L’extrémité du glacier libère de grands icebergs, dont le basculement, ou vêlage, déclenche des secousses sismiques.Copernicus/ESA, CC BY
Grâce à l’utilisation de stations sismiques locales, des chercheurs ont identifié des centaines de séismes glaciaires au glacier de Thwaites, jusqu’ici passés inaperçus. Ils permettent de suivre l’activité d’une zone critique pour la stabilité antarctique.
Les séismes glaciaires sont un type particulier de tremblement de terre dans les régions froides et glacées. Découverts pour la première fois dans l’hémisphère Nord il y a plus de vingt ans, ils se produisent lorsque d’énormes blocs de glace tombent des glaciers dans la mer, générant des vibrations qui se propagent ensuite dans le sol sous le glacier et au-delà.
Jusqu’à présent, seuls très peu de ces séismes provoqués par la chute de blocs de glace avaient été détectés en Antarctique. Dans une nouvelle étude publiée dans Geophysical Research Letters, je présente des preuves de centaines d’occurrences en Antarctique entre 2010 et 2023, principalement à l’extrémité océanique du glacier Thwaites – le fameux « glacier de l’Apocalypse », qui pourrait provoquer une montée rapide du niveau de la mer en cas d’effondrement.
Un séisme glaciaire se produit lorsque de hauts icebergs effilés se détachent de l’extrémité d’un glacier et tombent dans l’océan.
Lorsque ces blocs basculent, ils heurtent violemment le glacier principal. Ce choc génère de fortes vibrations mécaniques du sol, ou ondes sismiques, qui se propagent sur des milliers de kilomètres depuis leur origine.
Ce qui rend les séismes glaciaires uniques, c’est qu’ils ne génèrent aucune onde sismique à haute fréquence. Et comme ces ondes sont essentielles pour détecter et localiser les sources sismiques classiques, comme les tremblements de terre, les volcans ou les explosions nucléaires, les séismes glaciaires n’ont été découverts que relativement récemment, alors que d’autres sources sismiques sont, elles, analysées quotidiennement depuis plusieurs décennies.
Variations saisonnières
La plupart des séismes glaciaires détectés jusqu’à présent ont été localisés près des extrémités des glaciers au Groenland, la plus grande calotte glaciaire de l’hémisphère nord.
Ils présentent des magnitudes relativement élevées, dont les plus importantes sont comparables à celles des séismes provoqués par les essais nucléaires menés par la Corée du Nord au cours des deux dernières décennies. Ces magnitudes assez importantes permettent de suivre ces séismes glaciaires avec un réseau sismique international, opérationnel en continu.
Les événements groenlandais sont saisonniers. Ils surviennent plus fréquemment à la fin de l’été. Ils sont également devenus plus fréquents au cours des dernières décennies. Ces tendances pourraient être liées à un réchauffement climatique plus rapide dans les régions polaires.
En Antarctique, des preuves difficiles à obtenir
Bien que l’Antarctique abrite la plus grande calotte glaciaire de la planète, les preuves directes de séismes glaciaires causés par le basculement d’icebergs (on parle de vêlage) sont difficiles à détecter.
La plupart des tentatives précédentes reposaient sur le réseau mondial de détecteurs sismiques – qui pourraient ne pas être suffisamment sensible si les séismes glaciaires antarctiques sont de magnitude beaucoup plus faible que ceux du Groenland.
Dans ma nouvelle étude, j’ai utilisé des stations sismiques situées en Antarctique. J’ai détecté ainsi plus de 360 événements sismiques glaciaires. La plupart ne figuraient pas dans les catalogues de séismes.
Ces événements sont situés dans deux zones, près des glaciers de Thwaites et de Pine Island. Ce sont les deux principales sources de la montée du niveau de la mer en provenance de l’Antarctique.
Les séismes du glacier de l’Apocalypse
Le glacier de Thwaites est parfois surnommé « glacier de l’Apocalypse », car, s’il venait à s’effondrer complètement, il ferait monter le niveau mondial des mers de 3 mètres – et parce qu’il est susceptible de se désintégrer rapidement.
Environ les deux tiers des événements que j’ai détectés – 245 sur 362 – se situaient près de l’extrémité du glacier en contact avec l’océan. La plupart sont probablement des séismes glaciaires causés par le basculement d’icebergs.
La période la plus prolifique pour les séismes glaciaires à Thwaites, entre 2018 et 2020, coïncide plutôt avec une accélération de la progression de la langue glaciaire vers la mer. Cette accélération, confirmée de manière indépendante par des observations satellites, pourrait être liée aux conditions océaniques, mais leur effet est encore mal compris.
Le deuxième plus grand groupe de séismes glaciaires antarctiques que j’ai observés se trouve près du glacier de Pine Island. Mais ces séismes étant situés à 60–80 kilomètres du rivage, il est peu probable qu’ils aient été provoqués par le basculement d’icebergs.
Ces événements demeurent énigmatiques et nécessitent des recherches complémentaires.
Perspectives pour la recherche sur les séismes glaciaires en Antarctique
La détection de séismes glaciaires liés au vêlage d’icebergs sur le glacier de Thwaites pourrait contribuer à avancer sur plusieurs questions scientifiques importantes. Parmi elles, figure l’interrogation fondamentale sur l’instabilité potentielle du glacier de Thwaites, en lien avec l’interaction entre océan, glace et substrat rocheux à l’endroit précis où il rejoint la mer.
Mieux comprendre ces mécanismes est essentiel pour réduire les grandes incertitudes sur les projections de montée du niveau de la mer au cours des prochains siècles.
Thanh-Son Pham a reçu des financements de l’Australian Research Council.
**Les élections législatives et le référendum constitutionnel organisés le 8 février 2026 en Thaïlande ont conduit à une recomposition du paysage parlementaire. Le parti Bhumjaithai, avec Anutin Charnvirakul, le premier ministre sortant candidat à sa propre succession, s’impose comme la première force politique, devant le Parti du peuple, héritier du parti progressiste Move Forward, et Pheu Thai, formation issue du clan de l’ancien premier ministre Thaksin Shinawatra. Si le référendum, qui s’est tenu le même jour, a validé le principe d’une réforme constitutionnelle, sa mise en œuvre s’inscrit dans un cadre institutionnel fortement contraint par les rapports de force parlementaires et sénatoriaux.
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Le 8 février 2026, les électeurs thaïlandais ont été appelés aux urnes pour renouveler les 500 sièges de la Chambre des représentants et se prononcer simultanément sur un référendum constitutionnel. Le Parti de la fierté thaïe (Bhumjaithai) est arrivé en tête avec 193 sièges, devant le Parti du peuple (Phak Prachachon, 118 sièges) et Pour les Thaïs (Pheu Thai, 74 sièges).
Ces élections, qui se sont déroulées dans un contexte économique fragile et marqué par de fortes incertitudes régionales, notamment le conflit frontalier avec le Cambodge, confirment une recomposition du paysage politique thaïlandais et marquent un tournant symbolique. Anutin Charnvirakul, qui occupait le poste de premier ministre depuis seulement cinq mois au moment du scrutin, a su transformer une position gouvernementale fragile en victoire électorale décisive pour son parti.
Pour la première fois depuis plus d’une décennie, la stabilité et l’ordre se sont imposés comme valeurs centrales du débat électoral, dans un contexte où le nationalisme et la promesse de continuité institutionnelle ont primé sur les revendications réformistes.
Bhumjaithai, d’un parti à ancrage territorial à un pivot conservateur du système
La victoire de Bhumjaithai, qui n’avait obtenu que 71 sièges aux précédentes législatives, tenues en 2023, confirme la trajectoire d’un parti longtemps perçu comme périphérique. Fondé en 2008 par Newin Chidchob après sa rupture avec Thaksin Shinawatra, le parti s’est construit comme une organisation de pouvoir local fondée sur le patronage et les dynasties politiques, solidement ancrée à Buriram, dans l’Isan (Nord-Est du pays). Depuis ses bastions initiaux, Bhumjaithai a progressivement étendu son influence à l’ensemble de la région.
Le contrôle de ministères clés, notamment la santé publique, les transports puis l’intérieur, lui a permis de tisser des réseaux durables avec les administrations locales et les exécutifs provinciaux. Cette stratégie a été renforcée par une participation active aux élections des Provincial Administrative Organizations (PAO), organes décentralisés élus au niveau provincial qui gèrent le développement local, les infrastructures et les services publics, et constituent des relais essentiels du pouvoir dans les provinces. Elle explique la capacité du parti à transformer un soutien électoral diffus en victoires décisives.
Cette dynamique a culminé en septembre 2025 avec l’accession de Bhumjaithai au cœur du pouvoir parlementaire après la destitution par la Cour constitutionnelle de la première ministre Paetongtarn Shinawatra, et son remplacement par Anutin Charnvirakul.
Bhumjaithai s’est imposé comme l’acteur central de la recomposition conservatrice. L’effondrement progressif des partis pro-militaires issus du coup d’État de 2014 – qui avait renversé le gouvernement de Yingluck Shinawatra et instauré une junte dirigée par Prayut Chan-o-cha –, notamment le Palang Pracharath et le Ruam Thai Sang Chart, affaiblis par leurs divisions internes et leur perte de soutien populaire, a laissé un vide que le parti a su occuper. La domination de ses réseaux lors de l’élection sénatoriale de 2024 a débouché sur un Sénat largement aligné sur ses intérêts. Dans un système où la Chambre haute conserve un pouvoir décisif, toute stabilité gouvernementale passe désormais par Bhumjaithai.
Cette montée en puissance s’est accompagnée d’un travail ciblé en direction des classes moyennes et supérieures. Bhumjaithai a opéré ce repositionnement en s’entourant de figures technocratiques issues des élites administratives et économiques – Ekniti Nitithanprapas aux finances, Suphajee Suthumpun au commerce et Sihasak Phuangketkeow aux affaires étrangères –, ce qui a permis au parti de projeter une image de compétence économique et de crédibilité internationale. Cette configuration, explicitement assumée durant la campagne, a contribué à rendre Bhumjaithai politiquement acceptable pour un électorat jusque-là réticent.
La campagne électorale a combiné deux registres complémentaires. Sur le plan économique, le parti a promis le redressement de la croissance, la restauration de la confiance des investisseurs et une gestion budgétaire rigoureuse. Sur le plan sécuritaire, les tensions frontalières avec le Cambodge ont été instrumentalisées pour hiérarchiser les priorités autour de l’ordre et de la souveraineté nationale. Anutin a donné carte blanche à l’armée lors des affrontements de juillet et décembre 2025, présentant le conflit comme une « guerre contre l’armée des arnaques », visant les casinos cambodgiens utilisés pour la cybercriminalité.
Parallèlement, le parti a mobilisé le registre de la peur : instabilité politique chronique, risque d’ingérence étrangère (illustré par le scandale de l’appel entre Paetongtarn Shinawatra et Hun Sen), et menace supposée de bouleversement radical incarnée par le Parti du peuple. Le vote en faveur de Bhumjaithai s’est ainsi structuré autour d’une promesse de stabilité, de compétence technocratique et de fermeté face aux menaces extérieures.
Le Parti du peuple : le choix du pragmatisme
Le Parti du peuple arrive en deuxième position avec 118 sièges, ce qui constitue un recul par rapport aux 151 sièges gagnés en 2023 par Move Forward, auquel il a succédé après que celui-ci a été dissous par la Cour constitutionnelle en 2024. Ce résultat reflète une transformation de cette formation : née des mobilisations de rue et ancrée dans les mouvements sociaux, elle s’est progressivement tournée vers une approche plus pragmatique, au risque de perdre une partie de sa base militante.
En 2023, Move Forward promettait une transformation structurelle : réforme de l’article 112 du code pénal (qui punit de trois à quinze ans de prison toute critique, insulte ou menace envers le roi, la reine, l’héritier du trône ou le régent), démantèlement des monopoles, abolition de la conscription militaire. Trois ans plus tard, le Parti du peuple a opéré un virage stratégique. En septembre 2025, sa décision de soutenir Anutin Charnvirakul a déçu nombre de ses partisans.
Thanathorn Juangroongruangkit, cofondateur de Future Forward (dissous en 2020, dont Move Forward était l’héritier direct) devenu conseiller du parti, avait justifié ce choix par la nécessité de se montrer pragmatique. En échange, sa formation avait négocié un calendrier pour un référendum constitutionnel et une dissolution du Parlement dans les quatre mois.
Les dissolutions répétées ont affaibli les structures participatives. Le Parti du peuple s’est appuyé sur les réseaux sociaux et sur un leadership centralisé. Sur les listes de 2026, technocrates et entrepreneurs ont remplacé les militants. Le parti avait présenté trois candidats au poste de premier ministre : Natthaphong Ruengpanyawut, leader du parti, Sirikanya Tansakun, économiste et dirigeante adjointe du parti, et Veerayooth Kanchoochat, économiste. Aucun n’a réussi à recréer l’engouement de la campagne de 2023. Même le retour lors de la dernière semaine de Pita Limjaroenrat, ancien leader de Move Forward lors des élections de 2023, n’a pas suffisamment galvanisé l’électorat.
C’est Ruckchanok Srinok, 31 ans, qui a incarné l’énergie de la campagne. Candidate sur la liste proportionnelle nationale (100 sièges répartis entre les partis en fonction de leur score national, contrairement aux 400 sièges de circonscription attribués au candidat arrivé en tête localement), elle a exposé la corruption systémique, notamment les détournements de fonds au sein du Bureau en charge de la sécurité sociale, qui ont affecté 24,5 millions de personnes. Son comportement tranche avec les conventions politiques thaïlandaises : elle se déplace simplement à vélo, ne porte pas de vêtements de créateurs, ne provient pas d’une famille célèbre et n’a pas hérité d’une quelque fortune. Mais sa condamnation à six ans de prison pour lèse-majesté (elle est en liberté sous caution) incarne le dilemme du parti : comment réformer un système qui criminalise la réforme ?
Le résultat du 8 février 2026 est donc en deçà des espérances. Le Parti du peuple fait face à une question cruciale : né de la défiance contre l’establishment conservateur, peut-il s’appuyer sur le pragmatisme sans perdre son identité ?
Pheu Thai, l’échec d’une reconquête territoriale
Pheu Thai, parti populiste à l’identité idéologique aujourd’hui brouillée par ses alliances avec les conservateurs, arrive en troisième position avec 74 sièges, un recul très marqué par rapport aux 141 obtenus en 2023. Pour un parti qui se présentait encore récemment comme une force dominante, ce résultat constitue une défaite électorale nette. Il met en lumière l’échec de la stratégie de reconquête de ses bastions historiques dans le Nord du pays.
Le parti a mobilisé ses ressources habituelles, en s’appuyant sur des candidats sortants, des héritiers de dynasties politiques locales et des figures issues de ses réseaux traditionnels. Pheu Thai avait présenté trois candidats au poste de premier ministre : Yodchanan Wongsawat, neveu de Thaksin Shinawatra (premier ministre de 2001 à 2006, renversé par coup d’État, exilé pendant quinze ans, rentré en 2023 et actuellement incarcéré pour corruption), Julapun Amornvivat, le chef du parti, et Suriya Juangroongruangkit, ancien ministre des transports. Le parti a également cherché à élargir son audience par des politiques populistes, dont un projet de loterie quotidienne de 9 millions de bahts (près de 250 000 euros) adossée à un dispositif fiscal numérique. Cette mesure a suscité de nombreuses critiques et n’a pas produit les effets escomptés.
De plus, la campagne s’est déroulée dans un contexte politique fortement dégradé pour Pheu Thai. La divulgation d’une conversation téléphonique où Paetongtarn Shinawatra adoptait un ton informel et conciliant à l’égard de Hun Sen, ancien premier ministre cambodgien, aujourd’hui sénateur et père de l’actuel premier ministre Hun Manet, avait provoqué la chute du gouvernement en août 2025 et sérieusement ébranlé la crédibilité du parti. Tout au long de la campagne, cet épisode a été abondamment exploité par les adversaires de Pheu Thai. Cette fragilisation s’est trouvée accentuée par l’incarcération de Thaksin Shinawatra depuis le 9 septembre 2025, ce qui a privé le parti de sa figure tutélaire.
Le Parti démocrate survit et Kla Tham entre au Parlement
Au-delà des trois partis arrivés en tête, le scrutin de février 2026 a révélé deux évolutions importantes : le Parti démocrate a enregistré des résultats contrastés mais notables et Kla Tham a réalisé une percée lors de sa première participation électorale nationale d’ampleur.
Après plusieurs cycles de recul électoral, le Parti démocrate a opéré un repositionnement sous la direction d’Abhisit Vejjajiva. L’ancien premier ministre (2008-2011) avait quitté la direction du parti en 2019, à la suite d’une lourde défaite électorale et de divisions internes persistantes. Pour ces élections, il s’est entouré de figures technocratiques telles que Korn Chatikavanij, ancien ministre des finances, et Karndee Leopairote, spécialiste des politiques économiques. Leur stratégie s’est fondée sur la rigueur institutionnelle, la discipline budgétaire et la lutte contre la corruption.
En apparence, le résultat du Parti démocrate peut sembler décevant. Le parti a perdu des sièges par rapport à 2023. Avec seulement huit députés sortants au moment de la dissolution, il faisait face à un défi majeur pour remporter des sièges en circonscription. Mais ce résultat global masque une dynamique importante. Sur les listes proportionnelles, le parti a obtenu environ 3,6 millions de voix, un score très proche de sa performance de 2019. En quelques mois seulement après son retour à la tête du parti, Abhisit Vejjajiva est parvenu à reconquérir une part importante de l’électorat démocrate. Pour un parti en difficulté depuis plusieurs années, ce résultat constitue une forme de stabilisation.
Kla Tham a effectué une entrée marquante au Parlement avec 58 sièges de circonscription. Le parti n’a obtenu que deux sièges proportionnels. Thammanat Prompao dirige cette formation. Cette figure controversée possède un passé judiciaire chargé. Il a joué un rôle central dans les négociations de coalition sous Prayut Chan-o-cha. Le parti s’est structuré comme un véhicule électoral. Plus de la moitié de ses candidats avaient concouru sous d’autres étiquettes lors de scrutins précédents.
Sa campagne s’est appuyée sur l’implantation territoriale de ses candidats et sur une stratégie de continuité, faisant de la politique locale la racine d’une politique plus large. Les propositions programmatiques ont joué un rôle secondaire, l’accent étant mis sur le travail de terrain et l’ancrage dans les réseaux locaux. L’entrée de Kla Tham au Parlement s’opère dans un contexte de soupçons persistants liés aux financements politiques et aux liens de certains cadres avec des intérêts économiques controversés. Le soir du scrutin, Thammanat a souligné la position charnière de sa formation dans les négociations à venir.
Le référendum constitutionnel et ses contraintes politiques
Organisé simultanément aux élections législatives, le référendum constitutionnel portait sur l’ouverture d’un processus de réécriture de la Constitution de 2017. 58,3 % des votants se sont prononcés en faveur de ce processus, contre 30,8 % d’opposition et 8,3 % de votes blancs. Ce vote exprime une attente de réforme constitutionnelle, sans pour autant constituer un mandat précis sur la nature ou l’ampleur des changements à venir.
Le cadre institutionnel demeure particulièrement contraignant. La procédure implique plusieurs étapes successives, combinant un vote parlementaire à majorité qualifiée, la désignation d’un comité de rédaction, puis l’organisation de nouveaux référendums. Dans ce processus, le Sénat conserve un rôle central.
Le rapport de forces issu des élections législatives pèse directement sur l’interprétation politique du référendum. La victoire de Bhumjaithai et sa position dominante au Parlement et au Sénat orientent le processus vers une gestion étroitement encadrée de la réforme constitutionnelle. Les positions défendues par Bhumjaithai et par Kla Tham, favorables au maintien des principaux mécanismes institutionnels, suggèrent que les dispositifs centraux du système apparaissent peu susceptibles d’être substantiellement remis en cause.
Alors que la bataille des coalitions s’ouvre, le référendum de 2026 engage une séquence institutionnelle sans en déterminer l’issue. Il met en évidence un décalage entre une demande de réforme et les équilibres conservateurs qui dominent le système politique.
Alexandra Colombier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Comment peut-on expliquer les différences de développement entre les régions ? Est-ce dû à l’histoire ? Ou les politiques menées jouent-elles un rôle ? Comment rendre ces dernières plus efficaces ? Décryptage des différences de situation entre les Hauts-de-France et les Pays de la Loire.
Cet article est publié en partenariat avec Mermoz, la revue du Cercle des économistes dont le numéro 9 a pour thème « Territoires abandon ou rebond ? ».
Les inégalités territoriales regroupent les disparités économiques, sociales, et environnementales entre différents territoires, régionaux ou locaux. Ces inégalités peuvent se manifester sous de multiples formes : différences en termes de niveau de vie, d’éducation, d’accès aux services publics, d’opportunités d’emploi, ou d’infrastructures. Elles mesurent les écarts de développement socio-économique et de bien-être entre différentes zones géographiques. Elles peuvent être mesurées via différents indicateurs.
Emportant des conséquences sociales, économiques et environnementales majeures, des politiques publiques spécifiques sont nécessaires pour remédier à ces inégalités. Souvent liées à des facteurs historiques et structurels, elles génèrent un sentiment d’abandon et d’injustice chez les populations concernées.
Deux régions, deux histoires
Pour illustrer un propos plus général, on compare deux régions en termes de niveau d’inégalités territoriales et de trajectoire. Les inégalités territoriales s’étudient via les politiques publiques déclinées localement en tenant compte de l’histoire régionale, de la spécialisation économique et de l’aménagement du territoire.
En comparant les Hauts-de-France et les Pays de la Loire, totalement opposées tant du point de vue de l’histoire industrielle que des grands projets d’infrastructures et du mode de développement, nous allons pouvoir comprendre le rôle de la décision publique, nationale et locale, dans le développement économique et social du territoire. Nous pourrons alors en tirer les leçons sur la stratégie à mettre en œuvre, l’échelon décisionnel le plus approprié, et la méthode à appliquer pour réduire la fracture territoriale.
Indicateurs / Zones
2000/2005
2011
2022
Revenu fiscal médian par unité de consommation (€)
France hexagonale :
13 949
20 184
23 080
Hauts-de-France :
12 000
18 636
21 420
Pays de la Loire :
13 400
19 941
23 050
Rapport interdécile du niveau de vie (D9/D1)
France hexagonale :
3,5
3,00
3,00
Hauts-de-France :
Nd*
3,00
3,00
Pays de la Loire :
Nd*
3,00
3,00
Taux de pauvreté (%)
France hexagonale :
13,40 %
14,00 %
14,00 %
Hauts-de-France :
Nd*
18,00 %
18,00 %
Pays de la Loire :
9,90 %
11,00 %
11,00 %
Part des personnes non scolarisées de 16 ans ou plus titulaires d’un diplôme universitaire
France hexagonale :
17,40 %
25,00 %
33,00 %
Hauts-de-France :
13,50 %
20,00 %
27,00 %
Pays de la Loire :
14,20 %
22,00 %
31,00 %
Taux de NEETs (%)
France hexagonale :
10,16 %
17,00 %
15,00 %
Hauts-de-France :
15,60 %
21,00 %
18,00 %
Pays de la Loire :
8,80 %
14,00 %
12,00 %
Taux de chômage au sens du BIT (%)
France hexagonale :
8,70 %
9,00 %
7,00 %
Hauts-de-France :
11,20 %
12,00 %
9,00 %
Pays de la Loire :
7,30 %
8,00 %
6,00 %
Taux d’emploi des 15 à 64 ans (%)
France hexagonale :
63,10 %
63,00 %
66,00 %
Hauts-de-France :
58,70 %
59,00 %
62,00 %
Pays de la Loire :
66,40 %
66,00 %
69,00 %
Taux d’activité féminin 15-64 ans (%)
France hexagonale :
67,00 %
68,00 %
72,00 %
Hauts-de-France :
61,70 %
64,00 %
68,00 %
Pays de la Loire :
69,20 %
70,00 %
75,00 %
Part des créations d’entreprises dans l’industrie (%)
France hexagonale :
Nd*
5,00 %
4,00 %
Hauts-de-France :
Nd*
5,00 %
5,00 %
Pays de la Loire :
Nd*
6,00 %
6,00 %
Espérance de vie (ans)
France hexagonale :
79,7
82,0
83,0
Hauts-de-France :
78,3
80,0
81,0
Pays de la Loire :
81,0
82,0
84,0
Taux de mortalité (pour 1 000)
France hexagonale :
8,63
9,0
9,0
Hauts-de-France :
8,94
9,0
9,0
Pays de la Loire :
8,55
8,0
9,0
Part des personnes non scolarisées 15 ans ou + titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur (%)
France hexagonale :
22,20 %
25,00 %
33,00 %
Hauts-de-France :
17,60 %
20,00 %
27,00 %
Pays de la Loire :
19,20 %
22,00 %
30,00 %
Sources : Observatoire des territoires ; Insee, Recensements de la population ; Insee, Enquête emploi ; Insee, Annuaire des statistiques régionales ; Insee, Données démographiques ; Insee, Indicateurs sur la pauvreté ; NEET : part des 15-24 ans ; * Non disponible
Les inégalités se cumulent
L’analyse des indicateurs socio-économiques en région Hauts-de-France et Pays de la Loire (tableau 1) montre de fortes inégalités dans les Hauts-de-France comparativement aux Pays de la Loire et au reste du territoire national, et ce quel que soit le champ considéré. On observe une inégalité de revenu disponible (après redistribution) qui demeure bien supérieure à celle observée en Pays de la Loire, avec un faible revenu médian qui témoigne d’une forte précarité caractérisée par des taux de pauvreté largement supérieurs à la moyenne nationale.
On observe également de fortes inégalités de santé (faible espérance de vie et surmortalité), des inégalités environnementales marquées (précarité énergétique et pollution environnementale), des inégalités de formation conséquentes (faible part de diplômés du supérieur et fort taux de jeunes Not in Employment Education or Training, NEET), et un retard économique caractérisé par un taux de chômage élevé et un taux d’emploi faible associés à une moindre création d’entreprises industrielles et un taux d’activité féminin limité.
Si ce constat est assez alarmant, il est encore plus inquiétant d’observer une absence de rattrapage par les Hauts-de-France depuis les années 90. En clair, les inégalités y demeurent importantes et on ne voit pas d’amélioration de la trajectoire, y compris du point de vue de l’état de santé de la population. À cela s’ajoute la fracture entre territoires urbains et ruraux : les habitants des territoires ruraux ont un accès limité à l’emploi et aux services publics essentiels (santé, éducation, transport), avec des problèmes accrus de mobilité, de désertification médicale et davantage de pauvreté.
Initiatives citoyennes face au désengagement de l’État
Ces inégalités territoriales fragilisent la solidarité financière entre les territoires. Les collectivités territoriales sont dépendantes des dotations de l’État et des impôts locaux pour financer leurs projets. Les communes rurales ou les territoires moins peuplés peinent à générer suffisamment de ressources fiscales pour couvrir leurs besoins en matière d’infrastructures et de services publics. Ce phénomène est exacerbé par la baisse des dotations de l’État, et la suppression de la taxe d’habitation.
Par ailleurs, de nombreuses initiatives citoyennes cherchent à pallier les inégalités territoriales. Des associations et des collectifs citoyens agissent directement pour réduire localement les inégalités via des programmes d’aide alimentaire, de soutien scolaire et à l’alphabétisation, d’accès aux soins et à la culture, notamment dans les quartiers défavorisés.
Les entreprises jouent également un rôle important dans la réduction des inégalités territoriales, en investissant dans des projets locaux visant à dynamiser les territoires. Comment expliquer une telle diversité de situation ? Comment agir efficacement pour réduire les inégalités territoriales ?
Une industrialisation plus tardive dans les Pays de la Loire
L’existence de disparités entre les territoires s’explique d’abord par l’héritage historique en matière de spécialisation économique.
Dans les Pays de la Loire, on observe une industrialisation principalement en Vendée, mais qui s’étend en Loire-Atlantique, en Deux-Sèvres et en Maine et Loire, avec une spécialisation textile de longue date dans le choletais, et le développement de la construction navale et de la sidérurgie au XIXe siècle. Toutefois, en Vendée, l’industrie se développe au cœur de la société rurale. Et c’est principalement dans la moitié du XXe siècle que s’est faite son industrialisation, avec des entrepreneurs et des capitaux locaux, dans les secteurs de la construction nautique, les transports et l’agroalimentaire.
Actuellement, on observe une forte densité de petites et moyennes entreprises industrielles permettant à cette région rurale de bénéficier d’un taux de chômage et d’un taux de pauvreté globalement inférieurs à la moyenne nationale.
On constate ensuite une forte désindustrialisation dès les années soixante pour les mines et les années soixante-dix pour le textile, avec une perte considérable d’emplois (un tiers de l’emploi industriel est détruit entre 1975 et 1990) et la fin des industries traditionnelles. Aujourd’hui, on observe un processus de réindustrialisation qui se veut massive, largement appuyé par de grands projets d’infrastructures financés par l’État (Grand Port Maritime de Dunkerque, centrale nucléaire de Gravelines, plates-formes logistiques, gigafactory de batteries…).
Toutefois, la Région Hauts-de-France peine à se remettre de la désindustrialisation, et présente des indicateurs de développement économique et sociaux bien en deçà de la moyenne nationale et de ceux observés en Pays de la Loire. Certains territoires restent encore particulièrement marqués, comme le bassin minier.
Dans les Hauts-de-France, la désindustrialisation a probablement aussi pesé sur les comportements individuels et l’entrepreneuriat. Ainsi, contrairement aux Pays-de-Loire, l’entrepreneuriat semble freiné par le poids d’un paternalisme industriel qui a façonné les esprits.
Superposition des échelons décisionnels locaux
Les disparités territoriales sont accrues en raison du mille-feuilles territorial, avec des échelons qui ne remplissent pas ou mal les obligations liées à leurs compétences administratives, et d’autres qui s’emparent de compétences qui ne les concernent pas, avec pour conséquence une surutilisation de moyens humains et financiers, sans coordination des acteurs, et parfois sans les compétences requises, et donc sans réelle efficacité.
Or, sur les territoires où la coopération intercommunale instaure la coordination de l’ensemble des acteurs (élus, entreprises, habitants, associations, fournisseurs et distributeurs d’énergie, syndicats, acteur…) autour d’objectifs communs de développement économique, social et culturel, d’aménagement du territoire, et de politiques de la ville et du logement, on constate que les inégalités se réduisent. L’exemple le plus probant est celui de la communauté urbaine de Dunkerque.
Un coût de 10 milliards d’euros
En réalité, la superposition des échelons décisionnels locaux engendre une accumulation de politiques publiques locales, souvent non coordonnées, difficilement lisibles, qui font doublon, et sont malheureusement peu efficaces. Le coût de l’inefficacité de ces dépenses publiques est difficile à chiffrer. Toutefois, dans son rapport public annuel de 2020, la Cour des comptes a évalué le coût administratif du mille-feuille territorial à près de 10 milliards d’euros par an. Ce montant inclut les dépenses liées aux doublons administratifs entre les communes, les EPCI, les départements, les régions, et autres niveaux de collectivité.
Les coûts proviennent de la multiplication des structures, des fonctions administratives et des politiques locales qui se chevauchent, générant ainsi des redondances dans la gestion publique, et notamment les duplications de services et de fonctions. La simplification de la structure des collectivités locales apparaît comme indispensable pour améliorer leur efficacité et réduire ce coût inutile.
Une réelle stratégie nationale déclinée au niveau local
On ne voit pas au niveau national, un réel plan à moyen-terme de réduction des inégalités territoriales. Au contraire, on observe un éparpillement de différents programmes nationaux peu lisibles, rarement évalués, dont l’application est confiée à l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANACT), mais sans grande stratégie nationale imposant des objectifs clairs déclinés au niveau local.
La décision de politique publique doit être prise par les politiques au niveau national, avec les financements correspondants, et une déclinaison appropriée au niveau local. Celle-ci implique de fait la participation des élus locaux, le tandem préfet/élus locaux étant le levier de mise en œuvre des politiques locales de réduction des inégalités.
Un diagnostic précis requis
Pour cela, il faut mener une analyse précise de la situation du territoire à partir d’indicateurs dûment sélectionnés mesurant le niveau et l’évolution de l’emploi, l’activité économique, la formation initiale et continue, le nombre de décrocheurs, l’état de santé de la population, l’entrepreneuriat et l’innovation, l’investissement, l’accès aux énergies et aux services publics, l’offre de soins…
Ce constat doit être réalisé avec des experts universitaires locaux, formés à l’évaluation des politiques publiques, qui connaissent le territoire.
Hugo décrypte, 2024.
Une évaluation systématique dès l’amont
Quel que soit l’échelon, l’évaluation des politiques publiques locales reste assez marginale, très inégale et peu systématique. Les collectivités territoriales ne sont pas toujours soumises à des obligations strictes d’évaluation de leurs politiques publiques. Les outils d’évaluation (indicateurs de performance, rapports d’activité, etc.) sont souvent insuffisamment utilisés ou bien trop généraux pour permettre une analyse fine de l’efficacité des mesures.
Les élus locaux et nationaux doivent être acculturés à l’élaboration, au suivi et à l’évaluation des politiques publiques. En effet, une politique publique se pense et s’évalue en amont de sa mise en œuvre, et la collecte de données est indispensable tout au long du dispositif. Il est crucial de programmer une évaluation systématique de la mesure, et de créer des collaborations avec celles et ceux qui savent les concevoir et les évaluer, c’est-à-dire les universitaires locaux formés aux méthodes d’évaluation. Il faut aussi associer les habitants à la mise en œuvre de ces politiques locales : les consulter en amont, leur expliquer ce qui est envisagé, et les associer à l’instauration de ces politiques.
Cet article est un extrait d’un article publié en partenariat avec Mermoz, la revue du Cercle des économistes dont le numéro 9 a pour thème « Territoires abandon ou rebond ? ». L’article peut être consulté en ligne.
Nathalie Chusseau a reçu des financements de l’ANR et du CPER.
En 2024, les autorités états-uniennes ont autorisé la mise sur le marché des premiers fonds indiciels cotés en Bourse adossés à des cryptoactifs, dont le bitcoin.Pingingz/Shutterstock
La semaine dernière, le bitcoin a connu son « Jeudi noir ». Longtemps présenté comme un actif à part, susceptible d’évoluer indépendamment des marchés financiers traditionnels, le bitcoin est aujourd’hui profondément intégré à la finance mondiale. Paradoxalement, cette intégration croissante ne s’est pas traduite par une stabilisation de son cours, mais par une sensibilité accrue aux chocs macroéconomiques et par l’émergence de nouveaux risques de contagion financière.
Ces derniers mois, et surtout ces derniers jours, le bitcoin a connu des épisodes de volatilité d’une ampleur inédite. En quatre mois, la cryptomonnaie phare a perdu 50 % de sa valeur. En l’espace d’une semaine, le marché des cryptomonnaies a perdu 700 milliards de dollars de capitalisation.
Dans l’un de nos travaux en cours, nous montrons que des annonces de politique commerciale ou monétaire venues des États-Unis peuvent provoquer des variations brutales du cours du bitcoin en l’espace de quelques heures.
Ce constat tranche avec l’image longtemps associée à cet actif. Conçu comme un système monétaire décentralisé, indépendant des banques centrales et des politiques économiques nationales, le bitcoin est souvent présenté comme un instrument capable d’évoluer en marge des cycles financiers traditionnels. Cette promesse de décorrélation constitue l’un des piliers de son attractivité initiale.
Cette lecture est de moins en moins compatible avec la réalité observée. Loin de rester isolé, le bitcoin s’est progressivement inséré au cœur des mécanismes financiers globaux. Il est aujourd’hui détenu, échangé et intégré dans des stratégies de portefeuille aux côtés d’actifs classiques tels que les actions, les obligations ou les matières premières. Cette transformation structurelle modifie profondément la nature de ses fluctuations.
Alors, comment expliquer ce paradoxe ?
Volatilité du bitcoin
Le bitcoin ne réagit plus uniquement à des facteurs internes à l’écosystème des cryptoactifs. Sa volatilité est désormais étroitement liée aux chocs macroéconomiques, tels que les variations de taux d’intérêt, les annonces d’inflation ou les épisodes de stress financier.
Lorsqu’un choc survient, les investisseurs ajustent leurs portefeuilles de manière globale. Le bitcoin peut alors être vendu, non pas en raison de caractéristiques propres, mais pour couvrir des pertes, réduire l’exposition au risque ou répondre à des contraintes de liquidité. Il devient, de fait, une variable d’ajustement comme une autre.
Le graphique ci-dessous illustre cette dynamique. Il montre que plusieurs phases de forte baisse du bitcoin coïncident avec des événements macroéconomiques majeurs. En mars 2020, lors du déclenchement de la pandémie de Covid-19, son prix chute d’environ 40 % en une seule journée. En 2021, l’annonce de chiffres d’inflation élevés aux États-Unis entraîne une baisse de près de 30 % du cours.
Ces épisodes suggèrent que le bitcoin ne joue plus le rôle de valeur refuge parfois mis en avant, mais qu’il amplifie au contraire certaines dynamiques de marché en période de tension.
Intégration croissante aux ETF
L’intégration du bitcoin aux marchés financiers s’est accélérée avec l’entrée d’investisseurs institutionnels et le développement de produits financiers permettant d’y être exposé sans détenir directement l’actif. Les fonds cotés en Bourse (ETF) adossés au bitcoin illustrent cette évolution.
En achetant un ETF bitcoin, l’investisseur ne détient pas directement des bitcoins, mais un titre financier dont la valeur suit l’évolution de leur prix. Dans le cas des ETF dits « spot », les émetteurs détiennent effectivement des bitcoins afin de répliquer le cours. Il existe aussi des ETF « synthétiques », qui ne possèdent pas les bitcoins mais reproduisent leurs performances. Ces produits financiers créent un lien direct entre le marché du bitcoin et les marchés financiers traditionnels.
Le bitcoin n’est plus seulement perçu comme un actif expérimental ou marginal, mais comme une composante à part entière de stratégies d’investissement diversifiées. À la fin de l’année 2025, près de 115 milliards de dollars (96,9 milliards d’euros) étaient investis dans ces ETF.
Les fonds de gestion friands de bitcoins
Cette intégration accrue ne concerne pas seulement les investisseurs individuels. Les acteurs institutionnels occupent désormais une place importante dans l’écosystème. Des fonds de gestion, des banques d’investissement et de grandes entreprises cotées détiennent des positions significatives en bitcoin ou dans des produits qui y sont liés.
BlackRock, par exemple, a investi 217 millions de dollars (182,9 millions d’euros) dans des produits liés au bitcoin. Larry Fink, le dirigeant de BlackRock, déclarait pourtant que son cours pourrait atteindre, à terme, entre 500 000 et 700 000 dollars (entre 421 270 et 589 900 euros).
En zone euro, cette exposition passe par des acteurs soumis à la réglementation financière. Selon la Banque de France, les positions institutionnelles en bitcoin sont passées d’environ 13 milliards de dollars (10,9 milliards d’euros) début 2024 à plus de 33 milliards de dollars (27,8 milliards d’euros) fin 2024, pour près de 2 000 institutions exposées. Si ces montants restent limités au regard de la capitalisation totale du bitcoin, leur concentration et leur interconnexion avec le système financier traditionnel renforcent les risques de transmission.
La liquidité quasi continue du marché du bitcoin, accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, peut accélérer la propagation des chocs vers d’autres classes d’actifs. Selon le FMI, lors de la crise sanitaire, la volatilité du bitcoin expliquerait jusqu’à 16 % de la volatilité du S&P 500, et environ 10 % de la variation de ses rendements. Autrement dit, les fluctuations du bitcoin ne restent plus cantonnées à l’univers des cryptoactifs.
Nouveau défi pour les épargnants
Pour les épargnants, cette transformation pose un défi majeur. La présence d’acteurs institutionnels et l’encadrement des intermédiaires peuvent donner l’impression que le bitcoin est devenu un actif comparable aux instruments financiers traditionnels, et donc moins risqué. Cette perception est trompeuse.
En France, environ 5 millions de particuliers ont déjà investi dans des cryptoactifs, souvent sans disposer d’outils de couverture ou de diversification adaptés. Lors des phases de retournement, les pertes peuvent être rapides et importantes. En 2022, le bitcoin a perdu près de 60 % de sa valeur, tandis que l’ensemble du marché des cryptoactifs enregistrait une perte d’environ 1 700 milliards de dollars (1 433 milliards d’euros). Ce jeudi 5 février 2026, en quarante-huit heures, le bitcoin a plongé de près de 15 %, passant sous les 70 000 dollars (59 000 euros).
L’intégration du bitcoin à la finance mondiale n’a donc pas réduit le risque, elle l’a déplacé en l’inscrivant dans des dynamiques macroéconomiques plus larges et potentiellement plus systémiques.
Cet article a été intégralement co-écrit avec Sami Es-Snibi, étudiant à l’Université de Lorraine.
Mehdi Guelmamen ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Le dernier film de Chloe Zhao, Hamnet, est déjà un succès critique et populaire. Quatre ans après le succès mitigé de son film de commande les Éternels, la réalisatrice oscarisée revient avec une adaptation de l’œuvre de la romancière et journaliste britannique Maggie O’Farrell. Un drame qui met en lumière un thème central dans son cinéma : l’intimité du deuil.
Chloe Zhao s’est fait connaître dès ses débuts dans l’industrie en se formant sous l’égide de réalisateurs et d’acteurs engagés, comme Spike Lee ou Forrest Whittaker. Alors que les médias s’emparent de la question de l’alcoolisme dans les réserves amérindiennes, la Sino-Américaine part en 2015 filmer les riders (ces hommes qui pratiquent le rodéo) des nations lakotas du Dakota du Sud et en tire son premier long-métrage, Les chansons que mes frères m’ont apprises.
On y suit deux jeunes membres du clan des Oglalas dont la mort brusque du père entraîne une réflexion sur leur présence dans la réserve de Pine Ridge. Leur gestion différente du deuil, l’un par les questionnements sur la masculinité, l’autre par l’apprentissage culturel, se rejoint dans leur relation commune à la nature et devient le fil conducteur de l’histoire et, incidemment, de toutes les autres que Zhao développera.
Une esthétique intime fondée sur le lien avec la nature
En effet, dans Les chansons…, Johnny (17 ans) et Jashaun Winters (10 ans) sont sans cesse ramenés aux conséquences de la perte de leur père (un rider alcoolique), des difficultés économiques à l’opportunité de se tourner vers de nouveaux mentors, tout aussi violents et traumatisés par la vie dans une réserve. Si elle ne quitte jamais le domaine du réalisme social, la caméra s’attache aux moments de vulnérabilité : un premier baiser, un lever de soleil, un combat de boxe. L’ancrage des protagonistes dans la réserve est un cheminement émotionnel fait de plans rapprochés nous invitant à nous projeter dans leur univers mental. Les scènes sont douces, le son feutré, les plans longs : les dialogues laconiques dans la nature forment déjà la patte caractéristique (fortement inspirée par le réalisateur Terrence Malick) de l’esthétique de la réalisatrice.
Le film fait parler de lui au festival du cinéma indépendant de Sundance (Wyoming), et lui permet de réaliser son second film en 2017, The Rider. À nouveau, Zhao dézoome lentement sur l’expression endeuillée du jeune rider Brady Blackburn, interdit de monter à cause d’une terrible chute de rodéo, pour l’inscrire dans son environnement. Loin de l’esthétique épique des westerns traditionnels où selon l’historien Armando José Pratts, les cowboys, ranchers et bandits s’approprient les terres d’abord par le regard, puis par la force, ce cowboy sioux ne domine pas le sublime paysage qui l’entoure, laissant ses fantasmes de masculinité de cowboy dans le sillage de sa dernière course sur le dos de Gus. C’est là la théorie de l’intime de Zhao : se concentrer sur les regards plutôt que sur l’objet de ceux-ci et inscrire les personnages dans des environnements qui reflètent l’abondance de leur paysage intérieur.
Pouvoir thérapeuthique des grands espaces
Nomadland (oscarisé en 2021) s’inscrit dans des thèmes similaires (perte, questionnement identitaire, critique du capitalisme). Après avoir perdu son mari et son travail, Fern devient nomade pour fuir son passé. L’intime, comme toujours chez Zhao, se crée dans les dialogues minimes, une bande-son légère et des moments d’humanité poétisée. Zhao filme encore l’Ouest américain et le pouvoir thérapeutique des grands espaces sur Fern, en contraste avec son dénuement isolant dans le monde du travail. Quittant les tensions raciales et idéologiques du western, elle utilise les codes du road movie pour dramatiser le paysage (grands panoramas, lumières rasantes) au travers du regard de Fern, qui se fait camérawoman, utilisant des cailloux percés pour observer la même réserve de Pine Ridge. C’est par cet apprentissage de la vision artistique que Fern parvient à recréer du lien dans un système capitaliste et individualiste qui déchire l’Amérique profonde et à se remettre de son deuil. L’étape finale de son développement est le regard caméra soulagé de Fern quand on lui indique la sortie d’un labyrinthe naturel : l’intime se noue aussi par la relation à la spectatrice.
Le regard caméra complice de Fern (Frances McDormand), perdue et retrouvée. Searchlight Pictures, 2020
Zhao pose ainsi les fondements de son esthétique intimiste, qui lui sera reprochée dans le cadre épique d’un film Marvel comme les Éternels (2021). Les plans rapprochés et les longues séquences à l’épaule où les personnages baignent dans des lumières rasantes (les fameuses golden hours) reflètent le cheminement émotionnel des personnages. Il s’agit de lenteur, de gros plans, voire de très gros plans, sur des personnages sensibles, marginalisés et souvent ignorés par les films hollywoodiens, dont la tradition cinématographique peine encore à séparer la figure de l’autochtone de l’Indien des westerns ou à centrer des personnages féminins marginalisés.
« Hamnet », un monde naturel où seul l’intime survit
Avec Hamnet (2026), la relecture du mythe shakespearien se fait à l’aune de la perte, annoncée dans une myriade de symboles : l’oiseau de proie, un gouffre mystérieux, l’inondation, les scènes d’accouchement anxiogènes. La forêt forme l’épicentre de la vie et de la mort dont émergent les femmes de la lignée d’Agnes : c’est là qu’elle accouche, qu’elle rencontre puis perd son oiseau. Surtout, les boutures de la clairière, symbole de vie et de renaissance, sont replantées dans le jardin de la maisonnette, reconstituées sur la scène du Théâtre du Globe et dans les tapisseries des coulisses de l’au-delà où attend Hamnet.
La mort, le monde naturel et la scène s’entremêlent dans le deuil de William (Paul Mescal). Focus Feature LLC, 2025
La dichotomie stéréotypée entre Agnes, femme de la forêt, et William, génie littéraire, s’inscrit dans le cinéma de Zhao : alors que William se construit par le verbe (contre son père, en jouant avec ses enfants, sur scène), Agnes, comme Jashaun et Fern, est caractérisée par la mise en scène de son regard sur le monde naturel. L’art et la nature s’emmêlent à l’image du couple, comme dans les costumes en treille et paille des enfants jouant Macbeth.
Le pathos du film ne fait pas non plus l’unanimité auprès de la critique. En effet, Zhao ne laisse aucune distance s’établir entre les personnages et les spectatrices et spectateurs : le film foisonne sensoriellement, souligne les textures, capture les micro-expressions, remplit l’espace sonore de bruits de fonds discrets qui rendent les rares silences insoutenables.
Gros plan illustrant la caractérisation d’Agnes dans le monde naturel : son regard et ses émotions sont le sujet de la scène. Focus Feature LLC, 2025
Alors que le film commence sur des plans pied ou panoramiques, la caméra de Zhao se rapproche progressivement des visages à mesure qu’approche la disparition de l’enfant, jusqu’à finir sur les gros plans à l’épaule qui caractérisent l’agonie du fils et le cri de sa mère.
La caméra, suivant les dynamiques de l’intime propre au cinéma de Zhao, semble également représenter une puissance de vie et de mort : un très gros plan vacillant sur l’œil de William symbolise ses tendances suicidaires sur le quai, un regard caméra terrifié de Hamnet brise le quatrième mur quand il prend la place de sa sœur dans le lit de mort. Le regard spectateur, si intime dans Nomadland, se fait celui de la Faucheuse : nous, public presque voyeur, annonçons la scène finale ou l’acteur fantomatique d’Hamlet transcende la frontière de la mort et des planches en prenant la main d’Agnes.
Comme Jashaun, Fern ou Brady, Agnes redécouvre ses émotions au travers de la confrontation avec l’art et le toucher. En serrant la chair du pouce, Agnes perçoit les paysages secrets de ceux qu’elle aime, et c’est par la perte de ce contact que le couple se déchire dans le deuil de leur enfant. C’est donc également par ce toucher qu’Agnes rend universel le deuil de ce fils-personnage conjuré par les mots de son mari : une fois que les parents s’accordent sur la forme du deuil et que la mère a pu recréer de l’intime individuel avec les fantômes sur scène, les autres spectateurs se joignent à l’expérience de cette perte.
Joanne Vrignaud ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
But progress towards meeting this target has been elusive, especially in developing countries. In recent years, existing weaknesses in public health systems have been magnified by the COVID pandemic, strained public budgets, rising public debt and climate change-related risks.
An increasingly common governmental strategy for universal health coverage is to contract private companies or non-profit organisations to provide healthcare services on its behalf. Known as “contracting out”, it is often seen as a way to bypass perceived public sector inefficiencies and rigidities, and to use existing private sector infrastructure and resources to expand public service provision.
Some proponents of contracting out also believe that introducing competition and innovation would improve the quality of healthcare services. Those are principles often associated with markets.
But how does it work in practice? And does contracting affect opportunities for community participation, a cornerstone of primary healthcare and of democratic governance?
Secondly, we wanted to find out whether involving local communities in the governance (design and monitoring) of these contracts made a difference.
Our review painted a complex picture. On the positive side, the evidence was clear that contracting out often improved access to primary care. This was particularly true in peripheral or remote areas where the state’s reach and resources were limited.
However, the impact on service quality was far less clear.
On the community question, our research found that when communities had a real say in designing and monitoring contracts, the results were better. It helped to improve access and make services more responsive to local needs.
This global evidence has implications for South Africa as it grapples with extreme inequalities in health and the proposed introduction of the National Health Insurance (NHI) scheme. This envisages a healthcare system in which healthcare would be bought from a mix of public and private providers. Our research points to what the government would need to put in place for this to work.
Defining and measuring quality – and what we found
The complexity of the results in relation to quality is partly due to differences in how various studies and programmes measure it.
Ideally, quality should be measured by the effectiveness and relevance of services. In other words, whether they solve the healthcare problems they intend to and tackle actual needs. But often, service quality is assessed on the basis of whether contractors meet a set of narrowly defined targets, like numbers of patients seen and services delivered, rather than what the services achieve.
Quality can also be defined from the perspective of cost effectiveness, rather than public health objectives. This can produce incentives for contractors to cut costs and avoiding treating sicker patients.
In some cases in our review, as in parts of Brazil and India, contracting was associated with impressive improvements in health outcomes, such as reduced infant mortality. In others, quality stagnated or even declined from this perspective.
We also found that profiteering can take root when for-profit companies assume control of service provision and success is defined primarily in terms of shareholder value. In Brazil, contractors have to be non-profits for this reason.
An important influence on service quality is the state’s capacities in contract management. Is it able to design good contracts, quality indicators, payment systems and incentives? How well does it manage relationships and enforce terms?
The benefits of community participation
The most compelling evidence came from Brazil. It has set up legally mandated health councils composed of community members and health workers. They have powers to veto health plans and budgets.
Councils have often helped non-profit health providers to understand local needs, remove access barriers, and anticipate service delivery challenges.
Similar successes were noted in Iran. The country has set up “people’s boards of trustees” at health centres. These contribute to planning and outreach.
In Bolivia and India, initiatives involving community participation in the governance of services delivered by non-profit organisations were linked to improved maternal and child health outcomes.
However, effective participation requires resourcing, and the political will to ensure participation enables real influence.
States need to provide transparent, high-quality data on contractors’ performance, and invest in upskilling community partners to interpret complex contractual terms.
Community actors may also lack the confidence to engage with government and corporate officials, who are usually more powerful. Too often, participation is frustrated by technical glitches in fragmented reporting systems, a lack of cooperation from officials, and a focus on auditing finances rather than health outcomes as well.
What this means for South Africa’s NHI
The NHI Bill envisions the state as the single purchaser of healthcare services, buying care from a mix of public and private providers. This is, in essence, a massive nationwide contracting exercise.
Our research suggests that for it to succeed, two things are essential: state capacity needs to be built; and public participation must be embedded in the system.
For the NHI scheme to work the following is therefore needed:
Building state capacity: The success of the NHI hinges on the state’s ability to contract effectively. This requires skilled officials who can design watertight contracts, manage complex supplier relationships, and monitor performance based on health outcomes, not just expenditure. Throughout our review, the dangers of weak or inexperienced purchasers of healthcare services are clear: spiralling costs, poor quality, and weak accountability.
Embedding public participation: The NHI should adopt a rights-based, democratic approach to contracting rather than solely a technical one. Meaningfully involving the people that use contracted services improves those services. South Africa has a rich history of community governance structures and civil society advocacy in health. The NHI should give communities a formal role in setting priorities and holding service providers and organisations to account.
This is the best safeguard against the corruption and inefficiency that has plagued other state ventures and which has been frequently voiced as a concern in relation to the NHI in South Africa.
Jith JR, Surekha Garimella, Vinodkumar Rao and Parvathy Breeze were co-authors of the original research underlying this article.
This research was funded by the NIHR project NIHR150146 – Community Voices in Health Governance – Translating Public Participation Into Practice in a World of Pluralistic Health Systems (COMPLUS) using UK aid from the UK Government to support global health research. The views expressed in this publication are those of the author(s) and not necessarily those of the NIHR or the UK government.
This research was funded by the NIHR project NIHR150146 – Community Voices in Health Governance – Translating Public Participation Into Practice in a World of Pluralistic Health Systems (COMPLUS) using UK aid from the UK Government to support global health research. The views expressed in this publication are those of the author(s) and not necessarily those of the NIHR or the UK government
Leslie London receives funding from the UK National Institute for Health Research, the Science Foundation for Africa and has previously been funded by the South Africa Netherlands Programme for Alternative Development, International Development Research Centre, South African National Research Foundation and South African Medical Research Council for research related to the focus of this article.
US military airstrikes on Islamic State-linked militants in north-western Nigeria on Christmas Day 2025 attracted global attention. The focus was on the international legal implications and whether the Nigerian government had consented to the strikes.
I’m a scholar of peace and security and have carried out research on Boko Haram’s protracted campaign of violence. The research shows that the group’s activities have produced extensive loss of life and material destruction, as well as large-scale internal displacement. This calls for integrated security, humanitarian and governance responses.
In my view, focusing on the airstrikes risks obscuring the real question: why does terrorism continue in Nigeria?
My argument is that it’s not the absence of military force. My research shows that the problem of continuing violence is rooted in the failure of governance at every level of society. Airstrikes don’t address the political, economic and social conditions that allow armed groups to survive, adapt and recruit.
Armed violence has expanded where state authority is exercised in predatory, selective or unaccountable ways. Terrorism in Nigeria has thrived because the state has too often failed to govern justly, consistently and credibly.
In north-east Nigeria, for example, counterterrorism efforts have been undermined where displaced civilians remain unable to return safely, and land disputes go unresolved. What’s needed is investment in civilian protection, and local reconciliation processes that rebuild trust between communities and the state.
Similar lessons can be seen in parts of the Lake Chad Basin, where humanitarian support and local governance reforms have proven more effective at stabilising communities than military operations alone.
Military force can play a role in containing armed groups. But it must be embedded in a broader project of political reconstruction, institutional accountability and social trust building. This means restoring the state’s presence not only through soldiers, but through reliable public services in communities most affected by violence and displacement.
Narratives, legitimacy and insecurity
Following the strike, President Donald Trump announced the operation in a social media post in moral and religious terms. He described the attack as retaliation against militants who had been killing Christians. He portrayed the strike as both morally necessary and strategically decisive.
That framing, reported widely by Reuters, and amplified through US media and social platforms, resonated strongly in Washington political discourse. Major US outlets, including CNN, noted that the reality of violence in Nigeria was more complex than a simple religious binary.
For their part, Nigerian officials emphasised sovereignty, coordination and the non-sectarian nature of insecurity in the country. In a statement reported by Reuters, the Ministry of Foreign Affairs emphasised that terrorism in Nigeria affected citizens regardless of religion or ethnicity. It warned against narratives that could inflame sectarian divisions. According to the Nigerian Ministry of Foreign Affairs
terrorist violence in any form, whether directed at Christians, Muslims or other communities, remains an affront to Nigeria’s values and to international peace and security.
Where governance is fragile, externally imposed moral framing can deepen mistrust, sharpen social divisions and offer armed groups new narratives to exploit.
Framing insecurity as a religious war is analytically inaccurate. It is also strategically dangerous. Armed groups frequently rely on ideas like that to recruit, radicalise and justify violence.
External validation of these ideas, even unintentionally, can become a propaganda asset for militants operating in contexts of weak state legitimacy like Nigeria.
Military success is not security success
US military statements described the strike as having destroyed militant infrastructure and disrupted operations. Reports by Premium Times and Reuters indicated that camps and facilities had been hit. Yet public information about leadership casualties, command and control disruption, or financial networks remains limited.
Without clarity about what happened, claims of success offer little to Nigerians who continue to live with insecurity.
Tactical disruption can interrupt planning and movement, but it does not dismantle networks embedded in local economies of coercion, taxation and protection.
Getting to the heart of the problem
Militant violence in Nigeria is embedded in a wider landscape of state retreat, informal authority and survival economies. Large areas of rural territory in the north-east remain effectively ungoverned.
Security and justice are provided by armed actors and criminal networks, not the state. In such environments, terrorism is less an external invasion than a symptom of systemic institutional collapse.
Military interventions can disrupt these systems temporarily. But without restoring governance, they leave intact the structures that reproduce violence.
Government can restore governance by doing the following.
Political reconstruction: Rebuilding local institutions in ways that involve displaced populations, traditional leaders, women and youth, rather than relying solely on centralised state authority. Unemployment, land disputes and political exclusion have created conditions in which violence thrives. What’s needed is to reinvest in livelihoods, education and fair land governance.
Institutional accountability: This means restoring trust in the Nigerian state, particularly in conflict-affected communities where security forces are perceived as abusive or corrupt. Accountability mechanisms for investigating abuses and compensating victims are necessary. This requires transparent systems for managing humanitarian activities and reconstruction funds. Citizens can be more confident in state authority when they see corruption confronted and justice applied.
Social trust building: Community-based peacebuilding and inclusive reconstruction processes are essential for repairing social fractures. When people experience safety and dignity in their everyday lives, confidence in security institutions can return.
Counterterrorism success in Nigeria should not be measured solely by the number of insurgents neutralised, but by whether state authority emerges more legitimate than before. Durable peace will depend less on tactical military gains than on the restoration of public trust. That will happen through accountable governance, civilian protection and inclusive economic recovery.
Obasesam Okoi does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.
The extent of these changes was greater for those who spent longer in space. As NASA plans longer space missions, and space travel expands beyond professional astronauts, these findings will become more relevant.
Why it matters
On Earth, gravity constantly pulls fluids in your body and your brain toward the center of the Earth. In space, that force disappears. Body fluids shift toward the head, which gives astronauts a puffy face. Under normal gravity, the brain, cerebrospinal fluid and surrounding tissues reach a stable balance. In microgravity, that balance changes.
Without gravity pulling downward, the brain floats in the skull and experiences various forces from the surrounding soft tissues and the skull itself. Earlier studies showed that the brain appears higher in the skull after spaceflight. But most of those studies focused on average or whole brain measures, which can hide important effects within different areas of the brain.
Our goal was to look more closely.
Astronauts need to exercise and take care of their bodies while in space.
How we do our work
We analyzed brain MRI scans from 26 astronauts who spent different lengths of time in space, from a few weeks to over a year. To focus on the brain’s movement, we aligned each person’s skull across scans taken before and after spaceflight.
That comparison allowed us to measure how the brain shifted relative to the skull itself. Instead of treating the brain as a single object, we divided it into more than 100 regions and tracked how each one had shifted. This approach enabled us to see patterns that were missed when looking at the whole brain, on average.
We found that the brain consistently moved upward and backward when comparing postflight to preflight. The longer someone stayed in space, the larger the shift. One of the more striking findings came from examining individual brain regions.
In astronauts who spent about a year aboard the International Space Station, some areas near the top of the brain moved upward by more than 2 millimeters, while the rest of the brain barely moved. That distance may sound small, but inside the tightly packed space of the skull, it is meaningful.
Areas involved in movement and sensation showed the largest shifts. Structures on the two sides of the brain moved toward the midline, which means they moved in the opposite direction for each brain hemisphere. These opposing patterns cancel each other out in whole brain averages, which explains why earlier studies missed them.
Most of the shifts and deformations gradually returned to normal by six months after return to Earth. The backward shift showed less recovery, likely because gravity pulls downward rather than forward, so some effects of spaceflight on brain position may last longer than others.
What’s next
NASA’s Artemis program will mark a new era of space exploration. Understanding how the brain responds will help scientists assess long-term risks and develop countermeasures.
Our findings don’t mean that people should not travel to space. While we found that larger location shifts of a sensory-processing brain region correlated with postflight balance changes, the crew members did not experience overt symptoms – such as headaches or brain fog – related to brain position shifts.
Our findings do not reveal immediate health risks. Knowing how the brain moves in spaceflight and subsequently recovers allows researchers to understand the effects of microgravity on human physiology. It can help space agencies to design safer missions.
The Research Brief is a short take on interesting academic work.
The National Park Service removed an exhibit on slavery at the President’s House site in Philadelphia on Jan. 22, 2026. The city of Philadelphia has sued the Trump administration in response. AP Photo/Matt Rourke
On the evening of May 21, 1796, Ona Judge made the daring decision to free herself.
Considering the prominence of her owner, the laws of the time and the dangerous trek to New Hampshire, a place where she could discreetly live freely, the act carried remarkable risk. Nevertheless, she slipped out of the President’s House undetected while the first family dined.
The house, then located at the intersection of 6th and Market streets in Philadelphia, served as the first executive mansion. It stood mere feet from Independence Hall, where the nation adopted its lofty language regarding freedom.
The slavery exhibition at Independence Hall opened in December 2010. It was the first slavery memorial on federal land in U.S. history. Michael Yanow/NurPhoto via Getty Images
Years later, Judge described her narrow escape to Rev. Benjamin Chase in an interview for the abolitionist newspaper The Liberator. Judge told Chase, “I had friends among the colored people of Philadelphia, had my things carried there beforehand, and left Washington’s house while they were eating dinner.”
Prior to her escape, Judge served as a chambermaid in the President’s House. She spent years tending to Martha Washington’s every need: bathing and dressing her, grooming her hair, laundering her clothes, organizing her personal belongings, and even periodically caring for her children and grandchildren.
Being a chambermaid also included grueling daily tasks such as maintaining fires, emptying chamber pots and scrubbing floors.
Even though she engaged in this arduous labor as property of the Washingtons, living in Philadelphia provided Judge a glimpse of what freedom could eventually look like for her. Historians estimate that 5% to 9% of the city’s population at the time were free Black people. Prior to her escape, Judge befriended several of them.
In the spring of 1796, the Washingtons prepared to return to Virginia to resume private life. President Washington issued his farewell address in the fall of 1796, but he told family and close confidants of his plans earlier in the year.
During that time, Martha Washington made arrangements for their pending return to Mount Vernon. Her plans included bequeathing Ona Judge to her granddaughter, Elizabeth Parke Custis, as a wedding gift. Upon learning this, Judge made plans of her own.
In her interview with Chase she explained, “Whilst they were packing up to go to Virginia, I was packing to go, I didn’t know where; for I knew that if I went back to Virginia, I should never get my liberty.”
As a civil rights lawyer and professor in the Africology and African American Studies department at Temple University in Philadelphia, I study the intersection of race, racism and the law in the United States. I believe Judge’s story is vital to the telling of America’s history.
Before January 2026, those who wished to learn about Judge could literally stand on the same walkway in Philadelphia where Judge once stood when she chose to flee. Several footprints, shaped like a woman’s shoes and embedded into the pathway outside of where the President’s House once stood, memorialize the beginning of Judge’s journey. These footprints composed part of an exhibit examining the paradox between slavery, freedom and the nation’s founding.
The exhibit, “Freedom and Slavery in the Making of a New Nation,” also included 34 explanatory panels bolted onto brick walls along that sidewalk. They provided biographical details about the nine people the Washingtons owned while living in the presidential mansion. The exhibit presented the sobering reality that our nation’s first president enslaved people while he held the nation’s highest office.
These and other panels discussing the founders’ owning of slaves were removed in late January 2026, after an executive order issued by President Donald Trump in March 2025 called to eliminate materials deemed disparaging to the Founding Fathers or the legacy of the United States. Matthew Hatcher/Getty Images
This changed in late January when the National Park Service dismantled the slavery exhibit at Philadelphia Independence National Historic Park. The removal sparked intense, immediate outrage from people across the country dismayed by the attempt to suppress unfavorable aspects of American history.
Philadelphia Mayor Cherelle Parker responded swiftly. “Let me affirm, for the residents of the city of Philadelphia, that there is a cooperative agreement between the city and the federal government that dates back to 2006,” she said in a public statement. “That agreement requires parties to meet and confer if there are to be any changes made to an exhibit.”
The city of Philadelphia later sued Interior Secretary Doug Burgum and National Park Service acting Director Jessica Bowron. Pennsylvania subsequently filed an amicus brief in support of the city’s lawsuit.
Civil rights activist and Philadelphia-based attorney Michael Coard recently had an opportunity to visit and examine the exhibits in storage. Coard has led the fight to create and preserve the exhibit and now is at the center of the fight to restore it.
Philadelphia-based attorney Michael Coard, who helped lead the effort to create the exhibition, visited the site after its removal. AP Photo/Matt Rourke
Limiting discussion of race
While the court deliberates the future of the exhibits, critics continue to raise key concerns regarding the exhibit’s removal. Many argue the National Park Service’s dismantling of the exhibit is an attempt to “whitewash history” and erase stories like Ona Judge’s.
This is particularly the case considering the Trump administration has restored and reinstalled two Confederate monuments of Albert Pike in Washington, D.C., and Arlington National Cemetery, while removing the slavery exhibit in Philadelphia.
Similarly, during the first Trump administration, the federal government engaged in various efforts to counterbalance the 1619 Project, a project spearheaded by Pulitzer-winning journalist Nikole Hannah-Jones that discussed the 400th anniversary of slavery’s beginnings in America. The 1619 Project spawned yearslong backlash. This included the 1776 Commission, created during the first Trump administration, which tried to discredit the conclusions of the 1619 project.
This pattern has intensified as the United States prepares to celebrate the 250th anniversary of the framers signing the Declaration of Independence. As the nation celebrates its history, it must decide how much of it to explore.
In the face of widespread pessimism about the political fate of the United States and growing political polarization, scholars and citizens across the country are reimagining how American democracy could better serve the needs of the whole population.
In an October 2025 poll, a slight majority said that radical change is needed to make life better in America, compared to 32% who answered only small change is needed.
Reimagining a political system’s future effectively begins with the system’s foundation: how the populace chooses the people who will represent them and make collective decisions.
The U.S. Constitution mandates elected representatives in Congress to decide important questions, such as how to tax the population and spend that collective revenue. And they determine whether to go to war or to defend allies if they are invaded.
What would it take to make that electoral system become more responsive to citizens’ needs? How could it be fairer and more accurate in representing the entire electorate?
One answer is found in proportional representation, an electoral system used in most of the rest of the world’s established democracies. These systems elect multiple representatives in a district in proportion to the number of people who vote for them.
It examined evidence from other countries and concluded that proportional representation could provide more fair and accurate representation and more choice. Proportional representation could also help with the deep political polarization engulfing the United States.
How proportional representation works
This proposal would change the way Americans elect representatives to the U.S. House of Representatives and potentially to state legislatures.
Currently, the winner-take-all system in the U.S. works like this: States are divided into districts based on population and elect one representative to the House of Representatives per district. The winner is the person who gets the most votes. Most states also use this single-member district system to elect members of their state legislatures.
A proportional representation system has larger, multimember districts. Candidates are elected according to the share of votes they or their parties receive.
Different versions of proportional list systems exist. In one version called open list proportional representation, voters choose a candidate from party lists of nominated candidates or from lists of independent candidates.
So if the Good People Party, for example, wins 40% of the vote in a district with 10 members, it will get four seats. And the top four vote-winners on their list will be elected. If the Serious People Party wins 20% of the vote, it will get two seats, with the top two vote-getters on their list elected.
This method simultaneously serves the purpose of a primary election, allowing voters to choose among nominees from a party.
Another version of proportional representation also has multimember districts but uses ranked-choice voting to select the members, where voters rank candidates in order of preference. New Zealand and Australia changed to this system for some of their representative bodies in 1993 and 1948, respectively.
A September 2024 poll found that over half of Americans think the U.S. should change the way representatives are elected to the House of Representatives. SDI Productions
The advantages of proportional representation include outcomes where many more voters would live in a district with at least one of the elected officials representing their choice. That differs from the winner-take-all system where those on the losing side feel unrepresented, especially when the district is split 51% to 49%, for example.
Proportional representation opens the door to more choice because it becomes possible for a smaller party to win one seat out of five, for example. It would begin to break up the two-party system that currently forces some voters to choose the “lesser of two evils,” or to vote strategically against their most disliked party rather than for someone they want.
To be sure, proportional representation can lead to difficulty in forming a majority coalition. This happened in Belgium in 2010. It can also lead to situations where small, extremist parties can demand major concessions to join a larger party in forming a majority coalition, which Israel recently experienced.
Israel is often cited as a negative example of proportional representation. But the country remains unusual in that its extreme electoral system includes the entire country as one large district with 120 seats, so that many small parties can be elected.
Research indicates that districts with three to eight members are ideal to provide more accurate representation without overly fragmenting the party system.
In the U.S. it’s more likely that proportional representation would allow for different factions of the existing parties to be represented. Imagine a five-seat district that elects one MAGA Republican, one traditional Republican, one progressive Democrat, one centrist Democrat and one third-party or independent candidate. This would begin to break down the polarization and allow for different coalitions to form across different issues.
Changing the system to elect House members does not require a constitutional amendment. The Constitution allows states to determine the manner of elections.
In a bloc system, voters get as many votes as there are seats in that district. So in a five-seat district, each voter gets five votes instead of only one vote in a proportional system. A majority group, say whites, could thus choose to vote for only white candidates and win across the board, locking out any minority candidate from winning. The repeal could include a prohibition on returning to that bloc system.
Proportional representation would require that lawmakers who hold their seats under the current system agree to change the 1967 law. And they may be reluctant to change to a system that would give voters more choice.
But interviews with retiring lawmakers show their frustration with the dysfunction and toxicity of the current Congress. And some lawmakers are pushing for a committee to study how changes to the electoral system could create a better-functioning Congress.
Additionally, there is growing support for electoral reform in the U.S. A September 2024 poll found that over half of Americans think the U.S. should change the way we elect representatives to Congress. And 63% believe the country would be better off with more than two competitive parties.
One U.S. city – Portland, Oregon – recently moved to proportional representation. The Portland City Council that took office in 2025 has greater gender, minority and neighborhood representation than in the past, even if it experienced some initial difficulty in forming a majority coalition. And Cambridge, Massachusetts, has used proportional representation since 1941, where 95% of voters see one of their top three choices elected.
States and municipalities could thus become laboratories of innovation, experimenting with different versions of proportional representation and providing models and momentum for a national-level change. And the country could begin not only to reimagine but to experience a different democracy that serves all.
Jennifer Lynn McCoy receives funding from the Carnegie Corporation for an Andrew Carnegie fellowship on depolarization as well as the Institute for Humane Studies.. She is Regent’s Professor of Political Science at Georgia State University and a nonresident scholar at the Carnegie Endowment for International Peace.