L’économie canadienne fait face à des défis majeurs, et les peuples autochtones offrent des solutions

Source: The Conversation – in French – By Mylon Ollila, PhD Student in Indigenous Economic Policy, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT)

Le Canada est confronté à des difficultés économiques en raison des changements géopolitiques, dont une guerre commerciale avec les États-Unis, son plus proche partenaire économique.

Les décideurs politiques cherchent de nouvelles sources durables de développement économique, mais en négligent une qui existe déjà : l’économie autochtone émergente. Elle pourrait stimuler l’économie canadienne de plus de 60 milliards de dollars par an.

Toutefois, les peuples autochtones sont encore largement considérés comme un fardeau économique à gérer plutôt que comme une opportunité de croissance. Il est temps de changer les mentalités. Pour cela, le gouvernement fédéral doit supprimer les obstacles économiques injustes et investir dans la réduction des écarts d’emploi et de revenu.

Le futur du Canada dépend des Peuples autochtones

La croissance économique devrait ralentir au cours des prochaines années dans les pays développés, et le Canada aura le PIB le plus faible des 38 pays de l’OCDE d’ici 2060. Avec le ralentissement de la croissance, le niveau de vie baissera et les gouvernements seront confrontés à une pression budgétaire accrue.

Ce défi est aggravé par le vieillissement de la population active. Le nombre de personnes âgées de 65 ans et plus augmente six fois plus vite que celui des enfants de 14 ans et moins, qui entreront sur le marché du travail dans les années à venir. Cette évolution démographique exerce une pression supplémentaire sur les retraites, le système de santé et l’économie.

Mais ces sombres prévisions négligent souvent l’un des avantages comparatifs du Canada : une population autochtone jeune, qui croît à un rythme supérieur à celui de la population non autochtone. Or, bien que les Peuples autochtones représentent 5 % de la population canadienne, ils ne contribuent qu’à hauteur de 2,4 % au PIB total.

Une vidéo (en anglais) de BNN Bloomberg à propos de l’économie autochtone au Canada.

Si les peuples autochtones pouvaient participer à l’économie au même rythme que les Canadiens non autochtones, leur contribution au PIB pourrait passer d’environ 55 milliards de dollars à bien plus de 100 milliards de dollars par an.

Malgré ce potentiel, le Canada a largement échoué à investir dans les peuples autochtones et à réformer les structures coloniales à l’origine des inégalités.

En dépit de certaines avancées comme la [Loi sur la gestion financière des Premières Nations] qui offre aux communautés des outils pour renforcer leurs économies, les progrès sont encore trop lents.

Les Premières Nations font face à des obstacles économiques

Toute économie comporte deux volets : les avantages économiques et les institutions qui permettent de tirer parti de ces avantages. Certaines institutions réduisent les coûts des activités commerciales et encouragent l’investissement, tandis que d’autres font le contraire. Les investissements se dirigent naturellement vers les endroits qui offrent à la fois des avantages économiques et des coûts d’exploitation faibles.

Au Canada, les droits de propriété bien établis réduisent les coûts d’exploitation des entreprises et favorisent leur financement. Un régime fiscal efficace assure la prévisibilité et permet aux gouvernements d’offrir des services. Les infrastructures adaptées aux besoins des entreprises réduisent les coûts logistiques. Toutes ces institutions contribuent au développement économique du Canada.

En revanche, les communautés des Premières Nations sont limitées par les institutions canadiennes. La Loi sur les Indiens limite l’autorité des Premières Nations sur leurs propres affaires, les excluant des mécanismes financiers traditionnels. Le flou juridique quant à la répartition des compétences entre les gouvernements fédéral, provinciaux et autochtones et la faiblesse des droits de propriété découragent les investissements commerciaux.

En raison de leurs pouvoirs limités, notamment sur le plan financier, les gouvernements des Premières Nations ne peuvent offrir des services conformes aux normes nationales et doivent compter sur d’autres gouvernements.

Ces problèmes sont aggravés par la nature fragmentée, insuffisante et culturellement inadaptée des systèmes de soutien fédéraux. Les Premières Nations ont des avantages économiques et un esprit entrepreneurial, mais elles sont confrontées à des obstacles économiques injustes, tels que des infrastructures inadéquates, un accès limité au capital et des obstacles administratifs.

Il est essentiel d’investir dans les économies autochtones

En 1997, la Banque Royale du Canada prédisait que le fait de ne pas investir dans les peuples autochtones creuserait le fossé socio-économique. Comme prévu, c’est ce qui s’est produit.

Le Canada a toujours choisi de gérer la pauvreté plutôt que d’investir dans la croissance. Alors que l’aide financière aux peuples autochtones a plus que doublé au cours de la dernière décennie, cela n’a abouti qu’à une modeste amélioration du niveau de vie.

Le Projet Feuille de route, une initiative nationale menée par le Conseil de gestion financière des Premières Nations et d’autres organisations autochtones, propose une voie vers la réconciliation économique. Investir dans l’économie autochtone signifie soutenir la formation des Autochtones, donner accès au capital aux organisations autochtones et réformer les institutions qui continuent d’imposer des obstacles systémiques.

L’éducation est un des moyens les plus efficaces de réduire la pauvreté, d’améliorer la santé et de stimuler le développement économique. Le gouvernement fédéral devrait donc soutenir des programmes de formation conçus pour répondre aux besoins des Peuples autochtones.

L’apprentissage en ligne pourrait aider les communautés isolées à atteindre leurs objectifs éducatifs, mais son succès dépend de investissements importants dans l’accès à Internet haut débit, qui fait encore défaut dans de nombreuses régions.

Les organisations autochtones sont les mieux placées pour comprendre et répondre aux besoins locaux en matière de formation. C’est pourquoi le contrôle des transferts de revenus et la conception des programmes par les Autochtones doivent être au cœur de tout investissement futur dans l’éducation. Pour ce faire, le gouvernement fédéral devrait établir des partenariats avec les établissements d’enseignement autochtones afin de définir des objectifs et des valeurs en commun.

Financer et soutenir la croissance autochtone

Les peuples autochtones créent neuf fois plus d’entreprises que la moyenne canadienne, mais ne reçoivent que 0,2 % du crédit disponible. La plupart des entreprises autochtones sont de petite taille et ne peuvent croître sans options de financement viables.

Pourtant, les entrepreneurs et les gouvernements autochtones ont du mal à obtenir des prêts et du soutien financier.

À l’échelle internationale, les banques de développement ont été utilisées pour combler les lacunes en matière de crédit lorsque le secteur privé n’était pas en mesure de répondre aux besoins des économies émergentes.

Au Canada, le Conseil de gestion financière des Premières Nations et d’autres organisations autochtones réclament une solution similaire : la création d’une organisation financière de développement autochtone. En accordant des prêts aux gouvernements et aux entreprises autochtones, cette organisation financière pourrait combler le fossé entre les marchés financiers et l’économie autochtone.

Si les investissements dans le renforcement des capacités et le financement du développement sont des besoins urgents, seuls le démantèlement des barrières économiques et un meilleur accès à des institutions efficaces peuvent garantir le développement des peuples autochtones.

Des lois telles que la Loi sur la gestion financière des Premières Nations et la Loi sur l’accord-cadre relatif à la gestion des terres des Premières Nations soutiennent les économies autochtones par le biais de la fiscalité, de la budgétisation, des codes fonciers et des lois financières. Elles offrent une voie entre la Loi sur les Indiens et l’autonomie gouvernementale, sans devoir attendre la fin de longues négociations.

Plus fort ensemble

L’avenir économique du Canada restera incertain si l’on continue de privilégier des solutions à court terme tout en ignorant le potentiel de croissance de l’économie autochtone. Il ne suffit plus d’améliorer le statu quo.

Le gouvernement fédéral doit soutenir les initiatives menées par les Autochtones, comme le Projet Feuille de route, afin de favoriser une croissance et une prospérité partagées par les peuples autochtones et tous les Canadiens. Des investissements sont nécessaires pour réduire les écarts en matière d’emploi et de revenus grâce à de nouvelles mesures de soutien aux capacités, à l’accès au capital et à la réforme institutionnelle.

La Conversation Canada

Mylon Ollila travaille pour le Conseil de gestion financière des Premières Nations.

Hugo Asselin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’économie canadienne fait face à des défis majeurs, et les peuples autochtones offrent des solutions – https://theconversation.com/leconomie-canadienne-fait-face-a-des-defis-majeurs-et-les-peuples-autochtones-offrent-des-solutions-261710

Attaques coordonnées dans l’Ouest du Mali : une nouvelle phase dans l’expansion du djihadisme ?

Source: The Conversation – in French – By Mady Ibrahim Kanté, Lecturer-researcher, Université des sciences juridiques et politiques de Bamako

Le 1er juillet 2025, la région de Kayes, l’ouest du Mali – longtemps considérée comme une zone relativement épargnée par l’insécurité – a été la cible d’une série d’attaques coordonnées d’une ampleur inédite. Le groupe terroriste Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), affilié à Al-Qaïda, a simultanément attaqué plusieurs localités et infrastructures sécuritaires.

La résidence du gouverneur de Kayes, le camp de la brigade militaire, le commissariat du 2ᵉ arrondissement, ainsi que des postes frontaliers de Diboli (vers le Sénégal) et de Gogui (vers la Mauritanie) ont été visés. Une autre attaque a été menée à Sandaré, à 150 km de Kayes.

En tant que chercheurs sur les questions de dynamiques sécuritaires et les stratégies antiterroristes en Afrique de l’Ouest, nous voyons dans ces attaques un tournant préoccupant. Elles révèlent une nouvelle stratégie alarmante dans le déploiement géographique des groupes armés non-étatiques au Mali.

C’est un moment clé dans l’évolution de la lutte armée au Sahel. Les cibles visées sont hautement stratégiques. Cela témoigne d’une sophistication croissante des méthodes, à la fois, dans les ambitions et les capacités opérationnelles de ces groupes. Jusque-là, on n’avait pas vu une telle précision dans la coordination des attaques.

Les motivations derrière ces attaques

L’attaque du 1er juillet doit être analysée comme une opération hautement stratégique, répondant à plusieurs objectifs pour le Jama’a Nusrat ul-Islam wa al-Muslimin (JNIM). Premièrement, le JNIM, historiquement actif dans le nord et le centre du Mali, cherche désormais à étendre son emprise vers les régions frontalières du Sénégal et de la Mauritanie. Cette projection territoriale vise à exploiter les failles sécuritaires et la marginalisation socio-économique dans ces zones.

Cette stratégie d’extension progressive vers de nouveaux territoires est une constante du mode opératoire du JNIM depuis 2019. Désormais, le groupe concentre ses attaques sur les zones forestières sahéliennes, les centres urbains et les régions côtières.

Deuxièmement, l’attaque simultanée de plusieurs installations militaires et administratives à Kayes et Nioro du Sahel a sans doute été conçue pour évaluer les capacités opérationnelles et la coordination des forces armées maliennes (FAMa) dans une région jusque-là considérée comme plus stable.

Enfin, en frappant un centre régional symbolique comme la ville de Kayes, le groupe envoie un message fort : aucun territoire n’est hors de sa portée au Mali. Cette démonstration de force vise également à attirer de nouveaux combattants et à intimider tant les autorités que les populations.




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Des répercussions immédiates et durables

Cette offensive pourrait avoir des répercussions multiples, tant sur les plans sécuritaire, politique que humanitaire.

D’abord, la désorganisation des services étatiques : l’attaque contre la résidence du gouverneur, les camps militaires et le commissariat a provoqué la paralysie temporaire des institutions locales, semant un climat de peur parmi la population.

Ensuite, un affaiblissement de la confiance des populations envers l’État. D’après les témoignages recueillis sur place le jour des attaques, de nombreux habitants ont fui vers des villages voisins. Les transporteurs, qui assurent habituellement les liaisons entre la ville de Kayes et les zones rurales, ont rebroussé chemin par crainte de nouvelles violences. L’insécurité grandissante alimente un climat de peur et de tension.

Puis, le risque d’un effet domino sur les régions voisines. Cette attaque pourrait inspirer d’autres opérations menées par des groupes armés non étatiques dans les zones frontalières, notamment vers le sud de la Mauritanie et le sud-est du Sénégal. Ce qui pourrait accélérer la régionalisation du conflit malien.

Enfin, il y a non seulement une volonté manifeste d’étendre l’insécurité au-delà des frontières maliennes et d’impacter psychologiquement les populations en les poussant à prendre le chemin de l’exil, mais aussi de saper la confiance que ces mêmes populations accordent aux autorités frontalières.

De fait, l’attaque de Diboli a mis sur le qui-vive les hautes autorités sénégalaises et mauritaniennes qui ont déjà renforcé la surveillance militaire aux frontières et dans les autres régions qu’elles considèrent comme névralgiques.

Des capacités de riposte limitées

Malgré une réponse rapide des Forces armées maliennes (FAMa), notamment lors de l’attaque du 1er juillet 2025 où plus de 80 terroristes auraient été neutralisés, la situation sécuritaire demeure préoccupante. Les capacités militaires du pays restent limitées en termes d’effectifs, de mobilité et de ressources technologiques dans cette région montagneuse et forestière.

En outre, la région de Kayes, jusque-là peu militarisée, souffre d’un important déficit de renseignement, en particulier dans les zones rurales où les populations hésitent à signaler la présence de membres du JNIM, par crainte de représailles.
À cela s’ajoute la présence des groupes terroristes dans plusieurs régions du pays. Avec les groupes rebelles au nord du pays, les Forces de défense et de sécurité font face à plusieurs fronts.

Plus globalement, le Mali traverse une période politique instable, marquée par des transitions politiques répétées depuis 2020. Cette instabilité entrave la mise en œuvre de réformes structurelles nécessaires à une lutte efficace contre le terrorisme et limite la capacité de mobilisation nationale autour des enjeux sécuritaires.

Les mesures d’urgence et structurelles à prendre

À long terme, des mesures structurelles telles que le développement de la jeunesse, la coopération régionale et le dialogue sur la gouvernance sont essentielles pour assurer une stabilisation durable. Le changement climatique, l’insécurité alimentaire, le retour au soutien de l’état à travers la sensibilisation des populations sont des initiatives qu’il faudrait aussi associer dans les mesures d’urgence et structurelles à prendre immédiatement.

La coopération militaire tripartite (Mali-Sénégal-Mauritanie) devrait être renforcée avec des activités opérationnelles planifiées, comme en février 2025, des patrouilles mixtes transfrontalières et des actions civilo-militaires avec une collaboration étroite des populations locales.

Suivant les recommandations du Groupe d’action financière (GAFI), il faudrait également renforcer dans la sous-région ouest-africaine les lois contre le terrorisme et la criminalité. Pour ce faire, il faut davantage cibler les réseaux de financement du terrorisme en mettant en place des cadres juridiques spécifiques aux contextes sahéliens capables de couper à la source ces types de financements.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Attaques coordonnées dans l’Ouest du Mali : une nouvelle phase dans l’expansion du djihadisme ? – https://theconversation.com/attaques-coordonnees-dans-louest-du-mali-une-nouvelle-phase-dans-lexpansion-du-djihadisme-261533

ChatGPT pose-t-il un risque pour l’apprentissage et la créativité ? Une étude apporte des nuances

Source: The Conversation – in French – By Alexandre Marois, Professeur adjoint en psychologie cognitive appliquée, Université Laval

L’intelligence artificielle (IA) défraie les manchettes depuis que ChatGPT est devenu accessible au grand public en novembre 2022. La tendance ne s’est pas démentie cet été :

  • « Sommes-nous d’accord pour devenir plus idiots ? »

  • « L’IA homogénéise-t-elle nos pensées ? »

Ces titres aussi accrocheurs qu’inquiétants proviennent respectivement du New York Times et du New Yorker. Les deux articles traitent des résultats d’une récente étude en prépublication, tenue par une équipe du MIT.

Les opinions concernant les bénéfices et les risques de l’IA pour notre capacité à réfléchir, à mémoriser et à apprendre sont très partagées. La psychologie cognitive et la recherche scientifique sur l’utilisation de l’IA permettent de jeter un regard éclairé sur ces différents mécanismes et de contribuer au débat entourant les effets de ChatGPT, et plus largement de l’IA, sur l’humain.

Une étude coup de poing du MIT

Dans cette étude du MIT, 54 personnes ont été invitées à prendre part à une tâche d’écriture d’essais sur une variété de sujets (p. ex. « Devrait-on toujours penser avant d’agir ? »).

Aléatoirement, chaque personne était assignée à une des trois conditions : 1) avec soutien de ChatGPT; 2) avec soutien seul de l’Internet; ou 3) sans aucune aide pour écrire les essais. Chaque personne devait compléter trois essais puis, si désiré, un quatrième, mais à l’aide d’une technique différente (p. ex., passer du soutien de ChatGPT à une absence d’aide). Simultanément, l’activité cérébrale des individus était mesurée.

Les résultats rapportés suggèrent que le cerveau des individus soutenus par ChatGPT était moins actif dans plusieurs régions clés liées à la créativité, à l’effort cognitif, à l’attention et à la mémoire.




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Également, l’équipe de recherche rapporte que les individus assignés à ce groupe étaient moins en mesure de citer des passages de leurs essais une fois l’expérience terminée et que leurs textes possédaient moins de profondeur que ceux produits par les membres des autres groupes.

Enfin, les personnes passant du groupe ChatGPT à une autre condition lors du quatrième essai présentaient un patron d’activité cérébrale similaire à celui observé lors de leurs essais précédents. Cependant, ce patron serait inadapté à la nouvelle stratégie leur ayant été assignée.

Une touche de nuances

À la vue de ces résultats – et malgré l’absence de révision scientifique par les pairs – plusieurs ont rapidement sauté à la conclusion qu’il s’agissait d’une preuve que l’IA et les agents conversationnels comme ChatGPT pouvaient nuire à l’apprentissage et à la créativité humaine.


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De tels discours alarmistes sont fréquents face à l’arrivée de nouvelles technologies, comme illustré dans une chronique menée par l’équipe de l’émission Les années lumière sur Ici Première le 13 juillet 2025.

Qu’en est-il réellement ? Les résultats suggèrent que l’activité cérébrale associée à des fonctions clés pour l’apprentissage comme la mémoire et l’attention est inférieure. Il est cependant normal que cette activité soit inférieure si ces fonctions sont moins mises à contribution.

Par ailleurs, un regard précis sur les résultats montre même que certaines fonctions cérébrales associées au mouvement et en partie à la mémoire et au traitement verbal étaient plus actives pour les individus soutenus par ChatGPT que ceux ayant recours à Internet.

Enfin, l’absence d’analyses statistiques systématiques quant aux difficultés à citer des passages des essais écrits par le groupe soutenu par ChatGPT, combinée au fait que seuls 18 individus ont accepté de revenir pour une quatrième session, représentent d’importantes limites à l’étude.

Les résultats s’avèrent donc peut-être plus nuancés (et moins terrifiants) que présentés.

Une approche différente pour étudier ChatGPT

Parallèlement aux travaux du MIT, notre équipe de l’Université Laval a récemment publié une étude s’intéressant aux effets des agents conversationnels sur l’apprentissage.

Soixante personnes devaient réaliser une tâche de recherche d’informations sur ordinateur afin de répondre à 12 questions à développement à propos de divers sujets de culture générale (p. ex. « Entre 75 et 100 mots, expliquez les principaux défis environnementaux auxquels font face les tortues de mer »).

Chaque personne était assignée aléatoirement à l’une des deux conditions : 1) avec soutien d’un agent conversationnel similaire à ChatGPT; ou 2) avec soutien seul d’Internet. À des fins de réalisme, les personnes soutenues par l’IA avaient la possibilité de contrevérifier sur Internet les informations offertes par l’IA. Des mesures autorapportées de l’effort mental, de familiarité avec l’outil utilisé et des connaissances préalables à chaque sujet abordé étaient également prélevées.

En fin d’expérience, un test de mémoire surprise était présenté au cours duquel chaque personne devait rappeler un élément spécifique aux 12 questions abordées (p. ex. « Nommez une activité humaine nuisible aux tortues de mer »).

Des résultats pas tout à fait alarmants

Les résultats de notre étude montrent que la performance aux questions à développement et aux questions de mémoire présentées en fin d’expérience sont similaires entre les deux conditions.

Cependant, des différences ont été observées quant au niveau de familiarité avec l’outil et quant au niveau d’effort mental perçu. Les individus ayant recours à Internet ont en effet rapporté une plus grande aisance, mais au prix d’un effort plus important. Ces résultats permettent de soutenir l’idée selon laquelle des outils d’IA comme ChatGPT peuvent réduire les efforts déployés pour effectuer certaines tâches.

Cependant, contrairement à ce qui était rapporté par l’équipe du MIT, cette différence d’effort au cours de la tâche n’a mené à aucune différence sur les mesures de mémoire. Fait intéressant, la majorité des individus soutenus par l’IA vérifiait au moins à une reprise les éléments fournis par l’agent conversationnel, contribuant potentiellement à un meilleur engagement dans la tâche et une meilleure mémorisation de l’information.

Dans l’ensemble, nos résultats permettent non seulement de jeter un regard plus nuancé sur les effets des agents conversationnels sur l’apprentissage, mais également de fournir un portrait réaliste de l’utilisation de cette technologie. Dans leur quotidien, les individus sont libres d’utiliser des outils comme ChatGPT, mais également de vérifier ou non les informations fournies, voire d’utiliser un ensemble de stratégies complémentaires.

Une telle approche, plus représentative de la réalité, devrait être préconisée avant de tirer des conclusions hâtives sur les risques potentiels des technologies d’IA. Non seulement cette approche permet une analyse plus nuancée, mais également plus généralisable à la vie de tous les jours. Ces résultats pourraient même motiver les individus à vérifier ce que l’IA fournit comme information.

Rester critique

L’IA nous rendra-t-elle idiot et homogénéisera-t-elle notre façon de penser ?

Un regard éclairé sur l’étude du MIT nous fait voir que l’IA n’est sans doute pas aussi nuisible que certains le laissent croire. Quant aux résultats de notre étude, ils suggèrent que les personnes ayant eu recours à l’IA montrent un apprentissage similaire à celles ne l’ayant pas utilisée, et qu’elles décident même de contrevérifier l’information que l’IA fournit, signe d’une intelligence et d’un engagement important.

Comme pour toute technologie, le fait d’être ou non idiot dépendra de notre façon d’interagir avec l’IA et de notre intérêt à demeurer critiques, curieux et engagés.

La Conversation Canada

Alexandre Marois a reçu des financements du Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie du Canada et du Fonds général de recherche de l’Université Laval.

Gabrielle Boily a reçu du financement du Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie du Canada.

Isabelle Lavallée a reçu du financement du Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie du Canada.

Jonay Ramon Alaman ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. ChatGPT pose-t-il un risque pour l’apprentissage et la créativité ? Une étude apporte des nuances – https://theconversation.com/chatgpt-pose-t-il-un-risque-pour-lapprentissage-et-la-creativite-une-etude-apporte-des-nuances-261132

Comment réinventer l’autoroute du Soleil à l’heure de la transition écologique ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Etienne Faugier, Maître de conférences en histoire, Université Lumière Lyon 2

On l’appelle « autoroute du Soleil », voire « autoroute des vacances ». L’A7, au sud de la France, est un axe touristique emblématique. Retour sur l’histoire de sa construction, indissociable de l’ère des congés payés, et sur les défis environnementaux, sociaux et économiques auxquels elle fait face.


En juillet et août, l’autoroute A7, qui relie Lyon à Marseille, est un axe particulièrement emprunté par les automobilistes, camionneurs, motocyclistes, caravanistes et autres camping-caristes. Habituellement chargée le reste de l’année par les poids lourds, elle fait alors l’objet de chassés-croisés entre juilletistes et aoûtiens.

Il s’agit d’un axe majeur du réseau autoroutier français, qui dit beaucoup de choses sur le passé, le présent et l’avenir de la société française. Sa construction s’inscrit dans un moment bien particulier de l’histoire, et elle fait face aujourd’hui à de nouveaux enjeux environnementaux, économiques et sociaux.

Aux origines des projets d’autoroutes

Les projets autoroutiers remontent au début du XXe siècle. Ils se sont développés avec l’essor de la motorisation dans une volonté d’accélérer les déplacements en séparant les modes de transport motorisés des autres modes. Un premier tronçon d’autoroute est construit aux États-Unis autour de Long Island (dans l’État de New York) en 1907. Mais c’est véritablement de Milan aux lacs de Côme et Majeur (Italie), en 1924, que l’on voit apparaître la première autostrada. Le Reich allemand suivra, en 1935, avec une autoroute de Francfort et Darmstadt (dans le Land de Hesse).

En France, dès les années 1930, des propositions d’autoroute voient le jour et notamment, en 1935, la Société des autostrades françaises (SAF) propose un itinéraire entre Lyon (Rhône) et Saint-Étienne (Loire), abandonné, car non rentable. L’autoroute a pour premier objectif les échanges économiques et commerciaux par camions et automobiles. Des projets d’autoroutes de contournement d’agglomération sont lancés durant les années 1930 dans la région parisienne. Ce n’est véritablement qu’après la Seconde Guerre mondiale qu’un système autoroutier émerge avec la loi de 1955.

L’utilisation de ce réseau à des fins touristiques et récréatives s’accroît au début des années 1960, sous l’impulsion notamment de Georges Pompidou.

Plusieurs éléments y contribuent. D’abord, la possession automobile se démocratise (Renault 4CV en 1946, Citroën 2CV en 1948) et les flottes de camions, camionnettes, motocyclettes augmentent durant la période des Trente Glorieuses. Parallèlement, les Français obtiennent deux semaines de congés payés en 1936, une troisième en 1956, une quatrième en 1969, puis une cinquième en 1982, de quoi partir en vacances.

Les travaux de l’autoroute A7 débutent en 1950 et s’achèvent en 1974 et relient à l’époque le sud de Lyon (Rhône) à Marseille (Bouches-du-Rhône) sur environ 300 km. La construction se fait sous l’autorité de la société d’économie mixte de l’Autoroute de la Vallée du Rhône (SAVR), renommée Autoroutes du sud de la France (ASF) en 1973.

On la qualifie d’« autoroute du Soleil » dès 1974, puisqu’elle emmène les Lyonnais vers la Méditerranée plus rapidement que par la mythique et plus pittoresque route nationale 7, la route des vacances. L’A7 va nourrir l’attrait touristique pour la Côte d’Azur.

Flux autoroutiers et patrimoine

La législation autoroutière permet de se déplacer jusqu’à la vitesse limite de 130 km/h. Plusieurs outils sont progressivement constitués pour gérer, en toute sécurité, les flux autoroutiers.

On peut citer la création en 1966 du Centre national d’information routière (CNIR) de la Gendarmerie à Rosny-sous-Bois et, en 1975, de Bison Futé pour informer sur la circulation routière afin d’éviter les embouteillages et pour proposer les itinéraires bis. Dès 1986, ce sera aussi le minitel avec le 3615 code route, puis dès 1991 la fréquence radio 107.7 avec ses flash-infos, et enfin le site Internet de Bison Futé en 1996 avec désormais toutes applications numériques pour connaître le trafic en temps réel (Waze, Googlemaps…).

La conduite frontale monotone sur autoroute fatigue et peut entraîner des accidents. L’autoroute, c’est aussi des aires pour s’arrêter. Celles-ci se répartissent en deux catégories : les aires de repos, tous les 15 km, avec tables, sanitaires, accès à l’eau et les aires de service, tous les 30-40 km, qui comportent de surcroît une station essence et des commerces. À l’échelle de la France, on dénombre 364 aires de service, 637 aires de repos.

Annonce de l’aire d’autoroute de Montélimar (Drôme) sur l’A7.
BlueBreezeWiki/Wikimedia, CC BY-NC-ND

L’aire de service de Montélimar (Drôme), la plus importante d’Europe (52 hectares) peut aujourd’hui accueillir jusqu’à 60 000 personnes et 40 000 véhicules, et compte entre 180 et 400 employés ! Elle accueille dès 2010 un McDonald’s géré par Autogrill – un des leaders mondiaux de la restauration des voyageurs – et met bien sûr en avant la spécialité locale : le nougat.

Reste que l’autoroute propose à ses usagers un long ruban d’asphalte avec peu d’accès aux patrimoines des territoires traversés. Certaines aires d’autoroute ont entrepris, dès 1965, de les signaler. Ainsi l’aire de service de Saint-Rambert d’Albon (Drôme) intitulée « Isardrôme » (contraction d’Isère, d’Ardèche et de Drôme), expose et vend les produits du terroir – chocolats de la Drôme, fruits de l’Ardèche et de la Drôme, des produits gastronomiques (ravioles de Romans, vins des caves de Chapoutier et Jaboulet, marrons glacés Clément Faugier d’Ardèche, etc.).

Dès 1972, preuve de l’influence du tourisme à cette période, sont également installés les fameux panneaux marron qui indiquent les richesses patrimoniales à proximité de l’autoroute. Jean Widmer, graphiste suisse, s’inspire pour celles-ci des pictogrammes égyptiens.

Dès 2021, de nouveaux dessinateurs sont amenés à retravailler cette signalétique patrimoniale, à travers des images stylisées qui font la promotion des territoires français, récemment mis à l’honneur par une exposition au Musée des Beaux-Arts de Chambéry. Celles-ci permettent aux usagers de l’autoroute d’avoir un « paysage mental » plus élargi du territoire qu’ils parcourent.

Exemple de panneau patrimonial pour autoroute dessiné par Jacques de Loustal.
Jacques de Loustal

Mais le temps, fût-il gagné, c’est de l’argent. Depuis 1961, les autoroutes gérées par des entreprises (Vinci, Eiffage…) sont payantes pour leurs usagers – elles deviennent totalement privées à partir de 2002 en échange de la modernisation et l’entretien des réseaux autoroutiers. Ces concessions arriveront à leur terme durant les années 2030, ce qui pose la question du retour des réseaux autoroutiers dans l’escarcelle de l’État.

L’autoroute du Soleil à l’épreuve de la durabilité

Le principal défi des autoroutes est désormais d’ordre écologique.

En effet, celles-ci affectent la biodiversité : les autoroutes traversent de larges territoires ruraux. Par exemple au col du Grand Bœuf dans la Drôme, à 323 mètres d’altitude, l’autoroute nuit à la faune coupant en deux les écosystèmes.

Pour tenter de pallier les déficiences de l’aménagement du territoire et améliorer la gestion de la biodiversité, un écopont – pont végétalisé aérien – de 15 mètres de large a été construit en 2011 pour permettre la circulation des espèces animales (biches, chevreuils, blaireaux, renards, fouines, etc.). Il a coûté 2,6 millions d’euros.

Aménagement écologique sur l’A7.
Chacal doré photographié sous l’autoroute A7, en novembre 2020.
LPO Provence-Alpes-Côte d’Azur

Plus au sud, au niveau de Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône), il existe des écoducs – passages souterrains destinés à la petite faune. Sous l’A7, les caméras de surveillance ont pris en photo en 2020 plusieurs chacals dorés.

Les autoroutes telles que l’A7 entraînent diverses sortes de pollution : sonore, visuelle, environnementale. Depuis les années 1990, les préoccupations montent quant à la pollution routière et à ses effets.

L’infrastructure qu’est l’autoroute, pour permettre la vitesse, nécessite d’artificialiser une partie importante de l’environnement. De plus en plus de critiques se font jour depuis le début des années 1990 pour contester l’emprise au sol du système motorisé. Cela amène donc davantage de frictions entre les acteurs du territoire lorsqu’il s’agit de construire un échangeur, une portion d’autoroute ou encore une aire de repos ou de service.

Les accidents, mortels ou non, font eux aussi l’objet de multiples médiations. Il faut toutefois avoir conscience qu’ils sont plus nombreux hors autoroutes. En 2022, la mortalité sur autoroute ne représentait que 9 % des tués, contre 59 % sur les routes hors agglomération (nationales, départementales…) et 32 % en agglomération.

Avec l’essor des véhicules électriques et hybrides et la fin programmée des moteurs thermiques, les bornes électriques se multiplient – depuis 2019, sur l’aire d’autoroute de Montélimar évoquée plus haut.

En 2024, on dénombrait sur l’A7 plus de 120 points de recharge, certains ultrarapides, répartis sur neuf aires d’autoroute, dont l’aire Latitude 45 de Pont-de-l’Isère (Drôme), la mieux dotée. Le concessionnaire propose en moyenne 10 bornes de recharge et voudrait arriver à 60 par aire d’autoroute à l’horizon 2035.

Les enjeux de réseau, d’alimentation et d’usage autour de la recharge électrique sont encore à affiner. Cet été, le trafic sur l’A7 peut atteindre 180 000 véhicules/jour avec de nombreux poids lourds, automobiles, caravanes et camping-car. Si on souhaite réduire les émissions de gaz à effet de serre et respecter l’accord de Paris, remplacer tous ces véhicules par de l’électrique ne suffit pas : il faut également en passer par une forme de sobriété et réduire le volume des déplacements.

Entre enjeux économiques et frictions sociales

L’A7 fait enfin l’objet d’enjeux politiques. Entre Chanas (Isère) et Tain-L’Hermitage (Drôme) par exemple, soit le tronçon le plus long entre deux sorties d’autoroute, deux demi-échangeurs à Saint-Rambert d’Albon (en direction de Marseille) et à Saint-Barthélémy-de-Vals (tourné vers Lyon) sont en discussion, et devraient aboutir sur la période 2019-2027.

Ces deux infrastructures doivent mieux desservir le territoire d’un point de vue économique et touristique, après concertation entre la communauté de communes Portes de DrômArdèche, de la région Auvergne-Rhône-Alpes (AURA) et de Vinci Autoroute. Toutefois, des associations environnementales et trois municipalités (Peyrins, Chantemerle, Saint-Bardoux) se sont opposées au projet en mai 2025 dans un souci de durabilité (impact pour la faune et flore, pertes de terrains agricoles) et d’augmentation trop importante du trafic routier sur ce territoire.

L’autoroute des vacances n’intéresse donc pas simplement les touristes motorisés qui la traversent. Elle concerne en premier lieu les habitants des territoires desservis et a des impacts sur les territoires environnants.

Durant les années à venir, cette autoroute, comme l’ensemble du réseau autoroutier, va être soumise à des pressions accrues : politiques, économiques, sociales, environnementales. La question de nos modes de vie entre en collision avec la finalité des ressources disponibles, comme l’avait souligné le rapport du club de Rome en 1972. Alors, à terme : parlera-t-on encore d’autoroute des vacances ou d’autoroute vacante ?

The Conversation

Etienne Faugier est président et membre de l’Association Passé-Présent-Mobilité, https://ap2m.hypotheses.org/
Il est aussi membre du Conseil scientifique du CHEDD (Comité d’Histoire de l’Environnement et du Développement Durable), https://chedd.hypotheses.org/

ref. Comment réinventer l’autoroute du Soleil à l’heure de la transition écologique ? – https://theconversation.com/comment-reinventer-lautoroute-du-soleil-a-lheure-de-la-transition-ecologique-261969

La Terre est-elle le berceau de l’humanité ? Quelques réponses en science-fiction

Source: The Conversation – France (in French) – By Gatien Gambin, Doctorant en Études Culturelles / ATER en BUT Métiers du Multimédia et de l’Internet, Université de Lorraine

L’imaginaire spatial, un champ de bataille culturel sur lequel s’opposent diverses représentations de l’aventure spatiale. Shutterstock

L’image de la Terre « berceau » de l’humanité a longtemps nourri l’imaginaire de la colonisation spatiale, de la science-fiction et l’esprit des entrepreneurs de conquêtes spatiales. Elle est aujourd’hui remise en question par une multitude d’œuvres de science-fiction, au cinéma comme en littérature.


« La Terre est le berceau de l’humanité, mais nul n’est destiné à rester dans son berceau tout au long de sa vie. » Cette phrase du père de l’astronautique moderne Constantin Tsiolkovski (1857-1935) a marqué durablement l’astroculture sous toutes ses formes, dans sa Russie natale comme en Occident. Elon Musk, les personnages du film Interstellar (Christopher Nolan, 2014) ou bien ceux du roman Aurora (Kim Stanley Robinson, 2015) citent aisément la métaphore du « berceau » pour justifier la colonisation spatiale, ou au contraire la discuter.

De ses origines jusqu’à son assimilation et son questionnement par la science-fiction (SF) contemporaine, plongeons dans les méandres d’une métaphore qui structure puissamment les imaginaires de l’exploration spatiale.

Une citation aux origines floues devenue un lieu commun

La métaphore du « berceau » est en réalité un amalgame de deux citations. Tsiolkovski était un des fers de lance du cosmisme russe, un courant philosophique, scientifique et spirituel apparu à la fin du XIXe siècle. Selon lui, la destinée humaine est de quitter la Terre pour « contrôler entièrement le système solaire. » Il exprime cette idée dans une lettre, datant de 1911, adressée à un ami ingénieur. Cette correspondance est la source la plus fréquemment utilisée pour référencer la métaphore du berceau, pourtant le mot « berceau » (« cradle » en anglais, « колыбель » en russe) n’y est pas utilisé.

L’image du berceau apparaît en 1912, en conclusion d’un de ses articles pour un magazine d’aéronautique, dans une phrase qui détermine la structure de la métaphore :

« Notre planète est le berceau de la raison, mais personne ne peut vivre éternellement dans un berceau. »

Différents passages de Tsiolkovski semblent donc avoir été amalgamés en une citation dont l’origine exacte fait l’objet de confusions et dont la traduction opère un changement de sens : la « planète » devient la Terre et la « la raison » devient l’humanité. Cette citation controuvée s’est ainsi transformée au fil du temps en un puissant lieu commun souvent mobilisé pour soutenir la colonisation spatiale.

Un lieu commun débattu en science-fiction

Tsiolkovski avait une riche activité d’écrivain-vulgarisateur. Plusieurs de ses nouvelles racontent le futur spatial de l’humanité en décrivant des habitats spatiaux ou l’expérience sensorielle et émotionnelle de la vie en impesanteur. Inspiré par Jules Verne et l’astronome Camille Flammarion, il a contribué comme eux à poser les fondements de ce qu’on nommera plus tard la science-fiction.

La SF est née à la fin des années 1920, dans les pulps magazines américains. Seuls les textes scientifiques sur l’astronautique de Tsiolkovski sont alors connus au-delà de l’Atlantique. Les idées qu’il développe dans ses récits ont participé à bien des égards à l’élaboration de l’imaginaire science-fictionnel, mais sa métaphore reste finalement son héritage le plus perceptible dans le genre.




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L’auteur de SF britannique Brian Aldiss cite Tsiolkovski dans son roman Mars Blanche (2001), l’idée du berceau est employée comme un argument en faveur de la colonisation de Mars, puis critiquée par un personnage qui la range parmi les lieux communs empêchant de renouveler l’imaginaire de l’exploration spatiale.

Kim Stanley Robinson discute également de la sédimentation de la métaphore dans son roman Aurora (2015). L’auteur états-unien affirme avoir voulu « tuer cette idée que l’humanité est vouée à aller dans les étoiles ». Une scène illustre cette intention : lors d’un colloque, les revenants d’une mission de colonisation spatiale se battent avec ceux qui justifient ce projet grâce à l’image du berceau.

Dans ces œuvres, l’usage tel quel de la citation de Tsiolkovski permet le développement d’une double critique : celle de l’image produite par cette métaphore et celle du bien-fondé de la colonisation spatiale. C’est une chose nouvelle dans la SF du XXIe siècle puisqu’avant les années 1990, « être contre l’espace [revenait à] être contre la SF », selon le critique Gary Westfahl.

Un symbole aux enjeux écologiques

L’absence de remise en question de la colonisation spatiale perdure encore dans la SF actuelle. Elle s’observe dans la manière dont la métaphore du berceau se trouve paraphrasée dans certaines œuvres, comme le blockbuster Interstellar (2014). Dans une réplique, le héros du film affirme :

« Ce monde est un trésor […], mais il nous dit que l’on doit le quitter maintenant. L’humanité est née sur Terre, on n’a jamais dit qu’elle devait y mourir. »

L’image du berceau est remplacée par le verbe « naître » (« Mankind was born on Earth »), mais le sens de la métaphore reste bien présent tandis qu’une justification écologique est ajoutée, en écho aux considérations de l’époque. Avec cette paraphrase, c’est davantage un sursaut de conservation de l’humanité que l’idée originelle de son émancipation par l’accès à l’espace qui est mise en avant.

Bande-annonce du film Interstellar (2014), de Christopher Nolan.

Dans le film Passengers (2016), le mot « berceau » est investi du même imaginaire de l’aventure spatiale : quitter la Terre permettrait de sauver l’humanité. Toutefois, des enjeux économiques s’y ajoutent de façon à souligner la dimension astrocapitaliste d’un tel projet d’exode. En guise d’« introduction à la vie coloniale », un hologramme explique au personnage principal :

« La Terre est une planète prospère, le berceau de la civilisation (« the cradle of civilization »). Mais pour beaucoup, elle est aussi surpeuplée, surtaxée, surfaite (« overpopulated, overpriced, overrated »). »

La Terre est ainsi envisagée comme une marchandise par la compagnie privée qui possède le vaisseau. Son fond de commerce n’est pas la survie de l’humanité, mais l’exode vers une planète B édenique à bord de vaisseaux de croisière.

Le nom de Tsiolkovski s’efface dans ces deux films, et avec lui le lien syntaxique entre « Terre » et « berceau » grâce au verbe « être ». Le mot « berceau » devient dès lors un symbole. Sa seule mention dans un contexte astroculturel suffit à évoquer la Terre, et à ouvrir la voie à tous les espoirs d’une vie plus agréable, plus libre et plus abondante sur une autre planète.




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Du berceau au foyer

L’imaginaire spatial apparaît aujourd’hui comme un champ de bataille culturel au sein duquel s’opposent diverses représentations de l’aventure spatiale. Aux récits les plus traditionnels – les rêves de conquête et d’utopie spatiales – s’opposent des récits dans lesquels les humains renoncent à la colonisation spatiale comme la publicité satirique de l’association Fridays for Future à propos de l’élitisme de la colonisation spatiale. Elle s’oppose, entre autres, au slogan « Occupy Mars » de SpaceX, l’entreprise astronautique d’Elon Musk, en détournant les codes de leurs supports de communication.

On peut trouver des récits similaires dans la SF, comme la bande dessinée Shangri-La (2016), de Mathieu Bablet, ou le roman l’Incivilité des fantômes (2019), de Rivers Solomon, qui extrapolent les racines capitalistes et colonialistes du rêve d’exode dans l’espace.

À l’interstice de ces deux pôles se trouvent des récits cherchant le pas de côté pour continuer à rêver de voyages spatiaux sans succomber à un récit dominant.

La critique du récit spatial dominant passe fréquemment par l’étude de sa réappropriation du mythe américain de la frontière (la Frontier, le front pionnier de la conquête de l’Ouest), de ses aspects militaires ou de sa dimension astrocapitaliste.

La métaphore du berceau reste trop souvent évacuée lorsqu’il est question de changer nos représentations de l’espace. S’il faut « cesser de parler de l’espace comme d’une frontière », comme l’appelle de ses vœux l’anthropologue Lisa Messeri, sans doute faut-il tout autant cesser de considérer la Terre comme un berceau. Mieux vaudrait la considérer comme un foyer, sans tomber dans la naïveté de croire qu’une telle reformulation permettrait de sortir du paradigme astrocapitaliste.

La stratégie de communication de Blue Origin – entreprise spatiale créée par Jeff Bezos – accapare déjà l’image du foyer pour se différencier de son concurrent SpaceX. Leur slogan tente de nous en convaincre : Blue Origin réalise ses projets spatiaux « pour le bénéfice de la Terre ».

Au moins certaines œuvres permettent un peu de respiration face à cette opération de récupération de la critique inhérente au « nouvel esprit du capitalisme ». À l’instar du roman Aurora (2015), de Kim Stanley Robinson, le Roman de Jeanne (2018), de Lidia Yuknavitch, Apprendre si par bonheur (2019), de Becky Chambers et le film Wall-E (2008), d’Andrew Stanton, sont des œuvres qui expérimentent, dans le fond et dans la forme, un double changement discursif : l’espace y devient au mieux un milieu à explorer avec humilité, au pire un lieu auquel l’humain renonce, mais il n’est plus une frontière à conquérir ; la Terre y est un foyer que l’on retrouve après des années d’absence et que l’on entretient du mieux possible, mais jamais un berceau que l’on veut à tout prix quitter.


L’auteur remercie Célia Mugnier pour son aide sur la traduction de la métaphore du berceau.

The Conversation

Gatien Gambin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La Terre est-elle le berceau de l’humanité ? Quelques réponses en science-fiction – https://theconversation.com/la-terre-est-elle-le-berceau-de-lhumanite-quelques-reponses-en-science-fiction-241287

Devenir mère seule par PMA : quand le désir d’enfant s’affranchit du couple

Source: The Conversation – France in French (3) – By Margot Lenouvel, Doctorante en sociologie, Ined (Institut national d’études démographiques)

En France, depuis l’ouverture de la procréation médicalement assistée à toutes les femmes – dans une loi promulguée le 2 août 2021 –, les femmes seules sont nombreuses à s’engager dans une démarche de PMA. Quels sont les profils et les aspirations de ces mères, longtemps restées dans l’ombre ? Portées par un même désir d’enfant, elles livrent des récits qui, sans rejeter la conjugalité, portent un regard critique sur le couple hétéroparental.


Aujourd’hui en France, depuis la révision de la loi bioéthique en 2021, la procréation médicalement assistée (PMA, également appelée assistance médicale à la procréation, AMP) est accessible à toutes les femmes, y compris à celles qui ne sont pas en couple. Auparavant, elle était réservée aux couples hétérosexuels infertiles. Cette ouverture place une figure de mères seules sur le devant de la scène publique : celles qui « font des bébés toutes seules » grâce à la médecine reproductive. Elles passaient auparavant par leurs propres moyens, ou par une PMA à l’étranger pour recevoir un don de sperme.

Bien que les témoignages sur ce type de maternités solo se multiplient (voir ici ou ici), elles échappent encore aux enquêtes statistiques. L’enquête AMP-sans-frontières (Ined, 2021) devrait bientôt pouvoir combler ce manque. À titre d’indication, selon l’Agence de la biomédecine, ces femmes sont, avec les couples lesbiens, en première ligne des demandes de PMA avec don de spermatozoïdes. Au 31 décembre 2023, environ 7 600 femmes étaient en attente d’un don. Parmi elles, 44 % étaient des femmes seules, 38 % en couple avec une femme et 18 % en couple avec un homme.

Alors que ces projets étaient initialement perçus comme un « plan B », porté par des femmes plus âgées n’ayant pas trouvé de partenaire, devenir mère seule grâce à la PMA peut désormais constituer un « plan A », incarné par des femmes plus jeunes qui dissocient clairement maternité et conjugalité. Ces femmes se présentent-elles pour autant comme émancipées des cadres conjugaux ?

Nous nous sommes intéressées à cette question dans le cadre de nos deux recherches combinant 69 entretiens menés entre 2021 et 2023 en France métropolitaine auprès de femmes devenues mères sans être en couple (par un don de sperme, suite à une rencontre occasionnelle ou une séparation). Parmi ces entretiens, 44 sont issues d’une thèse en cours sur les maternités solitaires, et 25 proviennent d’une enquête consacrée au recours à la PMA solo.

Des parcours longtemps occultés

La monoparentalité – le fait pour une famille de compter un seul parent –, le plus souvent perçue comme la conséquence d’une séparation, suppose implicitement la présence initiale de deux parents et un idéal de coparentalité. Devenir parent demeure largement pensé comme une affaire de couple. Cette définition restrictive invisibilise les cas où une femme devient mère sans être en couple, en s’affranchissant de la norme biparentale. Ces « maternités solitaires », peu étudiées en France, sont longtemps restées dans l’ombre, alors qu’elles représentent 5 % des naissances d’après l’enquête nationale périnatale de 2021.

Les trajectoires menant à la naissance hors couple sont diverses et plus ou moins planifiées. Elles se déclinent en trois scénarios : « L’enfant sans le couple », « Quand l’enfant défait le couple », « L’enfant pour s’émanciper du couple et des violences ».

Les femmes ayant recours à la PMA correspondent au premier cas. Sur le plan social, elles se démarquent nettement des autres mères seules. En France et dans d’autres pays d’Europe, comme en Amérique du nord, elles sont principalement âgées de plus de 35 ans et appartiennent aux classes moyennes et supérieures. Elles sont significativement plus âgées que les autres femmes ayant recours à la PMA en couple, qu’il soit lesbien ou hétérosexuel. Après avoir parfois envisagé d’autres options (comme l’adoption, une rencontre d’un soir ou la coparentalité), la médecine reproductive s’avère pour elles la solution la plus « sécurisée », et surtout, la plus « éthique » : elle assure un contrôle médical du donneur et permet de construire une histoire familiale fondée sur le geste du don.

Sur l’ensemble des femmes interrogées, toutes sauf deux s’identifient comme hétérosexuelles. Les plus âgées d’entre elles (35 ans et plus) évoquent un échec de la rencontre parentale ou un manque d’opportunités. Elles n’ont pas trouvé de partenaire pour concrétiser leur désir d’enfant. À titre d’exemples, Roxane évoque un décalage dans les aspirations parentales avec son ancien compagnon qui ne voulait pas d’enfant ; Marie ou Chloé disent avoir eu des histoires « négatives » ou « foireuses », qui les ont amenées à privilégier un projet parental seules. Les plus jeunes (moins de 35 ans) expriment une prise de distance avec l’injonction à « attendre » un futur conjoint pour s’autoriser à devenir mère.

Ces parcours illustrent des asymétries de genre dans les relations hétérosexuelles, avec un fort engagement des femmes dans la parentalité, tandis que les hommes, affichent des intentions de fécondité plus faibles, en particulier lorsqu’ils ont une conception égalitaire des rôles de genre.

Avoir un enfant seule : un « choix pragmatique »

Dans leurs discours, l’idéal reste néanmoins de devenir mère au sein d’un couple et que l’enfant ait un père plus tard. La force d’imposition de la norme conjugale se cristallise par leur intériorisation du modèle normatif de la famille. Pour quelques-unes, ce choix s’apparente à un « mode de vie » recherché, mais cette situation est minoritaire. Elle concerne des femmes ayant vécu des violences sexuelles par le passé, pour qui la médecine reproductive est un moyen de contourner l’impératif conjugal et d’éviter un rapport sexuel avec un homme.

Pour ces femmes, avoir un enfant seule se dessine davantage comme choix pragmatique, « un choix dans un non-choix », comme le résume Sophie (37 ans, orthophoniste, PMA réalisée en Espagne, un enfant de 2 ans). L’entrée dans la maternité solo s’explique par l’impensé d’une vie sans enfant plus que par un choix délibéré d’avoir un enfant seule. Le réel choix revendiqué est celui de devenir mère.

Contrairement aux idées reçues, ces parcours ne se réduisent ni à des expériences subies ni à des démarches de « célibattantes » affirmées qui souhaiteraient « s’affranchir des hommes ». Leur situation est révélatrice d’aspirations à la libre disposition de leur corps et de leur identité́ genrée, où le désir d’enfant constitue une source d’accomplissement de soi.

« Mieux vaut être seule que mal accompagnée »

Les femmes que nous avons rencontrées ne rejettent pas la vie conjugale (ou les relations sexo-affectives au sens large) : la plupart envisagent d’être en couple plus tard, et certaines sont en relation avec un partenaire qui peut s’impliquer à des degrés divers dans l’éducation de l’enfant.

Néanmoins, leurs récits témoignent d’un regard critique sur le couple hétéroparental, résumé par l’expression : « mieux vaut être seule que mal accompagnée ». C’est ce qu’exprime notamment Clotilde, 38 ans, fonctionnaire territoriale, mère d’un enfant de trois mois issu d’une PMA en Belgique :

« Dans mes couples d’amis, c’est des couples hétérosexuels, la charge mentale – même si je déteste ce mot-là – elle est clairement assumée par les mamans. Aujourd’hui, qu’on soit deux ou toute seule j’ai l’impression que de toute façon c’est majoritairement assumé par les femmes. Surtout qu’on peut être seule en étant deux. »

Elles dénoncent les asymétries de la charge domestique et éducationnelle qui se font au détriment des femmes et au profit des hommes. C’est davantage le désengagement masculin dans la parentalité ordinaire qu’elles déplorent, qu’un rejet de la vie conjugale en elle-même. Elles affichent la maternité solo comme un choix de vie préférable à une parentalité partagée au sein d’un couple qui ne répondrait pas à l’idéal de solidarité et d’équité vis-à-vis de la charge parentale.

La critique du couple hétéroparental par ces femmes passe aussi par une valorisation de leur autonomie en tant qu’unique parent, comme l’exprime Joséphine, 43 ans, juriste, mère d’un enfant de 2 ans né d’un don réalisé en Espagne :

« Sur tous les choix qu’il y a à faire pour un enfant, parfois qu’est-ce que c’est facile d’être seule ! Sur l’éducation, sur le choix du prénom, sur les fringues, sur les sorties, sur tout un tas de choses. Je choisis seule. Je n’ai pas besoin de me battre avec mon compagnon qui ne pense pas comme moi ou me juge. Autour de moi, je le vois, c’est source d’engueulades très fréquentes l’éducation. Moi, je fais comme je pense. Alors parfois, j’aimerais bien partager mon avis, je suis un peu perdue, je ne sais pas comment faire. J’essaie de trouver dans ce cas-là quelqu’un à qui on parler. Mais voilà, il y a des avantages. »

Elles mettent en avant un sentiment d’autonomie et de liberté, une capacité d’improvisation et de spontanéité des choix, comme l’ont déjà souligné d’autres recherches sur la vie hors couple.

Une parentalité pour soi ?

L’apparition dans le débat public des maternités solo soulève une question : ces demandes ont-elles réellement émergé grâce à l’ouverture de la loi, ou reflètent-elles plutôt une prise de conscience collective de trajectoires parentales jusqu’alors invisibles, dont l’accès à la PMA signerait l’acceptation sociale ?

Si répondre à cette question nécessiterait une observation sur le temps long, il n’en demeure pas moins que recourir à la PMA solo est une manière de déployer une parentalité pour soi qui n’est plus subordonnée à la nécessité d’être en couple, et qui témoigne de l’autonomie procréative des femmes et de leur capacité à redéfinir les normes conjugales et parentales.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Devenir mère seule par PMA : quand le désir d’enfant s’affranchit du couple – https://theconversation.com/devenir-mere-seule-par-pma-quand-le-desir-denfant-saffranchit-du-couple-261722

‘AI veganism’: Some people’s issues with AI parallel vegans’ concerns about diet

Source: The Conversation – USA – By David Joyner, Associate Dean and Senior Research Associate, College of Computing, Georgia Institute of Technology

Ethical concerns – like the mistreatment of content creators decried by this protester – drive both veganism and resistance to using AI. Mario Tama/Getty Images

New technologies usually follow the technology adoption life cycle. Innovators and early adopters rush to embrace new technologies, while laggards and skeptics jump in much later.

At first glance, it looks like artificial intelligence is following the same pattern, but a new crop of studies suggests that AI might follow a different course – one with significant implications for business, education and society.

This general phenomenon has often been described as “AI hesitancy” or “AI reluctance.” The typical adoption curve assumes a person who is hesitant or reluctant to embrace a technology will eventually do so anyway. This pattern has repeated over and over – why would AI be any different?

Emerging research on the reasons behind AI hesitancy, however, suggests there are different dynamics at play that might alter the traditional adoption cycle. For example, a recent study found that while some causes of this hesitation closely mirror those regarding previous technologies, others are unique to AI.

In many ways, as someone who closely watches the spread of AI, there may be a better analogy: veganism.

AI veganism

The idea of an AI vegan is someone who abstains from using AI, the same way a vegan is someone who abstains from eating products derived from animals. Generally, the reasons people choose veganism do not fade automatically over time. They might be reasons that can be addressed, but they’re not just about getting more comfortable eating animals and animal products. That’s why the analogy in the case of AI is appealing.

Unlike many other technologies, it’s important not to assume that skeptics and laggards will eventually become adopters. Many of those refusing to embrace AI actually fit the traditional archetype of an early adopter. The study on AI hesitation focused on college students who are often among the first demographics to adopt new technologies.

There is some historical precedent for this analogy. Under the hood, AI is just a set of algorithms. Algorithmic aversion is a well-known phenomenon where humans are biased against algorithmic decision-making – even if it is shown to be more effective. For example, people prefer dating advice from humans over advice from algorithms, even when the algorithms perform better.

But the analogy to veganism applies in other ways, providing insights into what to expect in the future. In fact, studies show that three of the main reasons people choose veganism each have a parallel in AI avoidance.

Ethical concerns

One motivation for veganism is concern over the ethical sourcing of animal by-products. Similarly, studies have found that when users are aware that many content creators did not knowingly opt into letting their work be used to train AI, they are more likely to avoid using AI.

a woman in a crowd holds a sign over her head
Many vegans have ethical concerns about the treatment of animals. Some people who avoid using AI have ethical concerns about the treatment of content creators.
Vuk Valcic/SOPA Images/LightRocket via Getty Images

These concerns were at the center of the Writers Guild of America and Screen Actors Guild-American Federation of Television and Radio Artists strikes in 2023, where the two unions argued for legal protections against companies using creatives’ works to train AI without consent or compensation. While some creators may be protected by such trade agreements, lots of models are instead trained on the work of amateur, independent or freelance creators without these systematic protections.

Environmental concerns

A second motivation for veganism is concern over the environmental impacts of intensive animal agriculture, from deforestation to methane production. Research has shown that the computing resources needed to support AI are growing exponentially, dramatically increasing demand for electricity and water, and that efficiency improvements are unlikely to lower the overall power usage due to a rebound effect, which is when efficiency gains spur new technologies that consume more energy.

One preliminary study found that increasing users’ awareness of the power demands of AI can affect how they use these systems. Another survey found that concern about water usage to cool AI systems was a factor in students’ refusal to use the technology at Cambridge University.

a woman in a crowd holds a hand-painted sign
Both AI and meat production spark concerns about environmental impact.
Kichul Shin/NurPhoto via Getty Images

Personal wellness

A third motivation for veganism is concern for possible negative health effects of eating animals and animal products. A potential parallel concern could be at work in AI veganism.

A Microsoft Research study found that people who were more confident in using generative AI showed diminished critical thinking. The 2025 Cambridge University survey found some students avoiding AI out of concern that using it could make them lazy.

It is not hard to imagine that the possible negative mental health effects of using AI could drive some AI abstinence in the same way the possible negative physical health effects of an omnivorous diet may drive some to veganism.

How society reacts

Veganism has led to a dedicated industry catering to that diet. Some restaurants feature vegan entrees. Some manufacturers specialize in vegan foods. Could it be the case that some companies will try to use the absence of AI as a selling point for their products and services?

If so, it would be similar to how companies such as DuckDuckGo and the Mozilla Foundation provide alternative search engines and web browsers with enhanced privacy as their main feature.

There are few vegans compared to nonvegans in the U.S. Estimates range as high as 4% of the population. But the persistence of veganism has enabled a niche market to serve them. Time will tell if AI veganism takes hold.

The Conversation

David Joyner does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. ‘AI veganism’: Some people’s issues with AI parallel vegans’ concerns about diet – https://theconversation.com/ai-veganism-some-peoples-issues-with-ai-parallel-vegans-concerns-about-diet-260277

Light pollution is encroaching on observatories around the globe – making it harder for astronomers to study the cosmos

Source: The Conversation – USA – By Richard Green, Astronomer Emeritus, Steward Observatory, University of Arizona

Light pollution from human activity can threaten radio astronomy – and people’s view of the night sky. Estellez/iStock via Getty Images

Outdoor lighting for buildings, roads and advertising can help people see in the dark of night, but many astronomers are growing increasingly concerned that these lights could be blinding us to the rest of the universe.

An estimate from 2023 showed that the rate of human-produced light is increasing in the night sky by as much as 10% per year.

I’m an astronomer who has chaired a standing commission on astronomical site protection for the International Astronomical Union-sponsored working groups studying ground-based light pollution.

My work with these groups has centered around the idea that lights from human activities are now affecting astronomical observatories on what used to be distant mountaintops.

A map of North America showing light pollution, with almost all the eastern part of the U.S. covered from Maine to North Dakota, and hot spots on the West Coast.
Map of North America’s artificial sky brightness, as a ratio to the natural sky brightness.
Falchi et al., Science Advances (2016), CC BY-NC

Hot science in the cold, dark night

While orbiting telescopes like the Hubble Space Telescope or the James Webb Space Telescope give researchers a unique view of the cosmos – particularly because they can see light blocked by the Earth’s atmosphere – ground-based telescopes also continue to drive cutting-edge discovery.

Telescopes on the ground capture light with gigantic and precise focusing mirrors that can be 20 to 35 feet (6 to 10 meters) wide. Moving all astronomical observations to space to escape light pollution would not be possible, because space missions have a much greater cost and so many large ground-based telescopes are already in operation or under construction.

Around the world, there are 17 ground-based telescopes with primary mirrors as big or bigger than Webb’s 20-foot (6-meter) mirror, and three more under construction with mirrors planned to span 80 to 130 feet (24 to 40 meters).

The newest telescope starting its scientific mission right now, the Vera Rubin Observatory in Chile, has a mirror with a 28-foot diameter and a 3-gigapixel camera. One of its missions is to map the distribution of dark matter in the universe.

To do that, it will collect a sample of 2.6 billion galaxies. The typical galaxy in that sample is 100 times fainter than the natural glow in the nighttime air in the Earth’s atmosphere, so this Rubin Observatory program depends on near-total natural darkness.

Two pictures of the constellation Orion, with one showing many times more stars.
The more light pollution there is, the fewer stars a person can see when looking at the same part of the night sky. The image on the left depicts the constellation Orion in a dark sky, while the image on the right is taken near the city of Orem, Utah, a city of about 100,000 people.
jpstanley/Flickr, CC BY

Any light scattered at night – road lighting, building illumination, billboards – would add glare and noise to the scene, greatly reducing the number of galaxies Rubin can reliably measure in the same time, or greatly increasing the total exposure time required to get the same result.

The LED revolution

Astronomers care specifically about artificial light in the blue-green range of the electromagnetic spectrum, as that used to be the darkest part of the night sky. A decade ago, the most common outdoor lighting was from sodium vapor discharge lamps. They produced an orange-pink glow, which meant that they put out very little blue and green light.

Even observatories relatively close to growing urban areas had skies that were naturally dark in the blue and green part of the spectrum, enabling all kinds of new observations.

Then came the solid-state LED lighting revolution. Those lights put out a broad rainbow of color with very high efficiency – meaning they produce lots of light per watt of electricity. The earliest versions of LEDs put out a large fraction of their energy in the blue and green, but advancing technology now gets the same efficiency with “warmer” lights that have much less blue and green.

Nevertheless, the formerly pristine darkness of the night sky now has much more light, particularly in the blue and green, from LEDs in cities and towns, lighting roads, public spaces and advertising.

The broad output of color from LEDs affects the whole spectrum, from ultraviolet through deep red.

The U.S. Department of Energy commissioned a study in 2019 which predicted that the higher energy efficiency of LEDs would mean that the amount of power used for lights at night would go down, with the amount of light emitted staying roughly the same.

But satellites looking down at the Earth reveal that just isn’t the case. The amount of light is going steadily up, meaning that cities and businesses were willing to keep their electricity bills about the same as energy efficiency improved, and just get more light.

Natural darkness in retreat

As human activity spreads out over time, many of the remote areas that host observatories are becoming less remote. Light domes from large urban areas slightly brighten the dark sky at mountaintop observatories up to 200 miles (320 kilometers) away. When these urban areas are adjacent to an observatory, the addition to the skyglow is much stronger, making detection of the faintest galaxies and stars that much harder.

A white-domed building on a hilltop among trees.
The Mt. Wilson Observatory in the Angeles National Forest may look remote, but urban sprawl from Los Angeles means that it is much closer to dense human activity today than it was when it was established in 1904.
USDA/USFS, CC BY

When the Mt. Wilson Observatory was constructed in the Angeles National Forest near Pasadena, California, in the early 1900s, it was a very dark site, considerably far from the 500,000 people living in Greater Los Angeles. Today, 18.6 million people live in the LA area, and urban sprawl has brought civilization much closer to Mt. Wilson.

When Kitt Peak National Observatory was first under construction in the late 1950s, it was far from metro Tucson, Arizona, with its population of 230,000. Today, that area houses 1 million people, and Kitt Peak faces much more light pollution.

Even telescopes in darker, more secluded regions – like northern Chile or western Texas – experience light pollution from industrial activities like open-pit mining or oil and gas facilities.

A set of buildings atop a mountain in the desert.
European Southern Observatory’s Very Large Telescope at the Paranal site in the sparsely populated Atacama Desert in northern Chile.
J.L. Dauvergne & G. Hüdepohl/ESO, CC BY-ND

The case of the European Southern Observatory

An interesting modern challenge is facing the European Southern Observatory, which operates four of the world’s largest optical telescopes. Their site in northern Chile is very remote, and it is nominally covered by strict national regulations protecting the dark sky.

AES Chile, an energy provider with strong U.S. investor backing, announced a plan in December 2024 for the development of a large industrial plant and transport hub close to the observatory. The plant would produce liquid hydrogen and ammonia for green energy.

Even though formally compliant with the national lighting norm, the fully built operation could scatter enough artificial light into the night sky to turn the current observatory’s pristine darkness into a state similar to some of the legacy observatories now near large urban areas.

A map showing two industrial sites, one large, marked on a map of Chile. Just a few miles to the north are three telescope sites.
The location of AES Chile’s planned project in relation to the European Southern Observatory’s telescope sites.
European Southern Observatory, CC BY-ND

This light pollution could mean the facility won’t have the same ability to detect and measure the faintest galaxies and stars.

Light pollution doesn’t only affect observatories. Today, around 80% of the world’s population cannot see the Milky Way at night. Some Asian cities are so bright that the eyes of people walking outdoors cannot become visually dark-adapted.

In 2009, the International Astronomical Union declared that there is a universal right to starlight. The dark night sky belongs to all people – its awe-inspiring beauty is something that you don’t have to be an astronomer to appreciate.

The Conversation

Richard Green is affiliated with the International Astronomical Union and the American Astronomical Society, as well as DarkSky International.

ref. Light pollution is encroaching on observatories around the globe – making it harder for astronomers to study the cosmos – https://theconversation.com/light-pollution-is-encroaching-on-observatories-around-the-globe-making-it-harder-for-astronomers-to-study-the-cosmos-260387

Unpacking Florida’s immigration trends − demographers take a closer look at the legal and undocumented population

Source: The Conversation – USA – By Matt Brooks, Assistant Professor of Sociology, Florida State University

Immigration has dominated recent public discourse about Florida, whether it be the opening of Alligator Alcatraz, a migrant detention facility in the middle of the Everglades, or Florida Gov. Ron DeSantis declaring an “immigration emergency” for the state that has lasted more than two years.

As demographers – that is, people who count people – we’ve noticed that this conversation has proceeded largely without the benefit of a clear description of Florida’s immigrant population.

Here’s a snapshot.

How many immigrants are in Florida?

We used data from the Office of Homeland Security Statistics and the American Community Survey, conducted annually by the U.S. Census Bureau. Homeland Security provides estimates of the state’s undocumented population and annual counts of authorized arrivals. Census data allow us to describe the social and economic characteristics of Florida’s immigrant population.

In 2023, the most recent year for which the Department of Homeland Security provides publicly available data, an estimated 590,000 immigrants without legal status were living in Florida. This is the third-largest population of immigrants without legal status in the U.S., behind California and Texas. But in contrast to those two states, the number of immigrants entering Florida illegally has been shrinking since 2018.

On the other hand, DHS data points to recent growth in Florida’s population of immigrants with legal status. This represents a rebound from declines between 2016 and 2020.

In 2023, Florida welcomed 72,850 residents from outside the country. This is just 0.3% of Florida’s population that year. About 95% of these new Florida residents were admitted as lawful permanent residents, or green card holders. The remainder entered as refugees (3%) and people granted asylum (2%).

For comparison, U.S. Census Bureau estimates suggest roughly 640,000 people moved to Florida in 2023 from other states.

Who makes up Florida’s immigrant population?

The American Community Survey data tells us even more about Florida’s immigrant population. The survey estimates that 4,996,874 foreign-born individuals lived in Florida in 2023, up from 3,798,062 in 2013. These numbers include those who are in the U.S. legally and illegally and encompass both recent arrivals and long-term residents.

In 2023, about 22% of Florida residents – and nearly 7% of Florida children – were immigrants. An additional 29% of Florida children have at least one immigrant parent.

According to the American Community Survey, nearly half of Florida’s immigrants were born in Cuba, Haiti, Venezuela, Colombia or Mexico. Despite being born elsewhere, Florida’s immigrants in many ways resemble other Floridians: About 20% hold a bachelor’s degree, compared to 22% of nonimmigrant Floridians, and 13% of both groups have a graduate degree. Nearly all Florida immigrants, 89%, speak English, and the majority, 57%, are naturalized citizens.

Immigrants make up a disproportionate share of Florida’s workforce, particularly in essential sectors of the state’s economy. They account for more than 47% of Florida’s agricultural workers, 41% of hotel workers and 35% of construction workers.

Florida immigrants also work in sectors that many might not consider to be “immigrant jobs.” They constitute 33% of child care workers, 21% of school and university employees and 27% of the health care workers.

Across all sectors, immigrants have lower unemployment rates than nonimmigrants. Although available data cannot tell us the extent to which these numbers are bolstered by undocumented immigrants, the importance of Florida’s immigrants for the state’s economy is undeniable.

Florida’s population is growing at a faster rate than any other state in the country, boosted by people moving in from abroad and from other states. This growth both reflects and feeds the state’s economic vitality. Between 2019 and 2024, Florida’s GDP grew twice as fast as the nation’s as a whole.

Is Florida experiencing an “immigration emergency”? That’s for politicians to decide. Our research suggests that policies that discourage new arrivals or encourage – or force – migrants to leave could jeopardize Florida’s robust economy and the well-being of its population.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Unpacking Florida’s immigration trends − demographers take a closer look at the legal and undocumented population – https://theconversation.com/unpacking-floridas-immigration-trends-demographers-take-a-closer-look-at-the-legal-and-undocumented-population-261425

When socialists win Democratic primaries: Will Zohran Mamdani be haunted by the Upton Sinclair effect?

Source: The Conversation – USA – By James N. Gregory, Professor of History, University of Washington

Democratic mayoral candidate Zohran Mamdani, right, and Attorney General of New York Letitia James walk in the NYC Pride March on June 29, 2025, in New York. AP Photo/Olga Fedorova

It has happened before: an upset victory by a Democratic Socialist in an important primary election after an extraordinary grassroots campaign.

In the summer of 1934, Upton Sinclair earned the kind of headlines that greeted Zohran Mamdani’s primary victory on June 24, 2025, in the New York City mayoral election.

Mamdani’s win surprised nearly everyone. Not just because he beat the heavily favored former governor Andrew Cuomo, but because he did so by a large margin. Because he did so with a unique coalition, and because his Muslim identity and membership in the Democratic Socialists of America should have, in conventional political thinking, made victory impossible.

This sounds familiar, at least to historians like me. Upton Sinclair, the famous author and a socialist for most of his life, ran for governor in California in 1934 and won the Democratic primary election with a radical plan that he called End Poverty in California, or EPIC.

The news traveled the globe and set off intense speculation about the future of California, where Sinclair was then expected to win the general election. His primary victory also generated theories about the future of the Democratic Party, where this turn toward radicalism might complicate the policies of the Democratic administration of Franklin D. Roosevelt.

What happened next may concern Mamdani supporters. Business and media elites mounted a campaign of fear that put Sinclair on the defensive. Meanwhile, conservative Democrats defected, and a third candidate split progressive votes.

In the November election, Sinclair lost decisively to incumbent Gov. Frank Merriam, who would have stood less chance against a conventional Democrat.

As a historian of American radicalism, I have written extensively about Sinclair’s EPIC movement, and I direct an online project that includes detailed accounts of the campaign and copies of campaign materials.

Upton’s 1934 campaign initiated the on-again, off-again influence of radicals in the Democratic Party and illustrates some of the potential dynamics of that relationship, which, almost 100 years later, may be relevant to Mamdani in the coming months.

A man waves through the window of a black car.
Upton Sinclair is seen in September 1934 in Poughkeepsie, N.Y., following a conference with President Franklin D. Roosevelt.
Bettmann/Contributor/Getty Images

California, 1934

Sinclair launched his gubernatorial campaign in late 1933, hoping to make a difference but not expecting to win. California remained mired in the Great Depression. The unemployment rate had been estimated at 29% when Roosevelt took office in March and had improved only slightly since then.

Sinclair’s Socialist Party had failed badly in the 1932 presidential election as Democrat Roosevelt swept to victory. Those poor results included California, where the Democratic Party had been an afterthought for more than three decades.

Sinclair decided that it was time to see what could be accomplished by radicals working within that party.

Reregistering as a Democrat, he dashed off a 64-page pamphlet with the futuristic title I, Governor of California and How I Ended Poverty. It detailed his plan to solve California’s massive unemployment crisis by having the state take over idle farms and factories and turn them into cooperatives dedicated to “production for use” instead of “production for profit.”

A black and white photo shows a man on a stage, the American flag behind him, speaking to a crowd.
Sinclair speaks to a group in his campaign headquarters in Los Angeles, Calif., in September 1934.
Bettmann/ Contributor/Getty Images

Sinclair soon found himself presiding over an explosively popular campaign, as thousands of volunteers across the state set up EPIC clubs – numbering more than 800 by election time – and sold the weekly EPIC News to raise campaign funds.

Mainstream Democrats waited too long to worry about Sinclair and then failed to unite behind an alternative candidate. But it would not have mattered. Sinclair celebrated a massive primary victory, gaining more votes than all of his opponents combined.

Newspapers around the world told the story.

“What is the matter with California?” The Boston Globe asked, according to author Greg Mitchell. “That is the farthest shift to the left ever made by voters of a major party in this country.”

Building fear

Primaries are one thing. But in 1934, the November general election turned in a different direction.

Terrified by Sinclair’s plan, business leaders mobilized to defeat EPIC, forming the kind of cross-party coalition that is rare in America except when radicals pose an electoral threat. Sinclair described the effort in a book he wrote shortly after the November election: “I, Candidate for Governor: And How I Got Licked.”

Nearly every major newspaper in the state, including the five Democratic-leaning Hearst papers, joined the effort to stop Sinclair. Meanwhile, a high-priced advertising agency set up bipartisan groups with names like California League Against Sinclairism and Democrats for Merriam, trumpeting the names of prominent Democrats who refused to support Sinclair.

Few people of any party were enthusiastic about Merriam, who had recently angered many Californians by sending the National Guard to break a Longshore strike in San Francisco, only to trigger a general strike that shut down the city.

A black and white photo depicts a billboard criticizing Democrat Upton Sinclair.
A billboard supports Republican Frank Merriam and opposes Democrat Upton Sinclair for governor of California in January 1934.
Bettmann /Contributor/Getty Images

The campaign against Sinclair attacked him with billboards, radio and newsreel programming, and relentless newspaper stories about his radical past and supposedly dangerous plans for California.

EPIC faced another challenge, candidate Raymond Haight, running on the Progressive Party label. Haight threatened to divide left-leaning voters.

Sinclair tried to defend himself, energetically denouncing what he called the “Lie Factory” and offering revised, more moderate versions of some elements of the EPIC plan. But the Red Scare campaign worked. Merriam easily outdistanced Sinclair, winning by a plurality in the three-way race.

New York, 2025

Will a Democratic Socialist running for mayor in New York face anything similar in the months ahead?

A movement to stop Mamdani is coming together, and some of what they are saying resonates with the 1934 campaign to stop Sinclair.

The Guardian newspaper has quoted “loquacious billionaire hedge funder Bill Ackman, who said he and others in the finance industry are ready to commit ‘hundreds of millions of dollars’ into an opposing campaign.”

In 1934, newspapers publicized threats by major companies, most famously Hollywood studios, to leave California in the event of a Sinclair victory. The Wall Street Journal, Fortune magazine and other media outlets have recently warned of similar threats.

And there may be something similar about the political dynamics.

Sinclair’s opponents could offer only a weak alternative candidate. Merriam had few friends and many critics.

In 2025, New York City Mayor Eric Adams, who abandoned the primary when he was running as a Democrat and is now running as an independent, is arguably weaker still, having been rescued by President Donald Trump from a corruption indictment that might have sent him to prison. If he is the best hope to stop Mamdani, the campaign strategy will likely parallel 1934. All attack ads – little effort to promote Adams.

But there is an important difference in the way the New York contest is setting up. Andrew Cuomo remains on the ballot as an independent, and his name could draw votes that might otherwise go to Adams.

Curtis Sliwa, the Republican candidate, will also be on the ballot. Whereas in 1934 two candidates divided progressive votes, in 2025 three candidates are going to divide the stop-Mamdani votes.

Religion also looms large in the campaign ahead. The New York City metro area’s U.S. Muslim population is said to be at least 600,000, compared to an estimated 1.6 million Jewish residents. Adams has announced that the threat of antisemitism will be the major theme of his campaign.

The stop-Sinclair campaign also relied on religion, focusing on his professed atheism and pulling quotations from books he had written denouncing organized religion. However, a statistical analysis of voting demographics suggests that this effort proved unimportant.

The Conversation

James N. Gregory does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. When socialists win Democratic primaries: Will Zohran Mamdani be haunted by the Upton Sinclair effect? – https://theconversation.com/when-socialists-win-democratic-primaries-will-zohran-mamdani-be-haunted-by-the-upton-sinclair-effect-260168