UK semble donc s’insérer dans un contexte de crise identitaire outre-Manche.

Le RN occupe un terrain proche, mais avec un vocabulaire plus républicain. Les « dérives wokes » sont associées à Bruxelles, à la « réécriture de notre histoire » et au « rejet de nos valeurs ». Cette inquiétude se prolonge par la défense de « l’identité et le patrimoine de la France » contre le « communautarisme » et le « séparatisme ». En 2023, Bardella résume cette logique lors du colloque « contre le péril woke » en disant vouloir « déconstruire la déconstruction ».

Là où Reform UK insiste sur les valeurs chrétiennes et la culture britannique, le RN ne parle pas, ou peu, de « valeurs chrétiennes » ; il met l’accent sur le déclin de la civilisation française, qu’il juge menacée par l’immigration, l’idéologie islamiste et la baisse de la natalité.

S’opposer à « l’écologie punitive »

Reform UK a abandonné son climatoscepticisme originel. Il n’en utilise pas moins certains arguments, notamment ce qu’Hirschman appelle l’« effet pervers », qui tend à présenter les politiques environnementales comme néfastes du point de vue économique, et la « mise en péril » (l’écologie imposerait des restrictions aléatoires qui seraient en contradiction avec les valeurs de liberté des sociétés démocratiques), de façon à assimiler l’écologie au totalitarisme.

Le parti parle ainsi de « punitive taxation » et de « Whitehall diktats » (Whitehall est une référence métonymique au gouvernement britannique). Son but, face à « l’idéologie verte », est de protéger les consommateurs mais aussi les agriculteurs, qui constituent « le poumon de notre pays et la colonne vertébrale de notre sécurité alimentaire ». Une fois de plus, Reform UK a recours aux métaphores pour narrativiser son propos et dépeindre une situation de crise existentielle pour le pays.

Le RN reprend cette logique, mais son approche se concentre sur le coût social de l’écologie. Le « Pacte vert » est vu comme une « écologie punitive », accusée de peser sur le pouvoir d’achat et sur l’activité économique. Le parti lui oppose une « écologie raisonnable », qui refuse la « décroissance » et les « normes européennes abusives ». Dans son programme législatif de 2024, cette ligne épouse les codes du discours populiste – fondés sur le principe de bon sens du peuple, de protection contre les menaces externes et la défense de la souveraineté – et devient une « écologie de bon sens », « protectrice du niveau de vie des français » et « garante de notre indépendance nationale ».

Comme Reform UK, le RN dénonce les effets qu’il juge pervers. L’écologie institutionnelle est décrite comme une politique qui, au lieu de protéger, pénalise. Alors que le monde scientifique tire la sonnette d’alarme depuis des décennies sur les conséquences humaines du réchauffement climatique, l’expression « écologie punitive » sert moins à proposer une alternative écologique qu’à délégitimer l’écologie elle-même, en présentant les mesures visant à endiguer le changement climatique d’abord comme des contraintes pour notre société.

Si le message national-populiste reste peu ou prou le même, les deux partis l’abordent différemment. La rhétorique de Reform UK repose sur une image idéalisée et nostalgique du pays (ce que Taggart appelle le Heartland) alors que le RN ne s’appuie pas tant sur le passé et se concentre plutôt sur une approche à court terme.

La rhétorique de Reform UK repose sur une image idéalisée et nostalgique du pays (ce que Taggart appelle le Heartland) alors que le RN ne s’appuie pas tant sur le passé et se concentre plutôt sur une approche à court terme. Cela peut être le reflet d’une stratégie d’ancrage et de légitimation de la part de Reform UK, alors que le RN voit la prochaine grande échéance de 2027 se rapprocher.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Rassemblement national/Reform UK : mêmes combats ? – https://theconversation.com/rassemblement-national-reform-uk-memes-combats-291386

États-Unis : tout comprendre aux midterms

Source: The Conversation – in French – By Frédérique Sandretto, Adjunct assistant professor, Sciences Po


L’ESSENTIEL

  • Le 3 novembre prochain, soit deux ans après la seconde élection de Donald Trump, auront lieu les midterms, les élections de mi-mandat aux États-Unis.

  • La totalité des 435 sièges de la Chambre des représentants et 35 des 100 sièges du Sénat seront renouvelés à cette occasion. Pour l’heure, les républicains disposent d’une courte majorité dans chacune des deux assemblées.

  • Traditionnellement défavorables au parti du président en exercice, ces élections revêtent un enjeu majeur pour la fin du second mandat de Donald Trump.


Communément appelées « midterms », les élections de mi-mandat constituent un moment déterminant de la vie politique états-unienne. D’un point de vue constitutionnel, elles s’inscrivent dans l’architecture définie par la Constitution de 1787 qui organise un renouvellement partiel et régulier des institutions fédérales pour respecter le principe démocratique et éventuellement mettre en place une alternance.

Les midterms illustrent concrètement le principe américain des « checks and balances » (« équilibre des pouvoirs »). Le président ne gouverne pas seul : le Congrès peut bloquer, modifier ou contrôler certaines de ses politiques. Elles ont lieu tous les deux ans à mi-parcours du mandat présidentiel, lequel est fixé à quatre ans. Leur fonction première est donc d’introduire un mécanisme de rééquilibrage institutionnel entre l’exécutif et le législatif dans une logique de séparation des pouvoirs.

Concrètement, l’intégralité de la Chambre des représentants (435 sièges) est renouvelée lors de chaque scrutin de mi-mandat. Les représentants sont élus pour deux ans au suffrage universel direct dans des circonscriptions uninominales, ce qui les rend particulièrement sensibles aux fluctuations de l’opinion publique.

Le Sénat, quant à lui, obéit à une logique de renouvellement partiel : un tiers de ses 100 sièges est remis en jeu tous les deux ans, chaque sénateur disposant d’un mandat de six ans. Ce système de rotation conçu selon un principe de stabilité vise à assurer la continuité institutionnelle tout en permettant une adaptation progressive aux évolutions politiques. À ces élections fédérales s’ajoutent fréquemment des scrutins locaux et à l’échelle des États qui renforcent encore la portée politique de ce moment électoral.

Historiquement, les midterms servent de mécanisme de régulation politique. Souvent, le parti du président en exercice subit des pertes au Congrès, ce qui traduit de fait une forme de sanction électorale ou de rééquilibrage. Ce phénomène participe pleinement du système de checks and balances en limitant la capacité d’un exécutif à exercer un pouvoir sans contrepoids.

Devenu président pour la deuxième fois en janvier 2025, Donald Trump verra son mandat marqué par les midterms, le 3 novembre 2026, qui revêtiront une importance stratégique majeure. Elles détermineront la capacité de l’exécutif à gouverner efficacement et à imposer son agenda politique.

L’enjeu des midterms pour Donald Trump

Pour Donald Trump, les élections de 2026 dépassent largement la dimension habituelle des scrutins intermédiaires. Elles constituent un test grandeur nature de sa capacité à transformer une victoire présidentielle en domination politique durable – son mandat étant marqué par une profonde polarisation de la société américaine.

Depuis son émergence sur la scène politique nationale en 2015, Trump a aussi complètement remodelé le Parti républicain en le faisant passer d’un conservatisme traditionnel à un mouvement populiste et nationaliste. Il a rompu avec le libre-échange et le mondialisme en privilégiant les droits de douane, la protection de l’industrie américaine et la politique « America First ». Il a également durci le discours sur l’immigration et adopté une politique étrangère plus isolationniste et transactionnelle. Enfin, il a personnalisé le parti autour de sa propre personne.

Les midterms permettront ainsi d’évaluer le degré d’institutionnalisation du trumpisme. La question centrale n’est plus seulement de savoir si Trump demeure populaire auprès de sa base électorale, mais si cette popularité peut se traduire par des succès électoraux à tous les niveaux du système politique américain. Les candidats soutenus par l’ancien président seront observés avec une attention particulière, car leurs performances fourniront un indicateur de l’emprise réelle du mouvement Make America Great Again (MAGA) sur le Parti républicain.

Actuellement, les républicains disposent de 218 sièges à la Chambre contre 214 pour les démocrates, deux sièges vacants et un représentant classé indépendant ; au Sénat, ils possèdent 53 sièges, contre 45 pour les démocrates et deux indépendants. Pour Trump, la conservation d’une majorité au Congrès constitue un objectif stratégique essentiel.

Une Chambre des représentants et un Sénat favorables lui permettraient d’accélérer son programme législatif, de poursuivre la réorganisation de l’administration fédérale, de renforcer sa politique migratoire et de continuer de nommer des juges conservateurs dans les juridictions fédérales. À l’inverse, une perte de contrôle d’une ou des deux chambres ouvrirait la voie à une multiplication des enquêtes parlementaires, à un ralentissement des réformes et à une réduction significative de sa capacité d’action.

Au-delà des considérations institutionnelles, ces élections serviront également à mesurer la capacité de Trump à élargir sa coalition électorale. La base MAGA demeure extrêmement mobilisée, mais les victoires nationales nécessitent également le soutien d’électeurs indépendants, de classes moyennes suburbaines et d’une partie des électorats modérés. Les résultats de 2026 fourniront des indications précieuses sur l’évolution de ces catégories électorales.

Les enjeux pour la base MAGA

Pour les militants du mouvement MAGA, les élections de 2026 représentent une étape décisive dans la consolidation d’une nouvelle identité politique conservatrice. Depuis près d’une décennie, et sous l’égide de Donald Trump, ce courant défend une vision fondée sur le nationalisme économique, le contrôle des frontières, la critique de la mondialisation, la valorisation de la souveraineté nationale et la remise en cause des élites politiques traditionnelles.

Les primaires républicaines constituent le premier terrain d’affrontement. Dans de nombreux États, les candidats soutenus par les militants MAGA affrontent encore des représentants de l’establishment républicain traditionnel. Les résultats de ces compétitions internes permettront de mesurer la profondeur de la transformation idéologique du parti.

Les premiers résultats des primaires des midterms 2026 montrent une volonté de renouvellement dans les deux partis. Chez les démocrates, des représentants de l’aile gauche se sont imposés dans le Michigan (Abdul El-Sayed) et dans le Minnesota (Peggy Flanagan) face à des adversaires modérés. Côté républicain, Trump conserve une forte influence, mais certains de ses candidats ont été battus, notamment Mike Lindell dans le Minnesota.

L’enjeu est également générationnel. Une nouvelle génération d’élus républicains cherche à s’imposer en reprenant les principaux marqueurs idéologiques du trumpisme. Les midterms permettront d’observer si le mouvement est capable de produire de nouveaux leaders susceptibles d’assurer sa continuité au-delà de Donald Trump lui-même.

Cette question est fondamentale, car l’avenir du mouvement dépend de sa capacité à dépasser la personnalisation extrême qui a caractérisé son développement depuis 2016. Toute force politique durable doit être en mesure de former des cadres, de renouveler ses élites et de transmettre ses idées à de nouveaux responsables politiques.

Un scrutin déjà tourné vers 2028

L’un des aspects les plus importants des élections de 2026 réside dans leur impact potentiel sur la présidentielle de 2028. Même si cette échéance paraît encore éloignée, les midterms constituent traditionnellement le point de départ officieux de la campagne présidentielle suivante.

Dans le cas du Parti républicain, les résultats de 2026 permettront d’identifier les personnalités susceptibles d’incarner « l’après-Trump ». Plusieurs gouverneurs, sénateurs et élus fédéraux seront observés comme de potentiels candidats à l’investiture républicaine. Une victoire importante des candidats soutenus par Trump renforcerait considérablement l’influence du trumpisme dans la préparation de l’élection présidentielle suivante. À l’inverse, des résultats décevants pourraient encourager l’émergence de courants alternatifs cherchant à réorienter le parti.

L’avenir du Parti démocrate pourrait se jouer entre une aile progressiste incarnée par Alexandria Ocasio-Cortez, Bernie Sanders et Abdul El-Sayed, et une aile plus modérée représentée par Chris Pappas ou Jon Ossoff. Le gouverneur de Californie Gavin Newsom apparaît déjà comme l’un des principaux prétendants à la présidentielle de 2028 et cherche à s’imposer comme le principal adversaire démocrate de Donald Trump. Mais le parti devra surtout résoudre son dilemme central : conserver son électorat progressiste tout en reconquérant les classes populaires, les indépendants et les électeurs des États clés.

Les midterms joueront également un rôle déterminant dans la collecte de fonds, la structuration des réseaux militants et l’identification des territoires stratégiques pour 2028. Les États clés, comme la Pennsylvanie, le Michigan, le Wisconsin, l’Arizona, la Géorgie ou le Nevada, constitueront autant de laboratoires électoraux permettant d’anticiper les dynamiques futures.

En définitive, les élections de mi-mandat de 2026 constituent bien davantage qu’un simple rendez-vous électoral intermédiaire. Elles représentent un test de gouvernabilité pour Donald Trump, un examen de maturité pour le mouvement MAGA et une répétition générale pour l’élection présidentielle de 2028.

The Conversation

Frédérique Sandretto ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. États-Unis : tout comprendre aux midterms – https://theconversation.com/etats-unis-tout-comprendre-aux-midterms-284686

Citoyens, experts et décideurs : qui croit encore aux objectifs climatiques de l’UE pour 2030 ?

Source: The Conversation – in French – By Loïc Berger, Chercheur CNRS, LEM (UMR 9221), IÉSEG School of Management


L’ESSENTIEL

  • L’Union européenne vise une réduction d’au moins 55 % des émissions nettes de gaz à effet de serre d’ici à 2030 par rapport à 1990.

  • Mais qui croit vraiment que la cible sera atteinte ? Ni les citoyens, ni les experts, ni même les responsables politiques qui l’ont inscrite dans la loi.

  • Ce décalage en dit long et a des effets très concrets.


Aux yeux de la plupart des Européens, l’objectif climatique fixé pour 2030 dans la loi européenne sur le climat ne sera pas atteint : c’est le constat, sans détour, de notre enquête publiée dans la revue Environmental Research Letters et menée auprès de plus de 2 600 citoyens issus de 12 États membres et de 76 responsables politiques et scientifiques spécialistes du climat.

L’objectif n’a pourtant rien d’anecdotique : réduire les émissions nettes de gaz à effet de serre d’au moins 55 % d’ici à 2030 par rapport à 1990 est juridiquement contraignant, et se trouve au cœur du paquet « Ajustement à l’objectif 55 » (Fit-for-55) et de la loi européenne sur le climat. Sa faisabilité technique, économique et politique a été abondamment étudiée. Pourtant, un ingrédient reste dans l’ombre : ceux qui doivent soutenir, mettre en œuvre et vivre avec les conséquences de ces politiques y croient-ils vraiment ?

La question n’est pas anodine, car les croyances façonnent les comportements, le soutien aux politiques publiques et, à terme, leur pérennité.

Plutôt que de demander aux répondants s’ils étaient « d’accord » ou « pas d’accord », nous leur avons proposé d’estimer, sous forme de probabilités, l’ampleur de la baisse des émissions qu’ils anticipent pour 2030 : chacun répartissait 100 « chances » entre quatre scénarios, du plus sombre (aucun progrès au-delà du niveau de 2022) au plus ambitieux (la cible de 55 % atteinte ou dépassée).

Un répondant convaincu que rien ne bougera placera ainsi ses 100 chances sur le scénario le plus pessimiste ; un autre, plus incertain, les répartira entre plusieurs scénarios.




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Des progrès attendus

Premier enseignement : les trois groupes s’accordent sur l’essentiel. Tous anticipent une baisse substantielle des émissions d’ici à 2030, mais aucun ne s’attend à ce que la cible de 55 % soit pleinement atteinte. En moyenne, les citoyens anticipent une réduction de 43 %, les experts de 46 % et les décideurs de 50 %. Autrement dit, même les acteurs les plus optimistes voient l’Union manquer son objectif de cinq points de pourcentage.

Trajectoire des émissions de gaz à effet de serre de l’UE (données historiques et cibles) et croyances des trois groupes sur la réduction attendue en 2030 : 43 % pour les citoyens, 46 % pour les experts, 50 % pour les décideurs, contre une cible officielle d’au moins 55 %.
Berger et coll., Environmental Research Letters, 2026, Fourni par l’auteur

Ces chiffres traduisent une crédibilité partielle : l’objectif n’est pas jugé fantaisiste, mais il n’est pas perçu comme pleinement atteignable. Vu sous l’angle du chemin qu’il reste à parcourir, l’écart est plus frappant encore. Les citoyens estiment que l’UE n’accomplira qu’environ 44 % de la distance qui la sépare encore du but de 55 %, contre 60 % selon les experts et 77 % selon les décideurs. Même les mieux informés doutent d’ailleurs d’un plein succès : les experts n’accordent que 14 % de chances à l’atteinte de la cible, les décideurs 29 %.

Mais la différence la plus nette entre les groupes ne tient pas tant au niveau attendu qu’au degré de certitude. Les citoyens ne sont pas seulement un peu plus prudents que les élites : ils sont aussi, et surtout, beaucoup plus incertains. Plus que les experts ou les décideurs, ils hésitent entre les scénarios possibles, répartissant largement leurs chances plutôt que de trancher.

Ce doute diffus est une information en soi. Il révèle une part importante des citoyens encore indécis, ni convaincus ni résignés.

Des élites mal informées sur l’opinion publique

Ces décalages posent une question cruciale : ceux qui conçoivent et défendent les politiques climatiques perçoivent-ils correctement ce que pense la population ? Nous avons donc demandé aux experts et aux décideurs d’estimer, à leur tour, les réponses des citoyens.

S’ils ressentent bien que le public est plus pessimiste qu’eux, ils sous-estiment systématiquement ce pessimisme. Ils imaginent que les citoyens anticipent en moyenne une baisse de 45 %, quand l’estimation observée est de 43 %. Surtout, ils sous-évaluent nettement la proportion de citoyens qui redoutent une quasi-absence de progrès (16 % contre 29 % en réalité).

Ce phénomène est bien connu des psychologues sous le nom de « biais égocentrique » : nous surestimons à quel point les autres partagent nos vues. Chez les élites climatiques, ce biais produit une image de l’opinion trop optimiste et trop confiante. Or, on ne répond pas efficacement à des inquiétudes dont on ne mesure pas l’ampleur.




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Entre les pays, des perceptions homogènes

On aurait pu s’attendre à de forts contrastes nationaux. Il n’en est rien. Les anticipations sont remarquablement homogènes d’un bout à l’autre de l’Union : partout, les citoyens attendent des progrès réels mais insuffisants, et partout l’incertitude est élevée. La France fait à peine exception, avec une confiance légèrement supérieure. Cette uniformité est frappante : sur la plupart des autres sujets climatiques, les pays européens sont pourtant loin de partager les mêmes vues.

Qu’est-ce qui rend alors un citoyen plus ou moins optimiste ? Étonnamment, ce ne sont pas les caractéristiques attendues – âge, revenu, genre, orientation politique – qui font la différence. Ce qui prédit l’optimisme, c’est bien plutôt la confiance envers le Parlement européen et la préoccupation pour le climat. L’incertitude, elle, est plus marquée chez les plus jeunes et chez les moins diplômés.

Ces croyances peuvent avoir des conséquences concrètes : plus un citoyen est optimiste quant à l’atteinte des objectifs, plus il soutient les politiques du paquet Fit-for-55. Scepticisme et retrait du soutien vont de pair.

Le poids des croyances

Ces résultats dépassent et complètent le simple sondage d’opinion. Les croyances sur l’avenir du climat ne portent pas sur des phénomènes naturels mais sur des décisions politiques, sur leur mise en œuvre et sur les réactions de la société. En ce sens, elles peuvent s’autoréaliser en partie. Un public convaincu qu’un objectif est hors d’atteinte est un public moins enclin à le soutenir, et un objectif moins soutenu devient effectivement plus difficile à tenir.

Le pessimisme des citoyens n’a rien d’irrationnel : il est même lucide. Selon l’Agence européenne pour l’environnement, les émissions nettes de l’UE ont déjà reculé d’environ 37 % en 2024 par rapport à 1990 (contre 32,5 % en 2022), et les projections à politiques inchangées ne dépassent pas 47 % en 2030, de quoi douter, à juste titre, d’un plein succès. Mais avec les mesures déjà planifiées, elles atteindraient 54 %, à un point de pourcentage de la cible : celle-ci reste donc à portée, pourvu que ces mesures soient effectivement mises en œuvre.

Le véritable enjeu est celui de la communication et de la confiance. Lorsque les responsables sous-estiment le scepticisme du public, ils manquent l’occasion de répondre à ses inquiétudes réelles sur la crédibilité et la faisabilité des politiques et risquent d’alimenter involontairement le doute. L’histoire récente, des gilets jaunes aux résistances contre certaines mesures écologiques, rappelle qu’une politique climatique perçue comme irréaliste ou injuste peut vite perdre son assise sociale.

Alors que l’Union se dote d’un nouvel objectif climatique pour 2040 et vise la neutralité carbone d’ici 2050, l’enseignement est clair. Citoyens, experts et décideurs partagent déjà l’essentiel : la conviction que l’Europe est sur la bonne trajectoire. Il est nécessaire de prendre leurs croyances au sérieux, et de les traiter comme des signaux à la fois de soutien et d’inquiétude. C’est l’une des conditions pour renforcer la crédibilité et la durabilité des engagements climatiques européens, et pour que l’ambition affichée se traduise par des réductions effectives des émissions.

The Conversation

Loïc Berger a bénéficié de financements de la part du programme de recherche et d’innovation Horizon Europe de l’Union européenne (convention n° 101056891 CAPABLE) et de l’Initiative d’Excellence de l’Université de Lille (projet R-CDP-24-006-DePERU).

Thibault Richard a bénéficié de financements de la part du programme de recherche et d’innovation Horizon Europe de l’Union européenne (convention n° 101056891 CAPABLE).

Thomas F. Epper a bénéficié de financements de la part du programme de recherche et d’innovation Horizon Europe de l’Union européenne (convention n° 101056891 CAPABLE) et de l’Initiative d’Excellence de l’Université de Lille (projet R-CDP-24-006-DePERU).

Uyanga Turmunkh a reçu des financements de la part du programme de recherche et d’innovation Horizon Europe de l’Union européenne (convention n° 101056891 CAPABLE) et de l’Agence Nationale de la Recherche (subvention ANR-21-CE03-0018, projet ENDURA).

– ref. Citoyens, experts et décideurs : qui croit encore aux objectifs climatiques de l’UE pour 2030 ? – https://theconversation.com/citoyens-experts-et-decideurs-qui-croit-encore-aux-objectifs-climatiques-de-lue-pour-2030-289517

Apprendre à lire : ce que les données de 9 000 enseignants et 130 000 élèves révèlent des méthodes et de leur efficacité

Source: The Conversation – in French – By Jérôme Deauvieau, Professeur de sociologie, École normale supérieure (ENS) – PSL


L’ESSENTIEL

  • Apprendre les correspondances entre les lettres et les sons, c’est le meilleur point de départ vers la lecture.

  • Si la recherche valide cette méthode phonique, comment la mettre en œuvre efficacement dans les classes ?

  • Alors que le niveau des élèves se dégrade, des études ouvrent des pistes pour améliorer l’enseignement de la lecture


Le débat sur les méthodes d’enseignement de la lecture est vif depuis plus d’un demi-siècle. Il a été nourri par une accumulation sans précédent de données et d’analyses, qui ont donné naissance à un champ de recherche spécifique : la science de la lecture.

Ces recherches ont produit des résultats très solides, sans pour autant avoir conduit à une amélioration sensible de l’efficacité de l’enseignement dans de nombreux pays… dont la France. À l’entrée au CE1, plus d’un élève sur deux n’atteint pas le niveau de lecture attendu, et plus d’un sur cinq rencontre déjà des difficultés importantes.

Que peut-on dire aujourd’hui des différences d’efficacité entre les méthodes d’enseignement de la lecture ? Et peut-on dégager des voies susceptibles d’améliorer la situation ?

Des études récentes, appuyées sur les données des évaluations nationales exhaustives conduites par la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) du ministère de l’éducation nationale, permettent d’apporter des réponses précises à ces deux questions, alors que les résultats de l’enquête internationale PISA rappellent les difficultés persistantes des jeunes Français en lecture.

Méthodes d’enseignement : ce que l’on sait de leur efficacité

Le débat scientifique sur les méthodes d’enseignement de la lecture émerge dans plusieurs pays à partir des années 1960. La question posée est alors la suivante : faut-il faire entrer les élèves dans la lecture par l’enseignement des correspondances entre les lettres et les sons, selon une approche dite « phonique », ou commencer par faire mémoriser et reconnaître visuellement des mots entiers, selon une approche désignée en France sous le nom de « méthode globale » ou « idéovisuelle » ?

Les résultats des recherches conduites depuis un demi-siècle sont sans équivoque : les méthodes phoniques sont plus efficaces que les méthodes à départ global. Ce constat constitue aujourd’hui l’un des résultats les plus solidement établis par la science de la lecture.

Pour apprendre à lire dans un système alphabétique, les élèves doivent bénéficier d’un enseignement systématique du code qui relie les graphèmes, lettres ou groupes de lettres, aux phonèmes, les plus petites unités sonores de la langue. L’automatisation progressive du décodage leur permet ensuite d’identifier seuls des mots nouveaux, de reconnaître de plus en plus rapidement les mots écrits et d’accéder à la compréhension des textes.




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La question porte désormais sur la manière de mettre en œuvre cette approche phonique. Faut-il, pendant les premiers mois d’apprentissage, s’en tenir strictement à l’apprentissage du décodage et ne proposer aux élèves que des textes entièrement décodables construits à partir des correspondances entre lettres et sons déjà étudiées ? Ou peut-on y associer d’emblée la mémorisation visuelle de mots non décodables et l’identification de mots à partir du contexte ou des illustrations ? La première approche sera qualifiée de « phonique stricte », la seconde de « phonique mixte ».

Cette distinction est particulièrement importante dans le cas français. La méthode globale au sens strict a pratiquement disparu des classes depuis longtemps, mais les approches mixtes restent très présentes. Elles ont profondément marqué la formation des enseignants et continuent d’occuper une place centrale dans la culture professionnelle.

Jusqu’à une période récente, nous ne disposions toutefois que de peu de données permettant de mesurer rigoureusement leur diffusion et de comparer leurs effets à ceux d’un enseignement phonique strict. Une vaste enquête statistique, réalisée en 2021, permet désormais d’apporter des éléments de réponse solides à ces deux questions.

Décodage et mémorisation visuelle : sur le terrain, la prédominance des approches mixtes

L’enquête Formalect repose sur un dispositif inédit par son ampleur. Ses principaux résultats ont été présentés dans une note du Conseil scientifique de l’éducation nationale et sont à paraître prochainement dans la revue internationale Learning and Instruction. Au total, 9 340 enseignants de CP, soit près d’un enseignant sur cinq en France, ont répondu à un questionnaire détaillé sur leurs pratiques d’enseignement de la lecture durant les premiers mois de l’année. Leurs réponses ont été appariées, de façon entièrement anonymisée, aux résultats obtenus aux évaluations nationales par leurs 139 288 élèves. La production régulière de données exhaustives sur les acquis des élèves rend ainsi possible en France l’étude à très grande échelle des effets des pratiques d’enseignement.

L’enquête permet d’abord de mesurer la diffusion des différentes méthodes. Les manuels phoniques stricts ne sont utilisés que dans 5 % des classes équipées d’un manuel. Dans les 95 % restants, les manuels associent, à des degrés divers, l’apprentissage du décodage à la mémorisation visuelle de mots non décodables.

Les pratiques déclarées par les enseignants confirment la prédominance de cette approche mixte : l’enseignement des correspondances entre lettres et sons est très largement présent, mais plus de neuf enseignants sur dix déclarent parallèlement faire mémoriser globalement des mots entiers dès le début de l’année ou faire lire des textes qui ne sont pas entièrement décodables. L’approche mixte reste donc très largement dominante dans les classes au début des années 2020.

L’enquête permet également de comparer l’efficacité de ces méthodes. À niveau initial des élèves, recrutement social des écoles et expérience des enseignants comparables, les élèves bénéficiant d’un enseignement phonique strict obtiennent de meilleurs résultats que ceux qui apprennent avec les différentes variantes de la méthode mixte. Cet avantage concerne aussi bien la vitesse de lecture des mots (la « fluence ») que la compréhension des textes écrits. Il apparaît dès janvier de l’année de CP et demeure visible au début de l’année de CE1.

L’écart entre les méthodes n’est cependant pas identique pour tous les élèves. Il est plus important pour les élèves dont les compétences sont les plus faibles à l’entrée au CP et pour ceux qui sont scolarisés dans des écoles au recrutement social populaire.

Pour les élèves qui cumulent ces deux caractéristiques, les modèles estiment une vitesse moyenne de lecture de 12 mots par minute en janvier de l’année de CP avec une méthode mixte, contre 18 avec une méthode phonique stricte, alors que la DEPP fixe à 14 mots par minute le seuil en dessous duquel les élèves sont considérés comme fragiles à cette période de l’année. Les élèves les plus fragiles en début d’année sont donc aussi ceux dont les apprentissages dépendent le plus étroitement de la méthode mise en œuvre en classe.

Transformer les pratiques d’enseignement

Ces résultats livrent une autre indication essentielle : les pratiques ne varient pas seulement d’une classe à l’autre, elles présentent aussi de fortes variations territoriales.

Au moment de l’enquête Formalect, l’usage d’une méthode phonique stricte, très minoritaire en moyenne, est fortement concentré dans certaines circonscriptions scolaires. Dans 304 des 369 circonscriptions étudiées, aucun enseignant ne déclare utiliser une telle méthode. Sa diffusion reste inférieure à 10 % dans 47 autres circonscriptions et ne dépasse ce seuil que dans 18 d’entre elles. De tels écarts suggèrent que l’encadrement pédagogique de proximité joue un rôle décisif dans la diffusion des méthodes d’enseignement de la lecture.

Cette hypothèse est actuellement mise à l’épreuve dans le cadre d’une expérimentation conduite dans l’académie d’Aix-Marseille. Celle-ci vise à déterminer si un dispositif associant un accompagnement pédagogique de proximité et l’usage d’un manuel phonique strict peut modifier les pratiques des enseignants et améliorer les résultats de leurs élèves.

Deux conseillers pédagogiques de circonscription (CPC), expérimentés dans l’accompagnement de l’enseignement de la lecture, ont été mobilisés. Ils travaillent depuis plusieurs années avec le même manuel phonique strict et son guide pédagogique. Parmi les 47 enseignants volontaires, la moitié a été affectée par tirage au sort au groupe traité. Pendant l’année 2025-2026, ces enseignants ont été accompagnés par les deux CPC et l’équipe de recherche, dans le seul cadre des 18 heures annuelles de formation obligatoire. L’autre moitié constitue le groupe témoin et bénéficiera du même accompagnement en 2026-2027.

Les enseignants accompagnés ont effectivement modifié leurs pratiques en adoptant une méthode phonique stricte. Les effets mesurés sur les résultats des élèves sont importants. Quatre mois après la rentrée, la proportion d’élèves considérés comme fragiles aux évaluations nationales de janvier est presque divisée par deux dans le groupe traité (25 %, contre 45 % dans le groupe témoin). En fin d’année, l’élève médian lit 34 mots par minute dans le groupe traité, contre 25 dans le groupe témoin. Surtout, le bas de la distribution des résultats est nettement relevé : trois élèves sur quatre lisent au moins 19 mots par minute dans le groupe traité, contre seulement 12 mots par minute dans le groupe témoin.

Ces premiers résultats indiquent qu’un accompagnement assuré par des conseillers pédagogiques maîtrisant les enjeux de l’enseignement de la lecture, associé à un manuel de qualité, peut transformer sensiblement les pratiques et améliorer les apprentissages, tout particulièrement pour les élèves les plus fragiles.

Les nouveaux programmes insistent désormais sur la mise en œuvre d’une approche phonique plus stricte pendant les premiers mois d’apprentissage. Cette orientation constitue une première étape, mais elle ne suffira pas à elle seule. Le passage à grande échelle suppose également d’agir sur la qualité des manuels et sur la formation de l’encadrement pédagogique de proximité.


Jérôme Deauvieau interviendra sur cette thématique durant la Nuit des données de l’ENS, festival de sciences et lettres de l’École normale supérieure, le vendredi 25 septembre 2026.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Apprendre à lire : ce que les données de 9 000 enseignants et 130 000 élèves révèlent des méthodes et de leur efficacité – https://theconversation.com/apprendre-a-lire-ce-que-les-donnees-de-9-000-enseignants-et-130-000-eleves-revelent-des-methodes-et-de-leur-efficacite-291310

Les victimes de discrimination choisissent les recommandations basées sur l’IA plutôt que les conseils humains

Source: The Conversation – in French – By Arash Talebi, Professeur assistant, EDHEC Business School


L’ESSENTIEL

  • Une étude souligne que les consommateurs discriminés sont plus enclins à se tourner vers des recommandations basées sur l’IA plutôt que vers des conseils humains.

  • La peur d’être jugé ou de vivre un sentiment de gêne peut conduire à utiliser l’IA.

  • Si les systèmes d’IA sont eux-mêmes biaisés, ils risquent d’amplifier la discrimination à laquelle les consommateurs tentaient d’échapper.


Que préparer pour le dîner avec un budget de 20 euros et un invité intolérant au gluten ? Un consommateur peut demander conseil à un employé de magasin ou interroger, par exemple, Hopla, l’assistant d’achat basé sur l’intelligence artificielle lancé par Carrefour. Derrière ce choix très quotidien se pose une question plus large : face à une recommandation, faisons-nous davantage confiance à un être humain ou à une IA ?

Des travaux récents – sur les processus de décision, l’impact des erreurs, etc. – ont mis en évidence une tendance claire et bien établie : les individus ont tendance à préférer les êtres humains. Ce phénomène, connu sous le nom d’« aversion pour les algorithmes », a été largement documenté, même lorsque les algorithmes affichent objectivement de meilleures performances.

Cependant, cette préférence n’est pas universelle. Nos recherches soulignent qu’elle peut s’inverser dans un contexte répandu : la discrimination sur les plateformes et marchés, c’est-à-dire lors d’un acte de consommation d’un produit ou d’un service. Plus précisément, les consommateurs victimes de discrimination – en particulier dans des lieux publics – sont nettement plus enclins à se tourner vers des recommandations basées sur l’IA plutôt que vers des conseils humains.

Le mécanisme émotionnel à l’origine de ce changement ? La gêne. Lorsque les personnes se sentent jugées socialement ou traitées injustement en raison d’un attribut personnel non pertinent, elles cherchent refuge dans des systèmes perçus comme neutres et exempts de préjugés.

Comment ce mécanisme fonctionne-t-il ? Qu’est-ce que cela signifie pour les organisations concernées ? Et que révèle-t-il sur les moteurs cachés de l’adoption de l’IA ?

La discrimination implicite

La discrimination dans les contextes de consommation est loin d’être rare. Des études montrent que certains groupes bénéficient de conditions moins favorables que d’autres pour des services similaires, par exemple en matière d’accès au crédit ou à l’assurance. Au-delà de leurs conséquences économiques, ces expériences ont de fortes répercussions psychologiques. Elles augmentent le stress, sapent le sentiment d’équité et influencent les comportements futurs.

Il est important de clarifier ce que signifie la discrimination dans un contexte de marché. Un marché, au sens large, désigne tout espace où les consommateurs interagissent avec des prestataires de services, qu’il s’agisse d’un concessionnaire automobile, d’un restaurant, d’une banque ou d’une plateforme de santé. Au sein de ces espaces, un traitement différencié n’est pas intrinsèquement discriminatoire. Par exemple, un client VIP bénéficiant d’un service haut de gamme est traité différemment sur la base d’un critère commercial pertinent.

La discrimination survient lorsque le facteur de différenciation est non pertinent et illégitime, comme la couleur de peau, l’origine ethnique ou le genre. Ce qui la rend particulièrement insidieuse, c’est qu’elle peut être cachée, implicite, voire involontaire, tout en causant un préjudice psychologique réel à ceux qui en sont victimes.

Un système d’IA dépourvu d’émotions

Dans le cadre d’une étude de terrain que nous avons menée en conditions réelles, des « agents » – en réalité des personnes impliquées dans le dispositif de recherche – ont évalué des demandes de prêt sur un campus universitaire à l’aide de questionnaires quasi identiques, dont l’un comportait une question supplémentaire sur l’auto-évaluation de la couleur de peau.

Tous les candidats ont ensuite été refusés ; ceux qui avaient été confrontés à la question sur la couleur de peau ont déclaré s’être sentis victimes de discrimination (phase 1). Lors de la collecte de données de suivi, réalisée ultérieurement, tous les participants se sont vu proposer le choix entre un évaluateur humain et un évaluateur IA (phase 2).

Une proportion significativement plus élevée de ceux ayant eu l’impression d’avoir subi une discrimination lors de la première phase (par rapport à ceux n’ayant pas eu l’impression d’avoir subi de discrimination lors de cette même phase) a choisi, lors de la deuxième phase, d’être évaluée par le système d’IA décrit comme « dépourvu d’émotions ».

Sentiment de gêne

Les consommateurs discriminés semblent nettement plus enclins à se fier à des recommandations basées sur l’IA plutôt qu’à des conseils humains. En d’autres termes, l’aversion pour les algorithmes peut se transformer en préférence pour les algorithmes, également appelée « appréciation des algorithmes ».




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Ce revirement s’explique par un mécanisme psychologique spécifique : la gêne. Cette émotion sociale survient lorsque les individus se sentent jugés négativement par les autres. Dans nos expériences, les participants exposés à des situations discriminatoires font état de niveaux de gêne plus élevés, et cette émotion influence directement leurs choix ultérieurs. Plus ils se sentent gênés, plus ils cherchent à limiter les interactions humaines.

Dans ce contexte, l’IA apparaît comme une alternative plus sûre.

L’IA perçue comme plus neutre

Par rapport aux êtres humains, les systèmes algorithmiques sont perçus comme plus neutres, plus objectifs et moins enclins aux biais ou aux préjugés.

La réalité est plus complexe. Les algorithmes peuvent être biaisés, en fonction des données et de l’entraînement dont ils bénéficient. Pourtant, nombreux sont ceux qui continuent à les considérer comme neutres et objectifs. Dans ce contexte, ce sont ces perceptions qui importent le plus. Opter pour l’IA permet aux consommateurs de réduire le risque d’avoir l’impression d’être à nouveau jugés ou traités de manière injuste.

Cet effet dépend du contexte dans lequel les décisions sont prises. Nous constatons qu’il est particulièrement marqué dans les situations publiques, lorsque les choix sont visibles par les autres. En revanche, lorsque les décisions sont privées, cet effet s’affaiblit considérablement.

Les expériences sociales antérieures

Ces résultats apportent un nouvel éclairage sur l’adoption de l’IA. Ils suggèrent que l’utilisation de systèmes automatisés n’est pas uniquement motivée par des considérations d’efficacité ou de performance, mais également par des besoins psychologiques façonnés par des expériences sociales antérieures.

Pour les entreprises, les implications sont considérables. Dans les secteurs où les interactions peuvent être perçues comme sensibles, telles que la banque, la santé ou les services client en général, proposer des alternatives basées sur l’IA peut aider certains consommateurs à se sentir plus à l’aise. Pour ces personnes, l’IA n’est pas seulement un outil technologique ; elle devient un moyen d’échapper au jugement social et de reprendre le contrôle après des expériences négatives.

Dans le même temps, ces résultats s’accompagnent d’une mise en garde importante : si les systèmes d’IA sont eux-mêmes biaisés – entraînés sur des données biaisées ou conçus sans tenir compte de l’équité –, ils risquent de reproduire, voire d’amplifier, la discrimination même à laquelle les consommateurs tentaient d’échapper. Plus grave encore, ce type de discrimination passe souvent inaperçu car il est caché et difficile à détecter. Le déploiement de l’IA en tant qu’alternative « sûre » n’a de sens que si cette sécurité est réelle, et non simplement perçue.

À mesure que l’IA s’intègre de plus en plus dans la vie quotidienne, la compréhension de ces mécanismes sera essentielle pour concevoir des expériences client plus inclusives et adaptatives.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Les victimes de discrimination choisissent les recommandations basées sur l’IA plutôt que les conseils humains – https://theconversation.com/les-victimes-de-discrimination-choisissent-les-recommandations-basees-sur-lia-plutot-que-les-conseils-humains-278338

Le développement industriel provoque le morcellement de la forêt boréale canadienne. Une réflexion s’impose

Source: The Conversation – in French – By Maria Strack, Professor, Department of Geography and Environmental Management, University of Waterloo

Profil sismique dans le nord-est de la Colombie-Britannique, près de la ville de Fort Nelson. (Maria Strack), CC BY-NC-SA

Ces derniers temps, on parle beaucoup de grands projets d’infrastructure au Canada, le gouvernement fédéral ayant prévu d’accélérer l’exploitation des ressources à l’échelle du pays.

Cette initiative n’est pas surprenante. En 2024, le secteur des ressources naturelles représentait 16 % du PIB du pays et fournissait 1,8 million d’emplois.

Ces avantages économiques s’accompagnent toutefois de compromis environnementaux dont les conséquences restent à déterminer. Avant d’accélérer le développement en réduisant la surveillance environnementale, il faut prendre en compte ces éventuelles répercussions.

Les exemples de conséquences environnementales imprévues ne manquent pas au Canada. Si l’on vous parle d’un réseau à haute densité de corridors, souvent espacés de moins de 100 mètres, vous penseriez peut-être à des routes urbaines ou à des sentiers dans un parc.

En fait, un réseau de clairières linéaires, ou « profils sismiques », s’étend à travers la forêt boréale canadienne. On estime que ces clairières totalisent plus de 1,8 million de kilomètres rien qu’en Alberta.

Créées à des fins d’exploration géophysique, elles permettent au personnel et à l’équipement de se déplacer à travers le territoire et de cartographier les ressources souterraines telles que le pétrole et le gaz. En Alberta, les premières traces de ce type d’exploration remontent à la fin des années 1920, et l’activité s’est considérablement intensifiée à partir des années 1960.


Cet article fait partie de notre série Forêt boréale : mille secrets, mille dangers

La Conversation vous propose une promenade au cœur de la forêt boréale. Nos experts se penchent sur les enjeux d’aménagement et de développement durable, les perturbations naturelles, l’écologie de la faune terrestre et des écosystèmes aquatiques, l’agriculture nordique et l’importance culturelle et économique de la forêt boréale pour les peuples autochtones. Nous vous souhaitons une agréable — et instructive — balade en forêt !


Les programmes d’exploration ont pris de plus en plus de l’ampleur, sans que les gouvernements n’exigent des entreprises qu’elles remettent les terres dans leur état initial. On partait du principe que les arbres repousseraient tout simplement sur les étroites clairières, rétablissant ainsi le couvert forestier. Cependant, de nombreux profils sismiques sont restés dépourvus de couvert forestier pendant des décennies, en particulier ceux qui traversent des zones humides boisées.

Même si les progrès de la technologie géophysique et la compréhension des conséquences environnementales ont permis de mettre au point des méthodes moins néfastes, cet héritage de l’activité humaine persiste sous la forme d’un réseau qui endommage les forêts.

Des forêts fragmentées

des arbres bordent de part et d’autre une clairière dans la forêt
Profil sismique près de Cold Lake, en Alberta.
(Maria Strack), CC BY-NC-SA

Les profils sismiques fragmentent les forêts et réduisent leur capacité à servir d’habitats et à contribuer à l’atténuation des changements climatiques. La fragmentation modifie la façon dont les animaux utilisent le territoire et a été associée à un déclin marqué des populations de caribous.

Ces couloirs ouverts permettent aux prédateurs de se déplacer plus rapidement et de voir plus loin, ce qui facilite la chasse au caribou. Ils améliorent par ailleurs l’accès à la forêt, normalement dense, à d’autres herbivores, comme les chevreuils et les orignaux, ce qui accroît la concurrence pour la nourriture.

Les profils sismiques nuisent aussi à la capacité des tourbières de contribuer à la régulation du climat. Ces dernières stockent d’énormes quantités de carbone. Les restes de plantes qui s’accumulent dans le sol des tourbières sont protégés de la décomposition par des conditions humides, fraîches et acides.

Ces conditions humides favorisent également la production de méthane, un gaz à effet de serre. Cependant, une grande partie du méthane est consommée par les micro-organismes vivant dans les couches supérieures du sol et n’est donc jamais rejetée dans l’atmosphère.

Les micro-organismes qui consomment du méthane ont besoin d’un milieu oxygéné, condition assurée par une couche de mousse aérée à la surface qui facilite un bon drainage. Dans ces conditions non perturbées, le stockage du carbone dans les tourbières compense largement les émissions de méthane, ce qui permet aux tourbières d’apporter un bénéfice climatique net.

La perturbation du sol des tourbières causée par l’utilisation d’équipements lourds lors des levés géophysiques comprime la couche superficielle, rendant les conditions plus humides. C’est une des raisons pour lesquelles les arbres mettent du temps à repousser, et cela entraîne également une hausse des émissions de méthane. Ces changements peuvent modifier le bilan des gaz à effet de serre dans les tourbières et contribuer ainsi au réchauffement climatique.

Ce n’est qu’après des décennies de recherche dans la forêt boréale que ces effets imprévus ont pu être compris. Les nouvelles connaissances permettent d’élaborer des programmes de restauration visant à reconstituer le couvert forestier et à favoriser le rétablissement des populations de caribous.

Ces programmes apportent des avantages environnementaux, mais ils entraînent également des coûts financiers imprévus. Ce cas met en lumière la nécessité d’une surveillance environnementale permettant de prévenir des problèmes et de réaliser des économies à long terme.

D’autres types d’impacts

Le cas des profils sismiques n’est pas isolé. Les impacts imprévus pourraient bien être la norme plutôt que l’exception. L’exploitation minière, par exemple, génère toutes sortes de déchets qui ont des répercussions sur la qualité de l’eau.

Les routes d’accès aux ressources agissent comme des barrages dans les milieux humides, modifiant le débit de l’eau, provoquant des inondations et entraînant la mort des arbres en amont.

Les activités humaines dans les régions sauvages peuvent accroître les risques d’incendies de forêt et augmenter ainsi les superficies brûlées. Les règlements en vigueur doivent être régulièrement révisés et mis à jour pour garantir la protection de l’environnement, ainsi que la santé et le bien-être des humains, à mesure que les projets progressent.

Les répercussions environnementales sont évaluées à l’aide des meilleures connaissances disponibles avant l’approbation des projets.


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Cependant, il est difficile de déterminer l’impact combiné de toutes les activités sur le territoire. Ces effets cumulatifs ne sont pas évidents à prévoir. Les perturbations peuvent en effet interagir de manière imprévisible, entraînant parfois une incidence plus importante que celle envisagée sur la base de la somme des zones touchées.

La compréhension des méthodes d’évaluation et de gestion des impacts est un domaine de recherche en constante évolution. À mesure que nos connaissances progressent, il est essentiel de mieux prendre en compte les effets cumulatifs dans les processus décisionnels relatifs au développement futur.

La forêt boréale canadienne est l’une des mieux préservées de la planète. Sa protection pose toutefois des défis, et il serait encore plus difficile de la restaurer si elle venait à disparaître. Alors que des projets d’envergure continuent d’être proposés et approuvés, il est important de poursuivre les efforts pour protéger le territoire sur lequel le Canada est bâti.

La Conversation Canada

Maria Strack bénéficie d’un financement du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, d’Environnement et Changement climatique Canada, de Parcs Canada, du gouvernement de l’Alberta, de l’Association canadienne de la tourbe de sphaigne, de Canards Illimités Canada, d’Imperial Oil Ltd., d’Alberta Pacific Forest Industries Inc., de Cenovus Energy, de Canadian Natural Resources Limited, de ConocoPhillips Canada, de Ressources naturelles Canada et de l’Institut de surveillance de la biodiversité de l’Alberta. Dans le cadre du projet Can-Peat, Maria Strack collabore avec un réseau de partenaires à travers le Canada, notamment des administrations provinciales, territoriales et municipales, des organisations autochtones ainsi que des groupes privés et à but non lucratif.

– ref. Le développement industriel provoque le morcellement de la forêt boréale canadienne. Une réflexion s’impose – https://theconversation.com/le-developpement-industriel-provoque-le-morcellement-de-la-foret-boreale-canadienne-une-reflexion-simpose-288052

Notre cerveau n’aime pas les probabilités, ou pourquoi on joue mal au loto et à la roulette

Source: The Conversation – France in French (2) – By Laurent Delisle, Chercheur associé en Mathématiques, ECE Paris


L’ESSENTIEL

  • Au loto, le tirage 1-2-3-4-5-6 est tout aussi (peu) probable que 7-13-21-32-45-7. Cela vous paraît-il contre-intuitif ?

  • Découvrez pourquoi notre cerveau juge très mal le hasard.

  • Les sciences cognitives et les probabilités peuvent nous aider à mieux comprendre les jeux de hasard.


On annonce un mégajackpot de 5 000 000 euros au Loto, le rêve ! Vous vous décidez à jouer. Vous vous arrêtez à votre bureau de tabac et prenez une grille. Quels numéros choisir ? La règle est simple : vous devez cocher 5 numéros sur une grille de 49 numéros, puis 1 numéro chance sur une grille de 10 numéros. Ce qui fait 19 068 840 grilles possibles ! Incapable de vous décider, vous faites un flash, les numéros sont choisis pour vous par un ordinateur. Vous obtenez la grille suivante : 7-13-21-32-45 pour les 5 numéros et 7 pour le numéro chance. Une bonne grille de loto, vous rentrez chez vous avec l’espoir qu’aujourd’hui sera votre dernier jour de travail.

22 heures, le soir même ! Jackpot non remporté, la grille « gagnante » obtenue par les bouliers de la Française des jeux est 1-2-3-4-5 pour les 5 numéros et 6 pour le numéro chance, ce qui fait la grille 1-2-3-4-5-6. Vous vous dites que c’est impossible d’obtenir une telle combinaison, que le tirage était forcément truqué ou qu’il était impossible que l’ordinateur vous génère une telle grille.

Injustice, voire complot ! Pourtant : les deux grilles ont exactement la même probabilité de sortir. Une chose est certaine : sur les 19 068 840 grilles possibles, chacune d’entre elles a la même probabilité de sortir.

Ce qui nous paraît improbable, ce sont surtout les grilles qui semblent appartenir à des motifs trop réguliers pour relever du hasard. Dans une expérience, des chercheurs ont proposé à 26 individus dans un café français de choisir 2 grilles de loto parmi 14 grilles dont notre grille gagnante. Aucun participant n’a choisi 1-2-3-4-5-6, et tous ont même affirmé qu’il était impossible de gagner avec une telle grille.

Bien qu’une telle grille n’ait jamais été tirée au Loto de la Française des jeux, la combinaison 5-6-7-8-9-10 est sortie, le 1er décembre 2020, à la loterie sud-africaine pour un jackpot d’approximativement 6 000 000 euros. Paradoxalement à l’étude précédemment citée, 20 joueurs avaient choisi cette grille et se sont partagés le jackpot, alors que les tirages précédents ne comptaient pas de gagnant ou seulement un.

Ce paradoxe peut s’expliquer par notre culture du jeu et la différence entre la stratégie du « choisir pour gagner » et celle du « miser sur l’impossible ». Dans le café français, le joueur cherche, parmi les grilles proposées, sa perception du vrai hasard. À l’inverse, au loto sud-africain, il existe toujours un petit groupe pour tenter des grilles régulières soit par superstition, soit par défi. C’est le pari du « Et si ça se produisait ? »

Comment expliquer la perception de l’impossibilité d’une telle grille ?

En sciences cognitives, cette impossibilité s’appelle l’heuristique de représentativité. Dans cette étude menée auprès de 472 personnes, 70 % des participants ont rejeté les suites logiques dans de vraies grilles de loto pour des combinaisons se rapprochant de leur perception du hasard. Cette étude montre aussi que, parmi eux, 84 % ont refusé un avantage financier plutôt que d’échanger leur combinaison contre une grille régulière. Cette heuristique est fondée sur notre idée stéréotypée du hasard.

Une grille comme 1-2-3-4-5-6 est souvent associée à une suite logique tout comme 5-10-15-20-25-5, tandis que 3-17-26-45-49-6 nous semble plus aléatoire et donc plus près de notre idée de « hasard ». Cette dernière grille nous semble plus cohérente pour un jeu de hasard comme le loto et pourtant toutes ses grilles ont mathématiquement la même probabilité de sortir.

Le paradoxe du parieur et les biais cognitifs

Ce refus d’accepter le « vrai » hasard au sens des probabilités peut prendre aussi une autre forme : le sophisme du joueur. Pour un joueur, l’heuristique de représentativité juge une grille impossible par sa forme, tandis que le sophisme du joueur nous fait penser que les tirages sont liés entre eux, comme s’ils avaient une mémoire !

Ce phénomène n’est pas propre au jeu de loto. Selon une anecdote, reprise dans de nombreux ouvrages sur les probabilités, le plus célèbre des exemples remonterait au soir du 18 août 1913, au casino de Monte-Carlo, où la roulette serait tombée 26 fois de suite sur la couleur noire, ce qui n’a qu’une chance sur 67 108 864 de se produire. Gagner au loto est 3,5 fois plus probable !

Défiant l’intuition, les joueurs se seraient mis à miser des sommes de plus en plus importantes sur le rouge. Les joueurs étant convaincus que plus la série de noir augmentait, plus la probabilité d’obtenir un rouge au tour suivant augmentait également. Une soirée lucrative pour le casino ! Ce qui nous échappe, c’est qu’un tour de roulette est indépendant des précédents, la roulette n’a pas de mémoire tout comme les bouliers de la Française des jeux. Dans cet exemple, le sophisme du joueur est un biais statistique. Au loto, un joueur évitera de choisir, par exemple, la même grille que la grille gagnante précédente pensant qu’une même grille ne peut pas gagner successivement.

Au loto, la grille 1-2-3-4-5-6 est tout autant aléatoire que la grille 7-31-42-47-49-2, ces deux grilles ont exactement la même probabilité d’être gagnantes. Une chose est claire, notre cerveau n’aime pas les probabilités et nos biais cognitifs continueront à déjouer les mathématiques et le hasard !

The Conversation

Laurent Delisle ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Notre cerveau n’aime pas les probabilités, ou pourquoi on joue mal au loto et à la roulette – https://theconversation.com/notre-cerveau-naime-pas-les-probabilites-ou-pourquoi-on-joue-mal-au-loto-et-a-la-roulette-288449

Pourquoi j’apprends à mes étudiants en littérature ce que l’IA ne sait pas faire

Source: The Conversation – France (in French) – By Billy J. Stratton, Professor of English and Literary Arts, University of Denver

Émile Bernard, *Madeleine au Bois d’Amour*, 1888. Art Media/The Print Collector via Getty Images

L’ESSENTIEL

  • Tandis que l’usage de l’intelligence artificielle s’est généralisé chez ses étudiants, un professeur de littérature à l’Université de Denver, aux États-Unis, expose son approche pour mieux comprendre les limites de ChatGPT.

  • Il les invite à poser des questions à l’IA au sujet d’une œuvre étudiée en cours, puis à examiner ses réponses de façon critique.

  • Une telle méthode permet de percevoir la valeur de la sensibilité humaine et de l’empathie, indispensables pour analyser une œuvre littéraire.


Il est déconcertant d’imaginer que la pensée humaine puisse devenir superflue ou être considérée comme inférieure en raison des progrès de l’intelligence artificielle. Mais malgré tous ses inconvénients, on ne peut ni ignorer l’intelligence artificielle (IA) ni espérer qu’elle disparaisse. Son usage va perdurer, et je veux que mes élèves comprennent les enjeux d’une dépendance excessive à cette technologie.

Je ne peux pas leur en vouloir de se demander pourquoi ils devraient consacrer autant de temps et d’efforts à perfectionner leur écriture et leur esprit critique si les grands modèles linguistiques semblent faire un travail tout à fait acceptable.




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Pourtant, cette situation a des implications majeures pour la culture et les sociétés. Il est facile d’imaginer un avenir où la dépendance à l’IA conduirait à un conformisme intellectuel et à l’érosion de l’esprit critique. Des chercheurs documentent déjà ces effets, qui menacent de faire de la lutte acharnée avec les idées un art perdu.

C’est pourquoi je pense qu’il est essentiel que les enseignants abordent de front la question de l’IA. La clé, selon moi, consiste à apprendre aux élèves à distinguer les capacités de reconnaissance de patterns de l’IA – la reconnaissance de motifs statistiques consistant à identifier des régularités statistiques au sein des ensembles de données – de son incapacité à rêvasser, à se mettre à la place d’autrui et à s’exprimer de manière authentique.

Donnez-moi votre avis

Dans un cours que j’ai récemment dispensé sur la littérature gothique du Sud, j’ai proposé un exercice à mes étudiants. Ils devaient demander à l’IA d’analyser « l’atmosphère émotionnelle » d’une scène tirée du roman de Carson McCullers publié en 1940, Le cœur est un chasseur solitaire.

Bon nombre des personnages que l’on rencontre dans les œuvres du gothique sudiste comme celles de McCullers sont étranges et brutaux. Vus à travers un prisme déformé et artificiel, ils parlent des dialectes étranges et évoquent ce que la romancière américaine Flannery O’Connor appelait le « grotesque ».

Ils vivent dans des lieux isolés, figés dans le passé et, pour reprendre une autre expression d’O’Connor, « hantés par le Christ ».

De nombreux lecteurs ont du mal à appréhender les univers étranges de ces personnages. L’IA a encore plus de mal à généraliser les tensions complexes entre foi et incrédulité, ou entre le bien et le mal, qui animent ces récits.

Photo en noir et blanc d’une jeune femme assise sur un perron, la tête appuyée sur une main tandis qu’elle tient une cigarette dans l’autre
Carson McCullers.
AP Photo

Afin de limiter l’éventail des réponses et de permettre des comparaisons utiles, j’ai proposé aux étudiants des scènes mettant en scène les personnages principaux du roman. L’une d’entre elles était cette séquence déchirante où Spiros Antonapoulos, personnage du livre frappé de surdité, est envoyé dans un asile psychiatrique public, laissant derrière lui son seul ami, John Singer.

La scène dégage un sentiment palpable d’angoisse et de tristesse. De plus, elle suscite une colère légitime envers le cousin d’Antonapoulos qui l’a fait interner
– une décision motivée par des considérations de commodité et fondée sur une incompréhension des difficultés de Spiros, perçues comme un comportement déviant et antisocial. Le fait qu’il soit issu de l’immigration et qu’il vive dans une petite ville de Géorgie confère à la scène un caractère encore plus poignant.

ChatGPT, cependant, a décrit la scène en utilisant une terminologie stérile et abstraite. Pour citer une réponse représentative partagée par l’un de mes étudiants :

« L’atmosphère est d’une solitude dévastatrice, comme figée dans le temps. La scène dégage un sentiment de calme, d’impuissance et d’asymétrie émotionnelle. Il n’y a pas d’adieu dramatique ; au contraire, ce moment est marqué par l’angoisse silencieuse de Singer. Le départ du train symbolise une séparation irréversible. »

Cette analyse est clinique et froide. Elle ne parvient pas à saisir le poids de la profonde tristesse qui se dégage de la séparation de deux amis qui n’ont que l’un l’autre. Elle comportait également une erreur factuelle : c’est un bus, et non un train, qui s’éloigne.

Il manque également toute reconnaissance claire de la crainte de Singer face aux horreurs qui attendent Antonapoulos ainsi que de l’ironie dramatique créée par l’apparente inconscience d’Antonapoulos quant au bouleversement que subit sa vie. L’IA manque tout simplement d’expérience vécue pour acquérir une conscience contextuelle lui permettant de véritablement comprendre le roman envoûtant de McCullers.

Comme l’IA fonctionne en grande partie comme un moteur d’optimisation – en s’appuyant sur la synthèse d’énormes quantités de données en ligne et en résumant les résultats –, ses analyses de cette scène et d’autres se sont systématiquement révélées superficielles ; elles « manquaient de profondeur » et regorgeaient de « platitudes vagues », comme l’ont formulé deux étudiants.

Accéder à l’expérience incarnée

J’ai ensuite demandé à mes étudiants de demander à l’IA de générer « une nouvelle scène impliquant au moins trois personnages » de leur choix.

Le résultat créatif s’est révélé encore plus dépourvu d’âme. Les étudiants ont particulièrement trouvé amusant que l’IA fasse intervenir John Singer, qui sert de pivot reliant tous les autres personnages, pour s’exprimer sur divers sujets. Le problème, bien sûr, est que Singer, tout comme Antonapoulos, est également sourd.

Photo tirée d’un film montrant un homme assis en costume, les yeux fermés, la tête baissée et les mains levées
Alan Arkin incarne John Singer dans l’adaptation cinématographique de 1968 du roman Le cœur est un chasseur solitaire.
Warner Bros

Il n’est pas surprenant que l’IA n’ait pas pu appréhender l’expérience de l’incapacité d’entendre. Il est important de garder à l’esprit qu’interagir avec l’IA revient à avoir affaire à une intelligence synthétique dépourvue d’un corps lui permettant de faire l’expérience du monde et d’interagir avec lui.

Sans présence incarnée, elle ne peut pas se mettre à la place de ses utilisateurs ni éprouver quoi que ce soit qui s’approche de l’empathie humaine. Alors que des milliardaires du secteur technologique, tels qu’Elon Musk et Marc Andreessen, peuvent considérer l’empathie et l’introspection comme des faiblesses, ces traits de caractère constituent le cœur battant de la littérature et de l’art, la source de la créativité et des liens humains.

En d’autres termes, l’émotion, l’empathie et l’irrationalité pourraient être considérées comme certains des contrepoids les plus puissants à l’IA.

Accepter la fragilité humaine

Il peut y avoir des situations où l’IA peut être utile à mes élèves, et je pense que les efforts visant à interdire l’utilisation de l’IA sont irréalisables et contre-productifs.

La possibilité de se passer complètement de ces outils relève en grande partie du luxe. Tout comme beaucoup de gens n’ont pas les moyens de faire appel à quelqu’un pour nettoyer leur maison, entretenir leur jardin ou s’occuper de leurs enfants, ceux qui ont du mal à joindre les deux bouts peuvent avoir besoin de s’appuyer sur l’aide de l’IA.

Mais j’espère que mes étudiants – en particulier lorsqu’il s’agit de leur travail intellectuel – comprendront que le recours à cette technologie implique d’abandonner des capacités essentielles à la pensée et à la créativité humaines : l’imagination, l’intuition et l’introspection.

Je veux qu’ils y réfléchissent à deux fois avant d’essayer de masquer, à l’aide d’un chatbot, les fragilités, les faiblesses, les obsessions et les digressions inhérentes à l’esprit humain. Au contraire, je veux qu’ils embrassent ces tendances humaines et s’abandonnent à ce que le poète britannique William Wordsworth appelait le « débordement spontané de sentiments puissants ».

Après tout, le plus grand art émerge souvent de ceux qui sont les plus vulnérables, les plus désorientés et les plus perdus.

The Conversation

Billy J. Stratton ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Pourquoi j’apprends à mes étudiants en littérature ce que l’IA ne sait pas faire – https://theconversation.com/pourquoi-japprends-a-mes-etudiants-en-litterature-ce-que-lia-ne-sait-pas-faire-291182

Las grandes compañías de IA quieren echar el freno: ¿es una pausa por motivos de seguridad o más bien una retirada estratégica?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Andrew Cullen, Senior Research Fellow, School of Computing and Information Systems, The University of Melbourne

Da-kuk / Getty Images

Durante el fin de semana, el director ejecutivo de Anthropic, Dario Amodei, pidió a las empresas de inteligencia artificial (IA), incluida la suya propia, que ralentizaran su ritmo de trabajo. Sam Altman y Elon Musk, directores de las empresas rivales OpenAI y xAI, respectivamente, se mostraron de acuerdo.

Esta medida refleja la preocupación en todo el sector de la IA y, en términos más generales, sobre los peligros de los nuevos sistemas, que mejoran rápidamente. Incidentes recientes de gran repercusión, como el de los agentes de IA de OpenAI que piratearon otra empresa y el secuestro de una página web pública, han demostrado que los modelos actuales pueden traspasar los límites de seguridad, y que se están desarrollando sistemas aún más potentes.

Lo que complica aún más la seguridad de la IA es la tensión entre seguridad y rendimiento. Las empresas se mostrarán reacias a limitar la eficacia de sus modelos en nombre de la seguridad por miedo a perder terreno frente a la competencia. El presidente de Estados Unidos, Donald Trump, también ha rechazado las peticiones de ralentizar el avance, por miedo a perder terreno frente a China.

Esto significa que cualquier esfuerzo exitoso por “regular el ritmo de avance de las capacidades para que la prevención de riesgos tenga tiempo de seguir el ritmo”, como dice Amodei, requerirá una cooperación significativa entre empresas rivales (y naciones).

Minimización de riesgos

Las nuevas tecnologías suelen traer consigo nuevos riesgos y nuevas preocupaciones. A menudo, los gobiernos, los investigadores y las empresas encuentran formas de gestionar esos peligros.

En 1975, la conferencia de Asilomar sobre las entonces nuevas tecnologías del ADN contribuyó en gran medida a garantizar que la investigación no se adelantara a nuestra comprensión de la seguridad y el riesgo. De manera similar, en la década de 1990, el Gobierno de Estados Unidos intentó alcanzar un consenso sobre la limitación de la criptografía y la seguridad informática.

La situación de la IA presenta una complicación adicional: el sector se encuentra en plena “fiebre del oro”. Puede que los rivales científicos sean capaces de contenerse, pero los competidores comerciales rara vez se frenan.

Existen precedentes claros de fracaso de la autorregulación ante la presión competitiva. En el desastre del Boeing 737 Max de 2018, por ejemplo, el anhelo de alcanzar a su rival Airbus llevó a Boeing a ocultar las limitaciones del Max, lo que finalmente costó vidas humanas.

En la carrera por la IA, la intensidad de la competencia es aún mayor. Anthropic y OpenAI rivalizan por afianzar su dominio en el mercado antes de salir a bolsa, lo que podría reportarles decenas o cientos de miles de millones de dólares.

Y a nivel de los Estados, lo que está en juego es aún mayor, con Estados Unidos y China apostando por utilizar la nueva tecnología para obtener ventajas geopolíticas.

Las ventajas de hacer una pausa

La propuesta de Amodei para frenar el avance se centra en un plan de tres pasos: incorporar revisores de seguridad independientes externos, establecer normas de seguridad coordinadas para el sector en los países democráticos y, finalmente, alcanzar acuerdos globales. Esto incluiría límites estrictos a las exportaciones de chips de IA a empresas y países que no acepten dar prioridad a la seguridad de la IA.

Anthropic y OpenAI ya han aceptado la primera fase de este plan, a pesar de su historial de demandas, insultos públicos y competencia desleal en su lucha por el dominio del mercado.

Y aunque los recientes ataques informáticos pueden haberles obligado a dar este paso, las principales empresas de IA en realidad podrían beneficiarse de una pausa o ralentización del desarrollo. Por un lado, tal vez retrasaría la implantación de una legislación estricta como la propuesta por el senador estadounidense Bernie Sanders: la Ley de Prohibición de la Superinteligencia Artificial. Por otro lado, al establecer costosas normas de seguridad y limitar las exportaciones de chips, podría impedir que los competidores más pequeños —especialmente empresas chinas como DeepSeek y Alibaba— les alcancen.

Una pausa también daría a los laboratorios de vanguardia, que están al límite de sus capacidades, la oportunidad de reponerse, recuperarse y centrarse en los beneficios por encima del progreso.

Estos laboratorios de IA han invertido enormes cantidades de dinero en desarrollar sus modelos actuales, una inversión que deben amortizar. Al mismo tiempo, el progreso se está topando con obstáculos, ya que cada vez es más difícil encontrar nuevos datos de entrenamiento de alta calidad, así como la construcción de la enormes infraestructuras de centros de datos necesaria para sostener el desarrollo supone un reto en sí mismo.

Una pausa coordinada por motivos de seguridad podría ser una excusa pública conveniente para justificar un estancamiento en el rendimiento de los modelos de IA.

¿Qué se puede hacer?

Garantizar la seguridad de la inteligencia artificial no será fácil. La gobernanza del software es particularmente difícil, como han demostrado los intentos anteriores de legislar sobre el software de cifrado.

Por otra parte, la IA depende de hardware físico relativamente escaso. Necesita chips de silicio avanzados y los enormes centros de datos necesarios para alimentarlos.

Aquí es donde los gobiernos tienen una influencia real. En este ámbito disponen de medios para supervisar y controlar el desarrollo de la IA, si es que encuentran la voluntad legislativa necesaria.

Mientras tanto, hay medidas que las empresas y los gobiernos pueden adoptar para minimizar nuestra exposición a los daños provocados por la IA. Esto debería incluir garantizar que las infraestructuras críticas para la seguridad —como las redes eléctricas, el suministro de agua y los sistemas militares— no solo estén aisladas de la IA, sino que incluso estén aisladas por completo de internet.

Y la cuestión de la responsabilidad también es importante. No pueden ser solo los usuarios quienes se enfrenten a riesgos legales por actos asistidos por la IA, sino también las personas responsables de crear los sistemas.

En esencia, el daño causado por la IA —incluso por los sistemas “autónomos”— no es un subproducto tecnológico abstracto. Es el resultado directo de las decisiones tomadas tanto por quienes crean la IA como por quienes la utilizan.

The Conversation

Andrew Cullen es miembro del consejo de administración de Music Technology Australia, miembro del Comité Técnico de Intercambio sobre Inteligencia Artificial de la Organización Mundial de la Propiedad Intelectual y consultor director de EthiCan Consultants.

– ref. Las grandes compañías de IA quieren echar el freno: ¿es una pausa por motivos de seguridad o más bien una retirada estratégica? – https://theconversation.com/las-grandes-companias-de-ia-quieren-echar-el-freno-es-una-pausa-por-motivos-de-seguridad-o-mas-bien-una-retirada-estrategica-291901

Les publicités utilisant des visages générés par IA sont contre-productives lorsqu’elles vous ressemblent trop

Source: The Conversation – France (in French) – By Arno De Caigny, Full Professor of Marketing Analytics, IÉSEG School of Management


L’ESSENTIEL

  • Les visages générés par IA offrent aux publicitaires un moyen de créer une impression de proximité avec le consommateur.

  • Une étude souligne que, au-delà de 57 % de similarité faciale, de telles publicités seraient contre-productives.

  • Jusqu’où personnaliser la publicité grâce à l’IA ?


En apparence, l’intelligence artificielle générative offre aux publicitaires un outil idéal : créer une annonce qui ressemble à chaque consommateur. Plus une publicité paraît personnelle, plus elle devrait convaincre.

La réalité est plus nuancée. Notre étude souligne que les visages générés par IA peuvent augmenter l’efficacité d’une publicité. Mais seulement jusqu’à un certain point. Lorsque le visage présenté ressemble trop à la personne qui regarde l’annonce, l’intention d’achat diminue.

Le résultat principal est simple : la ressemblance aide tant qu’elle reste modérée. Dans notre échantillon, l’effet positif est maximal autour de 57 % de similarité faciale. Au-delà, la publicité devient moins persuasive.

La personnalisation par IA fonctionne comme une arme à double tranchant : elle peut à la fois créer de la proximité et donner l’impression d’une intrusion.

Promesse d’une publicité sur mesure

Depuis l’essor de l’IA générative, les marques testent de nouvelles formes de personnalisation. Ces outils ne servent plus seulement à produire des textes ou des images plus vite. Ils adaptent également un contenu à une personne précise.

Dans la publicité, ce changement est important. Pendant longtemps, la personnalisation consistait surtout à cibler des groupes : jeunes parents, amateurs de sport, voyageurs fréquents ou cadres urbains. L’IA générative permet désormais d’aller plus loin. Elle peut modifier une image, un décor, un produit ou un visage pour un particulier. Cette évolution s’inscrit dans l’émergence de la « publicité synthétique », pour laquelle proposent un cadre théorique destiné à comprendre les réactions des consommateurs aux contenus publicitaires créés ou manipulés par l’IA.

Les entreprises Samsung et Glance ont par exemple annoncé une expérience où des publicités sur écran verrouillé peuvent intégrer la ressemblance de l’utilisateur. Concrètement, l’utilisateur peut volontairement fournir un selfie à partir duquel l’IA génère des images hyperréalistes de lui portant différentes tenues, qui peuvent ensuite être affichées sur son écran verrouillé. Dans le secteur de la mode, une publicité Guess utilisant des mannequins générés par IA dans Vogue a suscité un débat sur l’authenticité et les standards de beauté.

Ces exemples illustrent une évolution plus large. La publicité ne cherche plus seulement à parler à une cible. Elle cherche à se rapprocher du consommateur lui-même. Le visage rend cette évolution particulièrement sensible.

Tester la limite de la ressemblance

La question n’est pas seulement de savoir si la ressemblance fonctionne. Elle est de savoir jusqu’où elle peut aller.

Pour étudier cette question, nous avons d’abord mesuré automatiquement la similarité entre deux visages. Leur méthode utilise une technologie issue de la reconnaissance faciale. Chaque visage est transformé en représentation numérique. L’algorithme compare ensuite deux représentations et attribue un score compris entre 0 et 1.

Un score proche de 0 indique deux visages très différents. Un score proche de 1 indique deux visages très similaires.

Exemple d’un visage généré par l’IA utilisé dans notre première étude. Pour chaque participant, nous avons modifié ce visage afin qu’il ressemble plus ou moins à son propre visage, sur la base d’une photo provenant de ses réseaux sociaux. Le texte et la présentation de la publicité restaient identiques ; seule la ressemblance du visage changeait.
Fourni par l’auteur

Dans une étude de validation, l’algorithme et les participants sont parvenus à des conclusions très similaires. Pour cent comparaisons, les participants devaient indiquer lequel de deux visages ressemblait le plus à un visage de référence. L’algorithme a ensuite effectué la même tâche. L’accord entre ses choix et ceux des participants était élevé (kappa de Cohen = 0,88).

L’algorithme peut donc évaluer la ressemblance faciale d’une manière largement comparable à la perception humaine, sans devoir solliciter de nouveaux participants pour chaque image.

Point optimal : 57,6 % de similarité faciale

Nous avons ensuite mené deux expériences.

Dans la première, les participants voyaient une publicité pour une assurance automobile. Cette publicité contenait un visage généré par IA. Ce visage était plus ou moins proche de la photo de profil du participant sur un réseau social, utilisée avec son accord.

Conclusion : la relation entre la similarité faciale et l’intention d’achat n’est pas linéaire. Lorsque la similarité part d’un niveau faible et augmente, l’intention d’achat progresse. Toutefois, lorsqu’elle devient très élevée, l’intention d’achat diminue.

Une seconde expérience, portant sur dix niveaux de ressemblance allant d’une similarité très faible à une similarité très élevée, confirme cette relation en forme de « U inversé ». Comme l’illustre le graphique ci-dessus, une ressemblance modérée améliore l’efficacité de la publicité, tandis qu’une ressemblance excessive la pénalise. Cela veut dire, lorsque le visage ne ressemble presque pas au consommateur, l’intention d’achat est relativement faible.

Cette ressemblance excessive peut paraître étrange, intrusive ou donner l’impression que la publicité cherche trop manifestement à manipuler le consommateur.

Le point optimal estimé est de 57,6 % de similarité faciale. L’intervalle de confiance se situe entre environ 52 % et 63 %.

Pourquoi un visage familier peut convaincre

La ressemblance joue un rôle connu dans la persuasion. Les individus sont souvent plus réceptifs aux personnes qu’ils perçoivent comme proches d’eux. En publicité, ce mécanisme est décrit comme un effet de similarité. Celui-ci s’inscrit notamment dans la théorie de la comparaison sociale du psychologue Leon Festinger, selon laquelle les individus tendent à se comparer à des personnes qu’ils perçoivent comme similaires.

Cette proximité peut venir de l’âge, du style, du genre ou du langage. Elle peut aussi venir du visage. Des travaux antérieurs montrent que la ressemblance faciale peut influencer la confiance ou l’attitude envers une marque.

L’IA générative change l’échelle de ce mécanisme. Il ne s’agit plus seulement de choisir un mannequin proche d’une catégorie de consommateurs. Il devient possible de générer un visage qui ressemble à une personne donnée.

Quand la proximité devient intrusion

Pourquoi une publicité trop ressemblante convainc-t-elle moins ? Une première explication tient au sentiment d’intrusion. Une publicité très personnalisée peut donner l’impression que la marque en sait trop sur le consommateur. Des recherches montrent que l’utilisation d’éléments personnels, comme le nom ou la photographie peut renforcer cette impression et réduire l’intention d’achat.




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Une deuxième explication renvoie à la « vallée de l’étrange ». Cette théorie suggère qu’un visage presque humain, mais pas totalement naturel, peut provoquer un malaise. Dans une publicité, un visage qui ressemble beaucoup au consommateur sans le représenter exactement peut produire un effet similaire.

Une troisième explication concerne la persuasion elle-même. Lorsqu’un consommateur comprend trop clairement qu’une marque cherche à l’influencer, il peut devenir plus méfiant. Une personnalisation trop visible peut donc rendre la stratégie publicitaire trop évidente.

La vraie limite de l’IA publicitaire

Notre étude ne conclut pas que les visages générés par IA doivent être évités. Elle montre qu’ils doivent être calibrés.

Pour les annonceurs, l’objectif ne devrait pas être de créer le visage le plus ressemblant possible. Il devrait être de créer une impression de proximité sans franchir le seuil où cette proximité devient gênante.

La technologie permet d’aller très loin dans la personnalisation. Mais l’efficacité publicitaire dépend aussi de ce que les consommateurs acceptent.

La bonne question n’est donc pas seulement : jusqu’où peut-on personnaliser une publicité ? Elle est plutôt : à partir de quand la personnalisation cesse-t-elle d’être utile et commence-t-elle à devenir intrusive ?

The Conversation

Gudrun Roose est membre de Departement Marketing, Innovation and Organisation de Ghent University (Belgium).

Arno De Caigny ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Les publicités utilisant des visages générés par IA sont contre-productives lorsqu’elles vous ressemblent trop – https://theconversation.com/les-publicites-utilisant-des-visages-generes-par-ia-sont-contre-productives-lorsquelles-vous-ressemblent-trop-282771