Quels premiers ministres ont banalisé les idées d’extrême droite ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Tristan Boursier, Docteur en Science politique, Sciences Po ; Université du Québec en Outaouais (UQO)

La normalisation des idées d’extrême droite passe aussi par des partis considérés comme plus modérés. C’est ce que montre une enquête sur les déclarations de politique générale des premiers ministres depuis 1959. L’un des résultats les plus marquants est le rôle des chefs de gouvernements « centristes » (notamment Édouard Philippe, Jean Castex et Gabriel Attal) dans la diffusion des idées d’extrême droite.


« Victoire idéologique » : en janvier 2024, Marine Le Pen n’a pas hésité à qualifier ainsi la loi « Pour contrôler l’immigration, améliorer l’intégration », adoptée par le gouvernement Attal. Une année plus tard, François Bayrou, figure centriste de la majorité, s’inquiétait publiquement d’une « submersion » migratoire. Ces éléments de langage illustrent un phénomène plus large : les idées d’extrême droite, autrefois marginales, semblent avoir trouvé leur place dans les discours et les pratiques de responsables politiques qui ne lui sont pas traditionnellement affiliés.

Comment en est-on arrivé là ? Que révèle cette évolution sur la transformation du débat politique en France ?

Une méthode inédite : l’analyse automatisée des discours de politique générale

Pour répondre à cette question, nous avons analysé l’ensemble des déclarations de politique générale prononcées depuis 1959, soit trente discours au total. Ces textes, souvent longs et programmatiques, constituent un matériau unique : ils condensent les priorités du gouvernement lors de son entrée en fonction et fixent le cap politique devant l’Assemblée nationale. Autrement dit, ils offrent une photographie formelle et régulière de l’idéologie au sommet de l’État.

Afin de mesurer la présence d’idées d’extrême droite, nous avons construit un indicateur, le score idéologique d’extrême droite (Sied). Basé sur sept grandes dimensions que l’ont retrouve dans la plupart des définitions de l’extrême droite – nationalisme, anti-immigration, anti-démocratie, anti-progrès, autoritarisme, traditionalisme et anti-égalitarisme –, il permet de repérer, à l’aide d’outils de traitement automatique du langage, la part de ces idées dans chaque discours.

Des années 1970 à aujourd’hui : une progression continue

Les résultats sont sans équivoque : la part d’idées d’extrême droite dans les déclarations de politique générale progresse de manière continue depuis le milieu des années 1970, selon une dynamique de long terme qui dépasse largement les alternances partisanes (voir graphique). Après des niveaux élevés au début de la Vᵉ République – notamment sous Michel Debré et Georges Pompidou, dans le contexte de la guerre d’indépendance algérienne –, la courbe connaît un net reflux au cours des années 1970.


Fourni par l’auteur

À partir de cette période, la tendance s’inverse durablement. Le score idéologique d’extrême droite augmente progressivement dans les années 1980 et 1990, marque un palier relatif au tournant des années 2000, puis repart nettement à la hausse à partir des années 2010. Les discours les plus récents atteignent ainsi des niveaux comparables à ceux observés dans les moments les plus conflictuels du début des années 1960, mais dans un contexte institutionnel bien plus stable que celui du début du régime.

Notre étude montre que les idées d’extrême droite ne circulent pas seulement dans les partis qui s’en revendiquent. Des premiers ministres de droite, du centre et même de gauche ont, à des degrés divers, repris des expressions ou des cadrages caractéristiques de ce registre idéologique.

Ce phénomène n’a rien d’étonnant. Comme le rappelle le politologue américain Cas Mudde, l’extrême droite ne crée pas ex nihilo : elle radicalise des idées déjà présentes dans la société – l’attachement à la nation, la valorisation de l’ordre ou la méfiance envers l’égalité. La notion de nation en offre un bon exemple : elle peut être comprise de manière ouverte, comme un projet politique commun ou, au contraire, comme une communauté fermée, définie par la naissance ou la supposée appartenance raciale.

En valorisant ces interprétations exclusives, les premiers ministres ont, depuis les années 1970, contribué à estomper la frontière entre discours d’extrême droite et langage institutionnel. Le constat est d’autant plus frappant que les déclarations de politique générale – ces discours solennels où un chef de gouvernement présente son programme devant l’Assemblée nationale – sont réputées consensuelles, destinées à rassembler une majorité. Or, même dans ce cadre codifié, le lexique s’est déplacé : des termes autrefois impensables s’y sont imposés, élargissant peu à peu les limites du dicible.

Comprendre ces résultats avec la métapolitique

Traditionnellement, les chercheurs expliquent la diffusion des thèmes d’extrême droite par la cooptation électorale : des partis reprennent ponctuellement certains éléments du programme de leurs adversaires pour séduire leur électorat. Nicolas Sarkozy, par exemple, avait multiplié les références à l’« identité nationale », en 2007 et en 2012.

Mais nos résultats montrent que cette logique ne suffit pas. Même à des périodes où cette stratégie n’était pas payante électoralement, on observe une hausse du score idéologique d’extrême droite dans les discours de premiers ministres issus du centre ou de la gauche. Autrement dit, la diffusion ne résulte pas seulement d’un calcul stratégique : elle traduit un déplacement durable du langage politique.

C’est ici que le concept de « métapolitique » prend tout son sens.

Cette idée a été développée à l’extrême droite par la Nouvelle Droite, un courant intellectuel né en 1969 autour du think tank Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (Grece) qui avait pour ambition de réhabiliter une pensée réactionnaire voire fasciste à l’échelle européenne, après la Seconde Guerre mondiale. Pour cela, la métapolitique repose sur une idée simple : avant de prendre le pouvoir, il faut transformer la société et, pour cela, il faut réinventer les mots, les symboles et les cadres de pensée qui la structurent.

Autrement dit, il s’agit de façonner le sens commun pour le rendre plus perméable à ses idées plutôt que de convaincre directement sur la base d’un programme politique clairement identifiable. Une stratégie revendiquée par certains membres éminents de l’extrême droite française comme Marion Maréchal.

La notion de « fenêtre d’Overton » peut aider à comprendre un principe sous-jacent à la métapolitique. Une idée auparavant impensable peut devenir politiquement légitime si elle est régulièrement évoquée, débattue ou reformulée dans des termes plus neutres. Chaque fois qu’un responsable politique – même modéré – mobilise une rhétorique sécuritaire, anti-immigration ou anti-égalitaire, il contribue, volontairement ou non, à élargir cette fenêtre : ce qui paraissait extrême hier devient aujourd’hui une opinion ordinaire.

En modifiant les cadres symboliques et les associations de sens, des responsables politiques qui ne sont pas affiliés à l’extrême droite ont contribué – bon gré mal gré – à un processus métapolitique favorable à la diffusion de ses idées. Ce faisant, ils ont contribué à les faire entrer dans le langage du pouvoir, jusqu’à les rendre familières au-delà des acteurs qui s’en revendiquent traditionnellement.

Depuis 2017, la façon dont l’exécutif parle d’immigration, notamment en reprenant, encore plus que ne le fait Marine Le Pen, la métaphore du flux prêt à déborder en est un bon exemple.

Le centre : acteur clef de la diffusion des idées d’extrême droite

L’un des résultats les plus marquants de notre étude est le rôle du centre politique dans la diffusion des idées d’extrême droite. Les premiers ministres qui s’en réclament – et qui se présentent souvent comme des figures de modération – ont paradoxalement contribué à accélérer ce glissement vers l’extrémisme.

Si certains premiers ministres de droite (comme Michel Debré, Jacques Chirac ou Édouard Balladur) atteignent ponctuellement des score idéologique d’extrême droite (Sied) particulièrement élevés, d’autres sont plus bas (Jacques Chaban-Delmas, Maurice Couve de Murville ou Jean-Pierre Raffarin). La droite se caractérise ainsi par une dispersion interne sur le Sied qui laisse entrevoir l’intervention d’autres facteurs contextuels dans la mobilisation des idées d’extrême droite. Par exemple, la nomination de Jacques Chaban-Delmas est marquée par la volonté d’une ouverture aux sociaux-démocrates de Georges Pompidou. Cela se reflète par la très commentée « nouvelle société » dans le discours de Chaban-Delmas qui dénonce un pays de « castes » et des inégalités excessives.


Fourni par l’auteur

À l’inverse, les premiers ministres issus du centre présentent des niveaux de Sied durablement élevés et relativement homogènes, en particulier dans la période récente (Édouard Philippe, Jean Castex et Gabriel Attal). L’écart maximal observé au sein du centre – entre Élisabeth Borne et Jean Castex – ne dépasse pas 3 points sur l’échelle du Sied, alors qu’il dépasse 8 points entre Jacques Chaban-Delmas et Michel Debré, les deux premiers ministres de droite aux scores les plus opposés.

Cette configuration se retrouve dans la distribution des scores : parmi les cinq premiers ministres affichant les Sied les plus élevés, on compte trois personnalités de droite et deux du centre, tandis que les cinq scores les plus faibles regroupent une personnalité de gauche et quatre de droite. Le centre occupe ainsi de manière plus constante le haut du spectre : à l’exception d’Élisabeth Borne, l’ensemble des premiers ministres centristes se situent au-dessus de la médiane, ce qui en fait un vecteur plus régulier de normalisation de ce registre idéologique.

Dans leurs déclarations de politique générale, plusieurs premiers ministres centristes mobilisent un lexique technocratique et sécuritaire convergeant.

Édouard Philippe évoque ainsi la « pression migratoire » et les « tensions » qu’elle ferait peser sur la cohésion nationale, dans une logique de gestion administrative des flux. Jean Castex appelle pour sa part à « rétablir l’autorité de l’État » face à une « coalition d’ennemis de la République » mêlant terrorisme, séparatisme et extrémisme. Gabriel Attal, enfin, recourt à de multiples reprises à la métaphore du « réarmement » – de l’État, de l’école ou des politiques publiques – inscrivant l’action gouvernementale dans un registre martial.

Pris ensemble, ces cadrages contribuent à installer durablement dans le langage du pouvoir des représentations historiquement associées à l’extrême droite, sous des formes euphémisées.


Fourni par l’auteur

Normaliser l’extrême droite en se présentant comme seule voix de la raison

En cherchant à incarner la raison et le compromis, le centre a souvent repris les thèmes de l’extrême droite pour mieux les encadrer ou les « rationaliser ». Mais cette stratégie produit l’effet inverse : elle légitime ces thèmes en les inscrivant dans le langage gouvernemental.

En se définissant comme le pôle de la modération, le centre adopte une posture d’arbitre plutôt que de compétiteur dans le jeu démocratique. Or, tout en jouissant d’une position de force lorsqu’il est au pouvoir, le centre tend à renvoyer dos à dos l’extrême droite et la gauche. C’est une formule doublement gagnante pour l’extrême droite qui se voit normaliser (en devenant un extrême parmi d’autres) tandis que l’un de ses principaux adversaires se trouve diabolisé, la gauche étant désormais présentée comme extrémiste.

Cette dynamique ne se limite pas à des calculs électoraux ponctuels. Elle s’inscrit dans une transformation structurelle. Comme l’expliquent les économistes Julia Cagé et Thomas Piketty, l’expansion du centre, en affaiblissant les partis de gauche et de droite traditionnels, a contribué à polariser le champ politique. En se présentant comme « au-dessus des clivages » tout en mettant en œuvre des politiques largement alignées sur l’agenda de la droite (voire en reprenant certains de ses cadrages) le centre opère un déplacement du référentiel politique. Ce processus contribue à rendre discutables puis acceptables des thèmes et des diagnostics initialement portés par l’extrême droite.

Comme le rappelle l’historien Johann Chapoutot, cette tension entre libéralisme économique et réaction n’est pas nouvelle. Dans son dernier essai, il montre comment les élites libérales de la République de Weimar ont cru pouvoir canaliser les forces autoritaires en les intégrant au jeu institutionnel – avant d’en être les premières victimes. Le parallèle historique souligne la fragilité d’un centre qui, en voulant instrumentaliser l’extrême droite, finit parfois par lui ouvrir la voie.

The Conversation

Tristan Boursier a reçu des financements du Fonds de recherche du Québec (FRQ) et du Centre de recherche interdisciplinaire sur la diversité et la démocratie (CRIDAQ)

Antoine Lemor a reçu des financements du Fonds de recherche du Québec (FRQ).

ref. Quels premiers ministres ont banalisé les idées d’extrême droite ? – https://theconversation.com/quels-premiers-ministres-ont-banalise-les-idees-dextreme-droite-272870

Hausse des taux d’intérêt : comment en tirer parti ?

Source: The Conversation – in French – By Bomikazi Zeka, Associate Professor in Finance, University of Canberra

Lorsque les taux d’intérêt augmentent, la plupart des gens ressentent les effets de cette hausse sur leur budget, car les remboursements de prêts immobiliers, d’achats de voitures ou de prêts personnels s’alourdissent. Cela réduit le budget disponible pour les dépenses quotidiennes et pèse sur le budget familial.

Les ménages à revenus moyens et élevés ont généralement des dettes garanties, comme un bien immobilier, qui contribuent à la constitution d’un patrimoine. Quant aux ménages à faibles revenus, ils s’endettent pour maintenir leur niveau de consommation. Il en résulte que l’impact de la hausse des taux d’intérêt est encore plus important pour les ménages à faibles revenus. Ils peuvent être contraints de réduire leurs dépenses de première nécessité pour honorer le paiement des intérêts. Même les locataires souhaitant devenir propriétaires sont indirectement affectés par la hausse des taux d’intérêt, car les prêts immobiliers deviennent moins abordables.

Les banques gagnent de l’argent en facturant des frais aux consommateurs qui empruntent de l’argent, tout en versant peu d’intérêts à ceux qui détiennent des comptes d’épargne. Et la majeure partie de la dette des ménages est due au secteur bancaire.

Selon la Banque mondiale, la plupart des pays africains se situent dans la tranche de revenus faibles à moyens. Dans bon nombre de ces économies, les consommateurs ont tendance à laisser leur argent sur des comptes courants, car ceux-ci sont pratiques, familiers et faciles d’accès. Bien que le transfert d’argent des comptes courants vers des produits d’épargne puisse offrir un meilleur rendement, la plupart des gens ont tendance à s’en tenir à ce qu’ils connaissent. Et les banques misent justement sur cette « inertie ».

Qu’il s’agisse de rester chez la même banque par habitude ou d’ignorer les nouveaux produits d’investissement, cette inaction est très profitable pour les résultats financiers de la banque.

Mais il est possible de tirer profit de la hausse des taux en transférant les fonds excédentaires vers des produits financiers rémunérés. En voici quelques exemples :

  • les dépôts à terme (un type de compte d’épargne qui vous permet de déposer une somme forfaitaire pour une période déterminée, avec un taux d’intérêt fixe garanti);

  • les comptes d’épargne défiscalisés;

  • les obligations (un prêt que vous accordez à l’État ou à une entreprise, qui vous rapporte des intérêts réguliers pendant une période déterminée et vous permet de récupérer l’intégralité de votre investissement initial à la fin de la période de prêt).

Collectivement, ces types d’investissements sont appelés titres à revenu fixe. Ils génèrent des revenus d’intérêts proportionnels au montant que vous y déposez. Et le capital que vous y placez reste à l’abri des fluctuations du marché.

Si vous retirez des fonds, le montant des intérêts que vous percevez diminuera proportionnellement.

Comme pour toute décision financière, il est important de consulter un conseiller financier professionnel afin de déterminer quel produit correspond le mieux à vos besoins et à votre situation financière.

Ces types d’instruments financiers peuvent vous rapporter des revenus d’intérêts. Ils ne surpasseront toutefois pas les rendements que vous pouvez obtenir avec des titres plus risqués, comme les actions. Mais, ils permettent à votre argent de travailler pour vous, contrairement à l’argent laissé sur un compte courant.

Et un revenu d’intérêts garanti provenant d’un placement à taux fixe est plus attractif qu’un compte courant qui ne rapporte rien.

Tirer le meilleur parti des hausses de taux en trois étapes

Tout d’abord, débarrassez-vous de l’excédent sur votre compte courant.

Il existe une expression courante dans le monde de la finance :

L’argent qui dort ne rapporte rien.

Cela signifie que l’argent qui reste inactif ne fructifie pas. Si vous disposez d’un excédent sur votre compte courant, déterminez le montant que vous pouvez transférer sans difficulté vers un dépôt à terme, un compte d’épargne défiscalisé ou des obligations.

En transférant ces fonds vers un compte rémunéré, vous transformez votre solde inactif en un actif défensif qui fructifie avec le temps, protégeant ainsi votre portefeuille des fluctuations économiques négatives.

Deuxièmement, acceptez de jouer la carte du long terme.

Pour tirer le meilleur parti des placements rémunérés, vous devez engager vos fonds pour une durée d’un an ou plus. Les durées d’investissement plus longues offrent généralement des taux d’intérêt plus élevés, vous récompensant ainsi pour maintenir votre argent investi. L’effet de capitalisation joue aussi en votre faveur : les intérêts gagnés sont ajoutés à votre capital, puis ce nouveau montant produit lui aussi des intérêts.

Ainsi, avec une période d’investissement plus longue, vous ne percevez pas seulement des intérêts sur le capital initial. Vous commencerez également à percevoir des intérêts sur les intérêts. Des durées plus longues peuvent vous protéger contre de futures baisses des taux d’intérêt en vous permettant de bénéficier dès aujourd’hui des rendements les plus élevés.

Troisièmement, ne vous limitez pas aux grandes banques.
Bien qu’il soit facile de suivre vos finances lorsque tous vos fonds sont chez la même banque, pensez aux produits d’investissement proposés par des banques alternatives ou plus petites. Les banques alternatives peuvent offrir de meilleurs taux d’intérêt pour attirer davantage de clients. Lorsque davantage de consommateurs s’intéressent à différentes options, cela incite les « grandes banques » à être plus compétitives en matière de taux et d’offres de produits.

En agissant et en transférant votre argent, vous ne faites pas que soulager votre portefeuille, vous obligez également le secteur bancaire à se montrer plus compétitif.

Lorsque les banques centrales relèvent leurs taux d’intérêt, les détenteurs de dettes en ressentent immédiatement les effets. Mais la hausse des taux crée également une opportunité qui passe souvent inaperçue. Si vous pouvez faire fructifier votre argent dans des placements rémunérés, ces mêmes hausses de taux peuvent commencer à jouer en votre faveur plutôt qu’à votre détriment. Ce qui semble être une mauvaise nouvelle d’un côté peut discrètement devenir une source de revenus passifs de l’autre. Tout dépend simplement de l’endroit où se trouve votre argent.

The Conversation

Bomikazi Zeka does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Hausse des taux d’intérêt : comment en tirer parti ? – https://theconversation.com/hausse-des-taux-dinteret-comment-en-tirer-parti-283607

Les cérémonies de remise des diplômes, dernières victimes de la polarisation politique sur les campus américains

Source: The Conversation – France (in French) – By Austin Sarat, William Nelson Cromwell Professor of Jurisprudence and Political Science, Amherst College

Les universités ont longtemps considéré les cérémonies de remise des diplômes comme un moment de rassemblement au-delà des clivages politiques. Joshua Hoehne/unsplash, CC BY

Entre 2000 et 2024, l’organisation de défense de la liberté d’expression FIRE a recensé 345 tentatives de désinvitation d’orateurs pour des remises de diplômes aux États-Unis. Un phénomène qui illustre la difficulté croissante des universités à concilier diversité des opinions et sensibilité politique des campus.


Aux États-Unis, prononcer un discours de remise des diplômes à l’université était autrefois considéré comme un honneur particulier. Les intervenants se tenaient derrière un pupitre, vêtus de la traditionnelle toge et du mortier universitaires, et adressaient aux diplômés des conseils de vie et des paroles inspirantes au moment où ils s’apprêtaient à entrer dans une nouvelle étape de leur existence.

Aujourd’hui, toutefois, prendre la parole lors d’une cérémonie de remise des diplômes comporte des risques considérables, comme l’a récemment constaté Morton Schapiro, ancien président de l’université Northwestern. Celui-ci devait prononcer le discours de fin d’études du Georgetown University Law Center le 17 mai 2026, mais a annoncé le 6 mai qu’il ne participerait finalement pas à l’événement.

Des étudiants de la faculté de droit de Georgetown avaient protesté contre cette invitation et lancé une pétition pour qu’elle soit annulée, invoquant ce qu’ils décrivaient comme les « opinions controversées, sionistes et nuisibles » de Schapiro. Les étudiants faisaient notamment référence à une tribune dans laquelle Schapiro exprimait son soutien à Israël et au peuple juif quelques jours après les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, qui ont fait 1 200 morts.

Schapiro est loin d’être un cas isolé. Ce n’est pas un hasard si l’organisation de défense de la liberté d’expression FIRE qualifie la période précédant les cérémonies de remise des diplômes universitaires de « saison des désinvitations », ou disinvitation season.

Au cours des deux dernières décennies, de nombreuses universités à travers les États-Unis ont retiré leurs invitations à des personnalités chargées de prononcer les discours de remise des diplômes après que des étudiants ont protesté contre leur venue. Dans d’autres cas, les intervenants eux-mêmes ont renoncé à participer à pareil événement après la mobilisation d’étudiants opposés à leur prise de parole.

En tant que politiste ayant travaillé sur le Premier Amendement de la Constitution américaine et sur la liberté d’expression sur les campus universitaires, je vois dans l’annulation de la venue de Morton Schapiro à Georgetown un exemple d’un phénomène plus large : la difficulté persistante à accepter la confrontation avec des points de vue divergents, même au moment de célébrer l’obtention d’un diplôme.

Certains étudiants ne souhaitent entendre, lors de leur remise de diplôme, que des intervenants partageant leurs convictions. Ils exercent ce que les spécialistes du droit de la liberté d’expression appellent un « veto du chahuteur » (« heckler’s veto »), c’est-à-dire une situation dans laquelle la réaction – ou la réaction anticipée – du public suffit à empêcher une personne de prendre la parole. La liberté d’expression passe alors au second plan, et la cérémonie de remise des diplômes se réduit à un exercice de conformité idéologique.

Cela n’a pas toujours été ainsi

La première cérémonie universitaire de remise des diplômes aux États-Unis a eu lieu en 1642, lorsque le Harvard College a organisé une cérémonie pour honorer ses neuf diplômés. Les étudiants étaient accompagnés de plusieurs des personnalités les plus éminentes de la colonie de la baie du Massachusetts, parmi lesquelles le gouverneur John Winthrop et son adjoint John Endicott, venus assister à l’événement.

Aucun discours de remise des diplômes n’était alors prévu. Au contraire, chaque diplômé prenait lui-même la parole et mettait en démonstration le fruit de son éducation classique en s’exprimant en latin et en anglais.

À partir du milieu du XIXe siècle, les cérémonies universitaires commencèrent à attirer sur les campus des personnalités extérieures reconnues, invitées à prononcer un discours devant les diplômés.

En 1837, par exemple, le poète et essayiste Ralph Waldo Emerson s’adressa aux diplômés de la société Phi Beta Kappa de Harvard University et lança un vibrant appel aux étudiants et intellectuels américains pour qu’ils mettent fin à ce qu’il appelait « notre long apprentissage auprès du savoir d’autres nations ».

En 1881, James A. Garfield devint le premier président américain en exercice à prononcer un discours de remise des diplômes, à l’occasion d’une cérémonie organisée à la United States Naval Academy, à Annapolis, dans le Maryland.

Vingt-quatre ans plus tard, le président Theodore Roosevelt prit la parole lors de la première cérémonie de remise des diplômes de Clark University, à Worcester, dans le Massachusetts. Il déclara alors à son auditoire : « J’ai toujours été profondément convaincu qu’il en va d’une nation comme d’un individu : les plus grands bâtisseurs doivent aussi être de grands rêveurs. »

Depuis lors, d’autres présidents ont utilisé leurs discours de remise des diplômes pour annoncer d’importantes initiatives politiques ou des accords majeurs, notamment en matière de politique étrangère.

En 1963, le président John F. Kennedy annonça aux étudiants diplômés de l’American University que les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union soviétique allaient entamer des négociations visant à interdire les essais nucléaires.

Deux ans plus tard, le président Lyndon B. Johnson profita du discours de remise des diplômes de l’université Howard pour annoncer le lancement d’une vaste initiative destinée à lutter contre les inégalités socio-économiques pénalisant les Afro-Américains.

À l’époque, les interventions de Kennedy, de Johnson ou d’autres personnalités de premier plan invitées à prononcer un discours de remise des diplômes ne suscitaient ni controverse majeure ni mouvement de protestation, contrairement à ce que l’on observe depuis quelques décennies.

L’orateur, un paratonnerre

Mais cette époque est révolue. Les temps ont changé.

Selon les estimations de FIRE, entre 2000 et 2024, on a recensé 345 tentatives de désinvitation d’orateurs pour des remise de diplômes. Nombre des personnalités visées par ces campagnes ont finalement renoncé à participer aux cérémonies.

Des cas de désinvitation d’intervenants se sont produits aussi bien dans de petits établissements privés que dans de grandes universités publiques. Dans bien des cas, l’annulation de l’invitation est précédée de pétitions et de manifestations organisées aussi bien par des militants conservateurs que progressistes.

Par exemple, en 2019, l’ancien sénateur démocrate du Nebraska Bob Kerrey s’est retiré de son rôle d’orateur de remise des diplômes à Creighton University. Cette décision est intervenue après que le Parti républicain du Nebraska eut dénoncé ses votes favorables au droit à l’avortement.

En 2024, Dickinson College a annulé l’invitation adressée à Michael Smerconish pour son discours de remise des diplômes. Cette décision faisait suite à une tribune étudiante rappelant que, vingt ans plus tôt, Smerconish avait déclaré que, « pour assurer la sécurité de l’Amérique, la TSA devrait cibler délibérément les Arabes et les musulmans lors des contrôles, car ils ressemblent aux auteurs des précédents attentats terroristes ».

« Quelqu’un comme Mike Smerconish représente-t-il d’une quelconque manière les réussites et les aspirations des étudiants de Dickinson ? Si Dickinson aime réellement ses étudiants et les valorise, ne devrait-elle pas les honorer avec une personnalité qui reflète cet attachement ? », écrivaient les signataires dans leur tribune. Des manifestations ont suivi, et le président de l’établissement a finalement cédé à la pression.

En 2025, l’écrivain Salman Rushdie a renoncé à prononcer le discours de remise des diplômes du Claremont McKenna College, à Claremont, en California, après que des membres de la Muslim Student Association ont demandé à l’université de retirer son invitation. Ils reprochaient à Rushdie, qui se définit lui-même comme un « athée intransigeant », de « dénigrer une communauté religieuse mondiale » dans ses écrits et ses prises de parole publiques.

Lors d’un discours de remise des diplômes prononcé en 2015 à l’Emory University, il avait notamment déclaré : « J’ai parfois l’impression que nous vivons à une époque d’une grande crédulité. Les gens semblent prêts à croire à peu près n’importe quoi. Dieu, par exemple. »

Ces dernières années, la guerre entre Israël et le Hamas dans la bande de Gaza a en effet alimenté de nombreuses controverses autour des cérémonies de remise des diplômes et conduit à plusieurs annulations d’invitations, en raison des positions prises par certains intervenants sur le conflit.

Dans le même temps, plusieurs orateurs ont prononcé des discours jugés controversés, voire offensants, par certains diplômés et observateurs extérieurs. En 2024, par exemple, Harrison Butker, joueur des Kansas City Chiefs, est intervenu lors de la cérémonie de remise des diplômes du Benedictine College et a encouragé les femmes à devenir femmes au foyer.

Les cérémonies de remise des diplômes et la liberté d’expression

Ce qui nous ramène à Morton Schapiro.

« J’ai présidé 28 cérémonies de remise des diplômes en tant que président d’université et doyen », a écrit Schapiro dans un message adressé aux étudiants de la faculté de droit de Georgetown. « Je considère que ces cérémonies sont avant tout destinées à célébrer les diplômés et ceux qui les ont soutenus. Je me réjouissais à l’idée de prononcer un discours sur l’humilité et la gratitude, mais je ne souhaite pas que ma présence détourne l’attention de cette journée de fête. »

L’humilité et la gratitude font souvent défaut durant cette « saison des désinvitations ». En 2017, Drew Gilpin Faust, alors présidente de l’Harvard University, semblait avoir conscience de ce manque lorsqu’elle a adressé un message en faveur de la liberté d’expression aux diplômés lors de son discours de remise des diplômes.

« Faire taire des idées ou se complaire dans une orthodoxie intellectuelle indépendante des faits et des preuves entrave notre accès à des idées nouvelles et meilleures, et nous empêche de rejeter pleinement et lucidement les mauvaises », avait-elle averti.

La saison des remises de diplômes met précisément cette mise en garde à l’épreuve. Comme le soulignait Faust : « Les universités doivent incarner l’idée que la vérité ne peut pas être simplement proclamée, mais qu’elle doit être établie — par l’argumentation raisonnée, l’examen critique et parfois même par des remises en question inconfortables qui constituent le fondement même de la recherche de la vérité. »

The Conversation

Austin Sarat ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les cérémonies de remise des diplômes, dernières victimes de la polarisation politique sur les campus américains – https://theconversation.com/les-ceremonies-de-remise-des-diplomes-dernieres-victimes-de-la-polarisation-politique-sur-les-campus-americains-283911

Los números de la gira de Bad Bunny marean, pero no son los únicos

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Cristina Pérez-Ordóñez, Profesora e investigadora, Universidad de Málaga

Bad Bunny en Barcelona dentro de su gira _DeBÍ TiRAR MáS FOTos Tour_. RTVE

El 4 de mayo de 2025 comenzaron a publicarse fotografías de las sillas que aparecen en la portada del último trabajo de Bad Bunny, DeBÍ TiRAR MáS FOTos, colocadas en el exterior de estadios de diferentes ciudades. El movimiento provocó rumores de gira y, efectivamente, un día más tarde se anunciaron todas las citas que llevarían al cantante por 22 ciudades de Latinoamérica, Europa, Asia y Oceanía.

En total, desde el 21 de noviembre de 2025 hasta el 22 de julio de 2026, Bad Bunny ofrecerá 56 recitales y se convertirá en el artista latino que más récords ha alcanzado alrededor del planeta. De hecho, ha superado las cifras de venta de entradas del Eras Tour de Taylor Swift en países como España. No es de extrañar. Las más de 600 000 entradas que se pusieron a la venta para los 12 conciertos de Madrid y Barcelona se agotaron en poco más de 24 horas.

Cartel anunciando las fechas de la gira Debí tirar más fotos de Bad Bunny.
Cartel anunciando las fechas de la gira DeBÍ TiRAR MáS FOToS de Bad Bunny.
Bad Bunny

Sin embargo, no ha sido el único hito cosechado por el artista puertorriqueño con esta gira.

En sus tres primeros destinos, el DeBÍ TiRAR MáS FOToS Tour atrajo a casi 700 000 asistentes y recaudó más de 100 millones de dólares. Al final de la gira habrá vendido casi 3 millones de entradas, siendo Madrid la ciudad que más conciertos habrá acogido, con un total de 10 citas.

Eso, por supuesto, con permiso de San Juan de Puerto Rico. Antes de comenzar la gira, celebró en su isla una residencia artística: 30 conciertos en el Coliseo José Miguel Agrelot. En total, del 11 de julio al 14 de septiembre de 2025, la serie de recitales No Me Quiero Ir De Aquí atrajo a más de 400 000 personas, tanto locales (a quienes iban destinados los conciertos de julio) como extranjeros (que pudieron asistir a los de agosto y septiembre).

Bad Bunny no deja de generar números pocas veces vistos. Todo hace indicar que el DTMF Tour está llamado a convertirse en uno de los más importantes de la historia de la música.

Giras con récord Guinness

Esta es solo la última de una lista de giras que, a lo largo de los años, han ido cosechando éxitos y que han entrado en el Guinness de los récords por la cifra de asistentes, recaudación o duración.

Music of the Spheres World Tour, de Coldplay, hizo que la banda británica viajase por los cinco continentes durante tres años y medio. Con más de 13 millones de espectadores, ha sido la gira que más personas ha atraído de la historia. Además, el grupo liderado por Chris Martin también ostenta el récord de haber actuado, en el siglo XXI, ante el mayor número de gente en un fin de semana, congregando a más de 223 000 asistentes en dos conciertos de enero de 2025 en el Narendra Modi Stadium de Ahmedabad, en India

Concierto de Coldplay en el estadio del River Plate en Buenos Aires (Argentina).

Los británicos desbancaron a la norteamericana Taylor Swift, quien hasta ese momento ostentaba el récord de la gira con más asistentes. No obstante, su The Eras Tour sigue siendo la que más ha recaudado en la historia. En concreto, la artista nacida en Pensilvania (EE. UU.) obtuvo más de 2 000 millones de dólares en venta de entradas para asistir a alguno de los 169 conciertos celebrados en 51 estadios de 19 países entre el 17 de marzo de 2023 y el 8 de diciembre de 2024.

Coldplay está justo detrás, con 1 150 millones de dólares, seguidos de U2, con su 360º Tour desarrollado entre 2009 y 2011, que recaudó en sus 110 conciertos más de 1 000 millones de dólares.

Por su parte, el grupo liderado por Jared Leto, Thirty Seconds to Mars, es responsable de la gira más larga de la historia. En concreto, la banda estadounidense dio 309 conciertos entre el 11 de noviembre de 2009 y el 7 de diciembre de 2011, con motivo de la promoción de su álbum This is War.

La locura por el directo en España

El éxito del directo que se vive desde hace unos años encuentra en España uno de sus máximos exponentes, empujado sobre todo por el peso de los festivales de música.

En concreto, en nuestro país se celebran más de 900 festivales, según la Asociación de Promotores Musicales (APM), quien señala que estos “se consolidan como un motor económico estratégico y un fenómeno turístico de impacto global para España”. Además, cada año los conciertos recaudan más dinero en asistencias. De hecho, en 2025 se facturaron solo en venta de entradas 807,2 millones de euros, lo que supone un 11,24 % más que en 2024.

Joaquín Sabina fue el artista nacional que más asistentes congregó en 2025. Lo hizo en su gira de despedida, con casi 384 000 espectadores en 41 conciertos. Le siguieron Manuel Carrasco y Antonio Orozco. Ese mismo año, Ed Sheeran fue el cantante internacional más multitudinario, con 137 884 asistentes, seguido de los grupos Imagine Dragons y AC/DC, con 112 419 y 103 946 respectivamente. Hay que tener en cuenta, a la hora de estudiar las cifras, que normalmente los visitantes internacionales no hacen tantas fechas ni localizaciones como los locales, por lo que es normal que sus cifras sean más bajas.

Por supuesto, Bad Bunny viene a destrozar estos números.

Más allá de los datos

Sin embargo, las giras que han sido consideradas las mejores de la historia por los medios especializados son otras. En 2017, la revista Rolling Stone ofreció una lista de los 50 mejores tours de los 50 últimos años hasta ese momento.

Un hombre con una guitarra y el pelo en alto habla ante un micrófono.
David Bowie en el Santa Monica Civic Auditorium, dentro de la gira ZIggy Stardust Tour en 1972.
Boris Yaro/ Los Angeles Times Photographic Collection, CC BY

Entre ellos se incluían The Jimi Hendrix Experience Worldwide Tour, Led Zeppelin World Tour, Madonna Blond Ambition Tour, U2 Zoo TV Tour, Taylor Swift ‘1989’ Tour, Beyoncé Formation Tour y, sobre todo, Ziggy Stardust and the Spiders from Mars World Tour y el Purple Rain Tour.

Y decimos “sobre todo” porque esas giras de David Bowie y Prince, respectivamente, se repiten en más de una lista. En muchas otras fuentes se destacan también el 360º Tour de U2; el Dark Side of the Moon Tour de Pink Floyd; el tour conjunto de Red Hot Chili Peppers, Pearl Jam y Nirvana entre 1991 y 1992 y el Bad World Tour (1987–1989) de Michael Jackson (para algunos la mejor gira de la historia).

No sabemos si en el futuro Bad Bunny también pertenecerá a este segundo grupo. No obstante, probablemente se estudie su gira como una buena estrategia de promoción dentro de la industria musical contemporánea. Después de todo, ha conseguido congregar a un gran número de caras conocidas en sus conciertos. Por su “casita” –réplica de la vivienda tradicional de Puerto Rico– han pasado Penélope Cruz, Karol G., Ricky Martin, Javier Bardem, Lionel Messi, Kylian Mbappé, LeBron James, Salma Hayek, Pedro Pascal o Lamine Yamal, entre otros.

Atrayendo a famosos consigue mantener la expectación y, sobre todo, diferenciar una cita de otra y generar titulares por donde quiera que pasa. La pregunta es: ¿quiénes serán los siguientes en aparecer?


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The Conversation

Cristina Pérez-Ordóñez no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Los números de la gira de Bad Bunny marean, pero no son los únicos – https://theconversation.com/los-numeros-de-la-gira-de-bad-bunny-marean-pero-no-son-los-unicos-280601

La remise des diplômes, dernière victime de la polarisation politique sur les campus américains

Source: The Conversation – in French – By Austin Sarat, William Nelson Cromwell Professor of Jurisprudence and Political Science, Amherst College

Les universités ont longtemps considéré les cérémonies de remise des diplômes comme un moment de rassemblement au-delà des clivages politiques. Joshua Hoehne/unsplash, CC BY

Entre 2000 et 2024, l’organisation de défense de la liberté d’expression FIRE a recensé 345 tentatives de désinvitation d’orateurs pour des remise des diplômes aux États-Unis. Un phénomène qui illustre la difficulté croissante des universités à concilier diversité des opinions et sensibilité politique des campus.


Aux États-Unis, prononcer un discours de remise des diplômes à l’université était autrefois considéré comme un honneur particulier. Les intervenants se tenaient derrière un pupitre, vêtus de la traditionnelle toge et du mortier universitaires, et adressaient aux diplômés des conseils de vie et des paroles inspirantes au moment où ils s’apprêtaient à entrer dans une nouvelle étape de leur existence.

Aujourd’hui, toutefois, prendre la parole lors d’une cérémonie de remise des diplômes comporte des risques considérables, comme l’a récemment constaté Morton Schapiro, ancien président de l’université Northwestern. Celui-ci devait prononcer le discours de fin d’études du Georgetown University Law Center le 17 mai 2026, mais a annoncé le 6 mai qu’il ne participerait finalement pas à l’événement.

Des étudiants de la faculté de droit de Georgetown avaient protesté contre cette invitation et lancé une pétition pour qu’elle soit annulée, invoquant ce qu’ils décrivaient comme les « opinions controversées, sionistes et nuisibles » de Schapiro. Les étudiants faisaient notamment référence à une tribune dans laquelle Schapiro exprimait son soutien à Israël et au peuple juif quelques jours après les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, qui ont fait 1 200 morts.

Schapiro est loin d’être un cas isolé. Ce n’est pas un hasard si l’organisation de défense de la liberté d’expression FIRE qualifie la période précédant les cérémonies de remise des diplômes universitaires de « saison des désinvitations », ou disinvitation season.

Au cours des deux dernières décennies, de nombreuses universités à travers les États-Unis ont retiré leurs invitations à des personnalités chargées de prononcer les discours de remise des diplômes après que des étudiants ont protesté contre leur venue. Dans d’autres cas, les intervenants eux-mêmes ont renoncé à participer à pareil événement après la mobilisation d’étudiants opposés à leur prise de parole.

En tant que politiste ayant travaillé sur le Premier Amendement de la Constitution américaine et sur la liberté d’expression sur les campus universitaires, je vois dans l’annulation de la venue de Morton Schapiro à Georgetown un exemple d’un phénomène plus large : la difficulté persistante à accepter la confrontation avec des points de vue divergents, même au moment de célébrer l’obtention d’un diplôme.

Certains étudiants ne souhaitent entendre, lors de leur remise de diplôme, que des intervenants partageant leurs convictions. Ils exercent ce que les spécialistes du droit de la liberté d’expression appellent un « veto du chahuteur » (« heckler’s veto »), c’est-à-dire une situation dans laquelle la réaction – ou la réaction anticipée – du public suffit à empêcher une personne de prendre la parole. La liberté d’expression passe alors au second plan, et la cérémonie de remise des diplômes se réduit à un exercice de conformité idéologique.

Cela n’a pas toujours été ainsi

La première cérémonie universitaire de remise des diplômes aux États-Unis a eu lieu en 1642, lorsque le Harvard College a organisé une cérémonie pour honorer ses neuf diplômés. Les étudiants étaient accompagnés de plusieurs des personnalités les plus éminentes de la colonie de la baie du Massachusetts, parmi lesquelles le gouverneur John Winthrop et son adjoint John Endicott, venus assister à l’événement.

Aucun discours de remise des diplômes n’était alors prévu. Au contraire, chaque diplômé prenait lui-même la parole et mettait en démonstration le fruit de son éducation classique en s’exprimant en latin et en anglais.

À partir du milieu du XIXe siècle, les cérémonies universitaires commencèrent à attirer sur les campus des personnalités extérieures reconnues, invitées à prononcer un discours devant les diplômés.

En 1837, par exemple, le poète et essayiste Ralph Waldo Emerson s’adressa aux diplômés de la société Phi Beta Kappa de Harvard University et lança un vibrant appel aux étudiants et intellectuels américains pour qu’ils mettent fin à ce qu’il appelait « notre long apprentissage auprès du savoir d’autres nations ».

En 1881, James A. Garfield devint le premier président américain en exercice à prononcer un discours de remise des diplômes, à l’occasion d’une cérémonie organisée à la United States Naval Academy, à Annapolis, dans le Maryland.

Vingt-quatre ans plus tard, le président Theodore Roosevelt prit la parole lors de la première cérémonie de remise des diplômes de Clark University, à Worcester, dans le Massachusetts. Il déclara alors à son auditoire : « J’ai toujours été profondément convaincu qu’il en va d’une nation comme d’un individu : les plus grands bâtisseurs doivent aussi être de grands rêveurs. »

Depuis lors, d’autres présidents ont utilisé leurs discours de remise des diplômes pour annoncer d’importantes initiatives politiques ou des accords majeurs, notamment en matière de politique étrangère.

En 1963, le président John F. Kennedy annonça aux étudiants diplômés de l’American University que les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union soviétique allaient entamer des négociations visant à interdire les essais nucléaires.

Deux ans plus tard, le président Lyndon B. Johnson profita du discours de remise des diplômes de l’université Howard pour annoncer le lancement d’une vaste initiative destinée à lutter contre les inégalités socio-économiques pénalisant les Afro-Américains.

À l’époque, les interventions de Kennedy, de Johnson ou d’autres personnalités de premier plan invitées à prononcer un discours de remise des diplômes ne suscitaient ni controverse majeure ni mouvement de protestation, contrairement à ce que l’on observe depuis quelques décennies.

L’orateur, un paratonnerre

Mais cette époque est révolue. Les temps ont changé.

Selon les estimations de FIRE, entre 2000 et 2024, on a recensé 345 tentatives de désinvitation d’orateurs pour des remise de diplômes. Nombre des personnalités visées par ces campagnes ont finalement renoncé à participer aux cérémonies.

Des cas de désinvitation d’intervenants se sont produits aussi bien dans de petits établissements privés que dans de grandes universités publiques. Dans bien des cas, l’annulation de l’invitation est précédée de pétitions et de manifestations organisées aussi bien par des militants conservateurs que progressistes.

Par exemple, en 2019, l’ancien sénateur démocrate du Nebraska Bob Kerrey s’est retiré de son rôle d’orateur de remise des diplômes à l’Creighton University. Cette décision est intervenue après que le Parti républicain du Nebraska eut dénoncé ses votes favorables au droit à l’avortement.

En 2024, Dickinson College a annulé l’invitation adressée à Michael Smerconish pour son discours de remise des diplômes. Cette décision faisait suite à une tribune étudiante rappelant que, vingt ans plus tôt, Smerconish avait déclaré que, « pour assurer la sécurité de l’Amérique, la TSA devrait cibler délibérément les Arabes et les musulmans lors des contrôles, car ils ressemblent aux auteurs des précédents attentats terroristes ».

« Quelqu’un comme Mike Smerconish représente-t-il d’une quelconque manière les réussites et les aspirations des étudiants de Dickinson ? Si Dickinson aime réellement ses étudiants et les valorise, ne devrait-elle pas les honorer avec une personnalité qui reflète cet attachement ? », écrivaient les signataires dans leur tribune. Des manifestations ont suivi, et le président de l’établissement a finalement cédé à la pression.

En 2025, l’écrivain Salman Rushdie a renoncé à prononcer le discours de remise des diplômes du Claremont McKenna College, à Claremont, en California, après que des membres de la Muslim Student Association ont demandé à l’université de retirer son invitation. Ils reprochaient à Rushdie, qui se définit lui-même comme un « athée intransigeant », de « dénigrer une communauté religieuse mondiale » dans ses écrits et ses prises de parole publiques.

Lors d’un discours de remise des diplômes prononcé en 2015 à l’Emory University, il avait notamment déclaré : « J’ai parfois l’impression que nous vivons à une époque d’une grande crédulité. Les gens semblent prêts à croire à peu près n’importe quoi. Dieu, par exemple. »

Ces dernières années, la guerre entre Israël et le Hamas dans la bande de Gaza a en effet alimenté de nombreuses controverses autour des cérémonies de remise des diplômes et conduit à plusieurs annulations d’invitations, en raison des positions prises par certains intervenants sur le conflit.

Dans le même temps, plusieurs orateurs ont prononcé des discours jugés controversés, voire offensants, par certains diplômés et observateurs extérieurs. En 2024, par exemple, Harrison Butker, joueur des Kansas City Chiefs, est intervenu lors de la cérémonie de remise des diplômes du Benedictine College et a encouragé les femmes à devenir femmes au foyer.

Les cérémonies de remise des diplômes et la liberté d’expression

Ce qui nous ramène à Morton Schapiro.

« J’ai présidé 28 cérémonies de remise des diplômes en tant que président d’université et doyen », a écrit Schapiro dans un message adressé aux étudiants de la faculté de droit de Georgetown. « Je considère que ces cérémonies sont avant tout destinées à célébrer les diplômés et ceux qui les ont soutenus. Je me réjouissais à l’idée de prononcer un discours sur l’humilité et la gratitude, mais je ne souhaite pas que ma présence détourne l’attention de cette journée de fête. »

L’humilité et la gratitude font souvent défaut durant cette « saison des désinvitations ». En 2017, Drew Gilpin Faust, alors présidente de l’Harvard University, semblait avoir conscience de ce manque lorsqu’elle a adressé un message en faveur de la liberté d’expression aux diplômés lors de son discours de remise des diplômes.

« Faire taire des idées ou se complaire dans une orthodoxie intellectuelle indépendante des faits et des preuves entrave notre accès à des idées nouvelles et meilleures, et nous empêche de rejeter pleinement et lucidement les mauvaises », avait-elle averti.

La saison des remises de diplômes met précisément cette mise en garde à l’épreuve. Comme le soulignait Faust : « Les universités doivent incarner l’idée que la vérité ne peut pas être simplement proclamée, mais qu’elle doit être établie — par l’argumentation raisonnée, l’examen critique et parfois même par des remises en question inconfortables qui constituent le fondement même de la recherche de la vérité. »

The Conversation

Austin Sarat ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La remise des diplômes, dernière victime de la polarisation politique sur les campus américains – https://theconversation.com/la-remise-des-diplomes-derniere-victime-de-la-polarisation-politique-sur-les-campus-americains-283911

À force d’utiliser l’IA, les journalistes risquent-ils d’appauvrir la langue ?

Source: The Conversation – France in French (2) – By Xosé López-García, Periodismo digital, comunicación digital, Universidade de Santiago de Compostela

Que perd-on lorsque l’écriture journalistique est de plus en plus confiée aux machines ? Selon plusieurs travaux récents, le risque n’est pas seulement informationnel : il concerne aussi la capacité de la presse à renouveler la langue. Markus Winkler / Unsplash, CC BY

Historiquement, le journalisme a contribué à diffuser de nouveaux mots et à nommer les transformations du monde. Si les textes générés par l’IA deviennent dominants, cette dynamique d’innovation linguistique pourrait s’affaiblir.


Que devient le langage public lorsqu’une part croissante des textes qui circulent dans la presse, sur Internet et sur les réseaux sociaux commence à être rédigée par des machines ? La question ne concerne pas seulement le journalisme en tant qu’activité professionnelle. Elle peut aussi affecter la richesse de la langue que nous utilisons pour comprendre, décrire et débattre du réel.

Historiquement, la presse a été l’un des espaces où la langue commune s’est développée et enrichie. Elle n’est évidemment pas le seul moteur du changement linguistique, mais elle constitue l’un des lieux où les sociétés mettent en circulation de nouveaux mots, de nouvelles tournures et de nouvelles façons de nommer des phénomènes émergents. Plusieurs travaux sur le langage journalistique et les néologismes montrent d’ailleurs que les journaux ont longtemps joué un rôle essentiel dans la création et la diffusion de vocabulaire nouveau, en particulier lorsqu’il s’agissait de rendre compte d’événements, de technologies ou de transformations sociales auprès d’un large public.

Ce rôle pourrait s’affaiblir si une part importante de l’écriture journalistique était déléguée à des systèmes d’IA générative. Les grands modèles de langage reposent, de manière générale, sur la prédiction du mot – ou plus précisément du « token » – le plus probable au sein d’une séquence. Ils produisent ainsi des textes fluides et plausibles, mais tendent également à privilégier les régularités statistiques, les formulations les plus fréquentes et les tournures déjà stabilisées.

Cela ne signifie pas, en soi, que le langage se dégrade automatiquement. Le problème apparaît lorsque cette logique devient dominante dans la production des textes qui alimentent l’espace public.

Quand les IA s’entraînent sur des textes produits par d’autres IA

Le risque devient plus sérieux lorsque ces systèmes commencent à être entraînés à partir de textes produits par d’autres IA. C’est ce que plusieurs travaux récents décrivent sous le nom de model collapse, ou « effondrement du modèle » : un processus de dégénérescence dans lequel les données générées par un modèle finissent par contaminer l’entraînement des générations suivantes.

Appliqué au langage, cela signifie que si les systèmes apprennent de plus en plus à partir de textes synthétiques, et si ces textes en viennent à saturer le Web et l’espace public, le réservoir linguistique disponible pour les futurs entraînements se rétrécit. Plus il y a de textes artificiels, moins les modèles sont exposés à la diversité réelle des usages humains de la langue. À terme, cela peut entraîner un appauvrissement du langage dans différents domaines.

Reproduction et amplification des biais

Tout d’abord, lorsque la diversité des données diminue et que les modèles s’appuient principalement sur des schémas déjà établis, les biais présents dans les données d’entraînement risquent d’être renforcés plutôt que corrigés. La littérature récente sur l’évolution des modèles de langage met précisément en garde contre le fait que les processus récursifs peuvent amplifier des préjugés existants au lieu de diversifier les points de vue.

Par ailleurs, l’écriture tend à se ressembler de plus en plus à elle-même : les mêmes structures syntaxiques, les mêmes tonalités intermédiaires, les mêmes formulations et les mêmes façons d’organiser les paragraphes reviennent sans cesse. Cette évolution est particulièrement importante pour le journalisme, car la presse ne se contente pas de transmettre des informations : elle fait le lien entre des savoirs spécialisés et un large public, hiérarchise les enjeux, traduit des vocabulaires techniques et expérimente de nouvelles formulations. Lorsque la langue de l’espace public devient trop uniforme, sa capacité à s’adapter finement à la nouveauté s’affaiblit.

Une érosion de l’innovation linguistique

Dans ce contexte, les mots rares ou spécialisés, les constructions moins fréquentes ainsi que certains nuances pragmatiques — comme l’ironie, l’ambiguïté ou certaines variations du point de vue — tendent à reculer. L’augmentation de la proportion de textes synthétiques dans les données d’entraînement est associée à une dégradation des performances et à une représentation plus pauvre de la diversité du langage humain. En termes simples, le système préserve mieux le centre que les marges.

Or, nombre d’innovations linguistiques naissent précisément dans ces marges : sous la forme d’usages instables, de détournements ponctuels ou de solutions locales inventées pour nommer une réalité nouvelle. Si le système privilégie systématiquement les formulations les plus probables, ces formes émergentes disposent de moins d’espace pour circuler et s’imposer.

Il ne faut pas comprendre cet enjeu comme une opposition abstraite entre « l’humain » et « la machine », mais plutôt comme la différence entre une langue nourrie par les contingences de la vie sociale et une prose produite à partir de régularités déjà apprises.

Un appauvrissement de l’écosystème linguistique

L’enjeu ne se limite pas à une diminution du nombre de mots différents. Il concerne aussi la capacité à établir des distinctions fines. Lorsque le langage devient plus vague, plus répétitif ou plus prévisible, les outils dont dispose une société pour décrire les problèmes, nuancer les positions et débattre dans l’espace public s’appauvrissent eux aussi.

À une échelle plus large, la question n’est donc plus seulement de savoir ce qui arrive à un modèle d’IA, mais ce qui arrive à l’écosystème linguistique public dans son ensemble. Si le Web se remplit de textes synthétiques, lecteurs, journalistes et institutions seront progressivement exposés à une langue publique moins diverse. Certains travaux récents vont jusqu’à évoquer une forme de « contamination » de l’écosystème numérique par les données synthétiques et montrent que la manière dont se combinent données réelles et artificielles est déterminante pour éviter des dégradations plus importantes.

Un scénario inéluctable ?

Il convient toutefois de ne pas exagérer le risque. Les travaux de recherche ne concluent pas que tout usage de l’IA entraîne inévitablement un effondrement ou une dégradation. Certaines études montrent que lorsque les données synthétiques sont mélangées à des données réelles, plutôt que de les remplacer entièrement, les mécanismes de dégradation ne se manifestent pas de la même manière et les erreurs peuvent rester limitées. Autrement dit, le problème ne réside pas dans un usage ponctuel de l’IA ni dans une combinaison prudente de données synthétiques et humaines, mais dans le remplacement massif de l’écriture humaine suivi du recyclage de cette production artificielle comme s’il s’agissait d’un langage vivant.

Avec l’intégration de l’IA dans les routines de production journalistique, le journalisme gagne en efficacité. Mais que perd une société lorsque la langue qui circule dans l’espace public devient plus uniforme, plus prévisible et moins ouverte à la nouveauté ? Si la presse renonce, même partiellement, à sa fonction d’écriture, de traduction, de nomination et d’expérimentation linguistique, ce ne sont pas seulement les pratiques professionnelles qui se transforment. C’est aussi l’un des principaux espaces où la langue commune a historiquement pu s’enrichir, se renouveler et élargir son champ des possibles qui s’en trouve affaibli.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. À force d’utiliser l’IA, les journalistes risquent-ils d’appauvrir la langue ? – https://theconversation.com/a-force-dutiliser-lia-les-journalistes-risquent-ils-dappauvrir-la-langue-283938

Lorsque votre confident est une chatbot IA, votre santé mentale peut être à risque

Source: The Conversation – in French – By Alexandre Hudon, Medical psychiatrist, clinician-researcher and clinical assistant professor in the department of psychiatry and addictology, Université de Montréal

Plus de 987 millions de personnes dans le monde utilisent désormais des chatbots basés sur l’IA générative. Parmi les adolescents américains, cette proportion atteindrait 64 %, selon des estimations récentes. De plus en plus, les gens utilisent ces chatbots comme source de conseils, de soutien émotionnel, de thérapie et de compagnie.


Que se passe-t-il lorsque des personnes comptent sur des chatbots IA dans des moments de vulnérabilité psychologique ? Les médias se sont récemment penchés sur quelques cas tragiques, dont une poursuite alléguant qu’un chatbot IA aurait contribué à un décès. De plus, un jury de Los Angeles a récemment jugé Meta et YouTube responsables de fonctionnalités de conception addictives ayant entraîné des troubles de santé mentale chez un utilisateur.

La couverture médiatique reflète-t-elle les risques réels de l’IA générative pour notre santé mentale ?

Notre équipe a récemment mené une étude sur la manière dont les médias internationaux traitent l’impact des chatbots basés sur l’IA générative sur la santé mentale. Nous avons analysé 71 articles de presse décrivant 36 cas de crises de santé mentale associées à des conséquences graves, notamment le suicide, l’hospitalisation psychiatrique et des expériences de type psychotique.

Nous avons constaté que la couverture des grands médias sur les effets psychiatriques néfastes liés à l’IA générative se concentre sur les conséquences les plus graves, en particulier le suicide et l’hospitalisation. Les articles attribuent fréquemment ces événements aux réponses ou aux interactions des systèmes d’IA, malgré des preuves limitées.

Illusions de compassion

L’IA générative n’est pas simplement un outil numérique de plus. Contrairement aux moteurs de recherche ou aux applications statiques, des chatbots comme ChatGPT, Gemini, Claude, Grok ou Perplexity produisent des conversations fluides et personnalisées qui peuvent sembler remarquablement humaines.

Cela crée ce que les chercheurs appellent des « illusions de compassion » : l’impression d’interagir avec une entité capable de comprendre, d’éprouver de l’empathie et de répondre de façon significative.

Dans le domaine de la santé mentale, ces illusions ne sont pas sans conséquences. D’autant plus qu’une nouvelle vague d’applications conçues autour de la compagnie émotionnelle gagne en popularité, avec un accent explicite mis sur les relations affectives, comme Character.AI, Replika et d’autres.

Dans ce documentaire de la BBC, la présentatrice et mathématicienne Hannah Fry s’entretient avec Jacob au sujet de sa « petite amie » Aiva, un chatbot Replika.

Des études montrent que l’IA générative peut simuler l’empathie et répondre à des situations de détresse. Mais elle ne possède ni véritable jugement clinique, ni responsabilité, ni devoir de diligence.

Dans certains cas, les chatbots IA peuvent même fournir des réponses incohérentes ou inappropriées face à des situations à haut risque, comme des idées suicidaires.

C’est précisément dans cet écart — entre empathie perçue et capacités réelles — que le risque peut émerger.




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Ce que rapportent les médias

Parmi les articles que nous avons analysés, le suicide était l’issue la plus fréquemment rapportée. Il représentait plus de la moitié des cas dont la gravité était clairement décrite.

L’hospitalisation psychiatrique arrivait au deuxième rang. Les reportages impliquant des mineurs étaient aussi plus susceptibles de faire état d’issues mortelles.

Mais ces chiffres ne reflètent pas nécessairement l’incidence réelle des préjudices liés à l’IA. Ils reflètent surtout ce qui est jugé digne d’intérêt médiatique. En général, la couverture médiatique d’événements stressants tend à amplifier les cas graves et émotionnellement chargés, puisque les informations négatives et incertaines attirent davantage l’attention, suscitent des réactions émotionnelles plus fortes et alimentent des cycles de vigilance et d’exposition répétée. Cela peut ensuite renforcer les perceptions de menace et de détresse.

Dans les contenus liés à l’IA, les reportages s’appuient souvent sur des preuves partielles — comme des transcriptions de conversations — tout en incluant rarement des dossiers médicaux ou des documents officiels. Dans notre corpus, un seul cas faisait référence à des dossiers cliniques ou policiers.

Il en résulte une image à la fois incomplète et influente, qui façonne la perception du public, les préoccupations cliniques et les débats réglementaires.

Au-delà du « c’est l’IA qui en est la cause »

L’une de nos principales conclusions concerne la manière dont la causalité est présentée. Dans de nombreux articles analysés, les systèmes d’IA étaient décrits comme ayant « contribué à » ou même « causé » une détérioration de l’état psychiatrique d’une personne.

Or, les preuves avancées étaient souvent limitées. Les explications alternatives — comme une maladie mentale préexistante, la consommation de substances ou des facteurs de stress psychosociaux — étaient mentionnées de façon inégale, voire absentes.

En psychiatrie, la causalité est rarement simple. Les crises de santé mentale résultent généralement de plusieurs facteurs qui interagissent entre eux. L’IA peut jouer un rôle, mais celui-ci s’inscrit probablement dans un contexte plus large mêlant vulnérabilités individuelles et environnement social.

Une approche plus utile consiste donc à examiner les effets d’interaction : comment ces technologies influencent-elles la cognition et les émotions humaines ? Par exemple, l’IA conversationnelle peut renforcer certaines croyances, survalider certains propos ou brouiller les frontières entre réalité et simulation.




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Le problème de la dépendance excessive

Un autre élément récurrent dans les reportages médiatiques est l’intensité de l’usage. Plusieurs des cas analysés décrivaient des interactions longues et émotionnellement significatives avec des chatbots — parfois présentés comme des compagnons, voire des partenaires amoureux.

Cela soulève la question de la dépendance excessive.

Parce qu’ils sont constamment disponibles, réactifs et exempts de jugement, ces systèmes peuvent devenir une source principale de soutien émotionnel. Mais contrairement à un professionnel qualifié ou même à un proche attentif, ils ne peuvent pas reconnaître quand l’état d’une personne s’aggrave, mettre en pause ou réorienter des interactions nuisibles. Ils ne peuvent pas prendre de mesures pour s’assurer qu’une personne accède à des soins appropriés en cas de crise.

Sur le plan clinique, cela pourrait mener à une forme de substitution malsaine des mécanismes d’adaptation : des systèmes de soutien humains complexes remplacés par une interaction simplifiée et algorithmique.

Manque de données fiables

Malgré des inquiétudes croissantes, nous n’en sommes encore qu’aux débuts de la compréhension de l’impact des chatbots génératifs sur la santé mentale.

À l’heure actuelle, il n’existe aucune estimation fiable de la fréquence des préjudices liés à l’IA ni de leur éventuelle augmentation. Nous manquons aussi de données solides sur le nombre de personnes qui utilisent ces outils sans problème par rapport à celles qui vivent des expériences négatives. La majorité des éléments disponibles proviennent encore de rapports de cas ou de récits médiatiques, et non d’études cliniques systématiques.

Cette situation n’a rien d’inhabituel. Dans plusieurs domaines de la médecine, les premiers signaux d’alerte émergent souvent en dehors de la recherche formelle — à travers des rapports de cas, des poursuites judiciaires ou le débat public — avant d’être étudiés de manière rigoureuse.

Un exemple classique est la tragédie de la thalidomide : les premiers signalements de malformations congénitales chez des nourrissons ont précédé la confirmation épidémiologique formelle et ont finalement mené à la création des systèmes modernes de pharmacovigilance.

L’IA et la santé mentale pourraient suivre une trajectoire semblable

Aller de l’avant de manière responsable

Le défi n’est pas de céder à la panique, mais de réagir avec prudence et nuance.

Nous avons besoin de meilleures données : une surveillance plus systématique des événements indésirables, des normes de signalement plus claires et davantage de recherches permettant de distinguer corrélation et causalité. Les mécanismes de protection — comme la détection des crises, les protocoles d’intervention ou la transparence quant aux limites de ces outils — devront aussi être renforcés et évalués.

Les cliniciens comme le grand public auront également besoin de balises plus claires. Les patients utilisent déjà ces outils. Ignorer cette réalité risque d’accentuer le décalage entre la pratique clinique et l’expérience vécue.

Enfin, il faut reconnaître que l’IA générative n’est pas seulement une innovation technologique — c’est aussi une innovation psychologique. Elle transforme la manière dont les gens pensent, ressentent et interagissent.

Comprendre cette transformation pourrait devenir l’un des grands défis en santé mentale de la prochaine décennie.

La Conversation Canada

Alexandre Hudon ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Lorsque votre confident est une chatbot IA, votre santé mentale peut être à risque – https://theconversation.com/lorsque-votre-confident-est-une-chatbot-ia-votre-sante-mentale-peut-etre-a-risque-280417

La inteligencia artificial ya tiene su laberinto legal: guía para no perderse entre normas y regulaciones

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Víctor Machado Carvajal, Abogado procesalista | Mediador civil | Doctorando en D° Privado, Universidad de Las Palmas de Gran Canaria


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Estamos en una semana en la que inteligencia artificial (IA) copa los medios de comunicación. El pasado martes 26 de mayo, el Consejo de Ministros aprobó el Proyecto de Ley Orgánica para el buen uso y la gobernanza de la inteligencia artificial. Se trata de la primera norma de ámbito nacional que aspira a regular la IA y que prevé trasladar la reglamentación europea de IA a la legislación española.

Asistimos a un proceso en el que la IA preocupa no solo a los gobiernos de los estados miembros, sino también a los actores internacionales, como la OCDE – que en mayo de 2019 publicó la Declaración de Principios de la IA , que actualizó en 2024– y la ONU –que en septiembre de 2024, publicó el Informe final sobre la gobernanza de la Inteligencia Artificial (IA) en beneficio de la humanidad–.

En esta carrera, la Unión Europea (UE) tampoco se ha quedado cruzada de brazos. En 2024 se promulgó el Reglamento (UE) 2024/1689 del Parlamento Europeo y del Consejo, de 13 de junio de 2024, por el que se establecen normas armonizadas en materia de inteligencia artificial (IA Act), un alambicado reglamento cuya importancia es indiscutible, pero que, en consonancia con el espíritu de la agenda política europea, se complementa con otros cuerpos normativos.

Asimismo, líderes de peso alzan la voz en estos tiempos de cambio, una era de grandes descubrimientos frente a la que podemos permanecer de perfil o, por el contrario, aceptar este nuevo orden y ser permeables a los retos que traerá consigo la IA. Entre ellos el papa León XIV, que en su primera encíclica, Magnifica humanitas, ha dado especial protagonismo a la IA. Su carta invita a reflexionar sobre la importancia de que la tecnología esté al servicio de la dignidad humana gracias, entre otros, al establecimiento de “marcos jurídicos adecuados”.

Alineado con las políticas europeístas, el sumo pontífice apela a la ética, pero también al derecho, para no quedar sumidos en la incierta deriva del control del poder por la élite tecnócrata.

La normativa de la UE

Con el objetivo de establecer un marco jurídico que garantice la seguridad, la transparencia y la responsabilidad en el uso ético de esta tecnología, la regulación de la IA en la UE ha evolucionado significativamente en los últimos años. Como pone en relieve la catedrática de Derecho Civil de la Universidad de Cádiz Zurita Martín, la ingente producción de documentos por parte de la UE a la hora de abordar esta materia hace difícil a cualquiera no perderse entre la maraña que impide abordar unos “desafíos o amenazas de carácter transnacional”.

Por eso es tan importante contar con (al menos) una regulación internacional sobre la IA. Como dice Mustafa Suleyman, solo se puede lograr mediante el juego de “alianzas estratégicas y la cooperación internacional”. El que fuera cofundador de Deep Mind considera que “la ola de tecnología que viene llevará a la historia de la humanidad a un punto de inflexión y, si contenerla es imposible, las consecuencias serán dramáticas y potencialmente nefastas”. El mismo autor apunta que la contención se hace esencial, y, por ello, postula las alianzas y tratados internacionales como uno de los “diez pasos” para frenar la ola. Una regulación que se anticipe a las dificultades que puedan aparecer por el uso de los sistemas de IA no solo es necesaria, sino que se muestra como una “política acertada”.

Poner puertas al campo

Desde hace unos años, estamos siendo testigos de una floreciente producción normativa mundial en materia de derecho, IA e internet de las cosas. Frente al avance imparable de las tecnologías se suscita el dilema de si deben ponerse “puertas al campo”. Corresponde a las instituciones y poderes públicos dotarnos de un marco jurídico ético y confiable con herramientas que aporten certeza, confianza y seguridad jurídica. Además de ofrecer respuestas a los retos y desafíos que plantean los avances tecnológicos garantizando seguridad jurídica, pero sin desincentivar la inversión.

La implantación de la IA en la vida diaria ya se ha producido y su desarrollo tecnológico va a ser cada vez mayor. Por eso, los problemas éticos, jurídicos y sociales que plantea no pueden dejarse para un futuro y hay que encararlos sin demora. Prohibir la IA no es la solución. Ignorarla es aún peor. Lo más conveniente es gobernar su uso con inteligencia humana.

The Conversation

Víctor Machado Carvajal no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

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No todas las semillas tienen acceso por igual a la bóveda de Svalbard

Source: The Conversation – (in Spanish) – By J. Esteban Hernández Bermejo, Profesor Emérito de Ingeniería Forestal, Universidad de Córdoba

En el Banco de Germoplasma de la Universidad de Córdoba se realizan tareas de conservación, mantenimiento y multiplicación de semillas. Banco de Germoplasma de la Universidad de Córdoba.

La idea de generar una reserva mundial de germoplasma vegetal surgió en Noruega en la década de 1980 con experiencias de almacenamiento de semillas en minas abandonadas del archipiélago de Svalbard. A partir de 1990, se iniciaron las conversaciones entre el Gobierno noruego y la FAO para crear un depósito mundial que, como si fuera una caja fuerte, pudiera conservar materiales genéticos de todo el mundo.

Sin embargo, en ausencia de un régimen de administración que asegurara el estatus legal de esa colección, hubo que esperar a la implementación del Tratado Internacional sobre Recursos Genéticos Vegetales de interés para la Alimentación y la Agricultura de la FAO. Finalmente, quedó constituido, en febrero de 2008, el Banco Mundial de Semillas de Svalbard, que recientemente ha recibido el Premio Princesa de Asturias a la Cooperación Internacional 2026.

En el corazón de una montaña helada

Situado en la isla de Spitsbergen,en el archipiélago de Svalbard (Noruega), está excavado en una montaña de arenisca, a unos 1 300 kilómetros del Polo Norte y con 120 metros de recorrido subterráneo, en una zona con actividad sísmica casi nula.

La instalación conserva las colecciones de germoplasma a -18 ºC, temperatura que se consigue gracias al permafrost (capa geológica que permanece congelada) en la que está excavada la galería. El banco tiene espacio para 4,5 millones de muestras, cada una con una media de 500 semillas.

Actualmente, guarda 1,38 millones de muestras pertenecientes a 6 500 taxones (entendemos que la cifra se refiere al nivel de variedades cultivadas, no de especies). Predominan ciertos cultivos “mayores”, como arroz, trigo, maíz, cebada y diversas legumbres, especies todas con semillas de comportamiento ortodoxo, es decir, susceptibles de ser conservadas a largo plazo (decenas de años) en un ambiente seco y frío.

Se guardan en sobres sellados de aluminio con tres capas, introducidos en cajas de plástico. El “búnker” cuenta con puertas blindadas, detectores de movimiento y muros de hormigón armado capaces de resistir el impacto de armas de guerra.

Algunos aspectos mejorables

Como toda loable iniciativa, su aparición produjo inmediatamente cierto horizonte de crítica no exento de razones. Han surgido, por ejemplo, problemas en el sistema de ahorro energético que representa el uso del frío del permafrost: filtraciones de agua en la galería provocadas por el cambio climático, que tuvieron lugar en 2017 y dieron pie a la renovación y refuerzo de las medidas de protección.

Estas dudas sobre la eficiencia de un mecanismo que pretende ser una medida de seguridad complementaria, que se ven incrementadas por la ausencia de estrategias priorizadas y suficientemente ambiciosas en la selección de las especies y variedades conservadas. Estas responden preferentemente a las contempladas por el citado Tratado Internacional de FAO y, de forma mucho más determinante, a los fines y objetivos de los países y organismos depositarios.

¿Quién decide qué se guarda?

Cabe señalar que los depositarios no son “donantes”, sino simplemente “clientes” de esta oferta de cooperación internacional. También son los únicos que pueden acceder a las semillas almacenadas.

Tampoco hay control sobre la diversidad genética intraespecífica (dentro de una misma especie vegetal) o intravarietal (dentro de una variedad de la planta) conservada, ni en la estabilidad de la capacidad germinativa de las semillas almacenadas, conservadas en ausencia de protocolos de regeneración.

Queda así parcialmente cuestionada tanto la eficiencia del sistema como la accesibilidad de los materiales conservados en una política internacional de protección de la agrodiversidad.

La importancia de la agricultura tradicional

Hablando de agrodiversidad, este tipo de reconocimiento internacional puede dejar adormecidas las conciencias (y las iniciativas e inversiones gubernamentales) en la defensa de otros sistemas mucho mas eficaces de conservación tales como los sistemas de agricultura familiar y tradicional, jardines botánico y bancos de semillas en los países de origen.

Podemos diferenciar entre la conservación ex situ (bancos de semillas en general, colecciones bajo cultivo, jardines botánicos) y la in situ, en manos de los agricultores y, en especial, de los modelos más tradicionales de agricultura. Svalbard responde al primero de los modelos citados.

Este punto es importante, especialmente si recordamos que la agricultura y alimentación del hemisferio Sur y, muy particularmente, de los países andinos, que son centros importantes de biodiversidad tienen un grado de desarrollo económico que no suele permitir la existencia de eficientes infraestructuras de conservación _ex situ.

¿Y las plantas silvestres?

Por otro lado, Svalbard está cerrado para el depósito de germoplasma silvestre, que representa no solo una emergencia de conservación en todo el planeta ante el proceso de extinción progresiva de biodiversidad, sino también un horizonte de uso importantísimo para la mejora de los cultivos y especies de interés económico.

Hablamos, por ejemplo, de los parientes silvestres de los cultivos, de especies de interés medicinal o etnobotánico, o de aquellas utilizadas por extractivismo a partir de poblaciones naturales y sistemas agroforestales.

Aunque España ya ha colaborado con el Banco Mundial de Semillas de Svalbard mediante depósitos realizados por el Centro de Recursos Fitogenéticos y Agricultura Sostenible (INA-CSIC) y el Banco del Olivo de la Universidad de Córdoba, otras entidades nacionales enfocadas en la flora silvestre en España no han conseguido acceso al banco.

Tal vez, ni siquiera lo hayan intentado, por no dedicarse a los cultivos que contempla el Tratado Internacional sobre Recursos Genéticos Vegetales de interés para la Alimentación y la Agricultura.

Red Española de Bancos de Germoplasma Vegetal Silvestre

Mientras tanto, en España y hace 25 años, surgió REDBAG (Red Española de Bancos de Germoplasma de Flora Silvestre), que agrupa varias decenas de bancos, algunos con cerca de medio siglo de experiencia en la protección de la biodiversidad ibérica, balear y canaria.

Para garantizar la máxima protección de este patrimonio, la red tiene previsto realizar depósitos de seguridad en el banco nacional del Ministerio para la Transición Ecológica, el Centro Nacional de Recursos Genéticos Forestales “El Serranillo”.

Por eso, aunque el Premio Princesa de Asturias aplauda merecidamente, la cooperación internacional, no debemos olvidar que España es pionera en conservación de recursos fitogenéticos. Y, si no conservamos nuestros recursos locales y apoyamos nuestras instituciones, de poco nos servirán las maravillas de la bóveda de Svalbard.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. No todas las semillas tienen acceso por igual a la bóveda de Svalbard – https://theconversation.com/no-todas-las-semillas-tienen-acceso-por-igual-a-la-boveda-de-svalbard-284000

Si sus datos valen millones, ¿por qué las empresas no tributan por ellos?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Ana Cediel, Profesora Derecho Financiero y Tributario, Universitat de Lleida

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¿Sabía que la Constitución española establece que, bajo el principio de igualdad, todos sus ciudadanos deben contribuir, de acuerdo con su capacidad económica, al sostenimiento de los gastos públicos? Pues hemos observado que hay algunos que no están cumpliendo esta norma y, además, están abusando de usted.

Imagine que tiene un mineral precioso enterrado en su jardín y nadie le paga nada por extraerlo, venderlo o acumularlo. Algo parecido ocurre hoy con los datos digitales: tienen un valor económico enorme, se extraen masivamente y, sin embargo, las operaciones que los rodean no suelen pagarse ni someterse a tributación.

Lo que aceptamos con las ‘cookies’

Cada vez que acepta las cookies en una web, usa una red social o consulta un mapa en el móvil usted genera datos que las empresas aprovechan como materia prima. Nuestra investigación demuestra que este patrimonio digital invisible permanece, en gran medida, fuera del radar de los impuestos.

Pongamos un simple ejemplo: si accede a un periódico online aparecerá un mensaje diciéndole que, si acepta el uso de cookies, podrá seguir navegando gratuitamente. Si, por el contrario, prefiere que no se le monitoree mientras navega, puede pagar una suscripción antiseguimiento.

Ahora mire dónde está el truco: si no permite que la empresa se quede con sus datos deja de enriquecerles unos 2,5 euros al mes. Así que le dicen que contrate el servicio por esa misma cuantía para poder navegar sin ser muy monitoreado (porque lo seguirá siendo igual). Eso sí, si paga con dinero los 2,50 euros incluyen el IVA. Si paga con los datos, no.

La Comisión Europea calculó que la aplicación de su Ley de Datos podría generar hasta 270 000 millones de euros adicionales de PIB para los países miembros antes de 2028. Una cifra que ilustra por qué hablar de datos es hablar de patrimonio, de riqueza real, y, en última instancia, de una brecha fiscal que los sistemas tributarios aún no han cerrado.

Este artículo explica qué son los datos digitales desde una perspectiva patrimonial y jurídica, cómo se intenta valorarlos y por qué el régimen fiscal actual genera una desconexión preocupante entre la economía digital y el sostenimiento del gasto público.

Los datos son bienes aunque la ley no los llame así

Durante siglos, el derecho patrimonial giró en torno a cosas tangibles: tierras, edificios, maquinaria. Incluso el concepto jurídico de “bien” se modeló sobre la idea de algo que se puede tocar y transferir físicamente. Los bienes digitales rompen esa lógica por completo.

Los bienes o activos digitales son parte del patrimonio de las personas físicas y de las personas jurídicas, pero a la dificultad de glosarlos se suma la complejidad de calificarlos. Respecto a lo que debe entenderse como bien, ya en 1978 el jurista José Castán Tobeñas defendía la existencia de “entidades” –materiales o inmateriales– capaces de satisfacer una utilidad económica a las personas.

Los datos, bienes digitales de inmaterialidad manifiesta, cumplen con el criterio de Tobeñas ya que se recopilan, se procesan, se intercambian y se monetizan. No perdamos de vista que a efectos tributarios lo que no son bienes, deben ser calificados como prestaciones de servicios!

Valorar los datos para una tributación justa

No son pocos los investigadores que definen a los datos como el “oro negro” de la economía del siglo XXI. Pero, para poder someter a impuestos este oro, debe poder valorarse de alguna forma.

El ministerio de Economía francés se refería, ya en 2013, a los datos personales como “la divisa más preciada del milenio”, que resulta ser gratuita para el mercado digital, por lo que las empresas se enriquecen sin pagar impuestos ni contribuir al esfuerzo colectivo del territorio donde residen los usuarios.

También en España, el ministerio para la Transformación Digital y de la Función Pública recoge, en su espacio sobre los datos, una reflexión sobre cuál es el valor de los datos. Basándose en el estudio británico “Transforming Highways England’s approach to data”, admite la diversidad de mecanismos para valorar los datos a efectos empresariales, no así a efectos legales.

Aceptado ya que los datos son patrimonio digital y que tienen valor, en la normativa tributaria actual no tienen un encaje concreto pues la falta de definición jurídica impide su calificación clara y cuantificación correcta.

La actividad económica y la titularidad de los datos

Pese a este vacío legal, los mercados no esperan. Las valoraciones bursátiles de las grandes tecnológicas incorporan, implícitamente, el valor de sus repositorios de datos, ya sean abiertos y gratuito, como el de Common Crowl, o privados (cerrados) y onerosos como los de medios de comunicación.

La inteligencia artificial se alimenta de cantidades ingentes de datos y hay una lucha constante por hacer respetar la titularidad de dichos datos, que son usados gratuitamente al estar publicados en internet. En muchas ocasiones se vulneran los derechos de autor de los usuarios pues, al aceptar las condiciones de uso de las plataformas, aunque mantengan la propiedad de la información que introducen, les otorgan ilimitadamente derechos sobre los datos, que luego usan y copian indefinidamente con la sola contraprestación de haber dado acceso a la plataforma y sus contenidos.

Sin valor tributario efectivo

La tenencia de estos datos puede condicionar, por ejemplo, las fusiones y adquisiciones societarias de plataformas y páginas web, ya que, a menudo, estas operaciones se deciden en función del tamaño y calidad de las bases de datos de las empresas. Los inversores lo saben y conocen este valor, que no se verá incluido en su justa medida en el valor de las empresas.

Este desajuste entre la existencia de un valor y su falta de reconocimiento en el tráfico económico conlleva que aquellos que quieran pagar impuestos por su tráfico no puedan hacerlo con la seguridad jurídica exigible. Además, quienes no quieren pagar impuestos se estén enriqueciendo injustamente sin contribuir al sostenimiento de los gastos públicos como el resto de contribuyente.

Sus datos valen millones, sí, pero no tributan.

The Conversation

Ana Cediel no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Si sus datos valen millones, ¿por qué las empresas no tributan por ellos? – https://theconversation.com/si-sus-datos-valen-millones-por-que-las-empresas-no-tributan-por-ellos-281930