De l’art du deal à l’art de la diplomatie : comment gérer Donald Trump ?

Source: The Conversation – in French – By Maxime Lefebvre, Permanent Affiliate Professor, ESCP Business School

Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump multiplie les actions d’éclat et les déclarations explosives sur la scène internationale. Les partenaires traditionnels de Washington ont globalement su, au cours de cette année extrêmement tendue, trouver un modus operandi dans leur relation avec le très combatif – mais aussi, en maintes occasions, pragmatique – président des États-Unis.


Les adjectifs ne manquent pas pour caractériser Donald Trump dans son action internationale : narcissique et transgressif, imprévisible et erratique, fanfaron, maladroit, voire grossier, malhonnête, brutal… Sa communication à base de tweets et de « petites phrases », à usage autant interne qu’externe, place les dirigeants et les diplomaties du monde devant un défi redoutable, par exemple lorsqu’il publie sans vergogne des échanges censés rester privés et confidentiels (récemment un SMS d’Emmanuel Macron). Ce comportement déroutant multiplierait les incidents diplomatiques s’il n’émanait du leader de la première puissance mondiale, obligeant les partenaires des États-Unis à s’adapter et à faire bonne figure.

La diplomatie, dans les rapports des leaders étrangers avec Trump, reste nécessaire, de la même façon que le droit international conserve une valeur intrinsèque dans les rapports entre les nations. Malgré ses multiples violations, y compris par l’actuel président des États-Unis, la diplomatie reste l’art indispensable de communiquer, et parfois de compromettre, entre des acteurs qui ne partagent pas la même vision du monde, surtout lorsqu’ils se trouvent en désaccord sur tel ou tel dossier.

« L’art du deal » : une forme disruptive de politique étrangère

Le livre The Art Of the Deal (co-écrit par Donald Trump et le journaliste Tony Schwartz) remonte à 1987, bien avant que l’homme d’affaires ne se lance en politique. Le magnat de l’immobilier y décrit sa méthode disruptive de négociation, consistant à voir grand, à demander beaucoup, et à utiliser les médias à son avantage. C’est à la même époque qu’il commence à réclamer publiquement que les États-Unis instaurent des tariffs (c’est-à-dire des droits de douane), dans un contexte marqué par les succès économiques du Japon et le creusement du déficit commercial américain.

« Donald Trump est-il un bon négociateur ? », Le Monde*, 23 février 2025.
France 24, 28 octobre 2025.

Donald Trump n’avait pas pu pleinement mettre en œuvre sa politique durant son premier mandat, car il était mal préparé et avait été freiné par son administration, par exemple, dans ses velléités de rapprochement avec la Corée du Nord. Son second mandat a démarré avec une politique plus réfléchie et plus résolue : par des mesures commerciales agressives (la salve de tariffs annoncée lors du « Liberation Day » du 2 avril) ; par les menaces sur la souveraineté du Canada et du Groenland ; par l’exigence que les États latino-américains se plient à ses ordres en matière de contrôle de l’immigration, de lutte contre le narcotrafic ou de rapports avec la Chine ; par le retrait des États-Unis de certaines organisations multilatérales (déjà entamé en 2017-2020) ; et par la négociation à la hussarde de plusieurs accords de paix (notamment à Gaza).




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Cette attitude, si elle détonne par rapport aux administrations précédentes, n’est pas totalement exempte d’une certaine tradition américaine dans le rapport au monde. Les pressions sur les alliés, les sanctions unilatérales, l’extraterritorialité du droit américain, l’emploi unilatéral de la force, le rejet de certaines normes multilatérales (les États-Unis n’ont jamais ratifié la Convention de Montego Bay sur le droit de la mer ni le statut de Rome créant la Cour pénale internationale, et ils se sont retirés de l’Unesco entre 1984 et 2003) ne sont pas des pratiques nouvelles. Mais Donald Trump y ajoute une brutalité, un égoïsme et un systématisme qui lui sont propres, au nom de l’idéologie « America First ».

Des limites pratiques

Le président américain a dit qu’il ne se fixait comme limites que celles de sa « propre morale ». Il y a cependant deux limites pratiques qui transparaissent de son action, et qui peuvent un peu rassurer ses partenaires.

En premier lieu, il n’aime pas les aventures militaires. D’une part, du fait de son tempérament (il n’a pas fait son service militaire et croit plus au business qu’à la guerre). D’autre part, à cause du rejet des engagements militaires par sa base électorale. Il entend garantir « la paix par la force », mais l’objectif est bien la paix. Il a démontré sa nette préférence pour des frappes et des opérations ciblées (en Syrie en 2017 et 2018, en Iran et au Nigeria en 2025, au Venezuela en 2026) au lieu d’engagements prolongés au sol.

Il confirme ainsi que la page de la « guerre contre le terrorisme », qui aurait coûté 8 000 milliards de dollars (soit 6 750 milliards d’euros) aux États-Unis entre 2001 et 2021, est tournée, sans renoncer à la poursuite de frappes militaires qui sont devenues, depuis les deux mandats de Barack Obama, le moyen d’action privilégié contre les groupes terroristes. L’opération au Venezuela est une bonne illustration d’une politique économe dans ses objectifs (en l’occurrence, l’enlèvement de Maduro et la lutte contre le narcotrafic et l’emprise chinoise, plutôt que le changement de régime) comme dans ses moyens.

En second lieu, Donald Trump a montré plus d’une fois son grand pragmatisme, n’hésitant pas à reculer quand il s’est engagé trop loin. C’est le corollaire de sa méthode disruptive. Les réactions de l’opinion américaine, celles de la Bourse, mais aussi les limites posées par ses partenaires, finissent par influencer une administration où le président, entouré de fidèles, ne néglige pas les avis de prudence. Les tariffs promulgués lors du « Liberation Day » ont aussitôt été suivis d’une mise en pause, sous l’effet notamment de la réaction des marchés, au point que le Wall Street Journal a évoqué un « moment Mitterrand », traçant un parallèle entre la marche arrière enclenchée par Trump à cette occasion et le fameux tournant de la rigueur enclenché par le président socialiste français en 1983.

Dans le dossier Russie/Ukraine, le président américain a entendu les Européens et fait évoluer sa position dans un sens moins favorable à Moscou, jusqu’à accepter une forme d’engagement américain dans les futures garanties de sécurité à l’Ukraine. Sur le Groenland, il a reculé à Davos en renonçant à l’option militaire. Sur l’Iran, il a pris ses distances avec certaines velléités de renverser le régime pour se concentrer sur l’objectif de la négociation nucléaire.

France 24, 23 janvier 2026.

Ces volte-faces lui ont été reprochées (la formule TACO, « Trump Always Chickens Out », soit « Trump se dégonfle toujours » a un grand succès sur les réseaux sociaux) et il n’est pas sûr qu’ils soient payants auprès de l’électorat américain au moment des midterms. Mais ils montrent qu’il y a une place pour la diplomatie dans l’art de gérer Trump.

L’art de gérer Trump

Les dirigeants mondiaux sont désarçonnés et leurs nerfs soumis à rude épreuve. Beaucoup ont fait les frais de ses moqueries et de ses foucades, en particulier les dirigeants occidentaux ou ceux considérés comme hostiles, mais pas directement les dirigeants « forts » comme Xi Jinping et Vladimir Poutine. Certains n’ont pas craint de se ridiculiser, comme le secrétaire général de l’Otan Mark Rutte qui l’aurait appelé « Daddy ».

Néanmoins, les partenaires de l’administration américaine ont réussi avec le temps à établir une relation de travail avec elle et à obtenir des résultats. Emmanuel Macron a été le premier à organiser une rencontre entre Trump et le président ukrainien Zelensky, lors de la cérémonie de réouverture de Notre Dame en décembre 2024. La Commission européenne a conclu un « deal » commercial avec les États-Unis en juillet 2025, critiqué notamment en France, mais souhaité par de nombreux États qui voulaient préserver avant tout les liens économiques et commerciaux avec Washington. Le cap du sommet de l’Otan à La Haye en juin 2025 a été passé sans accroc, évitant le désengagement américain.

Alors que les relations avec le Canada se tendaient avec l’accumulation des contentieux (tarifs, revendications territoriales, relation à la Chine), la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum montrait au contraire son habileté dans ses relations avec le président américain. Emmanuel Macron, jusqu’à la confrontation récente sur le Groenland, a su aussi amadouer l’hôte de la Maison-Blanche, ce que ce dernier a reconnu à Davos (« J’aime beaucoup Emmanuel Macron ») tout en lui envoyant plusieurs piques.

Il en ressort une certaine méthode dans l’art de traiter le chef d’État américain. D’abord, la nécessité de garder la tête froide. Cela ne doit pas devenir une froideur, au moins de la part des partenaires et alliés. Il s’agit de garder son calme, de ne pas entrer dans la surenchère verbale, d’opposer aux foucades l’autorité du sérieux. Ensuite le dialogue et la coopération : parler, prendre les demandes américaines au sérieux, essayer de les comprendre, tenter d’y répondre, accepter et même rechercher le dialogue, rechercher et accepter des compromis. Enfin, la fermeté : marquer et énoncer les limites, rappeler les positions de principe, agir ou réagir avec mesure, renforcer sa position en cherchant des alliés.

La manière dont les Européens ont géré Donald Trump jusqu’ici est assez exemplaire : l’acceptation d’un compromis tarifaire évitant une guerre commerciale (l’accord de Turnberry) ; les lignes rouges marquées sur la régulation numérique ; la diplomatie appuyée sur des outils de puissance sur l’Ukraine (le renforcement de l’aide et la mise en place d’une « coalition des volontaires » pour apporter des garanties de sécurité à Kiev) ; la fermeté dans l’affaire du Groenland (la déclaration du 6 janvier et l’envoi d’une mission militaire) ; le report de la ratification de l’accord commercial. Mais les Européens ont toujours évité d’entrer dans une vaine confrontation, cherchant surtout à ménager l’avenir et à préserver le lien transatlantique, malgré les nombreux appels (surtout en France) à une attitude intransigeante.

Le rapport avec la Russie et la Chine apparaît plus formel, plus froid et plus égalitaire, car Trump les ménage davantage. Xi Jinping a pu apparaître comme dominant son partenaire par sa maîtrise de lui-même, lors de leur rencontre en Corée, même si certains ont voulu voir une tentative de Donald Trump de prendre l’ascendant. Sans doute la culture chinoise, qui accorde une grande importance aux apparences et au fait de ne pas perdre la face, est-elle difficilement compatible avec les excentricités du président yankee. Une situation similaire s’est produite lors de la rencontre avec Vladimir Poutine à Anchorage.

Derrière les tractations et les péripéties diplomatiques, ce qui se joue est évidemment plus profond, entre rapports de force mondiaux et avenir du camp occidental et de ses valeurs. Mais quelles que soient les évolutions à venir, la diplomatie restera plus que jamais nécessaire à la stabilité du monde. Elle doit s’articuler avec les rapports de puissance, et il est heureux qu’elle produise encore des résultats.

The Conversation

Maxime Lefebvre ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. De l’art du deal à l’art de la diplomatie : comment gérer Donald Trump ? – https://theconversation.com/de-lart-du-deal-a-lart-de-la-diplomatie-comment-gerer-donald-trump-275423

Financer la santé mondiale : ce que la baisse de la contribution française au Fonds mondial dit de sa politique étrangère et de son rapport au multilatéralisme

Source: The Conversation – in French – By Stéphanie Tchiombiano, Maitresse de conférence associée dans le département de science politique, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

La France devrait cette année, pour la première fois, diminuer sa contribution au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Une décision qui souligne le fossé grandissant entre ses déclarations officielles en faveur du multilatéralisme sanitaire et la réalité de ses engagements financiers.


Malgré une forte mobilisation des ONG et des acteurs de la santé mondiale, le gouvernement français devrait diminuer de 58 % sa contribution au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, provoquant l’effroi général du monde du VIH. Le financement trisannuel français passerait de 1‚6 milliard d’euros à 660 millions d’euros jusqu’en 2028.

Cette décision s’inscrit dans un double contexte de diminution continue de l’aide publique au développement de la France depuis 2023 et de baisse drastique des financements de la santé mondiale depuis le début du deuxième mandat de Donald Trump (quasi-suppression de l’Agence des États-Unis pour le développement international USAID, fin du financement à Gavi, l’Alliance du vaccin, retrait de 66 organisations internationales dont l’Organisation mondiale de la santé, OMS, et des accords de Paris). Jusqu’alors, les États-Unis représentaient le tiers de l’aide publique internationale en matière de santé.




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Certes, quelques pays comme l’Espagne ou le Luxembourg ont augmenté leur contribution au Fonds mondial, mais ces efforts restent très insuffisants pour compenser le retrait partiel des financeurs historiques : États-Unis, France, Royaume-Uni, Allemagne.

Les ressources du Fonds mondial sont en effet très concentrées : près de 33 % provenaient jusqu’alors des États-Unis, une part comparable de l’Union européenne, et environ 40 % si l’on inclut le Royaume-Uni. Dans ce contexte, la décision française constitue un signal politique fort, aux conséquences multiples : pour les populations des pays bénéficiaires avant tout, pour le Fonds mondial lui-même, mais aussi pour la place de la France dans la gouvernance mondiale de la santé.

Un désengagement en rupture avec une histoire politique

La décision est d’autant plus marquante que la France a été, depuis la création du Fonds mondial en 2002, l’un de ses soutiens les plus constants. Elle n’avait jusqu’ici jamais diminué sa contribution. Premier contributeur public européen et deuxième mondial, la France a cumulé près de 9,5 milliards d’euros de promesses de dons en vingt-cinq ans. Depuis 2011, une partie de cet engagement finance également L’Initiative, facilité complémentaire qui fournit des assistances techniques et des financements additionnels destinés à renforcer l’impact des programmes du Fonds mondial sur le terrain.

Au-delà des montants, cet engagement relevait d’un choix politique. La France s’est longtemps positionnée comme un acteur important de la santé mondiale, défendant l’idée d’une nécessaire solidarité mondiale en matière de santé, et déclarant notamment que certains produits de santé devaient être considérés comme des biens communs mondiaux, depuis le discours de Jacques Chirac sur l’accès aux antirétroviraux en 1997 jusqu’aux discours d’Emmanuel Macron à propos des vaccins contre le Covid-19.

La lutte contre le sida constitue l’un des principaux « marqueurs » de son action internationale. La baisse de la contribution française rompt donc avec une continuité historique et affaiblit une symbolique politique forte, notamment vis-à-vis des pays à revenu limité et des partenaires européens.

Le Fonds mondial, une organisation pas comme les autres

Ce désengagement interroge d’autant plus que le Fonds mondial n’est pas une organisation internationale ordinaire. Dans les pays où il a investi, les décès liés au sida ont été réduits d’environ 74 % entre 2002 et 2024 et on sait aujourd’hui à quel point les progrès liés aux maladies infectieuses ont contribué à l’augmentation de l’espérance de vie mondiale, grâce. Ces acquis restent toutefois fragiles : l’histoire des épidémies montre à quel point les reculs sont rapides lorsque les financements se tarissent.

Sur le plan institutionnel, le Fonds mondial incarne une forme originale de gouvernance. Il ne dispose pas de représentations nationales, fonctionne sur une gouvernance hybride associant États, ONG et secteur privé, et redistribue une partie du pouvoir décisionnel au niveau des pays, à travers les Country Coordinating Mechanisms. Si ses marges d’améliorations sont encore grandes, il constitue ainsi un modèle singulier entre souveraineté des États et gouvernance globale, dans un moment historique d’appel à la décolonialisation de la santé mondiale. Son approche communautaire, intégrant les organisations de la société civile et les personnes concernées, met également au cœur de l’action les droits humains – une dimension aujourd’hui directement menacée par la contraction des ressources et l’offensive idéologique états-unienne.

Dans ce contexte, la baisse généralisée des contributions révèle un affaiblissement silencieux de la solidarité internationale en santé et une fragilisation du multilatéralisme au profit de logiques plus transactionnelles (on pense évidemment à la nouvelle « America First Global Health Strategy » et à toutes les conventions bilatérales que les États-Unis sont en train de signer avec des États africains. Le débat dépasse largement la question budgétaire : il met en lumière des arbitrages politiques et une redéfinition du rôle de l’État donateur. Le gouvernement français utilise quasi textuellement les mêmes mots que Donald Trump : la politique de la France doit dorénavant « répondre davantage à ses valeurs et à ses intérêts ». Mais l’intérêt même de la France n’est-il pas justement de financer le Fonds mondial ?

Une erreur sanitaire aux effets globaux

Sur le plan sanitaire, les risques sont bien documentés. Cette diminution s’ajoute aux réductions massives des programmes bilatéraux américains (tels que les programmes présidentiels de lutte contre le sida, PEPFAR ou le paludisme, PMI), et menacent d’inverser des progrès durement acquis. Selon une étude du Lancet, les progrès réalisés contre le VIH, la tuberculose et le paludisme sont conditionnés à un financement conséquent et durable, et risquent de s’effriter rapidement si les investissements sont insuffisants dans les prochaines années.

Les pays à revenu faible ou intermédiaire, en particulier en Afrique qui concentre près des deux tiers de l’épidémie mondiale de VIH, sont les premiers concernés. Le modèle communautaire, pilier de l’efficacité des réponses aux trois maladies, est directement fragilisé. En l’absence de sursaut des autres acteurs, les chercheurs du Barcelona Institute for Global Health estiment que plus de 22,6 millions de décès supplémentaires pourraient survenir d’ici à 2030 dans les pays à faible et moyen revenu du fait de la baisse concomitante des aides américaines, britanniques, allemandes et françaises en matière de santé.

Mais les pays riches ne sont pas à l’abri. La reprise des épidémies ailleurs a des effets globaux : le VIH progresse désormais davantage hors d’Afrique, notamment en Europe de l’Est, en Asie centrale et au Moyen-Orient ; la tuberculose, y compris multirésistante, réapparaît en France.

Par ailleurs, ce désengagement intervient paradoxalement à un moment d’innovations majeures, comme la PrEP injectable de longue durée ou les nouveaux vaccins contre le paludisme, qui pourraient transformer durablement la santé mondiale à un coût relativement maîtrisé.

Un signal politique préoccupant

Au-delà de la santé, la baisse de la contribution française révèle un désalignement croissant entre le discours en faveur des biens publics mondiaux et les pratiques budgétaires. Elle affaiblit l’influence diplomatique et normative de la France, ainsi que son soft power en santé mondiale.

Le financement du Fonds mondial n’est effectivement pas un simple transfert financier : c’est un acte de politique étrangère. Il conditionne la capacité à peser sur les orientations stratégiques, à construire des coalitions et à défendre un multilatéralisme normatif face à des logiques plus bilatérales. Pour une puissance moyenne comme la France, l’investissement dans le multilatéralisme – et plus spécifiquement dans la santé, domaine dans lequel elle dispose d’une expertise reconnue – constitue un levier central d’influence internationale.

C’est ce qu’on appelle en science politique la « diplomatie de niche » : les puissances moyennes ont tout intérêt à concentrer leur attention sur les domaines dans lesquels elles disposent d’un niveau élevé de ressources et de réputation, en mettant l’accent sur leur leadership technique et leur rôle de facilitateur dans les négociations internationales ou la formation de coalitions.

Un révélateur des transformations en cours

La baisse de la contribution française au Fonds mondial apparaît ainsi comme un arbitrage révélateur : contraintes budgétaires, priorisation accrue, passage d’une solidarité politique à une solidarité conditionnelle et instrumentalisée. Elle pose une question fondamentale : que reste-t-il du multilatéralisme lorsque même les instruments sur lesquels un État a le plus investi deviennent des variables d’ajustement ?

Au-delà de la santé mondiale, cette décision engage la crédibilité de la France dans la gouvernance globale. Elle marque une occasion manquée de montrer que, dans un contexte de crises multiples, certains pays restent des partenaires fiables. Le débat sur le Fonds mondial devient ainsi un test politique majeur du rapport de la France au multilatéralisme – et de la solidité de ses engagements dans la tempête.

The Conversation

Stéphanie Tchiombiano est membre du think tank Santé mondiale 2030

ref. Financer la santé mondiale : ce que la baisse de la contribution française au Fonds mondial dit de sa politique étrangère et de son rapport au multilatéralisme – https://theconversation.com/financer-la-sante-mondiale-ce-que-la-baisse-de-la-contribution-francaise-au-fonds-mondial-dit-de-sa-politique-etrangere-et-de-son-rapport-au-multilateralisme-274376

Faut-il encore faire des pesticides l’alpha et l’oméga de la protection des cultures ? Les exemples du Brésil et de la France

Source: The Conversation – France (in French) – By Christian Huyghe, Directeur scientifique pour l’agriculture, Inrae

Si les pesticides ont longtemps assuré la protection des cultures, leurs effets délétères sont aujourd’hui largement documentés. Réduire cette dépendance est devenu une urgence sanitaire, environnementale et économique. Les stratégies de lutte contre les ravageurs intègrent aujourd’hui de nouvelles techniques innovantes. L’analyse de la situation en France et au Brésil livre un éclairage croisé sur cette question.


La protection des cultures est un enjeu majeur pour l’agriculture et pour la société au sens large. Elle permet de garantir une production suffisante en qualité et en quantité, tout en assurant des revenus à tous les acteurs des chaînes d’approvisionnement, des agriculteurs aux distributeurs.

Au cours des dernières décennies, la protection des cultures a reposé sur l’efficacité des pesticides de façon accrue. Dans le même temps, leurs effets négatifs sur la santé humaine, sur la qualité de l’eau, de l’air et sur la biodiversité sont de mieux en mieux documentés. Au plan économique, ces effets peuvent être considérés comme des coûts cachés pour la société. De plus, ces effets négatifs privent les agriculteurs de services écosystémiques précieux rendus par des sols en bonne santé.

À l’échelle mondiale, le recours aux pesticides peut également virer au casse-tête géopolitique, en fonction des pays où ils sont autorisés ou interdits. L’accord UE-Mercosur a récemment illustré les tensions que peuvent susciter des importations de produits traités avec des pesticides interdits dans les pays membres de l’Union européenne (UE), créant, de fait, des distorsions de concurrence entre les États.

Il apparaît donc urgent de façonner la protection des cultures de façon à alléger la dépendance des systèmes agricoles envers ces produits. Et si on adoptait un nouveau paradigme pour la protection des cultures, notamment inspiré par l’agroécologie et tenant davantage compte des nouveaux risques climatiques ? Des regards croisés sur la situation en France et au Brésil peuvent éclairer la question.

Mieux vaut prévenir que guérir

La lutte intégrée (ou protection intégrée) des cultures est un concept riche, établi depuis les années 1970. L’idée est de combiner des exigences écologiques, économiques et sanitaires.

Dans l’UE, la règle est de n’utiliser de produits chimiques phytopharmaceutiques qu’à la dose la plus faible possible (principes 5 et 6 du schéma ci-dessous) pour maintenir la présence des organismes nuisibles en dessous d’un seuil où les dommages ou pertes économiques deviennent inacceptables à court terme pour l’agriculteur. Pour limiter l’usage et l’impact de ces pesticides, il est donc essentiel d’enrichir la liste des alternatives aux pesticides (principe 4).

Cette approche implique qu’il est préférable d’agir en amont (principe 1) en mettant l’accent sur la prévention pour réduire au minimum la pression des maladies et des insectes. C’est une stratégie comparable à celle mobilisée en santé humaine, où il est recommandé d’avoir une hygiène de vie appropriée (sport, régime équilibré…) ou de se vacciner pour réduire le risque de maladies.

Les différentes étapes de la protection intégrée des cultures, avec une stratégie active de prophylaxie.
Fourni par l’auteur

Cette stratégie de prophylaxie peut devenir active si, au cours de ses actions sur les cultures, l’agriculteur cherche à réduire le nombre de ravageurs. En diversifiant les moyens de lutte, cette stratégie permet également de limiter l’émergence de résistances chez les ravageurs. En effet, ces résistances apparaissent d’autant plus vite que les stratégies sont peu diversifiées.

L’utilisation de cultures de couverture, par exemple, est intéressante pour occuper l’espace au sol et éviter l’installation de mauvaises herbes. C’est d’autant plus pertinent dans les systèmes agricoles tropicaux, où la pression de sélection naturelle est plus élevée du fait des conditions de chaleur et d’humidité, et où ces résistances ont donc tendance à apparaître plus rapidement.

Associées à d’autres stratégies de gestion, les cultures de couverture sont donc un élément clé pour améliorer à la fois la qualité des sols, la productivité et la durabilité des systèmes agricoles.




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Microbiote végétal, paysages olfactifs… de nouveaux  leviers

De nouvelles techniques innovantes ont vu le jour depuis la mise en place de ce paradigme.

L’une des plus connues s’appuie sur l’agroécologie et la diversification des cultures, et mobilise des services écosystémiques largement documentés par la recherche. Cela peut par exemple passer, au Brésil, par des rotations plus longues, des cultures en mélanges, ou encore par des cultures intermédiaires de maïs, sorgho, mil ou sésame pour optimiser la culture du soja.

La sélection variétale est un autre levier crucial pour améliorer la valeur agronomique des cultures. La recherche de résistances génétiques aux champignons, aux virus et, dans une moindre mesure, aux bactéries et aux insectes, a été – et est toujours au cœur – des programmes de sélection.

Demain, cette approche pourra bénéficier des progrès réalisés dans le domaine de l’édition génétique : il est ainsi envisageable de stimuler, chez l’espèce cultivée, des gènes de résistance actifs chez des espèces étroitement apparentées, ou d’en réactiver d’autres qui auraient été contournés pendant l’évolution. Cela pose évidemment de nouvelles questions (propriété intellectuelle, cadre éthique, etc.) à ne pas sous-estimer.

Au cours des dernières années, l’existence d’un microbiote végétal a aussi été mise en évidence sur les graines, les feuilles, les racines et même à l’intérieur des tissus végétaux. Ces microbiotes jouent un rôle clé dans la nutrition des plantes, en facilitant l’échange de nutriments avec le sol, et dans leur protection contre les bioagresseurs. Il s’agit d’une perspective intéressante pour développer des solutions de biocontrôle alternatives aux pesticides.




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Poursuivons avec les composés organiques volatils (COV) émis dans l’environnement, qui conditionnent le comportement des insectes (recherche alimentaire ou de partenaires sexuels, par exemple). Ces signaux olfactifs sont un nouvel axe de recherche pour lutter contre les ravageurs.

Cette stratégie a l’avantage de présenter peu d’effets indésirables, car les COV sont très spécifiques. Ils peuvent par exemple être utilisés pour induire une confusion sexuelle qui limite la reproduction d’une espèce particulière d’insectes, les attirer dans un piège voire les éliminer grâce à un gel contenant les COV et un insecticide qui sera dès lors utilisé en très faible quantité par rapport à une application classique.




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Ces stratégies de prévention en amont doivent, bien sûr, être pensées à l’échelle du paysage et être coordonnées entre les acteurs d’une zone géographique. Elles peuvent enfin être combinées à un dépistage plus précis des potentielles proliférations. Grâce aux outils de surveillance et d’aide à la décision (principes 2 et 3), on peut ainsi adapter la solution curative à mobiliser le cas échéant.

Une telle transition requiert un niveau élevé de coordination entre tous les acteurs du système agricole. Et ceci à tous les niveaux, des agriculteurs aux chaînes d’approvisionnement. Actuellement, près de 80 % des mesures mises en œuvre dans les plans d’action nationaux ciblent directement les agriculteurs. Les politiques publiques pourraient, à cet égard, mieux répartir l’effort de transition. La protection des cultures n’est pas seulement une question pour les agriculteurs : c’est un bien commun pour la société au sens large.




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Ce que disent les chiffres au Brésil et en France

La comparaison entre le Brésil et la France, situés dans des climats différents et avec des contextes sociopolitiques différents, est, à cet égard, instructive.

En France, au cours des quinze dernières années, les produits utilisés en protection des cultures ont fortement évolué, sous le triple effet de la réglementation encadrant le retrait de substances actives, en particulier les cancérigènes, mutagènes, reprotoxiques (CMR), des politiques publiques (plans Écophyto notamment) et de l’innovation. On utilise désormais moins de CMR et davantage de produits utilisables en agriculture biologique et/ou basés sur le biocontrôle.

Ventes de substances phytosanitaires en France.
SDES

Au Brésil, les ventes de pesticides (hors produits autorisés en agriculture bio et pour le biocontrôle) s’élevaient encore à 755 400 tonnes en 2023 – dont près de 50 % de glyphosate, un chiffre en timide baisse de 5,6 % par rapport à 2022.

Or, la France utilise actuellement 2,9 kg de substances actives par hectare de surface ensemencée, contre 7,78 pour le Brésil. Ces différences s’expliquent en partie par les surfaces agricoles cultivées (hors prairies) : 14 millions d’hectares pour la France, contre 97 pour le Brésil. Il faut aussi tenir compte du fait que la plupart des terres cultivées au Brésil donnent lieu à deux cultures par an, ce qui est plus rare en France.

Toutefois, le secteur des « biointrants » (produits d’origine naturelle ou organismes vivants) progresse rapidement au Brésil, qui les utilise depuis les années 1960. Ce marché s’est établi plus tardivement en France mais progresse également rapidement. Les biointrants peuvent être utilisés en agriculture biologique ou, dans certains cas, combinés à des pesticides dans le cadre des programmes de lutte intégrée contre les ravageurs, que l’on a présentés plus haut.

À l’échelle mondiale, le marché des agents de biocontrôle et des biostimulants (intrants biosourcés permettant d’améliorer les productions végétales) était, en 2025, estimé à 11 milliards de dollars (9,2 milliards d’euros), dont 7 milliards (5,9 milliards d’euros) pour le biocontrôle, avec des taux de croissance annuels estimés de 10,5 à 15,6 % (selon les secteurs) jusqu’en 2035. En 2035, ce marché pourrait atteindre environ 41 milliards de dollars (34,5 milliards d’euros), dont 30 milliards (25,2 milliards d’euros) pour le biocontrôle.

La mobilisation de la prophylaxie et les nouvelles options de biocontrôle seront-elles de nature à remettre en cause l’omniprésence des pesticides ?


Cet article est publié dans le cadre de la Conférence FARM 2026 – Repenser la protection des cultures : agir collectivement pour le vivant, qui se tient le 17 février 2026 à la Cité internationale universitaire de Paris et dont The Conversation France est partenaire.

The Conversation

Christian Huyghe a reçu des financements de l’ANR et de l’Union européenne (H2020, Life-PLP, COST action).

Decio Karam est membre de Association Brésilienne du Maïs et du Sorgho, ; Conseil Scientifique de l’Agriculture Durable (CCAS)

ref. Faut-il encore faire des pesticides l’alpha et l’oméga de la protection des cultures ? Les exemples du Brésil et de la France – https://theconversation.com/faut-il-encore-faire-des-pesticides-lalpha-et-lomega-de-la-protection-des-cultures-les-exemples-du-bresil-et-de-la-france-275237

AlphaGenome, une nouvelle avancée en intelligence artificielle pour comprendre les effets des mutations génétiques

Source: The Conversation – France in French (2) – By Élodie Laine, Professeure en biologie computationnelle, Sorbonne Université

Même une mutation génétique très simple – une lettre qui change dans l’immense chaîne composée d’A, T, C et G – peut avoir des conséquences sur la santé. Sangharsh Lohakare/Unsplash, CC BY

Notre ADN est composé d’un enchaînement de quatre petites molécules appelées « acides nucléiques » et dénotées par les lettres A, C, G, et T. Parfois, une mutation génétique a lieu et affecte notre santé. Une simple modification dans la grande séquence de lettres qui constitue notre génome peut suffire à affecter l’expression des gènes ou les versions des protéines produites à partir de ces gènes.

Mais on ne sait pas, à l’heure actuelle, expliquer systématiquement comment telle ou telle mutation génétique peut avoir tel ou tel effet. C’est la question à laquelle AlphaGenome, le nouveau logiciel d’intelligence artificielle présenté dans la revue Nature par Google, tente de répondre.

AlphaGenome analyse un million d’acides nucléiques à la fois, et prédit, pour chacun d’eux, des milliers de quantités, qui sont autant de facettes de la régulation de nos gènes pour façonner nos tissus et nos organes.

Coupler un tel niveau de résolution avec un contexte aussi long (un million de lettres !) et prédire autant d’aspects de la régulation du génome relève du tour de force. Cependant, ce nouvel opus de la série Alpha de DeepMind ne représente pas une avancée aussi spectaculaire qu’AlphaGo ou AlphaFold, par exemple.

AlphaGenome affine une approche existante, déjà implémentée dans Enformer et Borzoi, deux modèles d’apprentissage profond développés chez Google qui ont fait leurs preuves. Il améliore, d’une part, leur efficacité par des optimisations techniques et, d’autre part, leur pertinence, en modélisant plus finement la complexité des processus génétiques.




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Pourquoi cette avancée est importante

L’enjeu de ce travail est de taille pour la santé humaine. Les bases de données génomiques de populations humaines recensent près de 800 millions de variations ponctuelles – c’est-à-dire des changements portant sur une seule lettre du code génétique – dont l’impact sur notre santé reste largement inexploré. Identifier quelles sont celles qui sont à l’origine de maladies ou de dysfonctionnements, et comprendre leurs mécanismes d’action, est crucial.

Par exemple, dans certaines leucémies, une mutation d’un seul acide nucléique active de manière inappropriée un gène bien spécifique. AlphaGenome confirme le mécanisme déjà connu de cette activation aberrante : la mutation permet à un régulateur génétique de s’accrocher au gène, et modifie les marques épigénétiques alentour.

Ainsi, en unifiant plusieurs dimensions de la régulation génétique, AlphaGenome s’impose comme un modèle de fondation, c’est-à-dire un modèle générique qui peut être transféré ou appliqué facilement à plusieurs problèmes.

Quelles sont les suites de ces travaux ?

Plusieurs limitations tempèrent néanmoins l’enthousiasme.

Par exemple, les prédictions sur différentes facettes d’un même processus biologique ne sont pas toujours cohérentes entre elles, révélant que le modèle traite encore ces modalités de façon relativement cloisonnée.

Le modèle peine aussi à capturer la « spécificité tissulaire », c’est-à-dire le fait qu’un même variant génétique peut être délétère dans un tissu et neutre dans un autre.

De plus, il reste difficile de quantifier l’ampleur de l’effet d’une mutation.

Enfin, AlphaGenome prédit des conséquences moléculaires, pas des symptômes ni des diagnostics – or, entre une variation d’ADN et une maladie, il reste énormément de travail pour comprendre les relations entre ces différents niveaux ; et il n’a pas encore été validé sur des génomes individuels – un passage obligé pour toute application en médecine personnalisée, où l’enjeu serait d’interpréter le profil génétique unique d’un patient pour prédire sa susceptibilité à certaines maladies ou adapter son traitement.

Au-delà de ces enjeux pour la santé humaine, comment transférer cette connaissance à la biodiversité dans son ensemble ? AlphaGenome dépend en effet de mesures expérimentales, accessibles en abondance uniquement pour une poignée d’espèces (l’humain et quelques organismes modèles). Une autre famille de modèles pourrait ici jouer un rôle complémentaire : les « modèles de langage génomique », qui fonctionnent un peu comme ChatGPT mais pour prédire la suite d’une séquence d’ADN plutôt que la suite d’une phrase. Ces modèles, entraînés sur des millions de séquences génomiques, peuvent ainsi capturer les règles et les motifs conservés au cours de l’évolution, ce qui permet de déchiffrer des génomes inconnus.

Rien de tout cela n’existerait sans les grandes bases de données publiques et le travail cumulé de la recherche académique et des consortia ouverts, qui ont produit, standardisé et partagé les données nécessaires à l’entraînement de ces modèles. La suite logique est claire : la science doit rester ouverte, au service de la société. L’équipe d’AlphaGenome a rendu le code et les poids publiquement accessibles, et propose une interface facilitant l’adoption par la communauté scientifique. Reste à voir comment celle-ci s’emparera de cet outil : sera-t-il utilisé comme une « boîte noire » pratique, ou inspirera-t-il un véritable changement de paradigme en génomique computationnelle ?


Cet article a bénéficié de discussions avec Arnaud Liehrmann, post-doctorant au laboratoire de Biologie computationnelle, quantitative et synthétique.


Tout savoir en trois minutes sur des résultats récents de recherches commentés et contextualisés par les chercheuses et les chercheurs qui les ont menées, c’est le principe de nos « Research Briefs ». Un format à retrouver ici.


The Conversation

Elodie Laine est membre junior de l’Institut Universitaire de France. Elle a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR, France 2030, PostGenAI@Paris, ANR-23-IACL-0007) et de l’Union Européenne (ERC, PROMISE, 101087830). Les points de vue et opinions exprimés sont toutefois ceux des auteurs uniquement et ne reflètent pas nécessairement ceux de l’Union européenne ou du Conseil européen de la recherche. Ni l’Union européenne ni l’autorité octroyant la subvention ne peuvent en être tenus responsables.

Julien Mozziconacci est professeur au Muséum National d’Histoire Naturelle et membre junior de l’Institut Universitaire de France. Il a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR, France 2030, PostGenAI@Paris). Les points de vue et opinions exprimés sont toutefois ceux des auteurs uniquement et ne reflètent pas nécessairement ceux des instituts qui les ont financés.

ref. AlphaGenome, une nouvelle avancée en intelligence artificielle pour comprendre les effets des mutations génétiques – https://theconversation.com/alphagenome-une-nouvelle-avancee-en-intelligence-artificielle-pour-comprendre-les-effets-des-mutations-genetiques-275833

Sand mining and Kenya’s building boom: better rules are needed, but not from the top down

Source: The Conversation – Africa – By Kennedy Mkutu, Associate Professor, International Relations, United States International University

The sun is rising in Kenya’s Kajiado county, just outside Nairobi, and a truck is rumbling over dusty ground towards a riverbank. Young men guide the driver to a parking spot and then spring into action, each with a scoop, filling the truck from a heap of the most desirable building sand for which the area is famous.

The driver passes the time with a snack and a mug of tea poured from a flask by a mobile vendor. He pays each of the young men around US$10 for their labour and the landowner US$40-US$50 for the sand. The driver then starts out on his journey to deliver sand to hardware stores, building sites or informal selling points in Nairobi and its suburbs, paying county taxes and police bribes along the way.

Sand mining sites like this have been mushrooming along Kenya’s numerous river systems. They are serving a construction boom sparked by urbanisation and grandiose infrastructure programmes.

Yet Kenya has been singled out by the UN’s environmental programme as a country of unsustainable sand harvesting. The industry is troubled by insufficient regulation, environmental degradation and, at times, violent conflict.

We are peace and security researchers who have studied controversies around sub-Saharan Africa’s infrastructure projects. In a recent study, we researched contestations around sand harvesting, as well as sand commodity chains in Kenya. We mapped where industry benefits are concentrated and looked at how locally established governance mechanisms work to distribute benefits – and harms.

We examined sites in seven Kenyan counties. In the west, we visited Homa Bay near Lake Victoria. Outside Nairobi, we studied sites in Nakuru and Kajiado. In the drier eastern parts, we visited Taita Taveta and Makueni – once a hotspot of violent conflict among sand mining cartels. In dry regions, sand is critical to water storage, where it’s used to create dams that boost underground water storage. On the Kenyan coast, we studied sites in Kwale and Kilifi, which serve developments in and around the city of Mombasa. We spoke to loaders, landowners, leaders of informal youth groups and cooperatives, transporters, brokers and administrators.

We found the industry to be ordered and unruly at the same time.

National regulation on sand harvesting in most counties is rarely enforced. Therefore, the stability of extraction and transport of sand hinges on complex informal rules that distribute the benefits of the industry. The greatest profits in the sand industry are not made at the extraction sites but higher up along the commodity chain. Sand supports large numbers of people at the community level.

We argue that making the most of Kenya’s sand industry doesn’t lie in introducing top-down legislation. Rather, existing informal regulation should be harnessed and harmonised within formal rules. This would go a long way towards ensuring sustainable livelihoods and widespread inclusion.

The winners and losers

Scholarship on the extraction of natural resources across the global south has demonstrated the tendency toward the removal of natural resources and accumulation by powerful agents. They forcefully control mining activities and value chains and leave behind high social and ecological costs, a phenomenon known as extractivism.

Extractivism depletes ecosystems and deprives communities of the use of natural resources, fair access to them and the opportunity to benefit from the wealth generated.

Does sand harvesting in Kenya display these characteristics? Not entirely.

Sand is perhaps a bit different to precious minerals like gemstones. It’s bulky, less valuable, and in many countries widespread and accessible with basic tools. Sand is found in rivers and fields, and on private and common land.

At harvesting sites, groups of loaders and homegrown sand cooperatives are in many places highly organised with rules, rosters and even external shareholders. They ensure a wider distribution of gains at the local level. Loader group membership positions are coveted and bought at a high price from group organisers, and some groups or cooperatives build up economic strength and attract better transporting contracts. Larger contractors dictate conditions, driving down prices at the harvesting sites.

As a development mineral, sand also feeds concrete production that’s pivotal for grand infrastructure and housing schemes. These have the potential to boost economic growth.

However, there are certainly some tendencies for benefits to flow away from the source. Unsurprisingly, the largest profits are made at urban markets. While truck drivers at harvesting sites pay around US$90 for a 12-ton truck of sand, the same load is sold in Nairobi for up to US$400. In-transit costs such as taxes, bribes, fuel and salaries amount to around US$100.

Landowners accumulate revenues, too. However, where land is contested upon a backdrop of colonial and post-colonial dispossession – such as in the Kedong site in Nakuru – this can be particularly controversial. At one point when landowners hired excavators, community members rioted and destroyed them, fearing complete displacement from their source of livelihood.

County governments also benefit greatly from local taxation and have little incentive to regulate overextraction from fragile sites.

Bribery in the sand business also thrives on the informality. The police capitalise on regular sand transporting routes and uniformly request US$4-8 from every truck. Overloading can be managed with a “fee” at weighbridges. Some drivers find ways to store sand and sell it without their bosses’ knowledge.

Though ecological harms were not fully explored in our work, we found evidence of them, particularly in drier counties, such as Taita Taveta and Makueni, where river sand is a vital container for water storage. Communities are aware of the environmental cost of overextraction and call for better regulation of the industry.

What needs to happen

Effective collaboration is needed between various layers of governance to make the sand trade in Kenya equitable and sustainable.

This is largely absent. One notable exception is the robust and participatory management of sand in Makueni county, which also took decisive action against cartels and prevented exports out of the county until ecosystem recovery was certain.

Instead of introducing top-down legislation to manage the industry, however, harnessing existing informal regulations and harmonising them within formal rules would go a long way towards ensuring sustainable livelihoods and widespread inclusion, as the Makueni case has demonstrated.

These discussions matter because Kenya, among many other countries in the global south, is rapidly urbanising and has a number of huge infrastructure projects in the works.

Several of the sites we studied provided sand for the construction of the Standard Gauge Railway (built from 2014 to 2019). While many communities benefited from the project, it also exposed unequal relations between government, businesses and communities that made exploitative sand extraction possible.

Given that the railway line will be extended to the Ugandan border, regulation that allows for broad local participation is critical for assuring trust in the Kenyan governance system.

The Conversation

Kennedy Mkutu receives funding from FORMAS the Swedish Research Council for the promotion of research for a sustainable society as well as from VR – the Swedish Research Council.

Jan Bachmann receives funding from FORMAS, the Swedish Research Council for the promotion of research for a sustainable society as well as from VR – the Swedish Research Council.

ref. Sand mining and Kenya’s building boom: better rules are needed, but not from the top down – https://theconversation.com/sand-mining-and-kenyas-building-boom-better-rules-are-needed-but-not-from-the-top-down-275321

Mediation can speed up justice in South Africa: legal scholar makes the case

Source: The Conversation – Africa – By Debbie Collier, Professor of Law and Director of the Centre for Transformative Regulation of Work, University of the Western Cape

Communities in South Africa continue to be fractured by service delivery failures, crime and gang-related violence. The impact is felt by families and communities, and in schools, universities and businesses across the country.

A vicious cycle is being fuelled by a number of factors. These include constraints on law enforcement and credible allegations of corruption and political interference in the criminal justice system. At the same time, the judiciary is under strain.

The result is that government agencies, municipalities and service providers are frequently drawn into disputes. If litigated, these can take years to resolve. This drains public resources and further erodes trust in public institutions. Justice delayed is justice denied.




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Mediation can provide a crucial, timely and constructive way to resolve conflict before matters escalate into violence or protracted litigation. Mediation, facilitated by an impartial third party, supports dialogue and meaningful engagement between parties, and the settlement of disputes on mutually acceptable terms.

Mediation paved the way for South Africa’s transition from apartheid to democracy in 1994. It is deeply rooted in the country’s approach to conflict resolution and social dialogue.

Mediation is common practice in community disputes and in labour law and other statutory dispute resolution contexts. But its use in court proceedings has been limited.

The rules of court for the Magistrates’ Courts and the High Court provide for mediation in civil litigated matters. But the uptake has been slow. And the court-annexed mediation project in the Magistrates’ Courts has been put on hold.

Recent developments have seen a shift toward mandatory mediation in civil litigated matters. These include the South Africa Law Reform Commission’s discussion paper. This was published in early 2025 for public input on mediation in civil, commercial and community disputes.

As a labour law scholar and in leading the South African Law Reform Commission’s project on alternative dispute resolution, I have come to appreciate how mediation can transform conflict. It can provide an accessible dispute resolution mechanism across diverse contexts.

But to optimise the use of mediation the following are required:

  • wide-ranging awareness of mediation across institutions and communities and within the legal profession

  • support for training and skills development, particularly for community mediators who play a crucial role in dispute resolution and transforming conflict

  • an integrated and enabling regulatory, institutional and skills development framework, responsive to the diverse contexts in which mediation takes place.

The role of mediators in different contexts

A skilled mediator can mean the difference between conflict that results in violence, destruction and tragedy, and a negotiated outcome and constructive dialogue.

Community leaders, including religious and traditional leaders, can resolve a range of disputes and manage conflict within communities. This includes curbing community violence, de-escalating election violence, and intervening in student unrest and the destruction of property.

Training for community mediators

Mediation training should also be provided to counteract bullying in schools. Scholars can be equipped to intervene as peer mediators and resolve conflict constructively.

Mediation and peace building skills could also equip women to dismantle violence.

Mediation is already used in specialised statutory institutions and tribunals such as the Commission for Conciliation, Mediation and Arbitration, the Companies Tribunal and the South African Revenue Service. Its use can be extended to other administrative bodies supported by an enabling framework.

Mediation is part of a range of alternative dispute resolution mechanisms that can facilitate early dispute resolution and avoid protracted litigation. Hence many countries use court-connected mediation and alternative dispute resolution to improve access to justice.




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Momentum towards court-connected mandatory mediation

A number of developments are under way, including:

However, the idea of mandatory mediation has received mixed reactions.

Concerns

A range of arguments against mandatory mediation have been mounted. These include:

Safeguards must be put in place to mitigate these risks. This includes judicial oversight and case management to ensure that mediation in court processes is used appropriately and supports access to justice.

Mediation isn’t a substitute for court proceedings in matters better suited to litigation. Judicial reform remains important, and litigation must be accessible in cases where it is best suited.

A compelling case for mediation

Integrating mediation within judicial processes provides an opportunity to resolve structural tensions within South Africa’s plural legal system.

South Africa’s legal system incorporates elements of English common law and Roman-Dutch civilian law, alongside deep-rooted systems of indigenous laws and traditional methods of conflict resolution. The result is a dissonance between the community oriented features of indigenous customs and the individualistic and industrial nature of statutory laws.

This dissonance is countered by the relational and restorative justice potential of mediation, which resonates with traditional methods of conflict resolution and opens up space to centre the foundational values of indigenous laws.

Next steps

The move towards mandatory mediation adds momentum to an evolving legal system and legal practice. It affirms indigenous values and practices.

Mediation could relieve pressure on the justice system and contribute to an enabling environment for social and economic development.

Access to justice is a public good. It requires access to appropriate legal resources, institutions, and dispute resolution mechanisms. Importantly, building an effective justice system is an ongoing project and a complex human undertaking that cannot be achieved through policy and law reform alone.

The Conversation

Debbie Collier is a commissioner of the South African Law Reform Commission (SALRC) and the project leader for Project 94 on Alternative Dispute Resolution. The views expressed in this article are not necessarily those of the SALRC. Debbie Collier receives funding from the National Research Foundation (NRF).

ref. Mediation can speed up justice in South Africa: legal scholar makes the case – https://theconversation.com/mediation-can-speed-up-justice-in-south-africa-legal-scholar-makes-the-case-270110

Burkina Faso has dissolved all political parties: why African coup leaders often turn on the people who supported them

Source: The Conversation – Africa (2) – By Salah Ben Hammou, Postdoctoral Research Associate, Rice University

The end of January 2026 effectively marked the end of party politics in Burkina Faso. On 29 January, Captain Ibrahim Traoré’s government formally dissolved all political parties, including those that had supported his September 2022 coup.

Parties had already been suspended since Traoré took power, but the junta framed this latest step as part of a broader state “restructuring” meant to reduce social divisions.

In practice, the move shuts down what little space remained for independent civic participation and further concentrates authority in Traoré’s hands. Party assets have also been taken over by the state.

For a junta that initially relied on enthusiastic civilian backing, the decision sits awkwardly alongside its rhetoric of popular mobilisation and revolutionary renewal. Yet this trajectory is far from surprising.

Across the Sahel and elsewhere in Africa, supporters of military takeovers are discovering that early enthusiasm rarely translates into lasting political influence. Coups that begin with popular support often end with the junta sidelining or overtly suppressing the very groups that helped stabilise its hold on power. The trend goes back decades.

I have extensively studied and written on military coups for nearly a decade, especially the recent coup wave in Africa.

I argue that once in power, military rulers have little incentive to share authority. Civilian groups are useful in the first days of a takeover. They provide crowds, legitimacy, and a sense that the coup reflects public frustration.

But those same groups quickly become inconvenient. They have their own leaders, their own constituencies, and their own expectations for the transition. They can criticise delays or mobilise supporters. This independence is precisely what juntas fear.

Early civilian enthusiasm should not be mistaken for a durable mandate, nor should it be read as evidence that a transition will remain inclusive.

Burkina Faso’s recent party ban is only the latest reminder. Support from outside the barracks may help usher in or stabilise a coup, but it rarely guarantees any lasting influence over what follows.

Buyer beware: Civilian support rarely leads to lasting influence

Contrary to how we typically think of coups, military takeovers frequently attract support from at least some segments of the civilian population. Sometimes civilians actively encourage a coup. They can also help ensure that it succeeds and stabilises.

These dynamics have been especially visible during Africa’s recent wave of coups. From Mali to Niger, military interventions have been welcomed, celebrated, and even endorsed by civil society groups, political parties, and other domestic actors. For coup leaders, these alliances offer visible legitimacy and a ready-made support base.

But an equally common trend follows. While civilian groups pledge support to maintain some influence in the post-coup order, juntas frequently sideline, marginalise, or altogether suppress even their erstwhile allies.

This pattern appears across eras and regions, cutting across ideological and social lines.

After Sudan’s 1969 coup, for instance, the Communist Party initially aligned itself with the Free Officers led by Col. Jaafar Nimeiri, offering crucial political backing. But within seven months, Nimeiri began sidelining the party, removing key Communist figures from government. By 1971, he had turned on them entirely, launching a brutal crackdown that crushed the party.

A similar trajectory followed Egypt’s 2013 coup. The protest movement Tamarod openly advocated for and later endorsed General Abdelfattah el-Sisi’s takeover. The influence of the movement and other political parties soon evaporated as civic space shrank.

Buyer’s remorse among coup supporters in the Sahel

Today, many of the civilian groups that championed the Sahel’s recent coups are going through the same experience as their predecessors elsewhere.

In Mali, the June 5 Movement–Rally of Patriotic Forces (M5‑RFP) – a broad coalition of opposition parties, clerics and activists associated with Imam Mahmoud Dicko – has become one of the most outspoken critics of Colonel Assimi Goïta’s junta.

Yet M5‑RFP was among the coup’s earliest supporters. After months of mass protests against President Ibrahim Boubacar Keïta, the movement welcomed the military’s intervention in August 2020 and expected to help steer the transition.

That expectation faded quickly. The junta sidelined M5‑RFP during the formation of the transitional government, excluding many of its leaders from key positions.

When Goïta carried out a second coup in May 2021, removing the civilian interim leadership and consolidating the military’s control, the movement’s influence shrank even further. What began as a tactical alliance ended with M5‑RFP pushed to the margins.

The aftermath of Guinea’s 2021 coup followed a similar trajectory. Opposition leaders against former president Alpha Conde initially welcomed Gen. Mamady Doumbouya’s coup. Expecting a meaningful role in the transition, party leaders even urged the Economic Community of West African States (Ecowas) not to impose sanctions and publicly legitimised the coup as a necessary move.

But much like the Malian experience, the junta did not accommodate the parties for their support, barring them from substantial representation. Little more than a year later, party members were arrested when they voiced opposition to their lack of inclusion in the transition.

Seen in this comparative light, Burkina Faso’s recent party dissolution fits an established pattern. Early political backing does not guarantee continued access or influence once military rulers entrench themselves.

The Conversation

Salah Ben Hammou does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Burkina Faso has dissolved all political parties: why African coup leaders often turn on the people who supported them – https://theconversation.com/burkina-faso-has-dissolved-all-political-parties-why-african-coup-leaders-often-turn-on-the-people-who-supported-them-275637

How do people know their interests? The shortest player in the NBA shows how self-belief matters more than biology

Source: The Conversation – USA – By Greg Edwards, Adjunct Lecturer of English and Technical Communications, Missouri University of Science and Technology

Muggsy Bogues didn’t let his height get in the way of his mastery of the game. Focus on Sport/Getty Images

Curious Kids is a series for children of all ages. If you have a question you’d like an expert to answer, send it to CuriousKidsUS@theconversation.com.


How do people know their interests? For example, one person likes art and the other does not, but how and why does that happen? – Leia K., age 12, Redmond, Washington


Standing at 5 feet 3 inches tall and weighing 136 pounds, Muggsy Bogues did not fit the typical profile of a National Basketball Association athlete when he played professionally from 1987 to 2001. The average NBA player during Bogues’ rookie season was 6 feet 7 inches tall and weighed 208 pounds.

Despite that, Bogues had a successful NBA career, finishing among the league’s all-time leaders in career assists. He even made an appearance alongside Michael Jordan in “Space Jam.”

Muggsy Bogues in mid-air, arm extended to the net with basketball in hand, players of the competing team surrounding him
Believing you can fly to the net can help you stand among the giants.
Focus on Sport/Getty Images

It’s true that a person’s DNA shapes their physical traits, which can influence what activities feel possible for someone. For example, Jérémy Gohier, the 7-foot-6 Canadian eighth-grader, towers over his peers, making basketball an activity that likely felt possible and worth trying early on.

But biology alone would not fully explain why Bogues developed a lasting interest in basketball. Given his small stature, it may have suggested the opposite.

Instead, Bogues was introduced to basketball early in his life and had opportunities to learn the game in ways that helped him feel capable. He credited his coach, Leon Howard, as someone who supported him and taught him the game. Those early experiences gave him confidence and made him want to continue playing.

Bogues’ story raises a broader question that extends far beyond the world of sports: How do people recognize what they are interested in, and what motivates them to keep pursuing an activity?

Based on my research and what I have observed when teaching students in my own classroom, I believe whether people decide to stick with an interest comes down to self-efficacy: A person’s belief in their ability to succeed at a specific task.

Experience builds confidence

Motivation to keep doing specific activities often grows from access to opportunities, encouragement from others and chances to practice and improve. Moments of success in a task or activity, known as mastery experiences, can help people believe in their abilities.

Albert Bandura, a social psychologist who proposed the concept of self-efficacy, also identified other factors that shape self-efficacy. These include encouragement from others, learning by watching others be successful, and a person’s psychological and emotional state – such as whether they feel energized and excited or tense and anxious.

Bogues likely experienced all of these while practicing basketball. He benefited from coaches who believed in him, from studying the game by watching others and from learning how to perform under pressure.

Young person playing piano on a spotlit stage
Having people who support you in your endeavors makes it easier to step on stage.
sot/Stone via Getty Images

In my own research, I found that how confident teachers were with using classroom technologies varied depending on how much support and opportunity to learn they had. Those same factors often shape whether people feel capable enough to keep engaging with and being interested in an activity.

I have seen something similar in my almost 15 years of teaching students ranging from middle schoolers to 70-year-olds who decided to go back to school. When students struggle to get started on an assignment, they sometimes assume they are simply bad at it. However, once they take a small step and experience even minor success, their attitude often shifts to “I can do this,” which makes them more willing to keep going and ultimately end up liking the subjects.

This was even true in my own experiences as a student. When I took my first speech course as a high school senior at Missouri University of Science and Technology, I felt like a ball of nerves. I had no inkling I would one day enjoy being a professional communicator and return to this same institution decades later, winning awards and teaching speech and writing courses to students who seem just as nervous as I once was.

Embrace new opportunities

When people have new opportunities to discover what they can do, their small moments of success can help interests blossom into full-fledged passions.

If someone never gets the chance to experience early success and encouragement, they might disengage or lose interest in an activity over time.

But success does not always mean getting better at the activity itself.

People don’t have to be the best at whatever they become interested in it. Their interests may help them accomplish other goals such as stress relief or a sense of belonging. They may stay engaged not because they feel especially skilled in the activity, but because they believe it helps them reach these other goals that matter in their lives.

A specific activity may matter because it connects to someone’s life in personal ways. It might remind them of someone they love, offer an escape from a bad home life or help them make social connections. Even if people do not feel confident in the activity itself, they can still see it helping them reach these goals, which can be enough to keep them interested.

Close-up of child's hand fingerpainting on sheets of paper
Trying something new could lead to your favorite activity.
Virojt Changyencham/Moment via Getty Images

This is why it is important for people of all ages to try new things. Without access to basketball and training opportunities, Muggsy Bogues’ path might have looked very different. And if Bob Ross had not decided to take an art class while he was in the Air Force and continue practicing, the world may have never experienced “The Joy of Painting.”

Trying new things is the first step in developing interests. After that, having opportunities to build confidence and improve can help people sustain those interests for years to come.


Hello, curious kids! Do you have a question you’d like an expert to answer? Ask an adult to send your question to CuriousKidsUS@theconversation.com. Please tell us your name, age and the city where you live.

And since curiosity has no age limit – adults, let us know what you’re wondering, too. We won’t be able to answer every question, but we will do our best.

The Conversation

Greg Edwards does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. How do people know their interests? The shortest player in the NBA shows how self-belief matters more than biology – https://theconversation.com/how-do-people-know-their-interests-the-shortest-player-in-the-nba-shows-how-self-belief-matters-more-than-biology-272492

White men file workplace discrimination claims but are less likely to face inequity than other groups

Source: The Conversation – USA – By Donald T. Tomaskovic-Devey, Professor of Sociology and Director of the Center for Employment Equity, UMass Amherst

In March 2025 the EEOC characterized DEI programs as potentially discriminatory against white men. Wong Yu Liang/Getty Images

In December 2025, Andrea Lucas, the chair of the U.S. Equal Employment Opportunity Commission, invited white men to file more sex- and race-based discrimination complaints against their employers.

“Are you a white male who has experienced discrimination at work based on your race or sex? You may have a claim to recover money under federal civil rights laws. Contact the @USEEOC as soon as possible,” she wrote in a post on X.

In February 2026, the EEOC began to investigate Nike on what the agency said was suspicion of discrimination against white workers.

Both initiatives followed the EEOC’s March 2025 characterization of diversity, equity and inclusion efforts, or DEI, as potentially discriminatory against white men. The EEOC characterization falls within the Trump administration’s larger pattern of calling DEI “illegal discrimination.”

At the Center for Employment Equity at the University of Massachusetts, we have done extensive research on who files discrimination charges with the EEOC.

Given the EEOC’s December 2025 solicitation for white men to file discrimination complaints, we revisited our prior research to see what is known about discrimination against white people and, in particular, what is known about white and white male discrimination charges registered with the EEOC.

As part of our research, the EEOC gave us access to discrimination charges submitted to the agency and state Fair Employment Practices Agencies from 2012 to 2016. By law, all U.S. employment discrimination claims must be submitted to the EEOC, or state agencies with equivalent roles, prior to any legal actions.

While the EEOC has a history of sharing its data with researchers stretching back to the 1970s, the EEOC stopped sharing current and historical data with researchers in 2016. As a result, we do not have any data on discrimination complaints after 2016. Judging by the EEOC’s yearly reports, the basic patterns have not changed much in the interim.

White men already file complaints

When we looked at all sex- and race-based discrimination charges received by the EEOC, unsurprisingly we found that men are much less likely than women to file sex-based discrimination charges. But white men do file about 10% of sex discrimination complaints. While Black, Hispanic and Asian male employees are more likely to file racial discrimination complaints, white men file about 9% of such complaints.

In the same study, when we compared legal charges filed with the EEOC to national survey data, we found that percentages submitting a legal complaint to the EEOC roughly correspond to the percentages of survey-reported experiences of discrimination at work. Together, these two findings suggest that white people generally, and white men in particular, were already filing employment discrimination charges.

A blonde-haired woman speaks in front of a microphone.
EEOC chair Andrea Lucas in December 2025 encouraged white men to file more discrimination complaints against their employers.
AP Photo/Mariam Zuhaib, File

Second, we did a deeper dive on sexual harassment charges. We found that while white men were 46% of the labor force, they filed 11% of sexual harassment charges and 11% of all other charges, most commonly tied to disability and age.

The general pattern is that, while white men already file discrimination charges, they are less likely to experience employment discrimination than other groups.

The risk of filing complaints

Charges filed with the EEOC can result in two types of benefits to the charging party: monetary settlements and mandated changes in workplace practices.

White men who filed sexual harassment charges received some benefit 21% of the time, lower than white women, at 29%. That’s also lower than Black women, 23%, and higher than Black men, 19%. The EEOC already receives discrimination charges from white men and, at least for sexual harassment, treats them similarly to other groups.

Most people who submit a discrimination charge do so to improve their employment experience and those of their co-workers. But submitting these claims to the EEOC or a state Fair Employment Practices Agency is a high-risk, low-reward act.

We found that, at least for sexual harassment, employers responded to white men’s complaints in much the same way as to other groups. White men who filed sexual harassment discrimination charges lost their job 68% of the time and experienced employer retaliation at about the same rate. Retaliation can include firing but also other forms of harassment at work, such as abusive supervision and close monitoring by human resource departments.

A swoosh logo is seen on a building.
The Nike logo is shown on a store in Miami Beach, Fla., on Aug. 8, 2017.
AP Photo/Alan Diaz, File

We found this pattern of employer retaliation and worker firings for all demographic groups that file any type of discrimination complaint. White men who file discrimination charges receive the same harsh treatment from their employers as any other group.

Urging more white men to submit discrimination complaints based on the perceived unfairness of DEI practices, as the EEOC has done, is likely to lead to job loss and retaliation from employers.

What will happen?

It’s possible that EEOC chair Lucas’ call for more discrimination charges from white men will increase the number of filings.

This is exactly what happened after 2012 when the EEOC ruled that the 1964 Civil Rights Act’s prohibition of sex discrimination also protected LGBTQ workers from sexual-orientation and gender-identity discrimination.

More concerning is the EEOC defining employer efforts to prevent discrimination and create inclusive workplaces as discrimination against white men.

In the end, all workers want to be treated fairly and with respect. Employer efforts to create such workplaces should be supported. It would be a better use of EEOC resources to support companies’ efforts to create such workplaces.

The Conversation

When this research was completed the authors received funding from the W.K.Kellogg Foundation, the U.S. National Science Foundation, and the U.S. Department of Labor.

When this research was completed the author received funding from the U.S. National Science Foundation, and the U.S. Department of Labor.

ref. White men file workplace discrimination claims but are less likely to face inequity than other groups – https://theconversation.com/white-men-file-workplace-discrimination-claims-but-are-less-likely-to-face-inequity-than-other-groups-273664

La Chine se réarme à marche forcée, mais peut-elle vraiment rivaliser avec les États-Unis ?

Source: The Conversation – in French – By Laurent Vilaine, Docteur en sciences de gestion, ancien officier, enseignant en géopolitique à ESDES Business School, ESDES – UCLy (Lyon Catholic University)

La Chine se réarme massivement pour réduire son écart avec les États-Unis et consolider son statut de grande puissance. Son budget de défense augmente régulièrement, finance une modernisation rapide (marine, missiles, nucléaire) et place déjà les dépenses militaires de Pékin au rang des toutes premières mondiales, même si Washington demeure loin en tête de classement. Reste que l’Armée populaire de libération n’a plus mené de guerre majeure depuis le conflit sino‑vietnamien de 1979, si bien que l’on ignore comment elle encaisserait, en conditions réelles, une confrontation longue et coûteuse, par exemple autour de Taïwan.


Le réarmement chinois répond à une logique assez claire : il s’agit de rattraper les États-Unis dans la course au statut de première puissance mondiale et de se doter des moyens de reconquérir Taïwan dans les années à venir. Pékin veut dissuader, contraindre et se hisser au rang de superpuissance complète, non seulement économique et normative, mais également militaire. La montée en puissance est impressionnante. Les usines chinoises produisent avions, véhicules, bâtiments de guerre et missiles, entre autres, de manière massive. Reste à savoir si cette montée en puissance, impressionnante, réelle, traduit déjà un avantage face aux États-Unis en cas de confrontation militaire.

Le budget officiel de la défense de la République populaire de Chine (RPC) fait l’objet d’une hausse continue, et ses forces sont modernisées de manière accélérée, notamment en matière navale, nucléaire et de missiles. Le réarmement chinois n’est plus une perspective lointaine, c’est une réalité documentée. Si l’on se réfère aux bases de données internationales, la Chine est désormais parmi les tout premiers acteurs mondiaux en matière de dépenses militaires.

Néanmoins, la puissance militaire ne se réduit ni à la qualité ni à la quantité dde troupes et de matériels qu’un pays peut accumuler. Elle se juge également au travers de l’expérience opérationnelle réelle, de la qualité du commandement et de la capacité à durer en guerre moderne. Un parallèle peut être trouvé en Europe. La Pologne et l’Allemagne ont entamé un processus de réarmement réel. Mais ces armées mettront encore longtemps à devenir aussi performantes que l’armée française, habituée aux interventions extérieures et n’ayant pas la crainte des inévitables pertes humaines.

Un réarmement visible, chiffrable, assumé

Le mouvement se lit d’abord dans les budgets. Le budget de la défense chinoise se situe autour de 250 milliards de dollars (210,7 milliards d’euros), soit environ quatre fois le budget français, même si la RPC est encore loin du budget des États-Unis (autour de 962 milliards de dollars, soit plus de 810 milliards d’euros).

Le montant officiel des dépenses chinoises n’est pas toujours strictement comparable à celui d’autres pays en raison de périmètres budgétaires différents, mais il est l’expression d’une tendance : des hausses régulières, sur la durée, qui financent équipements, entraînement, recherche et développement (R&D) et transformation organisationnelle.

Certes, l’augmentation des dépenses militaires est un phénomène perceptible à l’échelle mondiale ; mais l’effort chinois est particulièrement vigoureux. La zone Indo-Pacifique, qui est la zone directe d’intérêt des Chinois, est devenue un centre de gravité de la compétition stratégique.

Pourquoi maintenant : rattrapage, modernisation, obsession du « retard » à combler

Dans le narratif chinois, la modernisation de l’armée n’est pas qu’un symbole de l’aspiration à devenir la première puissance mondiale en 2049 (année du centième anniversaire de l’avènement de la Chine communiste). La Chine ne veut plus « subir » et a donc décidé de combler, avant tout vis-à-vis des États-Unis, son écart technologique, capacitaire et organisationnel. Il s’agit de passer d’une armée principalement terrestre, très nombreuse en hommes, à un outil capable d’opérations conjointes.

Comme l’indique explicitement le dernier livre blanc officiel chinois, l’interopérabilité des différentes armées (terre, air, mer, espace, cyber) n’est pas totalement achevée et la numérisation du champ de bataille doit être accélérée, afin d’obtenir une force « de classe mondiale » au milieu du siècle. Pour les Chinois, cette modernisation reflète une obsession de crédibilité. En effet, exister comme superpuissance implique, aux yeux de Pékin, d’avoir une armée capable de dissuader, de contraindre et, si nécessaire, de vaincre.

Une logique de compétition avec Washington, mais pas le même type de puissance

La rivalité sino-américaine est centrale dans le réarmement chinois. Il ne s’agit pas seulement d’une course aux budgets mais d’une course aux capacités. Les États-Unis financent une posture mondiale, en rapport avec la superpuissance dominante qu’ils demeurent. Leur armée est structurée dans certaines parties du monde dans le cadre d’alliances, est capable de déploiements multi-théâtres et possède une expérience des opérations extérieures. Autant de capacités dont la Chine n’a pas encore fait la démonstration.

Mais la Chine cherche d’abord à réduire la liberté d’action américaine dans sa zone d’intérêt immédiat. Pour cela, elle aspire à rendre toute intervention de Washington plus risquée et plus coûteuse. Dans ce cadre, Pékin effectue d’importants efforts en matière de missiles, de défense aérienne, de capteurs, de guerre électronique, de capacités cyber et spatiales, tout en développant, comme nous venons de le voir, ses moyens navals et aériens.

L’objectif n’est donc pas nécessairement de « copier » la puissance américaine. Il s’agit de compliquer sa projection de puissance, en saturant les défenses des États-
Unis et de leurs alliés (principalement Taïwan, la Corée du Sud et le Japon).

Taïwan en ligne de mire : dissuader l’intervention, crédibiliser l’option militaire

Taïwan est une obsession chinoise de longue date et justifie en partie la montée en puissance de l’armée de la RPC.

Pékin peut conquérir l’île par divers moyens : la contraindre à se rendre à travers un blocus naval ou l’envahir militairement. Dans tous les cas, la Chine veut pouvoir imposer un fait accompli ou, si l’intervention armée est décidée, décourager l’aide extérieure à Taipei en tablant sur la crainte que pourraient inspirer ses nouvelles capacités.




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Comment la Chine s’y prendrait-elle pour envahir Taïwan ?


La gesticulation régulière à laquelle procède la RPC autour de Taïwan (pression aérienne et navale, exercices, démonstrations de lancements de missiles) a pour fonction de montrer à Washington et à alliés que, sur ce dossier, la détermination de Pékin est absolue. Dans l’optique chinoise, l’objectif demeure de lui faire comprendre que le coût de l’escalade pourrait être très élevé. En rendant l’environnement opérationnel plus contesté, elle rend tout engagement des États-Unis plus coûteux.

Le nucléaire, accélérateur de statut – et de méfiance

Le nucléaire est l’expression parfaite de la bascule chinoise vers la puissance totale souhaitée à l’horizon 2049, parce qu’il touche au cœur de la dissuasion.

Les estimations publiques concluent à une expansion et à une modernisation de l’arsenal chinois, avec l’objectif d’atteindre 1 000 têtes à l’horizon 2030. Une telle progression de l’arsenal chinois modifie les calculs de stabilité stratégique et alimente les inquiétudes régionales.

Certes, les chiffres exacts restent incertains. Mais l’augmentation de l’arsenal nucléaire est une certitude. Ce phénomène change de facto la posture chinoise qui s’éloigne d’une posture de dissuasion minimale – l’équivalent de la « stricte suffisance » française – pour évoluer vers des capacités intimidantes et donc, par définition, plus agressives et démonstratives. L’augmentation de l’arsenal nucléaire chinois renforce le statut du pays, mais accroît aussi la méfiance qu’il suscite et durcit la compétition.

« Puissante sur le papier » : l’angle mort du « combat proven »

C’est ici que la prudence s’impose et doit être répétée. Les matériels, les budgets et les exercices ne remplacent pas l’épreuve du conflit. Or la Chine n’a pas, sur la période récente, l’expérience opérationnelle d’une guerre comparable à celle qui a forgé les réflexes de plusieurs armées, notamment américaine, française, britannique ou russe (même si cette dernière offre plutôt un contre-exemple en termes d’efficacité).

Le fait que la Chine n’ait plus combattu depuis 1979 ne prouve pas une faiblesse intrinsèque, mais questionne l’efficacité réelle de son armée le jour où elle se retrouvera sous stress, face à la surprise. Quelle sera son endurance morale ? Saura-t-elle supporter des pertes et s’adapter quand le plan initial devra être modifié sous la pression de la réponse adverse ? Une partie de la littérature stratégique rappelle au demeurant que moderniser une armée n’est pas qu’un processus technique et industriel, mais relève aussi d’une transformation humaine et organisationnelle.

Guerre moderne : ce que les chiffres ne mesurent pas (coordination, logistique, commandement, attrition)

Le grand public mesure souvent la qualité d’une armée à ses capacités létales. Pour autant, l’efficacité d’une armée se joue également au regard de qualités plus discrètes, telles la logistique, la maintenance, la capacité à durer, la formation des cadres, la circulation de l’information ou encore la résilience des communications sous attaque, comme la guerre entre la Russie et l’Ukraine l’a encore bien démontré, le plus souvent au détriment des Russes.

Un scénario militaire autour de Taïwan, objectif permanent de Pékin, serait un test majeur pour l’armée chinoise. En effet, l’invasion de l’île s’opérerait sous contraintes sévères : opérations maritimes et aériennes complexes ; distances maritimes importantes à parcourir (ce qui implique une grande vulnérabilité des flux) ; intensité de la guerre électronique ; et, probablement, une attrition rapide. Le matériel compte, c’est une affaire entendue. Mais la « capacité système », c’est-à-dire la capacité de planifier, de coordonner, de ravitailler, de réparer ou de remplacer, compte au moins tout autant. La qualité du haut commandement sera également vite testée dans sa capacité à réagir justement et vite dans l’incertitude.

La Chine est-elle capable de rivaliser avec les États-Unis ? Assurément. Est-elle capable de les dominer ? Non, à brève échéance. Mais la question reste ouverte pour les décennies à venir. La Chine a su construire, et continue de le faire, un outil militaire redoutable, surtout dans sa zone d’intérêt immédiat. Son plan de réarmement est cohérent, réel et fait l’objet d’une volonté politique assumée. Pour autant, l’écart est encore grand entre une armée chinoise en construction et sans expérience du combat et une armée américaine, elle aussi en cours de modernisation mais expérimentée. La maîtrise éprouvée d’opérations complexes sous le feu, sur la durée, avec des pertes et des imprévus est ce qui fait d’une armée moderne une armée moderne et efficace. C’est la réduction de cet écart, pas seulement en volume et en budget mais en qualité opérationnelle, qui seule permettra à la Chine de peut-être, un jour, supplanter la domination des États-Unis.

The Conversation

Laurent Vilaine ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La Chine se réarme à marche forcée, mais peut-elle vraiment rivaliser avec les États-Unis ? – https://theconversation.com/la-chine-se-rearme-a-marche-forcee-mais-peut-elle-vraiment-rivaliser-avec-les-etats-unis-275457