Interdire les munitions au plomb pour sauver les oiseaux de l’empoisonnement ? L’exemple britannique

Source: The Conversation – in French – By Deborah Pain, Visiting Academic, University of Cambridge; Honorary Professor, University of East Anglia, University of Cambridge

La majorité des grenailles tirées ne touchent pas leur cible et des milliers de tonnes de plomb se retrouvent dispersées dans l’environnement. Chuyko Sergey/Shutterstock

La Commission européenne a proposé le 27 février 2025 d’interdire l’usage du plomb dans les munitions de chasse. Au Royaume-Uni, une pareille interdiction vient d’être annoncée. Ces mesures devraient permettre de sauver des milliers d’oiseaux mais également de protéger les humains qui consomment du gibier.


Au Royaume-Uni, la sous-secrétaire d’État à l’eau et aux inondations, Emma Hardy, a annoncé l’interdiction des munitions toxiques au plomb afin de protéger les campagnes du pays. Cette interdiction concerne la vente et l’usage, à des fins de chasse, aussi bien des cartouches de fusils chargées de plomb (comportant des centaines de petites billes appelées « grenailles ») et utilisées pour chasser le petit gibier, que des balles de gros calibre en plomb, destinées à la chasse au grand gibier, comme les cerfs.

C’est une excellente nouvelle pour les oiseaux britanniques : cette mesure devrait permettre d’épargner chaque année la vie de dizaines de milliers d’entre eux, actuellement victimes d’empoisonnements au plomb. La majorité des grenailles tirées ne touchent pas leur cible et des milliers de tonnes de plomb se retrouvent dispersées dans l’environnement chaque année. Or, les oiseaux aquatiques comme terrestres les confondent avec de la nourriture ou du gravier, qu’ils consomment pour broyer leurs aliments dans leur gésier. Les grenailles s’y désagrègent et le plomb est alors absorbé dans le sang.

On estime qu’entre 50 000 et 100 000 oiseaux d’eau meurent chaque année au Royaume-Uni des suites de cette intoxication, souvent après de longues souffrances. D’autres oiseaux subissent des effets dits « sublétaux » : leur système immunitaire et leur comportement sont altérés, ce qui augmente leur vulnérabilité face à d’autres menaces.

L’utilisation de grenailles de plomb pour la chasse aux oiseaux d’eau et au-dessus de certaines zones humides est déjà interdite en Angleterre et au Pays de Galles. En Écosse, cette interdiction s’applique à l’ensemble des zones humides, sans exception.

Cependant, le respect de la réglementation en Angleterre n’atteint qu’environ 30 %, et il est également faible en Écosse, tandis qu’aucune donnée n’est disponible pour le Pays de Galles. Cette nouvelle interdiction générale, plus étendue, devrait améliorer considérablement la situation dans tous les milieux naturels à travers la Grande-Bretagne.

Les rapaces comme les aigles, les buses variables ou les milans royaux sont également touchés : ils ingèrent des fragments de plomb en se nourrissant d’animaux tués ou blessés par des munitions en plomb. L’acidité dans leur estomac favorise l’absorption du métal. Nos recherches montrent que, bien que l’on estime que moins de rapaces que d’oiseaux d’eau meurent directement d’un empoisonnement au plomb, les conséquences sur leurs populations peuvent être bien plus graves. Cela concerne en particulier les espèces qui commencent à se reproduire tardivement, dont le taux de reproduction annuel est naturellement faible et qui, en temps normal, bénéficient d’un taux élevé de survie annuelle chez les adultes.

Ce bannissement bénéficiera aussi bien aux oiseaux résidents qu’aux migrateurs de passage au Royaume-Uni. Mais tant que d’autres pays continueront à autoriser ces munitions , les oiseaux migrateurs resteront exposés ailleurs, pendant leur trajet ou sur leurs lieux de reproduction ou d’hivernage.

Au-delà des frontières

Pour protéger toutes les espèces, les munitions au plomb doivent être remplacées partout par des alternatives sans plomb. L’usage de grenailles de plomb est déjà interdit dans de nombreuses zones humides à travers le monde. Dans l’Union européenne, (en France notamment, ndlr), une interdiction de l’utilisation de grenailles de plomb dans ou à proximité des zones humides est entrée en vigueur en février 2023 .

Le Danemark a été le premier pays à interdire les munitions au plomb dans tous les milieux. En 1996, il a interdit l’usage des grenailles de plomb et, en avril 2024, il a interdit les balles en plomb. Nos recherches montrent que l’interdiction des grenailles de plomb au Danemark a été très efficace, avec un bon niveau de conformité.

Le Royaume-Uni s’apprête maintenant à devenir le deuxième pays à interdire la plupart des usages des munitions au plomb. Cela a été rendu possible grâce à la disponibilité croissante d’alternatives sans plomb, sûres, efficaces et abordables, principalement les grenailles en acier et les balles en cuivre.

En février 2025, la Commission européenne a publié un projet de règlement interdisant la plupart des usages des munitions et des plombs de pêche en plomb. Ce projet attend encore l’approbation dans le cadre des procédures de l’UE. S’il est adopté, cela constituera une avancée majeure.

Au-delà des oiseaux

Les oiseaux sont particulièrement sensibles aux effets du plomb issu des munitions qu’ils ingèrent, en raison de leur gésier musculeux et de l’acidité de leur estomac. Mais ce plomb met aussi en danger la santé de nombreux autres animaux, y compris les animaux domestiques et les humains.

Au Royaume-Uni, nous avons trouvé dans des aliments crus pour chiens à base de faisan, provenant de trois fournisseurs, des concentrations moyennes de plomb plusieurs dizaines de fois supérieures à la limite maximale autorisée de résidus de plomb dans les aliments pour animaux.

Le gouvernement britannique a fondé sa décision d’interdire les munitions au plomb sur un rapport de l’agence REACH pour la Grande-Bretagne, ou Health and Safety Executive, qui soulignait les risques pour la santé des jeunes enfants et des femmes en âge de procréer, en cas de consommation fréquente de viande de gibier chassé avec des munitions au plomb. Le système nerveux en développement des enfants est particulièrement sensible aux effets du plomb.

Nous avons récemment appelé le comité des États appliquant la réglementation sur les produits chimiques (REACH), le Parlement européen et le Conseil à soutenir pleinement la proposition de la Commission européenne visant à restreindre les munitions au plomb.

Nous avons également encouragé l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) à recommander à la Commission européenne de fixer une limite légale maximale de plomb dans la viande de gibier commercialisée pour la consommation humaine, similaire à celle déjà établie pour la viande issue de la plupart des animaux d’élevage.

Tant que cela n’aura pas été mis en place, et tant que davantage de pays n’auront pas interdit tous les usages de munitions au plomb pour la chasse, la santé de la faune sauvage, des animaux domestiques et des groupes humains les plus vulnérables continuera d’être menacée par les effets toxiques du plomb issu de ces balles.

The Conversation

Deborah Pain est professeure honoraire à l’Université d’East Anglia (sciences biologiques) et chercheuse invitée au département de zoologie de l’Université de Cambridge. Elle est scientifique indépendante depuis avril 2018. Depuis cette date, elle n’a perçu aucune rémunération pour ses recherches sur l’intoxication au plomb, mais, avec ses collègues, elle a reçu des financements pour couvrir les coûts de la recherche et des analyses chimiques de la part de plusieurs sources, comme indiqué dans les publications scientifiques. Elle a été membre du groupe d’experts scientifiques indépendants du Royaume-Uni pour la réglementation REACH (RISEP), et dans ce cadre, du groupe de travail sur le plomb dans les munitions, ce pour quoi elle a été rémunérée. Cependant, ses travaux publiés sur l’intoxication au plomb ont été réalisés indépendamment de ce processus.

Rhys Green a reçu des financements pour ses recherches de la part de plusieurs organisations, dont la RSPB (Royal Society for the Protection of Birds), au sein de laquelle il a occupé le poste de principal scientifique en conservation jusqu’en 2017. Il est désormais à la retraite. Il est chercheur bénévole non rémunéré à la RSPB et professeur honoraire émérite en sciences de la conservation au département de zoologie de l’Université de Cambridge. Il est membre du groupe d’experts scientifiques indépendants du Royaume-Uni pour la réglementation REACH (RISEP), un groupe mis en place par une agence gouvernementale britannique, la Health & Safety Executive. Il reçoit ponctuellement des paiements pour les travaux réalisés dans le cadre de RISEP. Il siège également au conseil d’administration du zoo de Chester.

Niels Kanstrup ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Interdire les munitions au plomb pour sauver les oiseaux de l’empoisonnement ? L’exemple britannique – https://theconversation.com/interdire-les-munitions-au-plomb-pour-sauver-les-oiseaux-de-lempoisonnement-lexemple-britannique-261617

Pourquoi les nazis ont volé un fragment de la tapisserie de Bayeux

Source: The Conversation – in French – By Millie Horton-Insch, Postdoctoral Research Fellow, History of Art Department, Trinity College Dublin

L’obsession des nazis pour l’art européen n’était pas un simple goût esthétique : elle constituait une pièce maîtresse du régime génocidaire d’Hitler et de son aspiration à la domination mondiale. La découverte d’un fragment de la tapisserie de Bayeux dans des archives allemandes en est une preuve supplémentaire.


Ce mois-ci, l’annonce de l’exposition au British Museum, en 2026, de la tapisserie de Bayeux – l’épopée brodée du XIe siècle représentant la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant en 1066 – a suscité un grand enthousiasme. Mais la tapisserie avait déjà fait parler d’elle plus tôt cette année, dans une relative indifférence.

En mars, on apprenait qu’un fragment de la tapisserie de Bayeux avait été découvert en Allemagne, dans les archives de l’État du Schleswig-Holstein. Pour comprendre comment ce fragment a pu s’y retrouver, il faut se pencher sur un épisode aussi troublant que méconnu de l’histoire de la tapisserie : l’opération spéciale Bayeux (Sonderauftrag Bayeux), un projet mené par l’Ahnenerbe, l’institut de recherche historique rattaché aux SS.

On a souvent noté que l’art occupait une place démesurée dans les préoccupations des nazis. Leur manipulation de la culture visuelle et matérielle doit être comprise comme une composante essentielle du régime génocidaire d’Hitler et de son ambition de domination mondiale.

Mythologies « aryennes »

L’Ahnenerbe, placé sous l’autorité suprême de Heinrich Himmler, avait pour mission d’élaborer et de diffuser des récits historiques soutenant la mythologie centrale du régime nazi : la « supériorité de la race aryenne ». Dans ce but, il supervisait des recherches prétendant s’appuyer sur des méthodes scientifiques irréfutables.

Mais il est établi de longue date que ces projets manipulaient délibérément les sources historiques afin de construire des récits fabriqués, servant à justifier des idéologies racistes. Pour ce faire, de nombreuses expéditions scientifiques furent organisées. Des chercheurs sillonnèrent le monde à la recherche d’objets pouvant faire office de monuments aux mythologies « aryennes ». L’opération spéciale Bayeux s’inscrivait dans cette logique.

L’intérêt des nazis pour la tapisserie de Bayeux peut surprendre les Britanniques, pour qui elle symbolise un moment fondateur de l’histoire nationale. Pourtant, de la même manière que des responsables politiques britanniques contemporains n’ont pas hésité à s’en emparer pour servir leurs agendas, l’Ahnenerbe s’en saisit.

La prétendue supériorité des Normands

Le projet Sonderauftrag Bayeux visait à produire une étude en plusieurs volumes qui présenterait la tapisserie comme intrinsèquement scandinave. L’objectif était de la brandir comme une preuve de supériorité des Normands du haut Moyen Âge, que l’Ahnenerbe revendiquait comme les ancêtres des « Aryens » allemands modernes, descendants des vikings d’Europe du Nord.

Dès juin 1941, le projet est lancé sérieusement. Parmi les membres envoyés en Normandie pour étudier la tapisserie sur place figurait Karl Schlabow, expert textile et directeur de l’Institut du costume germanique à Neumünster, en Allemagne. Il passa deux semaines à Bayeux et, à la fin de son séjour, il emporta en Allemagne un fragment du tissu de doublure de la tapisserie.

Bien que des premières sources ont suggéré que Schlabow aurait prélevé ce fragment plus tard, lorsque la tapisserie fut transférée par les nazis à Paris, il est plus probable qu’il l’ait fait en juin 1941, alors qu’il se trouvait encore à Bayeux avec les autres membres du projet.

Dans un croquis réalisé pendant cette visite par Herbert Jeschke – artiste chargé de produire une reproduction peinte de la tapisserie –, on voit Jeschke, Schlabow et le directeur du projet, Herbert Jankuhn, penchés sur la tapisserie. Le dessin est accompagné du titre enthousiaste « Die Tappiserie ! », comme un cri de joie devant le privilège d’étudier de si près ce chef-d’œuvre médiéval.

L’Ahnenerbe et le nazisme

Pour intégrer l’Ahnenerbe, Schlabow, comme les autres membres du projet, fut enrôlé dans les SS. Il portait le grade de SS-Unterscharführer, équivalent approximatif de sergent dans l’armée française. Après la guerre, beaucoup de membres de l’Ahnenerbe nièrent toute adhésion aux idées nazies.

Mais des documents saisis par les services de renseignement américains à la fin du conflit montrent qu’on pouvait être refusé à l’Ahnenerbe, par exemple, si l’on avait eu des amis juifs ou exprimé des idées communistes. Il fallait donc, au minimum, afficher son adhésion aux principes du nazisme pour être accepté dans ses rangs.

Il reste difficile de savoir exactement ce que les membres de l’Ahnenerbe espéraient découvrir ou prouver à travers cette étude de la tapisserie. Il semble que le simple fait d’organiser une étude illustrée et d’envoyer des chercheurs examiner l’objet original suffisait à s’en approprier symboliquement la valeur historique, comme un monument de l’héritage aryen. L’influence supposée des styles scandinaves dans les motifs de la tapisserie devait être au cœur de leurs conclusions – mais le projet ne fut jamais achevé en raison de la défaite allemande.

Comme beaucoup de membres de l’Ahnenerbe, Schlabow reprit ses recherches après la guerre, cette fois au musée d’État du Schleswig-Holstein, au château de Gottorf.

Un fragment symbolique

La redécouverte, même d’un infime fragment, d’un tel objet médiéval reste un événement exceptionnel. Mais il est essentiel de replacer cette trouvaille dans le contexte de son prélèvement. Il n’est pas surprenant que Schlabow se soit senti légitime à voler ce morceau de tapisserie : le régime auquel il appartenait considérait cet objet comme faisant partie de son héritage, un droit de naissance d’« Aryen allemand ».

Cette découverte nous rappelle opportunément que le passé est plus proche qu’on ne le pense, et qu’il reste encore beaucoup à faire pour éclairer les zones d’ombre laissées par les pratiques idéologiques du passé. Le fragment retrouvé est actuellement exposé au Schleswig-Holstein, mais il rejoindra le Musée de la Tapisserie de Bayeux en Normandie lors de sa réouverture en 2027, où les deux parties seront réunies pour la première fois depuis 1941.

The Conversation

Millie Horton-Insch a reçu des financements de la Leverhulme Trust.

– ref. Pourquoi les nazis ont volé un fragment de la tapisserie de Bayeux – https://theconversation.com/pourquoi-les-nazis-ont-vole-un-fragment-de-la-tapisserie-de-bayeux-261577

À l’âge des crises, ce que nous dit encore Engels

Source: The Conversation – in French – By Victor Bianchini, Maître de conférences en sciences économiques, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Face aux crises, le capitalisme ne fait pas que trébucher : il échoue à les penser. C’est ce que Friedrich Engels montre, en 1878, dans la Révolution de la science par Monsieur Eugen Dühring, ou Anti-Dühring, publié dix ans après le premier volume du Capital de Karl Marx, en dénonçant l’incapacité structurelle du capitalisme à comprendre ses propres contradictions. Une critique plus que jamais d’actualité.


Crise écologique sans précédent, endettement généralisé, précarisation de masse, perte de sens au travail, montée des autoritarismes, à mesure que les crises éclatent au grand jour, les contradictions du capitalisme apparaissent indéniables.

Une question centrale dans la tradition marxienne reste rarement posée : un système fondé sur l’appropriation exclusive des moyens de production, sur l’exploitation du travail salarié et sur l’accumulation du profit peut-il reconnaître, ou même affronter, les contradictions qu’il engendre ? Si tel n’est pas le cas, comment comprendre alors la persistance, voire l’aggravation, de ses déséquilibres ?

Essai Anti-Dühring

Friedrich Engels et né le 28 novembre 1820 à Barmen (Rhénanie) et décédé le 5 août 1895 à Londres.
Wikimediacommons

Ce n’est pas Karl Marx, mais son plus proche collaborateur, Friedrich Engels, qui affronte cette problématique dans la Révolution de la science par Monsieur Eugen Dühring (Anti-Dühring). Celui-ci est publié d’abord par fragments en 1877, puis sous forme de livre en 1878. Engels y répond à Eugen Dühring, auteur en vogue dans la social-démocratie allemande, qui prétendait fonder un système intégral, de la science à la morale, jusqu’au socialisme, sur des principes universels.

Ce n’est pas l’ambition du projet que critique Engels, mais sa méthode : une pensée abstraite, déconnectée du réel, incapable de saisir les contradictions internes du capitalisme.

Car ce système ne connaît pas de crises qui lui viendraient de l’extérieur ; il produit lui-même ses déséquilibres, du fait même de son fonctionnement. À cette logique aveugle, Engels oppose une approche dialectique, ancrée dans l’histoire, les rapports sociaux et les conflits de classe.

Anti-Dühring n’est pas un simple pamphlet. Derrière la réfutation polémique, Engels y développe une synthèse théorique ambitieuse – de la philosophie à l’économie politique – qui jette les bases d’une conception matérialiste et scientifique du socialisme. Ce cadre d’analyse sera systématisé dans une version abrégée, publiée en 1880 sous le titre désormais classique, Socialisme utopique et socialisme scientifique, rapidement devenu un texte de référence pour les mouvements ouvriers européens.

Loin d’un système clos, Engels propose une lecture dynamique de l’histoire, où les crises révèlent les contradictions d’un ordre économique fondamentalement instable. Dans un monde confronté à une crise multiple de grande ampleur, relire Engels ne relève pas d’un simple exercice académique ; c’est une manière de retrouver une pensée systémique, capable d’articuler les discordances du présent à leur logique historique, et d’interroger la capacité réelle du capitalisme à en sortir.

Crise économique

Pour Engels, l’une des impasses majeures du capitalisme est d’ordre économique. Contrairement à l’idée que les crises seraient de simples accidents passagers, Anti-Dühring montre que le système porte en lui sa propre instabilité. Ce n’est pas la pénurie, mais l’abondance elle-même qui provoque les blocages. Le capitalisme produit trop, du moins, trop pour être vendu avec profit.

Premier article sur Anti-Dühring dans le Vorwärts, journal du Parti social-démocrate des travailleurs d’Allemagne, du 3 janvier 1877.
Wikimediacommons

Ce paradoxe – une surproduction dans un monde de besoins insatisfaits – résulte d’une contradiction structurelle. La production, non planifiée, guidée par la concurrence et la recherche du profit, devient aveugle à la demande sociale. Les marchandises s’accumulent sans trouver preneur, déclenchant périodiquement des crises.

« Le commerce s’arrête, les marchés sont encombrés, les produits sont là aussi en quantités aussi massives qu’ils sont invendables, l’argent comptant devient invisible, le crédit disparaît, les fabriques s’arrêtent, les masses travailleuses manquent de moyens de subsistance pour avoir produit trop de moyens de subsistance, les faillites succèdent aux faillites, les ventes forcées aux ventes forcées. »

Engels ne formule pas la loi de la baisse tendancielle du taux de profit, que Marx élaborera plus tard dans le livre III du Capital. Il en pressent la logique sous-jacente : l’accumulation capitaliste tend à rendre de plus en plus difficile la valorisation du capital. À mesure que la productivité augmente, les débouchés ne suivent pas, et le profit, moteur du système, devient lui-même un facteur de déséquilibre. Le mode de production entre alors en conflit avec l’échange.

La société ne règle pas sa production selon ses besoins, résume Engels. Tant que le profit reste la boussole, les déséquilibres ne sont pas des anomalies, mais des secousses régulières d’un système instable.

Crise sociale

Une autre impasse majeure du capitalisme, selon Friedrich Engels, est sociale. Le système ne se contente pas de produire des inégalités, il les organise et les reproduit. Dans Anti-Dühring, Engels rappelle que le capitalisme repose sur une division fondamentale : une minorité détient les moyens de production, tandis que la majorité ne possède que sa force de travail.

Le travail salarié génère une richesse dont seule une fraction revient au producteur. L’essentiel est capté par le capital, sous forme de profit, d’une ponction permanente qui alimente l’accumulation. Dans ce cadre, l’inégalité n’est pas une anomalie, mais une condition de fonctionnement.

L’exploitation dépasse pourtant le seul champ économique. Elle s’inscrit dans l’expérience du travail lui-même : dépossession du produit, du temps, de l’autonomie. La machine, loin de libérer, intensifie encore cette aliénation. Le travail devient simple dépense de force, privé de maîtrise et de sens.

Panneau du livre Bullshitjobs
« Dans la société moderne, beaucoup d’employés consacrent leur vie à des tâches inutiles et vides de sens. C’est ce que David Graeber appelle les bullshit jobs (jobs à la con). » (2018).
Hamdi Bendali/Shutterstock

Si Engels l’analyse dans le cadre de l’industrie du XIXe siècle, cette dépossession trouve des échos frappants dans des critiques contemporaines. David Graeber, dans Bullshit Jobs, décrit une absurdité vécue par de nombreux salariés modernes : enfermés dans des tâches ressenties comme inutiles, sans finalité sociale identifiable, ils perdent le sens même de leur activité. Une autre forme d’aliénation, sans chaînes ni usines, mais tout aussi destructrice. Ce système justifie ses effets au nom du mérite ; chacun serait responsable de sa place.

Engels démonte cette fiction idéologique avec vigueur. La pauvreté n’est pas un échec individuel, mais le produit d’un ordre social qui fabrique la subordination. Selon lui, il faut abolir la propriété privée des moyens de production, dépasser le salariat, et réorganiser le travail sur une base collective. L’émancipation ne relève pas d’un ajustement, elle exige une autre logique sociale.

En spécialisant les tâches, on finit par fragmenter l’être humain lui-même. Le perfectionnement d’une seule compétence se paie alors d’un prix élevé : l’appauvrissement de l’ensemble des capacités physiques et intellectuelles. Engels souligne avec ironie que même les classes dirigeantes ne sont pas indemnes des effets mutilants de la division du travail :

« Et ce ne sont pas seulement les ouvriers, mais aussi les classes qui exploitent directement ou indirectement les ouvriers, que la division du travail asservit à l’instrument de leur activité ; le bourgeois à l’esprit en friche est asservi à son propre capital et à sa propre rage de profit ; le juriste à ses idées ossifiées du droit, qui le dominent comme une puissance indépendante ; les “classes cultivées”, en général, à une foule de préjugés locaux et de petitesses, à leur propre myopie physique et intellectuelle, à leur mutilation par une éducation adaptée à une spécialité et par leur enchaînement à vie à cette spécialité même – cette spécialité fût-elle le pur farniente. »

Crise politique

Pour Engels, le capitalisme ne se contente pas de produire des déséquilibres économiques et sociaux : il organise les formes du pouvoir appelées à les contenir. Dans Anti-Dühring, il montre que l’État moderne n’est pas un arbitre neutre, mais l’instrument d’une classe dominante. Né de la division de la société en classes, il est chargé de maintenir un ordre fondé sur l’appropriation exclusive des moyens de production et l’exploitation.

« La société se divise en classes privilégiées et en classes désavantagées, exploiteuses et exploitées, dominantes et dominées, et l’État auquel les groupes naturels de communautés d’une même tribu avaient abouti dans leur évolution, simplement, au début, afin de veiller à leurs intérêts communs […] et pour assurer leur défense contre l’extérieur, a désormais tout autant pour fin de maintenir par la violence les conditions de vie et de domination de la classe dominante contre la classe dominée. »

À mesure que les contradictions du capitalisme s’approfondissent, la puissance publique se centralise, le droit devient un masque idéologique, et la coercition se rationalise. Loin de résoudre les conflits, l’État les gère, souvent en les dissimulant. Ce que le capitalisme ne peut stabiliser économiquement, il le pacifie politiquement, au prix d’une dépossession démocratique croissante.

Engels nous rappelle que la démocratie représentative, lorsqu’elle laisse intacte l’architecture économique du pouvoir, risque de masquer plus qu’elle ne libère. Elle offre l’apparence de la souveraineté sans la capacité de transformer les rapports sociaux.

Crise écologique

Engels n’utilise pas le terme d’« écologie » au sens contemporain, mais il développe une pensée dans laquelle l’activité de production est inséparable des processus naturels. Dans Anti-Dühring, il défend une conception matérialiste et dialectique de la nature, opposée aux abstractions idéalistes, et insiste sur l’intégration des sociétés dans l’ordre naturel.

« [L’]homme est lui-même un produit de la nature, qui s’est développé dans et avec son milieu ; d’où il résulte naturellement que les productions du cerveau humain, qui en dernière analyse sont aussi des produits de la nature, ne sont pas en contradiction, mais en conformité avec l’ensemble de la nature. »

Cette réflexion se prolonge dans ses manuscrits inachevés, publiés après sa mort sous le titre la Dialectique de la nature. Il y montre que toute activité économique repose sur un échange constant de matière et d’énergie avec la nature. C’est dans ce cadre qu’il emploie la notion de « métabolisme » entre les sociétés humaines et la nature, pour désigner ce lien matériel entre société et environnement.

Cette idée est également présente chez Marx, notamment dans le livre I du Capital. Marx décrit comment l’agriculture capitaliste engendre une rupture du métabolisme entre les dynamiques productives et la terre. L’extraction intensive des éléments nutritifs du sol, sans restitution adéquate, détruit l’équilibre écologique entre ville et campagne.

Cette intuition est aujourd’hui redéployée dans les analyses de la « rupture métabolique », ou metabolic rift. Elle est portée par la tradition éco-marxiste contemporaine, de John Bellamy Foster à Andreas Malm, en passant par Paul Burkett ou Kohei Saito.

Engels n’appelle pas à revenir en arrière, mais à penser autrement. La solution ne viendra pas d’un capitalisme « vert », car c’est la logique même du profit qui rend aveugle aux limites écologiques. Il faut une production consciente, organisée selon les besoins humains, et non contre les lois de la nature. Non pour dominer, mais pour coexister.

Penser les crises, ou penser contre le capitalisme

Ce qu’Engels montre dans Anti-Dühring, c’est que le capitalisme ne fait pas qu’échouer à résoudre les crises. Il échoue à les penser. Non pas par négligence, mais parce que le mode de pensée qu’il promeut l’en rend incapable. Il les traite comme des anomalies extérieures, jamais comme des expressions de ses contradictions internes.

Cette cécité n’est pas un défaut contingent, mais une nécessité structurelle : elle repose sur une pensée fragmentaire qui refuse de relier les phénomènes à leurs causes historiques et sociales.

Engels oppose à cette cécité une pensée capable de relier les faits à leurs causes profondes : une approche dialectique et matérialiste, attentive aux conflits structurels qui traversent la société. La crise n’est pas pour lui un simple dysfonctionnement temporaire, mais un moment de vérité, où les contradictions du système deviennent visibles – et potentiellement transformables.

Si les crises s’intensifient, c’est peut-être qu’il ne suffit plus de les contenir. Il faut les penser. Relire Engels, ce n’est pas revenir en arrière : c’est rouvrir un chemin critique, capable d’articuler les déséquilibres du présent pour en faire les leviers d’une transformation en profondeur.

The Conversation

Victor Bianchini ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. À l’âge des crises, ce que nous dit encore Engels – https://theconversation.com/a-lage-des-crises-ce-que-nous-dit-encore-engels-259322

Togo’s ‘Nana-Benz’: how cheap Chinese imports of African fabrics has hurt the famous women traders

Source: The Conversation – Africa – By Fidele B. Ebia, Postdoctoral fellow, Duke Africa Initiative, Duke University

The manufacturing of African print textiles has shifted to China in the 21st century. While they are widely consumed in African countries – and symbolic of the continent – the rise of “made in China” has undermined the African women traders who have long shaped the retail and distribution of this cloth.

For many decades Vlisco, the Dutch textile group which traces its origins to 1846 and whose products had been supplied to west Africa by European trading houses since the late 19th century, dominated manufacture of the cloth. But in the last 25 years dozens of factories in China have begun to supply African print textiles to west African markets. Qingdao Phoenix Hitarget Ltd, Sanhe Linqing Textile Group and Waxhaux Ltd are among the best known.

We conducted research to establish how the rise of Chinese-made cloth has affected the African print textiles trade. We focused on Togo. Though it’s a tiny country with a population of only 9.7 million, the capital city, Lomé, is the trading hub in west Africa for the textiles.

We conducted over 100 interviews with traders, street sellers, port agents or brokers, government officials and representatives of manufacturing companies to learn about how their activities have changed.

“Made in China” African print textiles are substantially cheaper and more accessible to a wider population than Vlisco fabric. Our market observations in Lomé’s famous Assigamé market found that Chinese African print textiles cost about 9,000 CFA (US$16) for six yards – one complete outfit. Wax Hollandais (50,000 CFA or US$87) cost over five times more.

Data is hard to come by, but our estimates suggest that 90% of imports of these textiles to Lomé port in 2019 came from China.

One Togolese trader summed up the attraction:

Who could resist a cloth that looked similar, but that cost much less than real Vlisco?

Our research shows how the rise of China manufactured cloth has undermined Vlisco’s once dominant market share as well as the monopoly on the trade of Dutch African print textiles that Togolese traders once enjoyed.

The traders, known as Nana-Benz because of the expensive cars they drove, once enjoyed an economic and political significance disproportionate to their small numbers. Their political influence was such that they were key backers of Togo’s first president, Sylvanus Olympio – himself a former director of the United Africa Company, which distributed Dutch cloth.

In turn, Olympio and long-term leader General Gnassingbé Eyadéma provided policy favours – such as low taxes – to support trading activity. In the 1970s, African print textile trade was considered as significant as the phosphate industry – the country’s primary export.

Nana-Benz have since been displaced – their numbers falling from 50 to about 20. Newer Togolese traders – known as Nanettes or “little Nanas” – have taken their place. While they have carved out a niche in mediating the textiles trade with China, they have lower economic and political stature. In turn, they too are increasingly threatened by Chinese competition, more recently within trading and distribution as well.

China displaces the Dutch

Dating back to the colonial period, African women traders have played essential roles in the wholesale and distribution of Dutch cloth in west African markets. As many countries in the region attained independence from the 1950s onwards, Grand Marché – or Assigamé – in Lomé became the hub for African print textile trade.

While neighbouring countries such as Ghana limited imports as part of efforts to promote domestic industrialisation, Togolese traders secured favourable conditions. These included low taxes and use of the port.

Togolese women traders knew the taste of predominantly female, west African customers better than their mostly male, Dutch designers. The Nana-Benz were brought into the African print textile production and design process, selecting patterns and giving names to designs they knew would sell.

They acquired such wealth from this trade that they earned the Nana-Benz nickname from the cars they purchased and which they used to collect and move merchandise.

Nana-Benz exclusivity of trading and retailing of African print textiles cloth in west African markets has been disrupted. As Vlisco has responded to falling revenues – over 30% in the first five years of the 21st century – due to its Chinese competition, Togolese traders’ role in the supply chain of Dutch cloth has been downgraded.

In response to the flood of Chinese imports, the Dutch manufacturer re-positioned itself as a luxury fashion brand and placed greater focus on the marketing and distribution of the textiles.

Vlisco has opened several boutique stores in west and central Africa, starting with Cotonou (2008), Lomé (2008) and Abidjan (2009). The surviving Nana-Benz – an estimated 20 of the original 50 – operate under contract as retailers rather than traders and must follow strict rules of sale and pricing.

While newer Togolese traders known as Nanettes are involved in the sourcing of textiles from China, they have lower economic and political stature. Up to 60 are involved in the trade.

Former street sellers of textiles and other petty commodities, Nanettes began travelling to China in the early to mid-2000s to source African print textiles. They are involved in commissioning and advising on the manufacturing of African print textiles in China and the distribution in Africa.

While many Nanettes order the common Chinese brands, some own and market their own. These include what are now well-known designs in Lomé and west Africa such as “Femme de Caractère”, “Binta”, “Prestige”, “Rebecca Wax”, “GMG” and “Homeland”.

Compared to their Nana-Benz predecessors, the Nanettes carve out their business from the smaller pie available from the sale of cheaper Chinese cloth. Though the volumes traded are large, the margins are smaller due to the much lower final retail price compared to Dutch cloth.

After procuring African print textiles from China, Nanettes sell wholesale to independent local traders or “sellers” as well as traders from neighbouring countries. These sellers in turn break down the bulk they have purchased and sell it in smaller quantities to independent street vendors.

All African print textiles from China arrive in west Africa as an incomplete product – as six-yard or 12-yard segments of cloth, not as finished garments. Local tailors and seamstresses then make clothes according to consumer taste. Some fashion designers have also opened shops where they sell prêt-à-porter (ready-to-wear) garments made from bolts of African print and tailored to local taste. Thus, even though the monopoly of the Nana-Benz has been eroded, value is still added and captured locally.

Since the COVID-19 pandemic, Chinese actors have become more involved in trading activity – and not just manufacturing. The further evolution of Chinese presence risks an even greater marginalisation of locals, already excluded from manufacturing, from the trading and distribution end of the value chain. Maintaining their role – tailoring products to local culture and trends and linking the formal and informal economy – is vital not just for Togolese traders, but also the wider economy.

The Conversation

Rory Horner receives funding from the British Academy Mid-Career Fellowship. He is also a Research Associate at the Department of Geography, Environmental Management and Energy Studies at the University of Johannesburg.

Fidele B. Ebia does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. Togo’s ‘Nana-Benz’: how cheap Chinese imports of African fabrics has hurt the famous women traders – https://theconversation.com/togos-nana-benz-how-cheap-chinese-imports-of-african-fabrics-has-hurt-the-famous-women-traders-260924

AI chatbots can boost public health in Africa – why language inclusion matters

Source: The Conversation – Africa (2) – By Songbo Hu, PhD Candidate, University of Cambridge

Language technologies like generative artificial intelligence (AI) hold significant potential for public health. From outbreak detection systems that scan global news in real time, to chatbots providing mental health support and conversational diagnostic tools improving access to primary care, these innovations are helping address health challenges.

At the heart of these developments is natural language processing, an interdisciplinary field within AI research. It enables computers to interpret, understand and generate human language, bridging the gap between humans and machines. Natural language processing can process and analyse enormous volumes of health data, far more than humans could ever handle manually. This is especially valuable in regions with a stretched healthcare workforce or limited public health surveillance infrastructure, because it enables faster, data-driven responses to public health needs.

Recently, our interdisciplinary team, combining expertise from computer science, human geography and health sciences, conducted a review of studies on how language AI is being used for public health in African countries. Almost a decade’s worth of academic research was analysed, to understand how this powerful technology is being applied to pressing human needs.

Out of 54 research publications, we found that evidence of real-world effects of the technology was still rare. Only 4% of these studies (two out of 54) showed measurable improvements in public health, such as boosting people’s mood or increasing vaccine intentions.

Most projects stop at technology development and publication. Very few advance to real-world use or impact. Opportunities to improve health and well-being across the continent could be missed as a result.

Current limitations

In recent years, AI language technologies for public health have increased rapidly. This wave of technology development really took off as the COVID-19 pandemic renewed attention to public health. Health chatbots and sentiment analysis tools were developed in Africa and beyond.

Health chatbots “talk” to people and provide reliable health information in a friendly, conversational way. Sentiment analysis tools scan social media posts to understand what people are feeling and talking about. Together they can identify misinformation or changes in public opinion and then provide accurate information.

Of course, new technologies come with imperfections. We found that most technologies for public health in Africa exist in just a few languages whose dominance can be traced to colonial times, namely English and French.

The consequences are clear: key health messages fail to reach many communities, leaving millions unable to access or act on essential information.

We also found that few projects have gone beyond the laboratory development stage. Our study found only one system in operation that had a measurable public health effect.

A successful model

This standout example comes from a team at the Center for Global Development and the University of Chicago, in partnership with the Busara Center for Behavioral Economics. Their chatbot, deployed on Facebook Messenger, was designed for people in Kenya and Nigeria who were hesitant about COVID-19 vaccines. It was only available in English.

More than 22,000 social media users used this app, sharing vaccine-related questions and concerns. The chatbot provided tailored, evidence-based responses to topics ranging from vaccine effectiveness and safety to misinformation. Its effect was notable. The intervention boosted users’ intention and willingness to get vaccinated by 4%-5%. The strongest effects were seen among those most hesitant to begin with.

Behind this success was the researchers’ commitment to understanding the local context. Before launching the chatbot, in-depth discussions were held with focus groups and social media users in Kenya and Nigeria. The aim was to learn about the specific worries and cultural factors shaping attitudes toward vaccination.

The chatbot was designed to address these concerns. This user-centred, locally adapted approach enabled the chatbot’s messages to address real barriers. As this example demonstrates, language technologies for public health are most effective when responding to the concerns and needs of the intended users.

From lab to life

These technologies take time and money to be put into practice. The COVID-19 pandemic jump-started development but public health language AI technologies are very new. It could be that a future survey would find a very different situation.

At the same time, advances in large language models such as GPT-4 are rapidly lowering the technical barriers to developing language technologies. These models can often be adapted to new applications with far less data and effort than previous methods. Recent advances could enable small teams of researchers or even individual developers to build tools tailored to the specific needs of their own communities. The path from lab to real-world effects may become much shorter and easier.

Investors, accelerators and state support could help make this transition from lab to life happen.

Technology developers can also contribute by rooting their work in community-driven, multi-disciplinary and cross-sector collaboration. Social science and public health research knowledge and skills can inform the design and development of new technologies.

To maximise the potential of language technologies for public health, the following needs to happen:

  • involving communities and health workers in natural language processing design

  • expanding provision in indigenous African languages

  • integrating language technologies into existing health systems.

Future research and development must move beyond technical prototypes and laboratory tests to rigorous real-world evaluations that measure health outcomes.

The other co-authors behind this research are: Abigail Oppong, Ebele Mogo, Charlotte Collins, and Giulia Occhini.

The Conversation

Songbo Hu currently receives funding from the Cambridge Trust.

Anna Barford currently receives funding from UKRI and the Mastercard Foundation. She has previously received funding from the the British Aacdemy, ESRC, Leverhulme Trust, CPEST, the University of Cambridge, Unilever (via a philanthropic donation to the University) and the Asian Development Bank. Anna is the Co-Director of the Business Fights Poverty Institute and a consultant to the International Labour Organization.

Anna Korhonen receives funding from UKRI, and has previously received funding from MRC, EPSRC, NERC, Royal Society, ERC, and philantrophic donations to the University of Cambridge.

– ref. AI chatbots can boost public health in Africa – why language inclusion matters – https://theconversation.com/ai-chatbots-can-boost-public-health-in-africa-why-language-inclusion-matters-260861

La spiritualité a sa place dans les soins de santé. Voici pourquoi

Source: The Conversation – in French – By Marck Pépin, Doctorant en anthropologie, Université Laval

Différentes épreuves, comme le deuil et la maladie, peuvent laisser les individus démunis. Les intervenants en soins spirituels ont pour objectif d’accompagner ces personnes afin de leur apporter un support. (Shutterstock)

La profession d’accompagnants spirituels a vécu de profondes et radicales transformations, en particulier depuis les années 1960. Cette métamorphose, de pair avec les transformations sociales du Québec, a exigé une redéfinition et une explicitation du rôle de ceux et celles qui, depuis 2011, se nomment les « intervenants en soins spirituels (ISS) ».

Au Québec, la formation professionnelle passe par des études universitaires de 2e cycle, avec des programmes spécialisés ancrés dans les réalités du terrain. Une certification de niveau nationale est également recommandée.

Au cours de leur formation, les futurs ISS assimilent la tâche délicate, originale, mais essentielle, d’accompagner spirituellement les personnes malades ou accidentées. Les ISS sont sollicités par les équipes de soins, par les usagers ou par leur famille. Face à une maladie grave ou aux conséquences d’un accident, certains des éléments sur lesquels se construit notre existence (valeurs, convictions, buts, perception du monde, de soi ou de ce qui nous dépasse) se trouvent autant sollicités que bousculés, bouleversés, parfois dévastés. Les ISS accompagnent justement ces dimensions essentielles de chaque personne.

Certaines personnes malades, mais aussi celles qui les soignent, peuvent se trouver confrontées à des situations ou des questionnements qui leur occasionnent de la souffrance morale, voire de la détresse spirituelle. L’incompréhension face à l’absurdité de la souffrance, face à la mort d’un enfant, ou encore face à l’injustice ressentie par rapport à une maladie peut mettre à l’épreuve l’équilibre spirituel chez ces personnes.

À l’inverse, la spiritualité de chacune et chacun peut offrir des ressources uniques pour traverser les moments difficiles. Voilà pourquoi un accompagnement spirituel compétent devient crucial dans de tels moments.


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Vous avez dit « spiritualité » ?

Dans un Québec devenu laïque, les profondes mutations du rapport à la religion ont souvent contribué à une perception parfois biaisée de la spiritualité, la confondant avec le religieux, ou occultant sa dimension existentielle et relationnelle.

Or la spiritualité est une dimension dynamique de l’existence humaine, distincte du religieux. La spiritualité se manifeste par une quête de sens, de but et de transcendance. Elle s’exprime et se vit de manière subjective, à travers les relations à soi, aux autres, à la nature et au sacré. La spiritualité se reconnaît dans son dynamisme relationnel et existentiel, influençant la manière d’habiter le monde et de donner sens à l’expérience humaine.

Une femme pratique la méditation dans une forêt
La spiritualité peut se manifester de diverses manières, en fonction de la quête personnelle de chacun.
(Shutterstock)

Certaines personnes trouvent dans le religieux un espace communautaire qui nourrit leur quête de sens. Et c’est donc dans le religieux que s’exprime et se déploie pour eux la vie spirituelle. D’autres trouveront des ressources spirituelles dans des sagesses séculaires, des approches philosophiques, des pratiques corporelles ou rituelles, etc.

Les ISS sont habilités à reconnaître le profil spirituel des personnes accompagnées et faciliter l’actualisation des ressources qui contribuent au sens, au but et à la transcendance de sa vie.

Comment les ISS accompagnent-ils les personnes dans leur spiritualité ?

L’originalité du travail des ISS réside dans son approche profondément humaine et personnalisée : ils interviennent, non pas « sur », mais « avec » la personne et selon la personne.

Plutôt que de travailler à partir d’un cadre de références prédéfinies, les ISS se rendent attentifs et présents à l’autre qui vit des pertes, des doutes, un mal-être en s’adaptant aux ressources intérieures de chacun. Ils favorisent ainsi un cheminement personnel où l’individu peut retrouver lui-même son chemin spirituel.

Aux personnes malades ou endeuillées, à leurs proches et au personnel soignant, l’ISS offre une écoute singulière, un espace où exprimer ce qui a le plus de valeur, ou ce qui est souffrant. Plus qu’un soutien, il est aussi un auxiliaire entre la vie et la mort, un guide dans la quête de sens face à l’incompréhensible et à la souffrance.

Par leur posture d’intermédiaire, les ISS, avec les autres intervenants psychosociaux, jouent un rôle central de médiateur entre la personne malade ou endeuillée, ses proches et l’équipe soignante. Témoins des tensions familiales, ils facilitent le dialogue et contribuent à la résolution des conflits. Ils veillent à préserver un espace d’écoute et de respect.

Leur médiation s’étend également au personnel soignant, dont les avis, les convictions et le regard sur la situation peuvent parfois diverger de l’expérience vécue du patient ou de ses proches. En informant et en conciliant ces différentes perspectives, les ISS assurent une présence apaisante, favorisant une communication harmonieuse dans des contextes souvent marqués par la vulnérabilité et l’incertitude.

Les ISS accompagnent les personnes endeuillées au-delà de leur douleur, les aidant à puiser en elles la force spirituelle de traverser l’épreuve. Ils facilitent l’émergence des ressources spirituelles et renforcent l’identité de la personne accompagnée en s’adaptant à ce qui fait sens pour elle et pour son entourage.

Cette approche repose sur une grande flexibilité dans la posture de l’intervenant, qui tient compte de la diversité des expériences, des réalités et des perspectives sociales, culturelles et spirituelles. Les ISS accompagnent sans imposer, et laissent ainsi place à la réinvention possible des croyances et de la spiritualité.

De la posture à l’acte : comment opèrent ces spécialistes de la spiritualité ?

Se démarquant de l’exercice coutumier des professionnelles de santé, l’intervention en soins spirituels repose avant tout sur l’« être » plutôt que sur le « faire ». Le processus relationnel propre à cette intervention évolue au fil des interactions, nourri par la posture propre des ISS, inscrite dans la compassion, l’attention et la bienveillance.

Des gens assis en rond se tiennent la main
Pour certaines, la spiritualité en passe par un sentiment de communauté. Pour d’autres, elle est quelque chose de résolument personnel. Peu importe les besoins des patients, les intervenants en soins spirituels cherchent à les accompagner, plutôt qu’à s’imposer.
(Shutterstock)

L’accompagnement prend diverses formes, notamment par des rituels et des activités adaptées aux besoins spirituels et symboliques de la personne et de son entourage. Ces pratiques, qu’elles soient laïques (humanistes) ou religieuses, permettent d’apporter du réconfort, de structurer l’expérience et d’offrir un espace de communion chaleureuse.

Les organisations peuvent-elles se passer de spiritualité ?

Les recherches sur l’impact de la spiritualité dans les pratiques de soins à partir d’un modèle holistique qui intègre le spirituel au biopsychosocial sont abondantes et concluantes. Elles reconnaissent la spiritualité comme composante fondamentale du mieux-être de la personne, tant chez les personnes malades qu’auprès des membres de leur famille.

L’intégration compétente du spirituel dans les pratiques de soins s’avère d’autant plus crucial dans un système de santé qui « vit une crise » marquée par de profondes et multiples pressions systémiques, se manifestant notamment par la détresse morale des professionnels de santé, leur épuisement et les répercussions psychologiques liées aux deuils vécus. Des études montrent également que la dimension spirituelle contribue aussi au mieux-être des professionnels confrontés à des contextes exigeants.

La reconnaissance tardive des intervenants en soin spirituel (ISS) en milieu de santé ne cesse d’étonner alors que les professionnels de la santé prennent progressivement conscience de l’importance du spirituel dans les pratiques de soins. L’un des freins à cette pleine intégration de professionnels du spirituel semble résider dans la difficulté des milieux de santé à intégrer une approche fondée sur la présence et le sens, pourtant essentielle pour accompagner les usagers au-delà des seules logiques médicales.

Les ISS guident sans diriger, soutiennent sans prescrire, et accompagnent la personne endeuillée dans une quête de sens qui dépasse la seule perte. Leur rôle, empreint d’une profonde humanité, s’inscrit dans une dynamique relationnelle où chaque échange contribue à tisser un chemin de résilience et de transformation.

Parce qu’elle soutient la traversée de l’expérience de la maladie, du deuil, de la perte et de la détresse, la spiritualité devrait imposer sa place dans les institutions de santé. Face à la souffrance, elle éclaire, ouvre un espace d’expression de la quête de sens et de l’actualisation de soi.

La Conversation Canada

Audrey Simard est membre de l’Ordre des travailleurs sociaux et thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec. Elle a obtenu la Bourse d’études supérieures du Canada au niveau de la maîtrise (BESC M) octroyée par le Conseil de recherches en
sciences humaines. Elle est intervenante pour l’organisme Albatros Capitale-Nationale et auxiliaire d’enseignement et de recherche à l’Université Laval.

Chantal Verdon est professeure titulaire de l’Université du Québec en Outaouais au département des sciences infirmières et membre de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec. Elle est cochercheuse dans le projet Partenariat Spiritualité qui a reçu un financement du Conseil de recherche en sciences humaines – engagement partenarial.

Elaine Champagne est titulaire de la Chaire Religion, spiritualité et santé, Université Laval.
Elle a obtenu du subvention d’engagement partenarial du CRSH (chercheure principale) pour le projet Partenariat Spiritualité: Partenariat pratique/recherche pour mieux soutenir les interventions spirituelles en contexte de deuil.

Marck Pépin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. La spiritualité a sa place dans les soins de santé. Voici pourquoi – https://theconversation.com/la-spiritualite-a-sa-place-dans-les-soins-de-sante-voici-pourquoi-254880

En ces temps incertains, trois stratégies pour mieux maîtriser vos finances

Source: The Conversation – in French – By Omar H. Fares, Assistant Professor, Faculty of Business, University of New Brunswick

Les consommateurs canadiens semblent passer d’une inquiétude économique passagère à un sentiment de précarité financière plus durable, qui commence à modifier en profondeur leurs habitudes de vie.

Ils retardent les achats importants et expriment une lassitude croissante envers les services par abonnement. Une enquête récente a révélé que 70 % des Canadiens repoussent des décisions majeures, y compris l’achat d’une maison et la planification familiale, en raison de l’incertitude économique persistante.

Cette inquiétude se reflète désormais dans le moral général. La dernière enquête de la Banque du Canada sur les attentes des consommateurs a révélé une forte hausse du pessimisme économique. Environ deux tiers des Canadiens anticipent maintenant une récession dans l’année, contre 47 % à la fin de 2024.

Les inquiétudes concernent la sécurité de l’emploi, le remboursement des dettes et l’accès au crédit augmentent également. Pour la première fois depuis début 2024, davantage de consommateurs déclarent réduire leurs dépenses. Les intentions d’achat de logement diminuent, en particulier chez ceux qui s’attendent à un ralentissement. Une part croissante des détenteurs de prêts hypothécaires prévoient de réduire leurs dépenses en prévision de l’augmentation des paiements de renouvellement.

Les Canadiens ne réagissent plus seulement à l’inflation ou aux taux d’intérêt : ils s’ajustent à l’idée que l’incertitude financière fait désormais partie du quotidien.

Pourquoi cette incertitude semble différente

Si le lien entre l’incertitude économique et la baisse des dépenses est bien documenté, la conjoncture actuelle se distingue par la convergence de plusieurs facteurs de stress auxquelles sont confrontés les consommateurs : un marché de l’emploi difficile, en particulier pour les jeunes, des inquiétudes liées aux effets perturbateurs de l’automatisation induite par l’IA, la menace de droits de douane imposés par les États-Unis, les conflits internationaux et l’augmentation du coût de la vie.

Dans ce contexte, le sentiment de précarité s’installe comme une réalité quotidienne, influençant la manière dont les gens planifient, dépensent et envisagent l’avenir.

Pour faire face à cette nouvelle réalité, nous devons nous doter d’outils et de réflexes qui peuvent nous aider à développer une stabilité financière, même en période d’incertitude.

Voici trois moyens fondés sur la recherche pour y parvenir.

1. Établissez un budget aligné sur vos valeurs

À l’heure où de nombreuses personnes ressentent une pression financière croissante, adopter une approche plus réfléchie et basée sur les valeurs en matière de finances personnelles, au-delà des méthodes traditionnelles de budgétisation, est essentiel. Si vous souhaitez mieux contrôler vos finances, il peut être utile de ne plus vous concentrer uniquement sur le suivi de vos dépenses, mais plutôt sur la manière dont vous dépensez votre argent.

Les recherches sur le comportement des consommateurs confirment ce changement de mentalité. La « comptabilité mentale », introduite par l’économiste Richard Thaler, montre que les individus répartissent naturellement leur argent en catégories symboliques telles que la stabilité, la famille ou l’apprentissage. Il ne s’agit plus simplement de réduire ses dépenses, mais de faire des choix financiers alignés sur ses priorités.

Des recherches montrent qu’en associant cette approche à des gestes simples – comme la définition d’objectifs précis et la mise en place de virements automatiques vers l’épargne ou les dépenses importantes –, on améliore sa capacité à faire des choix cohérents sur le long terme. L’idée n’est pas de tout comptabiliser au centime près, mais de faire en sorte que votre argent serve ce qui a du sens pour vous.

Étant donné que les valeurs ont tendance à guider la prise de décisions durables, un point de départ pratique consiste à identifier trois à cinq valeurs fondamentales, telles que la sécurité financière, le développement personnel ou le temps passé en famille. Ensuite, passez en revue vos transactions récentes et regroupez-les en fonction de la valeur qu’elles représentent. Cela permet de recadrer la budgétisation non plus comme une simple contrainte, mais comme un moyen d’évaluer si vos dépenses actuelles correspondent à ce que vous considérez comme le plus important.

À partir de là, attribuez un montant mensuel raisonnable à chaque catégorie en fonction de vos revenus et de vos obligations fixes. Vous n’avez pas besoin de suivre chaque détail, mais le fait d’avoir des repères basés sur vos valeurs vous donne une direction claire et vous aidera à faire de meilleurs choix au quotidien.

Renommer les catégories dans votre application ou votre feuille de calcul budgétaire est une autre approche importante. Par exemple, remplacer « dépenses discrétionnaires » par « temps en famille » ou « bien-être » peut renforcer le lien entre les dépenses et les valeurs. Mettez en place des virements automatiques qui reflètent vos objectifs ; cela peut inclure la création d’une réserve d’épargne, le financement des études ou la contribution à un compte d’investissement à faible risque. Automatiser ce processus peut vous aider à rester constant, même en période d’incertitude. L’automatisation permet de réduire la fatigue décisionnelle et favorise la cohérence.

2. Utilisez le pessimisme à votre avantage

S’il est tout à fait rationnel de reconnaître les risques économiques, la manière dont les gens y réagissent fait une différence considérable. Les psychologues ont étudié un état d’esprit appelé « pessimisme défensif », une stratégie qui consiste à anticiper les problèmes potentiels afin de planifier efficacement, plutôt que de se laisser submerger par l’incertitude.


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Contrairement à l’anxiété chronique ou à la peur, qui peuvent nuire à la prise de décision et conduire à de mauvais choix financiers et de consommation, le pessimisme défensif encourage les gens à adopter une approche plus mesurée et réfléchie. Il combine réalisme et préparation et aide les individus à rester concentrés et réactifs dans des conditions incertaines.

Les gens sont plus résilients lorsqu’ils se concentrent sur ce qui peut être changé. Concrètement, cela peut consister à acquérir une nouvelle compétence, à lancer un projet parallèle ou à renforcer son réseau personnel ou professionnel.

Pour appliquer le pessimisme défensif, commencez par identifier clairement ce qui pourrait mal tourner, puis définissez des mesures spécifiques pour faire face à ces éventualités. Divisez les tâches importantes en étapes plus petites et plus faciles à gérer, élaborez un plan de secours et réévaluez régulièrement vos progrès. Cette approche permet de rester concentré, de réduire les surprises et de transformer l’inquiétude en préparation.

Ces petites mesures proactives, accompagnées d’une réflexion personnelle approfondie, peuvent donner un sentiment d’autonomie qui contrebalancent le sentiment d’impuissance. Plutôt que d’ignorer les défis, le pessimisme défensif, associé à une réflexion constante, consiste à trouver des moyens de les contourner.

3. Adoptez une vision à long terme

Malgré l’incertitude actuelle, il reste très important de conserver une perspective financière à long terme. Les études montrent systématiquement que les personnes qui s’engagent dans une planification à long terme ont tendance à accumuler davantage de richesse au fil du temps.

La planification à long terme consiste à continuer à planifier des objectifs futurs tels que la retraite ou les études, même lorsque les délais doivent être modifiés en raison de circonstances changeantes.

L’un des plus grands défis de cette approche est connu sous le nom « d’effet de la grappe acide ». Il s’agit de la tendance qu’ont les gens à minimiser un objectif ou une récompense future après avoir connu des revers ou des échecs précoces.

Une étude réalisée en 2020 auprès de 1304 participants en Norvège et aux États-Unis a révélé que les revers peuvent amener les individus à se désengager de leurs objectifs. Les participants ont reçu des commentaires positifs ou négatifs sur une tâche initiale, puis ont été invités à prédire leur niveau de bonheur s’ils réussissaient lors d’une deuxième série.

Ceux qui avaient connu l’échec anticipaient beaucoup moins de bonheur en cas de réussite future. Lorsque tout le monde a finalement réussi, leur niveau de bonheur était le même, indépendamment des commentaires initiaux. Les revers peuvent amener les gens à dévaloriser leurs objectifs comme stratégie d’autoprotection. Cependant, les participants ayant une forte motivation à la réussite ne présentaient pas ce biais.

En d’autres termes, lorsque des déceptions à court terme sont interprétées comme des échecs, les gens risquent d’abandonner complètement leurs projets à long terme. Dans ces moments-là, la meilleure chose à faire est de rester cohérent et engagé, tout en restant suffisamment agile pour s’adapter si nécessaire.

La Conversation Canada

Omar H. Fares ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. En ces temps incertains, trois stratégies pour mieux maîtriser vos finances – https://theconversation.com/en-ces-temps-incertains-trois-strategies-pour-mieux-maitriser-vos-finances-261330

Physically restricting mental health patients can often harm them – my new study suggests compassion could change that

Source: The Conversation – UK – By Daniel Lawrence, Senior Lecturer in Forensic Psychology, Cardiff Metropolitan University

Restrictive practices in mental health settings – such as physical restraint and seclusion – are meant to be a last resort, used only when patients pose a risk to themselves or others.

In 2021 and 2022 alone, NHS England reported that 6,600 mental health patients were subjected to physical restraint, and 4,500 to seclusion. Figures such as these have led numerous experts and policymakers to conclude that restrictive practices are overused in mental health inpatient settings.

The consequences can be devastating. Restrictive practices are associated with trauma, worsening mental health, and even death. For decades, clinicians, researchers and policymakers have called for their reduction. Progress, however, remains painfully slow.

For the past five years, I have been researching the use of restrictive practices in mental health services and exploring how to reduce them. My new research demonstrates the importance of using compassion to support staff to promote the dignity and wellbeing of patients as a priority.

Restrictive practices have a long history that predates the development of asylums and psychiatry as a medical discipline. The use of legislation to detain people on the basis of their mental health in England, for example, dates back to at least the 14th century. Early examples of restrictive practices included patients being bound and beaten with rods in order to “restore sanity”.

During the first three decades of the 19th century, mechanical restraints such as straitjackets, chains and restraint chairs and confining patients in locked rooms were widely accepted methods of controlling violent people in British asylums. But in the 1830s, some clinicians recognised the moral and ethical problems with using such practices, and a campaign began to abolish them.

The UN has long recognised restrictive practices in mental healthcare as a human rights issue. In 2008, the UN’s special rapporteur on torture stated that methods such as solitary confinement violate articles 14 and 15 of the Convention on the Rights of Persons with Disabilities, which protect against arbitrary detention and cruel, inhuman or degrading treatment.

This stance was reaffirmed in 2021 when the UN declared that restrictive practices breach the fundamental rights of patients. This underscores the urgent need for reform in mental healthcare systems worldwide.

Harmful effect

Research shows that restrictive practices may not only harm patients but contradict the goals of mental healthcare. Many mental health problems stem from traumatic experiences that leave people feeling powerless, unsafe and distressed. Using methods that reinforce these feelings can worsen the very issues services aim to address.

In extreme incidents, people have died as a result of restrictive practices use.

In my research, I have developed a theoretical model identifying core factors that perpetuate the use of restrictive practices in mental health services. These include the emotional challenges faced by staff working in high-stress environments, and how these challenges influence their decision-making.

Mental health wards can be highly stressful environments, with frequent incidents of aggression. In such settings, staff can often feel anxious and hyper-vigilant, which can make it harder for them to respond to patients with compassion.

Research shows that threat-based emotions like fear and anger are linked to a greater likelihood of using restrictive measures. So, this cycle perpetuates the use of these harmful practices.

Compassion may hold the key

Using restrictive practices to control or remove people who are perceived as a threat can provide staff with a sense of immediate safety, which may inadvertently reinforce their use. To address this, I wanted to explore whether supporting staff to manage their emotions more effectively could reduce their reliance on restrictive practices, and foster a more compassionate approach to care.

As part of my research, I introduced compassion-focused support groups for staff in several forensic mental health wards, advocating for a more empathetic and patient-centred approach. These groups tried to equip participants with skills to better manage challenging emotional experiences while fostering greater compassion for both themselves and the people in their care.

The aim was to help staff cultivate an inner sense of safety, reducing their reliance on restrictive practices as a means of managing their own feelings of threat. This intervention was encouraging, leading to reductions in the use of restrictive practices in some conditions – demonstrating the potential of using compassionate care for these purposes.

My study was the first of its kind – bur these initial results highlight the need for further research into how the emotional management of staff influences care decisions. The journey toward change is slow, but it is possible. Compassion may hold the key to addressing a deeply entrenched issue that has shaped the treatment of mental health patients for centuries.


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The Conversation

Daniel Lawrence is affiliated with the Labour Party.

– ref. Physically restricting mental health patients can often harm them – my new study suggests compassion could change that – https://theconversation.com/physically-restricting-mental-health-patients-can-often-harm-them-my-new-study-suggests-compassion-could-change-that-244782

Counting the climate costs of abandoned shopping trolleys

Source: The Conversation – UK – By Neill Raath, Assistant Professor of Sustainable Materials and Manufacturing, University of Warwick

Richard Johnson/Shutterstock

Despite the steady growth of online shopping, a majority of the UK public still prefers to buy groceries at the supermarket.

Shopping trolleys can help us lug our purchases back to the car, but some shoppers are evidently taking them further afield. In 2017, 520,000 trolleys were reported as abandoned in the UK. Sunderland in north-east England alone reported 30,000 abandoned trolleys between 2020 and 2022. Likewise, 550 trolleys were collected in a single day in western Sydney, Australia.

Supermarkets employ a range of methods to stop trolleys leaving their premises, including coin slots, vertical bars (to stop trolleys leaving the shop floor), wheel-locking mechanisms and car park wardens. Despite these efforts, abandoned trolleys still blight the landscape and need to be collected.

Many supermarkets use commercial collection services, such as Wanzl TrolleyWise or TMS Collex. These companies typically use diesel vans to survey suburban areas, collect trolleys and return them to supermarkets. They also offer to refurbish weathered or damaged trolleys, sometimes by applying a zinc-based coating to protect against corrosion – a process known as regalvanisation.

We are researchers at the University of Warwick who wanted to understand the environmental impact of trolley abandonment. So, we set out to investigate it.

Collecting versus manufacturing

How does the environmental impact of using vans to rescue abandoned trolleys compare with losing these trolleys to excessive damage or corrosion and having to make new ones?

Our study used a standardised methodology known as life-cycle assessment to analyse the potential environmental impact of collecting and handling abandoned shopping trolleys within an area of Coventry, a city in the English West Midlands, which includes our university campus.

We spoke to trolley suppliers, who told us trolleys used at the supermarket in Coventry were most likely made in Spain. This was incorporated into our model.

A shopping trolley wedged in a hedge.
A trolley discovered by the author, abandoned in a bush near a car park.
Neill Raath

Through conversations with our university’s estates department and commercial collection services, we established that approximately 30 trolleys were collected a week on average in the area surrounding the Tesco supermarket in the Cannon Park shopping centre.

Our model assumed that a bulk transport of 50 trolleys is sent twice each year to be refurbished, in a round trip of 220km between Coventry and a refurbishment facility based in the UK that was noted on stickers placed on refurbished trolleys.

Vans collecting 520,000 abandoned trolleys in a year could emit the equivalent of 343 tonnes of CO₂ (the annual equivalent of driving 80 petrol cars). If we imagine that 10% of these 520,000 trolleys have been left outside too long and need to be regalvanised then the total global warming impact increases by 90% to the equivalent of 652 tonnes CO₂ (roughly the same as 152 petrol cars being driven for one year).

This is quite a surprising increase for such a small number of trolleys. It suggests that the real problem lies with the environmental impact of manufacturing.

Most of the emissions can be avoided

We found that one trolley would have to be collected 93 times by a diesel van to have the same environmental impact as manufacturing a new one.

Our results showed that the emissions incurred during the diesel van collection phase were only 1% of the manufacturing impact, and the regalvanisation stage was only 8%. We might wonder whether switching to electrically powered collection vans might help. While the emissions would be reduced, the impact of using diesel vans is still minuscule compared to that of making new trolleys.

We found that the highest environmental impact stemmed from manufacturing, which was mainly attributed to making and replacing the steel frame of the trolley.

These results reinforce the benefits of following the circular-economy principle of keeping trolleys in use for as long as possible, and avoiding manufacturing to replace abandoned ones.

Would anything change if we switched to plastic trolleys? Other researchers have investigated the effect of changing trolley materials and have found that trolleys made of polymers have many benefits compared with steel: they use less material, are less dense (a benefit for collection vans that emit less by driving around lighter products) and do not require protective coatings, which themselves have an environmental impact.

A steelworks.
Blast furnaces at conventional steelworks are very carbon-intensive.
Pedal to the Stock/Shutterstock

However, if these polymer trolleys were to be sent to landfill (or left to deteriorate in the environment), they could release carcinogenic chemicals, as well as microplastics, as they break down. This leads us back to the importance of keeping products in use.

Abandoning trolleys is bad for the environment, with a potential global warming impact equivalent to 0.69 kg CO₂ for collecting one trolley and returning it to a supermarket. If we multiply this by the potential 520,000 abandoned trolleys a year, this figure becomes quite big.

Preventing trolley abandonment should be a priority not just for supermarkets, but for the general public as well. However, once a trolley is abandoned, it is far better to collect and refurbish it than to let it fall out of use and manufacture a new one, as 92–99% of the environmental impact can be avoided.

While it is unlikely that we can ever stop trolleys being abandoned, we hope that next time people see a trolley in an alley or park bush, the potential environmental impact of losing this trolley to service would be apparent.


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The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. Counting the climate costs of abandoned shopping trolleys – https://theconversation.com/counting-the-climate-costs-of-abandoned-shopping-trolleys-258500

4.48 Psychosis revival: the play’s window into a mind on the edge is as brutal as ever

Source: The Conversation – UK – By Leah Sidi, Associate Professor of Health Humanities, UCL

Under bright lights, the audience looks at a bare stage on two planes. Below, a small stage is white and empty, occupied only by a table and two chairs. Above, a huge, slanted mirror reflects a bird’s-eye view of the stage to the audience. Three middle-aged figures enter the stage without looking at each other. One lies down, staring into the mirror. One stands and one sits. For the next 70 minutes, they will never hold one another’s gaze.

This is the revival of Sarah Kane’s play 4.48 Psychosis. The production takes place 25 years after the original work, bringing the original cast and creative team back to the Royal Court where the play was first staged – now transferred to The Other Place, a small theatre run by the Royal Shakespeare Company.

It replicates the staging of the original with precision. The same faces are on the same set, making the same gestures. Even the projections of the street outside show cars from the 1990s. And yet, because this is theatre, there are inevitable differences.


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The play is a revival and a commemoration. Kane wrote 4.48 Psychosis in the year leading up to her death by suicide in 1999 and completed it during her final stay in a psychiatric hospital. It stages the experience of a suicidal and psychotic mind breaking down.

About a week after sending the play to her agent, Kane ended her own life. A year later, the original production was staged at the Royal Court, directed by her long-term collaborator James Macdonald and starring three young actors: Daniel Evans, Madeleine Potter and Jo McInnes. All three have returned for this revival.

4.48 Psychosis is a highly experimental play. It contains dialogue between doctor and patient, poetry, seemingly psychotic speech, lists and quotations from literature and medical documents. In her aims for the play, Kane was both very open and very specific. She described the play in an interview at Royal Holloway University as an attempt to stage the experience of a mind breaking down:

I’m writing a play called 4:48 Psychosis … It’s about a psychotic breakdown and what happens in a person’s mind when the barriers which distinguish between reality and different forms of imagination completely disappear … you no longer know where you stop and the world starts.

What’s more, through an experimental style, Kane hoped to make her audience experience some of the distress experienced by the mental collapse being staged. She described this as “making form and content one”.

How this strange work was to be staged was to be left up to future creatives. She didn’t specify how many actors should perform the work, or provide references to their age or gender. Kane believed that as a playwright, her job was to write the work, and then let directors figure it out.

The result was that the first performance split the experience of breakdown across three actors. At times, they take on more specific roles such as a patient, a doctor, and a lover or bystander. At others, they all seem to occupy a shared mental reverie.

Since the original production, 4.48 Psychosis has been staged in multiple ways around the world. French actor Isabelle Huppert performed the first French production largely as a monologue in 2005, with occasional lines delivered by Gérard Watkins as a psychiatrist. Recently in the UK it has been transformed into a successful opera in which a six-person ensemble and full orchestra performed the play’s “hive mind”, and has been performed in a plastic box in British Sign Language.

When it was first performed in 2000, a year after Kane’s death, the play left a profound impression on its audiences. It was arguably one of the most brutal, head-on representations of mental illness that had ever been seen in British theatre. Reviews from that first production discuss anxieties about whether the play should be viewed as a “suicide note” – a disturbingly “real” reference to Kane’s death.

Today, such anxieties may seem less relevant. After all, over two decades have passed since Kane’s death, and we are in a very different world when it comes to how we view disclosure of personal struggle. In a culture of mental health awareness campaigns and social media oversharing, the closeness of Kane’s suffering to her work seems less scandalous, and perhaps less unsettling.

At times, this revival feels a bit more like a repetition, or archival reconstruction than a fresh performance. There are moments that feel dated – for example, the use of pixelated projections.

The most compelling moments were where something original was introduced due to the more advanced ages of the actors. In my experience, the play is typically performed by a younger cast, as a rageful, energetic cry of despair. It hits differently with a cast in their fifties.

Madeleine Potter’s resigned, ironic complaints about being mistreated by “Dr This and Dr That” gave the impression of a woman with a lifetime’s experience of inadequate mental health services. And Jo McInnes’s desperate monologue about lost love could be referencing an estranged or dead child, as much as a lover.

These moments inserted something new into Kane’s iconic last work and underlined that mental suffering is far from being the privilege of the young. More of a slow burn than an explosive cry of anger, this return to 4.48 Psychosis explores mental torment that can persist over a lifetime, revealing it to be as relevant as ever.

4.48 Psychosis is at The Other Place until July 27.

The Conversation

Leah Sidi does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. 4.48 Psychosis revival: the play’s window into a mind on the edge is as brutal as ever – https://theconversation.com/4-48-psychosis-revival-the-plays-window-into-a-mind-on-the-edge-is-as-brutal-as-ever-261430