La France devrait-elle s’inspirer du modèle démocratique suisse ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Raul Magni-Berton, Professeur de sciences politiques, AnthropoLab – Ethics, Institut catholique de Lille (ICL)

Le système politique suisse produit de très hauts niveaux de confiance des citoyens, qui s’expriment régulièrement sur les choix politiques publiques à travers des référendums. Le poids des citoyens transforme également la pratique des acteurs politiques, qui recherchent avant tout le consensus.


La Suisse est un pays, à bien des égards, exemplaire. Avec une dette publique la plus faible d’Europe et un produit intérieur brut (PIB) par habitant le plus élevé, il symbolise aujourd’hui une Europe dynamique telle qu’on aimerait l’imaginer. Il est encore d’usage d’attribuer cette réussite économique a des pratiques économiques douteuses, telles qu’une fiscalité faible associée à un blanchissement d’argent par le secret bancaire. Pourtant, cette mauvaise réputation se heurte de plus en plus aux faits.

Selon la Banque mondiale, la Suisse est le pays où la contribution du travail à son PIB – par rapport au capital – est la plus élevée du monde. Ce ne sont donc pas les capitaux les seuls responsables de la richesse suisse, loin de là. Quant au secret bancaire, il n’existe plus depuis 2018, et l’économie suisse se porte toujours aussi bien.

En fait, pour de nombreux chercheurs, tels que Lars P. Feld, Bruno S. Frey ou John G. Matsusaka, la raison principale du succès économique de la Suisse n’est autre que son système politique, qui produit de très hauts niveaux de confiance de la part des citoyens. Par exemple, l’enquête European Social Survey montrait, en 2023, que trois résidents suisses sur quatre pensaient avoir leur mot à dire sur les décisions politiques, contre un tiers en France.

Déjà il y a trente ans, Bruno S. Frey publiait un article où il conseillait à l’Union européenne d’imiter le modèle politique suisse, ce qui lui garantirait prospérité économique et légitimité politique. Le système politique suisse, qui comporte nombre de spécificités issues d’une histoire très particulière, est régulièrement identifié comme facteur de faible dette ou de forte croissance. Et si les pays voisins s’en inspiraient ?

Un système de démocratie directe original

La Suisse se caractérise d’abord par un système de démocratie directe original. Il consiste en un faisceau de droits des citoyens, qui leur permettent de rejeter certaines politiques, mais aussi de prendre des initiatives pour en proposer.

Plusieurs institutions fédérales garantissent ces droits :

  • le référendum obligatoire, obtenu en 1848. Aucune modification constitutionnelle n’est autorisée sans un vote populaire.

  • le référendum facultatif, mis en place au niveau fédéral en 1874. Il permet de voter sur toutes les lois, à condition qu’une minorité d’environ 1 % des citoyens le demande à travers une pétition.

  • l’initiative populaire, instaurée en 1891. Elle permet aux citoyens de prendre l’initiative de modifications constitutionnelles à travers une pétition d’environ 2 % de la population déclenchant un référendum.

Ces pratiques, reproduites, avec quelques variantes, dans chaque canton et chaque commune, permettent aux Suisses d’exercer un contrôle fort sur leurs élites, en créant les conditions d’une société de confiance dans les institutions et d’implication citoyenne.

C’est ainsi que la Suisse se trouve à être le seul pays européen où la confiance dans les représentants dépasse les 50 %, où les citoyens qui pensent avoir un fort impact sur la politique sont plus du double que dans n’importe quel autre pays européen.

Fédéralisme et culture du consensus

Par ailleurs, le fédéralisme compétitif donne aux régions – les cantons – un rôle extrêmement important. L’article 3 de la Constitution affirme que ce sont les cantons – en non la fédération suisse – qui sont souverains et « exercent tous les droits qui ne sont pas délégués à la Confédération ». Les cantons se protègent du niveau fédéral, en gardant notamment une dose importante de recettes fiscales, avec plus de 50 % des recettes qui sont directement collectées par les cantons et les communes. Cette concurrence produit un potentiel d’innovation et d’efficacité qui pousse l’économie suisse vers le haut.

Enfin, la culture du consensus est extrêmement importante en Suisse. Le gouvernement fédéral est composé de sept membres (le Conseil fédéral), dont la présidence est assurée chaque année par un membre différent. De plus, ces sept membres représentent de façon plus ou moins proportionnelle l’équilibre des forces au Parlement, selon une règle non écrite connue sous le nom de « formule magique ». Il n’y a donc pas à proprement parler de majorité et d’opposition, mais un conseil où majorité et opposition trouvent des compromis. Cette pratique contribue à stabiliser les politiques en évitant que, à chaque alternance, les règles changent.

Peut-on exporter le modèle suisse ?

Ce fonctionnement est très éloigné des modèles politiques occidentaux, rendant son exportation difficile. Pour autant, le cœur du système suisse peut très bien inspirer d’autres nations. Quel est-il ?

Dans un livre écrit avec Clara Egger, nous défendons l’idée qu’au cœur des institutions réside le contrôle populaire sur la Constitution (grâce à l’initiative populaire et au référendum obligatoire). Ces deux institutions produisent un décalage majeur avec les systèmes représentatifs classiques puisque ce n’est plus le Parlement qui a le dernier mot sur les décisions politiques, mais bien les citoyens. C’est cette spécificité qui produit les autres : une plus forte autonomie locale, une politique consensuelle et une démocratie directe efficace.

Plusieurs travaux théoriques et empiriques concordent sur le fait que la démocratie directe préserve mieux les pouvoirs locaux que les parlements nationaux, qui ont tendance à centraliser les pouvoirs. Lorsque les citoyens ont le dernier mot, ils modèrent cette tendance centralisatrice, maintenant le pouvoir proche d’eux. C’est pourquoi la Suisse est restée aussi décentralisée.

Cette logique est visible à travers des votations historiques aussi éloignées que le rejet d’un impôt fédéral direct en 1918 ou le rejet des mesures fédérales en faveur des médias en 2022. On pourrait également citer le refus de supprimer la compétence cantonale en matière d’équipement personnel des militaires en 1996 ou le rejet de la reforme du régime des finances fédérales en 1970. Ces votations marquaient le refus de voir le pouvoir fédéral prendre trop de place. On peut en conclure que la démocratie directe protège le fédéralisme suisse, avec une autonomie des territoires favorable au développement économique.

Effet de la démocratie directe sur la politique de consensus

Face à des citoyens qui peuvent annuler ou modifier les décisions prises par les élus, ces derniers ont l’obligation de promouvoir des politiques le plus consensuelles possible afin d’éviter la sanction populaire. Les négociations avec les partis d’opposition ou les groupes de la société civile sont monnaie courante afin d’éviter que l’un d’eux fasse appel aux électeurs. Dès lors, les Suisses non seulement pensent avoir un impact sur la politique (souvent sans même avoir à voter !), mais de plus ils ont une confiance exceptionnelle dans leurs élus, non pas parce que ces derniers sont plus dignes de confiance, mais parce qu’ils craignent d’être sanctionnés.

Un modèle pour la France ?

Si l’initiative populaire et le référendum obligatoire sont les éléments essentiels de ce système performant, ils n’épuisent pas la palette des outils démocratiques dont les Suisses disposent. Le référendum facultatif est le moyen le plus utilisé pour annuler les décisions prises par les représentants, et donc l’élément dissuasif le plus important. Il reste toutefois un instrument dérivé qui doit son efficacité aux deux premières institutions.

Le système politique suisse est un ovni en Europe. Ses nombreuses spécificités ont poussé à le considérer comme difficilement exportable. Pourtant, le cœur de ce système est assez simple à définir : ce sont les citoyens suisses – et non leurs représentants élus – qui ont le dernier mot sur toutes les décisions.

Deux institutions garantissent cette souveraineté populaire : l’initiative populaire et le référendum obligatoire. En France, introduire ces deux institutions requiert un amendement mineur à l’article 89 de la Constitution de 1958, en y introduisant le référendum obligatoire (par l’abrogation de l’alinéa 3) et l’initiative citoyenne. Cette proposition, faite pour la première fois en 2019, a été soumise trois fois à l’Assemblée nationale, dont la dernière, en 2026, lors de la niche parlementaire du groupe écologiste. Finalement, nous n’en sommes pas si loin.

The Conversation

Raul Magni-Berton a co-fondé les mouvements Solution démocratique et Espoir-RIC. Il a conseillé certaines villes comme Poitiers et Grenoble, ainsi que des députés sur la façon d’introduire la démocratie directe dans la Constitution. Il a reçu des financements de la Commission européenne, en tant que membre de l’Horizon Europe Twin4dem, pour étudier les phénomènes de recul démocratique. Il est membre de l’ANR Plutobias, qui étudie l’influence de l’argent en politique.

ref. La France devrait-elle s’inspirer du modèle démocratique suisse ? – https://theconversation.com/la-france-devrait-elle-sinspirer-du-modele-democratique-suisse-283731

Ce que la crise d’Ormuz a changé (ou non) au monde de l’énergie

Source: The Conversation – France (in French) – By Patrice Geoffron, Professeur d’Economie, Université Paris Dauphine – PSL

À la mi-juin 2026, les États-Unis et l’Iran ont signé, sous médiation pakistanaise, un protocole censé mettre fin à la guerre. Le détroit d’Ormuz, fermé depuis le 28 février, a commencé à rouvrir tandis que le prix du baril refluait. Après près de quatre mois de stress intense, l’heure est propice à un bilan d’étape. La crise a-t-elle rebattu les cartes de l’énergie mondiale ? Ou n’a-t-elle fait que confirmer des vulnérabilités patentes ?


À chaque crise énergétique revient la tentation d’annoncer un tournant historique. Le blocage du détroit d’Ormuz, devenu depuis la fin février le point de rupture d’une guerre ouverte, n’échappe pas à cet audit. Une fois les marchés apaisés et les tankers de retour, la crise d’Ormuz aura peut-être moins changé le monde de l’énergie, qu’elle en aura révélé les failles quasi sismiques.

Un extincteur… dans la maison en feu

Depuis des décennies, les marchés se rassuraient d’une idée simple. En cas de rupture, la capacité de production inutilisée de l’OPEP (sa « capacité de réserve ») pourrait être mobilisée pour compenser. La crise d’Ormuz a fortement altéré cette assurance. Car l’essentiel de cette capacité, logée en Arabie saoudite, aux Émirats et au Koweït, se trouvait précisément derrière le verrou.

Pour le dire autrement, l’extincteur était dans le bâtiment en feu… L’idée rassurante selon laquelle Riyad pourrait toujours ouvrir les vannes pour calmer les marchés ne vaut que si les barils peuvent effectivement sortir. La marge de sécurité qui fondait la confiance des marchés depuis le contre-choc des années 1980 s’est révélée ineffective en la circonstance.

Des flux qui deviennent des armes

Henry Farrell et Abraham Newman avaient théorisé l’interdépendance instrumentalisée. Soit l’idée que les nœuds dominants des réseaux mondiaux, financiers, numériques ou logistiques, peuvent être transformés en armes par ceux qui les contrôlent. Ormuz en offre une illustration « chimiquement pure ». Des chercheurs parlent désormais de « dilemmes de flux ». Cette expression désigne le piège où se trouvent les économies ouvertes, dont l’intégration crée des dépendances dont il est coûteux de s’extraire.




À lire aussi :
Après le départ des Émirats arabes unis, assiste-t-on à la fin de l’Opep ? Et faudra-t-il la regretter ?


Lorsque l’Iran ferme Ormuz, il n’invente pas une arme nouvelle, il active un levier latent, inscrit depuis longtemps dans la géographie des flux. Fermer le détroit relevait jusqu’ici de l’arme à effet autolimitant, l’Iran en payant lui-même le prix. Un régime acculé a fini par franchir le pas, y voyant non plus un suicide mais un ultime levier de dissuasion. C’est ce que Xavier Carpentier-Tanguy qualifie de « rhéopolitique », l’art de contrôler les flux plutôt que les territoires, de les régler, les moduler, les interrompre.

De nouveaux buts de guerre

Une rupture mérite d’être isolée, car elle dépasse le seul détroit. Après l’Ukraine, Ormuz confirme l’avènement d’une véritable guerre des infrastructures énergétiques, où raffineries, terminaux, gazoducs et réseaux électriques ne sont plus des dommages collatéraux mais des cibles de premier choix. En Ukraine, la Russie a fait du réseau une arme à part entière, lançant neuf vagues d’attaques coordonnées sur le système électrique entre mars et août 2024 et privant le pays d’environ 9 gigawatts de capacité, soit près d’un tiers de sa consommation d’avant-guerre. La logique est désormais explicite : frapper l’énergie de l’adversaire pour atteindre son économie et sa population.

La crise d’Ormuz prolonge ce répertoire à l’échelle du Golfe. Depuis le 28 février, des dizaines de sites énergétiques ont été visés dans neuf pays : raffineries, champs pétroliers, terminaux gaziers et dépôts d’hydrocarbures confondus… Les États-Unis et Israël ont frappé les installations iraniennes, de la raffinerie de Tondguyan, au sud de Téhéran, à plusieurs dépôts de la capitale, et ont visé à plusieurs reprises l’île de Kharg, d’où part l’essentiel des exportations iraniennes. L’infrastructure énergétique, jadis sanctuarisée par la dissuasion, devient un champ de bataille assumé, et c’est peut-être là le changement le plus lourd de conséquences, car il transforme chaque terminal, chaque gazoduc et chaque centrale en cible potentielle des conflits à venir.

Une carte des puissances redessinée

La crise a enfin révélé une asymétrie de puissance énergétique. Les États-Unis, redevenus exportateurs nets de pétrole et premiers exportateurs mondiaux de GNL, en sortent relativement protégés, voire renforcés. « Que le pétrole coule à flots », a lancé Donald Trump en annonçant la réouverture. À six mois des élections de mi-mandat, son administration a fait de la baisse des prix une priorité, et la posture de domination énergétique américaine a trouvé dans Ormuz une confirmation éclatante. Cette protection reste pourtant très relative, car les prix se forment sur un marché mondial et l’automobiliste du Midwest a lui aussi vu grimper le prix à la pompe de près de 60 %.

À l’autre extrémité, l’Asie a été la plus exposée. La Chine occupe une position singulière, premier acheteur du pétrole du Golfe, donc premier exposé, mais aussi détenteur du principal levier sur Téhéran. La guerre a par ailleurs tendu la relation transatlantique, révélant des désaccords profonds entre Washington et les Européens sur l’usage de la force et les priorités stratégiques.

Surtout, la cohésion interne de l’OPEP s’est profondément fissurée, l’un de ses membres, l’Iran, retournant le détroit contre les autres, tandis que les Émirats arabes unis ont quitté l’organisation après près de soixante ans. Le choc d’Ormuz n’aura pas seulement neutralisé l’OPEP au moment où on l’attendait le plus, il aura accéléré un déclin que certains jugent déjà irréversible.

Un choc d’abord supporté par le Sud

La crise a aussi rappelé que ses premières victimes ne sont pas toujours celles que l’on croit. Vue du Sud, comme le souligne un volume collectif du Policy Center for the New South, la fermeture d’Ormuz a moins menacé l’essence des automobilistes occidentaux que la sécurité alimentaire de pays importateurs. Le détroit laisse en effet passer une part majeure des engrais phosphatés, de l’ammoniac et de matières critiques dont le monde se découvre tributaire, si bien qu’une interruption durable fait planer le risque d’une stagflation mondiale et de tensions sociales dans les économies les plus fragiles.

Les 3,4 milliards d’habitants qui vivent dans des États consacrants déjà plus à leur dette qu’à la santé ou à l’éducation y sont en première ligne, et jusqu’aux producteurs de minerais d’Amérique du Sud, contraints de revoir leurs débouchés. Même les pays exportateurs n’y gagnent guère, leurs recettes accrues étant absorbées par le renchérissement de leurs importations.

Europe : une dépendance déplacée plus que réduite

La crise confirme que la diversification engagée après l’invasion de l’Ukraine n’a pas réduit la dépendance européenne aux hydrocarbures. Elle l’a déplacée, de la Russie vers le Golfe et les États-Unis, c’est-à-dire d’une zone « sismique » vers d’autres. L’Europe est entrée dans la crise avec des stocks de gaz historiquement bas, 46 milliards de mètres cubes à la fin février contre 60 et 77 les deux hivers précédents, et un prix du gaz industriel deux à cinq fois supérieur à celui des États-Unis, comme le documentait le rapport Draghi.

La chimie, les engrais et la sidérurgie y ont vu ressurgir le spectre de 2022, et le choc énergétique s’est superposé au choc commercial des tarifs douaniers américains, une double exposition inédite depuis la stagflation des années 1970. La vulnérabilité européenne n’est donc, à l’évidence, pas conjoncturelle. Substituer un fournisseur à un autre ne change rien à la quantité d’énergie fossile importée, seulement l’adresse de l’expéditeur.

De l’urgence de décarboner pour sécuriser

Que retenir, alors ? La réponse structurelle à Ormuz n’est ni un énième oléoduc de contournement ni un fournisseur de substitution. C’est la décarbonation, entendue comme une stratégie de sécurité économique et non comme une simple contrainte climatique, formant une assurance contre le prochain choc d’Ormuz comme contre un éventuel chantage au GNL américain.

Les leviers existent, et ils sont connus. Il s’agit d’électrifier les procédés là où la technologie le permet, de déployer l’hydrogène bas carbone pour les usages à haute température difficilement électrifiables, de relever drastiquement l’efficacité énergétique et de développer la flexibilité de la demande. Chacun réduit mécaniquement l’exposition de nos économies aux chocs fossiles importés.

France 24 2026.

Le Clean Industrial Deal adopté par la Commission en 2025 articule d’ailleurs explicitement décarbonation et résilience industrielle, en reconnaissant que réduire la dépendance aux hydrocarbures importés est à la fois un objectif climatique et un levier de compétitivité et de sécurité.

Selon les calculs fondés sur le World Energy Investment 2026 de l’AIE, les investissements bas carbone, déployés depuis la COP 21 en 2015, ont permis d’éviter 260 milliards de dollars d’importations fossiles en 2025 aux grandes régions importatrices (Europe, Chine, Inde, Japon, Corée…). En 2026, ces économies, selon les conditions de sortie du conflit, pourraient atteindre de 350 à 400 milliards de dollars. Dont une centaine de milliards pour l’UE. Chaque technologie décarbonée fonctionne comme une police d’assurance dont la prime de risque géopolitique accroît mécaniquement le rendement.

Un révélateur, plus qu’un tournant

La crise d’Ormuz de 2026 n’aura donc rien d’une anomalie de l’Histoire. De la guerre des tankers des années 1980 aux alertes de 2011, 2019 et 2025, la menace est un invariant de la géopolitique de l’énergie. Si rien d’autre ne bouge, Ormuz 2026 ne sera qu’un choc particulièrement violent, prolongeant une longue série.

Si la décarbonation y est enfin lue comme une politique de sécurité, alors, rétrospectivement, cette crise sera célébrée comme un tournant. Et, ironie, Donald Trump en contribuant au chaos pétrogazier aura été un promoteur (bien involontaire) de la transition énergétique.

The Conversation

Patrice Geoffron est membre fondateur de l’Alliance pour la Décarbonation de la Route. Il siège dans différents conseils scientifiques: CEA, CRE, Engie.

ref. Ce que la crise d’Ormuz a changé (ou non) au monde de l’énergie – https://theconversation.com/ce-que-la-crise-dormuz-a-change-ou-non-au-monde-de-lenergie-285820

Ce que la crise d’Ormuz a changé (ou pas) au monde de l’énergie

Source: The Conversation – France (in French) – By Patrice Geoffron, Professeur d’Economie, Université Paris Dauphine – PSL

À la mi-juin de 2026, les États-Unis et l’Iran ont signé, sous médiation pakistanaise, un protocole censé mettre fin à la guerre. Le détroit d’Ormuz, fermé depuis le 28 février, a commencé à rouvrir, tandis que le prix du baril refluait. Après près de quatre mois de stress extrême, l’heure est propice à un bilan d’étape. La crise a-t-elle rebattu les cartes de l’énergie mondiale ? Ou n’a-t-elle fait que confirmer des vulnérabilités patentes ?


À chaque crise énergétique revient la tentation d’annoncer un tournant historique. Le blocage du détroit d’Ormuz, devenu depuis la fin février le point de rupture d’une guerre ouverte, n’échappe pas à cet audit. Une fois les marchés apaisés et les tankers de retour, la crise d’Ormuz aura peut-être moins changé le monde de l’énergie, qu’elle en aura révélé les failles quasi sismiques.

Un extincteur… dans la maison en feu

Depuis des décennies, les marchés se rassuraient d’une idée simple. En cas de rupture, la capacité de production inutilisée de l’OPEP (sa « capacité de réserve ») pourrait être mobilisée pour compenser. La crise d’Ormuz a fortement altéré cette assurance. Car l’essentiel de cette capacité, logée en Arabie saoudite, aux Émirats et au Koweït, se trouvait précisément derrière le verrou.

Pour le dire autrement, l’extincteur était dans le bâtiment en feu… L’idée rassurante selon laquelle Riyad pourrait toujours ouvrir les vannes pour calmer les marchés ne vaut que si les barils peuvent effectivement sortir. La marge de sécurité qui fondait la confiance des marchés depuis le contre-choc des années 1980 s’est révélée ineffective en la circonstance.

Des flux qui deviennent des armes

Henry Farrell et Abraham Newman avaient théorisé l’interdépendance instrumentalisée. Soit l’idée que les nœuds dominants des réseaux mondiaux, financiers, numériques ou logistiques, peuvent être transformés en armes par ceux qui les contrôlent. Ormuz en offre une illustration « chimiquement pure ». Des chercheurs parlent désormais de « dilemmes de flux ». Cette expression désigne le piège où se trouvent les économies ouvertes, dont l’intégration crée des dépendances dont il est coûteux de s’extraire.




À lire aussi :
Après le départ des Émirats arabes unis, assiste-t-on à la fin de l’Opep ? Et faudra-t-il la regretter ?


Lorsque l’Iran ferme Ormuz, il n’invente pas une arme nouvelle, il active un levier latent, inscrit depuis longtemps dans la géographie des flux. Fermer le détroit relevait jusqu’ici de l’arme à effet autolimitant, l’Iran en payant lui-même le prix. Un régime acculé a fini par franchir le pas, y voyant non plus un suicide mais un ultime levier de dissuasion. C’est ce que Xavier Carpentier-Tanguy qualifie de « rhéopolitique », l’art de contrôler les flux plutôt que les territoires, de les régler, les moduler, les interrompre.

De nouveaux buts de guerre

Une rupture mérite d’être isolée, car elle dépasse le seul détroit. Après l’Ukraine, Ormuz confirme l’avènement d’une véritable guerre des infrastructures énergétiques, où raffineries, terminaux, gazoducs et réseaux électriques ne sont plus des dommages collatéraux mais des cibles de premier choix. En Ukraine, la Russie a fait du réseau une arme à part entière, lançant neuf vagues d’attaques coordonnées sur le système électrique entre mars et août 2024 et privant le pays d’environ 9 gigawatts de capacité, soit près d’un tiers de sa consommation d’avant-guerre. La logique est désormais explicite : frapper l’énergie de l’adversaire pour atteindre son économie et sa population.

La crise d’Ormuz prolonge ce répertoire à l’échelle du Golfe. Depuis le 28 février, des dizaines de sites énergétiques ont été visés dans neuf pays : raffineries, champs pétroliers, terminaux gaziers et dépôts d’hydrocarbures confondus… Les États-Unis et Israël ont frappé les installations iraniennes, de la raffinerie de Tondguyan, au sud de Téhéran, à plusieurs dépôts de la capitale, et ont visé à plusieurs reprises l’île de Kharg, d’où part l’essentiel des exportations iraniennes. L’infrastructure énergétique, jadis sanctuarisée par la dissuasion, devient un champ de bataille assumé, et c’est peut-être là le changement le plus lourd de conséquences, car il transforme chaque terminal, chaque gazoduc et chaque centrale en cible potentielle des conflits à venir.

Une carte des puissances redessinée

La crise a enfin révélé une asymétrie de puissance énergétique. Les États-Unis, redevenus exportateurs nets de pétrole et premiers exportateurs mondiaux de GNL, en sortent relativement protégés, voire renforcés. « Que le pétrole coule à flots », a lancé Donald Trump en annonçant la réouverture. À six mois des élections de mi-mandat, son administration a fait de la baisse des prix une priorité, et la posture de domination énergétique américaine a trouvé dans Ormuz une confirmation éclatante. Cette protection reste pourtant très relative, car les prix se forment sur un marché mondial et l’automobiliste du Midwest a lui aussi vu grimper le prix à la pompe de près de 60 %.

À l’autre extrémité, l’Asie a été la plus exposée. La Chine occupe une position singulière, premier acheteur du pétrole du Golfe, donc premier exposé, mais aussi détenteur du principal levier sur Téhéran. La guerre a par ailleurs tendu la relation transatlantique, révélant des désaccords profonds entre Washington et les Européens sur l’usage de la force et les priorités stratégiques.

Surtout, la cohésion interne de l’OPEP s’est profondément fissurée, l’un de ses membres, l’Iran, retournant le détroit contre les autres, tandis que les Émirats arabes unis ont quitté l’organisation après près de soixante ans. Le choc d’Ormuz n’aura pas seulement neutralisé l’OPEP au moment où on l’attendait le plus, il aura accéléré un déclin que certains jugent déjà irréversible.

Un choc d’abord supporté par le Sud

La crise a aussi rappelé que ses premières victimes ne sont pas toujours celles que l’on croit. Vue du Sud, comme le souligne un volume collectif du Policy Center for the New South, la fermeture d’Ormuz a moins menacé l’essence des automobilistes occidentaux que la sécurité alimentaire de pays importateurs. Le détroit laisse en effet passer une part majeure des engrais phosphatés, de l’ammoniac et de matières critiques dont le monde se découvre tributaire, si bien qu’une interruption durable fait planer le risque d’une stagflation mondiale et de tensions sociales dans les économies les plus fragiles.

Les 3,4 milliards d’habitants qui vivent dans des États consacrants déjà plus à leur dette qu’à la santé ou à l’éducation y sont en première ligne, et jusqu’aux producteurs de minerais d’Amérique du Sud, contraints de revoir leurs débouchés. Même les pays exportateurs n’y gagnent guère, leurs recettes accrues étant absorbées par le renchérissement de leurs importations.

Europe : une dépendance déplacée plus que réduite

La crise confirme que la diversification engagée après l’invasion de l’Ukraine n’a pas réduit la dépendance européenne aux hydrocarbures. Elle l’a déplacée, de la Russie vers le Golfe et les États-Unis, c’est-à-dire d’une zone « sismique » vers d’autres. L’Europe est entrée dans la crise avec des stocks de gaz historiquement bas, 46 milliards de mètres cubes à la fin février contre 60 et 77 les deux hivers précédents, et un prix du gaz industriel deux à cinq fois supérieur à celui des États-Unis, comme le documentait le rapport Draghi.

La chimie, les engrais et la sidérurgie y ont vu ressurgir le spectre de 2022, et le choc énergétique s’est superposé au choc commercial des tarifs douaniers américains, une double exposition inédite depuis la stagflation des années 1970. La vulnérabilité européenne n’est donc, à l’évidence, pas conjoncturelle. Substituer un fournisseur à un autre ne change rien à la quantité d’énergie fossile importée, seulement l’adresse de l’expéditeur.

De l’urgence de décarboner pour sécuriser

Que retenir, alors ? La réponse structurelle à Ormuz n’est ni un énième oléoduc de contournement ni un fournisseur de substitution. C’est la décarbonation, entendue comme une stratégie de sécurité économique et non comme une simple contrainte climatique, formant une assurance contre le prochain choc d’Ormuz comme contre un éventuel chantage au GNL américain.

Les leviers existent, et ils sont connus. Il s’agit d’électrifier les procédés là où la technologie le permet, de déployer l’hydrogène bas carbone pour les usages à haute température difficilement électrifiables, de relever drastiquement l’efficacité énergétique et de développer la flexibilité de la demande. Chacun réduit mécaniquement l’exposition de nos économies aux chocs fossiles importés.

France 24 2026.

Le Clean Industrial Deal adopté par la Commission en 2025 articule d’ailleurs explicitement décarbonation et résilience industrielle, en reconnaissant que réduire la dépendance aux hydrocarbures importés est à la fois un objectif climatique et un levier de compétitivité et de sécurité.

Selon les calculs fondés sur le World Energy Investment 2026 de l’AIE, les investissements bas carbone, déployés depuis la COP 21 en 2015, ont permis d’éviter 260 milliards de dollars d’importations fossiles en 2025 aux grandes régions importatrices (Europe, Chine, Inde, Japon, Corée…). En 2026, ces économies, selon les conditions de sortie du conflit, pourraient atteindre de 350 à 400 milliards de dollars. Dont une centaine de milliards pour l’UE. Chaque technologie décarbonée fonctionne comme une police d’assurance dont la prime de risque géopolitique accroît mécaniquement le rendement.

Un révélateur, plus qu’un tournant

La crise d’Ormuz de 2026 n’aura donc rien d’une anomalie de l’Histoire. De la guerre des tankers des années 1980 aux alertes de 2011, 2019 et 2025, la menace est un invariant de la géopolitique de l’énergie. Si rien d’autre ne bouge, Ormuz 2026 ne sera qu’un choc particulièrement violent, prolongeant une longue série.

Si la décarbonation y est enfin lue comme une politique de sécurité, alors, rétrospectivement, cette crise sera célébrée comme un tournant. Et, ironie, Donald Trump en contribuant au chaos pétrogazier aura été un promoteur (bien involontaire) de la transition énergétique.

The Conversation

Patrice Geoffron est membre fondateur de l’Alliance pour la Décarbonation de la Route. Il siège dans différents conseils scientifiques: CEA, CRE, Engie.

ref. Ce que la crise d’Ormuz a changé (ou pas) au monde de l’énergie – https://theconversation.com/ce-que-la-crise-dormuz-a-change-ou-pas-au-monde-de-lenergie-285820

Elecciones en Colombia: qué nos dicen los resultados sobre la nueva forma de hacer política en Latinoamérica

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Sergio Caballero, Director Master Relaciones Internacionales y Diplomacia Empresarial, Universidad de Deusto

El ganador de las elecciones presidenciales de Colombia, Abelardo de la Espriella, celebró su victoria en un vehículo blindado por las calles de Barranquilla. RTVE

Las elecciones presidenciales en Colombia de este pasado domingo 21 de junio han constatado algunas de las tendencias que vienen desarrollándose en América Latina en los últimos tiempos. La victoria ajustada (49,6 % frente al 48% 7) del candidato de ultraderecha Abelardo de la Espriella (autodenominado El tigre) frente al candidato de izquierda y continuista del gobierno de Gustavo Petro, Iván Cepeda, nos permite identificar algunos rasgos comunes en la región.

En primer lugar, la importancia de las redes sociales en las campañas electorales. El candidato De la Espriella se construyó en las redes, con discursos simples y fuerte proyección mediática, siguiendo la estela de presidentes como Javier Milei en Argentina.

Por el contrario, el candidato Cepeda representaba una izquierda programática, de discurso leído, preciso pero tedioso, que no conecta con el votante actual que sigue la campaña en redes y recibe los mensajes que busca. Es interesante recordar cómo desde el referéndum del Brexit en 2016, la utilización por parte de Cambridge Analytica del uso de algoritmos para instrumentalizar la segmentación del voto se ha convertido ya en rutina.

Un doble de Bukele

En segundo lugar, la priorización de la agenda de seguridad, que lleva a votaciones más emocionales que racionales. Incluso por encima del desempeño económico, el auge de las organizaciones criminales transnacionales, unido a la “securitización” de la migración, han puesto el foco en la provisión de seguridad.

De la Espriella no solo ha replicado la imagen de Nayib Bukele, presidente de El Salvador (influencer con gorra y barba recortada), sino también su política de mano dura contra el crimen. Esta agenda será especialmente complicada de acometer en Colombia: no se trata solo de maras como en El Salvador, sino de un conflicto que ha transitado desde guerrillas y paramilitares a bandas criminales y donde las capacidades del Estado para controlar su territorio y su población (lo que Max Weber entendería como el monopolio de la violencia) está permanentemente desafiado por actores paraestatales que buscan legitimarse.

Esta apuesta por la seguridad es la que explica, en parte, que la candidata del otrora todopoderoso Álvaro Uribe, Paloma Valencia, quedara relegada en los sondeos y no pasara a la segunda vuelta.

Voto de castigo

En tercer lugar, la desafección con el gobierno en curso. Las expectativas frustradas, unido a escenarios decepcionantes en lo socioeconómico, motivan siempre un sentimiento creciente de voto de castigo. En el caso colombiano, frente a las promesas del gobierno de Gustavo Petro de paz total, redistribución de riqueza y reformas estructurales, se pasa al descontento, que aúpa a outsiders que se presentan como antisistema, como es el caso de De la Espriella.

Esto también explica por qué Iván Cepeda intentó a lo largo de la segunda vuelta de las elecciones “despegarse” de la gestión de Gustavo Petro y no fungir como el candidato continuista del gobierno en curso.

En cuarto lugar, estos elementos se aglutinan en lo que hemos venido en llamar polarización, que no es lo mismo que la fragmentación (en el caso peruano, Keiko Fujimori y Roberto Sánchez, los dos candidatos que pasaron a la segunda vuelta, no sumaban ni el 20 %). En el caso colombiano, Cepeda y De la Espriella habían sumado el 85 % del voto en la primera vuelta electoral del 31 de mayo. Lo que sí desapareció fue el centro-izquierda de Sergio Fajardo y la derecha tradicional de Paloma Valencia, que solo sumaron un 10 %, demostrando que cuando uno vota visceralmente, parece que prefiere los extremos claramente diferenciados y no el centro donde caben los matices.

¿Quién quiere ser amigo de Trump?

Y en quinto lugar, y abriendo el foco más allá de la región, el rol del presidente de EE. UU., Donald Trump. Aunque su apoyo en Europa parece que pudiera empezar a ser tóxico, como se ha constatado en la Hungría de Orbán y en los roces con la presidenta italiana Meloni, su influencia en el hemisferio occidental es inequívoca.

La aplicación de la llamada “doctrina Donroe” el 3 de enero de 2026 con la captura (ilegal) de Nicolás Maduro en Venezuela ha servido para mandar un aviso a navegantes de cara a “disciplinar” la región. En el actual contexto geopolítico de tensiones entre Estados Unidos y China, el mensaje desde Washington es que el no alineamiento con la potencia del norte puede implicar una injerencia externa de distintas intensidades: desde meros insultos en redes sociales hasta intervenciones militares, pasando por la aplicación de aranceles discrecionalmente a modo de diplomacia transaccional.

En suma, ser respaldado por el presidente Trump parece que dota de cierta inmunidad frente a reacciones furiosas (aunque Claudia Sheinbaum en México y Luiz Inácio Lula da Silva en Brasil no solo consiguieron minimizar los daños, sino incluso sacar rédito político a nivel doméstico), e incluso “otorga” apoyo directo, como el respaldo económico en el caso de la Argentina de Milei.

En definitiva y, aprovechando que estamos en tiempos del Mundial, la política hace ya tiempo que se ve con una fidelidad identitaria similar a la que genera el fútbol, deseando incluso la victoria partidaria por penalti injusto en el descuento). Ya está lejos esa visión más estratégica y racional propia del ajedrez que se solía atribuir también a la geopolítica.

La política latinoamericana vive, en fin, tiempos turbulentos, donde los partidos a veces se disputan en terrenos de juego inclinados hacia una portería, donde hay que ganar al adversario por cualquier vía, donde el público jalea con fervor pero tampoco perdona ningún error y, además, a veces arbitra un hombre de negro con la piel un poco anaranjada.

The Conversation

Sergio Caballero no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Elecciones en Colombia: qué nos dicen los resultados sobre la nueva forma de hacer política en Latinoamérica – https://theconversation.com/elecciones-en-colombia-que-nos-dicen-los-resultados-sobre-la-nueva-forma-de-hacer-politica-en-latinoamerica-285883

Tecnoestrés: cómo lograr que la tecnología no mine la salud

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Iván Fernández Suárez, Profesor en el máster en Prevención de Riesgos Laborales. Consultor PRL para Fraternidad Muprespa. Grupo de investigación TR3S-i, Trabajo Líquido y Riesgos Emergentes en las Sociedad de la Información., UNIR – Universidad Internacional de La Rioja

Ilustración artística de una persona estresada con la tecnología. Pauline Wee & DAIR / https://betterimagesofai.org, CC BY-SA

Ahora mismo podemos saber de todo (los buscadores o la inteligencia artificial nos lo dicen), aprender a hacer de todo (plataformas de vídeo nos ofrecen tutoriales) o comprar cualquier cosa con un solo clic.

Estos cambios han modificado nuestras vidas en todos los planos. Nuestra forma de trabajar, la forma en la que nos comunicamos y nuestros hábitos de ocio y descanso.

Pero todo cambio tiene consecuencias y el tecnoestrés es una de las principales en el ámbito de la salud mental, causado por el uso (intensivo) de las tecnologías.

Qué es el tecnoestrés

Primero debemos entender el estrés, que no es más que un desajuste entre las exigencias (demandas) a las que estamos sometidos y nuestras capacidades para afrontarlas.

Aunque lo hemos demonizado, no siempre tiene efectos negativos. De hecho, los momentos más felices de nuestras vidas (una boda, un nacimiento, el primer trabajo) son momentos con niveles máximos de estrés, que nos ayuda a afrontar las exigencias de esos momentos. El problema surge cuando nos supera y en lugar de ayudarnos a ser más efectivos, nos perjudica.

Las tecnologías han supuesto una ayuda tan importante que se han vuelto imprescindibles. Esto provoca que no podamos separarnos de ellas, muchas veces sin necesidad. Y es precisamente esa sobreutilización la que está generando el mayor impacto sobre nuestra salud.

Efectos sobre la salud

El impacto del tecnoestrés no es inmediato, sino acumulativo. Se va instalando en nuestro organismo poco a poco, a través de pequeñas situaciones cotidianas como consultar el correo, enviar un whatsapp o entrar en una red social. Este continuo goteo de notificación y necesidades digitales adquiridas provocan una acumulación elevada de tiempo de conexión digital.

Dentro de los efectos más habituales, aparece la saturación mental. De la misma forma que nuestro cuerpo se extenúa ante una exigencia física prolongada, la mente muestra síntomas de agotamiento. Nuestra atención vive bajo una exigencia constante y los recursos son limitados.

Creemos que podemos gestionarlo todo, pero el cerebro humano no está diseñado para una multitarea constante.

Es ahí, cuando superamos nuestros límites, cuando aparecen los efectos sobre la salud. Síntomas como dificultades para conciliar el sueño, ansiedad, irritabilidad o fatiga mental se pueden combinar con manifestaciones somáticas.

Así, la tensión emocional puede provocar dolores musculares o cefaleas, así como problemas digestivos y alimenticios, circulatorios, de piel, etc.

El tecnoestrés es un factor precursor de enfermedades crónicas no transmisibles, como cáncer, diabetes, dolencias respiratorias y cardiovasculares o trastornos mentales. La Organización Mundial de la Salud ya las reconoce como una pandemia, pues se han convertido en la primera causa de muerte en el mundo.

Curiosamente, han tenido un aumento exponencial en los últimos años, coincidiendo con la explosión de la tecnología. Y es que el estrés crónico se considera un factor de riesgo para muchas enfermedades.

Estrategias para mantenerlo a raya

De todos modos, la tecnología no es el problema, sino cómo nos relacionamos con ella. Es un arma de doble filo, nos ayuda en todos los ámbitos de nuestra vida, pero su abuso genera riesgos.

La primera estrategia para utilizarla de forma adecuada es hacer una utilización consciente, huir del uso automático. Muchas veces, nuestro cerebro busca esa recompensa inmediata y, sin darnos cuenta, por inercia, ya estamos haciendo scroll.

He aquí algunas preguntas que nos pueden ayudar a identificar si tenemos un uso adecuado de las tecnologías:

  • ¿Recuerda la última vez que pasó 48 horas sin consultar el teléfono móvil?

  • ¿Cuántas horas al día pasa mirando una pantalla (tableta, smartphone, ordenador, televisión…), incluyendo ocio y trabajo? Más de 6 horas, ya es un síntoma de sobrecarga.

  • ¿Lo primero que hace al levantarse y lo último antes de dormir es verificar sus notificaciones o correos electrónicos?

  • Revise en el móvil, en la pestaña de bienestar digital, el promedio diario de horas que lo utiliza. ¿Es mucho más de lo que tenía en mente?

Revisiones científicas recientes sobre estrategias de desintoxicación digital muestran que reducir de manera voluntaria el uso de dispositivos digitales está asociado con mejoras en bienestar psicológico, estrés y comportamientos compulsivos relacionados con el uso de pantallas.

Vías de limpieza mental

De igual forma que el cuerpo necesita descanso cuando llevamos a cabo una actividad física intensa, la mente necesita reponerse. El plano físico nos advierte rápidamente del cansancio, nos marca los límites. Sin embargo, nuestra mente no es tan clara con los síntomas.

En este sentido, es muy importante identificar dos variables sencillas, pero a veces inadvertidas por las prisas de la vida cotidiana. En primer lugar, los estresores: todas aquellas situaciones que provocan que nos desgastemos mentalmente (personas, situaciones cotidianas, exigencias de nuestro trabajo, familia, redes sociales…).

Se trata de saber qué episodios de nuestras vidas elevan nuestra ansiedad resulta crítico para poder prepararnos y anticiparnos a la sobrecarga.

En segundo lugar, es aconsejable identificar e incorporar como rutina actividades que permitan reducir el nivel de estrés. Este aspecto requiere un autoanálisis individual: ¿qué tipo de actividades consiguen generar descanso mental?

La clave para responder a este interrogante es plantearnos qué actividades favorecen una desconexión total de nuestros pensamientos y logran captar la suficiente atención como para olvidar lo que nos preocupa y detener el runrún mental.

El deporte (especialmente de equipo), la lectura, el baile, la relación con algunas personas que nos aportan calma o tocar un instrumento son ejemplos de actividades que requieren la suficiente concentración como para permitirnos descansar de nosotros mismos.

Este tipo de acciones permiten la autorregulación digital y evitan que nos dejemos llevar por la atracción de las nuevas tecnologías. Asimismo, establecer pausas efectivas se asocia con una disminución del uso problemático del smartphone y una mejora en la regulación emocional.

En definitiva, ser conscientes de nuestro uso de las tecnologías es el primer paso para conseguir una higiene digital adecuada. Si, además, somos capaces de atender al estado de nuestra mente y ayudarla a descansar, lograremos mantener a raya el tecnoestrés, una de las enfermedades del presente y, sin duda, del futuro.

The Conversation

Iván Fernández Suárez no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Tecnoestrés: cómo lograr que la tecnología no mine la salud – https://theconversation.com/tecnoestres-como-lograr-que-la-tecnologia-no-mine-la-salud-277629

Cuba aprueba 176 medidas en un nuevo intento de encauzar su economía

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Iker Saitua, Associate Professor, Universidad del País Vasco / Euskal Herriko Unibertsitatea

Gasolinera CUPEX junto al edificio de la embajada estadounidense en La Habana, cerrada por falta de suministro ProSportFoto.co.uk/Shutterstock

Cuba acaba de aprobar el mayor paquete de reformas económicas en al menos quince años. Según la cobertura de Granma, órgano del Comité Central del Partido Comunista, y la nota de prensa de la propia Asamblea Nacional, el primer ministro Manuel Marrero Cruz presentó ante la Tercera Sesión Extraordinaria del Parlamento, en su X Legislatura, un documento con 176 transformaciones agrupadas en 23 ejes. Es el resultado de un cribado de 390 propuestas iniciales –de las que se aceptó el 66,7 %– y de 69 recomendaciones incorporadas por el Buró Político (el órgano superior de dirección del Partido Comunista Cubano, PCC). El pleno lo ratificó el 19 de junio.

El tiempo transcurrido entre la presentación del documento y su aprobación ha sido de apenas una semana. La velocidad del proceso ha resultado excepcional para los estándares políticos de la isla. El contenido, en cambio, mantiene la continuidad con varias medidas ya ensayadas en etapas anteriores.

De 1993 a 2026

Desde la disolución de la URSS, en diciembre de 1991, Cuba ha puesto en marcha reformas basadas en la misma fórmula. La primera apertura, entre 1993 y 1995, legalizó el trabajo por cuenta propia –el autoempleo en una lista cerrada de oficios– y despenalizó la tenencia de dólares, reconociendo de facto la economía informal en divisas que ya circulaba en la isla. Ese mismo periodo trajo también la legalización de los mercados agropecuarios libres, donde los precios dejaron de ser fijados por el Estado.

A partir de los Lineamientos de la Política Económica y Social, aprobados en el VI Congreso del Partido (2011), se amplió el usufructo de tierras estatales sin uso –de 40 a 67 hectáreas, con derecho a construir vivienda en la parcela–; se crearon las cooperativas no agropecuarias, una nueva figura jurídica para gestionar servicios y comercio (transporte, gastronomía, mercados) al margen de las cooperativas agrícolas ya existentes; y se abrió la Zona Especial de Desarrollo del Mariel, un polo industrial-portuario con régimen fiscal preferencial y trámites de aprobación más rápidos para la inversión extranjera.

Una nueva Ley de Inversión Extranjera, en 2014, amplió las modalidades de asociación con capital foráneo. El propio texto de 2011 definía también el límite de esa apertura: establecía que el sistema de planificación socialista seguiría siendo la vía principal para dirigir la economía nacional. Una década después, la Tarea Ordenamiento de 2021 eliminó la dualidad monetaria vigente desde 1994 –el peso cubano junto al peso convertible (CUC)– y fijó un tipo de cambio único, lo que implicó una devaluación y un repunte inflacionario.

Lo que sí es nuevo esta vez

Ahora, en 2026, lo distinto no es tanto el repertorio de instrumentos, ya ensayados antes (pero parcialmente), como su simultaneidad y su alcance. El salario mínimo estatal sube un 53 % (de 2 100 a 3 210 pesos), y el Estado retira gradualmente unos 92 500 millones de pesos anuales en subsidios al sistema empresarial, la mitad de ellos destinados solo a la tarifa eléctrica. El usufructo agrícola pasa de plazos fijos a tiempo indeterminado, sin exigir ya la residencia en la parcela. Termina el monopolio estatal sobre la venta de combustibles y se libera buena parte de la larga lista de actividades antes vedadas al sector privado.

El cambio de mayor calado institucional, sin embargo, es jurídico: las empresas estatales podrán convertirse en sociedades por acciones, con el Estado fijando su participación sector por sector y reservándose la mayoría solo en los considerados estratégicos. Particulares y capital extranjero podrán comprar esas acciones. Por primera vez se toman medidas que involucran tanto a la empresa estatal, los subsidios, el salario mínimo y la propiedad accionarial, en lugar de una pieza a la vez como en etapas anteriores.

Lo que se sabe de experiencias anteriores en economías en transición muestra que ese tipo de simultaneidad tiene un coste organizativo propio: pierden valor las rutinas y capacidades acumuladas por las empresas bajo el sistema previo antes de que exista el nuevo, lo que puede deprimir el desempeño durante la propia transición.

El diseño separa explícitamente la titularidad del activo, que sigue siendo estatal, de su gestión, que se cede a terceros mediante derechos de usufructo y superficie, o por participación accionarial. La fórmula recuerda al mecanismo que usó China a partir de 1978, manteniendo la propiedad colectiva nominal de la tierra mientras transfería el control productivo a las familias campesinas.

Una isla, no una metáfora

En este mecanismo se observa algo común a estos casos: cómo un sistema de planificación centralizada ha podido sostenerse durante más de sesenta años dentro de una economía mundial organizada en torno al capital privado.

La continuidad institucional cubana no se explica por una sola causa, sino por una secuencia de sostenes externos que se han ido sustituyendo unos a otros: la ayuda soviética hasta 1991, y después el petróleo venezolano, las remesas y el turismo. Un análisis reciente de la economía de Cuba describe este proceso como socialismo periférico: la pérdida de los acuerdos comerciales preferenciales y el acceso al crédito que ofrecía la URSS obligó a una introducción gradual de mecanismos de mercado, sin que las relaciones más recientes con China o Venezuela hayan logrado recrear aquellas condiciones.

Cada vez que uno de esos puntales se debilita llega una nueva fase de actualización del modelo, que recompone el equilibrio sin alterar su arquitectura de fondo. Lo distintivo de 2026 es que varios sostenes flaquean a la vez, mientras Washington ha intensificado las sanciones –con nuevas medidas coercitivas en vigor desde junio que penalizan a empresas extranjeras con negocios en la isla y que aplican restricciones adicionales al suministro de combustible– y ha condicionado explícitamente cualquier mejora en la relación bilateral a la profundidad de los cambios.

Lo que de verdad está en disputa

Sobre las causas del estancamiento cubano hay posiciones encontradas entre los propios economistas: mientras que unos lo atribuyen principalmente a la transición al socialismo, otros sitúan el peso mayor en el bloqueo exterior. El debate sigue abierto.

Que el paquete se aprobara apenas una semana después de haber sido presentado no debe confundirse con el ritmo real del cambio institucional que lo sostiene. El patrón que recorre todo este artículo remite al concepto de path dependence: una vez que un sistema adopta una trayectoria, las decisiones posteriores tienden a construirse sobre ella en lugar de partir de cero, incluso cuando el objetivo es corregir sus propios resultados.

Desde los años noventa, Cuba ha seguido un mismo patrón: cada etapa de apertura se acumula sobre la anterior, sin que el país se haya desviado del camino trazado en 1993 para paliar los efectos del Periodo Especial, la gran crisis iniciada tras la caída de la URSS y el fin de las ayudas soviéticas.

Que el paquete de 2026 sea la cuarta etapa de esa secuencia, y no la primera, es en sí mismo un indicio de que persiste una necesidad de resolver un estancamiento que ninguna de las etapas previas ha despejado por completo. Las propias palabras de del presidente cubano Miguel Díaz-Canel al cerrar la Tercera Sesión Extraordinaria de la Asamblea Nacional parecen confirmarlo: “No hemos partido de cero”.

The Conversation

Iker Saitua no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Cuba aprueba 176 medidas en un nuevo intento de encauzar su economía – https://theconversation.com/cuba-aprueba-176-medidas-en-un-nuevo-intento-de-encauzar-su-economia-285791

Por qué los niños dejan de preguntar en la escuela y cómo recuperar el hábito

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Raúl Céspedes Ventura, Profesor Asociado del Departamento de Didáctica y Organización Escolar de la Facultad de Educación, Universidad de Murcia

BearFotos/Shutterstock

Miguel tiene cuatro años. Son las ocho de la mañana. Está en el aseo con su madre preparándose para ir al colegio. Se queda mirando fijamente el grifo y pregunta: “¿Adónde va el agua del lavabo?”. No será la única pregunta que haga ese día. A esa edad, preguntar forma parte de su manera de estar en el mundo. Sin embargo, unos años después, ese mismo niño permanece en silencio en el aula.

¿Por qué los niños preguntan tanto cuando son pequeños, y qué sucede durante su paso por la educación obligatoria para que, poco a poco, dejen de hacerlo?

Cuando la escuela llega, las preguntas se van

La evidencia sobre este fenómeno es sólida. Uno de los trabajos más conocidos es el de la psicóloga Susan Engel, autora del libro The Hungry Mind. En un estudio, su equipo introdujo cámaras en aulas durante tres meses para analizar cuántos episodios de curiosidad, entendidos como preguntas destinadas a aprender algo nuevo o conductas exploratorias con objetos y materiales, aparecían durante la jornada escolar. En educación infantil registraron entre dos y cinco episodios cada dos horas. En quinto de primaria, la cifra descendía hasta el rango de cero a dos.

Muchos niños pasan buena parte de su jornada escolar sin formular una sola pregunta auténtica. Para Engel, esto no es casual. A medida que avanza la escolarización, la escuela prioriza contenidos, ritmos y evaluación. En ese contexto, preguntar empieza a percibirse más como una interrupción que como una oportunidad de aprendizaje.

No hay conocimiento sin pregunta previa

Paulo Freire y Antonio Faundez defendieron esta idea a mediados de los ochenta en Por una pedagogía de la pregunta. Allí criticaban una educación construida sobre respuestas. Respuestas a preguntas que el alumno nunca se había hecho: justo lo contrario de lo que ocurre cuando un niño pregunta adónde va el agua del lavabo.

Investigaciones recientes han mostrado que los niños pequeños no preguntan para prolongar la conversación, sino para entender el mundo. Cuando el adulto ofrece una explicación satisfactoria, el niño suele quedar conforme. Cuando no la recibe, insiste, reformula o vuelve a preguntar. El aprendizaje comienza con una pregunta, y aprender a formularlas bien no es un recurso retórico ni una moda pedagógica, sino una de las bases más solidas de la psicología y la pedagogía contemporáneas.

Qué dice la evidencia en el aula

Los interrogantes formulados en clase activan destrezas cognitivas concretas en los niños, como la explicación, la inferencia y el análisis. No es un simple recurso para mantener la atención o controlar la dinámica del grupo, sino una herramienta intelectual capaz de movilizar el razonamiento.

Linda Elder y Richard Paul, referentes internacionales en pensamiento crítico, llegan a conclusiones similares en El arte de formular preguntas esenciales. Sostienen que enseñar no consiste únicamente en transmitir respuestas, sino en plantear problemas y dirigir el razonamiento mediante preguntas.

Esta idea se remonta a la mayéutica de Sócrates, basada en preguntar para ayudar al otro a descubrir y construir su propio pensamiento. Responder bien obliga a detenerse y pensar. Formular una buena pregunta implica curiosidad, análisis y capacidad de reflexión. Y, como cualquier otra habilidad intelectual, necesita entrenamiento y práctica.

El ‘protopensamiento’: tres pasos que se pierden

El filósofo español José Carlos Ruiz ha llevado esta idea al terreno educativo en ensayos como El arte de pensar y El arte de pensar para niños. Ruiz denomina “protopensamiento” al origen del pensamiento crítico y sostiene que nace del asombro, la curiosidad y el cuestionamiento. Los tres aparecen conectados y pueden trabajarse en el aula.

Imaginemos que un niño ve una imagen de un parque lleno de basura y se pregunta: “¿Por qué la gente ensucia algo que también usa?”. Ahí todavía no hay un pensamiento filosófico adulto, sistemático y elaborado, pero sí aparecen sus bases: observación, atención, extrañeza, criterio moral, pregunta y apertura al debate.




Leer más:
¿Influye la personalidad en la calidad de un docente?


Para Ruiz, el asombro debe cultivarse en la vida cotidiana. Así surge la curiosidad y, después, la pregunta que obliga a pensar. El autor observó en la práctica, en talleres escolares de filosofía para niños, que el asombro podía recuperarse y que la calidad de las preguntas mejoraba de forma notable. Se puede trabajar en el aula y obtener resultados.

Un ejemplo podría ser “La caja del asombro”, en la que el docente mete un objeto cotidiano: una llave, una piedra, una foto antigua o una cuchara. El alumnado no debe decir qué es, sino formular preguntas del tipo “¿Quién las habrá usado?”, “¿Por qué las cosas tienen dueño?”, “¿Qué pasaría si nadie tuviera llaves?”. De lo concreto se pasa al pensamiento.

Qué podemos hacer desde la escuela

Preguntar debe convertirse en un contenido educativo en sí mismo. La pregunta no puede quedar reducida a una herramienta de evaluación o a un mecanismo para comprobar si el alumno ha retenido los contenidos trabajados en el aula. Formular interrogantes exige análisis, atención y pensamiento, y por eso necesita enseñarse y practicarse.

Para ello debemos enseñar qué es una buena pregunta. Existen taxonomías y modelos, como los que desarrollan en sus trabajos Richard Paul y Linda Elder, además de numerosos recursos prácticos que el profesorado puede incorporar al aula con relativa facilidad.




Leer más:
Cómo hacer escuelas democráticas y participativas


Por ejemplo, en una actividad de lectura, no basta con preguntar al alumnado “¿Te ha gustado el texto?”. Esa pregunta puede tener valor expresivo, pero no desarrolla por sí misma pensamiento crítico. El docente puede enseñar a formular preguntas más potentes: “¿Cuál es la idea principal del autor?”, “¿Qué información utiliza para defenderla?”, “¿Hay otro punto de vista posible?” o “¿Qué consecuencias tendría aceptar esta idea?”.

Del mismo modo, ante un debate de aula, el alumnado puede aprender a distinguir entre preguntas de respuesta factual, de preferencia personal y de juicio razonado. Esta enseñanza explícita convierte la interrogación en una herramienta de pensamiento y no solo en una dinámica participativa.

La necesidad de comprender como base del aprendizaje

Enseñar a hacer preguntas y animar a seguir haciéndoselas es por lo tanto un contenido educativo: el aprendizaje profundo comienza cuando aparece una necesidad auténtica de comprender, y esa necesidad suele expresarse en forma de pregunta.

Para lograrlo, no hacen falta grandes reformas educativas, sino que docentes y familias volvamos a preguntarnos por lo cotidiano y convirtamos lo normal en objeto de pensamiento. No se trata de definir grandes temas filosóficos, sino mirar el patio, una norma, una discusión, una pantalla, una fila, una mentira, un castigo… y preguntarse: ¿por qué esto es así? ¿Podría ser de otra manera? ¿Es justo? ¿Qué damos por supuesto?

En ejemplo claro sería un niño que dice “Siempre eligen primero al mismo en el fútbol”. Preguntarse en lo cotidiano sería no dejarlo solo como queja, sino abrir pensamiento: ¿qué significa elegir justamente? ¿Es justo elegir siempre por habilidad? ¿Cómo se siente quien queda para el final?

La filosofía no empieza con conceptos abstractos, sino mirando con extrañeza lo que hacemos todos los días. Ahí aparece el asombro, la curiosidad y, finalmente, la pregunta que obliga a pensar, como cuando Miguel pregunta adónde va el agua del lavabo.

The Conversation

Raúl Céspedes Ventura no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Por qué los niños dejan de preguntar en la escuela y cómo recuperar el hábito – https://theconversation.com/por-que-los-ninos-dejan-de-preguntar-en-la-escuela-y-como-recuperar-el-habito-282814

Atrapar lo invisible: la tecnología que puede eliminar del agua microplásticos y superbacterias viajeras

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Serena Molina Martínez, Investigadora en el área de tecnología de membranas, IMDEA AGUA

SIVStockStudio/Shutterstock

En las últimas décadas, nuestra relación con el plástico ha pasado de la admiración por su versatilidad a la alarma por su ubicuidad. Hoy sabemos que los microplásticos (partículas de menos de 5 milímetros) están en todas partes, desde las cumbres de las montañas hasta las profundas fosas oceánicas. Sin embargo, la ciencia ha descubierto una amenaza aún más insidiosa: estas partículas no viajan solas, sino que actúan como caballos de Troya biológicos para los patógenos y genes de resistencia a los antibióticos, creando un ecosistema flotante conocido como la plastisfera.

¿Qué es la plastisfera y por qué es peligrosa?

La plastisfera describe las diversas comunidades microbianas que colonizan la superficie de los microplásticos. A diferencia de los materiales naturales, el plástico ofrece un andamiaje sólido y persistente que permite a los microorganismos sobrevivir en condiciones extremas y viajar largas distancias.

El peligro reside en que estas partículas funcionan como hotspots o puntos calientes de intercambio genético. Al estar tan próximas entre sí dentro de biopelículas pegajosas, las bacterias intercambian “secretos” de supervivencia mediante la transferencia horizontal de genes. Entre estos secretos se encuentran los genes de resistencia a los antibióticos, que permiten a las bacterias volverse invencibles frente a los medicamentos actuales.




Leer más:
La plastisfera: una amenaza emergente para el medioambiente y la salud pública


Un giro histórico: la Directiva (UE) 2024/3019

Ante esta crisis silenciosa, la Unión Europea ha aprobado recientemente la Directiva (UE) 2024/3019 sobre el tratamiento de las aguas residuales urbanas. Esta normativa marca un hito, ya que actualiza leyes que tenían más de tres décadas para adaptarse a los nuevos desafíos ambientales, como los microcontaminantes y la resistencia antimicrobiana.

La nueva ley reconoce que las depuradoras convencionales no fueron diseñadas para eliminar estas partículas diminutas ni la carga genética que transportan. Por ello, introduce la obligatoriedad de implementar tratamientos más avanzados y rigurosos de forma progresiva hasta el año 2045.




Leer más:
¿Estamos bebiendo plásticos?


La tecnología de membranas: el escudo definitivo

En este nuevo escenario legislativo, la tecnología de membranas, y específicamente los biorreactores de membrana (MBR, por sus siglas en inglés), se posiciona como la herramienta clave para cumplir con los estándares de la Unión Europea.

A diferencia de los tratamientos de agua residual convencional, los MBR combinan el tratamiento biológico con una barrera física de filtración muy fina. Las membranas de ultrafiltración poseen poros tan diminutos que pueden interceptar no solo los micronanoplásticos y las bacterias resistentes, sino incluso fragmentos de ADN libre que contienen genes de resistencia.




Leer más:
Los antibióticos están llegando a nuestros grifos: ¿podemos evitarlo?


En nuestro estudio, publicado en la revista científica Separation and Purification Technology, hemos evaluado la capacidad de los sistemas MBR para eliminar mezclas complejas de micro y nanoplásticos, con resultados que confirman su alta eficacia. Estos sistemas han demostrado ser capaces de eliminar hasta el 99,99 % de estas partículas, reduciendo los microplásticos a niveles prácticamente indetectables y dejando los nanoplásticos (mucho más pequeños y difíciles de retener) únicamente en trazas mínimas, detectadas tras la aplicación de metodologías analíticas altamente específicas.

Además, hemos comprobado la resiliencia del sistema. La acumulación prolongada de estos plásticos no afectó al rendimiento biológico, manteniéndose una eliminación eficaz de materia orgánica y otros contaminantes. De hecho, la presencia de partículas de mayor tamaño puede incluso mitigar el ensuciamiento de las membranas mediante un efecto de limpieza física. Estos hallazgos se están haciendo dentro del marco del proyecto nacional EMERGING.

En conjunto, estos resultados demuestran que los sistemas MBR son más eficaces que los procesos convencionales para eliminar este tipo de contaminantes invisibles, con reducciones más drásticas de contaminantes biológicos que garantizan una salida de agua de mayor calidad. Al actuar como una barrera efectiva, las membranas interrumpen el ciclo de dispersión de la plastisfera y evitan la propagación de vectores de resistencia al medio ambiente.

Esta tecnología contribuye así a la protección de los recursos hídricos, lo que la convierte en una solución clave para la reutilización del agua en un contexto de creciente escasez hídrica.

The Conversation

Serena Molina Martínez recibe fondos del proyecto EMERGING (PID2022-143233OB-I00 financiado por MICIU/AEI /10.13039/501100011033 y por FEDER, UE). Ella trabaja para el instituto IMDEA Agua.

Junkal Landaburu Aguirre recibe fondos del proyecto EMERGING (PID2022-143233OB-I00 financiado por MICIU/AEI /10.13039/501100011033 y por FEDER, UE). Ella trabaja para el instituto IMDEA Agua.

ref. Atrapar lo invisible: la tecnología que puede eliminar del agua microplásticos y superbacterias viajeras – https://theconversation.com/atrapar-lo-invisible-la-tecnologia-que-puede-eliminar-del-agua-microplasticos-y-superbacterias-viajeras-282914

¿Por qué seguimos celebrando la noche de San Juan? Una fiesta entre la tradición, la fe y la magia

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Anna Peirats, Catedrática de Humanidades, Universidad Católica de Valencia

_La fiesta de San Juan_, de Jules Breton. Museo de Arte de Filadelfia/Wikimedia Commons

En la noche de San Juan convergen el ciclo solar, la celebración cristiana, los saberes de la medicina popular y un amplio conjunto de creencias y prácticas mágicas. Tal vez esta mezcla sea la que hace que siga viva en la actualidad.

La fecha no es casual. En torno al 21 de junio tiene lugar el solsticio de verano, cuando la luz alcanza su plenitud en el hemisferio norte. Desde ese instante los días comienzan a menguar.

El cristianismo incorporó esa fecha a su calendario al celebrar la natividad de san Juan Bautista el 24 de junio, seis meses antes de la Navidad. En el Evangelio de Juan, el Bautista afirma: “Conviene que él crezca y que yo disminuya”. San Agustín interpretó estas palabras en clave cósmica: Juan nace cuando la luz empieza a decrecer; Cristo, cuando los días vuelven a crecer.

La significación cristiana de la fecha no borró antiguas celebraciones estacionales ligadas a la luz, el fuego y la renovación de la naturaleza. Su huella puede rastrearse incluso en algunos motetes polifónicos del siglo XIII dedicados a san Juan Bautista, donde aparecen referencias a hogueras y fiestas comunitarias.

El liturgista parisino Jean Beleth describía ya en el siglo XII los fuegos de la víspera, mientras diversos sínodos condenaban supersticiones asociadas a esa misma noche.

Fuego y agua: la materia del rito

El fuego ocupó durante generaciones el centro de la fiesta. En torno a la hoguera se reunían familias y comunidades para afrontar la incertidumbre del año que comenzaba. Quemar y saltar las llamas significaba dejar atrás el mal.

Por eso los fuegos solsticiales han perdurado con tanta intensidad. En los Pirineos, estas fiestas, reconocidas por la UNESCO como Patrimonio Cultural Inmaterial de la Humanidad, conservan una imagen poderosa: la llama desciende desde la montaña hasta el corazón de la comunidad. En Alicante, las Hogueras de San Juan transforman esa herencia en una de las grandes fiestas del fuego del Mediterráneo.

Una hoguera en el centro de un pueblo rodeada de gente.
Las Fallas de Isil de San Juan, en el Pirineo catalán, son conocidas por el descenso de troncos encendidos por la montaña hasta el centro del pueblo.
Roc Garcia-Elias Cos/Wikimedia Commons, CC BY-SA

El agua constituye el otro gran símbolo de la noche, ya que podía sanar, proteger y renovar. Tampoco resulta casual que estas creencias quedaran vinculadas a Juan el Bautista, que bautizó a Cristo en el río Jordán y convirtió el agua en uno de los grandes símbolos de purificación del cristianismo.

Numerosas tradiciones atribuyeron a la madrugada de San Juan virtudes curativas, capacidad para favorecer la fertilidad o alejar el mal. En algunas zonas gallegas pervive el llamado rito de las nueve olas: las mujeres que deseaban concebir recibían sobre el cuerpo nueve embates del agua en la playa, convencidas de que este rito favorecía la maternidad.

Hierbas, curanderas y saber doméstico

Ningún aspecto refleja mejor la unión entre naturaleza y creencia que las hierbas. Se pensaba que determinadas plantas alcanzaban en esa madrugada su máxima eficacia. La hora de la recolección resultaba decisiva: debían cortarse antes de la salida del sol o permanecer toda la noche al sereno.

Ilustración en color de una hierba con sus diferentes partes.
Ilustración de la hierba de San Juan (Hypericum perforatum).
Otto Wilhelm Thomé

La verbena, la artemisa, la ruda, el romero, el hinojo, el saúco, el malvavisco y el nogal aparecen en distintas tradiciones como plantas protectoras. Entre todas ellas destaca el hipérico, conocido precisamente como hierba de San Juan. Sus flores amarillas evocan el sol, mientras que el tono rojizo que desprenden al ser presionadas favorece la asociación simbólica con la sangre del Bautista.

En la Edad Media se atribuyó al hipérico la capacidad para combatir maleficios y enfermedades. Por este motivo recibió el nombre de fuga daemonum, “huida de los demonios” y se colgaba en puertas, ventanas y establos como medida de amparo frente a fuerzas consideradas malignas.

En este contexto adquieren especial relevancia las curanderas y las ensalmadoras. Su saber reunía experiencia práctica, conocimiento de plantas, fórmulas religiosas y calendarios rituales. San Juan era una fecha privilegiada para que estas mujeres actuaran en beneficio de la comunidad.

Amor, brujería y literatura de la noche

Junto a la salud y la preservación del hogar, el amor también era protagonista.

Las llamadas “suertes de San Juan”, pequeños rituales de adivinación muy populares en la Europa tradicional, ocupaban un lugar destacado entre las prácticas de esa noche. Una clara de huevo vertida en un vaso de agua podía formar al amanecer figuras interpretadas como presagios del porvenir.

También se podían colocar papeles con nombres bajo la almohada para intentar descubrir la identidad del futuro enamorado. Las velas, espejos o recipientes de agua permitían formular preguntas sobre el destino sentimental.

Junto a estas prácticas existía una magia más activa. Los filtros amorosos, los nudos y los amarres pretendían atraer a la persona deseada, recuperar una relación perdida o favorecer una unión.

La vinculación de la noche de San Juan con la brujería era evidente. Se creía que a medianoche lo oculto podía manifestarse con mayor facilidad y determinadas acciones adquirían una eficacia extraordinaria.

A finales de la Edad Media, tratados como el Malleus Maleficarum, el más influyente manual europeo de persecución de la brujería, reforzaron la identificación entre determinadas prácticas populares y la figura de la bruja. Sin embargo, muchas de las acciones asociadas a la noche de San Juan pertenecían al ámbito de la religiosidad popular, la medicina doméstica y las creencias transmitidas dentro de las comunidades rurales.

La literatura conservó con especial intensidad esta tradición. En el romancero, la mañana de San Juan aparece como un momento propicio para la irrupción de lo extraordinario. Shakespeare transformó ese imaginario en hadas, bosques encantados y filtros amorosos en El sueño de una noche de verano. En ambos casos, la fecha funciona como un umbral narrativo: durante San Juan, el orden cotidiano parece perder consistencia y lo imposible se vuelve verosímil.

Una noche que todavía cambia

La vitalidad de esta fiesta sigue manifestándose a nivel mundial. Conviven celebraciones tan diversas como el Midsommar escandinavo, centrado en la celebración del solsticio, con las fiestas juninas de Brasil, que han trasladado al otro lado del Atlántico buena parte del imaginario sanjuanero.

Pintura de gente celebrando la noche de San Juan en una colina cerca de un pueblecito.
El Midsommar según Edvard Munch.
Munch Museum/Wikimedia Commons

Las tradiciones eslavas de Iván Kupala, equivalente oriental de la noche de San Juan, conservan uno de los símbolos más bellos de esta celebración. Según la leyenda, la flor del helecho brota una sola vez al año y concede riqueza o sabiduría a quien consigue encontrarla. Pero los helechos no florecen; precisamente por eso la historia resulta tan poderosa. La flor inexistente expresa la promesa más profunda de San Juan: la búsqueda de aquello que se sabe casi inalcanzable.

Cada 23 de junio creemos celebrar la llegada del verano. Sin embargo, bajo las hogueras, los baños nocturnos, las hierbas y los deseos sigue latiendo la convicción de que existen momentos privilegiados del calendario, capaces de poner en contacto el mundo visible con aquello que escapa a nuestra comprensión.

Quizá por eso la noche de San Juan continúa siendo una de las grandes noches simbólicas en todo el mundo.


¿Quiere recibir más artículos como este? Suscríbase a Suplemento Cultural y reciba la actualidad cultural y una selección de los mejores artículos de historia, literatura, cine, arte o música, seleccionados por nuestra editora de Arte + Humanidades Claudia Lorenzo.


The Conversation

Anna Peirats no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿Por qué seguimos celebrando la noche de San Juan? Una fiesta entre la tradición, la fe y la magia – https://theconversation.com/por-que-seguimos-celebrando-la-noche-de-san-juan-una-fiesta-entre-la-tradicion-la-fe-y-la-magia-284903

Los neandertales utilizaban dientes de rinoceronte para tallar la piedra

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Juan Marín Hernando, Prehistoria, Evolución Humana, Zooarqueología, Tafonomía, UNED – Universidad Nacional de Educación a Distancia

Arte de la cueva de Chauvet representando a un rinoceronte lanudo. Wikimedia Commons., CC BY

A diferencia de otras especies de megafauna, como el mamut, el papel del rinoceronte en las estrategias de subsistencia de los grupos humanos prehistóricos y las relaciones que mantuvieron con estos animales a lo largo del Paleolítico siguen siendo poco conocidos. No solo servían como fuente de alimento: también eran personajes representados en el arte rupestre, como las famosas pinturas de la cueva de Chauvet (Ardèche, Francia), de hace más de 30 000 años.

Pinturas en la cueva de Chauvet, Francia.
Wikimedia Commons., CC BY

El descubrimiento reciente de marcas inusuales en dientes de rinoceronte procedentes del yacimiento paleolítico de Payre, en el valle del Ródano –datado entre 250 000 y 130 000 años atrás–, planteó una pregunta intrigante: ¿podrían estas huellas ser el resultado de una actividad humana intencionada?

El uso de huesos de grandes herbívoros como herramientas para retocar y afilar utensilios de piedra está bien documentado en Europa desde las primeras fases del Paleolítico. Los dientes de rinoceronte también son restos comunes en yacimientos paleolíticos de Europa y Asia, pero pocos estudios habían sugerido, hasta ahora, que grupos humanos prehistóricos pudieran haberlos recolectado y utilizado deliberadamente.

Ubicación de los yacimientos arqueológicos y paleontológicos estudiados en este trabajo. Mapa creado con QGIS 3.40.6, datos del mapa base ESRI (Environmental Systems Research Institute).
Sanz-Royo et al., 2026.

Fracturas y marcas inusuales

Hace más de 200 000 años, en yacimientos como Payre, en el sureste de Francia, y Panxian Dadong, en China, los arqueólogos recuperaron cientos de dientes de rinoceronte, algunos de ellos con fracturas recurrentes y marcas superficiales no convencionales.

Estas observaciones impulsaron la investigación del proyecto RINO para indagar si más dientes de rinoceronte se habían utilizado como herramientas en otros conjuntos ricos en esta clase de restos del mismo período en toda Europa. ¿Podría esto representar un comportamiento neandertal hasta ahora desconocido?

Estamos ante la primera investigación interdisciplinaria exhaustiva sobre el tema, que combina el análisis de restos fósiles con experimentos arqueológicos realizados en dientes de rinoceronte modernos. Esto ofrece una oportunidad única para comparar las huellas producidas experimentalmente hoy con las conservadas en el registro arqueológico.

Planteamiento de la investigación

Como parte del proyecto RINO, revisamos doce yacimientos arqueológicos en función de su contexto, de las evidencias de actividad humana y de la abundancia de dientes de rinoceronte presentes en sus conjuntos faunísticos. En dos de ellos, encontramos dientes modificados de rinoceronte: en la cueva de El Castillo (España) y en Pech-de-l’Azé II (Francia).

En estos yacimientos del Paleolítico medio se analizaron un total de 281 dientes pertenecientes al rinoceronte de estepa –[Stephanorhinus hemitoechus]–(https://en.wikipedia.org/wiki/Narrow-nosed_rhinoceros) y al rinoceronte de MerckStephanorhinus kirchbergensis–. Esta última especie representa el mayor rinoceronte fósil conocido en Europa para este período.

Ilustración del Stephanorhinus hemitoechus, que vivió en el Pleistoceno europeo.
Wikimedia Commons., CC BY

Con el fin de establecer un marco comparativo que permitiera distinguir las alteraciones naturales de las modificaciones potencialmente realizadas por los seres humanos, también se incluyeron restos dentales procedentes de yacimientos arqueo-paleontológicos de Europa occidental y colecciones osteológicas de rinocerontes modernos.

En total, examinamos 168 dientes de rinoceronte procedentes de cuatro yacimientos arqueo-paleontológicos del Pleistoceno: Wasserbillig (Luxemburgo), Oetrange (Luxemburgo), Cova del Rinoceront (España) y Les Plumettes (Saône-et-Loire, Francia). Además, se analizaron 236 dientes procedentes de la colección comparativa conservada en la Galería de Anatomía Comparada del Museo Nacional de Historia Natural (MNHN) de París.

Se realizaron, asimismo, análisis de microdesgaste dental en dientes fósiles de rinoceronte con el objetivo de determinar si las marcas observadas podían ser el resultado de la masticación y de las actividades normales de alimentación, y no de la intervención humana.

Científicos ensayando con dientes actuales

Un componente fundamental del proyecto estuvo dedicado a la arqueología experimental. Mediante el uso de molares y premolares de rinoceronte como herramientas de percusión en experimentos controlados realizados por arqueólogos experimentados, el equipo de investigación buscó crear una colección de referencia exhaustiva de huellas producidas experimentalmente e identificar las posibles funciones y la comodidad de uso de estas herramientas.

Ejemplo de las actividades realizadas en los experimentos arqueológicos y los productos asociados. A–C: actividades percusivas reproducidas en este trabajo: A) retoque de cuarzo; B) talla de sílex; C) diente como yunque con lasca de cuarzo. D–E: Materiales líticos utilizados en este trabajo: D) lasca de sílex retocada con un diente de rinoceronte y lascas de retoque; E) lasca de cuarzo retocada con un diente de rinoceronte.
Sanz-Royo et al., 2026.

El programa experimental se llevó a cabo con 18 dientes de rinoceronte moderno. Estos se utilizaron en actividades de percusión, que incluyeron el retoque, la talla y el uso como yunque sobre útiles líticos de cuarzo y sílex. El objetivo era documentar las huellas producidas por la acción humana y compararlas con las observadas en el registro arqueológico.

Voluntarios forzosos, al dentista del zoo

Uno de los mayores desafíos para hacerlo fue obtener dientes de rinoceronte moderno para los experimentos. Tras una búsqueda exhaustiva y con la ayuda de Alexis Lécu (veterinario del MNHN), tres parques zoológicos aceptaron proporcionar dientes: Peaugres Zoo (Ardèche), Sigean African Reserve (Aude) y Montpellier Zoo (Hérault).

Además, se desarrollaron una serie de experimentos –en el Laboratorio de Tafonomía de Madrid (laboratorio LeaT)– destinados a reproducir en el laboratorio procesos naturales, como la abrasión y la compactación sedimentaria, a los que los dientes pueden verse sometidos durante su fosilización.

Los resultados revelaron que las marcas identificadas en El Castillo y Pech-de-l’Azé II eran similares a las producidas durante las experimentaciones arqueológicas. Además, el análisis de microdesgaste confirmó que estas huellas se formaron después de la muerte de los animales, ya que no se detectaron señales de alimentación en las marcas.

Uso de dientes como herramientas de percusión

Por lo tanto, podemos concluir que las huellas identificadas en dientes de rinoceronte procedentes de El Castillo y Pech-de-l’Azé II son producto de la actividad humana. Los dientes habrían sido utilizados por los neandertales como herramientas de percusión en la fabricación de útiles líticos (sílex y cuarzo).

Sus características morfológicas –tamaño, peso, facilidad de manipulación, superficie oclusal plana y resistencia a la fractura– podrían haberlos hecho especialmente adecuados para usos técnicos.

Por otra parte, a partir del grado de desgaste observado en los dientes, parece que los neandertales mostraban preferencia por los de rinocerontes de mayor edad. Es posible sus superficies dentales más planas podrían haberlos hecho más adecuados como herramientas. Además, se pudieron centrar en individuos más viejos porque podían ser presas más fáciles o porque accedían a ellos una vez muertos, como carroñeros.

Incógnitas por resolver

Este estudio amplía nuestra comprensión del comportamiento neandertal, sus decisiones técnicas y la diversidad de materias primas que recolectaban y utilizaban, al tiempo que aporta nuevas evidencias sobre la explotación de recursos animales. Pero, simultáneamente, el descubrimiento también plantea numerosas cuestiones nuevas que, por el momento, siguen sin resolverse.

¿Qué aporta este descubrimiento a nuestra comprensión de los neandertales y su relación con su entorno? ¿Cuáles fueron sus estrategias de obtención (caza, carroñeo, captura) y explotación del rinoceronte? ¿Fueron las mismas para todas las especies de rinocerontes que había en estos periodos en Europa? ¿Influyeron sus características morfológicas, conductuales y ecológicas, así como su disponibilidad en los distintos hábitats, en estos comportamientos?

En la actualidad, tampoco está claro si se trató de un comportamiento general o específico de los grupos neandertales del oeste de Europa.

Consideramos poco probable que el uso de dientes de rinoceronte como materia prima fuera un comportamiento limitado en el tiempo y en el espacio. Este descubrimiento abre nuevas perspectivas sobre la amplitud, la función y la posible dimensión simbólica de esta práctica. Por esta razón, se continuará con una revisión general de los restos dentales de rinoceronte procedentes de diferentes yacimientos paleolíticos a la luz de estas nuevas observaciones.

The Conversation

Queremos agradecer al proyecto RINO (Universidad de la Sorbona y Museo Nacional de Historia Natural) y al IRN TaphEN (CNRS) por su apoyo financiero. También estamos agradecidos a todas las personas que nos concedieron acceso a colecciones arqueológicas y paleontológicas, así como a los laboratorios que nos acogieron. Finalmente, expresamos nuestro sincero agradecimiento a los zoológicos de Peaugres, Sigean y Montpellier (Francia) por proporcionar los dientes de rinoceronte utilizados en los experimentos, con un agradecimiento especial a Alexis Lécu, veterinario del MNHN, por su inestimable ayuda en esta investigación.

Alicia Sanz Royo recibe fondos de Sorbonne Université, Muséum national d’Histoire naturelle, IRN Taphen (CNRS), y la Universidad de Aberdeen.

ref. Los neandertales utilizaban dientes de rinoceronte para tallar la piedra – https://theconversation.com/los-neandertales-utilizaban-dientes-de-rinoceronte-para-tallar-la-piedra-284969