Comment savoir si je parle à un chatbot ?

Source: The Conversation – in French – By Zeling Zhong, Enseignante-Chercheuse en Innovation Digitale & Marketing, EDC Paris Business School

GPT-4.5 a réussi à convaincre 73 % des évaluateurs qu’il était humain lors d’un test rigoureux en mars 2025. Or, savoir à qui l’on parle est très important, avec des enjeux notamment en termes de sécurité en ligne.


Vous échangez avec le service client de votre fournisseur d’électricité via un chat en ligne. Les réponses arrivent instantanément : précises, empathiques, légèrement familières et portées par un ton que vous identifiez comme féminin. Pour tester votre interlocutrice, vous posez une question piège et votre interlocutrice répond avec humour. Ai-je échangé avec une véritable conseillère… ou avec un algorithme d’IA sophistiqué ?

Vous n’êtes pas les seuls à éprouver ce doute ! Presque la moitié des utilisateurs de chatbots reconnaissent avoir déjà confondu un agent conversationnel virtuel avec un être humain. Jamais la frontière entre l’humain et la machine n’a été aussi floue.

Mes travaux de recherche récents examinent les mécanismes d’adoption de ces outils. Il est indéniable que nous sommes en train d’entrer dans une ère marquée par ce que l’on pourrait appeler une confusion ontologique, c’est-à-dire une ère où les frontières entre le naturel et l’artificiel deviennent de plus en plus floues pour l’être humain qui a du mal à les distinguer clairement.




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Or, savoir à qui l’on parle ne relève plus uniquement d’une simple curiosité technologique : c’est devenu un enjeu de cybersécurité, de confiance et de bien-être psychologique.

Ne pas distinguer un humain d’un chatbot peut exposer à une confiance excessive dans des réponses qui peuvent être inexactes et à la divulgation imprudente d’informations à caractère personnel. Pour le grand public, savoir identifier un chatbot, comprendre ses limites et évaluer la qualité de ses réponses devient une compétence essentielle pour utiliser ces outils en connaissance de cause.

Pourquoi l’identité de votre interlocuteur change-t-elle tout ?

Aujourd’hui, plus d’un milliard de personnes dans le monde utilisent des chatbots. Il est prévu que ce marché atteigne 60,26 milliards de dollars (51,77 milliards d’euros) d’ici à 2030.

Le secteur de la santé, notamment en ce qui concerne la santé mentale, est témoin de l’émergence des chatbots IA de type compagnon qui sont programmés pour simuler la compassion. Savoir que l’on parle à un algorithme d’IA favorise le maintien d’une distance critique indispensable vis-à-vis des recommandations formulées. Par exemple, si une personne exprime un profond mal-être, un chatbot pourra proposer des exercices de relaxation, mais ces réponses standardisées reposant sur des modèles statistiques ne remplacent pas l’évaluation clinique individualisée et le suivi d’un professionnel de santé.




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Dans le monde des affaires, les entreprises recourent massivement aux chatbots IA afin de réduire les dépenses opérationnelles. La responsabilité juridique peut être engagée dans le cas où un chatbot IA émet une promesse commerciale erronée en raison d’un dysfonctionnement ou d’une hallucination, par exemple, si un chatbot promet par erreur une remise inexistante ou un remboursement sans condition. Qui est responsable de cette promesse ? Le concepteur du chatbot IA, l’entreprise qui l’utilise, ou tout autre acteur impliqué dans sa conception ou sa mise en œuvre ? La clarté concernant l’identité de l’émetteur est essentielle pour établir les fondements du contrat qui définit les responsabilités de chaque partie impliquée.

À l’échelle sociétale, savoir distinguer l’humain des chatbots IA est essentiel pour préserver l’intégrité du débat public. Identifier la nature de son interlocuteur permet d’éviter de confondre un contenu automatisé avec une prise de position authentiquement humaine. Par exemple, lors d’une consultation publique en ligne, un chatbot clairement identifié peut fournir rapidement des informations factuelles sur une réforme sans prétendre porter la voix des citoyens. Les utilisateurs du service public numérique font davantage confiance à un chatbot lorsque celui-ci est clairement identifié comme tel.

Comment identifier un chatbot aujourd’hui ?

Avant tout, pour comprendre son fonctionnement, il faut regarder l’architecture des « transformers », la structure technique derrière la plupart des chatbots modernes. Ces « transformers » sont capables de prédire le mot suivant une suite de mots donnée, grâce aux statistiques : ils donnent juste le mot suivant le plus probable. Savoir que l’on parle à un chatbot IA, c’est se rappeler qu’il ne comprend pas le sens, qu’il n’y a pas de pensée derrière la conversation : le chatbot ne fait que choisir les mots qui ont statistiquement gagné à l’issue de ses calculs.




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Voici quelques astuces de détection utiles pour savoir si l’on parle à un chatbot IA.

Posez des questions qui nécessitent des détails personnels ou des souvenirs à long terme que le chabot IA ne possède pas, par exemple « Tu te rappelles ce que je t’avais dit sur mon premier stage ? » Un être humain serait en mesure de mobiliser un souvenir précis, tandis qu’un chatbot IA ne pourrait que simuler une continuité. Autre test possible : faites référence à une expérience commune implicite, par exemple « On avait finalement choisi quel restaurant déjà ? » Un être humain pourra se souvenir du lieu exact, tandis qu’un chatbot IA tendra à proposer une réponse plausible sans véritable souvenir.

Posez des questions qui permettent de tester les limites du raisonnement de chatbot IA avec des situations absurdes, par exemple : « Explique-moi pourquoi il est impossible d’expliquer cette impossibilité. » Un humain est davantage susceptible de résister à la demande en exprimant un inconfort par rapport à la question posée. Le chatbot IA raisonne comme si la situation était cohérente, même quand elle ne l’est pas, l’action requise demeure irréalisable. Autre exemple : « Décris précisément la couleur d’un triangle invisible. » Un humain soulignera spontanément l’incohérence de la consigne, tandis qu’un chatbot IA cherchera souvent à formuler une explication théorique comme si la question avait un sens pleinement exploitable.

Posez des questions sur des événements récents hyperlocalisés avec une opinion nuancée, par exemple : « En tant que riverain, que penses-tu de la piétonnisation hier de cette rue ? » Les chatbots IA sont entraînés sur des bases de données figées à une date précise. Même si certains sont connectés à Internet, ils ont souvent du mal à commenter les actualités hyperlocales très récentes avec une perspective nuancée. Autre exemple : « Comment as-tu vécu la coupure d’électricité dans notre quartier hier soir ? » Un habitant pourra évoquer des détails précis comme les discussions avec les voisins et l’ambiance dans la rue, tandis qu’un chatbot restera dans des généralités sans véritable ancrage local.

Vers une transparence et une littératie numérique indispensables : l’IA Act et au-delà

Mes travaux récents, au-delà des astuces de détection, invitent à repenser notre relation avec ces interlocuteurs numériques. Notre étude montre que la divulgation de l’identité, c’est-à-dire l’annonce par un chatbot IA de sa nature artificielle, ne réduit pas forcément la satisfaction de l’utilisateur si la qualité informationnelle du chatbot IA est au rendez-vous. La loi européenne, par le biais de l’IA Act, va imposer cette transparence.

À l’avenir, la question sera donc plutôt « Comment optimiser la collaboration avec cette entité que je sais être artificielle ? » Pour les entreprises, il faut se concentrer sur ce qui compte vraiment aux yeux des utilisateurs grand public, c’est-à-dire la performance du chatbot IA permettant de fournir des réponses pertinentes, fiables et de qualité, plutôt que de se contenter de déclarations éthiques génériques ou d’avatars anthropomorphiques attrayants.

The Conversation

Zeling Zhong ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Comment savoir si je parle à un chatbot ? – https://theconversation.com/comment-savoir-si-je-parle-a-un-chatbot-276221

Après la chute d’Assad, les destins contrastés des anciens révolutionnaires syriens

Source: The Conversation – in French – By Léo Fourn, Docteur en sociologie, Institut de recherche pour le développement (IRD)

Examen des trajectoires de cinq anciens révolutionnaires syriens qui ont combattu la dictature de Bachar Al-Assad, en ont payé le prix à différents degrés et, qu’ils se trouvent aujourd’hui en Syrie ou non, considèrent la situation actuelle avec un mélange d’espoir et de crainte. Cet article est issu d’une enquête menée dans le cadre du projet LIVE-AR, financé par l’European Research Council, qui étudie l’impact biographique de l’engagement révolutionnaire en Syrie, en Égypte, en Tunisie et au Maroc.


En mars 2011, le peuple syrien se soulève contre le régime de Bachar Al-Assad, arrivé au pouvoir en 2000 après trente ans de règne de son père, Hafez Al-Assad. Dans le sillage des processus révolutionnaires arabes initiés en Tunisie, des millions de Syriens et Syriennes sortent dans les rues pour demander justice, dignité et liberté. Mais, comme dans les années 1980, le régime baassiste répond par la violence et ce qui a commencé comme une révolution pacifique prend la voie de la militarisation.

L’Armée syrienne libre est ainsi créée en août 2011 : aux côtés de déserteurs de l’armée régulière, des milliers de citoyens décident de prendre les armes pour protéger les manifestants. D’autres s’engagent dans les activités humanitaires, politiques ou de la société civile. À l’intérieur du pays, dans les régions libérées, ou en exil, ces révolutionnaires vivent des ruptures et des bifurcations biographiques. Quinze ans plus tard, leurs trajectoires demeurent marquées par leur engagement révolutionnaire forgé dans le sillage des « printemps arabes ».

Que sont-ils et elles devenus aujourd’hui, un an après la fuite en Russie de Bachar Al-Assad et la chute de son régime ? Comment se projettent-ils et elles dans la nouvelle Syrie ? Sont-ils et elles retournés dans leur pays ? Et, enfin, sont-ils et elles toujours engagés ? Pour donner un aperçu de leurs destinées variées, nous souhaitons retracer ici cinq trajectoires idéal-typiques représentatives de milliers de parcours militants.

Talal : départ définitif et désengagement

Talal est né dans les années 1970 à Daraya, ville située dans la Ghouta orientale, périphérie sud-ouest de Damas. La ville connaît au début des années 2000 un mouvement de résistance civile lors duquel des habitants organisent des cercles de discussion, nettoient collectivement des rues ou ouvrent une bibliothèque – des actions collectives réprimées par le pouvoir baassiste qui emprisonne plusieurs de ses membres. Talal prend part à ce mouvement, nommé les « Jeunes de Daraya », et est lui-même emprisonné pendant près d’un an.

Au printemps 2011, c’est donc sans hésitation qu’il rejoint le mouvement révolutionnaire qui se développe rapidement dans la ville. Menacé d’arrestation pour son militantisme, il quitte le pays en 2013 et s’installe avec sa famille en Jordanie, avant de rejoindre la France en 2017 via la procédure de réinstallation du Haut Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés (HCR).

La famille s’installe alors à Marseille, suivie ensuite par les grands-parents. Talal participe aux rares activités concernant la Syrie organisées dans la cité phocéenne tout en se consacrant, comme la majorité des réfugiés, à sa vie professionnelle et familiale. Il devient alors gérant d’un magasin vendant des produits alimentaires syriens et reste ainsi très proche de la communauté syrienne. En 2026, il réside toujours en France et n’envisage pas un retour prochain dans son pays d’origine. Sa trajectoire illustre le parcours de milliers de Syriens qui, après s’être engagés corps et âme dans le processus révolutionnaire, se sont désengagés une fois en exil.

Asma : activisme pour les droits humains depuis le Royaume-Uni

Le cas d’Asma offre un contrepoint. Asma est née au début des années 1980 à Alep, deuxième ville de Syrie. Après des études universitaires, elle est embauchée comme enseignante dans une école privée. En termes de socialisation politique, son expérience témoigne d’un désir frustré de liberté. Étant issue d’une famille cultivée opposée au régime, elle s’engage au sein de cercles religieux féminins au début des années 2000. En 2011, elle accueille avec joie le soulèvement, qu’elle va rejoindre un mois plus tard lorsque son neveu est arrêté par les forces de sécurité.

Pendant cinq ans, Asma participe activement à la révolution : elle rejoint les manifestations, visite les familles déplacées, prodigue des soins médicaux dans un hôpital de campagne, ouvre plusieurs écoles, écrit une pièce de théâtre et dirige une série diffusée sur Internet. En 2016, après la chute de sa ville, elle trouve refuge en Turquie, où elle est embauchée par une organisation humanitaire syrienne.

Puis, en 2020, elle demande l’asile au Royaume-Uni, où elle réside encore aujourd’hui. Seulement, contrairement à Talal et à la plupart des militants en exil, Asma réussit à professionnaliser son militantisme, qui devient son métier. Désormais, elle se définit comme une « activiste dans l’âme » et une « militante des droits humains ».

Karam : de la lutte armée à un rôle politique au sein du nouveau pouvoir

Si des millions de Syriens vivent encore en exil, le HCR estime que plus d’un million de réfugiés sont déjà retournés dans leur pays. Parmi eux, certains ont su capitaliser leur expérience révolutionnaire : s’appuyant sur un capital social et un savoir-faire acquis ou renforcés à partir de 2011, ils ont pu intégrer aujourd’hui la nouvelle administration. En effet, bien que l’État soit dominé à ce jour par les leaders de Hayat Tahrir al-Cham (HTC), l’ancien groupe djihadiste dont est issu le nouveau président, il inclut également de nombreux anciens révolutionnaires issus de la société civile et d’autres groupes rebelles. Karam fait partie de cette catégorie.

Lorsque la révolution commence, en 2011, il est étudiant en architecture à l’Université d’Alep. Sur les pas de son frère aîné, il prend les armes au sein d’une brigade de l’Armée syrienne libre, dont il devient leader lorsque son frère tombe au combat en 2012. Il poursuit la voie armée jusqu’à la chute de la ville, en décembre 2016. Il rejoint alors sa famille en Turquie où, après une période difficile, il décide de reprendre ses études en architecture. Cependant, ne pouvant oublier ses années de lutte, il retrouve ses activités militantes et rejoint une organisation qui collecte des documents et des témoignages afin d’archiver la mémoire de la révolution.

Lorsque l’offensive menée par HTC et ses alliés débute, fin 2024, Karam prend à nouveau les armes et se joint aux combats jusqu’à la chute de Damas. Par la suite, il se réinstalle à Alep, où il est nommé membre du bureau exécutif du gouvernorat d’Alep.

La trajectoire de Karam n’est pas un cas isolé : elle illustre une tendance remarquable dans la nouvelle Syrie, où les anciens révolutionnaires ont été propulsés vers des postes – dans les ministères, les gouvernorats, l’administration locale ou encore à la tête d’institutions publiques nationales – autrefois monopolisés par les proches du régime Al-Assad.

Nour : militer à l’intérieur de la Syrie nouvelle

D’autres cependant, plus nombreux, poursuivent aujourd’hui leur engagement post-2011 au sein de la société civile qui s’épanouit désormais à l’intérieur du pays. Trois catégories d’acteurs se côtoient ici : celles et ceux qui n’ont jamais quitté les zones contrôlées par Al-Assad ; celles et ceux qui s’étaient réfugiés dans le Nord, où les ONG travaillaient hors du contrôle du régime ; et enfin celles et ceux qui sont revenus d’exil. Nour fait partie de la troisième catégorie.

Lorsque la révolution commence, elle étudie à l’Université de Damas. Elle participe aux manifestations avec plusieurs membres de sa famille. Plusieurs d’entre eux sont emprisonnés ; son oncle est tué. Ses parents décident alors de quitter le pays. Avec eux, elle initie un long périple qui va l’amener à vivre dans quatre pays différents (Arabie saoudite, France, Turquie et Canada).

En 2016, elle est invitée à une conférence à Montréal pour parler de la révolution syrienne. Elle y demande alors l’asile politique et reprend ses études. En parallèle, elle poursuit sa carrière militante : elle travaille pour une organisation humanitaire syrienne, participe à une campagne de protection des enfants réfugiés et rejoint un mouvement politique syrien.

En 2025, malgré sa carrière ascendante et une position relativement confortable dans le pays qui l’a accueillie, elle décide de retourner en Syrie, accompagnée de son mari et de son enfant en bas âge. Depuis Damas, elle continue aujourd’hui à militer pour une Syrie démocratique, inclusive et respectueuse des droits des femmes.

Abu Mohammad : l’amertume après des années de lutte et d’exil

Pourtant, nombreux sont celles et ceux qui, après une participation active et intense au mouvement révolutionnaire, se sont entièrement désengagés aujourd’hui. C’est le cas d’Abu Mohammad, originaire de Douma, une banlieue marginalisée de Damas.

Lorsque le mouvement révolutionnaire démarre, en mars 2011, il a une situation confortable et est propriétaire d’un commerce. Pourtant, quand huit manifestants sont tués, il n’hésite pas à participer aux protestations, qui sont réprimées dans le sang ; il acquiert une certaine notoriété. Un jour, il est arrêté par les militaires avec son père, son frère et quelques centaines d’autres hommes ayant également manifesté. En prison, il est torturé et perd la vue d’un œil. Lorsqu’il est libéré, il rejoint une faction armée ; ce sont des jours de peur et de terreur. En 2012, il est blessé et, un an plus tard, de retour de Jordanie, où il s’est fait soigner, il est à nouveau arrêté aux côtés de sa femme et ses deux bébés. Lorsqu’il est relâché, un an plus tard, il est physiquement et psychologiquement détruit, « mort dans l’âme ».

Il décide néanmoins de rester dans sa ville, qui va subir des attaques aux armes chimiques et un siège par le régime. En 2018, les rebelles qui tiennent la ville se rendent et une grande partie de la population est transférée dans des bus vers Idlib, dans le nord du pays. Abu Mohammad, qui a tout perdu, suit ce mouvement et se réfugie en Turquie, où il va vivre dans une grande précarité pendant deux ans, avant de trouver un travail grâce à l’aide d’amis.

Les jours de lutte semblent désormais lointains, le désespoir et la colère sont grands. En 2025, après la chute du régime, il retourne à Douma auprès de ses parents. Sans salaire et sans aide, la joie d’avoir enfin vu tomber le régime cohabite chez lui avec un fort sentiment d’injustice et d’oppression. À ses yeux, les régions qui ont véritablement fait la révolution sont celles qui ont payé le plus lourd tribut. Pourtant, elles ne semblent pas être prioritaires pour le nouveau gouvernement.

Après la résistance à Assad, résister au nouveau régime ?

Les cinq exemples ici choisis illustrent la diversité des parcours suivis par les anciens révolutionnaires de 2011. Si la violence et l’exil ont pu provoquer un désengagement pour beaucoup, d’autres continuent à militer dans différents domaines jusqu’à aujourd’hui. Ils et elles contribuent à influencer la transition politique et la reconstruction, que ce soit depuis l’extérieur ou l’intérieur.

Face aux velléités hégémoniques incontestables de HTC, les anciens révolutionnaires peuvent donc représenter une force d’opposition. Tous ne sont cependant pas hostiles au nouveau régime et ceux qui le sont agissent dans des marges restreintes, menacées par la consolidation de son pouvoir et de son contrôle sur la société civile. Les plus optimistes espèrent que l’espace politique restera ouvert, les plus pessimistes dénoncent déjà le retour de l’autoritarisme.

The Conversation

Léo Fourn a reçu des financements de l’European Research Council (ERC LIVE-AR).

Laura Ruiz de Elvira a reçu des financements de l’European Research Council (ERC LIVE-AR).

ref. Après la chute d’Assad, les destins contrastés des anciens révolutionnaires syriens – https://theconversation.com/apres-la-chute-dassad-les-destins-contrastes-des-anciens-revolutionnaires-syriens-276995

Immigration : un poids ou un atout pour les finances des communes ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Nur Bilge, Fellow | Docteur en économie, Université de Lille

L’accroissement des recettes des communes liées à l’immigration dépasse celui des dépenses. Pack-Shot/Shutterstock

À l’occasion de la campagne des élections municipales, une question revient dans le débat public : quel est l’effet de l’immigration sur les finances publiques locales ? Explication en données et en graphiques à partir d’une étude menée de 2007 à 2017 (avant la suppression de la taxe d’habitation).


La fin de « l’immigration illégale tolérée », c’est ce que propose le candidat à la mairie de Lyon (Rhône) Jean-Michel Aulas. Au Mans (Sarthe), la tête de liste du Rassemblement national parle de « problème d’immigration ». À Paris, le socialiste Emmanuel Grégoire se pose en candidat qui « défend l’histoire de l’immigration ».

Sur le réseau social TikTok, l’immigration est le sujet qui génère le plus d’engagements – likes, republications, etc. – dans ces campagnes municipales 2026. Au-delà des élections, l’immigration occupe une place centrale dans les débats publics. Les migrants se voient perçus comme une charge supplémentaire pour l’économie. Dans un contexte de finances publiques sous pression, l’idée selon laquelle l’arrivée d’immigrés fragiliserait les budgets des communes est largement répandue.

Les données racontent une tout autre histoire. Si l’on s’intéresse aux effets fiscaux de la migration pour la période 2007-2017, je souligne dans une étude, parue en janvier, que les migrants contribuent positivement aux finances publiques locales.

Définir l’immigration pour comprendre ses effets budgétaires

Il faut d’abord commencer par définir ce qu’est un immigré. Selon le Haut Conseil à l’intégration en 1992, un immigré est une personne née étrangère à l’étranger et résidant actuellement sur le territoire français. Selon cette définition, les données de l’Insee montrent que les immigrés représentent 10,7 % de la population en 2023 – contre 9,7 % en 2017.

Cette carte met en évidence de grandes disparités territoriales : les grands pôles urbains, surtout l’Île-de-France, accueillent une part importante des immigrés, bien au-dessus de la moyenne nationale. En revanche, les départements moins urbanisés, surtout dans le centre et l’ouest de la France, en comptent nettement moins.

Pour faire le lien avec les questions budgétaires, il importe de rappeler que toutes les personnes résidant en France sont imposables, quelle que soit leur nationalité : « Si vous êtes résident fiscal en France, vous êtes soumis à l’impôt sur le revenu en France pour vos revenus d’origine française et étrangère. » Les impôts concernés au niveau municipal sont principalement des impôts locaux prélevés par les communes, tels que la taxe foncière.

Comprendre le budget des communes

Les comptes financiers des communes sont structurés en deux sections : les opérations de fonctionnement (charges de personnel, charges financières, ou subventions) et les opérations d’investissement.

Les recettes réelles de fonctionnement de l’ensemble des collectivités locales sont en hausse au 31 janvier 2026 par rapport au 31 janvier 2025 de 2,6 %, soit + 6,1 milliards d’euros, liées notamment à la hausse des recettes fiscales de 2,7 %, soit + 4,4 milliards d’euros. Les dépenses réelles de fonctionnement des collectivités augmentent de 1,6 %, soit + 3,2 milliards d’euros.

Conformément au cadre légal défini par l’article L.1612-4 du Code général des collectivités territoriales, les communes sont tenues de respecter le principe d’équilibre réel, qui impose l’égalité entre les recettes et les dépenses.

En conséquence, une collectivité locale ne peut ni prévoir de déficit dans sa section de fonctionnement ni financer des dépenses de fonctionnement par le recours à l’emprunt, celui-ci étant exclusivement réservé au financement de l’investissement.

Étude de 2007 à 2017, avant la suppression de la taxe d’habitation

En se fondant sur les données des recensements de population et des budgets des communes françaises pour la période de 2007 à 2017, l’étude que j’ai menée met en évidence que l’immigration n’est pas un fardeau pour les finances locales.

Il est important de préciser que cette étude s’intéresse à l’effet global de l’immigration sur les finances des communes, et non à la contribution ou au coût d’un immigré en particulier. Les budgets des communes ne fournissent pas ce type d’information individuelle ; ce sont des comptes agrégés au niveau communal qui reflètent les recettes et les dépenses totales pour l’ensemble de la population.

La base harmonisée de l’Insee permet toutefois d’obtenir des informations sur les caractéristiques des citoyens et des citoyennes jusqu’en 2017. Ce choix de période est motivé par des raisons fiscales : après 2017, le système a connu des changements importants, notamment la suppression progressive de la taxe d’habitation à partir de 2018, rendant les comparaisons temporelles plus difficiles.

Comprendre l’impact des immigrants sur les finances d’une commune

Dans mon étude, j’ai mesuré l’impact de l’immigration sur les finances d’une commune, en distinguant les sections de fonctionnement et d’investissement, et en analysant chaque poste financier de manière précise.

L’accroissement des recettes dépasse les dépenses de fonctionnement

L’augmentation de la part d’immigrés parmi les habitants d’une commune est associée à une hausse des recettes, mais aussi à une hausse des dépenses de fonctionnement par habitant. En particulier, une augmentation d’un point de pourcentage (différence entre deux pourcentages) de la proportion d’immigrés entraîne une hausse de 1,84 % des recettes de fonctionnement totales par habitant et de 1,77 % des dépenses de fonctionnement totales par habitant.

Capacité d’autofinancement : un gain lié à l’immigration

Cette dynamique se reflète sur la capacité d’autofinancement (CAF) des communes, qui mesure les ressources disponibles pour financer les projets d’investissement, et ce, sans recourir à l’emprunt.

Les estimations montrent qu’une augmentation d’un point de pourcentage de la part d’immigrés est associée à une hausse de 1,89 % de la capacité d’autofinancement et à une légère progression de 0,05 % de la capacité nette d’autofinancement, c’est-à-dire après une prise en compte du remboursement des emprunts.

De facto, une augmentation de la part d’immigrés renforce cette capacité, donnant aux communes plus de moyens financiers pour réaliser leurs projets.

Bilan positif de l’investissement communal

Concernant la section d’investissement, l’immigration est associée à une hausse des ressources disponibles et des dépenses par habitant. Une augmentation d’un point de pourcentage de la part d’immigrés entraîne une hausse de 3,67 % des ressources et de 3,57 % des dépenses d’investissement par habitant.

Comment calculer si les communes ont des ressources disponibles ? Le terme consacré est le besoin de financement, c’est-à-dire la différence entre dépenses et ressources d’investissement. Lorsque les ressources dépassent les dépenses, la commune peut compter sur des fonds disponibles, sinon, elle doit trouver un financement supplémentaire.

L’augmentation de la part d’immigrés n’entraîne pas de pression supplémentaire sur le besoin de financement par habitant et est même légèrement favorable, avec un effet de – 0,065 % sur le besoin de financement, bien que cet effet reste modeste.

Emprunter plus pour investir plus

Pour financer leurs projets, les communes s’appuient sur leurs ressources courantes, les aides publiques et, parfois, sur l’emprunt qui crée de facto de la dette. La dette constitue un poste séparé dans les comptes communaux et correspond ici au stock total de dettes (le montant total dû au 31 décembre de chaque année) ainsi qu’à l’annuité de la dette (le remboursement annuel du capital).

Fin 2022, la dette des collectivités et de leurs groupements (hors syndicats) s’établissait à 159,3 milliards d’euros.

Hausse de la dette, et ce qu’il reste vraiment dans les caisses d’une commune

Une augmentation d’un point de pourcentage de la part d’immigrés est associée à une hausse de 4,17 % du stock de dettes par habitant et de 3,46 % de l’annuité de la dette par habitant. Autrement dit l’augmentation de la population migrante dans une commune s’accompagne en moyenne d’un recours légèrement plus important à l’emprunt, à la fois pour le montant total et le remboursement annuel de la dette.

Si la dette montre comment les investissements sont financés sur le long terme, la liquidité indique l’argent réellement disponible à court terme pour une commune.

Pour savoir si les finances d’une commune sont sous pression, il serait plus pertinent de se pencher sur le fonds de roulement, c’est-à-dire les ressources qui restent après avoir financé infrastructures et investissements durables.

Les résultats indiquent qu’une augmentation d’un point de pourcentage de la part d’immigrés dans la population est associée à une hausse de 1,82 % du fonds de roulement communal, ce qui indique que la présence immigrée ne comprime pas les réserves financières des communes.

Avec l’immigration, un budget qui clôture dans le vert

Le solde global des finances d’une commune (recette et dépense) réagit dans le même sens, avec une hausse de 1,91 %, laissant aux communes la marge nécessaire pour clôturer l’année avec un excédent budgétaire et faire face à leurs engagements financiers.

Au total, même si la dette des communes augmente légèrement, les finances locales ne sont pas mises sous pression par l’immigration. Cette dernière renforce à la fois la trésorerie et la capacité budgétaire des communes, plutôt que de les fragiliser.

The Conversation

Nur Bilge ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Immigration : un poids ou un atout pour les finances des communes ? – https://theconversation.com/immigration-un-poids-ou-un-atout-pour-les-finances-des-communes-275278

Santé mentale et incarcération : comprendre l’impact de la prison

Source: The Conversation – France in French (3) – By Thomas Fovet, Maitre de conférence en Psychiatrie de l’adulte à l’université de Lille, Centre hospitalier régional universitaire de Lille

À l’entrée en prison, de nombreuses personnes détenues présentent des marqueurs de vulnérabilité psychique, tels qu’un passé de troubles psychiatriques ou d’addictions. De nouveaux travaux révèlent que les semaines qui suivent cette période sont des moments clés en matière de prévention du suicide et de sevrage. Ils indiquent aussi que, si la prévalence des troubles psychiatriques semble globalement stable au cours de l’incarcération, les situations varient largement d’une personne à l’autre.


S’il est bien établi que les troubles psychiatriques sont surreprésentés dans les prisons françaises, aucune recherche n’avait jusqu’à présent suivi l’évolution de la santé mentale en milieu carcéral.

C’est à cette lacune que répond l’étude « Épidémiologie psychiatrique longitudinale en prison » (EPSYLON) menée entre 2022 et 2025 dans près d’une dizaine de maisons d’arrêt. Voici ses conclusions.

Une vulnérabilité majeure dès l’entrée en détention

Ce projet national s’est appuyé sur une enquête sociologique et une étude épidémiologique menée en trois temps de mesure, auprès de 1 000 personnes détenues au sein de sept établissements pénitentiaires répartis sur quatre directions interrégionales des services pénitentiaires (DISP). Pour ce volet quantitatif, toutes les personnes entrantes dans les établissements qui ont fait l’objet de l’enquête ont été successivement incluses (entre janvier et juillet 2024 pour les hommes, et entre janvier et septembre 2024 pour les femmes). Elles ont ensuite bénéficié de trois entretiens d’évaluation de leur santé mentale avec des enquêtrices indépendantes (à l’entrée en prison, à trois mois et à neuf mois).

Le premier résultat marquant de l’enquête réside dans les multiples marqueurs de vulnérabilité identifiés dès l’entrée en prison. À l’arrivée en détention, plus des deux tiers des répondants présentent un trouble psychiatrique ou addictologique, actuel ou passé. Plus d’un répondant sur dix a déjà été hospitalisé en psychiatrie et la quasi-totalité des personnes interrogées a été exposée à des évènements potentiellement traumatiques.

Cette vulnérabilité s’accompagne de niveaux élevés de précarité sociale : une personne sur deux vivait hors logement personnel avant l’incarcération et 30 % des répondants étaient au chômage. À cela s’ajoutent des parcours judiciaires précoces, 27 % des personnes ayant connu au moins une mesure pénale durant leur minorité.

Une apparente stabilité qui cache une réalité contrastée

Dans l’ensemble, notre étude met en évidence une relative stabilité de la prévalence des troubles psychiatriques en maison d’arrêt au cours du temps : à chacun des temps de mesure – à l’entrée, à trois mois et à neuf mois – environ 40 % des personnes évaluées présentent un trouble psychiatrique ou addictologique actuel.

Seules les prévalences du risque suicidaire et des addictions diminuent au cours des trois premiers mois de détention. Ces risques restent cependant particulièrement élevés, y compris après les premiers mois de détention, tout comme les niveaux des troubles psychiques.

Ce phénomène semble traduire les difficultés spécifiques de l’entrée en prison. Il souligne combien cette période constitue un moment clé du parcours carcéral, appelant une vigilance accrue en matière de prévention du suicide et de prise en charge du sevrage.

Ce constat est largement étayé par le volet qualitatif de notre enquête, qui montre que l’entrée en détention est vécue comme une expérience profondément déstabilisante, tant du fait des ruptures qu’elle génère dans les parcours biographiques des personnes détenues que des conditions d’incarcération au sein du quartier nouveaux arrivants, systématiquement décrites comme particulièrement éprouvantes.

Par ailleurs, l’apparente stabilité de la fréquence des troubles au cours de la détention masque en réalité des trajectoires individuelles extrêmement variées, marquées par des améliorations ou des dégradations de la santé mentale.

Ces résultats peuvent être interprétés à la lumière de facteurs propres à l’environnement carcéral. Le sentiment d’isolement évoqué par un tiers des répondants est par exemple associé à une détérioration de la santé mentale. Il en est de même pour l’expérience de violences en détention, rapportée par un participant sur cinq.

Notre enquête met également en évidence l’insuffisance de l’accès au travail, à une formation ou à des activités, alors même qu’il s’agit d’un déterminant de la santé mentale bien identifié en milieu pénitentiaire.

Quelles pistes d’amélioration ?

Alors que le ministère de la Justice a annoncé en début d’année vouloir mettre en place des établissements pénitentiaires consacrés à l’accueil des personnes détenues souffrant de troubles psychiatriques, notre enquête montre à quel point l’environnement carcéral peut être délétère pour la santé mentale.

Nos résultats permettent d’envisager plusieurs axes d’amélioration, respectueux des grands principes éthiques du soin en prison. Il apparaît indispensable d’accompagner l’entrée en prison, d’améliorer les conditions de détention et d’optimiser l’accès aux soins en milieu pénitentiaire afin de garantir une qualité de soins équivalente à celle offerte en population générale.

Pour autant, ces mesures, seules, ont toutes les chances de s’avérer insuffisantes dans un contexte où les prisons françaises font face à une surpopulation carcérale inédite. Au-delà des soins en prison, il importe donc de repenser l’amont en luttant contre les inégalités sociales de santé afin d’améliorer le dépistage et la prise en charge des troubles psychiatriques, mais aussi faciliter l’orientation des personnes souffrant de troubles sévères vers des dispositifs sanitaires.

The Conversation

L’étude EPSYLON a été financée par la Direction de l’Administration Pénitentiaire (DAP).

Kevin D’Ovidio a été employé en tant que démographe par la Direction de l’Administration Pénitentiaire de 2015 à 2018.

Clément Beunas ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Santé mentale et incarcération : comprendre l’impact de la prison – https://theconversation.com/sante-mentale-et-incarceration-comprendre-limpact-de-la-prison-275328

Municipales : quel cap pour Les Écologistes ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Alexis Vrignon, Historien et maître de conférences à l’université d’Orléans, Université d’Orléans

À la veille des élections municipales, le parti Les Écologistes peine à rester uni derrière le cap politique fixé par sa direction. Un retour sur l’histoire de cette formation politique éclaire ce qui structure ces divisions internes.


À l’approche des élections municipales (les 15 et 22 mars 2026), une certaine fébrilité semble prédominer chez Les Écologistes qui craignent de perdre des mairies emblématiques gagnées ou conservées en 2020 (Lyon, Bordeaux, Besançon, Strasbourg, Grenoble, Annecy, Poitiers). Le 26 janvier dernier, une tribune signée par un « ensemble de militant·es écologistes » remettait en cause les choix faits par la direction nationale, l’accusant de se placer sous la dépendance du Parti socialiste (PS). Celle-ci a réagi en suspendant une trentaine de signataires, décision peu commune pour un parti traditionnellement tolérant sur l’expression de lignes divergentes. En réponse, plusieurs cadres et élus, à Montpellier, à Marseille et surtout à Paris, ont annoncé leur ralliement à des listes menées par La France insoumise (LFI).

Nombreux sont les commentateurs qui ont souligné combien cet épisode traduisait la propension récurrente des Écologistes à se déchirer. La campagne des municipales n’est pas finie, celle de la présidentielle n’a pas encore réellement commencé. La période est si incertaine qu’il est périlleux d’inférer de cette situation quelque prédiction que ce soit quant aux prochaines échéances électorales. En revanche, un coup d’œil rétrospectif peut être instructif pour comprendre la culture politique singulière et composite des Écologistes, d’abord connus comme Les Verts (1984-2010) puis Europe Écologie-Les Verts (EELV, 2010-2023), auxquels s’ajoute une myriade de petites formations plus ou moins durables.

Une culture politique composite dès les origines

Les Écologistes constituent une famille politique désormais bien enracinée dans le paysage partisan français. Son originalité vient de sa volonté d’associer la résolution de la crise écologique à une transformation profonde de la société. Une telle approche est compatible avec des options idéologiques très diverses. Que l’écologie politique s’ancre à gauche n’est ainsi pas une évidence.

Lorsque cette nouvelle proposition politique émerge dans les années 1970, sa critique du productivisme et de la centralité ouvrière comme sujet révolutionnaire (deux options portées notamment par le Parti communiste français) ne s’associe pas de façon évidente à la défense de la nature, alors encore considérée comme une valeur de droite, romantique et nostalgique.

Les trajectoires de ses militants peuvent être aussi bien marquées par un passage par l’extrême gauche que par des positions centristes ou sociales-démocrates. La culture politique qui anime ces militants, ainsi que les cadres du parti, est depuis ses origines composite et demeure longtemps marquée par un sentiment d’extériorité à l’égard du champ politique classique. C’est la fameuse aspiration à « faire de la politique autrement » qui peut s’incarner en des sensibilités diverses. En ce sens, l’analyse souvent employée chez les Grünen – l’équivalent allemand de nos Écologistes – qui distingue les « Fundis » (« radicaux ») et les « Realos » (« réformistes ») n’est pas inutile pour comprendre le cas français.

Un fonctionnement interne marqué par les crises

Malgré cette diversité, il existe de longue date une aspiration à rassembler au sein d’un même parti l’ensemble des militants se reconnaissant dans l’écologie politique. Pour cela, des efforts réguliers ont été menés pour inclure des représentants des associations de protection de la nature ou des figures des quartiers populaires, d’une manière moins anecdotique qu’on ne l’a parfois cru dans un parti souvent caricaturé comme s’adressant à l’archétype urbain du « bobo ». En 2010, le parti Europe Écologie-Les Verts (EELV) est né de cette aspiration à dépasser le cercle étroit des militants historiques pour s’ouvrir à de nouveaux profils, avec toutefois un succès limité.

Cette culture écologiste composite a longtemps déterminé les institutions des Verts puis d’EELV. Complexes, celles-ci étaient marquées par plusieurs principes fondateurs. Outre la parité, mise en œuvre à partir des années 1980, la subsidiarité est essentielle : les décisions doivent être, en principe, décentralisées pour être prises à l’échelon le plus proche possible du terrain. Enfin, les modes de scrutin faisaient la part belle à la proportionnelle, y compris pour la désignation de la direction du parti.

Ces institutions permettaient à des tendances diverses de cohabiter au sein d’une même structure, ce qui n’allait pas sans crises régulières. En 2003, Dominique Voynet quittait ainsi par surprise la direction du parti en déclarant qu’elle voulait « poser la cible qu’elle a[vait] dans le dos ». Au cours du quinquennat de François Hollande, EELV se déchire après avoir obtenu pour la première fois un groupe à l’Assemblée nationale : près d’un tiers des députés écologistes élus en 2012 rejoignent les rangs macronistes en 2017.

La direction du parti, structurellement entourée de contre-pouvoirs et sans mandat politique de premier plan, peine à s’imposer face à un groupe parlementaire plus nombreux et plus médiatique. Noël Mamère, député de Gironde de 1997 à 2017, est également maire de Bègles – en dépit des positions du parti quant au refus du cumul des mandats – et bénéficie à ce titre d’une visibilité dans l’opinion souvent bien supérieure aux cadres du mouvement. On retrouve aujourd’hui des dynamiques comparables : élue députée en 2022, Sandrine Rousseau a longtemps eu une aura médiatique supérieure à celle de Marine Tondelier, pourtant secrétaire nationale d’EELV.

Une transformation du parti sur le temps long pour l’adapter à la politique professionnelle

Une culture politique composite, des institutions complexes, un leadership contrarié : tout semble, à première vue, conforter l’idée selon laquelle Les Écologistes se seraient enfermés dans des schémas peu adaptés à la vie politique actuelle.

Pourtant, depuis le succès des régionales de 2004, les professionnels de la politique – notamment les élus et leurs collaborateurs – s’affirment au sein du parti. D’abord porteurs de mandats locaux, certains sont devenus, au cours des années 2010, des parlementaires nationaux.

Par ailleurs, depuis la direction de Cécile Duflot (2006-2012), le parti s’efforce de réformer ses institutions pour renforcer l’exécutif. Marine Tondelier a ainsi proposé en ce sens une élection du ou de la secrétaire nationale au scrutin majoritaire et non plus à la proportionnelle.

À l’heure des municipales, des défis de stratégie électorale

À l’heure actuelle, Les Écologistes sont confrontés à une série d’interrogations sur leur avenir politique. La crise des gilets jaunes ainsi que le backlash écologique limitent la capacité du parti à aller au-delà de sa sociologie électorale traditionnelle (essentiellement urbaine et diplômée). Les ruralités, les quartiers populaires ou encore les villes moyennes constituent ainsi des fronts pionniers que l’ensemble du mouvement s’efforce d’investir dans le cadre de coalitions de gauche, perçues comme une condition de la victoire, parfois au prix de la visibilité du parti.

Par ailleurs, les désaccords internes restent nombreux. Ils portent d’abord sur la place du parti au sein de la gauche. Il a toujours existé une tendance décidée à affirmer l’autonomie des écologistes, mais celle-ci est d’autant plus influente que le mouvement obtient des succès électoraux. À l’inverse, les périodes de difficultés – comme celle que le parti traverse actuellement – sont propices à des alliances.

Dans les années 2000, les accords avec un PS alors prédominant à gauche permettaient d’obtenir davantage d’élus, au risque d’apparaître comme un satellite politique, avant tout chargé des seuls enjeux environnementaux.

De même, à l’occasion des législatives anticipées dues à la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024, de nombreux députés écologistes ont été élus avec l’appui de La France insoumise (LFI). Les positions des deux groupes parlementaires ont ainsi souvent été proches. Cette proximité est en décalage avec la direction du parti, Marine Tondelier visant au contraire à conserver le plus de mairies possible par le biais d’accords avec le PS.

Des débats persistants sur la ligne politique à suivre

Ces préoccupations s’accompagnent de débats internes autour de la ligne politique à tenir. Plusieurs approches cohabitent en effet toujours chez Les Écologistes.

Une première approche consiste à se saisir de valeurs nouvellement défendues par les mouvements sociaux pour leur offrir une traduction politique : c’est le sens des propositions décoloniales et écoféministes qui émergent au sein du parti depuis une dizaine d’années. Concevoir le parti comme une chambre d’écho ou de traduction des mouvements sociaux dans le champ politique constitue par ailleurs un point d’accord avec LFI, comme l’incarne la ligne portée par Sandrine Rousseau.

Une autre approche consiste à faire du climat la matrice d’une offre politique écologiste centrée sur des solutions concrètes, notamment techniques et organisationnelles. L’objectif, notamment selon Yannick Jadot, est de permettre l’essor d’une large coalition en politique comme dans la société civile, au-delà même du clivage gauche-droite.

Enfin, une dernière perspective entend faire de l’écologie une social-démocratie rénovée, enrichie de propositions environnementales pour refonder la gauche. C’est la stratégie du « trait d’union », portée à l’heure actuelle par Marine Tondelier, qui s’accompagne d’une volonté d’élargir la sociologie électorale traditionnelle des écologistes.

Ces propositions sont autant de divergences stratégiques, personnelles et parfois idéologiques. Comme il est souvent de coutume au sein des partis politiques, les résultats électoraux à venir viendront déterminer, en partie du moins, l’équilibre des forces entre ces différentes tendances au sein du parti.

The Conversation

Alexis Vrignon est membre de la Fondation de l’Ecologie Politique (FEP).

ref. Municipales : quel cap pour Les Écologistes ? – https://theconversation.com/municipales-quel-cap-pour-les-ecologistes-271491

Glasgow fire: how treasured buildings influence our sense of belonging and connection

Source: The Conversation – UK – By Sarah Kerr, Lecturer in Archaeology and Radical Humanities, University College Cork

For many Glaswegians, the fire that has destroyed the Union Corner building next to Glasgow Central station is an unsettling reminder of fires that obliterated the city’s famous School of Art, first in 2014 and then again in 2018 while undergoing restoration.

Central Station is the busiest in Scotland with 25 million visitors a year. Even more pass by its grand gated entrance, bordered by a number of Victorian-era buildings like Union Corner. Built in the mid-19th century where Union Street and Gordon Street meet, the building’s famous dome (behind which brightly lit adverts acted as a beacon guiding people to the station beneath) and Victorian façade on Union Street have collapsed.

The fire will have obvious economic consequences for the city, particularly through the loss of businesses caught in and close to the fire. But the emotional effect of the fire will be felt by the city’s residents and visitors, particularly if the building lies in ruins indefinitely.

The value of built heritage and losing a building that is part of the fabric and history of a place extends beyond economic effects to something more emotional. This threat to different communities’ sense of place and cultural identity could be a catalyst for collective action.

A sense of belonging

Our built heritage has a considerable influence upon those who view and experience it. It can generate joy and even improve mental health. It also contributes to our sense of place; that is, our emotional attachment to a landscape such as an urban area. It derives from the character and distinctiveness of a place, which people perceive, in part, through buildings. As the fabric of the city, buildings and their environment act as a stage upon which social and cultural networks are made and reinforced.

Similarly, cultural identity is an implicit feeling emerging from the sense of belonging to a particular culture. It is multi-faceted and dynamic, drawing on the past while remaining permeable to the present. It can be considered a historical reservoir, created from representations of a shared past, amongst numerous other factors.

Continuity of cultural identity may rely on material continuity of the place. These important yet implicit aspects of daily life are affected when changes occur to the built fabric of a landscape, such as the loss of Glasgow’s historic buildings.

Glaswegians have faced this before in recent memory. Directly opposite Union Corner is the ornate C’a d’Oro building, built in 1872 to emulate the grandeur of the original building in Venice. It was destroyed by fire in 1987, rebuilt and reopened just three years later.

A strong desire persists among Glasgow’s citizens to see the Art School (known affectionately as “the Mack”) rebuilt again, but renovation is yet to start thanks to a series of ongoing wrangles. The time lag of restoration in Glasgow is further evident at the Egyptian Halls, a category A-listed building, also on Union Street. It faces an uncertain future after lying empty for 30 years.

Public outcry and support

The sense of place created through built heritage often extends beyond the local community. The National Museum of Brazil in Rio de Janeiro went on fire in 2018, destroying not only the early 19th-century building but nearly all of the artefacts and documents it housed. An immeasurable loss that led to global outcry, it was likened to the burning of the library of Alexandria in 48BC. There were immediate calls for the restoration of the building and it is due to reopen in the next year.

A few months later, in 2019, Notre Dame cathedral in Paris was severely damaged by fire. Just like the Mack in Glasgow, this occurred during restorative works. The emotional connection to the historic building resulted in international outpouring of support, as well as financial aid from donors in 150 countries, which saw €750m (£650m) raised in ten days.

The connection between built heritage and cultural identity was evident in the decision – which was not uncontroversial – to rebuild the cathedral in line with 19th-century ideas of the medieval period. This envisioning dictated the cathedral’s first major restoration in 1844 under architect Eugène Viollet-le-Duc.

Designated a UNESCO (United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization) World Heritage Site, it was this version of the 800-year-old building with which most people were familiar and emotionally connected. It was therefore favoured over modern reimaginings or indeed interpretations focusing on other periods of the building’s long existence.




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The public demand to restore The National Museum of Brazil and Notre Dame was not driven by the economic potential of the heritage assets. Rather, a collective sense of place was profoundly affected, which transformed into action. This is seen on a smaller scale when the climate crisis causes incremental damage to built heritage.

Preservation and conservation are almost constantly called for despite growing acknowledgement that not all built heritage can be saved in the face of the climate crisis. There have been attempts to save structures before they are lost, such as the dismantling and removal of the Cruester Burnt Mound structure, a Bronze-age building on the Shetland island of Bressay, into the local heritage centre.

This collective action can extend from heritage preservation to focus on the cause of the initial problem. Greater awareness about the inevitable loss of late medieval castles in West Cork, Ireland, has instigated climate action among the local community.

This powerful yet unquantifiable sense of place and its connection to cultural identity can be a catalyst for positive action, particularly when supported by those with the power to enact and accelerate change. The full effect of the fire in Glasgow is yet to be realised, but the city’s experience of previous fires has demonstrated that collective action will likely emerge from the ashes.

The Conversation

Sarah Kerr does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Glasgow fire: how treasured buildings influence our sense of belonging and connection – https://theconversation.com/glasgow-fire-how-treasured-buildings-influence-our-sense-of-belonging-and-connection-277982

How a grassroots UK campaign sparked a multi-billion-dollar exit from public fossil fuel finance

Source: The Conversation – UK – By Freddie Daley, Research Associate, Centre for Global Political Economy, University of Sussex

In 2021, dozens of governments quietly agreed to stop using public money to finance fossil fuel projects overseas.

Their pledge – now known as the Clean Energy Transition Partnership (CETP) – has helped drive a 78% reduction in public finance for fossil fuel projects among signatory countries.

What makes this especially striking is where the idea came from: a grassroots campaign in the UK initially targeting the government’s export credit agency.

With governments withdrawing from climate commitments, and some administrations – most notably Trump’s – tying them to security and trade deals, international climate cooperation is increasingly fragile. Yet the CETP stands out as a genuine success among a litany of failed international climate initiatives. My new research set out to understand what made it such a success.

Climate policy (and campaigning) is messy

Many assume that international climate commitments emerge from polite diplomatic negotiations, with small changes accumulating over time. The reality is far messier. Domestic and international climate policy is fiercely contested and victories are only ever provisional, with each settlement shaping the terrain for the next battle.

My research, based on interviews with campaigners and policymakers, shows that the partnership came about through a series of political confrontations – “battle-settlement events” in the academic lingo – moments when activists, governments and institutions clashed and new compromises emerged.

The CETP traces back to a UK grassroots campaign from 2017 onwards led by environmental and human rights campaign organisations including Global Witness and Oil Change International, partly inspired by a parallel European push targeting the European Investment Bank over its fossil fuel financing.

Campaigners initially pushed for a full fossil fuel phase out. However, they soon switched to a more strategic target: UK Export Finance (UKEF). They saw this as a more achievable battle that would provoke less resistance from industry and politicians.

UKEF is a government agency that helps UK companies sell goods and services abroad. It provides loans, guarantees or insurance to reduce the financial risk of exporting.

Campaigners built up evidence and pushed parliament to investigate. The resulting 2019 House of Commons committee report found that 96% of UK Export Finance’s energy sector support went to fossil fuel projects, predominantly in low- and middle-income countries, and called for a halt by 2021. Despite these damning findings, Theresa May’s government initially refused to budge.

So campaigners upped the ante. They drew attention to the contradiction between the UK’s climate leadership rhetoric and its public funding of fossil fuel projects linked to conflict and displacement overseas. Former UN secretary-general Ban Ki-moon weighed in to urge the UK to “recalibrate its export finance policy”, while activists from the climate campaign group Extinction Rebellion covered the Treasury in red paint to symbolise its claims the government was complicit in violence and suffering. People I interviewed who were involved at the time said this created “insurmountable pressure” on the government to act.

The Cop spotlight

The announcement in August 2019 that Glasgow would host a major UN climate summit transformed the campaign. The summit, known as Cop26, became an opportunity to both expose the gap between UK climate ambition and its export policy, and to use any domestic win as a launchpad for coordinated international action.

The government felt it too. The then prime minister, Boris Johnson, wanted to use the summit to cement his image as a climate-friendly conservative, and a restructured “Cop Unit” within the Cabinet Office had genuine agency to develop ambitious policy ideas and secure buy-in across government.

Though Cop26 was delayed until 2021 due to COVID, this gave campaigners more time to build internal support and sustain the narrative that the UK government was a “climate hypocrite” in reputable outlets like the Financial Times and The Times. Johnson’s government eventually conceded, announcing a unilateral ban on public finance for overseas fossil fuel projects in December 2020. Given that his government was simultaneously consumed by Brexit and internal power struggles, it was a massive achievement.

Glasgow and beyond

With the UK ban secured, attention turned to getting other countries on board. The Cop Unit used the UK’s diplomatic relationships to convince other governments to make similar commitments at Cop26, pointing to the UK ban as proof of concept.

person holds 'don't cop out' placard
Protesters outside the UN climate summit in Glasgow, November 2021.
Toby Parkes / shutterstock

On the conference floor, campaigners and UK officials played ambitious governments off each other in a spirit of friendly competition. Those I interviewed for my research noted that some countries signed up before fully understanding what was required, causing some delegations to get a shock when they realised.

As the summit closed, 34 countries and five public finance institutions signed the Glasgow Statement on aligning international public finance with climate change goals. Signatories to this statement, which would go on to become the CETP, included major fossil fuel funders like Canada and the US.

Walking the talk

Then came the hard part. Keeping up momentum meant regular meetings with signatories to troubleshoot implementation, while domestically the initiative had to survive an attempt by Liz Truss’s short-lived government to kill it altogether. That threat was repelled, and arguably strengthened the initiative by reinforcing signatories’ commitment.

Implementation remains uneven. Most signatories have ended or curtailed fossil fuel finance, and the CETP has cut between US$11.3 billion (8.4 billion) and US$16.3 billion in annual public finance to fossil fuel production.

But the critical counterpart – scaling up public finance for clean energy – has lagged badly. The CETP’s own data shows clean energy financing actually fell between 2022 and 2023. The US has since exited under Trump and some signatories, including Italy and Switzerland, are still way behind on both stopping fossil finance and scaling up finance for renewables.

Yet the CETP’s impact is real. It has redirected tens of billions away from projects that would have locked in fossil fuel infrastructure for decades, and demonstrated that coordinated civil society pressure can shift both domestic policy and international norms. In a political environment where climate ambition is being systematically dismantled, that matters.

The partnership’s future is uncertain. But its journey – from a small UK campaign targeting export finance to a global coalition of governments – shows that domestic activism can still lead to ambitious and durable policy change.

The Conversation

Freddie Daley does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. How a grassroots UK campaign sparked a multi-billion-dollar exit from public fossil fuel finance – https://theconversation.com/how-a-grassroots-uk-campaign-sparked-a-multi-billion-dollar-exit-from-public-fossil-fuel-finance-277850

Nine years to diagnosis: the challenge of spotting inflammatory arthritis and the role of first contact physiotherapists

Source: The Conversation – UK – By Sarah Golding, Postgraduate MSK Lecturer, School of Sport, Rehabilitation and Exercise Sciences, University of Essex

Dragana Gordic/Shutterstock

Joint pain is often dismissed as ageing, overuse or a minor injury. But for some people it is the first sign of inflammatory arthritis, a group of immune-driven conditions that can damage joints and other organs if not treated promptly.

Inflammatory arthritis can take years to diagnose and receive treatment, with some forms taking an average of nine years. During that time, persistent inflammation can lead to irreversible joint damage, fatigue and reduced mobility.

Although there is no cure, advances in medication over the past 15 years mean many people can live full and active lives. Outcomes are best when treatment begins quickly, ideally within the first three months, often described as a critical “window of opportunity”.

Inflammatory arthritis is less common than osteoarthritis and is managed in different ways. It occurs when the immune system mistakenly attacks the body’s own tissues, particularly the lining of joints. The exact cause is often unclear.

It can begin at any age, including in childhood, and often starts in the hands and feet. Some forms affect just the spine and pelvis. Other parts of the body such as the skin, eyes, heart and lungs may also be involved. Joints can become swollen, warm and tender, and many people experience morning stiffness that lasts for hours and improves with movement rather than rest.

Early symptoms can be subtle and easy to overlook. Stiffness may be blamed on sleep, swelling on overuse and fatigue on stress or ageing. This can contribute to delays in referral and specialist assessment.

How inflammatory arthritis differs from osteoarthritis

Osteoarthritis is different. It is strongly associated with age and most often affects people from midlife onwards, particularly in the knees, hands and hips. It usually develops gradually and becomes more common with advancing age.

Inflammatory arthritis, by contrast, is driven by the immune system and often causes prolonged morning stiffness, visible swelling and fatigue that do not improve with rest or simple activity. Although osteoarthritis is far more common globally, affecting more than 600 million people, over 18 million people live with rheumatoid arthritis, the most widely recognised form of inflammatory disease.

Despite these differences, early-stage arthritis can be difficult for healthcare professionals to distinguish. Symptoms often overlap, and no single test confirms the diagnosis. Blood tests and imaging can support assessment, but results are not always definitive. Because treatment varies depending on the type of arthritis, accurate and timely diagnosis is essential.

Medications for inflammatory arthritis aim to control the immune response and reduce inflammation. These include steroids, which are generally not suitable for long-term use, and disease-modifying anti-rheumatic drugs (DMARDs). When introduced promptly under specialist care, these treatments can reduce symptoms and slow disease progression. Some people reach remission: inflammation is well controlled and symptoms are minimal or absent. A small proportion are even able to stop medication under specialist supervision.

Treatment for osteoarthritis focuses on managing pain and improving function. There are currently no medications that reverse the condition or target its underlying cause. Paracetamol, anti-inflammatory drugs such as ibuprofen, and steroid injections may help relieve symptoms. Non-drug approaches are important for both inflammatory arthritis and osteoarthritis. These include exercise, walking aids where needed, heat and cold therapies and some complementary approaches. Lifestyle also plays a key role. Maintaining a healthy weight, stopping smoking and staying physically active can all improve outcomes.

Why early assessment matters – and who to see first

Reaching specialist care quickly can make a significant difference. In the UK, new roles in primary care are helping people be assessed sooner. First contact physiotherapists (FCPs) working in GP surgeries can recognise early symptoms of inflammatory arthritis and refer patients to rheumatology specialists to begin appropriate treatment. They assess people with joint and muscle problems, request tests where appropriate and provide advice on treatment and long-term outlook. If specialist care is needed, they arrange referral directly.

First contact physiotherapists have been part of UK primary care for more than a decade. Evidence suggests the role is safe, cost effective and beneficial to patients, with patients reporting high satisfaction and doctors expressing confidence in physiotherapists’ expertise.

Arthritis is a leading cause of pain, stiffness and disability worldwide. For people with inflammatory forms of the disease, delayed recognition remains one of the biggest barriers to effective treatment. Symptoms can resemble more common joint problems, slowing referral to specialist care at the point when treatment would be most effective.

If you notice persistent joint swelling, warmth or morning stiffness that lasts more than an hour or improves with movement, assessment is important. There are UK-based websites that include symptom checkers to help people understand when to seek advice. Many GP surgeries in the UK offer appointments with first contact physiotherapists, which can usually be requested directly.

Joint pain is common and often harmless. But when symptoms persist, involve visible swelling, or do not behave like typical “wear and tear”, they should not be ignored. Prompt assessment and appropriate referral give people the best chance of protecting their joints, preserving mobility and maintaining quality of life.

The Conversation

Sarah Golding does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Nine years to diagnosis: the challenge of spotting inflammatory arthritis and the role of first contact physiotherapists – https://theconversation.com/nine-years-to-diagnosis-the-challenge-of-spotting-inflammatory-arthritis-and-the-role-of-first-contact-physiotherapists-276026

How driverless vehicles can be made safer for deaf and hard of hearing people

Source: The Conversation – UK – By Wenge Xu, Senior Lecturer in Human-Computer Interaction, School of Computing, Birmingham City University

Self-driving cars are very much a reality and no longer a vision from science fiction. In the UK, automated vehicles (AVs) such as self-driving shuttles are already being tested on public roads.

Self-driving taxi services are expected to launch in 2026, and the Automated Vehicles Act is scheduled for implementation in 2027. This act establishes the legal groundwork for driverless cars to operate on Britain’s roads.

As these vehicles move from research labs to our streets, one question becomes critical: how will they communicate safely with the people around them? Researchers and designers have proposed installing equipment on the vehicles called external human–machine interfaces. These are designed to help driverless vehicles signal their behaviour to pedestrians and other road users (cyclists, wheelchair users and human drivers).

The driverless vehicles would employ pulsing lights around the vehicle, text displays showing the car’s intentions, and auditory cues that announce forthcoming actions, such as “I’m stopping” or a truck-like reversing sound.

However, much of this research still overlooks people with disabilities, including pedestrians with hearing loss. When accessibility isn’t built in from the start, the resulting designs often fail. So how can this be improved?

There are many examples of where current driverless vehicles fall short. Text-only displays may appear universal, but they can be less accessible for people whose primary language is sign language. They are also inacessible to blind people. Auditory cues, such as hums or droning sounds, could help the blind, but are difficult or impossible to detect for many people with hearing loss – even those with hearing aids.

Speech-based cues, meant to help people with low vision, can unintentionally introduce new risks. Hearing loss can distort speech, so a message like “I’m stopped” may be heard only as “stop” – completely altering its meaning.

One size fits all

Driverless vehicles are not inherently unsafe for deaf and hard of hearing people – the challenge lies in a design process that assumes a universal, one-size-fits-all approach. Historically, communication interfaces in regular vehicles have been built with an assumed “typical” hearing pedestrian in mind.

When accessibility becomes an afterthought, communication becomes unreliable, and the systems meant to increase safety may end up excluding the people who need them most. Technology alone cannot solve this problem.

Man with hearing aid
Cars could use lights and text to signal their ‘intentions’ to deaf people.
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Only thoughtful, inclusive design can. Our research shows that combining visual (pulsing lights and a text display) and audio (speech) cues can significantly increase trust and support safer decisions for pedestrians in general. But much more development is needed to ensure these communication interfaces are equitable for all people with special needs.

This gap between technological promise and lived experience reflects a broader pattern. Even though the Automated Vehicles Act aims to improve accessibility, most research in this area in this area still neglects people with special needs, including those with hearing loss.

If we want driverless vehicles to create more accessible streets – and not merely introduce new barriers – then people with special needs must be included in research, design and policy from the beginning.

Drawing on a series of user studies, we offer several practical recommendations to guide industry, researchers and policymakers toward a safer, more inclusive driverless car ecosystem.

Manufacturers should include diverse populations in the design and evaluation of their vehicles. We found that pedestrians with hearing loss may experience external human–machine interfaces differently from hearing people. Designers cannot fully anticipate the potential risks unless they inclusively involve user testing groups.

People need to understand not just that a vehicle exists, but what it intends to do. Displaying the vehicle’s “state”, such as “stopped”, and transitions, such as “slowing down”, helps pedestrians accurately judge the situation and feel more assured.

Combining audio and visual cues increases trust, acceptance and perceived safety. No single mode of communication is effective for everyone, but together, they offer back-ups and clarity.

Relying on just one type of visual cue is risky – lights, text or icons can fail in certain conditions. Providing combined visual information helps ensure that if one fails, another still supports pedestrian understanding.

Urban soundscapes can interfere with with audio cues, especially for pedestrians with hearing loss. Studying external human–machine interfaces in realistic environments is essential for ensuring they work when it matters.

Vehicle manufacturers must work with hearing aid and cochlear implant manufacturers to help ensure that audio cues are distinguishable, rather than confusing.

In many cases, barriers to inclusion arise not from technology itself, but from a lack of awareness or consultation. When people with special needs are excluded from design decisions, systems are built on assumptions rather than lived experience.

When they are actively involved, however, we are a step towards an inclusive and equitable future. Driverless vehicles have the potential to make our roads safer for everyone. But that future depends on purposeful, inclusive design choices today.

If developers, policymakers and researchers commit to engaging with deaf and hard of hearing people, along with others, we can help create streets that are safer, more accessible and more equitable for all.

The Conversation

Wenge Xu does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. How driverless vehicles can be made safer for deaf and hard of hearing people – https://theconversation.com/how-driverless-vehicles-can-be-made-safer-for-deaf-and-hard-of-hearing-people-277648

Women Without Men: a novella that tells the history of Iran through women’s bodies

Source: The Conversation – UK – By Sahar Maranlou, Lecturer in Law and Socio-legal Studies, Royal Holloway, University of London

Women Without Men by Shahrnush Parsipur is an innovative feminist story set in Iran. The story follows five women and the circumstances that make them leave their lives to start anew in a garden on the outskirts of Tehran.

Written in the late 1970s, it was immediately banned on publication. Shortly after, Parsipur was arrested and jailed for her frank and defiant portrayal of women’s sexuality. This groundbreaking book is now available for the first time in English, translated by Faridoun Farrokh.

Set against the backdrop of the 1953 CIA-backed coup in Iran, the story deliberately shifts the lens of history away from the big politics to focus on its impact on intimate, gendered spaces. In doing so, Parsipur frames national upheaval as something lived and inscribed upon women’s bodies and interior lives.

The novel insists that authoritarianism doesn’t begin in the halls of power; it begins in the household within layered patriarchal systems that confine women’s autonomy. Parsipur’s blending of realism and magical elements unsettles conventional narrative authority and mirrors the instability of a society in crisis. The personal and the political are inseparable: women’s silences, desires and acts of refusal become subtle yet radical forms of resistance.

What makes this novel enduring is its refusal to separate the personal from the political. The magical elements are not decorative; they expose emotion that realism alone cannot capture. The garden the women flee to is not an escape from reality, but a feminist space where reality is reimagined.

The novel has sadly taken on an urgency and relevance in the face of the the US and Israel’s war on Iran. It reminds readers that foreign intervention often intensifies internal authoritarianism. By revisiting the legacy of the 1953 coup, the book encourages readers to see today’s crisis not as an isolated eruption. Instead, it is part of a deeper historical continuum, shaped by external intervention and power structures within Iranian society.

Through intimate storytelling, Parsipur invites readers to confront the cultural assumptions that have shaped women’s lives for generations. To read Women Without Men is to enter a layered narrative that is at once poetic, historical and contemporary. It bears to witness how deeply gender norms are embedded in everyday life, and how quietly, yet powerfully, women resist them.

Sexuality

In Women Without Men, virginity is an ideological construct by which a woman’s worth is regulated. Through the characters of Faezeh and Munis, we see how chastity functions as a mechanism of control long before any formal punishment is imposed.

Faezeh embodies internalised patriarchy, believing a woman’s honour depends entirely on social perception and reputation to survive. When she and Munis are sexually assaulted, the violence is overshadowed by shame.

The metaphor “watering the earth”, used by a man to describe sexual penetration, is chilling because it recasts violation as something natural and productive. It depicts a woman as if she were soil to be cultivated, rather than a person with agency.

By framing assault in agricultural terms, patriarchal language erases harm and presents male entitlement as biological inevitability, while placing the burden of “dishonour” on the woman’s body. This symbolic logic mirrors the broader Iranian legal and social framework in which virginity carries material and moral weight, reinforcing the idea that women’s bodies are sites of regulation rather than autonomy.

The Iranian Civil Code of 1931 codified male guardianship and authority in marriage and family matters. In this context, virginity becomes not only a cultural expectation but part of a larger system in which women’s bodies are governed by both family and state.

Zarrinkolah’s narrative offers one of the most unsettling critiques of patriarchal objectification in Women Without Men. Zarrinkolah is a prostitute who begins to see all of her clients as headless men. It is an attempt to “cure” this condition through an act of purification that leads her to abandon prostitution.

Zarrinkolah’s journey isn’t a simple redemption, but a reconfiguration of subjectivity. By shifting from being seen as nothing more than a body to recognising herself as a person with her own thoughts, emotions and agency, she disrupts the cultural logic that renders women’s bodies interchangeable and morally policed. Her withdrawal from prostitution is not a return to purity, but a refusal of the system that defined her solely through male consumption.

The stillness of marriage

Farrokhlaqa’s story reveals the psychological and social confinement of marriage. Her marriage was a “32-year-old habit of not moving”. Patriarchal expectations have infected her, and she has become self-policing. She does not need to be actively restrained; she restrains herself. However, she no longer experiences her lack of freedom as oppression but as natural and inevitable.

Her response to widowhood is not retreat but a shift from passivity to agency. She purchases the garden, transforming inherited wealth into spatial autonomy, creating space for “women without men”. Her liberation is, therefore, negotiated by unlearning the stillness marriage imposed. Through her, Parsipur suggests that domestic patriarchy is sustained not only by law but by cultural perceptions that normalise women’s obedience to husbands.

The garden functions as a feminist counter-public sphere outside patriarchal governance. Within its walls, women work, speak and rest without male supervision. Iranian women’s groups have created similar spaces of solidarity, which were fragile yet transformative. They demonstrated that collective awareness could exist even within repressive conditions before and after the Islamic Revolution.

Parsipur does not allow the garden to become utopia, however. The women do not remain there, most return to Tehran and reenter life. Liberation cannot survive in isolation from society, Parsipur tells us. This narrative choice mirrors Iranian women’s rights history: reforms have emerged through resistance, reversal, and renewed struggle – not through escape.

Women Without Men is not simply a novel about five women seeking refuge in a garden. It is about freedom, embodiment and the struggle for equal dignity. Shahrnush Parsipur gives us women who question, transform, challenge and resist.

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The Conversation

Sahar Maranlou does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Women Without Men: a novella that tells the history of Iran through women’s bodies – https://theconversation.com/women-without-men-a-novella-that-tells-the-history-of-iran-through-womens-bodies-276250