Afrique centrale : pourquoi les interdictions totales de viande de brousse menacent la sécurité alimentaire

Source: The Conversation – in French – By Mattia Bessone, Post Doc, Department for the Ecology of Animal Societies, Max Planck Institute of Animal Behavior

Des millions de personnes en Afrique centrale dépendent de la viande de brousse pour leur alimentation, en particulier dans les zones rurales situées autour de la forêt tropicale du Congo, la deuxième plus grande forêt tropicale humide du monde. Dans cette région, la viande d’animaux d’élevage est rare en raison de la faiblesse des infrastructures de transport nationales, des maladies du bétail et du manque de fourrage. Par conséquent, la viande de gibier et les poissons d’eau douce constituent les principales sources alimentaires d’origine animale et fournissent les protéines et les micronutriments nécessaires à une alimentation saine.

Dans le même temps, la demande croissante de viande de gibier provenant d’une population urbaine en expansion offre une opportunité économique aux chasseurs ruraux. Au cours des 20 dernières années, la proportion de viande sauvage vendue en moyenne par les chasseurs de subsistance en Afrique subsaharienne est passée de 34 % à 72 % de leurs prises. En substance, les chasseurs vendaient auparavant environ un tiers de leurs prises, mais aujourd’hui, ils en vendent près des trois quarts.

En tant que biologiste de la conservation, je m’intéresse à la compréhension des facteurs influençant la viabilité des populations d’animaux sauvages, ainsi qu’à la recherche d’un équilibre entre la conservation de la faune sauvage et les moyens de subsistance des populations. Dans un article récent, j’ai examiné l’ampleur de la consommation de viande sauvage en Afrique centrale avec 45 collègues issus de 33 institutions de 12 pays.

À partir de données provenant de plus de 12 000 ménages répartis sur 252 sites, nous avons constaté que, pour les populations rurales, la viande de gibier représente 20 % de l’apport quotidien recommandé en protéines. Ce chiffre est de 13 % et 6 % pour les personnes vivant dans les villes, bien que notre modélisation suggère que cette proportion est en augmentation.

L’une des principales sources de préoccupation concernant ces habitudes de consommation est la menace d’épidémies d’origine animale, comme l’a montré la récente épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo et en Ouganda. Le virus Bundibugyo, responsable de la maladie, peut être contracté par la manipulation et la consommation d’animaux sauvages infectés.

Ces épidémies suscitent invariablement des appels à l’arrêt du commerce et de la consommation d’animaux sauvages. Mais notre étude suggère que le fait de tenir compte de ces appels pourrait entraîner une catastrophe humanitaire dans la plupart des zones rurales d’Afrique centrale. Comme le montre notre étude, la viande de brousse reste un élément important de l’alimentation des populations de cette région.

Au lieu d’interdire la consommation d’animaux sauvages, nous proposons d’autoriser l’utilisation légale et durable des animaux sauvages non protégés dans les zones rurales. Des lois nationales claires, élaborées en collaboration avec les personnes qui chassent et consomment de la viande de gibier, pourraient permettre une gestion durable des espèces restantes.

Cela améliorerait la durabilité du secteur de la viande sauvage en milieu rural tout en fournissant un cadre réglementaire pour l’alerte précoce des maladies transmises par la faune sauvage.

À la recherche de la viande sauvage

Nos recherches se sont appuyées sur des données collectées au cours des 15 dernières années et stockées dans Wildmeat, une base de données en libre accès destinée aux chercheurs et aux professionnels du secteur de la viande sauvage. Elle a été lancée pour rassembler et harmoniser les données issues de toutes les études spécifiques à un site disponibles.

Mes collègues ont utilisé ces données pour publier la première évaluation régionale des tendances de la chasse en Afrique subsaharienne. En s’appuyant sur 83 études menées dans les forêts tropicales africaines, ils ont confirmé que la chasse avait augmenté dans la région depuis 1991. Ils ont constaté que cette augmentation pouvait être liée à une utilisation accrue des armes à feu et à la proportion de viande chassée vendue, plutôt que consommée localement.

Ce qui manquait, c’était une vue d’ensemble des lieux où la viande vendue était consommée.

Avec l’appui du Centre de recherche forestière internationale et Centre international de recherche en agroforesterie (CIFOR-ICRAF) et du Programme de gestion durable de la faune sauvage (SWM Programme) Programme, nous avons donc entrepris de compiler la plus grande base de données jamais constituée sur la consommation de viande sauvage en Afrique centrale. Nous avons fait appel à WILDMEAT et à son vaste réseau de collaborateurs pour recueillir des données issues de 30 études couvrant 252 sites dans six pays d’Afrique centrale. Au total, la base de données représentait 12 453 ménages individuels et 163 896 « événements de rappel », définis comme les occasions où les ménages ont déclaré les aliments qu’ils avaient consommés au cours d’une période donnée comprise entre un et 365 jours.

Ce que nous avons découvert

Notre analyse a montré que les taux de consommation les plus élevés se trouvaient dans les communautés rurales vivant dans des villages. Venaient ensuite les villes situées dans des zones semi-rurales, non loin de zones forestières.

En revanche, nous avons constaté des taux de consommation plus faibles dans les villes, et les plus bas dans les grands centres urbains, en particulier les capitales des pays.

Nous avons également établi des prévisions de consommation de viande de brousse dans toute la région, basées sur des informations détaillées concernant l’intégrité de la forêt, l’éloignement, la densité de population et le développement humain. Cela nous a permis d’identifier les zones de forte consommation de viande de brousse dans toute la région. En calculant ce que ces taux estimés signifiaient en termes nutritionnels, nous avons constaté qu’en moyenne, la viande de brousse (la quantité qu’une personne consomme habituellement ici) représente environ 18 % de l’apport quotidien en protéines recommandé par l’Organisation mondiale de la santé. Ce pourcentage passait à environ 20 % dans les zones rurales et avoisinait les 100 % dans les régions isolées de la République du Congo et de la République centrafricaine.

Ces résultats ont mis en évidence l’importance nutritionnelle majeure de la viande de brousse pour des millions d’Africains, dont beaucoup vivent dans certaines des régions les plus touchées par l’insécurité alimentaire du continent.

Une demande croissante

Notre analyse met également en évidence un autre enjeu majeur : la demande croissante en viande de brousse provenant des zones urbaines provinciales en expansion. Dans la plupart des pays d’Afrique centrale, ces villes de province sont difficiles d’accès, ce qui rend difficile l’approvisionnement en protéines alternatives telles que le poulet et le poisson.

Cependant, comme les zones sauvages sont proches, la viande de gibier y est généralement disponible à bas prix. De plus, l’application de la loi y est parfois moins stricte que dans les grandes villes. Notre étude a identifié ces villes de province comme des foyers potentiels de consommation de viande de gibier.

Nous avons également constaté que les habitants des grandes villes d’Afrique centrale consomment toujours de la viande de gibier. Cela s’explique par deux raisons principales.

Premièrement, elle est perçue comme plus saine que les viandes domestiques congelées importées, souvent associées à un usage intensif d’antibotiques et à une chaîne de froid peu fiable durant le transport.

Deuxièmement, la consommation de viande de brousse est considérée comme un moyen de préserver les traditions culturelles et fait parfois office de symbole de statut social. À l’heure où l’urbanisation s’accélère, nous prévoyons que la demande en viande de gibier provenant des zones urbaines continuera d’augmenter, avec des conséquences potentiellement catastrophiques pour la faune sauvage des zones environnantes.

Solutions

Nos conclusions indiquent que le rôle de la viande de brousse dans les systèmes alimentaires urbains actuels devrait être réduit. Mais ce n’est pas une tâche facile dans le contexte socio-économique actuel. Nous formulons les recommandations suivantes.

  • Accroître la production, l’importation et la distribution régionales d’alternatives saines, sûres et culturellement appropriées (comme la volaille et le poisson).

  • Dans les zones périurbaines, encourager des alternatives durables à la viande de brousse afin d’éviter la dégradation de l’environnement.

  • Dans les villes, développer des campagnes sur mesure pour réduire la demande, par exemple via les réseaux sociaux et d’autres médias grand public, comme Yoka Pimbo, une campagne de changement de comportement lancée à Kinshasa, en RDC, en 2022.

  • Cibler les zones pour lesquelles on manque actuellement de données sur la consommation. Se concentrer sur ces zones permettrait de valider notre modèle, d’améliorer notre compréhension de la consommation de viande de brousse et d’évaluer où les interventions sont les plus nécessaires.

Enfin, notre étude appelle les gouvernements d’Afrique centrale, les institutions internationales et nationales ainsi que les organisations non gouvernementales à œuvrer en faveur d’une gestion durable de la chasse et du commerce de la faune sauvage, pour la conservation du patrimoine naturel et les moyens de subsistance des communautés rurales.

The Conversation

Mattia Bessone a mené ces travaux au Centre pour la recherche forestière internationale et l’agroforesterie mondiale (CIFOR-ICRAF), en Indonésie. Il est actuellement rattaché à l’Institut Max Planck pour le comportement animal, en Allemagne, ainsi qu’au Centre d’études avancées sur le comportement collectif de l’université de Constance, en Allemagne.

ref. Afrique centrale : pourquoi les interdictions totales de viande de brousse menacent la sécurité alimentaire – https://theconversation.com/afrique-centrale-pourquoi-les-interdictions-totales-de-viande-de-brousse-menacent-la-securite-alimentaire-284378

Fin du marketing et passage au « societing »

Source: The Conversation – in French – By Bernard Cova, Enseignant-chercheur en marketing et sociologie de la consommation, ESCE International Business School

Le marketing s’articule autour de deux fondements : le marché, qui en définit le périmètre d’action, et le diktat du client roi, qui en constitue le noyau dur. Or, ces deux fondements sont aujourd’hui largement critiqués pour leur inadéquation face aux enjeux contemporains. Dans un monde en crise, le passage au « societing » peut aider à réajuster le rôle joué par les organisations dans nos sociétés.


Marketing durable, marketing soutenable, marketing responsable, marketing post-croissance… les panacées marketing se multiplient pour tenter d’adapter le marketing aux changements climatiques, sociaux, technologiques et géopolitiques. En s’appropriant des qualificatifs reflétant les préoccupations actuelles, le marketing s’efforce de se transformer pour répondre aux nouvelles exigences auxquelles les organisations sont confrontées.

Pourtant, rien n’y fait et le marketing semble dans l’impasse. En dépit de ses nombreuses tentatives de transformation, le marketing doit aujourd’hui envisager sa propre disparition  : jadis fonction centrale des organisations, il ne parvient plus à assurer son rôle d’interface et de liaison avec l’environnement externe. Deux raisons principales à cela : d’abord, son périmètre d’action – le marché – est devenu plus qu’incertain, ensuite, son noyau dur – la souveraineté du client – est en voie de décomposition.

Enchâssement dans une réalité sociale : au-delà de l’économique

Étymologiquement, le marketing désigne l’ensemble des actions visant à intervenir sur le marché (market-ing) et, pour cela, il se concentre sur les échanges entre fournisseurs et consommateurs. Cependant, ces échanges marchands n’existent pas de manière autonome ; ils sont enchâssés dans une réalité sociale bien plus large. La porosité croissante entre le marché et la société fait que toute action marketing a un impact sur la société et qu’elle ne peut donc pas être pensée en dehors de la société.

Le marketing de Tesla et de ses voitures électriques novatrices a, par exemple, profondément transformé le marché automobile, tout en exerçant une influence notable sur l’ensemble de la société. D’une part, on observe un phénomène de reconnaissance sociale qui favorise l’inclusion des adeptes des véhicules de cette marque, renforçant leur sentiment d’appartenance communautaire. D’autre part, on constate une dynamique d’exclusion sociale chez les conducteurs de voitures thermiques, contraints de renoncer à certains espaces urbains désormais interdits à leurs véhicules.

Plus largement, le sens du mot « marché » a changé de polarité : auparavant associé à la liberté et à un horizon à atteindre (« le marché commun » par exemple), il est aujourd’hui synonyme d’aliénation de la vie individuelle et surtout collective.

Le monde comme ressource à exploiter : un idéal difficilement tenable

L’idéal de souveraineté du client repose sur le postulat selon lequel les besoins du consommateur orientent la nature des biens et services que les organisations doivent produire pour assurer sa satisfaction. Le noyau dur du client roi renferme toutes les obsessions d’indépendance de l’être humain détaché du reste du monde qui l’entoure. Les autres vivants (animaux ou plantes) ou non vivants (objets ou infrastructures) ne sont considérés que comme des ressources à exploiter et à convertir en marchandises par et pour les humains avec pour lourde conséquence une pollution de notre planète par une prolifération d’offres sensées satisfaire ce consommateur souverain.

Les marques chinoises de mode ultraéphémère exploitent ainsi le besoin du consommateur de se démarquer pour commercialiser de la « mode jetable ». Pourtant, tous les jours maintenant, le consommateur fait l’expérience de sa vulnérabilité et de sa dépendance au reste du monde et plus spécialement aux animaux et plantes en voie de disparition à cause des objets jetables ainsi produits. Face aux exigences socioécologiques, il n’est plus pensable de laisser à ce consommateur souverain le pouvoir ultime de déterminer comment transformer le monde qui nous entoure pour le mettre à sa disposition.

Il est temps de dépasser toutes les approches plus ou moins réformatrices du marketing pour produire un changement radical qui fasse à la fois exploser les frontières du marché et vaciller de son trône le client roi. Pour ce faire, la perspective du societing est fertile.

La primauté du faire société

Le vocable societing met en évidence le fait que toute organisation, tout à la fois, met en marché, mais aussi met en société un produit, un service, une marque, une expérience. En mettant l’accent, d’un côté, sur le rôle sociétal de l’organisation – notamment par l’entremise de ses marques, grandes pourvoyeuses de récits et symboles dans le monde actuel –, le vocable societing insiste sur la primauté du « faire société » porté par l’organisation : ce qui est premier c’est l’action dans la société (societ-ing) et non l’action sur le marché (market-ing).

En reconnaissant, de l’autre côté, le rôle marchand d’ensembles sociaux, tels les réseaux solidaires et les communautés d’entraide, le societing dépasse le cadre des seules organisations commerciales en intégrant dans sa perspective l’action de collectifs non marchands ainsi que celle de divers mouvements sociaux.

Sortie de l’anthropocentrisme

À l’opposé de l’idée que l’humain consommateur est l’acteur central autour duquel tout doit tourner, le societing promeut des modes d’action fondés sur une conscience profonde de l’interdépendance fondamentale de tout ce qui existe. La réalité est, en effet, faite de codépendances et d’hybridations entre les humains et les non-humains.

Le societing s’écarte ainsi de la vision anthropocentrique qui a dominé les organisations jusqu’aujourd’hui et adopte comme noyau dur les correspondances entre humains et non-humains. Ces correspondances se manifestent, par exemple, lorsque le jardinier accepte que certaines plantes refusent de pousser, sans pour autant recourir à des engrais chimiques. Il n’exerce pas un contrôle absolu sur son jardin et doit apprendre à coexister avec la volonté propre des plantes. Plutôt qu’un droit souverain de vie ou de mort sur les non-humains, le societing cultive le souci de la régénération des non humains qui nous font vivre, nous les humains, dans une société plus qu’humaine. C’est la relation équilibrée entre ces entités qui est au cœur du societing.

Si l’on adhère aux conventions majeures du societing qui redéfinissent le périmètre et le noyau de l’interaction de l’organisation avec son extérieur et, en particulier, avec le milieu naturel, il reste à faire advenir ce societing par une approche « performative ». Les concepts et les théories créent le monde qu’elles prédisent en promouvant un langage et des hypothèses qui deviennent largement acceptés et utilisés, façonnant ainsi les conceptions institutionnelles, les pratiques de gestion, les normes sociales et les attentes comportementales.

Le rôle de la recherche en gestion dans ce processus est loin d’être négligeable. Elle devra s’engager et mobiliser les mouvements sociaux et activistes, les organisations de consommateurs, les groupes de réflexion et les décideurs politiques afin de pousser à l’adoption du societing. C’est à ce prix que les décisions marketing des organisations deviendront des décisions societing. Le passage du marketing au societing conduira les organisations à considérer l’ensemble de la société plus qu’humaine comme périmètre d’action et à placer au cœur de leurs actions les correspondances entre humains et non-humains.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Fin du marketing et passage au « societing » – https://theconversation.com/fin-du-marketing-et-passage-au-societing-283155

Chaque brevet de start-up contribue à créer des emplois

Source: The Conversation – in French – By Stephane Brosia, Chercheur associé au Centre d’Etudes et de Recherche en Gestion d’Aix-Marseille (CERGAM), Aix-Marseille Université (AMU)

Le brevet, en tant qu’indicateur mesurable de l’innovation, permet à la recherche d’étudier ses effets sur la création d’emploi. Hjbc/Shutterstock

Une étude menée auprès 2  697 entreprises ayant obtenu un brevet en région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) met en lumière le lien entre le dépôt d’un brevet et la création d’emploi. Les moteurs de cette dynamique : les petites entreprises de moins de dix salariés.


Avec son ouvrage Théorie de l’évolution économique, Joseph Schumpeter a rendu la relation entre innovation et emplois un sujet central en économie. S’il perçoit l’innovation comme un moteur de croissance, son impact précisément sur l’emploi est débattu dans une logique de « destruction créatrice » – grâce au progrès technique, les activités productives obsolètes sont remplacées par de nouvelles activités.

Depuis, peu d’articles de recherche ont tenté d’établir un lien purement quantitatif entre création d’emplois et brevet, indicateur tangible de l’innovation. C’est pourquoi dans notre étude portant sur 2 697 entreprises ayant obtenu au moins un brevet en région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) entre 2000 et 2020, nous montrons que seules les entreprises de moins de dix salariés ont créé de l’emploi grâce à un brevet.

Notre objectif est double : déterminer si un tel lien existe, mais aussi identifier les conditions dans lesquelles ce lien se manifeste. Nous cherchons notamment à savoir s’il est possible de prédire la création d’emplois dans les start-up françaises sur les années à venir, venant donner crédit à la notion d’inflexion du chômage par l’innovation (et pas « inversion »).

Une relation complexe entre innovation et emploi

Des études menées dans différents pays mettent en évidence un effet positif de l’innovation sur la création d’emplois. En 2019, les chercheurs Stefano Bianchini et Gabriele Pellegrino ont analysé 2 000 entreprises espagnoles où la création d’emplois est parallèle au processus de création de produits innovants – créer un produit nécessitant des ressources humaines. Aux États-Unis, l’histoire d’Apple parle d’elle-même : depuis le lancement de l’iPod en 2001, l’entreprise à la pomme est passée de 1 500 à 22 000 emplois.

D’autres études, comme celle de Younes Ferdj et Abdelkader Hamadi réalisée en Algérie entre 2000 et 2015, soulignent au contraire les effets potentiellement négatifs dans le temps des innovations de procédé. Ces dernières peuvent conduire à des gains de productivité et à des réductions d’effectifs. Meta a annoncé le licenciement de 8 000 collaborateurs en parallèle de ses investissements dans l’intelligence artificielle.

Le brevet, un indicateur de l’innovation

Le brevet, en tant qu’indicateur tangible et mesurable de l’innovation, offre une opportunité unique d’analyse. Il matérialise l’aboutissement d’un processus et peut être utilisé comme point de départ pour observer ses effets sur l’emploi.
Concrètement, le brevet protège une innovation technique. Il est traditionnellement défini par l’Institut national de la propriété industrielle (Inpi) comme un droit de propriété industrielle conférant à son titulaire un monopole d’exploitation temporaire sur une invention.

Il ne faut pas confondre invention et brevet. « L’invention pour laquelle un brevet pourra être obtenu doit également être nouvelle, impliquer une activité inventive et être susceptible d’application industrielle », une idée d’invention seule ne pouvant devenir un brevet !

Notre étude repose sur une base de données totale de 6 246 brevets. Elle a été enrichie par les informations relatives aux mouvements des effectifs sur la période de 2000 à 2020 ; ces dernières permettant de mesurer précisément créations ou destructions d’emplois.

Les entreprises ont été ensuite classées en fonction de leur taille, afin d’identifier d’éventuelles différences de comportement. Enfin, une analyse statistique a été réalisée pour tester l’existence de relations entre les variables brevets, emplois, et entreprises (identifiées par leur numéro Siren).

Des résultats contrastés selon la taille des entreprises

Nos résultats révèlent que le lien entre brevet et emploi n’est pas uniforme. Il dépend fortement de la taille des entreprises. En calculant les évolutions des effectifs des entreprises ayant eu un brevet délivré, nous trouvons que celles de moins de 10 salariés et celles de plus de 1 000 salariés créent de l’emploi. Mais uniquement les moins de 10 grâce à la présence d’au moins un brevet.

Grâce à des tests spécifiques et à des équations mathématiques issues d’analyses statistiques qui matérialisent ce lien, nos résultats mettent en lumière le rôle clé des très petites entreprises dans la transformation de l’innovation en emplois.

Qu’en conclure ?

  • Pour les entreprises de moins de dix salariés ayant eu un brevet délivré, le brevet est un facteur impactant pour créer des emplois.

  • Pour les entreprises de plus de 1 000 salariés ayant eu un brevet délivré, le brevet n’est pas un facteur impactant pour créer des emplois.

  • Pour les entreprises au-delà de 10 salariés et en dessous de 1 000 salariés, il y a eu destruction d’emploi.

Nota : la présence d’un brevet n’est probablement pas le seul élément à prendre en compte dans les vingt années concernées en ce qui concerne la destruction d’emplois. Par exemple on peut légitimement se poser la question de l’impact de la crise de 2008.

Prédire l’avenir

Nos simulations macroéconomiques suggèrent qu’une augmentation significative du nombre de brevets déposés par les start-up pourrait entraîner une inflexion de la courbe du chômage. Par exemple, un dépôt de 7 400 brevets chaque année permettrait l’inflexion du chômage dès la première année en région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA).

Bien que ces projections reposent encore sur des hypothèses, elles mettent en évidence le potentiel du brevet comme levier de politiques économiques.

Implications économiques et sociétales

Si le dépôt de brevet favorise la création d’emplois dans les petites entreprises (concept de « start-up nation » du président Emmanuel Macron), alors les politiques publiques devraient encourager davantage cette pratique. Cela pourrait passer par une réduction des coûts de dépôt, un accompagnement renforcé des entrepreneurs ou encore des incitations fiscales fortes.

Par exemple, le crédit d’impôt recherche (CIR) et le statut de jeune entreprise innovante (JEI) sont des mécanismes fiscaux très puissants que toute start-up innovante devrait obtenir sans aucune démarche, à partir du moment où un brevet leur serait délivré. Voire réserver ces mécanismes fiscaux uniquement à cette catégorie d’entreprise ?

Au-delà des apports théoriques, nous proposons une vision prospective : celle d’une économie dans laquelle une innovation structurée et mesurée pourrait contribuer de manière significative à la réduction du chômage. Si notre étude a été réalisée à l’échelle d’une région de France, la reproduire à l’échelle nationale permettra de solidifier les résultats.

The Conversation

Stephane Brosia ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Chaque brevet de start-up contribue à créer des emplois – https://theconversation.com/chaque-brevet-de-start-up-contribue-a-creer-des-emplois-281242

Démissionner à l’ère de TikTok : le phénomène du « quittoking »

Source: The Conversation – in French – By Élodie Gentina, Professeur à IESEG School of Management, Univ. Lille, CNRS, UMR 9221 – LEM – Lille, IÉSEG School of Management

Démissionner publiquement, en se filmant, est-ce vraiment une bonne idée ? La pratique apparue sur TikTok pose d’importantes questions. Si elle traduit un changement du rapport de force entre les employeurs et les salariés, rien ne garantit qu’il soit durable et que la vidéo « rigolote » d’aujourd’hui ne devienne demain un boulet difficile à traîner.


Longtemps, la démission a relevé de la sphère privée. Elle s’inscrivait dans un échange bilatéral entre un salarié et son employeur, souvent encadré, parfois conflictuel, mais rarement exposé. Depuis peu, cette frontière s’efface avec l’émergence du quittoking : le fait de filmer, mettre en scène et diffuser sur les réseaux sociaux, notamment TikTok, le moment de sa démission ou le récit qui l’entoure.

Apparu au Royaume-Uni puis popularisé aux États-Unis, ce phénomène s’étend désormais à l’Europe, notamment en France. Il ne relève pas d’un simple effet de mode. Il traduit une transformation profonde des relations professionnelles dans un environnement où chaque individu peut rendre publique son expérience de travail.

Des dizaines de millions de vues

Le hashtag #quittok cumule aujourd’hui plusieurs dizaines de millions de vues, et certaines vidéos de démission atteignent en quelques jours des niveaux d’audience comparables à ceux de campagnes médiatiques nationales. Ce qui relevait autrefois d’un échange discret devient désormais un contenu exposé, commenté et partagé à grande échelle.




À lire aussi :
Insta, TikTok, BeReal : pourquoi on se (la) raconte sur les réseaux sociaux


Un cas emblématique illustre cette bascule. Au Royaume-Uni, une démission collective au sein de McDonald’s a été filmée puis diffusée sur les réseaux sociaux, générant plus de 16 millions de vues en quelques heures. Aux États-Unis, plusieurs salariés d’Amazon ont également médiatisé leur départ sur TikTok en dénonçant publiquement leurs conditions de travail. L’échange, initialement privé, s’est transformé en séquence publique, analysée, débattue et largement relayée, obligeant l’entreprise à gérer en temps réel les répercussions réputationnelles.

Ces situations illustrent un changement d’échelle du risque réputationnel. D’après LinkedIn, trois candidats sur quatre regardent l’image d’une entreprise avant même d’envisager d’y postuler. Une seule vidéo peut suffire à marquer durablement cette perception.

Expression générationnelle d’un malaise structurel

Historiquement, le contrat psychologique reposait sur un équilibre relativement stable : la loyauté et l’engagement des salariés, en contrepartie de la sécurité de l’emploi et de perspectives de carrière. Or, cet équilibre apparaît aujourd’hui fragilisé. La relation de travail tend à devenir plus transactionnelle, marquée par des attentes accrues en matière de reconnaissance, de sens et de conditions de travail.

Les données disponibles confirment cette évolution. En France, près d’un salarié sur quatre se déclare peu engagé, avec un coût estimé à plus de 13 000 euros par an et par collaborateur. À l’échelle internationale, plus de la moitié des salariés déclarent adopter des comportements assimilables au « quiet quitting », consistant à se limiter strictement aux tâches prescrites. Parallèlement, environ 20 % des actifs adoptent des formes de désengagement plus visibles, via un retrait du travail exprimé de manière ouverte, active et assumée.

Si le quittoking est particulièrement visible au sein de la génération Z, il ne saurait être réduit à une simple dynamique générationnelle. Le désengagement au travail ne correspond pas à un profil homogène, même si certaines études soulignent une prévalence plus élevée chez les jeunes actifs. Il traduit avant tout des tensions structurelles au sein des organisations contemporaines.

Désengagement silencieux

Une première forme reste discrète : certains salariés choisissent de se mettre en retrait sans confrontation, en réduisant leur implication au strict minimum. Ce désengagement silencieux passe souvent inaperçu dans l’organisation. À l’inverse, une autre forme gagne en visibilité. Certains salariés rendent leur désengagement explicite, en l’exprimant ouvertement, parfois en dehors même de l’entreprise.

Le quittoking s’inscrit dans cette dynamique. Il consiste à rendre publiques des situations professionnelles – conditions de travail, pratiques managériales, décisions internes – qui, auparavant, restaient confinées à l’intérieur de l’organisation. Autrement dit, ce qui relevait traditionnellement de discussions internes, voire informelles, est désormais exposé dans l’espace public, notamment sur les réseaux sociaux. Ce basculement traduit un changement important. Lorsque les salariés estiment ne pas être entendus en interne, ils déplacent la prise de parole à l’extérieur de l’entreprise.

L’examen des prises de parole de salariés publiées sur TikTok, LinkedIn ou Reddit, ainsi que les premières analyses académiques consacrées au quiet quitting et aux nouvelles formes de désengagement au travail, font apparaître des motifs récurrents : surcharge de travail, manque de reconnaissance, pratiques managériales jugées inadaptées, ainsi qu’une perte de sens. Ces prises de parole publiques ne relèvent pas uniquement d’une logique de rupture individuelle. Elles témoignent également d’une difficulté croissante à faire émerger ces problématiques dans les cadres organisationnels traditionnels.

Culture Pub TV, 2021.

Risque réputationnel

Dans ce contexte, le quittoking peut être interprété comme le symptôme d’un déplacement des espaces de régulation. Faute de canaux internes jugés efficaces, certains salariés investissent l’espace public pour exprimer leurs expériences et interpeller les organisations. Ce phénomène questionne la capacité des entreprises à identifier, entendre et traiter les signaux faibles du désengagement avant qu’ils ne s’expriment hors de leurs frontières.

Le risque réputationnel ne concerne pas uniquement les entreprises, mais également les salariés eux-mêmes. Dans un marché du travail marqué par l’hypervisibilité numérique, médiatiser publiquement sa démission peut renforcer une image d’authenticité et susciter de l’empathie, mais aussi être perçu par certains recruteurs comme un signal de conflictualité ou de manque de discrétion professionnelle.

Cette question devient d’autant plus sensible que les recruteurs consultent désormais massivement les réseaux sociaux dans leurs processus de sélection. Une étude récente sur le social media hiring montre que les employeurs analysent de plus en plus les profils numériques des candidats afin d’évaluer leur personnalité, leur compatibilité culturelle et leur comportement professionnel.

Une nouvelle zone grise pour le droit du travail

Le quittoking soulève également des questions juridiques encore largement incertaines. Jusqu’où un salarié peut-il exposer publiquement son expérience professionnelle sans franchir les limites de la confidentialité, de l’atteinte à l’image ou de la diffamation ? Entre liberté d’expression, droit d’alerte et protection des intérêts de l’entreprise, les frontières restent floues.

Certaines vidéos peuvent relever d’une critique légitime des conditions de travail ; d’autres peuvent ouvrir la voie à des contentieux si les faits sont contestés, déformés ou impossibles à vérifier. À mesure que ces pratiques se développent, entreprises, salariés et droit du travail devront redéfinir ce qui peut désormais être rendu public dans la relation professionnelle.

S’adapter à un nouveau paradigme

Face à l’émergence du quittoking, il importe de repenser en profondeur la manière dont les organisations écoutent, accompagnent et retiennent leurs talents. Cela commence par l’instauration d’un dialogue authentique et continu. Les frustrations ne surgissent pas soudainement, mais elles s’accumulent lorsqu’elles ne trouvent pas d’espace d’expression. Mettre en place des canaux de feedback réguliers et surtout y répondre concrètement devient essentiel pour éviter que ces tensions ne se déplacent vers l’espace public. Dans le même temps, les entreprises doivent professionnaliser leurs processus de départ.

L’offboarding mérite autant d’attention que le recrutement, car c’est souvent dans ces moments sensibles que se joue la perception finale de l’organisation. Former les managers à gérer ces échanges avec justesse, en intégrant le fait que toute interaction peut désormais être exposée, est devenu incontournable. Plus largement, il est nécessaire d’adapter la culture d’entreprise aux attentes actuelles : flexibilité, autonomie, qualité de vie et sens au travail ne relèvent plus du plus, mais du socle attendu. Cette évolution suppose également de clarifier les règles du jeu, notamment sur les réseaux sociaux, en définissant un cadre clair, équilibré et juridiquement solide, sans nier les enjeux de liberté d’expression.

Anomalie ou symptôme ?

Enfin, plutôt que de percevoir le quittoking comme une menace, les organisations gagneraient à y voir un signal. L’analyse de ces prises de parole constitue un indicateur précieux, presque en temps réel, des tensions internes. Bien utilisées, elles peuvent devenir un levier d’amélioration continue, offrant une forme d’audit informel mais puissant des pratiques managériales et de la culture d’entreprise.

Par conséquent, le quittoking n’est pas un simple phénomène de réseaux sociaux : il révèle un désengagement plus profond, une remise en question de l’autorité et une exigence accrue de cohérence et de transparence au travail. Dans un contexte où tout peut devenir public, les entreprises ne peuvent plus se cacher. Le quittoking n’est pas une anomalie, mais le symptôme d’un changement structurel du rapport au travail.

The Conversation

Élodie Gentina ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Démissionner à l’ère de TikTok : le phénomène du « quittoking » – https://theconversation.com/demissionner-a-lere-de-tiktok-le-phenomene-du-quittoking-283320

Cinq leçons de négociation à tirer des aventures de Tintin

Source: The Conversation – France (in French) – By Didier Roche, enseignant- chercheur en sciences de gestion, Excelia

Tintin est-il accommodant ou inflexible ? Une étude a analysé 274 situations de Tintin en pleine négociation pour vous répondre. William Murphy/wikimediacommons

Une étude portant sur les 22 albums de Tintin  – de Tintin au Congo (1931) à Tintin et les Picaros (1976) – met en lumière les talents de négociateur du héros reporter. A-t-il un style compétitif ? accommodant ? collaboratif ? d’évitement ? ou de compromis ?


Bon, allez, je dois l’avouer, je suis un peu tintinophile !

Il est vrai que Tintin est un objet d’étude fascinant. Michel Serre observait que le héros belge, fait de simples coups de crayon, peut s’assimiler à un masque que chacun d’entre nous peut enfiler, que l’on soit petit ou grand. Je suis également un grand fan de Marianne Chaillant qui décèle en Tintin des pans entiers de pop philosophie.

Tintin reste un héros emblématique de son époque, avec sa part d’ombre. L’album Tintin au Congo (1931) a notamment été « réédité en 2023 avec un avant-propos expliquant les préjugés coloniaux en vigueur au moment de la première parution de l’album d’Hergé », comme le rapporte le chercheur Marc-Antoine Pérouse de Montclos.

Malgré cette controverse, Tintin reste une icône. Une facette de ce personnage est, cependant, peu discutée : son talent de grand négociateur. Tout au long de ses aventures, cette habileté lui permet d’être sympathique auprès des autres personnages de la bande dessinée, tout en atteignant ses objectifs.

Quelles leçons en retenir ? Comme je le précise dans mon ouvrage l’Essentiel des techniques de vente, le vendeur doit se connaître et posséder des qualités qui doivent lui être utiles afin de pouvoir créer de bonnes relations avec ses clients. Le vendeur pourra ensuite, à partir de sa propre connaissance de lui-même, choisir un style de négociation qui lui est propre.

Modèle Thomas-Kilmann Conflict Mode Instrument (TKI)

Pour ce faire, j’ai employé une méthodologie consistant à classer les styles de négociation de Tintin selon le modèle Thomas-Kilmann Conflict Mode Instrument (TKI). Ce dernier définit cinq styles spécifiques de gestion des conflits en négociation :

  • le style compétitif : assertif et non coopératif. L’individu poursuit ses propres préoccupations aux dépens de l’autre ;

  • le style accommodant : peu affirmatif et coopératif.

  • le style d’évitement : peu affirmatif et peu coopératif ;

  • le style collaboratif : à la fois assertif et coopératif ;

  • le style de compromis : entre l’affirmation de soi et la coopération.

J’ai ensuite étudié toutes les phases de négociation réalisées par Tintin lors de ses aventures. Concrètement, toutes les démarches où les processus de communication ont pour but de confronter ses points de vue avec ses amis, ses ennemis (ou encore avec des animaux), que ces phases de négociation soient gagnantes/gagnantes (intégratives) ou gagnantes/perdantes (ou distributives).

Les 22 albums concernés par l’étude vont de Tintin au Congo (1931) à Tintin et les Picaros (1976).

Exactement 274 situations de négociation

Après cette étude, il apparaît que Tintin a rencontré exactement 274 situations de négociation qui se sont réparties de la manière suivante entre les différents styles : 131 de style compétitif, 62 de style accommodant, 44 de style collaboratif, 22 de style de compromis et 22 et 15 de style d’évitement.

Ces résultats indiquent que le style compétitif de Tintin reste prédominant. Même s’il est moins présent au début des principaux albums, il atteint un pic lors de l’album l’Île Noire (1938), connaît une baisse jusqu’à l’album l’Affaire Tournesol et s’estompe au fil des albums suivants.

Dans ce style de négociation, l’individu utilise tout le pouvoir qui lui semble approprié pour tirer son épingle du jeu. Par exemple, dans l’Île noire, Tintin se soustrait à l’avis des médecins ou aux forces de l’ordre – les Dupondt – pour suivre la trace d’une bande de faux-monnayeurs.

À noter qu’au sein de l’album le Trésor de Rackam le Rouge (1945), Tintin adopte un style accommodant ou fait de compromis. Est-ce pour cette raison que cet album a été choisi d’être mis à l’écran par Spielberg ?

Les cinq leçons fondamentales

Cinq leçons fondamentales peuvent être tirées de l’expression du style compétitif de Tintin. Elles peuvent avoir une transposition immédiate pour un négociateur commercial.

Agir pour une cause, non pour son ego

Dans ses aventures, Tintin ne cherche jamais à « gagner pour gagner ». Il agit pour une cause : sauver un ami, faire éclater la vérité ou défendre les innocents.

Pour vous, négociateur, même si vous défendez vos intérêts (prix, marges), montrez que vous agissez aussi dans l’intérêt du client : un gain de qualité, une solution durable ou encore une réduction des risques pour votre partenaire.

Il reste stable et cohérent

Tintin reste toujours le même. Il est prévisible dans sa droiture, ce qui génère de la confiance, même chez ses adversaires.

Pour vous, négociateur, gardez une posture claire, la même posture d’une rencontre à l’autre chez un même client et chez des clients différents. Évitez les revirements et les changements d’attitude.

Il n’humilie jamais, même quand il gagne

Tintin respecte ceux qui l’ont trahi, les sauve parfois et ne fanfaronne pas.

Pour vous, négociateur, gagnez une négociation sans écraser l’autre partie et sans lui faire perdre la face. Ne dites pas par exemple : « Je vous avais dit que c’était le meilleur choix. » Dites plutôt : « Nous avons trouvé ensemble une excellente solution. »

Il collabore quand le contexte le réclame

Même très compétitif, Tintin sait parfois travailler en équipe comme avec le capitaine Haddock, Tournesol ou encore Zorrino dans le Temple du Soleil (1949). Il peut parfois laisser la main à ses partenaires sur certains aspects lorsque le contexte le réclame.

Pour vous, négociateur, ne cherchez pas à tout faire tout seul. Impliquez le client dans la réflexion et échangez avec vos collègues, formez-vous auprès d’eux voire amenez-les avec vous sur le terrain pour qu’ils puissent vous aider. Faites de la négociation un processus partagé.

Il agit avec calme même en situation de tension

Même dans les albums l’Affaire Tournesol (1956) ou Objectif Lune (1953) dans lesquels Tintin se retrouve tout particulièrement sous pression, il reste concentré, factuel et posé.

Pour vous, négociateur, résistez à la frustration et ne soyez pas impulsif, même si le client vous teste.

The Conversation

Didier Roche ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Cinq leçons de négociation à tirer des aventures de Tintin – https://theconversation.com/cinq-lecons-de-negociation-a-tirer-des-aventures-de-tintin-279276

La selección: la corrupción ya es más viral que la Casita de Bad Bunny

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Lola Delgado, Editora de Política y Sociedad, The Conversation

RomanR/Shutterstock

Resulta curioso darse cuenta de cómo, a pesar de que los años pasan y pasan, hay cosas que permanecen como si los días no hicieran mella en ellas. Corría enero de 2020 cuando decidimos titular un artículo de la sección de Política de The Conversation como sigue: “‘Lobbies’, buen gobierno y buena administración: un reto para nuestra democracia”. Lo firmaba el catedrático de Derecho Administrativo de la Universitat de Barcelona Julio Ponce Solé.

Pues bien, han pasado seis años ya y perfectamente podríamos volver a titular un artículo usando las mismas palabras y en ese orden exacto. Muchas cosas siguen como entonces.

Es como si el tiempo no hubiera pasado o, lo que es peor, como si no hubiéramos aprendido de los errores y siguiésemos una y otra vez dando vueltas sobre las mismas tentaciones que ablandan la piel de la política.

Y luego que si los ciudadanos desconfiamos de todo. Desde 1996 el barómetro del CIS nos lo recuerda “erre que erre”: los españoles desconfiamos de la política y de las instituciones. Que ya lo decía la filósofa Victoria Camps –una de las grandes defensoras de la ética como una guía para la vida democrática– en una entrevista que mantuvimos con ella: “Confiamos poco en las instituciones porque no cumplen las expectativas que ponemos en ellas”.

¿Qué está pasando en España últimamente, que los casos de corrupción ocupan (casi) más espacio en las noticias que la Casita de Bad Bunny? Que si Koldo, que si Santos Cerdán, Ábalos, Leire Díez, Gürtel, Kitchen, Montoro…

Cuando hace unas semanas el caso Zapatero explotó en las manos de los medios de comunicación, rápidamente nos pusimos a trabajar en la búsqueda de un experto que nos desmenuzara el asunto y nos explicara de qué iba todo aquello. Juan José Rastrollo Suárez, catedrático de Derecho Administrativo de Universidad de Salamanca, nos dio muchas respuestas en su artículo. Las preguntas formuladas fueron: ¿qué es realmente un lobby (y por qué no es necesariamente algo negativo)?, ¿por qué España sigue sin regular adecuadamente la influencia política? y ¿se desactivarían sospechas con una legislación clara? Si se lo perdieron entonces no lo hagan hoy.

Porque sí, falta en España un marco claro y homogéneo sobre lobbies, transparencia e influencia institucional. Y otra de las cosas que falta es paciencia. Por ejemplo, aún no se ha juzgado al expresidente del Gobierno José Luis Rodríguez Zapatero. No queda más que esperar, porque no es lo mismo ser culpable que ser presuntamente culpable

Quizá por eso el problema no sea únicamente la corrupción, sino la normalización de la sospecha. Como explicaba Consuelo Martínez-Priego, profesora y codirectora del Centre for Character and Human Growth, Universidad Villanueva, cuando la ciudadanía percibe que las reglas no se aplican de igual manera para todos, la desconfianza deja de ser una reacción puntual para convertirse en una actitud permanente. Y una democracia en la que los ciudadanos sospechan sistemáticamente de quienes los representan es una democracia que funciona peor.

La paradoja es que sabemos bastante bien qué habría que hacer. El profesor Alejandro Hortal Sánchez recordaba que las estrategias basadas exclusivamente en el castigo son insuficientes. La evidencia internacional muestra que la corrupción se combate también mediante prevención, transparencia, controles eficaces y una cultura institucional que dificulte los comportamientos indebidos antes de que se produzcan.

Sin embargo, seguimos instalados en un curioso ritual nacional. Nos escandalizamos cuando aparece un nuevo caso, reclamamos reformas urgentes, prometemos regeneración democrática y, pasado un tiempo, volvemos exactamente al mismo punto de partida. Algo parecido a ese propósito de apuntarse al gimnasio cada enero: la intención es sincera, pero la constancia suele ser más esquiva.

Fernando Jiménez Sánchez, catedrático de Ciencia política de la Universidad de Murcia, recordaba además que las democracias con mayores niveles de confianza institucional no son necesariamente aquellas donde existen menos investigaciones o menos controles, sino aquellas donde la responsabilidad política forma parte de la cultura democrática. Allí, dimitir ante una situación comprometida no siempre se interpreta como una admisión de culpabilidad, sino como una forma de proteger la credibilidad de la institución.

Quizá la cuestión de fondo sea esa. No si habrá un nuevo escándalo dentro de unos meses –porque probablemente lo habrá–, sino si seguiremos reaccionando de la misma manera.

Seis años después de aquel artículo sobre lobbies, buen gobierno y buena administración, las preguntas siguen siendo prácticamente las mismas. Lo preocupante no es que aún no tengamos todas las respuestas. Lo preocupante es que seguimos discutiendo los mismos problemas como si acabáramos de descubrirlos.

The Conversation

ref. La selección: la corrupción ya es más viral que la Casita de Bad Bunny – https://theconversation.com/la-seleccion-la-corrupcion-ya-es-mas-viral-que-la-casita-de-bad-bunny-284634

Suplemento cultural: el arte en la ciudad

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Claudia Lorenzo Rubiera, Editora de Arte y Humanidades, The Conversation

Agnès Varda y JR en un fotograma de _Caras y lugares_. arte France Cinéma

Una versión de este texto se publicó por primera vez en nuestro boletín Suplemento cultural, un resumen quincenal de la actualidad cultural y una selección de los mejores artículos de historia, literatura, cine, arte o música. Si quiere recibirlo, puede suscribirse aquí.


Una de las cosas que más me gustan de este trabajo es poder aprender cada día algo nuevo de las disciplinas que más me interesan.

Editar este artículo de Juan Manuel Ros García me llevó a revisitar el documental Caras y lugares, de Agnès Varda y JR, una película que les recomiendo por lo bonita, tierna y sencilla que es. En ella hacen una defensa del arte, del arte urbano para más señas, como forma de conexión con diferentes ciudadanos franceses. A través de la creación de carteles gigantes en los que se destacan los rostros de la gente normal, consiguen que estas personas sean vistas con la importancia y el honor que merecen.

Cuando el grupo de investigación AUPART comenzó su proyecto, buscaban averiguar –y medir– si el arte urbano puede –y debe– entenderse como un vínculo entre la pieza y quienes viven en el espacio en el que se localiza dicha pieza. Es decir, ¿tiene sentido que en un mural, una estatua o una intervención pública se plantee, además de su belleza estética, si hace que el día a día de quienes van a interactuar con él sea mejor? Es cierto que colocar algo bonito, simplemente por ser bonito, no hace daño a nadie. Pero, como dice Ros García, es una oportunidad perdida de poder ser algo más.

Viene el papa

El papa está en España. Si me leen desde Madrid, Barcelona o Canarias se habrán dado cuenta de ello sin que se lo tenga que decir. Es la primera visita de León XIV al país, y la primera de un sumo pontífice desde Benedicto XVI. A muchos de nosotros nos parece habitual el jaleo que se monta cada vez que el papa sale del Vaticano: nos hemos criado con viajes del cabeza de la Iglesia alrededor del mundo, saludando entre las muchedumbres.

Pero Anna Peirats aclara que no siempre fue así. Durante siglos la costumbre era la opuesta: los fieles peregrinaban a ver al Santo Padre hasta Roma, hasta la tumba de san Pedro. Y él no se movía de allí.

Qué escuchamos en una voz

El otro día volví a ver Philadelphia. Al inicio, cuando sale una chica ayudando al personaje de Tom Hanks a maquillarse las lesiones que tiene en la cara provocadas por el sida, pegué un grito. Era Chandra Wilson, la doctora Bailey en Anatomía de Grey –que sigo religiosamente desde hace décadas–. Lo que más me impresionó no fue su aspecto joven (han pasado más de 30 años), sino su voz. Qué aguda y juvenil era en 1994 y, sobre todo, qué diferente a la voz ronca que conozco de la serie de televisión.

De eso habla Clara Macarena Ponce Romero en su artículo, al hilo del escándalo que se ha montado sobre la voz de Amaia Montero en la nueva gira de La oreja de Van Gogh que celebra su vuelta al grupo y 30 años desde que la banda nació. Porque no solo las voces cambian a lo largo del tiempo y la vida, sino que muchas veces eso sucede a pesar de las expectativas que sus seguidores tienen, basadas en lo que recuerdan de aquellas voces. Es decir, si los fans de hoy acuden a los conciertos, ¿van para escucharla en 2026 o en realidad quieren recuperar lo que escuchaban en 1996?

Y también al hilo de los conciertos y, sobre todo, de la gira de Rosalía, Rubén Picó Vila explica cómo funciona la acústica en las salas de conciertos y estadios y la diferencia con lo que sucede en los teatros de la ópera. De repente empiezo a reconciliarme con algunos cantantes cuyas actuaciones en directo me parecieron decepcionantes pero que, al fin y al cabo, dependían también del lugar en el que estaban.

Más allá de Persépolis

Ha fallecido Marjane Satrapi, la inolvidable autora de Persépolis. Como escribía alguien en Bluesky, “no es solo Persépolis pero sí, es Persépolis”. Porque esa novela gráfica y su posterior adaptación cinematográfica fueron esenciales para que gran parte de Occidente entendiese la vida en Irán bajo el régimen de los ayatolás.

Aunque, efectivamente, había Satrapi más allá de ese libro. Por eso, cuando en 2024 los Premios Princesa de Asturias le concedieron el galardón en la categoría de Comunicación y Humanidades, le preguntamos a Elena Pérez Elena, experta en el cómic iraní en la diáspora, por qué este sí y no el de Artes. Y ella nos remitió al acta del jurado: “una voz esencial de los derechos humanos y de la libertad”.

Francisco de Vitoria, hace cinco siglos y ahora

Hablando de derechos humanos, viajemos cinco siglos atrás, hasta Castilla, hasta las enseñanzas de Francisco de Vitoria, fundador de la Escuela de Salamanca.
Como destaca David Jiménez Castaño, Vitoria es reconocido como uno de los precursores de los derechos humanos y las relaciones internacionales, y sin ánimo de hacer presentismo, es útil releer sus teorías y utilizarlas como base para saber si las actitudes y amenazas geopolíticas de hoy en día se sostendrían éticamente según sus postulados.

Pero también es interesante, como defiende Izaskun Álvarez Cuartero, analizar cómo se utilizaron esas teorías en su momento para justificar la presencia española en América.

Jiménez Castaño y Álvarez Cuartero celebran los 500 años de la Escuela de Salamanca dándonos información para que nosotros hagamos lo que los pensadores animaban a hacer en su momento: formarnos un criterio propio.

El presente y el futuro

El Estado de Israel sigue invadiendo el Líbano sin que se le ponga freno. El fin de semana pasado rebasó la línea que él mismo se había autoimpuesto, hasta el punto de tomar el castillo de Beaufort. Hoy nos detenemos en la historia de este enclave, compleja y muchas veces violenta, igual que el ahora.

No obstante, nos rodean mensajes que nos animan a no perder la esperanza. Es lo último que debemos dejar atrás, dicen. Pero… ¿agarrarnos a determinadas esperanzas puede ser contraproducente? ¿Tal vez confiar en un futuro mejor evita que protestemos contra este presente?

The Conversation

ref. Suplemento cultural: el arte en la ciudad – https://theconversation.com/suplemento-cultural-el-arte-en-la-ciudad-284566

La conversación docente: El acceso a la universidad, ¿prueba de madurez o desafío memorístico?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Eva Catalán, Editora de Educación, The Conversation

s880 / Shutterstock

“Efecto retroactivo de la evaluación”: así se llama científicamente a la influencia que tiene el tipo de prueba a la que se enfrentará un aprendiz en la manera que estudiará y aprenderá una materia. Incluso, en la manera en que se enseñará.

Un ejemplo claro es la relación entre la prueba de acceso a la universidad (PAU) y los dos años previos de secundaria, el Bachillerato. Docentes y estudiantes saben que, independientemente de lo que se haga y se evalúe en clase (incluso pese a que representa el 60 % de la nota final para entrar en la universidad), la PAU es el objetivo, ese destino final para sus alumnos y alumnas, y saben también que muchos necesitan sacar la nota más alta posible para acceder al grado que quieran estudiar. Por lo tanto, si la PAU es un examen memorístico (por ejemplo, en Lengua y Literatura o en Historia), si lo que quieren es dar a sus estudiantes las máximas oportunidades, les prepararán para este tipo de prueba.

No pasa solo en la PAU. Imaginemos que un docente de sexto de primaria sabe que al final del curso sus alumnos realizarán una prueba de rendimiento en Lengua y Literatura de ámbito nacional, o autonómico, cuyos resultados formarán parte de un ránking de escuelas. ¿Seguirá a pies juntillas el currículum, se preocupará de introducir métodos de aprendizaje novedosos o de proponer actividades creativas para que los estudiantes disfruten de la asignatura, o se centrará en las preguntas que esta prueba plantea y tratará de prepararlos específicamente para ella, de manera que la escuela resulte bien situada en el ránking final?

Cada docente tendrá una respuesta para esta pregunta. En cualquier caso, dado que la ley educativa española propone que en secundaria (tanto en la parte obligatoria, la ESO, como en la parte de Bachillerato como cursos preparatorios para la universidad) se implanten métodos de enseñanza activos y se evalúen muchas más cosas que la reproducción exacta de lo dicho en clase o en los libros, lo lógico sería que la prueba de acceso a la universidad tuviera también este planteamiento competencial. ¿Lo tiene?

Lucía Sánchez-Taragaza y Joan Albert Gimeno Rovira de la Universitat Jaume I han investigado qué exámenes de la PAU y qué materias están hechas para evaluar habilidades críticas, de síntesis, de integración de conocimientos, y en cuáles tiene más peso el contenido aprendido de memoria. Sus conclusiones son muy interesantes, pues efectivamente la prueba de acceso a la universidad todavía es bastante memorística, lo cual hace que las clases de Bachillerato tiendan a adoptar este enfoque. Aunque, como ellos explican, no tendría por qué ser así.

Los cambios en la PAU comenzaron a implantarse el año pasado, y es lógico que no sean drásticos ni se perciban de la noche a la mañana. Hay otras cuestiones que los expertos se plantean sobre esta prueba, como su grado de equidad entre comunidades autónomas o la mejor manera de prepararse para controlar la ansiedad que provoca entre los estudiantes (y a menudo sus familias).

Ellos y ellas, por cierto, ya no estudian como antes. Si alguna vez al abrir la puerta del dormitorio de un adolescente que supuestamente estaba estudiando se lo ha encontrado mandando un mensaje de audio al grupo de clase, piénselo dos veces antes de echarle una bronca. Puede estar, efectivamente, estudiando. Laia Lluch de la UOC ha investigado el papel de la hiperconexión digital tiene en la preparación de exámenes y ha llegado a conclusiones interesantes.

Esta quincena hemos hablado también de altas capacidades, de cómo detectarlas, de qué hacer en el aula para enseñar mejor a los niños y niñas que las tienen, pero también de cómo no deberíamos pensar ellas como una ventaja competitiva; de cómo apreciar e incluir la lengua de origen de los estudiantes inmigrantes en sus institutos y colegios (con libros en la biblioteca, con presentaciones o ejemplos en el aula, simplemente aceptando que la usen y mostrando interés y curiosidad) puede influir en su rendimiento escolar; de por qué todos los docentes deberían entender cómo se desarrolla y funciona el cerebro; de lenguaje adolescente en redes y cómo afecta a la expresión escrita y la comprensión lectora en la escuela; y de cómo el origami (o lo que en otras épocas conocimos como papiroflexia) puede ser un aliado fantástico para una comprensión más profunda de las matemáticas.

The Conversation

ref. La conversación docente: El acceso a la universidad, ¿prueba de madurez o desafío memorístico? – https://theconversation.com/la-conversacion-docente-el-acceso-a-la-universidad-prueba-de-madurez-o-desafio-memoristico-284658

Le climat a son objectif de 1,5 °C, qu’en est-il de l’océan ? Un baromètre pour changer de regard

Source: The Conversation – France (in French) – By Marina Lévy, Directrice de l’Institut de l’Océan, océanographe, Sorbonne Université; Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

L’océan joue un rôle simultanément de régulateur du climat, de pourvoyeur de ressources pour nos sociétés et d’espace de tensions croissantes, mais est trop souvent vu de façon fragmentée. Présenté pour la première fois lors de la troisième Conférence des Nations unies sur l’océan (Unoc) de Nice en 2025, le baromètre Starfish a été développé par des scientifiques pour présenter une vision d’ensemble de l’état de santé de l’océan. La deuxième édition est dévoilée, ce 8 juin 2026, à l’occasion de la Journée mondiale de l’océan.


L’océan recouvre plus des deux tiers de la surface de la Terre. Il régule le climat, soutient nos économies, transporte l’essentiel de nos échanges et nourrit des milliards d’êtres humains. Et pourtant, il reste l’un des « grands impensés de nos sociétés ».

Cette invisibilité tient en partie à la manière dont l’océan nous apparaît, c’est-à-dire, par fragments, et cela, sans que ces différents signaux ne soient toujours reliés entre eux. Changement climatique, perte de biodiversité, pollutions multiples et autres pressions humaines, ressources alimentaires, biomédicales et énergétiques, transport de marchandises, de données numériques et voie de migrations humaines, gouvernance, impacts sur les sociétés… ces dimensions interagissent en permanence. Nous voyons les symptômes, mais rarement le système dans son entier.

Pourtant, les connaissances scientifiques sur l’océan n’ont jamais été aussi nombreuses, mais elles restent largement dispersées et souvent peu accessibles à un public non spécialiste. À l’occasion de la Conférence des Nations unies sur l’océan (Unoc 3), organisée à Nice en juin 2025, l’idée a émergé de fournir aux décideurs un indicateur clair, à l’image du seuil de 1,5 °C pour le climat. Mais l’océan ne saurait se résumer à un chiffre.

Il est simultanément régulateur, ressource et espace de tensions croissantes. C’est un système dont dépend directement la stabilité de nos sociétés, désormais confrontées à des risques accrus, dont les répercussions sont déjà bien visibles : records de température de l’eau, montée des eaux, tempêtes plus intenses du fait du changement climatique, mais aussi exploitation non durable des ressources, pollution plastique et même blocage de points stratégiques de passage du commerce mondial, comme nous le rappelle l’actualité.

Plutôt qu’un indicateur unique, l’idée d’un baromètre multi-dimensionnel a donc émergé : ainsi est né le baromètre Starfish, dévoilé pour la première fois le 8 juin 2025 à l’occasion de la journée mondiale de l’océan. Élaboré par une équipe multidisciplinaire d’experts, il a été présenté, à l’occasion de l’Unoc 3, aux délégations de chefs d’États et de gouvernements.

Pour l’édition 2026 du baromètre, l’équipe s’est élargie avec notamment l’intégration des membres du comité scientifique du One Ocean Science Congress (le congrès scientifique qui coïncidait avec l’Unoc), renforçant la représentativité géographique avec une participation accrue d’experts issus du Sud global. Mise à jour avec des données plus récentes, le baromètre Starfish 2026 a été dévoilé le 8 juin 2026, la Journée mondiale de l’océan ayant été retenue comme rendez-vous annuel.




À lire aussi :
Pourquoi l’océan est-il si important pour le climat ?


Une nouvelle grille de lecture pour repenser nos interactions avec l’océan

Plutôt qu’un indicateur unique, le baromètre Starfish – dont les résultats sont publiés chaque année dans une revue scientifique à comité de lecture – propose une lecture intégrée de l’océan et de ses relations avec l’humanité.

Cette grille de lecture repose sur cinq dimensions complémentaires, qui forment les cinq branches de l’étoile de mer utilisée pour représenter graphiquement le baromètre :

  • l’état de l’océan,

  • les pressions qui s’exercent sur lui,

  • les réponses mises en place pour le protéger,

  • les conséquences positives pour nos sociétés,

  • et enfin les conséquences négatives pour celles-ci.

Ce baromètre ne produit pas de nouvelles données mais joue un rôle complémentaire : rendre intelligible les savoirs qui existent déjà de façon dispersée. Chaque année, il propose une sélection de développements majeurs liés à l’océan et fondés sur les connaissances scientifiques les plus récentes. Conçu à l’échelle globale, il offre une vision d’ensemble de l’océan dans toute sa complexité, au-delà des frontières géographiques et des découpages institutionnels. Il permet ainsi de replacer des phénomènes locaux ou sectoriels dans un contexte plus large, et de mieux comprendre les interdépendances qui structurent le système océanique. Cette approche permet de relier des enjeux souvent traités séparément, du climat à la sécurité alimentaire, de la biodiversité aux tensions géopolitiques, en les replaçant dans un même système d’interactions.

Le baromètre 2025 dressait ainsi un constat préoccupant : les écosystèmes marins continuent de se dégrader sous l’effet de pressions humaines croissantes. Si les efforts de protection progressent, ils restent encore bien en deçà de ce qui serait nécessaire pour inverser la tendance.

Nous avions mis en avant six chiffres clés pour illustrer la tension entre la trajectoire actuelle et les objectifs de durabilité :

  • l’augmentation du niveau des mers (23 cm depuis 1901),

  • le nombre d’espèces marines menacées d’extinction (1677),

  • la surexploitation halieutique (37,7 % des stocks de poissons),

  • 102 milliards de dollars (soit 88 5 milliards d’euros) de pertes mondiales du fait des tempêtes et des inondations,

  • la production alimentaire marine (115 millions de tonnes),

  • et enfin la protection de seulement 8,34 % de la surface de l’océan par des aires marines protégées.




À lire aussi :
Les océans surchauffent, voici ce que cela signifie pour l’humain et les écosystèmes du monde entier


Les nouveautés de l’édition 2026

Le principal constat du baromètre 2026 reste celui d’un océan dont l’état continue de se détériorer, avec même de premiers signes d’accélération.

Baromètre Starfish 2026.
Fourni par l’auteur

Les pressions humaines, qui restent élevées, sont toujours en cause : les émissions de gaz à effet de serre du transport maritime montrent peu de signes de décarbonation, la pêche industrielle manque toujours de transparence, des contrats d’exploration minière en eaux profondes sont accordés, et la quantité de déchets plastiques dans les océans a atteint des niveaux records.

Les impacts sociétaux, eux aussi, s’aggravent : forte augmentation sur le long terme des pertes économiques liées aux tempêtes et aux inondations, avec un pic particulièrement élevé en 2024. De nouvelles estimations montrant que les dommages liés à l’océan représentent une part majeure du coût socioéconomique total que représentent le changement climatique, la surexploitation des ressources, la perte de biodiversité et la pollution de l’océan.

Dans le même temps, l’édition 2026 met en évidence des avancées structurantes en matière de gouvernance et de solutions. L’entrée en vigueur de deux accords internationaux – le traité sur la haute mer en janvier 2026 et l’interdiction de certaines subventions néfastes à la pêche en septembre 2025 – ainsi que le renforcement des protections commerciales pour les requins et les raies menacés, constituent des étapes majeures pour la protection de la biodiversité marine.

Parallèlement, l’expansion des aires marines protégées – qui a désormais dépassé le seuil symbolique des 10 % – et l’essor des initiatives d’économie circulaire et de financement de l’océan témoignent d’un potentiel de transformation.

Néanmoins, les observations in situ de l’océan sont fragilisées alors même que la demande sociétale en données sur l’océan augmente. L’agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA), par exemple, qui joue un rôle clé au niveau mondial dans l’observation des océans, a fait l’objet de désinvestissements massifs de la part de l’administration américaine actuelle.




À lire aussi :
La destruction des données scientifiques aux États-Unis : un non-sens intellectuel, éthique mais aussi économique


Une boussole pour l’action publique

Au-delà de l’outil de suivi que représente le baromètre, l’enjeu est plus profond : changer la manière dont nous pensons l’océan. L’océan n’est pas seulement un espace en dégradation : il est, par nature, un pilier des équilibres de la planète. Tant qu’il restera invisible ou mal compris, il restera mal gouverné. À l’inverse, une lecture plus intégrée doit permettre de mieux relier les causes, les conséquences et les leviers d’action. Le baromètre Starfish permettra d’accompagner cette prise de conscience encore incomplète, mais essentielle.

Cette grille de lecture ouvre aussi des perspectives nouvelles pour la recherche. En mettant en regard les différentes dimensions de la relation entre l’humanité et les océans, elle permet d’identifier plus clairement les angles morts de la connaissance : ce que l’on sait et surtout ce que l’on ne sait pas encore. Autrement dit, elle peut contribuer à orienter les priorités scientifiques, en révélant les manques, les déséquilibres et les besoins d’observation.

À terme, cette approche pourrait également être déclinée à des échelles régionales. Une telle adaptation permettrait de mieux tenir compte des spécificités locales – écologiques, économiques ou sociales – tout en conservant une vision systémique. Elle offrirait ainsi un cadre cohérent pour évaluer les politiques publiques, en reliant plus directement les pressions exercées sur l’océan, les mesures mises en place et leurs effets mesurables.


Les axes du Baromètre 2026 ont été pilotés par Thomas Frölicher (État de l’océan), William Cheung (Pressions humaines), Patrice Guillotreau (Impacts sociétaux), Joachim Claudet (Efforts de protection) et Peter Haugan (Opportunités pour l’humanité). Marina Lévy et Karina Von Schuckmann ont assuré la direction scientifique d’ensemble. Cette édition du Starfish a été grandement facilitée par Mahé Butel (cheffe de projet), Laurence Collet (communication), Xi Ruan (appui à la production) et Pierre Bahurel (pilotage opérationnel).

The Conversation

Marina Lévy a reçu des financements de l’ANR et du CNES.

ref. Le climat a son objectif de 1,5 °C, qu’en est-il de l’océan ? Un baromètre pour changer de regard – https://theconversation.com/le-climat-a-son-objectif-de-1-5-c-quen-est-il-de-locean-un-barometre-pour-changer-de-regard-280640

Le climat a son objectif de 1,5 °C, qu’en est-il pour l’océan ? Un baromètre pour changer de regard

Source: The Conversation – in French – By Marina Lévy, Directrice de l’Institut de l’Océan, océanographe, Sorbonne Université; Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

L’océan joue simultanément un rôle de régulateur du climat, de pourvoyeur de ressources pour nos sociétés et d’espace de tensions croissantes, mais est trop souvent vu de façon fragmentée. Présenté pour la première fois lors de la troisième Conférence des Nations unies sur l’océan (UNOC) de Nice en 2025, le baromètre Starfish a été développé par des scientifiques pour présenter une vision plus holistique de l’état de santé de l’océan. La deuxième édition est dévoilée ce 8 juin 2026 à l’occasion de la journée mondiale de l’océan.


L’océan recouvre plus des deux tiers de la surface de la Terre. Il régule le climat, soutient nos économies, transporte l’essentiel de nos échanges et nourrit des milliards d’êtres humains. Et pourtant, il reste l’un des « grands impensés de nos sociétés ».

Cette invisibilité tient en partie à la manière dont l’océan nous apparaît, c’est-à-dire, par fragments, et cela, sans que ces différents signaux ne soient toujours reliés entre eux. Changement climatique, perte de biodiversité, pollutions multiples et autres pressions humaines, ressources alimentaires, biomédicales et énergétiques, transport de marchandises, de données numériques et voie de migrations humaines, gouvernance, impacts sur les sociétés… ces dimensions interagissent en permanence. Nous voyons les symptômes, mais rarement le système dans son entier.

Pourtant, les connaissances scientifiques sur l’océan n’ont jamais été aussi nombreuses, mais elles restent largement dispersées et souvent peu accessibles à un public non spécialiste. À l’occasion de la Conférence des Nations unies sur l’océan (UNOC3), organisée à Nice en juin 2025, l’idée a émergé de fournir aux décideurs un indicateur clair, à l’image du seuil de 1,5 °C pour le climat. Mais l’océan ne saurait se résumer à un chiffre.

Il est simultanément régulateur, ressource et espace de tensions croissantes. C’est un système dont dépend directement la stabilité de nos sociétés, désormais confrontées à des risques accrus, dont les répercussions sont déjà bien visibles : records de température de l’eau, montée des eaux, tempêtes plus intenses du fait du changement climatique, mais aussi exploitation non durable des ressources, pollution plastique et même blocage de points stratégiques de passage du commerce mondial, comme nous le rappelle l’actualité.

Plutôt qu’un indicateur unique, l’idée d’un baromètre multi-dimensionnel a donc émergé : ainsi est né le baromètre Starfish, dévoilé pour la première fois le 8 juin 2025 à l’occasion de la journée mondiale de l’océan. Élaboré par une équipe multidisciplinaire d’experts, il a été présenté, à l’occasion de l’UNOC3, aux délégations de chefs d’États et de gouvernements.

Pour l’édition 2026 du baromètre, l’équipe s’est élargie avec notamment l’intégration des membres du comité scientifique du One Ocean Science Congress (le congrès scientifique qui coïncidait avec l’UNOC), renforçant la représentativité géographique avec une participation accrue d’experts issus du Sud global. Mise à jour avec des données plus récentes, le baromètre Starfish 2026 a été dévoilé le 8 juin 2026, la journée mondiale de l’océan ayant été retenue comme rendez-vous annuel.




À lire aussi :
Pourquoi l’océan est-il si important pour le climat ?


Une nouvelle grille de lecture pour repenser nos interactions avec l’océan

Plutôt qu’un indicateur unique, le baromètre Starfish – dont les résultats sont publiés chaque année dans une revue scientifique à comité de lecture – propose une lecture intégrée de l’océan et de ses relations avec l’humanité.

Cette grille de lecture repose sur cinq dimensions complémentaires, qui forment les cinq branches de l’étoile de mer utilisée pour représenter graphiquement le baromètre :

  • l’état de l’océan,

  • les pressions qui s’exercent sur lui,

  • les réponses mises en place pour le protéger,

  • les conséquences positives pour nos sociétés,

  • et enfin les conséquences négatives pour celles-ci.

Ce baromètre ne produit pas de nouvelles données mais joue un rôle complémentaire : rendre intelligible les savoirs qui existent déjà de façon dispersée. Chaque année, il propose une sélection de développements majeurs liés à l’océan et fondés sur les connaissances scientifiques les plus récentes. Conçu à l’échelle globale, il offre une vision d’ensemble de l’océan dans toute sa complexité, au-delà des frontières géographiques et des découpages institutionnels. Il permet ainsi de replacer des phénomènes locaux ou sectoriels dans un contexte plus large, et de mieux comprendre les interdépendances qui structurent le système océanique. Cette approche permet de relier des enjeux souvent traités séparément, du climat à la sécurité alimentaire, de la biodiversité aux tensions géopolitiques, en les replaçant dans un même système d’interactions.

Le baromètre 2025 dressait ainsi un constat préoccupant : les écosystèmes marins continuent de se dégrader sous l’effet de pressions humaines croissantes. Si les efforts de protection progressent, ils restent encore bien en deçà de ce qui serait nécessaire pour inverser la tendance.

Nous avions mis en avant six chiffres clés pour illustrer la tension entre la trajectoire actuelle et les objectifs de durabilité :

  • l’augmentation du niveau des mers (23 cm depuis 1901),

  • le nombre d’espèces marines menacées d’extinction (1677),

  • la surexploitation halieutique (37,7 % des stocks de poissons),

  • 102 milliards de dollars de pertes mondiales du fait des tempêtes et des inondations,

  • la production alimentaire marine (115 millions de tonnes),

  • et enfin la protection de seulement 8,34 % de la surface de l’océan par des aires marines protégées.




À lire aussi :
Les océans surchauffent, voici ce que cela signifie pour l’humain et les écosystèmes du monde entier


Les nouveautés de l’édition 2026

Le principal constat du baromètre 2026 reste celui d’un océan dont l’état continue de se détériorer, avec même de premiers signes d’accélération.

Baromètre Starfish 2026.
Fourni par l’auteur

Les pressions humaines, qui restent élevées, sont toujours en cause : les émissions de gaz à effet de serre du transport maritime montrent peu de signes de décarbonation, la pêche industrielle manque toujours de transparence, des contrats d’exploration minière en eaux profondes sont accordés, et la quantité de déchets plastiques dans les océans a atteint des niveaux records.

Les impacts sociétaux, eux aussi, s’aggravent : forte augmentation sur le long terme des pertes économiques liées aux tempêtes et aux inondations, avec un pic particulièrement élevé en 2024. De nouvelles estimations montrant que les dommages liés à l’océan représentent une part majeure du coût socio-économique total que représentent le changement climatique, la surexploitation des ressources, la perte de biodiversité et la pollution de l’océan.

Dans le même temps, l’édition 2026 met en évidence des avancées structurantes en matière de gouvernance et de solutions. L’entrée en vigueur de deux accords internationaux – le traité sur la haute mer en janvier 2026 et l’interdiction de certaines subventions néfastes à la pêche en septembre 2025 – ainsi que le renforcement des protections commerciales pour les requins et les raies menacés, constituent des étapes majeures pour la protection de la biodiversité marine.

Parallèlement, l’expansion des aires marines protégées – qui a désormais dépassé le seuil symbolique des 10 % – et l’essor des initiatives d’économie circulaire et de financement de l’océan témoignent d’un potentiel de transformation.

Néanmoins, les observations in situ de l’océan sont fragilisées alors même que la demande sociétale en données sur l’océan augmente. L’agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA), par exemple, qui joue un rôle clé au niveau mondial dans l’observation des océans, a fait l’objet de désinvestissements massifs de la part de l’administration américaine actuelle.




À lire aussi :
La destruction des données scientifiques aux États-Unis : un non-sens intellectuel, éthique mais aussi économique


Une boussole pour l’action publique

Au-delà de l’outil de suivi que représente le baromètre, l’enjeu est plus profond : changer la manière dont nous pensons l’océan. L’océan n’est pas seulement un espace en dégradation : il est, par nature, un pilier des équilibres de la planète. Tant qu’il restera invisible ou mal compris, il restera mal gouverné. À l’inverse, une lecture plus intégrée doit permettre de mieux relier les causes, les conséquences et les leviers d’action. Le baromètre Starfish permettra d’accompagner cette prise de conscience encore incomplète, mais essentielle.

Cette grille de lecture ouvre aussi des perspectives nouvelles pour la recherche. En mettant en regard les différentes dimensions de la relation entre l’humanité et les océans, elle permet d’identifier plus clairement les angles morts de la connaissance : ce que l’on sait et surtout ce que l’on ne sait pas encore. Autrement dit, elle peut contribuer à orienter les priorités scientifiques, en révélant les manques, les déséquilibres et les besoins d’observation.

À terme, cette approche pourrait également être déclinée à des échelles régionales. Une telle adaptation permettrait de mieux tenir compte des spécificités locales – écologiques, économiques ou sociales – tout en conservant une vision systémique. Elle offrirait ainsi un cadre cohérent pour évaluer les politiques publiques, en reliant plus directement les pressions exercées sur l’océan, les mesures mises en place et leurs effets mesurables.


Les axes du Baromètre 2026 ont été pilotés par Thomas Frölicher (État de l’océan), William Cheung (Pressions humaines), Patrice Guillotreau (Impacts sociétaux), Joachim Claudet (Efforts de protection) et Peter Haugan (Opportunités pour l’humanité). Marina Lévy et Karina Von Schuckmann ont assuré la direction scientifique d’ensemble. Cette édition du Starfish a été grandement facilitée par Mahé Butel (cheffe de projet), Laurence Collet (communication), Xi Ruan (appui à la production) et Pierre Bahurel (pilotage opérationnel).

The Conversation

Marina Lévy a reçu des financements de l’ANR et du CNES.

ref. Le climat a son objectif de 1,5 °C, qu’en est-il pour l’océan ? Un baromètre pour changer de regard – https://theconversation.com/le-climat-a-son-objectif-de-1-5-c-quen-est-il-pour-locean-un-barometre-pour-changer-de-regard-280640