« Querer », « Adolescence »… les séries sont-elles plus efficaces que les campagnes de sensibilisation ?

Source: The Conversation – France in French (2) – By Mélanie Bourdaa, Professeure en Sciences de l’Information et de la Communication, Université Bordeaux Montaigne

Dans la série _Querer_, dont le rôle principal est interprété par l’actrice espagnole Nagore Aranburu, les représentations débordent de l’écran. Nicolás de Assas/Movistar Plus+/Stars, CC BY-ND

À travers Querer et Adolescence, deux miniséries venues d’Espagne et du Royaume-Uni, 2025 aura vu la fiction européenne s’attaquer de front aux violences de genre et aux modèles de masculinité. Au-delà de leurs récits, ces œuvres posent une question cruciale : que peut la fiction pour sensibiliser à ces enjeux, dans les écoles, dans la sphère privée, comme dans l’espace public ?


On entend souvent que les séries influencent celles et ceux qui les regardent. Et généralement cette influence est décrite comme négative : les séries traduiraient et amplifieraient les stéréotypes, les violences, etc. Ce postulat est très éloigné des travaux de recherche. D’une part, ceux-ci démontrent que le public est (inégalement) actif, notamment en créant du discours face à ces imaginaires. D’autre part, les séries ne participent pas qu’à la diffusion de stéréotypes : elles les transforment et les tordent également.

Masculinité, violences sexistes… des séries qui permettent d’« en parler »

Adolescence est une minisérie britannique de quatre épisodes qui a été diffusée en mars 2025 sur Netflix. Elle suit la mise en accusation pour meurtre (d’une camarade de classe) d’un garçon de 13 ans. Abordant simultanément les questions de masculinité, de féminicide et de l’impact des réseaux sociaux, la série reçoit un fort écho en France et devient le centre d’une discussion sur l’éducation des garçons et le rôle de l’école dans la déconstruction de la masculinité.

Bande-annonce de la série Adolescence.

Querer est également une minisérie de quatre épisodes, mais tournée et conçue en Espagne. Elle a été diffusée en France en juin 2025 sur Arte. Elle suit Miren, qui porte plainte contre son mari pour viols répétés, après trente ans de mariage. La série met notamment en lumière les réactions et le soutien contrastés des proches, la difficulté de ce type de procès et la normalisation des violences au sein des couples. Diffusée peu après le procès médiatisé de Mazan, la série bénéficie d’un important bouche-à-oreille.

Bande-annonce de la série Querer.

Les séries participent de la mise à l’agenda politique et médiatique de ces questions. C’est d’ailleurs l’un de leurs objectifs assumés. Le réalisateur de Querer, Eduard Sala, a déclaré que la série visait « non seulement à divertir mais aussi à changer le monde ». Le scénariste d’Adolescence, Stephen Graham, a déclaré souhaiter que « la série provoque des dialogues entre les parents et leurs enfants », considérant qu’elle « n’est que le début du débat ».

Un rôle actif du public

Querer comme Adolescence sont des dispositifs efficaces pour parler des violences et harcèlements sexistes et sexuels (VHSS) car elles ont su trouver des relais médiatiques importants dans la presse, à la radio et à la télévision.

Mais ce n’est pas tout, si la sensibilisation par les séries se fait, c’est également que le public en parle, notamment le public le plus engagé : les fans. La série devient un levier pour entamer des conversations dans les communautés en ligne, pour sensibiliser à ces questions ou pour partager son expérience et ainsi mettre en lumière les réalités des VHSS.

A contrario, la série peut également provoquer des réactions de cyberviolence et de cyberharcèlement de la part de publics toxiques. Il suffit pour cela de regarder les commentaires des posts Facebook sur la série Querer, où féministes et masculinistes argumentent sur les thèmes de la série. Pour la série Adolescence, les commentaires sur les comptes Instagram de fans mentionnent le besoin de voir la série pour mieux comprendre les adolescents et leur vie privée et sociale.

Des pouvoirs publics qui se saisissent des séries

En juin 2025, s’inspirant d’une mesure prise au Royaume-Uni, la ministre de l’éducation nationale Élisabeth Borne a proposé que la série Adolescence soit utilisée comme support pédagogique à partir de la classe de quatrième. Querer (qui a reçu le grand prix au festival Séries Mania) semble emprunter le même chemin, notamment dans des formations en psychologie ou en criminologie.

Ce n’est pas la première fois que des séries sont mobilisées pour porter un discours de politique publique. En 2017, la série 13 Reasons Why, qui traite du harcèlement allant jusqu’au suicide d’une adolescente, avait bénéficié d’un site ressource avec des dispositifs de prévention et d’un documentaire post-série (Beyond the Reasons).

Dans la série britannique Sex Education (2019), une scène aborde le thème de la thérapie du traumatisme causé par une agression sexuelle.

Utilisée dans des collèges et lycées anglophones avec des guides d’accompagnement pour éducateurs et parents, la série emboîte le pas d’une autre, plus connue encore : Sex Education. Celle-ci est la première teen serie portant aussi explicitement sur les questions de sexualité et de relations amoureuses, dans une approche sex-positive, très tolérante et ayant toujours à cœur la question du consentement. Un guide, « Le petit manuel Sex Education », a été mis à disposition pour des ateliers de prévention et de sensibilisation. Il est utilisé dans certains établissements scolaires. Bref, l’implémentation de séries dans des politiques éducatives ou de prévention : ce n’est pas tout à fait nouveau.


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Sensibiliser par ou avec les séries

Mais ne nous trompons pas : les séries, seules, ne constituent pas des supports de sensibilisation autonomes. Encore faut-il penser autour d’elles des dispositifs de médiation.

Les séries sont de plus en plus nombreuses à avertir de scènes de violences et à renvoyer vers des centres d’aide. Par exemple à partir de la saison 2, chaque épisode de 13 Reasons Why commence par un message d’avertissement : « Cet épisode contient des scènes qui peuvent heurter la sensibilité de certains spectateurs. » Un avertissement vidéo avec les acteurs précède également la diffusion : « Si vous êtes concerné par ces sujets, parlez-en à un adulte ou consultez le site 13reasonswhy.info ».

La série Sex Education s’est aussi prêtée à cet exercice : lors d’un épisode montrant une agression sexuelle dans un bus, des ressources officielles ont été diffusées sur les réseaux sociaux de la série et de la BBC, renvoyant notamment vers le centre d’aide britannique aux victimes de viol.

Premier épisode de la saison 4 de la websérie Skam (France TV, 2019).

Les séries françaises sont plus discrètes dans l’intégration directe de liens dans les épisodes. Dans Skam, une série Slash/France Télévision qui suit le quotidien d’élèves de lycée, des messages apparaissent avec des liens vers le 3018 (cyberviolences), le 3919 (violences conjugales) ou vers SOS Homophobie à la fin de certains épisodes (notamment dans les saisons 4, 5 et 6, qui traitent respectivement de l’islamophobie, de la santé mentale et des violences contre partenaire intime). Le site Slash propose une page complète « Besoin d’aide », mentionnée dans les dialogues ou dans l’habillage final de la série.

Proposer des séries plutôt que des politiques publiques ?

Si sensibiliser aux questions de violences, de discrimination ou de santé mentale semble commencer à faire partie du « cahier des charges » implicite des séries qui abordent ces thématiques, séries et campagnes de sensibilisation publique ne sont pas en concurrence. Les séries résonnent avec le cadre légal de chaque pays de diffusion : la législation contre les violences de genre n’est pas la même en Espagne, en France ou au Royaume-Uni, et sa réception est propre à chaque contexte.

Dans certains cas, séries et politiques publiques peuvent gagner à jumeler leurs discours et leurs actions en matière de prévention et de sensibilisation. L’une des conditions est que les personnes en charge des actions de sensibilisation soient formées.

L’annonce aux agents de l’éducation nationale de l’arrivée d’Adolescence parmi les supports de sensibilisation pose ainsi question. Chez un grand nombre d’enseignants et d’infirmiers scolaires, les séries ne font pas partie de la culture pédagogique en routine. Sans culture commune (on pense notamment à des formations à l’outil sériel), il paraît abrupt de prétendre qu’une série puisse lutter efficacement contre les violences. D’autant plus que la série agit comme un révélateur de la parole, mais aussi des souvenirs – y compris post-traumatiques.

À cet égard, l’outil qu’est la série nécessite un double accompagnement par des encadrants formés à la fois à ce support mais aussi à l’accueil et à l’accompagnement de la parole.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. « Querer », « Adolescence »… les séries sont-elles plus efficaces que les campagnes de sensibilisation ? – https://theconversation.com/querer-adolescence-les-series-sont-elles-plus-efficaces-que-les-campagnes-de-sensibilisation-259957

Une avancée québécoise dans le traitement de la schizophrénie

Source: The Conversation – France in French (2) – By Nicola Thibault, Étudiant au PhD en neuropsychologie, Université Laval

La recherche en santé mentale exige aujourd’hui des ressources spécialisées, des bases de données robustes, des infrastructures de pointe et des expertises diversifiées. (Shutterstock)

La schizophrénie figure parmi les maladies mentales les plus stigmatisées et les plus incommodantes.

Bien que certains de ses symptômes, dits « positifs » – tels que les hallucinations ou les idées délirantes – soient bien connus du grand public, d’autres restent dans l’ombre. Et ce, souvent tant pour l’équipe soignante que pour l’entourage de la personne.

Ces symptômes sont qualifiés de « négatifs », puisqu’ils sous-tendent une diminution des fonctions psychologiques normales. On peut par exemple penser à la perte de motivation, une grande fatigabilité, une difficulté à ressentir ou à exprimer des émotions, ainsi qu’un retrait social important.

Ce sont souvent ces symptômes qui contribuent au maintien de la souffrance à long terme chez les patients atteints de schizophrénie et à leur isolement.

À ce jour, les traitements disponibles ciblent davantage les symptômes positifs que négatifs. Les approches pharmacologiques, bien qu’efficaces sur les symptômes positifs, demeurent limitées lorsqu’il faut agir sur les symptômes négatifs.

Dans ce contexte, la recherche en santé mentale est confrontée à un défi de taille : trouver des interventions novatrices qui agissent là où les approches traditionnelles échouent.

Traiter la schizophrénie, autrement

C’est précisément l’ambition d’un projet de recherche dirigé par le Dr David Benrimoh et le Dr Lena Palaniyappan, chercheurs au centre de recherche Douglas. Leur équipe s’intéresse à une piste prometteuse : la stimulation magnétique transcrânienne répétitive, mieux connue sous le nom de rTMS.

Déjà utilisée et réputée comme traitement pour la dépression, la rTMS est une forme de neuromodulation, dite non invasive. Autrement dit, cette technique agit sur l’activité de certaines zones du cerveau en utilisant un champ magnétique puissant pour créer un courant dans les neurones, le tout sans avoir besoin de chirurgie ni de procédure douloureuse.

Elle consiste à appliquer des impulsions magnétiques sur des régions prédéfinies du cerveau à l’aide d’un appareil posé sur le cuir chevelu. Ce champ magnétique induit un courant de faible intensité qui module l’activité des neurones de la région ciblée.

Dans le cas de la dépression, où les symptômes négatifs sont au premier plan, plusieurs études ont montré que ce traitement pouvait contribuer à améliorer l’humeur, l’énergie et la motivation des patients.

Or, son application sur les symptômes négatifs dans la schizophrénie apporte son lot de défis et demeure une technique émergente.

Un protocole accéléré et personnalisé

À ce jour, la littérature scientifique montre des effets modestes de la rTMS sur les symptômes négatifs de la schizophrénie.

De plus, l’administration de la rTMS sur une période de plusieurs semaines pose de nombreux obstacles techniques pour les patients. Notamment, ces derniers doivent se déplacer plusieurs fois par semaine afin d’obtenir leur traitement, ce qui peut avoir des impacts importants sur la vie de ces derniers. Sans oublier qu’il peut être difficile pour les individus souffrant d’une diminution de la motivation et d’un manque d’énergie, soit les symptômes négatifs, de se déplacer jusqu’au centre où ils reçoivent leur traitement. Ces défis peuvent mener à l’abandon du traitement de la rTMS.

L’étude du Dr Benrimoh et du Dr Palaniyappan propose donc deux innovations majeures : (1) réduire la durée du traitement à cinq jours seulement et (2) optimiser la précision du traitement en utilisant l’imagerie cérébrale afin de mieux cibler les régions du cerveau impliquées dans la motivation et l’émotion.

Ce protocole accéléré et personnalisé de la rTMS sera comparé à une simulation placebo, c’est-à-dire sans champ magnétique.

Si les résultats sont concluants, cette approche pourrait transformer la prise en charge des personnes vivant avec la schizophrénie en leur offrant une option thérapeutique sécuritaire, bien tolérée et plus accessible.

patient passe un test d’imagerie médicale
L’imagerie médicale permet d’optimiser la précision du traitement en ciblant les régions du cerveau impliquées dans la motivation et l’émotion.
(Shutterstock)

Une visée beaucoup plus large

Mais ce projet de recherche ne se développe pas en vase clos.

Il est le résultat d’une collaboration active entre trois centres de recherche en santé mentale de pointe au Québec : le centre de recherche Douglas, le centre CERVO à Québec, et l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal (IUSMM).

Cette collaboration fructueuse est chapeautée par l’Alliance Santé Mentale Québec (ASMQ), une initiative soutenue par le Fonds de recherche du Québec – Santé (FRQ-S) et lancée en 2024 pour stimuler l’innovation en santé mentale.

L’ASMQ repose sur une conviction simple et à la fois ambitieuse : c’est en partageant nos données, nos outils, nos compétences et nos perspectives que l’on peut relever les défis complexes de la santé mentale.

La recherche en santé mentale exige aujourd’hui des ressources spécialisées, des bases de données robustes, des infrastructures de pointe et des expertises diversifiées.

Aucun centre de recherche ne peut à lui seul répondre à toutes ces exigences. En misant sur la mise en commun de ces ressources, l’ASMQ accélère le développement de traitements novateurs. Elle assure aussi une meilleure validité scientifique grâce à un partage d’accès à des échantillons vastes et diversifiés à travers la province.

Au total, plus de 60 personnes collaborent au sein de l’ASMQ, dont une quarantaine de chercheurs et chercheuses.

Explorer, comprendre et soigner

Outre l’étude de la rTMS accélérée chez les personnes vivant avec la schizophrénie, deux autres projets scientifiques au sein de l’ASMQ illustrent la richesse de cette collaboration.

Le premier, dirigé par le Dr Lionel Caihol (IUSMM), évalue l’efficacité d’une autre technique de neuromodulation, la stimulation transcrânienne à courant direct (tDCS), qui pourrait être administrée à domicile chez des personnes vivant avec un trouble de la personnalité limite. Cette approche, peu coûteuse et facilement accessible, pourrait élargir les options de traitement pour les personnes vivant dans les régions éloignées.

Un deuxième projet, mené par le Dr Sébastien Brodeur (CERVO), analyse plus de dix ans de données cliniques sur l’usage de la rTMS au Québec. L’objectif est de mieux comprendre l’impact réel d’une telle technique dans la pratique, au-delà des essais cliniques, et de guider les décisions en matière de traitement.

Dans chacun de ces projets, des patients partenaires, des patients partenaires, c’est-à-dire des personnes ayant une expérience vécue du système de santé et qui contribuent activement à la recherche, et des étudiants aux cycles supérieurs, dont les auteurs de cet article, participent activement à la démarche de recherche.

Cette collaboration intersectorielle permet non seulement d’ancrer les projets dans la réalité vécue des personnes concernées, mais aussi de former une relève scientifique sensible aux enjeux cliniques.

L’ASMQ incarne ainsi un nouveau modèle de recherche en santé mentale, encore plus ancré sur la collaboration, l’ouverture et l’innovation.

En misant sur le travail collectif, elle favorise un véritable transfert des connaissances vers les soins.

Mais par-dessus tout, elle donne corps à une promesse : celle de traitements plus efficaces, plus accessibles et plus humains pour les personnes composant avec un trouble de santé mentale.

La Conversation Canada

Nicola Thibault a reçu des financements du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada.

Enzo Alexandre Cipriani a reçu des financements du Conseil de Recherche en Sciences Humaines du Canada (CRSH). Il est étudiant au sein du Centre de Recherche de l’Institut Universitaire en Santé Mentale de Montréal qui fait partie de l’Alliance en Santé Mentale du Québec.

Parsa Afrooz a reçu des financements de Centre for Research on Brain, Language and Music (CRBLM).

ref. Une avancée québécoise dans le traitement de la schizophrénie – https://theconversation.com/une-avancee-quebecoise-dans-le-traitement-de-la-schizophrenie-254367

Célébrités, jeans et haute couture : comment Anna Wintour a changé la mode pendant ses 37 ans chez « Vogue »

Source: The Conversation – France in French (2) – By Jye Marshall, Lecturer, Fashion Design, School of Design and Architecture, Swinburne University of Technology

Papesse de la mode, Anna Wintour, 75 ans, quitte la toute-puissante rédaction en chef de l’édition américaine de Vogue. Icône de la pop culture, la directrice artistique a inspiré le personnage de diva hautaine du livre le Diable s’habille en Prada (2003) et est citée dans les chansons des rappeurs Azealia Banks ou Jay Z. Sachant joué de son image, la journaliste britanno-américaine a fait un caméo dans le film Ocean’s Eleven, une apparition dans Zoolander 1 puis 2 et a même son personnage chez les Simpsons. Éternelle figure d’influence, Anna Wintour conservera un poste de direction au sein du groupe de presse Condé Nast.


Après trente-sept ans de règne, Anna Wintour, poids lourd de l’industrie de la mode, quitte ses fonctions de rédactrice en chef de l’édition états-unienne du magazine Vogue.

Il ne s’agit toutefois pas d’une retraite, puisque Mme Wintour conservera ses fonctions de responsable du contenu de toutes les marques, au niveau mondial, du groupe de presse de mode et style de vie Condé Nast (propriétaire de Vogue et d’autres publications telles que Vanity Fair et Glamour) et de directrice de l’édition internationale du magazine de mode, Vogue World.

Néanmoins, le départ de Mme Wintour de l’édition américaine du magazine est un fait marquant pour l’industrie de la mode qu’elle a, à elle seule, changée à jamais.

La fièvre des magazines de mode

Les magazines de mode tels que nous les connaissons aujourd’hui ont été formalisés pour la première fois au XIXᵉ siècle. Ils ont contribué à établir la « théorie du ruissellement de la mode », selon laquelle les tendances étaient traditionnellement dictées par certaines élites de l’industrie, notamment les rédacteurs en chef des principaux magazines.

Le Vogue états-unien lui-même a été créé à New York en 1892 par l’homme d’affaires Arthur Baldwin Turnure. Le magazine s’adressait à l’élite de la ville et couvrait initialement divers aspects de la vie de la haute société. En 1909, Vogue est racheté par Condé Nast. Dès lors, le magazine s’impose de plus en plus comme une pierre angulaire de l’édition de mode.

Couverture d’une édition de 1921 de Vogue.
Wikimedia, CC BY

La période qui a suivi la Seconde Guerre mondiale a particulièrement ouvert les portes au consumérisme de masse de la mode et à l’expansion de la culture des magazines de mode.

Wintour a été nommée rédactrice en chef du Vogue US en 1988. Le magazine a alors pris un tournant moins conservateur et a vu son influence sur le plan culturel grandir.

Elle n’a pas peur de briser le moule

Les choix éditoriaux audacieux de Wintour ont refaçonné la presse de mode, notamment les couvertures de magazines. Ses choix ont à la fois reflété et dicté l’évolution de la culture de la mode.

La première couverture de Vogue, publiée en 1988, mélangeait des vêtements de haute couture (Christian Lacroix) et des marques grand public (jeans Guess délavés), ce qui n’avait encore jamais été fait. C’était aussi la première fois qu’une paire de jeans apparaissait en couverture de Vogue, ce qui a parfaitement planté le décor d’une longue carrière passée à pousser le magazine à explorer de nouveaux domaines.

Wintour a aussi été une des premières à avoir placé les célébrités (et pas simplement les mannequins et les modèles) au centre du discours sur la mode. Tout en s’appuyant sur de grands noms tels que Beyoncé, Madonna, Nicole Kidman, Kate Moss, Michelle Obama et Oprah Winfrey, elle a donné sa chance à des stars montantes, àdes jeunes mannequins qu’elle mettait en couverture et dont elle propulsait les carrières.

L’héritage de Wintour à Vogue a consisté à faire passer la mode d’un défilé frivole à une industrie puissante, qui n’a pas peur d’affirmer ses choix. C’est particulièrement vrai lors du Met Gala, qui se tient chaque année pour célébrer l’ouverture d’une nouvelle exposition sur la mode au Metropolitan Museum of Art’s Costume Institute (New York).

Au départ, en 1948, c’était une simple soirée annuelle de collecte de fonds pour le Met, et c’est en 1974 que l’évènement a été pour la première fois associé à une exposition de mode.

Wintour a repris les rênes du Met Gala en 1995 et a fait d’une soirée de charité un rendez-vous prestigieux, haut lieu de brassage entre l’histoire et la mode, notamment en invitant des artistes en vue du cinéma ou de la mode.

Cette année, le thème du gala et de l’exposition Superfine : Tailoring Black Style porte sur le stylisme noir à travers l’histoire. À une époque où les États-Unis sont confrontés à une grande instabilité politique, Wintour a été célébrée pour le rôle qu’elle a joué dans l’élévation de l’histoire des Noirs grâce à cet événement.

Pas sans controverse

Cependant, si son influence culturelle ne peut être mise en doute, l’héritage de Wintour au Vogue états-unien n’est pas sans controverses. Ses querelles sans fin avec l’organisation de défense des animaux PETA en particulier – en raison de son soutien indéfectible à la fourrure – ont été longtemps minimisées.

En 2005, Wintour a été directement visée par les militants anti-fourrure : a elle été entartée alors qu’elle quittait un défilé de Chloé. Cette affaire n’a jamais vraiment été réglée. Vogue a continué à présenter des vêtements en fourrure, alors même que les consommateurs ont tendance à se détourner des matières animales, les fourrures en premier lieu.

La mode devient de plus en plus politique. Il reste à voir comment des magazines tels que Vogue vont réussir à appréhender et embrasser ce virage.

blogs de mode au cours des dernières décennies a donné naissance à une vague d’influenceurs de la mode, avec des foules d’adeptes, qui remettent en question la structure unidirectionnelle du « ruissellement » de l’industrie de la mode.

Aujourd’hui, les réseaux sociaux ont dépassé l’influence des médias traditionnels, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du secteur de la mode. Le pouvoir des rédactrices de mode telles qu’Anna Wintour s’en voit considérablement diminué.

Le départ de Mme Wintour de son poste de rédactrice en chef fera couler beaucoup d’encre, mais jamais autant que celle qui aura permis d’imprimer tous les textes dont elle a supervisé la parution, aux manettes du plus grand magazine de mode du monde.

The Conversation

Rachel Lamarche-Beauchesne a été affiliée au Animal Justice Party (Parti de la justice animale en Australie)

Jye Marshall ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Célébrités, jeans et haute couture : comment Anna Wintour a changé la mode pendant ses 37 ans chez « Vogue » – https://theconversation.com/celebrites-jeans-et-haute-couture-comment-anna-wintour-a-change-la-mode-pendant-ses-37-ans-chez-vogue-260115

Sexualité : les allergies au liquide séminal, un problème sous-estimé ?

Source: The Conversation – France in French (2) – By Michael Carroll, Reader / Associate Professor in Reproductive Science, Manchester Metropolitan University

La survenue de symptômes allergiques après les rapports sexuels non protégés par préservatif doit faire soupçonner une hypersensibilité au plasma séminal. Yuriy Maksymiv/Shutterstock

Démangeaisons, brûlures, œdème, voire difficultés respiratoires… chez certaines femmes, ces symptômes se manifestent quelques instants après les rapports sexuels. En cause, une allergie particulière, l’hypersensibilité au liquide séminal (HLS). Parfois confondue avec d’autres problématiques, cette réaction pourrait concerner un nombre de femmes plus important qu’on ne l’imaginait jusqu’ici.


L’hypersensibilité au liquide séminal (HLS) est un trouble rare, quoique probablement sous-diagnostiqué. Cette réaction n’est pas provoquée par les spermatozoïdes, mais par les protéines présentes dans le liquide séminal, le liquide qui transporte ces derniers. L’hypersensibilité au liquide séminal a été documentée pour la première fois en 1967, après l’hospitalisation d’une femme victime d’une « violente réaction allergique » survenue durant un rapport sexuel. Elle est aujourd’hui reconnue comme une hypersensibilité de type I, ce qui la place dans la même catégorie que le rhume des foins et les allergies aux cacahuètes ou aux poils de chat.

Les symptômes qui en résultent s’étendent sur un large spectre, qui va de manifestations bénignes à des troubles graves. Certaines femmes souffrent de réactions locales : brûlures, démangeaisons, rougeurs et œdème au niveau de la vulve ou du vagin. D’autres présentent des symptômes généralisés : urticaire, respiration sifflante, vertiges, nez qui coule, voire choc anaphylactique, une réaction immunitaire potentiellement mortelle.

Jusqu’en 1997, on estimait que l’HLS touchait moins de 100 femmes dans le monde. Mais une étude dirigée par l’allergologue Jonathan Bernstein a montré que, parmi les femmes rapportant des symptômes après avoir eu des rapports sexuels, près de 12 % présentaient un tableau compatible avec une HLS. J’ai moi-même mené une petite enquête en 2013 (résultats non publiés) et obtenu un taux similaire.

Mais le chiffre réel pourrait être encore plus élevé. En effet, de nombreux cas ne sont pas signalés, ou sont mal diagnostiqués, les symptômes étant attribués à tort à des infections sexuellement transmissibles, à des problèmes de mycose, voire à une « sensibilité générale ». Un indice révélateur permet cependant d’orienter le diagnostic : les symptômes disparaissent lorsqu’un préservatif est utilisé. En 2024, une revue de littérature a corroboré ces résultats, suggérant que l’HLS est à la fois plus fréquente et plus souvent méconnue qu’on ne le pensait.

Un allergène présent dans le liquide séminal

L’allergène principal semble être la kallicréine prostatique ou antigène spécifique de la prostate (PSA) : une protéine présente dans le liquide séminal. Celle-ci est systématiquement présente, quel que soit le partenaire. Autrement dit, une femme souffrant cette allergie présentera une réaction au sperme de n’importe quel homme, pas seulement à celui d’un compagnon spécifique.

Des preuves de l’existence d’une réactivité croisée ont également été mises en évidence. Ainsi, Can f 5, une protéine présente dans les squames des chiens, est structurellement similaire à l’antigène PSA humain. De ce fait, certaines femmes allergiques aux chiens peuvent également présenter une allergie au sperme. En 2007, des cliniciens ont également décrit le cas d’une jeune femme ayant développé une urticaire diffuse ainsi que des difficultés à respirer après avoir eu un rapport sexuel avec son compagnon. Celui-ci avait consommé peu de temps auparavant des noix du Brésil, souvent impliquées dans les réactions allergiques. Il semblerait que la réaction de la jeune femme ait été provoquée par la présence de protéines de noix dans le sperme de son partenaire.

Les hommes aussi peuvent être concernés

La première étape pour poser un diagnostic de HSP consiste à établir un historique sexuel et médical détaillé. Celui-ci est ensuite généralement suivi par la réalisation d’analyses sanguines destinées à détecter les anticorps IgE anti-PSA, ou de tests cutanés avec le liquide séminal du partenaire.

Lors de nos travaux de recherche, nous avons démontré que des tests effectués avec des spermatozoïdes lavés, donc dépourvus de liquide séminal, n’ont pas engendré de réaction chez des femmes présentant habituellement des symptômes allergiques. Ces résultats confirment que le déclencheur allergique n’est pas la cellule spermatozoïde elle-même, mais bien les protéines du liquide séminal.

Soulignons que les femmes ne sont pas les seules susceptibles de développer ce type d’allergie. Certains hommes peuvent aussi être allergiques à leur propre sperme. Cette pathologie, connue sous le nom de syndrome de la maladie post-orgasmique, provoque des symptômes pseudo-grippaux – fatigue, brouillard cérébral et courbatures – immédiatement après l’éjaculation. On suppose qu’il s’agit d’une réaction auto-immune ou allergique. Le diagnostic reste complexe à poser, cependant il arrive qu’un test cutané mettant en œuvre le sperme puisse se révéler positif.

Qu’en est-il de la fertilité ?

L’hypersensibilité au liquide séminal n’engendre pas directement l’infertilité, mais elle peut compliquer le projet de conception. En effet, éviter l’allergène – ce qui constitue la solution la plus efficace pour lutter contre la plupart des allergies – n’est pas envisageable pour un couple qui souhaite concevoir…

Parmi les traitements possibles figurent la prise d’antihistaminiques en prophylaxie (qui consiste à prendre des médicaments antiallergiques avant l’exposition supposée à l’allergène, afin de prévenir ou d’atténuer les réactions), les traitements anti-inflammatoires et la désensibilisation (par administration progressive de liquide séminal dilué). Dans les cas les plus sévères, les couples peuvent recourir à une fécondation in vitro effectuée avec des spermatozoïdes lavés, ce qui permet d’éviter le contact avec les allergènes à l’origine de la réaction.

Il est important de souligner que l’hypersensibilité au liquide séminal n’est pas une cause d’infertilité. De nombreuses femmes qui en sont atteintes ont pu avoir des enfants, certaines naturellement, d’autres en ayant recours à une assistance médicale.

Pourquoi cette allergie est-elle si peu connue ?

La méconnaissance de l’hypersensibilité au liquide séminal tient probablement au fait que les symptômes liés aux rapports sexuels sont souvent passés sous silence par les patientes. La gêne, la stigmatisation et le manque de sensibilisation des médecins à cette question font que bien des femmes souffrent en silence.

Dans l’étude de menée en 1997 par Bernstein et ses collaborateurs, près de la moitié des femmes présentant des symptômes après des rapports sexuels n’avaient jamais été testées pour une hypersensibilité au liquide séminal. Durant des années, elles se sont donc vues poser un diagnostic erroné, et prescrire un traitement inadapté.

En définitive, si vous ressentez systématiquement des démangeaisons, des douleurs ou une sensation de malaise après un rapport sexuel et que ces symptômes ne surviennent pas lors d’un rapport protégé par préservatif, il est possible que vous souffriez d’hypersensibilité au liquide séminal.

Il est temps de braquer les projecteurs sur cette affection trop méconnue, pour que cette question soit enfin abordée en consultation.

The Conversation

Michael Carroll ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Sexualité : les allergies au liquide séminal, un problème sous-estimé ? – https://theconversation.com/sexualite-les-allergies-au-liquide-seminal-un-probleme-sous-estime-260123

En Espagne, une loi pour lutter contre le gaspillage alimentaire

Source: The Conversation – France in French (2) – By Clémence Lepla, Doctorante en droit privé, Université de Lille

14 % de la nourriture produite est jetée ou perdue avant même d’atteindre les rayons des magasins. 19% sera ensuite jetée par les magasins, les restaurants ou particuliers. Pour lutter contre ce fléau, l’Espagne vient d’adopter une loi avec des sanctions inédites. Mais cela sera-t-il suffisant pour endiguer le gaspillage alimentaire ?


L’Espagne vient d’adopter une nouvelle loi pour lutter contre les pertes et le gaspillage alimentaire. Publiée le 1er avril 2025, elle ambitionne de réduire les pertes et le gaspillage à toutes les étapes de la chaine alimentaire, de la récolte à la consommation, en promouvant un modèle plus durable. Si une loi en Catalogne existait déjà en la matière, le dispositif est désormais harmonisé.

Les objectifs fixés sont ambitieux. La loi vise à réduire de 50 % le gaspillage alimentaire par habitant et de 20 % les pertes alimentaires d’ici à 2030. Les pertes alimentaires désignent ici la nourriture qui est perdue ou jetée avant d’atteindre les magasins de détail, lors des étapes de récolte, de transformation des aliments ou encore du transport. Actuellement, 14 % de la nourriture produite dans le monde est perdue à ce stade. Le gaspillage alimentaire correspond lui à la nourriture disponible à la vente ou à la consommation qui est jetée par les supermarchés, les restaurants et les ménages. Il représente 19 % des denrées alimentaires produites dans le monde. Ces chiffres ont marqué un véritable tournant dans la prise de conscience mondiale de ce problème, incitant les gouvernements à adopter des politiques ambitieuses pour y remédier.

Inédite en Espagne, cette loi constitue une étape importante dans la lutte contre le gaspillage alimentaire. Elle s’inscrit dans les objectifs de développement durable de l’Union européenne qui visent, d’ici au 31 décembre 2030, une réduction de 10 % des pertes alimentaires (par rapport à la quantité générée en moyenne annuelle entre 2021 et 2023) ainsi que la réduction de 30 % du gaspillage alimentaire par habitant.

Le texte présente également des dispositions similaires à celles de la loi relative à la lutte contre le gaspillage alimentaire, dite Loi Garot, adoptée par la France en 2016. Bien que les dispositifs ne soient pas entièrement identiques, les deux textes poursuivent le même objectif : lutter contre les pertes et le gaspillage alimentaires.

L’ensemble des acteurs de la chaîne alimentaire impliqués

Pour atteindre cet objectif, la participation de tous les acteurs de la société est nécessaire. La loi espagnole s’applique ainsi à une large palette d’acteurs opérant sur le territoire. Elle s’adresse aux professionnels assurant la production, la transformation et la distribution de denrées alimentaires ; aux restaurants ; à l’hôtellerie ; aux consommateurs ; aux associations de distribution de dons alimentaires ainsi qu’à l’administration publique. Seules les micro-entreprises sont exclues du dispositif.

Contrairement à la loi française, la loi espagnole est également applicable pour les opérateurs du secteur primaire tels que les agriculteurs, éleveurs, pêcheurs et coopératives agricoles.


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Un ordre de priorité à respecter

Les opérateurs économiques de la chaîne alimentaire doivent respecter un ordre de priorité inspiré de la directive européenne sur les déchets. Ainsi, lorsqu’une denrée alimentaire ne parvient pas à être vendue, elle doit être donnée ou transformée (par exemple des fruits transformés en confiture). Si ces opérations ne sont pas réalisables, cette denrée pourra être utilisée pour nourrir les animaux. À défaut, elle sera transformée par l’industrie en sous-produit non alimentaire (biocarburant, bioplastiques…), recyclée ou transformée en compost.

La loi proscrit également toute action visant à rendre les denrées impropres à la consommation ou à la valorisation comme le fait de verser de la javel sur les invendus.

Le manquement au respect de cet ordre de priorité est répertorié comme étant une « infraction mineure » et est puni par un avertissement ou une amende pouvant aller jusqu’à 2 000 euros. Cette infraction peut être requalifiée en « infraction grave » si elle est commise à nouveau dans une période de deux ans à compter de la sanction par décision administrative de la première d’entre elles. Le cas échéant, elle est punie d’une amende allant de 2 001 à 60 000 euros.

La destruction ou altération intentionnelle de denrées alimentaires invendues encore propres à la consommation est quant à elle considérée comme étant une « infraction grave ». En cas de réitération de ce type d’infraction, celle-ci est susceptible d’être requalifiée en « infraction très grave ». Elle sera alors passible d’une amende comprise entre 60 001 et 500 000 euros. La loi laisse une certaine marge de manœuvre à l’échelle régionale aux 17 Communautés autonomes d’Espagne pour augmenter ces seuils et/ou inclure d’autres sanctions additionnelles ou accessoires dans leurs réglementations respectives ayant valeur de loi.

Les sanctions diffèrent des sanctions françaises lesquelles prévoient une amende pouvant aller jusqu’à 0,1 % du chiffre d’affaires hors taxe du dernier exercice clos réalisé par l’établissement coupable de destruction de ses invendus. Le montant est fixé en fonction de la gravité de l’infraction, notamment du nombre et du volume de produits concernés. Cette amende peut être assortie d’une peine complémentaire d’affichage ou de diffusion de la décision prononcée, dans les conditions prévues à l’article 131-35 du code pénal.

Des plans de prévention à réaliser

La loi espagnole impose également aux professionnels de mettre en place des plans de prévention. Il s’agit de documents opérationnels détaillant les mesures mises en place pour identifier, prévenir et réduire les pertes et le gaspillage alimentaires. Chaque acteur de la chaîne alimentaire (à l’exception donc des microentreprises, des petits établissements commerciaux d’une surface inférieure à 1300m2 et des petites exploitations agricoles) doit expliquer comment il appliquera cet ordre de priorité et rendre compte des actions de prévention telles que la vente de produits dits « moches » ou « inesthétiques » ou encore indiquer les éventuels accords ou arrangements qu’ils ont avec des associations pour donner leurs invendus. Ces plans de prévention permettent également de collecter des données sur les pertes et le gaspillage alimentaires qui seront essentielles dans le cadre du suivi et de la régulation de cette problématique à l’échelle nationale.

Ces informations collectées alimenteront le plan national de contrôle des pertes et du gaspillage alimentaires, un dispositif mis en place par l’Espagne pour superviser et contrôler les actions des professionnels. Ce plan national vise à garantir que les objectifs législatifs de réduction des pertes et du gaspillage alimentaires soient atteints et peut inclure des contrôles, des audits, ainsi que des mécanismes de suivi et de sanction en cas de non-respect.

Le ministère de l’agriculture, de la pêche et de l’alimentation doit établir annuellement un rapport contenant les résultats de la mise en œuvre du plan de lutte national afin de suivre l’évolution et des mesures mises en place. Les administrations publiques doivent quant à elle enquêter et recueillir des données permettant de connaître l’ampleur du phénomène de pertes et du gaspillage alimentaires (volumes, causes et responsabilités).

Le don encouragé

La loi vise également à promouvoir le don de nourriture, en garantissant la sécurité et la traçabilité des aliments. Bien qu’encouragé, notamment au travers d’une déduction fiscale, le don reste facultatif : les professionnels peuvent aussi écouler leurs invendus alimentaires encore consommables en baissant les prix par exemple ou en les transformant. En revanche, il est interdit d’insérer dans un contrat une clause qui empêcherait l’autre partie de les donner.

Le recours au don est également encadré par une convention de don précisant les modalités de collecte, de transport, de stockage ainsi que les obligations des parties.

L’association bénéficiaire a la possibilité de refuser le don, sous réserve de motiver son refus. Elle est également tenue de respecter plusieurs exigences telles que : fournir des informations sur les denrées alimentaires aux personnes qui reçoivent la nourriture ; assurer la traçabilité des produits donnés au moyen d’un système d’enregistrement des entrées et sorties de denrées alimentaires reçues et livrées ; maintenir de bonnes pratiques d’hygiène dans la conservation et la manipulation des aliments ou encore donner sans discrimination.

Informer les consommateurs

La loi a enfin pour objectif de sensibiliser et d’informer les consommateurs. Elle impose pour cela aux pouvoirs publics de promouvoir des campagnes d’information sur la réduction du gaspillage alimentaire. Cette problématique sera d’ailleurs intégrée dans les programmes éducatifs dès le plus jeune âge.

Le texte met également l’accent sur l’importance de différencier les types de dates figurant sur les produits alimentaires : les produits comportant une date limite de consommation (DLC) présentent un risque pour la santé s’ils sont consommés une fois la date expirée. À l’inverse, les produits ayant une date de durabilité minimale (DDM) peuvent être consommés après cette date. Leur qualité peut être altérée mais ils peuvent encore être consommés en toute sécurité plutôt que d’être jetés. Cette mesure est d’ores et déjà à l’œuvre en France où les produits alimentaires comportant une DDM peuvent être accompagnés d’une mention informant les consommateurs que le produit reste consommable après cette date.

À l’échelle des restaurants, les doggy bags sont également fortement encouragés. À l’instar de la France, l’Espagne impose désormais aux établissements de la restauration de fournir gratuitement des contenants réutilisables ou facilement recyclables afin de permettre aux clients d’emporter les restes de leur repas.

L’Espagne est le troisième pays de l’Union européenne, après la France et l’Italie, à adopter une loi spécifique contre le gaspillage alimentaire. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte plus large de renforcement des politiques européennes en matière de durabilité alimentaire.

L’efficacité de la loi espagnole sur la prévention des pertes et du gaspillage alimentaire reposera sur sa mise en œuvre concrète et la rigueur du contrôle exercé. L’exemple de la loi française, adoptée il y a neuf ans, offre un cadre d’évaluation utile pour apprécier les leviers efficaces et les résultats mesurables d’une telle politique.

En effet, malgré l’ambition initiale, un rapport parlementaire publié trois ans après l’entrée en vigueur de la loi Garot a mis en évidence l’insuffisance de moyens pour réaliser des contrôles. La destruction des invendus, notamment par la pratique de la javellisation, fait l’objet de très peu de contrôles effectifs et est faiblement sanctionnée.

L’Espagne a quant à elle intégré dans cette loi un dispositif national de contrôle des pertes et du gaspillage alimentaires, articulé autour d’un mécanisme de suivi régulier assuré par le ministère de l’agriculture, de la pêche et de l’alimentation et des plans de prévention fournis par les opérateurs économiques.

Reste à déterminer si ces outils, pensés pour garantir une application rigoureuse et homogène du texte, seront suffisamment dotés pour produire des effets concrets. À terme, c’est bien sa capacité à induire des changements structurels dans les pratiques économiques et sociales qui permettra d’en juger la portée réelle.

The Conversation

Clémence Lepla a reçu des financements de la Région des Hauts-de-France et de l’Université de Lille.

ref. En Espagne, une loi pour lutter contre le gaspillage alimentaire – https://theconversation.com/en-espagne-une-loi-pour-lutter-contre-le-gaspillage-alimentaire-257361

Jews were barred from Spain’s New World colonies − but that didn’t stop Jewish and converso writers from describing the Americas

Source: – By Flora Cassen, Senior Faculty, Hartman Institute and Associate Professor of History and Jewish Studies, Washington University in St. Louis

An auto-da-fé − a public punishment for heretics − in San Bartolome Otzolotepec, in present-day Mexico. Museo Nacional de Arte via Wikimedia Commons

Every few years, a story about Columbus resurfaces: Was the Genoese navigator who claimed the Americas for Spain secretly Jewish, from a Spanish family fleeing the Inquisition?

This tale became widespread around the late 19th century, when large numbers of Jews came from Russia and Eastern Europe to the United States. For these immigrants, 1492 held double significance: the year of Jews’ expulsion from Spain, as well as Columbus’ voyage of discovery. At a time when many Americans viewed the explorer as a hero, the idea that he might have been one of their own offered Jewish immigrants a link to the beginnings of their new country and the American story of freedom from Old World tyranny.

The problem with the Columbus-was-a-Jew theory isn’t just that it’s based on flimsy evidence. It also distracts from the far more complex and true story of Spanish Jews in the Americas.

In the 15th century, the kingdom’s Jews faced a wrenching choice: convert to Christianity or leave the land their families had called home for generations. Portugal’s Jews faced similar persecution. Whether they sought a new place to settle or stayed and hoped to be accepted as members of Christian society, both groups were searching for belonging.

A display case shows an open book with Hebrew text, as well as leather religious objects and a velvet bag.
Jewish religious items at the Museo Metropolitano in Monterrey, Mexico.
Thelmadatter/Wikimedia Commons, CC BY-SA

We are scholars of Jewish history and have been working on the first English translations of two texts from the 16th century. “The Book of New India,” by Joseph Ha-Kohen, and the spiritual writings of Luis de Carvajal are two of the earliest Jewish texts about the Americas.

The story of the New World is not complete without the voices of Jewish communities that engaged with it from the very beginning.

Double consciousness

The first Jews in the Americas were, in fact, not Jews but “conversos,” meaning “converts,” and their descendants.

After a millennium of relatively peaceful and prosperous life on Iberian soil, the Jews of Spain were attacked by a wave of mob violence in the summer of 1391. Afterward, thousands of Jews were forcibly converted.

Two people stand in a tall hall with intricately carved windows and designs.
Synagogue of El Tránsito, a 14th-century Jewish congregation in Toledo, Spain.
Selbymay/Wikimedia Commons, CC BY-SA

While conversos were officially members of the Catholic Church, neighbors looked at them with suspicion. Some of these converts were “crypto-Jews,” who secretly held on to their ancestral faith. Spanish authorities formed the Inquisition to root out anyone the church considered heretics, especially people who had converted from Judaism and Islam.

In 1492, after conquering the last Muslim stronghold in Spain, monarchs Ferdinand and Isabella gave the remaining Spanish Jews the choice of conversion or exile. Eventually, people who converted from Islam would be expelled as well.

Among Jews who converted, some sought new lives within the rapidly expanding Spanish empire. As the historian Jonathan Israel wrote, Jews and conversos were both “agents and victims of empire.” Their familiarity with Iberian language and culture, combined with the dispersion of their community, positioned them to participate in the new global economy: trade in sugar, textiles, spices – and the trade in human lives, Atlantic slavery.

Yet conversos were also far more vulnerable than their compatriots: They could lose it all, even end up burned alive at the stake, because of their beliefs. This double consciousness – being part of the culture, yet apart from it – is what makes conversos vital to understanding the complexities of colonial Latin America.

By the 17th century, once the Dutch and the English conquered parts of the Americas, Jews would be able to live there. Often, these were families whose ancestors had been expelled from the Iberian peninsula. In the first Spanish and Portuguese colonies, however, Jews were not allowed to openly practice their faith.

Secret spirituality

One of these conversos was Luis de Carvajal. His uncle, the similarly named Luis de Carvajal y de la Cueva, was a merchant, slave trader and conquistador. As a reward for his exploits he was named governor of the New Kingdom of León, in the northeast of modern-day Mexico. In 1579 he brought over a large group of relatives to help him settle and administer the rugged territory, which was made up of swamps, deserts and silver mines.

A statue of a man looking deep in thought as he sits on a horse.
A statue in Monterrey, Mexico, of Luis Carvajal y de la Cueva.
Ricardo DelaG/Wikimedia Commons, CC BY-SA

The uncle was a devout Catholic who attempted to shed his converso past, integrating himself into the landed gentry of Spain’s New World empire. Luis the younger, however, his potential heir, was a passionate crypto-Jew who spent his free time composing prayers to the God of Israel and secretly following the commandments of the Torah.

When Luis and his family were arrested by the Inquisition in 1595, his book of spiritual writings was discovered and used as evidence of his secret Jewish life. Luis, his mother and sister were burned at the stake, but the small, leather-bound diary survived.

A black and white illustration of a woman about to be burned at the stake.
A 19th-century depiction of the execution of Luis de Carvajal the Younger’s sister.
‘El Libro Rojo, 1520-1867’ via Wikimedia Commons

Luis’ religious thought drew on a wide range of early modern Spanish culture. He used a Latin Bible and drew inspiration from the inwardly focused spirituality of Catholic thinkers such as Fray Luis de Granada, a Dominican theologian. He met with the hermit and mystic Gregorio López. He discovered passages from Maimonides and other rabbis quoted in the works of Catholic theologians whom he read at the famed monastery of Santiago de Tlatelolco, in Mexico City, where he worked as an assistant to the rector.

His spiritual writings are deeply American: The wide deserts and furious hurricanes of Mexico were the setting of his spiritual awakenings, and his encounters with the people and cultures of the emerging Atlantic world shaped his religious vision. This little book is a unique example of the brilliant, creative culture that developed in the crossing from Old World to New, born out of the exchange and conflict between diverse cultures, languages and faiths.

An open manuscript with large lettering in gold and black.
A glimpse of Luis de Carvajal’s spiritual writings, photographed in New York City.
Ronnie Perelis

More than translation

Spanish Jews who refused to convert in 1492, meanwhile, had been forced into exile and barred from the kingdom’s colonies.

The journey of Joseph Ha-Kohen’s family illustrates the hardships. After the expulsion, his parents moved to Avignon, the papal city in southern France, where Joseph was born in 1496. From there, they made their way to Genoa, the Italian merchant city, hoping to establish themselves. But it was not to be. The family was repeatedly expelled, permitted to return, and then expelled again.

Despite these upheavals, Ha-Kohen became a doctor and a merchant, a leader in the Jewish community – earning the respect of the Christian community, too. Toward the end of his life, he settled in a small mountain town beyond the city’s borders and turned to writing.

After a book on wars between Christianity and Islam, and another one on the history of the Jews, he began a new project. Ha-Kohen adapted “Historia General de las Indias,” an account of the Americas’ colonization by Spanish historian Francisco López de Gómara, reshaping the text for a Jewish audience.

A faded title page of a manuscript, with printed writing in Hebrew.
A 1733 edition of ‘Divrei Ha-Yamim,’ Ha-Kohen’s book about wars between Christian and Muslim cultures.
John Carter Brown Library via Wikimedia Commons

Ha-Kohen’s work was the first Hebrew-language book about the Americas. The text was hundreds of pages long – and he copied his entire manuscript nine times by hand. He had never seen the Americas, but his own life of repeated uprooting may have led him to wonder whether Jews would one day seek refuge there.

Ha-Kohen wanted his readers to have access to the text’s geographical, botanical and anthropological information, but not to Spain’s triumphalist narrative. So he created an adapted, hybrid translation. The differences between versions reveal the complexities of being a European Jew in the age of exploration.

Ha-Kohen omitted references to the Americas as Spanish territory and criticized the conquistadors for their brutality toward Indigenous peoples. At times, he compared Native Americans with the ancient Israelites of the Bible, feeling a kinship with them as fellow victims of oppression. Yet at other moments he expressed estrangement and even revulsion at Indigenous customs and described their religious practices as “darkness.”

Translating these men’s writing is not just a matter of bringing a text from one language into another. It is also a deep reflection on the complex position of Jews and conversos in those years. Their unique vantage point offers a window into the intertwined histories of Europe, the Americas and the in-betweenness that marked the Jewish experience in the early modern world.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Jews were barred from Spain’s New World colonies − but that didn’t stop Jewish and converso writers from describing the Americas – https://theconversation.com/jews-were-barred-from-spains-new-world-colonies-but-that-didnt-stop-jewish-and-converso-writers-from-describing-the-americas-258278

Small towns are growing fast across Ghana – but environmental planning isn’t keeping up

Source: The Conversation – USA – By Seth Asare Okyere, Visiting lecturer, University of Pittsburg and Adjunct Associate Professor, Osaka University, University of Pittsburgh

Africa’s urban future will be shaped not only by large cities and capitals but also by its many small and medium-sized towns.

Large capital cities are no longer the hotspots of rapid urban growth. According to the United Nations Human Settlements Programme (UN Habitat), small and medium-sized towns are growing faster than large cities. These smaller towns often start as rural settlements.

Despite their rapid growth, many small towns lack infrastructure and planning capacity, leaving them vulnerable to environmental risks.

Ghana offers a telling example. While the spotlight is often on the rapid growth of the two major cities, Accra or Kumasi, dozens of smaller towns across the country are booming. At the same time, they are struggling with environmental problems such as decline in green spaces, flooding and pollution, usually associated with much larger cities.

Our research examined this issue, arguing that overlooking small towns has put them on an unsustainable path. In Ghana, small towns often “rest in the shadows” of bigger cities when it comes to resource distribution and development priorities. They receive less funding, fewer services, and scant regulatory oversight compared to major urban centres.

We conducted research in Somanya, Ghana. It lies in the eastern region, about 70km from Accra, the national capital. Our aim was to establish whether emerging sites of urbanisation like Somanya were developing in ways that made them sustainable, or replicating environmental problems seen in large cities.

To identify the drivers of environmental risks in the town, we used geographic information data and interviewed residents, institutional representatives and local assembly members.

We found that the urban growth of Somanya was linked with a decline in vegetation cover and loss of biodiversity. The main factors at play were: pollution from mining, political neglect, and lack of infrastructure facilities and services.

We concluded that current realities pointed towards unsustainable futures where environmental problems will become pronounced and the impacts on everyday life will be destructive. Based on our findings we recommend that Ghana’s national urban sustainable development policies and international development programmes must not fixate solely on big cities. Small towns require attention and investment commensurate with their growth.

Environmental risks in a rapidly growing small town

Somanya’s population grew from 88,000 people in 2010 to over 122,000 by 2021. The proportion of the municipality’s population living in urban areas jumped from 31% to 47% in that period.

Local leaders and officials we interviewed painted a worrying picture of a town rapidly growing without proactive environmental planning, grappling with multiple hazards at once.

Declining ecological resources: Rapid expansion has led to the loss of green spaces and forests around Somanya. Hillsides that used to be covered with vegetation have been cleared for large mango plantations or speculative estate development. This situation has made the area more prone to erosion and flash floods. One community elder observed:

The trees on the hills are almost all gone now. Without those natural buffers, flooding has become more frequent and severe, threatening homes built in low-lying areas.

Pollution and toxicity from industry: Somanya’s growth has attracted extractive industries, notably stone quarries and small-scale mining. These bring jobs, but also environmental hazards. Residents described clouds of dust hanging over communities near a quarry. There are also reports of chemical runoff polluting local streams and soil. Heavy dust and particulate pollution have become part of daily life, and people worry about the health effects. One resident said:

The dusty conditions are not only an infrastructure problem, but also an environmental risk for us, especially if you have underlying health conditions.

Strained and inadequate infrastructure: Basic environmental infrastructure in Somanya has not kept pace with its growth. The town’s drains and gutters are few and often clogged, so even moderate rainstorms result in street flooding. Proper sewage and waste treatment facilities are non-existent. Piles of uncollected refuse are commonly seen, sometimes burnt in the open, posing health risks. One community leader remarked that:

It is only when there’s a major flood or disaster outbreak that they pay us attention.

These infrastructure deficits mean that as the town grows, so do the environmental health risks – from water-borne diseases to flooding and pollution.

Governance lapses and political indifference: Underlying many of these problems is a sense of neglect and weak institutional capacity. Local authorities in Somanya operate with limited funding and fragmented responsibilities, and higher-level support from the central government is minimal. As an Assembly member put it:

We live in a constant state of perpetual waiting for the crumbs after big cities have taken their lion’s share of available funding. If you are not connected to the ruling party, it’s hard to get the support you need.

All these factors put small towns on a path to unsustainable futures.

Steering towards sustainable urban futures

Our research highlights the need to adopt a cross-sector, integrated approach to environmental planning at the local level. In practice, that means urban planners, environmental agencies, and community leaders all working together on development plans. For example, in Koa Hill settlement, Solomon Islands, a community-led development team with support from local groups and university experts led to the successful pilot of nature-inspired disaster risk reduction programmes.

Therefore, communities should be involved in co-designing solutions, from problem identification to experimenting strategies and evaluating outcomes. After all, residents know the local risks and resources best.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Small towns are growing fast across Ghana – but environmental planning isn’t keeping up – https://theconversation.com/small-towns-are-growing-fast-across-ghana-but-environmental-planning-isnt-keeping-up-257766

Urban food gardens produce more than vegetables, they create bonds for young Capetonians – study

Source: The Conversation – USA – By Tinashe P. Kanosvamhira, Post-doctoral researcher, African Centre for Cities, University of Cape Town

Urban farms like this one in Nouakchott, Mauritania, have many benefits. John Wessels/AFP via Getty Images)

Urban agriculture takes many forms, among them community, school or rooftop gardens, commercial urban farms, and hydroponic or aquaponic systems. These activities have been shown to promote sustainable cities in a number of ways. They enhance local food security and foster economic opportunities through small-scale farming initiatives. They also strengthen social cohesion by creating shared spaces for collaboration and learning.

However, evidence from some African countries (and other parts of the world) shows that very few young people are getting involved in agriculture, whether in urban, peri-urban or rural areas. Studies from Kenya, Tanzania, Ethiopia and Nigeria show that people aged between 15 and 34 have very little interest in agriculture, whether as an educational pathway or career. They perceive farming as physically demanding, low-paying and lacking in prestige. Systemic barriers like limited access to land, capital and skills also hold young people back.

South Africa has a higher rate of young people engaging in farming (24%) than elsewhere in sub-Saharan Africa. However, this number could be higher if young people better understood the benefits of a career in farming and if they had more support.

In a recent study I explored youth-driven urban agriculture in Khayelitsha, a large urban area outside Cape Town whose residents are mostly Black, low-income earners.

The young urban farmers I interviewed are using community gardens to grow more than vegetables. They’re also nurturing social connections, creating economic and business opportunities, and promoting environmental conservation. My findings highlight the transformative potential of youth-driven urban agriculture and how it can be a multifaceted response to urban challenges. It’s crucial that policy makers recognise the value of youth-led urban agriculture and support those doing the work.

The research

Khayelitsha is vibrant and bustling. But its approximately 400,000 residents have limited resources and often struggle to make a living.

I interviewed members of two youth-led gardens. One has just two members; the other has six. All my interviewees were aged between 22 and 27. The relatively low number of interviewees is typical of qualitative research, where the emphasis is placed on depth rather than breadth. This approach allows researchers to obtain detailed, context-rich data from a small, focused group of participants.

The first garden was founded in January 2020, just a few months before the pandemic struck. The founders wanted to tackle unemployment and food insecurity in their community. They hoped to create jobs for themselves and others, and to provide nutritional support, particularly for vulnerable groups like children with special needs.

The second garden was established in 2014 by three childhood friends. They were inspired by one founder’s grandmother, who loved gardening. They also wanted to promote organic farming, teach people healthy eating habits, and create a self-reliant community.

All of my interviewees were activists for food justice. This refers to efforts aimed at addressing systemic inequities in food production, distribution, and access, particularly for marginalised communities. It advocates for equitable access to nutritious, culturally appropriate food.

One of the gardens, for instance, operates about 30 beds. It cultivates a variety of produce: beetroot, carrots, spinach, pumpkins, potatoes, radishes, peas, lettuce and herbs. 30% of its produce is donated to local community centres each month (they were unable to say how many people benefited from this arrangement). The rest is sold to support the garden financially. Its paying clients include local restaurants and chefs, and members of the community. The garden also partners with schools, hospitals and other organisations to promote healthy eating and sustainable practices.

The second garden, which is on land belonging to a local early childhood development centre, also focuses on feeding the community, as well as engaging in food justice activism.

Skills, resilience and connections

The gardens also help members to develop skills. Members gain practical knowledge about sustainable agriculture, marketing and entrepreneurship, all while managing operations and planning for growth.




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This hands-on experience instils a sense of responsibility and gives participants valuable skills they can apply in future careers or ventures. The founder of the first garden told me his skills empowered him to seek help from his own community rather than waiting for government intervention. He approached the management of an early childhood development centre in the community to request space on their land, and this was granted.

Social connections have been essential to the gardens’ success. Bonding capital (close ties within their networks) and bridging capital (connections beyond their immediate community) has allowed them to strengthen relationships between themselves and civil society organisations. They’ve also been able to mobilise resources, as in the case of the first garden accessing community land.

Additionally, the gardens foster community resilience. Members host workshops and events to educate residents about healthy eating, sustainable farming and environmental stewardship.

By donating produce to local early childhood centres, they provide direct benefits to those most in need. These efforts have transformed the gardens into safe spaces for the community.

Broader collaboration has also been key to the gardens’ success. For instance, the second garden has worked with global organisations and networks, like the Slow Food Youth Network, to share and gain knowledge about sustainable farming practices.

Room for growth

My findings highlight the need for targeted support for youth-driven urban agriculture initiatives. Policy and financial backing can enable these young gardeners to expand their efforts. This in turn will allow them to provide more food to their communities, create additional jobs, and empower more young people.

At a policy level, the government could prioritise land access for urban agriculture projects, especially in under-served communities. Cities can foster an environment for youth initiatives to thrive by allocating spaces within their planning for urban farming.




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There’s also a need for educational programmes that emphasise the value of sustainable urban agriculture, and workshops and training on entrepreneurship and sustainable farming techniques. Community organising could further empower young farmers. Finally, continued collaboration with national and international food networks would help strengthen such initiatives.

The Conversation

Tinashe P. Kanosvamhira does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Urban food gardens produce more than vegetables, they create bonds for young Capetonians – study – https://theconversation.com/urban-food-gardens-produce-more-than-vegetables-they-create-bonds-for-young-capetonians-study-243500

Southern Africa’s rangelands do many jobs, from feeding cattle to storing carbon: a review of 60 years of research

Source: The Conversation – USA – By Kevin Kirkman, Professor of Grassland Science, University of KwaZulu-Natal

South Africa’s rangelands have always had great value for the country. These areas offer more than just grazing for livestock. They provide services like purifying water, storing carbon and conserving biodiversity.

The grassland biome (28%), along with the savanna (32.5%) and the Nama-Karoo (19.5%), are collectively referred to as rangelands. They make up almost 80% of the land area of South Africa.

Their ecological services haven’t always been fully appreciated. Research into rangelands has evolved in response to environmental changes, human needs and scientific discoveries.

Commercial livestock production was the main concern when academics, researchers and practitioners met for the first congress of the Grassland Society of Southern Africa in 1966. Less than 15% of South Africa’s land surface area is arable. The only agricultural production possible on the balance of the land is livestock production from natural rangeland. Livestock production is thus a cornerstone of agriculture and food production in South Africa.

Six decades on, the Grassland Society has reflected – through a special issue of its journal, the African Journal of Range and Forage Science – on how it has tackled research challenges and adapted to shifting perceptions of rangelands.

Research has explored aspects of global change, bush encroachment and other changes in rangeland composition and function. Land transformation is another research area. Peri-urban sprawl, open-cast mining, timber plantations and other developments reduce and fragment rangeland. The result is increased pressure on the remaining, intact rangelands.

Widening scope

A review of research over the 60 years shows that early efforts focused mainly on forage production to support livestock industries. Research topics included rotational grazing and burning, as well as reinforcing rangelands by adding nutrients, forage grasses and legumes.

By the 1980s, it became clear that rangelands offered more than just grazing – they were vital ecosystems.

In the early 1990s, around the onset of democracy in South Africa, local researchers became part of global conversations around rangeland ecology. In doing so, they started to use the international terminology, instead of the old Dutch-derived word “veld”.

This shift was not just about geography, but about scope. Rangelands were increasingly seen as multifaceted ecosystems critical in the fight against climate change. Increasing temperatures, increasing atmospheric carbon dioxide levels and changing rainfall patterns pose a threat to all ecosystems. Understanding the response of rangelands is increasingly important in devising management strategies to adapt to these changes.

Scientists expanded their attention to preserving soil health, restoring degraded landscapes, and maintaining biodiversity. Issues like overgrazing, soil erosion and invasive species gained recognition in southern Africa. Degradation of rangelands in South Africa was first highlighted in the mid 1700s, and became a “mainstream” issue in the 1930s. Replacing a diverse group of wild animals with a single species of grazer, such as cattle, is the reason generally given for degradation. Fire has also been linked to it (often unfairly).

The Grassland Society responded by promoting ideas like adaptive grazing management (making decisions in response to conditions, rather than following a recipe approach). It also encouraged integrating indigenous knowledge with scientific research to create more sustainable and resilient land-use systems. This has helped shape land management practices across the region.

Many southern African rangelands face the challenge of balancing grazing with biodiversity conservation. Research on conservation agriculture and integrating livestock and wildlife systems is helping farmers and conservationists to find common ground. Wildlife, both in the conservation and the game production contexts, plays a critical role in South Africa’s economy. Tourism is one of the major contributors.

Land management is particularly important in the Mediterranean-climate regions of South Africa, where poor crop farming practices have damaged soil health. The research is guiding the development of more sustainable farming systems focused on soil regeneration and biodiversity.

A key indicator of ecosystem degradation is a decline in grassland forbs (herbaceous plants that are not grasses). They are highly sensitive to grazing pressure. So the role of wildflowers in ecosystem health and animal wellbeing has also become an important research area.

Climate change, fire suppression and overgrazing drive woody plant encroachment, where grasslands are turning into shrublands. This calls for integrated management approaches that consider fire, grazing and even controlled rewilding.

Fire is a natural element in many grassland ecosystems, and research has helped advance understanding of how it can be monitored and controlled to reduce risks while promoting healthy rangelands.

People and grasslands

Rangeland management has important social dimensions. Research is addressing issues such as land tenure, governance, community management systems on communal rangelands and indigenous knowledge in management decisions. These topics are essential for creating sustainable solutions that account for people’s livelihoods and needs.

In addition to these ecological, social and management advances, the Grassland Society of Southern Africa has worked to develop the next generation of rangeland scientists and practitioners. Through its congresses, workshops and journal publications, the society continues to foster dialogue across disciplines and communities. Its 60th congress will be held in July 2025.

The Conversation

Kevin Kirkman receives funding from the National Research Foundation.

Helga van der Merwe receives funding from the National Research Foundation.

Craig Morris does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Southern Africa’s rangelands do many jobs, from feeding cattle to storing carbon: a review of 60 years of research – https://theconversation.com/southern-africas-rangelands-do-many-jobs-from-feeding-cattle-to-storing-carbon-a-review-of-60-years-of-research-254736

Do you live near a dam holding mine waste? 6 questions to ask

Source: The Conversation – USA – By Charles MacRobert, Associate Professor, Stellenbosch University

Mining is essential to modern lifestyles. Copper, iron and other mined products are vital to the products many people take for granted, like electronic devices. Being able to buy these goods quite easily may give a person a false sense of how difficult it is to extract the elements they’re made of.

Mining involves the removal of mineral-rich rock from the ground and processing it to extract the high-value minerals. Depending on the mineral, this quantity can be as low as a few grams in a tonne of rock.

For example, removing a tiny quantity of platinum from rock requires finely grinding the rock. The fine material that remains once the platinum is removed is known as tailings.

Every mining operation produces tailings. This can be coarse, like instant coffee granules, or fine, like cocoa powder. Tailings are typically mixed with water to form a liquid slurry that can be pumped and transported easily.

Slurry is kept in specially designed tailings dams. The designs are unique and depend on what is being mined and the local area.

Unfortunately, the history of mining is stained with examples of poorly managed dams that collapse, spilling the slurry, which is sometimes toxic. This can cause serious environmental, social and economic damage.

One such mine disaster happened in February 2025 in Zambia at the Sino-Metals Leach Zambia copper mine. Over 50 million litres of toxic waste flowed over the dam’s wall into the Mwambashi River. From there it flowed into one of the largest and longest Zambian rivers, the Kafue.

The pollution travelled further than 100km from the dam, contaminating the river, and killing fish and livestock on nearby farms. The Zambian government had to shut down municipal water to the city of Kitwe to protect residents from consuming the polluted water.

This should not have happened, because steps have been taken to ensure proactive management of dams. In 2020, the Global Industry Standard on Tailings Management introduced a new set of safety measures and standards.

Many mines are proactively embracing these standards. This enhances community trust in tailings dams. But other mines are not engaging with communities that might be affected by dams. Or communities may feel unsure what to ask the mines.

We are geotechnical engineers who have studied tailings dam collapses. Here, we outline six questions people living near mines should ask mine management to ensure they understand the key hazards and risks in their communities.

1. How far will the slurry flow?

Each tailings dam has a zone of influence. This is determined by analysing what would happen if the slurry breached the dam walls and started to flow out. It is an estimate of the area which would be swamped by tailings if the dam failed.

Generally, tailings disasters have caused significant damage up to a distance of 5km from the dam. If the tailings slurry gets into a river, it can flow hundreds of kilometres downstream.




Read more:
Burst mining dam in South Africa: what must be done to prevent another disaster


Zones of influence are often determined for extreme events, like once in a lifetime storms or large earthquakes. But zones of influence could also include places affected by dust or water pollution from the mine.

If you can see a tailings dam from where you live or work you should consider yourself within the zone of influence.

2. Who is responsible for the dam?

Clearly defined roles and responsibilities for day-to-day operation should be in place in every mine. There should be suitably qualified engineers appointed to carry out monitoring and maintenance of the dam. There need to be enough qualified people to cope with the size of the dam.

The management structure should set out how day-to-day issues related to the tailings dam are discussed between workers on the ground in mines and top management, and how solutions are found. Mines should also keep audit and inspection reports on their tailings dams, and records should be kept over the long term (because tailings dams are often operational for several decades).

3. What about the environment?

Mines should have plans to reduce the impact that tailings dams have on the environment. These would have been informed by public participation. The plans must state what monitoring is in place to measure the impacts of dust and water (groundwater and surface water).

The true extent of impacts only becomes apparent once the mine starts operating. So, the public should hold mines accountable for commitments made. Mines should satisfy communities that monitoring is continuing to identify and track the dam’s environmental impacts.

Closure plans should also be continuously communicated to mining-affected communities. This will assure the community that when the miners leave, they won’t be left with a dangerous dam near their homes, with no one to look after it.

4. Will the tailings dam be safe when it rains?

A common way that tailings dams fail is when water or slurry washes over the dam sidewalls. This washes away the support. It is known as overtopping, and can happen in storms or if too much tailing is pumped into the dam.

Overtopping is best managed by keeping the water a certain distance below the dam wall. Mine management must measure this regularly and control how much tailing they pump to the dam. Their task is to make sure that even in a severe storm the level will stay well below the top of the dam wall.

5. Has the dam always behaved as expected?

Small failure incidents such as sloughs, slides and bulges where dam walls move but no slurry is released can occur. Mines should investigate and report these, detailing likely causes and mitigation measures implemented.

Publicly available satellite imagery can easily show where mine tailings dams are becoming unstable. Mines should be transparent and provide explanations for these to avoid any speculation over whether the dam is stable or not.

6. What alterations have been made?

Sometimes dams must be changed to accommodate changes in mining or the extraction process. These changes could include how fast the dam is being built, moving the position of the dam wall, or placing material at the base of the wall to stabilise it.

The unexpected consequences of alterations to a tailings dam could be water seeping out and creating damp spots, leading to dam walls sagging or cracking. If left unchecked this can lead to structural failure.

When substantial changes are made to a dam’s design, mines need to demonstrate that sufficient consideration has gone into making these changes.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Do you live near a dam holding mine waste? 6 questions to ask – https://theconversation.com/do-you-live-near-a-dam-holding-mine-waste-6-questions-to-ask-256517