Pourquoi les riches achètent-ils de plus en plus de whisky de prestige ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Éric Le Fur, Professeur, INSEEC Grande École

Les whiskys rares ont vu leur valeur progresser de 190 % en dix ans. Les raisons évoquées : la rareté, la passion, les valeurs refuges et, surtout, la diversification des portefeuilles financiers des grandes fortunes. N’y a-t-il pas d’autres raisons ?


Début 2024, lors d’une vente aux enchères, le collectionneur états-unien Mike Daley, acquiert une bouteille de The Emerald Isle, le single malt triple distillation le plus rare, trente ans d’âge, pour 2,8 millions de dollars états-uniens, soit 2,43 millions d’euros. Le précédent record mondial était détenu par une bouteille de The Macallan 1926, vendue en novembre 2023 à Londres pour 2,5 millions d’euros.

Au cours des dix dernières années, le Knight Frank Luxury Investment Index (KFLII) – l’une des références pour les professionnels de la gestion de fortune – montre que les whiskys rares ont vu leur valeur progresser d’un peu plus de 190 %.

C’est pourquoi, dans une étude, je cherche à comprendre les relations entre les whiskys rares et les opportunités qui en découlent. Pour ce faire, j’utilise les indices Rare Whisky 101, références pour les amateurs, collectionneurs et investisseurs.

Indice des whiskys rares

Les indices de whisky, comme celui de Rare Whisky 101, sont construits de la même manière que les indices boursiers. Ils suivent l’évolution de la valeur des whiskys de prestige au fil du temps.

Icon 100 est un indice qui regroupe cents bouteilles emblématiques de collection.
Rare Whisky 101., CC BY-NC

Il existe trois catégories d’indices :

  • cinq indices mesurent la performance d’un marché : les cinquante plus vieux whiskys, les cent bouteilles iconiques de collection, les cent bouteilles iconiques japonaises, les cent bouteilles à grain simple, les mille bouteilles les plus performantes ;

  • vingt-deux indices sont spécifiques à une distillerie : Brora, Browmore, Port Ellen ou Rosebank ;

  • huit indices sont spécialisés sur les bouteilles de collection : Diageo, Game of Thrones ou malts rares.

La variation du prix d’un whisky rare entraîne la hausse ou la baisse de la valeur d’un des indices de la célèbre eau-de-vie. Afin de connaître les opportunités d’investissement, j’ai regardé quel indice est le plus influent – sa variation impacte celle d’un autre indice – ou le plus influencée – sa valeur varie en fonction de la variation d’un autre indice.

RW Apew 1 000

Mon étude montre que le RW Apew 1 000, qui suit les mille bouteilles de whisky rare les plus performantes, est influencé par tous les autres indices.

Rare Malts Selection a été lancée pour la première fois en 1995 par DCL (Distillers Company Ltd), qui a été intégrée par la suite à Diageo.
Rare Whisky 101., CC BY-NC

Sur le marché des whiskys de collection, le Macallan 18 (18 ans d’âge) est l’indice le plus influent. La variation de sa valeur affecte celle de tous les autres whiskys. À l’opposé, la valeur de l’indice rare Malts, lancée en 1995 par la société Distillers Company Ltd (DCL), qui a par la suite été intégrée au groupe Diageo (propriétaire de Guinness), varie dès lors que l’un des autres indices croît ou décroît.

S’agissant des indices spécifiques aux distilleries, Caol Ila est la distillerie qui subit le plus la variation de la valeur de ces consœurs. Quant à Talisker, elle ne subit l’influence d’aucune autre marque iconique.

L’indice Talisker mesure la performance de la plus ancienne distillerie de l’île de Skye en Écosse.
Rare Whisky 101., CC BY-NC

Rareté et valeur refuge

Les riches ménages, qui détiennent plus du quadruple du patrimoine médian, 820 400 euros, ou les 10 % les plus fortunés qui détiennent au moins 857 700 euros, recherchent des valeurs refuges. Autrement dit, un moyen de protéger et diversifier leur patrimoine dans un contexte économique incertain.

Les actifs tangibles – physiques, palpables et concrets –, peuvent y répondre. Cette catégorie d’actifs inclut les investissements passion avec, en son sein, les whiskys rares.

La rareté fournit une autre explication de cet engouement. Les bouteilles les plus prisées sont produites en quantités limitées. Par exemple, lancée au début du siècle avec une production de seulement soixante bouteilles, The Macallan Fine & rare Collection est devenue la plus grande collection de whiskys single malt millésimé au monde.

En Écosse, la rareté provient à la fois de la cessation de l’activité des distilleries durant la Seconde Guerre mondiale et du ralentissement, voire de l’arrêt de la production, à la suite de la difficulté d’écoulement des bouteilles après les deux premiers chocs pétroliers. Les collectionneurs prisent particulièrement ces flacons rares issus de cette époque.

Image associée au prestige

L’ouverture des marchés asiatiques – Chine, Hongkong, Singapour et Taïwan – et états-unien, conjuguée aux possibilités d’achat et de vente en ligne, attisent cette frénésie.

Des centaines de distilleries artisanales ont vu le jour, d’abord aux États-Unis puis dans le monde entier. On compte aujourd’hui 150 distilleries en France, une quarantaine en Chine et plus d’une vingtaine de pays producteurs, tandis que plusieurs distilleries ont rouvert leurs portes en Irlande et en Écosse.

Sur le plan culturel, le whisky bénéficie d’une image associée au prestige, au savoir-faire et à l’histoire. Les ouvrages de référence de Dave Broom, Michael Jackson, Charles McLean et de Neil Ridley et Gavin Smith rappellent que le whisky s’est construit depuis plusieurs siècles comme un produit où se rencontre tradition, artisanat, terroir et excellence technique.

Récits de tradition

Les travaux en sociologie du luxe montrent que les élites recherchent des biens qui permettent à la fois de se distinguer et de montrer une compétence culturelle. Le whisky rare répond parfaitement à cette logique : rareté, prix élevés, éditions limitées, accès restreint pour la distinction et connaissances des distilleries, des terroirs, des techniques de vieillissement et des profils aromatiques.




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Les distilleries écossaises ou japonaises cultivent cette dimension. Elles mettent en avant des récits de tradition, de terroir et de maîtrise technique. Par exemple, Highland Park crée un récit centré sur les racines vikings des îles Orcades, met en avant la tourbe locale, le vent marin et le climat froid.

Yamazaki, première distillerie japonaise en 1923, axe son récit sur l’harmonie entre tradition écossaise et culture japonaise. Le Hakushu 25 ans, très prisés des élites japonaises, incarne une forme de luxe vert.

Ces éléments créent un marché où le capital culturel se combine au capital financier. En parallèle, le whisky bénéficie d’un effet de mode alimenté par les stars, les blogs, les influenceurs et les classements spécialisés. L’ensemble de ces facteurs influence les comportements des investisseurs et contribue à la dynamique spéculative observée sur certaines bouteilles.

Financiarisation du whisky

Certaines maisons de spiritueux développent des gammes spécifiquement destinées aux investisseurs, créant une financiarisation du luxe.

Elles produisent des éditions limitées, publient des certificats d’authenticité et collaborent avec les grandes maisons de vente. Diageo est l’acteur le plus structuré dans la création de gammes destinées aux collectionneurs et investisseurs. Par exemple, les séries Prima et Ultima sont ultralimitées, souvent de derniers fûts d’une distillerie ou les premiers d’une nouvelle ère.

La création d’indices de prix comme Whiskystats Whisky Index ou ceux de Rare Whisky 101, apporte une information fiable aux investisseurs et transforme le whisky en actif standardisé. Ils renforcent l’idée que les bouteilles peuvent être achetées, conservées et revendues comme des œuvres d’art ou des montres de collection. Cette relative liquidité renforce l’attractivité des whiskys rares.

Réservé aux investisseurs fortunés ?

Contrairement aux idées reçues, de nombreux whiskys de très grande qualité – même anciens – n’atteignent pas toujours des prix exorbitants. Certains whiskys, dits « de collection », vieillis et mis en bouteille et commercialisés il y a plusieurs décennies, ne coûtent que quelques centaines d’euros. On peut, par exemple, investir dans une bouteille affichant dix ans d’âge, mais produite il y a cinquante ans (distillée vers 1970 et embouteillée vers 1980).

Les vieux blends (assemblages) peuvent également réserver de magnifiques surprises. Dans les années 1950 ou les années 1960, l’industrie du whisky n’était pas encore structurée comme aujourd’hui. Les distilleries, moins soucieuses de réduire les coûts, assemblaient des whiskys anciens d’excellente qualité avec des whiskys plus jeunes.

The Conversation

Éric Le Fur ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Pourquoi les riches achètent-ils de plus en plus de whisky de prestige ? – https://theconversation.com/pourquoi-les-riches-achetent-ils-de-plus-en-plus-de-whisky-de-prestige-282764

Le naturisme, laboratoire des tensions touristiques : comment cohabiter entre vacanciers ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Élodie Manthé, Maître de Conférences en Sciences de gestion, Université Savoie Mont Blanc

À Fouesnant (Finistère), sur les dunes de Mousterlin. Wikimédia/Olybrius, CC BY

L’ESSENTIEL

  • À Euronat, dans le Médoc, le plus grand centre naturiste d’Europe, il arrive que l’on croise des gens habillés, que l’on surnomme des « textiles ».

  • Une telle cohabitation change totalement la nature de l’expérience et peut provoquer un léger malaise, autant chez les naturistes que chez les « textiles », car chacun se sent observé.

  • Pour les lieux qui accueillent des touristes, un effort de communication et un ajustement des espaces s’avèrent nécessaire afin que tout le monde puisse profiter de ses vacances.


Imaginez un endroit où l’on vient depuis cinquante ans pour se libérer des contraintes sociales. Où la nudité n’est pas une provocation, mais une philosophie, celle du respect de soi, des autres et de la nature. Bienvenue à Euronat, le plus grand centre naturiste d’Europe, situé sur la côte atlantique française. Ici, pas de vêtements pour cacher ou révéler les inégalités sociales, pas de jugements sur les corps.

Pourtant, depuis quelques années, un nouveau phénomène bouscule cette utopie avec l’arrivée de touristes « textiles », c’est-à-dire de vacanciers qui n’adoptent pas la nudité comme tenue de vacances. Et avec eux, une question cruciale émerge : comment concilier l’identité historique d’un lieu avec l’ouverture à une clientèle plus diverse ?

Cette situation n’est pas propre au naturisme. Elle résonne avec bien d’autres destinations, où des publics aux attentes radicalement différentes doivent cohabiter, au risque de modifier l’image de la destination.

Et si un camping naturiste nous offrait une leçon sur l’art de vivre ensemble en vacances ?

Le naturisme, une philosophie en action

Le naturisme n’est pas qu’une question de vêtements ou d’absence de vêtements. C’est une révolution sociale miniature. Dès le XIXᵉ siècle, des penseurs, comme Heinrich Pudor en Allemagne, ou des mouvements, comme le Lebensreform, ont défendu l’idée que la nudité était un retour à l’authenticité, une libération des carcans de la société industrielle. Le naturisme fait de la (re)connexion à la nature une priorité.

Pour les habitués, c’est une expérience libératrice. Mais quand des touristes textiles débarquent, la magie peut s’effriter. Pourquoi ? Parce que le regard change tout.

Quand le regard des autres façonne nos vacances

En 1990, le sociologue John Urry a théorisé le « tourist gaze » (« regard touristique »), c’est-à-dire l’idée que les touristes ne se contentent pas de visiter un lieu, ils l’interprètent à travers leur regard. Plus tard, des chercheurs, comme la chercheuse israélienne en anthropologie Darya Maoz, ont montré que ce regard était réciproque puisque les locaux observent les touristes, et les touristes s’observent entre eux.

À Euronat (Gironde), cette dynamique prend une dimension particulière. Les naturistes peuvent avoir l’impression d’être observés comme des curiosités par les touristes « textiles ». À l’inverse, ces derniers peuvent se sentir mal à l’aise, ne sachant où poser les yeux ou, au contraire, être fascinés par cette liberté nouvelle.

Ce phénomène, appelé « intra-tourist gaze » (c’est-à-dire le regard que les touristes portent sur les autres touristes), n’est pas anodin, il est comme un miroir tendu.

Pour les naturistes, le corps, habituellement libéré, redevient soudain l’objet d’un examen minutieux. Pour les touristes « textiles », la nudité des autres peut provoquer une dissonance cognitive :

« Est-ce que je dois me déshabiller ? Est-ce que je suis à ma place ici ? »

Les résultats d’une étude menée sur des commentaires de clients d’Euronat montrent que des tensions peuvent émerger. D’un côté, certains naturistes estiment que la présence de « textiles » dénature l’esprit du lieu :

« En tant que couple naturiste, nous venons à Euronat pour passer nos vacances nus, mais comme la majorité des visiteurs se promènent habillés, on a l’impression d’être dans un zoo, et on nous regarde comme si c’était nous qui étions bizarres. »
– R96, septembre 2019.

De l’autre, des vacanciers « textiles » se sentent exclus ou jugés :

« L’établissement dispose de trois piscines extérieures et de deux piscines intérieures ; je pense donc qu’ils pourraient au moins prévoir un espace réservé aux personnes qui ne souhaitent pas se mettre nues en présence d’inconnus. La seule raison que je vois pour obliger les gens à se mettre nus, c’est pour que les autres naturistes se sentent à l’aise, mais c’est justement pour cette même raison que nous ne voulions pas nous déshabiller dans la piscine. »
– R86, juillet 2019.

Cette tension peut conduire à dégrader l’image de la destination qui doit trouver un équilibre entre fidélité à son identité et ouverture à de nouveaux publics.

Euronat, un cas d’école qui ressemble à bien d’autres destinations

Ce qui se passe à Euronat n’est qu’un exemple parmi d’autres de conflits d’usage en tourisme. Partout dans le monde, des destinations doivent gérer des publics aux attentes opposées.

Un village « authentique » envahi par des excursionnistes qui ne font que passer doit préserver son âme tout en accueillant ces visiteurs éphémères. Un resort prisé par des jeunes couples en lune de miel qui doivent cohabiter avec des familles en vacances scolaires doit aussi gérer cette variété de publics.

Dans tous ces cas, le problème n’est pas la diversité, mais son encadrement. Sans règles claires, sans communication adaptée, les tensions montent. À Euronat, certains visiteurs regrettent l’époque où tout le monde était nu. D’autres, au contraire, apprécient cette mixité, qui permet de découvrir le naturisme en douceur. Qui a raison ? Ni les uns ni les autres. La vérité est que la destination doit évoluer sans se renier.

Comment faire cohabiter des mondes différents ?

Alors, comment concilier préservation de l’identité et ouverture à la diversité ? Voici quelques pistes inspirées des recherches en tourisme ou des pratiques déjà adoptées par certaines destinations.

Créer des espaces dédiés peut être une solution efficace. À Euronat, comme dans d’autres lieux naturistes, des zones 100 % naturistes comme les piscines ou les plages sont dédiés à ceux qui veulent vivre pleinement l’expérience. Cette segmentation spatiale permet à chacun de trouver sa place, sans imposer ses normes aux autres. Une approche déjà utilisée avec succès dans d’autres destinations, comme les plages naturistes en Croatie ou en Espagne.

Éduquer et informer est également essentiel. Beaucoup de tensions viennent de malentendus. Des ateliers d’introduction au naturisme, des panneaux explicatifs ou des guides de bonnes pratiques pourraient aider à démystifier cette philosophie et à faciliter la cohabitation.

Raconter une histoire commune est une autre piste. Toute destination peut avoir une identité forte. Pour la préserver, il faut la mettre en avant à travers le marketing, les animations, les récits des visiteurs. Organiser des événements qui célèbrent les valeurs du lieu comme des ateliers sur le respect de l’environnement ou des discussions peut aussi renforcer ce sentiment d’appartenance.

Tous mis à nu ?

Si selon Sartre, « l’enfer, c’est les autres », d’après le sociologue Jean-Didier Urbain, « le touriste, c’est toujours l’autre ». Dans un monde où les voyages se démocratisent et où les destinations accueillent des publics toujours plus variés, il devient inévitable d’être confronté à des groupes aux pratiques, valeurs et attentes différentes. Que l’on soit naturiste, « textile », voyageur de luxe ou routard (backpacker), chacun porte un regard sur les autres et subit le leur.

Pour que les destinations maîtrisent leur image et garantissent des séjours de qualité, il est essentiel de prendre conscience de ces regards croisés et de veiller à leur alignement. C’est dans cette harmonie des perspectives que réside la pérennité des lieux et le plaisir de tous.

The Conversation

Élodie Manthé ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Le naturisme, laboratoire des tensions touristiques : comment cohabiter entre vacanciers ? – https://theconversation.com/le-naturisme-laboratoire-des-tensions-touristiques-comment-cohabiter-entre-vacanciers-285648

Qui se cachait derrière les lettres signées « Jack l’Éventreur » ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Magalie Sabot, Psychocriminologue à l’Office central pour la répression des violences aux personnes, Université Paris Cité

La lettre « Dear Boss », signée par Jack l’Éventreur, fut adressée à la Central News Agency de Londres, le 27 septembre 1888, puis à la police de Scotland Yard.
Wikimédia

L’ESSENTIEL

  • La signature du tueur en série Jack l’Éventreur est présente sur de nombreuses lettres envoyées à la police londonienne à la fin du XIXᵉ siècle.

  • Rien ne permet d’attribuer avec certitude ces lettres à une même personne, et de nombreux faux auraient été produits.

  • Comment a évolué l’approche de la police scientifique dans l’analyse des courriers revendiquant des crimes ?


Le 27 septembre 1888, une lettre rédigée à l’encre rouge parvient aux bureaux de la Central News Agency de Londres. Signée « Votre dévoué, Jack l’Éventreur », elle tourne en dérision les efforts des enquêteurs chargés d’élucider les meurtres commis dans l’East End londonien.

Son auteur revendique implicitement les crimes et laisse entendre que d’autres suivront. Cette correspondance constitue la première apparition connue du pseudonyme appelé à devenir l’un des noms les plus célèbres de l’histoire criminelle :

« Cher patron,

J’entends sans cesse que la police m’a attrapé, mais ils ne m’auront pas de sitôt. J’ai ri quand ils ont fait leurs intéressants en déclarant être sur la bonne piste. Cette histoire sur le tablier de cuir n’est qu’une vaste blague. J’en ai après les putes et je n’arrêterai pas de les éventrer jusqu’à ce qu’on me boucle. Du beau travail, mon dernier boulot. Je n’ai même pas laissé à la fille le temps de couiner. Comment penseraient-ils m’attraper maintenant ?

J’adore mon travail et je veux recommencer. Vous entendrez bientôt parler de moi et de mes amusants petits jeux. J’ai gardé un peu du liquide rouge dans une bouteille de bière au gingembre lors de mon dernier boulot afin de pouvoir écrire avec, mais c’est devenu épais comme de la colle et je ne peux pas l’utiliser. L’encre rouge fera l’affaire, je pense. Ha. Ha. Au prochain travail, je trancherai les oreilles de la dame et les enverrai aux officiers de police, histoire de m’amuser un peu. Gardez cette lettre sous le coude jusqu’à ce que je travaille un peu plus, après sortez-la. Mon couteau est si beau et si bien aiguisé que j’ai envie de l’utiliser tout de suite, si l’occasion se présente. Bonne chance.

Votre dévoué,
Jack l’Éventreur
Ne m’en voulez pas d’utiliser un surnom.

P.-S. Je n’ai pas réussi à poster ça avant de m’être débarrassé de toute l’encre rouge sur les mains. Vraiment pas de chance. Ils disent que je suis un docteur maintenant. Ha ha »

Première page de la lettre « Dear Boss » signée « Jack l’Éventreur » (1888).

Initialement considérée comme un canular, la lettre acquiert une crédibilité nouvelle après la découverte du corps de Catherine Eddowes, le 30 septembre 1888. Quelques semaines plus tard, George Lusk, président du Whitechapel Vigilance Committee, reçoit un colis contenant la moitié d’un rein humain accompagnée d’une lettre connue sous le nom de « From Hell ».

Voici sa traduction (reproduisant les fautes d’orthographe en anglais) :

« De l’enfer
M. Lusk

Monsieur,

Je vous ai envoyé la moitié du
Rin que j’ai pris d’une femmes
consarvé pour vous lautre pertie
je l’ai frite et mangée c’était très bont Je
pourrais vous envoyer le couto ensanglanté qui
l’a pris si seulement vous attandez un peut plusse
longtemps.

signé
Attrapez-moi quand
vous Pourrez
M’sieur Lusk. »

En raison de la présence de l’organe et de sa possible concordance avec les mutilations observées sur la victime, cette correspondance demeure l’une des rares dont l’authenticité a été sérieusement envisagée.

Lettre « De l’enfer » attribuée à Jack l’Éventreur.

Le 3 octobre 1888, Scotland Yard diffuse largement des reproductions de la lettre « Dear Boss » dans l’espoir qu’un citoyen puisse reconnaître l’écriture de son auteur. La médiatisation de l’affaire produit toutefois un effet inattendu. Après la diffusion de la lettre, plusieurs centaines de courriers sont adressés à la police et à la presse. Au total, près de 350 lettres attribuées à Jack l’Éventreur seront recensées, bien que seules quelques-unes aient été considérées comme potentiellement authentiques.

Réalité de terrain : comparaison d’écriture dans les enquêtes

La comparaison d’écritures ne doit pas être confondue avec la graphologie « dans sa nature, ses objectifs et ses moyens », indiquent les services de l’unité nationale de police judiciaire. La comparaison d’écritures consiste à rechercher si plusieurs documents ont été rédigés par une même personne en étudiant les caractéristiques graphiques observables.

Le principe repose sur le constat que chacun apprend initialement un même modèle d’écriture, mais s’en éloigne progressivement au fil du temps. Les habitudes personnelles conduisent à simplifier certains gestes graphiques ou, au contraire, à les enrichir. L’expert recherche alors ces particularités individuelles : manière d’attaquer une lettre, de relier deux caractères, l’orientation des traits, le rythme graphique ou encore occupation de l’espace sur la page.

L’idée selon laquelle les écritures du XIXᵉ siècle étaient plus homogènes n’est pas sans fondement. À l’époque où les lettres de Jack l’Éventreur ont été écrites, les modèles scolaires étaient alors davantage standardisés et la pratique de l’écriture concernait une part plus restreinte de la population. Pour autant, il n’existe ni « belle » ni « mauvaise » écriture : seules comptent les habitudes graphiques développées par chaque scripteur. Celles-ci évoluent sous l’effet du vieillissement, d’éventuelles pathologies, des conditions de rédaction ou encore de l’instrument utilisé.

L’expertise documentaire ne se limite pas à l’écriture manuscrite. À une époque où de nombreuses revendications criminelles ou terroristes étaient rédigées à la machine à écrire, les pionniers de la discipline, comme Philippe Guichard, ont réalisé un important travail de recensement des différents modèles et de leurs défauts mécaniques. Ces imperfections pouvaient alors constituer de véritables signatures techniques permettant de rapprocher plusieurs documents.

La discipline s’est progressivement professionnalisée. Des formations universitaires ont vu le jour et les méthodes d’expertise font l’objet de travaux d’harmonisation au niveau européen, notamment sous l’impulsion du réseau European Network of Forensic Science Institutes (ENFSI). Malgré cela, les experts demeurent particulièrement prudents dans leurs conclusions. Comme disait déjà Edmond Locard, fondateur du laboratoire de police scientifique de Lyon, en 1920 :

« L’expertise des documents écrits est sans aucun doute la partie la plus difficile de la technique policière. »

lettre manuscrite écrite à l'encre rouge avec dessins.
Une lettre signée Jack l’Éventreur, enregistrée par la police de Londres en 1888.
Wikimédia.

De nos jours, les lettres écrites sous le pseudonyme de Jack l’Éventreur auraient vraisemblablement été traitées par les services spécialisés de la police scientifique, notamment du pôle national Documents-Écritures (au sein du service national de police scientifique, SNPS).

Ces experts interviennent sur de nombreux supports : lettres anonymes, courriers de menaces, testaments, chèques, documents dactylographiés ou documents sécurisés. Leur mission ne consiste pas seulement à comparer des écritures. Ils peuvent également analyser l’authenticité d’un document, identifier l’origine d’un matériel d’impression, révéler des mentions effacées ou altérées et effectuer des rapprochements entre plusieurs dossiers.

Psychologie du pseudonyme

Si les lettres écrites sous le pseudonyme de « Jack l’Éventreur » constituent une forme historique de communication dissimulée, les espaces numériques offrent aujourd’hui de nouvelles possibilités d’expression sous couvert de faux profils ou de pseudonymes.

Les plateformes en ligne sont ainsi devenues le support de nombreux comportements agressifs, menaçants ou discriminatoires. Ceux-ci illustrent la persistance de mécanismes psychologiques déjà observables dans les courriers historiques : expression d’une hostilité à distance, réduction de la responsabilité perçue et absence de confrontation directe avec le destinataire du message.

Le mécanisme d’« anonymat dissociatif » permet ainsi à certaines personnes de compartimenter leurs comportements en ligne de leur identité habituelle. Les actes réalisés sous un nom d’emprunt réduisent le sentiment de responsabilité personnelle et peuvent favoriser l’expression de conduites qui demeureraient inhibées dans des interactions directes.

Dans cette perspective devenir Jack l’Éventreur, le temps d’une lettre seulement, permettait d’explorer une part sombre de soi-même, une position de toute-puissance ou de transgression. L’acte d’écriture offrirait ainsi un cadre où certaines tendances agressives et fantasmes habituellement réprimés pourraient s’exprimer.

Les fausses déclarations sous le pseudonyme de « Jack l’Éventreur » complexifient surtout le travail des enquêtes criminelles. Tel que mentionné par Cassell (1999) :

« Prouver l’innocence d’une personne peut s’avérer tout aussi difficile que de prouver sa culpabilité. »

Plusieurs travaux ont montré que ces revendications mensongères peuvent être motivées par la recherche d’attention, le besoin de reconnaissance ou l’identification à une figure criminelle médiatisée.

Le phénomène de pseudologia fantastica est, quant à lui, un comportement caractérisé par une tendance chronique à produire des récits fictifs élaborés dans lesquels le sujet occupe une position centrale. Le cas du criminel Henry Lee Lucas illustre cette difficulté : il revendiqua plusieurs centaines d’homicides dont une grande partie se révéla matériellement impossible à lui attribuer.

Mais certains criminels, comme Dennis Rader, ont réellement entretenu une correspondance avec la police sous un pseudonyme. En signant « BTK » (pour « Bind, Torture, Kill » ; en français, « Attache, torture, tue »), ce tueur en série au profil sadique prolongeait ainsi symboliquement ses crimes, tout en nourrissant son besoin de domination et de contrôle sur les enquêteurs.

Favoriser la vente de journaux

Aujourd’hui, l’authenticité de nombreuses lettres attribuées à Jack l’Éventreur demeure contestée. Deux journalistes travaillant pour la presse londonienne auraient reconnu avoir participé à la rédaction de certains courriers. Leur motivation était de maintenir l’intérêt du public pour l’affaire, alimenter la couverture médiatique et favoriser les ventes de journaux.

L’utilisation d’un pseudonyme de criminel peut ainsi également constituer un outil permettant d’obtenir de la notoriété, de l’attention médiatique, de l’influence sociale ou un gain économique.

Cette réflexion conserve une résonance contemporaine. Dans les affaires criminelles fortement médiatisées, la recherche d’informations inédites, de témoignages exclusifs ou de révélations susceptibles de susciter l’intérêt du public peut parfois contribuer à brouiller la frontière entre l’enquête, les spéculations et la fascination autour de la figure du meurtrier.

L’histoire des lettres de Jack l’Éventreur apparaît non seulement comme un objet criminologique, mais également comme un phénomène social participant à la construction du mythe collectif autour du criminel.


Article écrit en collaboration avec Philippe Guichard, adjoint au sous-directeur de la lutte contre la criminalité organisée et la délinquance spécialisée (DNPJ).

The Conversation

Magalie Sabot ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Qui se cachait derrière les lettres signées « Jack l’Éventreur » ? – https://theconversation.com/qui-se-cachait-derriere-les-lettres-signees-jack-leventreur-285499

À la tête de l’ONU, l’heure d’une femme a-t-elle enfin sonné ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Chloé Maurel, SIRICE (Université Paris 1/Paris IV), Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne


L’ESSENTIEL

  • Depuis le mois de juin, les auditions ont commencé à New York pour désigner le ou la prochaine secrétaire générale de l’Organisation des Nations unies.

  • Mais la bataille dépasse largement les murs du siège de l’ONU. À l’international, d’intenses tractations diplomatiques se jouent déjà, à la hauteur des enjeux de cette succession.

  • Après le mandat du Portugais António Guterres, le poste devrait revenir à une personnalité latino-américaine. Et, qui sait, peut-être enfin à une femme.


En décembre 2026 sera désigné·e le ou la future secrétaire générale de l’Organisation des Nations unies (ONU). L’occasion, pour la première fois, de désigner une femme ? Et de porter à ce poste une personnalité progressiste et proactive, capable de redynamiser une institution qui en a grand besoin ?

La fin du second mandat du Portugais António Guterres à la tête de l’ONU, prévue pour le 31 décembre 2026, ouvre une nouvelle séquence diplomatique majeure pour les Nations unies. Dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine, les tensions sino-américaines, la guerre de Gaza, l’endettement du Sud global, la guerre au Moyen-Orient, le tout sur fond de crise du multilatéralisme, l’élection du prochain ou de la prochaine secrétaire générale apparaît comme un moment décisif pour l’avenir de l’ordre international.

Le poste, souvent décrit comme « le plus impossible au monde », est crucial. Face aux attaques et au désengagement d’États de premier plan comme les États-Unis, qui lui retirent leurs financements et la court-circuitent sans vergogne, l’ONU doit se réinventer. Nommer une nouvelle personne à sa tête en est l’occasion.

Le Conseil de sécurité, toujours maître du jeu

La désignation du ou de la secrétaire générale des Nations unies est régie par l’article 97 de la Charte de 1945, qui prévoit qu’il ou elle « est nommé·e par l’Assemblée générale sur recommandation du Conseil de sécurité ».

Si, en droit, l’Assemblée générale dispose du pouvoir formel de nomination, en pratique le choix est largement déterminé par le Conseil de sécurité, qui ne transmet qu’un seul nom, par l’intermédiaire d’une résolution. L’Assemblée procède ensuite à la désignation, souvent par acclamation.

Concrètement, les États membres proposent des candidat·es, qui sont auditionné·es par l’Assemblée générale. Le Conseil de sécurité arrête ensuite sa recommandation avant que l’Assemblée procède au vote formel. Mais cette dernière étape n’a qu’une portée symbolique, le choix décisif revenant en amont aux cinq membres permanents du Conseil – États-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni – dont le droit de veto confère une influence déterminante.

Depuis les réformes engagées en 2015, la procédure se veut toutefois un peu plus ouverte. Les candidatures sont rendues publiques et les prétendant·es présentent leur vision de l’Organisation lors d’auditions retransmises en direct sur UN Web TV. Ces échanges permettent également un dialogue avec la société civile. L’ensemble des innovations a apporté davantage de transparence à un processus jugé opaque, sans pour autant remettre en cause le rôle central du Conseil de sécurité.

Les prochaines auditions des candidat·es, prévues en décembre 2026, se tiendront devant l’ensemble des États membres réunis en séance informelle de l’Assemblée générale, sous la conduite du président de l’Assemblée. Chaque candidat·e présentera d’abord sa vision de l’avenir de l’Organisation, puis répondra pendant environ deux heures aux questions des représentant·es des États membres.

Enjeux de représentativité géographique et de genre

Cette année, de manière tacite, il est attendu que le ou la future secrétaire générale vienne d’Amérique latine, par esprit de roulement par continent. À noter, par ailleurs qu’il n’y a jamais eu de secrétaire général·e de l’ONU ni russe, ni chinois·e, ni indien·ne, malgré la forte importance géopolitique et démographique de ces grandes puissances.

La pratique veut d’ailleurs qu’un·e secrétaire général·e ne soit pas issu·e d’un des cinq pays membres permanents, afin de préserver son indépendance et son rôle de médiateur ou médiatrice. Cette règle n’est écrite nulle part dans la Charte, mais elle est devenue une convention solidement établie.

La campagne de 2026 se distingue par un enjeu symbolique important : l’ONU n’a jamais été dirigée par une femme depuis sa création en 1945. De nombreux États et organisations plaident désormais pour une alternance de genre et une représentation accrue du Sud global. Cette revendication favorise particulièrement les candidatures latino-américaines, dans la mesure où la rotation géographique informelle semble cette fois devoir bénéficier à l’Amérique latine et aux Caraïbes, une région du monde qui n’est pas représentée par un siège permanent au Conseil de sécurité, mais qui a déjà fourni par le passé un secrétaire général de l’ONU : le Péruvien Javier Pérez de Cuéllar, de 1982 à 1991.

Quatre principales candidatures dominent actuellement les discussions diplomatiques, sur les six officiellement présentées.

Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili et ex-haute-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, apparaît comme l’une des figures les mieux placées dans la compétition.

À côté d’elle, Rebeca Grynspan, actuelle secrétaire générale de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) et ancienne vice-présidente du Costa Rica, défend une ligne plus technocratique centrée sur les réformes institutionnelles et le développement.

Quant à Rafael Grossi, diplomate argentin et directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), il insiste davantage sur la crédibilité stratégique de l’ONU et sur la nécessité d’une réforme budgétaire profonde.

Enfin, l’ancien président sénégalais Macky Sall met, lui, en avant une vision davantage tournée vers la représentation du Sud. Il insiste notamment sur le continent africain, actuellement peuplé de 1,5 milliard d’habitants, chiffre qui pourrait atteindre 2,5 milliards en 2050. Macky Sall plaide aussi en faveur d’une amélioration de l’efficacité opérationnelle des agences onusiennes.

Des auditions et débats entre les candidat·es ont commencé dès juin 2026. Les divergences politiques exprimées reflètent les fractures actuelles du système international. Grossi adopte une posture plus réaliste et sécuritaire, privilégiant la réforme administrative et la restauration de l’autorité diplomatique de l’organisation. Grynspan se présente comme une médiatrice pragmatique, attentive aux enjeux économiques et à la gouvernance mondiale. Macky Sall insiste sur la souveraineté des États africains et critique implicitement la domination occidentale dans les institutions multilatérales.

Michelle Bachelet, quant à elle, défend fortement les questions de droits humains, de justice sociale, d’égalité de genre et de prévention des conflits. Elle porte une vision progressiste et humaniste du multilatéralisme, fondée sur la protection des populations civiles et la coopération internationale face aux crises climatiques et sociales.

Le profil solide mais clivant de Michelle Bachelet

Sa candidature demeure toutefois politiquement sensible. Son passage au Haut-Commissariat aux droits de l’homme lui a valu des critiques contradictoires. Certains gouvernements occidentaux lui reprochent sa prudence face à la Chine, tandis que les milieux conservateurs états-uniens dénoncent ses positions sur les droits et libertés.

Le retrait du soutien officiel du Chili à sa candidature, après l’arrivée au pouvoir du président d’extrême droite José Antonio Kast en mars 2026, illustre la polarisation idéologique entourant sa candidature. Malgré cela, Bachelet conserve l’appui du Brésil de Lula et du Mexique de Claudia Scheinbaum ainsi qu’un important réseau diplomatique dans les milieux progressistes internationaux.

Alors que l’ONU traverse une profonde crise de légitimité et d’efficacité, aggravée par un déficit budgétaire handicapant, Michelle Bachelet apparaît comme la candidate la plus prometteuse. Son expérience est très solide : deux fois présidente du Chili, ancienne ministre de la défense, directrice exécutive d’ONU Femmes puis haute-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, elle possède à la fois une connaissance fine des institutions onusiennes et une expérience concrète du pouvoir exécutif.

Surtout, elle incarne une conception du multilatéralisme qui refuse de dissocier paix, développement et droits humains. À l’heure où les logiques de puissance unilatérales fragilisent le droit international, son profil semble le plus à même de redonner une cohérence politique et morale à l’ONU, si cruciale aujourd’hui.

Michelle Bachelet a, qui plus est, été une opposante courageuse à la dictature chilienne. Arrêtée en janvier 1975 avec sa mère par la direction nationale du renseignement (DINA), la police politique de la dictature militaire de Pinochet (1973-1990), elle a été incarcérée et torturée avant de partir en exil, une expérience qui a profondément marqué son engagement ultérieur. Bachelet est dotée d’une connaissance approfondie du système onusien et peut se prévaloir d’un bilan positif et concret en matière de défense des droits humains, de l’égalité entre femmes et hommes, du multilatéralisme démocratique et du développement durable.

Ainsi, en 2011, elle a lancé à ONU Femmes un agenda mondial pour mettre fin aux violences contre les femmes, avec des résultats concrets, par exemple au Cambodge – protection juridique des femmes contre les attaques à l’acide – ou encore en Zambie – création de safe spaces dans les écoles. En outre, elle a promu l’égalité économique des femmes, par exemple au Sénégal, permettant l’attribution pour la première fois de licences de pêche à des femmes.

Une campagne à l’image des tensions internationales

Au-delà de la procédure officielle, la désignation du ou de la secrétaire générale donne lieu à une intense activité diplomatique informelle. Les négociations se déroulent dans les couloirs du siège des Nations unies à New York, lors d’entretiens bilatéraux entre délégations, de consultations discrètes entre les membres permanents du Conseil de sécurité ou encore de rencontres organisées en marge des sessions de l’Assemblée générale.

Cette « diplomatie de couloir » (corridor diplomacy) constitue une dimension essentielle du processus.

Enfin, cette élection intervient dans un contexte de remise en cause de l’idéal du multilatéralisme. La montée des puissances émergentes, le renforcement des BRICS, les rivalités sino-américaines, et les contestations croissantes de la gouvernance internationale onusienne, court-circuitée par le G7, le G20, l’Otan, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et d’autres structures concurrentes, comme le Forum économique de Davos, conduisent de nombreux États à rechercher un ou une secrétaire générale capable de réaffirmer le rôle des Nations unies comme principal forum universel de dialogue et de négociation collective.

Plus encore que lors des précédentes élections, la personnalité du ou de la future titulaire, son aptitude à dialoguer avec des dirigeant·es aux orientations politiques très différentes et sa capacité à restaurer la confiance entre les grandes puissances seront probablement des critères déterminants.

Compte tenu des évolutions récentes de la société, en particulier en matière de représentation des femmes, le temps paraît venu de nommer enfin une secrétaire générale à la tête de l’ONU, une personnalité humaniste, progressiste et charismatique, une personne capable de lancer des initiatives inédites, des idées originales et des propositions innovantes de résolutions de conflits.

The Conversation

Chloé Maurel ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. À la tête de l’ONU, l’heure d’une femme a-t-elle enfin sonné ? – https://theconversation.com/a-la-tete-de-lonu-lheure-dune-femme-a-t-elle-enfin-sonne-288666

El eclipse solar que nos hizo gritar de emoción

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Pablo Santos Sanz, Investigador en el Instituto de Astrofísica de Andalucía (IAA/CSIC), Ciencias Planetarias, Pequeños Cuerpos del Sistema Solar., Instituto de Astrofísica de Andalucía (IAA-CSIC)

Eclipse total fotografiado el 12 de agosto en Herrera de Duero, España, con una Canon EOS 100D. Pablo Santos Sanz / IAA-CSIC.

Mi primer recuerdo de lo que supone un eclipse solar data de 1984, año en que se produjo un eclipse parcial visible desde España. Recuerdo verlo desde la ventana de la casa de mis padres armado de unas cuantas radiografías y otros tantos carretes velados. Se llevarán las manos a la cabeza, pero en aquella época no conocíamos qué era eso de las normas ISO ni existían las gafas homologadas para ver eclipses.

Años más tarde presencié el último del siglo XX, el eclipse total de 1999, que cruzaba parte de Europa. En esa ocasión, teniendo ya muy clara mi vocación de astrofísico, viajé a Francia con un grupo de aficionados de la Asociación Vallisoletana de Astronomía, de mi ciudad natal.

Pude ver la parcialidad justo antes de la totalidad, pero unos minutos antes de que la Luna cubriera totalmente el Sol, se nubló. Pese a ello, el espectáculo y las sensaciones fueron estremecedoras: la luz solar, detrás de las nubes, bajó dramáticamente de intensidad en unas décimas de segundo, como si alguien hubiera apagado súbitamente una lámpara. La gente gritaba, se abrazaba emocionada y daba saltos de alegría. Hasta yo mismo, buen conocedor de lo que iba a ver, sucumbí ante la irresistible atmósfera de vivir un eclipse total, aunque no pudiera contemplar la tan ansiada corona solar.

Después de este eclipse total “fallido”, pude disfrutar de varios eclipses parciales y de uno anular en 2005. Los años pasaron, pero me quedó clavada una espinita por aquel eclipse del 99, cuya totalidad me fue robada por unas nubes traicioneras. Así que fijé mis esperanzas en el eclipse del 12 de agosto de 2026 que, en una carambola del destino, sería total desde Valladolid, donde suelo pasar mis períodos vacacionales.

Cincuenta gafas homologadas y un telescopio inteligente

Más de un año antes empecé a prepararlo con mucha ilusión. Me hice con gafas –esta vez sí, homologadas– para mí, mi familia, y amigos: llegué a juntar 50 de todo tipo, todas probadas por mí antes del eclipse. Hice pruebas con varios telescopios y cámaras. Finalmente, me decanté por un pequeño telescopio inteligente, fácil de transportar y programar, que me permitiría disfrutar al máximo de la totalidad a ojo desnudo mientras él grababa.

Añadí al equipo una cámara digital con teleobjetivo de 300 mm, un proyector solar de cartón para los más pequeños, unos prismáticos con filtros solares, una pantalla blanca para intentar ver las esquivas franjas de sombra y hasta una espumadera para proyectar la imagen del Sol. Llevé también dos teléfonos móviles: uno para controlar el telescopio y otro, con una aplicación que daba la hora con gran precisión, para cronometrar los momentos clave. Todo ello completaba mi particular “set de eclipses”.

Set utilizado por Pablo Santos para ver (y fotografiar) el eclipse del 12 de agosto.

La noche antes del eclipse, justo después de cenar, expliqué a mi familia lo que podríamos ver al día siguiente: franjas de sombra, el efecto anillo de diamantes, las perlas de Baily y, la reina de la totalidad, la corona solar. También les dije que estaba seguro de que iban a gritar de emoción durante la totalidad. Por supuesto, no me creyeron.

El sobrecogedor momento de la totalidad

Y llegó el 12 de agosto. Pese a que sabía perfectamente lo que iba a pasar en cada momento, mi mente de astrofísico fue vencida por la emoción y los nervios. Llegué casi una hora antes del inicio de la parcialidad para preparar y probar todo y, aun así, empecé un poco tarde a grabar con el telescopio por un problema técnico.

Recuerdo haber tomado alguna foto con la cámara y el teleobjetivo, recuerdo haber gritado: “¡Cinco minutos para la totalidad!”. Y haber visto las franjas de sombra correr tenuemente en la pantalla blanca un poco antes de la oscuridad. Recuerdo también que grité: “¡Ya os podéis quitar las gafas!” justo cuando empezaba la totalidad y apareció un precioso anillo de diamante seguido de múltiples perlas de Baily.

Secuencia del eclipse visto desde Herrera de Duero.

El resto de la totalidad aún sigue pareciéndome un sueño irreal y sobrecogedor. Ese agujero negro, negrísimo, en el cielo. Y esa corona plateada rodeando el astro rey. Recuerdo haber gritado en mitad de la totalidad: “¡Mirad, ahí está Venus, a la izquierda del Sol!”. Y tras un minuto y 24 segundos bajo la sombra lunar, de pronto la luz volvió, tan brutalmente como se había ido. Otro anillo de diamante por el lado opuesto. “¡A ponerse de nuevo las gafas!”, grité.

La totalidad la viví y la sentí como un instante mágico e irreal, que trasciende totalmente mis conocimientos astrofísicos. ¡Por fin me vengué de esas nubes que me impidieron ver la corona en Francia!

Estar bajo la sombra de la Luna engancha. Ya estoy contando los días para el próximo eclipse del 2 de agosto de 2027, que podremos disfrutar desde el sur de la Península y el norte de África. Estoy seguro de que no será mi último eclipse total.

Y, por cierto, mi familia y mis amigos gritaron todos de emoción… por si había quedado alguna duda.

The Conversation

Pablo Santos Sanz no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. El eclipse solar que nos hizo gritar de emoción – https://theconversation.com/el-eclipse-solar-que-nos-hizo-gritar-de-emocion-289736

Les métiers de la transition écologique restent encore peu attractifs, avec de bas salaires et de mauvaises conditions de travail

Source: The Conversation – in French – By Nathalie Moncel, Economiste ingénieure de recherche au Céreq, Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Céreq)

La qualité des emplois liés aux activités utiles pour la transition écologique pose question. Que ce soit pour les jeunes débutants ou les actifs en reconversion, s’engager dans ces emplois est-il alors un bon choix ?


L’impréparation pour affronter les récents épisodes caniculaires en France a révélé le manque d’anticipation pour adapter la société française au changement climatique. Un autre impensé : anticiper les transformations du travail liées à la bifurcation écologique.

En 2024, le secrétariat général à la Planification écologique publie un document présentant la stratégie emplois et compétences dans le cadre du plan France nation verte. Les enjeux sont de taille : sur une création nette d’emploi à horizon 2030 estimée à 150 000 emplois, les reconfigurations des secteurs d’activité conduiraient à la destruction de 250 000 emplois et à la création de 400 000 emplois.

Les besoins en formation concerneraient environ trois millions de personnes dans les secteurs désignés comme prioritaires : agriculture, bâtiment, industrie, énergie ou transports. Du côté des recruteurs, les besoins sont liés à l’adaptation de méthodes de travail et de compétences dans les secteurs et métiers les plus émetteurs de gaz à effet de serre. L’introduction de nouvelles normes environnementales modifie les pratiques professionnelles qui, de facto, demande des ajustements dans les façons de faire.

Alors, dans quelle mesure ces transformations nécessaires sont-elles connues, reconnues et valorisées par les employeurs et les salariés ?

Plusieurs travaux de recherche que nous menons avec le centre d’études et de recherches sur les qualifications (Céreq) apportent des réponses à cette question.

Bas salaires et mauvaises conditions d’emploi

Au regard de ces projections d’emploi issues d’exercices de prospective mis à mal par le récent backslash écologique, il convient de considérer d’abord les emplois déjà existants, contribuant à prendre en compte les enjeux environnementaux.

Ces emplois dits « verts » sont peu nombreux – 1,4 % de la population en emploi ; certains sont identifiés comme étant des métiers en tension de mauvaise qualité en raison de bas salaires et de mauvaises conditions d’emploi et de salaire. C’est le cas notamment de certains ouvriers du bâtiment et travaux publics (BTP).

L’autre partie des emplois liés à la transition écologique restent des emplois qualifiés et stables, mais n’en sont pas moins pénalisés financièrement. À ces inégalités en matière de qualité d’emploi s’ajoutent des conditions d’exercice du travail souvent plus difficiles, les emplois de l’économie verte étant plus exposés aux différents facteurs de pénibilité que sont les contraintes physiques, un environnement agressif ou encore des rythmes de travail atypiques

Part des ouvriers deux fois plus élevée

Dans une deuxième approche, nous avons observé comment les nouvelles générations entrent dans ces emplois nécessaires à la transformation écologique.

Les travaux menés à partir des enquêtes Génération du Céreq mettent en évidence la place restreinte des métiers liés à la transition écologique dans l’insertion des jeunes. Au sein de ces emplois, la part des ouvriers est deux fois plus élevée que pour l’ensemble des jeunes de la même génération en emploi.

L’enquête Emploi (2023) indique que 18 % des personnes exerçant un métier vert dans l’ensemble de la population occupent un poste de cadre. Cette proportion est nettement plus élevée chez les jeunes sortis du système éducatif : selon l’enquête Génération 2017, 33 % de ceux qui occupent un emploi vert en 2020 sont cadres. Champs : * en emploi en 2023 – ** en emploi en 2020.
Céreq, Fourni par l’auteur

Étant plus diplômés que leurs aînés sur le marché du travail, les débutants ont accès pour un tiers d’entre eux à des emplois de cadre dans les métiers verts. Si les sortants d’une formation à l’environnement connaissent en apparence des trajectoires favorisées, ce bonus ne fonctionne pas de façon systématique.

Les étudiants sortants de formations environnementales ne sont pas privilégiés dans l’accès aux métiers dits verts. Les conditions d’insertion des diplômés de niveau bac + 5 de ces filières sont même moins favorables que celles des diplômés de même niveau issus d’autres filières. Deux tiers d’entre eux connaissent un accès rapide à l’emploi stable, contre seulement une petite moitié des sortants des filières dites « développement durable ».

Choix éthique

L’attractivité des formations au développement durable résulte principalement d’un choix éthique. La mobilisation croissante d’une partie de la population étudiante autour des enjeux environnementaux se reflète également dans les prises de parole et les appels des étudiants de grandes écoles comme Agro ParisTech, HEC, Polytechnique ou encore Sciences Po Paris.

Elle ne constitue pour autant pas une tendance dominante. Plus encore pour cette élite estudiantine, se mettre en conformité avec les représentations dominantes d’un « bon emploi » peut entrer en conflit avec un engagement affirmé au sujet de l’écologie.

Au regard des critères habituels de la qualité de l’emploi, travailler pour la transition écologique ne signifierait pas s’insérer dans des emplois de qualité. Sur des dimensions plus subjectives, travailler en tenant compte des enjeux environnementaux apparaît porteur de plus de sens et parfois d’enrichissement des tâches au travail.

Marchandisation des activités de recyclage

La dimension éthique du travail est-elle suffisante pour contribuer à une transition écologique juste ?

C’est ce que d’autres travaux de recherche sont allés questionner dans le secteur, ancien mais porteur, du réemploi et recyclage, remis au goût du jour avec le développement des ressourceries. Pionnière pour innover dans le domaine de l’écologie si l’on pense par exemple aux premières activités des chiffonniers d’Emmaüs, les structures d’insertion de l’économie sociale et solidaire se distinguent par leur volonté de préserver les ressources en créant des emplois, alliant ainsi finalité sociale et écologique.

Dans ces entreprises, les emplois sont de faible qualité et mal rémunérés. Plus encore, la tendance est à la dégradation du travail dans un contexte de marchandisation croissante des activités de recyclage à travers la mise en place de filières de responsabilité des producteurs (filières REP).




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Les acteurs historiques du réemploi sont relégués en position de sous-traitance sur les segments les moins rentables et les plus coûteux en main-d’œuvre.

Ce glissement pour les organisations de l’économie sociale et solidaire est synonyme de dévalorisation du travail : intensification, pénibilité et perte de sens sont vécus par les salariés de ces structures. Cette tendance s’inscrit dans le cadre d’une économie circulaire étroitement liée au paradigme de la croissance verte, le nouveau régime de croissance analysé par Hélène Tordjman en 2022. Sous couvert d’assimiler les enjeux écologiques, il reproduit finalement des mécanismes capitalistes contraires à une réelle bifurcation écologique et sociale.

Valoriser le travail pour accélerer la transition

Alors que les acteurs institutionnels de l’emploi et de la formation se mobilisent pour accélérer la prise en compte des enjeux environnementaux dans les politiques de formation, la transition écologique des emplois dépend avant tout d’une planification en faveur d’une véritable bifurcation écologique, et d’une réelle valorisation du travail humain.

Au regard de la place du travail dans nos vies, faire de nécessité vertu pour travailler mieux à un monde plus habitable, est sans aucun doute la meilleure piste pour rendre la transition écologique désirable.

The Conversation

Nathalie Moncel ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Les métiers de la transition écologique restent encore peu attractifs, avec de bas salaires et de mauvaises conditions de travail – https://theconversation.com/les-metiers-de-la-transition-ecologique-restent-encore-peu-attractifs-avec-de-bas-salaires-et-de-mauvaises-conditions-de-travail-284103

Histoire du colonialisme en Afrique : l’archéologie offre une perspective plus approfondie

Source: The Conversation – in French – By Timothy Clack, Chingiz Gutseriev Fellow, University of Oxford

Le colonialisme a été un élément central de l’histoire à travers le monde, prenant des formes différentes au fil du temps et selon les lieux. Après tout, chaque fois que des peuples se sont déplacés d’un endroit à un autre, ils ont colonisé des territoires ainsi que d’autres peuples ou formes de vie.

En Afrique, le colonialisme a surtout été étudié comme un phénomène imposé de l’extérieur, notamment par les puissances européennes aux XIXe et XXe siècles. Un numéro spécial récent de la revue Azania a cherché à remédier à cela. Des chercheurs ont abordé le sujet sous un angle jusqu’ici négligé : l’archéologie et l’histoire du colonialisme depuis l’Afrique.

Nous avons introduit ce numéro de la revue par un essai qui revient sur les concepts fondamentaux, passe en revue la littérature existante et présente de nouvelles études de cas.

Nous constatons, par exemple, que le colonialisme a une histoire profonde et complexe. Il a pris des formes et des degrés très différents. Ceux-ci vont de l’expansion, du commerce, des échanges et du partage des pratiques culturelles à la colonisation, la domination, l’exploitation, le contrôle et l’impérialisme.

Ces évolutions se sont déroulées dans des contextes très variés. Elles ont marqué la Mésopotamie, l’Égypte antique, la Phénicie, la Grèce et la Rome antiques ainsi que la Chine. On les retrouve aussi dans plusieurs régions des Amériques, notamment chez les Incas et les Aztèques, ainsi que chez les Européens, en particulier après 1492.

Des facteurs mondiaux et locaux ont façonné différentes formes de pouvoir, d’assujettissement, de consommation, d’extraction, d’exploitation et d’échanges culturels.

Cette prise de conscience soulève des questions importantes. En voici quelques-unes :

  • à quoi ressemble la justice historique ?

  • quels épisodes sont retenus et lesquels sont oubliés ?

  • quelles victimes sont ignorées ou indemnisées ?

  • quels colonisateurs doivent en assumer les conséquences ?

Le colonialisme venu de l’extérieur

Au XIXe et au XXe siècles, pendant ce qu’on appelle la « ruée vers l’Afrique », sept pays européens ont colonisé la quasi-totalité du continent. Les traces laissées par la Belgique, la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, l’Italie, le Portugal et l’Espagne ont été nombreuses et variées. Parmi celles-ci, on peut citer :

  • le tracé des frontières nationales

  • des infrastructures destinées à l’extraction (telles que des mégaports, des chemins de fer et des routes)

  • l’administration (telle que des gouvernements bicaméraux, des tribunaux et des églises)

  • la défense (structures et installations militaires).

Le colonialisme européen a même façonné la manière dont la plupart d’entre nous percevons le monde à travers les instruments utilisés pour cartographier le temps et l’espace.

Auparavant, une grande partie de l’Afrique était colonisée par les l’Empire ottoman et les empires arabes. Oman, par exemple, a colonisé la côte swahilie aux XVIIIe et XIXe siècles, sur un territoire s’étendant de certaines régions de Somalie jusqu’à Madagascar.

Les régions d’Afrique qui avaient auparavant été sous domination islamique ont, quant à elles, vécu le colonialisme européen différemment. Cela a eu des répercussions à long terme sur l’éducation, la santé et la croissance économique.

Pris dans leur ensemble, ces héritages ont, au fil du temps, donné naissance à des principes organisateurs globaux pour imaginer l’Afrique.

Mais cette formulation fait abstraction de l’autonomie des Africains et des processus politiques. On oublie souvent, par exemple, que les Almoravides, une dynastie venue au pouvoir dans le sud du Maroc au XIe siècle, exerçaient un contrôle sur des territoires européens. Les Africains ont eux aussi été des colonisateurs.

Le colonialisme de l’intérieur

L’Afrique a également connu divers épisodes coloniaux provenant de l’intérieur. On peut citer, par exemple, des empires tels que l’Égypte et le Kouch en Afrique du Nord, ainsi que le Dahomey et le Songhaï en Afrique de l’Ouest.

Les dirigeants de ces empires cherchaient à annexer des territoires, à établir des colonies, à assujettir d’autres peuples, à contrôler les ressources et à imposer des lois et des coutumes. Les traces archéologiques de ces phénomènes se manifestent de diverses manières. Elles comprennent notamment l’apparition de nouveaux types d’habitats, des changements dans la culture matérielle et l’adoption de nouvelles langues et religions, en particulier l’islam et le christianisme.

La résistance au colonialisme est également visible dans les sources historiques et s’est exprimée de multiples façons. Elle a notamment pris la forme d’insurrections, de manifestations et de propagande, mais aussi de mythes, d’art, de musique, de littérature et de non-coopération.

Au XIXe siècle, Shaka, par exemple, a transformé une petite chefferie zouloue d’Afrique australe en un État agressif et prospère qui a absorbé les groupes voisins. L’expansion zouloue a eu pour répercussion le Mfecane. Ce processus a permis à divers dirigeants d’établir leurs propres entités politiques.

Soshangane, par exemple, était un général ndwandwe vaincu par Shaka qui a fondé l’État de Gaza dans l’actuel Mozambique. Celui-ci regroupait à la fois des Shona et des Tsonga.

Un autre exemple nous vient des Mursi du sud-ouest de l’Éthiopie. Ceux-ci ont entrepris plusieurs migrations à grande échelle au cours des 200 à 300 dernières années. Ce mouvement est devenu partie intégrante de leur identité collective. Ils ont déplacé, assimilé et dominé d’autres populations. Les traces matérielles qu’ils ont laissées ont fait l’objet de recherches archéologiques.
ces études ont permis d’interpréter leurs activités, mais elles remettent également en question leurs histoires orales.

Échanges culturels et innovation

Le colonialisme est un processus qui produit des changements. Il crée des contacts entre cultures, des relations entre colonisateurs et colonisés, ainsi que des échanges matériels qui favorisent l’innovation.

Les processus coloniaux ont une influence multidirectionnelle. Le colonialisme européen, par exemple, a façonné la manière dont les Européens ont interagi avec le reste du monde. En retour, il a contribué à la construction du monde occidental.

Les idées et les biens circulaient vers les centres métropolitains européens autant qu’à partir de ceux-ci. À certains égards, la Grande-Bretagne a été façonnée par ses contacts avec, par exemple, l’Afrique, l’Australasie et l’Amérique du Nord, tout autant que ces régions ont été des créations coloniales.

Le colonialisme engendre souvent des victimes et des oppresseurs. Mais il est aussi une question de consommation, d’innovation et d’échanges.

L’archéologie offre un moyen utile d’étudier le colonialisme, car celui-ci laisse des traces matérielles et immatérielles que cette discipline est en mesure d’interpréter.

Il est nécessaire d’approfondir les travaux sur les processus et la nature du colonialisme en Afrique. Cela permettra d’établir des comparaisons, de mieux comprendre ce phénomène et de corriger une vision biaisée de l’histoire mondiale. Une compréhension plus approfondie du colonialisme, y compris du néocolonialisme, pourrait également éclairer les débats sur son héritage, ainsi que sur la décolonisation et la restitution.

The Conversation

Timothy Clack bénéficie de subventions de recherche accordées par le Conseil de la recherche en arts et sciences humaines (AHRC), la British Academy, l’Institut britannique d’Afrique de l’Est (BIEA), le Fonds Christensen, l’Institut McDonald pour la recherche archéologique, le Conseil de la recherche sur l’environnement naturel (NERC), l’Institut royal d’anthropologie et l’Université d’Oxford.

Shadreck Chirikure bénéficie d’un financement de la British Academy, de l’UKRI, de l’université d’Oxford, de l’université du Cap, de la Fondation nationale de recherche d’Afrique du Sud et de la Royal Society.

– ref. Histoire du colonialisme en Afrique : l’archéologie offre une perspective plus approfondie – https://theconversation.com/histoire-du-colonialisme-en-afrique-larcheologie-offre-une-perspective-plus-approfondie-289646

Le dilemme de Trump : mettre fin à la guerre contre l’Iran pour satisfaire les Américains, au risque de mécontenter sa base évangélique

Source: The Conversation – in French – By André Gagné, Full Professor, Department of Theological Studies, Concordia University

La guerre menée par les États-Unis contre l’Iran devient rapidement l’une des plus impopulaires de l’histoire des États-Unis. Début mars 2026, lorsque le conflit éclate, 46 % des Américains s’y opposent, selon l’agrégateur de sondages Nate Silver. Aujourd’hui, cette proportion atteint 57 %.

Dans ce contexte, le président américain Donald Trump cherche de toute urgence des soutiens à son effort de guerre. Un groupe en particulier se distingue par son appui constant à ses opérations militaires : les sionistes chrétiens.

Parmi ses soutiens les plus fervents figurent les participants à la récente conférence annuelle de Christians United for Israel (CUFI), tenue à Washington.

Dirigée par le pasteur John Hagee, connu pour ses prises de position incendiaires, la CUFI s’est imposée comme l’un des groupes de pression les plus puissants au sein du Parti républicain. Forte de dix millions de membres, elle constitue l’une des bases de soutien les plus fidèles de Donald Trump, notamment pour ses efforts militaires.

La récente conférence de la CUFI a réuni des milliers de partisans fervents d’un rapprochement étroit entre les États-Unis et Israël, ainsi que l’ambassadeur d’Israël aux États-Unis. Lors de la soirée consacrée à l’honneur d’Israël, Hagee ouvre la conférence par une déclaration particulièrement virulente au sujet du régime iranien :

La question est de savoir si un régime qui soutient le terrorisme et menace Israël doit être autorisé à exister… Israël a le droit d’empêcher qu’une épée nucléaire ne soit placée au-dessus du cou du peuple juif.

L’enjeu de la Palestine

Le projet de doctorat de mon co-auteur, Jason Piché, porte sur le sionisme chrétien, le dispensationalisme et leur influence sur la politique étrangère des États-Unis. Le dispensationalisme divise l’histoire en différentes périodes, considérées comme autant d’étapes établies par Dieu pour régir et organiser le cours des affaires humaines. Il constitue à la fois une méthode d’interprétation de la Bible et une grille de lecture de l’histoire biblique.

Mon livre, Ces évangéliques derrière Trump : Hégémonie, démonologie et fin du monde, s’intéresse, quant à lui, au rôle des évangéliques américains dans la vie politique des États-Unis.

Des organisations chrétiennes comme la CUFI ont pour vocation première de soutenir Israël avec ferveur. Mais le sionisme chrétien joue déjà un rôle important au sein de certains courants du protestantisme américain à la fin du XIXe siècle, et son influence ne cesse de croître après la création de l’État d’Israël en 1948.

Le sionisme chrétien se développe parallèlement, au milieu du XIXe siècle, à une doctrine théologique appelée le prémillénarisme dispensationaliste.

Une photo en noir et blanc d’un homme aux cheveux gris hirsutes
John Nelson Darby en 1840 à Genève.
(Palais Eynard à Genève)

Lors d’une tournée aux États-Unis, le théologien et bibliste John Nelson Darby contribue à populariser l’idée selon laquelle Dieu divise l’histoire du monde en sept dispensations, soit sept périodes historiques distinctes. Selon Darby, la dernière de ces périodes prévoit le retour de Jésus-Christ sur terre et le début de son règne millénaire.

Darby estime que les Juifs jouent un rôle déterminant dans cette dernière période. Selon lui, le retour du Christ ne peut avoir lieu que si les Juifs reprennent possession de leur terre ancestrale en Palestine et y construisent un Troisième Temple.

Les sionistes chrétiens et les dispensationalistes deviennent ainsi de fervents défenseurs de l’État d’Israël, convaincus que sa survie et sa sécurité sont essentielles à l’accomplissement du plan de Dieu tel qu’ils le comprennent. Ils soutiennent, par conséquent, les opérations militaires conjointes entre Israël et les États-Unis contre l’Iran et estiment que les États-Unis doivent prendre des mesures pour favoriser les intérêts israéliens dans la région.




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Sionisme chrétien et politique étrangère des États-Unis

Trump a récemment annoncé la reprise des négociations avec la République islamique d’Iran, une initiative qui entraîne un certain répit dans les hostilités entre les deux pays. Mais le président américain affirme désormais que les États-Unis ne négocient qu’à moitié avec Téhéran.

Pour ses partisans sionistes chrétiens, ces négociations représentent pourtant une menace existentielle pour Israël et, par ricochet, pour les intérêts américains. Lors de la récente soirée de la CUFI consacrée à Israël, le pasteur influent Russell Johnson fait part de ses inquiétudes devant une foule qui lui répond par une ovation retentissante :

C’est pourquoi je dois dire à nos dirigeants politiques : allez jusqu’au bout !… Israël ne devrait pas être empêché d’éliminer définitivement une menace existentielle simplement parce que des diplomates veulent une cérémonie et que des politiciens veulent faire les manchettes. Si vous voulez que l’Amérique soit forte et libre, l’Amérique doit rester l’amie d’Israël.

Pour les partisans les plus fidèles de Trump, la guerre que les États-Unis et Israël mènent contre l’Iran constitue une lutte existentielle, à la fois politique et militaire, mais aussi profondément spirituelle.


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Ils estiment que les États-Unis et Israël doivent neutraliser l’Iran afin de garantir la sécurité d’Israël à long terme. À leurs yeux, de telles actions renforcent non seulement Israël et consolident sa place dans le cadre dispensationaliste de la fin des temps, mais elles servent également les intérêts des États-Unis. Ils considèrent en effet qu’elles s’inscrivent dans la promesse de Genèse 12,3, où il est dit que Dieu bénira ceux qui soutiennent le peuple avec lequel il a conclu son alliance.

Le dilemme de Trump

Trump se trouve dans une position délicate. Avec un taux d’approbation qui ne dépasse que 38 %, mettre fin à la guerre risque de décevoir ses partisans les plus fervents, tandis que la poursuivre pourrait l’éloigner davantage encore de la majorité des Américains qui désapprouvent le conflit.

Son approche, qui oscille entre des frappes aériennes aux effets limités, des menaces aux conséquences potentiellement catastrophiques et des négociations de paix infructueuses, risque de ne satisfaire aucun de ses principaux électeurs.

Une chose est certaine : s’il décide d’intensifier la guerre, les sionistes chrétiens seront au premier rang de ceux qui le soutiendront.

La Conversation Canada

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Le dilemme de Trump : mettre fin à la guerre contre l’Iran pour satisfaire les Américains, au risque de mécontenter sa base évangélique – https://theconversation.com/le-dilemme-de-trump-mettre-fin-a-la-guerre-contre-liran-pour-satisfaire-les-americains-au-risque-de-mecontenter-sa-base-evangelique-289549

Voici pourquoi les chauffeurs de taxi développent rarement la maladie d’Alzheimer

Source: The Conversation – in French – By Hatim Sharif, Professor of Civil and Environmental Engineering, The University of Texas at San Antonio

Les chauffeurs de taxi et d’ambulance sont moins susceptibles que les travailleurs de presque tous les autres secteurs de développer la maladie d’Alzheimer. C’est ce qu’a révélé, de manière surprenante, une étude menée en 2024 qui a examiné les certificats de décès de près de 9 millions de personnes aux États-Unis.


Ces conclusions m’ont interpellé, car ces deux métiers reposent sur la même chose que mon propre travail : les cartes.

J’ai passé plus de deux décennies à scruter des cartes. Pas des cartes papier accrochées au mur, mais des cartes numériques comportant plusieurs couches : des limites de zones inondables superposées à des secteurs de recensement, des points chauds d’accidents de la route reportés en fonction de la géométrie routière, et des relevés satellitaires des précipitations superposés aux bassins hydrographiques.

Une grande partie de mon travail en tant qu’ingénieur civil et environnemental s’effectue à l’aide de SIG – c’est-à-dire des systèmes d’information géographique. Les ingénieurs comme moi gardent à l’esprit plusieurs relations spatiales à la fois, en déterminant la position relative des éléments les uns par rapport aux autres à différentes échelles, allant d’un pâté de maisons à un bassin versant entier.

J’ai toujours cru que le raisonnement spatial à travers les couches cartographiques relevait purement du domaine professionnel. Mais cette étude sur les chauffeurs de taxi et les ambulanciers m’a amené à me demander si tout ce travail mental pouvait avoir des effets bénéfiques sur le cerveau.

Le cerveau des chauffeurs de taxi

Sur les 9 millions de certificats de décès de janvier 2020 à décembre 2022 examinés par les chercheurs, les chauffeurs de taxi et d’ambulance présentaient le risque le plus faible de mourir de la maladie d’Alzheimer parmi 443 professions. Après avoir tenu compte de l’âge, du sexe, de la race, de l’origine ethnique et du niveau d’éducation, environ 1 chauffeur de taxi ou d’ambulance sur 100 est décédé de la maladie d’Alzheimer, comparativement à 1 personne sur 60 dans l’ensemble de la population.

Cette tendance ne s’étendait pas aux autres emplois de conducteur. Les chercheurs ont conclu que la clé pour réduire le risque d’Alzheimer ne résidait pas dans la conduite en soi, mais dans la navigation continue en temps réel : le travail constant consistant à se situer dans l’espace, à suivre une destination et à mettre à jour une carte mentale à mesure que les conditions changent. Les conducteurs dont le travail reposait sur des itinéraires fixes ou prédéterminés, comme les chauffeurs d’autobus et les pilotes d’avion, ne semblaient pas bénéficier d’un avantage similaire.




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Les chercheurs estiment que le lien entre un travail faisant largement appel à la navigation et un risque moindre de développer la maladie d’Alzheimer est lié à l’hippocampe, une partie du cerveau qui régit la mémoire et la navigation spatiale. C’est l’une des premières régions cérébrales touchées par la maladie d’Alzheimer : les troubles de l’orientation et de la navigation spatiale comptent parmi les premiers signes de la maladie, apparaissant parfois avant même une perte de mémoire manifeste.

Dans une étude marquante menée en 2000, des neuroscientifiques ont comparé les cerveaux de chauffeurs de taxi londoniens titulaires d’un permis à ceux de personnes qui ne conduisaient pas de taxi. Leurs résultats ont fourni la première preuve, grâce à l’imagerie structurelle, que certaines régions du cerveau adulte peuvent subir des changements mesurables sous l’effet d’une sollicitation continue liée à l’orientation. Pour obtenir leur permis, les chauffeurs de taxi londoniens doivent mémoriser plus de 25 000 rues dans un rayon de près de dix kilomètres autour de Charing Cross, un défi connu sous le nom de « The Knowledge » qui prend de trois à quatre ans.

Pouvez-vous mémoriser 25 000 rues et savoir comment vous y repérer ?

Les chercheurs ont découvert que les chauffeurs de taxi londoniens présentaient un volume nettement plus important de matière grise dans l’hippocampe postérieur, une région du cerveau associée au stockage de cartes spatiales à grande échelle. Ce volume évoluait par ailleurs en fonction de l’expérience : plus une personne conduisait depuis longtemps, plus cette partie du cerveau était volumineuse. Ce changement résultait de la pratique et n’était pas héréditaire. Bien que les personnes douées pour l’orientation puissent être attirées par ce genre d’emploi, le travail lui-même a bel et bien un impact sur le cerveau.

Ensemble, ces deux études présentent un argument cohérent : un travail qui sollicite intensément l’hippocampe peut le remodeler, et ce remodelage pourrait offrir une protection contre l’une des maladies liées au vieillissement les plus redoutées.


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Le rôle des spécialistes de la cartographie

Les cartographes, les urbanistes et les analystes géospatiaux consacrent leurs journées de travail à un raisonnement spatial soutenu. Un spécialiste des systèmes d’information géographique peut, par exemple, utiliser un ordinateur pour superposer des données démographiques sur des cartes d’exposition aux inondations afin d’identifier les populations à risque, ou analyser des images satellites pour cartographier la couverture du sol après un feu de forêt. Les chercheurs jonglent simultanément avec plusieurs couches de données, systèmes de coordonnées et échelles.

Le raisonnement spatial à travers un écran sollicite-t-il l’hippocampe de la même manière que le fait de se déplacer dans une vraie ville ?

Alors qu’un chauffeur de taxi s’oriente depuis l’intérieur de la scène, au niveau de la rue, les chercheurs en SIG visualisent l’espace d’en haut sous forme de carte – ce que les spécialistes des sciences cognitives appellent le raisonnement allocentrique. Mais ces deux perspectives se recoupent dans le cerveau : l’hippocampe construit également des cartes à partir de points de vue extérieurs, et non seulement à partir de la position du navigateur lui-même.




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Les recherches sur les cartes cognitives mènent à la même conclusion que l’étude sur les chauffeurs de taxi. En 2023, des chercheurs ont appliqué un modèle d’apprentissage automatique à plus de 22 500 personnes issues d’un ensemble de données national et ont pu prédire, avec une précision de 84 %, quels codes postaux présentaient des taux plus élevés de la maladie d’Alzheimer en se basant sur la complexité de l’environnement. Les personnes vivant dans des environnements spatialement complexes – c’est-à-dire ceux qui obligent à créer activement des cartes, comme les réseaux routiers denses comportant de nombreux carrefours, divers points d’intérêt et repères, ainsi que de multiples options d’itinéraires – étaient moins susceptibles de développer la maladie d’Alzheimer.

Une étude de suivi a établi un lien entre la complexité géospatiale de l’environnement et un volume plus important dans les régions du cerveau responsables de la navigation spatiale. Les chercheurs ont émis l’hypothèse que la création régulière de cartes cognitives fait travailler les circuits mêmes que la maladie d’Alzheimer attaque en premier. Le fait de solliciter de façon répétée les systèmes cognitifs impliqués dans la navigation spatiale pourrait contribuer à retarder l’apparition des symptômes de la maladie.

Cependant, ces deux études portent sur le lieu de résidence des personnes, et non sur leur travail. Il reste à vérifier si le raisonnement spatial sur un écran fait travailler les mêmes circuits que la navigation urbaine dans la vie réelle.

Protéger votre cerveau

Les implications quant à savoir si un raisonnement spatial soutenu protège le cerveau vont bien au-delà des cartographes et des chauffeurs de taxi. Des études ont maintes fois mis en évidence un lien entre les professions exigeant une grande complexité mentale et un ralentissement du déclin cognitif ainsi qu’un risque moindre de démence, même après avoir tenu compte du niveau d’éducation.

Les recherches sur la réserve cognitive – la capacité du cerveau à continuer de fonctionner malgré la maladie – peuvent aider à expliquer pourquoi deux personnes présentant un fardeau de maladie similaire peuvent afficher des niveaux de déficience cognitive nettement différents. Si la réflexion spatiale exigeante protège le cerveau, alors la manière dont les sociétés conçoivent la scolarité, la formation professionnelle et la retraite devient une question de santé cérébrale.

Le raisonnement spatial peut s’entraîner, et les possibilités de formation sont déjà très répandues. Des cours sur les SIG et la télédétection sont offerts dans le cadre de programmes de géographie, d’ingénierie, de santé publique et de sciences de l’environnement partout dans le monde.

Si la pratique régulière du raisonnement spatial peut aider le cerveau à renforcer les circuits que la maladie d’Alzheimer attaque en premier, son intérêt va bien au-delà des compétences techniques qu’elle permet d’acquérir.

La Conversation Canada

Hatim Sharif ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Voici pourquoi les chauffeurs de taxi développent rarement la maladie d’Alzheimer – https://theconversation.com/voici-pourquoi-les-chauffeurs-de-taxi-developpent-rarement-la-maladie-dalzheimer-289576

¿Cómo hemos llegado a esta situación con los incendios forestales en España? Echamos la vista atrás para buscar las causas

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Eduardo Rojas Briales, Profesor permanente laboral; ciencia e ingeniería forestal (selvicultura, repoblaciones, infraestructuras verdes, gobernanza, cooperación, recursos forestales globales, incendios). ETSIAMN, Universitat Politècnica de València

Vecino de Los Gallardos (Almería) intentando extinguir las llamas de un incendio, 11 de julio de 2026. Ataurrahmanstudio/Shutterstock

Los incendios de este verano, tanto por su intensidad como por su afectación a zonas habitadas, han generado una gran preocupación social y una búsqueda inmediata de culpables y soluciones rápidas. No obstante, hablamos de un reto tremendamente complejo debido, entre otras razones, a su excepcional escala espacial.

España ha pasado de ser un país altamente deforestado a principios del siglo XX –en 1930 tenía apenas ocho millones de hectáreas de bosque (16 % de la superficie española)– a disponer hoy de 19,1 millones (38 %).

La actual cobertura forestal española está muy por delante de Italia (31 %), Francia (32 %) o Alemania (33 %). Cabe destacar que ese avance del bosque no se explica solo por las repoblaciones, sino que responde mayoritariamente a la recuperación espontánea de los bosques quemados además de su expansión natural, sobre todo en montaña.

Los incendios no constituyen un hecho novedoso. Ya en 1968 el Ministerio de Agricultura creó el Servicio contra Incendios Forestales, incluyendo una compleja estadística en aquel momento única en Europa. Décadas antes, entre 1920 y la Guerra Civil, se produjo un creciente número de incendios como consecuencia del abandono de los viñedos debido al insecto filoxera.

Desvinculados de la naturaleza

España “se acostó” a principios de los 50 como un país eminentemente rural y subdesarrollado y se despertó en 1970 como un país urbano relativamente desarrollado. Había olvidado sus raíces y su extenso territorio rural, restringiéndolo a una cada vez más marginal fuente de mano de obra, lugar para el suministro de agua, energía y alimentos y ubicación de infraestructuras de conexión entre conurbaciones.

Como consecuencia de la pérdida de vínculo con lo natural de un medio urbano muy hostil para gran parte de la sociedad y las series de Félix Rodríguez de la Fuente, surgió el primer ansia de recuperar lo natural. Esta coincidió en el tiempo con la primera cumbre ambiental de Naciones Unidas en Estocolmo y el cambio en la denominación de la aún única administración forestal en España de Dirección General de Montes a Instituto Nacional para la Conservación de la Naturaleza.

Con la Transición, como ocurriera en otros países de la cuenca mediterránea que salían de una dictadura, los incendios se multiplicaron en la medida en que la autoridad de los cuerpos de seguridad se debilitaba. Galicia y la costa mediterránea fueron los territorios que más sufrieron, especialmente entre finales de los 70 y mediados de los 90.

Consolidada la democracia y el sistema autonómico, las comunidades más afectadas –especialmente Cataluña, Andalucía, Galicia, Valencia, Castilla-La Mancha, Castilla y León o Canarias– se dotaron de sofisticados medios, especialmente aéreos, para mejorar la actuación inmediata en los primeros minutos de una potencial ignición. A la vez se mejoró la observación meteorológica y el análisis de la causa de ignición comenzando con la determinación exacta del arranque del fuego.

También se abordó el problema de los basureros incontrolados y las líneas eléctricas, ambos generadores de incendios, gracias a alguna sentencia contundente en lo referente a la responsabilidad civil.

Todo ello llevó a una bajada a la mitad del número de incendios y su extensión comparados con hace 30 años. Hay que recordar que el noroeste, con solo el 15 % de la superficie, acaparaba dos tercios del número de incendios en aquellos años. Pero también hay avances en esta zona: por ejemplo, Galicia ha reducido el número de igniciones en un 66,67 % desde entonces.

Las consecuencias de apostar solo por la extinción

Ya entonces los especialistas advirtieron que una apuesta basada exclusivamente en la extinción se acabaría agotando, como ya había ocurrido en Estados Unidos. De hecho, el proyecto de investigación europeo FIREPARADOX analizó esta cuestión y alertó del breve recorrido que el alivio que supusieron las fuertes inversiones en extinción comportaría.

Al reducirse las zonas quemadas, pero no actuar en el estado del monte, los contados incendios que no se consiguiesen atajar en el primer momento devendrían en megaincendios, compensando con creces lo ganado en los anteriores 10-15 años. Desde el principio de esta década hemos llegado exactamente a este punto.




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Actuaciones necesarias para prevenir incendios

El cambio climático y la alta carga de combustible fino disponible para arder en el monte ofrecen al fuego unas condiciones favorables que no hemos conocido en los últimos siglos. De ahí que sea necesario mitigar el primero y gestionar el segundo a la hora de afrontar el reto de los incendios.




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Abordar el estado del territorio es igualmente necesario en todos los casos. Las medidas requeridas corresponden en buena medida a adaptación al cambio climático e incluso mitigación, si gestionamos más activamente los bosques. Recordemos que en los países secos –como España en gran parte– la prioridad principal es la adaptación.

Otro aspecto clave es la necesidad de buscar sinergias que aprovechen óptimamente los limitados recursos públicos y respondan a las necesidades de diferentes colectivos sociales.

Recuperar la agricultura y ganadería extensiva en montaña como aliados en la lucha contra los incendios es clave también respecto a la despoblación rural. Además, estas actividades proporcionan alimentos de mayor calidad nutricional y diversificados.




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Por otro lado, aprovechar la madera, el corcho, la resina y la biomasa que producen los bosques –de la que solo aprovechamos un 60 %– permitiría reforzar la bioeconomía y avanzar más deprisa en una transición energética más diversificada, flexible en el tiempo y presente en todo el territorio, además de reforzar las pymes y acelerar la construcción con madera, clave en la reducción de emisiones de un sector estratégico como la construcción.

The Conversation

Eduardo Rojas Briales no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. ¿Cómo hemos llegado a esta situación con los incendios forestales en España? Echamos la vista atrás para buscar las causas – https://theconversation.com/como-hemos-llegado-a-esta-situacion-con-los-incendios-forestales-en-espana-echamos-la-vista-atras-para-buscar-las-causas-289172