Tu prends ton après-midi ? Pourquoi le présentéisme nuit aux entreprises

Source: The Conversation – in French – By Jean-Etienne Joullié, Professeur de management à l’EMLV, Pôle Léonard de Vinci

Les études sont unanimes : le présentéisme est uniquement corrélé à un sentiment d’insécurité et à une qualité de vie au travail dégradée. La peur domine, la reconnaissance disparaît. KirillNeiezhmakov/Shutterstock

« Tu prends ton après-midi ? » Si vous avez déjà entendu cet humour douteux, c’est que vous connaissez la notion de présentéisme, soit le fait d’être assidûment présent au travail sans raison impérieuse. Du zèle sans contrepartie. Comment prend-il forme ? Quelles sont ses conséquences pour les entreprises ? et pour l’ensemble du personnel ?


La dernière enquête sur le présentéisme réalisée par la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares, ministère du travail et des solidarités) remonte à 2016.

Elle ne porte que sur l’un de ses aspects : le présentéisme en situation de maladie. Concrètement, des salariés viennent travailler bien qu’ils soient malades, qu’ils possèdent ou non un certificat médical d’arrêt de travail.

Quelles sont les autres formes de présentéisme ? Que disent-elles de notre rapport au travail aujourd’hui ? J’ai exploré ces questions dans des travaux récents sur le management et les fondements philosophiques de la pensée managériale.

Arriver plus tôt, malade ou ne pas partir en vacances

Phénomène inverse de l’absentéisme, le présentéisme en cas de maladie n’est pas déclaré. Il n’est donc mesuré ni par les employeurs ni par la Sécurité sociale ou les mutuelles. Malgré cette difficulté, la DARES estime que, pour la période 2013-2016, les salariés français ont été malades en moyenne onze jours par an, mais que ceux-ci n’ont donné lieu qu’à huit jours d’absence au travail.

La différence implique que les salariés sont allés travailler trois jours par an en moyenne tout en étant malades. En d’autres termes, plus d’un jour de maladie sur quatre (27 %) a donné lieu à du présentéisme. À l’échelle européenne, plus de 60 % des employés déclarent avoir déjà travaillé alors qu’ils ne se sentaient pas bien.

Un autre cas fréquent de présentéisme est celui des employés qui arrivent à leur poste avant la plupart de leurs collègues. Ils restent également presque tous les jours au travail bien au-delà des horaires habituels, sans que cette présence ne puisse se justifier par une tâche particulière à rendre avant une date butoir.




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Une autre forme de présentéisme consiste à ne pas prendre en totalité ses jours de congés, ou de chercher à les reporter le plus longtemps possible, quitte à les perdre définitivement sans compensation.

Surcoûts et sous-performance

Malgré l’absence de données récentes en France, les études réalisées aux États-Unis font clairement ressortir que le présentéisme est une source de surcoûts ou au moins de sous-performance pour l’employeur.

En effet, le phénomène entraîne une diminution de la productivité. Les employés faisant du présentéisme sont plus fatigués et font plus d’erreurs que les autres. Ils souffrent souvent de troubles du sommeil.

Les raisons poussant les employés à faire du présentéisme sont multiples. Les normes culturelles peuvent l’expliquer, comme au Japon, rester très tard au bureau va de soi. La culture de l’organisation rentre en compte dans cette équation, surtout si les responsables hiérarchiques sont eux-mêmes adeptes des horaires à rallonge.

« Tu prends ton après-midi ? »

Le présentéisme peut également s’expliquer par des facteurs personnels. Par exemple, se savoir désorganisé et peu productif justifie pour certains la nécessité de faire des heures supplémentaires non rémunérées pour compenser.

Il existe aussi des salariés qui s’identifient tellement à leur emploi qu’y passer presque toutes leurs journées devient chez eux une sorte de seconde nature. Ce phénomène est aussi appelé « workaholism ».

Le contexte français est paradoxal. Alors que les 35 heures hebdomadaires s’imposent normalement à tous, de nombreux salariés, essentiellement les cadres, les dépassent systématiquement. Même lorsqu’un accord d’entreprise permet de transformer (au moins en partie) les dépassements d’horaires en jours de congés, une règle informelle courante veut que ceux voulant paraître comme des « jeunes cadres dynamiques » ne les prennent qu’exceptionnellement.

Une plaisanterie commune dans ce contexte est de demander à un collègue partant vers 17 heures : « Tu prends ton après-midi ? »

Sentiment d’insécurité diffus

Cette observation ne s’applique pas qu’au secteur privé.

Alors que la fonction publique est connue pour ses difficultés à respecter les 35 heures (car la loi implique le plus souvent un allongement du temps de travail des agents), les hauts fonctionnaires de certains ministères sont contraints à ce qui est pudiquement appelé des « semaines longues » (en clair, des horaires interminables) s’ils veulent progresser dans leur administration.




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Bien que toutes ces explications ne soient pas à négliger, elles ne sont pertinentes que pour des organisations ou des (catégories de) salariés particuliers. D’une manière générale, les enquêtes montrent que le présentéisme est corrélé à un sentiment d’insécurité diffus et à une qualité de vie au travail dégradée.

Il est également associé à une absence d’autonomie et à une latitude décisionnelle réduite. Le présentéisme est une forme de stress : la plupart des salariés ne le font pas par choix. Ils ne veulent pas perdre leur emploi (ou veulent progresser dans leur entreprise) et cherchent à tout prix à être perçus comme motivés, diligents et ambitieux, voire indispensables.

Être reconnu à sa juste valeur

Comme mes recherches l’ont montré, ces salariés dont le travail est reconnu ou dont le poste est valorisé dans leur entreprise, n’hésitent pas à s’absenter quand ils le doivent ou à partir tôt quand ils le peuvent.

Bien que les salariés présentéistes aient tendance à avoir une opinion négative de leur travail, ils restent dans l’ensemble prêts à s’investir professionnellement. Cependant, et ceci est le point crucial, ils ne contrôlent pas les horaires qui sont associés à leur poste. Ils craignent ne de pas voir leur contribution reconnue à sa juste valeur s’ils ne sont pas physiquement présents le plus longtemps possible, sans autre raison que de montrer qu’ils existent.

La traduction de cette conclusion en recommandations pour les décideurs voulant diminuer le présentéisme dans leur entreprise est directe : accordez de l’autonomie à vos collaborateurs et faites-leur comprendre que tant que le travail est fait à temps, ils sont libres de le faire quand ils veulent.

The Conversation

Jean-Etienne Joullié est membre de Copenhagen Business School

ref. Tu prends ton après-midi ? Pourquoi le présentéisme nuit aux entreprises – https://theconversation.com/tu-prends-ton-apres-midi-pourquoi-le-presenteisme-nuit-aux-entreprises-268729

Reading the sky: how Irish weather lore preserved a deep understanding of the natural world

Source: The Conversation – UK – By Karol Mullaney Dignam, Associate Professor, School of History and Geography, University of Limerick

Old Dublin by Joseph Malachy Kavanagh (between 1876 and 1918). Adams

Long before meteorology and climate science, Irish people looked to the natural world to forecast the weather and make sense of their surroundings. They read the skies, the seas and the behaviour of animals for signs of change: a halo around the moon meant rain was near; swallows flying low foretold a storm.

This weather lore – known as seanchas i dtaobh na haimsire in Irish – was grounded in generations of observation and shared through memorable sayings or rhymes. One familiar example is: “Red sky at night is a shepherd’s delight; red sky in the morning is a shepherd’s warning.” But weather lore is more than folklore. It is evidence of a society attuned to subtle environmental cues – what researchers now call traditional ecological or environmental knowledge.

Weather lore forms part of Ireland’s cultural heritage (dúchas) preserved in the National Folklore Collection, one of western Europe’s largest archives of oral tradition. Established in the 1930s and now digitised, it encompasses several compilations, including the Main Manuscript Collection of field-recorded folklore and the Schools’ Collection, gathered by schoolchildren from older generations. Together, these hold millions of pages of stories, customs and beliefs, among them thousands of weather sayings in both Irish and English.

Across the archive, weather lore highlights natural indicators – moon halos, sun colour, wind direction, animal behaviour – as clues to coming weather changes. Farmers timed sowing and harvesting, fishermen watched the skies before setting out to sea. Without barometers or technologically enhanced forecasts, people relied on sensory cues in the environment – shifts in colour, movement, sound, even smell. These observations were based on practical knowledge, honed over generations and patterns repeated nationwide.

Painting of four members of different generations of one family including a baby sitting in a park
In a Dublin Park, Light and Shade by Walter Osborne (1895).
National Gallery of Ireland

Many stories of Irish weather lore have modern scientific explanations while others reflect superstition or coincidence.

Birds and animals: Cats turning their backs to the fire signalled a storm; dogs eating grass suggested rain. Swallows flying high meant fine weather, while low flight warned of rain. Seagulls coming inland foretold storm or rain. Foxes barking at night were said to herald dry weather.

Celestial clues: A “ring” around the moon was a classic sign of rain. Sunsets mattered too – red skies promised fair conditions, while coppery or yellow hues foretold rain. Twinkling stars were linked to frost or wind; shooting stars denoted dry weather (in Irish) or wind (in English). The Northern Lights were often interpreted as omens beyond weather, such as impending war.

House and hearth: The direction and behaviour of chimney smoke was also related to weather prediction. When smoke rose straight up, it signalled fine weather, but when it drifted downward or failed to ascend, rain or storm was expected. Blue flames in the fireplace meant storm or frost; falling soot signalled rain; damp hearthstones and cracking furniture were also read as warnings of unsettled weather to come.

Landscape and sound: Hills appearing “near” suggested rain, while seeming distant meant clear skies. Even sound carried meaning: when the rumble of a train or the roar of a waterfall sounded close, bad weather was expected; when distant, good weather was on the way.

Weather lore and cultural heritage

Weather shapes how we experience place, identity and memory. Weather lore carries cultural weight, being woven into everyday conversation, proverbs and poems and passed down through storytelling.

A red sunset visible through the window in a painting of the interior of a cottage
The Interior of a Cottage by William Mulready (1828).
Royal Collection

Verses helped people remember patterns. An Irish folklore variant of a familiar rhyme appears in both the Irish and English languages: “A rainbow at night is the farmer’s delight; a rainbow in the morning is the farmer’s warning.”

These rhymes also acted as calendars, helping communities anticipate seasonal changes. For example:

January brings the snow

Makes us oft our fingers blow

February brings the rain

And thaws the frozen lakes again

These sayings reinforced continuity and belonging, with evident regional differences. In the west, Irish-language sources mention marine indicators – sea colour, foam currents, seals (known as mucaí mara, sea pigs) – and use vivid metaphors like the “moon lying on its back” or “clouds like Kerry mountains”. Off-shore island communities noted tides and coastal sounds.

In contrast, English-language sources from the mainland emphasise agriculture: soil moisture, crop cycles and harvest lore. Farmers watched trees and hedgerow plants – haws and sloes – for seasonal predictions: “Ash before oak, there’s sure to be a soak; oak before ash, there’s sure to be a splash.” “March dust” was like gold because dry conditions early in spring were believed to promise a bountiful harvest.

Irish folklore has long been studied for its historical depth, linguistic richness and cultural significance. Recent studies explore how this lore connects to heritage and environmental awareness. Interpreted today, weather lore is more than folklore. Researchers are now beginning to frame this as “weather heritage”.

In an era of climate uncertainty, Irish weather lore points to something we risk losing: the habit of paying attention to what nature is telling us.


The climate crisis has a communications problem. How do we tell stories that move people – not just to fear the future, but to imagine and build a better one? This article is part of Climate Storytelling, a series exploring how arts and science can join forces to spark understanding, hope and action.


The Conversation

Karol Mullaney-Dignam has previously received external, government funding from the Irish Research Council (formerly IRCHSS, now Research Ireland) in relation to her research on musical culture and Irish country houses (Postdoctoral Research Fellowship, 2010-12, New Foundations Grant, 2016). She has also been funded around the same topic via a Royal Irish Academy Charlemont Award (2015). Additionally, she has worked as a project specific consultant and received project specific funding from the Irish Office of Public Works around the same topic.

ref. Reading the sky: how Irish weather lore preserved a deep understanding of the natural world – https://theconversation.com/reading-the-sky-how-irish-weather-lore-preserved-a-deep-understanding-of-the-natural-world-271268

Plant sex life is more complicated than you probably imagine

Source: The Conversation – UK – By Lila Maladesky, PhD candidate in Biology, Lund University

Jorm Sangsorn/Shutterstock

Humans like plants. We like seeing them change the colour of their leaves throughout the year. They connect us to nature even if we live in a big city. But most people don’t think that much about the lives of plants, and least of all, about their sex life.

Because plants don’t move around much, it is common to think they lead boring lives. But today I want to convince you that they can be more interesting than you give them credit for. And for that, I will focus on people’s usual favourite plants: the ones that flower.


Many people think of plants as nice-looking greens. Essential for clean air, yes, but simple organisms. A step change in research is shaking up the way scientists think about plants: they are far more complex and more like us than you might imagine. This blossoming field of science is too delightful to do it justice in one or two stories.
This article is part of a series, Plant Curious, exploring scientific studies that challenge the way you view plantlife.


About 90% of flowering plants are hermaphroditic, which means that their flowers have both male and female function. This is what we call perfect flowers. Take the tomato for example. If you open one of its flowers, you will see it has an ovary (part of the female organ) and anthers with pollen (part of the male organ).

Diagram of male and female parts of a flower.
Most flowers are hermaphroditic.
MarinaSummer/Shutterstock

In tomatoes, pollen from a flower can pollinate the ovary of the same flower. This means that a tomato plant doesn’t need another tomato nearby to reproduce. Pretty convenient, especially if there are not many other plants of your species around.

Bumblebee pollinating yellow flower.
Tomato flowers are hermaphroditic.
Ferlx/Shutterstock

However, this is not the case for all hermaphroditic plants. Some of them can’t self-pollinate, like apples. In those species you do need two individual plants to produce fruit.

Things get more complicated. Scientists think that the first flowering plant to appear on earth was probably hermaphroditic. But what about this other 10% that are not hermaphroditic? What are they and where do they come from?

Let’s dive in.

The alternative to perfect flowers is unisexual flowers, which have either an ovary or anthers with pollen. In some species, male flowers and female flowers grow from the same individual. This is what we call monoecious plants. The plant has both male and female functions but separated in different flowers. Often, these flowers appear at different times of the year, which doesn’t allow the plant to pollinate itself.

There is another alternative to this, which is the total separation of sexes in different individual plants. Willows are one example. In this species, one willow tree will have only male flowers or just female flowers. So, a willow tree can be male or female, more like we are used to in animals like mammals or birds.

This separation of sexes in plants is called dioecy. One reason why dioecy may evolve is because of the negative effects that self-pollination can bring. It’s similar to how humans reproducing with relatives can give their offspring a higher chance of diseases.

White willow catkin flower on the left and yellow ones on the right
Male (left) willow and female (right) willow flowers.
Shutterstock collage

But that’s not all. A small proportion of unisexual plants have systems that seem to be in between hermaphroditism and dioecy. The system is called androdioecy when you can find hermaphroditic individuals and males within one population. An example of this is a herb native to California, US, called the Durango root. This system is rare in nature.

Close up of green herb with thick stem.
The Durango root belongs to a rare sex determination system.
Jared Quentin/Shutterstock

The alternative system is called gynodioecy, and it is the other way around. It is a system where females coexist with hermaphrodites. This happens in some wild strawberries.

Lastly, in some cases, male and females have been found alongside hermaphrodites. Some researchers call this trioecy (three sexes). And for this one, one example is the tasty papaya.

Exploring evolution

I mentioned earlier that hermaphroditism is probably the original sex determination system in flowering plants. So how did the other systems evolve from it?

In plants, as in many animals, sex is mostly determined by genes. This means that a seed will become a male or female plant depending on what their DNA says. Studying genetics has never been easy. But it has become easier over the last few decades, with technologies that allow us to study the genes in more detail.

Before this technological revolution, most studies were done in what we call model organisms, like mice, flies and some specific plants like thale cress (Arabidopsis thaliana). But now, studying other organisms is becoming increasingly easy. This has allowed scientists to see that in nature there is a lot of variation in sex determination. If we take dioecy as an example, scientists found examples of this system in groups of plants that are not closely related. This means that dioecy has evolved several times. And this is true for the other systems as well.

Gynodioecy, androdioecy and monoecy seem to be a link between hermaphroditism and dioecy. This means that systems can potentially go back and forth, from hermaphroditism to dioecy. And in fact, cases of changes in both directions have been found.

But what about the genes that determine these mechanisms? Scientists have found a variety of genes involved in different species. So, it turns out, there are many ways to evolve a male organism.

This variation in sex determination systems is why studying this topic in plants is interesting. In animals, many big groups, like insects, are dioecious, and they have been for millions of years. This makes it harder to study how dioecy evolved in the first place.

Flowering plants tell us a story about continuous change. The different sex determining systems are connected. If a species evolves separate sexes, hermaphroditism can still reappear in the future. But which is the best system? In nature, there is never one correct answer. It depends on the environment where the plants live and the challenges they have to face.

The Conversation

Lila Maladesky’s PhD project is funded by the European Research Council

ref. Plant sex life is more complicated than you probably imagine – https://theconversation.com/plant-sex-life-is-more-complicated-than-you-probably-imagine-269229

Focusing on surface-level diversity is stopping Britain from becoming truly multicultural

Source: The Conversation – UK – By Daniel McNeil, Department of Social Policy, Sociology and Criminology Stuart Hall Interdisciplinary Chair, University of Birmingham

Watcharisma/Shutterstock

Arguments about diversity in Britain often get stuck on the surface. Instead of talking about who holds power or how resources are distributed, many politicians and culture warriors obsess over the colour of faces in adverts, media and public spaces.

Reform UK MP Sarah Pochin claimed that adverts “full of black people, full of Asian people” drove her “mad”, before apologising for the wording. Conservative MP Robert Jenrick depicted Handsworth in Birmingham as a slum where he “didn’t see another white face”. One reading of this comment is that it implies that the absence of white people signals disorder or decline.

In 2020, a Sainsbury’s Christmas advert featuring a black family sparked outrage online. Critics on social media declared that the country they recognised had vanished, that “too many” adverts now featured people who didn’t look like them.

Such controversies point to the heart of a dilemma currently facing Britain: a society wrestling with deep inequalities keeps picking fights about surface-level diversity.

A central problem is that multiculturalism is often confused with what might be called “multicolourism”. Multicolourism is cosmetic. It fixates on diverse racial representation in marketing materials, political campaigns or media imagery, and it masks racial disparities in wealth, housing and senior leadership positions.

Multiculturalism, by contrast, is hard work. It isn’t just about how Britain looks, but how it functions. It aims to build institutions, norms and everyday practices that enable different communities to disagree, collaborate and coexist while enjoying equal rights and opportunities. It is about the distribution of resources and civic respect, not counting the number of black or brown faces in an advert or campaign.

There is a long history of anxieties about black and Asian people holding space in British culture and politics. Such concerns about the racial diversity of British society are often conflated with debates about immigration and multiculturalism.

This can lead to problematic assumptions that all black and Asian people are migrants and that someone’s skin tone reveals their culture or values. For example, a Reform UK mayoral candidate has claimed that David Lammy and other ethnic minority politicians do not have a “primary loyalty” to Britain.

Surface-level diversity

While critics of multiculturalism have questioned the elevation of black and Asian people to prominent roles in British society, proponents of multicolourism have diverted attention away from the inequalities in British society.

The advertising sector is a helpful guide to the limitations of multicolourism. In a sign of progress, the Advertising Standards Authority now urges agencies to prioritise the quality of portrayals rather than numerical ratios – an acknowledgement that representation must go beyond tokenism. But research shows that, while agencies showcase diverse imagery in their campaigns, leadership and creative control remain overwhelmingly white.

In 2021, the Green Park Business Leaders Index found no black chairs, CEOs or CFOs in the FTSE 100. The 2024 Parker Review found little change, with no more than two black chairs, CEOs or CFOs in the FTSE 100. It also reported that approximately 13% of senior management positions at the top 100 firms in 2023 were held by people labelled “ethnic minorities” – notably lower than the 18% of people identified as non-white in the 2021 census.

Wealth inequality is even more stark. Research from the LSE’s Centre for Analysis of Social Exclusion shows that the median Bangladeshi, black African and black Caribbean households have negligible net wealth. This means their total liabilities are roughly equal to or exceed than the total value of their assets.

By comparison, the median white British household has a net worth of £140,000. These disparities shape everything about life prospects: where people can live, the stability they can build and the risks they can take.

How Britain lost its nerve on multiculturalism

Not long ago, Britain seemed to be moving toward a confident multicultural future. Postwar migration remade the country, and landmark equality laws in the 1960s and 70s helped dismantle the legal structures of discrimination. By 2000, the Commission on the Future of Multi Ethnic Britain laid out a serious vision for equal citizenship and plural identities.

But over the past decade and a half, that political confidence has crumbled. The Sewell Commission’s 2021 claim that Britain is not “institutionally racist” further shifted public debate away from reforms that would tackle structural inequality.

Some argue that the elevation of minority ethnic individuals to high-level positions is evidence that British institutions are not racist. This, too, is multicolourism. There is often reluctance to ask: have they achieved prominence despite, or because of, institutional racism?

Britain has ended up in an odd situation: public and private institutions proudly celebrate how diverse their organisations and campaigns look, while leadership structures have not shifted quickly enough.

We cheer the spectacle of footballers taking the knee, but are at risk of losing a generation of coaches and managers from a black, Asian or mixed heritage background. We elect politicians who celebrate their immigrant heritage, but who also support policies that make life harsher for ethnic minorities and migrants. The country wants the appearance of inclusion more than the responsibilities that come with it.

Rows about who appears on a poster or in a Christmas advert are keeping Britain stuck on a path of multicolourism. These debates are noisy, emotionally charged and ultimately hollow.

The other path demands more of us. It asks us to examine why wealth gaps persist, why senior leadership remains so homogeneous and why some communities face structural barriers while others enjoy structural advantages. It is the path of real and principled multiculturalism – an honest attempt to build a society where the rules are fair, the opportunities real and the institutions trustworthy.

It is slower. It is harder. It cannot be captured in a photo. But it is the only route that leads to a Britain confident enough not to fear its own reflection.

The Conversation

Daniel McNeil does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Focusing on surface-level diversity is stopping Britain from becoming truly multicultural – https://theconversation.com/focusing-on-surface-level-diversity-is-stopping-britain-from-becoming-truly-multicultural-268013

Will 2026 be the year when coral reefs pass their tipping point?

Source: The Conversation – UK – By Samantha Garrard, Senior Marine Ecosystem Services Researcher, Plymouth Marine Laboratory

Tropical coral reefs cover less than 1% of the seafloor, yet support 25% of all marine species. They are also incredibly vulnerable. Over the past few decades, an estimated 30%-50% have already been lost.

Yet we are approaching a terrifying threshold. After record-breaking ocean heatwaves of 2023-24, which saw coral “bleaching” in at least 83 countries, scientists are looking towards 2026 with growing dread.

The question is whether this will be the year a global tipping point is reached for warm-water coral – a point beyond which their fate is sealed, and even the most resilient species can no longer recover.

The fate of these ecosystems may hinge on events in the Pacific Ocean, in particular a natural climate cycle called the El Niño–Southern Oscillation (ENSO). We have only just emerged from a devastating El Niño (the warm phase) that helped push 84% of the world’s coral reefs into “bleaching-level” heat stress.

Usually, reefs have a few years to “breathe” during the cooler La Niña phrase. However, as the planet warms El Niños are becoming stronger and more frequent, and the transition periods are becoming shorter and less cool.

colourful fish and coral
Healthy reefs are among the most biodiverse places on the planet.
Sergei74 / shutterstockl

With another El Niño expected in 2026, only a short time after the last one, many reefs will not have had sufficient time to recover. This next phase could trigger widespread coral reef collapse.

A point of no return?

The fear is that 2026 could mark a “tipping point”. These are moments when an ecosystem changes really suddenly, often in a way that can’t easily be undone.

However, these thresholds can be notoriously hard to spot as they happen. Every reef is different, and it can be hard to spot these permanent shifts amid short‑term shocks like heatwaves and extreme weather all while global temperatures are still climbing. This makes it harder to see the bigger picture of how the reef is actually doing over the long term.

Reaching a simultaneous global tipping point for all corals in 2026 is an unlikely worst-case scenario. But at a local level, many warm-water coral reefs are clearly set to fare badly. Some reefs have already passed the point of no return, and if extreme heatwaves occur across the tropics again so soon, the extent of loss over the next 12 months could be catastrophic.

What coral collapse looks like

When a reef passes that tipping point, the transformation can be stark.

It begins with bleaching, which happens when the surrounding sea becomes too hot. The stress causes the coral to expel the tiny colourful algae living inside its tissues, turning it white. The coral isn’t dead yet, but if high temperatures last too long, it can die.

Bleached coral
When stressed by warm waters, coral expel the algae that give them their colour.
Sarah_lewis / shutterstock

Heat sensitive species are the most likely to disappear. And when corals die, they are quickly replaced by algae. Once that happens, it’s really hard for new coral larvae to settle and grow. The damage can last for a very long time, and the reef might never return to how it was before.

Another El Niño-induced mass bleaching isn’t a death sentence for all corals, of course, as how well they cope with heat stress varies across different ecoregions. Some species struggle when temperatures rise, while others have shown they can tolerate or adapt to warmer conditions. Coral in the Gulf of Aqaba (between Egypt’s Sinai Peninsula and Saudi Arabia) and Madagascar handled the record-breaking temperatures of 2023–24 surprisingly well, suggesting that some coral communities have some natural resistance to heat stress.

Reefs in deeper waters offshore might also be able to act as a “seed bank” for the future. These reefs, called mesophotic reefs and found about 30 to 50 metres underwater, get extra protection during heatwaves as they’re shielded by layers of cooler, heavier water. Because of this, deeper reefs might act as important “safe zones” where warm-water coral species have a better chance of surviving, at least into the near future.

Beyond the heat

Even though temperatures are expected to rise in 2026, corals are already more likely to bleach because of things like pollution, overfishing, and coastal development. The good news is that reducing these pressures can help reefs recover. Take the Mesoamerican Reef, for example, which extends nearly 700 miles along the coast of Mexico and Central America. Even though bleaching affected 40% of the reef in 2024, some parts improved because fish populations bounced back after better fisheries management.

Ocean acidification, caused by the sea absorbing more CO₂ from the atmosphere, makes it harder for corals to build their hard skeletons, which weakens them and slows their growth. This threatens even the deep, cold-water corals that don’t suffer from bleaching.

To help these biodiversity powerhouses survive the 21st century, we must do three things: aggressively cut carbon emissions to cool the water, reduce local stressors like pollution or overfishing, and incorporate selective breeding of heat-tolerant corals into restoration plans to improve resilience to heatwaves.


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The Conversation

Samantha Garrard receives funding from the United Kingdom Research and Innovation and from Horizon Europe, funding European research through the European Commission.

ref. Will 2026 be the year when coral reefs pass their tipping point? – https://theconversation.com/will-2026-be-the-year-when-coral-reefs-pass-their-tipping-point-272462

A sign of Europe’s troubled times? Lithuania brings in tax reforms to boost defence spending

Source: The Conversation – UK – By Karl Matikonis, Assistant Professor, University College Dublin

proslgn/Shutterstock

Lithuania is entering 2026 with a tax shift that brings its system closer to countries like Ireland and the UK. From January 1, the long-standing flat 15% personal income-tax rate for self-employed people is being abolished for higher earners. These workers will now be integrated into the same new progressive bands that apply to employment income.

On the surface, it’s a technical adjustment. But politically, economically and symbolically it captures a moment in Europe’s history. That is to say, higher defence spending, shrinking fiscal space, EU rules that tie funding to progress on reforms and a public mood swinging towards the idea of “fairness”.

That’s why this small Baltic reform is being watched far beyond Lithuania’s capital Vilnius.

Security is now a direct fiscal driver. Lithuania, positioned on Nato’s eastern frontier, has tied parts of its tax package to defence funding. A new 10% security contribution on insurance premiums (excluding life insurance) makes that link explicit.

As budgets tighten, ageing populations, higher borrowing costs and the legacy of COVID spending leave governments with far less room to maintain tax preferences, especially those that create visible distributional gaps.

This is not only an EU dynamic. The UK’s recent budget, which pushes the overall tax burden to its highest level in decades, reflects similar constraints in the financial picture.

EU funding conditions are also prompting reform. Lithuania’s disbursements under its €3.8 billion (£3.32 billion) plan are linked to progress on income tax, property-tax changes and digital administration. The 2026 package addresses several of these milestones.

In other words, Lithuania didn’t just change taxes. It read the room.

The reasons for the generous regime

For nearly three decades, lightening the load for freelancers made sense. As my new research shows, Lithuania emerged from the Soviet system with limited administrative capacity. Most citizens had never filed a tax return, and the state needed to grow a private sector rapidly.

Flat, low-tax self-employment acted as a tool to build markets, encourage people to move out of the informal, cash-only economy and secure quasi-voluntary compliance in a state still developing its enforcement capacity.

But that era is over. Lithuania now operates one of the EU’s more digitised tax administrations. Returns are largely pre-populated, third-party reporting is extensive and the country’s tax inspectorate uses real-time and automated risk analysis. Under these conditions, the original administrative justification for maintaining a separate and significantly more generous freelancer regime has weakened.

In June 2025, Lithuania’s Seimas (parliament) approved a fiscal package to come into force on January 1 2026. The core principle is alignment: employees and the self-employed with comparable earnings now face broadly similar and more progressive income tax rates.

Until the end of 2025, freelancers paid a flat 15% income tax. But now this is replaced by a progressive regime of 20%, 25% and 32%. Lower-income sole traders are protected by a structured tax credit on the first €20,000 of income, which tapers out up to €42,500.

Above the taper threshold, employment and self-employment income will now be subject to the same income tax bands.

Several other measures are taking effect, including corporation tax increases from 16% to 17%; rising real estate tax; a new excise duty on sugary drinks and the 10% “national defence contribution” applied to non-life insurance premiums.

As the figure below (which is based on my analysis) shows, the reform narrows though does not eliminate the gap between freelancers and employees. But symbolically and structurally, it marks a clear shift.

Lithuania is confronting a challenge faced by many European states. Countries with sizeable gaps between the taxation of employees and the self-employed, including Italy, the Netherlands and Czech Republic, are grappling with the same pressures: rising defence budgets, tighter EU fiscal governance and labour markets where workers move easily between employment, contracting and the gig economy.

In these settings, systems designed in the 1990s no longer reflect how income is generated. Lithuania’s reform is one of the clearest recent examples of a broader shift towards taxing different forms of income in a more similar way.

There is also a subtler change under way. For many years, Lithuania’s flat freelancer tax was justified as a means of supporting entrepreneurship. Today, the public conversation has shifted. With digital administration lowering compliance barriers, fairness is increasingly defined as parity rather than privilege. Compliance tends to rise when taxpayers believe the system treats comparable earners even-handedly.

lithuanian flag with the message united we stand being held up alongside a ukrainian flat at a peaceful protest in vilnius
Taxation as a new form of civic participation.
Michele Ursi/Shutterstock

And in 2026’s security climate, linking part of the reform to defence spending has turned taxation into something closer to civic participation.

Lithuania’s reform is not radical; it is normalisation. But the direction of this change indicates where many European systems are heading: towards higher defence expenditure, closer EU fiscal oversight and tax structures that tolerate fewer discrepancies between different forms of work.

In that sense, this small Baltic state may simply have moved early, partly because of its geopolitical position. But others are likely to follow.

The Conversation

Karl Matikonis previously received funding from the Economic and Social Research Council for unrelated research.

ref. A sign of Europe’s troubled times? Lithuania brings in tax reforms to boost defence spending – https://theconversation.com/a-sign-of-europes-troubled-times-lithuania-brings-in-tax-reforms-to-boost-defence-spending-271275

Pourquoi les fonds verts peinent à convaincre malgré une épargne record

Source: The Conversation – France (in French) – By Syrine Gacem, Docteur en sciences de gestion – Finance, Université Bourgogne Europe

Les perceptions négatives des ménages sur le _greenwashing_ de certaines entreprises réduisent leurs investissements dans des fonds environnementaux. SKTStudio/Shutterstock

Alors que l’épargne des Françaises et des Français atteint 6,4 milliards d’euros au premier semestre 2025, elle n’est que peu dirigée vers la finance verte. Une étude, menée auprès de 2 215 investisseurs français âgés d’au moins 25 ans, cherche à comprendre les freins à l’investissement vert chez les ménages.


L’épargne des ménages français a atteint un niveau record au premier semestre de 2025, s’élevant à 6,4 milliards d’euros. Elle constitue un taux d’épargne de 18,9 % du revenu disponible. Un niveau si élevé qu’il attire désormais l’attention de l’État sur le financement de l’économie réelle.

Parallèlement, le vendredi 21 novembre 2025 a marqué la clôture de la COP30, où ont eu lieu des discussions rappelant l’ampleur des besoins de financement verts pour réussir la transition écologique. Les pays développés sont appelés à fournir au moins 1,1 milliard d’euros par an aux pays en développement d’ici 2035. « La finance est le levier d’accélération majeur », a rappelé le secrétaire exécutif d’ONU Climat, Simon Stiell, lors du Leaders’Summit au Brésil.

Malgré ce double constat d’abondance d’épargne des ménages et de besoin de financement des projets de transition écologique, l’investissement vert demeure une pratique marginale chez les ménages. Notre étude cherche à en comprendre les raisons.

Manque de transparence sur les fonds verts

Le manque de transparence sur l’impact écologique des fonds verts peut créer une ambiguïté chez les investisseurs particuliers quant à leur efficacité réelle à protéger l’environnement.

Un exemple emblématique est celui de DWS, filiale de Deutsche Bank, impliquée dans un scandale de dénomination environnementale trompeuse, après avoir exagéré les engagements verts de plusieurs de ses fonds. L’affaire s’est soldée par une amende de 25 millions d’euros infligée par la justice allemande en avril 2025.

Promesses écologiques non crédibles

Dans notre étude, nous avons mené une recherche auprès de 2 215 investisseurs français âgés d’au moins 25 ans, entre décembre 2021 et janvier 2022, via Panelabs.

L’échantillon est composé d’investisseurs âgés en moyenne de 47 ans, comprenant 47,3 % de femmes, disposant d’un revenu mensuel net moyen de 3 659 €, et ayant en moyenne un niveau d’éducation équivalent à bac+2. Afin d’évaluer leurs doutes sur l’efficacité réelle des fonds verts, nous leur avons posé la question suivante : « Les fonds verts sont un stratagème marketing pour vendre plus de fonds ». Les réponses étaient notées sur une échelle de 1 à 7, de « pas du tout d’accord » à « tout à fait d’accord ».

Les résultats sont clairs. Plus un investisseur estime que les fonds verts relèvent de promesses écologiques non crédibles, moins il est enclin à y investir. Concrètement, chaque point de hausse sur l’échelle de doute réduit la probabilité d’investir dans un fonds vert de 1,68 point de pourcentage. Mais ce n’est pas tout. Les investisseurs les plus méfiants allouent également des montants plus faibles à ces fonds.

Les jeunes plus sensibles à l’épargne verte

Ce frein n’impacte pas tous les investisseurs de la même manière. Deux profils s’avèrent moins sensibles à ces doutes : les plus jeunes, et ceux ayant un niveau d’éducation élevé. Ces derniers affichant des préférences environnementales très fortes ont tendance à accepter les fonds verts, sans trop les remettre en question, pour rester en accord avec leurs convictions écologiques. Ce phénomène s’explique notamment par la volonté d’éviter une dissonance cognitive entre leurs valeurs et leurs décisions financières.

Notre étude montre que ce frein affecte aussi bien les investisseurs conventionnels (qui n’ont jamais investi dans un fonds vert) que les investisseurs verts (ayant placé au moins 500 € dans un fonds vert). Chez les premiers, elle décourage l’intention d’investir dans des fonds verts. Chez les seconds, elle freine leurs investissements futurs.

Biais de négativité

L’effet dissuasif de la ruse marketing sur l’investissement vert peut s’expliquer à la lumière d’un mécanisme bien connu en psychologie comportementale : le biais de négativité. Ce phénomène décrit la tendance des individus à réagir plus fortement aux signaux négatifs qu’aux signaux positifs.

Nous constatons que les perceptions très négatives de la stratégie de communication verte réduisent significativement la probabilité d’investir. À l’inverse, une certaine confiance dans la communication environnementale ne suffit pas à stimuler l’investissement. Le doute pèse clairement plus lourd que la confiance.

Pourquoi cette asymétrie ? Parce qu’une perception négative de la stratégie marketing active deux leviers puissants. Elle déclenche des émotions négatives qui prennent souvent le dessus sur les raisonnements rationnels dans la prise de décision. En parallèle, ces émotions accentuent la perception du risque financier associé aux fonds verts, ce qui les rend moins attractifs aux yeux des investisseurs.

Renforcer la cohérence entre discours et réalité

Ces résultats appellent les décideurs publics et les acteurs financiers à recentrer leurs efforts sur le contrôle de la véracité de la communication des fonds verts. Tant que les inquiétudes des investisseurs individuels vis-à-vis du marketing des fonds verts ne sont pas levées, les politiques incitatives risquent de ne pas atteindre leur cible.

Ce constat fait écho aux évolutions récentes du cadre réglementaire européen. Ces dernières visent à réduire l’écart entre les promesses associées aux fonds verts et les projets réels dans lesquels ils investissent. Dans ce contexte, la mise en place de réglementations ciblées prend tout son sens. Des dispositifs comme le règlement SFDR ou la taxonomie verte visent à renforcer la transparence et à restaurer la confiance dans la finance verte, condition indispensable pour mobiliser l’investissement des citoyens au service de la transition écologique.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Pourquoi les fonds verts peinent à convaincre malgré une épargne record – https://theconversation.com/pourquoi-les-fonds-verts-peinent-a-convaincre-malgre-une-epargne-record-269666

Quand la tragédie grecque éclaire les crises : que nous apprend le braquage du Louvre ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Mary-Lieta Clement, Enseignant chercheur – sciences de gestion, UCLy (Lyon Catholic University)

Le vol du Louvre a eu un retentissement mondial. Les failles de sécurité et autres mesures de mauvais management ont été décortiquées et révélées. Mais une autre approche est possible, inspirée de la tragédie grecque. Et si ce vol était l’expression d’une fatalité.


Le 19 octobre 2025, le Musée du Louvre a été frappé par un braquage spectaculaire, mettant en lumière la vulnérabilité même des institutions réputées être les mieux protégées. Au-delà du vol, cet événement invite à réfléchir sur la manière dont les organisations gèrent l’imprévisibilité, à la lumière des leçons des tragédies grecques.

Le cambriolage du Louvre a eu un retentissement mondial, à la hauteur de la réputation de ce lieu. En quelques minutes, des bijoux historiques ont été volés. Une part du prestige du Louvre a aussi disparu à cette occasion.

Si cet événement a d’abord été présenté comme le résultat d’une défaillance sécuritaire, il révèle aussi la vulnérabilité humaine et l’illusion de la maîtrise. Et si ce braquage n’était pas seulement un incident technique, mais une tragédie au sens grec ? C’est ce que se propose d’éclairer cet article.




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Coupable aveuglement ?

Comme les héros antiques, les institutions se heurtent parfois à leurs propres limites. Cette lecture de la crise à la lumière de la tragédie de grands dramaturges grecs (Eschyle, Sophocle, Euripide) nous invite à voir la crise non pas seulement comme le résultat d’une erreur, voire d’une faute, mais aussi comme une occasion de lucidité, voire de résilience.

Dans les tragédies antiques, le héros ne chute pas toujours par faiblesse, mais aussi par aveuglement. C’est en tentant de fuir la prophétie de l’oracle de Delphes, qu’Œdipe la réalise. Dès lors, son erreur n’est tant pas morale qu’existentielle. Refusant de reconnaître sa vulnérabilité, il interprète mal les avertissements qui lui sont envoyés. Au Louvre, un scénario de ce type s’est déroulé. Des alertes sur des failles de sécurité, même faibles, avaient été signalées depuis plusieurs années (le Figaro, 2025), mais n’ont pas été prises en compte.

La leçon donnée par la tragédie grecque dans ce contexte est d’apprendre à être lucide. Cela signifie savoir écouter les signaux d’alerte, qu’ils soient faibles ou évidents. Se préparer à une crise, c’est avant tout savoir reconnaître les avertissements et anticiper les vulnérabilités. Une fois cette disposition d’esprit adoptée, il devient possible de bien se préparer.

Penser l’imprévisible

L’approche par la tragédie invite à penser l’imprévisible. Comme les héros grecs, les personnes responsables de la sécurité dans le cas du braquage du Louvre, agissent au quotidien selon des routines et protocoles de pointe pour prévenir le vol. Pourtant, c’est arrivé. Rien ne le rendait certain, mais rien ne prévoyait qu’il ne surviendrait pas. La tragédie grecque nous enseigne que l’imprévisibilité ne vient pas toujours d’une faute, mais plutôt d’un écart irréductible entre ce que l’on prévoit et ce que le réel produit. Œdipe, en fuyant Corinthe, croit préserver ses parents. Toutefois, c’est précisément ce mouvement qui a accompli la prophétie.

La tragédie grecque nous invite ainsi à distinguer responsabilité et maîtrise absolue. Accepter l’imprévisible ne signifie pas considérer le braquage comme inévitable mais reconnaître l’idée que nul dispositif humain n’est infaillible. Le théâtre grec, nous fait prendre conscience de nos limites humaines tout en cherchant à anticiper les dangers. Il nous ouvre les yeux sur le risque et l’inscrit dans une conscience plus juste de la vulnérabilité humaine.

Le tragique et la pédagogie du dilemme

Le braquage du Louvre pose une question universelle : faut-il ouvrir largement les portes au public ou renforcer la sécurité au risque de dénaturer l’expérience culturelle ? La perspective tragique rappelle que toute décision comporte une perte. Œdipe en fuyant Corinthe pour sauver ses parents, sacrifie son statut royal pour devenir un « métèque » (au sens grec) à Thèbes. Se préparer à gérer une crise, c’est donc apprendre aux managers à faire des choix difficiles, accepter qu’une décision « moins mauvaise » soit parfois le seul possible et privilégier une éthique de la prudence. Elle invite a agir avec discernement et à réduire les risques sans viser une perfection illusoire.

Ainsi, la tragédie grecque, nous invite à former le dirigeant à faire des choix satisfaisant et réaliste et non des choix parfaits.

France 24 2025.

Après la crise : la sagesse tragique

Pour les Grecs, la tragédie était un rituel collectif de catharsis. Elle purifiait les émotions et permettait de réfléchir aux peurs et fautes de la cité (Aristote, La Poétique, IV.6, trad. 1997). De même, capitaliser sur une crise peut devenir une ressource pour les institutions culturelles. Il ne s’agit pas d’effacer le chaos, mais de le transformer en savoir partagé.

Plutôt que de clore l’affaire du Louvre dans une logique de blâme, la crise peut être une mise en récit – enquêtes, témoignages, débats internes, restitutions publiques – pour en tirer une leçon commune. Elle nous invite à la question suivante : comment réagirons-nous la prochaine fois, sachant qu’aucune institution culturelle n’est à l’abri de l’imprévisible ?

Ainsi, la tragédie devient un outil de résilience organisationnelle : non par l’oubli du drame, mais par l’intégration lucide de ses leçons, rappelant que la vraie maîtrise consiste moins à prévenir toutes les chutes qu’à apprendre à se relever ensemble.

The Conversation

Mary-Lieta Clement ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Quand la tragédie grecque éclaire les crises : que nous apprend le braquage du Louvre ? – https://theconversation.com/quand-la-tragedie-grecque-eclaire-les-crises-que-nous-apprend-le-braquage-du-louvre-269645

La fin du secret sur les salaires, un choc culturel pour les entreprises françaises

Source: The Conversation – France (in French) – By Patrice Laroche, Professeur des Universités en sciences de gestion, Université de Lorraine

La directive européenne qui oblige de nombreuses entreprises à faire la transparence sur les salaires sera un vrai défi pour les directions de ressources humaines et les managers. Car, si des écarts de salaire peuvent se justifier, il faut savoir les expliquer, ce qui n’est pas toujours facile quand l’argent reste tabou. Quant aux salariés, comment réagiront-ils quand ils découvriront qu’ils sont plus ou moins bien payés que leurs collègues à poste équivalent ? C’est un grand chambardement qui attend les entreprises.


D’ici au 7 juin 2026, les entreprises françaises de plus de 100 salariés devront se conformer à la directive européenne du 10 mai 2023 sur la transparence salariale. Cette obligation, qui impose notamment de mesurer et de publier les écarts de rémunération, d’indiquer les salaires dans les offres d’emploi et d’expliquer les logiques salariales internes, constitue l’un des changements les plus structurants pour les directions des ressources humaines depuis les lois sur le reporting social et environnemental.

Dès lors, on peut se demander comment la transparence salariale va transformer les pratiques de rémunération, l’équité interne et le contrat social dans les entreprises françaises. Sous quelles conditions peut-elle devenir un levier de performance ?

La fin de l’opacité salariale

L’arrivée de cette directive apporte une rupture majeure : la fin de l’opacité salariale comme mode de gestion par défaut. Les entreprises devront désormais répondre à des questions qu’elles pouvaient jusque-là éviter : pourquoi deux salariés occupant des postes similaires ne gagnent-ils pas la même chose ? Quelle place donne-t-on à l’expérience, à l’expertise, à la performance ou à la rareté d’un profil ? La politique de rémunération est-elle cohérente avec les valeurs affichées par l’entreprise ?




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Une enquête récente de l’Agence pour l’emploi des cadres (Apec) montre que ce besoin d’explication est déjà très présent. La moitié des cadres jugent insuffisante la communication de leur entreprise sur les logiques salariales et 46 % d’entre eux jugent la politique de rémunération de leur entreprise opaque (voir ci-dessous). La directive va obliger désormais à rendre explicite ce qui relevait souvent du non-dit voire du tabou.

Une politique de rémunération jugée plus opaque en France

Source : Apec (2025, page 5).

Triple révolution pour les DRH

Car la transparence salariale ne constitue pas uniquement une transformation juridique. Pour les directions des ressources humaines, elle impose une triple évolution.

La première consiste à clarifier la structure salariale. Dans beaucoup d’entreprises, les écarts actuels sont le résultat d’histoires individuelles, de recrutements opportunistes ou de négociations ponctuelles. La directive impose de passer d’une somme de cas particuliers à une architecture salariale claire et cohérente : familles de métiers, niveaux de responsabilité, critères d’évolution. Or, selon l’APEC, 66 % des entreprises n’offrent pas de grille salariale accessible en interne, ce qui montre l’ampleur du travail à mener. Cette structuration constitue un travail lourd, parfois très politique, mais nécessaire.

La deuxième évolution est narrative. Les DRH devront apprendre à dire ce qui, jusqu’ici, restait implicite. Il ne suffit pas de publier des chiffres ou des fourchettes. Il faut être capable de rendre compréhensible la logique des rémunérations. Pourquoi un ingénieur en cybersécurité est-il payé davantage qu’un chef de projet ? Pourquoi deux salariés d’une même équipe ne gagnent-ils pas la même chose ? La pédagogie devient un élément central de la gestion de la rémunération. Sans cette pédagogie, prévient l’Apec, la transparence risque d’alimenter la comparaison sociale et nourrir les frustrations.

La troisième évolution est managériale. Dans beaucoup d’organisations, les managers sont mal à l’aise lorsqu’il s’agit de parler rémunération. Par crainte d’ouvrir des demandes, par manque d’informations ou simplement parce que le sujet reste tabou. La transparence obligera à revoir cette posture. Les managers devront être formés à expliquer les critères, à répondre aux questions, à gérer les émotions liées à la comparaison et aux perceptions d’injustice. Une politique salariale juste mal expliquée peut devenir injuste dans la perception des salariés.

Des risques invisibles

Bien entendu, la transparence comporte des risques. Elle peut révéler des écarts historiques difficiles à justifier, générer des demandes de révision en cascade ou fragiliser des équipes si certains « talents » découvrent qu’ils sont moins bien rémunérés que des pairs. Elle peut également exposer l’entreprise à des contentieux si les écarts ne peuvent pas être expliqués de manière satisfaisante. L’étude de l’Apec rappelle d’ailleurs que près d’une entreprise sur deux anticipe une augmentation des tensions sociales si la transparence est mal pilotée.

La transparence ne créera pas les problèmes : elle va les mettre en lumière. Cependant, l’absence de préparation peut transformer un révélateur en déflagration sociale, d’où l’importance d’anticiper, de documenter et d’expliquer les écarts avant de rendre les données publiques, mais aussi de former les managers et de structurer un dialogue social capable d’accompagner cette transition sensible.

Transparence dans le recrutement

À ces risques s’en ajoute un autre, introduit par la directive européenne : l’obligation d’indiquer les salaires ou les fourchettes de rémunération dans les annonces d’emploi. Cette transparence sur les salaires d’embauche, pensée comme un outil de réduction des inégalités, comporte des effets ambigus. Elle peut rigidifier les pratiques de recrutement en limitant la capacité à ajuster la rémunération à la rareté d’un profil ou à l’expérience d’un candidat.

Elle peut aussi générer des tensions internes lorsque les salariés en poste découvrent que les nouveaux entrants bénéficient de niveaux de rémunération supérieurs, un phénomène déjà observé dans les secteurs en tension. Les résultats de l’Apec confirment ce risque : 36 % des cadres disent avoir déjà découvert que de nouveaux recrutés étaient mieux rémunérés qu’eux, ce qui alimente un sentiment d’injustice.

Enfin, elle peut alimenter des dynamiques de marché inattendues : inflation salariale dans certains métiers rares ou, au contraire, alignement vers le bas si les entreprises cherchent à limiter les attentes des candidats. Là encore, l’enjeu n’est pas tant la transparence que la capacité à la contextualiser et à la gouverner.

Redynamiser la négociation collective

Ces difficultés ne doivent pourtant pas masquer l’un des effets potentiels les plus prometteurs de la directive, la relance de la négociation collective. En obligeant les entreprises à expliciter leurs critères de rémunération, à documenter leurs grilles et à justifier leurs écarts, la transparence crée un besoin nouveau de régulation. Branches professionnelles et entreprises devront élaborer des référentiels communs, clarifier les niveaux de classification et définir les logiques d’évolution.

La transparence pourrait ainsi contribuer à revitaliser la négociation collective, notamment dans les branches, longtemps affaiblie par la montée des négociations individuelles et l’opacité salariale. Le syndicat CFE-CGC, par exemple, compte bien s’emparer de cette directive pour renforcer son positionnement sur les questions de justice salariale et accompagner les cadres dans l’appropriation de ces nouvelles obligations.

BFM Business, 2022.

Un révélateur d’équité

Les recherches récentes éclairent utilement cette transition. L’étude de Cédric Gutierrez, Tomasz Obloj et Todd Zenger montre que la transparence salariale ne provoque pas l’effondrement de la productivité que redoutent souvent les entreprises. En analysant plus de dix ans de données sur 20 000 universitaires américains, les auteurs démontrent que la publication des salaires n’a pas d’effet négatif global sur l’effort des salariés ; elle peut même légèrement l’accroître.

L’essentiel se joue ailleurs : la transparence agit comme un révélateur d’équité. Les individus qui découvrent être mieux rémunérés que ne le justifierait leur performance augmentent significativement leur effort pour « légitimer » leur position tandis que ceux qui se découvrent sous-payés réduisent modérément leur productivité (voire ci-dessous). Autrement dit, les salariés réagissent moins à l’inégalité brute qu’à l’injustice perçue.

Effet de l’iniquité sur la productivité

Source : Gutierrez et coll., 2025, page 1846.

Note : Les coefficients représentés correspondent aux années avant et après le choc de transparence, avec des intervalles de confiance à 95 %.

Et les salaires féminins ?

De leur côté, les économistes Klára Kantová et Michaela Hasíková montrent – à travers une méta-analyse combinant 268 estimations issues de 12 études menées dans plusieurs pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) – que les lois de transparence salariale entraînent en moyenne une réduction modeste mais significative des différences de salaire entre les hommes et les femmes, de l’ordre de 1,2 % en faveur des femmes. Cet effet provient généralement d’une légère hausse des salaires féminins, mais aussi d’une compression salariale, c’est-à-dire d’un ralentissement de la progression salariale masculine.

L’analyse révèle toutefois que toutes les formes de transparence ne produisent pas les mêmes effets : les politiques les plus efficaces sont celles qui imposent une parution publique des données salariales, tandis que les dispositifs plus limités (simples obligations d’information interne ou mention d’une fourchette dans les offres d’emploi) ont des effets faibles, voire nuls. Au final, ces résultats offrent des repères importants pour concevoir des politiques réellement capables de corriger les inégalités salariales.

La transparence salariale n’est donc ni une panacée ni une menace : elle est un révélateur. Mal anticipée, elle expose brutalement les incohérences d’une politique salariale. Bien préparée, elle devient un levier de confiance, de cohérence et de performance.

La directive européenne offre une occasion rare : repenser la manière dont les entreprises articulent performance individuelle, justice perçue et reconnaissance. Encore faut-il accepter d’engager ce travail en profondeur – un travail qui, pour beaucoup d’entreprises, ne fait que commencer.

The Conversation

Patrice Laroche a reçu des financements de la CFE-CGC dans le cadre d’un projet de recherche consacré aux effets des disparités salariales sur la performance des organisations.

ref. La fin du secret sur les salaires, un choc culturel pour les entreprises françaises – https://theconversation.com/la-fin-du-secret-sur-les-salaires-un-choc-culturel-pour-les-entreprises-francaises-271689

Des écologistes expliquent pourquoi les oiseaux de montagne chantent à l’aube

Source: The Conversation – in French – By Mosikidi Toka, PhD candidate, University of the Free State

Trois espèces de fauvettes africaines refusent de se lever tôt et de chanter leurs mélodies habituelles du lever du jour quand il fait froid. Cette nouvelle découverte a été faite par une équipe d’écologistes spécialisés dans les paysages sonores dans le parc national montagneux sud-africain Golden Gate Highlands National Park. Le co-directeur de recherche de l’équipe, Toka Mosikidi, étudie la façon dont les animaux et l’environnement produisent et utilisent les sons, en particulier dans les montagnes, et termine actuellement un doctorat sur les sons des habitats naturels. Il a déployé des enregistreurs audio automatisés pour capter le chant des oiseaux et découvrir comment ceux-ci étaient affectés par les températures glaciales.

Quels oiseaux réveillaient chaque matin les zones humides dans votre étude ?

Nous avons étudié trois oiseaux chanteurs étroitement apparentés. Le premier est la fauvette des marais (Bradypterus baboecala).
Cette fauvette distinctement brune, avec le dessus pâle, est généralement aperçue se faufilant à travers la végétation dense des marais, comme les roseaux des zones humides.

Le deuxième oiseau était la Chloropète jaune d’Afrique (Iduna natalensis), un oiseau brun au ventre jaune et au croupion jaune qui vit dans les zones humides.

Le troisième était la fauvette des marais (Acrocephalus gracilirostris). On la voit généralement se balancer sur de grands roseaux. Cet oiseau se distingue par son plumage brun chaud et son ventre blanc.

Ces petits oiseaux chanteurs insectivores sont répandus dans toute l’Afrique australe, y compris dans les zones humides montagneuses. On peut également les observer dans les étangs et les barrages artificiels bordés de grands roseaux dans les zones résidentielles.

Ces trois espèces contribuent activement au chant matinal pendant la saison de reproduction.

Nous avons choisi d’étudier les fauvettes dans le parc national de Golden Gate Highlands car, en tant que parc de haute altitude en Afrique du Sud et partie intégrante de la chaîne de montagnes du Drakensberg, qui borde l’Afrique du Sud et le Lesotho, il connaît certains des hivers les plus froids d’Afrique australe.

Qu’est-ce que le chant matinal ?

De nombreuses espèces d’oiseaux participent au chant matinal. Il s’agit du moment où la communauté d’oiseaux chanteurs d’un habitat particulier chante intensément en chœur au lever du soleil, principalement avant et peu après l’aube.

Le chant matinal enregistré sur le premier site d’étude.
Avec l’aimable autorisation de Mosikidi Toka656 KB (download)

Dans l’hémisphère sud, ces chœurs ont généralement lieu de septembre à février. Les oiseaux chantent presque tous les jours pour de nombreuses raisons, mais c’est à l’aube, pendant la période de reproduction, qu’ils chantent le plus fort et le plus souvent afin d’attirer des partenaires.

En dehors de cette saison de reproduction, ils peuvent chanter pour défendre leur territoire ou rester en contact avec les autres. Pendant le chant matinal, ce sont principalement les mâles qui chantent pour impressionner les femelles, qui répondent souvent à leurs appels en chantant en retour.

Deuxième chant matinal enregistré dans le Golden Gate Highlands Park.
Avec l’aimable autorisation de Mosikidi Toka.1.25 MB (download)

L’intensité du chant est maximale avant le lever du soleil et diminue progressivement au fur et à mesure que la matinée avance. Les oiseaux qui participent au chant tentent tous de se démarquer, et non de se fondre dans la masse. Cela signifie qu’ils chantent à des moments ou à des fréquences spécifiques. Si chaque espèce a un créneau différent, elle a plus de chances de ne pas se retrouver en compétition pour ce « temps d’antenne ».

Pour l’oreille humaine, ce chœur matinal peut sembler un peu chaotique. Mais pour les vrais destinataires (les femelles), c’est un moment crucial : elles y repèrent le partenaire qui leur convient, au milieu de tous ces chanteurs mâles.

Que cherchiez-vous exactement à découvrir ?

Nous voulions voir comment des facteurs tels que la température, l’humidité, le vent, la pluie et la lune affectent le chant des oiseaux à l’aube dans une zone humide de haute montagne.

Ces informations aident les scientifiques à surveiller de plus près la faune des montagnes et à adapter les efforts de conservation au fur et à mesure que le climat change. Ces zones humides sont comme des systèmes d’alerte précoce. Des études montrent que le réchauffement climatique les fait déjà rétrécir. Ce qui risque de faire disparaître localement ces nombreuses plantes et animaux.

Pour comprendre comment les conditions météorologiques (froid, vent, humidité ou pluie) affectent le chant des oiseaux à l’aube, nous nous sommes concentrés sur des espèces étroitement apparentées. Si nous avions comparé des oiseaux très différents, tout changement dans leur chant aurait probablement été dû à leurs différences physiques, et non aux conditions météorologiques elles-mêmes.

Nous avons utilisé des enregistreurs audio spéciaux capables de capter les chants d’oiseaux sur de longues distances et pendant de longues périodes sans que nous soyons présents. Ces enregistreurs ont capté tous les chants du début à la fin du concert matinal.

Pour trouver les chants des oiseaux que nous étudiions, nous avons utilisé un programme informatique appelé Kaleidoscope Pro, qui permet de distinguer les cris d’oiseaux spécifiques parmi une vaste panoplie de sons.

Nous avons suivi le chant de chaque oiseau pour voir quand il commençait à chanter et à quelle fréquence il chantait chaque jour. Parallèlement, nous avons enregistré les données météorologiques quotidiennes (température, humidité, vent et pluie) provenant d’une station météorologique voisine. Nous avons aussi obtenu des informations sur les phases lunaires à partir de données en ligne.

Nous avons ensuite utilisé une approche mathématique pour déterminer comment la météo influençait le moment où nos oiseaux commençaient à chanter chaque matin, un peu comme pour comprendre ce qui pousse le coq à chanter au lever du soleil.

Quelles ont été vos conclusions ?

Notre étude a révélé que les trois espèces de fauvettes commençaient à chanter plus tôt les jours plus chauds et plus tard les jours plus froids. Ce qui était prévisible car ces oiseaux sont adaptés à cette région.

Au-delà de la température, nous avons découvert que les facteurs environnementaux influençaient différemment le début quotidien du chant matinal en chœur de l’aube selon les espèces

Humidité : une humidité plus élevée a conduit la fauvette jaune africaine à chanter plus tôt, tandis que la fauvette des marais a commencé à chanter plus tard. Les heures de chant de la fauvette des joncs n’ont pas été affectées par l’humidité.

Vent : la fauvette des marais et la fauvette des roseaux commençaient à chanter plus tôt les jours où il y a du vent. Le vent n’avait aucun effet sur la fauvette jaune d’Afrique.

Pluie : celle-ci retardait le début du chant matinal de la fauvette jaune d’Afrique et de la fauvette des roseaux. Cependant, les jours de pluie, la fauvette des marais se réveillait plus tôt pour chanter.

Lune : après des nuits plus claires, autour de la pleine lune, la fauvette des marais et la fauvette des roseaux commençaient à chanter plus tard le lendemain matin, tandis que la fauvette jaune n’était pas du tout affectée par les phases de la lune.

Pour toutes les espèces, le chant démarre le plus tôt au milieu de la saison de reproduction et le plus tard vers la fin.

Pourquoi cette recherche est-elle importante ?

Cette étude aide les scientifiques à comprendre comment le temps et le clair de lune affectent les oiseaux vivant dans les zones humides de haute montagne. Considérez cela comme une application météo dédiée aux oiseaux : à partir de la température, du vent et du clair de lune, ces modèles peuvent prédire quand les oiseaux chanteront, se reproduiront ou resteront silencieux, aidant ainsi les défenseurs de l’environnement à les protéger plus efficacement.

En savoir plus sur ces trois fauvettes nous permet de mieux comprendre comment les espèces s’adaptent à des environnements difficiles dans un climat en mutation.

Notre étude révèle également comment les conditions météorologiques quotidiennes influencent la faune sauvage. Elle montre que les écosystèmes des zones humides et les oiseaux chanteurs sont très vulnérables aux changements environnementaux, en particulier avec l’augmentation des activités humaines dans les zones protégées telles que le parc national des Golden Gate Highlands.

Nous pensons que cette recherche montre également la valeur des paysages sonores – les sons de la nature – non seulement pour notre plaisir, mais aussi pour comprendre comment l’écosystème fonctionne et peut être préservé.

The Conversation

Mosikidi Toka does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Des écologistes expliquent pourquoi les oiseaux de montagne chantent à l’aube – https://theconversation.com/des-ecologistes-expliquent-pourquoi-les-oiseaux-de-montagne-chantent-a-laube-271544