Comment éduquer à la transition écologique en dépassant la culpabilisation ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Insaf Khelladi, Full Professor en Marketing, Excelia

Nos difficultés à passer à l’action en matière de transition écologique ne seraient pas tant liées à des biais cognitifs qu’à des freins émotionnels. Des émotions, telles que la peur ou la culpabilité, sont stériles, mais elles peuvent laisser la place à l’espoir de faire changer les choses. Tout du moins, à certaines conditions.


Nous n’avons jamais autant parlé de climat, de biodiversité et de transition écologique. Dans les universités, les écoles et les formations professionnelles, les contenus se multiplient. Les chiffres sont là, les diagnostics sont connus, l’urgence est largement documentée. Et pourtant, une question persiste : pourquoi savons-nous autant sans agir davantage ?

Ce décalage entre connaissances et action est aujourd’hui bien identifié. Il est souvent présenté comme un problème d’information, de volonté individuelle ou de contraintes matérielles. Mais les résultats récents de notre recherche suggèrent une autre lecture : le principal frein à l’action écologique ne serait pas cognitif mais émotionnel.




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Quand l’éducation à l’écologie fatigue

Dans de nombreux dispositifs éducatifs actuels, la transition écologique est abordée à travers des messages alarmants : effondrement des écosystèmes, extinction des espèces, urgence climatique. Ces discours sont scientifiquement fondés, mais leurs effets psychologiques sont rarement interrogés.

Chez les étudiants comme chez les apprenants adultes, ces messages suscitent fréquemment de la culpabilité, de la peur, voire un sentiment d’impuissance. L’individu se sent responsable d’un problème qui le dépasse. Ces émotions traduisent moins un manque de sensibilité qu’une forte conscience morale des enjeux environnementaux.

Mais lorsqu’elles s’accumulent sans accompagnement, elles peuvent devenir paralysantes. À terme, cette surcharge émotionnelle peut conduire non pas à l’engagement, mais au retrait :

« À quoi bon agir, si tout est déjà perdu ? »

Ce phénomène est aujourd’hui largement discuté sous le terme d’écoanxiété. Pourtant, il reste peu intégré dans la conception des programmes éducatifs. L’éducation à la durabilité continue souvent de miser sur l’accumulation de connaissances, en supposant que la prise de conscience suffira à déclencher le changement.




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L’émotion comme point de bascule

Notre recherche menée auprès d’étudiants ayant participé à un programme intensif de formation à la durabilité met en lumière un mécanisme clé : ce ne sont pas les connaissances en elles-mêmes qui déclenchent l’action, mais la manière dont les émotions associées à ces connaissances évoluent dans le temps.

Au début du programme, la majorité des participants exprimaient une forme de lassitude ou de résistance. Les enjeux environnementaux leur semblaient omniprésents, mais abstraits, culpabilisants, voire décourageants. Certains parlaient de « bruit de fond », d’autres d’un sentiment de fatalité.

Puis, progressivement, quelque chose a changé. Non pas parce que les messages étaient devenus moins sérieux, mais parce qu’ils étaient plus incarnés, misant davantage sur les volets relationnel et participatif. Les émotions négatives ne s’effacent pas, elles évoluent. La peur et la culpabilité peuvent progressivement céder la place à la curiosité, puis à une forme d’espoir, avant de se traduire par un sentiment d’utilité personnelle.

Des travaux récents en psychologie montrent que cet espoir, lorsqu’il est étroitement associé à des actions concrètes et collectives, favorise un engagement plus soutenu face au changement climatique. Cette perspective invite ainsi à dépasser une conception réductrice des émotions, souvent envisagées uniquement comme des freins à l’action.




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Les limites de la pédagogie du choc

Ce basculement émotionnel constitue un tournant décisif. Lorsque les apprenants cessent de se percevoir uniquement comme des responsables coupables et commencent à se voir comme des acteurs capables d’agir, même à leur échelle, le passage à l’action devient possible. Ce sentiment de capacité d’agir – largement étudié sous le concept d’auto-efficacité – joue un rôle central dans la mise en mouvement et la persistance de l’engagement.

Nos résultats invitent à interroger en profondeur la manière dont nous enseignons la transition écologique. Pendant longtemps, la pédagogie environnementale a reposé sur une logique de choc : montrer l’ampleur des dégâts pour provoquer une prise de conscience. Or, cette stratégie atteint aujourd’hui ses limites.

La répétition de messages anxiogènes peut engendrer de la saturation informationnelle, une forme de déni défensif ou encore un désengagement émotionnel.

À l’inverse, les dispositifs éducatifs qui favorisent l’expérimentation, la coopération et la co-construction produisent des effets très différents. Dans l’étude, les moments les plus transformateurs ne sont pas les conférences magistrales, mais les ateliers collaboratifs, les projets concrets et les échanges avec des acteurs engagés.

Ces formats permettent aux apprenants de vivre la transition écologique non plus comme une menace abstraite, mais un espace d’action collective, où l’engagement est partagé et socialement reconnu.

Un sentiment d’utilité sociale

Un résultat particulièrement marquant de notre recherche concerne le rôle des émotions dites « positives », comme l’espoir, la fierté ou le sentiment de contribution. Contrairement à une idée répandue, ces émotions ne minimisent pas la gravité des enjeux. Elles permettent au contraire de rendre l’action psychologiquement soutenable dans la durée.

L’engagement devient plus stable et plus durable quand :

  • les apprenants constatent que leurs actions, même modestes, ont du sens ;

  • ils se sentent reconnus dans leur capacité à agir ;

  • ils participent à la conception de solutions concrètes.

Cet engagement s’inscrit alors dans des dynamiques collectives qui renforcent le sentiment d’utilité sociale.

Dans ces conditions, les comportements écologiques cessent d’être perçus comme des contraintes imposées de l’extérieur. Ils s’intègrent progressivement aux routines quotidiennes et peuvent même être transmis à l’entourage.

Une transition écologiquement et psychologiquement soutenable

Ces constats ont des implications majeures pour l’éducation, la formation et les politiques publiques.

Informer ne suffit pas. Les dispositifs éducatifs doivent être conçus comme de véritables parcours émotionnels, et non comme de simples transferts de connaissances.

Il est essentiel de diversifier les formats pédagogiques : hackathons, living labs, projets collectifs, simulations, mises en situation réelle. Ces formats favorisent l’appropriation et renforcent le sentiment de capacité d’agir.

Enfin, la transition écologique ne peut être enseignée uniquement par des discours institutionnels. Les apprenants accordent une grande importance à la crédibilité et à la sincérité des intervenants : entrepreneurs engagés, enseignants impliqués, pairs mobilisés. La confiance joue ici un rôle central.

Face à l’urgence environnementale, la tentation est forte d’intensifier les messages alarmants. Mais si l’objectif est une mutation durable des comportements, il est temps de changer de paradigme.

La transition écologique ne se gagnera pas par la culpabilité seule. Elle nécessite une éducation capable de transformer l’angoisse en engagement et la peur en capacité d’agir, et ne se résume pas à transmettre des savoirs. Elle implique d’accompagner une trajectoire émotionnelle, de l’inquiétude à l’appropriation, sans laquelle aucune transition ne peut réellement s’ancrer dans les pratiques.

The Conversation

Rien à déclarer

Catherine Lejealle, Insaf Khelladi, Rémi Beulque et Saeedeh Rezaee Vessal ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Comment éduquer à la transition écologique en dépassant la culpabilisation ? – https://theconversation.com/comment-eduquer-a-la-transition-ecologique-en-depassant-la-culpabilisation-276784

Pourquoi la souffrance psychique des jeunes n’est pas une affaire individuelle

Source: The Conversation – France in French (3) – By Cyril Tarquinio, Professeur de psychologie clinique, Université de Lorraine

Symptômes anxiodépressifs, idées suicidaires… les données scientifiques s’accumulent pour confirmer que les causes de la souffrance psychique qui affecte de nombreux jeunes sont à rechercher davantage du côté de déterminants sociaux et de mutations qui bouleversent notre époque – à commencer par les réseaux sociaux auxquels les adolescent·es sont particulièrement vulnérables – que des facteurs individuels.


Anxiété massive, épisodes dépressifs précoces, crises de panique, sentiment d’irréalité, fatigue chronique, idées suicidaires… la détresse psychique d’une partie croissante de la jeunesse n’est plus un phénomène marginal. Au niveau mondial, elle s’impose aujourd’hui comme un fait social majeur, documenté par la clinique comme par l’épidémiologie.

Pourtant, les réponses apportées continuent de cibler prioritairement les individus, comme si le problème relevait avant tout d’une fragilité personnelle. Cette lecture est non seulement insuffisante : elle est erronée.

Dans Génération à vif, je défends une thèse simple mais dérangeante : le malaise psychique des jeunes est un indicateur sensible des transformations systémiques de nos sociétés. Il ne dit pas tant quelque chose de leur faiblesse que de l’environnement dans lequel ils grandissent, se construisent et tentent de se projeter.

Des indicateurs qui ne trompent plus

Les données sont désormais convergentes. En France, selon Santé publique France, 9,5 % des adolescents de 17 ans présentent des symptômes anxiodépressifs sévères, contre 4,5 % en 2017. Près d’un jeune sur cinq rapporte des pensées suicidaires au cours de l’année écoulée, avec une vulnérabilité particulièrement marquée chez les jeunes femmes.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), un adolescent sur sept âgé de 10 à 19 ans présente un trouble mental, et le suicide constitue la troisième cause de décès chez les 15-29 ans. Ces données ne peuvent être réduites à un simple effet de dépistage ni à une supposée « fragilisation générationnelle ». Elles signalent l’ampleur réelle du fardeau psychique qui affecte aujourd’hui les jeunes.

L’erreur classique : psychologiser ce qui est structurel

Face à ces constats, le réflexe dominant consiste à invoquer la vulnérabilité individuelle, le déficit de compétences émotionnelles ou l’hypersensibilité. Or la recherche en santé mentale montre depuis longtemps que les troubles anxieux et dépressifs sont étroitement liés aux déterminants sociaux : précarité économique, instabilité des parcours, insécurité professionnelle, isolement relationnel, pression normative et inégalités d’accès aux ressources.

Plusieurs travaux internationaux soulignent que l’augmentation des troubles internalisés chez les adolescents et les jeunes adultes est indissociable de la montée de l’incertitude structurelle et de l’accélération sociale. Autrement dit, ce n’est pas la jeunesse qui a changé seule ; c’est le monde qui lui est proposé. Continuer à pathologiser les individus sans interroger ce cadre revient à déplacer le problème, non à le résoudre.

Grandir dans un monde instable

L’adolescence et l’entrée dans l’âge adulte ont toujours été des périodes de remaniement identitaire. Ce qui est plus nouveau, en revanche, c’est le contexte dans lequel ces transitions s’opèrent. Les jeunes d’aujourd’hui se construisent dans des sociétés où les repères qui balisaient autrefois plus nettement l’accès à la vie adulte se sont affaiblis. La fin des études ne débouche plus automatiquement sur un emploi stable, l’insertion professionnelle est plus souvent marquée par les contrats temporaires, les allers-retours entre formation, emploi et chômage se multiplient, et l’accès à l’autonomie résidentielle devient plus difficile.

À l’échelle européenne, la discontinuité des trajectoires juvéniles n’a rien d’une abstraction. 31,1 % des salariés de 15 à 29 ans occupaient un emploi temporaire dans l’Union européenne, tandis que 11,0 % des jeunes de cette tranche d’âge n’étaient ni en emploi, ni en études, ni en formation. Autrement dit, une part importante de l’entrée dans l’âge adulte se joue désormais soit dans l’instabilité, soit dans l’interruption, ce qui dit bien combien les seuils biographiques autrefois plus lisibles sont devenus plus fragiles et plus incertains.

Dans ce contexte, la difficulté à se projeter dans un avenir lisible ne relève pas d’un manque individuel de maturité. Elle traduit aussi une transformation objective des conditions d’existence. Quand le travail est plus précaire, le logement plus difficile d’accès, et l’avenir socialement moins prévisible, il devient plus compliqué de relier le présent à un futur désirable.

Or, on ne se construit pas psychiquement de la même manière quand l’avenir ressemble à une promesse que lorsqu’il ressemble à une énigme.

Réseaux sociaux et comparaison permanente

À cette instabilité structurelle s’ajoute une transformation profonde du rapport à soi et aux autres liée aux usages numériques. Les effets des réseaux sociaux dépendent moins du temps passé en ligne que de ce qui s’y joue réellement : se comparer, se montrer, se mettre en scène, attendre des signes d’approbation, subir des interactions hostiles ou, parfois, trouver du soutien et de l’authenticité. En ce sens, les réseaux sociaux ne constituent pas une cause simple et univoque ; ils forment plutôt un nouvel environnement relationnel et identitaire, capable d’amplifier certaines vulnérabilités propres à l’adolescence.

Or, lorsque cet environnement organise la vie sociale autour de la visibilité, de la comparaison et de la validation externe, il peut peser lourdement sur l’image de soi. La littérature scientifique met ainsi en évidence des liens entre usages intensifs ou problématiques des réseaux sociaux, diminution de l’estime de soi, insatisfaction corporelle, symptômes anxieux et manifestations dépressives, avec une vulnérabilité particulièrement marquée chez les adolescentes.




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Sur le plan psychique, cette dynamique peut favoriser la construction d’un « faux self », au sens winnicottien. Une identité de présentation, progressivement façonnée pour répondre aux attentes perçues, capter l’approbation et éviter la disqualification, parfois au prix d’un éloignement croissant d’avec l’expérience subjective authentique. Lorsque la valeur de soi se trouve ainsi suspendue au regard d’autrui, l’ajustement au monde ne se fait plus à partir d’un sentiment interne de continuité, mais à partir d’une surface à maintenir. Il peut alors se creuser un écart entre ce que le sujet vit, ce qu’il ressent et ce qu’il donne à voir. Cet écart ouvre un espace de tension psychique majeur, pouvant aller, chez certains sujets plus vulnérables, jusqu’à des expériences de dépersonnalisation, de désancrage de soi ou de fonctionnement dissociatif.

La souffrance qui en résulte n’est pas un défaut individuel, elle est le produit d’un environnement qui rend l’authenticité coûteuse et la vulnérabilité risquée.

Quand le malaise s’inscrit dans les corps

Un autre aspect souvent sous-estimé concerne la dimension corporelle de cette détresse. Fatigue chronique, troubles du sommeil, douleurs diffuses, dérégulations émotionnelles sont fréquents chez les jeunes en souffrance psychique. Les avancées en psychoneuro-immunologie montrent que le stress chronique, lorsqu’il est durable et imprévisible, active les systèmes neurobiologiques de l’alerte et favorise des états inflammatoires associés à la dépression et à l’anxiété.

Cette inflammation n’est pas un simple bruit de fond biologique : elle interfère avec les circuits de l’humeur, de la motivation, de la vigilance et de la régulation émotionnelle. Elle contribue ainsi à faire de la détresse psychique une expérience à la fois psychologique et somatique, où l’anxiété, l’abattement ou l’hyperréactivité coexistent avec la fatigue, les troubles du sommeil, les douleurs diffuses et le sentiment d’un corps devenu lui-même difficile à habiter.

Chez les adolescents et les jeunes adultes, dont les systèmes cérébraux sont encore en maturation, cette exposition prolongée à l’insécurité et à la pression sociale peut avoir des effets durables, en particulier sur les circuits de l’alerte, de l’humeur, du sommeil et de la régulation émotionnelle. Là encore, il ne s’agit pas de « somatisation », mais d’une inscription biologique du social. Les corps parlent lorsque les environnements ne permettent plus de symboliser autrement.

Des réponses encore trop étroites

Face à cette situation, l’augmentation de l’offre de soins psychologiques est nécessaire, mais insuffisante. En renvoyant prioritairement les jeunes vers des prises en charge individuelles, on entretient l’idée implicite que le problème leur appartient. Or l’OMS insiste sur le fait que les politiques efficaces en matière de santé mentale des jeunes doivent articuler prévention, réduction des inégalités, politiques éducatives, conditions de travail et cohésion sociale.

Autrement dit, soigner sans transformer les contextes revient à réparer sans cesse les mêmes fissures. La santé mentale des jeunes ne peut être pensée indépendamment des choix collectifs en matière d’éducation, d’emploi, de protection sociale et d’organisation du temps de vie.

Ce que la souffrance des jeunes nous oblige à regarder

La souffrance psychique des jeunes est un symptôme collectif. Elle révèle un monde qui exige autonomie, performance et adaptabilité, tout en offrant de moins en moins de stabilité, de sécurité symbolique et de récits communs. Elle interroge notre rapport au temps, à la réussite, à l’échec et à la vulnérabilité.

Plutôt que de s’inquiéter d’une jeunesse prétendument fragile, il serait plus juste de s’interroger sur la fragilité de nos structures sociales. Écouter ce que le malaise des jeunes dit de nos choix collectifs n’est pas un exercice de compassion, c’est une nécessité politique et sociale. Parce que ce qui se joue ici n’est pas seulement une crise générationnelle, mais la capacité de nos sociétés à offrir un avenir psychiquement habitable.

The Conversation

Cyril Tarquinio ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pourquoi la souffrance psychique des jeunes n’est pas une affaire individuelle – https://theconversation.com/pourquoi-la-souffrance-psychique-des-jeunes-nest-pas-une-affaire-individuelle-278601

Extension du plaider-coupable : une procédure pénale plus efficace ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Vincent Sizaire, Maître de conférence associé, membre du centre de droit pénal et de criminologie, Université Paris Nanterre

La réforme de la procédure pénale voulue par le garde des Sceaux Gérald Darmanin est examinée à partir du 13 avril au Sénat. De nombreux avocats et magistrats s’opposent à l’extension du plaider-coupable et dénoncent une justice expéditive, alors que le ministre prétend désengorger les tribunaux.


Alors que l’idéologie sécuritaire qui structure le débat public en matière de politique criminelle garantit ordinairement une relative indifférence à l’adoption des lois les plus répressives, le projet de réforme de la procédure de jugement des crimes porté par le gouvernement rencontre, avant même son examen par le Parlement, une large opposition au sein des milieux judiciaires. Portée par la très large majorité des avocats et par certaines organisations syndicales de magistrats, la fronde se focalise en particulier sur l’extension aux crimes de la procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC) introduite en 2004 – malgré, déjà, une très forte opposition.

Une procédure qui, fondée sur l’aveu de culpabilité de la personne poursuivie, substitue une simple audience d’homologation à une audience durant laquelle l’ensemble des éléments du dossier sont discutés contradictoirement par l’ensemble des parties. Le juge est alors appelé à valider – ou non – l’accord formalisé entre le ministère public et l’accusé s’agissant de la peine qui sera exécutée.

Certes, il est prévu que la CRPC criminelle ne puisse être mise en œuvre sans l’accord express de l’accusé et de la partie civile. Mais l’expérience enseigne que l’asymétrie structurelle qui caractérise les relations entre l’accusation et la personne poursuivie induit un consentement à la culpabilité et à la peine proposée le plus souvent biaisé, donné par méconnaissance de ses droits ou, pire encore, par peur d’une issue plus défavorable encore en cas de refus. L’institution de ce plaider-coupable en matière criminelle s’accompagne en outre de mesures visant à restreindre la possibilité pour les parties de soulever des irrégularités de procédure et à empêcher autant que possible la remise en liberté des personnes placées en détention provisoire en cas de négligence dans le traitement de leurs demandes. L’ensemble dessine ainsi une orientation législative limitant de façon plus ou moins explicite les garanties du procès équitable aujourd’hui consacrées par la Constitution et par l’article 6 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Simplifier le fonctionnement de la justice ?

Le gouvernement justifie son projet de réforme par des considérations se voulant l’expression du bon sens, une volonté de simplification qui ne serait dictée que par des préoccupations concrètes : soulignant la longueur des « délais d’audiencement criminel, [c’est-à-dire le temps séparant l’acte d’accusation de la comparution de la personne devant la juridiction] », le projet de loi aurait pour seul motif « d’accélérer le temps judiciaire », de « moderniser » les audiences, de réduire les délais de jugement des affaires. L’analyse du texte et, plus encore, de ses non-dits. À l’image de la très large majorité des textes de lois qui, depuis plus de vingt ans, se donnent très officiellement pour objectif de « simplifier » le fonctionnement de la justice pénale, ce nouveau projet trahit surtout une opposition de principe à un encadrement suffisant de l’action des autorités répressives.

Plusieurs éléments démontrent ainsi que ce texte obéit moins à une logique pragmatique qu’à des considérations idéologiques. On le constate, en premier lieu, avec le biais consistant à présenter la réforme comme procédant d’une nécessité pratique indiscutable quand, en réalité, bien d’autres possibilités s’offrent aux pouvoirs publics pour réduire les délais de jugement des affaires criminelles. La première de ces possibilités est, bien sûr, l’augmentation des moyens dévolus aux juridictions pour traiter les affaires dont elles sont saisies. Or, s’il a augmenté ces dernières années, le budget de la justice française demeure sensiblement en deçà des standards européens : le dernier rapport de la Commission européenne pour l’évaluation des systèmes judiciaires relève ainsi que « seul 0,20 % du PIB annuel de la France lui est consacré en 2022, alors que la médiane européenne s’établit à 0,28 % du PIB et que nos voisins néerlandais, allemand et italien y consacrent respectivement 0,26 %, 0,30 % et 0,31 %. Par ailleurs, le nombre de magistrats professionnels, particulièrement au ministère public, se situe très en deçà de la médiane européenne ».

Même à budget constant, il est tout à faire possible de réduire significativement les délais de jugement en menant une large entreprise de dépénalisation des infractions les moins graves, non pour les laisser sans réponse mais, au contraire, pour leur substituer une réponse plus adaptée (sociale ou médicale) et concentrer ainsi l’action des autorités répressives sur les infractions les plus graves. L’exemple de la dépénalisation de la consommation de stupéfiants chez nombre de nos voisins démontre ainsi de substantiels gains d’efficacité, alors que la répression du simple usage de drogue constitue aujourd’hui un contentieux de masse accaparant les services de police et les juridictions pénales.

Complexification des dispositions relatives à la détention provisoire

L’intention simplificatrice du projet apparaît tout aussi trompeuse lorsqu’on la met en rapport avec l’effet réel du projet sur l’ordre juridique, se traduisant par la complication significative des règles applicables. Ainsi en est-il, en particulier, des dispositions du projet relatives à la détention provisoire. Aujourd’hui, la loi prévoit que si les juridictions ne statuent pas sur la demande de mise en liberté qui leur est soumise dans les délais requis, la personne est automatiquement libérée. Pour éviter coûte que coûte une telle issue, le gouvernement propose désormais que, faute de décision à l’expiration des délais, un ultime débat contradictoire soit organisé dans les cinq jours afin de statuer sur la demande – la personne étant libérée si ce débat n’a pas lieu. Il veut également permettre au procureur général de saisir en catastrophe le président de la Cour d’appel d’une demande de maintien en prison lorsque l’audience permettant d’ordonner la prolongation de la détention provisoire n’a pu être tenue dans les formes et conditions prévues par la loi. Ces propositions ne constituent pas simplement une remise en cause frontale du principe constitutionnel de garantie des droits, qui suppose notamment que les personnes puissent faire effectivement sanctionner la méconnaissance, par les autorités, des règles encadrant leur action. En ajoutant de nouveaux délais et de nouvelles procédures à un ensemble déjà passablement complexe, ces propositions sont aussi de nature à compliquer singulièrement la tâche des juridictions, à mille lieues de la simplification annoncée.

Une culture de l’aveu qui rappelle la justice d’Ancien Régime

L’absence de pragmatisme du projet se mesure enfin dans certaines des représentations mobilisées au soutien de la réforme proposée et qui relèvent plus de la pétition de principe que du constat empirique. En plaçant la reconnaissance des faits au cœur du processus répressif, l’extension du plaider-coupable aux crimes renouvelle directement la culture de l’aveu propre à la justice pénale d’Ancien Régime, dont la fonction était moins de faire la lumière sur la commission d’une infraction que d’œuvrer à l’expiation voire à l’exorcisation d’un accusé nécessairement coupable. L’exposé des motifs du projet de loi trahit ainsi à plusieurs reprises une opposition de principe à l’idée même de présomption d’innocence, qui constitue pourtant une règle de valeur constitutionnelle : qu’on se propose de « faire juger les criminels » plus rapidement ou d’éviter la « remise en liberté de délinquants dangereux » en attente de jugement, on n’envisage tout simplement pas que le procès puisse avoir d’autre issue que leur condamnation.

Comme la plupart des textes visant, directement ou indirectement, à amoindrir l’encadrement du pouvoir répressif et les droits de la défense, cette nouvelle réforme s’inscrit ainsi dans la lignée de la vieille tradition autoritaire qui, depuis le début du XIXᵉ siècle, s’oppose à la mise en œuvre pérenne et conséquence du modèle pénal républicain proclamé en 1789. Un modèle qui commande des réformes humanistes et pragmatiques, loin de la fuite en avant répressive qui tient aujourd’hui lieu de seule boussole au législateur.

The Conversation

Vincent Sizaire est magistrat.

ref. Extension du plaider-coupable : une procédure pénale plus efficace ? – https://theconversation.com/extension-du-plaider-coupable-une-procedure-penale-plus-efficace-280199

Dix ans après la loi contre la prostitution, enquête sur les conditions de vie des travailleuses sexuelles

Source: The Conversation – France in French (3) – By Hélène Le Bail, Chargée de recherche au CNRS et affiliée à l’Institut Convergences Migrations, Sciences Po

Dix ans après la loi « visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les personnes prostituées », les conditions de vie des personnes vendant des services sexuels ont-elles changé ? Comment celles-ci perçoivent-elles les lois qui encadrent la prostitution ? Comment voudraient-elles que ces lois évoluent ?


Au cours des trois années ayant suivi la mise en application de la loi du 13 avril 2016, plusieurs évaluations ont été menées avec des constats convergeant.

Tout d’abord, la pénalisation des clients avait entraîné une précarisation des conditions de vie (perte de revenus, augmentation des symptômes dépressifs, des pratiques risquées et du temps de travail) et un déplacement de l’activité en ligne ou vers des espaces moins visibles. Ensuite, si le délit de racolage était abrogé au niveau national, les personnes se prostituant continuaient d’être directement pénalisées par des arrêtés locaux. La loi avait en outre instauré pour elles un parcours de sortie de prostitution, mais il était mis en place de manière discriminante (inégalité de la mise en application d’un département à l’autre, discours jugeant voire essentialisant au sein des commissions). Enfin, la loi contribuait peu à la lutte contre l’exploitation.

Depuis, aucune évaluation ne permet de parler d’un recul du nombre de personnes engagées dans le travail sexuel. Le chiffre qui circule le plus est celui de 30 000 à 40 000 personnes en « situation de prostitution », une évaluation reprise des rapports de l’Office central pour la répression de la traite des êtres humains (OCRTEH) et qui est peu fiable.

Notre recherche, co-construite et co-menée avec des personnes vendant des services sexuels, vise à rendre compte de la diversité de leurs situations, de leurs origines (françaises, européennes ou immigrées d’Afrique, d’Amérique latine et de Chine) et de leurs conditions d’exercice (dans la rue, à domicile, via des annonces en ligne ou dans le cadre d’un parcours de sortie de la prostitution). Elle met également en lumière leurs revendications.

Qu’est-ce qui préoccupe les travailleuses sexuelles ?

Dans les ateliers collectifs que nous avons menés en 2025 dans cinq villes de France, les travailleuses sexuelles évoquent beaucoup leurs conditions de précarité et la prévalence des violences (les quelques 80 participantes et les personnes concernées en général étant avant tout des femmes cis et trans, nous utiliserons le féminin dans cet article).

La précarité matérielle reste une des raisons du choix contraint du travail sexuel. Cette précarité est décuplée pour les personnes migrantes qui, du fait de la non-régularité ou de la précarité du séjour, ont un accès limité au marché du travail. La loi de 2016 a mis en place un parcours de sortie de la prostitution qui prévoit un titre de séjour de six mois, renouvelable jusqu’à deux ans et une modeste allocation. Mêmes celles qui en ont bénéficié soulignent que la précarité du titre de séjour permet difficilement d’entamer une formation diplômante et d’évoluer vers une situation professionnelle moins précaire.

Pour les personnes migrantes au statut de résidence précaire, face au peu de choix d’emploi, le travail sexuel est pour certaines vécu comme le moins exploitant. Il offre la possibilité d’une flexibilité des horaires, d’un gain d’autonomie et de revenus plus élevés que dans d’autres emplois peu ou pas qualifiés. Pour des personnes non migrantes bénéficiaires d’allocations sociales ou de handicap, la vente occasionnelle de services sexuels permet de compléter des revenus très bas. Les femmes trans évoquent, pour leur part, les obstacles dans la recherche d’emploi du fait de la transphobie.

Au-delà de ces contraintes matérielles, les participantes à l’enquête témoignent d’une exposition aux violences importante et expriment leur angoisse de prendre des risques immenses : attaques physiques, viols, meurtres. Nous avons récolté les témoignages déjà bien documentés de femmes d’Afrique subsaharienne enrôlées dans des réseaux de traite, mais aussi ceux de personnes non migrantes forcées de vendre des services sexuels. Les violences se déclinent au-delà des agressions physiques et de l’exploitation. Sont évoqués les vols ciblés, le harcèlement policier, les insultes et humiliations, les pratiques non désirées :

« La police ne va pas chercher les gens qui font des problèmes. Ils vont venir voir les prostituées et leur poser des questions. “Donne-moi tes papiers.” Les mauvaises personnes dans la rue, la police ne va pas se concentrer sur ces gens. C’est comme ça. »
Joy, Nigériane (N. B. L’ensemble des témoignages est anonymisé).

Un constat positif ressort toutefois, celui d’un système de santé publique accessible et d’un tissu associatif qui accompagne bien les travailleuses sexuelles. En particulier pour les femmes les moins jeunes, la santé est au cœur des préoccupations. Les participantes rappellent que leur santé mentale est mise à mal par la violence, la précarité et la stigmatisation. Elles évoquent à la fois des enjeux de santé globale et des enjeux de besoins particuliers – traitement préventif de préexposition au VIH (PrEP) et traitement post-exposition (TPE) – qui demandent des formations du corps médical.

Les difficultés liées à la stigmatisation

Les discussions ont également pointé du doigt le problème de la stigmatisation du travail sexuel. Cette stigmatisation est tellement forte, parfois doublée de racisme ou de transphobie, qu’elle conduit les personnes à rester distantes des institutions publiques et à avoir le sentiment d’occuper une place sociale très dévalorisée.

« Tout le monde nous méprise. Je vais vous dire, honnêtement, nous n’y pouvons rien. Nous nous méprisons même un peu nous-mêmes, en réalité. Je ne mens pas. C’est comme ça. Nous ne gagnons pas beaucoup d’argent et nous n’avons aucune compétence. »
Lili, Chinoise.

Dans plusieurs ateliers est revenue la proposition d’organiser des formations contre la stigmatisation des travailleuses sexuelles. Elles pourraient être dispensées auprès des jeunes dans le cadre de l’éducation à la vie affective et sexuelle, auprès de professionnels des services médicaux ou sociaux, ou encore auprès des personnes travaillant à l’accueil dans les services publics.

Travailleuse du sexe sur son ordinateur
Le mépris social vécu par les personnes vendant des services sexuels abîme leur santé mentale et complique leur accès au droit.
Deniz Demirci/Unsplash, CC BY

Parmi les discriminations liées à leur stigmatisation et les lois spécifiques sur la prostitution, les participantes insistent sur le rapport à la police et l’accès à la justice. Elles se sentent souvent moins bien protégées par la police – qui ne les prend pas au sérieux ou ne se déplace pas – et, plus encore, elles relatent des situations de harcèlement de leur part. Alors même que la loi de 2016 a abrogé le délit de racolage passif, des arrêtés locaux « anti-prostitution » existent toujours et renforcent le risque de harcèlement policier (amendes répétées pour stationnement, mises en fourrière de véhicules dans lesquels elles travaillent, etc.).

En outre, les participantes souhaiteraient bien évidemment une meilleure lutte contre l’exploitation, en particulier celle des personnes mineures, mais beaucoup n’osent pas s’engager dans des démarches judiciaires par sentiment d’illégitimité, de peur que cela se retourne contre elles ou encore par défaitisme au regard de la longueur des procédures.

Une volonté de dépénalisation… pour accéder au droit du travail

Pour réduire ces stigmatisations, les personnes considèrent qu’une solution politique réside dans l’accès aux droits et, en particulier, au droit du travail. Certes, pour certaines, la demande principale est d’avoir un titre de séjour de longue durée pour obtenir un « meilleur boulot ». Mais pour la plupart, migrantes ou non, qui souhaitent poursuivre le travail sexuel, la demande est celle d’une reconnaissance à part entière du travail sexuel.

« Je pense que nous devrions faire une réunion ou quelque chose pour que notre travail soit légalisé. Et comme ça, il n’y aurait pas autant de difficultés pour nous. Et ainsi, la police et les services de santé nous prendraient en compte, ce qui serait comme dénouer un nœud pour nous. Même si nous devions payer, au moins nous serions totalement légales. Je pense que cela permettrait presque de surmonter toutes les difficultés liées au danger de travailler dans le parc : les cris, les mauvais traitements, les coups, le froid, le rejet par la police. »
Ana, femme trans d’Amérique latine.

Cette demande est intrinsèquement liée au souci de réduire la précarité, les violences et la stigmatisation. Elles demandent que plusieurs statuts soient possibles et adaptés à leur manière de travailler : seules ou à plusieurs, chez elles ou à l’extérieur, régulièrement ou occasionnellement.

Les participantes à l’enquête rappellent que beaucoup d’entre elles s’acquittent d’impôts, et qu’il serait donc normal qu’elles accèdent au droit commun et aux droits sociaux. Comme les autres travailleuses, elles voudraient pouvoir bénéficier d’une retraite, souscrire une assurance professionnelle ou encore accéder à un compte bancaire.

Moins d’isolement, plus de collectif

Les travailleuses souhaiteraient également la fin des lois de pénalisation, car ces dernières tendent à les isoler et à empêcher les formes de coopération qui sont source de sécurité et de pouvoir d’agir. Les témoignages et propositions ont souligné l’importance des réseaux de solidarité et la manière dont la communauté de travailleuses sexuelles peut constituer une ressource.

La stigmatisation du travail sexuel pousse à l’isolement. Dans la sphère privée, les personnes tendent à se cacher et hésitent à commencer ou à maintenir une relation amoureuse ou de couple, à vivre en famille. Dans la sphère du travail, beaucoup de personnes aimeraient pouvoir coopérer avec des partenaires et dénoncent de manière récurrente la définition large du proxénétisme en France qui permet de poursuivre pénalement l’aide et l’entraide et empêche d’avoir des espaces partagés et plus sécurisants.

Les participantes décrivent pourtant leurs stratégies pour éviter l’isolement et se protéger les unes les autres.

« Le truc je trouve le plus important, c’est d’avoir un lieu pour les personnes qui font ça et je trouve qu’il y aurait moins de danger que d’être chacun dans son coin ou d’être dehors. Si les personnes qui ont envie de faire ça, elles ont un lieu, il y aura moins de proxénètes, etc. »
Marie, Française.

Évidemment, elles ne sont pas naïves quant au fait que l’exploitation peut aussi venir de la communauté, mais l’organisation légale est précisément une solution pour lutter contre des formes d’organisation souterraine qui dévient facilement vers les violences.

Enfin, au cours des discussions, beaucoup de participantes ont souligné l’importance et la qualité du tissu associatif français. Le rôle des associations (communautaires ou d’accompagnement social) n’est pas seulement de faciliter les démarches et les contacts, mais aussi de créer un espace de confiance. En ce sens, les approches communautaires sont particulièrement appréciées, que ce soit par la présence de salariées paires ou par la création d’associations par les personnes concernées elles-mêmes. Sans que cela ne soit dit directement, les témoignages récoltés au sujet des associations soulignent l’importance du financement non seulement de l’aide à la sortie de la prostitution, mais aussi des actions de prévention en santé et de lutte contre les violences dans un positionnement non jugeant. Enfin, les participantes appellent à la multiplication d’espaces d’entraide et d’échanges communautaires et solidaires.

Vu le relatif échec de la dernière législation sur la prostitution, il serait souhaitable que les politiques prennent mieux en compte la diversité des conditions d’exercice du travail sexuel et des statuts des personnes qui l’exercent, mais aussi les problématiques d’exploitation, de précarité, de violences et les revendications de droit du travail.


Cet article a été co-écrit avec Cybèle Lespérance et Violet·te Sky, militantes associatives, association Tullia.

The Conversation

Hélène Le Bail a reçu des financements de l’ANR. Le Projet DPTS2026 a été mené en coopération avec les associations Médecins du Monde, Fédération parapluie rouge et Tullia

Belledent Céline a reçu des financements de de l’ANR. Le Projet DPTS2026 a été mené en coopération avec les associations Médecins du Monde, Fédération parapluie rouge et Tullia

ref. Dix ans après la loi contre la prostitution, enquête sur les conditions de vie des travailleuses sexuelles – https://theconversation.com/dix-ans-apres-la-loi-contre-la-prostitution-enquete-sur-les-conditions-de-vie-des-travailleuses-sexuelles-279884

Another MP jumps to Carney’s Liberals, igniting concerns about the health of Canada’s democracy

Source: The Conversation – Canada – By Travis Leicher, Doctoral Student, Politlical Studies, Queen’s University, Ontario

Marilyn Gladu is the most recent MP to cross the floor to the Liberals, the fifth to do so since Mark Carney became prime minister a year ago.

As the Liberal government inches closer to a majority, its legitimacy is being called into question since it would not be based on voter preference.

While floor crossing is permissible within a Parliamentary system and has historical precedent, both public opinion and voter behaviour suggest it’s unpopular among Canadians. Why?

One common response is that floor crossing is undemocratic, which explains frequent calls for by-elections. But this charge isn’t necessarily warranted — it depends on context, including whether voters were primarily choosing a party or an individual candidate when they voted in the previous federal election.

Conservative Leader Pierre Poilievre recently posted on X: “The people in her [Gladu’s] community voted for our Conservative vision of a Canada … not for the costly Liberal government she has now joined.”

But this rhetoric rests on an unresolved empirical question: did voters in Sarnia-Lambton-Bkejwanong vote for the Conservative Party or for Gladu? It’s unclear. Political science research suggests that party loyalty doesn’t fully determine how people vote.

Interpretations and expectations

In the absence of local data on voters’ motivations, it’s more useful to consider two questions about the role of representation. First, what does it mean for someone to “represent” a constituency? Second, how should elected officials behave once in office?

In The Concept of Representation (1967), American political theorist Hannah Pitkin introduced a now-classic way of thinking about representation: descriptive, symbolic, formal and substantive.

Setting aside the first two, formal representation is about the rules that give politicians their authority and hold them accountable — like elections — while substantive representation asks a simpler question: Do they actually act in the interests of the people they represent?

From a formalistic perspective, any action a politician takes counts as representation as long as it falls within their authorized powers. In contrast, the substantive view holds that a representative is required to act as the voters themselves would act in the same situation.

Elections rest on an implicit expectation of substantive representation: representative democracy only works if elected officials make their constituents’ interests present through what they do. Without that, there’s no real reason to prefer one candidate over another and no clear basis for holding them accountable.

Still, there has been an ongoing debate about the expectation that representatives act as “trustees” or “delegates” once in office. The delegate model holds that representatives simply convey the preferences of their constituents, while the trustee model gives representatives the latitude to use their own judgement in pursuing constituents’ interests.

Taking initiative or betraying trust?

If representatives are meant to advance their constituents’ interests, is floor-crossing a necessary freedom to respond to changing circumstances rather than to adhere rigidly to a party platform? Or does it amount to a betrayal of the mandate voters expressed at the ballot box?

In November 2011, Parliament debated a private member’s bill tabled by NDP MP Mathieu Ravignat to amend the Parliament of Canada Act and require floor-crossers to resign, thereby triggering by-elections. Ravignat said the bill would “ensure that politicians are held accountable for the choice made by their constituents.”

But Conservative MP Michelle Rempel warned the bill “would seriously undermine the independence of members of this House … [and] would also impede members of Parliament in representing the interests of their constituents, which is one of the fundamental duties under our Constitution.”

This argument draws on the trustee versus delegate debate, which ultimately centres on how much independence representatives should exercise.

Because a pure delegate model sharply limits representatives’ discretion, critics of the trustee model often settle on some blended approach.

For example, the fourth president of the United States, James Madison, argued in his essay “Federalist No. 10” that representation should respond to public views. This delegate-style thinking reflected a flexible responsiveness intended as a safeguard against the tyranny of the majority that can arise when public interests are treated as uniform and easily determined.

British philosopher and politician Edmund Burke endorsed a pure trustee view, arguing in one famous speech: “Your representative owes you, not his industry only, but his judgment; and he betrays, instead of serving you, if he sacrifices it to your opinion.”

This view appeals to those who see political leadership as requiring a high degree of competence: representatives are elected to exercise informed judgment in the interests of their constituents, even when that judgment runs counter to public opinion.

Is floor crossing undemocratic?

The extent to which someone believes representatives should have independence influences whether they regard floor-crossing as a threat to democracy. But instead of catastrophizing about the danger floor-crossing poses to our democracy, Canadians should instead focus on how the electoral system shapes whether their expectations and understandings of representation are actually feasible in practice.

In doing so, they might accept floor-crossing but take issue with certain systemic features like party discipline, which makes floor-crossing one of the few available acts of defiance when a representative feels their party’s platform no longer serves their constituency.

Alternatively, Canadians may object to floor-crossing on the grounds that, given the many pre-existing barriers to representative independence, it further weakens the remaining role of party policy commitments as the main mechanism through which voters can anticipate and secure the policies that matter to them.

The Conversation

Travis Leicher does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Another MP jumps to Carney’s Liberals, igniting concerns about the health of Canada’s democracy – https://theconversation.com/another-mp-jumps-to-carneys-liberals-igniting-concerns-about-the-health-of-canadas-democracy-280342

Guns over people: Rising military spending is eroding quality of life around the world

Source: The Conversation – Canada – By Ruolz Ariste, Adjunct Professor, School of Public Policy and Administration, Carleton University

As Canada celebrates meeting the North Atlantic Treaty Organization (NATO) target of spending two per cent of GDP on defence, it’s important to remember this spending isn’t counted within the concept of what’s known as social GDP, an alternative metric focused on measuring a nation’s social development, well-being and sustainability rather than just monetary production.

Excessive military spending, in fact, can harm economic and social development, which raises concerns about NATO’s new five per cent target
by 2035, transitioning to 3.5 per cent by 2029.

GDP measures the total value of goods and services produced in an economy. It’s an accounting of economic activity, not a judgment of social value. Therefore, military expenditures are included in the GDP.

But the social GDP concept used in the United Nations Human Development Index (HDI) does not regard military spending as a positive contribution. In fact, such spending doesn’t contribute to the HDI at all, and represents significant costs to national economies.




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Are Canadians ready to ditch GDP as a key prosperity indicator?


Military spending erodes other investments

The current global environment is volatile and inequitable. While every country needs the ability to defend itself against another nation’s threats, that shouldn’t lead to states becoming more aggressive or defending themselves disproportionately or recklessly.

Military spending should not come at the cost of public investments in health, education, the environment or transportation, because it carries significant tangible and opportunity costs.

It’s clear in many countries around the world that military spending erodes and crowds out civilian spending.

The United States is a case in point. The second Donald Trump administration has been attacking countries with no regard for national or international law. The U.S.-Israeli war against Iran is the latest case in point.

While the Trump administration has increased military spending by about 13 per cent from 2025 levels to reach more than $1 trillion for the first time, it’s been cutting spending in areas specified as critical by the UN’S HDI.

The Trump administration wants massive cuts to civilian appropriations for 2026 — a 21 per cent reduction compared to 2025 — but U.S. congress has largely rejected those proposals. Nevertheless, approved 2026 funding for social programs doesn’t keep pace with inflation; it’s nearly two per cent below the 2025 level and seven per cent below 2020 levels after adjusting for inflation.

This has been also the case for Russia and Israel.

Canadian sacrifices

Canada certainly hasn’t waged war on any country and doesn’t have a strong military culture. But it’s not exempt from the “guns versus butter” funding challenge.

It reached the two per cent NATO target by increasing the Department of National Defence (DND) budget by $9 billion, counting defence-related spending across departments and shifting some programs to DND.

In the process, other federal departments are required to reduce their budgets by 15 per cent over a three-year period, though some temporary social programs have been maintained (school food program, Build Canada Homes office) or created (funding for Women and Gender Equality Canada). This may suggest a more moderate guns versus butter approach in Canada than in countries like the U.S., Russia and Israel.

However, with a new 3.5 per cent NATO target by 2029 and five per cent by 2035 that the Carney government has suggested it endorses, deeper cuts to social programs and bigger budget deficits are probably on the horizon.

The impact of war on well-being

As the war in Ukraine approached its fourth year, the number of casualties had reached 1.8 million (1.2 million in Russia and 600,000 in Ukraine). This includes as many as 465,000 deaths (325,000 in Russia and 140,000 in Ukraine).

Between Oct. 7, 2023 and Jan. 5, 2025 during the Israeli-Hamas war, there were 75,200 violent deaths and 8,540 deaths attributed to disease, lack of care and malnutrition.

The majority of deaths in Gaza have been women and children. Peacekeepers, journalists and medical personnel have also died.

In the Israel-Hezbollah war in Lebanon, more than 1,000 people have been killed; there have been 3,000 casualties.

War increases the ranks of displaced people as well. Close to 10 million Ukrainians have been displaced because of the conflict with Russia (3.7 million internally and 5.9 million refugees). This represents about a quarter of the total Ukrainian population, making it the largest displacement crisis in Europe since the Second World War.

At least two-thirds of Gaza’s population of 2.1 million people has been displaced due to war. They are sheltered in precarious conditions across approximately 1,000 displacement sites.

As for Lebanese, the war has already displaced nearly one million or close to 15 per cent of Lebanon’s total population.

Reconstruction costs

The costs of physical destruction and reconstruction are also part of war. Estimates suggest the total cost of reconstruction and recovery in Ukraine will be almost US$588 billion over the next decade, which is nearly three times the estimated nominal GDP of Ukraine for 2025.

A staggering 84 per cent of all structures in Gaza were destroyed or damaged during the war. That will require more than US$70 billion in reconstruction.

For the 14-month Israel-Hezbollah war (up to December 2024, so not including the series of attacks starting on March 2026), the World Bank estimates US$11 billion will be needed to rebuild Lebanon.

There are also direct and indirect costs incurred by the displaced.

Direct costs include loss of employment and income, increased cost of living in general and health-care costs in particular. Indirect costs involve poor mental health and long-term well‑being, loss of livelihoods and businesses, education disruption, poverty and criminality. These costs are massive, multi‑layered and long‑term, and they compound the aforementioned broader national economic losses.

Making aggressors pay

How can sharp increases in military spending be justified given their potentially catastrophic consequences? And how can the world shift the way it thinks about war?

When countries expand their military budgets or enter into conflict, the costs go far beyond equipment and munitions. One possible approach would be to establish an international mechanism requiring aggressor states to bear the full economic and human costs imposed on the countries they attack.

This could include estimating the loss of human life using measures such as the value of a statistical life — an economic tool that assigns a monetary value to risk and mortality — alongside reconstruction costs and broader economic damage. These combined costs could then be imposed on the aggressor.

Such a framework could help curb the arms race and discourage ever-increasing military spending. With NATO targets rising toward 3.5 or even five per cent of GDP, the risk of crowding out social investment grows. Reconsidering these targets could ultimately benefit societies around the world.

The Conversation

Ruolz Ariste does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Guns over people: Rising military spending is eroding quality of life around the world – https://theconversation.com/guns-over-people-rising-military-spending-is-eroding-quality-of-life-around-the-world-279601

Want to talk comics? Today, that often means going online

Source: The Conversation – Canada – By J. Andrew Deman, Professor of English, University of Waterloo

Comics are more than a reading experience. They are a culture.

While reading a comic has traditionally been the centrepiece of that culture — with comics being the “social object” that binds and unites the culture, in the words of sociologist Jyri Engeström — the social experience doesn’t end when you put the comic down.

Comics culture has a storied history of conventions, shop conversations, swaps and sale events, collector exhibits and even academic courses on the subject.

And now we can add social media and the rise of webcomics — some of which even begin online, and then move to book format. So how do comic fans engage on Instagram and TikTok?

In a new media era, they share their comics experience with others online — debating, reflecting, recommending and enjoying.

As a scholar who specializes in comics media (graphic novels, comics, manga, and so on) and professional communications, I’m also interested in how we might add “learning” to that list since social media represents, arguably, the largest and most potent information dissemination network in human history. And when it comes to comics, there’s no shortage of things to discuss in this new media age.

Different eras of comics

Without social media, the previous “ages” or eras of English-language comics worked differently. The notion of different ages of comics evolved from discussion among fans, editors and scholars, and these include, as comics scholar Adrienne Resha explains: The Golden (1930s-50s), Silver (1950s-70s), Bronze (1970s-90s) and Modern (1990s-2010s) Ages.

These ages each have their own peculiarities, generic tendencies and political themes, but they can all be united by what Resha terms “corporate mandates and collector markets.”

Our current age of comics (for which Resha proposes the term “The Blue Age”) is one in which comics can be consumed through global digital platforms like Marvel Unlimited, Webtoons, Shonen Jump and so on, all without readers and fans ever purchasing a paper copy.

More importantly, it’s also an age in which comics fans form communities across social media platforms, allowing them to hold all manner of conversations with each other in order to express and enhance their experiences.

Respectful or toxic fan spaces?

These platforms create what new media expert Henry Jenkins defines as “affinity spaces” — places where readers and fans socialize while communally working through the meaning and importance of the social object (in this case, a comic) that they’ve all read.

While gathering around comics is longstanding and some dedicated comic-book shops persist despite shifts in the publishing industry, many readers now come together online.

The reputability of these online spaces is debatable, though, living as we do in an era of misinformation and disinformation. Online communities, just like real-life communities, can become toxic.

The Comicsgate scandal of 2017-18 that involved online backlash to gendered, racialized and cultural diversity in comics — in real spaces as well as comics storylines and representation — lead to widespread threats of violence.

But there is little doubt that the conversations fans are having about comics, and the affinity spaces surrounding them, are changing, with online conversations making up for losses of the traditional comic-book store.

As Resha notes: “The letters columns that once graced the back pages of comic books have been all but replaced and in some cases augmented by Twitter and, to a lesser degree, Tumblr and Facebook.”

Shaping comics culture

Powerhouse comics publishers have been quick to enter these affinity spaces. Marvel, DC and Image all joined Twitter, now called X, by 2008 in order to mediate and facilitate conversations about their products and outputs.

Comics artists have done the same. Many now have active followings of their social media accounts which allow them to promote their work, share works in progress and dialogue with their fans directly.

Social media has been able to draw fans, creators and publishers into a robust digital conversation that celebrates and shapes the art of comics as we know it.

Comics scholarship, public discussion

More recently, comics scholarship projects have sought to bring the academic consideration of comics as a medium into the public realm as well.

Such projects include education researcher Zachary Rondinelli’s “Welcome to Slumberland,” my own project “The Claremont Run” related to subverting gender in the X-Men or my co-project with Canadian communications scholar Anna Peppard, “Sequential Scholars.”

These projects, and others like them, allow readers the opportunity to peruse and consider university-level research on comics while they simultaneously weigh fan opinion, creator perspective and publisher mandate, all in the same network.

Informed attention and art circulation

This scholarly perspective adds a unique value to the conversation. In a 2023 article, literary studies researcher and critic Tim Lanzendörfer argues literary studies play an important role in how the public ascribes meaning to literature when scholars engage in public discussion.

The famous essay “A Habitable World” by author and comic scriptwriter Carter Scholz named some benefits of this process:

“So a commercial art form absolutely needs critical attention if it is to survive as an art. Otherwise, it gets its direction only from seeing what sells this month or this year; such observations are prone to error, impossible to interpret and worse than useless to the artist.”

His essay precedes the comic Music for Mechanics that he scripted, part of the acclaimed Love and Rockets series drawn by the Hernandez brothers.

Video about ‘Sequential Scholars.’

Sharing love of the medium online

If comics are going to survive and to thrive as an art form, embracing social media can create an enhanced and empowered comics culture, one that is informed by varied stakeholders — like fans, creators, publishers, educators, critics and scholars — interacting with each other and spreading the good word about comics, so to speak, collectively.

And this might be the power of The Blue Age of comics — to leverage the information-sharing potential of social media to create an online experience of shared affinity for comics that is visual, networked, accessible (convenient even) and informed. For researchers across fields, this could also mean thinking about leveraging the accessibility of comics to contribute to the public good.

If you haven’t read a comic in The Blue Age, or simply haven’t attempted to share your love of the medium online, now’s a good time to jump back in. It’s an entirely new experience.

The Conversation

J. Andrew Deman receives funding from SSHRC to study and post about comics online through “Sequential Scholars.”

ref. Want to talk comics? Today, that often means going online – https://theconversation.com/want-to-talk-comics-today-that-often-means-going-online-277151

How to protect your hobbies in a culture that wants to exploit them

Source: The Conversation – Canada – By Aly Bailey, Assistant Professor in Recreation and Leisure Studies, University of Waterloo

What happens when our joyful activities become another way to make money? In an era defined by hustle culture and rising living costs, many people feel pressured to turn their hobbies into side-hustles.

The gig economy has made this monetization easier than ever. A growing share of work now takes place through short-term, flexible, remote and freelance contracts. Digital platforms like Uber, TaskRabbit, Rover, Skip The Dishes and Etsy make it simple for people to monetize their hobbies.

For some, these opportunities offer flexibility or a way to supplement income in an expensive economy. But they can also turn activities that once provided relaxation into yet another source of productivity.


Hobbies can bring joy, well-being and focus to our busy lives, but so many of us don’t have one. If you’re ready to replace scrolling with stitching, or hustle with horticulture, The Hobby Starter Kit (a new series from Quarter Life) will help you get going.


When a hobby becomes a job

I learned this first-hand when a hobby I loved became part of my livelihood. During graduate school, when I was barely making ends meet, I became a certified fitness instructor to earn money from activities I loved: yoga, running and weightlifting.

What I didn’t realize was that the joy I once found would quickly turn into burnout. I no longer exercised for fun; instead, it was a means to an end and my body grew exhausted. I was precariously employed by multiple employers and was driving across town at any hour of the day.

My experience reflects a broader cultural pressure to treat hyper-productivity as a virtue. Hustle culture celebrates long working hours, limited work-life balance and a relentless pursuit of money, job advancement and prestige.

Social media has amplified these norms.

Popularized hashtags like #Grindset, #ThankGodItsMonday and #HustleHard promote the idea that every skill or spare moment should be monetized — an outlook endorsed by billionaires like Elon Musk and Kim Kardashian.

Why hobbies matter for well-being

Hobbies play an important role in well-being because they provide repeated and ongoing joyful activity not tied to professional or financial incentives.

The COVID-19 pandemic illuminated how essential hobbies are for our health and well-being. During lockdowns and periods of social isolation, many people turned to hobbies to cope with stress, boredom and uncertainty.

There is no shortage of evidence about how hobbies contribute to personal development as well as mental and physical health.

A person sitting in Sukhasana yoga pose
Hobbies play an important role in well-being because they offer repeated, meaningful enjoyment not tied to professional or financial incentives.
(Pexels)

Activities that involve any type of exercise like powerlifting, for example, can improve blood pressure and reduce the risk of cardiovascular disease. Creative hobbies like crocheting, knitting, photography, music and scrapbooking can similarly boost health and well-being.

When passion turns into work

Many hobbies naturally lead to skill development. Over time, people gain expertise, build communities and develop transferable skills.

Because hobbies often generate valuable skills, it can be tempting to monetize them. Sociologist Robert A. Stebbins coined the term “serious leisure” to describe the pursuit of recreation, hobby or volunteer activities to find career satisfaction.

Serious leisure is distinct from “casual leisure,” which involves intrinsically rewarding short-lived joyful and pleasurable activity.

Turning a passion into income can sometimes be rewarding. But in today’s gig economy, monetizing hobbies is less about following one’s passion and more about financial growth or necessity.




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Gig platform workers need better health and well-being protections


Many people — particularly those in low- and middle-income brackets — are forced to string together multiple gigs to make ends meet. These jobs often come without permanence, benefits, paid leave or pension, and income is unpredictable.

Research also shows that racialized workers are over-represented in this type of precarious work, indicative of the many racial disparities that exist in labour.

As a result, for many people, monetizing hobbies is about economic survival amid endless structural barriers.

Rest as resistance to hustle culture

Growing awareness of these pressures and systemic injustices has sparked movements that challenge the expectation to constantly produce and perform.

One example is America performance artist Tricia Hersey’s Nap Ministry, which promotes rest as a form of resistance to grind culture, capitalism and white supremacy. Hersey argues that rest should be understood not as laziness, but as a fundamental human right that has historically been denied to many people, especially racialized communities.

Since the COVID-19 pandemic, people impacted by hustle culture have increasingly scrutinized the pressures to overwork. People want work-life balance, which includes more time for hobbies.

But maintaining that balance requires resisting the trap of making hobbies your work and sacrificing your joy.

Protecting your joy

Protecting your hobbies today often means setting intentional boundaries in a culture that constantly pushes (hyper)productivity.

If possible, resist the urge to turn your hobbies into work, or keep monetization minimal. Hobbies are sacred. They represent time away from labour, which is essential for well-being.

It is also worth being critical of tropes that promise more working hours will lead to greater financial success. The truth is that a large share of wealth comes from inheritance or structural advantages rather than individual effort. When people are exploited and overworked, it benefits the elite class more than anyone else.

Lastly, lean into rest as resistance. Rest can look different for everyone. For me, yoga has returned to being a respite from work rather than a job. For others it might be knitting, swimming in a lake or simply getting more sleep.

Whatever form it takes, protecting your joy matters in a culture that wants to exploit it.

The Conversation

Aly Bailey does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. How to protect your hobbies in a culture that wants to exploit them – https://theconversation.com/how-to-protect-your-hobbies-in-a-culture-that-wants-to-exploit-them-277817

L’histoire étonnante du silphium, une plante présumée aphrodisiaque que les Romains aimaient tellement qu’elle finit par disparaître

Source: The Conversation – in French – By Thomas J. Derrick, Gale Research Fellow in Ancient Glass and Material Culture, Macquarie University

Réputé aphrodisiaque, le silphium semble avoir connu un grand succès auprès des élites romaines. Musée d’Orsay/Wikicommon, FAL

Une plante mythique, au cœur de l’économie antique et réputée contrôler la fécondité, a fasciné Grecs et Romains avant de disparaître sans laisser de trace.


Jules César en aurait conservé une réserve dans le trésor romain. D’après Pline l’Ancien, l’empereur Néron en possédait la dernière tige connue. Certains auteurs ont également avancé que la fréquence des relations extraconjugales parmi les élites romaines aurait entraîné une demande telle de ce végétal qu’elle aurait provoqué sa disparition totale. Mais de quoi parle-t-on ?

Du silphium : une plante aujourd’hui disparue qui poussait autrefois à l’état sauvage dans l’actuelle Libye. Utilisée comme contraceptif et abortif, mais aussi comme remède, condiment, parfum et même pour améliorer l’élevage, ses propriétés exceptionnelles en faisaient l’une des marchandises les plus précieuses de l’Antiquité gréco-romaine.

Puis, un jour, elle disparut.

Une résine puissante

Le silphium est souvent décrit aujourd’hui comme un aphrodisiaque, bien qu’aucune source antique ne le confirme. Certaines de ses plus anciennes représentations montrent une gousse en forme de cœur, ce qui pourrait être à l’origine de cette association.

Les images figurant sur des pièces de monnaie et des figurines ont conduit les botanistes modernes à se demander si le silphium était apparenté aux grands fenouils sauvages (du genre Ferula). On sait en revanche qu’il n’est pas apparenté aux plantes du genre Silphium, comme la silphie laciniée ou la silphie perfoliée, en Amérique du Nord.

Du silphium sur une pièce antique.
Le silphium est fréquemment représenté sur les pièces antiques.
ACANS inv. 01M189 (Marr-Proud gift). Crédit : Australian Centre for Ancient Numismatic Studies.

Les représentations du silphium aux côtés de gazelles (une autre richesse emblématique de la Libye) suggèrent que ses tiges atteignaient généralement environ 30 cm de hauteur.

On extrayait une résine des tiges et des racines de la plante, ensuite conservée dans de la farine, ce qui permettait son transport depuis la Libye vers des contrées plus lointaines.

Les Romains appelaient cette résine laser ou laserpicium. Le meilleur laserpicium était extrait de la racine, mais une version de moindre qualité pouvait aussi provenir de la tige.

Avant les Romains, les Grecs utilisaient eux aussi le silphium ; il était si important dans certaines économies régionales qu’il figurait fréquemment sur des pièces de monnaie.

Les Grecs ne semblaient pas récolter eux-mêmes le silphium ; ils le recevaient en tribut de tribus libyennes, qui vivaient à son contact et en maîtrisaient la récolte et la préparation.

Les Grecs de ces régions ont capitalisé sur ces savoirs autochtones et les ont exploités, en créant et en alimentant un marché pour le silphium. Ce schéma d’appropriation et de valorisation des connaissances locales des peuples autochtones demeure une caractéristique de l’économie mondialisée contemporaine.

Un « alicament »

Le silphium revient souvent dans les traités médicaux antiques, où il est le plus souvent administré par l’alimentation. La distinction moderne entre aliment et médicament n’avait alors rien d’évident : on incorporait des remèdes à des préparations très simples, comme des bouillies de lentilles.

Dans la médecine gréco-romaine, le silphium passait pour un aliment « venteux », censé lever les blocages à l’origine des maladies. Ces aliments étaient aussi réputés agir sur la reproduction, en empêchant la conception ou en provoquant une fausse couche, selon le moment où ils étaient consommés.

Dans son traité de gynécologie en quatre volumes, rédigé aux Ier et IIe siècles, Soranos d’Éphèse explique que des herbes et épices au goût prononcé – dont le silphium – pouvaient être mélangées à du vin ou à des aliments simples pour servir de contraceptifs oraux. Il précise toutefois que ces préparations provoquaient souvent des troubles digestifs.

Il propose aussi des méthodes préventives sous forme de suppositoires : enduire le col de l’utérus de substances comme de l’huile d’olive vieillie, du miel, de la résine, du baume, du plomb blanc, de l’huile de myrte, de l’alun humidifié, de la résine de galbanum (une plante proche du silphium utilisée en parfumerie), ou encore y placer un petit tampon de laine fine. Il ne s’agit pas à proprement parler de médicaments, mais de substances dont les propriétés – antibactériennes, spermicides ou simplement mécaniques – pouvaient réduire les chances de conception.

Chercher dans des textes écrits par des hommes des traces de la médecine des femmes a évidemment ses limites. Il est très probable que les savoirs sur la grossesse, la contraception et les abortifs circulaient surtout entre femmes, et qu’une grande partie n’a jamais été consignée dans les traités médicaux antiques qui nous sont parvenus. Nous n’avons d’ailleurs aucune preuve de l’efficacité du silphium comme contraceptif ou abortif — tout simplement parce qu’il n’en reste plus à tester.

Une énigme persistante

Le silphium résistait à toute tentative de culture, ce qui en faisait une ressource limitée. Sa valeur financière – et le contrôle exercé par l’État – semble avoir suscité des tensions locales : à l’époque romaine, des récits évoquent des actes de sabotage et des paysans menant leur bétail pour le faire paître sur les plants.

Des changements climatiques et la désertification du littoral nord-africain pourraient avoir conduit à son extinction. Si les Romains considéraient déjà le silphium comme disparu au Ier siècle de notre ère, il aurait en réalité pu continuer à être utilisé localement jusqu’au Ve siècle.

Plusieurs tentatives ont été menées pour retrouver d’éventuels vestiges du silphium dans le monde actuel, mais les chercheurs ne parviennent pas à s’accorder sur une plante survivante unique. Le silphium pourrait avoir été un hybride se reproduisant de manière asexuée, ce qui le rendait à la fois difficile à cultiver et particulièrement vulnérable.

En 2021, une nouvelle espèce de grand fenouil (Ferula drudeana) a été identifiée autour d’anciens sites de peuplement grecs en Anatolie (l’actuelle Turquie).

Elle ressemble beaucoup aux représentations antiques du silphium ; il est possible que des graines venues de Libye aient atteint la Turquie et survécu jusqu’à aujourd’hui. Mais tant que l’on ne disposera pas de graines de silphium antique clairement identifiées dans des contextes archéologiques bien datés, cette hypothèse restera impossible à vérifier.

De nombreuses espèces de grands fenouils sont présentes autour du bassin méditerranéen, mais la diffusion d’informations erronées sur leurs prétendues propriétés aphrodisiaques – notamment pour traiter les troubles de l’érection – suscite aujourd’hui encore des inquiétudes croissantes liées à leur surexploitation.

The Conversation

Thomas J. Derrick ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’histoire étonnante du silphium, une plante présumée aphrodisiaque que les Romains aimaient tellement qu’elle finit par disparaître – https://theconversation.com/lhistoire-etonnante-du-silphium-une-plante-presumee-aphrodisiaque-que-les-romains-aimaient-tellement-quelle-finit-par-disparaitre-280436

Kenyans are encouraged to work abroad, but protection rights remain weak – new research

Source: The Conversation – Africa – By Jonathan Presley, Department of Political Science, University of Amsterdam

Labour migration from Kenya was oriented towards Africa, North America and Europe until the 1990s. Kenyans then started moving to the Gulf countries, such as Saudi Arabia, Kuwait, the United Arab Emirates and Oman. Most Kenyan labour migrants to the Gulf perform low-waged work, the women in domestic occupations and the men as security guards.

By 2025 over 300,000 Kenyans were working in three Gulf countries – Saudi Arabia, Qatar and the United Arab Emirates. A few thousand more were stationed in Oman, Bahrain and Kuwait.

The remittances sent to Kenya from workers abroad grew exponentially. In 1990 remittances totalled just under US$140 million, accounting for 1.6% of Kenya’s GDP. By 2024 this was US$5 billion, 4.2% of GDP.

Evidence of migrant workers suffering human rights abuses has remained a constant source of tension, however. Workers have reported forced labour, working excessive hours without rest in violation of contracts and labour standards, and restrictions on freedom of movement. Threats, humiliation, intimidation, isolation, and physical or sexual abuse have also been reported.

In the early 2010s the media began reporting distress calls from migrants. Nonprofit organisations also began putting pressure on the Kenyan government to act. The outcry led the government to impose a ban on migration to Gulf countries, including Saudi Arabia. It also extended its regulation of labour migration. The ban to Saudi Arabia was lifted in 2016 after a bilateral agreement was signed.




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Yet distress cases continued. By late 2021 a report from the Kenyan Senate Committee on Labour and Social Welfare called for a renewed ban on migration.

As researchers we have worked on different aspects of migration for many years. We recently completed a project focusing on origin countries’ policies surrounding low-waged labour migration. In a recent paper we explored the case of Kenyan migration to Saudi Arabia. The study involved interviews with Kenyan stakeholders and analysis of policy documents, government statements and news reports. We looked at how Kenya balances an economic strategy of emigration with protection of its citizens from rights violations abroad.

Our findings were that the Kenyan government has prioritised increasing labour migration over protection of workers.

Re-engagement with Saudi Arabia

On assuming office in 2022, President William Ruto promised to battle Kenya’s high unemployment by creating a million jobs abroad for Kenyan workers. With a goal of raising annual remittances to US$10 billion, Kenya looked to Saudi Arabia to help achieve this. As the cabinet secretary for foreign affairs explained:

The Kingdom of Saudi Arabia wishes to get more Kenyans employed in their country and we will play our part as a government to ensure that more Kenyans can work and earn well working in Saudi Arabia.

A series of high level diplomatic meetings between Kenya and Saudi Arabia took place in the early months of the new government. Kenyan officials then presented Saudi Arabia as a safe destination for Kenyan workers.

As one of the people we spoke to explained:

The perception of Saudi Arabia as bad will change, we (the government) are the ones to change it.

The government insisted that rights abuses originated in Kenya. It blamed rogue Kenyan employment agencies, and promised actions aimed at improving and regulating labour migration out of Kenya.




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In 2023 Kenya’s national assembly approved the National Policy on Labour Migration. Its aims included improving coordination of labour migration governance, promotion of foreign employment and protection of Kenyan migrant workers.

In 2024 the Ministry of Labour and Social Protection put in place airport screening checks to protect against document fraud. However, by 2025 many of the promised interventions had failed to materialise. These included safe houses in Saudi Arabia for workers seeking to escape abuse, and more labour attachés to monitor the implementation of bilateral agreements and handle complaints.

Taken at face value, the government’s insistence that recruitment practices in Kenya lie at the root of abuse would favour an increase in pre-departure training and better education for migrants about their rights. Yet, in late 2024, the Ministry of Labour and Social Protection announced it was reducing the amount of pre-departure training for labour migrants. And, despite frequent statements on signing Bilateral Labour Agreements, no new agreement with Saudi Arabia has been made public.

Income versus protection

Our analysis indicates that the Kenyan government’s reluctance to improve protection is driven by three things.

First, pressure exerted by Saudi Arabia. A report from a 2021 Senate investigation shows that Saudi officials pressured Kenyan officials to present a better public picture of working conditions in Saudi Arabia. The recent reductions in pre-departure training time seem to have come at the request of employers in Saudi Arabia.

Second, Kenya’s vulnerability to this pressure. Saudi Arabia represents the second largest source of remittances back to Kenya, hosts the largest Kenyan diaspora in the Gulf countries and shows openness to increasing the number of Kenyan workers.

Interviews indicated a prevailing view that putting too many protection measures in place would cause Kenya to lose job opportunities to workers from other countries such as Ethiopia. Moreover, the government’s insistence on increasing labour migration as a way to reduce unemployment may make Kenya susceptible to destination country demands for more limited rights protections.

Third, political interest in the recruitment sector. Many respondents pointed to the recruitment industry as a source of abuses such as contract substitution.

The Labour Migration Bill, which aims to regulate the recruitment industry, has been stalled since 2024. Aligned with information we received, a recent New York Times exposé revealed that regulation is hampered by the fact that many agencies are owned by high ranking politicians. This implies politicians have a financial stake in ongoing recruitment and minimal oversight.

Going forward

If the Kenyan government wishes to continue to encourage labour emigration, it should look for ways to combine this with protection. Improving its migration bureaucracy would allow Kenya to strengthen its negotiating position with destination countries while also improving protection.

A bureaucracy that weeds out bad recruitment agencies and has control over its labour migrant population – for example through credential checks, training and community outreach – is highly desirable for destination countries.

Better protection would also improve Kenya’s negotiating position by demonstrating that it will not make deals at any cost in order to meet campaign promises.

The Conversation

Evelyn Ersanilli received funding from the European Research Council under Grant ERC-2017-StG-760043 for this research.

Jonathan Presley does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Kenyans are encouraged to work abroad, but protection rights remain weak – new research – https://theconversation.com/kenyans-are-encouraged-to-work-abroad-but-protection-rights-remain-weak-new-research-278802