Réarmement européen : informations sensibles, fuites… comment gérer le secret dans l’innovation militaire

Source: – By Sihem BenMahmoud-Jouini, Associate Professor, HEC Paris Business School

L’innovation militaire nécessite un équilibre entre secret et collaboration. Une recherche analyse les stratégies mises en œuvre par un grand groupe de défense, renommé « Globaldef » pour des raisons de confidentialité – afin de concilier innovation ouverte et sécurité de l’information.


Face aux engagements incertains du président américain Donald Trump et aux ambitions du président russe Vladimir Poutine, les capitales européennes ne parlent plus que de réarmement.

Dans cette perspective, la Commission européenne a proposé un plan d’investissement de 800 milliards d’euros visant à « accroître rapidement et de manière significative les dépenses en capacité de défense », selon les mots de sa présidente Ursula von der Leyen.

Le financement n’est que le premier d’une série d’obstacles à surmonter pour innover dans le domaine militaire. Renforcer les capacités « rapidement et de manière significative » s’annonce complexe pour un secteur contraint de suivre le rythme soutenu des évolutions technologiques.

Bien sûr, les industriels de la défense ne sont pas seuls : ils peuvent s’appuyer sur un large éventail de partenaires potentiels, des PME aux start-ups. Mais ces collaborations pour innover supposent de la confiance et une disposition à partager des informations sensibles – des exigences qui semblent difficilement conciliables avec les impératifs de la confidentialité militaire.

C’est pourquoi le réarmement de l’Europe exige une nouvelle approche de la confidentialité.

Un article que j’ai coécrit avec Jonathan Langlois (HEC), sur la base de ses travaux de doctorat, et Romaric Servajean-Hilst (KEDGE Business School) analyse les stratégies mises en œuvre par un grand groupe de défense – que nous avons renommé « Globaldef » pour des raisons de confidentialité –, afin de concilier innovation ouverte et sécurité de l’information. Les 43 professionnels interrogés – responsables recherche et développement (R&D), dirigeants de start-up, responsables de l’innovation – ne suivent pas consciemment une méthode commune. Pourtant, leurs approches fines et évolutives peuvent servir de référence cohérente pour l’ensemble du secteur européen de la défense, confronté à l’urgence de s’adapter à un environnement en mutation.

Paradoxe de l’ouverture

Notre recherche, menée entre 2018 et 2020, s’inscrit dans un contexte où les industriels de la défense se tournent vers l’innovation ouverte pour compenser le désengagement de certains soutiens clés. S’observe alors une baisse marquée des dépenses publiques en R&D militaire dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). Aujourd’hui, même si les financements repartent à la hausse, le recours à l’innovation externe reste essentiel pour accélérer l’accès aux connaissances.

Lorsqu’elles collaborent pour innover, les entreprises se heurtent à ce que les spécialistes de l’innovation ouverte appellent « le paradoxe de l’ouverture ». Il s’agit de trouver un équilibre entre les bénéfices attendus de la collaboration et les risques liés au partage d’informations. Dans le secteur de la défense – à la différence, par exemple, à celui des biens de consommation –, une trop grande ouverture ne menace pas seulement la compétitivité économique. Elle peut entraîner des risques majeurs pour la sécurité nationale… voire des poursuites pénales pour les dirigeants concernés.

Bien que la confidentialité soit une préoccupation constante, les responsables de Globaldef se retrouvent souvent dans ce que l’un de nos interlocuteurs a qualifié de « zone floue », où certaines informations peuvent être interprétées comme sensibles, sans pour autant être formellement classées secrètes. Dans ce type de situation, adopter la posture classique du secteur – privilégier la prudence et garder le silence – rend toute démarche d’innovation ouverte irréalisable.


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Pratiques cognitives et relationnelles

L’analyse de plus de 40 entretiens, complétée par un corpus riche de données complémentaires (e-mails, présentations PowerPoint, activités de crowdsourcing, etc.), nous a permis de constater que les équipes de Globaldef mettent en place des pratiques très précises pour gérer et ajuster le niveau de confidentialité dans leur gestion des collaborations avec des entreprises civiles.

Notre étude distingue deux types de pratiques : cognitives et relationnelles. Les pratiques cognitives jouent le rôle de filtres stratégiques, dissimulant les éléments les plus sensibles des connaissances de Globaldef, sans pour autant freiner les échanges au point de compromettre la collaboration.

Selon la nature du projet, les pratiques cognitives pouvaient inclure une ou plusieurs des approches suivantes :

  • cryptage : renommer certains éléments de connaissance afin d’en dissimuler la nature et la finalité ;

  • obfuscation : brouiller volontairement certains détails du projet afin de préserver la confidentialité tout en facilitant le recrutement de partenaires ;

  • simplification : présenter les paramètres du projet de manière volontairement floue pour évaluer la pertinence d’un partenaire, sans divulguer les contraintes réelles ;

  • transposition : reformuler un problème militaire en le replaçant dans un contexte civil.

Les pratiques relationnelles consistent, quant à elles, à redéfinir le cadre même du partenariat, en contrôlant de manière sélective le degré d’accès des parties externes aux objectifs et aux caractéristiques des projets de Globaldef. Cela peut passer, par exemple, par un centrage de la collaboration sur des aspects périphériques plutôt que sur les technologies cœur avec un périmètre large de partenaires, ou par la mise en place d’accords de confidentialité avec un nombre étroit de partenaires, permettant un partage de connaissances plus important.

Bon tempo

En combinant pratiques cognitives et relationnelles, Globaldef parvient à contourner les écueils du paradoxe de l’ouverture. Lors des premières phases d’innovation ouverte – exploration et sélection de partenaires potentiels –, les responsables peuvent élargir le périmètre de collaboration (pratique relationnelle), tout en limitant rigoureusement la diffusion d’informations sensibles (pratique cognitive).




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Cela leur permet d’interagir librement avec des acteurs externes sans enfreindre les règles internes de confidentialité. À mesure que les partenariats mûrissent et que la confiance s’installe, Globaldef lève progressivement certaines protections cognitives, en ouvrant l’accès à des données plus précises et détaillées. Ce relâchement est généralement compensé par un renforcement des garde-fous relationnels, par exemple au moyen de procédures administratives et de protocoles destinés à prévenir tout risque de fuite.

En analysant en détail six partenariats d’innovation ouverte menés par l’entreprise, nous avons constaté que la clé de cette approche réside dans la capacité à savoir quand basculer d’un mode à l’autre. Chaque projet suivait son propre tempo.

Dans le cas d’un projet de crowdsourcing, la transition d’une faible à une forte profondeur cognitive et d’une large à une étroite ouverture relationnelle s’est opérée de façon brutale, dès la formalisation du partenariat. En effet, le partenaire de Globaldef a besoin d’informations précises et de paramètres techniques clairs pour résoudre le problème posé. Une transparence quasi totale, encadrée par une stricte confidentialité, doit donc être instaurée dès le départ.

Dans un autre cas, Globaldef maintient les filtres cognitifs pendant toute la phase initiale d’un partenariat avec une start-up. Pour évaluer les capacités technologiques de cette dernière, l’entreprise lui soumet un problème reformulé de manière à en masquer les enjeux réels. Ce n’est qu’après cette première épreuve réussie que la collaboration peut s’engager sur une base pleinement transparente, conditionnée par l’obtention, par la start-up, d’une autorisation d’accès à des informations de défense en vue d’un développement technologique conjoint.

Confidentialité adaptative

Même si le contexte géopolitique a profondément évolué depuis notre étude, le paradoxe de l’ouverture reste un défi majeur pour les industriels européens de la défense. Les dirigeants doivent composer avec une tension persistante : d’un côté, la nécessité évidente de recourir à l’innovation ouverte, de l’autre, les impératifs de confidentialité propres à leur secteur.

Notre recherche montre que, à l’image de Globaldef, d’autres acteurs européens de la défense peuvent apprendre à gérer habilement ce paradoxe. Mais cela suppose d’adopter une définition plus fine, plus souple et plus évolutive de la confidentialité – à rebours de la vision rigide et absolue qui domine encore largement le secteur. Il est nécessaire de faire évoluer la conception de la confidentialité, en passant d’un cadre essentiellement juridique à une approche résolument stratégique.

Et cela s’applique plus largement à toute entreprise et institution soucieuse d’innover tout en conservant sa souveraineté.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Réarmement européen : informations sensibles, fuites… comment gérer le secret dans l’innovation militaire – https://theconversation.com/rearmement-europeen-informations-sensibles-fuites-comment-gerer-le-secret-dans-linnovation-militaire-259744

Européens en Afrique : « migrants », « voyageurs » ou « clandestins » ?

Source: – By David Lessault, Chargé de recherche au CNRS, spécialiste des migrations et mobilités internationales, Université d’Angers

Des touristes accompagnés d’un guide au Parc national de la Langue de Barbarie, à proximité de Saint-Louis-du-Sénégal (Sénégal). 6artphotographie/Wikipedia, CC BY-NC-SA

À l’heure où les États européens multiplient les mesures coercitives pour juguler l’immigration irrégulière venue d’Afrique et du Proche-Orient, une part croissante de leurs ressortissants s’installent ou circulent librement – et, parfois, clandestinement – de l’autre côté de la Méditerranée. Ce paradoxe, mis ici en lumière à travers le cas du Sénégal, souligne le caractère très inégal des conditions d’accès à la mobilité internationale entre l’Afrique et l’Europe.


Les données fournies par la Direction de la police de l’air et des frontières (DPAF) qui s’appuient notamment sur les fiches transmises par les voyageurs au moment du passage dans les aéroports et aux postes frontières, montrent l’intensité de la circulation des Européens au Sénégal. Si le nombre d’Européens vivant au Sénégal à l’année selon le décompte des recensements nationaux était estimé à 7 773 en 2018, ils étaient entre 273 000 et 300 000 à être entrés ou sortis du territoire la même année

Entrées et sorties de ressortissants de pays d’Europe.
Agence nationale de la statistique et de la démographie (Sénégal)

Le calcul de ces mouvements intègre les touristes, les étudiants, les voyages d’affaires, les séjours des « hivernants », les arrivées d’expatriés, etc. Les « immigrants » recensés par l’Agence nationale de la statistique (ANSD) ne représentent donc qu’environ 2 ou 3 % du nombre de personnes en circulation réellement présentes dans le pays.

En février 2023, nous avons rendu compte de la transformation de la station balnéaire de Saly au Sénégal sous l’effet de l’installation durable de populations européennes. De fait, la Petite-Côte sénégalaise a connu une accélération de son urbanisation littorale liée, entre autres, à l’essor d’un tourisme résidentiel pratiqué par une diversité de populations étrangères, de Dakarois et de membres de la diaspora. Leur présence a eu un impact significatif sur la transformation des paysages, sur l’économie locale et les risques environnementaux.

Mais aux présences européennes identifiées et localisées sur la Petite-Côte s’ajoutent d’autres profils plus atypiques rencontrés en 2025 qui sillonnent le pays pour des motifs et des durées variables et que l’on retrouve souvent dans des espaces de nature plus reculés, mieux préservés.

Saly, Petite-Côte

Un bref retour en février 2025 dans la station balnéaire de Saly indique que la fréquentation touristique est en baisse cet hiver au Sénégal. Les plages et les hôtels sont assez déserts.

Selon Jacques, un hôtelier installé depuis une vingtaine d’années, « c’est mondial… avec la crise du pouvoir d’achat en Europe, la concurrence des destinations comme le Maroc qui est nettement moins cher, on voit moins de monde » […] « Par contre, poursuit-il, on a de plus en plus de voyageurs “au sac à dos”, “des routards”allemands, suisses, mais c’est beaucoup moins rentable pour nous. Ils arrivent avec peu de moyens, consomment peu sur place et choisissent les hébergements les plus sommaires. »

Véhicules individuels des « routards », février 2025.
David Lessault, Fourni par l’auteur

Langue de Barbarie, nord Sénégal

Cette impression nous est confirmée en visitant un campement installé sur la Langue de Barbarie près de Saint-Louis-du-Sénégal, dans le nord du Sénégal. Le lieu, tenu par un couple de Suisses, affiche « complet ». Tous les emplacements réservés au stationnement des véhicules et raccordés à une borne électrique sont occupés. On compte une vingtaine de camions aménagés et quelques motos.

Véhicules individuels des « routards », Février 2025.
David Lessault, Fourni par l’auteur

Louisa et Josefa viennent des îles Canaries. Ces deux trentenaires espagnoles voyagent en voiture « Coccinelle » avec leur chien. Elles sont parties depuis quatre mois déjà et ne savent pas quand elles vont rentrer : elles se laissent « porter par le voyage ». Elles ont poursuivies leur route jusqu’en Guinée, Avant de se rendre en Mauritanie puis au Sénégal pour s’établir quelques jours dans un campement.

Une discussion en anglais s’amorce avec Niklas, motard autrichien d’une soixantaine d’années qui vient d’arriver. Lui aussi vient de Mauritanie où il a laissé son camion aménagé, son « camp de base mobile ». Il est parti en décembre du nord du Maroc et a traversé le pays en longeant la frontière algérienne en plein désert saharien. Passionné de motocross, il effectue des raids journaliers avec son traceur GPS et un sac à dos pour seul matériel. Dans son périple, il a fait par hasard la rencontre de Tim, un jeune Néo-Zélandais qui s’est lancé dans un périple de 1000 kilomètres, en complète autonomie, de la Mauritanie à la Casamance traversant du nord au sud le Sénégal.

Chez les détenteurs de camping-cars, on trouve principalement de jeunes retraités belges et français, habitués des aires aménagées du Sud marocain (notamment de la région de Tiznit) qui expérimentent quelques semaines au Sénégal avant de remonter quand la chaleur sera plus forte et incommodante.

Véhicules individuels des « routards ».
David Lessault, Fourni par l’auteur

Dioudj, nord Sénégal

Plusieurs campements similaires sont établis autour de Saint-Louis. À proximité du Parc aux Oiseaux de Djoudj, réserve naturelle protégée proche de la frontière mauritanienne, nous faisons la connaissance de Charles.

Ce septuagénaire passionné d’ornithologie voyage seul, à pied, avec son sac à dos et sa paire de jumelles. Il est arrivé à Dakar il y a deux mois. D’abord parti visiter les îles du Saloum dans le sud, il est remonté vers Saint-Louis en empruntant divers modes de transports collectifs, de la charrette sur les pistes aux autocars qui relient les grandes villes du pays. Il loge depuis une semaine dans un campement sommaire, équipé du strict mínimum, en pleine campagne sénégalaise.

Véhicules collectifs empruntés par les voyageurs au « sac à dos », Février 2025.
David Lessault, Fourni par l’auteur

Îles du Saloum, littoral centre-ouest du Sénégal

À quelques kilomètres, un autre campement accueille une mère de famille française à la retraite accompagnée de ses deux enfants (d’une trentaine d’années). Le fils se dit « expatrié » et travaille à Dakar comme ingénieur dans un projet de dessalement des eaux. Sa mère et sa sœur sont venues lui rendre visite et ils ont décidé de traverser le Sénégal en « sac à dos » de la frontière mauritanienne à la frontière gambienne au sud.

Véhicules collectifs empruntés par les voyageurs au « sac à dos », Février 2025.
David Lessault, Fourni par l’auteur

Ils changent de campement tous les deux ou trois jours et empruntent également la diversité des services de transport qui s’offrent à eux, au gré des rencontres. Leurs prochaines destinations : Toubacouta dans le Delta du Saloum, puis Kafountine en Casamance.

Des émigrants irréguliers sénégalais

Jean-Paul, le propriétaire d’un campement sur la Langue de Barbarie évoque « les deux fléaux qui le préoccupent le plus » : le risque à moyen terme de disparition de certains hébergements littoraux sous l’effet de l’accélération de l’érosion côtière mais surtout l’émigration clandestine en pirogues.

Selon lui, « tous les jeunes du village sont aujourd’hui en Europe, en particulier en Espagne. Ils ont abandonné la pêche, laissé leurs pirogues et le village s’est vidé de ses jeunes ».

Sur le ton de la moquerie, il confie la présence régulière dans son campement de patrouilles militaires espagnoles qui viennent profiter de la vue imprenable et confortable de la terrasse pour surveiller les départs en pirogues : « S’ils savaient par où ils passent… on ne peut pas contrôler ça d’ici. »

Injustice spatiale ?

Le sentiment de liberté, l’aisance de circulation dont bénéficient les voyageurs et routards européens peut interroger au regard des contraintes qui sont imposées aux populations locales lorsqu’elles souhaitent se rendre en Europe.

Aux figures du « migrant », de « l’errant », du « clandestin » attribuées d’emblée aux voyageurs africains, on oppose sans les discuter, les qualificatifs d’« expatrié », de « touriste », d’« hivernant » aux voyageurs européens présents dans les Suds.

On part d’ailleurs toujours du principe que les présences européennes sont bénéfiques pour les pays africains d’accueil – ce qui est loin d’être démontré et souvent discutable, alors que les présences africaines en Europe sont de plus en plus jugées par la négative sur le registre du « fardeau », de la contrainte, de l’illégalité.

Pour autant, la situation de nombreux Européens au Sénégal est loin d’être conforme aux lois en vigueur dans le pays. Le visa touristique est délivré gratuitement aux ressortissants européens et autorise une entrée pour des séjours de moins de trois mois. Or, il n’est pas rare que les voyageurs européens résident ou circulent au Sénégal au-delà de ce délai sans engager les démarches, en théorie, nécessaires au prolongement de leur séjour. Les qualifie-t-on pour autant de « clandestins » ?

Les rapports à la circulation selon que l’on soit européen ou africain montrent qu’on est encore loin de l’idéal développé dans la théorie du philosophe John Rawls (1971), pour qui la justice spatiale est d’abord l’organisation de l’espace politique la plus adéquate pour le respect effectif de l’égalité des droits, y compris celui de circuler.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Européens en Afrique : « migrants », « voyageurs » ou « clandestins » ? – https://theconversation.com/europeens-en-afrique-migrants-voyageurs-ou-clandestins-258464

La coopération scientifique, amorce d’une relation renforcée entre la France et le Groenland

Source: – By Anne Choquet, Enseignante chercheure en droit, laboratoire Amure (UBO, Ifremer, CNRS), Ifremer

« Rien sur nous sans nous », tel est l’adage du Groenland, reprenant ainsi le slogan historique des groupes sociaux et nationaux marginalisés. À l’heure des velléités états-uniennes, de nouvelles coopérations avec la France émergent, notamment scientifiques.


La visite très médiatisée d’Emmanuel Macron au Groenland, une première pour un président français, marque une nouvelle dynamique de la politique étrangère dans l’Arctique. Elle met en lumière la solidarité transpartisane des acteurs politiques en France à l’égard du Danemark et du Groenland. Le pays signifie Terre des Kalaallit – en groenlandais Kalaallit Nunaat – du nom des Inuit, le plus grand groupe ethnique de l’île. La « terre verte » a gagné en visibilité stratégique et écologique en affrontant de nouveau les aspirations impériales de Donald Trump.

Organisée à l’invitation du premier ministre du Groenland, Jens-Frederik Nielsen, et de la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, cette visite dépasse largement le simple statut d’escale protocolaire avant le Sommet du G7 au Canada. Elle s’inscrit dans une séquence entamée en mai 2025 avec le passage à Paris de la ministre groenlandaise des affaires étrangères et de la recherche. Quelques semaines plus tard, en marge de la troisième Conférence des Nations unies sur l’océan, le président français s’entretient à Monaco avec le premier ministre du Groenland.

Cette multiplication de rencontres signale un tournant : le Groenland n’est plus perçu comme une simple périphérie du royaume du Danemark, mais comme un partenaire politique, économique et scientifique en devenir. Avec quelles formes de coopération ?

Développement d’un axe arctique

En octobre 2015, François Hollande se rend au pied du glacier islandais Solheimajökull. Ce déplacement, survenu peu avant la COP21 à Paris, vise à alerter sur les effets des changements climatiques et à souligner l’intérêt d’un traité international sur la question – ce qui sera consacré avec l’adoption de l’accord de Paris. Dix ans plus tard, l’Arctique reste un espace d’alerte écologique mondial. Sa calotte glaciaire a perdu 4,7 millions de milliards de litres d’eau depuis 2002.

Lors de la troisième Conférence des Nations unies sur l’océan à Nice (Unoc), le 9 juin dernier, le président Macron affirme son soutien au Groenland : « Les abysses ne sont pas à vendre, pas plus que le Groenland n’est à prendre ».

Dans le contexte des tensions géopolitiques arctiques, le rapprochement franco-groenlandais brise l’imaginaire d’une France exclusivement tournée vers le Sud, l’Atlantique ou les espaces indopacifiques. On peut y voir l’émergence d’un axe arctique, certes encore peu exploré malgré quelques prémices sur le plan militaire, notamment avec des exercices réguliers de l’Otan. Quelques jours avant la visite présidentielle, deux bâtiments de la Marine nationale naviguent le long des côtes groenlandaises, en route vers le Grand Nord, afin de se familiariser avec les opérations dans la région. Plus largement, la France détient le statut d’État observateur au sein du Conseil de l’Arctique depuis 2000. Elle formalise son intérêt stratégique pour cette zone en 2016, avec la publication d’une première feuille de route pour l’Arctique.

Présence face aux puissances traditionnelles

Cette approche s’inscrit dans le cadre plus large d’une volonté européenne de renforcer sa présence dans une région longtemps dominée par les puissances traditionnelles locales :

  • les États côtiers de l’Arctique (A5) : Canada, Danemark, États-Unis, Fédération de Russie et Norvège ;

  • les huit États membres du Conseil de l’Arctique (A8) : Canada, Danemark, États-Unis, Fédération de Russie, Norvège, Finlande, Islande et Suède.

Fin 2021, l’Union européenne lance le programme Global Gateway, pour mobiliser des investissements et financer des infrastructures. Conforme à cette initiative, l’Union européenne et le Groenland, territoire d’outre-mer non lié par l’acquis communautaire signent en 2023 un partenariat stratégique relatif aux chaînes de valeur durables des matières premières.

La montée en exergue de la « Terre verte » sur la scène internationale se traduit par le déploiement progressif de sa diplomatie extérieure, malgré son statut d’entité territoriale non souveraine. Le territoire dispose de représentations officielles à Bruxelles (la première à l’étranger, ouverte en 1992), à Washington D.C. (ouverte en 2014), à Reykjavik (ouverte en 2017) et à Pékin (ouverte en 2021). De leur côté, les États-Unis ouvrent un consulat à Nuuk en 2020, sous la première présidence Trump. L’Union européenne y inaugure un bureau en mars 2024, rattaché à la Commission européenne, dans le cadre de sa stratégie arctique.




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L’annonce faite par le président Macron lors de sa visite à Nuuk de l’ouverture prochaine d’un consulat général français au Groenland confirme cette tendance.


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Ressources convoitées

Le Groenland est un territoire autonome du Royaume du Danemark. Depuis la loi sur l’autonomie élargie du Groenland entrée en vigueur le 21 juin 2009, il dispose de compétences accrues, notamment dans la gestion de ses ressources naturelles.

Sa position géostratégique au cœur de l’Arctique et ses richesses en minerais en font un territoire d’intérêt croissant pour plusieurs puissances extérieures comme les États-Unis, la Chine et l’Union européenne.

Ressources minières au Groenland
Le Groenland possède des gisements de minerais rares, essentiels aux technologies modernes : terres rares, uranium, zinc, plomb, etc.
Greenland portal

Parmi les ressources d’intérêts, « on y trouverait un nombre considérable de minéraux (rares). Certains sont considérés comme stratégiques, dont le lithium, le zirconium, le tungstène, l’étain, l’antimoine, le cuivre sédimentaire, le zinc, le plomb (à partir duquel on produit du germanium et du gallium), le titane et le graphite, entre autres ». Le Groenland bénéficie notamment de contextes géologiques variés favorables à la présence de gisements de [terres rares] attractifs pour les compagnies d’exploration.

Coopération scientifique

La France cherche à tisser des liens économiques durables avec le Groenland. En 2022, la stratégie polaire française à l’horizon 2030 mentionne le Groenland. Elle invite à un réengagement de la science française au Groenland, ce qui signe une évolution importante de la recherche, notamment en sciences humaines et sociales. En 2016, dans la « Feuille de route nationale sur l’Arctique », le Groenland apparaît au travers de ses ressources potentielles, et non au niveau de la dimension bilatérale scientifique.

La stratégie polaire de la France à horizon 2030 propose plusieurs pistes « comme l’installation d’un bureau logistique, l’implantation dans une station déjà opérée par des universités, la création d’une infrastructure en lien avec les autorités et municipalités groenlandaises ». La recherche française s’y est affirmée, notamment grâce au soutien déterminant de l’Institut polaire français Paul-Émile-Victor (Ipev).

L’Université Ilisimatusarfik, la seule université groenlandaise, située à Nuuk, a déjà des partenariats avec des universités et grandes écoles françaises, notamment grâce au réseau européen Erasmus + auquel est éligible le Groenland. Elle entretient des relations privilégiées avec des universités françaises par le biais du réseau d’universités, d’instituts de recherche et d’autres organisations que constitue l’Université de l’Arctique (Uarctic). Sont membres uniquement trois universités françaises : Aix Marseille Université, Université de Bretagne Occidentale et Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.

« Rien sur nous sans nous »

Du côté groenlandais, une invitation à un renforcement de la coopération bilatérale avec la France s’observe dans la stratégie pour l’Arctique. La France est expressément citée à côté de l’Allemagne, de la Belgique, des Pays-Bas, du Luxembourg, de l’Espagne, de l’Italie, de la Pologne et de la République tchèque.

Ce croisement stratégique invite au développement de partenariats bilatéraux nouveaux et structurants.

Si le Groenland accepte une coopération internationale, ce n’est pas à n’importe quel prix. Le Kalaallit Nunaat cherche à être plus qu’une plateforme extractiviste, et à ne pas être vu uniquement comme un réservoir de ressources à exploiter. La vision stratégique nationale actuellement promue invite à une approche plus diversifiée qui mêlerait les différentes industries au sein desquelles le Groenland souhaite investir. Toute évolution devra nécessairement compter sur la volonté de la population groenlandaise, composée en très grande majorité d’Inuits. Comme l’affiche avec force le territoire notamment dans sa stratégie pour l’Arctique » : « Rien sur nous sans nous ».


Cet article a été co-rédigé avec Arthur Amelot, consultant expert auprès de la Commission européenne.

The Conversation

Anne Choquet est membre du Comité National Français des Recherches Arctiques et Antarctiques (CNFRAA).

Florian Aumond est membre du Comité national français des recherches arctiques et antarctiques.

– ref. La coopération scientifique, amorce d’une relation renforcée entre la France et le Groenland – https://theconversation.com/la-cooperation-scientifique-amorce-dune-relation-renforcee-entre-la-france-et-le-groenland-259161

Syriens réfugiés en Jordanie : les défis du retour au pays natal

Source: – By Valentina Napolitano, Sociologue, chargée de recherche à l’IRD (LPED/AMU), spécialiste des questions migratoires et des conflits au Moyen-Orient, Institut de recherche pour le développement (IRD)

La chute du régime de Bachar Al-Assad en décembre 2024 a ravivé les débats sur le retour chez eux des réfugiés syriens installés au Moyen-Orient. Pourtant, les discussions publiques restent souvent déconnectées des réalités vécues par les premiers concernés. Une enquête menée en mai 2025 en Jordanie, où le nombre de réfugiés syriens s’élève aujourd’hui à un peu moins de 600 000 personnes, révèle la complexité des trajectoires et des choix familiaux, entre attente, espoir et inquiétude.


La question du retour des réfugiés syriens qui avaient fui leur pays en guerre pour s’installer dans divers pays du Moyen-Orient (près de 5 millions vivant principalement en Turquie, au Liban et en Jordanie) s’est posée avec urgence dès la chute du régime de Bachar Al-Assad, en décembre 2024. Ce retour faisait déjà partie des « solutions durables » envisagées, dès 2016, par les acteurs humanitaires et les gouvernements hôtes pour mettre fin à la « crise des réfugiés ».

Les débats autour de cette question se limitent, pour l’essentiel, à une quantification du nombre des retours attendus et des retombées qu’ils auraient sur la reconstruction de la Syrie en termes socio-économiques et politiques. Mais on se demande trop peu, voire pas du tout, ce que souhaitent les réfugiés syriens eux-mêmes.

En mai 2025, nous avons effectué une enquête qualitative en Jordanie (dans le camp de Zaatari, ainsi que dans les villes d’Irbid et de Zarqa) qui nous a permis, au fil des douze entretiens réalisés, de mieux comprendre les projets d’avenir des réfugiés syriens dans le pays. Il en ressort que le choix de rentrer en Syrie ou de rester en Jordanie résulte d’une imbrication complexe de facteurs sociaux, économiques, politiques, d’âge et de genre.

Entre camps et villes : de l’urgence à l’attentisme

En décembre 2024, la Jordanie accueillait près de 650 000 Syriens officiellement enregistrés par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR). Depuis, plus de 75 000 d’entre eux sont rentrés en Syrie selon les chiffres diffusés par l’Agence en mai 2025. Ce nombre est voué à augmenter avec la fin de l’année scolaire.

Les attitudes des réfugiés syriens vis-à-vis de la perspective du retour varient significativement en fonction du lieu d’installation en Jordanie et des conditions socio-économiques qui en découlent. Près de 80 % des Syriens résident dans des villes, notamment à Irbid, Mafraq et Zarqa, et les 20 % restants vivent au sein des trois camps de réfugiés qui ont été érigés près de la frontière avec la Syrie : Zaatari, Al-Azraq et Marajeeb Al Fohood.

Les quelque 67 000 réfugiés du camp de Zaatari (mai 2025), qui vivent parfois depuis près de quatorze ans dans des caravanes en acier, en plein désert, dans des conditions climatiques extrêmement pénibles, et qui sont soumis à un contrôle strict de leurs déplacements et à une forte pression sécuritaire de la part des autorités locales, sont sans doute ceux qui aimeraient rentrer le plus rapidement en Syrie.

Malgré l’assistance fournie par les acteurs humanitaires aux réfugiés du camp, ce lieu demeure très inhospitalier. Des familles entières l’ont déjà quitté pour revenir en Syrie, certaines dès l’annonce de la chute du régime. C’est pourquoi plusieurs unités d’habitation ont déjà été abandonnées ou démantelées.

Unités d’habitation démantelées dans le camp de Zaatari, en Jordanie. Photo : Valentina Napolitano.
Fourni par l’auteur

D’autres familles préparent également leur retour en mettant de l’argent de côté, car un déménagement peut coûter environ 500 dinars jordaniens (environ 610 euros), sachant que les bus gratuits mis à disposition par l’UNHCR jusqu’à la frontière ne permettent de transporter que cinquante kilos de bagages par famille.

Pour la famille de Mohammad, la cinquantaine, originaire du village de Sheykh Meskin, près de Deraa, la situation est des plus compliquées. Depuis plusieurs années, Mohammad a perdu son travail dans un centre de santé de l’UNHCR. L’Agence onusienne et les autres acteurs humanitaires sont les principaux pourvoyeurs d’emploi au sein du camp, mais seul un membre par famille est autorisé à y travailler. La famille de Mohammad survit aujourd’hui uniquement grâce à l’aide humanitaire versée par l’UNHCR ; or celle-ci a drastiquement diminué en 2025, passant de 22 à 15 dinars jordaniens par personne et par mois (soit 18 euros par mois). « Nous sommes arrivés en 2013, nous avons vieilli ici ! », raconte Maryam, la mère de famille, en évoquant la dureté des conditions de vie endurées à Zaatari. Elle montre ensuite la photo du potager qui entoure leur maison à Deraa, en Syrie. Les mûrs, encore débout, s’apprêtent à être réhabilités pour garantir une vie plus digne à leurs enfants, dont la plupart n’ont connu que le camp de Zaatari comme lieu de vie.

À l’inverse de cette famille, de nombreux Syriens n’ont plus de logement où rentrer. La majorité des familles réfugiées en Jordanie sont originaires du sud de la Syrie, notamment de la ville de Deraa et de sa campagne, largement détruites par la guerre, d’où la réticence d’une grande partie d’entre eux à rentrer au pays dans l’immédiat.

Pour la famille Nasser, la question du logement est centrale, du fait de l’agrandissement de sa famille depuis le départ pour la Jordanie. Initialement composée du père, mécanicien âgé d’une quarantaine d’années, d’une épouse et de deux enfants, le foyer s’est étendu avec un deuxième mariage. Aujourd’hui, il compte douze enfants, dont l’une âgée de 20 ans et ayant fondé son propre foyer.

« Nous sommes arrivés ici avec une famille, maintenant nous sommes trois familles… En Syrie nous n’avons plus de maison et le HCR ne nous accorde pas le droit de déplacer les caravanes avec nous. »

Alors qu’aucun plan de reconstruction n’a encore été mis en place par les nouvelles autorités en Syrie, les réfugiés du camp se trouvent face à l’interdiction de ramener vers leur pays d’origine les préfabriqués qui leur ont été attribués par le HCR ou qu’ils ont achetés de leur propre initiative afin d’élargir leur lieu de vie. À leur départ, ces préfabriqués sont démontés par les autorités jordaniennes, qui revendent ensuite les matériaux sur le marché.

« Jordanie : dans le camp de Zaatari, les réfugiés syriens n’envisagent pas encore un retour au pays », France 24 (11 décembre 2024).

La situation des Syriens que nous avons rencontrés en milieu urbain est différente. S’ils estiment que le retour en Syrie est inévitable à long terme, notamment en raison de l’absence de perspective d’intégration durable en Jordanie, pays qui n’est pas signataire de la Convention de Genève pour les réfugiés de 1951, la date de ce retour reste toutefois subordonnée à l’amélioration des conditions socio-économiques dans leur pays.

Liens familiaux et prise de décision sur le retour

Dans les milieux urbains jordaniens, les Syriens ont souvent atteint une certaine stabilité, avec un meilleur accès à l’éducation et à l’emploi, et ils disposent d’un logement digne. C’est pour cette raison que plusieurs familles vivant à Irbid et à Zarqa souhaitent attendre l’amélioration des conditions de vie dont ils espèrent qu’il suivra la levée des sanctions internationales visant la Syrie. Aujourd’hui, pour Umm Diab, 46 ans et mère de neuf enfants, arrivée à Irbid en 2013, retourner en Syrie serait « un retour à l’âge de pierre », tellement les conditions de vie y sont dures. Les Syriens manquent de services de base tels l’électricité, l’eau et le carburant.

Les décisions concernant l’avenir ne sont pas prises de façon individuelle, mais en coordination avec le réseau familial élargi et celui de voisinage. Lors de nos échanges avec des femmes syriennes, il est apparu que pendant l’exil, les liens familiaux dépassent le simple cadre émotionnel pour participer à de véritables mécanismes de survie et de solidarité.

Les familles syriennes en Jordanie ont, au fil des années, reconstitué des systèmes informels de soutien fondés sur la parenté, l’origine villageoise ou les liens de voisinage. Ces réseaux fournissent des aides dans tous les domaines, de la mise en commun des fonds pour le loyer et l’accès à l’aide alimentaire aux soins aux enfants et à la recherche d’un travail informel.

Les femmes syriennes que nous avons rencontrées ont expliqué qu’elles cherchent toujours à vivre à proximité de leurs sœurs, cousins ou beaux-parents, ce qui leur permet de partager des responsabilités telles que les départs à l’école ou les tâches ménagères et même de répartir les rôles dans la parentalité. Rompre avec ces liens, même au nom du retour au pays, comporte des risques, spécialement pour les femmes.

En effet, environ un tiers des ménages de réfugiés syriens en Jordanie sont dirigés par des femmes, dont beaucoup sont veuves, divorcées ou vivent séparées de leurs maris qui travaillent à l’étranger, particulièrement dans les pays du Golfe comme l’Arabie saoudite, le Koweït et les Émirats arabes unis. Pour ces femmes, l’idée de retourner en Syrie seule est intimidante. La peur de la violence, le manque de services de base et l’absence d’une présence masculine en Syrie pèsent lourdement sur ces décisions.

C’est le cas d’Umm Diab, dont le mari a commencé à travailler au Koweït avant même le début du conflit. Pour elle, rentrer seule en Syrie avec ses enfants signifierait la perte des liens familiaux avec ses frères et sœurs et avec ses voisins qui l’ont soutenue dans son quotidien de femme seule durant son séjour en Jordanie.

De nombreuses femmes ont acquis une indépendance financière en exil ; mais le retour en Syrie pourrait engendrer la perte de leurs revenus. Par ailleurs, les décisions concernant le retour sont encore souvent prises, ou du moins fortement influencées par des hommes absents car, nous l’avons évoqué, travaillant dans le Golfe. En même temps, la séparation temporaire des membres d’une même famille est aussi envisagée afin de préparer les conditions du retour de l’ensemble du noyau familial. Dans l’une des familles rencontrées à Zaatari, c’est l’homme qui est rentré en premier en Syrie, son épouse et ses enfants devant le rejoindre une fois la scolarité de ces derniers terminée. À l’inverse, dans un autre cas, c’est la femme, accompagnée des enfants, qui est rentrée en Syrie, tandis que l’homme est resté en Jordanie pour continuer à bénéficier du taux de change favorable et leur envoyer de l’argent.

Outre l’importance des liens familiaux et d’interdépendance qui se sont restructurés en exil, le choix du retour est aussi vécu de manière différente en fonction de l’âge.

Près de 49 % de la population syrienne en Jordanie a entre 0 et 17 ans. Majoritairement née en exil ou arrivée très jeune, cette composante de la population a des perceptions et des attitudes différentes à l’égard du retour. Umm Firas, mère de six enfants, résidente de Zarqa, à l’est d’Amman, explique que tous ses enfants parlent un dialecte jordanien en dehors de la maison, ce qui reflète selon elle leur degré d’insertion dans la société hôte, notamment en milieu urbain.

Par ailleurs, la question de l’éducation des enfants en d’autres langues, avec la prééminence de l’anglais en Jordanie, facteur à prendre en compte dans les autres pays du refuge syrien (notamment en Turquie ou plus loin en Europe), apparaît comme une autre entrave au possible retour.

En outre, alors que l’âge de mariage demeure très bas, les jeunes entre 18 et 25 ans ont dans la plupart des cas déjà établi leur propre famille, ce qui est le cas d’une des filles d’Umm Firas, 22 ans, mariée et mère de deux enfants. Les choix du retour de ces deux familles se trouvent donc imbriqués.

Pour les plus jeunes, retourner en Syrie peut par ailleurs devenir un choix contraint, notamment en raison de l’impossibilité, pour les plus éduqués d’entre eux, de trouver un emploi en Jordanie, mais aussi face au durcissement sécuritaire exercé à leur encontre par les autorités locales.

Une politique d’accueil de plus en plus contraignante

L’évolution de la politique d’accueil jordanienne à l’égard des Syriens constitue un dernier élément essentiel pour comprendre les choix du retour, lequel devient inexorable face à des contraintes économiques et sécuritaires de plus en plus importantes. Avant même que la chute du régime d’Assad se profile, la Jordanie était confrontée à de très grandes difficultés pour pouvoir continuer à financer l’accueil des réfugiés syriens.

En août 2024, seulement 7 % du budget prévisionnel destiné au Plan de réponse jordanien à la crise syrienne, financé par des donations internationales, avait été obtenu, soit 133 millions sur 2 milliards de dollars. Cela a entraîné une diminution substantielle des aides humanitaires distribuées sous forme de bons d’achat. Plusieurs habitants de Zaatari relatent aussi une raréfaction des services d’assistance, notamment en matière de santé.

La diminution des aides devrait en outre entraîner la fermeture du camp de Marajeeb al Fohood, financé et géré par le Croissant-Rouge des Émirats arabes unis, qui a vu le départ de près de 350 personnes en mai dernier. Les Syriens du camp d’al-Azraq, notamment ceux détenus dans le « village n°5 », considéré comme un centre de rétention sécuritaire, font l’objet de procédures d’extradition vers la Syrie. C’est le cas d’un fils d’Umm Firas, détenu pendant plus de six mois en raison de soupçons de proximité avec des groupes salafistes, qui a finalement été renvoyé en Syrie et a rejoint la maison de son grand-père.

La diminution des aides internationales s’est aggravée avec l’arrivée de la nouvelle administration américaine et la suspension des aides pourvues à travers USAID. Les employés de nombreuses organisations internationales, dont le HCR, vont voir leurs contrats arriver à terme d’ici l’été, avec la fermeture des centres d’enregistrement de l’Agence à Irbid et Zarqa.

Des travailleuses de l’UNHCR au camps de Zaatari, Jordanie, août 2013.
United Kingdom Foreign and Commonwealth Office

À cela s’ajoutent les restrictions liées à l’arrivée à échéance de l’accord Jordan Compact, conclu entre l’Union européenne et la Jordanie, et qui avait permis l’attribution de 200 000 permis de travail à des Syriens (limités principalement aux secteurs non qualifiés de l’agriculture et du bâtiment) en échange d’aides au développement versées par l’UE. Désormais, les Syriens doivent payer des frais de permis de travail, à l’instar des autres travailleurs migrants, ce qui constitue pour les réfugiés en Jordanie un obstacle majeur susceptible d’accélérer leur retour au pays.

Dans le même temps, on constate, paradoxalement, un relâchement des restrictions sécuritaires mises en œuvre pour contrôler le camp de Zaatari. La sortie des Syriens du camp est permise à travers une demande de « vacances » (Igâze) ou grâce à la possession d’un permis de travail valide. De nombreux réfugiés se procurent un faux permis exclusivement pour pouvoir circuler en dehors du camp.

Depuis décembre, le système s’est assoupli : certaines personnes sont désormais autorisées, de manière informelle, à franchir le barrage qui entoure le camp, ce qui traduit une volonté des autorités jordaniennes de rendre la vie sur place plus viable, dans l’objectif d’y maintenir les habitants. Le camp de Zaatari joue un rôle stratégique dans la mise en visibilité de l’accueil jordanien et dans la levée de fonds internationaux, ce qui explique la volonté du gouvernement de conserver ce lieu le plus longtemps possible, afin de continuer à bénéficier des aides internationales.

Une multiplicité de facteurs à prendre en compte

Malgré les changements politiques et les appels à la reconstruction en Syrie, de nombreux réfugiés syriens restent incertains quant à leur avenir. Pour eux, la question n’est pas seulement de savoir si la Syrie est devenue un lieu de vie sûr, mais aussi de savoir si les conditions sociales, économiques et familiales sont réunies pour affronter ce changement après de longues années où ils ont dû reconstruire leurs vies en exil.

Loin donc des seuls points de passage des frontières sous observation des acteurs humanitaires et politiques, c’est au sein des espaces domestiques, à travers la Jordanie et les autres pays d’accueil des réfugiés, qu’il faut prêter attention aux attentes multiples et parfois contradictoires des familles syriennes afin de continuer à garantir l’accès aux droits, au travail et à l’éducation, et de préserver les réseaux d’entraide – autant d’éléments à prendre en compte pour un retour volontaire et digne en Syrie.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Syriens réfugiés en Jordanie : les défis du retour au pays natal – https://theconversation.com/syriens-refugies-en-jordanie-les-defis-du-retour-au-pays-natal-258656

La Belgique est-elle toujours un paradis fiscal ?

Source: – By Paolo Mazza, Associate Professor of Finance, LEM-CNRS 9221, IÉSEG School of Management

Les actifs potentiellement taxés : actions cotées et non cotées, obligations, produits dérivés, fonds d’investissement et fonds négociés en bourse (ETF), contrats d’assurance épargne, contrats d’assurance placement, cryptomonnaies, devises… et l’or. Max.ku/Shutterstock

Le 1er janvier 2026, la Belgique taxera de 10 % les plus-values d’actifs financiers tels que les actions, les obligations, les assurances-épargne, l’or ou les cryptomonnaies. La fin d’une ère où les riches contribuables affluaient massivement vers le Plat pays ?


La Belgique est à un tournant historique. Le pays, longtemps considéré comme un quasi-paradis fiscal en raison de l’absence de taxation des plus-values sur actions, s’apprête à instaurer un impôt sur ces gains. Cette taxe de 10 % sur les plus-values d’actifs financiers entre en vigueur le 1er janvier 2026.

Derrière la volonté affichée de justice fiscale, ce changement majeur soulève de nombreuses interrogations sur ses implications économiques et financières. Plusieurs chercheurs belges, dont le professeur de finance Georges Hübner et l’économiste Bruno Colmant, ont mis en garde contre une série d’effets secondaires. Ces derniers peuvent freiner le développement du marché boursier, pénaliser les épargnants, et nuire à l’investissement productif.

Cette réforme intervient dans un contexte international où la taxation du patrimoine progresse, même dans des économies traditionnellement libérales. Alors quels seront les effets économiques concrets d’une telle mesure ?

Réforme historique en Belgique

Depuis des décennies, la taxation des plus-values figure régulièrement parmi les projets de réforme fiscale en Belgique. Malgré l’évolution des majorités gouvernementales, aucune mesure n’avait jusqu’ici abouti. Ce statu quo s’explique par plusieurs facteurs : volonté de maintenir l’attractivité du pays pour les capitaux, difficulté de mettre en œuvre une taxation efficace et crainte d’effets négatifs sur l’économie réelle.

Le projet de loi prévoit une taxe de 10 % sur les plus-values d’actifs financiers tels que les actions cotées et non cotées, les obligations, les instruments du marché monétaire, les produits dérivés, les fonds d’investissement et les fonds négociés en bourse (ETF). Elle concerne également les contrats d’assurance épargne et les contrats d’assurance placement, ainsi que les crypto-monnaies, les devises et l’or. La taxe entrerait en vigueur le 1er janvier 2026.


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Une exonération générale de 10 000 euros est prévue. Les actionnaires détenant au moins 20 % d’une entreprise bénéficieront d’un traitement spécifique : un taux progressif par tranche allant de 1,25 % à 10 %, après exonération d’une première tranche d’un million d’euros. Une exonération totale sera prévue après dix ans de détention des actifs. Les banques prélèveront une taxe à… la source.

Moins de liquidité sur les marchés

L’une des conséquences les plus documentées de la taxation des plus-values est la réduction de la liquidité des marchés. Ce phénomène, connu sous le nom d’« effet lock-in » a été analysé, notamment par les économistes Feldstein, Slemrod et Yitzhaki. Ils soulignent que la taxation des plus-values entraîne une diminution significative du volume de transactions sur les marchés boursiers. Lorsque la vente d’un actif déclenche un événement fiscal, les investisseurs sont incités à conserver leurs titres plus longtemps pour éviter d’avoir à payer l’impôt.

En Belgique, la Bourse de Bruxelles souffre d’une faible liquidité relative par rapport à ses homologues européennes. Un tel bouleversement réglementaire pourrait être dommageable. Une moindre liquidité réduit l’incitation des entreprises à se financer via des introductions en bourse (IPO), au détriment de l’innovation et de la croissance économique.

Alourdissement administratif

L’instauration d’une taxe sur les plus-values d’actifs financiers suppose de suivre avec précision leur prix d’acquisition, leur durée de détention et les éventuelles pertes. Imposer une taxation aussi complexe risque d’accroître considérablement la charge administrative, tant pour les particuliers que pour l’État, puiqueque toutes les transactions doivent être précisément documentées.

Jan Jambon, Vice-premier ministre de Belgique Ministre des Finances et des Pensions chargé de la Loterie nationale et des Institutions culturelles fédérales
La proposition de texte a été proposé par Jan Jambon, vice-premier ministre de Belgique, ministre des finances et des pensions.
AlexandrosMichailidis/Shutterstock

En pratique, le traitement d’opérations complexe – splits, fusions, rachats, pertes reportées – pourraient multiplier les litiges fiscaux, notamment pour les titres non cotés, où la valorisation objective est difficile. En 2023, en Belgique, il y a eu près de 20 000 litiges fiscaux portés devant les tribunaux, dont près de 15 000 étaient reportés de l’année précédente et près de 17 000 toujours en cours à la fin 2023.

Le calcul de la période de détention poserait aussi un problème majeur puisqu’il est question d’une exonération pour la détention de plus de dix ans. Quelle méthode de valorisation serait utilisée ? First-in-first-out (FIFO) ? Last-in-first-out (LIFO) ? Autant de questions auxquelles le projet actuel de loi ne répond guère. Dans la première approche, les plus-values seraient calculées sur la base du prix du premier achat de l’actif. Dans la seconde approche Last-in-first-out (LIFO), sur la base du dernier achat de l’actif. Si l’investisseur a acheté de manière régulière le titre, ce prix initial pourrait être largement désavantageux. Dans ce cadre, une approche pondérée serait préférable.

Le casse-tête fiscal des cryptoactifs

La réforme entend également s’appliquer aux gains sur cryptoactifs. La taxation des plus-values dans cet univers volatile est complexe. Il serait difficile, voire impossible, pour un État de contrôler et d’évaluer correctement les transactions sur cryptoactifs, ouvrant la porte à l’arbitrage fiscal et à la sous-déclaration.




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Transmission d’entreprises familiales

Un autre risque souvent négligé concerne la transmission d’entreprises familiales. En Belgique, celles-ci représentent environ 70 % des PME. Elles possèdent un actif patrimonial important, mais peu de liquidités disponibles. D’où l’adage « Riches en actifs, pauvres en cash ».

La taxation des plus-values pourrait freiner les donations et successions d’entreprises, en imposant des coûts supplémentaires au moment du transfert. Hansmann dans The Ownership of Enterprise rappelle que les incitations fiscales jouent un rôle clé dans la pérennité des entreprises familiales. Une taxation immédiate des plus-values sur les actions non cotées, souvent difficile à valoriser objectivement, peut forcer les héritiers à vendre tout ou partie de l’entreprise pour payer l’impôt. Ce mécanisme est qualifié de « fiscalité destructrice ».

Et créer un effet domino : ventes forcées, délocalisations, absorptions par des groupes étrangers, etc.

Détournement vers l’immobilier

L’instauration d’une taxe sur les plus-values financières, sans réforme équivalente sur l’immobilier, risque de distordre la concurrence entre classes d’actifs. Les investisseurs pourraient être incités à privilégier l’immobilier locatif, déjà fiscalement favorisé, au détriment des actions et des investissements productifs. Comme le montre Thomas Piketty dans Capital in the Twenty-First Century, l’absence de fiscalité efficace sur le capital renforce la concentration des richesses.

Ce phénomène risque de ralentir encore davantage l’investissement en actions productives en Belgique, renforçant des tendances déjà observées ces dernières décennies. Il y a également un risque majeur de bulle immobilière sur le marché belge, si cette classe d’actif devenait le berceau d’un arbitrage anti-taxe.

Un alignement européen… au prix de l’attractivité ?

Le pari du gouvernement belge est risqué. En voulant taxer davantage les plus-values au nom de l’équité, il pourrait paradoxalement créer des effets secondaires négatifs : fragiliser la capacité des entreprises à se financer, appauvrir l’offre d’investissement pour les épargnants, moins de liquidité sur les marchés et pousser davantage de capitaux vers l’étranger ou vers des actifs moins productifs.

La taxation des plus-values sur actions représente un tournant majeur pour la Belgique, qui rompt avec une tradition d’attractivité fiscale. Si l’objectif de justice sociale est compréhensible, les conséquences économiques potentielles ne doivent pas être sous-estimées. Pour réussir cette réforme sans nuire à son économie, la Belgique devra soigneusement calibrer ses règles d’application et accepter de corriger rapidement ses erreurs si les premiers effets négatifs se font sentir.

The Conversation

Paolo Mazza ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. La Belgique est-elle toujours un paradis fiscal ? – https://theconversation.com/la-belgique-est-elle-toujours-un-paradis-fiscal-255279

Chatbots are on the rise, but customers still trust human agents more

Source: The Conversation – Canada – By Vivek Astvansh, Associate Professor of Quantitative Marketing and Analytics, McGill University

Many companies have turned to chatbots to manage customer service interactions. (Shutterstock)

Customers contact companies regularly to purchase products and services, inquire about orders, make payments and request returns. Until recently, the most common way for customers to contact companies was through phone calls or by interacting with human agents via company websites and mobile apps.

The advent of artificial intelligence (AI) has seen the profileration of a new kind of interface: chatbots. A chatbot is an intelligent software program that can carry out two-way conversations with customers.

Spurred by the potential of chatbots to communicate with customers round-the-clock, companies are increasingly routing customers to chatbots. As such, the worldwide chatbot market has grown from US$370 million in 2017 to about US$2.2 billion in 2024.

As these tools become more embedded in customer service systems, understanding customer preferences and behaviours is crucial.

Do customers prefer chatbots or human agents?

Despite the enthusiasm on the business side for chatbots, customers are far less convinced. A recent survey found that 71 per cent of customers prefer interacting with a human agent rather than a chatbot. Sixty per cent of customers also report that chatbots often fail to understand their issue.

A pair of hands typing on a laptop, which displays a chat box on a website with a message that says 'Hi! How can I help you?'
Most companies today use chatbots as the first point of contact. Only when a chatbot cannot answer a question or a customer asks to speak with someone does the conversation shift to a human agent.
(Shutterstock)

Underlying these preferences is a broader skepticism about AI, as the majority of customers report low trust in it.

Most companies today use chatbots as the first line of customer support. Only when a chatbot fails to provide the necessary information or a customer asks to speak with someone does the conversation shift to a human agent.

While efficient, this one-size-fits-all approach may be sub-optimal because customers may prefer a human agent for some types of services and a chatbot for others.

For example, a recent survey found 47 per cent of Canadians are comfortable letting a company use their purchase history for marketing, but only nine per cent are comfortable letting the company use their financial information.

New research offers insight

To better understand how customers actually interact with chatbots versus human agents, I partnered with a large North American retailer and analyzed over half a million customer service interactions between customers and either agents or chatbots.

I used machine learning methods to conduct three analyses on the chat transcripts.

The first focused on why customers reach out to customer service in the first place. I found most inquiries fell into six main categories: orders, coupons, products, shipping, account issues and payments. Customers rarely turned to chatbots for questions related to shipping or payment, seemingly preferring human agents when their issue involves more detailed or sensitive information.

The second analysis measured how closely the language used by customer service agents — both human and bot agents — matched the language of the customers they were interacting with. It found human agents showed a higher degree of linguistic similarity to customers than chatbots did.

This result was unexpected. Given the sophistication of today’s AI, I had anticipated chatbots would be able to closely mimic customer language. Instead, the findings suggest human agents are better able to follow customers’ varied and dynamically changing language use.

A woman wearing a headset smiles while working on a laptop
Customers want to feel understood and supported — and for now, that often still means talking to a real person.
(Shutterstock)

The third analysis tested the thesis that similarity breeds liking — a concept that suggests human agents’ similarity with customers should increase customer’s engagement.

I measured customer engagement by the average number of seconds between a customer’s consecutive messages during a chat. The results show that when human agents displayed higher linguistic similarity, customers responded more quickly and frequently. The more the customer felt “understood,” the more engaged they were.

Recommendations for companies

My research findings make three recommendations to companies. First, companies should identify the reason behind each customer inquiry before assigning that customer to a chatbot or a human agent. The reason should determine whether the company matches the customer to a bot agent or a human agent.

Second, both chatbots and human agents should be trained to adapt their language and communication style to match that of the customer. For human agents, this kind of mirroring may come naturally, but for chatbots, it must be programmed.

My research shows that customers are more engaged when they feel that the agent they are chatting with understands them and communicates in a similar way. Doing this will keep customers engaged and lead to more effective and efficient interactions.

Third, businesses should ask technology companies for evidence on how much their chatbots increase effectiveness and efficiency relative to human agents. Specifically, how do their chatbots compare to human agents in terms of efficiency and customer satisfaction? Only if the metrics exceed a certain threshold should companies consider using chatbots.

Customers want to feel understood and supported — and for now, that often still means talking to a real person. Rather than seeing chatbots as a wholesale replacement, companies should treat them as part of a hybrid approach that respects customer preferences and aligns the right tool with the right task.

The Conversation

Vivek Astvansh does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. Chatbots are on the rise, but customers still trust human agents more – https://theconversation.com/chatbots-are-on-the-rise-but-customers-still-trust-human-agents-more-259980

Family doctor crisis: 7 options to find the physicians Canada needs

Source: The Conversation – Canada – By Anthony Sanfilippo, Professor of Medicine (Cardiology), Queen’s University, Ontario

Canada faces a massive shortage of physicians. According to recent reports, Canadians require about 23,000 family doctors to meet current and emerging needs.

In the absence of effective solutions, mayors and municipal councils across the country are competing with each other to entice doctors to their communities.

It seems insurmountable, but options do exist and, no doubt, multiple approaches will be needed. What’s possible?

My clinical, administrative and educational roles over the years have provided an opportunity to work within and examine the doctor “pipeline” from multiple perspectives. There’s a disconnect between that pipeline and the urgent and growing need for doctors, which was a major motivation for my book The Doctors We Need: Imagining a New Path for Physician Recruitment, Training, and Support. Based on all this, at least seven approaches seem possible. All have their pros and cons.

Option 1: Recruit foreign-born, foreign-trained physicians

Medical education and training is available in most countries. The number of doctors available varies widely. In fact, some countries appear to have a surplus of medical school graduates who are unable to find employment.

In Canada, doctors are in demand and enjoy an excellent standard of living. Immigration to Canada, if offered, would likely be seen as a very attractive option.

However, medical training globally is highly variable and assessing qualifications relative to Canadian standards is challenging. There would also be no assurance that such doctors would be interested in taking on needed roles or remaining in those practices once settled. Finally, there is an ethical concern — we may be robbing other countries of their needed physicians.

Option 2: Short-track qualification of foreign-trained physicians already in Canada

Many foreign-trained doctors have already immigrated to Canada and are working at non-medical jobs, hoping to gain residency status that would allow them to undertake examinations or complete their training.

This approach would have many of the same disadvantages as above, but at least ensures these individuals already have some familiarity with Canadian work environment and a better awareness of the expectations facing physicians.

Option 3: Repatriate Canadians who have trained (or are training) abroad

It’s generally acknowledged that there are at least as many Canadians studying medicine outside Canada as within. These are people who were unsuccessful or chose not to engage in our highly competitive admission processes that annually turn away thousands of highly qualified students. They tend to enrol in well-established medical schools in countries such as Australia, Ireland and England.

Although no rigorous analysis or statistics are available, it’s increasingly recognized that the majority remain and practise in the countries where they trained, having established relationships and support structures. In fact, many are actively recruited to take up much needed primary care positions in those countries.

Attracting them back to Canada will require a targeted recruitment strategy and expansion of available post-graduate training positions. All that being said, this is potentially a workforce already prepared and willing to address Canadian health-care needs.

Option 4: Increase the efficiency and capacity of our current physicians

All doctors, particularly family physicians, face a burden of paperwork and administrative tasks that drastically reduces their capacity to assess and treat patients. Developing innovative processes and collaborations that allow them to focus their time on direct patient care will expand their impact and reduce the number of physicians required.




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The doctor won’t see you now: Why access to care is in critical condition


Option 5: Supplement doctor roles with non-physicians

We’re already seeing this strategy play out with nurses and pharmacists providing some primary care that was previously provided only by physicians.

This approach has many merits and can allow physicians to concentrate on key essential roles, as for Option 4, above. The keys will be to ensure that the health-care teams co-ordinate and integrate their work effectively, and that all essential services are provided.




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Access to care: 5 principles for action on primary health-care teams


Option 6: Collaborate with high-quality medical schools outside Canada to facilitate entry and training of willing and qualified Canadian students

If we’re not able to train sufficient physicians through our own medical school structure, we could partner with foreign, well-functioning medical schools to promote access for Canadians who wish to return to Canada and engage the types of practices that are in such demand.

This would require identifying appropriate schools and developing partnerships ensuring that the admission standards, curriculum and clinical training meet Canadian standards.

Option 7: Increase medical school admissions and training in Canada

The most obvious and intuitively appealing approach would be to simply ramp up the training pipeline within Canada’s medical schools. After all, we have excellent schools and certainly no shortage of very willing and capable applicants.

There are currently 18 medical schools in Canada. Plans are in place to expand to 20 schools over the next few years, but this will not be effective unless we change the current processes of training.

The supply of family doctors provided by our current admission and training processes falls far short of our needs. Recent studies also demonstrate that graduates from our current training programs are increasingly turning away from the comprehensive and community-based practices so much in need.

Consequently, even a dramatic expansion within the current training paradigm will fall far short of addressing our needs. To be effective, expansion must occur in conjunction with new approaches to admissions and training.

The new program developed by Queen’s at Lakeridge in Oshawa, which is dedicated to admitting and training family doctors, is an example of such innovative programming.

The major drawback of this approach, of course, is that it will take time to even begin to address the shortfall. However, it addresses the fundamental problem most directly and establishes a framework for ongoing sustainability.

While there is no single perfect solution, there are a number of approaches, all of which have potential to relieve Canada’s medical workforce crisis. It’s time to explore and pursue them all. It’s time to develop and empower a multi-disciplinary, pan-Canadian panel to decide which mix of the options will build the reliable, sustainable physician workforce that Canada needs and deserves.

The Conversation

Anthony Sanfilippo does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. Family doctor crisis: 7 options to find the physicians Canada needs – https://theconversation.com/family-doctor-crisis-7-options-to-find-the-physicians-canada-needs-259601

International student activism histories show how education can foster democracy

Source: The Conversation – Canada – By Reuben Rose-Redwood, Professor of Geography and Associate Dean Academic, Faculty of Social Sciences, University of Victoria

On March 25, 2025, a Turkish PhD student at Tufts University, Rümeysa Öztürk, was walking in a Boston suburb when she was detained by plain-clothed federal agents. A video of the encounter went viral, sparking fear and outrage in the United States and beyond.

Since March, a growing number of international students in the U.S. have had their visas revoked or their legal status terminated for everything from engaging in political activism to minor infractions such as traffic tickets.

The tightening of restrictions is part of a broader effort by President Donald Trump’s administration to impose its political will on colleges and universities. These governmental interventions have caused deep concern about the future of higher education, democracy, scientific research and the rule of law in the U.S.




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Many of the revoked student visas were restored in late April as a result of nearly 100 federal lawsuits. But the Trump administration continues to target international students for deportation.

In Öztürk’s case, her visa was revoked for co-authoring an op-ed in a student newspaper a year earlier. The op-ed called on the university to acknowledge the plausible claim of a Palestinian genocide and divest from companies with links to Israel.

Boston Globe video: Tufts student Rümeysa Öztürk detained by immigration authorities.

Other international students, scholars and permanent residents have also been detained for participating in pro-Palestinian protests on university campuses.

Just before the Gaza campus encampment movement arose in April 2024, we published an edited book, International Student Activism and the Politics of Higher Education. Our book brought together interdisciplinary scholars to examine how international students have engaged in political activism and advocacy through case studies.

This leads us to consider what lessons the history of international student politics might hold for addressing current challenges.

Host and home country relations

Although the backlash against international student activism has captured headlines recently, there’s a long history of international students participating in political life during their studies abroad.

These political activities have ranged from protests against tuition hikes to involvement in lobbying and demonstrations related to global geopolitical issues.

The first key lesson we have learned is that the very presence of international students on university campuses is a political matter that depends on a measure of good will between the host and home countries.

For instance, when diplomatic relations between Canada and Saudi Arabia broke down in 2018 due to a dispute over alleged Saudi human rights violations, the Saudi government ordered its students to leave Canada and study elsewhere. Despite this order, thousands of Saudi students chose to stay in Canada even after Saudi authorities withdrew government scholarships to support them.

Political courage in face of risks

A second lesson is that international student activists have often demonstrated extraordinary political courage when the risks of government retaliation are high.

After the First World War, Korean nationals studying in the U.S. took inspiration from the American Revolution to advocate for an independent Korea. At the time, participation in the independence movement was punishable by death in Japanese-occupied Korea.

Following the Tiananmen Square massacre in 1989, Chinese students and scholars in the U.S. also protested against political repression in China at great risk of persecution if they returned to their home country.

Building political solidarity

A third important lesson is that the international student experience offers an opportunity for students to build political solidarity across national divisions.

The international solidarity movement for Palestine is a prime example.

During the 1960s, support for Palestine was widespread among international students of different nationalities in strongholds of student politics such as Paris. In recent years, international students have forged new alliances through the pro-Palestinian protest movement against the Gaza war on campuses around the world.




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Ebbs and flows of activism

International students have engaged in diverse forms of “front-stage” and “back-stage” political action in different contexts.

Front-stage political activism includes participation in protests, demonstrations, occupations and other political acts that are publicly visible.

Some protests are responses to specific policy changes at colleges and universities. At the University of Victoria, where we both work, international students protested tuition increases in 2019, blockading administrative buildings and occupying the Senate chambers.

Other front-stage political actions — such as the 2024 Gaza campus protests — are part of global movements.

But front-stage protests are only half the story. They often ebb and flow throughout the school year and come with significant risks due to the precarious status of international students as visa holders.

Given the heightened risks under the Trump administration, some international students are advocating for more strategic back-stage political activism to minimize public attention.

In a recent editorial, Janhavi Munde, an international student at Wesleyan University, noted that within the current political environment, “it might be smarter and safer to create change in the background” in order to “provide more scope for impactful activism — as opposed to getting arrested the day of your first on-campus protest.”

Strengthening democratic culture

The current debate over international student activism in the U.S. raises broader questions about the very purpose of higher education in democratic societies.

When asked at a news conference why Öztürk, the Turkish student at Tufts University, was detained, U.S. Secretary of State Marco Rubio explained that “we gave you a visa to come and study and get a degree, not to become a social activist that tears up our university campuses.”

This narrow understanding of higher education reduces the richness of the educational experience — where learning occurs both within and beyond the classroom — to a one-dimensional focus on schooling to receive a credential.

One of the main aims of higher education in democracies is to foster critical thinking and civic engagement. When international students actively participate in campus political life, this strengthens the democratic culture of higher education and society.

More than a century ago, American philosopher John Dewey observed in Democracy and Education that education is essential to striving for the democratic ideal. He argued that “democracy is more than a form of government; it is primarily a mode of associated living.” For Dewey, education could foster democracy through “the breaking down of those barriers of class, race and national territory.”

Equal dignity of all people

As geographers, we take inspiration from Russian geographer Peter Kropotkin’s classic 1885 essay where he observed that, in a:

“time of wars, of national self-conceit, of national jealousies and hatreds … geography must be — in so far as the school may do anything to counterbalance hostile influences — a means of dissipating these prejudices and of creating other feelings more worthy of humanity.”

When international students such as Öztürk urge us to “affirm the equal dignity and humanity of all people,” they are displaying political courage by embodying the ideals of freedom and democracy at a time when these founding principles of the U.S. are increasingly under threat.

The Conversation

Reuben Rose-Redwood has received funding from the Social Sciences and Humanities Council of Canada.

CindyAnn Rose-Redwood has received funding from the Social Sciences and Humanities Council of Canada.

– ref. International student activism histories show how education can foster democracy – https://theconversation.com/international-student-activism-histories-show-how-education-can-foster-democracy-257600

Symbols take centre stage in debates about Canadian nationalism

Source: The Conversation – Canada – By Paul Hamilton, Associate Professor of Political Science, Brock University

The recent resurgence of Canadian nationalism is a response to explicit threats made by United States President Donald Trump, who has repeatedly expressed his desire to make Canada the 51st American state.

Canadian flag sales have skyrocketed, informal and formal boycotts of American goods are continuing and Canadians are being urged to stay home and spend their vacation dollars domestically. Even in Québec, pro-Canadian sentiments are evident. Canadian nationalism is back.




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Yet only a decade ago, the newly elected Justin Trudeau labelled Canada the first “post-national nation” in an interview with The New York Times. In essence, the prime minister suggested, Canada was moving beyond nationalism to some new phase of social identity. Nationalism, like a step in the launch of a spacecraft, would be jettisoned now that it was a vestigial and outdated feature of Canadian society.

As we argue in a recently presented paper to be published soon, Canadians are nowhere near either a homogeneous, popularly held identity, nor are they “beyond nationalism” as if it were an outdated hairstyle.

Instead, Canadian steps toward a united, widely held nationalism continue to be stymied by both substantial constitutional issues (Québec, western alienation, Indigenous aspirations to self-determination) but also by battles over banal symbols of national identity. Canadians are, in the words of journalist Ian Brown, “a unity of contradictions.”

The importance of symbols

In his influential book, Banal Nationalism, British social science scholar Michael Billig highlighted the role of symbols like stamps, currency and flags to identify barely noticed transmitters of national consciousness.

Writing in 1995, at a time of ethnic nationalist resurgence in the former Yugoslavia, Billig contrasted the understated, reserved nationalism of citizens of established states like Canada with the dangerous, passionate expressions of nationalism in the Balkans.

This genteel nationalism is barely noticed much of the time, but proposals to alter national symbols arouse debate — like during the great Canadian flag debate of the mid-1960s — and expose deep emotional attachments. Canadians, too, are nationalists.

But they’re also citizens of a liberal democracy where nationalistic narratives compete to define and unite the nation. Societies evolve and generational change can lead to new symbols reflecting changing values. The historical episodes of discontent pertaining to national symbols show how Canadian society has evolved since its drift away from Britain after the Second World War.

During the flag debate, Liberal Prime Minister Lester B. Pearson said Canada needed a new flag that would present a united nation rather than a confusing amalgamation of different people. Conservative Leader John Diefenbaker, on the other hand, argued Canada should be “all Canadian and all British” during the debate, adding that any Canadian who disagreed should “be denounced.”

The leaders could not agree, with Diefenbaker opting for something like the status quo and Pearson for a complete redesign that would represent all Canadians, regardless of national heritage. In a 1964 La Presse article on the debate, columnist Guy Cormier crudely voiced Québec’s concerns that Pearson’s handling of the flag debate was an attempt to “artificially inseminate” his agenda on the province. The Philadelphia Evening Bulletin reported on the debate, declaring that “tinkering with a nation’s flag is sort of like playing volleyball with a hornets nest.”

Mountie symbolism

As Canada became increasingly more multicultural in the 1980s, another symbol became the centre of controversy. A Sikh entering the RCMP wanted to be able to wear a turban instead of the traditional Stetson.

Despite government and RCMP support, public opinion was mixed. Racist lapel pins were sold with the message “Keep the RCMP Canadian” as some argued the old uniform should remain and that new recruits should adapt to it.

While few Canadians knew much about the design and history of the RCMP uniform, almost all Canadians consider it an iconic representation of Canada. Changes to it represent a threat to some, inclusion for others.

Changes to the anthem, passport

Changes to O Canada, the national anthem, have been proposed over the past decades. Recently, a more inclusive version was drafted, changing “in all thy sons command” to “all of us command.”

Conservative MPs and some television pundits argued the change wasn’t necessary and the anthem doesn’t belong to a political party. Opponents argued that most people aren’t offended by the anthem’s lyrics, the anthem wasn’t broken and was not in need of fixing. Ultimately, the change was made, with great praise from some and vexation from others.

Removing images of the late Terry Fox in 2023 from the Canadian passport, a document few think about until checking its expiry date before a vacation, caused significant uproar.

Other images from Canadian history were also removed, but Fox’s removal was most notable since he was someone most Canadians consider the embodiment of a Canadian hero.

The response to these changes ranged from mild — with those arguing that Canada needs more Terry Fox, not less, — to furious, as some accused Trudeau of being out of touch with Canadians and a “fault finder-in-chief.”

Far from trivial, these arguments over national symbols reveal how deeply some Canadians are attached to them. The nature of Canadian identity and nationalism will continue to be dated and contested. In that respect, Canadians are no different than the citizens of any other country.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. Symbols take centre stage in debates about Canadian nationalism – https://theconversation.com/symbols-take-centre-stage-in-debates-about-canadian-nationalism-259847

How Canadian nationalism is evolving with the times — and will continue to do so

Source: The Conversation – Canada – By Eric Wilkinson, Postdoctoral Fellow in Philosophy, University of British Columbia

Tariffs imposed on Canada by the United States have fuelled a surge in nationalist sentiment that played a significant role in the outcome of April’s federal election.

Mark Carney’s new Liberal government has signalled an interest in pursuing nation-building projects that hearken back to an earlier period in Canadian history.

Economic, cultural and social policy in Canada has often served the purpose of building national unity to facilitate cohesion and collective action. But some commentators have cautioned Canadians to dampen their reinvigorated sense of pride in their nation.




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Those on the right view Canadian nationalism as an obstacle to neo-liberal economic policies while the left perceives it as irredeemably flawed.

For people on the right, free trade and globalization are thought to produce the best economic outcomes, and nationalism obstructs those outcomes. But those on the progressive left argue that Canada was founded on racist policies and settler colonialism, so nationalism should be rejected because of this original sin.




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What is a nation?

Both perspectives — and the public discussion of Canada’s national identity more generally — remain mired in confusion over the nature of nations. As a political philosopher, I have worked to clear up this confusion by determining what nations are and how they evolve.

In the 19th century, French scholar Ernest Renan outlined a definition of nation that has yet to be improved upon. For Renan, a nation consists of two things: the daily commitment of a people to continue to live and work together and a collective memory of a shared past together.

In contemporary times, Irish social scientist Benedict Anderson described nations as “imagined communities,” since the character of the nation is determined by the limits of the collective imagination of its citizens.

These are subjective definitions of nations because they define national communities in terms of the identification of their members with the community.

There are other, more common objective definitions of a nation involving identity, including shared ethnicity, religion or culture. But these definitions have long been criticized since many national identities transcend ethnicity, religion, culture or any other identity markers.

Nations vs. states

A national community is distinct from a state. The state constitutes the formal political institutions of a society, while the nation is the community of people within that society who view each other as compatriots. This is why the phrase “the people” is often used as a synonym for the national community.

While some nations are stateless, in other cases, multiple nations co-exist within a single state.

In Canada, there is the Québécois nation and many Indigenous nations within the Canadian nation. Although they are distinct, states and their governments will often build national identities around themselves to enable cohesion and collective action. Canada’s national identity was systematically shaped by successive governments — from Confederation onward — to build the society that Canadians live in today.

The character of a particular nation is not fixed.

The beliefs, practices and culture of the people who choose to live and work together can be shaped into anything they collectively decide on. A nation can adopt new values, redefine its membership or have one of its definitive characteristics fade from prominence.

Accordingly, there is no reason to think that moral failings of a national community’s past must compromise it forever. A nation can, and sometimes does, recognize its past failures and become something better.

Patriotism vs. nationalism

A distinction is sometimes drawn between “patriotism” and “nationalism,” with the most famous being made by English social critic and novelist George Orwell.

For Orwell, patriotism is devotion to a particular way of life without the desire to force it on other people, while nationalism denotes an impulse to seek power for one’s nation. Patriotism, then, is a benign, ethical form of partiality to one’s nation.

Other thinkers have sought to explain how national identities and communities can be cultivated in an ethical way, described by Israeli philosopher Yael Tamir as “liberal nationalism.”

The liberal nationalist, according to Tamir, seeks to construct a national identity that adopts the correct ethical values. They hope to harness the energy of nationalism to build a nation committed to liberty, inclusivity and progress.

In 1867, George-Étienne Cartier described the Canadian identity that he and the other Fathers of Confederation sought to create as a “political nationality.” He viewed Canadian identity as being defined by shared principles rather than language or ethnicity.

More than 150 years later, political theorist Michael Ignatieff made a similar distinction between ethnic and civic nationalism. In an ethnic nation, citizens identify with each other because they belong to the same ethnic, religious or cultural community. Meanwhile, in a civic nation, the people unite behind certain civic principles, like a commitment to democracy.

Cartier’s concept of a political nationality was crucial to making sense of the political experiment that was Confederation. Having mostly abandoned their efforts to assimilate the French-Canadians, the British settlers in North America would now join with them to build a new national identity instead.

Reshaping Canadian identity

In his recent book, historian Raymond Blake explains how Canada’s post-Second World War prime ministers, through their speeches and public statements, reshaped Canada’s national identity.




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Up through Louis St-Laurent, various prime ministers would refer to the “deux nations” origin of Canada as inspirational. British and French settlers had come together despite their differences to build a new society together, they pointed out.

As time went on, it became clear this definition of Canada’s national identity wasn’t nearly inclusive enough, making no mention of Indigenous Peoples.

The multicultural character of Canadian society was increasingly acknowledged by the government and Canadians at large until it was central to Canada’s identity. Canada’s national narrative has been reframed in recent years to recognize Indigenous Peoples as one of the three founding pillars of Canadian society. This evolution exemplifies exactly the change citizens should expect in a national community.

This transformation in Canadian national identity shows that national communities can change over time — including, perhaps, in response to U.S. President Donald Trump’s threats against Canada.

In the end, Canadians decide what sort of nation they want to inhabit. Canada’s political nationality has proven more resilient than even some of its founders might have anticipated, but not for lack of effort. There will always remain the work of building a better nation — and it’s work worth doing.

The Conversation

Eric Wilkinson does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. How Canadian nationalism is evolving with the times — and will continue to do so – https://theconversation.com/how-canadian-nationalism-is-evolving-with-the-times-and-will-continue-to-do-so-259352