Syrie : comment les petites entreprises ont survécu à la guerre en bâtissant une économie parallèle

Source: The Conversation – in French – By Mohamad Fadl Harake, Docteur en Sciences de Gestion, Chercheur en Management Public Post-conflit, Université de Poitiers

Pour survivre, les petites entreprises syriennes ont dû accepter de travailler avec toutes les autorités en place, que ce soit le régime de Bachar Al-Assad, l’État islamique ou les groupes d’opposition. Arteventet/Shutterstock

Même lorsqu’un pays est en guerre, que les institutions s’effondrent, que les groupes armés sèment la terreur, les entreprises de moins de 250 salariés jouent un rôle essentiel pour maintenir une activité économique minimale. Explication avec l’exemple syrien.


Pendant la guerre en Syrie, certaines petites entreprises ont dû payer des taxes au régime, négocier leur passage avec des groupes armés d’opposition, respecter les règles économiques de l’Organisation de l’État islamique, et s’appuyer sur des réseaux au Liban, en Irak ou en Jordanie.

Cette expérience met en lumière une réalité souvent négligée : lorsque l’État s’effondre, les acteurs économiques les plus modestes empêchent la société de s’arrêter complètement.

Contrairement à l’idée d’un pays économiquement à l’arrêt, la Syrie a vu émerger une économie parallèle, portée principalement par des petites et moyennes entreprises (PME) – de moins de 250 personnes et avec un chiffre d’affaires annuel n’excédant pas 50 millions de livres syriennes (SYP). Si cette économie n’était pas reconnue par les institutions officielles, elle était suffisamment organisée pour assurer la survie quotidienne de millions de Syriens et Syriennes.

Quand l’État disparaît, le marché se fragmente

À partir de 2012, la Syrie cesse de fonctionner comme un espace économique unifié. Le territoire se fragmente entre plusieurs autorités concurrentes : le régime syrien, différents groupes d’opposition armée, l’État islamique, les autorités kurdes et, en arrière-plan, les pays voisins. Dans ce contexte, le marché national se désagrège avec des routes coupées, des banques à l’arrêt et des contrats sans valeur juridique.

Selon la Banque mondiale, plus de la moitié des infrastructures économiques ont été détruites ou gravement endommagées.

Pourtant, les petites entreprises, comme les ateliers, les commerces, les transports ou les productions alimentaires, ont continué de fonctionner. Leur taille réduite et leur fort ancrage local leur ont permis de s’adapter à un environnement instable. Dans les contextes de conflit, ces entreprises jouent un rôle essentiel pour maintenir une activité économique minimale et aider les ménages à continuer de vivre.

Régime syrien, groupes d’opposition armés et État islamique

Pour survivre, ces petites et moyennes entreprises syriennes ont dû accepter une règle simple : travailler avec toutes les autorités en place, quelles qu’elles soient.

Avec le régime syrien

Dans les zones contrôlées alors par le régime de Bachar Al-Assad, les entreprises devaient obtenir des autorisations informelles, payer des taxes non officielles ou passer par des intermédiaires proches du pouvoir pour poursuivre leurs activités.

Ces pratiques, y compris des versements de pots-de-vin, symbolisent les défis auxquels font face ces petites et moyennes entreprises.




À lire aussi :
La Syrie en transition… mais quelle transition ?


Avec les groupes d’opposition

Dans d’autres régions, les entreprises devaient payer des rétributions pour sécuriser leurs convois, négocier l’accès aux routes ou accepter des contrôles locaux afin d’éviter pillages et blocages. Dans les zones tenues par des groupes rebelles, cela passait parfois par des interactions économiques directes avec ces forces armées.

Dans les zones non contrôlées par l’État central, ces arrangements deviennent des conditions de fait pour maintenir une activité commerciale. Les acteurs économiques doivent payer des frais de passage imposés par des groupes armés.

Avec l’État islamique

Dans les zones contrôlées par l’État islamique, les règles économiques étaient strictes. L’organisation imposait des taxes obligatoires aux commerces et aux activités de production, contrôlait la circulation des marchandises et appliquait des sanctions sévères en cas de non-respect. Refuser de coopérer signifiait le plus souvent la perte de l’activité, voire des représailles.

Des analyses montrent que ce système de taxation et de contrôle économique constituait l’un des piliers du mode de gouvernance mis en place par l’État islamique dans les territoires syriens qu’il contrôlait.

Les pays voisins, prolongement de l’économie syrienne

Privées d’un système bancaire fonctionnel, de nombreuses petites entreprises syriennes se sont tournées vers les pays voisins.

Le Liban est devenu un point central pour les transferts financiers informels, la Jordanie, un espace d’approvisionnement relativement stable, et l’Irak un corridor essentiel pour le transport de marchandises. Dans ce contexte, les frontières ont cessé d’être de simples lignes de séparation pour devenir des espaces clés de l’économie syrienne.

La diaspora syrienne a joué un rôle central dans ces échanges, en finançant des activités locales et en sécurisant les transactions lorsque les institutions officielles faisaient défaut.

Une économie parallèle fondée sur la confiance

Cette économie n’était pas légale au sens strict, mais elle reposait sur des règles claires.

Lorsque les institutions disparaissent, la confiance ne s’évanouit pas, elle se déplace. Elle s’ancre dans la famille, les réseaux locaux, la réputation et la parole donnée. Les accords se concluent alors sans contrat écrit et, paradoxalement, ils sont respectés, car la survie collective en dépend.

De nombreux travaux sur les économies de guerre et les contextes de fragilité montrent que ces systèmes informels peuvent, dans certaines situations, s’avérer plus fiables que des institutions affaiblies ou absentes.

S’adapter en permanence pour ne pas disparaître

Faute de pouvoir investir ou planifier à long terme, les petites entreprises syriennes ont privilégié la réparation plutôt que le remplacement, l’utilisation d’un même atelier pour produire différents biens, le changement de fournisseurs ou d’itinéraires du jour au lendemain et la limitation de leurs stocks pour réduire les pertes en cas de rupture.

Privées d’accès au crédit, aux marchés extérieurs et à des infrastructures fiables, les entreprises syriennes ont ajusté leurs activités pour continuer à fonctionner.

Chaque décision devenait un calcul permanent du risque : quel trajet est le moins dangereux ? Qui faut-il payer pour passer ? Quelle perte peut être absorbée sans mettre l’entreprise en faillite ?

Réduire la dépendance à l’aide humanitaire

Cette économie parallèle a permis l’accès à des biens essentiels, contribué à la survie de millions de familles et maintenu un minimum d’activité économique dans un pays en guerre. En limitant l’effondrement total des circuits d’échange, elle a réduit, dans certains territoires, la dépendance exclusive à l’aide humanitaire.

Les organisations humanitaires elles-mêmes ont dû composer avec ces réseaux informels pour atteindre les populations et acheminer biens et services de première nécessité.

Un héritage difficile à intégrer

Aujourd’hui, une question centrale se pose : comment reconstruire une économie officielle sans fragiliser les mécanismes qui ont permis à la société de tenir pendant la guerre ?

Car les petites et moyennes entreprises syriennes abordent les institutions avec prudence, tout en restant dépendantes de relations régionales construites pendant le conflit. Réintégrer ces entreprises dans un cadre légal sans rompre ces équilibres constitue l’un des défis majeurs de la reconstruction économique de la Syrie.

Ancrées dans les communautés locales, ces entreprises jouent un rôle social majeur. Elles maintiennent des formes de solidarité économique, offrent des opportunités d’emploi aux femmes et aux jeunes et contribuent, dans certains secteurs, à la préservation d’activités artisanales et agricoles.

Au-delà du cas syrien, cette trajectoire rappelle que, dans les crises extrêmes, la résilience des sociétés repose souvent sur des acteurs invisibles : les petites entreprises, capables de faire tenir l’économie quand tout le reste vacille.

The Conversation

Mohamad Fadl Harake ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Syrie : comment les petites entreprises ont survécu à la guerre en bâtissant une économie parallèle – https://theconversation.com/syrie-comment-les-petites-entreprises-ont-survecu-a-la-guerre-en-batissant-une-economie-parallele-271042

Dermatose nodulaire contagieuse : les vétérinaires victimes d’une épidémie de désinformation

Source: The Conversation – in French – By Jeanne Brugère-Picoux, Professeur honoraire agrégée de pathologie du bétail à l’École nationale vétérinaire d’Alfort, Président honoraire de l’Académie vétérinaire de France (2012), Académie nationale de médecine, Académie vétérinaire de France

Arrivée en France en juin 2025, la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) a rapidement fait l’objet de mesures sanitaires qui ont permis d’éradiquer le virus dans certaines régions. Mais la crise agricole qui a suivi a vu émerger une contestation inédite, nourrie par des fausses informations et des remises en cause du rôle des vétérinaires. Dans ce texte, la profession appelle à un « droit de véto » contre la désinformation.


La dermatose nodulaire contagieuse (DNC) a atteint la France en Savoie le 29 juin 2025 à la suite de l’introduction d’un bovin infecté venant d’Italie. La France métropolitaine étant alors indemne de la DNC, la réglementation européenne prévue (dépeuplement total, vaccination d’urgence au sein des zones réglementées (ZR) – instaurées par arrêté préfectoral, limitation des mouvements des bovins…] a été mise en place, ce qui a permis d’éliminer le virus dans la région dès le 21 août.

Les contaminations ultérieures qui ont suivi en France, notamment en Occitanie, sont en réalité le résultat de déplacements illicites de bovins contagieux à partir de la zone réglementée couvrant une partie de l’Ain, de la Savoie et de la Haute-Savoie (zone vaccinale II sur la carte ci-dessous).

Zones réglementées et vaccinales suite aux foyers de DNC en France au 31 décembre 2025.
Ministère de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire

La forte médiatisation de la DNC associée aux dénonciations de « hold-up politique » par certains éleveurs rappelle de précédentes crises sanitaires (vache folle, grippe aviaire, Covid-19…). Mais à l’époque, la parole des « sachants » n’avait pas été remise en cause dans les mêmes proportions qu’aujourd’hui. Des membres de la profession vétérinaire font l’objet d’insultes, voire de menaces gravissimes, dans certains cas même de menaces de mort.

Cette situation est non seulement surprenante, mais également choquante. Les vétérinaires ont toujours été associés et solidaires avec les éleveurs. Dans le même temps, de fausses informations au sujet de la DNC se propagent dans l’espace médiatique.




À lire aussi :
Dermatose nodulaire : comprendre les raisons de la mobilisation agricole


Un déferlement inédit de « fake news »

Parmi les fausses informations que des experts autoproclamés (parmi lesquels on a pu retrouver tant des personnes ayant endossé une posture « antivax » lors de la pandémie de Covid-19 que des scientifiques ou cliniciens méconnaissant la DNC) ont diffusées, non seulement sur les réseaux sociaux mais également dans les médias :

  • « La maladie peut être traitée par des antibiotiques/par l’ivermectine. »

C’est faux. Les antibiotiques ou les antiparasitaires tels que l’ivermectine ne sont pas actifs sur une maladie virale comme la DNC, causée par un Capripoxvirus (Lumpy skin disease virus).

  • « L’Espagne et l’Italie n’ont pas appliqué le dépeuplement total. »

C’est faux. Les autres pays européens confrontés à la DNC, comme l’Espagne et l’Italie, appliquent eux aussi la stratégie d’abattage de tous les bovins présents dans un foyer confirmé de DNC, comme le confirme le ministère de l’agriculture.

  • « La Suisse pratique l’abattage partiel. »

Il n’y a pour l’instant pas eu de cas de DNC confirmé en Suisse, donc pas d’abattage.

  • « Il est inadmissible d’abattre tout un troupeau lorsqu’il y a seulement un animal malade. »

Si un seul animal présente des lésions cutanées, il y a de fortes chances qu’au moins 50 % des animaux soient infectés dans le troupeau. En effet, il est difficile de connaître précisément la date d’infection du bovin. Si celle-ci est antérieure à l’acquisition de la protection vaccinale, alors plusieurs animaux sont potentiellement infectés au sein du troupeau, ce que les tests sanguins ne permettent pas de détecter.

  • « Il faut avoir un troupeau témoin pour surveiller l’évolution de la maladie dans un foyer infecté. »

Ce troupeau « témoin » a existé dès le 6e foyer de DNC déclaré le 7 juillet en France, du fait du recours d’un jeune éleveur de Savoie refusant le dépeuplement de son troupeau. Treize jours plus tard, le recours a été refusé et d’autres cas de DNC se sont déclarés dans son élevage. La forte contagiosité de la DNC pourrait en partie expliquer le grand nombre de foyers de DNC déclarés deux semaines plus tard dans les élevages voisins.

  • La DNC relève de la catégorie A du droit européen, comme la fièvre aphteuse, or « pour la fièvre aphteuse, de nouveaux textes préconisent l’abattage partiel ».

C’est faux. La catégorie A correspond en médecine vétérinaire à une maladie soumise une réglementation sanitaire très stricte lorsqu’il s’agit d’une maladie hautement contagieuse émergent dans un pays indemne. Les conséquences économiques et sanitaires justifient une éradication immédiate dès son apparition.

  • « Le vaccin n’est pas efficace car certains bovins vaccinés ont présenté la maladie malgré tout »

La vaccination en urgence n’est pas une vaccinothérapie. Elle nécessite au moins trois semaines pour installer une protection immunitaire. Elle a pu être réalisée chez des animaux déjà infectés avant ou peu après l’injection vaccinale.

  • « La désinsectisation de l’élevage est la méthode la plus efficace pour éviter la contamination ».

Ce sont certes des insectes hématophages qui sont les vecteurs de la DNC, mais les traitements insecticides ne sont jamais efficaces à 100 %. Il n’existe pas de mesure parfaite permettant d’éradiquer tous les insectes d’un élevage.

  • « 70 vétérinaires ont été radiés de l’Ordre des vétérinaires pour avoir refusé l’abattage du troupeau de l’Ariège ».

C’est faux. Le conseil national de l’ordre des vétérinaires confirme qu’aucun vétérinaire n’a été radié pour avoir refusé un abattage.

  • « Le vaccin est dangereux pour les animaux et l’humain ».

C’est faux, le vaccin est un vaccin dit « vivant atténué » qui ne présente aucun danger ni pour les animaux ni pour l’humain. De plus, la DNC n’est pas une zoonose (maladie animale transmissible à l’humain et réciproquement), mais une épizootie.

  • « Il y a encore des cas de DNC en Savoie ».

Dans cette zone désormais considérée comme indemne de la DNC, il peut s’agir de la pseudo dermatose nodulaire contagieuse (PDNC), due à un herpèsvirus qui évolue très rapidement (en 3 semaines) vers la guérison.

  • « La fédération des vétérinaires européens (FVE) préconise plutôt la vaccination que l’abattage dans la DNC ».

C’est faux : la note de la FVE de novembre 2025 présente une revue générale sur le bénéfice des vaccinations en médecine vétérinaire sans remettre en cause la réglementation européenne concernant les maladies classées dans la catégorie A comme la DNC.

  • « L’EFSA (European Food Safety Autority) avait préconisé un abattage partiel en 2016 lors des premiers foyers de DNC en Europe ».

Cette recommandation de l’EFSA en 2016 correspondait à une évaluation mathématique des moyens à mettre en œuvre dans les pays où la DNC était déjà installée (virus endémique), en l’occurrence les Balkans. Elle ne s’applique pas pour les pays indemnes de DNC soumis à la réglementation européenne, comme c’est le cas en France.

  • « Lors de l’épizootie de DNC observée dans l’île de La Réunion en 1991-1992, il n’y a pas eu de dépeuplement total ».

La flambée de DNC sur l’île de la Réunion a été la conséquence de l’importation de zébus malgaches. Le contexte sur cette île qui n’exportait pas de bovins était toutefois différent de la situation actuelle de la DNC en France métropolitaine. Il y a d’abord eu un retard considérable de plusieurs mois pour identifier formellement la maladie. Le premier vaccin, qui était celui utilisé pour la variole ovine, était peu efficace pour les 18 000 bovins vaccinés (sur les 21 000 bovins recensés sur l’île). La vaccination avec le vaccin bovin sud-africain, bien plus efficace, a été réalisée avec un an de retard. Au total, 511 exploitations ont été atteintes avec 10 % de mortalité.

Les conditions de la sortie de crise

En France, la situation est actuellement sous contrôle dans le Sud-Est, mais elle est encore évolutive en Occitanie, où de rares cas peuvent encore apparaître à la fin de cette épizootie. Ce sera le cas de bovins en incubation, car voisins d’un foyer déclaré et dont l’immunité vaccinale n’est pas encore installée pour le protéger.

Deux autres risques ne peuvent pas être évalués pour prédire la fin de cette épizootie de DNC :

  • un déplacement illicite à partir des ZR actuelles d’animaux apparemment sains, mais qui sont de véritables « bombes virales » à retardement ;

  • la non-déclaration d’un cas de suspicion de DNC par un éleveur (comme un représentant syndical a osé le recommander), alors qu’il convient d’éviter la contamination des élevages voisins.

La principale revendication des agriculteurs, répétée inlassablement dans les médias, est un abattage partiel lors de DNC. Elle témoigne d’une méconnaissance de cette maladie. En effet, on l’a vu plus haut, ce serait mettre en danger les troupeaux indemnes et par-delà, tout le cheptel bovin français. Nous espérons qu’il n’y aura plus de foyers de DNC à partir de mi-janvier 2026, comme ce fut le cas dans les Savoie après la vaccination.

La profession vétérinaire a toujours été proche des agriculteurs. Rappelons que les premières écoles vétérinaires au monde ont été créées en France au XVIIIe siècle pour « lutter contre les maladies des bestiaux ». Ainsi, en unissant nos forces nous avons pu éradiquer de la surface de la Terre en 2001 une autre maladie virale : la peste bovine.

The Conversation

Jean-Yves Gauchot est docteur vétérinaire et président de la Féderation des syndicats vétérinaires de France

Jeanne Brugère-Picoux ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Dermatose nodulaire contagieuse : les vétérinaires victimes d’une épidémie de désinformation – https://theconversation.com/dermatose-nodulaire-contagieuse-les-veterinaires-victimes-dune-epidemie-de-desinformation-273027

L’intervention des États-Unis au Venezuela au prisme du droit international

Source: The Conversation – in French – By Abdelwahab Biad, Enseignant chercheur en droit international, Université de Rouen Normandie

Bombarder un pays étranger sans mandat de l’ONU, capturer son dirigeant, quand bien même sa légitimité est douteuse, et proclamer qu’on va dorénavant diriger le pays en question : tout cela contrevient à de nombreuses normes du droit international détaillées dans la Charte de l’ONU et dans les Conventions de Genève.


L’Opération « Absolute Résolve » qui a impliqué le déploiement d’une force aéronavale sans précédent dans les Caraïbes depuis la crise des missiles de Cuba en 1962 illustre la détermination du président Trump à capturer le président Nicolas Maduro et son épouse, en exécution d’un mandat d’arrêt de la justice américaine pour « narco-terrorisme ». Au-delà de la méthode et des raisons invoquées pour la justifier, il s’agit d’une intervention armée sur le territoire d’un État étranger sans fondement juridique. C’est une nouvelle manifestation d’un interventionnisme décomplexé depuis l’adoption de la Doctrine Monroe il y a deux siècles.

Celle-ci, énoncée par le président James Monroe en 1823, visait à dissuader les puissances européennes d’intervenir dans l’hémisphère occidental, considéré comme chasse gardée des États-Unis. Elle s’est traduite notamment par le soutien aux républicains mexicains pour mettre fin à l’éphémère royaume de Maximilien voulu par Napoléon III (1861-1867), ainsi que l’appui aux indépendantistes cubains au prix d’une guerre hispano-américaine (1898) à l’issue de laquelle l’île de Porto Rico a été annexée par les États-Unis et Cuba est devenue formellement indépendante.

La Doctrine Monroe version Trump (« Trump Corollary » dans la Stratégie de sécurité nationale 2025) est désormais définie comme visant à restaurer la prééminence de Washington dans son arrière-cour en s’assurant qu’aucun rival extérieur ne soit en mesure d’y déployer des forces ou de contrôler des ressources vitales dans la région. Une allusion à peine voilée à la Chine dont l’activisme économique dans la région et singulièrement au Venezuela (qui intéresse avant tout Pékin pour son pétrole) est perçu comme une menace pour cette prééminence.

Un précédent : Panama, 1989

« Absolute Resolve » ressemble par son modus operandi à l’opération « Just Cause » décidée par le président George W. Bush en 1989 pour capturer et traduire devant un tribunal américain le dirigeant du Panama, Manuel Noriega, sous la même inculpation de trafic de drogue.

L’Assemblée générale des Nations unies avait qualifié cette intervention à Panama de « violation flagrante du droit international, de l’indépendance, de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de Panama » (Résolution 44/240 du 29 décembre 1989).

Une différence réside dans le fait que le général Manuel Noriega – un dictateur responsable d’exécutions extrajudiciaires et de tortures – fut un allié de Washington, mais qui avait fini par s’avérer encombrant. A contrario, Nicolas Maduro – qui est également considéré par de nombreux États, ONG et observateurs comme un dictateur ayant mis en place une large répression et s’étant fait réélire en 2024 de façon totalement frauduleuse – incarne une gauche révolutionnaire que Washington n’a cessé de combattre depuis la guerre froide.




À lire aussi :
Des crimes contre l’humanité ont-ils été commis au Venezuela ces dernières années ? La Cour pénale internationale va (peut-être) trancher


Une violation manifeste de la Charte des Nations unies

L’intervention armée sur le territoire vénézuélien constitue sans discussion une violation de la Charte des Nations unies. Celle-ci dispose que « les membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État, soit de toutes autres manières incompatibles avec les buts des Nations unies » (article 2, § 4).

Les exceptions compatibles avec un recours à la force se limitent à la légitime défense ou à une action conforme à une décision du Conseil de sécurité. Dans cette circonstance, les États-Unis ne peuvent se prévaloir ni d’une action en légitime défense ni d’un mandat du Conseil de sécurité.

La Cour internationale de Justice avait relevé que le non-recours à la force relevait d’un principe essentiel et fondamental du droit international (arrêt du 27 juin 1986, qui concernait déjà une confrontation entre les États-Unis et un pays des Amériques, en l’occurrence le Nicaragua).

L’interdiction de l’emploi de la force peut être déduite d’une autre disposition de la Charte (Article 2, § 7) invitant les États à recourir au règlement pacifique des différends (chapitre 6), ce qui manifestement n’a pas été mis en œuvre ici.

Ces principes ont pour finalité de préserver la stabilité de l’ordre international et de prévenir le règne de la loi de la jungle dans les relations internationales. Or, faut-il le rappeler, dans la mesure où ils ont adhéré à la Charte des Nations unies, dont ils furent les rédacteurs en 1945, les États-Unis sont tenus d’en respecter et appliquer les dispositions.

Le « régime change » n’a pas de fondement en droit international

Le président Trump a justifié son intervention armée contre un président qu’il considère comme « illégitime » par l’accusation selon lequel Nicolas Maduro se serait livré, des années durant, au « narco-terrorisme ». La méthode utilisée, l’enlèvement d’un chef d’État en exercice, est doublement contraire au droit international : d’une part, en raison de l’immunité attachée à la fonction présidentielle (ce que semble ignorer l’application extra-territoriale de la justice américaine) ; d’autre part parce que la Charte, dans son art. 2, § 7, stipule clairement la non-ingérence dans les affaires intérieures des États.

Le principe de souveraineté n’autorise pas un État à intervenir militairement sur le territoire d’un autre État en vue d’en changer le système politique, quand bien même le régime de Nicolas Maduro s’est rendu coupable de fraude électorale et de graves violations des droits humains à l’égard de l’opposition, qui font l’objet d’une enquête conduite par la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité.

Il reste que l’emploi de la force armée n’est pas la méthode la plus appropriée pour promouvoir les droits de l’homme dans un autre pays. Il existe des mécanismes internationaux compétents dans ce domaine (ONU, CPI) qui devraient pouvoir poursuivre leurs missions d’enquête sur les crimes commis par le régime de Maduro.

Les Conventions de Genève régissant le droit des conflits armés

Le droit applicable à l’intervention armée à Caracas est le droit des conflits armés encadrant la conduite des opérations militaires et la protection des biens et des personnes, même si les États-Unis nient être en guerre contre le Venezuela.

Les Conventions de Genève et le Protocole 1 s’appliquent s’agissant d’un conflit armé international même si l’une des parties ne reconnaît pas l’état de guerre (art. 2 commun des Conventions), comme l’attestent les déclarations de Washington.

Dès son arrestation, Nicolas Maduro peut se prévaloir de la protection de la 3ᵉ Convention de Genève relative au traitement des prisonniers de guerre. En outre, la brièveté de l’opération militaire américaine n’exclut pas l’application de la 4ᵉ Convention de Genève si des victimes civiles sont à déplorer ou des biens civils ciblés.

D’autre part, Donald Trump a déclaré vouloir « diriger le pays jusqu’à ce que nous puissions assurer une transition sûre, appropriée et judicieuse ». Cela peut être un motif d’inquiétude si un projet d’occupation est envisagé (la Charte des Nations unies le proscrit si l’occupation découle d’un recours à la force illicite). Cela dit, un tel scénario semble improbable compte tenu de l’expérience des fiascos en Afghanistan et en Irak, des réactions internationales majoritairement hostiles à l’intervention militaire, ainsi que de la montée des critiques au sein même de sa base MAGA, à qui Trump avait promis avant son élection de mettre fin aux guerres extérieures.

L’intervention armée et l’arrestation d’un chef d’État étranger en vue de le juger par un tribunal états-unien sont un message sans ambiguïté adressé par le président Trump à la communauté internationale : son pays n’hésitera pas à faire prévaloir le droit de la force sur la force du droit. Le droit international doit impérativement prévaloir comme contrat social liant les nations pour prévenir le chaos ou « l’homme est un loup pour l’homme » pour reprendre la formule de Thomas Hobbes. s’est déclaré à Fuerte Tiuna, le plus grand complexe militaire du Venezuela, après les frappes de l’armée des États-Unis à Caracas le 3 janvier 2026.

The Conversation

Abdelwahab Biad ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’intervention des États-Unis au Venezuela au prisme du droit international – https://theconversation.com/lintervention-des-etats-unis-au-venezuela-au-prisme-du-droit-international-272929

En quoi le cas du Louvre questionne-t-il la sécurité des musées ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Fabrice Lollia, Docteur en sciences de l’information et de la communication, chercheur associé laboratoire DICEN Ile de France, Université Gustave Eiffel

La mission des musées est tiraillée entre protection du patrimoine et ouverture au public, des objectifs difficiles à concilier. Wilfredor/Wikimédia Commons

Le cambriolage du Louvre en 2025 n’a pas seulement été spectaculaire. Il rappelle également que, malgré la sophistication croissante des dispositifs numériques, la sécurité des musées reste avant tout une affaire humaine. Alors, comment sécuriser les œuvres tout en les rendant accessibles au plus grand nombre ?


En octobre 2025, le Louvre a été victime d’un cambriolage spectaculaire. De nuit, les voleurs ont pénétré dans le musée grâce à un simple monte-charge, déjouant un dispositif de sécurité pourtant hautement technologique, pour emporter l’équivalent de 88 millions d’euros de bijoux.

Ce contraste illustre un paradoxe contemporain : à mesure que la sécurité se renforce technologiquement, ses vulnérabilités deviennent de plus en plus humaines et organisationnelles. Le Louvre n’est ici qu’un symbole d’un enjeu plus large : comment protéger la culture sans en altérer l’essence ni l’accessibilité ?

Les musées, acteurs méconnus de la sécurité mondiale

Le cambriolage du Louvre n’a fait que révéler un problème plus profond. Un prérapport de la Cour des comptes de 2025 pointe un retard préoccupant dans la sécurisation du musée : 60 % des salles de l’aile Sully et 75 % de celles de l’aile Richelieu ne sont pas couvertes par la vidéosurveillance. De plus, en quinze ans, le Louvre a perdu plus de 200 postes de sécurité, alors que sa fréquentation a augmenté de moitié. Les budgets consacrés à la sûreté, soient à peine 2 millions d’euros sur 17 millions prévus pour la maintenance, traduisent une érosion structurelle des moyens humains.

Selon les lignes directrices du Conseil international des musées, la sécurité muséale repose sur trois piliers. D’abord, la prévention, qui s’appuie notamment sur le contrôle d’accès, la gestion des flux et l’évaluation des risques. Ensuite, la protection, mise en œuvre par la vidéosurveillance, la détection d’intrusion et les protocoles d’urgence. Enfin la préservation, qui vise à assurer la continuité des activités et la sauvegarde des collections en cas de crise.

Mais dans les faits, ces principes se heurtent à la réalité des contraintes budgétaires et des architectures muséales modernes, pensées comme des espaces ouverts, transparents et très accessibles, mais structurellement difficiles à sécuriser.

Les musées français ont déjà connu plusieurs cambriolages spectaculaires. En 2010, cinq toiles de maître (Picasso, Matisse, Modigliani, Braque et Léger) ont été dérobées au musée d’Art moderne de la Ville de Paris. En 2024, le musée Cognac-Jay a été victime d’un braquage d’une grande violence en plein jour pour un butin estimé à un million d’euros. Ces affaires rappellent que les musées, loin d’être des forteresses, sont des espaces vulnérables par nature, pris entre accessibilité, visibilité et protection. Le Louvre incarne une crise organisationnelle plus large où la sûreté peine à suivre l’évolution du risque contemporain.

Le musée, nouveau maillon du système sécuritaire

Longtemps, la sécurité des musées s’est pensée de manière verticale, centrée sur quelques responsables et des protocoles stricts. Or, ce modèle hiérarchique ne répond plus à la complexité des menaces actuelles.

La sûreté muséale repose désormais sur une circulation horizontale de l’information, c’est-à-dire partagée entre tous les acteurs et mobilisant conservateurs, agents, médiateurs et visiteurs dans une vigilance partagée. Cela prend la forme d’un musée où chacun a un rôle clair dans la prévention, où l’information circule rapidement, où les équipes coopèrent et où la sécurité repose autant sur l’humain que sur la technologie.

Les risques, quant à eux, dépassent largement les frontières nationales : vol d’œuvres destinées au marché noir, cyberattaques paralysant les bases de données patrimoniales et, dans une moindre mesure, activisme climatique ciblant les symboles culturels. La protection du patrimoine devient ainsi un enjeu global impliquant États, entreprises et institutions culturelles.

Au Royaume-Uni, les musées sont désormais intégrés aux politiques antiterroristes, illustrant un processus de sécurisation du secteur. En Suède, des travaux montrent que la déficience de moyens visant à la protection muséale entraîne une perte d’efficacité, dans la mesure où la posture adoptée est plus défensive que proactive.

Protéger le patrimoine, une façon de faire société

Mais cette logique de soupçon transforme la nature même du musée. D’espace de liberté et de transmission, il tend à devenir un lieu de contrôle et de traçabilité. Pourtant, dans un monde traversé par les crises, le rôle du musée s’élargit. Il ne s’agit plus seulement de conserver des œuvres, mais de préserver la mémoire et la cohésion des sociétés.

Comme le souligne Marie Elisabeth Christensen, chercheuse spécialisée dans la protection du patrimoine en contexte de crise et les enjeux de sécurisation du patrimoine culturel, la protection du patrimoine relève du champ de la sécurité humaine. Ses travaux montrent comment, dans des zones de conflits comme Palmyre en Syrie, la sauvegarde d’un site ou d’une œuvre devient un acte de résilience collective, c’est-à-dire une manière, pour une communauté frappée par la violence et la rupture, de préserver ses repères, de maintenir une continuité symbolique et de recréer du lien social, contribuant ainsi à la stabilisation des sociétés.

Cependant, cette transformation demeure profondément inégale. Les grands musées européens et américains disposent des moyens et de la visibilité nécessaires pour assumer ce rôle tandis qu’au Sud, de nombreuses institutions restent fragmentées, marginalisées et subissent le manque de coordination au niveau international. Cette disparité révèle une gouvernance patrimoniale encore inachevée, dépendante d’agendas politiques plus que d’une stratégie mondiale de solidarité culturelle.

La protection du patrimoine devrait être pleinement intégrée aux politiques humanitaires internationales, au même titre que la santé ou l’éducation. Car protéger une œuvre, c’est aussi protéger la mémoire, les valeurs et l’avenir d’une société.

Le piège du technosolutionnisme

Face aux menaces qui pèsent sur les lieux culturels, la tentation est forte de répondre par une surenchère technologique. Après chaque incident, la même conclusion s’impose : il aurait fallu davantage de caméras, de capteurs ou d’outils de surveillance. Reconnaissance faciale, analyse comportementale, biométrie… autant de dispositifs souvent présentés comme des réponses évidentes. Les dispositifs se multiplient, nourrissant l’idée que le risque pourrait être entièrement maîtrisé par le calcul.

Ce réflexe, qualifié de technosolutionnisme, repose pourtant sur une illusion, celle d’une technologie capable de neutraliser l’incertitude. Or, comme l’ont montré des travaux en sciences sociales, la technologie ne se contente pas de « faire mieux fonctionner » les choses : elle change la façon dont les personnes se font confiance, la manière dont le pouvoir s’exerce et la répartition des responsabilités. Autrement dit, même avec les outils les plus sophistiqués, le risque reste profondément humain. La sécurité muséale relève donc avant tout d’un système social de coordination, de compétences humaines et de confiance, bien plus que d’un simple empilement de technologies.

La rapporteuse spéciale de l’ONU pour les droits culturels alertait déjà sur ce point : vouloir protéger les œuvres à tout prix peut conduire à fragiliser la liberté culturelle elle-même. La sécurité du patrimoine ne peut se limiter aux objets. Elle doit intégrer les personnes, les usages et les pratiques culturelles qui leur donnent sens.

Protéger sans enfermer

Contre la fascination technologique, une approche de complémentarité s’impose. Les outils peuvent aider, mais ils ne remplacent ni l’attention ni le discernement humain. La caméra détecte, mais c’est le regard formé qui interprète et qualifie la menace. Les agents de sécurité muséale sont aujourd’hui des médiateurs de confiance. Ils incarnent une forme de présence discrète mais essentielle qui relie le public à l’institution. Dans un monde saturé de dispositifs, c’est cette dimension humaine qui garantit la cohérence entre sécurité et culture.

La chercheuse norvégienne Siv Rebekka Runhovde souligne, à propos des vols d’œuvres du peintre Edvard Munch, le dilemme permanent entre accessibilité et sécurité. Trop d’ouverture fragilise le patrimoine, mais trop de fermeture étouffe la culture. Une sursécurisation altère la qualité de l’expérience et la confiance du public. La sécurité la plus efficace réside dans celle qui protège sans enfermer, rendant possible la rencontre entre œuvre et regards.

La sécurité muséale n’est pas seulement un ensemble de dispositifs, c’est également un acte de communication. Elle exprime la manière dont une société choisit de gérer et de protéger ce qu’elle estime essentiel et de négocier les frontières entre liberté et contrôle. Protéger la culture ne se réduit pas à empêcher le vol. C’est aussi défendre la possibilité de la rencontre humaine à l’ère numérique.

The Conversation

Fabrice Lollia ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. En quoi le cas du Louvre questionne-t-il la sécurité des musées ? – https://theconversation.com/en-quoi-le-cas-du-louvre-questionne-t-il-la-securite-des-musees-272835

Are we in an AI bubble? Ponzi schemes and financial bubbles: lessons from history

Source: The Conversation – France – By Paul David Richard Griffiths, Professor of Finance; (Banking, Fintech, Corporate Governance, Intangible Assets), EM Normandie

Charles Ponzi (March 3, 1882–January 18, 1949). Charles Ponzi was a businessman born in Italy who became known as a swindler for his money scheme. Wikimediacommons

Many investors are asking themselves if we are living in an AI bubble; others have gone beyond that and are simply asking themselves, until when? Yet the bubble keeps growing, fuelled by that perilous sentiment of “fear of missing out”. History and recent experience show us that financial bubbles are often created by investor overenthusiasm with new “world-changing” technologies and when they burst, they reveal surreal fraud schemes that develop under the cover of the bubble.

A Ponzi scheme pays existing investors with money from new investors rather than actual profits, requiring continuous recruitment until it inevitably collapses. A characteristic of these schemes is that they are hard to detect before the bubble bursts, but amazingly simple to understand in retrospect.

In this article we address the question What footprints do Ponzi schemes leave in technology-driven financial bubbles that might help us anticipate the next one to emerge under cover of the AI frenzy? We shall do this by comparing the “Railway King” George Hudson’s Ponzi of the 1840s with Bernie Madoff’s Ponzi enabled by the ICT (information and communications technology) and dotcom of the 1990s-2000s and sustained by the subsequent US housing bubble.

Macroeconomic climate, regulations and investor expectations

The railway mania in the UK started in 1829 as a result of investors’ expectations for the growth of this new technology and the lack of alternative investment vehicles caused by the government’s halting of bond issuance. The promise of railway technology created an influx of railway companies, illustrated by the registration of over fifty in just the first four months of 1845. Cost projections for railway development were understated by over 50 percent and revenue projections were estimated at between £2,000 and £3,000 per mile, despite actual revenues closer to £1,000 to £1,500 per mile. Accounting standards were rudimentary, creating opportunities for reporting discretion such as delaying expense recognition, and director accountability was the responsibility of shareholders rather than delegating it to external auditors or state representatives. Hudson, who was also a member of parliament, promoted the deregulation of the railway sector.

George Hudson’s Ponzi and Bernie Madoff’s Ponzi

Madoff’s reputation was built upon his success in the 1970s with computerization and technological innovation for trading. The dotcom bubble was fuelled by the rapid expansion of technology companies, with over 1,900 ICT companies listing in US exchanges between 1996 and 2000, propelled by which his BLMIS fund held $300 million in assets by the year 2000. Madoff’s scheme also aligned with the rapid growth of derivatives such as credit default swaps (CDS) and collateralized debt obligations (CDO), which grew 452 percent from 2001 to 2007. Significant market-wide volatility created a norm for outsized returns that hid the infeasibility of Madoff’s promised returns. These returns were considered moderate by investors, who failed to detect the implausibility of the long-term consistency of Madoff’s returns–this allowed the scheme to continue undetected. Madoff’s operations were facilitated by the fact that before the Dodd-Frank Act of 2010, hedge-fund SEC registration was voluntary; and by the re-prioritization of government security resources after 9/11, that led to a reduction of more than 25 percent in white-collar crime investigation cases opened between 2000 and 2003. The infeasibility of Madoff’s returns was overlooked by the SEC despite whistleblower reports instigating an SEC investigation–this reflects the SEC’s and other regulatory bodies’ lack of hedge-fund trading knowledge. It could also have been influenced by Madoff’s close relationship with the regulatory agencies, given his previous roles as Chairman of Nasdaq and an SEC market structure adviser.

At the time of the railway bubble-bust, Bank of England interest rates were at a near-century low, and similarly the FED’s lowering of interest rates in the 2000s reduced the cost of mortgages, which boosted demand and thus helped inflate housing prices. In both cases the markets were flush with cheap money and when everyone is making money (or thinking so), uncomfortable questions are not asked.

The perpetrators’ style and their downfall

Both Hudson and Madoff provided scarce information of their operations to fellow directors and shareholders. The former notoriously raised £2.5 million in funds without providing investment plans. Madoff employed and overcompensated under-skilled workers to deter operational questions and avoided hosting “capital introduction” meetings and roadshows to avoid answering questions from well-informed investment professionals–he instead found new investors through philanthropic relationships and network ties. There is evidence that shareholders were partially aware of Hudson’s corrupt business conduct but they did not initially object.

When their respective bubbles burst, in both cases their obscure business methods were unveiled and it was made evident that, in typical Ponzi-style, they were using fresh capital, and not investment profits, to pay dividends to investors. It was also revealed that they were using investor funds to finance their luxurious lifestyles. Hudson embezzled an estimated £750,000 (approximately £74 million in today’s money) from his railway companies, while Madoff’s fraud reached $65 billion in claimed losses, with actual investor losses of around $18 billion. Both ended in disgrace, Hudson fleeing to France and Madoff dying in jail.

On the trail of the fox

Beware when you see AI companies of ever-increasing market value, headed by charismatic and well-connected leaders–it is worrying that the heads of AI giants have such close relationships with the White House. In those cases, it is imperative to analyse the quality of communications with shareholders and prospective investors, particularly in terms of allocation of capital and disclosure of detailed cash flows. It is not enough to rely on audited financial statements; it must go much deeper into an investment strategy – obviously, this will require auditors to up their game considerably.

When investors are in a frenzy,
Around the corner waits a Ponzi.


Geneva Walman-Randall contributed to this article as a research assistant for her research on the conditions surrounding the Bernie Madoff and George Hudson Ponzi schemes. She completed this research as a visiting student at St. Catherine’s College, Oxford.

The Conversation

Paul David Richard Griffiths ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Are we in an AI bubble? Ponzi schemes and financial bubbles: lessons from history – https://theconversation.com/are-we-in-an-ai-bubble-ponzi-schemes-and-financial-bubbles-lessons-from-history-272188

Non, votre cerveau n’atteint pas soudainement sa maturité à 25 ans : ce que révèlent vraiment les neurosciences

Source: The Conversation – in French – By Taylor Snowden, Post-Doctoral Fellow, Neuroscience, Université de Montréal

Si vous faites défiler TikTok ou Instagram, vous tomberez inévitablement sur la phrase : « Votre lobe frontal n’est pas encore complètement développé. » C’est devenu la justification toute faite des neurosciences pour expliquer nos mauvaises décisions, comme commander un verre de trop au bar ou envoyer un SMS à un ex alors que vous vous étiez promis de ne pas le faire.

Le lobe frontal joue un rôle central dans les fonctions supérieures telles que la planification, la prise de décision et le jugement.

Il est rassurant de penser qu’une raison biologique explique parfois notre impulsivité ou nos hésitations. La vie entre 20 et 30 ans est imprévisible, et l’idée que votre cerveau n’a tout simplement pas fini de se développer peut rassurer d’une manière inattendue.

Mais l’idée que le cerveau, en particulier le lobe frontal, cesse de se développer à 25 ans est une idée fausse très répandue en psychologie et en neurosciences. Comme beaucoup de mythes, l’idée des « 25 ans » trouve son origine dans des découvertes scientifiques réelles, mais elle simplifie à l’extrême un processus beaucoup plus long et complexe.

De nouvelles recherches suggèrent que ce développement se prolonge en fait jusqu’à la trentaine. Cette nouvelle compréhension change notre vision de l’âge adulte et suggère que l’âge de 25 ans n’a jamais été considéré comme la ligne d’arrivée.


25-35 ans : vos enjeux, est une série produite par La Conversation/The Conversation.

Chacun vit sa vingtaine et sa trentaine à sa façon. Certains économisent pour contracter un prêt hypothécaire quand d’autres se démènent pour payer leur loyer. Certains passent tout leur temps sur les applications de rencontres quand d’autres essaient de comprendre comment élever un enfant. Notre série sur les 25-35 ans aborde vos défis et enjeux de tous les jours.

D’où vient le mythe des « 25 ans » ?

Ce chiffre magique provient d’études d’imagerie cérébrale menées à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Dans une étude de 1999, des chercheurs ont suivi les changements cérébraux chez des enfants et des adolescents à l’aide de scanners répétés. Ils ont analysé la matière grise, qui est constituée de corps cellulaires et peut être considérée comme la partie « pensante » du cerveau.

Les chercheurs ont découvert que pendant l’adolescence, la matière grise subit un processus appelé « élagage ». Au début de la vie, le cerveau forme un très grand nombre de connexions neuronales ; avec l’âge, il élimine progressivement celles qui sont moins sollicitées, renforçant ainsi les plus utilisées.

Ces premiers travaux ont mis en lumière le rôle central des variations de volume de la matière grise dans le développement du cerveau.

Dans le cadre d’un travail de suivi influent mené par le neuroscientifique Nitin Gogtay, des participants ont passé un scanner cérébral tous les deux ans, dès l’âge de quatre ans. Les chercheurs ont montré que, dans le lobe frontal, les régions mûrissent de l’arrière vers l’avant.

Les régions les plus primitives, notamment celles responsables des mouvements musculaires volontaires, se développent en premier, tandis que les régions plus avancées — impliquées dans la prise de décision, la régulation émotionnelle et le comportement social — n’étaient pas encore complètement matures lors des derniers examens, réalisés autour de l’âge de 20 ans.

Comme les données s’arrêtaient à cet âge, les chercheurs ne pouvaient pas déterminer avec précision quand le développement s’achevait. L’âge de 25 ans s’est alors imposé comme une estimation approximative de cette fin supposée, avant de s’ancrer durablement dans la conscience culturelle.




À lire aussi :
Comment survivre au début de l’âge adulte ? Voici des stratégies d’adaptation


Ce que révèlent les recherches plus récentes

Depuis ces premières études, les neurosciences ont considérablement progressé. Plutôt que d’examiner isolément chaque région, les chercheurs étudient désormais l’efficacité avec laquelle les différentes parties du cerveau communiquent entre elles.

Une étude récente majeure a évalué l’efficacité des réseaux cérébraux, essentiellement la manière dont les différentes zones du cerveau sont interconnectées, à travers la topologie de la matière blanche. La substance blanche est constituée de longues fibres nerveuses qui relient différentes parties du cerveau et de la moelle épinière, permettant aux signaux électriques de circuler dans les deux sens.

Les chercheurs ont analysé les scanners de plus de 4200 personnes, de la petite enfance à 90 ans, et ont identifié plusieurs périodes clés du développement, dont une entre 9 et 32 ans, qu’ils ont baptisé « période adolescente ».

Pour toute personne ayant atteint l’âge adulte, il peut sembler déconcertant d’apprendre que son cerveau est encore « adolescent », mais ce terme signifie simplement que votre cerveau est en train de subir des changements importants.

D’après cette étude, pendant l’adolescence cérébrale, le cerveau équilibre deux processus clés : la ségrégation, qui regroupe les pensées apparentées en « quartiers », et l’intégration, qui construit des « autoroutes » pour relier ces quartiers entre eux. Selon les chercheurs, cette architecture complexe ne se stabilise pas en un modèle « adulte » avant le début de la trentaine.

L’étude a également révélé que la mesure de l’efficacité des réseaux, appelée « small worldness », était le meilleur indicateur pour déterminer l’âge cérébral dans ce groupe. On peut le comparer à un système de transport en commun : certains itinéraires nécessitent des arrêts et des correspondances. Augmenter le « small worldness » revient à ajouter des voies rapides, permettant aux pensées plus complexes de circuler plus efficacement à travers le cerveau.

Cependant, cette construction ne dure pas éternellement. Après l’âge de 32 ans environ, il y a un véritable tournant où ces tendances de développement changent de direction. Le cerveau cesse de donner la priorité à ces « voies rapides » et revient à la ségrégation pour verrouiller les voies que notre cerveau utilise le plus.

En d’autres termes, l’adolescence et la vingtaine sont consacrées à la connexion du cerveau, tandis que la trentaine est consacrée à la stabilisation et au maintien des voies les plus utilisées.




À lire aussi :
Une partie du cerveau humain grossit avec l’âge – voici ce que cela signifie pour vous


Tirer le meilleur parti d’un cerveau en construction

Si notre cerveau est encore en construction tout au long de la vingtaine, comment pouvons-nous nous assurer que nous construisons la meilleure structure possible ? Une réponse réside dans le renforcement de la neuroplasticité, c’est-à-dire la capacité du cerveau à se reconnecter.


Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de La Conversation. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre infolettre pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.


Si le cerveau reste modifiable tout au long de la vie, la période de 9 à 32 ans constitue une occasion unique pour sa croissance structurelle. Des recherches suggèrent qu’il existe de nombreuses façons de favoriser la neuroplasticité.

Les exercices d’aérobie de haute intensité, l’apprentissage de nouvelles langues et la pratique de loisirs exigeants sur le plan cognitif, comme les échecs, peuvent renforcer les capacités neuroplastiques de votre cerveau, tandis que des facteurs tels que le stress chronique peuvent les entraver. Si vous voulez avoir un cerveau très performant à 30 ans, il est utile de le stimuler à 20 ans, mais il n’est jamais trop tard pour commencer.

Il n’existe pas de bouton magique qui s’active à 25 ans, ni même à 32 ans. Comme votre cerveau, vous participez à un projet de construction qui s’étend sur plusieurs décennies. Ne restez pas à attendre le moment où vous deviendrez adulte : faites des choix actifs pour soutenir ce projet. Faites des erreurs, mais rappelez‑vous que le béton n’est pas encore tout à fait pris.

La Conversation Canada

Taylor Snowden ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Non, votre cerveau n’atteint pas soudainement sa maturité à 25 ans : ce que révèlent vraiment les neurosciences – https://theconversation.com/non-votre-cerveau-natteint-pas-soudainement-sa-maturite-a-25-ans-ce-que-revelent-vraiment-les-neurosciences-272591

Blue Monday is a myth but winter blues are real — how to cope in the cold months

Source: The Conversation – Canada – By Joanna Pozzulo, Chancellor’s Professor, Psychology, Carleton University

In 2005, psychologist Cliff Arnall coined the term “Blue Monday” as part of a marketing campaign for a British travel agency to encourage people to book a holiday during the winter. Using a pseudo-scientific formula, the third Monday in January was determined to be the “bluest” day of the year, marked by sadness, low energy and withdrawal from social interaction.

Although Blue Monday has been debunked, the feelings associated with a colder, darker season are real.

Seasonal affective disorder (SAD) is a recognized form of depression connected to seasonal variation, with symptoms such as fatigue, irritability, appetite changes, loss of interest in pleasurable activities and feelings of hopelessness. According to the Canadian Psychological Association, approximately 15 per cent of Canadians report at least some symptoms of SAD.

It’s believed that the disorder may be connected to decreased exposure to sunlight, which in turn disrupts people’s circadian rhythms — the internal clock that co-ordinates our biological processes such as sleep and hormone production.

We can’t dictate when the sun shines, but there are several evidence-based strategies to support “wintering well.” For example, creating a cozy reading nook equipped with a warm blanket, hot chocolate and a good book provides a dedicated space for self-care that promotes relaxation. It also helps with mindfulness, which involves focusing your attention on the present and accepting your thoughts and feelings without judgment.

Why mindset and expectations matter

According to Kari Leibowitz, psychologist and author of How to Winter: Harness Your Mindset to Thrive on Cold, Dark Days, the key to better wintering is reframing — changing one’s perspective to find a more positive, constructive or empowering interpretation of the situation.

Cultures that thrive in winter anticipate it, considering it meaningful. Reframing the season as something to look forward to can raise morale.

Try replacing negative language about winter as something to be dreaded or endured with more appreciative language. For example, winter can provide an opportunity to rest and recharge. By adopting a positive mindset, overall well-being may improve.

The benefits of winter outdoor activity

Spending time outdoors can lift the spirit and boost energy. And although winter has fewer hours of daylight, it is important to take advantage of them. Spend some time outside in the late morning and early afternoon, when natural light tends to peak.

Winter weather, however, can make outdoor activity unappealing. Cold and icy conditions can even be hazardous to health. Cold weather can increase the risk of cardiovascular events by constricting blood vessels and raising blood pressure.

To spend time outdoors safely, invest in appropriate clothing suited to the temperature. On colder days, engage in light activity such as walking and keep outdoor stints short (about 15 minutes).

What hygge can teach about slowing down

Hygge is a Danish and Norwegian word dating back to the 1800s used to denote the concept of enjoying a slower-paced life while connecting with people you care about.

Hygge is often associated with creating a pleasant environment, such as lighting candles or staying warm by a fire, to foster positiveness.

When indoors, sit near windows to work or read. Consider increasing indoor lighting brightness. Use light bulbs rated as “daylight,” and think about adding lamps to supplement overhead lighting. This can increase serotonin to improve mood and help regulate circadian rhythms that in turn can support improved sleep quality, energy and focus.

Hygge-type activities, like knitting, colouring and playing board games, can support overall well-being. Enjoying simple meals with others or spending quiet time alone in nature are also ways to embrace the season.




Read more:
4 research-backed ways to beat the winter blues in the colder months


Listening to seasonal changes and self-care

Winter is a natural time to slow down, rest and restore, as evidenced by bears hibernating and bumblebees going underground to survive. Use this time to prepare for a more active upcoming season.

To take advantage of the slower pace of the season, reduce over-scheduling when possible. Adjust sleep routines to suit individual needs. Enjoy quieter evenings and earlier bedtimes. Accept that lower energy levels are normal in winter and that the season offers an opportunity to do less without guilt.

Spending more time indoors during the winter provides an opportunity to reconnect with hobbies and activities that have brought you joy in the past. For example, doing puzzles can provide a break from screens, which can decrease stress. Reading a good book can also provide a mental escape, allowing people to disconnect from worries. Creative activities such as baking can encourage a sense of purpose.

Choosing activities that are enjoyable and meaningful offers the greatest benefits for overall well-being. For more evidence-based strategies and book recommendations, join my Reading for Well-Being Community Book Club.

The Conversation

Joanna Pozzulo receives funding from Social Sciences and Humanities Research Council.

ref. Blue Monday is a myth but winter blues are real — how to cope in the cold months – https://theconversation.com/blue-monday-is-a-myth-but-winter-blues-are-real-how-to-cope-in-the-cold-months-272882

Blue Monday is a myth but winter blues are real — how to cope in the cold months and ‘winter well’

Source: The Conversation – Canada – By Joanna Pozzulo, Chancellor’s Professor, Psychology, Carleton University

In 2005, psychologist Cliff Arnall coined the term “Blue Monday” as part of a marketing campaign for a British travel agency to encourage people to book a holiday during the winter. Using a pseudo-scientific formula, the third Monday in January was determined to be the “bluest” day of the year, marked by sadness, low energy and withdrawal from social interaction.

Although Blue Monday has been debunked, the feelings associated with a colder, darker season are real.

Seasonal affective disorder (SAD) is a recognized form of depression connected to seasonal variation, with symptoms such as fatigue, irritability, appetite changes, loss of interest in pleasurable activities and feelings of hopelessness. According to the Canadian Psychological Association, approximately 15 per cent of Canadians report at least some symptoms of SAD.

It’s believed that the disorder may be connected to decreased exposure to sunlight, which in turn disrupts people’s circadian rhythms — the internal clock that co-ordinates our biological processes such as sleep and hormone production.

We can’t dictate when the sun shines, but there are several evidence-based strategies to support “wintering well.” For example, creating a cozy reading nook equipped with a warm blanket, hot chocolate and a good book provides a dedicated space for self-care that promotes relaxation. It also helps with mindfulness, which involves focusing your attention on the present and accepting your thoughts and feelings without judgment.

Why mindset and expectations matter

According to Kari Leibowitz, psychologist and author of How to Winter: Harness Your Mindset to Thrive on Cold, Dark Days, the key to better wintering is reframing — changing one’s perspective to find a more positive, constructive or empowering interpretation of the situation.

Cultures that thrive in winter anticipate it, considering it meaningful. Reframing the season as something to look forward to can raise morale.

Try replacing negative language about winter as something to be dreaded or endured with more appreciative language. For example, winter can provide an opportunity to rest and recharge. By adopting a positive mindset, overall well-being may improve.

The benefits of winter outdoor activity

Spending time outdoors can lift the spirit and boost energy. And although winter has fewer hours of daylight, it is important to take advantage of them. Spend some time outside in the late morning and early afternoon, when natural light tends to peak.

Winter weather, however, can make outdoor activity unappealing. Cold and icy conditions can even be hazardous to health. Cold weather can increase the risk of cardiovascular events by constricting blood vessels and raising blood pressure.

To spend time outdoors safely, invest in appropriate clothing suited to the temperature. On colder days, engage in light activity such as walking and keep outdoor stints short (about 15 minutes).

What hygge can teach about slowing down

Hygge is a Danish and Norwegian word dating back to the 1800s used to denote the concept of enjoying a slower-paced life while connecting with people you care about.

Hygge is often associated with creating a pleasant environment, such as lighting candles or staying warm by a fire, to foster positiveness.

When indoors, sit near windows to work or read. Consider increasing indoor lighting brightness. Use light bulbs rated as “daylight,” and think about adding lamps to supplement overhead lighting. This can increase serotonin to improve mood and help regulate circadian rhythms that in turn can support improved sleep quality, energy and focus.

Hygge-type activities, like knitting, colouring and playing board games, can support overall well-being. Enjoying simple meals with others or spending quiet time alone in nature are also ways to embrace the season.




Read more:
4 research-backed ways to beat the winter blues in the colder months


Listening to seasonal changes and self-care

Winter is a natural time to slow down, rest and restore, as evidenced by bears hibernating and bumblebees going underground to survive. Use this time to prepare for a more active upcoming season.

To take advantage of the slower pace of the season, reduce over-scheduling when possible. Adjust sleep routines to suit individual needs. Enjoy quieter evenings and earlier bedtimes. Accept that lower energy levels are normal in winter and that the season offers an opportunity to do less without guilt.

Spending more time indoors during the winter provides an opportunity to reconnect with hobbies and activities that have brought you joy in the past. For example, doing puzzles can provide a break from screens, which can decrease stress. Reading a good book can also provide a mental escape, allowing people to disconnect from worries. Creative activities such as baking can encourage a sense of purpose.

Choosing activities that are enjoyable and meaningful offers the greatest benefits for overall well-being. For more evidence-based strategies and book recommendations, join my Reading for Well-Being Community Book Club.

The Conversation

Joanna Pozzulo receives funding from Social Sciences and Humanities Research Council.

ref. Blue Monday is a myth but winter blues are real — how to cope in the cold months and ‘winter well’ – https://theconversation.com/blue-monday-is-a-myth-but-winter-blues-are-real-how-to-cope-in-the-cold-months-and-winter-well-272882

South Africa’s addressing system is still not in place: a clear vision is needed

Source: The Conversation – Africa (2) – By Sharthi Laldaparsad, PhD Student, University of Pretoria

Informal settlement in South Africa. By Matt-80 – Own work, CC BY 2.0, Wikimedia Commons, CC BY

“Turn right after the first big tree; my house is the one with the yellow door.” In parts of South Africa, where settlements have grown without formal urban planning due to rapid urbanisation, that could well be a person’s “address”.

Having an address has many purposes. Not only does it allow you to find a place or person you want to visit, it’s compulsory in South Africa to provide an address when opening a bank account and registering as a voter in elections. Address locations are used to plan the delivery of services such as electricity or refuse removal and health services at clinics or education at schools. Police and health workers need addresses in emergencies.

Nowadays, address data is integrated and maintained in databases at municipalities, banks and utility providers, and used to analyse targeted interventions and developmental outcomes. Examples would be tracking the spread of communicable diseases, voter registration or service delivery trends.

South Africa has had national address standards since 2009 to make it easier to assign addresses that work in multiple systems, and to share the data. But the standards are not enforced, so the struggle with addressing persists. There is still no authoritative register of addresses in South Africa, and it’s not clear who is responsible for the governance of address data.

We work in geography and geoinformatics, an interdisciplinary field to do with collecting, managing and analysing geographical information. We recently turned to a neglected source to explore the issue of addresses: the people in government and business who actually use the information. We wanted to explore what they said about whose job it is to give everyone an address, how the data is maintained and what’s standing in the way of doing this.

Our research took a qualitative approach. We interviewed stakeholders to get their unique insights and daily experiences about what addresses are used for, how they are used, challenges that are experienced and how these are overcome. We spoke to 21 respondents across different levels of government with in-depth experience of projects, in both urban and rural settlements, as well as private companies that collect,
integrate and provide address data and related services.

Our main finding was that there’s no clear vision of future address systems, or leadership on the issue. Without agreement on whether there is a problem, or whose problem it is, a resolution isn’t possible.

Categories of addresses

First we collected all the different purposes of addresses and systematically categorised them. The main categories were:

  • finding an object (for example, for postal deliveries)

  • service delivery (such as electricity)

  • identity (for example, for citizenship)

  • common reference (for example, use in a voter register or in a pandemic).

The broad spectrum of address purposes suggests that addresses are essential to society, governance and the economy in a modern world.

So what’s standing in the way of better address coverage?

Need for governance: The interviews confirmed that stakeholders need clear rules, regulations, processes and structures to guide decisions, allocate resources and ensure accountability about addresses and address data. Most of the respondents considered addresses to be necessary for socio-economic development.




Read more:
‘Walk straight’: how small-town residents navigate without street signs and names


Leadership: These responses suggest that the societal problem of addressing is not (yet) clearly identified and defined. That makes it difficult to determine who should legitimately resolve the problem, for whom and how.

Interviewees raised concerns about leadership and vision at different levels of government affecting the country’s ability to solve the address issue. They agreed that the task had not been assigned to municipalities, which have many other pressing priorities and limited resources. The South African Post Office could play a role. But it has been placed in business rescue.

Adapting to gaps: In this constrained environment, stakeholders resort to short-term “fixes” that don’t have systemic impact. For example, some municipalities assign numbers to dwellings based on aerial photography, or barcodes on dwellings, or only locate the main assembly points in their jurisdiction, to fulfil their own responsibilities. So nothing changes: addresses and address data are incomplete and of poor quality.

Respondents also made suggestions.

Some questioned whether addresses were needed at all. They said there were other ways of finding a house or a business, such as navigating to a coordinate shared via Google Maps, or using verbal directions.

Some suggested that the uncertainty about responsibilities could be an opportunity for the private sector. It is already collecting address information from various sources like municipalities, then standardising, integrating and making available address data and related services, at a cost.

However, as is the case with many other services in the country, rural areas may be left behind where there is no economic incentive. Access to private data becomes unaffordable for government and society at large.

Ending the aimlessness

The deficiencies and adaptations in South Africa suggest that addressing is in a state of aimlessness.

How to fix the problem will require a number of interventions.

Firstly, there need to be decisions, actions and institutional commitments towards long-term strategies that will stop the drift. For example, cities and municipalities should strive for full coverage of addresses. They should also improve the quality and standardisation of the data, so that they are more useful.

Secondly, there’s a need for innovation and investment to transform and strengthen the governance of the country’s addressing infrastructure. For example, the European Commission recommends e-government based on a set of interlinked registers for property, addresses, people, business and vehicles.

Thirdly, data collection platforms and databases should be designed with the understanding that different types of addresses are in use – it could be a street name and number, or an informal description. Different types of addresses should have equal validity or credibility.




Read more:
South Africa needs a national database of addresses: how it could be done


At a more technical level, address metadata (information about the data) should make it possible for different systems to use it.

Addresses connect us to society – locally to our community and globally to the rest of the world. Addresses are essential for socio-economic growth and good governance in cities and municipalities.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. South Africa’s addressing system is still not in place: a clear vision is needed – https://theconversation.com/south-africas-addressing-system-is-still-not-in-place-a-clear-vision-is-needed-268135

Racial profiling by ICE agents mirrors the targeting of Japanese Americans during World War II

Source: The Conversation – USA – By Anna Storti, Assistant Professor of Gender, Sexuality, and Feminist Studies and Asian American Studies, Duke University

A Japanese American family is taken to a relocation center in San Francisco in May 1942. Circa Images/GHI/Universal History Archive/Universal Images Group via Getty Images

The Department of Homeland Security in September 2025 said that 2 million undocumented immigrants had been forced out of the United States since the start of Donald Trump’s second presidency.

Through its use of the Alien Enemies Act, a wartime law from 1798, the Trump administration has bypassed immigration courts and the right to due process to more easily detain and deport immigrants.

The Trump administration has, in part, reached these numbers by arresting immigrants in courthouses and at their workplaces. It has also conducted raids in schools, hospitals and places of worship.

And the Supreme Court in September, in its Noem v. Vasquez Perdomo decision, lifted a federal court order that barred agents with Immigration and Customs Enforcement from racially profiling suspected undocumented immigrants. For now, ICE agents can use race, ethnicity, language and occupation as grounds for stopping and questioning people.

This form of targeting has disproportionately affected Latino communities, which represent 9 in 10 ICE arrests, according to a UCLA study published in October.

Targeting immigrants is a centuries-old American practice. In particular, Asian Americans have drawn parallels between the attacks on Latinos today and the forced relocation and incarceration of Japanese Americans during World War II.

Notably, the passage of the War Brides Act, passed just three months after the end of WWII, in December 1945, broke with the nation’s centuries-long practice of exclusionary immigration policy. The act allowed American servicemen to bring their non-American spouses and children to the United States. The measure seemed to inaugurate a new era of inclusive immigration policy.

As a feminist studies scholar and author, I know the War Brides Act forever altered the nation’s racial demographics, increasing both Asian migration to the U.S. and the birth of biracial children.

On the 80th anniversary of the War Brides Act, I’ve also noticed an alarming contradiction: Although America may be more multiracial than ever before, the U.S. immigration system remains as exclusive as it has ever been.

Exclusionary immigration policy

The racial profiling of Latino people by ICE agents today is not unlike what took place during World War II in the U.S.

Following Japan’s attack on Pearl Harbor in 1941, President Franklin D. Roosevelt issued an executive order authorizing the forced removal of anyone deemed to be a national security threat. Anyone, that is, who was Japanese. From 1942 to 1945, the U.S. government incarcerated approximately 120,000 Japanese Americans in internment camps.

To determine who was a national security threat, the government used overt racial profiling. Similar to today, when the U.S. government often misidentifies Latino Americans as noncitizens, a majority of the Japanese people incarcerated in WWII were U.S. citizens.

Amid the Trump administration’s treatment of immigrants, it’s worth recalling the exclusionary origins of U.S. immigration policy.

The first restrictive immigration law in the U.S., the Page Act of 1875, barred Chinese women from entering the country. The assumption the law was based on was that all Chinese women were immoral and worked in the sex trade.

A soldier holds a rifle on a city street.
Immigration and Customs Enforcement agents conduct operations in a predominantly Mexican American community in Chicago on Nov. 8, 2025.
Jacek Boczarski/Anadolu via Getty Images

The Page Act laid the groundwork for the Chinese Exclusion Act of 1882, which banned all Chinese immigration into the U.S. for 10 years. This was the first federal law to ban an entire ethnic group, launching an era of legalized and targeted exclusion.

With the passage of the Immigration Act of 1924, the U.S. created its first border control service, which enforced new immigration restrictions. It also implemented a quota system, which banned or limited the number of immigrants from specific regions, including Asia and Southern and Eastern Europe.

The act stemmed from nativism – the policy that protects the interests of native-born residents against those of immigrants – and a desire to preserve American homogeneity.

The 1945 War Brides Act largely diverged from these previous measures, helping to dismantle the Asian exclusion made commonplace in the 19th and early 20th centuries. From 1945 until 1948, when the War Brides Act expired, more than 300,000 people entered the country as nonquota immigrants, people from countries not subject to federal immigration restrictions.

Exclusionary tendencies

Decades later, in 1965, the U.S. formally abolished the quota system. America opened its doors to those who President Lyndon B. Johnson deemed most able to contribute to the nation’s growth, particularly skilled professionals.

The Immigration and Nationality Act of 1965 eliminated racial exclusion. As a result, the U.S. population diversified. Immigrants deepened the multiracialism initiated by the War Brides Act.

This trend increased later in the 1960s when the Supreme Court, in Loving v. Virginia, overturned anti-miscegenation laws, which criminalized marriage between people of different races. The justices ruled that laws banning interracial marriage violated the 14th Amendment.

Multiracialism further increased after the Vietnam War. Subsequent legislation such as the 1987 Amerasian Homecoming Act facilitated the entry of biracial children born in Vietnam and fathered by a U.S. citizen.

Japanese-Americans arrive at a train station.
People of Japanese ancestry arrive at the Santa Anita Assembly Center in California before being moved inland to relocation centers, April 5, 1942.
© CORBIS/Corbis via Getty Images

By the 1960s, however, exclusion was taking on a different shape.

After 1965, immigration policy initiated a preference system that prioritized skilled workers and relatives of U.S. citizens. Quotas related to race and national origin were abolished. Nonetheless, preferences for families and professionals excluded people from Latin America.

For the first time, immigration from the Western Hemisphere was limited. This directly affected migrant workers in the farming and agricultural industries, many of whom were Latino.

Recalling the War Brides Act allows Americans to better comprehend the fiction that undergirds the U.S. immigration system: that immigration policy’s preference for certain immigrants is enough to justify the discriminatory policies which deem some families more valuable than others.

The Conversation

Anna Storti has received funding from the Institute for Citizens and Scholars, the Andrew W. Mellon Foundation, and the McNair Scholars Program.

ref. Racial profiling by ICE agents mirrors the targeting of Japanese Americans during World War II – https://theconversation.com/racial-profiling-by-ice-agents-mirrors-the-targeting-of-japanese-americans-during-world-war-ii-271612