Les néo-nazis n’ont pas attendu Internet pour s’organiser en ligne

Source: The Conversation – in French – By Michelle Lynn Kahn, Associate Professor of History, University of Richmond

Avant l’ère d’Internet, l’extrême droite la plus radicale utilisait déjà la propagande imprimée et les premiers ordinateurs pour se connecter et recruter. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle et le Web sont ses nouvelles armes pour atteindre un public mondialisé.


Comment la société peut-elle contrôler la propagation mondiale de l’extrémisme d’extrême droite en ligne tout en protégeant la liberté d’expression ? C’est une question à laquelle les décideurs politiques et les organisations de surveillance ont déjà été confrontés dans les années 1980 et 1990 – et elle n’a pas disparu.

Des décennies avant l’intelligence artificielle, Telegram et les streams du nationaliste blanc Nick Fuentes, les extrémistes d’extrême droite avaient déjà adopté les premiers ordinateurs personnels et Internet. Ces nouvelles technologies leur offraient un bastion de liberté d’expression et une plate-forme mondiale. Ils pouvaient y diffuser leur propagande, répandre la haine, inciter à la violence et gagner des adeptes dans le monde entier comme jamais auparavant.

Avant l’ère numérique, les extrémistes d’extrême droite se radicalisaient principalement entre eux grâce à la propagande imprimée. Ils rédigeaient leurs propres bulletins et réimprimaient des textes d’extrême droite tels que le Mein Kampf d’Adolf Hitler ou Les Carnets de Turner de l’Américain néonazi William Pierce, une œuvre de fiction dystopique décrivant une guerre raciale. Ils envoyaient ensuite cette propagande à leurs partisans, tant dans leur pays qu’à l’étranger.

Je suis historienne et j’étudie les néonazis et l’extrémisme d’extrême droite. Comme mes recherches le montrent, la plupart de la propagande néonazie saisie en Allemagne entre les années 1970 et 1990 provenait des États-Unis. Les néonazis américains exploitaient leur liberté d’expression garantie par le Premier Amendement pour contourner les lois allemandes sur la censure. Les néonazis allemands reprenaient ensuite cette propagande imprimée et la distribuaient dans tout le pays.

Cette stratégie n’était cependant pas infaillible. La propagande imprimée pouvait se perdre dans le courrier ou être confisquée, notamment lors de son arrivée en Allemagne. La production et l’expédition étaient également coûteuses et chronophages, et les organisations d’extrême droite manquaient souvent de personnel et de moyens financiers.

Passage au numérique

Les ordinateurs, qui se sont démocratisés en 1977, promettaient de résoudre ces problèmes. En 1981, Matt Koehl, dirigeant du National Socialist White People’s Party aux États-Unis, sollicite des dons pour « aider le parti à entrer dans l’ère informatique ». Le néonazi américain Harold Covington réclame, lui, une imprimante, un scanner et un « PC performant » capable de faire tourner le logiciel de traitement de texte WordPerfect. « Nos multiples ennemis possèdent déjà cette technologie », note-t-il alors, en faisant référence aux Juifs et aux responsables gouvernementaux.

Rapidement, les extrémistes d’extrême droite ont trouvé comment connecter leurs ordinateurs entre eux. Ils utilisaient pour cela des Bulletin board system (pour systèmes de tableaux d’affichage en ligne), ou BBS, un précurseur d’Internet. Le BBS était hébergé sur un ordinateur personnel, et d’autres ordinateurs pouvaient se connecter à lui via un modem et un logiciel, permettant aux utilisateurs d’échanger messages, documents et logiciels.

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Après que les ordinateurs personnels sont devenus courants, mais avant l’avènement d’Internet, les gens se connectaient en ligne via des systèmes de tableaux d’affichage appelés BBS.
Blake Patterson/Flickr, CC BY

Avec les BBS, toute personne souhaitant accéder à la propagande d’extrême droite pouvait simplement allumer son ordinateur et composer le numéro de téléphone annoncé par une organisation. Une fois connectée, elle pouvait lire les publications publiques, échanger des messages et télécharger ou téléverser des fichiers.

Le premier système de tableaux d’affichage d’extrême droite, le Aryan Nations Liberty Net, a été créé en 1984 par Louis Beam, un membre haut placé du Ku Klux Klan et des Aryan Nations. Beam expliquait : « Imaginez, si vous le pouvez, un seul ordinateur auquel tous les dirigeants et stratèges du mouvement patriotique sont connectés. Imaginez encore que tout patriote du pays puisse accéder à cet ordinateur à volonté afin de bénéficier de tout le savoir et de toute l’expérience accumulés par les dirigeants. “Un jour peut-être”, direz-vous ? Et pourquoi pas aujourd’hui ? »

Puis sont apparus des jeux néonazis violents pour ordinateurs. Les néonazis aux États-Unis et ailleurs pouvaient téléverser et télécharger ces jeux via les BBS, les copier sur des disquettes et les distribuer largement, notamment aux enfants.

Dans le jeu allemand KZ Manager, les joueurs incarnaient un commandant d’un camp de concentration nazi qui assassinait des Juifs, des Sintés et des Roms ainsi que des immigrants turcs. Un sondage du début des années 1990 révélait que 39 % des lycéens autrichiens connaissaient l’existence de tels jeux et que 22 % en avaient déjà vu.

Arrivée du Web

Au milieu des années 1990, avec l’arrivée du World Wide Web plus facile d’accès, les BBS ont perdu de leur popularité. Le premier site majeur de haine raciale sur Internet, Stormfront, a été fondé en 1995 par le suprémaciste blanc américain Don Black. L’organisation de défense des droits civiques Southern Poverty Law Center a établi que près de 100 meurtres étaient liés à Stormfront.

En 2000, le gouvernement allemand avait découvert et interdit plus de 300 sites web allemands à contenu d’extrême droite – soit une multiplication par dix en seulement quatre ans.

En réponse, les suprémacistes blancs américains ont de nouveau exploité leurs droits à la liberté d’expression pour contourner les interdictions de censure allemandes. Ils ont offert aux radicaux d’extrême droite du monde entier la possibilité d’héberger leurs sites web en toute sécurité et anonymat sur des serveurs américains non régulés – une stratégie qui perdure encore aujourd’hui.

L’IA, nouvelle frontière

La prochaine frontière pour les radicaux d’extrême droite est l’IA. Ils utilisent des outils d’intelligence artificielle générative pour créer de la propagande ciblée, manipuler images, sons et vidéos, et échapper à la détection. Le réseau social d’extrême droite Gab a même créé un chatbot Hitler avec lequel les utilisateurs peuvent discuter.

Des chatbots adoptent également les vues d’extrême droite des utilisateurs des réseaux sociaux. Grok, le chatbot d’Elon Musk, s’est récemment appelé MechaHitler, a diffusé des propos antisémites et a nié l’Holocauste.

Lutte contre l’extrémisme

Combattre la haine en ligne est une urgence mondiale. Cela nécessite une coopération internationale étroite entre gouvernements, organisations non gouvernementales, associations de surveillance, communautés et entreprises technologiques.

Les radicaux d’extrême droite sont depuis longtemps à la pointe de l’exploitation des avancées technologiques et de la liberté d’expression. Les efforts pour contrer cette radicalisation doivent constamment tenter de garder une longueur d’avance sur leurs innovations technologiques.

The Conversation

Michelle Lynn Kahn a reçu des financements du National Humanities Center, du United States Holocaust Memorial Museum, de l’American Historical Association et des American Jewish Archives.

ref. Les néo-nazis n’ont pas attendu Internet pour s’organiser en ligne – https://theconversation.com/les-neo-nazis-nont-pas-attendu-internet-pour-sorganiser-en-ligne-272356

Jusqu’au XIXᵉ siècle, les sociétés islamiques ont célébré l’amour homoérotique dans leur littérature. Que s’est-il passé ensuite ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Morteza Hajizadeh, Hajizadeh, University of Auckland, Waipapa Taumata Rau

L’homoérotisme était très présent dans la littérature arabe, turque ou perse, comme ici dans une illustration tirée du _Shâhnâmeh_ (_Livre des rois_), de Ferdowsi, au XI<sup>e</sup>&nbsp;siècle. Library of Congress, CC BY-SA

De Rûmî à Hafez, l’amour homoérotique a nourri l’imaginaire spirituel islamique. Son effacement brutal, au tournant des XIXᵉ et XXᵉ siècles, révèle l’impact profond des valeurs victoriennes importées en terres d’islam.


Pendant des siècles, la littérature issue des régions islamiques, en particulier d’Iran, a célébré l’amour homoérotique masculin comme un symbole de beauté, de mysticisme et de désir spirituel. Ces attitudes étaient particulièrement marquées durant l’âge d’or de l’islam, du milieu du VIIIᵉ siècle au milieu du XIIIᵉ siècle.

Mais cette tradition littéraire a progressivement disparu à la fin du XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle, sous l’influence des valeurs occidentales et de la colonisation.

Le droit islamique et la licence poétique

Les attitudes à l’égard de l’homosexualité dans les sociétés islamiques anciennes étaient complexes. D’un point de vue théologique, l’homosexualité a commencé à être désapprouvée au VIIe siècle, dès la révélation du Coran au prophète de l’islam, Mohammed.

Cependant, la diversité des attitudes et des interprétations religieuses laissait place à une certaine marge de manœuvre. Les sociétés islamiques médiévales des classes supérieures acceptaient souvent ou toléraient les relations homosexuelles. La littérature classique d’Égypte, de Turquie, d’Iran et de Syrie suggère que toute interdiction de l’homosexualité était fréquemment appliquée avec clémence.

Même dans les cas où le droit islamique condamnait l’homosexualité, les juristes autorisaient les expressions poétiques de l’amour entre hommes, en soulignant le caractère fictif du vers. La composition de poésie homoérotique permettait ainsi à l’imagination littéraire de s’épanouir dans des limites morales.

Les littératures classiques arabe, turque et persane de l’époque faisaient une place à une poésie homoérotique célébrant l’amour sensuel entre hommes. Cette tradition a été portée par des poètes tels que l’Arabe Abû Nuwâs, les maîtres persans Saadi, Hafez et Rûmî, ainsi que les poètes turcs Bâkî et Nedîm, qui, tous, célébraient la beauté et l’attrait de l’aimé masculin.

Dans la poésie persane, les pronoms masculins pouvaient être utilisés pour décrire aussi bien des aimés masculins que féminins. Cette ambiguïté linguistique contribuait à légitimer davantage encore l’homoérotisme littéraire.

Une forme de désir mystique

Dans le soufisme – une forme de croyance et de pratique mystiques de l’islam apparue durant l’âge d’or de l’islam –, les thèmes de l’amour entre hommes étaient souvent utilisés comme symbole de transformation spirituelle. Comme le professeur d’histoire et d’études religieuses Shahzad Bashir le montre, les récits soufis présentent le corps masculin comme le principal vecteur de la beauté divine.

Dans le soufisme, l’autorité religieuse se transmet par la proximité physique entre un guide spirituel, ou cheikh (Pir Murshid), et son disciple (Murid).

La relation entre le cheikh et le disciple mettait en scène le paradigme de l’amant et de l’aimé, fondamental dans la pédagogie soufie : les disciples s’approchaient de leurs guides avec le même désir, le même abandon et la même vulnérabilité extatique que celle exprimée dans la poésie amoureuse persane.

La littérature suggère que les communautés soufies se sont structurées autour d’une forme d’affection homoérotique, utilisant la beauté et le désir comme métaphores pour accéder à la réalité cachée.

Ainsi, le maître saint devenait le reflet de la radiance divine, et l’élan du disciple signifiait l’ascension de l’âme. Dans ce cadre, l’amour masculin incarné devenait un vecteur d’anéantissement spirituel et de renaissance sur la voie soufie.

L’amour légendaire entre le sultan Mahmud de Ghazni et son esclave masculin Ayaz en offre un exemple parfait. Submergé par la vision de la beauté d’Ayaz nu dans un bain, le sultan Mahmud confesse :

Alors que je n’avais vu que ton visage, j’ignorais tout de tes membres. À présent, je les vois tous, et mon âme brûle de cent feux. Je ne sais lequel aimer davantage.

Dans d’autres récits, Ayaz se propose volontairement de mourir de la main de Mahmud, symbolisant la transformation spirituelle par l’anéantissement de l’ego.

Cette œuvre du XVIIᵉ siècle montre le sultan Mahmud (en robe rouge), à droite, serrant la main d’un cheikh, tandis qu’Ayaz (en robe verte) se tient derrière lui.
Wikimedia

La relation entre Rûmî et Shams de Tabriz, deux soufis persans du XIIIe siècle, constitue un autre exemple d’amour mystique entre hommes.

Dans un récit rapporté par leurs disciples, les deux hommes se retrouvent après une longue période de transformation spirituelle, s’embrassent, puis tombent aux pieds l’un de l’autre.

La poésie de Rûmî brouille la frontière entre dévotion spirituelle et attirance érotique, tandis que Shams remet en cause l’idée d’une pureté idéalisée :

Pourquoi regarder le reflet de la lune dans un bol d’eau, quand on peut regarder la chose elle-même dans le ciel ?

Les thèmes homoérotiques étaient si courants dans la poésie persane classique que des critiques iraniens ont affirmé :

La littérature lyrique persane est fondamentalement une littérature homosexuelle.

L’essor des valeurs occidentales

À la fin du XIXe siècle, écrire de la poésie célébrant la beauté et le désir masculins est devenu tabou, non pas tant en raison d’injonctions religieuses que sous l’effet des influences occidentales.

Les puissances coloniales britannique et française ont importé une morale victorienne, l’hétéronormativité et des lois antisodomie dans des pays comme l’Iran, la Turquie et l’Égypte. Sous leur influence, les traditions homoérotiques de la littérature persane ont été stigmatisées.

Le colonialisme a amplifié ce basculement, en présentant l’homoérotisme comme « contre nature ». Ce mouvement a été encore renforcé par l’application stricte des lois islamiques, ainsi que par des agendas nationalistes et moralistes.

Des publications influentes telles que Molla Nasreddin (publiée de 1906 à 1933) ont introduit des normes occidentales et tourné en dérision le désir entre personnes de même sexe, en l’assimilant à la pédophilie.

Les modernisateurs nationalistes iraniens ont mené des campagnes visant à purger les textes homoérotiques, les présentant comme des vestiges d’un passé « pré-moderne ». Même des poètes classiques tels que Saadi et Hafez ont été requalifiés ou censurés dans les histoires littéraires iraniennes à partir de 1935.

Un millénaire de libertinage poétique a alors cédé la place au silence, et la censure a effacé l’amour masculin de la mémoire littéraire.

The Conversation

Morteza Hajizadeh ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Jusqu’au XIXᵉ siècle, les sociétés islamiques ont célébré l’amour homoérotique dans leur littérature. Que s’est-il passé ensuite ? – https://theconversation.com/jusquau-xix-siecle-les-societes-islamiques-ont-celebre-lamour-homoerotique-dans-leur-litterature-que-sest-il-passe-ensuite-272764

Du chatbot du pape au canard de Vaucanson, les croyances derrière l’intelligence artificielle ne datent pas d’hier

Source: The Conversation – France in French (2) – By Michael Falk, Senior Lecturer in Digital Studies, The University of Melbourne

Le feu de Prométhée, un mythe qui explique en partie le succès du narratif entourant l’IA. Public domain, via Wikimedia Commons

Des mythes antiques à la tête parlante du pape, de Prométhée aux algorithmes modernes, l’intelligence artificielle (IA) puise dans notre fascination intemporelle pour la création et le pouvoir de la connaissance.


Il semble que l’engouement pour l’intelligence artificielle (IA) ait donné naissance à une véritable bulle spéculative. Des bulles, il y en a déjà eu beaucoup, de la tulipomanie du XVIIe siècle à celle des subprimes du XXIe siècle. Pour de nombreux commentateurs, le précédent le plus pertinent aujourd’hui reste la bulle Internet des années 1990. À l’époque, une nouvelle technologie – le World Wide Web – avait déclenché une vague d’« exubérance irrationnelle ». Les investisseurs déversaient des milliards dans n’importe quelle entreprise dont le nom contenait « .com ».

Trois décennies plus tard, une autre technologie émergente déclenche une nouvelle vague d’enthousiasme. Les investisseurs injectent à présent des milliards dans toute entreprise affichant « IA » dans son nom. Mais il existe une différence cruciale entre ces deux bulles, qui n’est pas toujours reconnue. Le Web existait. Il était bien réel. L’intelligence artificielle générale, elle, n’existe pas, et personne ne sait si elle existera un jour.

En février, le PDG d’OpenAI, Sam Altman, écrivait sur son blog que les systèmes les plus récents commencent tout juste à « pointer vers » l’IA dans son acception « générale ». OpenAI peut commercialiser ses produits comme des « IA », mais ils se réduisent à des machines statistiques qui brassent des données, et non des « intelligences » au sens où on l’entend pour un être humain.

Pourquoi, dès lors, les investisseurs sont-ils si prompts à financer ceux qui vendent des modèles d’IA ? L’une des raisons tient peut-être au fait que l’IA est un mythe technologique. Je ne veux pas dire par là qu’il s’agit d’un mensonge, mais que l’IA convoque un récit puissant et fondateur de la culture occidentale, celui des capacités humaines de création. Peut-être les investisseurs sont-ils prêts à croire que l’IA est pour demain, parce qu’elle puise dans des mythes profondément ancrés dans leur imaginaire ?

Le mythe de Prométhée

Le mythe le plus pertinent pour penser l’IA est celui de Prométhée, issu de la Grèce antique. Il en existe de nombreuses versions, mais les plus célèbres se trouvent dans les poèmes d’Hésiode, la Théogonie et les Travaux et les Jours, ainsi que dans la pièce Prométhée enchaîné, traditionnellement attribuée à Eschyle.

Prométhée était un Titan, un dieu du panthéon grec antique. C’était aussi un criminel, coupable d’avoir dérobé le feu à Héphaïstos, le dieu forgeron. Dissimulé dans une tige de fenouil, le feu fut apporté sur Terre par Prométhée, qui l’offrit aux humains. Pour le punir, il fut enchaîné à une montagne, où un aigle venait chaque jour lui dévorer le foie.

Le don de Prométhée n’était pas seulement celui du feu ; c’était celui de l’intelligence. Dans Prométhée enchaîné, il affirme qu’avant son don, les humains voyaient sans voir et entendaient sans entendre. Après celui-ci, ils purent écrire, bâtir des maisons, lire les étoiles, pratiquer les mathématiques, domestiquer les animaux, construire des navires, inventer des remèdes, interpréter les rêves et offrir aux dieux des sacrifices appropriés.

Le mythe de Prométhée est un récit de création d’un genre particulier. Dans la Bible hébraïque, Dieu ne confère pas à Adam le pouvoir de créer la vie. Prométhée, en revanche, transmet aux humains une part du pouvoir créateur des dieux.

Hésiode souligne cet aspect du mythe dans la Théogonie. Dans ce poème, Zeus ne punit pas seulement Prométhée pour le vol du feu ; il châtie aussi l’humanité. Il ordonne à Héphaïstos d’allumer sa forge et de façonner la première femme, Pandore, qui déchaîne le mal sur le monde. Or le feu qu’Héphaïstos utilise pour créer Pandore est le même que celui que Prométhée a offert aux humains.

Prométhée façonnant le premier homme, dans une gravure du XVIIIᵉ siècle
Prométhée façonnant le premier homme, dans une gravure du XVIIIᵉ siècle.
Wikimedia

Les Grecs ont avancé l’idée que les humains sont eux-mêmes une forme d’intelligence artificielle. Prométhée et Héphaïstos recourent à la technique pour fabriquer les hommes et les femmes. Comme le montre l’historienne Adrienne Mayor dans son ouvrage Gods and Robots, les Anciens représentaient souvent Prométhée comme un artisan, utilisant des outils ordinaires pour créer des êtres humains dans un atelier tout aussi banal.

Si Prométhée nous a donné le feu des dieux, il semble logique que nous puissions utiliser ce feu pour fabriquer nos propres êtres intelligents. De tels récits abondent dans la littérature grecque antique, de l’inventeur Dédale, qui créa des statues capables de prendre vie, à la magicienne Médée, qui savait rendre la jeunesse et la vigueur grâce à ses drogues ingénieuses. Les inventeurs grecs ont également conçu des calculateurs mécaniques pour l’astronomie ainsi que des automates remarquables, mues par la gravité, l’eau et l’air.

Le pape et le chatbot

Deux mille sept cents ans se sont écoulés depuis qu’Hésiode a consigné pour la première fois le mythe de Prométhée. Au fil des siècles, ce récit a été repris sans relâche, en particulier depuis la publication, en 1818, de Frankenstein ; ou le Prométhée moderne de Mary Shelley.

Mais le mythe n’est pas toujours raconté comme une fiction. Voici deux exemples historiques où le mythe de Prométhée semble s’être incarné dans la réalité.

Gerbert d’Aurillac fut le Prométhée du Xe siècle. Né au début des années 940 de notre ère, il étudia à l’abbaye d’Aurillac avant de devenir moine à son tour. Il entreprit alors de maîtriser toutes les branches du savoir connues de son temps. En 999, il fut élu pape. Il mourut en 1003 sous son nom pontifical de Sylvestre II.

Des rumeurs sur Gerbert se répandirent rapidement à travers l’Europe. Moins d’un siècle après sa mort, sa vie était déjà devenue légendaire. L’une des légendes les plus célèbres, et la plus pertinente à l’ère actuelle de l’engouement pour l’IA, est celle de la « tête parlante » de Gerbert. Cette légende fut racontée dans les années 1120 par l’historien anglais Guillaume de Malmesbury dans son ouvrage reconnu et soigneusement documenté, la Gesta Regum Anglorum (Les actions des rois d’Angleterre).

Gerbert possédait des connaissances approfondies en astronomie, une science de la prévision. Les astronomes pouvaient utiliser l’astrolabe pour déterminer la position des étoiles et prévoir des événements cosmiques, comme les éclipses. Selon Guillaume, Gerbert aurait mis son savoir en astronomie au service de la création d’une tête parlante. Après avoir observé les mouvements des étoiles et des planètes, il aurait façonné une tête en bronze capable de répondre à des questions par « oui » ou par « non ».

Gerbert posa d’abord la question : « Deviendrai-je pape ? »

« Oui », répondit la tête.

Puis il demanda : « Mourrai-je avant d’avoir célébré la messe à Jérusalem ? »

« Non », répondit la tête.

Dans les deux cas, la tête avait raison, mais pas comme Gerbert l’avait prévu. Il devint bien pape et évita judicieusement de partir en pèlerinage à Jérusalem. Un jour cependant, il célébra la messe à la basilique Sainte-Croix-de-Jérusalem à Rome. Malheureusement pour lui, la basilique était alors simplement appelée « Jérusalem ».

Gerbert tomba malade et mourut. Sur son lit de mort, il demanda à ses serviteurs de découper son corps et de disperser les morceaux, afin de rejoindre son véritable maître, Satan. De cette manière, il fut, à l’instar de Prométhée, puni pour avoir volé le feu.

Le pape Sylvestre II et le Diable.
Wikimedia

C’est une histoire fascinante. On ne sait pas si Guillaume de Malmesbury y croyait vraiment. Mais il s’est bel et bien efforcé de persuader ses lecteurs que cela était plausible. Pourquoi ce grand historien, attaché à la vérité, aurait-il inséré une légende fantaisiste sur un pape français dans son histoire de l’Angleterre ? Bonne question !

Est-ce si extravagant de croire qu’un astronome accompli puisse construire une machine de prédiction à usage général ? À l’époque, l’astronomie était la science de la prédiction la plus puissante. Guillaume, sobre et érudit, était au moins disposé à envisager que des avancées brillantes en astronomie pourraient permettre à un pape de créer un chatbot intelligent.

Aujourd’hui, cette même possibilité est attribuée aux algorithmes d’apprentissage automatique, capables de prédire sur quelle publicité vous cliquerez, quel film vous regarderez ou quel mot vous taperez ensuite. Il est compréhensible que nous tombions sous le même sortilège.

L’anatomiste et l’automate

Le Prométhée du XVIIIe siècle fut Jacques de Vaucanson, du moins si l’on en croit Voltaire :

Le hardi Vaucanson, rival de Prométhée,
Semblait, de la nature imitant les ressorts
Prendre le feu des cieux pour animer les corps.

Jacques de Vaucanson, par Joseph Boze (1784).
Wikimedia

Vaucanson était un grand mécanicien, célèbre pour ses automates, des dispositifs à horlogerie reproduisant de manière réaliste l’anatomie humaine ou animale. Les philosophes de l’époque considéraient le corps comme une machine – alors pourquoi un mécanicien n’aurait-il pu en construire une ?

Parfois, les automates de Vaucanson avaient aussi une valeur scientifique. Il construisit par exemple un « Flûteur automate » doté de lèvres, de poumons et de doigts, capable de jouer de la flûte traversière de façon très proche de celle d’un humain. L’historienne Jessica Riskin explique dans son ouvrage The Restless Clock que Vaucanson dut faire d’importantes découvertes en acoustique pour que son flûtiste joue juste.

Parfois, ses automates étaient moins scientifiques. Son « Canard digérateur » connut un immense succès, mais se révéla frauduleux. Il semblait manger et digérer de la nourriture, mais ses excréments étaient en réalité des granulés préfabriqués dissimulés dans le mécanisme.

Vaucanson consacra des décennies à ce qu’il appelait une « anatomie en mouvement ». En 1741, il présenta à l’Académie de Lyon un projet visant à construire une « imitation de toutes les opérations animales ». Vingt ans plus tard, il s’y remit. Il obtint le soutien du roi Louis XV pour réaliser une simulation du système circulatoire et affirma pouvoir construire un corps artificiel complet et vivant.

Trois automates de Vaucanson, le Flûteur automate, le Canard digérateur et le Berger provençal.
Wikimedia

Il n’existe aucune preuve que Vaucanson ait jamais achevé un corps entier. Finalement, il ne put tenir la promesse que soulevait sa réputation. Mais beaucoup de ses contemporains croyaient qu’il en était capable. Ils voulaient croire en ses mécanismes magiques. Ils souhaitaient qu’il s’empare du feu de la vie.

Si Vaucanson pouvait fabriquer un nouveau corps humain, ne pourrait-il pas aussi en réparer un existant ? C’est la promesse de certaines entreprises d’IA aujourd’hui. Selon Dario Amodei, PDG d’Anthropic, l’IA permettra bientôt aux gens « de vivre aussi longtemps qu’ils le souhaitent ». L’immortalité semble un investissement séduisant.

Sylvestre II et Vaucanson furent de grands maîtres de la technologie, mais aucun des deux ne fut un Prométhée. Ils ne volèrent nul feu aux dieux. Les aspirants Prométhée de la Silicon Valley réussiront-ils là où leurs prédécesseurs ont échoué ? Si seulement nous avions la tête parlante de Sylvestre II, nous pourrions le lui demander.

The Conversation

Michael Falk a reçu des financements de l’Australian Research Council.

ref. Du chatbot du pape au canard de Vaucanson, les croyances derrière l’intelligence artificielle ne datent pas d’hier – https://theconversation.com/du-chatbot-du-pape-au-canard-de-vaucanson-les-croyances-derriere-lintelligence-artificielle-ne-datent-pas-dhier-272357

Soin des cheveux, des dents… Ce que les traces biochimiques laissées par les lecteurs de la Renaissance disent de la médecine de l’époque

Source: The Conversation – France in French (3) – By Stefan Hanß, Professor of Early Modern History, University of Manchester

Grâce à une technique de pointe, les chercheurs ont pu analyser les traces biologiques laissées par les lecteurs en annotant les livres. Wellcome Collection

Les livres médicaux de la Renaissance ne sont pas seulement des textes anciens : ils portent aussi les traces invisibles de ceux qui les ont manipulés. Des chercheurs ont découvert des protéines et autres indices biologiques qui révèlent les pratiques et expérimentations médicales du XVIᵉ siècle.


Et si le papier des pages d’un vieux livre pouvait nous dire qui les a touchées, quels remèdes furent préparés et même comment les corps réagirent aux traitements ?

Les livres de recettes médicales de la Renaissance regorgent de notes manuscrites laissées par des lecteurs qui ont testé des remèdes contre des problèmes allant de la calvitie au mal de dents. Pendant des années, les historiens ont étudié ces annotations pour comprendre comment on expérimentait la médecine autrefois. Nos recherches récentes vont plus loin. Avec mes collègues, nous avons mis au point une méthode permettant de lire non seulement les mots inscrits sur ces pages, mais aussi les traces biologiques invisibles laissées par les personnes qui les ont utilisées.

Des milliers de manuscrits et de livres imprimés ont survécu de l’Europe de la Renaissance, consignant des recettes médicales employées dans la vie quotidienne. Il ne s’agissait pas de volumes rares ou réservés à une élite. Beaucoup étaient des « best-sellers » médicaux, largement diffusés, puis personnalisés par des lecteurs qui ajoutaient des notes dans les marges. Quelles recettes fonctionnaient le mieux ? Quels ingrédients pouvaient être remplacés ou améliorés ? Loin d’être des textes figés, ces livres étaient des documents de travail. La Renaissance fut une période d’innovation médicale, nourrie par des expérimentations pratiques maintes fois répétées.

Pour la première fois, nous avons pu prélever et analyser des protéines invisibles laissées sur les pages de ces livres par les personnes qui les ont manipulés.

Ce travail relève d’une véritable enquête biochimique. Chaque fois qu’un lecteur du XVIᵉ siècle touchait une page, il y déposait de minuscules traces d’acides aminés, les éléments constitutifs des protéines. Ces traces peuvent aujourd’hui être prélevées grâce à des films spécialisés produits par SpringStyle Tech Design, qui soulèvent délicatement la matière à la surface du papier sans l’endommager. Nous avons échantillonné des livres médicaux allemands du XVIᵉ siècle, aujourd’hui conservés à la bibliothèque John-Rylands de l’Université de Manchester. Les échantillons de protéines ont été analysés dans des laboratoires des universités de York et d’Oxford tandis que le laboratoire d’imagerie de la Rylands a utilisé des techniques avancées pour restituer des textes effacés ou devenus illisibles.

Se concentrer sur des livres est essentiel. Comme ces volumes ont été produits en plusieurs exemplaires, il est possible de comparer les traces biochimiques entre des textes similaires, ce qui nous aide à distinguer ce que le livre prescrivait de ce que les lecteurs faisaient réellement avec lui.

Cette approche combinée nous a permis de recueillir des informations remarquables sur les personnes qui utilisaient ces livres, les substances qu’elles manipulaient et les remèdes qu’elles préparaient. Lue en parallèle des sources d’archives, elle offre un éclairage nouveau sur le fonctionnement concret de la médecine de la Renaissance dans la vie quotidienne.

Sur des pages recommandant des remèdes précis, nous avons identifié des traces protéiques provenant justement des ingrédients mentionnés dans les recettes. On trouve des traces de cresson de fontaine, de hêtre européen et de romarin à côté d’instructions visant à traiter la perte de cheveux ou à stimuler la croissance des cheveux et de la barbe.

Cette attention portée aux cheveux n’a rien de surprenant. Avec l’essor du portrait et l’expansion du commerce des peignes et des miroirs, les barbes et les nouvelles coiffures sont devenues à la mode à la Renaissance. Les cheveux étaient alors très visibles, chargés de sens social et étroitement liés aux conceptions de la santé et de la masculinité.

Recettes répugnantes

Certaines découvertes se sont révélées plus déroutantes. À proximité d’une recette proposant un traitement extrême contre la calvitie, nous avons détecté des traces d’excréments humains.

Cela correspond étroitement aux conceptions de la Renaissance sur les cheveux. Dans la pensée médicale médiévale et du début de l’époque moderne, les cheveux étaient considérés comme une excrétion du corps, au même titre que la sueur, les matières fécales ou les ongles. Comme l’ont formulé crûment certains chercheurs, « les cheveux, c’était de la merde ». Dans cette perspective, utiliser des déchets humains pour traiter les cheveux n’avait rien de grotesque, mais relevait d’une logique cohérente.

Nous avons également identifié des protéines provenant de plantes à fleurs jaune vif à proximité de recettes destinées à teindre les cheveux en blond. Ces plantes ne figuraient pas parmi les ingrédients mentionnés par écrit. Leur présence suggère que les lecteurs expérimentaient au-delà des instructions figurant sur la page, guidés par le symbolisme des couleurs et par des propriétés médicinales supposées. Ici, l’expérimentation devient visible non seulement dans les notes marginales, mais aussi dans l’archive biologique elle-même.

D’autres traces protéiques indiquent l’utilisation de lézards dans des remèdes capillaires. Dans la philosophie naturelle de la Renaissance, les lézards étaient classés parmi les animaux poïkilothermes, c’est-à-dire dont la température corporelle varie en fonction de l’environnement. On pensait que la croissance des cheveux dépendait de la chaleur interne du corps. Une augmentation de cette chaleur était censée stimuler la pousse des cheveux, tandis qu’un excès pouvait les détruire. La présence de protéines de lézard suggère que les praticiens testaient activement ces théories concurrentes en transformant des matières animales en remèdes.

Des dents d’hippopotame

Citons ensuite l’hippopotame. Nous avons retrouvé des protéines correspondant à des éléments provenant d’hippopotames sur des pages traitant de problèmes dentaires. Dans les marges, les lecteurs se plaignaient de dents malodorantes, de maux de dents et de pertes dentaires. Dans la médecine de la Renaissance, l’os d’hippopotame était censé renforcer les dents et les gencives et était parfois utilisé pour fabriquer des dentiers. Sa présence suggère que les lecteurs allemands des XVIᵉ et XVIIᵉ siècles avaient accès à des matériaux médicaux exotiques, échangés sur de longues distances.

Nos méthodes combinent une lecture historique approfondie avec l’analyse en laboratoire, permettant aux historiens d’étudier la pratique médicale d’une manière jusqu’alors impossible. Elles réunissent des formes de preuves habituellement séparées : textes, corps et matériaux.

Peut-être plus intrigant encore, nous avons identifié des protéines aux fonctions antimicrobiennes, y compris des molécules couramment impliquées dans les réponses immunitaires humaines, telles que celles liées à l’inflammation et à la défense contre les bactéries. Ces protéines aident le corps à lutter contre les infections. Leur présence suggère que les personnes manipulant ces livres ne se contentaient pas de préparer des remèdes, mais étaient elles-mêmes en train de tomber malades ou de guérir, laissant derrière elles des traces d’activité immunitaire.

Dans ce sens, il est possible d’entrevoir des systèmes immunitaires réagissant à la maladie et au traitement directement sur les pages. Nous commençons à peine à comprendre ce que ces preuves peuvent révéler, mais ce travail ouvre des voies entièrement nouvelles pour étudier la manière dont la médecine de la Renaissance était pratiquée, testée et vécue.

The Conversation

Cette recherche a été financée par une bourse pilote du John Rylands Research Institute 2020–21 (chercheur principal : Stefan Hanß) et résulte de discussions interdisciplinaires initiées lors de l’événement financé par la British Academy « Microscopic Records : The New Interdisciplinarity of Early Modern Studies, c. 1400–1800 » (British Academy Rising Star Engagement Award BARSEA 19190084, chercheur principal : Stefan Hanß.

ref. Soin des cheveux, des dents… Ce que les traces biochimiques laissées par les lecteurs de la Renaissance disent de la médecine de l’époque – https://theconversation.com/soin-des-cheveux-des-dents-ce-que-les-traces-biochimiques-laissees-par-les-lecteurs-de-la-renaissance-disent-de-la-medecine-de-lepoque-272585

How much can we really know about Jane Austen? Experts answer your questions

Source: The Conversation – UK – By Anna Walker, Senior Arts + Culture Editor, The Conversation

Canva, CC BY-SA

Jane Austen’s Paper Trail is a podcast from The Conversation celebrating 250 years since the author’s birth. In each episode, we investigate a different aspect of Austen’s personality by interrogating one of her novels with leading researchers. Along the way, we visit locations important to Austen to uncover a particular aspect of her life and the times she lived in.

For episode seven of Jane Austen’s Paper Trail, we’re doing something a little different. Rather than putting Austen under the microscope ourselves, we’re handing the questions over to you.

Jane Austen is a curious author because the more we learn about her, the more elusive she seems to become. She left behind a remarkably slim paper trail for someone so influential, and much of what we “know” about her has been filtered through family memory, biography and, sometimes, wishful thinking. As Jane Austen’s Paper Trail draws to a close, there are still loose ends to tie up – and that’s where you, our listeners, come in.

We’ve received a virtual sack full of letters from you, ranging from questions about Austen’s religious beliefs to her grasp of contemporary science, and even what she might have made of social media. Unlike Jane’s sister Cassandra Austen, however, we have no intention of throwing your letters into the flames. Instead, three experts join me to debate them – and, where possible, to settle them.

For our first panellist, we’re welcoming back Emma Claire Sweeney from episode four about Austen’s friendships. Sweeney is a senior lecturer in creative writing at the Open University and worked collaborated on a interactive experience with the BBC as part of the Jane Austen: Rise of a Genius.

Returning from episode six about whether Austen was happy is John Mullan, professor of literature at University College London and author of What Matters in Jane Austen. Completing the panel is Lizzie Dunford, director of Jane Austen’s House in Hampshire.

Together, they take your questions seriously, testing what can be answered from the novels, what can be inferred from historical context, and where Austen herself remains stubbornly silent. From faith and feminism to fame and future technology, these questions remind us why Austen continues to fuel our curiosity 250 years after her birth.


Jane Austen’s Paper Trail is hosted by Anna Walker with reporting from Jane Wright and Naomi Joseph. Senior producer and sound designer is Eloise Stevens and the executive producer is Gemma Ware. Artwork by Alice Mason and Naomi Joseph.

Listen to The Conversation Weekly via any of the apps listed above, download it directly via our RSS feed or find out how else to listen here.

The Conversation

ref. How much can we really know about Jane Austen? Experts answer your questions – https://theconversation.com/how-much-can-we-really-know-about-jane-austen-experts-answer-your-questions-274362

Great white sharks grow a whole new kind of tooth for slicing bone as they age

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Emily Hunt, PhD Candidate, School of Life and Environmental Sciences, University of Sydney

Ken Bondy/iNaturalist, CC BY-NC

A great white shark is a masterwork of evolutionary engineering. These beautiful predators glide effortlessly through the water, each slow, deliberate sweep of the powerful tail driving a body specialised for stealth, speed and efficiency. From above, its dark back blends into the deep blue water, while from below its pale belly disappears into the sunlit surface.

In an instant, the calm glide explodes into an attack, accelerating to more than 60 kilometres per hour, the sleek torpedo-like form cutting through the water with little resistance. Then its most iconic feature is revealed: rows of razor-sharp teeth, expertly honed for a life at the top of the food chain.

Scientists have long been fascinated by white shark teeth. Fossilised specimens have been collected for centuries, and the broad serrated tooth structure is easily recognisable in jaws and bite marks of contemporary sharks.

But until now, surprisingly little was known about one of the most fascinating aspects of these immaculately shaped structures: how they change across the jaw and to match the changing demands throughout the animal’s lifetime. Our new research, published in Ecology and Evolution, set out to answer this.

From needle-like teeth to serrated blades

Different shark species have evolved teeth to suit their dietary needs, such as needle-like teeth for grasping slippery squid; broad, flattened molars for crushing shellfish; and serrated blades for slicing flesh and marine mammal blubber.

Shark teeth are also disposable – they are constantly replaced throughout their lives, like a conveyor belt pushing a new tooth forward roughly every few weeks.

White sharks are best known for their large, triangular, serrated teeth, which are ideal for capturing and eating marine mammals like seals, dolphins and whales. But most juveniles don’t start life hunting seals. In fact, they feed mostly on fish and squid, and don’t usually start incorporating mammals into their diet until they are roughly 3 metres long.

This raises a fascinating question: do teeth coming off the conveyor belt change to meet specific challenges of diets at different developmental stages, just as evolution produces teeth to match the diets of different species?

Previous studies tended to focus on a small number of teeth or single life stages. What was missing was a full, jaw-wide view of how tooth shape changes – not just from the upper and lower jaw, but from the front of the mouth to the back, and from juvenile to adult.

Seven shark jaws laid out on a steel table.
An array of jaws from sharks ranging from 1.2m to 4.4m.
Emily Hunt

Teeth change over a lifetime

When we examined teeth from nearly 100 white sharks, clear patterns emerged.

First, tooth shape changes dramatically across the jaw. The first six teeth on each side are relatively symmetrical and triangular, well suited for grasping, impaling, or cutting into prey.

Beyond the sixth tooth, however, the shape shifts. Teeth become more blade-like, better adapted for tearing and shearing flesh. This transition marks a functional division within the jaw where different teeth play different roles during feeding, much like how we as humans have incisors at the front and molars at the back of our mouths.

Even more striking were the changes that occur as sharks grow. At around 3m in body length, white sharks undergo a major dental transformation. Juvenile teeth are slimmer and often feature small side projections at the base of the tooth, called cusplets, which help to grip small slippery prey such as fish and squid.

As sharks approach 3m, these cusplets disappear and the teeth become broader, thicker, and serrated.

In many ways, this shift mirrors an ecological turning point. Young sharks rely on fish and small prey that require precision and an ability to grasp the smaller bodies. Larger sharks increasingly target marine mammals: big, fast-moving animals that demand cutting power rather than grip.

Once great whites reach this size, they develop an entirely new style of tooth capable of slicing through dense flesh and even bone.

Some teeth stand out even more. The first two teeth on either side of the jaw, the four central teeth, are significantly thicker at the base. These appear to be the primary “impact” teeth, taking the force of the initial bite.

Meanwhile, the third and fourth upper teeth are slightly shorter and angled, suggesting a specialised role in holding onto struggling prey. Their size and position may also be influenced by the underlying skull structure and the placement of key sensory tissues involved in smelling.

We also found consistent differences between the upper and lower jaws. Lower teeth are shaped for grabbing and holding prey, while upper teeth are designed for slicing and dismembering – a coordinated system that turns the white shark’s bite into a highly efficient feeding tool.

Two people measuring a large jaw in a scientific lab.
Scientists measured teeth from nearly 100 white sharks.
Emily Hunt

A lifestory in teeth

Together, these findings tell a compelling story.

The teeth of white sharks are not static weapons but living records of a shark’s changing lifestyle. Continuous replacement compensates for teeth lost and damaged, but at least equally important, enables design updates that track diet changes through development.

This research helps us better understand how white sharks succeed as apex predators and how their feeding system is finely tuned across their lifetime.

It also highlights the importance of studying animals as dynamic organisms, shaped by both biology and behaviour. In the end, a white shark’s teeth don’t just reveal how it feeds – they reveal who it is, at every stage of its life.

The Conversation

This research has received in kind support for collection of specimens from the New South Wales Department of Primary Industries and Regional Development through the Shark Management Program. David Raubenheimer has no other relevant relationships or funding to declare.

Ziggy Marzinelli is an Associate Professor at The University of Sydney and receives funding from the Australian Research Council, the Ian Potter Foundation and the NSW Environmental Trust.

Emily Hunt does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Great white sharks grow a whole new kind of tooth for slicing bone as they age – https://theconversation.com/great-white-sharks-grow-a-whole-new-kind-of-tooth-for-slicing-bone-as-they-age-272805

New fear unlocked: runaway black holes

Source: The Conversation – Global Perspectives – By David Blair, Emeritus Professor, ARC Centre of Excellence for Gravitational Wave Discovery, OzGrav, The University of Western Australia

A runaway black hole leaving a streak of new stars in its wake. James Webb Space Telescope / van Dokkum et al.

Last year, astronomers were fascinated by a runaway asteroid passing through our Solar System from somewhere far beyond. It was moving at around 68 kilometres per second, just over double Earth’s speed around the Sun.

Imagine if it had been something much bigger and faster: a black hole travelling at more like 3,000km per second. We wouldn’t see it coming until its intense gravitational forces started knocking around the orbits of the outer planets.

This may sound a bit ridiculous – but in the past year several lines of evidence have come together to show such a visitor is not impossible. Astronomers have seen clear signs of runaway supermassive black holes tearing through other galaxies, and have uncovered evidence that smaller, undetectable runaways are probably out there too.

Runaway black holes: the theory

The story begins in the 1960s, when New Zealand mathematician Roy Kerr found a solution of Einstein’s general relativity equations that described spinning black holes. This led to two crucial discoveries about black holes.

First, the “no-hair theorem”, which tells us black holes can be distinguished only by three properties: their mass, their spin and their electric charge.

For the second we need to think about Einstein’s famous formula E = mc ² which says that energy has mass. In the case of a black hole, Kerr’s solution tells us that as much as 29% of a black hole’s mass can be in the form of rotational energy.

English physicist Roger Penrose deduced 50 years ago that this rotational energy of black holes can be released. A spinning black hole is like a battery capable of releasing vast amounts of spin energy.

A black hole can contain about 100 times more extractable energy than a star of the same mass. If a pair of black holes coalesce into one, much of that vast energy can be released in a few seconds.

It took two decades of painstaking supercomputer calculations to understand what happens when two spinning black holes collide and coalesce, creating gravitational waves. Depending on how the black holes are spinning, the gravitational wave energy can be released much more strongly in one direction than others – which sends the black holes shooting like a rocket in the opposite direction.

If the spins of the two colliding black holes are aligned the right way, the final black hole can be rocket-powered to speeds of thousands of kilometres per second.

Learning from real black holes

All that was theory, until the LIGO and Virgo gravitational wave observatories began detecting the whoops and chirps of gravitational waves given off by pairs of colliding black holes in 2015.

One of the most exciting discoveries was of black hole “ringdowns”: a tuning fork-like ringing of newly formed black holes that tells us about their spin. The faster they spin, the longer they ring.

Better and better observations of coalescing black holes revealed that some pairs of black holes had randomly oriented spin axes, and that many of them had very large spin energy.

All this suggested runaway black holes were a real possibility. Moving at 1% of light speed, their trajectories through space would not follow the curved orbits of stars in galaxies, but rather would be almost straight.

Runaway black holes spotted in the wild

This brings us to the final step in our sequence: the actual discovery of runaway black holes.

It is difficult to search for relatively small runaway black holes. But a runaway black hole of a million or billion solar masses will create huge disruptions to the stars and gas around it as it travels through a galaxy.

They are predicted to leave contrails of stars in their wake, forming from interstellar gas in the same way contrails of cloud form in the wake of a jet plane. Stars form from collapsing gas and dust attracted to the passing black hole. It’s a process that would last for tens of millions of years as the runaway black hole crosses a galaxy.

In 2025, several papers showed images of surprisingly straight streaks of stars within galaxies such as the image below. These seem to be convincing evidence for runaway black holes.

One paper, led by Yale astronomer Pieter van Dokkum, describes a very distant galaxy imaged by the James Webb telescope with a surprisingly bright contrail 200,000 light years long. The contrail showed the pressure effects expected from the gravitational compression of gas as a black hole passes: in this case it suggests a black hole with a mass 10 million times the Sun’s, travelling at almost 1,000km/s.

Another describes a long straight contrail cutting across a galaxy called NGC3627. This one is likely caused by a black hole of about 2 million times the mass of the Sun, travelling at 300km/s. Its contrail is about 25,000 light years long.

If these extremely massive runaways exist, so too should their smaller cousins because gravitational wave observations suggest that some of them come together with the opposing spins needed to create powerful kicks. The speeds are easily fast enough for them to travel between galaxies.

So runaway black holes tearing through and between galaxies are a new ingredient of our remarkable universe. It’s not impossible that one could turn up in our Solar System, with potentially catastrophic results.

We should not lose sleep over this discovery. The odds are minuscule. It is just another way that the story of our universe has become a little bit richer and a bit more exciting than it was before.

The Conversation

David Blair receives funding from the Australian Research Council. He is a member of the ARC Centre of Excellence for Gravitational Wave Discovery and is director of the Einstein-First education project that is developing a modern physics curriculum for primary and middle school science education.

ref. New fear unlocked: runaway black holes – https://theconversation.com/new-fear-unlocked-runaway-black-holes-272429

5 years on from the junta’s coup, Myanmar’s flawed elections can’t unite a country at risk of breaking apart

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Adam Simpson, Senior Lecturer in International Studies in the School of Society and Culture, Adelaide University

Five years ago, on February 1 2021, Myanmar’s top generals decapitated the elected government. Democratic leaders were arrested, pushed underground or forced into exile.

Since then, the economy has spluttered and foreign investors have headed for the exit. The only growth industries – mostly scam centres, drugs and other criminal activities – enrich those already well-fed.

The military junta has kept its stranglehold via draconian curbs on civil and political liberties. It has bolstered its fighting forces through ruthless conscription, including of child soldiers. They now face rebellions in almost every corner of the ethnically diverse country.

It helps that the military brass can still depend on international support from Russia. China, meanwhile, is playing a careful game to ensure its interests – including prized access to the Indian Ocean for oil and gas – are secured.

And US President Donald Trump’s second term in office has introduced newly unpredictable and detrimental elements to great power politics.

The US government last year cited “notable progress in governance and stability [and] plans for free and fair elections” as justification for removing the Temporary Protected Status designation for immigrants from Myanmar. Although a federal judge blocked this decision a few days ago, this may eventually force previously protected Myanmar citizens to return home.

However, far from being free and fair, the month-long elections that just concluded in Myanmar have been devoid of meaningful democratic practice.

They will entrench the junta and provide little more than a patina of legitimacy that anti-democratic major powers will use to further normalise relations with Myanmar’s military leaders.

Myanmar’s deeply flawed election

The multi-stage elections were being held in only a fraction of the country currently under the military’s authority. Elections were not held in opposition-held territory, so many otherwise eligible voters were disenfranchised.

As such, there is no serious opposition to the military’s proxy, the Union Solidarity and Development Party (USDP). Civil and political space is also heavily restricted, with criticism of the election itself being a criminal offence.

The main opposition would be the National League for Democracy (NLD) party, which has won by a landslide in every national election it has participated in since 1990. But it has been banned, along with dozens of other opposition political parties. Its senior leaders, including Aung San Suu Kyi, have been imprisoned.

Citizens have been coerced into taking part in an election with only electronic-voting machines. This is against a background of expanded surveillance and pervasive fear.

Break up of Myanmar?

Despite recent military gains by the junta, supported by Russian military technology and Chinese government pressure, the lines of control may be starting to solidify into an eventual Balkanisation, or break up, of Myanmar into hostile statelets.

The prospects for a future federalised democratic Myanmar seem increasingly remote.

Since the coup there are many areas now under full opposition control. Take, for instance, a recent declaration of independence by a breakaway ethnic Karen armed group. While they represent only one part of the Karen community in eastern Myanmar, this could well precipitate a flood of similar announcements by other ethnic minorities.

Other groups might declare themselves autonomous and seek backing from governments and commercial and security interests in neighbouring countries such as China, Thailand, India and Bangladesh.

Most neighbouring countries will be uneasy about any further fracturing of Myanmar’s territorial integrity. Some, however, see potential benefits. China, for example, supports some ethnic armed groups to protect its strategic economic assets and maintain stability and influence along its borders.

Will international rulings have any impact?

While the conflict continues at home, Myanmar’s military leadership is defending itself at the International Court of Justice (ICJ) in The Hague. It faces claims it committed genocide against the Muslim Rohingya ethnic minority, particularly during the massacres of 2017.

During the three-week hearings, the junta has argued its “clearance operations” were merely counterterrorism activities, despite the 700,000 refugees it created.

Given the disdain for international law shown by Russia, China and the Trump administration in the US, any finding against the junta will have limited practical impact anyway.

What next?

Meanwhile, some countries in the the ASEAN bloc appear to be softening their opposition to the junta.

Recently, the Philippines foreign secretary met with Myanmar’s senior military leadership in the country’s first month chairing the bloc. This highlights the conundrum faced by regional leaders.

In the years immediately after the coup, ASEAN sought to keep Myanmar’s junta at arm’s length. But a number of key ASEAN players, particularly the more authoritarian regimes in Southeast Asia, would prefer to find a way to normalise engagement with the generals.

From that perspective, the flawed elections are a chance to embrace superficial democratisation and renewal.

This leaves the Myanmar people – millions of whom have fought hard against the coup and its negative consequences – with invidious choices about how to best pursue their independence and freedom.

There is little positive economic news on the horizon. The IMF projects inflation in Myanmar will stay above 30% in 2026 with a real GDP fall of 2.7%. This would compound an almost 20% contraction since the coup. The currency is worth around one quarter of what it was five years ago at the time of the coup.

In practice, this means many Myanmar families have gone backwards dramatically. An untold number are now entangled in illicit and often highly exploitative businesses.

The military’s proxy, the Union Solidarity and Development Party (USDP), will undoubtedly form government after the elections. But unlike the USDP-led government that formed after the similarly flawed 2010 election, this new administration is unlikely to pursue political and economic liberalisation sufficient to entice opposition forces to play along.

The people of Myanmar have now been betrayed and brutalised by the military far too often to believe their easy promises.

The Conversation

As a pro vice-chancellor at the University of Tasmania, Nicholas Farrelly engages with a wide range of organisations and stakeholders on educational, cultural and political issues, including at the ASEAN-Australia interface. He has previously received funding from the Australian government for Southeast Asia-related projects and from the Australian Research Council. Nicholas is on the advisory board of the ASEAN-Australia Centre, which is an Australian government body established in 2024, and also Deputy Chair of the board of NAATI, Australia’s government-owned accreditation authority for translators and interpreters. He writes in his personal capacity.

Adam Simpson does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. 5 years on from the junta’s coup, Myanmar’s flawed elections can’t unite a country at risk of breaking apart – https://theconversation.com/5-years-on-from-the-juntas-coup-myanmars-flawed-elections-cant-unite-a-country-at-risk-of-breaking-apart-272894

El acero en el centro del debate

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Paula Alvaredo Olmos, Profesora Titular en Ciencia e Ingeniería de Materiales, Universidad Carlos III

Apirak Rungrueang/Shutterstock

Cada vez que se habla de infraestructuras, transición energética o reindustrialización, el acero vuelve al centro del debate. No es sorprendente: se trata del material estructural más utilizado del planeta.

El acero está ahí cuando cruzamos un puente, cuando entramos en un edificio, cuando subimos a un tren o encendemos la luz. Buena parte del entorno construido que hace posible nuestra vida cotidiana depende directa o indirectamente de este material.

¿Por qué es el material más utilizado? Porque combina bajo coste y disponibilidad, eso sin duda. Pero también porque reúne propiedades difíciles de encontrar juntas en otros materiales: alta resistencia mecánica, capacidad de deformarse sin romperse, durabilidad, facilidad de fabricación, reciclabilidad y una enorme versatilidad. Precisamente por eso es también uno de los materiales más estudiados y mejor conocidos por la ingeniería moderna.

Sin embargo, esa fiabilidad no es automática. El buen comportamiento del acero depende de cómo se fabrica, de su composición química y, de forma muy especial, de cómo se calienta y se enfría a lo largo de su vida. Es decir, de su historia térmica.

Entender cómo influyen el calor, el enfriamiento y el contenido de carbono es clave para explicar por qué el acero funciona tan bien… y por qué ciertos procesos industriales exigen un control tan estricto.

El acero “recuerda” el calor

Una idea fundamental, y a lo mejor poco intuitiva de la ciencia de materiales, es que el acero no tiene propiedades fijas e inmutables. Su dureza, su resistencia o su capacidad para absorber energía dependen no solo de qué acero es, sino también de su historia térmica. Es decir, de cómo ha sido calentado y enfriado durante su fabricación y transformación.

Podemos decir que el acero, en cierto modo, “recuerda” el calor. Aunque una pieza no muestre ningún cambio visible, a nivel interno pueden producirse reorganizaciones que alteran su comportamiento mecánico. Por eso, dos componentes fabricados con el mismo acero pueden responder de forma distinta ante una misma carga si han seguido trayectorias térmicas diferentes. Esta “memoria térmica” explica tanto la enorme versatilidad del acero como la necesidad de controlar cuidadosamente los procesos térmicos.

La ventaja de la sensibilidad al calor

Lejos de ser un inconveniente, la sensibilidad al calor es una de las grandes ventajas del acero. La ingeniería la aprovecha mediante los tratamientos térmicos, que permiten ajustar sus propiedades utilizando la temperatura y el tiempo como herramientas de diseño.

Un tratamiento térmico consiste, de forma simplificada, en calentar el acero hasta una determinada temperatura, mantenerlo durante un tiempo controlado y enfriarlo después a una velocidad concreta. El objetivo no es maximizar una propiedad aislada, sino encontrar el equilibrio adecuado entre resistencia y capacidad de deformarse sin romperse, del que depende la fiabilidad de muchas estructuras durante décadas de servicio.

Aquí aparece una idea clave: el tiempo es tan importante como la temperatura. Dos aceros pueden alcanzar la misma temperatura máxima y, sin embargo, comportarse de forma muy distinta si el enfriamiento ha sido más rápido o más lento. Este principio explica por qué un mismo acero puede ofrecer prestaciones muy diferentes dependiendo de cómo se haya tratado térmicamente.

Esta idea resulta intuitiva incluso fuera del ámbito técnico. Programas televisivos como “Forjado a fuego” muestran cómo una misma pieza de acero puede comportarse de forma radicalmente distinta según cómo se enfríe tras salir del fuego. Aunque en televisión el proceso parezca artesanal, el principio es exactamente el mismo que rige los tratamientos térmicos industriales: entender cómo la temperatura, el tiempo y la composición interactúan para determinar el comportamiento final del material.

El papel de la composición: pequeñas cantidades, grandes efectos

El acero es, esencialmente, una aleación de hierro y carbono. Aunque el carbono esté presente en pequeñas cantidades, su influencia es enorme: variaciones muy pequeñas pueden cambiar de forma significativa cómo el acero responde al calentamiento y al enfriamiento.

El carbono determina en gran medida la respuesta del acero a los tratamientos térmicos, pero no actúa solo. Otros elementos de aleación, añadidos en cantidades controladas, permiten ajustar propiedades como la resistencia, la tenacidad o la durabilidad. Por eso, aceros con composiciones muy similares pueden comportarse de forma distinta si su composición o su historia térmica no son exactamente iguales.

Para entender esta relación entre composición y temperatura, ingenieros y científicos utilizan modelos conceptuales como el diagrama hierro–carbono, bien conocido —y sufrido— por generaciones de estudiantes de ingeniería. Aunque no describe piezas reales, actúa como un mapa que ayuda a comprender por qué pequeñas variaciones de composición y temperatura tienen un efecto tan grande en el comportamiento del acero.

Por qué las vías ferroviarias se fabrican con acero

Nada de esto significa que el acero utilizado en infraestructuras críticas sea un material impredecible. Todo lo contrario: en aplicaciones como las vías ferroviarias se emplean aceros al carbono específicamente diseñados para uso ferroviario, con composiciones cuidadosamente ajustadas para ofrecer un comportamiento mecánico estable, predecible y duradero.

Estos aceros se seleccionan precisamente por su fiabilidad frente a cargas repetidas, desgaste y largos periodos de servicio. Su composición y sus tratamientos térmicos no son fruto del azar, sino del conocimiento acumulado sobre cómo responde el acero cuando se controla correctamente el calor.

Cuando el calor deja de ser uniforme: soldadura y zona afectada por el calor

La mayor parte de los tratamientos térmicos industriales se realizan en condiciones muy controladas y uniformes. Sin embargo, no todos los procesos que implican calor permiten ese mismo grado de control. En algunos casos, el calor se aplica de forma intensa y localizada.

La soldadura es un buen ejemplo. Durante este proceso, una región muy concreta del acero alcanza temperaturas elevadas, mientras que el material circundante permanece relativamente frío. El enfriamiento posterior se produce de manera rápida y no homogénea, dando lugar a una zona cercana a la unión que ha experimentado un ciclo térmico distinto al del resto del componente: la zona afectada por el calor (ZAC).

Aunque visualmente no se distinga, la ZAC puede presentar propiedades diferentes porque su historia térmica ha cambiado. Por eso, la soldadura exige procedimientos tan estrictos: no porque el acero sea un material poco fiable, sino precisamente porque su comportamiento frente al calor es bien conocido y debe gestionarse con cuidado.

La soldadura del acero exige procedimientos estrictos. No porque el acero sea un material poco fiable, sino precisamente porque su comportamiento frente al calor es bien conocido y debe gestionarse con cuidado.

Entender el acero para confiar en él

Que el acero sea el material estructural más utilizado del mundo no es una coincidencia. Su éxito no se basa en que sea insensible o inmutable, sino en que su respuesta a la temperatura, al tiempo y a la composición es conocida, predecible y controlable. Esa sensibilidad al calor, lejos de ser una debilidad, es lo que permite adaptar el acero a aplicaciones muy distintas manteniendo altos niveles de fiabilidad.

Comprender cómo el acero cambia —aunque no lo veamos— es clave para valorar la ingeniería que hay detrás de las infraestructuras que utilizamos cada día. En un mundo que sigue construyéndose, moviéndose y transformándose sobre acero, entender el papel del calor y del carbono es una forma de entender por qué este material sigue siendo, y seguirá siendo, uno de los pilares fundamentales de nuestra sociedad.

The Conversation

Paula Alvaredo Olmos no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. El acero en el centro del debate – https://theconversation.com/el-acero-en-el-centro-del-debate-274492

Accidente de Adamuz: por qué el acero no tiene la culpa

Source: The Conversation – (in Spanish) – By José Manuel Torralba, Catedrático de la Universidad Carlos III de Madrid, IMDEA MATERIALES

Cuando los ingenieros diseñamos materiales para una determinada aplicación, lo hacemos de acuerdo a normas que nos indican qué propiedades deben reunir esos materiales para soportar sus condiciones más extremas de uso.

Si consideramos un raíl de ferrocarril, puede estar expuesto a fenómenos de corrosión, desgaste y, sobre todo, tensiones de tipo dinámico, que pueden provocar daños por fatiga. Combinar todas estas propiedades no es sencillo, por lo que al diseñar y fabricar el acero para raíles es esencial buscar un equilibrio y poner toda la atención en el daño que podría provocar un fallo motivado por cada uno de estos requerimientos.

La corrosión y el desgaste pueden generar defectos perfectamente detectables en inspecciones que no tienen por qué ser muy próximas entre sí, ya que el daño sobre el raíl nunca provocaría una rotura catastrófica en un periodo breve de tiempo (semanas o meses).

Otra cosa son las tensiones de tipo dinámico. Si un material supera su límite de fatiga –el número de ciclos de tensión que es capaz de soportar sin que se inicie una grieta–, esta aparecerá y empezará a crecer, inicialmente despacio, hasta alcanzar un tamaño crítico. Una vez se alcanza ese tamaño crítico, la grieta crece a tal velocidad que puede producir un fallo catastrófico en minutos, o incluso segundos.

El acero es el material más fiable de todos

Que un accidente ferroviario como el que ha tenido lugar recientemente en Adamuz se deba a una “mala calidad” del acero es poco probable, por varias razones. Para empezar, el acero es, sin duda, de entre todos los materiales de construcción, el más fiable: de cada cien probetas ensayadas, cien tienen resultados dentro de un estrechísimo margen de error.

En el caso de los aceros para raíles, hablamos de aceros de composiciones muy ajustadas para que cumplan con las propiedades mecánicas requeridas y que, además, permita que se puedan soldar.

Los ingenieros, que avalan con su firma los proyectos, calculan con márgenes de seguridad muy amplios y estándares de calidad que garantizan que los materiales nunca lleguen a superar sus límites de fatiga. Y esos márgenes vienen establecidos por normas internacionales.

Los fabricantes de los aceros implicados en el accidente (uno más antiguo y otro muy reciente) han producido miles de kilómetros de raíles, de acuerdo con normas muy estrictas y bajo criterios de garantía de calidad extremos. Hablamos de raíles que no han tenido ningún problema, fabricados con acero ajustado a norma, soldable y calculado para soportar la carga estática de un tren de varios cientos de toneladas y que, circulando a 250 kilómetros por hora, produce unas tensiones dinámicas muy por debajo de su límite de fatiga.

Si el acero está bien fabricado, y las certificaciones de calidad así lo aseguran, es muy improbable que ese acero se rompa en “condiciones de servicio”.

Soldaduras en el punto de mira

¿Y qué se debe esperar de la soldadura? Los raíles de ferrocarril se sueldan mediante una tecnología, llamada aluminotermia, que asegura la continuidad metálica con un acero de composición muy parecida a los de los raíles que tiene la futura soldadura a cada lado.

Parece que, en el caso concreto de las vías donde se produjo el accidente de Adamuz, había aceros de distinta composición. Los raíles de ambos lados están hechos con aceros de alta soldabilidad, por lo que es seguro que en la llamada “zona afectada por el calor” no se han producido fragilizaciones. De ser así, hubieran dado lugar a un accidente mucho antes.

Una soldadura “puede dar problemas” si se ejecuta de forma inapropiada, pero aquí la calidad se asegura de dos maneras. En primer lugar, dejando en manos de soldadores acreditados su ejecución. Y en segundo lugar, inspeccionando una por una, por inspección visual y por métodos que permiten ver la soldadura “por dentro”, todas las soldaduras realizadas. Por tanto, cuando se entrega una ejecución, se garantiza que todas las soldaduras se han hecho correctamente.

Cómo ha ocurrido lo imposible

A pesar de todo, en la tragedia de Alcamuz se baraja la opción de que una soldadura haya fallado y un trozo de raíl se haya fracturado, de forma catastrófica.

¿Cómo ha podido ocurrir, si era imposible que ocurriera?

Si la continuidad metálica desaparece (porque falla la soldadura) y los dos tramos de raíl quedan separados, cada vez que una rueda pase por encima de esos raíles estará trasladando una tensión en las proximidades de los extremos, muy superior a la tensión de diseño. Esto provocará que, en algún momento, se supere el límite de fatiga y se genere una grieta en el raíl. Esa grieta empezará a crecer y, cuando supere un determinado tamaño crítico, provocará una rotura catastrófica.

¿Y qué le pudo pasar a la soldadura?. Pues de momento todo indica que o bien hubo un mal diseño del material de la soldadura (en este momento, se está hablando de una posible elección inapropiada por culpa de una redacción equivocada del pliego de condiciones); o bien se produjo un defecto inicial en la ejecución de la soldadura tan pequeño que no fue detectado en el análisis posterior a su ejecución. Por supuesto pudieron pasar otras cosas, pero a priori no podemos presuponer malas practicas sin un peritaje adecuado.

Prevenir mejor que curar

Cuando somos jóvenes, es difícil que fallen algunos sistemas y no precisamos de revisiones periódicas; vamos al médico cuando nos duele algo. Y el médico, entonces, utiliza diversos medios para hacer un diagnóstico y arreglar el problema. Cuando alcanzamos cierta edad, no podemos esperar a que los problemas den la cara, debemos hacernos revisiones cada vez más frecuentes para evitar que los problemas generen un fallo catastrófico.

Lo de Alcamuz posiblemente no hubiera pasado si se hubiera atendido a los síntomas –tanto usuarios como algunos trabajadores de los trenes llevaban meses reportando vibraciones fuera de lo normal– y se hubieran hecho las revisiones pertinentes.

Todavía ignoramos lo que realmente pasó: habrá que esperar a la evaluación definitiva de los peritos. Para tranquilidad de todos, los ingenieros metalúrgicos tenemos medios, herramientas y conocimientos suficientes para escudriñar lo ocurrido. Exactamente del mismo modo que un médico forense puede averiguar con precisión la causa de un fallecimiento.

No tengo la menor duda de que pronto se sabrá, con todo detalle, qué generó el fallo y qué repercusiones tuvo en el resto de la infraestructura. Y ese informe también podrá aclarar si se pudo prevenir.

The Conversation

José Manuel Torralba no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Accidente de Adamuz: por qué el acero no tiene la culpa – https://theconversation.com/accidente-de-adamuz-por-que-el-acero-no-tiene-la-culpa-274491