Sols appauvris : l’autre menace qui pèse sur l’agriculture ukrainienne

Source: The Conversation – in French – By Mark Sutton, Honorary Professor in the School of Geosciences, University of Edinburgh

Un usage du fumier plus efficace fait partie des mesures proposées pour lutter contre l’appauvrissement des sols ukrainiens. Oleksandr Filatov/Shutterstock

L’Ukraine a longtemps été l’un des piliers de l’approvisionnement alimentaire mondial, mais la guerre et des décennies de déséquilibres dans l’usage des engrais ont profondément appauvri ses sols. Une crise silencieuse qui menace la reprise agricole du pays.


Pendant des décennies, l’Ukraine était connue comme le grenier du monde. Avant l’invasion russe de 2022, elle figurait parmi les principaux producteurs et exportateurs mondiaux d’huile de tournesol, de maïs et de blé. Ces productions contribuaient à nourrir plus de 400 millions de personnes. Mais derrière l’enjeu actuel des blocus céréaliers se cache une crise plus profonde et plus lente : l’épuisement même des nutriments qui rendent si productive la terre noire d’Ukraine.

Alors que la guerre a attiré l’attention mondiale sur les chaînes d’approvisionnement alimentaires de l’Ukraine, on sait bien moins de choses sur la durabilité des systèmes agricoles qui les sous-tendent. Si on ne se penche pas rapidement sur l’état de son sol, le pays pourrait perdre son rôle d’acteur majeur de la production alimentaire. Et cela pourrait avoir des conséquences bien au-delà de ses frontières.

Pour nos recherches, nous avons examiné la gestion des intrants dans l’agriculture ukrainienne au cours des 40 dernières années et constaté un renversement spectaculaire. Pendant l’ère soviétique, les terres agricoles ukrainiennes étaient suralimentées en engrais. Des intrants comme l’azote, le phosphore et le potassium étaient appliqués à des niveaux bien supérieurs à ce que les cultures pouvaient absorber. Cela a engendré une pollution de l’air et de l’eau.




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Mais depuis l’indépendance en 1991, le balancier est reparti dans la direction opposée. L’usage d’engrais, en particulier le phosphore et le potassium, s’est effondré à mesure que les importations diminuaient, que le cheptel déclinait (réduisant la disponibilité du fumier) et que les chaînes d’approvisionnement se désagrégeaient. En 2021, juste avant l’invasion, les sols ukrainiens montraient déjà des signes de fatigue. Les agriculteurs apportaient beaucoup moins de phosphore et de potassium que ce que les cultures prélevaient, environ 40 à 50 % de phosphore en moins et 25 % de potassium en moins, et la matière organique des sols avait chuté de près de 9 % depuis l’indépendance.

Dans de nombreuses régions, les agriculteurs utilisaient trop d’azote, mais souvent pas assez de phosphore et de potassium pour maintenir la fertilité à long terme. En outre, bien que le cheptel ait fortement diminué au cours des dernières décennies, notre analyse montre qu’environ 90 % du fumier encore produit est gaspillé. Cela équivaut à environ 2,2 milliards de dollars américains (1,9 milliard d’euros) d’engrais chaque année. Ces déséquilibres ne sont pas seulement un enjeu national. Ils menacent la productivité agricole de l’Ukraine à long terme et, par extension, l’approvisionnement alimentaire mondial qui en dépend.

La guerre a nettement aggravé le problème. L’invasion russe a perturbé les chaînes d’approvisionnement en engrais et endommagé des installations de stockage. Les prix des engrais ont flambé. De nombreux agriculteurs ont volontairement réduit leurs apports en engrais en 2022-2023 pour limiter les risques financiers, sachant que leurs récoltes pouvaient être détruites, volées ou rester invendue si les circuits d’exportation étaient fermés.

Nos nouvelles recherches mettent en lumière une tendance inquiétante au niveau national. En 2023, les cultures récoltées ont prélevé dans le sol jusqu’à 30 % d’azote, 80 % de phosphore et 70 % de potassium de plus que ce qu’elles recevaient via la fertilisation, les microbes du sol et l’air (y compris ce qui tombe avec la pluie et ce qui se dépose depuis l’atmosphère). Si cette tendance se confirme, le sol ukrainien, réputé pour sa fertilité, pourrait subir une dégradation durable, compromettant la capacité du pays à se relever et à approvisionner les marchés alimentaires mondiaux une fois la paix revenue.

Reconstituer la fertilité des sols

Certaines solutions existent et beaucoup sont réalisables même en temps de guerre. Notre équipe de recherche a élaboré un plan pour les agriculteurs ukrainiens qui pourrait rapidement faire la différence. Ces mesures pourraient améliorer sensiblement l’efficacité des intrants et réduire les pertes, en maintenant des exploitations productives et rentables tout en limitant la dégradation des sols et la pollution environnementale.

Ces solutions s’appuient sur :

  1. Une fertilisation de précision – appliquer les engrais au bon moment, au bon endroit et en bonne quantité afin de répondre efficacement aux besoins des cultures.

  2. Une meilleure valorisation du fumier – mettre en place des systèmes locaux pour collecter le fumier excédentaire et le redistribuer à d’autres exploitations, réduisant ainsi la dépendance aux engrais de synthèse (importés).

  3. Un meilleur usage des engrais – utiliser des engrais à l’efficacité renforcée, qui libèrent les nutriments lentement, limitant les pertes dans l’atmosphère ou dans l’eau.

  4. La plantation de légumineuses (comme les pois ou le soja). Les intégrer dans les rotations améliore la santé des sols tout en apportant naturellement de l’azote.

Certaines de ces actions nécessitent des investissements, notamment pour créer de meilleures installations de stockage et pour améliorer le traitement ou l’application du fumier sur les parcelles. Mais beaucoup peuvent être mises en œuvre, au moins partiellement, sans avoir à injecter d’argent. Le fonds de relance de l’Ukraine, soutenu par la Banque mondiale pour aider le pays une fois la guerre terminée, inclut l’appui à l’agriculture et il pourrait jouer, ici, un rôle essentiel.

Pourquoi est-ce important au-delà de l’Ukraine ?

La crise des intrants en Ukraine est un avertissement pour le monde. Une agriculture intensive et déséquilibrée, qu’il s’agisse d’un usage excessif, insuffisant ou inadapté des engrais, n’est pas durable. Une mauvaise gestion contribue à l’insécurité alimentaire comme à la pollution de l’environnement.

Nos travaux s’inscrivent dans le cadre du futur International Nitrogen Assessment, attendu en 2026, qui soulignera la nécessité d’une gestion mondiale efficace de l’azote et présentera des solutions concrètes pour maximiser les bénéfices de l’azote : amélioration de la sécurité alimentaire, résilience climatique, qualité de l’eau et de l’air.

Soutenir les agriculteurs ukrainiens offre l’occasion non seulement de reconstruire un pays, mais aussi de transformer l’agriculture mondiale afin de contribuer à un avenir plus résilient et durable.




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The Conversation

Mark Sutton travaille pour le UK Centre for Ecology & Hydrology, basé à sa station de recherche d’Édimbourg. Il est professeur honoraire à l’Université d’Édimbourg, au sein de l’École des géosciences. Il reçoit des financements de UK Research and Innovation (UKRI) via son Global Challenges Research Fund (GCRF), du ministère britannique de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales (Defra), du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et du Fonds pour l’environnement mondial (FEM). Il est directeur du Système international de gestion de l’azote (INMS), financé par le FEM/PNUE, ainsi que du South Asian Nitrogen Hub du GCRF. Il est coprésident du groupe de travail de la CEE-ONU sur l’azote réactif (TFRN) et du Partenariat mondial pour la gestion des nutriments (GPNM), convoqué par le PNUE.

Sergiy Medinets reçoit des financements de UKRI, de Defra, de DAERA, de la British Academy, du PNUE, du FEM, du PNUD et de l’UE.

– ref. Sols appauvris : l’autre menace qui pèse sur l’agriculture ukrainienne – https://theconversation.com/sols-appauvris-lautre-menace-qui-pese-sur-lagriculture-ukrainienne-269970

Pourquoi les adolescentes se sentent-elles moins bien que les garçons ?

Source: The Conversation – in French – By Alejandro Legaz Arrese, Catedrático Área de Educación Física y Deporte, Universidad de Zaragoza

La puberté marque une rupture nette dans le bien-être émotionnel : chez les filles, l’anxiété et les troubles du sommeil augmentent dès 14 ans. Fizkes/Shutterstock

Dans l’ombre de la hausse du mal-être chez les jeunes, une réalité persiste : la puberté marque une rupture nette entre filles et garçons. Des études menées auprès de plus de 10 000 adolescents en Espagne révèlent un écart émotionnel qui s’installe tôt – et qui ne cesse de se creuser.


Ces dernières années, on observe une hausse préoccupante des problèmes de santé mentale chez les jeunes. Pourtant, un aspect essentiel passe souvent inaperçu : cette crise psychique ne touche pas les adolescents et les adolescentes de la même manière.

Dans nos récentes études sur le sommeil, l’anxiété, la dépression, la qualité de vie et le risque de troubles alimentaires, nous avons analysé les données de plus de 10 000 adolescents espagnols âgés de 11 à 19 ans. Les résultats sont sans équivoque : non seulement le fossé émotionnel entre filles et garçons existe, mais il se manifeste tôt et s’intensifie avec l’âge.

Le fossé apparaît à la puberté

La différence entre les sexes n’est pas innée. Elle apparaît avec les changements hormonaux et sociaux de la puberté. Au départ, filles et garçons affichent un bien-être émotionnel similaire. Cependant, à partir de l’âge de 14 ans environ chez les filles, lorsque la puberté bat son plein et que les changements physiques et hormonaux s’accélèrent, les trajectoires commencent à diverger. À partir de ce moment, les filles dorment moins bien, manifestent davantage d’anxiété et rapportent plus de symptômes dépressifs.

Pour beaucoup d’entre elles, l’adolescence devient une période émotionnellement plus intense. De nombreuses jeunes filles décrivent un sentiment de vide, une confusion identitaire et une plus grande difficulté à comprendre ou à réguler leurs émotions. Il ne s’agit pas simplement d’un mal-être passager : à ce stade, l’équilibre émotionnel se fragilise et la réponse au stress s’amplifie.

Un sentiment d’autonomie et de contrôle en recul

Cette phase s’accompagne également d’un changement notable dans la perception de leur autonomie. Certaines adolescentes expriment le sentiment d’avoir moins de prise sur leur temps, leur corps ou leurs décisions. Alors que, pour beaucoup de garçons, la maturité rime avec indépendance, elle s’accompagne chez les filles d’une pression accrue, d’attentes plus fortes et d’exigences plus lourdes envers elles-mêmes.

L’estime de soi chute nettement, tandis que la relation au corps devient plus critique. Les préoccupations liées au poids, à l’apparence ou à l’auto-évaluation constante se multiplient, augmentant le risque de troubles alimentaires. Parallèlement, de nombreuses adolescentes disent se sentir plus fatiguées, avec moins d’énergie et une forme physique en déclin par rapport à la période précédant la puberté.




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Ce schéma rejoint les conclusions internationales du rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui souligne une détérioration plus marquée du bien-être psychologique des femmes à partir de la puberté, ainsi qu’une sensibilité émotionnelle accrue pendant cette période.

Ce n’est pas l’environnement qui change, mais la perception de soi

Un point clé ressort : la sphère sociale n’explique pas cet écart. Les relations familiales, scolaires et amicales évoluent de manière similaire chez les deux sexes. Les données ne révèlent pas de différences significatives en matière de soutien social, d’amitiés ou d’expériences de harcèlement.

Le fossé émotionnel ne provient donc pas d’un environnement plus hostile pour les filles. Il émerge de l’intérieur : dans la manière dont elles se sentent, se perçoivent et évaluent le contrôle qu’elles exercent sur leur vie. Il s’agit d’un déséquilibre intime, plutôt que social.




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Hormones et pression esthétique

Pourquoi cette divergence ? L’explication est complexe et multifactorielle. La puberté féminine survient plus tôt et s’accompagne de changements hormonaux plus intenses qui influent sur le sommeil, l’humeur et la gestion du stress. Mais ces transformations, naturelles et communes aux deux sexes, ne constituent ni la cause unique ni la solution. La différence tient à la manière dont elles sont vécues et interprétées dans un environnement social saturé d’attentes autour du corps féminin.

À cela s’ajoute un contexte contemporain dominé par la pression esthétique, l’exposition permanente aux réseaux sociaux et l’injonction à « être parfaite » sur tous les plans. Les dernières études disponibles établissent un lien entre ces dynamiques et la hausse du mal-être émotionnel chez les jeunes filles.

La puberté devient ainsi une période biologique et culturelle particulièrement exigeante pour elles.

Un fossé qui persiste à l’âge adulte

Ce schéma ne disparaît pas avec les années. Les données de notre groupe de recherche et les travaux scientifiques portant sur la population adulte montrent que les femmes continuent de présenter une qualité de sommeil moindre, des niveaux d’anxiété et de dépression plus élevés, ainsi qu’une insatisfaction corporelle plus marquée que les hommes.

Le fossé émotionnel qui s’ouvre à la puberté ne se comble pas spontanément avec le temps.

Le sport, un facteur de protection

Nos données montrent que l’activité physique, et en particulier la pratique du sport de compétition, est associée à un meilleur sommeil, une plus grande satisfaction de vie et un moindre mal-être émotionnel, aussi bien chez les garçons que chez les filles. Lorsque la pratique sportive est équivalente, les bénéfices le sont aussi : le sport protège de la même manière.

Cependant, l’écart de bien-être entre filles et garçons demeure. Non pas parce que le sport serait moins efficace pour elles, mais parce que les adolescentes font globalement moins d’exercice et participent moins aux compétitions sportives, comme le confirment notre étude et d’autres travaux antérieurs.

Le sport, à lui seul, ne peut compenser les facteurs sociaux qui pèsent plus lourdement sur les adolescentes. En revanche, encourager leur participation, notamment à des niveaux compétitifs, permet de réduire l’écart en leur donnant accès aux mêmes bénéfices que les garçons.

D’autres leviers pour réduire l’écart

La bonne nouvelle, c’est que d’autres stratégies contribuent également à diminuer cet écart émotionnel. Les études montrent que les interventions les plus efficaces sont celles qui renforcent la relation au corps, réduisent la comparaison sociale et améliorent l’estime de soi.

Les programmes scolaires axés sur l’éducation à l’image corporelle et à la perception de soi ont permis de réduire le risque de troubles alimentaires et d’améliorer le bien-être émotionnel des adolescentes.

Les initiatives visant à enseigner une utilisation critique des réseaux sociaux et à identifier les messages nuisibles à l’image de soi se révèlent également efficaces pour limiter la pression esthétique et numérique.




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Enfin, les stratégies de régulation émotionnelle et de pleine conscience, axées sur l’apprentissage de la gestion du stress, l’apaisement de l’esprit et la connexion avec le présent, ont été associées à une amélioration du bien-être psychologique et à une diminution des niveaux d’anxiété chez les adolescentes.

Ce n’est pas seulement leur responsabilité

Mais tout ne dépend pas d’elles. Les recherches montrent également que le contexte joue un rôle clé. Les familles qui écoutent, valident les émotions et encouragent l’autonomie protègent la santé mentale de leurs filles.

Quand les écoles enseignent des compétences socio-émotionnelles universelles, telles que la reconnaissance des émotions, la résolution des conflits ou le renforcement de l’estime de soi, les symptômes d’anxiété et de dépression dus à l’adolescence diminuent.

Et les médias et les réseaux sociaux ont une énorme responsabilité : la manière dont ils représentent les corps et la réussite influence directement la façon dont les jeunes filles se perçoivent.

En outre, les politiques publiques qui encadrent les messages liés au corps et à l’image, tout en favorisant des environnements éducatifs et sportifs inclusifs, contribuent à réduire la pression esthétique et à améliorer le bien-être des adolescentes.

Une période critique (et une occasion à saisir)

L’adolescence est une étape décisive. En soutenant les filles à ce moment clé, en renforçant leur autonomie, leur estime de soi et leur relation à leur corps et à leurs émotions, nous posons les bases d’un bien-être durable.

Il ne s’agit pas de leur demander d’être fortes. Il s’agit de créer des environnements qui ne les fragilisent pas. Investir aujourd’hui dans la santé mentale des adolescents, c’est construire une société plus juste et plus équilibrée demain.

The Conversation

Alejandro Legaz Arrese a reçu des financements du Groupe de recherche sur le mouvement humain financé par le gouvernement d’Aragon.

Carmen Mayolas-Pi a reçu des financements associés au groupe de recherche Movimiento Humano de la part du gouvernement d’Aragon.

Joaquin Reverter Masia a reçu des financements du programme national de recherche, développement et innovation axé sur les défis de la société, dans le cadre du plan national de R&D&I 2020-2025. Le titre du projet est : « Évaluation de divers paramètres de santé et niveaux d’activité physique à l’école primaire et secondaire » (numéro de subvention PID2020-117932RB-I00). En outre, la recherche bénéficie du soutien du groupe de recherche consolidé « Human Movement » de la Generalitat de Catalunya (référence 021 SGR 01619).

– ref. Pourquoi les adolescentes se sentent-elles moins bien que les garçons ? – https://theconversation.com/pourquoi-les-adolescentes-se-sentent-elles-moins-bien-que-les-garcons-269663

L’IA générative, un moyen de développer l’approche par compétences

Source: The Conversation – in French – By Chrysta Pelissier, Maîtresse de conférences en sciences du langage et sciences de l’Education, Université de Montpellier

En aidant à personnaliser les parcours, l’intelligence artificielle enrichit la dimension interactive des dispositifs d’apprentissage, permettant à l’approche par compétences de se déployer pleinement.


Si les changements débutés dans l’enseignement avec et par le numérique constituent depuis leur émergence un phénomène intéressant à étudier, la sortie de ChatGPT 5 (GPT-5), le 7 août 2025, par OpenAI, donne à ces questions de recherche une acuité particulière. Les évolutions des pratiques éducatives se sont en effet considérablement accélérées ces derniers mois, laissant une plus large place aux outils technologiques issus notamment de l’intelligence artificielle (IA) générative.

Les enseignants, les élèves, les étudiants et les responsables de formation se sont emparés de ces nouvelles conditions de transmission d’informations, et de partages d’idées.

Cette palette d’outils peut-elle aider à développer de nouvelles manières d’envisager les apprentissages, en privilégiant une approche par compétences ?

L’approche par compétences, une démarche en pleine mutation

L’approche par compétences a pris forme avec le texte de cadrage national des formations conduisant à la délivrance des diplômes nationaux de licence, de licence professionnelle et de master, en 2014. Elle a été complétée, en 2018, par l’arrêté relatif au diplôme de licence et, en 2019, par celui relatif au diplôme de licence professionnelle.

Cette approche impulse des changements nouveaux et profonds dans les universités. Elle se définit comme un mode de conception de l’enseignement qui tente de dépasser certaines limites de la pédagogie par objectifs.

Pour les enseignants, les changements associés à l’approche par compétences se situent notamment dans les modalités de transmission des connaissances et de l’aide apportée à chacun des étudiants. Au niveau des modalités de transmission, l’approche par compétences apparaît comme un mouvement où les objectifs d’enseignement ne se définissent plus comme des contenus à transmettre mais plutôt comme des capacités d’actions qu’un apprenant doit développer afin de pouvoir accomplir ses activités dans une situation professionnelle.

Confronté à ces situations professionnelles nouvelles, l’étudiant est amené à appréhender ses propres besoins en termes de savoirs, savoir-faire et savoir-être pour ensuite mettre en place une démarche de sélection de connaissances personnelles (déjà acquises), de recherches documentaires et de questionnements auprès de professionnels.

Des exemples d’usages de l’IA générative, pour les apprenants

D’abord, dans des activités stimulant l’apprentissage par la découverte, l’apprenant peut explorer et questionner. Il peut par exemple demander à une IA générative de lui proposer des situations propres à un métier, celui qu’il envisage, afin de lui permettre d’entrevoir toute leur diversité, mais aussi de s’entraîner dans la formulation d’hypothèse de résolution pour chacune d’entre elles.

Ensuite, l’apprenant peut demander à l’IA de lui donner des exemples de métiers en lien avec ses propres compétences, qu’il aura lui-même identifiées. Attention, il ne s’agit pas d’imposer un métier en particulier mais plutôt de le renvoyer vers des métiers possibles. Restera à sa charge alors, la nécessité de vérifier les missions associées à ces métiers et les compétences qui lui sont rattachées.

Enfin, ChatGPT peut l’aider à « apprendre à apprendre » en lui permettant de planifier ses révisions (« Quelles sont tes priorités ? »), d’identifier une répartition du temps (« Quels sont tes temps de pause ? »), d’envisager une méthode de travail (« Qu’as-tu trouvé facile aujourd’hui ? », « Pourquoi ? », ou « Aurais-tu pu faire différemment ? »), de bénéficier d’un encouragement dans la formulation d’objectifs personnels (« Que veux-tu comprendre aujourd’hui ? », « Quel était ton objectif du jour ? », « Es-tu fier de toi ? »)

Des exemples d’usages de l’IA générative, pour les enseignants

D’abord, des scénarios pédagogiques peuvent être envisagés à partir de données originales, amenant les enseignants à proposer des escape games (jeux d’évasion), quiz, jeux de société ou encore des contextes immersifs, propres à un métier ciblé par la formation.

Ensuite, des pratiques d’usage d’IA génératives peuvent proposer des activités visant à développer des compétences que l’apprenant a lui-même sélectionnées, celles que cible l’enseignant, mais aussi de répondre à des questions en lien avec un concept particulier qui n’aurait pas été compris en classe.

En analysant plusieurs supports, les outils d’IA peuvent aider à identifier des besoins collectifs (sur une même classe) ou encore créer des supports de formations, des explications, des retours sous différents formats (textes, podcasts, vidéos et montages d’images), adaptés à différents apprenants ou groupes d’apprenants.

Enfin, l’enseignant peut envisager de proposer des activités visant l’esprit critique, en utilisant différentes méthodologies de création de prompts, en comparant les résultats de plusieurs IA tout en développant la capacité d’argumentation.


Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science (qui a eu lieu du 3 au 13 octobre 2025), dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition porte sur la thématique « Intelligence(s) ». Retrouvez tous les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.

The Conversation

Chrysta Pelissier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. L’IA générative, un moyen de développer l’approche par compétences – https://theconversation.com/lia-generative-un-moyen-de-developper-lapproche-par-competences-267766

Bébés abandonnés : deux tragédies récentes révèlent l’urgence de services pour parents en détresse

Source: The Conversation – in French – By Nicole Racine, Associate Professor, School of Psychology, Scientist, Children’s Hospital of Eastern Ontario Research Institute, L’Université d’Ottawa/University of Ottawa

En l’espace d’un mois, deux bébés ont été abandonnés à Longueuil. Ces tragédies ne sont pas des événements isolés : elles révèlent la détresse croissante des femmes enceintes et parents vulnérables, et soulignent l’urgence de services spécialisés pour protéger ces vies fragiles.

Le premier, un petit garçon prématuré de 34 semaines, a été laissé devant la porte d’une maison le 5 octobre. La famille qui habite cette maison a trouvé le bébé et a immédiatement appelé la police. Le 27 octobre, le deuxième bébé a été découvert dans un abribus. Le bébé a été transporté d’urgence à l’hôpital où son décès a été prononcé. Une femme de 33 ans, qui fréquentait un refuge voisin, a été arrêtée dans le hall d’entrée, puis relâchée afin de recevoir un soutien psychologique et médical.

Le nombre de femmes et de futures mères sans domicile fixe est en augmentation au Québec et dans tout le pays. Psychologues communautaires et psychologues pour enfants, nous travaillons avec des organismes qui soutiennent ces femmes et constatons chaque jour les difficultés du personnel à leur trouver un logement.

Nous avons publié plus tôt cette année une analyse dans le Journal de l’Association médicale canadienne sur la hausse du nombre de femmes enceintes et de parents sans abri, les effets néfastes de l’itinérance sur la santé des femmes et le développement des enfants, ainsi que sur les stratégies pour répondre à cette crise.




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Le profil de l’itinérance se féminise

Il est difficile de déterminer le nombre de femmes enceintes sans domicile fixe au Canada, car les principales sources de données ne posent pas de questions sur la grossesse. Toutefois, selon des données fédérales récentes, le nombre de personnes sans domicile fixe au Canada a augmenté de 20 % entre 2018 et 2022. Parmi les personnes recensées, 10 % déclarent avoir une famille. Si la plupart des personnes sans domicile au Canada sont des hommes, une analyse menée par Statistique Canada en 2022 a révélé que le nombre de femmes en âge de procréer sans domicile a augmenté.

Il existe de nombreuses raisons qui peuvent expliquer cette hausse. L’itinérance se situe à l’intersection de plusieurs autres inégalités sociales : pauvreté, troubles mentaux, traumatismes, statut de réfugié et consommation de substances psychoactives. Les difficultés financières accrues, l’exposition à la violence familiale et les problèmes de santé sont les principaux facteurs associés à l’itinérance en général. Plus précisément, l’exposition à la violence – y compris la violence sexuelle, la traite des êtres humains et la pauvreté – est un facteur majeur à l’origine de l’itinérance chez les femmes et les filles.

Une étude réalisée en 2013 comparant les femmes sans domicile avec et sans enfants a révélé que celles qui ont des enfants sont plus susceptibles de souffrir de problèmes physiques, de santé mentale et de toxicomanie. C’est la dernière étude comparant directement ces deux groupes.




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Cependant, au cours de la dernière décennie, les chercheurs se sont concentrés sur les femmes sans enfants et les femmes avec enfants de manière isolée, et continuent de montrer que les femmes sans domicile, qu’elles aient ou non des enfants, continuent d’être confrontées à des taux disproportionnés de maladies, de traumatismes et de dépendances.

Ces tragédies ne peuvent être réduites à la seule détresse individuelle. Elles découlent d’interactions complexes entre les conditions sociales, parcours marqués par les traumatismes et lacunes profondes dans les services, des défaillances qui laissent tomber les femmes précisément lorsqu’elles sont le plus vulnérables.

Les femmes enceintes et les mères décrivent le système comme déroutant, peu réactifs à leurs besoins et pas sécuritaire. Elles peinent à trouver un logement temporaire ou permanent adapté, avec un soutien avant et après l’accouchement. Cela augmente les risques de fragmentation des soins, de stress et de conséquences négatives sur la santé tant pour les mères que pour les nourrissons.

Les obstacles et la stigmatisation dans les services de santé contribuent en outre à l’insuffisance des soins prénataux et augmentent le risque de complications telles que les hémorragies, les accouchements prématurés et l’insuffisance pondérale à la naissance.

Des aides pour répondre à des besoins complexes

Les femmes et les personnes enceintes sans domicile fixe ont besoin d’un soutien spécialisé répondant à leurs besoins multiples et interdépendants. Bien que l’accès au logement soit une exigence fondamentale, il est urgent que ces logements offrent des services qui s’attaquent aux causes profondes de l’itinérance maternelle.


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Les aides au logement doivent être accompagnées de services de santé physique et mentale qui ciblent ces causes : troubles mentaux, dépendance, traumatismes, exposition à la violence et besoins parentaux. Les femmes doivent pouvoir accéder à des services répondant à leurs besoins périnatals, ainsi qu’à des aides pour la santé et le développement de leur enfant. Elles doivent également avoir accès à des soins leur permettant de faire des choix libres concernant leur santé et leur désir d’être parent ou non.

Idéalement, ces services sont fournis en partenariat avec d’autres services sociaux, notamment la protection de l’enfance, afin d’assurer aux familles un soutien complet. Un soutien intégré peut transformer profondément l’expérience des femmes enceintes en situation de vulnérabilité. Comme le raconte une ancienne cliente d’un centre pour femmes à Toronto, interviewée dans le cadre de nos travaux :

« Ils avaient tout ici. Pas seulement de l’aide pour ma toxicomanie, mais aussi pour devenir mère… Je n’avais jamais été autour de bébés ou de jeunes enfants, je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait. »

Ces témoignages montrent à quel point un service sans jugement est essentiel à la réussite à long terme. Une autre femme décrit ainsi son parcours :

« J’étais au plus bas, je n’avais rien, je n’avais personne, je suis venue demander de l’aide, et aujourd’hui, je peux dire que je suis très reconnaissante. Sans eux, je ne serais pas ici… Ils ne vous jugent pas. »

Un exemple de services intégrés au Canada

Les services de santé, de santé mentale et de développement de l’enfant doivent être regroupés et fournis en tandem avec des aides au logement. Il existe au Canada certains modèles qui ont adopté cette approche intégrée.

Par exemple, le centre de santé communautaire Maxxine Wright à Surrey, en Colombie-Britannique, offre des services de santé maternelle et infantile, un soutien en santé mentale, un accompagnement parental et une aide pour les besoins fondamentaux, tout en proposant un hébergement. Grâce à ce modèle, les femmes confrontées à des problèmes de toxicomanie ou de violence peuvent obtenir un logement pendant deux ans après la naissance de leur enfant. Ce type de soutien et de stabilité est essentiel pour aider les familles confrontées aux plus grandes difficultés.

Pour faire face à ces réalités, il ne suffit pas de sensibiliser l’opinion publique : il faut une coordination communautaire, avec une action concertée des services de santé, de santé mentale, de traitement des dépendances, de logement, d’emploi et des organismes communautaires, appuyée par les gouvernements municipaux et provinciaux. Ces réponses doivent être fondées sur la compassion, la bienveillance et un engagement commun à garantir qu’aucune femme et aucun enfant ne soient privés de sécurité, de soutien ou de dignité.

La Conversation Canada

Nicole Racine a reçu des financements de l’Instituts de recherche en santé du Canada et le Conseil de recherches en sciences humaines.

Stéphanie Manoni-Millar a reçu des financements du Conseil de recherches en sciences humaines.

– ref. Bébés abandonnés : deux tragédies récentes révèlent l’urgence de services pour parents en détresse – https://theconversation.com/bebes-abandonnes-deux-tragedies-recentes-revelent-lurgence-de-services-pour-parents-en-detresse-268718

Un itinérant dans votre salon ! ? L’« humour » généré par l’IA pose déjà des enjeux éthiques

Source: The Conversation – in French – By Nadia Naffi, Associate professor, Université Laval

La nouvelle tendance TikTok « AI Homeless Man Prank » a déclenché une vague d’indignation et d’interventions policières aux États-Unis et ailleurs.

L’urgence n’est plus seulement d’apprendre à distinguer le vrai du faux, mais de réfléchir aux conséquences humaines de ce que nous créons.

Professeures en technologie éducative à l’Université Laval et en éducation et innovation à l’Université Concordia, nous étudions comment renforcer l’agentivité humaine – cette capacité à comprendre, questionner et transformer de façon consciente les environnements façonnés par l’intelligence artificielle et les médias synthétiques – pour contrer la désinformation.

Une tendance inquiétante

La tendance « AI Homeless Man Prank » désigne la publication par des utilisateurs d’images générées par intelligence artificielle montrant de faux sans-abri allongés dans leur salon ou leur chambre.

Dans l’une des vidéos les plus virales, vue plus de deux millions de fois, le créateur Nnamdi Anunobi piège sa mère en lui envoyant de fausses photos d’un homme sans-abri dormant sur son lit. La scène, devenue virale, a déclenché une vague d’imitations à travers le pays.

Deux adolescents de l’Ohio ont été inculpés pour avoir déclenché de fausses alertes d’intrusion entraînant des déplacements policiers inutiles et une panique réelle. Plusieurs services de police – notamment à Yonkers et Salem – ont publié des avertissements officiels, rappelant que ces « blagues stupides » gaspillent les ressources d’urgence et déshumanisent les personnes vulnérables.

À l’autre bout du spectre médiatique, le boxeur Jake Paul a accepté d’expérimenter la fonction cameo de Sora 2, l’outil de génération vidéo d’OpenAI, en donnant son consentement à l’utilisation de son image. Mais le phénomène lui a rapidement échappé : des internautes ont détourné son visage pour créer des vidéos ultra-réalistes où il apparaît sortant du placard ou donnant des tutoriels de maquillage.

Ce qui devait être une démonstration technique est devenu un raz-de-marée de contenus moqueurs. Sa compagne, la patineuse Jutta Leerdam, a condamné la situation : « Je n’aime pas ça, ce n’est pas drôle. Les gens y croient ».

Deux phénomènes, deux intentions différentes : l’une voulait faire rire, l’autre suivre une tendance. Mais toutes deux révèlent la même faille : nous avons démocratisé la puissance technologique sans porter attention à la conscience morale.

Des jeunes puissants, mais sans boussole

Les cybercrimes d’aujourd’hui – sextorsion, fraudes, deepnudes, cyberharcèlement – ne surgissent pas du néant.

Leurs auteurs sont les adolescents d’hier : ceux à qui l’on a appris à coder, créer, publier en ligne, mais rarement à réfléchir aux conséquences humaines de leurs gestes.

La cybercriminalité juvénile augmente rapidement, stimulée par la banalisation des outils d’IA et la perception d’impunité. Les jeunes ne sont plus seulement des victimes. Ils deviennent aussi acteurs de cyberinfractions, souvent « par curiosité, défi ou jeu ».

Et pourtant, cela fait plus d’une décennie que les écoles et les gouvernements éduquent à la citoyenneté et à la littératie numériques : développer son esprit critique, protéger ses données, adopter des comportements responsables en ligne, vérifier ses sources.




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Malgré ces efforts, le cyberharcèlement, la désinformation et la mésinformation persistent, et s’intensifient, au point d’être reconnus comme le risque mondial prioritaire pour les prochaines années.

Une désensibilisation silencieuse mais profonde

Ces dérives ne naissent pas d’une malveillance innée, mais d’un manque d’encadrement moral adapté à l’ère numérique.

Nous éduquons des jeunes qui sont capables de manipuler la technologie, mais parfois incapables de mesurer la portée humaine de leurs gestes, surtout dans un environnement où certaines plates-formes repoussent délibérément les limites du socialement acceptable.

Les compagnons de Grok, le chatbot d’Elon Musk intégré à X (ex-Twitter), illustrent cette dérive. Des personnages générés par IA y tiennent des propos sexualisés, violents ou discriminatoires, présentés comme de simples contenus humoristiques. Ce type de banalisation brouille les repères moraux : dans un tel contexte, la transgression devient une forme d’expression et l’absence de responsabilité se confond avec la liberté.

Sans repères, plusieurs jeunes risquent de devenir des criminels augmentés : capables de manipuler, frauder ou humilier à une échelle inédite.

La simple absence d’intention malveillante dans la création de contenu ne suffit plus à éviter le mal.

Créer sans réfléchir aux conséquences humaines, même par curiosité ou pour divertir, alimente une désensibilisation collective où la dignité et la confiance s’effritent – rendant nos sociétés plus vulnérables à la manipulation et à l’indifférence.

De la crise du savoir à la crise morale

Les référentiels de littératie en IA – ces cadres conceptuels qui définissent les compétences, connaissances et attitudes nécessaires pour comprendre, utiliser et évaluer l’IA de manière critique et responsable – ont permis des avancées importantes en matière de pensée critique et de vigilance. La prochaine étape consiste à y intégrer une dimension plus humaine : réfléchir aux effets de ce que l’on crée sur autrui.

Les médias synthétiques fragilisent notre confiance dans la connaissance car ils rendent le faux crédible et le vrai discutable. On finit par douter de tout – des faits, des autres, parfois même de soi. Mais la crise à laquelle nous faisons face aujourd’hui dépasse le plan épistémique : c’est une crise morale.


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La plupart des jeunes savent aujourd’hui douter d’un contenu manipulé, mais pas toujours en mesurer les conséquences humaines. Les jeunes activistes, eux, font figure d’exception. Qu’il s’agisse de Gaza ou d’autres luttes humanitaires, ils expérimentent à la fois la puissance du numérique comme outil de mobilisation – campagnes de hashtags, vidéos TikTok, blocages symboliques, actions coordonnées – et la responsabilité morale que cette puissance impose.

À l’ère des usages génératifs, ce n’est plus la vérité seule qui vacille, c’est notre sens de la responsabilité.

La relation entre l’humain et la technologie a été fortement étudiée. Celle entre humains à travers les contenus générés par la technologie, beaucoup moins. Et c’est précisément là que se joue l’avenir de la responsabilité morale dans l’environnement numérique.

Pour une sobriété morale du numérique

Nous savons désormais mesurer l’empreinte carbone du numérique et parler de sobriété énergétique. Mais l’impact humain – moral, psychologique, relationnel – reste la grande zone aveugle de nos réflexions sur les usages des IA.

Chaque deepfake, chaque « prank », chaque manipulation visuelle laisse une empreinte humaine : perte de confiance, peur, honte, déshumanisation.

Comme les émissions polluent l’air, ces atteintes polluent nos liens sociaux.

La sobriété morale, par analogie à la sobriété environnementale, vise à réduire les blessures invisibles créées par nos usages numériques.

Apprendre à mesurer cette empreinte humaine, c’est penser les conséquences de nos gestes numériques avant qu’elles ne se matérialisent. C’est se demander : Qui est affecté par ma création ? Quelle émotion, quelle perception suscite-t-elle ? Quelle trace laissera-t-elle dans la vie de quelqu’un ?

Construire une écologie morale du numérique, c’est reconnaître que chaque image, chaque diffusion façonne l’environnement humain dans lequel nous vivons.

Former des jeunes qui ne voudront pas nuire

Les lois, comme l’AI Act européen, définissent ce qu’il faut interdire, mais aucune loi ne peut enseigner pourquoi il ne faut pas vouloir nuire.

Concrètement, cela signifie :

  • Cultiver la responsabilité personnelle, en aidant les jeunes à se sentir responsables de leurs créations.

  • Transmettre les valeurs par l’expérience, en les invitant à créer puis à réfléchir : comment cette personne se sentirait-elle ?

  • Favoriser la motivation intrinsèque, pour qu’ils agissent éthiquement par cohérence avec eux-mêmes, non par crainte de sanctions.

  • Impliquer familles et communautés, en transformant écoles, maisons et espaces publics en lieux de discussion sur les impacts humains des utilisations non éthiques ou tout simplement peu réfléchies des IA génératives.

Parce qu’à l’ère des médias synthétiques, penser les conséquences humaines de ce que l’on crée est peut-être la forme la plus avancée d’intelligence.

La Conversation Canada

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Un itinérant dans votre salon ! ? L’« humour » généré par l’IA pose déjà des enjeux éthiques – https://theconversation.com/un-itinerant-dans-votre-salon-l-humour-genere-par-lia-pose-deja-des-enjeux-ethiques-268717

Physicists and philosophers have long struggled to understand the nature of time: Here’s why

Source: The Conversation – Canada – By Daryl Janzen, Observatory Manager and Instructor, Astronomy, University of Saskatchewan

Time itself isn’t difficult to grasp: we all understand it, despite our persistent struggle to describe it. The problem is one of articulation: a failure to precisely draw the right boundaries around the nature of time both conceptually and linguistically. (Donald Wu/Unsplash), CC BY

The nature of time has plagued thinkers for as long as we’ve tried to understand the world we live in. Intuitively, we know what time is, but try to explain it, and we end up tying our minds in knots.

St. Augustine of Hippo, a theologian whose writings influenced western philosophy, captured a paradoxical challenge in trying to articulate time more than 1,600 years ago:

“What then is time? If no one asks me, I know; if I want to explain it to a questioner, I do not know.”

Nearly a thousand years earlier, Heraclitus of Ephesus offered a penetrating insight. According to classical Greek philosopher Plato’s Cratylus:

“Heraclitus is supposed to say that all things are in motion and nothing at rest; he compares them to the stream of a river, and says that you cannot go into the same water twice.”

Superficially, this can sound like another paradox — how can something be the same river and yet not the same? But Heraclitus adds clarity, not confusion: the river — a thing that exists — continuously changes. While it is the same river, different waters flow by moment to moment.

While the river’s continuous flux makes this plain, the same is true of anything that exists — including the person stepping into the river. They remain the same person, but each moment they set foot in the river is distinct.

How can time feel so obvious, so woven into the fabric of our experience, and yet remain the bane of every thinker who has tried to explain it?

An issue of articulation

The key issue isn’t one most physicists would even consider relevant. Nor is it a challenge that philosophers have managed to resolve.

Time itself isn’t difficult to grasp: we all understand it, despite our persistent struggle to describe it. As Augustine sensed, the problem is one of articulation: a failure to precisely draw the right boundaries around the nature of time both conceptually and linguistically.

Specifically, physicists and philosophers tend to conflate what it means for something to exist and what it means for something to happen — treating occurrences as if they exist. Once that distinction is recognized, the fog clears and Augustine’s paradox dissolves.

The source of the issue

In basic logic, there are no true paradoxes, only deductions that rest on subtly mishandled premises.

Not long after Heraclitus tried to clarify time, Parmenides of Elea did the opposite. His deduction begins with a seemingly valid premise — “what is, is; and what is not, is not” — and then quietly smuggles in a crucial assumption. He claims the past is part of reality because it has been experienced, and the future must also belong to reality because we anticipate it.

Therefore, Parmenides concluded, both past and future are part of “what is,” and all of eternity must form a single continuous whole in which time is an illusion.

Parmenides’ pupil, Zeno, devised several paradoxes to support this view. In modern terms, Zeno would argue that if you tried walking from one end of a block to the other, you’d never get there. To walk a block, you must first walk half, then half of what remains, and so on — always halving the remaining distance, never reaching the end.

A painting shows a man in robes leading other men in robes.
The Greek philosopher Zeno of Elea showing his followers the doors of Truth and Falsehood in a 16th century fresco at the El Escorial in Madrid.
(El Escorial, Madrid)

But of course you can walk all the way to the end of the block and beyond — so Zeno’s deduction is absurd. His fallacy lies in removing time from the picture and considering only successive spatial configurations. His shrinking distances are matched by shrinking time intervals, both becoming small in parallel.

Zeno implicitly fixes the overall time available for the motion — just as he fixes the distance — and the paradox appears only because time was removed. Restore time, and the contradiction disappears.

Parmenides makes a similar mistake when claiming that events in the past and future — things that have happened or that will happen — exist. That assumption is the problem: it is equivalent to the conclusion he wants to reach. His reasoning is circular, ending by restating his assumption — only in a way that sounds different and profound.

Space-time models

An event is something that happens at a precise location and time. In Albert Einstein’s theories of relativity, space-time is a four-dimensional model describing all such occurrences: each point is a particular event, and the continuous sequence of events associated with an object forms its worldline — its path through space and time.

But events don’t exist; they happen. When physicists and philosophers speak of space-time as something that exists, they’re treating events as existent things — the same subtle fallacy at the root of 25 centuries of confusion.




Read more:
Space-time doesn’t exist — but it’s a useful concept for understanding our reality


Cosmology — the study of the whole universe — offers a clear resolution.

It describes a three-dimensional universe filled with stars, planets and galaxies that exist. And in the course of that existence, the locations of every particle at every instance are individual space-time events. As the universe exists, the events that happen moment by moment trace out worldlines in four-dimensional space-time — a geometric representation of everything that happens during that course of existence; a useful model, though not an existent thing.

The resolution

Resolving Augustine’s paradox — that time is something we innately understand but cannot describe — is simple once the source of confusion is identified.

Events — things that happen or occur — are not things that exist. Each time you step into the river is a unique event. It happens in the course of your existence and the river’s. You and the river exist; the moment you step into it happens.

Philosophers have agonized over time-travel paradoxes for more than a century, yet the basic concept rests on the same subtle error — something science fiction writer H.G. Wells introduced in the opening of The Time Machine.

In presenting his idea, the Time Traveller glides from describing three-dimensional objects, to objects that exist, to moments along a worldline — and finally to treating the worldline as something that exists.

That final step is precisely the moment the map is mistaken for the territory. Once the worldline, or indeed space-time, is imagined to exist, what’s to stop us from imagining that a traveller could move throughout it?

Occurrence and existence are two fundamentally distinct aspects of time: each essential to understanding it fully, but never to be conflated with the other.

Speaking and thinking of occurrences as things that exist has been the root of our confusion about time for millennia. Now consider time in light of this distinction. Think about the existing things around you, the familiar time-travel stories and the physics of space-time itself.

Once you recognize ours as an existing three-dimensional universe, full of existing things, and that events happen each moment in the course of that cosmic existence — mapping to space-time without being reality — everything aligns. Augustine’s paradox dissolves: time is no longer mysterious once occurrence and existence are separated.

The Conversation

Daryl Janzen does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. Physicists and philosophers have long struggled to understand the nature of time: Here’s why – https://theconversation.com/physicists-and-philosophers-have-long-struggled-to-understand-the-nature-of-time-heres-why-269762

The rise of the ‘performative male:’ How young men are experimenting with masculinity online

Source: The Conversation – Canada – By Jillian Sunderland, PhD Student , University of Toronto

Across TikTok and university campuses, young men are rewriting what masculinity looks like today, sometimes with matcha lattes, Labubus, film cameras and thrifted tote bags.

At Toronto Metropolitan University, a “performative male” contest recently drew a sizeable crowd by poking fun at this new TikTok archetype of masculinity. “Performative man” is a new Gen Z term describing young men who deliberately craft a soft, sensitive, emotionally aware aesthetic, signalling the rejection of “toxic masculinity.”

At “performative male” contests, participants compete for laughs and for women’s attention by reciting poetry, showing off thrifted fashion or handing out feminine hygiene products to show they’re one of the “good” guys.

Similar events have been held from San Francisco to London, capturing a wider shift in how Gen Z navigates gender. Research shows that young men are experimenting with gender online, but audiences often respond with humour or skepticism.

This raises an important question: in a moment when “toxic masculinity” is being called out, why do public responses to softer versions of masculinity shift between curiosity, irony and judgment?

Why Gen Z calls it “performative”

Gen Z’s suspicions toward these men may be partially due to broader shifts in online culture.

As research on social media shows, younger users value authenticity as a sign of trust. If millennials perfected the “curated self” of filtered selfies and highlight reels, Gen Z has made a virtue of realness and spontaneity.

Studies of TikTok culture find that many users share and consume more emotionally “raw” content that push against the more filtered aesthetics of Instagram.

Against this backdrop, the performative man stands out because he looks like he’s trying too hard to be sincere. The matcha latte, the film camera, the tote bag — these are products, not values. Deep, thoughtful people, the logic goes, shouldn’t have to announce it by carrying around a Moleskine notebook and a copy of The Bell Jar.

But as philosopher Judith Butler explained, all gender is “performative” in that it’s made real through repeated actions. Sociologists Candace West and Don Zimmerman call this “doing gender” — the everyday work we do to communicate we’re “men” or “women.”

This framing helps explain why the “performative man” can appear insincere, not because he’s fake, but because gender is always performed and policed, destined to look awkward before it seems “natural.”

On this end, the mockery of “performative men” acts as a way of keeping men in the “man box” — the narrow confines of acceptable masculinity. Studies show that from school to work, people judge men more harshly than women when they step outside gender norms. In this way, the mockery sends a message to all men that there are limits to how they can express themselves.

When progress still looks like privilege

However, many researchers caution that new masculine styles may still perpetuate male privilege.

In the post-#MeToo era, many men are rethinking what it means to be a man now that toxic masculinity has been critiqued. The calls for more “healthy masculinity” and positive male role models reveal a culture searching for new ways of being a man, yet also uncertain about what that would look like.

In this context, many public commentators argue these men are just rebranding themselves as self-aware, feminist-adjacent and “not like other guys” to seek better dating opportunities.

Sociologists Tristan Bridges and C.J. Pascoe would call this “hybrid masculinity” — a term that describes how privileged men consolidate status by adopting progressive or queer aesthetics to reap rewards and preserve their authority.

A 2022 content analysis of popular TikTok male creators found a similar pattern: many creators blurred gender boundaries through fashion and self-presentation yet reinforced norms of whiteness, muscularity and heterosexual desirability.

This echoes many critiques of performative men: they use the language of feminism and therapy without altering their approach to sharing space, attention or authority.

Can these small experiments matter?

Yet as sociologist Francine Deutsch argues in her theory of “undoing gender,” change often begins with partial, imperfect acts. Studies show that copying and experimenting with gender are key ways people learn new gender roles.

On the surface, there’s nothing inherently harmful about men getting into journaling, vinyl records or latte art.

In fact, youth and anti-radicalization research suggests these could be practical tools in countering online radicalization and isolation, another issue affecting young men.

What would change look like?

The truth is we may not yet have the tools to recognize change, given that much of our world is created to be shared and consumed on social media, and male dominance seems hard to change.

A positive sign is that, rather than being defensive, many male creators are leaning into the joke and using parody as a way to explore what a more sensitive man might look like.

And perhaps the “performative male” trend holds up a mirror to our own contradictions. We demand authenticity but consume performance; we beg men to change but critique them when they try; we ask for vulnerability yet recoil when it looks too forced.

The “performative male” may look ironic, but he’s also experimenting with what it means to be a man today.

Whether that experiment leads to lasting change or just another online trend remains unclear, but it’s a glimpse of how masculinity is being rewritten, latte by latte.

The Conversation

Jillian Sunderland has previously received funding from Social Sciences and Humanities Research Council (SSHRC) Grant and the Ontario Graduate Scholarship (OGS) Award.

– ref. The rise of the ‘performative male:’ How young men are experimenting with masculinity online – https://theconversation.com/the-rise-of-the-performative-male-how-young-men-are-experimenting-with-masculinity-online-268742

Greffes d’organes vers l’humain : cœur, rein, peau… pourquoi le cochon est-il devenu l’animal de référence pour les xénogreffes ?

Source: The Conversation – France in French (2) – By Coralie Thieulin, Enseignant chercheur en physique à l’ECE, docteure en biophysique, ECE Paris

Greffer l’organe d’un animal à un être humain n’est plus de la science-fiction. Ces dernières années, plusieurs patients ont reçu un cœur, un rein ou même la peau d’un porc génétiquement modifié. Mais pourquoi choisir le cochon, plutôt qu’un autre animal ?


Le terme xénogreffe désigne la transplantation d’un tissu ou d’un organe provenant d’une espèce différente de celle du receveur, par exemple, d’un porc vers un humain. Elle se distingue de l’allogreffe, entre deux humains, et de l’autogreffe, utilisant les propres tissus du patient. L’objectif est de remédier à la pénurie chronique d’organes humains disponibles pour la transplantation, tout en garantissant la compatibilité et la sécurité du greffon.

En France, au 1er janvier 2025, 22 585 patients étaient inscrits sur la liste nationale d’attente pour une greffe, dont 11 666 en liste active. En 2024, 852 patients sont décédés en attendant une greffe.

La peau de porc, une pionnière des xénogreffes

C’est d’abord la peau qui a ouvert la voie. Depuis les années 1960, la peau de porc est utilisée comme pansement biologique temporaire pour les grands brûlés. Sa structure et son épaisseur sont étonnamment proches de celles de la peau humaine, ce qui permet une bonne adhérence et une protection efficace contre les infections et la déshydratation.

Contrairement à d’autres animaux (vache, mouton, lapin), la peau de porc présente un réseau de collagène (protéine structurelle présente dans le tissu conjonctif et responsable de la résistance et élasticité des tissus) et une densité cellulaire similaires à ceux de l’homme, limitant les réactions de rejet immédiat. Ces greffes ne sont toutefois que temporaires : le système immunitaire finit par les détruire. Néanmoins, elles offrent une protection temporaire avant une autogreffe ou une greffe humaine.

Une proximité biologique frappante

Au-delà de la peau, le cochon partage de nombreux points communs physiologiques avec l’être humain : taille des organes, rythme cardiaque, pression artérielle, composition du plasma, voire métabolisme. Le cœur d’un cochon adulte, par exemple, a des dimensions proches de celui d’un humain, ce qui en fait un candidat naturel pour les greffes.

D’autres espèces, comme les primates non humains, présentent une proximité génétique encore plus importante, mais leur utilisation soulève des questions éthiques et sanitaires beaucoup plus lourdes, sans parler de leur reproduction lente et de leur statut protégé.

Un animal compatible avec la médecine moderne

Au contraire, les cochons sont faciles à élever, atteignent rapidement leur taille adulte, et leurs organes peuvent être obtenus dans des conditions sanitaires contrôlées. Les lignées génétiquement modifiées, comme celles développées par la société américaine Revivicor, sont désormais dépourvues de certains gènes responsables du rejet hyper aigu, ce qui rend leurs organes plus « compatibles » avec le système immunitaire humain.

Les chercheurs ont aussi supprimé des virus « dormants » (qui ne s’activent pas) présents dans le génome du porc, réduisant le risque de transmission d’agents infectieux à l’Homme.

Du pansement biologique à la greffe d’organe

Après la peau, les chercheurs se tournent vers les reins, le cœur, le foie ou encore le pancréas. En 2024, des patients ont survécu plusieurs semaines avec un cœur de porc génétiquement modifié, une prouesse longtemps jugée impossible. Des essais ont également été menés avec des reins de porc, notamment chez des patients en état de mort cérébrale ou, plus récemment, chez un patient vivant. En revanche, les recherches sur le foie et le pancréas en sont encore au stade préclinique, menées uniquement chez l’animal. Ces avancées ne sont pas seulement symboliques : la pénurie mondiale de donneurs humains pousse la médecine à explorer des alternatives réalistes.

Cependant, le défi immunologique reste immense – même génétiquement modifiés, les organes porcins peuvent être rejetés par le système immunitaire humain – tout comme les enjeux éthiques liés notamment au bien-être animal.

Le cochon s’est imposé non par hasard, mais parce qu’il représente un compromis entre proximité biologique, faisabilité et acceptabilité sociale. Si les essais confirment la sécurité et la durabilité des greffes, le porc pourrait bientôt devenir un allié inattendu mais essentiel de la médecine humaine.

The Conversation

Coralie Thieulin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Greffes d’organes vers l’humain : cœur, rein, peau… pourquoi le cochon est-il devenu l’animal de référence pour les xénogreffes ? – https://theconversation.com/greffes-dorganes-vers-lhumain-coeur-rein-peau-pourquoi-le-cochon-est-il-devenu-lanimal-de-reference-pour-les-xenogreffes-267370

Why MAGA is so concerned with Epstein − and why the files are unlikely to dent loyalty to Trump

Source: The Conversation – USA – By Alex Hinton, Distinguished Professor of Anthropology; Director, Center for the Study of Genocide and Human Rights, Rutgers University – Newark

MAGA hats are placed on a table at an election night party in West Palm Beach, Fla., on Nov. 5, 2024. Ricky Carioti/The Washington Post via Getty Images

With the latest shift by President Donald Trump on releasing the Epstein files held by the U.S. Department of Justice – he’s now for it after being against it after being for it – the MAGA base may finally get to view the documents it’s long wanted to see. On the afternoon of Nov. 18, 2025, the House voted overwhelmingly to seek release of the files, with only one Republican voting against the measure. The Senate later in the day agreed unanimously to pass the measure and send it on to the president for his signature. The Conversation’s politics editor, Naomi Schalit, talked with scholar Alex Hinton, who has studied MAGA for years, about Make America Great Again Republicans’ sustained interest in the case of accused child sex trafficker Jeffrey Epstein. Hinton explains how MAGA’s interest in the case fits into what he knows about the group of die-hard Trump supporters.

You are an expert on MAGA. How do you learn what you know about MAGA?

I’m a cultural anthropologist, and what we do is field work. We go where the people we’re studying live, act, talk. We observe and sort of hang out and see what happens. We listen and then we unpack themes. We try and understand the meaning systems that undergird whatever group we’re studying. And then, of course, there’s interviewing.

A man in a suit with a crowd behind him stands at a microphone-covered lectern that has a sign 'EPSTEIN FILES TRANSPARENCY ACT' written on it.
U.S. Rep. Thomas Massie, a Texas Republican, speaks at a press conference alongside alleged victims of Jeffrey Epstein at the U.S. Capitol on Sept. 3, 2025.
Bryan Dozier/Middle East Images via AFP, Getty Images

It appears that MAGA, Trump’s core supporters, are very concerned about various aspects of the Epstein story, including the release of documents that are in the possession of the U.S. government. Are they, in fact, concerned about this?

The answer is yes, but there’s also a sort of “no” implicit, too. We need to back up and think, first of all, what is MAGA.

I think of it as what we call in anthropology a nativist movement, a foregrounding of the people in the land. And this is where you get America First discourse. It’s also xenophobic, meaning that there’s a fear of outsiders, invaders coming in. It’s populist, so it’s something that’s sort of for the people.

Tucker Carlson interviewed Marjorie Taylor Greene, and he said, “I’m going to go over the five pillars of MAGA.” Those were America First, this is absolutely central. Borders was the second. You’ve got to secure the borders. The third was globalist antipathy, or a recognition that globalization has failed. Another one was free speech, and another one he mentioned was no more foreign wars. And I would add into that an emphasis on “we the people” versus elites.

Each of those is interwoven with a key dynamic to MAGA, which is conspiracy theory. And those conspiracy theories are usually anti-elite, going back to we the people.

If you look at Epstein, he’s where many of the conspiracy theories converge: Stop the Steal, The Big Lie, lawfare, deep state, replacement theory. Epstein kind of hits all of these, that there’s this elite cabal that’s orchestrating things that ultimately are against the interests of we the people, with a sort of antisemitic strain to this. And in particular, if we go back to Pizzagate in 2016, this conspiracy theory that there were these Democratic elitists who were, you know, demonic forces who were sex trafficking, and lo and behold, here’s Epstein doing precisely that.

There’s kind of a bucket of these things, and Epstein is more in it than not in it?

He’s all over it. He’s been there, you know, from the beginning, because he’s elite and they believe he’s doing sex trafficking. And then there’s a suspicion of the deep state, of the government, and this means cover-ups. What was MAGA promised? Trump said, we’re going to give you the goods, right? Kash Patel, Pam Bondi, everyone said we’re going to tell you this stuff. And it sure smacks of a cover-up, if you just look at it.

But the bottom line is there’s a realization among many people in MAGA that you’ve got to stay with Trump. It’s too much to say there is no MAGA without Trump. There’s certainly no Trumpism without Trump, but MAGA without Trump would be like the tea party. It’ll just sort of fade away without Trump.

People in MAGA are supporting Trump more than more mainstream Republicans on this. So I don’t think there’s going to be a break over this, but it certainly adds strain. And you can see in the current moment that Trump is under some strain.

A blond woman in a red hat speaks at a microphone while a man in a suit stands behind her, with American flags behind him.
President Donald Trump and U.S. Rep. Marjorie Taylor Greene, a longtime supporter, have split over the Epstein files release.
Elijah Nouvelage/AFP Getty Images

The break that we are seeing is Trump breaking with one of his leading MAGA supporters, Marjorie Taylor Greene, not the MAGA supporter breaking with Trump.

With Greene, sometimes it’s like a yo-yo in a relationship with Trump. You fall apart, you have tension, and then you sort of get back. Elon Musk was a little bit like that. You have this breakup, and now she’s sort of backtracking like Elon Musk did. I don’t think what is happening is indicative of a larger fracturing that’s going to take place with MAGA.

It seems that Trump did his about-face on releasing the documents so that MAGA doesn’t have to break with him.

It’s absolutely true. He’s incredible at taking any story and turning it in his direction. He’s sort of like a chess player, unless he blurts something out. He’s a couple of moves ahead of wherever, whatever’s running, and so in a way we’re always behind, and he knows where we are. It’s incredible that he’s able to do this.

There’s one other thing about MAGA. I think of it as “don’t cross the boss.” It’s this sort of overzealous love of Trump that has to be expressed, and literally no one ever crosses the boss in these contexts. You toe the line, and if you go against the line, you know what happened to Marjorie Taylor Greene, there’s the threat Trump is going to disown you. You’re going to get primaried.

Trump has probably made a brilliant strategic move, which is suddenly to say, “I’m all for releasing it. It’s actually the Democrats who are these evil elites, and now we’re going to investigate Bill Clinton and all these other Democrats.” He takes over the narrative, he knows how to do it, and it’s intentional. Whoever says Trump is not charismatic, he doesn’t make sense – Trump is highly charismatic. He can move a crowd. He knows what he’s doing. Never underestimate him.

Does MAGA care about girls who were sexually abused?

There is concern, you know, especially among the devout Christians in MAGA, for whom sex trafficking is a huge issue.

I think if you look at sort of notions of Christian morality, it also goes to notions of sort of innocence, being afflicted by demonic forces. And it’s an attack on we the people by those elites; it’s a violation of rights. I mean, who isn’t horrified by the idea of sex trafficking? But again, especially in the Christian circles, this is a huge issue.

The Conversation

Alex Hinton receives funding from the Rutgers-Newark Sheila Y. Oliver Center for Politics and Race in America, Rutgers Research Council, and Henry Frank Guggenheim Foundation.

– ref. Why MAGA is so concerned with Epstein − and why the files are unlikely to dent loyalty to Trump – https://theconversation.com/why-maga-is-so-concerned-with-epstein-and-why-the-files-are-unlikely-to-dent-loyalty-to-trump-270109

Comment les spectateurs des événements sportifs réagissent-ils face aux sponsors « polluants » ?

Source: The Conversation – in French – By Michel Desbordes, Professeur des Universités, Faculté des sciences du sport, Université Paris-Saclay

L’impact du partenariat avec Dacia avec l’Ultra-Trail du Mont-Blanc a été durablement négatif pour l’évènement emblématique du trail. JuliaMountainPhoto/Shutterstock

La présence de Coca-Cola pour les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 et Dacia à l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB) a cristallisé les critiques. Ce qui est en jeu pour les organisateurs d’évènements sportifs : trouver un équilibre entre critères financiers, avec la présence de ces marques commerciales, et environnementaux.


Alors que les grands événements sportifs internationaux (GESI) affichent des objectifs environnementaux ambitieux, la cohérence entre ces engagements et le choix des sponsors deviennent cruciaux.

Comment le mesurer ? Avec Maël Besson, fondateur d’une agence en transition écologique du sport, et l’agence The Metrics Factory, nous avons étudié les perceptions en ligne, principalement sur les réseaux X et YouTube, de deux partenariats – Coca-Cola pour les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, et Dacia pour l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB).

Notre analyse souligne que les marques perçues comme « polluantes » peuvent affaiblir durablement l’image d’écoresponsabilité des événements qu’elles financent. Les critères environnementaux ne sont plus des variables secondaires ; ils déterminent l’acceptabilité et la légitimée de la tenue même de l’évènement.

Virage écologique du sponsoring sportif

Dans le cadre de notre étude, nous avons analysé 28 des principaux travaux liant responsabilité sociale et sponsoring sportif entre 2001 et 2024. Nous observons que, longtemps centré sur la visibilité et la performance, le sponsoring sportif se transforme.

Sous l’effet conjugué des attentes citoyennes, de la pression réglementaire et des impératifs climatiques, la question de l’impact environnemental s’invite au cœur des stratégies de partenariat. Une marque ne peut plus se contenter de saturer un événement avec son logo. Elle doit prouver qu’elle partage ses valeurs, notamment en matière de durabilité.

Entre discours marketing et réalité mesurable, le fossé est parfois béant. Notre recherche a révélé un paradoxe frappant. La responsabilité sociale des entreprises dans le sport est surtout abordée sous l’angle économique –, intention d’achat, notoriété, image de marque –, tandis que les impacts environnementaux sont largement ignorés.

Coca-Cola et Paris 2024

Coca-Cola a été partenaire des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024.
RobFuller/Shutterstock

À première vue, les organisateurs des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 ont multiplié les initiatives pour réduire l’impact environnemental de l’évènement : sobriété, sites réutilisés, compensation carbone, végétalisation de l’alimentation, sensibilisation des spectateurs, « interdiction » à TotalEnergies d’être partenaire, mobilités douces, 100 % des sites accessibles en transports publics, etc. Pourtant, la présence de Coca-Cola parmi les sponsors a cristallisé les critiques.

Selon notre analyse des réseaux sociaux X et YouTube, plus d’un tiers des messages associant Coca-Cola, Paris 2024 et l’environnement exprime un sentiment négatif.

Pire encore : Coca-Cola est mentionnée dans 56 % des publications critiques à l’égard de l’impact écologique des Jeux, représentant 63 % des impressions générées. En clair, pour beaucoup d’internautes, la présence de la marque incarne à elle seule l’incohérence entre les ambitions écologiques des Jeux et la mise en avant d’un sponsor vécu comme non écologique.

Le reproche principal, toujours selon notre étude, est la production massive de bouteilles en plastique à usage unique, perçue comme incompatible avec un discours de sobriété environnementale. Cette dissonance nourrit un sentiment de greenwashing, où l’écologie devient un simple vernis pour des pratiques peu vertueuses.

UTMB et Dacia : un impact durable sur l’image

Du côté de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc, l’impact du partenariat avec Dacia, constructeur automobile, a été durablement négatif. Un an et demi après une polémique très médiatisée, le partenariat – contrat de naming de l’évènement – n’a pas été renouvelé. Notre étude montre qu’un tiers des messages environnementaux sur l’UTMB restent critiques, et que plus de 80 % de ces critiques portent toujours sur le sponsoring par Dacia.




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Malgré le temps passé et les nombreuses actions en faveur de la préservation de l’environnement mis en place par l’organisateur selon leur plan d’engagement, la perception négative demeure. Elle démontre que certains partenariats peuvent laisser une trace durable dans la mémoire collective, bien au-delà de la période de l’événement lui-même.

Loi Evin climat

L’un des enseignements majeurs de notre étude : la cohérence perçue devient une nouvelle norme de légitimité. L’impact négatif d’un partenariat ne se mesure plus uniquement à des données d’émissions, mais à sa capacité à convaincre les parties prenantes – citoyens, élus, ONG, médias – de sa sincérité.

Le sport reproduit une dynamique déjà connue dans le domaine de la santé publique dans les années 80. Comme pour le tabac ou l’alcool, l’acceptabilité sociale de certains sponsors diminue. Faut-il, dès lors, envisager une « loi Evin climat » interdisant la présence de marques à forte empreinte carbone dans les stades et les événements ?

Montée des exigences des parties prenantes

Au-delà des réactions du grand public analysées dans ces deux études de cas, les exigences environnementales montent chez tous les acteurs du sport.

Chez les sponsors eux-mêmes

Selon l’association Sporsora qui regroupe 280 acteurs du monde du sport, le groupe Accor s’assure que ses nouveaux partenariats soient en cohérence avec ses propres engagements climatiques. Onet exclut catégoriquement toute pratique sportive trop polluante.

Dans le champ des médias

France Télévisions a cessé de diffuser le rallye Dakar (au bénéfice de l’Équipe), invoquant entre autres l’incompatibilité entre l’image de l’évènement et les attentes exigeantes des téléspectateurs.

Pour les collectivités locales

Nous pouvons citer le rejet du sponsor TotalEnergies un temps envisagé pour les JOP 2024 par la Ville de Paris.

Face à la pression sociale croissante, le modèle du sponsoring sportif est à un tournant. Ignorer les enjeux écologiques, ou s’y attaquer de façon purement cosmétique, expose les marques et les organisateurs à des risques réputationnels majeurs, à un rejet du public et à des contraintes institutionnelles nouvelles.

Il est primordial que les partenariats sportifs s’alignent sincèrement avec les limites planétaires.


Cet article a été co-rédigé avec Maël Besson, expert en transition écologique du sport, fondateur de l’agence SPORT 1.5.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Comment les spectateurs des événements sportifs réagissent-ils face aux sponsors « polluants » ? – https://theconversation.com/comment-les-spectateurs-des-evenements-sportifs-reagissent-ils-face-aux-sponsors-polluants-258603