Le commerce façonne de nouvelles relations de pouvoir à l’échelle mondiale : quelles conséquences pour l’Afrique ?

Source: The Conversation – in French – By Arno J. van Niekerk, Senior lecturer in Economics, University of the Free State

Au cours des deux dernières décennies, la puissance économique, les flux commerciaux, le leadership technologique et même la demande des consommateurs se sont progressivement déplacés de l’Occident vers les pays d’Asie. Ce basculement redessine la carte économique mondiale. Il soulève également des questions pressantes sur la coopération, la concurrence et l’inclusion dans un monde multipolaire. Arno van Niekerk, professeur d’économie et de finance, répond à nos questions sur ces enjeux, qu’il explore dans un nouvel ouvrage, West to East: A New Global Economy in the Making?


Quels sont les signes du basculement de l’Occident vers l’Asie ?

Les Brics, largement tirés par la Chine et l’Inde, ont dépassé les pays du G7 en termes de pourcentage dans le PIB mondial en 2018. Comme le montre la figure 1, la contribution des Brics a augmenté de 32,33 % du PIB mondial à 35,43 % en 2024 (après avoir été de 21,37 % en 2000).

Figure 1

La part du G7 a de son côté diminué à 29,64 %, contre 43,28 % en 2000.

C’est un tournant historique : le centre de gravité économique, longtemps situé en Occident, s’est déplacé vers les économies émergentes.

Le même mouvement s’observe dans le commerce mondial, surtout au niveau des exportations. En 2024, les données dont nous disposons montrent que les pays du Brics+ (les 11 membres, avec les nouveaux entrants) représentaient 28 % des exportations mondiales, presque à égalité avec le G7 (32 %). Cela montre que la Chine et l’Inde ne se contentent plus d’accroître leur production : elles s’intègrent dans les chaînes de valeur mondiales, gagnent en productivité et améliorent le niveau de vie de leurs populations.

Comme le montre la figure 2, la part des exportations mondiales de marchandises des pays du G7 est, par ailleurs, passée de 45,1 % en 2000 à 28,9 % en 2023. De leur côté, les pays du Brics+ ont vu leur proportion passer de 10,7 % (2000) à 23,3 % (2023).

Figure 2

D’autres indicateurs confirment cette évolution :

  • Plus des deux tiers des réserves mondiales de devises étrangères se trouvent désormais en Asie. Elles sont notamment logées en Chine (3 000 milliards de dollars américains), au Japon, en Inde et en Corée du Sud. Ces réserves importantes indiquent que ces pays tirent davantage de revenus de leurs exportations, des flux d’investissement et des transferts de fonds qu’ils n’en dépensent pour leurs importations et le remboursement de leur dette.

  • La Chine a supplanté les puissances occidentales comme principal investisseur à l’étranger dans les pays en développement. Grâce à son initiative « Belt and Road » (la nouvelle route de la soie) — qui implique plus de 150 pays —, elle est devenue la première source mondiale d’investissements directs étrangers.

  • L’Asie abrite désormais plus de la moitié de la classe moyenne mondiale, ce qui stimule la croissance de la demande. L’Asie représentait plus de 50 % des dépenses de consommation mondiales, en 2023, contre moins de 20 % enregistrés en 1990.

  • La Chine, l’Inde, la Corée du Sud et le Japon dominent désormais les secteurs de la technologie financière, de l’intelligence artificielle et de la 5G. La Chine dépose désormais chaque année plus de brevets internationaux que les États-Unis et l’Union européenne réunis. Plus précisément, la rivalité technologique entre les États-Unis et la Chine illustre bien ce changement de leadership technologique.

Que nous apprend cette évolution sur la coopération économique ?

Les pays de l’Orient et de l’Ouest doivent redoubler d’efforts de manière concertée. D’abord, pour apaiser les tensions géoéconomiques croissantes. Ensuite, pour orienter le monde vers une vision commune d’un développement durable qui profite à tous.

Cette coopération doit aller au-delà des accords commerciaux et d’investissement traditionnels. Elle doit être pensée de manière à réduire les inégalités, renforcer la résilience et intégrer la durabilité au cœur des politiques économiques.

Cinq domaines principaux peuvent servir de cadre à cette collaboration internationale :

Il convient de promouvoir des cadres politiques coordonnés à travers :

  • une coopération fiscale sous la forme d’un impôt minimum mondial sur les sociétés afin de garantir des recettes équitables pour les investissements sociaux;

  • une harmonisation des protections sociales et du travail grâce à des normes communes afin de prévenir l’exploitation;

  • l’alignement du développement durable en intégrant les objectifs de développement durable, les objectifs de l’accord de Paris et les principes des droits de l’homme dans les accords commerciaux et financiers.

Il faudra égalemement avoir un commerce et un investissement inclusifs à travers :

  • des accords commerciaux équitables pour garantir que l’accès au marché profite aux petits producteurs, aux femmes et aux communautés marginalisées;

  • la mise en place des chaînes de valeur régionales qui permettent aux pays en développement de monter en gamme au lieu de se cantonner à fournir des matières premières;

  • la conception de cadres de coopération pour le transfert de technologies, en particulier pour le partage des technologies vertes et numériques à des coûts abordables.

Il faut instaurer une coopération financière à travers :

  • les mécanismes de financement innovants, tels que les obligations vertes et sociales, les financements mixtes et les fonds climatiques, doivent être rendus accessibles aux pays à faible revenu.

  • la mise en place des dispositifs de réduction et de restructuration de la dette qui sont nécessaires pour libérer des marges de manœuvre budgétaires au profit des dépenses sociales.

  • l’insauration de mécanismes coopératifs pour l’allègement et la restructuration de la dette. Cela permettra de remédier à la dette insoutenable qui évince les dépenses sociales.

  • la mise en place de partenariats public-privé pour l’inclusion afin de cofinancer les infrastructures sociales: l’éducation, la santé et l’accès au numérique.

Il faut renforcer les capacités par des plateformes de recherche communes pour permettre une collaboration accrue en matière d’adaptation au changement climatique, de sécurité alimentaire et de numérisation inclusive. Il faut renforcer la coopération Sud-Sud et triangulaire, afin d’échanger les expériences entre pays en développement, avec l’appui d’institutions multilatérales. Les programmes de mobilité de la main-d’œuvre gérés par le biais de partenariats de compétences profiteront à la fois aux pays d’origine et aux pays d’accueil.

Il est essentiel de réformer les institutions mondiales telles que la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et l’Organisation mondiale du commerce afin de donner aux économies en développement une voix plus forte au sein de ces institutions.

Que devraient faire les pays africains ?

La Chine, l’Inde et d’autres puissances de l’Est se sont imposées comme de véritables rivales de l’Occident, tant sur le plan économique, militaire que dans le domaine de la gouvernance mondiale. Dans ce nouveau paysage, l’Afrique occupe une position centrale. Elle a la possibilité de devenir un acteur majeur de la future économie mondiale.

Plusieurs priorités s’imposent, surtout pour la prochaine décennie.

La première consisterait à mettre en place une infrastructure numérique et à renforcer les capacités technologiques et d’intelligence artificielle. Ces éléments sont devenus des moteurs essentiels de la compétitivité. Sans infrastructures ni compétences, les pays restent confinés au rôle de fournisseurs de matières premières.

Les pays africains devraient donc :

  • adopter une stratégie nationale en matière de haut débit et de centres de données (public-privé), et des mesures incitatives pour attirer la construction de centres de données régionaux;

  • investir davantage dans les formations en sciences, technologie, ingénierie, mathématiques et intelligence artificielle. Citons par exemple les bootcamps accélérés, les TIC dans les écoles secondaires et le soutien aux start-ups locales spécialisées dans l’IA.

Deuxièmement, les gouvernements doivent continuer à garantir les investissements dans les infrastructures numériques, telles que la fibre optique, les réseaux 5G et les centres de données. Ils pourraient éventuellement tirer part de la Route de la soie chinoise numérique, qui promeut des alternatives technologiques abordables.

Troisièmement, l’Afrique du Sud et les autres pays africains doivent donner la priorité à l’inclusion économique et au développement durable. Pour ce faire, il faut instaurer un développement économique inclusif. Cela devrait être le moteur principal de leur stratégie de développement.

Quatrièmement, les gouvernements africains doivent manœuvrer de manière stratégique entre les changements géopolitiques et les alliances. Ils constituent des sphères d’influence clés dans la concurrence numérique entre les États-Unis et la Chine, et devraient utiliser cette position à leur avantage. Pour ce faire, les gouvernements africains devraient :

  • utiliser leur appartenance au Brics+ de manière coordonnée pour faire progresser leurs intérêts nationaux;

  • favoriser la coopération Sud-Sud en renforçant le commerce, les transferts technologiques et les alliances financières avec d’autres pays en développement d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine. Il convient ainsi de mettre davantage l’accent sur des initiatives telles que le Forum sur la coopération sino-africaine.

  • renforcer la diplomatie commerciale et diversifier les marchés afin de pouvoir vendre davantage de biens et de services sur les marchés asiatiques, européens et intra-africains;

  • maximiser les investissements extérieurs en obtenant des investissements, des infrastructures et des partenariats numériques tant des États-Unis que de la Chine. Cela permettra aux pays africains de tirer parti de la concurrence technologique mondiale.

The Conversation

Arno J. van Niekerk does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Le commerce façonne de nouvelles relations de pouvoir à l’échelle mondiale : quelles conséquences pour l’Afrique ? – https://theconversation.com/le-commerce-faconne-de-nouvelles-relations-de-pouvoir-a-lechelle-mondiale-quelles-consequences-pour-lafrique-267457

Why most of us are reluctant to switch banks, even though it could cut our environmental impact

Source: The Conversation – UK – By Marcel Lukas, Senior Lecturer in Banking and Finance and Vice-Dean Executive Education, University of St Andrews

Geobor/Shutterstock

Beyond cutting back on meat or making the jump to an electric vehicle, another way consumers can reduce their environmental impact is to switch to a green bank. It’s a lifestyle change that could deliver powerful effects – removing money from the fossil fuels pipeline – for little effort or inconvenience.

Yet it has been claimed that people in the UK are more likely to get divorced than switch banks – despite there being services that make changing your current account easy.

The UK’s seven-day Current Account Switch Service (Cass), in operation since 2013, has completed more than 11.6 million switches, including over a million in the year to March 2025. The service switches your incoming and outgoing payments including salary payments, direct debits and standing orders.

Cass reports that 99.7% of these account switches were completed within seven working days – and nearly 90% of people who used the service were satisfied with it. Yet relative to the whole UK population, the number of people actually switching remains modest. The process works, but behaviour lags.

A set of well-documented psychological tendencies help to explain this gap.

“Prospect theory” shows that people weigh any potential losses more heavily than equivalent gains. This tilts people toward staying with their familiar provider when a change involves any chance of disruption or error.

The “endowment effect” increases the subjective value of someone’s existing bank account, simply because they already own it.


Ever wondered how to spend or invest your money in ways that actually benefit people and planet? Or are you curious about the connection between insurance and the climate crisis?

Green Your Money is a new series from the business and environment teams at The Conversation exploring how to make money really matter. Practical and accessible insights from financial experts in the know.


Many people’s status quo bias turns hesitation into inertia, because departing from a default requires attention and effort. And our usual bias towards the present adds a timing problem: the admin is immediate while the benefits arrive later and accrue gradually.

All these mechanisms interact with how people organise their money. Many maintain informal “mental accounts” for bills, savings and day-to-day spending. A bank move forces a rewiring of standing orders, direct debits, salary instructions and payees. It feels like opening a filing cabinet and relabelling everything.

Fear of missing a mortgage or utility payment is especially salient. As such, guarantees like those around direct debits and standing orders provided by the Cass system only help if people trust they are actually covered.

shocked man looking at his phone with his hand on his forehead.
The terror of a missed payment can be a barrier to change.
Andrey Popov/Shutterstock

While financial education improves what people know, studies have found it typically only encourages modest changes in behaviour. A meta-analysis of 201 studies reported that education efforts explained only about 0.1% of changes in money-related behaviour (things like saving, dealing with debt and avoiding fees), with these effects often disappearing over time.

A later meta-analysis with a sample size of more than 160,000 people found that financial education improved knowledge more than it prompted changes in behaviour. This was measured across areas such as budgeting and saving.

These reviews do not test current account switching directly. But they support the narrower point that information alone usually only shifts real-world financial actions a little.

However, small changes to the way choices are presented can move outcomes when used at scale. A comprehensive analysis of 23 million participants found that “nudges” – such as making a process simpler or sending a reminder – increased behaviour changes in areas as varied as signing up to a savings plan or making safety improvements in the home by about 1.4 percentage points, on average. While this may seem small, scale is key.

We can view this finding through a banking lens. Without intervention, perhaps 5% of customers would switch to a better account. A simple nudge might boost this to 6.4%. Across 100,000 customers, that’s 1,400 additional people making a beneficial switch.

How to overcome your inertia

So-called “implementation-intention techniques”, where a person invents conditions to help them achieve a goal, are a practical option. Across 94 tests, it was found that forming an explicit “if–then” plan – for example: “If I get the job then I’ll increase the amount I save” – produced a medium-to-large improvement in people attaining their goals.

In terms of banking, this technique could be used along the following lines: “If it is Sunday at 8pm, I will compare three accounts for 30 minutes. If one is clearly better on fees or green credentials, I will apply for it the same evening. Once approved, I will move two direct debits per night until I’m finished.”

In my experience, there are three steps that can help you overcome inertia when it comes to your finances.

First, convert a general goal into time-boxed tasks on your calendar, using an if–then plan rather than a vague intention.

Second, use frustrations with your existing bank account to motivate you – such as being charged a fee you did not expect, or discovering your bank’s environmental failings. Your motivation to act is elevated at these moments.

Third, to make the task less overwhelming, use a short checklist of payees and subscriptions. Ticking items off in small batches should reduce the cognitive load you feel.

Broader lessons

Clear communication about how much switching services such as Cass will do for an account holder can make them worry less about the risks. This should also help them realise if certain authorisations need to be switched manually.

But the lessons here apply beyond current accounts. Loss aversion, attachment to the familiar, present bias and default effects also shape decisions about savings products, energy tariffs and mobile contracts – choices that all come with environmental consequences.

Systems that assume consumers will tirelessly compare their options will disappoint. Those that make better options prominent, easy and well timed are far more likely to encourage meaningful change, at scale.

The Conversation

Marcel Lukas is the Vice-Dean Executive Education at the University of St Andrews Business School and has previously received funding from the British Academy, UKRI and Interface UK.

ref. Why most of us are reluctant to switch banks, even though it could cut our environmental impact – https://theconversation.com/why-most-of-us-are-reluctant-to-switch-banks-even-though-it-could-cut-our-environmental-impact-267042

Suplemento cultural: un baile inolvidable

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Claudia Lorenzo Rubiera, Editora de Cultura, The Conversation

Fotograma del videoclip de Bad Bunny de ‘Baile Inolvidable’. YouTube/Bad Bunny

Llegados a este punto del año, no sé si han sucumbido, como gran parte del planeta, al fenómeno Bad Bunny. Yo confieso que estoy rendida ante ese álbum que tiene un título estéticamente imposible de replicar sin un buen corta y pega: DeBÍ TiRAR MáS FOToS. Y lo estoy porque si algo hace el puertorriqueño es abrazar los ritmos y la cultura de su isla y ponerlos al servicio de unas canciones en las que, además de reivindicar lo latino con las letras, utiliza la música para proteger y ensalzar sus orígenes.

“Baile inolvidable”, la pieza que da nombre al boletín de hoy, es por ejemplo una salsa que le guiña el ojo a los éxitos del género. Hace unos días Carmen del Rocío Monedero se zambulló en la historia y la cultura de Puerto Rico para explicar todas las influencias de las que bebe el reguetonero, y la lectura de su artículo es una alegría.

Pero si no le gusta Bad Bunny, no está solo. Muchos siguen rechazando su vocalización (mejorable), sus “melodías” o algunas de sus letras. Y luego hay un grupo que se opone, simplemente, a todo lo que él representa. La mayor parte de los cabecillas del movimiento MAGA (“Make America Great Again”) han alzado la voz contra la participación del puertorriqueño en el espectáculo del intermedio de la Superbowl, un escaparate mundial de la cultura estadounidense. Y ese es el problema, que ese hombre latino que canta en español, mal que les pese, es tan ciudadano de su país como ellos mismos.

Aprovecho para repescar este antiguo artículo –maravilloso– que cuenta cómo se perreaba en la España del Siglo de Oro.

Huyendo hacia ‘Atlantic City’

Y de la marcha más absoluta pasamos a la música más introspectiva. Porque eso es lo que surgió cuando Bruce Springsteen, recién salido –y agotado– del éxito de The River, inició la grabación de lo que sería su siguiente álbum: Nebraska.

El protagonista de The Bear, Jeremy Allen White, le pone rostro y voz al Boss en un biopic que explica el proceso de creación de un disco que en su momento nadie imaginaba que podía salir del alma roquera del cantante pero que se ha convertido en una obra maestra.

Vuelve el convento

Ahora que Rosalía ha presentado la portada de su próximo trabajo, que se publicará la semana que viene, ha surgido una revolución entre los expertos y estudiosos a propósito del éxito que están teniendo las monjas en la actualidad.

Pero un mes antes de que la cantante catalana se colocase el velo blanco, Alauda Ruiz de Azúa conquistaba al Festival de Cine de San Sebastián con la historia de una adolescente que, en vez de ir a la universidad, sueña con recluirse en un convento de clausura. Los domingos se acaba de estrenar en España y, en ella, la directora vasca vuelve a adentrarse en la familia, su tema favorito, para retratar la reacción que provoca una decisión como esa.

Carta desde el infierno

También se estrena en algunos cines el Frankenstein de Guillermo del Toro, un relato que siempre ha obsesionado al mexicano y cuya producción por fin ha conseguido levantar gracias a la ayuda de Netflix. Por eso no encontrarán la película en muchas salas: múltiples exhibidores se niegan a invertir en filmes que pocas semanas después llegarán a las plataformas.

No obstante, en base a los que dicen quienes ya la han disfrutado, si tienen ocasión de verla en una pantalla grande no la desaprovechen. Nosotros nos quedamos mientras tanto reflexionando sobre el mito del nuevo Prometeo y su longevidad.

Asturias mira hacia América Latina

El viernes 24 de octubre se entregaron en Oviedo los Premios Princesa de Asturias, unos galardones internacionales consolidados en España que cada vez miran más hacia América Latina. Además de celebrar el trabajo del Museo Nacional de Antropología de México, en este 2025 han destacado, en Artes, la mirada de la maravillosa fotógrafa Graciela Iturbide y, en Investigación Científica y Técnica, a la estadounidense Mary-Claire King, que lleva 40 años colaborando como genetista con las Abuelas de la Plaza de Mayo argentinas.

Otro estadounidense, Douglas Massey, experto en migraciones latinoamericanas hacia su país, nos contaba en una entrevista que estamos abordando la cuestión desde un prisma equivocado y poco humanitario, además de creernos la retórica de la amenaza en vez de la retórica de la oportunidad.

Más allá de los ya mencionados, se ha reconocido también al filósofo Byung-Chul Han (a pesar de las múltiples críticas que recibe), la tenista Serena Williams, el economista Mario Draghi y el escritor español Eduardo Mendoza, que se pasó varios días acudiendo a eventos en Asturias y dijo que no cree que haya ya ningún ovetense sin una foto con él.

The Conversation

ref. Suplemento cultural: un baile inolvidable – https://theconversation.com/suplemento-cultural-un-baile-inolvidable-268250

Why fasting won’t cleanse your body – or beat cancer

Source: The Conversation – UK – By Justin Stebbing, Professor of Biomedical Sciences, Anglia Ruskin University

Jo Panuwat D/Shutterstock

Every few months, a new “miracle cure” for cancer trends on social media. From superfoods and supplements to extreme diets, the promises are always bold – and almost always misleading. The latest claim suggests that a 21-day water fast can “starve” cancer cells and trigger the body to heal itself. It sounds simple, even empowering: stop eating and your body will do the rest.

But biology is rarely that simple. Cancer is not a single disease, and metabolism does not switch neatly between “sick” and “healthy.” While fasting can affect how our cells use energy, there is no scientific evidence that it can eradicate tumours. In fact, prolonged fasting can be dangerous, especially for people already weakened by cancer or its treatments.

While fasting can influence metabolism, immunity and some aspects of cell growth, there is no credible evidence that prolonged water fasting can treat or cure cancer.

Fasting, in its many forms – from intermittent fasting to short-term calorie restriction – has been shown in laboratory studies to influence how cells repair themselves and manage energy. 2024 research shows that fasting temporarily suppresses intestinal stem cell activity, followed by a powerful regenerative phase once food is reintroduced. This rebound in stem cell growth is driven by a pathway known as mTOR, which promotes protein synthesis and cell proliferation.

Some celebrities and influencers claim that water fasting could help
Artfilmphoto/Shutterstock

While this regeneration helps tissues recover, it can also create a vulnerable window in which harmful mutations may occur more easily, raising the risk of tumour formation.

Most research on fasting’s effects has focused on intermittent or short fasts lasting between 12 and 72 hours, not on extreme water-only fasts that continue for weeks. A 21-day water fast, as promoted in some wellness circles, carries serious risks. Extended fasting can cause dehydration, electrolyte imbalances, dangerously low blood pressure and muscle loss.

Cancer itself often leads to malnutrition, and fasting can accelerate wasting (cachexia), weaken the immune system and increase susceptibility to infection. Many cancer patients are undergoing chemotherapies that require adequate nutrition to maintain organ function and safely metabolise drugs. Combining these treatments with prolonged fasting can amplify toxicity, delay recovery and worsen fatigue.

There are ongoing clinical studies into short fasting or fasting-mimicking diets before chemotherapy, but these are medically supervised, typically lasting less than 48 hours and carefully monitored for safety.

Fasting continues to intrigue scientists because it activates ancient survival mechanisms. During food scarcity, the body triggers processes such as autophagy, where cells recycle damaged components. This process can reduce inflammation and improve metabolic health in animal studies.

But in cancer, the story is far more complex. Cancer cells are resourceful. They can adapt to fasting by finding alternative fuel sources, sometimes outcompeting healthy cells under nutrient stress. Long periods without nutrition can also weaken immune cells that normally detect and attack tumours.

The 2024 fasting study demonstrates this duality. Fasting may reset metabolism, but refeeding rapidly activates growth pathways such as mTOR. In healthy cells, this helps repair tissues. In cells already carrying DNA damage or early mutations, it can encourage malignant progression. This makes fasting a complex biological stress factor rather than a harmless or therapeutic intervention.

The ‘detox’ myth

Much of fasting’s popular appeal comes from the myth of “detoxification”: the belief that abstaining from food “cleanses” the body. In reality, organs such as the liver, kidneys and lymphatic system already perform this task continuously. Cancer is not caused by accumulated “toxins” that can be flushed out. It develops through genetic changes that cause uncontrolled cell growth. No research has shown that fasting can eliminate cancer cells or shrink tumours in humans.

Water fasts won’t ‘detox’ your body.
PeopleImages/Shutterstock

Controlled studies have observed only short-term metabolic shifts that may influence inflammation or insulin signalling. These effects could help reduce long-term risk factors for chronic disease, but they do not reverse cancer once it has developed.

The promise and limits of metabolic research

There is scientific interest in how metabolism affects cancer. Researchers are exploring whether targeted calorie restriction or ketogenic diets could make tumour cells more sensitive to treatment while protecting healthy ones. These studies are still in early stages and focus on precision, not deprivation. None involve starving the body of all nutrients for weeks.

Sensational claims blur the line between hypothesis and proof, giving vulnerable patients false hope by cherry-picking facts, mentioning fasting’s role in cell repair while omitting the crucial detail that most findings come from animal models, not human trials. For someone undergoing cancer treatment, attempting an unsupervised extreme fast could delay essential care, worsen side effects, or even put their life at risk.

Fasting is a physiological stressor. In small, controlled doses, it can trigger adaptive processes that benefit health. In excess, especially during illness, it can cause harm.

A 21-day water fast is neither a plausible nor a safe cancer treatment. Research into fasting helps us understand how cells respond to nutrition and stress, but that knowledge underscores fasting’s complexity rather than supports it as therapy. While balanced nutrition, hydration, regular physical activity and adequate sleep can all support resilience during cancer therapy, none replace medical treatments designed to target tumour biology. Cancer care requires targeted, evidence-based treatments such as chemotherapy, radiotherapy, surgery and immunotherapy.

Fasting research is helping us understand the deep connections between metabolism and disease, but that is very different from curing cancer with a glass of water and willpower. It is understandable that people want control when facing something as frightening as cancer. The search for alternatives often comes from fear, frustration or a wish to avoid painful treatments. But hope should never rest on misinformation.

The Conversation

Justin Stebbing does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Why fasting won’t cleanse your body – or beat cancer – https://theconversation.com/why-fasting-wont-cleanse-your-body-or-beat-cancer-267555

How anatomical names can carry hidden histories of power and exclusion

Source: The Conversation – UK – By Lucy E. Hyde, Lecturer, Anatomy, University of Bristol

Gabriel Falloppius explaining one of his discoveries to the Cardinal Duke of Ferrara WellcomeTrust, CC BY-SA

Buried in your body is a tribute to a long-dead Italian anatomist, and he is not the only one. You are walking around with the names of strangers stitched into your bones, brains, and organs. We all are.

Some of these names sound mythical. The Achilles tendon, the band at the back of your ankle, pays homage to a Greek hero felled by an arrow in his weak spot. The Adam’s apple nods to a certain biblical bite of fruit. But most of these names are not myths. They belong to real people, mostly European anatomists from centuries ago, whose legacies live on every time someone opens a medical textbook.

They are called eponyms: anatomical structures named after people rather than described for what they actually are.

Take the fallopian tubes. These small passageways between the ovaries and the uterus were described in 1561 by Gabriele Falloppio, an Italian anatomist with a fascination for tubes who also gave his name to the Fallopian canal in the ear.

Gabriele Falloppio (1523–1562) was an Italian anatomist and surgeon who described the fallopian tubes in his 1561 work, Observationes Anatomicae.
https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1724751

Or “Broca’s area”, named for Paul Broca, the 19th-century French physician who linked a region of the left frontal lobe to speech production. If you have ever studied psychology or known someone who has had a stroke, you have probably heard his name.

Then there is the eustachian tube, that small airway you pop open when you yawn on a plane. It is named after Bartolomeo Eustachi, a 16th-century physician to the Pope. These men have all left fingerprints on our anatomy, not in the flesh, but in the language.

Why have we stuck with these names for centuries? Because eponyms are more than medical trivia. They are woven into the culture of anatomy. Generations of students have chanted them in lecture halls and scribbled them into notes. Surgeons drop them mid-operation as if chatting about old friends.

They are short, snappy and familiar. “Broca’s area” takes two seconds to say. Its descriptive alternative, “posterior inferior frontal gyrus,” feels like reciting an incantation. In busy clinical settings, brevity often wins.

Eponyms also come with stories, which make them memorable. Students remember Falloppio because he sounds like a Renaissance lute player. They remember Achilles because they know where to aim the arrow. In a field that can feel like a wall of Latin, a human story becomes a useful hook.

The Achilles tendon was named in 1693 after the Greek hero Achilles.
Panos Karas/Shutterstock

And, of course, there is tradition. Medical language is built on centuries of scholarship. For many, erasing eponyms would feel like tearing down history itself.

But there is a darker side to this linguistic love affair. For all their charm, eponyms often fail at their main purpose. They rarely tell you what a structure is or what it does. “Fallopian tube” gives no clue about its role or location. “Uterine tube” does.

Eponyms also reflect a narrow version of history. Most originated during the European Renaissance, a time when anatomical “discovery” often meant claiming knowledge that already existed elsewhere. The people being celebrated are overwhelmingly white European men. The contributions of women, non-European scholars and Indigenous knowledge systems are almost invisible in this language.

Then there is the truly uncomfortable truth: some eponyms honour people with horrific pasts. “Reiter’s syndrome,” for example, was named after Hans Reiter, a Nazi physician who conducted brutal experiments on prisoners at Buchenwald. Today, the medical community uses the neutral term “reactive arthritis,” a small but meaningful refusal to celebrate someone who caused harm.

Every eponym is a small monument. Some are quaint and historical. Others are monuments we would rather not keep polishing.

Descriptive names, by contrast, simply make sense. They are clear, universal and useful. You do not need to memorise who discovered something, only where it is and what it does.

If you hear “nasal mucosa,” you immediately know it is inside the nose. Ask someone to locate the “Schneiderian membrane,” and you will probably get a blank stare.




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Descriptive terms are easier to translate, standardise and search. They make anatomy more accessible for learners, clinicians and the public. Most importantly, they do not glorify anyone.

So what should we do with all these old names?

There is a growing movement to phase out eponyms, or at least to use them alongside descriptive ones. The International Federation of Associations of Anatomists (IFAA) encourages descriptive terms in teaching and writing, with eponyms in parentheses.

That does not mean we should burn the history books. It means adding context. We can teach the story of Paul Broca while acknowledging the bias built into naming traditions. We can remember Hans Reiter not by attaching his name to a disease, but as a cautionary tale.

This dual approach allows us to preserve the history without letting it dictate the future. It makes anatomy clearer, fairer, and more honest.

The language of anatomy is not just academic jargon. It is a map of power, memory, and legacy written into our flesh. Every time a doctor says “Eustachian tube,” they echo the 16th century. Every time a student learns “uterine tube,” they reach for clarity and inclusion.

Perhaps the future of anatomy is not about erasing old names. It is about understanding the stories they carry and deciding which ones are worth keeping.

The Conversation

Lucy E. Hyde does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. How anatomical names can carry hidden histories of power and exclusion – https://theconversation.com/how-anatomical-names-can-carry-hidden-histories-of-power-and-exclusion-267880

Changes to the BBC’s Written Archives Centre threaten open research – and might infringe on the broadcaster’s charter

Source: The Conversation – UK – By John Wyver, Professor of the Arts on Screen, University of Westminster

The BBC’s Written Archives Centre (WAC) is housed in an unassuming bungalow on the outskirts of Reading, 40 miles west of London. It holds one of the greatest document collections of British and global history from the past century.

For half that time, researchers, storytellers and interested members of the public were able to mine its extensive resources for monographs, dissertations and broadcasts relating to the BBC. Recent changes to the conditions of access, however, mean that independent and exploratory research at the WAC is no longer possible.

The centre houses scripts, personnel files, production notes, meeting minutes, correspondence and other materials related to BBC radio and TV broadcasts since 1922. It reveals how politicians, pop stars, monarchs and artists have engaged with one of the most powerful media organisations of the past century. It also captures the debates, decisions, and everyday lives behind the BBC’s operations.

Because of the BBC’s importance, the WAC’s archives reflect countless aspects of our social, political and cultural history. The changing roles of women since the 1920s have been traced through the riches of the archive, as have transformations in ideas of class and social relations, in understandings of LGBT+ identities, and in celebrations and conflicts of race and immigration.

Even so, researchers know there is far, far more to be uncovered. The WAC is one of Britain’s most significant resources for revealing the history of the past century, second only to The National Archives housed at Kew.

But earlier this year, the WAC quietly introduced changes to who can use it and how. Personal enquiries from the public can no longer be answered, and the reading room is now only open on Wednesdays and Thursdays. Most significant for researchers was the decision to end the vetting and opening of files on request.

Many of the archive users, including myself, feel we were not involved in any meaningful consultation before these changes were made. In 2024, there had been a single online meeting at which a small number of users were asked for their suggestions for improvements. At that meeting there was no mention of the proposed changes and no sense of seeking feedback. No other consultation seems to have been undertaken.

Some two-thirds of the hundreds of thousands of WAC files have not yet been opened for use by researchers. Until early this year, the exceptional archivists there would, in response to an enquiry, identify relevant files. They would then read and, if necessary, minimally redact (removing certain personal details, for example) files that had not previously been opened.

In the work for my forthcoming history of television between the wars, Magic Rays of Light: The Early Years of Television in Britain, I estimate that roughly half of the 300-plus files I consulted were opened especially for me.

The ending of on-request vetting has been made by BBC managers for two reasons, which were shared in online meetings that I participated in. One is the straitened finances of the corporation, which have necessitated severe cutbacks to many services. Suggestions for how to help mitigate this, which were made in meetings by users, so far appear to have been ignored by those responsible for the change.

The other reason given for the ending of on-request vetting is an internal shift towards a more focused, curatorial approach to the WAC. Under the new arrangements, batches of files will be made available according to internal priorities decided, like the WAC’s new timetable, solely by the BBC.

Those objecting to this change were told that the new priorities will reflect more closely the BBC’s programming and business concerns. This aims to facilitate, for example, a smoother marking of “content moments” such as anniversaries.

More than 500 academics and independent researchers, including myself, have signed an open letter expressing “profound concern” about the changes. Recognising that the review of the BBC’s charter is fast approaching, the letter calls on the BBC “to publish a code of practice affirming continuing WAC access and the continued availability of files on request”.

Without on-request opening of files, many WAC users feel they are essentially barred from independent research and can no longer plan with any confidence new books or other projects. More generally, they point out that the BBC’s new conditions flout the generally accepted principle for responsible archives of clear separation between the provision of access and the practices of curation.

The campaigners also highlight that the WAC is a public resource paid for over decades by public funds through the licence fee. Closing down the channel for independent access, they suggest, infringes in a significant way one of the five public purposes of the BBC defined by the BBC’s Charter: “To support learning for people of all ages.”

The campaigners laid out their “public purposes” argument in a different, detailed letter sent directly to the BBC board’s chair, Samir Shah, in mid-August, and in individual letters to each of the members of the board, which has the mandate to deliver the BBC’s mission and public purposes. No response has been forthcoming.

The BBC has promised that “some” files will be newly vetted and opened up, decided solely by them, but they have not said how many or what they will be, nor have they outlined a timetable for this. The community of users who journey out to the reading room of the WAC bungalow remain frustrated in their concern to undertake meaningful independent research.

When contacted by The Conversation for comment on its changes to the WAC, the BBC responded:

We are taking on a new approach to make a wider selection of BBC history accessible and searchable, with an ambition to open up more of the written archive from 30% to 50% over the next five years.

Given the level of resource available, we are moving to a series of structured content releases rather than individual requests for specific content, which will open up the written archive further and deliver greater value for all licence fee payers.

The service will continue to offer access and reading room visits for researchers and support freedom of information and subject access requests.

Moving to a series of structured content releases rather than individual requests for specific content … will open up the archive and deliver greater value for licence fee payers and support learning for people of all ages.


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The Conversation

John Wyver has in the past received funding from the AHRC for a research project that has made use of the resources of the Written Archives Centre.

ref. Changes to the BBC’s Written Archives Centre threaten open research – and might infringe on the broadcaster’s charter – https://theconversation.com/changes-to-the-bbcs-written-archives-centre-threaten-open-research-and-might-infringe-on-the-broadcasters-charter-267929

Children with special educational needs are more likely to miss school – it’s sign of a system under strain

Source: The Conversation – UK – By Caroline Bond, Professor of Education, Manchester University

Hryshchyshen Serhii/Shutterstock

Pupils with special educational needs and disabilities are twice as likely as their peers to be persistently absent from school.

Persistent absence means that they miss up to 10% of school sessions (sessions are a morning or afternoon at school). For those with an Education, Health and Care Plan (EHCP) – a legal document that lays out support they are entitled to – the picture is even worse. They are up to seven times more likely to be severely absent, meaning that they are missing more than half of school sessions. Absence is higher still for pupils in special schools compared with those in mainstream education.

Suspensions tell a similar story. Pupils with special educational needs are almost four times more likely to be suspended than those without.

Engagement among pupils with special educational needs also drops sharply in secondary school. Only 45% say they like being at school. And it’s not just pupils who feel the system isn’t working: three-quarters of teachers in a recent survey said schools are not inclusive enough for all pupils.

The current approach to inclusion often relies on case-by-case fixes, but this isn’t sustainable. Since 2016, the number of EHCPs has risen by over 80%, yet the systems for assessing and meeting children’s needs have not kept pace. Many children’s needs go unidentified or unmet, leaving families feeling unsupported and forced to fight for help in an under-resourced system.

Girl holding mother's hand doesn't want to go to school
Many teachers also feel that school isn’t inclusive enough for children with special educational needs.
Ground Picture/Shutterstock

Schools, too, say they struggle to access the external professionals needed for assessments. In one survey, school staff ranked meeting the needs of pupils with special educational needs as their second-biggest challenge, just after budget pressures.

Lifelong effects

When needs go unmet, the consequences can be long-lasting. Persistent absence and suspension both increase the risk of young people leaving school without qualifications and not going into work or training. These issues can spill into adulthood, with poorer job prospects and a higher risk of involvement with the criminal justice system. Addressing special educational needs effectively isn’t just about education – it’s about improving life chances.

The solutions start with making mainstream education genuinely inclusive and properly funded. Schools need cultures that promote belonging and partnership with families to rebuild trust and confidence. National standards for inclusion would help, as would more training for school staff and leaders, alongside better access to specialist support professionals.

We also need to rethink what counts as success in education. A broader mix of qualifications and career paths would help young people play to their strengths and prepare for the future. Schools can also boost engagement by giving pupils more say in decisions that affect them, offering greater choice in the curriculum, and ensuring access to enrichment activities – sport, arts, volunteering and social opportunities – which are proven to improve attendance and wellbeing.

For pupils with special educational needs, timely, targeted support can make all the difference. Skilled mentors, smaller classes, adapted timetables and evidence-based support programmes can help pupils boost school attendance and academic progress. They can also help children manage their emotions and enable them to feel more connected to school. For those struggling with transitions – such as moving schools or preparing for work – proactive planning, supported internships and job coaches can ease the process and build confidence.

Even with good inclusive practice, some pupils will still struggle. In those cases, high-quality alternative provision can offer a temporary respite and a route back to mainstream education.

Unless we rethink what education is for – and how we support pupils to engage with it – thousands of young people will be denied their potential. One of us (Caroline Bond) contributed to the development of an approach that mainstream schools can use to help children feel safe in school. It was created with parents, autistic young people and professionals to offer a practical way for schools to understand and support pupils who find school attendance especially difficult.

With school attendance under national scrutiny and special educational needs funding under pressure, this is a crucial moment to ask how we can build a system that genuinely includes every young person – not just in name, but in practice.

The Conversation

Luke Munford receives funding from UKRI and the National Institute for Health and Care Research (NIHR).

Caroline Bond does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Children with special educational needs are more likely to miss school – it’s sign of a system under strain – https://theconversation.com/children-with-special-educational-needs-are-more-likely-to-miss-school-its-sign-of-a-system-under-strain-266942

L’IA transforme le conseil plus qu’elle ne le remplace

Source: The Conversation – in French – By Laurent Flores, Maître de Conférences, HDR, Sciences de Gestion, Université Paris-Panthéon-Assas

Le cabinet McKinsey a déployé 12 000 agents IA au service de ses 40 000 collaborateurs, après avoir licencié 5 000 salariés. SuPatMaN/Shutterstock

Le conseil mue : moins d’exécution, plus de décision et de conduite du changement. Preuve à l’appui, cabinets et compétences s’ajustent vite.


Il y a quelques mois à peine, nous évoquions trois phases dans l’adoption de l’IA : productivité, point d’inflexion, puis substitution.

Les grands cabinets de conseil viennent tout juste de franchir ce seuil critique.

McKinsey a déployé 12 000 agents IA pour assister ses 40 000 collaborateurs. Dans le même temps, l’entreprise est passée de 45 000 à 40 000 employés. Accenture a licencié 12 000 personnes en trois mois, celles jugées « incapables de se reconvertir » à l’IA selon sa direction. Le Boston Consulting Group affirme que 20 % de ses revenus proviennent désormais de l’IA, avec un objectif de 40 % d’ici 2026.

Le métier du conseil n’est pas mort. Il se réinvente, vite.

L’automatisation dévore les tâches analytiques

Aujourd’hui, l’intelligence artificielle remplace ce que faisaient les consultants juniors : synthétiser des données, produire des slides, rechercher des informations.

Plus de 75 % des employés de McKinsey utilisent Lilli, la plateforme IA interne. L’outil traite plus de 500 000 requêtes par mois et permet d’économiser environ 30 % du temps consacré à la recherche et à la synthèse.

Cette évolution suit exactement le modèle anticipé.

Les trois phases d’adoption de l’IA dans le conseil.
Laurent Flores, CC BY

Une étude de Stanford (2023) menée auprès de 5 000 agents de support clients montre que l’IA augmente la productivité de 14 % en moyenne. L’effet est massif chez les débutants (+35 %) et plus modeste pour les personnes les plus expérimentées. L’IA gomme une partie de l’inexpérience du junior.

Les chiffres ne mentent pas. Accenture a formé 550 000 employés à l’IA générative. Le nombre de ses spécialistes data et IA est passé de 40 000 à 77 000 en deux ans.

La valeur migre vers la décision humaine

Pourtant, le conseil ne disparaît pas. Il se redéfinit.

« Do we need armies of business analysts creating PowerPoints ? No, the technology could do that » (« Avons-nous besoin d’armées d’analystes d’affaires qui créent des présentations PowerPoint ? Non, la technologie peut le faire »), déclare Kate Smaje, responsable mondiale de la technologie chez McKinsey.

L’IA synthétise et analyse. L’humain analyse et décide. Cette redistribution de la valeur se lit aussi dans les comptes.

Boston Consulting Group (BCG) a réalisé 2,7 milliards de dollars de chiffre d’affaires lié à l’IA en 2024, sur un total de 13,5 milliards. Dans la foulée, le cabinet a créé BCG X, une division de plus de 3 000 spécialistes vouée à l’intégration de l’IA.

Part de l’IA au Boston Consulting Group (BCG).
Laurent Flores, CC BY

Ce que l’IA ne fait pas : c’est pondérer les options dans le contexte culturel d’une entreprise, anticiper les résistances humaines, adapter une recommandation aux dynamiques de pouvoir des organisations.

La machine digère les données. Le consultant orchestre la décision.

Se préparer maintenant ou rester sur le quai

La fenêtre pour s’adapter se referme de plus en plus vite.

Une nouvelle étude de Stanford (août 2025) confirme que les emplois juniors sont les plus touchés par l’IA, avec une baisse moyenne de 16 % depuis fin 2022. Les secteurs les plus impactés : le développement logiciel, les fonctions administratives et commerciales, et désormais le conseil.

Accenture l’assume pleinement.

« Nous nous séparons, dans un délai très court, de personnes dont nous pensons qu’elles ne pourront acquérir les compétences dont nous avons besoin », déclare Julie Sweet, la patronne du groupe.

Le message est certes brutal, mais limpide. La reconversion IA n’est plus une option, elle devient une réalité.

Cette trajectoire correspond au schéma du « point d’inflexion » que nous décrivions début 2025. D’abord, l’IA augmente la productivité. Puis elle atteint un seuil où elle remplace certaines tâches. Enfin, elle se substitue progressivement à l’humain sur un nombre croissant de fonctions.

Le conseil vient de franchir ce point d’inflexion. Les cabinets qui réussissent cette transition combinent formation massive et restructuration assumée. McKinsey forme plus de 70 % de ses effectifs à l’utilisation de Lilli. BCG a noué des partenariats stratégiques avec neuf géants de l’IA, dont Anthropic, Microsoft et OpenAI. Accenture a triplé ses revenus liés à l’IA en 2025.

La différence entre ceux qui montent dans le train et ceux qui restent sur le quai ? La capacité à déplacer la valeur de l’exécution vers la décision, de la production vers la synthèse, de l’analyse vers le jugement contextuel.

Un « modèle » pour tous les métiers intellectuels

La transformation du conseil préfigure celle de nombreux métiers intellectuels. Toutes les professions fondées sur la collecte, le traitement et la présentation d’informations structurées sont concernées : traduction, comptabilité, recherche juridique, études de marché, enseignement. La vague IA touche tous les « cols blancs ».

Une étude de l’Université de Stanford (juillet 2025) estime que l’IA pourrait accélérer près de la moitié des tâches dans les 100 métiers les plus courants. Les gains potentiels représenteraient 12 % du PIB. Mais ces gains dépendent fortement de la formation, des politiques d’accompagnement et de la vitesse d’adaptation.

Le conseil montre la voie. Les cabinets qui intègrent massivement l’IA tout en revalorisant l’expertise humaine prospèrent. McKinsey affiche 40 % de revenus liés à l’IA. BCG vise la même proportion d’ici 2026. Mais cette croissance s’accompagne de restructurations qui excluent celles et ceux qui ne suivent pas le rythme.

Le « conseil humain augmenté ».
Laurent Flores, CC BY

La leçon est double

L’IA ne remplace pas le conseil : elle le réinvente autour de sa véritable valeur, la capacité humaine à synthétiser, décider et accompagner le changement dans des contextes d’organisation de plus en plus complexes.

Mais cette réinvention exige une adaptation rapide. Celles et ceux qui maîtrisent l’IA pour « augmenter » leur jugement conservent leur avantage. Les autres deviennent « remplaçables ».

Le point d’inflexion est franchi. La question n’est plus de savoir si l’IA transformera votre métier, mais quand vous choisirez de vous transformer avec elle.

The Conversation

Laurent Flores ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’IA transforme le conseil plus qu’elle ne le remplace – https://theconversation.com/lia-transforme-le-conseil-plus-quelle-ne-le-remplace-267041

Quand Disneyland écoute ses travailleurs… mais pas vraiment

Source: The Conversation – in French – By Audrey Holm, Porfessseur assistant, HEC Paris Business School

Signer un accord avec les salariés, est-ce toujours un signe de qualité du dialogue social ? Parfois, les impressions peuvent être trompeuses… quand, par exemple, une entreprise fait en sorte que, à peine passé, l’objet de l’accord soit caduc.


La prise de parole est souvent célébrée comme une voie à privilégier pour créer des milieux de travail plus justes et plus inclusifs. Mais que se passe-t-il si l’entreprise fait semblant d’entendre, ou entend sans vraiment comprendre ce qui est dit ? C’est la question au cœur de notre récente étude sur les marionnettistes de Disneyland.

L’étude de ce cas montre comment une organisation peut donner l’impression d’être à l’écoute de ses employés, sans joindre le geste à la parole. Dans ces situations, la firme donne l’impression de ne pas avoir bien entendu, à moins qu’elle n’ait trop bien entendu. On parle dans ce cas de « participation de façade », quand, en apparence, l’employeur répond aux préoccupations des travailleurs – souvent par le biais d’ententes formelles – tout en réduisant simultanément sa dépendance à l’égard de ces travailleurs.

L’illusion d’être entendus

Le cas qui nous intéresse concerne Walt Disney Parks and Resorts US Inc. (qu’on nommera pour simplifier Disney ou Disneyland dans le reste de l’article), mais cela pourrait arriver dans d’autres entreprises. En 2014, en Californie, un groupe de marionnettistes de Disneyland a commencé à s’organiser en vue d’obtenir une représentation syndicale. Leurs revendications comprenaient un meilleur salaire, un équipement plus sûr et une plus grande participation à la conception des marionnettes.

Beaucoup gagnaient moins que les acteurs costumés avec lesquels ils jouaient, et les blessures – de la tension dorsale à la séparation des épaules – étaient trop courantes. Pendant près de deux ans, les marionnettistes ont négocié un contrat avec les avocats et les dirigeants du parc à thème. L’accord final, ratifié en 2017, comprenait un salaire de base de 12,25 dollars l’heure, des congés payés et l’accès à une salle où les artistes pouvaient se reposer avant et après les spectacles.

De l’extérieur, cela ressemblait à une victoire. D’ailleurs, les marionnettistes ont célébré en ligne – c’était comme si leurs voix avaient enfin été entendues. Mais dans les coulisses, Disney réduisait déjà les rotations de travail et réaffectait le personnel à des fonctions non couvertes par l’accord syndical, si bien que près de la moitié des marionnettistes concernés au départ était partie au moment où les négociations se sont terminées au début de 2017.

Puis vint le coup de grâce. En mars 2017, juste avant la ratification de l’accord, Disney a annoncé la fermeture dès le mois suivant du spectacle principal dans lequel se produisaient les marionnettistes. À la fin de l’année 2020, aucun des 30 marionnettistes ayant participé à l’action collective n’était encore en poste – et bien que techniquement en place, l’accord n’a de fait jamais été mis en œuvre. C’est ce qu’on appelle la participation de façade, lorsqu’une entreprise a l’air d’être à l’écoute de ses travailleurs, mais s’assure en même temps que rien ne change vraiment.

Bonne ou mauvaise foi ?

Nous sommes conscients qu’il est très difficile de déterminer si les dirigeants de Disney ont négocié de bonne foi. D’une part, tout au long du processus de syndicalisation, Disney s’est montré quelque peu réceptif aux préoccupations des marionnettistes, tentant de trouver un accord. Les licenciements massifs et le gel des embauches dus à la pandémie de Covid-19 et aux confinements nationaux à la fin du contrat de travail ont également pu mettre un terme aux efforts visant à développer de nouveaux spectacles de marionnettes.

D’un autre côté, cependant, il est possible d’interpréter ce résultat en considérant que l’entreprise a ratifié un accord en sachant pertinemment qu’il ne serait jamais mis en œuvre. En effet, les efforts visant à faire taire les employés avaient commencé bien avant la signature de l’accord de travail, lorsque Disney avait tenté de contenir la voix des salariés. Nous n’avons vu aucun signe indiquant que Disney était disposé à développer un nouveau spectacle au cours des trois années qui ont suivi la ratification de l’accord.

Bien que l’intention soit difficile à qualifier, étant donné que nos sollicitations auprès de l’entreprise sont restées sans réponse, le résultat est que, malgré le temps et les efforts investis par les travailleurs pour se syndiquer et ceux investis par l’entreprise pour ratifier un nouvel accord, les marionnettistes de Disneyland n’ont pas encore vu leurs efforts pour faire entendre leur voix porter pleinement leurs fruits.

En agissant de la sorte, un employeur, quel qu’il soit, ne peut pas être suspecté de réprimer les revendications ou de faire traîner les négociations. Plus subtilement, des accords sont signés, mais le contexte nécessaire à leur mise en œuvre est discrètement démantelé.

Il est important de noter que cela ne découle pas toujours de la mauvaise foi ou d’une stratégie délibérée, d’une volonté de tromper. Souvent, la façon dont les entreprises sont organisées – avec beaucoup de lignes hiérarchiques, de services mobilisés, et donc de personnes prenant part aux décisions à différents endroits – rend difficile le respect des accords en général, et, notamment des accords de travail.

Une démarche en trois temps

Nos recherches montrent que la participation de façade se déploie généralement en trois étapes :

  • Tentative de réduction au silence : Au début, les marionnettistes ont rencontré de la résistance. Disney a collé des affiches antisyndicales dans les coulisses. Les directeurs ont tenu des réunions individuelles avec les artistes pour essayer de les dissuader de soutenir le syndicat et ont réduit la programmation de certains travailleurs qui soutenaient l’effort.

  • Accord à contrecœur : Après l’échec de ces efforts, la direction a entamé à contrecœur des négociations formelles avec le syndicat des travailleurs. Le processus a été lent, composé de 28 réunions sur deux ans, et souvent frustrant pour les travailleurs. Mais en fin de compte, cela a abouti à la signature d’un accord portant sur les salaires et les conditions de travail.

  • Retrait stratégique : alors même que l’encre séchait, Disney a fermé le spectacle de marionnettes, réduit les heures de travail des salariés et beaucoup sont partis – certains parce qu’ils ne pouvaient pas survivre avec des salaires inférieurs, d’autres parce qu’ils ont été déplacés vers des fonctions non couvertes par le contrat.

Fort turnover

Une fois que le spectacle a été terminé et les marionnettistes poussés dehors ou déplacés ailleurs, il ne restait plus personne pour faire respecter ou bénéficier de l’accord signé. Plus généralement, ce genre de résultat est courant dans les secteurs où les emplois sont à court terme et le taux de rotation élevé, comme les parcs à thème, la production cinématographique et télévisuelle, ou certaines parties de l’économie des petits boulots. Dans ce contexte professionnel, les employeurs peuvent facilement mettre de côté les accords sans jamais avoir à les rompre.

France 24 – 2022.

La participation de façade peut sembler être un moyen peu coûteux de désamorcer les conflits – une concession symbolique qui satisfait la pression immédiate. Mais au fil du temps, cela érode la confiance et peut avoir des conséquences négatives pour l’entreprise. Pour le dire autrement, il ne peut s’agir que d’une victoire à très court terme.

Une perte d’engagement coûteuse à terme ?

En effet, les travailleurs qui pensent avoir été trompés sont moins susceptibles ensuite de s’engager pleinement dans leur travail. Les promesses qui ne sont pas tenues deviennent des histoires qui se répandent. À long terme, la perte d’employés peut être coûteuse.

La leçon pour les managers est simple. Dire que vous soutenez les travailleurs n’est pas la même chose que d’agir en conséquence. Si les changements s’effondrent au moment où les équipes changent ou que les projets se terminent, le message n’arrive pas et la confiance des travailleurs s’érode. Pour que leurs voix mènent à un véritable changement, les travailleurs ont besoin de plus qu’un siège à la table ; ils ont besoin d’avoir leur mot à dire sur ce qui se passera ensuite.

Si les mêmes gestionnaires qui négocient les accords décident également d’y donner une suite ou non, il n’y a pas de véritable responsabilité. Le suivi ne fonctionne que lorsque les employés restent impliqués, et les changements se manifestent dans la façon dont l’endroit fonctionne réellement, et pas seulement sur le papier. Si les entreprises veulent que les travailleurs s’expriment, elles doivent aller jusqu’au bout. Dire oui ne suffit pas, il faut que cela ait un sens.


Cet article a été rédigé avec Bella Fong, actuellement Postgraduate Researcher à Energy Studies Institute (ESI).

Méthodologie

Nous avons interrogé huit anciens marionnettistes de Disneyland et analysé sept ans de données de leur groupe Facebook privé, composé de 398 publications uniques, 2 228 commentaires et 1 780 likes. Nous voulions comprendre comment les travailleurs peuvent être entendus, mais rester exclus – et comment les entreprises, parfois sans le vouloir, finissent par bloquer les changements qu’elles semblent accepter.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Quand Disneyland écoute ses travailleurs… mais pas vraiment – https://theconversation.com/quand-disneyland-ecoute-ses-travailleurs-mais-pas-vraiment-259459

La détention double, le phénomène méconnu qui incite à l’optimisation fiscale

Source: The Conversation – in French – By Liang Xu, Professeur associé, SKEMA Business School

Si une banque prête à une entreprise tout en possédant des actions de celle-ci, le gain est double : l’augmentation des bénéfices fait monter le cours de l’action, tout en améliorant la capacité de remboursement de l’entreprise. metamorworks/Shutterstock

Au sein de certaines entreprises, des investisseurs sont à la fois créanciers et actionnaires. Mais pourquoi l’optimisation fiscale est-elle favorisée dans cette configuration ? Qui en sort gagnant ?


C’est un phénomène étudié aux États-Unis, dont les implications sont transposables en Europe et en France. Une tendance bien utile aux entreprises qui les conduit à payer moins d’impôts. On peut appeler ce phénomène « dual holding » ou « détention double ».

En peu de mots, c’est une configuration dans laquelle, au sein d’une entreprise, des investisseurs – institutionnels, notamment – sont à la fois les créanciers de l’entreprise en question et ses actionnaires. Notre étude menée sur un échantillon d’entreprises états-uniennes, parmi lesquelles Microsoft, Procter & Gamble ou Walt Disney, cotées entre 1987 et 2017, montre que les entreprises dans cette situation ont davantage tendance à rechercher une optimisation fiscale, et donc à mener une politique agressive pour payer moins d’impôts.

En moyenne, les entreprises concernées affichent un taux effectif d’imposition inférieur de 1,1 % par rapport aux autres, ce qui équivaut à une économie annuelle d’environ 3,63 millions de dollars par entreprise.

Conflit d’intérêts entre actionnaires et créanciers

L’optimisation fiscale des entreprises a toujours été perçue comme une arme à double tranchant. Elle transfère des ressources potentielles de l’État vers les entreprises et peut exposer ces dernières à des risques réputationnels ou à des sanctions juridiques. Cependant, elle accroît souvent la valeur de ces entreprises pour les actionnaires.

Les travaux antérieurs sur la question ont étudié la conformité fiscale des entreprises dans une logique « principal / agent », en mettant l’accent sur les conflits entre actionnaires et dirigeants. Ce cadre d’analyse « principal / agent » décrit une situation dans laquelle une partie (le principal) délègue une tâche ou un pouvoir de décision à une autre (l’agent) pour qu’elle agisse en son nom. Comme les intérêts entre actionnaires et dirigeants peuvent diverger, des problèmes d’incitation et d’asymétrie d’information peuvent apparaître.

Ce que nous mettons en lumière, c’est un autre conflit d’intérêts : celui qui existe entre actionnaires et créanciers, c’est-à-dire ici des banques qui prêtent aux entreprises. Nous démontrons que la détention double reconfigure leur rapport et donc les comportements fiscaux des entreprises.

La détention double s’est rapidement répandue. La proportion d’entreprises états-uniennes comptant au moins un détenteur double est passée de 1,19 % en 1987 à 19,13 % en 2017. La pratique, loin d’être marginale, est devenue courante sur les marchés financiers, ce qui accroît son impact sur les stratégies fiscales.

Optimisation fiscale favorisée

Pourquoi l’optimisation fiscale est-elle favorisée lorsque les créanciers sont aussi actionnaires ?

Les actionnaires y sont favorables. Ils profitent des gains, tout en transférant une partie des risques vers les créanciers. Ces derniers, en revanche, sont des bénéficiaires dits « fixes ». Autrement dit, dans le cas d’un prêt, la banque est un créancier « fixe », car elle a seulement droit au remboursement du capital et des intérêts prévus dans le contrat.

Son gain n’augmente pas si l’entreprise fait de gros profits, mais elle subit tout de même les pertes si le comportement risqué de l’entreprise entraîne un défaut de paiement. Les bénéficiaires fixes supportent les conséquences négatives des risques accrus liés à l’optimisation fiscale, comme des sanctions réglementaires ou judiciaires, sans pouvoir en partager pleinement les bénéfices. C’est pourquoi ils exigent souvent des coûts d’emprunt plus élevés pour les entreprises pratiquant une optimisation fiscale intensive.

La présence de détenteurs doubles lisse ce conflit entre actionnaires et créanciers. Lorsque les deux rôles sont réunis dans un même investisseur, le risque n’est pas véritablement transféré, mais simplement déplacé d’une poche à l’autre au sein du même portefeuille. Dans le même temps, ces investisseurs bénéficient des économies d’impôts comme les autres actionnaires, ce qui les incite fortement à soutenir de telles stratégies. Résultat : les créanciers ont moins de raisons de freiner les politiques d’optimisation fiscale.

Stratégies fiscales agressives

Comment les détenteurs doubles poussent-ils les entreprises vers davantage d’optimisation fiscale ?

Comme beaucoup d’autres choix stratégiques, l’optimisation fiscale est décidée par les dirigeants au nom des actionnaires. Si certains dirigeants évitent de mener des stratégies trop agressives pour limiter leurs propres risques ou leur charge de travail, leurs décisions dépendent surtout des incitations. Lorsque la rémunération d’un président-directeur général est indexée sur des objectifs liés aux performances après impôts, il est naturellement enclin à recourir à des stratégies fiscales agressives. Or, les entreprises avec détention double intègrent plus fréquemment ce type d’objectifs dans la rémunération de leurs dirigeants, les encourageant à considérer l’optimisation fiscale comme un indicateur de succès – et donc à l’intensifier.

Au-delà des incitations, les détenteurs doubles apportent une expertise fiscale, nombre d’entre eux étant des banques disposant des ressources nécessaires pour accompagner leurs clients dans la planification fiscale. Alors que de simples créanciers hésiteraient à favoriser l’optimisation fiscale en raison des risques qu’elle comporte, les détenteurs doubles, eux, ont de bonnes raisons de le faire. En transférant leur savoir-faire fiscal vers les entreprises dans lesquelles ils investissent, ils leur permettent de découvrir de nouvelles possibilités d’économie et de mettre en place des stratégies plus sophistiquées.

Perception de l’optimisation fiscale

Quel impact la détention double a-t-elle sur la perception de l’optimisation fiscale par les créanciers ?

Lorsqu’une entreprise contracte un prêt bancaire, elle emprunte de l’argent à une banque sur le marché du crédit. Ces derniers voient l’optimisation fiscale comme un risque, ce qui pousse les créanciers à exiger des coûts d’emprunt plus élevés. Lorsque des détenteurs doubles sont présents, cette perception change.

Pourquoi ? Lorsque les prêteurs détiennent également des actions, une partie des risques liés à une stratégie fiscale agressive est compensée par la hausse de la valeur des titres. Par exemple, si une banque prête à une entreprise tout en possédant des actions de celle-ci, une stratégie fiscale réussie qui augmente les bénéfices fait monter le cours de l’action tout en améliorant la capacité de remboursement de l’entreprise. La banque est donc exposée à un risque global moindre et se montre plus encline à tolérer, voire à encourager, les efforts d’optimisation fiscale de l’entreprise.

La détention double contribue à apaiser, au moins en partie, les inquiétudes des créanciers vis-à-vis de l’optimisation fiscale et la rend donc plus attractive encore. Au détriment des gouvernements et de leur capacité à financer des biens publics essentiels, ou à rembourser leur dette.

The Conversation

Liang Xu ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La détention double, le phénomène méconnu qui incite à l’optimisation fiscale – https://theconversation.com/la-detention-double-le-phenomene-meconnu-qui-incite-a-loptimisation-fiscale-266527