« L’Agent secret » : un thriller qui montre l’importance capitale de la liberté académique

Source: The Conversation – in French – By Stephanie Dennison, Professor in Brazilian Studies, University of Leeds

Le film l’Agent secret (O Agente Secreto, 2025) de Kleber Mendonça Filho, nommé quatre fois aux Oscars, dont la cérémonie se tiendra ce dimanche 15 mars, revisite la dictature brésilienne autour d’un personnage d’universitaire en cavale, contraint de se cacher après s’être heurté aux intérêts des grandes entreprises à la solde du régime, qui veulent mettre la main sur ses recherches.


Depuis ses premiers courts métrages tels que Recife sous le froid (Recife Frio, 2009), le cinéaste a développé un style unique, riche en références cinématographiques, qui se situe entre le cinéma d’art et d’essai et le cinéma de genre. Ces traits atteignent de nouveaux sommets de liberté formelle dans l’Agent secret, qui a été nommé dans quatre catégories aux Oscars, dont celui du meilleur film et celui du meilleur acteur pour Wagner Moura.

Le film s’inscrit dans la vague récente de productions brésiliennes revisitant la dictature militaire (1964-1985), parmi lesquelles Je suis toujours là (Ainda Estou Aqui), de Walter Salles (2024), et Marighella, de Wagner Moura (2019). Mais ces films ne se contentent pas de reconstituer des épisodes historiques : ils traitent, à travers le cinéma, d’un traumatisme non résolu dont les répercussions continuent de façonner le présent politique du Brésil.

L’une des caractéristiques qui rend l’Agent secret, dont l’action se déroule principalement en 1977, repose sur la façon dont le film parle des universités brésiliennes de l’époque, considérées comme des champs de bataille où s’affrontent la mémoire, le pouvoir et la démocratie.

Le personnage principal du film, Armando, interprété par Moura, nommé pour l’Oscar du meilleur acteur, n’est en fait pas un agent secret et n’a aucun lien évident avec les mouvements d’opposition. C’est un universitaire contraint de se cacher après s’être heurté aux intérêts des grandes entreprises alignées sur le régime autoritaire qui veulent mettre la main sur ses recherches.

La philosophe brésilienne Marilena Chauí a évoqué son expérience personnelle de cette période sombre de l’histoire du Brésil. Chauí est revenue de France en 1969 avec son doctorat en poche, juste après que l’armée brésilienne a suspendu la plupart des droits civils dans le pays, ce qui a conduit à une chasse aux « communistes » et à l’intensification de la torture et de la censure.

Chauí décrit la présence sur le campus de mystérieuses figures militaires ayant le pouvoir d’embaucher, de licencier et de « faire disparaître » les membres du personnel et les étudiants hostiles au régime. La présence d’agents secrets déguisés en étudiants pour surveiller les professeurs et les étudiants dans les salles de classe des universités publiques était alors monnaie courante.

Dans l’Agent secret, Armando vient de rentrer de l’université de Leeds en Grande-Bretagne. Lui et l’équipe de recherche internationale qu’il a mise en place à l’université fédérale de Pernambouc, dans le nord-est du Brésil, sont surveillés de près par Henrique Ghirotti, un industriel de Sao Paulo.

Armando remet ouvertement en question l’éthique de Ghirotti et souligne un conflit d’intérêts : comment un riche industriel peut-il justifier le fait de détourner des fonds publics destinés aux universités à des fins privées ? La réaction amère d’Armando face à une corruption aussi flagrante suffit à faire de lui un homme menacé de mort. Une grande partie du film montre les tentatives d’Armando pour échapper à Ghirotti, aux forces de l’ordre corrompues et aux tueurs à gages qu’il a embauchés.

Cette situation dramatique met en lumière non seulement la surveillance et la répression subies par les universités sous la dictature, mais aussi des schémas de corruption plus larges. La toile d’araignée reliant les intérêts militaires aux grandes entreprises, qui a sapé la dynamique économique du Brésil tout au long des années 1970, est une histoire qui ne commence à être pleinement révélée que maintenant.

L’accent mis par le film sur la liberté académique trouve un écho contemporain. Mendonça Filho a écrit l’Agent Secret pendant la présidence de l’extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2022), dont la longue liste de mesures hostiles comprenait des attaques contre l’éducation publique. Entre 2019 et 2022, les universités fédérales ont perdu 14,4 % de leur budget, et en 2022, leur financement était tombé en dessous des niveaux de 2013.

Les universités ont fait état de graves difficultés à maintenir leurs activités de base et leurs programmes de bourses, les coupes cumulées dépassant 100 milliards de reais (16 milliards d’euros) sur quatre ans. Bolsonaro et ses partisans ont encouragé le signalement (et la « dénonciation » sur les réseaux sociaux) des enseignants jugés « idéologiques ». Après la victoire de Lula aux élections de 2022, un léger soulagement s’est fait sentir et, avec le renouvellement des lignes de financement, la reconstruction de ce terrain ravagé s’engage lentement.

Le film Je suis toujours là, de Walter Salles, explore lui aussi la période de la dictature militaire au Brésil.

Archives de la répression

L’Agent secret aborde également les débats mondiaux renouvelés autour de la privatisation de la recherche, de la propriété intellectuelle et de la vulnérabilité politique des universités, de plus en plus considérées comme des foyers de sédition gauchiste. Le film de Mendonça Filho suggère que l’autoritarisme attaque la société non seulement en usant directement de violence, mais aussi par la destruction, la privatisation ou le musellement de la production des connaissances.

Dans le film, l’industriel Ghirotti se réjouit d’informer Armando qu’il va recommander la fermeture de son laboratoire de recherche et le transfert de ses travaux à l’université de São Paulo, avec laquelle Ghirotti entretient des liens douteux. Il remet en question l’utilité de toute recherche menée dans le nord-est qui touche aux intérêts nationaux, d’autant plus que les Canadiens travaillent sur la même technologie et que le Brésil peut financer la science et la technologie étrangères.

Mendonça Filho, originaire de Recife, la capitale de Pernambouc, s’est exprimé très ouvertement sur les préjugés profondément ancrés de nombreux habitants des États du Sud, plus riches et plus blancs, à l’égard du Nord, considéré comme arriéré. Il est révélateur que dans l’Agent secret, l’équipe de recherche internationale d’Armando ait d’abord pris forme à Leeds, étant donné que des préjugés similaires existent souvent à l’égard du nord de l’Angleterre.

Dans une intrigue secondaire qui se déroule à l’époque actuelle, un groupe d’étudiantes travaille sur un projet d’histoire orale à partir d’enregistrements réalisés par des dissidents pendant la dictature, dont Armando. L’une d’entre elles, Flávia, se rend à Pernambouc pour rendre visite au fils d’Armando, aujourd’hui d’âge mûr.

Jeune mère noire originaire du Nord-Est et vivant dans la périphérie de São Paulo, Flávia incarne la nouvelle population étudiante plus diversifiée, rendue possible grâce à des initiatives d’action positive durement acquises et à l’expansion du réseau des universités publiques.

Dans l’Agent secret, ce sont Flávia et les étudiants comme elle qui ont hérité non seulement des archives de la répression, mais aussi de la possibilité de transformer le savoir en une forme de réparation démocratique.

S’appuyant sur la performance convaincante de Wagner Moura, le film de Mendonça Filho relie les luttes du passé à la curiosité et au courage d’une nouvelle génération. Ce faisant, l’Agent secret souligne avec force la capacité du cinéma non seulement à divertir, mais aussi à éclairer, à questionner et à inspirer.

The Conversation

Alfredo Suppia reçoit un financement du CNPq (Conseil national du développement scientifique et technologique) en tant que chercheur de niveau 1C.

Stephanie Dennison ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « L’Agent secret » : un thriller qui montre l’importance capitale de la liberté académique – https://theconversation.com/lagent-secret-un-thriller-qui-montre-limportance-capitale-de-la-liberte-academique-277281

Que sont vraiment les « pluies acides » tombées sur l’Iran ?

Source: The Conversation – in French – By Gabriel da Silva, Associate Professor of Chemical Engineering, The University of Melbourne

Dans la nuit du 7 au 8 mars 2026, des frappes israéliennes ont touché plusieurs dépôts pétroliers à Téhéran, provoquant d’importants incendies ainsi qu’un gigantesque nuage de fumée noire au-dessus de la capitale iranienne. Pendant plusieurs heures, la ville a été plongée dans l’obscurité et certains habitants ont rapporté des difficultés respiratoires. Des pluies acides ont suivi, faisant craindre des conséquences sanitaires et environnementales graves.


Dans les heures qui ont suivi les bombardements israélo-américains visant des dépôts de pétrole, une pluie noire aurait été observée dans certaines régions de l’Iran. Certains médias ont évoqué une « pluie acide ».

Les habitants de Téhéran ont rapporté des maux de tête, des difficultés respiratoires, ainsi que des retombées de pluie huileuse sur les bâtiments et les voitures. Le Croissant-Rouge a mis en garde contre ces précipitations, les qualifiant de « très dangereuses et acides ».

En tant que chimiste spécialiste de l’atmosphère et ingénieur en chimie, je considère que ces informations sont particulièrement alarmantes. Elles suggèrent l’existence d’un phénomène bien plus grave qu’une simple pluie acide.

Cette pluie pourrait contenir non seulement des acides, mais aussi de nombreux polluants dangereux pour la santé et pour l’environnement, à court comme à long terme.

Ces épais nuages de fumée toxique qui recouvrent des zones densément peuplées en Iran représentent déjà un danger majeur pour tous ceux qui respirent cet air.

« Pluie acide » ou « pluie noire » ?

L’atmosphère se débarrasse des polluants principalement grâce à la pluie. Lorsque l’air est fortement contaminé, les gouttes d’eau présentes dans l’atmosphère capturent les particules toxiques et les ramènent au sol lors des précipitations.

Ce phénomène explique la pluie noire observée après les frappes sur les dépôts de pétrole, ce qui témoigne d’une forte pollution de l’air local.

Cette pluie noire pourrait contenir des hydrocarbures, des particules fines PM2,5 (de dimensions inférieurs à 2,5 micromètres) et des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) – des molécules connues pour être cancérigènes.

Elle pourrait aussi transporter d’autres substances chimiques, comme des métaux lourds et des composés inorganiques issus des matériaux des bâtiments, projetés dans l’air lors des explosions et des incendies.

La fumée provenant des dépôts de pétrole bombardés contient également du dioxyde de soufre (SO2) et du dioxyde d’azote (NO2), deux gaz qui peuvent se transformer en acide sulfurique et en acide nitrique dans l’atmosphère. Dissous dans les gouttes d’eau, ces éléments sont à l’origine des pluies acides.




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Dans le passé, ce phénomène était surtout lié aux émissions de dioxyde de soufre provenant de la combustion d’énergies fossiles. Le soufre est naturellement présent dans le pétrole brut, mais il est aujourd’hui en grande partie éliminé lors du raffinage.

Quoi qu’il en soit, toute fumée reste nocive. La présence d’épais nuages de fumée noire au-dessus des zones urbaines en Iran est donc très inquiétante et pourrait avoir des effets graves sur la santé des habitants.

Quels sont les risques pour la santé ?

À court terme, une exposition aux fumées toxiques peut engendrer des maux de tête et des difficultés respiratoires, surtout chez les personnes atteintes d’asthme ou de maladies pulmonaires. Les populations vulnérables – tels que les personnes âgées, les enfants, ou les handicapés – sont particulièrement à risque. L’exposition à un air toxique pendant la grossesse peut également conduire à des poids de naissance plus faibles.

À long terme, une exposition aux fumées peut potentiellement augmenter le risque de cancer. Lorsque des particules fines PM2,5 sont inhalées, elles peuvent pénétrer dans la circulation sanguine, aboutissant souvent à de nombreux problèmes de santé, tels que des cancers, des maladies cardio-vasculaires et des troubles neurologiques.

En retombant avec la pluie dans les rivières ou les nappes d’eau, ces polluants peuvent enfin contaminer les écosystèmes aquatiques et les sources d’eau potable.

Cette pluie noire peut également se déposer sur les routes et les bâtiments. Une partie de ces polluants peut ensuite se ré-évaporer dans l’air, contribuant à une nouvelle contamination de l’atmosphère.

L’héritage environnemental des guerres

Depuis peu, une attention est portée à l’impact des conflits sur l’environnement. Lors des guerres en Irak et au Koweït, par exemple, l’utilisation de « fosses à feu » et les incendies de puits de pétrole ont causé des dégâts considérables.

On sait désormais que l’exposition à ces dégâts environnementaux a eu des effets sanitaires durables sur les soldats revenus de ces conflits. Il est donc probable que les populations locales en subissent également les conséquences à long terme.

À court terme, les personnes exposées à cette fumée et à cette pluie noires devraient, dans la mesure du possible, porter un masque, rester à l’intérieur, fermer portes et fenêtres et limiter l’entrée de l’air extérieur. Il est également recommandé de nettoyer les surfaces dures, surtout à l’intérieur, afin de réduire toute exposition aux polluants retombés.

Mais sur le terrain, au cœur du chaos de la guerre, ces mesures restent souvent difficiles à appliquer.




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The Conversation

Gabriel da Silva ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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Après la chute d’Assad, les destins contrastés des anciens révolutionnaires syriens

Source: The Conversation – in French – By Léo Fourn, Docteur en sociologie, Institut de recherche pour le développement (IRD)

Examen des trajectoires de cinq anciens révolutionnaires syriens qui ont combattu la dictature de Bachar Al-Assad, en ont payé le prix à différents degrés et, qu’ils se trouvent aujourd’hui en Syrie ou non, considèrent la situation actuelle avec un mélange d’espoir et de crainte. Cet article est issu d’une enquête menée dans le cadre du projet LIVE-AR, financé par l’European Research Council, qui étudie l’impact biographique de l’engagement révolutionnaire en Syrie, en Égypte, en Tunisie et au Maroc.


En mars 2011, le peuple syrien se soulève contre le régime de Bachar Al-Assad, arrivé au pouvoir en 2000 après trente ans de règne de son père, Hafez Al-Assad. Dans le sillage des processus révolutionnaires arabes initiés en Tunisie, des millions de Syriens et Syriennes sortent dans les rues pour demander justice, dignité et liberté. Mais, comme dans les années 1980, le régime baassiste répond par la violence et ce qui a commencé comme une révolution pacifique prend la voie de la militarisation.

L’Armée syrienne libre est ainsi créée en août 2011 : aux côtés de déserteurs de l’armée régulière, des milliers de citoyens décident de prendre les armes pour protéger les manifestants. D’autres s’engagent dans les activités humanitaires, politiques ou de la société civile. À l’intérieur du pays, dans les régions libérées, ou en exil, ces révolutionnaires vivent des ruptures et des bifurcations biographiques. Quinze ans plus tard, leurs trajectoires demeurent marquées par leur engagement révolutionnaire forgé dans le sillage des « printemps arabes ».

Que sont-ils et elles devenus aujourd’hui, un an après la fuite en Russie de Bachar Al-Assad et la chute de son régime ? Comment se projettent-ils et elles dans la nouvelle Syrie ? Sont-ils et elles retournés dans leur pays ? Et, enfin, sont-ils et elles toujours engagés ? Pour donner un aperçu de leurs destinées variées, nous souhaitons retracer ici cinq trajectoires idéal-typiques représentatives de milliers de parcours militants.

Talal : départ définitif et désengagement

Talal est né dans les années 1970 à Daraya, ville située dans la Ghouta orientale, périphérie sud-ouest de Damas. La ville connaît au début des années 2000 un mouvement de résistance civile lors duquel des habitants organisent des cercles de discussion, nettoient collectivement des rues ou ouvrent une bibliothèque – des actions collectives réprimées par le pouvoir baassiste qui emprisonne plusieurs de ses membres. Talal prend part à ce mouvement, nommé les « Jeunes de Daraya », et est lui-même emprisonné pendant près d’un an.

Au printemps 2011, c’est donc sans hésitation qu’il rejoint le mouvement révolutionnaire qui se développe rapidement dans la ville. Menacé d’arrestation pour son militantisme, il quitte le pays en 2013 et s’installe avec sa famille en Jordanie, avant de rejoindre la France en 2017 via la procédure de réinstallation du Haut Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés (HCR).

La famille s’installe alors à Marseille, suivie ensuite par les grands-parents. Talal participe aux rares activités concernant la Syrie organisées dans la cité phocéenne tout en se consacrant, comme la majorité des réfugiés, à sa vie professionnelle et familiale. Il devient alors gérant d’un magasin vendant des produits alimentaires syriens et reste ainsi très proche de la communauté syrienne. En 2026, il réside toujours en France et n’envisage pas un retour prochain dans son pays d’origine. Sa trajectoire illustre le parcours de milliers de Syriens qui, après s’être engagés corps et âme dans le processus révolutionnaire, se sont désengagés une fois en exil.

Asma : activisme pour les droits humains depuis le Royaume-Uni

Le cas d’Asma offre un contrepoint. Asma est née au début des années 1980 à Alep, deuxième ville de Syrie. Après des études universitaires, elle est embauchée comme enseignante dans une école privée. En termes de socialisation politique, son expérience témoigne d’un désir frustré de liberté. Étant issue d’une famille cultivée opposée au régime, elle s’engage au sein de cercles religieux féminins au début des années 2000. En 2011, elle accueille avec joie le soulèvement, qu’elle va rejoindre un mois plus tard lorsque son neveu est arrêté par les forces de sécurité.

Pendant cinq ans, Asma participe activement à la révolution : elle rejoint les manifestations, visite les familles déplacées, prodigue des soins médicaux dans un hôpital de campagne, ouvre plusieurs écoles, écrit une pièce de théâtre et dirige une série diffusée sur Internet. En 2016, après la chute de sa ville, elle trouve refuge en Turquie, où elle est embauchée par une organisation humanitaire syrienne.

Puis, en 2020, elle demande l’asile au Royaume-Uni, où elle réside encore aujourd’hui. Seulement, contrairement à Talal et à la plupart des militants en exil, Asma réussit à professionnaliser son militantisme, qui devient son métier. Désormais, elle se définit comme une « activiste dans l’âme » et une « militante des droits humains ».

Karam : de la lutte armée à un rôle politique au sein du nouveau pouvoir

Si des millions de Syriens vivent encore en exil, le HCR estime que plus d’un million de réfugiés sont déjà retournés dans leur pays. Parmi eux, certains ont su capitaliser leur expérience révolutionnaire : s’appuyant sur un capital social et un savoir-faire acquis ou renforcés à partir de 2011, ils ont pu intégrer aujourd’hui la nouvelle administration. En effet, bien que l’État soit dominé à ce jour par les leaders de Hayat Tahrir al-Cham (HTC), l’ancien groupe djihadiste dont est issu le nouveau président, il inclut également de nombreux anciens révolutionnaires issus de la société civile et d’autres groupes rebelles. Karam fait partie de cette catégorie.

Lorsque la révolution commence, en 2011, il est étudiant en architecture à l’Université d’Alep. Sur les pas de son frère aîné, il prend les armes au sein d’une brigade de l’Armée syrienne libre, dont il devient leader lorsque son frère tombe au combat en 2012. Il poursuit la voie armée jusqu’à la chute de la ville, en décembre 2016. Il rejoint alors sa famille en Turquie où, après une période difficile, il décide de reprendre ses études en architecture. Cependant, ne pouvant oublier ses années de lutte, il retrouve ses activités militantes et rejoint une organisation qui collecte des documents et des témoignages afin d’archiver la mémoire de la révolution.

Lorsque l’offensive menée par HTC et ses alliés débute, fin 2024, Karam prend à nouveau les armes et se joint aux combats jusqu’à la chute de Damas. Par la suite, il se réinstalle à Alep, où il est nommé membre du bureau exécutif du gouvernorat d’Alep.

La trajectoire de Karam n’est pas un cas isolé : elle illustre une tendance remarquable dans la nouvelle Syrie, où les anciens révolutionnaires ont été propulsés vers des postes – dans les ministères, les gouvernorats, l’administration locale ou encore à la tête d’institutions publiques nationales – autrefois monopolisés par les proches du régime Al-Assad.

Nour : militer à l’intérieur de la Syrie nouvelle

D’autres cependant, plus nombreux, poursuivent aujourd’hui leur engagement post-2011 au sein de la société civile qui s’épanouit désormais à l’intérieur du pays. Trois catégories d’acteurs se côtoient ici : celles et ceux qui n’ont jamais quitté les zones contrôlées par Al-Assad ; celles et ceux qui s’étaient réfugiés dans le Nord, où les ONG travaillaient hors du contrôle du régime ; et enfin celles et ceux qui sont revenus d’exil. Nour fait partie de la troisième catégorie.

Lorsque la révolution commence, elle étudie à l’Université de Damas. Elle participe aux manifestations avec plusieurs membres de sa famille. Plusieurs d’entre eux sont emprisonnés ; son oncle est tué. Ses parents décident alors de quitter le pays. Avec eux, elle initie un long périple qui va l’amener à vivre dans quatre pays différents (Arabie saoudite, France, Turquie et Canada).

En 2016, elle est invitée à une conférence à Montréal pour parler de la révolution syrienne. Elle y demande alors l’asile politique et reprend ses études. En parallèle, elle poursuit sa carrière militante : elle travaille pour une organisation humanitaire syrienne, participe à une campagne de protection des enfants réfugiés et rejoint un mouvement politique syrien.

En 2025, malgré sa carrière ascendante et une position relativement confortable dans le pays qui l’a accueillie, elle décide de retourner en Syrie, accompagnée de son mari et de son enfant en bas âge. Depuis Damas, elle continue aujourd’hui à militer pour une Syrie démocratique, inclusive et respectueuse des droits des femmes.

Abu Mohammad : l’amertume après des années de lutte et d’exil

Pourtant, nombreux sont celles et ceux qui, après une participation active et intense au mouvement révolutionnaire, se sont entièrement désengagés aujourd’hui. C’est le cas d’Abu Mohammad, originaire de Douma, une banlieue marginalisée de Damas.

Lorsque le mouvement révolutionnaire démarre, en mars 2011, il a une situation confortable et est propriétaire d’un commerce. Pourtant, quand huit manifestants sont tués, il n’hésite pas à participer aux protestations, qui sont réprimées dans le sang ; il acquiert une certaine notoriété. Un jour, il est arrêté par les militaires avec son père, son frère et quelques centaines d’autres hommes ayant également manifesté. En prison, il est torturé et perd la vue d’un œil. Lorsqu’il est libéré, il rejoint une faction armée ; ce sont des jours de peur et de terreur. En 2012, il est blessé et, un an plus tard, de retour de Jordanie, où il s’est fait soigner, il est à nouveau arrêté aux côtés de sa femme et ses deux bébés. Lorsqu’il est relâché, un an plus tard, il est physiquement et psychologiquement détruit, « mort dans l’âme ».

Il décide néanmoins de rester dans sa ville, qui va subir des attaques aux armes chimiques et un siège par le régime. En 2018, les rebelles qui tiennent la ville se rendent et une grande partie de la population est transférée dans des bus vers Idlib, dans le nord du pays. Abu Mohammad, qui a tout perdu, suit ce mouvement et se réfugie en Turquie, où il va vivre dans une grande précarité pendant deux ans, avant de trouver un travail grâce à l’aide d’amis.

Les jours de lutte semblent désormais lointains, le désespoir et la colère sont grands. En 2025, après la chute du régime, il retourne à Douma auprès de ses parents. Sans salaire et sans aide, la joie d’avoir enfin vu tomber le régime cohabite chez lui avec un fort sentiment d’injustice et d’oppression. À ses yeux, les régions qui ont véritablement fait la révolution sont celles qui ont payé le plus lourd tribut. Pourtant, elles ne semblent pas être prioritaires pour le nouveau gouvernement.

Après la résistance à Assad, résister au nouveau régime ?

Les cinq exemples ici choisis illustrent la diversité des parcours suivis par les anciens révolutionnaires de 2011. Si la violence et l’exil ont pu provoquer un désengagement pour beaucoup, d’autres continuent à militer dans différents domaines jusqu’à aujourd’hui. Ils et elles contribuent à influencer la transition politique et la reconstruction, que ce soit depuis l’extérieur ou l’intérieur.

Face aux velléités hégémoniques incontestables de HTC, les anciens révolutionnaires peuvent donc représenter une force d’opposition. Tous ne sont cependant pas hostiles au nouveau régime et ceux qui le sont agissent dans des marges restreintes, menacées par la consolidation de son pouvoir et de son contrôle sur la société civile. Les plus optimistes espèrent que l’espace politique restera ouvert, les plus pessimistes dénoncent déjà le retour de l’autoritarisme.

The Conversation

Léo Fourn a reçu des financements de l’European Research Council (ERC LIVE-AR).

Laura Ruiz de Elvira a reçu des financements de l’European Research Council (ERC LIVE-AR).

ref. Après la chute d’Assad, les destins contrastés des anciens révolutionnaires syriens – https://theconversation.com/apres-la-chute-dassad-les-destins-contrastes-des-anciens-revolutionnaires-syriens-276995

Immigration : un poids ou un atout pour les finances des communes ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Nur Bilge, Fellow | Docteur en économie, Université de Lille

L’accroissement des recettes des communes liées à l’immigration dépasse celui des dépenses. Pack-Shot/Shutterstock

À l’occasion de la campagne des élections municipales, une question revient dans le débat public : quel est l’effet de l’immigration sur les finances publiques locales ? Explication en données et en graphiques à partir d’une étude menée de 2007 à 2017 (avant la suppression de la taxe d’habitation).


La fin de « l’immigration illégale tolérée », c’est ce que propose le candidat à la mairie de Lyon (Rhône) Jean-Michel Aulas. Au Mans (Sarthe), la tête de liste du Rassemblement national parle de « problème d’immigration ». À Paris, le socialiste Emmanuel Grégoire se pose en candidat qui « défend l’histoire de l’immigration ».

Sur le réseau social TikTok, l’immigration est le sujet qui génère le plus d’engagements – likes, republications, etc. – dans ces campagnes municipales 2026. Au-delà des élections, l’immigration occupe une place centrale dans les débats publics. Les migrants se voient perçus comme une charge supplémentaire pour l’économie. Dans un contexte de finances publiques sous pression, l’idée selon laquelle l’arrivée d’immigrés fragiliserait les budgets des communes est largement répandue.

Les données racontent une tout autre histoire. Si l’on s’intéresse aux effets fiscaux de la migration pour la période 2007-2017, je souligne dans une étude, parue en janvier, que les migrants contribuent positivement aux finances publiques locales.

Définir l’immigration pour comprendre ses effets budgétaires

Il faut d’abord commencer par définir ce qu’est un immigré. Selon le Haut Conseil à l’intégration en 1992, un immigré est une personne née étrangère à l’étranger et résidant actuellement sur le territoire français. Selon cette définition, les données de l’Insee montrent que les immigrés représentent 10,7 % de la population en 2023 – contre 9,7 % en 2017.

Cette carte met en évidence de grandes disparités territoriales : les grands pôles urbains, surtout l’Île-de-France, accueillent une part importante des immigrés, bien au-dessus de la moyenne nationale. En revanche, les départements moins urbanisés, surtout dans le centre et l’ouest de la France, en comptent nettement moins.

Pour faire le lien avec les questions budgétaires, il importe de rappeler que toutes les personnes résidant en France sont imposables, quelle que soit leur nationalité : « Si vous êtes résident fiscal en France, vous êtes soumis à l’impôt sur le revenu en France pour vos revenus d’origine française et étrangère. » Les impôts concernés au niveau municipal sont principalement des impôts locaux prélevés par les communes, tels que la taxe foncière.

Comprendre le budget des communes

Les comptes financiers des communes sont structurés en deux sections : les opérations de fonctionnement (charges de personnel, charges financières, ou subventions) et les opérations d’investissement.

Les recettes réelles de fonctionnement de l’ensemble des collectivités locales sont en hausse au 31 janvier 2026 par rapport au 31 janvier 2025 de 2,6 %, soit + 6,1 milliards d’euros, liées notamment à la hausse des recettes fiscales de 2,7 %, soit + 4,4 milliards d’euros. Les dépenses réelles de fonctionnement des collectivités augmentent de 1,6 %, soit + 3,2 milliards d’euros.

Conformément au cadre légal défini par l’article L.1612-4 du Code général des collectivités territoriales, les communes sont tenues de respecter le principe d’équilibre réel, qui impose l’égalité entre les recettes et les dépenses.

En conséquence, une collectivité locale ne peut ni prévoir de déficit dans sa section de fonctionnement ni financer des dépenses de fonctionnement par le recours à l’emprunt, celui-ci étant exclusivement réservé au financement de l’investissement.

Étude de 2007 à 2017, avant la suppression de la taxe d’habitation

En se fondant sur les données des recensements de population et des budgets des communes françaises pour la période de 2007 à 2017, l’étude que j’ai menée met en évidence que l’immigration n’est pas un fardeau pour les finances locales.

Il est important de préciser que cette étude s’intéresse à l’effet global de l’immigration sur les finances des communes, et non à la contribution ou au coût d’un immigré en particulier. Les budgets des communes ne fournissent pas ce type d’information individuelle ; ce sont des comptes agrégés au niveau communal qui reflètent les recettes et les dépenses totales pour l’ensemble de la population.

La base harmonisée de l’Insee permet toutefois d’obtenir des informations sur les caractéristiques des citoyens et des citoyennes jusqu’en 2017. Ce choix de période est motivé par des raisons fiscales : après 2017, le système a connu des changements importants, notamment la suppression progressive de la taxe d’habitation à partir de 2018, rendant les comparaisons temporelles plus difficiles.

Comprendre l’impact des immigrants sur les finances d’une commune

Dans mon étude, j’ai mesuré l’impact de l’immigration sur les finances d’une commune, en distinguant les sections de fonctionnement et d’investissement, et en analysant chaque poste financier de manière précise.

L’accroissement des recettes dépasse les dépenses de fonctionnement

L’augmentation de la part d’immigrés parmi les habitants d’une commune est associée à une hausse des recettes, mais aussi à une hausse des dépenses de fonctionnement par habitant. En particulier, une augmentation d’un point de pourcentage (différence entre deux pourcentages) de la proportion d’immigrés entraîne une hausse de 1,84 % des recettes de fonctionnement totales par habitant et de 1,77 % des dépenses de fonctionnement totales par habitant.

Capacité d’autofinancement : un gain lié à l’immigration

Cette dynamique se reflète sur la capacité d’autofinancement (CAF) des communes, qui mesure les ressources disponibles pour financer les projets d’investissement, et ce, sans recourir à l’emprunt.

Les estimations montrent qu’une augmentation d’un point de pourcentage de la part d’immigrés est associée à une hausse de 1,89 % de la capacité d’autofinancement et à une légère progression de 0,05 % de la capacité nette d’autofinancement, c’est-à-dire après une prise en compte du remboursement des emprunts.

De facto, une augmentation de la part d’immigrés renforce cette capacité, donnant aux communes plus de moyens financiers pour réaliser leurs projets.

Bilan positif de l’investissement communal

Concernant la section d’investissement, l’immigration est associée à une hausse des ressources disponibles et des dépenses par habitant. Une augmentation d’un point de pourcentage de la part d’immigrés entraîne une hausse de 3,67 % des ressources et de 3,57 % des dépenses d’investissement par habitant.

Comment calculer si les communes ont des ressources disponibles ? Le terme consacré est le besoin de financement, c’est-à-dire la différence entre dépenses et ressources d’investissement. Lorsque les ressources dépassent les dépenses, la commune peut compter sur des fonds disponibles, sinon, elle doit trouver un financement supplémentaire.

L’augmentation de la part d’immigrés n’entraîne pas de pression supplémentaire sur le besoin de financement par habitant et est même légèrement favorable, avec un effet de – 0,065 % sur le besoin de financement, bien que cet effet reste modeste.

Emprunter plus pour investir plus

Pour financer leurs projets, les communes s’appuient sur leurs ressources courantes, les aides publiques et, parfois, sur l’emprunt qui crée de facto de la dette. La dette constitue un poste séparé dans les comptes communaux et correspond ici au stock total de dettes (le montant total dû au 31 décembre de chaque année) ainsi qu’à l’annuité de la dette (le remboursement annuel du capital).

Fin 2022, la dette des collectivités et de leurs groupements (hors syndicats) s’établissait à 159,3 milliards d’euros.

Hausse de la dette, et ce qu’il reste vraiment dans les caisses d’une commune

Une augmentation d’un point de pourcentage de la part d’immigrés est associée à une hausse de 4,17 % du stock de dettes par habitant et de 3,46 % de l’annuité de la dette par habitant. Autrement dit l’augmentation de la population migrante dans une commune s’accompagne en moyenne d’un recours légèrement plus important à l’emprunt, à la fois pour le montant total et le remboursement annuel de la dette.

Si la dette montre comment les investissements sont financés sur le long terme, la liquidité indique l’argent réellement disponible à court terme pour une commune.

Pour savoir si les finances d’une commune sont sous pression, il serait plus pertinent de se pencher sur le fonds de roulement, c’est-à-dire les ressources qui restent après avoir financé infrastructures et investissements durables.

Les résultats indiquent qu’une augmentation d’un point de pourcentage de la part d’immigrés dans la population est associée à une hausse de 1,82 % du fonds de roulement communal, ce qui indique que la présence immigrée ne comprime pas les réserves financières des communes.

Avec l’immigration, un budget qui clôture dans le vert

Le solde global des finances d’une commune (recette et dépense) réagit dans le même sens, avec une hausse de 1,91 %, laissant aux communes la marge nécessaire pour clôturer l’année avec un excédent budgétaire et faire face à leurs engagements financiers.

Au total, même si la dette des communes augmente légèrement, les finances locales ne sont pas mises sous pression par l’immigration. Cette dernière renforce à la fois la trésorerie et la capacité budgétaire des communes, plutôt que de les fragiliser.

The Conversation

Nur Bilge ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Immigration : un poids ou un atout pour les finances des communes ? – https://theconversation.com/immigration-un-poids-ou-un-atout-pour-les-finances-des-communes-275278

Santé mentale et incarcération : comprendre l’impact de la prison

Source: The Conversation – France in French (3) – By Thomas Fovet, Maitre de conférence en Psychiatrie de l’adulte à l’université de Lille, Centre hospitalier régional universitaire de Lille

À l’entrée en prison, de nombreuses personnes détenues présentent des marqueurs de vulnérabilité psychique, tels qu’un passé de troubles psychiatriques ou d’addictions. De nouveaux travaux révèlent que les semaines qui suivent cette période sont des moments clés en matière de prévention du suicide et de sevrage. Ils indiquent aussi que, si la prévalence des troubles psychiatriques semble globalement stable au cours de l’incarcération, les situations varient largement d’une personne à l’autre.


S’il est bien établi que les troubles psychiatriques sont surreprésentés dans les prisons françaises, aucune recherche n’avait jusqu’à présent suivi l’évolution de la santé mentale en milieu carcéral.

C’est à cette lacune que répond l’étude « Épidémiologie psychiatrique longitudinale en prison » (EPSYLON) menée entre 2022 et 2025 dans près d’une dizaine de maisons d’arrêt. Voici ses conclusions.

Une vulnérabilité majeure dès l’entrée en détention

Ce projet national s’est appuyé sur une enquête sociologique et une étude épidémiologique menée en trois temps de mesure, auprès de 1 000 personnes détenues au sein de sept établissements pénitentiaires répartis sur quatre directions interrégionales des services pénitentiaires (DISP). Pour ce volet quantitatif, toutes les personnes entrantes dans les établissements qui ont fait l’objet de l’enquête ont été successivement incluses (entre janvier et juillet 2024 pour les hommes, et entre janvier et septembre 2024 pour les femmes). Elles ont ensuite bénéficié de trois entretiens d’évaluation de leur santé mentale avec des enquêtrices indépendantes (à l’entrée en prison, à trois mois et à neuf mois).

Le premier résultat marquant de l’enquête réside dans les multiples marqueurs de vulnérabilité identifiés dès l’entrée en prison. À l’arrivée en détention, plus des deux tiers des répondants présentent un trouble psychiatrique ou addictologique, actuel ou passé. Plus d’un répondant sur dix a déjà été hospitalisé en psychiatrie et la quasi-totalité des personnes interrogées a été exposée à des évènements potentiellement traumatiques.

Cette vulnérabilité s’accompagne de niveaux élevés de précarité sociale : une personne sur deux vivait hors logement personnel avant l’incarcération et 30 % des répondants étaient au chômage. À cela s’ajoutent des parcours judiciaires précoces, 27 % des personnes ayant connu au moins une mesure pénale durant leur minorité.

Une apparente stabilité qui cache une réalité contrastée

Dans l’ensemble, notre étude met en évidence une relative stabilité de la prévalence des troubles psychiatriques en maison d’arrêt au cours du temps : à chacun des temps de mesure – à l’entrée, à trois mois et à neuf mois – environ 40 % des personnes évaluées présentent un trouble psychiatrique ou addictologique actuel.

Seules les prévalences du risque suicidaire et des addictions diminuent au cours des trois premiers mois de détention. Ces risques restent cependant particulièrement élevés, y compris après les premiers mois de détention, tout comme les niveaux des troubles psychiques.

Ce phénomène semble traduire les difficultés spécifiques de l’entrée en prison. Il souligne combien cette période constitue un moment clé du parcours carcéral, appelant une vigilance accrue en matière de prévention du suicide et de prise en charge du sevrage.

Ce constat est largement étayé par le volet qualitatif de notre enquête, qui montre que l’entrée en détention est vécue comme une expérience profondément déstabilisante, tant du fait des ruptures qu’elle génère dans les parcours biographiques des personnes détenues que des conditions d’incarcération au sein du quartier nouveaux arrivants, systématiquement décrites comme particulièrement éprouvantes.

Par ailleurs, l’apparente stabilité de la fréquence des troubles au cours de la détention masque en réalité des trajectoires individuelles extrêmement variées, marquées par des améliorations ou des dégradations de la santé mentale.

Ces résultats peuvent être interprétés à la lumière de facteurs propres à l’environnement carcéral. Le sentiment d’isolement évoqué par un tiers des répondants est par exemple associé à une détérioration de la santé mentale. Il en est de même pour l’expérience de violences en détention, rapportée par un participant sur cinq.

Notre enquête met également en évidence l’insuffisance de l’accès au travail, à une formation ou à des activités, alors même qu’il s’agit d’un déterminant de la santé mentale bien identifié en milieu pénitentiaire.

Quelles pistes d’amélioration ?

Alors que le ministère de la Justice a annoncé en début d’année vouloir mettre en place des établissements pénitentiaires consacrés à l’accueil des personnes détenues souffrant de troubles psychiatriques, notre enquête montre à quel point l’environnement carcéral peut être délétère pour la santé mentale.

Nos résultats permettent d’envisager plusieurs axes d’amélioration, respectueux des grands principes éthiques du soin en prison. Il apparaît indispensable d’accompagner l’entrée en prison, d’améliorer les conditions de détention et d’optimiser l’accès aux soins en milieu pénitentiaire afin de garantir une qualité de soins équivalente à celle offerte en population générale.

Pour autant, ces mesures, seules, ont toutes les chances de s’avérer insuffisantes dans un contexte où les prisons françaises font face à une surpopulation carcérale inédite. Au-delà des soins en prison, il importe donc de repenser l’amont en luttant contre les inégalités sociales de santé afin d’améliorer le dépistage et la prise en charge des troubles psychiatriques, mais aussi faciliter l’orientation des personnes souffrant de troubles sévères vers des dispositifs sanitaires.

The Conversation

L’étude EPSYLON a été financée par la Direction de l’Administration Pénitentiaire (DAP).

Kevin D’Ovidio a été employé en tant que démographe par la Direction de l’Administration Pénitentiaire de 2015 à 2018.

Clément Beunas ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Santé mentale et incarcération : comprendre l’impact de la prison – https://theconversation.com/sante-mentale-et-incarceration-comprendre-limpact-de-la-prison-275328

Municipales : quel cap pour Les Écologistes ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Alexis Vrignon, Historien et maître de conférences à l’université d’Orléans, Université d’Orléans

À la veille des élections municipales, le parti Les Écologistes peine à rester uni derrière le cap politique fixé par sa direction. Un retour sur l’histoire de cette formation politique éclaire ce qui structure ces divisions internes.


À l’approche des élections municipales (les 15 et 22 mars 2026), une certaine fébrilité semble prédominer chez Les Écologistes qui craignent de perdre des mairies emblématiques gagnées ou conservées en 2020 (Lyon, Bordeaux, Besançon, Strasbourg, Grenoble, Annecy, Poitiers). Le 26 janvier dernier, une tribune signée par un « ensemble de militant·es écologistes » remettait en cause les choix faits par la direction nationale, l’accusant de se placer sous la dépendance du Parti socialiste (PS). Celle-ci a réagi en suspendant une trentaine de signataires, décision peu commune pour un parti traditionnellement tolérant sur l’expression de lignes divergentes. En réponse, plusieurs cadres et élus, à Montpellier, à Marseille et surtout à Paris, ont annoncé leur ralliement à des listes menées par La France insoumise (LFI).

Nombreux sont les commentateurs qui ont souligné combien cet épisode traduisait la propension récurrente des Écologistes à se déchirer. La campagne des municipales n’est pas finie, celle de la présidentielle n’a pas encore réellement commencé. La période est si incertaine qu’il est périlleux d’inférer de cette situation quelque prédiction que ce soit quant aux prochaines échéances électorales. En revanche, un coup d’œil rétrospectif peut être instructif pour comprendre la culture politique singulière et composite des Écologistes, d’abord connus comme Les Verts (1984-2010) puis Europe Écologie-Les Verts (EELV, 2010-2023), auxquels s’ajoute une myriade de petites formations plus ou moins durables.

Une culture politique composite dès les origines

Les Écologistes constituent une famille politique désormais bien enracinée dans le paysage partisan français. Son originalité vient de sa volonté d’associer la résolution de la crise écologique à une transformation profonde de la société. Une telle approche est compatible avec des options idéologiques très diverses. Que l’écologie politique s’ancre à gauche n’est ainsi pas une évidence.

Lorsque cette nouvelle proposition politique émerge dans les années 1970, sa critique du productivisme et de la centralité ouvrière comme sujet révolutionnaire (deux options portées notamment par le Parti communiste français) ne s’associe pas de façon évidente à la défense de la nature, alors encore considérée comme une valeur de droite, romantique et nostalgique.

Les trajectoires de ses militants peuvent être aussi bien marquées par un passage par l’extrême gauche que par des positions centristes ou sociales-démocrates. La culture politique qui anime ces militants, ainsi que les cadres du parti, est depuis ses origines composite et demeure longtemps marquée par un sentiment d’extériorité à l’égard du champ politique classique. C’est la fameuse aspiration à « faire de la politique autrement » qui peut s’incarner en des sensibilités diverses. En ce sens, l’analyse souvent employée chez les Grünen – l’équivalent allemand de nos Écologistes – qui distingue les « Fundis » (« radicaux ») et les « Realos » (« réformistes ») n’est pas inutile pour comprendre le cas français.

Un fonctionnement interne marqué par les crises

Malgré cette diversité, il existe de longue date une aspiration à rassembler au sein d’un même parti l’ensemble des militants se reconnaissant dans l’écologie politique. Pour cela, des efforts réguliers ont été menés pour inclure des représentants des associations de protection de la nature ou des figures des quartiers populaires, d’une manière moins anecdotique qu’on ne l’a parfois cru dans un parti souvent caricaturé comme s’adressant à l’archétype urbain du « bobo ». En 2010, le parti Europe Écologie-Les Verts (EELV) est né de cette aspiration à dépasser le cercle étroit des militants historiques pour s’ouvrir à de nouveaux profils, avec toutefois un succès limité.

Cette culture écologiste composite a longtemps déterminé les institutions des Verts puis d’EELV. Complexes, celles-ci étaient marquées par plusieurs principes fondateurs. Outre la parité, mise en œuvre à partir des années 1980, la subsidiarité est essentielle : les décisions doivent être, en principe, décentralisées pour être prises à l’échelon le plus proche possible du terrain. Enfin, les modes de scrutin faisaient la part belle à la proportionnelle, y compris pour la désignation de la direction du parti.

Ces institutions permettaient à des tendances diverses de cohabiter au sein d’une même structure, ce qui n’allait pas sans crises régulières. En 2003, Dominique Voynet quittait ainsi par surprise la direction du parti en déclarant qu’elle voulait « poser la cible qu’elle a[vait] dans le dos ». Au cours du quinquennat de François Hollande, EELV se déchire après avoir obtenu pour la première fois un groupe à l’Assemblée nationale : près d’un tiers des députés écologistes élus en 2012 rejoignent les rangs macronistes en 2017.

La direction du parti, structurellement entourée de contre-pouvoirs et sans mandat politique de premier plan, peine à s’imposer face à un groupe parlementaire plus nombreux et plus médiatique. Noël Mamère, député de Gironde de 1997 à 2017, est également maire de Bègles – en dépit des positions du parti quant au refus du cumul des mandats – et bénéficie à ce titre d’une visibilité dans l’opinion souvent bien supérieure aux cadres du mouvement. On retrouve aujourd’hui des dynamiques comparables : élue députée en 2022, Sandrine Rousseau a longtemps eu une aura médiatique supérieure à celle de Marine Tondelier, pourtant secrétaire nationale d’EELV.

Une transformation du parti sur le temps long pour l’adapter à la politique professionnelle

Une culture politique composite, des institutions complexes, un leadership contrarié : tout semble, à première vue, conforter l’idée selon laquelle Les Écologistes se seraient enfermés dans des schémas peu adaptés à la vie politique actuelle.

Pourtant, depuis le succès des régionales de 2004, les professionnels de la politique – notamment les élus et leurs collaborateurs – s’affirment au sein du parti. D’abord porteurs de mandats locaux, certains sont devenus, au cours des années 2010, des parlementaires nationaux.

Par ailleurs, depuis la direction de Cécile Duflot (2006-2012), le parti s’efforce de réformer ses institutions pour renforcer l’exécutif. Marine Tondelier a ainsi proposé en ce sens une élection du ou de la secrétaire nationale au scrutin majoritaire et non plus à la proportionnelle.

À l’heure des municipales, des défis de stratégie électorale

À l’heure actuelle, Les Écologistes sont confrontés à une série d’interrogations sur leur avenir politique. La crise des gilets jaunes ainsi que le backlash écologique limitent la capacité du parti à aller au-delà de sa sociologie électorale traditionnelle (essentiellement urbaine et diplômée). Les ruralités, les quartiers populaires ou encore les villes moyennes constituent ainsi des fronts pionniers que l’ensemble du mouvement s’efforce d’investir dans le cadre de coalitions de gauche, perçues comme une condition de la victoire, parfois au prix de la visibilité du parti.

Par ailleurs, les désaccords internes restent nombreux. Ils portent d’abord sur la place du parti au sein de la gauche. Il a toujours existé une tendance décidée à affirmer l’autonomie des écologistes, mais celle-ci est d’autant plus influente que le mouvement obtient des succès électoraux. À l’inverse, les périodes de difficultés – comme celle que le parti traverse actuellement – sont propices à des alliances.

Dans les années 2000, les accords avec un PS alors prédominant à gauche permettaient d’obtenir davantage d’élus, au risque d’apparaître comme un satellite politique, avant tout chargé des seuls enjeux environnementaux.

De même, à l’occasion des législatives anticipées dues à la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024, de nombreux députés écologistes ont été élus avec l’appui de La France insoumise (LFI). Les positions des deux groupes parlementaires ont ainsi souvent été proches. Cette proximité est en décalage avec la direction du parti, Marine Tondelier visant au contraire à conserver le plus de mairies possible par le biais d’accords avec le PS.

Des débats persistants sur la ligne politique à suivre

Ces préoccupations s’accompagnent de débats internes autour de la ligne politique à tenir. Plusieurs approches cohabitent en effet toujours chez Les Écologistes.

Une première approche consiste à se saisir de valeurs nouvellement défendues par les mouvements sociaux pour leur offrir une traduction politique : c’est le sens des propositions décoloniales et écoféministes qui émergent au sein du parti depuis une dizaine d’années. Concevoir le parti comme une chambre d’écho ou de traduction des mouvements sociaux dans le champ politique constitue par ailleurs un point d’accord avec LFI, comme l’incarne la ligne portée par Sandrine Rousseau.

Une autre approche consiste à faire du climat la matrice d’une offre politique écologiste centrée sur des solutions concrètes, notamment techniques et organisationnelles. L’objectif, notamment selon Yannick Jadot, est de permettre l’essor d’une large coalition en politique comme dans la société civile, au-delà même du clivage gauche-droite.

Enfin, une dernière perspective entend faire de l’écologie une social-démocratie rénovée, enrichie de propositions environnementales pour refonder la gauche. C’est la stratégie du « trait d’union », portée à l’heure actuelle par Marine Tondelier, qui s’accompagne d’une volonté d’élargir la sociologie électorale traditionnelle des écologistes.

Ces propositions sont autant de divergences stratégiques, personnelles et parfois idéologiques. Comme il est souvent de coutume au sein des partis politiques, les résultats électoraux à venir viendront déterminer, en partie du moins, l’équilibre des forces entre ces différentes tendances au sein du parti.

The Conversation

Alexis Vrignon est membre de la Fondation de l’Ecologie Politique (FEP).

ref. Municipales : quel cap pour Les Écologistes ? – https://theconversation.com/municipales-quel-cap-pour-les-ecologistes-271491

Glasgow fire: how treasured buildings influence our sense of belonging and connection

Source: The Conversation – UK – By Sarah Kerr, Lecturer in Archaeology and Radical Humanities, University College Cork

For many Glaswegians, the fire that has destroyed the Union Corner building next to Glasgow Central station is an unsettling reminder of fires that obliterated the city’s famous School of Art, first in 2014 and then again in 2018 while undergoing restoration.

Central Station is the busiest in Scotland with 25 million visitors a year. Even more pass by its grand gated entrance, bordered by a number of Victorian-era buildings like Union Corner. Built in the mid-19th century where Union Street and Gordon Street meet, the building’s famous dome (behind which brightly lit adverts acted as a beacon guiding people to the station beneath) and Victorian façade on Union Street have collapsed.

The fire will have obvious economic consequences for the city, particularly through the loss of businesses caught in and close to the fire. But the emotional effect of the fire will be felt by the city’s residents and visitors, particularly if the building lies in ruins indefinitely.

The value of built heritage and losing a building that is part of the fabric and history of a place extends beyond economic effects to something more emotional. This threat to different communities’ sense of place and cultural identity could be a catalyst for collective action.

A sense of belonging

Our built heritage has a considerable influence upon those who view and experience it. It can generate joy and even improve mental health. It also contributes to our sense of place; that is, our emotional attachment to a landscape such as an urban area. It derives from the character and distinctiveness of a place, which people perceive, in part, through buildings. As the fabric of the city, buildings and their environment act as a stage upon which social and cultural networks are made and reinforced.

Similarly, cultural identity is an implicit feeling emerging from the sense of belonging to a particular culture. It is multi-faceted and dynamic, drawing on the past while remaining permeable to the present. It can be considered a historical reservoir, created from representations of a shared past, amongst numerous other factors.

Continuity of cultural identity may rely on material continuity of the place. These important yet implicit aspects of daily life are affected when changes occur to the built fabric of a landscape, such as the loss of Glasgow’s historic buildings.

Glaswegians have faced this before in recent memory. Directly opposite Union Corner is the ornate C’a d’Oro building, built in 1872 to emulate the grandeur of the original building in Venice. It was destroyed by fire in 1987, rebuilt and reopened just three years later.

A strong desire persists among Glasgow’s citizens to see the Art School (known affectionately as “the Mack”) rebuilt again, but renovation is yet to start thanks to a series of ongoing wrangles. The time lag of restoration in Glasgow is further evident at the Egyptian Halls, a category A-listed building, also on Union Street. It faces an uncertain future after lying empty for 30 years.

Public outcry and support

The sense of place created through built heritage often extends beyond the local community. The National Museum of Brazil in Rio de Janeiro went on fire in 2018, destroying not only the early 19th-century building but nearly all of the artefacts and documents it housed. An immeasurable loss that led to global outcry, it was likened to the burning of the library of Alexandria in 48BC. There were immediate calls for the restoration of the building and it is due to reopen in the next year.

A few months later, in 2019, Notre Dame cathedral in Paris was severely damaged by fire. Just like the Mack in Glasgow, this occurred during restorative works. The emotional connection to the historic building resulted in international outpouring of support, as well as financial aid from donors in 150 countries, which saw €750m (£650m) raised in ten days.

The connection between built heritage and cultural identity was evident in the decision – which was not uncontroversial – to rebuild the cathedral in line with 19th-century ideas of the medieval period. This envisioning dictated the cathedral’s first major restoration in 1844 under architect Eugène Viollet-le-Duc.

Designated a UNESCO (United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization) World Heritage Site, it was this version of the 800-year-old building with which most people were familiar and emotionally connected. It was therefore favoured over modern reimaginings or indeed interpretations focusing on other periods of the building’s long existence.




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Notre-Dame reopens in Paris 5 years after fire – its reconstruction preserves the past and illuminates France’s modern ambitions


The public demand to restore The National Museum of Brazil and Notre Dame was not driven by the economic potential of the heritage assets. Rather, a collective sense of place was profoundly affected, which transformed into action. This is seen on a smaller scale when the climate crisis causes incremental damage to built heritage.

Preservation and conservation are almost constantly called for despite growing acknowledgement that not all built heritage can be saved in the face of the climate crisis. There have been attempts to save structures before they are lost, such as the dismantling and removal of the Cruester Burnt Mound structure, a Bronze-age building on the Shetland island of Bressay, into the local heritage centre.

This collective action can extend from heritage preservation to focus on the cause of the initial problem. Greater awareness about the inevitable loss of late medieval castles in West Cork, Ireland, has instigated climate action among the local community.

This powerful yet unquantifiable sense of place and its connection to cultural identity can be a catalyst for positive action, particularly when supported by those with the power to enact and accelerate change. The full effect of the fire in Glasgow is yet to be realised, but the city’s experience of previous fires has demonstrated that collective action will likely emerge from the ashes.

The Conversation

Sarah Kerr does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Glasgow fire: how treasured buildings influence our sense of belonging and connection – https://theconversation.com/glasgow-fire-how-treasured-buildings-influence-our-sense-of-belonging-and-connection-277982

Nine years to diagnosis: the challenge of spotting inflammatory arthritis and the role of first contact physiotherapists

Source: The Conversation – UK – By Sarah Golding, Postgraduate MSK Lecturer, School of Sport, Rehabilitation and Exercise Sciences, University of Essex

Dragana Gordic/Shutterstock

Joint pain is often dismissed as ageing, overuse or a minor injury. But for some people it is the first sign of inflammatory arthritis, a group of immune-driven conditions that can damage joints and other organs if not treated promptly.

Inflammatory arthritis can take years to diagnose and receive treatment, with some forms taking an average of nine years. During that time, persistent inflammation can lead to irreversible joint damage, fatigue and reduced mobility.

Although there is no cure, advances in medication over the past 15 years mean many people can live full and active lives. Outcomes are best when treatment begins quickly, ideally within the first three months, often described as a critical “window of opportunity”.

Inflammatory arthritis is less common than osteoarthritis and is managed in different ways. It occurs when the immune system mistakenly attacks the body’s own tissues, particularly the lining of joints. The exact cause is often unclear.

It can begin at any age, including in childhood, and often starts in the hands and feet. Some forms affect just the spine and pelvis. Other parts of the body such as the skin, eyes, heart and lungs may also be involved. Joints can become swollen, warm and tender, and many people experience morning stiffness that lasts for hours and improves with movement rather than rest.

Early symptoms can be subtle and easy to overlook. Stiffness may be blamed on sleep, swelling on overuse and fatigue on stress or ageing. This can contribute to delays in referral and specialist assessment.

How inflammatory arthritis differs from osteoarthritis

Osteoarthritis is different. It is strongly associated with age and most often affects people from midlife onwards, particularly in the knees, hands and hips. It usually develops gradually and becomes more common with advancing age.

Inflammatory arthritis, by contrast, is driven by the immune system and often causes prolonged morning stiffness, visible swelling and fatigue that do not improve with rest or simple activity. Although osteoarthritis is far more common globally, affecting more than 600 million people, over 18 million people live with rheumatoid arthritis, the most widely recognised form of inflammatory disease.

Despite these differences, early-stage arthritis can be difficult for healthcare professionals to distinguish. Symptoms often overlap, and no single test confirms the diagnosis. Blood tests and imaging can support assessment, but results are not always definitive. Because treatment varies depending on the type of arthritis, accurate and timely diagnosis is essential.

Medications for inflammatory arthritis aim to control the immune response and reduce inflammation. These include steroids, which are generally not suitable for long-term use, and disease-modifying anti-rheumatic drugs (DMARDs). When introduced promptly under specialist care, these treatments can reduce symptoms and slow disease progression. Some people reach remission: inflammation is well controlled and symptoms are minimal or absent. A small proportion are even able to stop medication under specialist supervision.

Treatment for osteoarthritis focuses on managing pain and improving function. There are currently no medications that reverse the condition or target its underlying cause. Paracetamol, anti-inflammatory drugs such as ibuprofen, and steroid injections may help relieve symptoms. Non-drug approaches are important for both inflammatory arthritis and osteoarthritis. These include exercise, walking aids where needed, heat and cold therapies and some complementary approaches. Lifestyle also plays a key role. Maintaining a healthy weight, stopping smoking and staying physically active can all improve outcomes.

Why early assessment matters – and who to see first

Reaching specialist care quickly can make a significant difference. In the UK, new roles in primary care are helping people be assessed sooner. First contact physiotherapists (FCPs) working in GP surgeries can recognise early symptoms of inflammatory arthritis and refer patients to rheumatology specialists to begin appropriate treatment. They assess people with joint and muscle problems, request tests where appropriate and provide advice on treatment and long-term outlook. If specialist care is needed, they arrange referral directly.

First contact physiotherapists have been part of UK primary care for more than a decade. Evidence suggests the role is safe, cost effective and beneficial to patients, with patients reporting high satisfaction and doctors expressing confidence in physiotherapists’ expertise.

Arthritis is a leading cause of pain, stiffness and disability worldwide. For people with inflammatory forms of the disease, delayed recognition remains one of the biggest barriers to effective treatment. Symptoms can resemble more common joint problems, slowing referral to specialist care at the point when treatment would be most effective.

If you notice persistent joint swelling, warmth or morning stiffness that lasts more than an hour or improves with movement, assessment is important. There are UK-based websites that include symptom checkers to help people understand when to seek advice. Many GP surgeries in the UK offer appointments with first contact physiotherapists, which can usually be requested directly.

Joint pain is common and often harmless. But when symptoms persist, involve visible swelling, or do not behave like typical “wear and tear”, they should not be ignored. Prompt assessment and appropriate referral give people the best chance of protecting their joints, preserving mobility and maintaining quality of life.

The Conversation

Sarah Golding does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Nine years to diagnosis: the challenge of spotting inflammatory arthritis and the role of first contact physiotherapists – https://theconversation.com/nine-years-to-diagnosis-the-challenge-of-spotting-inflammatory-arthritis-and-the-role-of-first-contact-physiotherapists-276026

How a grassroots UK campaign sparked a multi-billion-dollar exit from public fossil fuel finance

Source: The Conversation – UK – By Freddie Daley, Research Associate, Centre for Global Political Economy, University of Sussex

In 2021, dozens of governments quietly agreed to stop using public money to finance fossil fuel projects overseas.

Their pledge – now known as the Clean Energy Transition Partnership (CETP) – has helped drive a 78% reduction in public finance for fossil fuel projects among signatory countries.

What makes this especially striking is where the idea came from: a grassroots campaign in the UK initially targeting the government’s export credit agency.

With governments withdrawing from climate commitments, and some administrations – most notably Trump’s – tying them to security and trade deals, international climate cooperation is increasingly fragile. Yet the CETP stands out as a genuine success among a litany of failed international climate initiatives. My new research set out to understand what made it such a success.

Climate policy (and campaigning) is messy

Many assume that international climate commitments emerge from polite diplomatic negotiations, with small changes accumulating over time. The reality is far messier. Domestic and international climate policy is fiercely contested and victories are only ever provisional, with each settlement shaping the terrain for the next battle.

My research, based on interviews with campaigners and policymakers, shows that the partnership came about through a series of political confrontations – “battle-settlement events” in the academic lingo – moments when activists, governments and institutions clashed and new compromises emerged.

The CETP traces back to a UK grassroots campaign from 2017 onwards led by environmental and human rights campaign organisations including Global Witness and Oil Change International, partly inspired by a parallel European push targeting the European Investment Bank over its fossil fuel financing.

Campaigners initially pushed for a full fossil fuel phase out. However, they soon switched to a more strategic target: UK Export Finance (UKEF). They saw this as a more achievable battle that would provoke less resistance from industry and politicians.

UKEF is a government agency that helps UK companies sell goods and services abroad. It provides loans, guarantees or insurance to reduce the financial risk of exporting.

Campaigners built up evidence and pushed parliament to investigate. The resulting 2019 House of Commons committee report found that 96% of UK Export Finance’s energy sector support went to fossil fuel projects, predominantly in low- and middle-income countries, and called for a halt by 2021. Despite these damning findings, Theresa May’s government initially refused to budge.

So campaigners upped the ante. They drew attention to the contradiction between the UK’s climate leadership rhetoric and its public funding of fossil fuel projects linked to conflict and displacement overseas. Former UN secretary-general Ban Ki-moon weighed in to urge the UK to “recalibrate its export finance policy”, while activists from the climate campaign group Extinction Rebellion covered the Treasury in red paint to symbolise its claims the government was complicit in violence and suffering. People I interviewed who were involved at the time said this created “insurmountable pressure” on the government to act.

The Cop spotlight

The announcement in August 2019 that Glasgow would host a major UN climate summit transformed the campaign. The summit, known as Cop26, became an opportunity to both expose the gap between UK climate ambition and its export policy, and to use any domestic win as a launchpad for coordinated international action.

The government felt it too. The then prime minister, Boris Johnson, wanted to use the summit to cement his image as a climate-friendly conservative, and a restructured “Cop Unit” within the Cabinet Office had genuine agency to develop ambitious policy ideas and secure buy-in across government.

Though Cop26 was delayed until 2021 due to COVID, this gave campaigners more time to build internal support and sustain the narrative that the UK government was a “climate hypocrite” in reputable outlets like the Financial Times and The Times. Johnson’s government eventually conceded, announcing a unilateral ban on public finance for overseas fossil fuel projects in December 2020. Given that his government was simultaneously consumed by Brexit and internal power struggles, it was a massive achievement.

Glasgow and beyond

With the UK ban secured, attention turned to getting other countries on board. The Cop Unit used the UK’s diplomatic relationships to convince other governments to make similar commitments at Cop26, pointing to the UK ban as proof of concept.

person holds 'don't cop out' placard
Protesters outside the UN climate summit in Glasgow, November 2021.
Toby Parkes / shutterstock

On the conference floor, campaigners and UK officials played ambitious governments off each other in a spirit of friendly competition. Those I interviewed for my research noted that some countries signed up before fully understanding what was required, causing some delegations to get a shock when they realised.

As the summit closed, 34 countries and five public finance institutions signed the Glasgow Statement on aligning international public finance with climate change goals. Signatories to this statement, which would go on to become the CETP, included major fossil fuel funders like Canada and the US.

Walking the talk

Then came the hard part. Keeping up momentum meant regular meetings with signatories to troubleshoot implementation, while domestically the initiative had to survive an attempt by Liz Truss’s short-lived government to kill it altogether. That threat was repelled, and arguably strengthened the initiative by reinforcing signatories’ commitment.

Implementation remains uneven. Most signatories have ended or curtailed fossil fuel finance, and the CETP has cut between US$11.3 billion (8.4 billion) and US$16.3 billion in annual public finance to fossil fuel production.

But the critical counterpart – scaling up public finance for clean energy – has lagged badly. The CETP’s own data shows clean energy financing actually fell between 2022 and 2023. The US has since exited under Trump and some signatories, including Italy and Switzerland, are still way behind on both stopping fossil finance and scaling up finance for renewables.

Yet the CETP’s impact is real. It has redirected tens of billions away from projects that would have locked in fossil fuel infrastructure for decades, and demonstrated that coordinated civil society pressure can shift both domestic policy and international norms. In a political environment where climate ambition is being systematically dismantled, that matters.

The partnership’s future is uncertain. But its journey – from a small UK campaign targeting export finance to a global coalition of governments – shows that domestic activism can still lead to ambitious and durable policy change.

The Conversation

Freddie Daley does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. How a grassroots UK campaign sparked a multi-billion-dollar exit from public fossil fuel finance – https://theconversation.com/how-a-grassroots-uk-campaign-sparked-a-multi-billion-dollar-exit-from-public-fossil-fuel-finance-277850

Blood tests for cancer? We’re still a way off

Source: The Conversation – UK – By Justin Stebbing, Professor of Biomedical Sciences, Anglia Ruskin University

BLKstudio/Shutterstock.com

A new kind of blood test promises to find cancer early – sometimes even before symptoms appear.

The pitch is compelling: a single sample of blood could scan the body for dozens of different cancers at once, catching disease at a stage when it is easier to treat and more likely to be curable. For people who fear cancer – which is most of us – this sounds like a medical revolution.

These tests look for tiny pieces of DNA from cancer cells that are circulating in the blood – something my research teams have spent years working on. In the lab, powerful machines analyse these DNA fragments, searching for patterns that suggest a hidden cancer somewhere in the body.

Instead of waiting for a lump, unexplained weight loss or other symptoms, you could have a blood test every six or 12 months to check if cancer is starting to grow. NHS England described the test – which they were trialling in 142,000 patients – as “the beginning of a revolution”.

The revolution postponed

But when researchers have put these tests through their paces, the reality has fallen well short of the headlines. In one large recent UK study, the blood test missed most cancers that participants went on to develop.

A negative test may feel like a clean bill of health, but at the moment, it is nothing of the sort. This matters because people naturally change their behaviour when they are reassured. If you believe a high-tech blood test has “ruled out” cancer, you may delay seeing a doctor when symptoms appear, or dismiss nagging changes in your body as nothing to worry about.

Traditional screening tests have their own problems, but they are built on decades of evidence. Mammograms for breast cancer, colonoscopy or stool tests for bowel cancer, and cervical screening all went through long, careful trials to show they save lives overall, not just that they find more abnormalities.

Even then, they can miss cancers, and they can also pick up growths that would never have caused harm. With multi-cancer blood tests, the evidence is much thinner, and we still do not know whether using them in healthy people actually reduces deaths from cancer.

The tests also generate false alarms. Sometimes the test can flag people as having cancer when they don’t, causing huge amounts of stress. Health systems that are already stretched risk being overwhelmed by follow-up investigations, triggered by blood test results, that may ultimately lead nowhere.

A woman receiving a mammogram.
Mammograms are built on decades of evidence.
My Ocean Production/Shutterstock.com

Cost is another consideration. These tests are not cheap to develop or buy. If these tests are used widely before we know whether they work, health services could waste money and staff time on unproven technology instead of on proven measures like prompt diagnosis, smoking cessation, weight management and ensuring that existing screening programmes reach the people who need them most.

Yet it would be wrong to dismiss these tests entirely. The underlying science is sophisticated, and it is advancing quickly. In high-risk groups – for example, people with strong family histories of certain cancers, or those with inherited genetic mutations – carefully used blood tests might genuinely help to detect tumours earlier than we can today.

They are also helpful in checking if cancer is returning after treatment, or in choosing treatments that match the specific biology of a person’s cancer.

The deeper issue is how we introduce such technology into everyday life. There is a long history of medicine being captivated by new treatments and procedures, only to discover later that the harms and compromises were greater than expected.

Early cancer blood tests are arriving at a time when trust in institutions is fragile, misinformation spreads fast, and many people understandably feel that getting to see a doctor at all is increasingly difficult. Adding another layer of complexity and uncertainty could easily widen inequality between those who can pay privately for extra tests and those who cannot.

Sensible steps you can take

While we wait for better evidence, there are still sensible steps people can take. First, if you are invited to take part in a trial of a new cancer blood test, ask what the study is trying to show and what is already known. Genuine clinical trials, run through the NHS or academic centres, are how we answer important questions about benefits and harms.

Second, if you are offered one of these tests privately, ask who will interpret the result, what support you will get afterwards, and whether it is likely to change your care in a meaningful way.

Most importantly, do not let the idea of a “simple blood test” overshadow the basics. If you notice a new lump, unexplained bleeding, persistent cough, weight loss or a change in bowel habit that goes on for more than a few weeks, you should still contact your GP, even if a previous test was normal.

Trust your instincts about your own body and keep pushing if you feel something is wrong. Stories of delayed diagnoses repeatedly show that persistence from patients, families and doctors can make a crucial difference.

Cancer outcomes have been improving slowly over time, thanks to a combination of better treatments, earlier diagnosis and public health measures. New technology, including blood tests that scan for traces of cancer, will probably play a part in the next chapter of that story. But on their own, they are not a magic bullet against disease.

The Conversation

Justin Stebbing does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Blood tests for cancer? We’re still a way off – https://theconversation.com/blood-tests-for-cancer-were-still-a-way-off-277798