L’éducation par les pairs dans la lutte contre le VIH menacée par les réductions de l’aide publique au développement

Source: The Conversation – in French – By Marion Di Ciaccio, Chair de Professeur Junior IRD, Institut de recherche pour le développement (IRD)

L’éducation par les pairs – délivrée par des personnes issues d’une même communauté – est un pilier de la lutte contre le VIH, en particulier dans les pays à ressources limitées. Les réductions drastiques de l’aide publique au développement menées par l’administration Trump, comme par les principaux pays européens donateurs, mettent à mal cette stratégie de santé communautaire qui a pourtant fait ses preuves.


S’appuyer sur des individus au sein d’une communauté donnée pour informer et sensibiliser leurs pairs, afin de promouvoir des comportements de prévention, leur accès à une prise en charge et/ou leur maintien dans les soins, c’est le principe d’une stratégie de santé communautaire baptisée pair éducation ou éducation par les pairs.

L’éducation par les pairs est apparue dans les années 1970 dans les pays anglo-saxons, notamment dans le champ de la santé mentale et de la lutte contre les inégalités sociales de santé des minorités ethniques et raciales. Dans la lutte contre le VIH, la pair éducation est devenue une stratégie incontournable, notamment dans les pays à ressources limitées.

Volontariat, motivation, partage des vécus

La spécificité de la pair éducation est de s’appuyer sur une dynamique de relation d’égal à égal. Les pairs éducatrices ou éducateurs (PE) partagent des pratiques, des vécus, des identités et des réalités communes avec une population donnée et sont recruté·e·s sur la base du volontariat et de leur motivation pour travailler auprès d’elle.

Les PE sont formé·e·s afin de leur permettre d’acquérir de nouvelles compétences sur la gestion du VIH et sur la connaissance des systèmes de santé afin de renforcer leurs savoirs et leurs expertises.

Les PE peuvent ainsi promouvoir des pratiques et des comportements favorables à la santé physique et mentale auprès de leurs pairs, en tenant compte des réalités dans lesquelles ils et elles vivent.

Qui sont les pairs éducatrices et éducateurs dans le VIH ?

Les pairs éducatrices ou éducateurs (PE) sont le plus souvent issu·e·s des organisations communautaires de lutte contre le VIH et/ou contre les discriminations. Leur mobilisation répond au besoin de sensibiliser et d’accompagner des catégories spécifiquement vulnérabilisées de la population qui supportent le double fardeau de la stigmatisation liée au VIH et de la discrimination sociale.

Les vulnérabilités psychologiques, sociales, économiques, cliniques et de genre chez les adolescentes et adolescents infecté·e·s par le VIH ont été largement démontrées et sont souvent similaires quelle que soit l’histoire de la contamination par le VIH, périnatale ou plus récente. Les PE qui les accompagnent sont donc des jeunes (15-24 ans) vivant avec le VIH qui contribuent à la continuité d’une offre de soins et de support adaptée aux besoins spécifiques des filles et des garçons, entre les services de pédiatrie et de médecine adulte.

Les PE proviennent également de groupes considérés par l’Onusida comme les « populations clés du VIH » : les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, les travailleuses et travailleurs du sexe ou encore les consommateurs de drogues injectables. En effet, ces groupes ont des besoins psychosociaux spécifiques (liés à leurs conditions de vie et aux discriminations subies) que les structures publiques de santé ne sont généralement pas en mesure de prendre en charge.

Ainsi, les PE sont principalement des personnes (à partir de 15 ans) vivant avec le VIH ou fortement exposées au risque d’infection. Parce qu’elles ou ils ont une histoire ou des pratiques communes, les PE sont les mieux placés pour accompagner ces groupes vulnérabilisés dans un parcours de prévention ou de soins.

Pourquoi la pair éducation est cruciale dans la lutte contre le VIH

La lutte contre le VIH est jalonnée depuis ses débuts par la participation inédite de mouvements communautaires pour l’accès aux traitements et à la prévention. Les personnes concernées (vivant avec) et affectées (groupes principalement concernés par le VIH) ont rapidement su imposer le concept du « Rien pour nous sans nous » dans la recherche et la lutte contre le VIH, imposant une nouvelle façon de faire de la recherche et de proposer des services de santé.

Dans ce contexte, les PE effectuent un travail de proximité qui permet :

Depuis plus de deux décennies, l’engagement de jeunes PE auprès des adolescentes et adolescents est déterminant dans la prise en charge du VIH. Ils interviennent, par exemple, pour soutenir leur observance aux traitements, pour favoriser leur rétention dans les soins et leur bien-être psychosocial, pour les accompagner après l’annonce de leur sérologie VIH, pour les soutenir dans le partage de leur sérologie avec leur entourage et lutter contre l’autostigmatisation ainsi que l’isolement, ou encore pour renforcer leurs connaissances en santé et concernant le VIH en particulier.

Une revue systématique de la littérature scientifique publiée, ainsi qu’une méta-analyse de toutes les études identifiées dans cette revue, montre que la pair éducation a également des bénéfices directs sur la prévention du VIH auprès des populations clés, et notamment sur le recours au dépistage du VIH, l’utilisation du préservatif, la diminution du partage du matériel de consommation de drogues et la diminution des rapports sexuels non protégés.

Les PE apportent aussi une plus-value importante aux programmes de PrEP (prophylaxie préexposition de l’infection VIH, un traitement préventif oral contre l’infection au VIH). En effet, il a été démontré au sein d’une cohorte en Afrique de l’Ouest que les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes qui étaient en contact avec des PE prenaient mieux la PrEP que les autres.




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Une étude qualitative menée au Mali montre également que les PE jouent un rôle crucial pour le maintien dans les soins des personnes vivant avec le VIH grâce, à la fois, au soutien psychosocial qu’ils leur apportent mais également grâce à leur soutien dans l’accès aux traitements.

La pair éducation est donc cruciale non seulement au niveau individuel pour améliorer la santé et la qualité de vie des groupes clés et vulnérabilisés, mais également au niveau global pour contrôler l’épidémie de VIH.

Dans le cadre de projets de recherche, les PE sont également des acteurs clés qui, en collaborant avec les équipes de recherche, permettent d’identifier des problématiques émergentes dans leurs communautés, de faciliter le contact avec des populations plus difficiles d’accès, d’adapter les méthodologies et les pratiques de recherches à leurs réalités, ainsi qu’à mieux interpréter les données issues des projets.

Quel impact de la réduction de l’aide publique au développement ?

L’expertise et la contribution précieuse à la lutte contre le VIH des PE n’est bien souvent reconnue et valorisée qu’à travers des financements issus de l’aide au développement, de programmes de mises en œuvre de prestations de santé communautaire innovantes, ou encore de projets de recherche communautaire et interventionnelle. Cette configuration précarise encore davantage leur position et la pérennité des services qu’ils apportent aux personnes qu’ils accompagnent, pourtant avec succès.

Depuis début 2025, le financement de l’aide publique au développement connaît de nombreux bouleversements. L’événement le plus notable est l’arrêt et/ou la réduction brutale des financements américains (par l’intermédiaire des programmes PEPFAR et USAID, notamment). L’aide publique au développement européen connaît également de fortes diminutions. En effet, les principaux pays donateurs (la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et les Pays-Bas) annoncent des baisses conséquentes des budgets alloués.

Ces diminutions drastiques des financements peuvent remettre en question les progrès de la lutte contre le VIH dans les pays des Suds avec un risque accru de recrudescence de l’épidémie et d’augmentation des inégalités sociales d’accès aux soins.

Les financements américains représentent une part considérable des ressources dédiées à la prévention, au dépistage, à l’accès aux traitements antirétroviraux et au renforcement des systèmes de santé locaux pouvant aller jusqu’à 60 % des financements de la lutte contre le VIH dans certains pays comme la Côte d’Ivoire (figure ci-dessous), le Cameroun ou encore le Burundi.

Exemple de la Côte d’Ivoire

Graphique représentant les principales sources de financement de la lutte contre le VIH en Côte d’Ivoire

PEPFAR pour « President’s Emergency Plan for AIDS Relief » correspond au plan d’aide des États-Unis consacré à la lutte contre le VIH à l’international/Source des données présentées dans le graphique : Data Et cetera & Coalition PLUS, Fourni par l’auteur

Dans ces pays, les données collectées montrent que ce sont les programmes de prévention à destination des populations clés qui sont les plus touchés par les coupes budgétaires, incluant le financement des postes des PE (actuellement, uniquement dans le réseau d’organisations communautaires de Coalition PLUS – un réseau international d’associations engagées dans la lutte contre le VIH sida –, plus de 1 000 PE ne sont plus financés).

Le gel des financements a déjà eu des conséquences irréversibles sur la lutte contre le VIH. Les estimations montrent que la réduction de ces aides internationales pourrait entraîner de 4,43 millions à 10,75 millions de nouvelles infections par le VIH et de 0,77 millions à 2,93 millions de décès liés au VIH entre 2025 et 2030 dans les pays bénéficiaires de ces aides.

The Conversation

Marion Di Ciaccio est une ancienne salariée du pôle recherche communautaire de Coalition PLUS, une union internationale d’organisations communautaires de lutte contre le VIH.

Cécile Cames et Mathilde Perray ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. L’éducation par les pairs dans la lutte contre le VIH menacée par les réductions de l’aide publique au développement – https://theconversation.com/leducation-par-les-pairs-dans-la-lutte-contre-le-vih-menacee-par-les-reductions-de-laide-publique-au-developpement-264528

La France a organisé la première Assemblée de la Terre, voici pourquoi elle est pionnière

Source: The Conversation – in French – By Caroline Regad-Riot, Enseignant-chercheur, faculté de droit de l’Université de Toulon, Aix-Marseille Université (AMU)

Logo de l’Assemblée de la Terre-France. Fourni par l’auteur

C’est une première mondiale : à Toulon (Var), en juillet 2025, a eu lieu la première Assemblée de la Terre. Mêlant société civile et scientifiques, elle a pour but de décloisonner les approches pour repenser les moyens d’atteindre les objectifs de développement durable de manière écocentrée.


Le 2 juillet 2025 a marqué une date historique pour de nouveaux équilibres entre les humains, les animaux et la nature : la France a lancé la toute première Assemblée de la Terre d’envergure nationale. Cet événement pionnier, dans le prolongement des résolutions et des rapports sur l’harmonie avec la nature de l’Organisation des Nations unies (ONU), pourra servir de modèle dans le monde entier, la France ouvrant résolument la voie.

Conçue pour refonder les objectifs de développement durable (ODD) en vue du Sommet de la Terre de 2030, l’Assemblée de la Terre – France mise sur une approche participative, alliant la conscience citoyenne et la rigueur scientifique.

Un vaste et complexe travail de fond démarre à présent, échelonné sur plusieurs années, destiné à structurer l’espoir et à dessiner l’avenir de notre planète.

Les ODD, dix ans déjà et un bilan mitigé

Adoptés en 2015 et assortis de 169 cibles, les 17 Objectifs de développement durable (ODD) s’inscrivent dans l’Agenda 2030. Porteurs d’une vision à la fois globale et universelle, ils abordent des thèmes transversaux cruciaux, de l’éradication de la pauvreté à l’accès à des emplois décents, en passant par l’innovation, les infrastructures et la lutte contre le changement climatique.

Cependant, malgré leur ambition affichée, les ODD se heurtent aujourd’hui à un bilan mitigé. La complexité de leur mise en œuvre est apparue au grand jour, révélant un caractère parfois dispersé et un manque d’efficacité opérationnelle qui freinent leur pleine réalisation.

La nature transversale des objectifs est une difficulté notable. Par exemple, l’ODD 14 sur la vie aquatique peut impliquer des mesures relatives à la lutte contre le changement climatique qui, pour sa part, relève de l’ODD 13. Cette dépendance illustre la difficulté à isoler les problématiques et, plus fondamentalement, interroge la pertinence d’approches segmentées au regard de défis interconnectés. Leur nombre et leur rédaction peuvent aussi interroger.

En conséquence, l’ensemble de ces facteurs laisse présager un échec. Selon le rapport du Sustainable Development Solutions Network, aucun des ODD ne sera atteint d’ici à 2030.

Banderole de l’Assemblée de la Terre-France.
Fourni par l’auteur

L’Assemblée de la Terre – France ouvre la voie

Dans ce contexte, des Assemblées de la Terre sont appelées à se constituer dans différents pays. Elles s’inscrivent dans le prolongement des résolutions et des rapports sur l’harmonie avec la nature de l’ONU et sont désignées, à l’international, sous l’acronyme AMAT, en écho à l’espagnol Asamblea de la MAdre Tierra.

En France, l’organisation de l’Assemblée de la Terre est le fruit d’une coordination scientifique menée par des enseignants-chercheurs de l’Université de Toulon (Var), sélectionnés pour leurs travaux et l’expérience acquise avec le programme onusien précédent Harmony with Nature (HwN) : le juriste Cédric Riot ainsi que moi-même. Nous nous joignons progressivement les compétences d’autres spécialistes.

Cette démarche est guidée par un principe fondamental : la science est au cœur de l’Assemblée de la Terre – France dont l’objectif est de « semer les graines du futur », en proposant de façonner, « un modèle pour un avenir en harmonie avec la nature ».

Une assemblée participative alliant la rigueur scientifique et la conscience citoyenne

L’Assemblée de la Terre – France : une structuration par cercles concentriques.
Fourni par l’auteur

L’Assemblée de la Terre – France se structure par cercles concentriques autour de l’organe scientifique avec :

  • des personnes qualifiées, identifiées sur des critères académiques. Ces experts apportent leur savoir scientifique pointu et leur expertise sur les thèmes des ODD en adéquation avec leurs compétences ;

  • des personnes intéressées qui œuvrent ou qui ont déjà œuvré pour une approche écocentrée : institutions publiques ou privées, associations, personnes physiques prêtes à participer à l’effort de réflexion, par exemple, par la remontée d’informations locales ;

  • des observateurs volontaires qui sont les citoyens intéressés par le sujet.

Le cadencement stratégique de la feuille de route

Un cadencement stratégique du calendrier de l’Assemblée de la Terre – France.
Fourni par l’auteur

L’Assemblée de la Terre – France abordera ses travaux autour de trois thématiques principales, chacune explorée en une année.

Le cycle débutera avec la nature (biodiversité et écosystème, climat, eau, interdépendance des formes de vie…) pour la période 2025-2026, suivie des objectifs sociétaux (éducation, villes et communautés durables, santé et bien-être…) en 2026-2027, puis des objectifs économiques en 2027-2028. Chaque année, les conclusions et les avancées seront présentées lors d’une restitution solennelle, fixée au début du mois de juillet.

En 2029, une rencontre dite « régionale » (pour la France, cela signifie au niveau européen) permettra de coordonner les ultimes efforts avant le Sommet de la Terre de 2030.

Les ateliers se dérouleront pendant l’année en distanciel. La périodicité des rencontres sera ajustée en fonction des besoins du projet. Les inscriptions restent ouvertes sur la page Internet ad hoc.

La première Assemblée de la Terre nationale

Le 2 juillet 2025, la France a ainsi franchi une étape décisive, s’affirmant comme pionnière à plusieurs égards. La rediffusion de l’événement est disponible ici.

L’Assemblée de la Terre – France est non seulement la première de ce type à voir le jour au niveau mondial, mais son architecture est également conçue pour servir de modèle aux autres Assemblées de la Terre à l’étranger : l’Allemagne, le Brésil, l’Espagne, l’Équateur, les États-Unis, le Mexique, le Pays basque notamment se sont déjà manifestés en ce sens. De futurs coordinateurs de ces pays ont d’ores et déjà félicité l’initiative pionnière française et adressé leurs lettres officielles d’intention.

Dynamiser les ODD

L’Assemblée de la Terre se distingue par son approche plurielle, qui vise à surmonter les obstacles rencontrés dans la mise en œuvre des ODD. Cette stratégie repose sur plusieurs axes.

D’abord, la pluralité des voix : l’Assemblée est conçue comme une plateforme participative, intégrant non seulement des experts, mais aussi des citoyens et des acteurs de terrain. Cette inclusion favorise l’échange d’idées et la prise en compte de perspectives diverses, créant ainsi des solutions plus robustes et largement acceptées.

Ensuite, la pluralité des disciplines convoquées à l’Assemblée de la Terre est un autre facteur déterminant. Les défis de l’anthropocène sont par nature interconnectés. L’Assemblée y répond par une approche multidisciplinaire, rassemblant des experts de différents domaines (océanographes, éthologues, juristes, philosophes, médecins, vétérinaires, etc.) pour croiser leurs connaissances et élaborer des solutions qui traitent les problèmes dans leur globalité, plutôt que de manière isolée.

En outre, l’Assemblée de la Terre appelle à la pluralité des idées et de la pratique. Elle combine la réflexion théorique et l’action concrète. Elle ne se limite pas à des discussions académiques ; elle encourage également la remontée d’informations issues du terrain. Cet échange bidirectionnel entre les savoirs experts et les réalités locales est crucial. C’est en faisant circuler les idées entre tous les acteurs que des solutions efficaces et innovantes peuvent émerger.

En conséquence, l’Assemblée de la Terre – France dynamise les ODD en brisant les silos, en favorisant le dialogue entre différents savoirs et en ancrant la réflexion dans les réalités du terrain, tout en restant guidée par le savoir scientifique.

L’horizon 2030 et le Sommet de la Terre

Dans l’infographie officielle, les ODD sont représentés sous forme de roue, symbole d’un progrès harmonieux. Celle-ci est aujourd’hui confrontée à l’urgence d’une profonde métamorphose. Loin de s’arrêter, cette roue roule toujours plus vite, non pas pour conserver sa forme initiale, mais pour se dissoudre et se muer en un nouveau symbole : le buisson de la vie.

C’est le sens de la séquence, profondément symbolique, insérée dans le teaser et d’autres documents de communication audiovisuelle de l’Assemblée de la Terre – France, où la roue du logo des ODD se détache, tourne et se transforme en buisson de la vie.

La roue des ODD se détache et se transforme en buisson de la vie.
Fourni par l’auteur

Le buisson de la vie, symbole inspirant des Assemblées de la Terre – France, incarne un profond changement de paradigme. En s’appuyant sur les découvertes de la phylogénétique, il replace l’être humain non pas au sommet d’une pyramide, mais comme partie intégrante d’une communauté du vivant où toutes les formes de vie sont intrinsèquement liées. Cette approche résolument écocentrée et planéto-centrée (Earth-centered), loin de tout anthropocentrisme, guidera les réflexions et les travaux des Assemblées de la Terre – France. Et en cela, elle est également novatrice.

Logo de l’Assemblée de la Terre – France.
Fourni par l’auteur

Comment structurer l’espoir ?

D’autres Assemblées de la Terre devraient voir le jour en s’inspirant, selon leurs besoins, du modèle français. La fondatrice du programme onusien Maria Mercedes Sanchez, lors du lancement officiel, a solennellement affirmé :

« Je veillerai personnellement à transmettre aux experts situés à l’étranger tous les documents et modèles utiles que l’Assemblée de la Terre – France a déjà forgés et qu’elle complétera au fur et à mesure. »

La suite reste donc à écrire.

Voilà la science en quelque sorte replacée au milieu du village global, avec les idées nouvelles de multidisciplinarité et de multiculturalisme que comportent les Assemblées de la Terre.

Il est temps d’ouvrir un chapitre nouveau pour un avenir plus juste et profondément écocentré, dessinant les contours d’une « Cosmopolis » où humains, animaux, nature pourraient vivre en harmonie, actant une (r) évolution du droit du vivant.

The Conversation

Caroline Regad est experte auprès du programme Harmony with Nature de l’Organisation des Nations-Unies. Elle a été désignée coordinatrice de l’Assemblée de la Terre – France.

ref. La France a organisé la première Assemblée de la Terre, voici pourquoi elle est pionnière – https://theconversation.com/la-france-a-organise-la-premiere-assemblee-de-la-terre-voici-pourquoi-elle-est-pionniere-261415

Comment la philosophie d’Hartmut Rosa « résonne » avec les sports de glisse

Source: The Conversation – in French – By Jérôme Visioli, Maître de Conférences STAPS, Université de Bretagne occidentale

Zachary DeBottis/Pexels, CC BY

Le sociologue et philosophe allemand Hartmut Rosa a développé une sociologie de la relation au monde qui distingue deux expériences fondamentales. D’un côté, l’« aliénation », lorsque l’individu se sent indifférent ou agressé par son environnement. De l’autre, la « résonance », expérience d’harmonie que les sportifs, entre autres, tendent à rechercher à travers leurs pratiques.


Selon Hartmut Rosa, la « résonance » repose sur quatre dimensions : être touché par le monde, entrer en relation avec lui sans chercher à le dominer, le transformer tout en acceptant d’être transformé et accueillir l’imprévisibilité de cette interaction. L’auteur souligne également que la recherche de l’expérience de résonance par les sportifs constitue l’un des principaux motifs de leur engagement durable dans la pratique, avec des enjeux importants en termes de bien-être.

Si les études empiriques visant à documenter les expériences de résonance et d’aliénation restent rares, on note actuellement un développement des recherches en sciences du sport autour de différentes pratiques (course, apnée, yoga, parkour, etc.). Cela s’illustre, par exemple, dans le numéro de la revue Sport, Ethics and Philosophy intitulé « Hartmut Rosa as a sport philosopher », que nous coordonnons avec Matthieu Quidu, Brice Favier-Ambrosini et Bernard Andrieu, à paraître en 2026.

À ce titre, les sports de glisse constituent un terrain particulièrement fécond, car ils mobilisent simultanément un rapport sensible à l’environnement naturel ou urbain, des interactions sociales marquées par la coopération et la reconnaissance entre pairs, une relation intime à la matérialité de l’équipement, un fort engagement corporel, mental et émotionnel (équilibre, risque, maîtrise technique), un rapport au temps singulier où alternent attente, répétition et fulgurance des instants de réussite.

Pour illustrer plus concrètement cet aspect, nous proposons de rendre compte d’une étude auprès de skateurs, menée avec Oriane Petiot, Pauline Prouff et Gilles Kermarrec, à paraître en 2026. L’objectif était de documenter résonance et aliénation à travers la documentation de récits d’expérience particulièrement marquants, correspondant à des incidents critiques. L’étude a été menée auprès de 50 skateurs âgés de 10 à 47 ans, dont 9 femmes et 41 hommes.

L’expérience de résonance en skateboard

L’expérience de résonance, c’est ce moment où une personne sent que « quelque chose vibre » entre elle et le monde. Dans le cadre de la pratique du skate, elle se divise en deux grandes catégories : la relation à la planche (74,2 %) et la relation à l’environnement (25,8 %).

La première regroupe la réussite dans une figure (47 %) et le dépassement de la peur (27,3 %). Dans le premier cas, la résonance est vécue comme une expérience d’harmonie entre corps, esprit et skateboard :

« Une session de skate où ma confiance en moi était totale. Je me sentais aligné avec toutes les planètes, presque dans un état de grâce. […] J’avais l’impression de me voir skater de l’extérieur et que mes capacités cognitives étaient amplifiées. »

Dans le second, elle naît du surpassement de soi face aux échecs et à la prise de risque :

« Après des tentatives ratées et beaucoup de peur, le trick passe enfin : un immense soulagement, une fierté et un bonheur intenses. »

Ces récits montrent que l’expérience de résonance émerge autant en lien avec la maîtrise de la planche que dans le dépassement de l’insatisfaction.

La deuxième catégorie (25,8 %) met en évidence la qualité de la relation au monde, structurée autour de deux sous-catégories : les moments avec les pairs (N = 15 ; 22,7 %) et les déplacements et découvertes de spots (N = 2 ; 3,0 %). Des moments d’émotions partagées illustrent une résonance collective, nourrie aussi par des projets communs où

« tout le monde vit le trick avec toi et t’encourage à le réussir ! […] Une joie folle, une immense satisfaction de partager un tel moment avec autant d’amis ».

Les voyages et découvertes de spots offrent également des expériences mémorables :

« Partir une semaine avec neuf potes… joie intense, liberté totale, euphorie, ivresse. »

Ces récits d’expérience soulignent l’importance du partage social des émotions liées à la découverte de nouveaux espaces de pratique.

L’expérience d’aliénation en skateboard

L’expérience d’aliénation correspond à une rupture du lien avec le monde, lorsque l’individu ne parvient plus à se sentir en relation vivante et signifiante avec son environnement. Dans le cadre de la pratique du skate, elle se divise en deux grandes catégories : la relation avec la planche (88,5 %) et la relation avec l’environnement ou les pairs (11,5 %).

Dans la première catégorie, l’aliénation découle principalement des blessures (45,9 %), des échecs répétés (32,8 %) et des difficultés d’apprentissage (9,8 %). Un jeune skateur raconte :

« Je me suis cassé le bras assez sérieusement […]. Dès que je suis tombé, j’ai su qu’il était cassé. »

L’expérience de la blessure est non seulement liée à la douleur, mais également à l’impossibilité de continuer à pratiquer le skateboard associée à une fragilisation de l’estime de soi et des liens sociaux :

« Boom, entorse ! […] tu réalises que tu ne pourras pas skater pendant un ou deux mois. »

Les échecs répétitifs suscitent également une forte insatisfaction :

« Après des dizaines d’essais sur un trick, tu te sens capable, mais ça ne passe pas […] fatigue, nervosité, frustration m’ont fait littéralement craquer. »

La seconde catégorie porte sur la relation au social, et représente 11,5 % des expériences d’aliénation, autour de la pression sociale et de la compétition (8,2 %), mais aussi des conflits (3,3 %). L’aliénation émerge notamment lorsque les interactions avec les pairs deviennent sources de rejet :

« Un gars m’a poussé, et, honnêtement, j’ai beaucoup remis en question ma place au skatepark. »

Certains évoquent un sentiment de solitude :

« Pendant trois-quatre mois, j’ai skaté seul… vraiment triste, car à ce moment, le skate était la seule chose qui me faisait plaisir. »

L’observation et le jugement peuvent également blesser les pratiquants :

« Après une chute devant les autres, j’étais tellement honteuse […] je suis partie démoralisée. »

Ces expériences montrent l’ambivalence des relations sociales, qui peuvent fragiliser l’estime de soi et transformer le skatepark en espace d’exclusion.

À la recherche de l’expérience de résonance dans les pratiques sportives

Les résultats de l’étude révèlent une dialectique essentielle entre résonance et aliénation dans l’expérience des skateurs, qui se déploie sur une temporalité évolutive. La résonance surgit souvent après des phases d’aliénation, par exemple lorsqu’un trick réussi suit de multiples tentatives infructueuses. Inversement, l’intensité des moments de résonance peut nourrir la quête permanente de sensations, au risque de retomber dans l’aliénation. Cette dialectique structure la pratique du skateboard, redéfinissant les relations au corps, à la planche, à l’environnement social et urbain.

Ces processus échappent en partie à notre contrôle, car, comme l’explique Rosa, l’expérience de résonance se caractérise aussi par une certaine indisponibilité, c’est-à-dire qu’elle ne peut pas être produite ou maîtrisée à volonté. Néanmoins, la pratique régulière favorise l’appropriation progressive de la planche comme prolongement du corps.

Le skatepark apparaît également comme une « oasis de résonance » potentielle, par ses dimensions sociales parfois associées à l’écoute de la musique, permettant de s’évader d’une société caractérisée par l’accélération, autre concept développé par Hartmut Rosa.

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Les résultats de notre étude invitent à la prise en compte de l’expérience des pratiquants par les intervenants dans le cadre d’une pédagogie de la résonance. Ils peuvent également susciter des réflexions dans les associations sportives et les politiques publiques, afin de favoriser des environnements propices à l’épanouissement des skateurs.

Enfin, ils invitent à élargir les recherches sur l’expérience de résonance à d’autres sports de glisse (surf, planche à voile, snowboard, etc.), et plus globalement à l’ensemble des pratiques sportives contemporaines, en intégrant éventuellement l’écoute de la musique comme amplificateur d’évasion.

The Conversation

Jérôme Visioli ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Comment la philosophie d’Hartmut Rosa « résonne » avec les sports de glisse – https://theconversation.com/comment-la-philosophie-dhartmut-rosa-resonne-avec-les-sports-de-glisse-263674

Comment Grok, le chatbot de Musk, est devenu nazi

Source: The Conversation – in French – By Aaron J. Snoswell, Senior Research Fellow in AI Accountability, Queensland University of Technology

En juillet 2025, Grok, le chatbot d’Elon Musk sur X, s’est qualifié d’«Hitler mécanique » et a tenu des propos pronazis. Mijansk786

Les propos problématiques de Grok, l’intelligence artificielle du réseau social X, illustrent l’influence des idées de son créateur, Elon Musk, sur sa conception. Mais ils posent également la question des biais plus discrets que ses concurrents masquent derrière un vernis d’impartialité, incompatible avec le processus d’entraînement de ce type d’IA.


Grok, l’agent conversationnel – ou chatbot – intégré au réseau social X et fondé sur l’intelligence artificielle développée par la société xAI d’Elon Musk, a fait la une des journaux en juillet 2025 après s’être qualifié de « Mecha-Hitler » (« Hitler mécanique ») et avoir tenu des propos pronazis en réponse à des demandes d’utilisateurs.




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Les développeurs ont présenté leurs excuses pour ces « publications inappropriées » et ont pris des mesures pour empêcher, à l’avenir, Grok de tenir des propos haineux dans ses publications sur X. Cet incident aura cependant été suffisant pour relancer les débats sur les biais des intelligences artificielles (IA) dans les réponses données aux demandes des utilisateurs.

À la suite des propos pronazis tenus sur X par Grok, ses développeurs ont publié un message d’excuse le 9 juillet _via_ le compte officiel du chatbot : « Nous avons pris connaissance des publications récentes de Grok et nous nous employons activement à supprimer celles qui sont inappropriées », affirmaient-ils.

Mais cette dernière controverse n’est pas tant révélatrice de la propension de Grok à tenir des propos extrémistes que d’un manque de transparence fondamental dans le développement de l’IA sur laquelle est basé ce chatbot. Musk prétendait en effet bâtir une IA « cherchant la vérité », hors de tout parti pris. La mise en œuvre technique de ce programme révèle pourtant une programmation idéologique systémique Grok.

Il s’agit là d’une véritable étude de cas accidentelle sur la manière dont les systèmes d’intelligence artificielle intègrent les valeurs de leurs créateurs : les prises de position sans filtre de Musk rendent en effet visible ce que d’autres entreprises ont tendance à occulter.

Grok, c’est quoi ?

Grok est un chatbot doté d’ « une touche d’humour et d’un zeste de rébellion », selon ses créateurs. Il est basé sur une intelligence artificielle développée par xAI, qui détient également la plate-forme de réseau social X.

La première version de Grok a été lancée en 2023. Des études indépendantes suggèrent que son dernier modèle en date, Grok 4, surpasserait les concurrents dans différents tests d’« intelligence ». Le chatbot est disponible indépendamment, mais aussi directement sur X.

xAI affirme que « les connaissances de (cette) IA doivent être exhaustives et aussi étendues que possible ». De son côté, Musk a présenté Grok comme une alternative sérieuse aux chatbots leaders du marché, comme ChatGPT d’OpenAI, accusé d’être « woke » par des figures publiques de droite, notamment anglo-saxonnes.

En amont du dernier scandale en date lié à ses prises de position pronazi, Grok avait déjà fait la une des journaux pour avoir proféré des menaces de violence sexuelle, pour avoir affirmé qu’un « génocide blanc » avait lieu en Afrique du Sud, ou encore pour ses propos insultants à l’égard de plusieurs chefs d’État. Cette dernière frasque a conduit à son interdiction en Turquie, après des injures contre le président de ce pays, Recep Tayyip Erdoğan, et le fondateur de la République, Mustafa Kemal Atatürk.

Mais comment les développeurs peuvent-ils générer de telles valeurs chez une IA, et façonner un chatbot au comportement aussi problématique ? À l’heure actuelle, ceux-ci sont construits sur la base de grands modèles de langage (Large Language Models en anglais, ou LLM) qui offrent plusieurs leviers sur lesquels les développeurs peuvent s’appuyer pour influer sur l’attitude future de leur création.

Derrière le comportement des IA, différentes étapes

Le préentraînement

Pour commencer, les développeurs sélectionnent les données utilisées pendant cette première étape de la création d’un chatbot. Cela implique non seulement de filtrer les contenus indésirables parmi les données d’entraînement, mais aussi de mettre en avant les informations souhaitées.

GPT-3 a ainsi été alimenté par des données dans lesquelles Wikipédia était jusqu’à six fois plus représentée que d’autres ensembles de données, car OpenAI considérait l’encyclopédie en ligne comme de meilleure qualité par rapport au reste. Grok, quant à lui, est entraîné à partir de diverses sources, notamment des publications provenant de X. Cela pourrait expliquer que le chatbot ait été épinglé pour avoir vérifié l’opinion d’Elon Musk sur des sujets controversés avant de répondre.

Dans cette capture réalisée par le chercheur Simon Willison, on peut voir le processus de réflexion détaillé de Grok face à une demande portant sur un sujet controversé (ici, une demande de soutien à Israël ou à la Palestine) : le chatbot consulte les publications d’Elon Musk sur le sujet avant de fournir une réponse.

Musk a précédemment indiqué que xAI effectue un tri dans les données d’entraînement de Grok, par exemple pour améliorer ses connaissances juridiques et pour supprimer le contenu généré par d’autres LLM à des fins d’augmentation de la qualité des réponses. Le milliardaire a également lancé un appel à la communauté d’utilisateurs de X pour trouver des problèmes complexes et des faits « politiquement incorrects, mais néanmoins vrais » à soumettre à son chatbot. Rien ne permet de savoir si ces données ont bien été utilisées ni quelles mesures de contrôle qualité ont été appliquées sur celles-ci.

Dans cette publication du 21 juin 2025, Elon Musk invite les utilisateurs à répondre avec « des faits clivants pour l’entraînement de Grok ». Par cela, il entend « des choses politiquement incorrectes, mais cependant vraies sur le plan factuel ».

Le réglage de précision

La deuxième étape, le réglage de précision – plus connu sous le nom anglais de fine-tuning – consiste à ajuster le comportement du LLM à l’aide de retours sur ses réponses. Les développeurs créent des cahiers des charges détaillés décrivant leurs positions éthiques de prédilection, que des évaluateurs humains ou des IA secondaires utilisent ensuite comme grille d’évaluation pour évaluer et améliorer les réponses du chatbot, ancrant ainsi efficacement ces valeurs dans la machine.

Une enquête de Business Insider a mis en lumière que les instructions données par xAI à ses « tuteurs pour IA » humains leur demandaient de traquer l’« idéologie woke » et la « cancel culture » dans les réponses du chatbot. Si des documents internes à l’entreprise indiquaient que Grok ne devait pas « imposer une opinion qui confirme ou infirme les préjugés d’un utilisateur », ils précisaient également que le chatbot devait éviter les réponses donnant raison aux deux parties d’un débat, lorsqu’une réponse plus tranchée était possible.

Les instructions système

Les instructions système – c’est-à-dire les consignes fournies au chatbot avant chaque conversation avec un utilisateur – guident le comportement du modèle une fois déployé.

Il faut reconnaître que xAI publie les instructions système de Grok. Certaines d’entre elles, comme celle invitant le chatbot à « supposer que les points de vue subjectifs provenant des médias sont biaisés », ou celle le poussant à « ne pas hésiter à faire des déclarations politiquement incorrectes, à condition qu’elles soient bien étayées », ont probablement été des facteurs clés dans la dernière controverse.

Ces instructions sont toujours mises à jour à l’heure actuelle, et leur évolution, qu’il est possible de suivre en direct, constitue en soi une étude de cas fascinante.

La mise en place de « garde-fous »

Les développeurs peuvent enfin ajouter des « garde-fous », c’est-à-dire des filtres qui bloquent certaines requêtes ou réponses. OpenAI affirme ainsi ne pas autoriser ChatGPT « à générer du contenu haineux, harcelant, violent ou réservé aux adultes ». Le modèle chinois DeepSeek censure de son côté les discussions sur la répression contre les manifestations de la place Tian’anmen de 1989.

Des tests effectués lors de la rédaction de cet article suggèrent que Grok est beaucoup moins restrictif dans les requêtes qu’il accepte et dans les réponses apportées que les modèles concurrents.

Le paradoxe de la transparence

La controverse autour des messages pronazis de Grok met en lumière une question éthique plus profonde. Est-il préférable que les entreprises spécialisées dans l’IA affichent ouvertement leurs convictions idéologiques et fassent preuve de transparence à ce sujet, ou qu’elles maintiennent une neutralité illusoire, tout en intégrant secrètement leurs valeurs dans leurs créations ?

Tous les grands systèmes d’IA reflètent en effet la vision du monde de leurs créateurs, des prudentes positions corporatistes de Microsoft Copilot à l’attachement à la sécurité des échanges et des utilisateurs détectable chez Claude d’Anthropic. La différence réside dans la transparence de ces entreprises.

Les déclarations publiques de Musk permettent de relier facilement les comportements de Grok aux convictions affichées du milliardaire sur « l’idéologie woke » et les biais médiatiques. À l’inverse, lorsque d’autres chatbots se trompent de manière spectaculaire, il nous est impossible de savoir si cela reflète les opinions des créateurs de l’IA, l’aversion au risque de l’entreprise face à une question jugée tendancieuse, une volonté de suivre des règles en vigueur, ou s’il s’agit d’un simple accident.

Le scandale lié à Grok fait écho à des précédents familiers. L’IA de X ressemble en effet au chatbot Tay de Microsoft, qui tenait des propos haineux et racistes en 2016. Il avait également été formé à partir des données de Twitter, le prédécesseur de X, et déployé sur ce réseau social, avant d’être rapidement mis hors-ligne.

Il existe cependant une différence cruciale entre Grok et Tay. Le racisme de cette dernière résultait de la manipulation menée par des utilisateurs et de la faiblesse des mesures de sécurité en place : il résultait de circonstances involontaires. Le comportement de Grok, quant à lui, semble provenir au moins en partie de la manière dont il a été conçu.

La véritable leçon à tirer du cas Grok tient à la transparence dans le développement des IA. À mesure que ces systèmes deviennent plus puissants et plus répandus – la prise en charge de Grok dans les véhicules Tesla vient ainsi d’être annoncée –, la question n’est plus de savoir si l’IA reflétera les valeurs humaines de manière générale. Il s’agit plutôt d’établir si les entreprises créatrices feront preuve de transparence quant aux valeurs personnelles qu’elles encodent, et quant aux raisons pour lesquelles elles ont choisi de doter leurs modèles de ces valeurs.

Face à ses concurrents, l’approche de Musk est à la fois plus honnête (nous voyons son influence) et plus trompeuse (il prétend à l’objectivité tout en programmant son chatbot avec subjectivité).

Dans un secteur fondé sur le mythe de la neutralité des algorithmes, Grok révèle une réalité immuable. Il n’existe pas d’IA impartiale, seulement des IA dont les biais nous apparaissent avec plus ou moins de clarté.

The Conversation

Aaron J. Snoswell a reçu des financements de recherche de la part d’OpenAI en 2024-2025 pour développer de nouveaux cadres d’évaluation permettant de mesurer la compétence morale des agents conversationnels basés sur l’IA.

ref. Comment Grok, le chatbot de Musk, est devenu nazi – https://theconversation.com/comment-grok-le-chatbot-de-musk-est-devenu-nazi-261738

Du régime de Vichy à Marx… l’étonnant parcours de l’économiste Henri Denis

Source: The Conversation – in French – By Damien Bazin, Maître de Conférences HDR en Sciences Economiques, Université Côte d’Azur

Henri Denis souhaite une nouvelle organisation de l’économie, centrée sur la communauté de travail, sur l’artisanat, induisant la suspension du jeu capitaliste et des luttes de classes. Wikimediacommons

Des années 1960 aux années 1980, les étudiants en économie ont dans leur main le manuel de l’Histoire de la pensée économique, d’Henri Denis (1913-2011). Tour à tour corporatiste, proche de Vichy, progressiste chrétien, communiste, ce dernier termine ses jours en reniant le communisme et en revenant au corporatisme. Un universitaire brillant et une girouette idéologique épousant la doctrine du moment.


Du début des années 1960 aux années 1980, l’histoire de la pensée économique a pour figure centrale le professeur Henri Denis (1913-2011). Il enseigne à l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne, en étant l’auteur d’un manuel d’Histoire de la pensée économique.

De la première édition de 1966 à nos jours, ce manuel connaît plusieurs éditions successives et est traduit en huit langues. « Le Denis » est entre les mains des étudiants durant toutes ces années. Le cours délivré par Henri Denis forme plusieurs générations d’apprentis en sciences économiques.

Une large partie du manuel et du cours d’Henri Denis est consacrée à l’économie de Karl Marx. Bien que ce professeur d’université se réclame de l’auteur du Capital, il ne fut pas toujours un marxiste, à en juger par sa trajectoire proche de Vichy durant la Seconde Guerre mondiale. Durant cette période, il symbolise l’engagement doctrinal d’économistes dans le mouvement corporatiste, selon lequel les représentants des salariés identifient leur intérêt (de corporation) à l’intérêt général.

Alors, peut-on séparer l’homme de connaissance (théoricien) de l’homme individuel (politisé) ?

Disciple d’un vichyste

Lorsque l’on aborde la question du positionnement politique des économistes français lors de la Seconde Guerre mondiale, une figure emblématique surgit, celle de François Perroux, qui adhéra au régime de Vichy. Celle de son disciple et collègue Henri Denis est beaucoup moins connue en ce domaine.

Celui qui allait conquérir une notoriété universitaire en tant qu’historien de la pensée économique a épousé la doctrine corporatiste. Il partage les valeurs politiques de celui qui est l’un des membres de son jury de thèse, thèse soutenue le 7 mars 1938 à la Faculté de droit de Paris, « Les récentes théories monétaires en France. Idée quantitative et conflit des méthodes ».

Pour resituer le contexte, rappelons que l’entre-deux-guerres, avec en particulier le choc de la Grande Dépression (années 1930), est propice pour certains économistes à une réflexion autour d’un ordre économique nouveau, condensant un refus du libéralisme et du communisme. En économie, comme dans le reste des sciences sociales, ces visions du monde s’affrontent.

Corporatisme catholique

Portrait d’Henri Denis (1913-2011), économiste sulfureux français.
FAL

En France, la doctrine corporatiste réunit autour d’elle plusieurs économistes, dont Gaëtan Pirou (lui aussi figurant dans le jury de thèse d’Henri Denis en 1938), François Perroux et le jeune Henri Denis. Celui-ci est issu d’une famille bretonne très catholique. Il est séduit par cette pensée qui, malgré sa diversité, entend défendre les valeurs de l’Occident et celles de la chrétienté.

Henri Denis obtient son doctorat et décroche l’agrégation de sciences économiques en 1942. Un an auparavant, en 1941, il publie La corporation dans la célèbre collection « Que sais-je ? » Ouvrage dans lequel il rend un hommage appuyé à François Perroux, et aussi à Gaëtan Pirou, dont il s’inspire pour comparer les différents courants corporatistes en Europe, du Portugal salazariste à l’Italie fasciste en passant par l’Allemagne nazie.

Dans cet ouvrage, il expose la véritable finalité du corporatisme : construire un nouvel ordre social et une nouvelle organisation de l’économie, centrés sur le corporatisme, sur la communauté de travail, sur l’artisanat, induisant la suspension du jeu capitaliste et des luttes de classes. Un an plus tard, Henri Denis va jusqu’à prétendre que le socialisme est la ruine de la civilisation.

Travaux financés par Vichy

Cette adhésion d’Henri Denis aux principes du corporatisme le conduit à rejoindre la Fondation française pour l’étude des problèmes humains créée en 1941, mieux connue sous l’appellation de Fondation Alexis-Carrel (du nom du Prix Nobel de médecine Alexis Carrel, qui prôna l’eugénisme). Son budget est alloué par le secrétariat d’État à la famille et à la santé du régime de Vichy.

Cette fondation est constituée de six départements, dont celui de « bio-sociologie », dirigé par François Perroux, qui fit appel à Henri Denis en 1942 pour traiter des théories économiques. Les conflits de personnes au sein même de la Fondation conduisent Perroux et Denis à s’éloigner d’Alexis Carrel. Mais c’est surtout la fin de la guerre, occasionnant un démantèlement progressif des institutions de Vichy, qui oblige les économistes à songer à leur reconversion.

Henri Denis, comme beaucoup d’autres, entreprend, dès le lendemain du conflit, une reconversion idéologique saisissante, inattendue même.

Du corporatisme au communisme

Afin d’effacer les années d’engagement dans le corporatisme et les fonctions accomplies dans les institutions du gouvernement de Vichy, l’heure est aux reconversions. Pour les universitaires, se soustraire à ce risque, c’est entreprendre une révolution idéologique, comme celle qui va caractériser Henri Denis.

On sait qu’après la guerre, le communisme s’impose, tant par le rôle joué par l’URSS dans l’issue de la guerre, que, dans le cas français, l’affirmation politique du Parti communiste français (PCF). Après un passage par l’Union des chrétiens progressistes (UCP), Henri Denis rejoint le PCF en 1953 – il quitte le PCF huit ans plus tard, c’est-à-dire au moment où il est nommé professeur à Paris.

Il dirige le quotidien Ouest Matin, une émanation des fédérations du PCF de Bretagne, « un grand quotidien régional d’information et de défense républicaine ». Il intègre le comité de rédaction de la revue marxiste Économie et politique, où il développe une critique des approches catholiques du marxisme.

En 1950, Henri Denis publie la Valeur. Dans cet ouvrage, il critique explicitement l’économie bourgeoise et cherche à démontrer la pertinence scientifique du marxisme en économie.

Enseignant communiste


FAL

Professeur agrégé d’économie à l’Université de Rennes (Ille-et-Vilaine), Henri Denis est muté au début des années 1960 à ce qui est encore la Faculté de droit de Paris. Dans le cadre de son cours d’histoire de la pensée économique, Henri Denis publie en 1966 la première édition de son célèbre manuel Histoire de la pensée économique.

Comparativement aux manuels antérieurs (ceux de Charles Gide et Charles Rist, d’André Piettre ou d’Émile James, par exemple), la place de Marx et du marxisme dans le manuel de Denis est imposante : un bon tiers du manuel, soit plus de 200 pages. Elle témoigne de son engagement doctrinal et de sa connaissance de l’œuvre de Marx et des auteurs se réclamant de lui.

Nombreux sont les témoignages d’anciens étudiants devenus pour certains d’entre eux des professeurs d’économie qui indiquent que le manuel d’Henri Denis a contribué de manière décisive à l’implantation du marxisme dans les universités. La réception et la diffusion de l’Histoire de la pensée économique, d’Henri Denis, suscitent de nombreuses controverses. Elles opposent les professeurs plutôt conservateurs qui ont vu dans ce livre et dans le cours professé par Denis, une façon de corrompre la jeunesse française, tandis que d’autres y décèlent un renouveau de la pensée marxiste en France.

Discrédite le marxisme

Les années 1970 sont celles de la montée en puissance de la problématique des droits humains du totalitarisme, et du goulag en Union soviétique. L’étoile du marxisme commence à pâlir, et le discrédit jeté sur Marx et sur son œuvre s’affirme. Les signes annonciateurs du libéralisme se distinguent dans la science économique, et dans les mouvements politiques.




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Henri Denis, qui, durant plus de vingt ans, met en avant la scientificité de l’œuvre de Marx, participe à son discrédit. Il publie, en 1980, l’Économie de Marx. Histoire d’un échec. Le terme « échec » apparaissant lourd de sens à une époque où l’idée de socialisme n’a plus cours, et est associée à la dictature.

Fidèle à une conception corporatiste de l’organisation de la société, Henri Denis revient plus de quarante ans après, sur cette doctrine dans l’un de ses derniers ouvrages, publiés en 1984, Logique hégélienne et systèmes économiques. Il indique qu’il s’agit d’une solution aux maux engendrés par le libéralisme (injustices et désordres) et à la tyrannie inhérente à la planification.

Girouette économique

En se penchant sur cette figure légendaire de la pensée économique en France, l’ambition était de montrer qu’Henri Denis, dans le champ même de la science économique, avait, comme d’autres, incorporé certaines règles du jeu social qui l’ont conduit à se situer en quelque sorte sur les sommets de la pensée économique. D’abord, en affirmant sa croyance en la doctrine du moment, le corporatisme, puis, en raison de la défaite de cette doctrine, en épousant la cause du marxisme, avant d’y renoncer.

Ce faisant, il s’agit de créer une anamnèse des origines d’un professeur, et de pratiquer une historicisation d’un parcours universitaire, en se libérant d’une forme d’illusion de l’autonomie de la sphère des idées. Les discours et les actions qui se constituent dans un champ, celui de l’économie en l’occurrence, sont sociologiquement déterminés par les conditions sociales de ceux qui en sont les dépositaires. Dit autrement, l’homme de connaissance ne peut être dissocié de l’homme individuel.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Du régime de Vichy à Marx… l’étonnant parcours de l’économiste Henri Denis – https://theconversation.com/du-regime-de-vichy-a-marx-letonnant-parcours-de-leconomiste-henri-denis-257406

Tests psychologiques : à quels outils se fier sur un marché pléthorique ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Katia Terriot, Maîtresse de conférences en psychologie, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)

Du milieu scolaire aux process de recrutement, en passant par les choix d’orientation, les tests psychologiques sont de plus en plus mobilisés, dans des situations décisives pour l’avenir des personnes concernées. Mais sont-ils toujours fiables ? Et à quelles sont les conditions d’une utilisation pertinente ?


À leur création au XIXe siècle, les tests psychologiques ont été utilisés principalement pour étudier le fonctionnement de l’intelligence. Avec la création de programmes centrés sur l’évaluation des personnalités à partir des années 1960, ils ont été largement diffusés dans les entreprises pour accompagner la gestion des ressources humaines et le recrutement.

Depuis les années 2000, ils sont de plus en plus mobilisés dans le champ de l’orientation également. Du test d’aptitudes pour un futur pilote de l’air au questionnaire de personnalité destiné à un manager, en passant par l’évaluation cognitive en milieu scolaire, ces outils interviennent chaque jour dans des situations décisives.

Utilisés à bon escient, ils peuvent éclairer et objectiver un choix ; mal choisis ou mal interprétés, ils risquent au contraire de l’orienter dans une mauvaise direction.

Une offre pléthorique

La diversité des tests psychologiques est impressionnante : tests d’aptitude pour surveillant pénitentiaire, questionnaire de personnalité pour managers, échelles de motivation pour élèves en difficulté… et, à l’autre extrémité du spectre, les quiz en ligne ou dans les magazines, parfois présentés comme « scientifiques » mais sans aucune base rigoureuse.

Certains tests psychologiques sont utilisés dans le monde entier, parfois à des milliers d’exemplaires chaque année. Leur popularité, le fait qu’ils aient été créés par une personnalité reconnue ou adoptés par de grandes entreprises ne garantit pourtant en rien leur qualité scientifique. Derrière une apparente simplicité et un succès commercial peuvent se cacher de fortes disparités de qualité. Or, un outil mal construit peut mener à des interprétations erronées et à des décisions inadaptées.

À quoi les tests servent-ils ?

Un test psychologique n’est pas qu’un simple questionnaire. C’est un instrument standardisé (c’est-à-dire prévu pour être utilisé dans des conditions contrôlées, toujours les mêmes), destiné à mesurer une dimension précise, comme le raisonnement, la mémoire, l’attention, la personnalité ou les intérêts professionnels. Par exemple, certaines épreuves de raisonnement sont utilisées depuis plus d’un siècle et ont été améliorées avec le temps. Elles permettent de manière fiable de prédire la capacité d’une personne à s’adapter à des situations nouvelles et complexes.

Utilisés de manière appropriée (c’est-à-dire adaptés à la situation et à la personne évaluée, utilisés par une personne compétente, respectant les règles de standardisation), ces outils ont une réelle valeur ajoutée. Ils permettent d’objectiver des observations (par exemple, pour confirmer ou pour infirmer un trouble d’apprentissage) ou d’aider à la prise de décisions d’orientation scolaire ou professionnelle, en éclairant les motivations, les intérêts ou les compétences des personnes, ou encore de suivre l’évolution d’une compétence ou d’une souffrance psychologique au fil du temps.

Si les tests peuvent jouer un rôle clé dans de nombreux contextes, encore faut-il qu’ils soient conçus avec rigueur. Dans l’idéal, la conception d’un test psychologique s’appuie sur plusieurs années de travail collectif entre chercheurs et praticiens, avec des phases d’expérimentation et une validation par les pairs. En pratique, beaucoup d’outils diffusés dans le monde du travail ou sur Internet échappent à ce cadre scientifique rigoureux, ce qui explique la grande diversité de qualité que l’on trouve sur le marché.

La démarche d’élaboration d’un test psychologique

Construire un test de qualité demande bien plus qu’une idée lumineuse. Le processus commence par un modèle théorique solide. Les tests d’intelligence actuels, par exemple, reposent souvent sur le modèle CHC (Cattell-Horn-Carroll), qui distingue différentes composantes cognitives. À partir de cette base, on élabore des items (par exemple, une question ou un problème à résoudre), que l’on soumet à un large échantillon de participants.

Les données ainsi recueillies font l’objet d’analyses statistiques sophistiquées : on vérifie que le test mesure bien ce qu’il prétend mesurer (validité), que les résultats sont stables et reproductibles (fidélité), et que chaque item contribue réellement à l’évaluation. Cette phase est suivie de l’étalonnage. Les résultats d’un échantillon représentatif de la population à laquelle s’adresse le test sont recueillis.




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À chaque utilisation, les résultats d’une personne pourront ainsi être comparés à une « norme » de référence. Enfin, toutes ces étapes doivent être documentées dans un manuel détaillé, où sont présentées les preuves scientifiques, les conditions d’utilisation et les limites de l’outil.

Reconnaître un test de qualité

Ainsi, la qualité d’un test se juge d’abord sur la solidité de sa documentation. Un manuel expose clairement ses fondements théoriques, sa méthode de construction, les résultats des analyses statistiques et les conditions précises de passation.

Les normes doivent avoir été établies sur un échantillon représentatif, reflétant la diversité de la population à laquelle le test est destiné. L’absence de ces éléments doit alerter. Un test dépourvu de manuel, dont les promesses se limitent à des slogans vagues comme « Révélez votre potentiel caché » ou qui se contente de vanter sa popularité sans présenter de données scientifiques fiables, doit être abordé avec prudence.

À titre d’exemple, un argument marketing mettrait en avant que « ce test est plébiscité par des milliers d’utilisateurs et recommandé par les plus grands coachs » alors que l’argument scientifique pourrait indiquer que « ce test a été validé sur 1 500 personnes représentatives de la population française ».

Cependant, même lorsqu’un test est élaboré de façon rigoureuse sur le plan scientifique, il reste nécessaire de garder un regard critique sur ses atouts et sur ses limites. Les données psychométriques doivent être examinées avec attention pour faire un choix éclairé. Car un test fiable mais mal choisi peut avoir des conséquences importantes sur la pratique professionnelle.

Par exemple, utiliser avec un enfant un outil dont l’étalonnage a été conçu à partir d’une population d’adolescents peut conduire à sous-estimer les capacités de l’enfant, avec un risque de l’orienter vers un dispositif de soutien inapproprié.

Une utilisation éthique et rigoureuse

Mais avoir un regard critique sur la qualité d’un test ne suffit toujours pas. Encore faut-il que son utilisation respecte des règles strictes. Même l’outil le plus solide sur le plan scientifique peut produire des conclusions erronées s’il est administré dans de mauvaises conditions ou interprété sans tenir compte du contexte. C’est là qu’interviennent les principes d’une utilisation éthique et rigoureuse.

Respecter les conditions standardisées de passation (temps, consignes, cotation, environnement) est indispensable. La confidentialité des résultats doit être assurée, et leur interprétation doit tenir compte du contexte, des observations qualitatives et d’autres sources d’information. Il est, en effet, indispensable, de rappeler qu’un test psychologique, même élaboré scientifiquement, n’est pas omniscient. Il ne peut à lui seul saisir toute la complexité d’une personne ni prédire son avenir.

Un résultat chiffré ne prend sens que replacé dans un ensemble plus large d’informations : observations cliniques, entretiens, éléments contextuels. Se fier uniquement à un score, c’est comme évaluer toute la personnalité de quelqu’un en ne lui posant qu’une seule question, par exemple : « Préférez-vous passer vos vacances à la plage ou à la montagne ? »

En France, l’usage de certains tests est réservé aux psychologues, parce que leur interprétation exige des compétences techniques et cliniques spécifiques. D’autres outils peuvent être utilisés par des non-psychologues, à condition de suivre une formation spécifique, généralement proposée par l’éditeur du test. Mais même dans ce cas, un usage hors cadre légal ou déontologique expose à des décisions inadaptées, potentiellement néfastes pour l’individu, ou discriminatoires.

Dans un marché pléthorique, savoir faire la différence entre des tests valides scientifiquement et d’autres plus douteux est devenu une compétence en soi. C’est l’objectif du MOOC Tout comprendre sur les tests en psychologie : usages, limites et bonnes pratiques) diffusé sur FUN MOOC. Il propose aux professionnels et au grand public de comprendre les principes de construction des tests, d’identifier les critères de qualité et de distinguer preuves scientifiques et arguments commerciaux.


Le MOOC Tout comprendre sur les tests en psychologie : usages, limites et bonnes pratiques, a été conçu par Jean-Luc Bernaud, Pascal Bessonneau, Richard Gucek, Lin Lhotellier, Even Loarer, Katia Terriot et Aline Vansoeterstede, membres de l’Institut national d’étude du travail et d’orientation professionnelle (Inétop) du Conservatoire national des arts et métiers (Cnam).

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Tests psychologiques : à quels outils se fier sur un marché pléthorique ? – https://theconversation.com/tests-psychologiques-a-quels-outils-se-fier-sur-un-marche-plethorique-264056

Why Jimmy Kimmel’s First Amendment rights weren’t violated – but ABC’s would be protected if it stood up to the FCC and Trump

Source: The Conversation – USA – By Wayne Unger, Associate Professor of Law, Quinnipiac University

A crowd protests in Hollywood, Calif., on Sept. 18, 2025, after the suspension of the ‘Jimmy Kimmel Live!’ taping earlier in the day. David Pashaee / Middle East Images via AFP, Getty Images

The assassination of conservative activist Charlie Kirk has sparked a wave of political commentary.

There were the respectful and sincere comments condemning the killing. Former President Barack Obama said, “What happened was a tragedy and … I mourn for him and his family.” And former Vice President Mike Pence said, “I’m heartsick about what happened to him.”

But Kirk’s killing also elicited what many saw as inappropriate comments. MSNBC terminated commentator Matthew Dowd after he said, “Hateful thoughts lead to hateful words, which then lead to hateful actions.” American Airlines grounded pilots accused of celebrating Kirk’s death.

Perhaps the most notable reaction to remarks seen as controversial about the Kirk killing hit ABC comedian Jimmy Kimmel. His network suspended him indefinitely after comments that he made about the alleged shooter in Kirk’s death.

Countless defenders of Kimmel quickly responded to his indefinite suspension as an attack on the First Amendment. MSNBC host Chris Hayes posted the following on X: “This is the most straightforward attack on free speech from state actors I’ve ever seen in my life and it’s not even close.”

But is it?

FCC Chairman Brendan Carr’s statement about how Jimmy Kimmel’s remarks could hurt ABC affiliate stations.

Free speech? It depends

The First Amendment limits government officials from infringing one’s right to free speech and expression.

For example, the government cannot force someone to recite the Pledge of Allegiance or salute the American flag, because the First Amendment, as one Supreme Court justice wrote, “includes both the right to speak freely and the right to refrain from speaking at all.”

And government cannot limit speech that it finds disagreeable while permitting other speech that it favors.

However, the First Amendment does not apply to private employers. With the exception of the 13th Amendment, which generally prohibits slavery, the Constitution applies only to government and those acting on its behalf.

So, as a general rule, employers are free to discipline employees for their speech – even the employees’ speech outside of the workplace. In this way, U.S. Sen. Lindsey Graham correctly said on X, “Free speech doesn’t prevent you from being fired if you’re stupid and have poor judgment.”

This is why Amy Cooper’s employer, an investment firm, was free to terminate her following her 2020 verbal dispute in New York’s Central Park with a bird-watcher over her unleashed dog. She called the police, falsely claiming that the bird-watcher, a Black man, was threatening her life. The incident, captured on video, went viral and Cooper was fired, with her employer saying, “We do not condone racism of any kind.”

This is also why ABC was able to fire Roseanne Barr from the revival of her show, “Roseanne,” after she posted a tweet about Valerie Jarrett, a Black woman who had been a top aide to President Obama, that many viewed as racist.

But as a scholar of constitutional law, I believe Kimmel’s situation is not as straightforward.

A small monument made out of marble has the First Amendment to the US Constitution printed on it.
A marble plaque inscribed with the First Amendment sits on Independence Mall in Philadelphia, Pa.
Raymond Boyd/Getty Images

Threat complicates things

Neither Cooper’s employer nor Barr’s employer faced any government pressure to terminate them.

Kimmel’s indefinite suspension followed a vague threat from the chairman of the Federal Communications Commission, Brendan Carr. As complaints about Kimmel’s statement exploded in conservative media, Carr suggested in a podcast interview that Kimmel’s statements could lead to the FCC revoking ABC affiliate stations’ licenses.

“We can do this the easy way or the hard way,” Carr said.

But the Supreme Court has been crystal clear. Government officials cannot attempt to coerce private parties in order to punish or suppress views that the government disfavors.

In a 2024 case, National Rifle Association v. Vullo, a unanimous Supreme Court plainly said that the government’s threat of invoking legal sanctions and other coercion to suppress speech it doesn’t like violates the First Amendment. That principle is so profound and fundamental that it got support from every member of an often bitterly divided court.

A threat to revoke broadcast licenses would almost certainly be seen in a court of law as a government action tantamount to coercion. And Carr’s public comments undoubtedly connect that threat to Kimmel’s disfavored comments.

If the FCC had indeed moved to strip ABC affiliates of their licenses to broadcast because of what Kimmel said, ABC and its parent company, Disney, could have sued the FCC to block the license revocations on First Amendment grounds, citing the NRA v. Vullo case.

But the network seemingly caved to the coercive threat instead of fighting for Kimmel. This is why so many are decrying the Kimmel suspension as an attack on free speech and the First Amendment – even though they might not fully understand the law they’re citing.

The Conversation

Wayne Unger does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Why Jimmy Kimmel’s First Amendment rights weren’t violated – but ABC’s would be protected if it stood up to the FCC and Trump – https://theconversation.com/why-jimmy-kimmels-first-amendment-rights-werent-violated-but-abcs-would-be-protected-if-it-stood-up-to-the-fcc-and-trump-265703

Elon Musk’s speech to far-right rally should have us all thinking about the power social media companies hold over our democracies

Source: The Conversation – UK – By Verena K. Brändle, Assistant Professor, Department of Political Science and International Studies, University of Birmingham

Elon Musk seems to enjoy awkward surprise appearances. Joining a far-right rally in London via livestream, he demanded the “dissolution” of the British parliament, falsely linked immigration to violence, and warned that the only option for protesters was to “fight back” or “die”.

He did similar in January 2025 when he joined a campaign event of the German far-right party Alternative for Germany (AfD). Again over video he told supporters that “the German people are really an ancient nation” and the AfD is “the best hope for the future of Germany”.

It appears that the currently second-richest person in the world has become a mascot for the European far-right. In 2022, Musk bought one of the major social media platforms, then Twitter, to promote “free speech”. He stepped right into the ongoing “culture war” that is currently polarising US politics and finding traction across Europe. This makes him a problem for democratic politics.

The combination of massive wealth, far-right ideology and power over a large share of public discourse is a recurrent issue for democracy in general, but its negative effects have become even more prevalent in the age of social media. Two aspects are of particular importance here: social media companies’ monetising of user data and a dependence of democratic politics on platform discourse.

Social media runs on an advertisement-based revenue model. Every click or lingering over a post produces data and metadata which are a lucrative resource. Social media companies make a lion’s share of their revenue from charging advertisers to show ads to specific users based on such data. Some of us might remember Mark Zuckerberg replying “Senator, we run ads” when asked during testimony before the US Senate in 2018 how he made money without charging users for his services.

Importantly, advertisers do not only come in the form of clothing brands, restaurant chains and protein shakes. Political parties, governments, think-tanks, and foundations have all paid for ads on social media.

Studies show that social media has contributed to political polarisation during crucial political moments such as Brexit. It also harms democratic discourse when it facilitates online abuse that excludes already minoritised groups from democratic debate. Too often, such abuse is directed at minority women and girls as well as LGBTQ+ people.

Meta has followed X’s turn towards a right-leaning interpretation of “free speech”. It has abolished its third party fact-checking programme, widely credited with helping to manage disinformation.

Meanwhile, politicians across Europe struggle to decide what to do about Musk’s destabilising comments. Keep in mind that governments are doing (or thinking about doing) business with big tech leaders. This situation is politically complex, to say the least, because Musk and others, while being outspoken about their annoyance with aspects of democracy, are also at the forefront of developing the AI technologies many nations are relying on in their hope for economic growth.

This means that Musk has cracked the code for success in capitalist democracies: he makes the headlines with extreme statements, allows debates to unfold “freely” on his platform, and makes some of his money from the generated data.

This situation has created a strange relationship between democratic politics and social media leaders. For people like Musk, there is almost an economic incentive to engage in politics, riling up people and pressuring governments. He is both a business leader and a political actor.

“Free speech” regulations on social media platforms and their leaders’ political stances are increasingly at odds with democratic guidelines. Democracies need to have a more focused debate about how to minimise this incentive structure for destabilising politics.


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The Conversation

Verena K. Brändle does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Elon Musk’s speech to far-right rally should have us all thinking about the power social media companies hold over our democracies – https://theconversation.com/elon-musks-speech-to-far-right-rally-should-have-us-all-thinking-about-the-power-social-media-companies-hold-over-our-democracies-263074

Robert Redford: ten great films from a brilliant career

Source: The Conversation – UK – By Daniel O’Brien, Lecturer, Department of Literature Film and Theatre Studies, University of Essex

Over the course of an illustrious film career which began in 1960, Robert Redford starred in more than 50 films and directed nine. He was nominated for an Oscar four times, won best director for his debut Ordinary People in 1980, and received an honorary Oscar for his contribution to the film industry in 2001. It’s an extraordinary body of work – here we pick our ten favourites.

1. Butch Cassidy and the Sundance Kid (1969)

Robert Redford defined his Hollywood stardom in 1969 with George Roy Hill’s Butch Cassidy and the Sundance Kid, a film that reconfigured both the western and the buddy movie. Riding the momentum of New Hollywood titles like Easy Rider and Midnight Cowboy, Hill’s film struck a balance between fresh storytelling and classic Hollywood style.

Playing opposite Paul Newman’s wily Butch, Redford’s cool, sharp-shooting Sundance creates one of cinema’s most iconic duos. Their charisma and wit onscreen are as striking as their arresting good looks. But this is also carefully balanced. Sundance’s inability to swim, for example, adds humour and vulnerability, humanising Redford’s star power. The final defiant freeze-frame is culturally iconic, while the film’s legacy lives on through the Sundance Film Festival, providing a platform for independent filmmakers.

2. Jeremiah Jonhnson (1972)

Redford’s portrayal of 19th-century mountain man Jeremiah Johnson tells the tale of a disillusioned figure retreating into the wilderness, seeking solace in the solitude, beauty and danger of the Rocky Mountains.

Sparse in dialogue and narrative, the film relies on Redford’s quiet authority to carry it. Very much a product of its era, it frames Johnson in violent clashes with both Native Americans and nature itself. Most significantly, it marked the beginning of Redford’s long partnership with director Sydney Pollack, a fruitful collaboration that would later include The Way We Were, Three Days of the Condor, and Out of Africa.

3. The Sting (1973)

Reuniting with director George Roy Hill, Redford teamed up again with Paul Newman for The Sting, a stylish 1930s caper about two grifters scheming to outwit a crime boss, played with icy menace by Robert Shaw – a stark contrast to the warmth between the leads. This time it’s Newman’s turn to wear the moustache, with Redford clean-shaven, a playful reversal of their Butch Cassidy look. With its clever twists, Scott Joplin ragtime piano score and screen-wipe transitions, the film won seven Oscars at the 46th Academy Awards, including best picture and best director, and earned Redford a nomination for best actor.

4. All the President’s Men (1976)

Alan J. Pakula’s All the President’s Men paired Redford with Dustin Hoffman in a serious contemporary role, dramatising the Watergate scandal just two years after Nixon’s resignation. A taut, uncompromising account of investigative journalism, the film showcases Redford’s range in a part that eschews glamour for realism and the pursuit of truth. Fifty years later it remains one of cinema’s most sophisticated political dramas. The project owed much to Redford, who approached Bob Woodward and Carl Bernstein before securing rights to their book, and adapting it for the screen.

5. Ordinary People (1980)

Redford’s directorial debut, Ordinary People was a huge success, winning best picture and earning him the Oscar for best director. A powerful family drama about grief and alienation, it starred Donald Sutherland, Mary Tyler Moore and Timothy Hutton. The film transformed Redford’s career, expanding his influence behind the camera.

6. Sneakers (1992)

Directed by Phil Alden Robinson, Sneakers let Redford dip back into the caper genre, this time with a tech-age twist. He plays a former hacker turned security consultant who, along with a mismatched crew (Sidney Poitier, Dan Aykroyd, River Phoenix), is pulled into a plot over a code-breaking device. The film mixes comedy, intrigue and early 1990s paranoia about surveillance, while retaining a breezy touch as Redford holds it all together with his familiar charm.

7. Quiz Show (1994)

Redford’s fourth feature film, Quiz Show, returned to his interest in public scandal – this time shifting from the White House to NBC’s 1950s game show Twenty-One and the controversy surrounding contestant Charles Van Doren (Ralph Fiennes). Exposing how producers rigged the contest to engineer Van Doren’s success, the film probes questions of truth, media and morality, echoing Redford’s enduring fascination with power and integrity in American culture. Nominated for four Oscars, Quiz Show remains one of Redford’s most accomplished and incisive directorial works.

8. The Great Gatsby (1974)

Jack Clayton’s adaptation of F. Scott Fitzgerald’s The Great Gatsby cast Redford as one of literature’s most enigmatic figures: Jay Gatsby, the wealthy, detached, and obsessive dreamer pining for Daisy Buchanan (Mia Farrow). With his good looks and charisma, Redford embodied Gatsby’s allure, mystery and melancholy, even as the film itself divided critics. Lavish costumes and period design capture the excess of the Jazz Age, while Redford grounds the story’s glittering parties with Gatsby’s aching loneliness.

9. All Is Lost (2013)

J.C. Chandor’s All Is Lost is an engaging piece of action survival cinema, with Redford at 77 proving he could still carry a film entirely alone. He plays an unnamed sailor in the Indian Ocean whose boat is punctured by a drifting shipping container, an accident that escalates into a fight for survival on the open sea. With almost no dialogue (just 51 words), the drama relies on Redford’s presence and physicality. Like Jeremiah Johnson transposed from mountains to water, the film is elemental and meditative, and Redford delivers a late-career performance of remarkable endurance, which earned him the New York Film Critics Circle Award for best actor.

10. The Old Man & the Gun (2018)

David Lowery’s The Old Man & the Gun was announced as Redford’s final starring role, and it feels like a fitting farewell. While he later appeared briefly in Avengers: Endgame (2019) and in the anthology film Omniboat: A Fast Boat Fantasia (2020), this was the last feature he headlined.

Redford plays Forrest Tucker, a real-life career criminal who, well into his seventies, escapes prison and keeps robbing banks with a smile. The film isn’t about suspense so much as presence, and Redford brings the same easy charisma that defined his early career. Gentle, nostalgic and playful, it stands as an apt curtain call for a legendary performer and filmmaker.


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A violent dystopian thriller, KPop Demon Hunters and an updated Ibsen play: what to see this week

Source: The Conversation – UK – By Jane Wright, Commissioning Editor, Arts & Culture, The Conversation

No one wants to see a good Jedi turn bad, but that’s exactly what happens to Luke Skywalker actor Mark Hamill in The Long Walk, an adaptation of a Stephen King story of the same name. Hamill plays the terrifying major who presides over a group of young men taking part in a barbaric televised contest that requires them to walk continuously at a speed above 3mph or be summarily executed.

The setting for this violent dystopian thriller is a bleak 1970s America in the grip of economic decline that follows an unnamed war. A forerunner to the Hunger Games (the film is directed by Francis Lawrence, who helmed four of the five-film franchise), The Long Walk focuses on the idea of suffering and survival as spectacle. It’s not hard to see the source material’s influence on series like Squid Game or films like Koushun Takami’s Battle Royale.

Written in 1967, King’s story was a heartfelt response to the Vietnam draft and the impact of the war on his generation. Our reviewer Matt Jacobsen found the setting of a dark, inhospitable America a clever inversion that distils many of the familiar themes of the Vietnam movie. Indeed, he points to the deadly road march as reminiscent of GIs trudging through the jungle of Vietnam in 1980s films like Platoon and Full Metal Jacket.

At the film’s heart is the relationship between Ray Garraty (Cooper Hoffman) and Peter McVries (David Jonsson) with distinct echoes of Stand By Me in its depiction of friendship between boys. It has particular resonance in today’s bleak cultural environment for young men, vulnerable to the darker influences of social media and the conflicting expectations placed on them.

In The Long Walk, wit, tenderness and compassion come to the fore as the contestants are made vulnerable by the punishing exertions of the march and the violence meted out to those who falter. Some consolation perhaps, in what is undoubtedly a grim but compelling watch.

The Long Walk is in cinemas now




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The Long Walk: a brutal, brilliant film about suffering in the name of patriotism


KPopping and queer Americana

I have to say I’m late to the KPop Demon Hunters thing, and only started paying attention when a colleague mentioned his young daughters were crazy for it, and explained it was now Netflix’s most watched film ever.

That’s quite an achievement, and it ticks all the boxes: catchy tunes, stunning animations and relatable themes, not to mention a good dose of girl power in the form of three K-pop girl-banders who use their voices to protect the world from demonic forces (of course). But how much does the film reflect the real K-pop phenomenon? Our Korean culture expert Cholong Sung has the answers.

KPop Demon Hunters is on Netflix now




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KPop Demon Hunters gives a glimpse into K-pop culture in South Korea


What at first seems like a forbidden love story between a young woman and her fiance’s brother, On Swift Horses unexpectedly pivots to the hidden queer culture that existed in the United States of the 1950s. At the height of the American dream, when culture celebrated marriage and family as duty-bound goals, both characters turn out to be attracted to their own sex.

The glossy iconography of 1950s Americana is reimagined for this hidden world, making visible the queer lives that existed below the radar at a time of social censure and legal repression. This is an enjoyable watch that perhaps, according to our reviewer, would have worked better as a TV series, affording the space to develop characters more fully.

On Swift Horses is in cinemas now




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On Swift Horses: a film that fails to go deep enough on the complex queer lives of people in the 1950s


Love in a warm climate

I do love a bit of dark Scandinavian intrigue, so a new adaptation of Ibsen’s The Lady From The Sea makes a welcome addition to London’s theatrical fare. Starring Alicia Vikander as Ellida, a woman drawn ineluctably to the ocean, and Andrew Lincoln as her husband Edward, the setting is transferred from the Norwegian fjords to the Yorkshire coast.

Loaded with contemporary relevance, writer and director Simon Stone references Beyoncé and Just Stop Oil activism, and features a millennial protagonist struggling with climate anxiety. Does it work in this updated incarnation? Read our review and find out.

The Lady From The Sea is on at the Bridge Theatre in London until November 8




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The Lady from the Sea: a fierce play that shies from the wonderful unknowability of Henrik Ibsen’s original


From the late medieval period to the Arts and Crafts movement of the late 19th and early 20th centuries, The Nature of Gothic at the Blackburn Museum and Art Gallery explores the fascinating history of decorative borders. The show takes in in a diverse array of historical examples, from Islamic calligraphy adorned with floral frames, to vividly illuminated medieval manuscripts and the lush decorated margins of Pre-Raphaelite paintings.

The Nature of Gothic at the Blackburn Museum and Art Gallery until December 13




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New exhibition explores history of decorative borders: from medieval manuscripts to William Morris



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ref. A violent dystopian thriller, KPop Demon Hunters and an updated Ibsen play: what to see this week – https://theconversation.com/a-violent-dystopian-thriller-kpop-demon-hunters-and-an-updated-ibsen-play-what-to-see-this-week-265553