Mieux accompagner la santé mentale au travail : la stratégie des petits pas

Source: – By Tarik Chakor, Maître de conférences en sciences de gestion, Aix-Marseille Université (AMU)

Selon le baromètre Qualisocial-Ipsos 2025 sur la santé mentale au travail, 25 % des salariés estiment avoir une mauvaise santé mentale, avec une population féminine particulièrement touchée – 29 % des femmes, contre 21 % des hommes. PeopleImages-Yuri A./Shutterstock

Comment agir efficacement et de manière pérenne pour préserver la santé mentale des individus au travail et prévenir une détérioration de leur qualité de vie et des conditions de travail (QVCT) ? Un credo : privilégier les petites victoires à une grande défaite. L’acteur clé : le manager de proximité.


La Semaine pour la qualité de vie et des conditions de travail (QVCT) aura lieu du 16 au 20 juin 2025 sur tout le territoire français. Cette initiative, lancée par l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact) en 2004 a pour objectif de promouvoir le débat et de favoriser le partage de pratiques en santé au travail, notamment au niveau mental et psychologique.

Bien que présente dans le débat public et scientifique depuis le début des années 2000, notamment avec les travaux de la psychiatre Marie-France Hirigoyen autour du harcèlement moral, puis de la vague de suicides chez France Télécom dès 2006, la question de la santé mentale au travail se pose toujours au sein des organisations. Selon le baromètre Qualisocial-Ipsos 2025 sur la santé mentale au travail, 25 % des salariés estiment avoir une mauvaise santé mentale, avec une population féminine particulièrement touchée – 29 % des femmes, contre 21 % des hommes.

Malgré la succession de quatre plans Santé-Travail, de deux accords nationaux interprofessionnels (ANI) sur la QVT (en 2013 puis en 2020)
ou de multiples rapports officiels, une question semble rester en suspens : comment agir efficacement – et de manière pérenne – pour préserver la santé mentale des individus au travail et prévenir une détérioration de leur QVCT ?

Santé mentale au travail : de quoi parle-t-on ?

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la santé mentale correspond à « un état de bien-être mental qui nous permet d’affronter les sources de stress de la vie, de réaliser notre potentiel, de bien apprendre et de bien travailler, et de contribuer à la vie de la communauté ». Elle n’est pas uniquement l’absence de troubles mentaux, mais plutôt un état dynamique pouvant être influencé par de nombreux facteurs. Les causes, mais également les manifestations peuvent varier d’une personne à une autre.

Dans la sphère professionnelle, de nombreux concepts en lien avec la santé mentale ont émergé depuis une vingtaine d’années : stress, risques psychosociaux, burnout, mais également bien-être, qualité de vie au travail (QVT) et QVCT plus récemment, dans une approche plus positive de la santé au travail. La santé mentale au travail concerne tous les niveaux hiérarchiques, tous secteurs d’activité confondus : direction, encadrement, management de proximité, exécutants mais aussi travailleurs indépendants.

« Greatwashing »

Les acteurs tels que l’Anact ou l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), ainsi que de nombreux articles scientifiques, notamment en gestion des ressources humaines, défendent depuis une dizaine d’années une approche spécifique de l’action en santé au travail.

Ils souhaitent débattre collectivement de l’activité réelle de travail, des conditions et du contenu du travail, garantir aux salariés une capacité d’expression et d’action autour de leur travail, co-construire le diagnostic de la situation de travail et proposer des dispositifs adaptés et partagés.




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La situation ne semble pas s’améliorer au sein des organisations, elle semble même empirer, notamment au sortir de la crise sanitaire et des épisodes de confinement. De multiples obstacles à la prévention en santé mentale au travail sont apparus :

  • le déni des salariés et/ou de leur encadrement, notamment dans un contexte de crise et d’instabilité économiques ;

  • la difficulté à mettre en mots les maux (pas de liens stricts de cause à effet entre des contextes de travail et des manifestations de dégradation de la santé mentale au travail) ;

  • la forte dimension subjective du vécu du travail et de ses risques.


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Plus largement d’autres obstacles émergent. Certains accords de prévention en entreprise sont scellés a minima. Ils questionnent peu ou pas l’organisation du travail avec des actions plus individualisées (cellules d’écoute, formations, etc.), une déresponsabilisation de l’organisation, privilégiant des actions visibles et sur le court terme, leur permettant de communiquer rapidement, voire d’améliorer leur marque employeur, jusqu’à potentiellement tomber dans le « greatwashing ».

Une autre limite identifiée est en lien avec le taux de rotation des personnels encadrants. Les actions et les résultats de courte durée sont préférés, dans une optique de carrière, plutôt que des actions sur le long terme, dont les résultats sont peu visibles, et donc peu valorisables.

Privilégier les petites victoires à une grande défaite

Nous pensons que, pour être efficace et pérenne, l’action en santé mentale au travail doit reposer sur deux piliers : le pragmatisme managérial et la subsidiarité.

Face aux difficultés telles que l’instrumentalisation de la prévention, les stratégies et rapports de force entre acteurs, la déresponsabilisation de l’organisation et l’individualisation des maux, nous défendons l’idée d’une action modeste, simple, identifiable et identifiée. Elle vise en priorité à agir sur ce qui est possible, faisable, et « au bon niveau », avec les parties prenantes concernées.

Cette stratégie des petits pas et des petits groupes, appliquée au management de la santé au travail, semble lever certains blocages. Elle permettrait aux acteurs de s’entendre plus facilement sur les termes employés, facilitant un diagnostic partagé, situé, dans un périmètre limité – un service, un groupe de travail, une équipe, etc. Cette stratégie faciliterait également l’instauration d’un dialogue et d’une saine conflictualité, ou la rendrait a minima moins complexe et risquée. Le principe de subsidiarité prendrait ici tout son sens, en réglant le problème là où il se pose, par et avec les personnes directement concernées.

Toute ambition démesurée en santé au travail nous semble perdue d’avance, voire contre-productive, la gestion de la santé mentale au travail pouvant paradoxalement dégrader cette dernière.

Le rôle du manager de proximité nous semble décisif : bien que la QVCT soit « l’affaire de toutes et de tous », elle nous semble être particulièrement l’affaire de ces encadrants, positionnés au plus proche du réel, en prise avec sa complexité et pouvant, plus que les autres, mettre en débat l’activité de travail.

The Conversation

Tarik Chakor ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Mieux accompagner la santé mentale au travail : la stratégie des petits pas – https://theconversation.com/mieux-accompagner-la-sante-mentale-au-travail-la-strategie-des-petits-pas-248922

Pourquoi Saint-Pierre-et-Miquelon a-t-il été pris pour cible par Donald Trump et Laurent Wauquiez ?

Source: – By Paco Milhiet, Visiting fellow au sein de la Rajaratnam School of International Studies ( NTU-Singapour), chercheur associé à l’Institut catholique de Paris, Institut catholique de Paris (ICP)

Après Donald Trump, qui a menacé l’archipel français d’être taxé à 50 % sur ses exportations de poisson, le député LR Laurent Wauquiez a proposé d’y envoyer les étrangers sous OQTF, le 9 avril. Victime de ce double « bad buzz », les autorités locales du territoire de 5000 habitants ont réagi avec humour à travers une campagne promotionnelle « OQTF » (On Quitte Tout Facilement pour vivre à Saint-Pierre-et-Miquelon), mettant en avant sa qualité de vie et ses paysages exceptionnels.


Saint-Pierre-et-Miquelon est un petit archipel français situé au large de Terre-Neuve, dans la partie nord-ouest de l’océan Atlantique.

Une carte montre les îles au large de la côte de Terre-Neuve et sa zone économique exclusive
Carte de Saint-Pierre-et-Miquelon et de sa zone économique exclusive.
(Eric Gaba)

Le territoire ne s’étend que sur 244 kilomètres carrés et compte seulement 5 800 habitants. Il a néanmoins récemment fait parler de lui à l’échelle internationale, d’une part en raison de son inclusion dans une vague d’imposition de droits de douane par les États-Unis et, d’autre part, à cause d’une remarque controversée de Lurent Wauquiez, président du groupe parlementaire LR, suggérant d’y déporter des sans-papiers.

Ces événements sont l’occasion d’examiner les liens historiques et géopolitiques complexes qui concernent Saint-Pierre-et-Miquelon et qui impliquent la France, le Canada et les États-Unis.

Dernier territoire français dans la région

Visité par les peuples autochtones pendant près de 5 000 ans, l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon a été découvert par des navigateurs européens à la fin du XVe siècle pour ensuite être officiellement revendiqué pour la France par Jacques Cartier en 1536.

L’archipel est rapidement devenu une base stratégique pour les pêcheurs français de morue et de baleine. Au cours des siècles suivants, la France et la Grande-Bretagne se sont âprement disputé ces îles, qui ont changé de mains à plusieurs reprises avant d’être définitivement rendues à la France en 1816.

Au XXe siècle, l’archipel a été le théâtre de conflits incessants entre le Canada et la France autour de la pêche.

Ces conflits ont atteint leur paroxysme en 1988 avec la saisie de navires de pêche, le rappel d’ambassadeurs et la violation d’accords. Malgré des droits historiques inscrits dans des traités, l’accès de la France aux zones de pêche a diminué après le moratoire sur la pêche à la morue décrété par le Canada en 1992, ainsi qu’une décision arbitrale accordant à Saint-Pierre-et-Miquelon une zone économique exclusive de seulement 38 kilomètres autour de l’archipel, à l’exception d’une bande de 16 kilomètres qui s’étend sur 320 kilomètres vers le sud.

Ces deux événements ont eu des répercussions économiques importantes pour Saint-Pierre-et-Miquelon

Des droits de douane exceptionnels

Aujourd’hui, l’économie locale est faible, représentant moins de 0,001 % du PIB de la France, et dépend fortement des fonds publics et des apports extérieurs, notamment du Canada voisin.

Néanmoins, le territoire a d’abord été inclus dans les cibles des tarifs douaniers dits du « jour de la libération », annoncés par le président américain Donald Trump en avril. Il a été soumis à des droits de douane de 50 %, ce qui en a fait temporairement un des territoires les plus taxés au monde, à l’égal du Lesotho, pays africain enclavé.

Si Trump a fait volte-face et ramené les droits de douane à 10 % quelques jours plus tard, la décision initiale laisse perplexe étant donné le poids économique minime de l’archipel et sa position géopolitique périphérique. Pourquoi l’administration Trump a-t-elle ciblé aussi brutalement ces îles ?

Flétan et géopolitique

Les relations commerciales entre Saint-Pierre-et-Miquelon et les États-Unis étaient équilibrées de 2010 à 2025, sauf en juillet 2024, où un écart marqué est apparu. Les États-Unis ont alors importé pour 3,4 millions de dollars de marchandises en provenance des îles, tandis que leurs exportations n’ont totalisé que 100 000 dollars sur toute l’année.

Le gouvernement américain a interprété ce déséquilibre commercial de 3 300 % pour l’année 2024 comme la preuve de l’imposition d’un droit de douane de 99 % par le territoire. Le même type de calcul erroné a été utilisé pour d’autres pays.

D’où vient cet écart en juillet 2024 ?

Selon plusieurs rapports, cette anomalie statistique est en fait le résultat d’un différend de longue date entre la France et le Canada au sujet des quotas de pêche dans les eaux bordant Saint-Pierre-et-Miquelon.

Historiquement, le territoire exporte principalement des produits de la mer vers la France et le Canada, et presque rien vers les États-Unis.

Pourtant, en juin 2024, un bateau français a déchargé plusieurs tonnes de flétan – un poisson cher et très prisé des gastronomes – à Saint-Pierre.

Bien que la prise ait été effectuée dans les eaux internationales et qu’elle soit techniquement légale, elle s’est déroulée dans un contexte de tensions entre la France et le Canada concernant les stocks de flétan et la durabilité de l’espèce dans la région.

En raison de ces tensions, le poisson a été redirigé vers le marché américain et vendu pour 3,4 millions de dollars, devenant ainsi la cause de l’imposition de droits de douane élevés par l’administration Trump.

La France et le Canada sont parvenus à une entente sur le flétan plus tard en 2024. Mais cette « guerre du flétan » n’est que le plus récent exemple des conflits récurrents entre les deux pays concernant les quotas de pêche au large des Grands Bancs de Terre-Neuve, une des zones de pêche les plus abondantes au monde.

Ainsi, les droits de douane élevés imposés par les États-Unis à l’archipel français, même s’ils ont été rapidement modifiés, étaient une conséquence indirecte des vieilles tensions entre la France et le Canada.

Un nouvel Alcatraz ?

Quelques jours après s’être remis du choc tarifaire, Saint-Pierre-et-Miquelon se retrouve à nouveau sur la sellette.

Laurent Wauquiez, l’un des prétendants LR à la présidence de la République, a proposé que les migrants faisant l’objet d’un ordre de quitter le territoire (OQTF) se voient offrir deux possibilités : être détenus à Saint-Pierre-et-Miquelon ou retourner dans leur pays d’origine.

Laurent Wauquiez lors d’une réunion des Républicains (LR) à Paris, le 9 février 2022.
Victor Velter

Ce n’est pas la première fois que des politiciens parlent d’expulser des prisonniers vers les territoires français d’outre-mer.

Cette suggestion s’inscrit dans la lignée de l’utilisation historique par la France de certains territoires comme sites de colonies pénitentiaires, notamment Cayenne, en Guyane française et la Nouvelle-Calédonie, dans le Pacifique Sud.

Les propos de Laurent Wauquiez ont été largement condamnés pour leur ton méprisant et colonial, y compris par des membres du gouvernement.

En réponse, les autorités locales ont tenté de tirer parti de la controverse en lançant une campagne médiatique humoristique reprenant le sigle OQTF pour « On Quitte Tout Facilement pour vivre à Saint-Pierre-et-Miquelon).

Trois publicités sur les réseaux sociaux
Annonces sur les réseaux sociaux de l’administration de Saint-Pierre-et-Miquelon inspirée par la proposition d’expulsion de Laurent Wauquiez.
(Compiled by Paco Milhiet)

Leur objectif était de changer le discours et de mettre en avant les attraits de l’archipel : faible taux de chômage, grande sécurité publique, paysages naturels exceptionnels et vie paisible et familiale, et ce, si possible, sans les lourds droits de douane américains.

The Conversation

Paco Milhiet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pourquoi Saint-Pierre-et-Miquelon a-t-il été pris pour cible par Donald Trump et Laurent Wauquiez ? – https://theconversation.com/pourquoi-saint-pierre-et-miquelon-a-t-il-ete-pris-pour-cible-par-donald-trump-et-laurent-wauquiez-258262

Détricotage des politiques écologiques : le grand retour de bâton. Entretien avec François Gemenne

Source: – By François Gemenne, Chercheur en science politique, spécialiste du climat et des migrations, HEC Paris Business School

Alors que la troisième conférence de l’ONU sur l’océan vient de s’achever, en France, les reculs sur l’écologie se multiplient : « mise en pause » des aides à la rénovation thermique, restrictions des normes d’artificialisation des sols, autorisation de pesticides dangereux, suppression des zones à faible émission. Le « backlash » (retour de bâton) concernant l’écologie est spectaculaire, au niveau politique comme dans le monde des entreprises. Pourtant, l’opinion reste favorable à des choix écologiques ambitieux. Comment l’expliquer ? Comment y remédier ? Entretien avec le politiste François Gemenne.


The Conversation : Comment analysez-vous les choix politiques faits par le gouvernement Bayrou ou par des alliances parlementaires qui rassemblent généralement le centre, la droite et l’extrême droite – mais aussi LFI – pour la suppression des zones à faibles émission ?

François Gemenne : À l’évidence, il y a une tendance de fond, et elle est très inquiétante. Ces reculs témoignent du fait qu’en France, l’engagement écologique a été contraint et pas choisi. Il s’agissait de le faire parce que les scientifiques alertaient, parce que les militants alertaient, mais nous n’avons pas réussi à faire de l’écologie un vrai projet économique, social et démocratique.

Si l’on regarde du côté de la Chine, on constate que ce pays a fait de la transition un projet moteur pour dynamiser son économie (sur les marchés de la voiture électrique, du solaire, des batteries, du nucléaire) et pour gagner en puissance sur la scène internationale. Mais les Européens regardent surtout du côté de Washington, qui se désengage. Du coup, la transition est désormais perçue comme un frein à la compétitivité ou comme un engagement « woke ».

Emmanuel Macron s’est récemment exprimé en critiquant le gouvernement Bayrou sur l’écologie. Avec la Conférence des Nations unies sur l’océan (Unoc) qui se tenait à Nice, le président de la République a affiché une ambition écologique forte. Que pensez-vous de son action et de son bilan ?

F. G. : La conférence sur les océans était un exercice de communication et de diplomatie plutôt réussi de la part d’Emmanuel Macron, même si, au plan des résultats, le bilan est relativement modeste.

La conférence a permis de glaner les derniers signataires pour le traité sur la haute mer. Il a également permis de poser frontalement le sujet de l’exploitation minière des fonds marins, sur lequel rien n’est gagné.

Pour le reste – techniques de pêche, chalutage, aires marines protégées –, il y a eu très peu d’avancées.

Concernant les critiques formulées par Emmanuel Macron envers le « détricotage » des politiques écologiques par le gouvernement Bayrou, je rappellerai que le bilan du président est loin d’être spectaculaire en la matière. Il y a eu des avancées, mais souvent modestes et loin des ambitions affichées. Par ailleurs, le président Macron a une part de responsabilité dans les reculs : c’est lui qui a demandé une « pause » dans les normes environnementales européennes en mai 2023. Enfin, critiquer un gouvernement qu’il a choisi semble un peu facile.

Quel lien faites-vous entre le recul du consensus sur l’écologie et la montée en puissance de forces réactionnaires ou d’extrême droite ?

F. G. : Pour les forces réactionnaires, la transition écologique est devenue un totem à abattre. Or, cela n’a pas toujours été le cas. Souvenons-nous du consensus qui s’était formé au moment des marches pour le climat, portées par Greta Thunberg, vers 2018. Ce consensus s’est achevé vers 2023-2024 et, désormais, l’écologie est devenue un sujet très polarisé. Pourtant, ce consensus en faveur de l’écologie reste très fort dans la population : 85 % des Français disent vouloir davantage d’action de leurs gouvernements face au changement climatique, par exemple. Le débat public amplifie donc les voix des 15 % qui veulent en finir avec la transition.

Professeur à HEC, vous rencontrez de nombreux chefs d’entreprises. Quelle est leur position dans ce contexte de recul écologique ?

F. G. : Les entreprises réagissent aux mouvements de société. Certaines entreprises ont joué le jeu d’une mode, visant de nouveaux contrats, de nouveaux clients, de nouveaux marchés, à travers l’engagement écologique. Dès lors que la transition apparaît comme moins désirable et plus clivante, elles changent de cap : elles investissent dans l’intelligence artificielle, ou dans ce qu’elles perçoivent comme l’enjeu du moment – comme si ces enjeux étaient en concurrence entre eux.

D’autres entreprises maintiennent leur engagement écologique, mais n’en parlent plus, de crainte d’être accusées de « greenwashing » par des militants, ou par crainte de perdre des marchés, notamment aux États-Unis. Elles vont donc cacher leur action, comme si c’était quelque chose de honteux, laissant croire qu’il ne se passe plus rien.

Le PDG d’une très grande entreprise française de service me confiait récemment qu’il ne communiquait plus sur son engagement écologique pour protéger son marché, ou ses collaborateurs, aux États-Unis. Mais en Europe aussi, les entreprises sont prises entre deux feux. Le fait qu’une certaine gauche ait associé la transition à la « lutte des classes », par exemple, complique les choses pour embarquer les entreprises.

Au-delà des effets de mode, l’organisation actuelle des marchés permet-elle aux acteurs économiques de réellement s’engager dans la transition ?

F. G. : C’est le problème de fond. Le modèle économique ne permet pas aux entreprises d’aller au bout de leur démarche. Le bio dans l’agriculture recule, une partie de l’industrie européenne, notamment automobile ne parvient pas développer son offre électrique. Enfin, toute une série d’investissements dans la décarbonation n’ont pas vraiment été faits, et on a assisté à certaines faillites retentissantes comme celle de Northvolt. Finalement, de nombreuses entreprises qui voulaient pivoter n’ont pas réussi à trouver de vrais modèles économiques de rentabilité.

Nous avons un vrai problème de régulation macro-économique du côté des taux d’intérêt directeurs des investissements, ou dans la manière d’intégrer le coût carbone dans les productions. Tant que l’on n’intégrera pas les coûts environnementaux des biens et des services produits, la transition sera limitée.


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Un exemple frappant est celui de la législation européenne sur les normes comptables CSRD qui visait à juger de la performance des entreprises à l’aune de leurs résultats sociaux et environnementaux, et plus uniquement de leurs résultats financiers. Cette législation était largement imparfaite, mais elle allait dans le sens d’une régulation structurante. Or, aujourd’hui, l’Europe recule et donne un signal terrible aux entreprises. Celles qui ont investi des millions pour anticiper cette nouvelle comptabilité vont être pénalisées au détriment de celles qui n’ont rien fait.

Comment aborder le discours écologique pour qu’il redevienne audible ?

F. G. : Il faut se débarrasser du discours écologiste culpabilisant et donneur de leçons – a fortiori si ces leçons sont données par des individus nantis qui semblent vouloir régenter la vie des pauvres.

Par ailleurs, il faut mettre en avant les bénéfices associés à la transition, assumer un discours égoïste sur ce que chacun peut gagner concrètement : moins de dépenses en carburant ou en chauffage, un meilleur confort dans les habitats, une meilleure santé pour les individus ; une plus grande compétitivité et de nouveaux marchés pour les entreprises ; moins de dépendance énergétique à des dictatures comme la Russie et plus de puissance pour l’Europe…

Il semble également pertinent de communiquer sur les risques comme le fait le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau. En substance, il répète que les risques environnementaux peuvent avoir des conséquences dramatiques sur la finance et sur l’économie, et qu’il est irresponsable de les ignorer. C’est un discours hyperrationnel et très pragmatique, pas du tout politique ou moral.

Enfin, un discours constructif sur l’écologie peut être associé à un nouveau projet de société. En questionnant sans cesse ses choix et en doutant de ses actions, en louvoyant, selon l’air du temps, l’Europe, comme le gouvernement français, a du mal à fixer un cap et à construire. Or, la transition représente un modèle économique porteur, mais aussi un nouvel horizon politique et démocratique.


Propos recueillis par David Bornstein.

The Conversation

François Gemenne est président du Conseil scientifique de la Fondation pour la Nature et l’Homme, président du Sustainable Finance Observatory, président de l’Alliance pour la décarbonation de la route.

Ses projets de recherche ont reçu des financements des programmes Horizon, Twinning, Acronym, Habitable, Magyc.

ref. Détricotage des politiques écologiques : le grand retour de bâton. Entretien avec François Gemenne – https://theconversation.com/detricotage-des-politiques-ecologiques-le-grand-retour-de-baton-entretien-avec-francois-gemenne-259157

Peut-on vraiment prévenir les arrêts cardiaques avec du champagne ou du vin blanc ? Retour sur une étude aux résultats trompeurs

Source: – By Mickael Naassila, Professeur de physiologie, Directeur du Groupe de Recherche sur l’Alcool & les Pharmacodépendances GRAP – INSERM UMR 1247, Université de Picardie Jules Verne (UPJV)

Une étude prétend que consommer du champagne ou encore utiliser son ordinateur réduirait le risque d’arrêt cardiaque soudain. Mais elle présente des biais méthodologiques majeurs ! Ses soi-disant résultats ne doivent donc pas être pris en compte.


Il y a des études scientifiques qui font sourire, d’autres qui interrogent, et certaines qui, bien qu’habillées du vernis de la rigueur, diffusent des conclusions aussi fragiles que les bulles d’un verre de champagne.

C’est le cas d’un article récemment publié dans le Canadian Journal of Cardiology qui conclut, entre autres, que la consommation de champagne et/ou de vin blanc pourrait protéger contre l’arrêt cardiaque soudain.

Ce n’est pas une blague, c’est le résultat d’une étude sérieuse… du moins en apparence.




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Un cocktail de données et d’algorithmes

L’étude, conduite par une équipe chinoise, repose sur l’analyse des données de la UK Biobank, une vaste base d’information médicale et comportementale rassemblée auprès de plus de 500 000 volontaires britanniques).

Les chercheurs ont sélectionné 125 « facteurs de risque modifiables » (comme la consommation d’alcool, le temps passé sur l’ordinateur ou les sentiments d’irritabilité) et ont évalué leur lien avec la survenue d’un arrêt cardiaque soudain, sur une période de près de quatorze ans.

Pourquoi 125 ? Pourquoi pas 300 ? Ou 28 859, qui correspond au nombre initial de variables ? On ne saura jamais. Ce choix arbitraire, filtré par des critères aussi opaques qu’un vin trop vieux, a permis de faire ressortir que les buveurs de champagne ou de vin blanc et les amateurs d’ordinateurs seraient mieux protégés des arrêts cardiaques.

Le tout repose sur une approche dite exposomique, qui vise à explorer sans a priori un grand nombre de facteurs environnementaux et comportementaux.




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Pour aller plus loin, les auteurs ont utilisé une méthode sophistiquée – la randomisation mendélienne –, censée permettre d’inférer un lien de causalité entre certains comportements et les arrêts cardiaques.

Le résultat : 56 facteurs seraient associés au risque d’arrêt cardiaque, dont 9 considérés comme causaux. Parmi les facteurs mis en avant comme protecteurs : la consommation de champagne ou de vin blanc, la consommation de fruits secs, ou encore le temps passé sur un ordinateur.

Au passage, six autres facteurs sont présentés comme ayant un lien délétère : le sentiment de ras-le-bol, la quantité et le taux élevés de masse grasse mesurés au bras, l’indice de masse corporelle (IMC), la pression artérielle systolique et un niveau d’éducation inférieur.

Quand la génétique s’égare

La randomisation mendélienne est une méthode puissante, souvent présentée comme un « essai clinique naturel » fondé sur la génétique. L’idée est la suivante : certaines variantes génétiques influencent nos comportements ou traits biologiques (comme l’indice de masse corporelle) et, en les étudiant, on peut tenter d’estimer l’effet causal de ces comportements sur la santé, sans les biais habituels des études observationnelles.




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Mais cette méthode repose sur trois hypothèses très fortes, qui doivent être absolument vérifiées pour pouvoir conclure :

  1. Les gènes choisis doivent être fortement liés au comportement étudié (ex. : boire du champagne).

  2. Ils ne doivent pas être associés à d’autres facteurs (pas de « confusion »). Or, il est peu probable que les buveurs de champagne aient exactement les mêmes conditions de vie que les autres.

  3. Ils doivent influencer l’arrêt cardiaque seulement via la consommation de champagne, et non par d’autres biais sociétaux ou comportementaux (pléiotropie horizontale).


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Une étude récente réalisée par la Société française d’alcoologie a, par exemple, montré que la consommation d’alcool a un lien causal démontré par la randomisation mendélienne sur de nombreuses pathologies : les cancers de la cavité buccale, de l’oropharynx, de l’œsophage, le cancer colorectal, le carcinome hépatocellulaire et le mélanome cutané, ainsi que sur les maladies cardiovasculaires telles que l’hypertension, la fibrillation atriale (un trouble du rythme cardiaque qui accélère le cœur et le fait battre de manière irrégulière), l’infarctus du myocarde et les maladies vasculaires.

Dans l’étude publiée dans le Canadian Journal of Cardiology, plusieurs de ces hypothèses sont probablement faussées. Par exemple, les gènes supposés influencer la consommation de champagne ou de vin blanc pourraient tout aussi bien refléter un statut socio-économique élevé ou des préférences culturelles qui, eux-mêmes, sont liés au risque de maladies cardiovasculaires. C’est ce qu’on appelle la pléiotropie, un biais bien connu en génétique, (également évoqué plus haut dans l’article, ndlr).

L’étude repose en grande partie sur des données autodéclarées (consommation d’alcool, sentiments de ras-le-bol, usage de l’ordinateur), ce qui apporte un niveau de subjectivité supplémentaire. À cela s’ajoute une absence totale de prise en compte des changements dans le temps : boire du champagne à 55 ans n’implique pas qu’on en boira encore à 68, l’âge moyen des arrêts cardiaques dans cette cohorte.

Des résultats aussi exagérés que séduisants

Les résultats montrent un effet protecteur du champagne et de l’ordinateur. Sauf que… surprise ! Les méthodes de sensibilité, qui permettent de juger de la robustesse des résultats (randomisation mendélienne et médiane pondérée), ne trouvent souvent aucune significativité, voire un effet inversé.

La robustesse des résultats étant remise en cause, la prudence doit être de mise. Car les conclusions ne tiennent plus debout quand on change un peu les calculs et les hypothèses de départ. Cela révèle ainsi que ces résultats peuvent être influencés par des biais ou par des incertitudes cachées.

Le plus spectaculaire dans l’étude, ce n’est pas tant le champagne que les chiffres avancés : selon les auteurs, jusqu’à 63 % des arrêts cardiaques pourraient être évités si les facteurs de risque étaient corrigés. Ce chiffre impressionnant repose sur un calcul appelé « fraction de risque attribuable », qui suppose que l’on peut modifier les comportements sans que cela ne change rien d’autre dans la vie des personnes. Une hypothèse très contestable : améliorer son alimentation modifie aussi souvent le poids, le sommeil ou l’humeur.

Plus grave encore : seuls 9 des 56 facteurs identifiés seraient réellement causaux, selon les auteurs eux-mêmes. En d’autres termes, un lien de cause à effet ne serait avéré que pour 9 facteurs sur 56. Il est donc méthodologiquement incohérent de calculer une fraction de risque globale sur la base de données aussi incertaines.

Un cas d’école de surinterprétation

Le problème ici n’est pas l’utilisation des données massives ni des outils statistiques modernes. C’est la surinterprétation des résultats, l’usage approximatif des méthodes et la communication d’un message qui frôle le sensationnalisme scientifique.

En faisant croire qu’un verre de champagne ou quelques heures d’écran pourraient sauver des vies, on détourne l’attention des véritables leviers de prévention : l’arrêt du tabac, la réduction de l’hypertension, la lutte contre les inégalités sociales et l’accès aux soins.

Le risque est de promouvoir une vision naïve de la prévention centrée sur des comportements individuels anodins, au détriment des politiques de santé publique ambitieuses.

La science mérite mieux

Il est essentiel de rester critique face aux résultats trop beaux pour être vrais, surtout lorsqu’ils concernent des sujets graves comme l’arrêt cardiaque. La recherche épidémiologique a tout à gagner à la transparence méthodologique, à la prudence dans les interprétations, et à l’humilité dans la communication des résultats.




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Comprendre l’épidémiologie


Le champagne et le vin blanc ne sont pas des médicaments. Et une étude, même statistiquement sophistiquée, ne vaut que par la solidité de ses hypothèses.

Si vous voulez vraiment réduire votre risque cardiovasculaire, préférez une marche quotidienne à un verre de bulles, même si c’est moins festif.

The Conversation

Mickael Naassila est Président de la Société Française d’Alcoologie (SFA) et de la Société Européenne de Recherche Biomédicale sur l’Alcoolisme (ESBRA); Vice-président de la Fédération Française d’Addictologie (FFA) et vice-président junior de la Société Internationale de recherche Biomédicale sur l”Alcoolisme (ISBRA). Il est membre de l’institut de Psychiatrie, co-responsable du GDR de Psychiatrie-Addictions et responsable du Réseau National de Recherche en Alcoologie REUNRA et due projet AlcoolConsoScience

ref. Peut-on vraiment prévenir les arrêts cardiaques avec du champagne ou du vin blanc ? Retour sur une étude aux résultats trompeurs – https://theconversation.com/peut-on-vraiment-prevenir-les-arrets-cardiaques-avec-du-champagne-ou-du-vin-blanc-retour-sur-une-etude-aux-resultats-trompeurs-257257

L’océan est aussi l’affaire des élus locaux : exemples en Aquitaine, en Bretagne et en Occitanie

Source: – By Gwenaël Leblong-Masclet, Chaire Mers, Maritimités et Maritimisations du Monde (4M), Sciences Po Rennes

À Lacanau, des projets de désurbanisation volontaire ont été lancés pour anticiper le recul du littoral, en concertation avec les habitants et les acteurs économiques. sylv1rob1/Shutterstock

La 3ᵉ Conférence des Nations unies sur l’océan (Unoc 3) se tient à Nice à partir du 9 juin 2025. Elle met notamment en lumière un enjeu souvent sous-estimé : la place stratégique des collectivités territoriales dans la gouvernance maritime. Étude de cas à Lacanau en Aquitaine, au Parc naturel marin d’Iroise en Bretagne et au Parlement de la mer en Occitanie.


L’océan, théâtre des bouleversements de l’anthropocène, n’est pas une abstraction lointaine. Pour les territoires littoraux, il est une réalité concrète, quotidienne, faite de défis de submersion, d’érosion, d’aménagement, de développement portuaire ou encore d’adaptation des politiques touristiques. C’est depuis ces territoires que la préservation des océans peut – et doit – être repensée.

Dans un prochain article « Les politiques publiques locales au prisme de la maritimité » dans la revue Pouvoirs locaux, nous nous sommes demandé si, plutôt que de voir la mer comme un obstacle, nous la considérions comme un levier de transformation de l’action publique ?

Les élus au chevet du trait de côte

Les élus locaux sont les premiers à affronter les conséquences visibles du changement climatique : tempêtes plus fréquentes, recul du trait de côte, érosion accélérée. La compétence de gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations (Gemapi), confiée aux intercommunalités, les placent en première ligne.

À Lacanau, des projets de désurbanisation volontaire ont été lancés pour anticiper le recul du littoral, en concertation avec les habitants et les acteurs économiques. Au programme : suppression des parkings littoraux, aménagement d’un pôle d’échange multimodal plus à l’intérieur des terres, repositionnement des missions de secours ou encore le déplacement de certains commerces situés sur le front de mer.

Ce processus implique des arbitrages difficiles entre maintiens des activités touristiques, relocalisation des infrastructures, préservation des écosystèmes et accompagnement des habitants concernés. La loi Climat et résilience de 2021 a introduit des outils juridiques pour anticiper ce recul. Leur mise en œuvre concrète reste à parfaire. Sans action locale forte et coordonnée, les effets du changement climatique sur le littoral risquent d’être incontrôlables et, surtout, d’être une nouvelle source d’inégalités humaines et territoriales.

Gouverner un espace fragile

Si l’océan couvre 70 % de la planète, son interface avec la terre – le littoral – est l’un des espaces les plus disputés et les plus fragiles. Y coexistent des usages parfois antagonistes : tourisme, conchyliculture, urbanisation, activités portuaires, pêche, énergies marines renouvelables (EMR)… Cette multiplicité appelle une gouvernance intégrée, à la fois verticale – de l’échelon local à l’échelon international – et horizontale – entre acteurs publics, privés et citoyens.

Elle implique de penser une gouvernance écosystémique des littoraux, s’appuyant sur :

  • des mécaniques démocratiques multiscalaires (à plusieurs échelles),
  • les savoirs empiriques des communautés locales comme les pêcheurs,
  • les parties prenantes économiques.

Aux collectivités, mises en situation d’agir par la gestion intégrée des zones côtières ou par les documents stratégiques de façade, de savoir créer les espaces de négociation et de consensus entre ces acteurs.

Certaines collectivités ont déjà innové. En Bretagne, le Parc naturel marin d’Iroise a été conçu avec les pêcheurs locaux et les associations environnementales, permettant une cogestion efficace.

L’exemple de la Région Occitanie, avec son Parlement de la mer, lancé dès 2013, montre que les collectivités peuvent innover en matière de gouvernance maritime. Ce parlement régional fédère élus, professionnels, ONG et chercheurs pour co-construire une stratégie maritime partagée.

À Brest, la métropole a su capitaliser sur sa fonction portuaire et scientifique pour faire émerger une véritable « capitale des océans », mobilisant universités, centres de recherche, industriels et autorités portuaires autour d’une même ambition.

Laboratoire maritime… d’innovation territoriale

Acteurs traditionnellement davantage « terriens » que maritimes, les collectivités territoriales revendiquent aujourd’hui une place à la table des négociations sur les politiques océaniques.

À rebours d’une vision exclusivement étatique, les élus locaux portent une connaissance fine des dynamiques littorales, des conflits d’usages et des attentes citoyennes. Ces démarches incitent à penser la mer comme bien commun.

L’un des apports essentiels de la conférence Unoc 3 sera, du moins peut-on l’espérer, de rappeler que la protection des océans ne peut se faire sans la reconnaissance de l’ensemble des acteurs territoriaux.


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La mobilisation des territoires insulaires, par exemple au sein de l’ONG Smilo, contribue à une reconnaissance du rôle des initiatives locales comme levier de changement. L’insularité est le « laboratoire » d’un développement durable et concerté des stratégies territoriales.

Le développement des aires marines protégées (AMP) en est une bonne illustration : leur efficacité dépend en grande partie de l’implication des communautés locales, des pêcheurs, des associations. À ce titre, intégrer les savoirs empiriques dans les politiques de gestion maritime n’est pas un luxe, mais une nécessité. Ainsi, le rahui polynésien – interdiction temporaire d’exploitation d’une zone pour permettre sa régénération – inspire désormais les pratiques de préservation de la ressource halieutique, bien au-delà du seul triangle polynésien.

Recommandations de l’ONG Smilo pour tendre vers une gestion durable des ressources en milieu insulaire.
Fourni par l’auteur

Plus globalement, l’insularité, problématique récurrente dans les Outre-mer, implique de penser et d’accepter la différenciation des politiques publiques. Les élus d’Ouessant, de Mayotte ou des Marquises rappellent que les contraintes logistiques, la dépendance à la mer et la fragilité des écosystèmes appellent des réponses sur mesure, souvent loin des seuls standards gouvernementaux.

Penser global, agir local

Observer les politiques locales depuis le large permet d’inverser le regard. Le littoral, espace de contact entre l’humain et le vivant, devient alors un laboratoire d’innovation démocratique, écologique et institutionnelle, où se dessinent des formes renouvelées de coopération et d’engagement. L’Unoc 3 offre une occasion décisive de rappeler que la transition maritime ne se fera pas sans les territoires.

Il est donc temps de reconnaître pleinement le rôle des élus locaux dans cette dynamique. Ils sont les chevilles ouvrières d’une action publique renouvelée, plus proche du terrain, plus attentive aux équilibres écosystémiques et plus sensible aux savoirs citoyens.

Parce que la mer est ici – sur les plages, dans les ports, dans les écoles et les projets municipaux –, elle engage la responsabilité de tous, à commencer par celles et ceux qui construisent au quotidien les politiques publiques locales.

The Conversation

Je suis DGA de Brest métropole.

Romain Pasquier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’océan est aussi l’affaire des élus locaux : exemples en Aquitaine, en Bretagne et en Occitanie – https://theconversation.com/locean-est-aussi-laffaire-des-elus-locaux-exemples-en-aquitaine-en-bretagne-et-en-occitanie-257592

Repos le 1er Mai (et jours fériés) : que dit le droit ?

Source: – By Michel Miné, Professeur du Cnam, titulaire de la chaire Droit du travail et droits de la personne, Lise/Cnam/Cnrs, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)

Le code du travail prévoit 11 jours fériés, sans obligation de chômage pour les salariés ni de majoration de salaire en cas de travail. Pla2na/Shutterstock

Après une loi de 2004 instaurant une journée dite « de solidarité », de travail non rémunéré, initialement prévue le lundi de Pentecôte, le repos du 1er Mai est remis en cause par une récente proposition de loi. L’objectif : permettre aux employeurs de certains secteurs, notamment la boulangerie-pâtisserie, de faire travailler leurs salariés. Faire le point sur le droit applicable s’avère nécessaire.


Une proposition de loi, enregistrée au Sénat le 25 avril, vise à réduire le champ d’application de la règle du repos le 1er Mai. Le 28 avril, le Gouvernement a engagé la procédure accélérée pour faire adopter ce texte. La commission des affaires sociales du Sénat a désigné un rapporteur le 21 mai.

Cette proposition ne porterait-elle pas en germe la suppression généralisée dans le commerce du droit au repos le 1er Mai ? Permettre de faire travailler certains salariés le 1er Mai dans des commerces de proximité ne justifierait-il pas ensuite l’emploi de salariés ce jour-là, dans d’autres secteurs, au nom de la concurrence « libre et non faussée » ?

Le repos du 1er Mai s’inscrit dans la relation entre employeurs et salariés, mais trouve aussi sa raison d’être dans la nécessité de repères temporels dans la cité. Les « besoins du public », sous l’angle de la consommation, étant sans limites, doivent être contenus par des règles de droit.

Code du travail et accords collectifs

Le Code du travail prévoit 11 jours fériés. D’autres jours fériés sont prévus dans certains territoires, notamment les journées de commémoration de l’abolition de l’esclavage en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique, à Mayotte, à La Réunion, à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin.

Le code du travail ne prévoit pas le chômage obligatoire de ces journées, ni une majoration de salaire en cas de travail. Le chômage de jours fériés ne peut entraîner aucune perte de salaire pour les salariés totalisant au moins 3 mois d’ancienneté dans l’entreprise. Les heures de travail perdues ne donnent pas lieu à récupération.

Ce sont les accords collectifs, d’entreprise ou, à défaut, de branche, qui déterminent les jours fériés chômés. À défaut d’accord, l’employeur fixe par décision unilatérale les jours fériés chômés dans l’entreprise. Lorsque le jour férié est travaillé, les accords collectifs peuvent prévoir une majoration de la rémunération, mais ce n’est pas obligatoire.

Le régime est donc inégalitaire entre les salariés, suivant les accords collectifs de branche et d’entreprise. Certains accords d’entreprise peuvent prévoir le repos de seulement trois jours fériés dans l’année et aucune majoration de salaire pour les jours fériés travaillés.

Si la loi pouvait utilement être modifiée, elle rendrait le régime légal des jours fériés plus protecteur pour tous les salariés en assurant de meilleures contreparties aux salariés obligés de travailler les jours fériés et l’égalité de traitement.

Régime exceptionnel du 1ᵉʳ Mai

Le régime des jours fériés connaît une exception : le 1er Mai.

Cette journée trouve sa source dans l’histoire du mouvement ouvrier au niveau international. Tout d’abord aux États-Unis, où les syndicats revendiquent à partir de 1884 la journée de travail de 8 heures. Ce mouvement revendicatif donnera lieu, en 1886 et en 1887, à des grèves, des manifestations et une sanglante répression. En 1889, la IIe Internationale socialiste, réunie à Paris, décidera de faire du 1er Mai la journée internationale de lutte pour les droits des travailleuses et des travailleurs. Il en est ainsi depuis 1890.

Bannière australienne au début du siècle pour revendiquer 8 heures de travail, 8 heures de loisir et 8 heures de repos.
Wikimediacommons

Le 1er Mai exprime la solidarité des travailleuses et des travailleurs au plan international avec la revendication de la réduction de la durée du travail, à l’origine la journée de 8 heures. La convention de l’Organisation internationale du travail (OIT) n°1 de 1919 prévoit la journée de travail de 8 heures.


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Le 1er Mai est aujourd’hui un jour férié dans 24 des 27 États membres de l’Union européenne et dans la plupart des États du monde.

En France, depuis la loi n°47-778 du 30 avril 1947, « le 1er Mai est jour férié et chômé ». Le code du travail prescrit le repos, et ce repos ne peut être une cause de réduction de salaire. Il s’agit d’une disposition légale d’ordre public.

Exceptions limitées

Par exception, des établissements et services « ne peuvent interrompre le travail en raison de la nature de leur activité ». Il s’agit notamment des hôpitaux, des hôtels et des transports en commun. Les salariés qui y travaillent ont droit, en plus du salaire correspondant au travail effectué, à une indemnité égale au montant de ce salaire, à la charge de l’employeur.

« En instituant cette exception au chômage du 1er Mai, pour les établissements et services qui ne peuvent interrompre le travail en raison de la nature de leur activité, l’article L. 3133-6 du code du travail est rédigé en termes suffisamment clairs et précis pour permettre son interprétation, qui entre dans l’office du juge pénal, sans risque d’arbitraire », rappelle l’arrêt du 20 janvier 2015, de la Cour de cassation, Chambre criminelle.

Il convient d’analyser au cas par cas chaque situation de fait afin de déterminer si, en raison de la nature de l’activité, l’interruption du fonctionnement de l’entreprise le 1er Mai est ou non possible. Par conséquent, il n’y avait pas lieu de transmettre une question prioritaire de constitutionnalité au Conseil constitutionnel.

Le repos ou, à défaut, le salaire doublé sont protégés par la loi : toute contravention aux dispositions relatives au 1er Mai est passible d’une amende de 750 €, appliquée autant de fois qu’il y a de salariés indûment employés ou rémunérés. En cas de poursuite pénale, il appartient à l’employeur, qui a fait travailler des salariés, de démontrer que la nature de son activité ne lui permettait pas d’interrompre le travail le 1er Mai.

À défaut, l’employeur est condamné pour infraction : arrêt de la Cassation criminelle du 25 juin 2013 et arrêt de la Cassation criminelle du 8 février 2000 pour les magasins de jardinerie, arrêt de la Cassation criminelle du 14 mars 2006 pour les location de DVD, etc.

Remise en cause

Une proposition de loi présentée au Sénat, fin avril, vise à réduire le champ d’application de la règle du repos le 1er Mai. Le 28 avril, trois jours après son enregistrement, le gouvernement a engagé une procédure accélérée pour faire adopter ce texte. La proposition en faisant référence à l’article L. 3132-12 vise à appliquer au repos du 1er Mai des dérogations existantes pour contourner le repos dominical.

Cette proposition « visant à permettre aux salariés de certains établissements et services de travailler le 1er Mai » est en réalité destinée à permettre aux employeurs de certains établissements et services de faire travailler les salariés le 1er Mai. Ainsi, aucune disposition ne prévoit le volontariat des salariés pour travailler ce jour, même si la notion de volontariat dans les très petites entreprises est à apprécier avec prudence.

Son article unique prévoit de modifier le code du travail comme suit : dans les établissements et services « dont le fonctionnement ou l’ouverture est rendu nécessaire par les contraintes de la production, de l’activité ou les besoins du public, mentionnés à l’article L. 3132-12 » les salariés occupés le 1er mai ont droit, en plus du salaire correspondant au travail accompli, à une indemnité égale au montant de ce salaire.

La proposition en faisant référence à l’article L. 3132-12 vise à appliquer au repos du 1er Mai des dérogations existantes pour contourner le repos dominical.

Interdiction de porter atteinte au repos des salariés

Cette proposition va à l’encontre de la jurisprudence de la Cour de cassation. Cette dernière rappelle de façon constante, notamment dans un arrêt de la Chambre criminelle du 14 mars 2006, que le code du travail n’institue aucune dérogation de principe au repos du 1er Mai en faveur des établissements et services bénéficiant du repos hebdomadaire par roulement.

L’exposé des motifs de cette proposition contenant plusieurs formulations ambiguës sur le plan juridique, certains points méritent d’être reprécisés.

« Ces règles sont d’ordre public, mais elles ne portent que sur les salariés. Ainsi, les personnes qui ne sont pas salariées et qui travaillent dans les boulangeries-pâtisseries peuvent naturellement faire le 1er Mai. », rappelle une réponse ministérielle du 20 mai 2025.

Sur la portée de l’interdiction de travail : ce qui est interdit par la loi, c’est de porter atteinte au repos des salariés. Il n’est pas interdit aux commerçants de travailler. Le boulanger peut ouvrir son commerce et vendre du pain s’il le souhaite, le fleuriste de même peut vendre du muguet. Dans l’entreprise familiale, le conjoint du chef d’entreprise peut également travailler ce jour-là.

Sur les dispositions conventionnelles applicables : la convention collective nationale de la boulangerie-pâtisserie mentionne « le 1erMai dont le régime est défini par la loi », sans contester le régime légal applicable.

Commerces et grandes surfaces

La proposition est présentée comme portant sur deux secteurs d’activité particuliers : les boulangeries et les fleuristes. Mais la formulation modifiée de l’article de loi envisagé va bien au-delà.

Comme indiqué dans la réponse ministérielle précitée :

« Le gouvernement est favorable à une évolution de la loi pour clarifier le cadre applicable et tenir compte à l’avenir, de manière pragmatique, des besoins sur certains secteurs spécifiques, dont fait partie le secteur de la boulangerie-pâtisserie. »

Une proposition de loi soutenue par le gouvernement remet en cause le repos du 1ᵉʳ Mai. Elle confirme la tendance, à la suite de la relaxe de cinq boulangers vendéens, le 25 avril 2O25, ayant fait travailler leurs salariés le 1ᵉʳ mai 2024.
PetrKovalenkov/Shutterstock

Cette proposition porte en germe la suppression généralisée dans le commerce du droit au repos le 1er Mai. Permettre de faire travailler les salariés le 1er Mai dans des commerces de proximité justifierait ensuite la demande d’ouverture et d’emploi de salariés par les grandes surfaces au nom de la concurrence « libre et non faussée ».

Une seconde proposition de loi concernant « les établissements de moins de dix salariés » s’inscrit dans la même démarche de remise en cause du repos.

Projet de société

Après la remise en cause du repos le dimanche, par la multiplication des dérogations depuis plusieurs années, après la facilitation du travail de nuit, l’ultime norme qui résiste encore serait à renverser pour satisfaire les besoins illimités du Marché.

Le repos le 1er Mai rappelle que la personne humaine ne peut être réduite à un Homo œconomicus, consommateur-travailleur. Ce temps de repos, prévu par le droit, permettant de pratiquer ses activités sociales, culturelles, de se consacrer à sa vie familiale, etc., signifie la nécessité d’une limite, la souveraineté de la limite pour faire société.

The Conversation

Michel Miné est membre de l’association RACSE – Réseau académique de la Charte sociale européenne

ref. Repos le 1er Mai (et jours fériés) : que dit le droit ? – https://theconversation.com/repos-le-1-sup-er-sup-mai-et-jours-feries-que-dit-le-droit-257404

¿Por qué algunos jóvenes creen que “con Franco se vivía mejor”?

Source: The Conversation – France – By Maite Aurrekoetxea Casaus, Profesora Doctora en Sociología en la Facultad de Ciencias Sociales y Humanas, Universidad de Deusto

La idealización del pasado franquista está detrás de ciertas posturas políticas nostálgicas. En la imagen, cartel de propaganda a favor del ‘sí’ en el Referéndum sobre la Ley Orgánica del Estado celebrado el 14 de diciembre de 1966. Wikimedia Commons, CC BY

Hace algunos días hemos visto frente a la sede del PSOE en Madrid, en la calle Ferraz, a grupos de jóvenes coreando “Franco, Franco” mientras agitaban banderas anticonstitucionales. Pocas mujeres, por cierto. Y no lo hacían como cita histórica ni como provocación irónica. Lo hacían en serio. Jóvenes nacidos más de 25 años después de la muerte del dictador, reivindicando un pasado que no vivieron y cuya dureza desconocen. ¿Por qué?

La explicación no está en la historia, sino en el presente. Esta nostalgia no es espontánea: es inducida. La consigna “Con Franco se vivía mejor” opera como síntoma cultural de una narrativa que ha ganado terreno en el campo político y mediático: la idea de que la juventud actual ha fracasado, de que “vive peor” que sus padres y madres y de que solo el orden del pasado puede restaurar una supuesta normalidad.

Un relato que no es inocente

La frase “los jóvenes viven peor” se ha convertido en uno de los mantras más repetidos por la derecha y la ultraderecha europeas. Su eficacia no radica en su veracidad, sino en su capacidad emocional: activa la comparación, el resentimiento, el sentimiento de pérdida. Y, a partir de ahí, legitima el retroceso.

Este discurso no describe una realidad: la construye. Porque se habla de vivir peor, pero ¿en qué términos? ¿Menores ingresos? ¿Menos libertad? ¿Peor salud mental? ¿Mayor dificultad para acceder a una vivienda? Cada una de esas dimensiones tiene matices. Pero este discurso no necesita complejidad: le basta con una certeza simple y pesimista para justificar la nostalgia.

Idealizar el pasado implica ignorar que muchas generaciones anteriores trabajaron desde los 14 años sin derechos laborales, sin conciliación, sin educación superior accesible ni cobertura de salud. Es preciso señalar que la legislación laboral anterior a 1980 permitía jornadas largas, sueldos bajos y escasa protección social.

No existía la conciliación familiar, y el acceso a derechos como vacaciones pagadas, formación continua o cobertura de desempleo estaba limitado a ciertos sectores privilegiados. El pasado no fue un periodo de bienestar generalizado, sino uno definido por la precariedad, desigualdad y escasas oportunidades reales de mejora.

Esa vida “mejor” es en gran parte una invención retroactiva que despolitiza las desigualdades estructurales del presente. Y lo curioso del eslogan “con Franco se vivía mejor” es que rara vez rememora cómo vivían las mujeres.

La dictadura no solo impuso un modelo autoritario en lo político, sino que anuló los derechos conquistados durante la II República y reinstauró un régimen jurídico que reducía a las mujeres a la obediencia y la dependencia. Al casarse, las mujeres perdían su capacidad de obrar: no podían administrar sus bienes, abrir una cuenta bancaria, ni siquiera firmar un contrato sin autorización del marido.

Esta restricción estaba amparada por la llamada licencia marital, recogida en los artículos 60 a 71 del Código Civil de 1889, vigente hasta su derogación por la Ley 14/1975, de 2 de mayo. El artículo 57 de ese código establecía literalmente que “el marido debe proteger a la mujer y ésta obedecer al marido”.

Además, el Estado abolió el divorcio (Ley de 23 de septiembre de 1939), suprimió el matrimonio civil (Ley de 10 de marzo de 1941) y restauró el régimen de patria potestad exclusiva para el padre. Incluso en caso de separación, la mujer era “depositada” en casa de sus padres y podía ser despojada de la vivienda conyugal y de la custodia de sus hijos. Si se volvía a casar, podía perder a sus hijos, salvo autorización expresa del marido fallecido en su testamento.

Este modelo no fue anecdótico: fue ley vigente en España hasta bien entrada la Transición, y moldeó toda una cultura jurídica de sumisión femenina. Por eso, la idealización del pasado franquista como una época de orden y bienestar ignora que dicho orden se construyó sobre la subordinación legal de la mitad de la población. ¿Este es el escenario que añoran estos jóvenes para sus parejas, sus hermanas o sus compañeras de trabajo?

El tiempo libre como elección política

Volviendo a la realidad actual, como señala el sociólogo Chris Knoester en un estudio reciente, lo que ha ocurrido en las últimas décadas a las personas jóvenes no es un deterioro o un declive de manera comparativa con generaciones anteriores, sino todo lo contrario: un cambio profundo en las formas de criar, de convivir y de valorar el bienestar.

Debemos tener presente que las familias hoy invierten más tiempo y recursos en el ocio estructurado de sus hijos e hijas, especialmente en el deporte, como expresión de implicación emocional y apoyo integral. Esta transformación, lejos de ser síntoma de debilidad generacional, es un logro intergeneracional.

El tiempo libre, tan denostado por los discursos conservadores como símbolo de pereza o evasión es, en realidad, una forma diferente de entender el bienestar de las personas. Las nuevas generaciones priorizan la salud mental, el cuidado de los vínculos y la autonomía personal. No porque rechacen el esfuerzo, sino porque no están dispuestas a pagar el precio de una productividad desmedida sin garantías de futuro.

Según la Encuesta de Presupuestos Familiares del Instituto Nacional de Estadística (2024), en 2023 el gasto medio por hogar en España fue de 32 617 €, un 3,8 % más que el año anterior. De ese total, los hogares destinaron un 10,2 % a restaurantes y hoteles de media, lo que equivale a 3 311 € anuales. Y un 5,1 % a ocio y cultura, es decir, 1 651 € por hogar.

Lejos de ser un comportamiento exclusivo de las clases altas, el incremento del gasto en estos sectores es transversal a todos los niveles de renta. Entre los hogares con ingresos más elevados, las partidas de ocio, restauración y cultura llegaron a representar hasta el 34,7 % del presupuesto familiar, frente al 14 % en los hogares con menos ingresos. Llamar a eso “vivir peor” es una falacia interesada. Y, sin embargo, esa falacia circula. Se normaliza. Se grita en la calle como consigna política.

Franco como consigna eficaz

Que jóvenes coreen “Franco, Franco” es un síntoma de una falta de símbolos alternativos para nombrar su frustración. En ese vacío, el relato reaccionario ofrece refugio. “Con Franco se vivía mejor” no es historia, es síntesis emocional: orden, jerarquía, autoridad, seguridad. Una traducción emocional del miedo a un presente con una brújula algo manipulada.

Y ese miedo se alimenta desde los discursos políticos que repiten que todo va a peor, que todo se ha roto, que la culpa es del feminismo, de la inmigración o de la diversidad. Un discurso que no busca comprender el malestar juvenil, sino apropiarse de él y convertirlo en adhesión reaccionaria.

Se trata de ofrecer otra lectura recordando que el bienestar no se mide solo por propiedad o salario, sino por tiempo libre, dignidad vital, vínculos y salud. Se trata de decir que hay otras formas de vivir bien que no pasan por parecerse al pasado.

The Conversation

Maite Aurrekoetxea Casaus no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿Por qué algunos jóvenes creen que “con Franco se vivía mejor”? – https://theconversation.com/por-que-algunos-jovenes-creen-que-con-franco-se-vivia-mejor-259425

Why Kinshasa keeps flooding – and why it’s not just about the rain

Source: The Conversation – USA – By Gode Bola, Lecturer in Hydrology, University of Kinshasa

The April 2025 flooding disaster in Kinshasa, the capital of the Democratic Republic of Congo, wasn’t just about intense rainfall. It was a symptom of recent land use change which has occurred rapidly in the city, turning it into a sprawling urban settlement without the necessary drainage infrastructure.

Local rains combined with runoff from torrential rains coming from neighbouring Congo Central Province quickly overwhelmed the city’s small urban tributaries. The Ndjili River and its tributary (Lukaya), which run through the city, overflowed and flooded homes on either side.

This led to the deaths of at least 70 people, 150 injured and the temporary displacement of more than 21,000 people. Floods affected the running of 73 healthcare facilities. Access to water and transport services were disrupted in large parts of the city. People could only move around by dugout canoe or by swimming in flooded avenues.

Floods have become recurrent in the DRC. The last quarter of 2023 and the beginning of 2024 saw the most devastating floods there and in neighbouring countries since the 1960s.

According to UN World Urbanisation Prospects (2025), the reason the floods have become this devastating is the growth of Kinshasa. The city is the most densely populated city in the DRC, the most populous city and third-largest metropolitan area in Africa.

Kinshasa’s 2025 population is estimated at 17,778,500. Back in 1950, it was 201,905. In the past year alone, the city’s population has grown by 746,200, a 4.38% annual change. At least 2% of the population live in areas prone to flooding. Urban infrastructure, especially flood-related, is non-existent or inadequate. Where it exists, drainage systems are blocked by solid waste, itself another sign of the city whose public services such as waste collection have become dysfunctional.

We have been studying the characteristics of flooding and the prediction of risk linked to it in the Congo Basin for five years as part of our work at the Congo Basin Water Resources Research Center in Kinshasa. We study the movement of water in natural and modified environments and its interactions with infrastructure over a range of geographical scales. We argue in this article that understanding why Kinshasa floods means recognising two very different water systems at play – and how urban growth has made the city more vulnerable to both.

Kinshasa faces two distinct flood hazards: first, flooding from the Congo River, which typically peaks around December and January; and, second, urban flood events driven by local rainfall and runoff from the hills south of the city around April and December.

Most of Kinshasa’s flood disasters have come from the second type. And as Kinshasa has urbanised, expanding into the floodplains, but without the necessary urban infrastructure, the impact of urban flood events has become worse.

With more sealed surfaces – because of more urban settlements – and less natural water absorption, more rainwater runs off, and faster. This overwhelms the city’s small urban tributaries and the Ndjili river.

Growth of Kinshasa and flood

As the city has expanded, so has its flood exposure. The city’s tributaries drain steep, densely populated urban slopes and are highly responsive to rainfall.

Of Kinshasa’s two flood risks, the impact of Congo River flooding can be observed in large cities located along major rivers, and typically peaks around January. These are seasonal floods driven by rainfall across the whole Congo Basin.

Research at Congo Basin Water Resources Research Center shows that while Congo River high water levels can cause “backwater effects” – the upstream rise in water level caused by reduced flow downstream – most damaging floods result from intense local rainfall overwhelming the city’s small river catchments. The flood risk analysis indicates that 38 territories are the hotspot of flooding in the Congo basin. Kinshasa is a hotspot due to its double risk sources and extensive urbanisation.




Read more:
Kenya’s devastating floods expose decades of poor urban planning and bad land management


The urban flood events are more challenging. They can happen with less rainfall and cause major destruction. They are driven by local rainfall and rapid growth of informal settlements.

Other cities face similar risks. In 2024, Nairobi suffered deadly floods after prolonged rain overwhelmed informal neighbourhoods and infrastructure.

Across Africa, cities are growing faster than their infrastructure can keep up with. Kinshasa has unique exposure, but also strong local research capacity.

The Congo River’s seasonal peaks are relatively well understood and monitored. But urban tributaries are harder to predict.

DRC’s meteorological agency Mettelsat and its partners are building capacity for real-time monitoring. But the April 2025 floods showed that community-level warning systems did not work.

Climate change is expected to intensify extreme rainfall in central Africa. While annual totals may not increase, short, intense storms could become more frequent.

This increases pressure on cities already struggling with today’s rains. In Kinshasa, the case for climate-resilient planning and infrastructure is urgent.




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What needs to change?

Forecasting rainfall is not enough. Government agencies in collaboration with universities must also forecast flood impact – and ensure people can act on the warnings. There is a need to put in place systems to achieve this under a catchment integrated flood management plan.

The main elements of such a plan include:

  • Improved early warning systems: Use advanced technologies (such as satellites) to gather real-time data on environmental conditions.

  • Upgraded drainage infrastructure: Identify weaknesses and areas prone to flooding, to manage storm water better.

  • Enforcement of land use planning: Establish clear regulations that define flood-prone areas; outline permissible land uses.

  • Define safety perimeters around areas at risk of flooding: Use historical data, flood maps, and hydrological studies to pinpoint areas that are at risk. Regulate development and activities there.

  • Local engagement in flood preparedness: Educate residents about flood risks, preparedness measures, and emergency response.




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Institutions such as the Congo Basin Water Resources Research Center play a critical role, not just in research but in turning knowledge into action. Rainfall may trigger the flood, but urban systems decide whether it becomes a disaster. And those systems can change.

The Conversation

Gode Bola receives funding support from the Congo River User Hydraulics and Morphology (CRuHM) project (2016-2021), which was entirely funded by The Royal Society-DFID Africa Capacity Building (RS-DFID) under grant number “AQ150005.” He is affiliated with the Regional School of Water (ERE) and the Congo Basin Water Research Center (CRREBaC) of the University of Kinshasa, as well as the Regional Center for Nuclear Studies of Kinshasa.

Mark Trigg received funding support from the Congo River user Hydraulics and Morphology (CRuHM) project (2016-2021), which was wholly funded by The Royal Society-DFID Africa Capacity Building (RS-DFID) under the grant number “AQ150005”. Mark Trigg is affiliated with water@leeds at the University of Leeds and the Global Flood Partnership.

Raphaël Tshimanga receives funding from he Congo River user Hydraulics and Morphology (CRuHM) project (2016-2021), which was wholly funded by The Royal Society-DFID Africa Capacity Building (RS-DFID) under the grant number “AQ150005”. He is affiliated with the Congo Basin Water Resources Research Center and the Regional School of Water of the University of Kinshasa.

ref. Why Kinshasa keeps flooding – and why it’s not just about the rain – https://theconversation.com/why-kinshasa-keeps-flooding-and-why-its-not-just-about-the-rain-254411

South Africa’s ‘working for water’ programme is meant to lead to skills and jobs: why it’s failing

Source: The Conversation – USA – By Sinazo Ntsonge, PhD Graduate, Department of Economics and Economic History, Rhodes University, Rhodes University

South Africa’s Expanded Public Works Programme is part of its social safety net. It complements the country’s social grants system, which has over 28 million recipients.

The public works programme helps fill a gap for people who fall outside the grant system, especially those who need work experience and skills training if they’re to get a job. These include unemployed young people, women and people with disabilities.

One of the programmes under its umbrella is the Working for Water programme, which was launched in 1995. It was intended to control invasive alien plants so as to conserve water resources, and provide short-term employment and training for people not covered by the grants safety net.

Since its inception, the programme, alongside other interventions targeted at the environment, has created over 200,000 person years of employment – the total number of days people were afforded work. More than half of these employment opportunities have been held by women, and more than 60% by young people under the age of 35 years.

In my PhD research, I examined one of its flagship projects to assess its impact on the long-term livelihoods of beneficiaries. My aim was to determine whether the programme was achieving its intended role as a social protection mechanism.

I found that the way the project was designed limited its potential to foster long-term livelihoods for participants. Long-term livelihoods are defined as the ability to achieve lasting economic stability and growth beyond the scope of the project itself.

One key issue was the inconsistency in the number of workdays participants were assigned, as well as the quality and availability of the skills training they received. Specifically, the training lacked regularity and did not always align with market demands. It left participants without the practical, job-ready skills needed for sustained employment.

This problem was compounded by budget cuts.

Based on my findings, I propose key changes to improve the programme’s effectiveness: the provision of consistent funding and training that’s aligned to labour market needs.

The project

The project I looked at tackles the clearing of invasive Prosopis mesquite trees in the Northern Cape. This has involved clearing nearly 314,580 hectares of invaded land in that province.

Spanning from 2004 to 2018, the project supported over 9,000 beneficiaries across three phases. In phase I (2004–2008), 2,411 people participated; in phase II (2009–2013), 2,861; and in phase III (2014–2018), 3,756.

The project targeted youth, women and people with disabilities. Beneficiaries were spread across various age groups: 36–64 years in phase I, 22–35 and 36–64 years in phase II, and 18–35 years in phase III.

Participants were paid monthly stipends which ranged from R2,900 to R5,000, which is equivalent to approximately US$157 to US$271 – higher than most South African social grants. For comparison, the disability social grant is R2,180 (US$118), the older person’s grant is R2,200 (US$119), the foster child grant is R1,180 (US$64), and the child support grant is R530 (US$28).

I developed an evaluation framework to assess the programme’s impact on the long-term livelihoods of beneficiaries.

The study was carried out over 14 days in 2020, coinciding with the height of the COVID-19 pandemic. With health restrictions in place, the research had to pivot from planned in-person interviews and focus groups to virtual interviews with key stakeholders and an online survey of beneficiaries. The survey gathered data from 33 beneficiaries, while interviews provided valuable insights from project managers overseeing the clearing initiative.

The gaps

I found that the project faced a number of challenges.

Firstly, there was inconsistency in the number of workdays participants were assigned. Given that public works projects aim to alleviate poverty – primarily through stipends – budget cuts forced managers to focus on retaining beneficiaries to ensure they could at least feed themselves. This often meant reducing the number of workdays (from the required 230 days to just 100 days) and scaling back skills training.

Secondly, there were shortcomings in the quality and availability of the skills training they received. Many of the courses offered were short-term or specific to invasive plant clearing, including herbicide application, brush cutter operation and firefighting. This meant it wasn’t relevant to the labour market.

In the Northern Cape, the economy hinges on industries like mining, agriculture, manufacturing and construction. In mining, for example, knowledge of machinery operation, safety protocols and mine supervision is vital. Agriculture needs workers skilled in sustainable farming, irrigation techniques and equipment operation. Manufacturing needs expertise in production line management, welding and machinery operation. Construction projects require workers proficient in project management, site safety and heavy machinery operation.

Given the region’s tourism potential, customer service and tour guiding are valuable. Finally, fostering entrepreneurship through business management and financial literacy can empower individuals to create small businesses. In addition, soft skills such as communication, leadership and teamwork are essential across all sectors for long-term employability.

Many beneficiaries reported cycling through the Prosopis mesquite clearing project repeatedly, without gaining the work experience or skills needed to move into more sustainable jobs in the wider labour market.

Thirdly, budget cuts restricted the availability of resources for both training and work opportunities.

As a result, the initiative fell short of providing participants with the tools necessary for long-term economic success. Their prospects were limited after the project’s conclusion.

Given the findings of my research study, the programme requires a shift in focus and changes need to be made.

What needs to be done

Firstly, funding for projects needs to be consistent. Secondly, training needs to be aligned with labour market needs. And thirdly, there needs to be a structured system for tracking long-term outcomes on the beneficiaries’ livelihoods following their participation.

Without a system to track outcomes, it’s difficult to assess whether the project is equipping participants with skills for employment in the sectors that are driving the local economy.

With these changes the programme can transition from a short-term employment solution to a sustainable intervention that equips beneficiaries with useful, transferable skills that are applicable to a range of sectors. This would ultimately improve their prospects for stable employment and long-term economic security, provided those jobs are available.

The Conversation

Sinazo Ntsonge received funding from the NRM WfW programme, which was administered by the Centre of Excellence for Invasion Biology (CIB) at Stellenbosch University.

ref. South Africa’s ‘working for water’ programme is meant to lead to skills and jobs: why it’s failing – https://theconversation.com/south-africas-working-for-water-programme-is-meant-to-lead-to-skills-and-jobs-why-its-failing-248694

Uganda’s lions in decline, hyenas thriving – new findings from country’s biggest ever carnivore count

Source: The Conversation – USA – By Alexander Richard Braczkowski, Research Fellow at the Centre for Planetary Health and Resilient Conservation Group, Griffith University

For nearly 15 years almost no information was available on the population status of Uganda’s large carnivores, including those in its largest national park, Murchison Falls. These species represent a critical part of Uganda’s growing tourism economy. The country is home to the famed tree-climbing lions, which are much sought after for this unique behaviour. Together, lions and leopards generate tens of thousands of dollars annually from safari viewing and allied activities.

Keeping an eye on the proverbial prize could not be more critical for the country. When wildlife isn’t monitored rigorously, populations can disappear within just a few years, as tigers did in India’s Sariska tiger reserve.

But many people working in conservation discourage monitoring. They argue that a “bean counter” approach to conservation overlooks the funds and actions that save animals. Others simply say that it is a hard thing to do at scale and particularly for animals that are naturally shy, have big home ranges (sometimes over multiple countries), and occur in very low numbers.

Even in a comparatively small African country – Uganda ranks 32nd in size out of 54 countries – how does one cover enough ground to see how populations of carnivores are faring? This has been the challenge of our work in Uganda for nearly a decade now, monitoring African lions, leopards and spotted hyenas.

Our two recent studies in Murchison Falls and six protected areas across the country sought to address the problem by drawing on a wide range of local and international experts who live and work in Uganda. Working with the Ugandan government’s Uganda Wildlife Authority research and monitoring team, we set out to identify and bring together independent scientists, government rangers, university students, lodge owners and conservation managers in the country’s major savanna parks.

We hoped to cover more ground with people and organisations that wouldn’t traditionally work together. Doing so exposed many of these individuals for the first time to the science and field skills needed to build robust, long term monitoring programmes for threatened wildlife.

The result is the largest, most comprehensive count of African lions, leopards and spotted hyenas. We found spotted hyenas to be doing far better than we expected. But lions are in worrying decline, indicating where conservation efforts need to be focused. Beyond that, our count proved the value of collaborating when it comes to generating data that could help save animals.

Our unique approach

Inspired by Kenya’s first nationwide, science-based survey of lions and other carnivores in key reserves, the first important step of this study was to secure the collaboration of the Uganda Wildlife Authority’s office of research and monitoring. Together, we identified the critical conservation stakeholders in and around six protected areas. These are Pian Upe Wildlife Reserve, Kidepo Valley, Toro Semliki, Lake Mburo, Queen Elizabeth and Murchison Falls. Leopards and hyenas occur in some other parks (such as Mount Elgon and Rwenzori National Park) but resource constraints prevented us from surveying these sites.

We had no predisposed notions of who could or would participate in our carnivore surveys, only that we wanted people living closest to these species in the room.

We shortlisted lodge owners, government rangers, independent scientists, university students from Kampala, NGO staff and even trophy hunters. All came together for a few days to learn about how to find carnivores in each landscape, build detection histories and analyse data. We delivered five technical workshops showing participants how to search for African lions in the landscapes together with mapping exactly where they drove.

We also taught participants:

  • how to identify lions by their whisker spots in high-definition photographs – these are the small spots where a cat’s whiskers originate on their cheeks

  • how to determine identity in camera trap images of leopard and spotted hyena body flanks

  • post data collection analysis techniques

  • a technique to estimate population densities and abundance.

More than 100 Ugandan and international collaborators joined in the “all hands on deck” survey, driving over 26,000km and recording 7,516 camera trap nights from 232 locations spanning a year from January 2022 to January 2023.




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Our scientific approach focused on how to achieve the best possible counts of carnivores. In the process we identified some of the biggest shortcomings of previous surveys. These included double counting individual animals and failing to incorporate detection probability. Even worse was simply adding all individual sighted animals and not generating any local-level estimates.

What our results tell us

As expected, our results painted a grim picture in some areas, but marked hope for others.

  • In the majestic Murchison Falls national park, through which the River Nile runs east-west, we estimated that approximately 240 lions still remained across some 3,200km² of sampled area. This is the highest number in Uganda and at least five to 10 times higher than in the Kidepo and Queen Elizabeth parks.

  • In Queen Elizabeth national park, home to the tree-climbing lions, we found a marked decline of over 40% (just 39 individuals left in 2,400km²) since our last survey in 2018.

  • In the country’s north, Kidepo Valley, the best estimate is just 12 individual lions across 1,430km², in stark contrast with the previous estimate of 132 lions implemented nearly 15 years ago.

In contrast, leopards appeared to continue to occur at high densities in select areas, with Lake Mburo and Murchison Falls exhibiting strong populations. Pian Upe and Queen Elizabeth’s Ishasha sector recorded the lowest densities.

Spotted hyenas have proven far more resilient. They occur at densities ranging from 6.15 to 45.31 individuals/100km² across surveyed sites. In Queen Elizabeth, their numbers could be rising as lion populations decline, likely due to reduced competition and ongoing poaching pressure targeting lions.

These findings underscore the urgent need for targeted conservation interventions, particularly for lions in Uganda’s struggling populations.

Value beyond numbers

Our approach shared the load of data collection, and gave people an opportunity and skills to engage in wildlife science. For many emerging conservationists in the country, this was their first chance to be authors on a scientific paper (an increasingly important component of postgraduate degree applications). Even if many of the people we worked with disagree on how to save large carnivores in Uganda, they could at least agree on how many there are as they had a hand in collecting the data and scrutinising it. Since we have embraced a fully science-based approach, we recognise that our surveys too should improve over time.

Aggrey Rwetsiba, senior manager, research and monitoring at Uganda Wildlife Authority, contributed to the research on which this article is based.

The Conversation

Duan Biggs receives funding from Northern Arizona University and is a member of the IUCN (World Conservation Union).

Alexander Richard Braczkowski and Arjun M. Gopalaswamy do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Uganda’s lions in decline, hyenas thriving – new findings from country’s biggest ever carnivore count – https://theconversation.com/ugandas-lions-in-decline-hyenas-thriving-new-findings-from-countrys-biggest-ever-carnivore-count-249724