Des dollars à l’effigie de Trump ? Une pratique rarissime hors des monarchies

Source: The Conversation – France in French (3) – By Jacques Hymans, Adjunct Associate Professor of Political Science and International Relations, USC Dornsife College of Letters, Arts and Sciences; University of Southern California


L’ESSENTIEL

  • L’administration Trump souhaite faire figurer le visage ou la signature du président sur des pièces et billets américains, malgré une loi interdisant de représenter une personne vivante sur les billets.

  • À l’échelle mondiale, les dirigeants en exercice apparaissent presque uniquement sur la monnaie des monarchies héréditaires : seulement 13 % des pays étudiés pour les pièces et 15 % pour les billets.

  • Représenter Donald Trump sur la monnaie pendant son mandat constituerait donc une rupture avec la tradition américaine.


En argot américain, l’argent liquide est parfois désigné par l’expression Dead Presidents (« présidents morts »). Mais Donald Trump, président bien vivant, pourrait lui aussi bientôt figurer sur les pièces et les billets américains.

Depuis le retour au pouvoir de Donald Trump en 2025, son administration appose le visage et le nom du président sur toutes sortes de supports, des bâtiments fédéraux aux cartes d’accès aux parcs nationaux. Le faire figurer sur le tout-puissant dollar constituerait le couronnement de ces efforts. Après tout, la valeur des pièces et billets américains actuellement en circulation dépasse 2 460 milliards de dollars, un record historique.

Si le portrait d’un président en exercice commençait à apparaître sur la monnaie américaine, que révélerait ce changement de la culture politique des États-Unis ?

Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a déclaré qu’il ne pensait pas « qu’il y ait quoi que ce soit d’inconvenant » dans cette idée. À l’inverse, le sénateur démocrate Jeff Merkley a affirmé : « Les manœuvres d’autocélébration du président Trump sont des actes autoritaires dignes de dictateurs comme le dirigeant nord-coréen Kim Jong‑un. »

En tant que professeur de relations internationales, j’étudie depuis plus de vingt ans l’évolution de l’iconographie monétaire à travers le monde. J’aborde donc ce débat dans une perspective internationale. Les données que j’ai recueillies montrent qu’un tel choix placerait les États-Unis à contre-courant de la quasi-totalité des autres pays du monde.

Pièces et billet

L’administration Trump se montre extrêmement active sur le front de la monnaie.

En janvier 2026, les membres choisis par Donald Trump pour siéger à la Commission américaine des beaux-arts, une agence fédérale chargée de conseiller le gouvernement en matière de design et d’esthétique, ont recommandé plusieurs modèles pour une pièce de 1 dollar destinée à être mise en circulation, ornée du profil de Donald Trump. La commission a ensuite recommandé un autre portrait du président pour une pièce commémorative en or 24 carats, dont elle a suggéré qu’elle soit « aussi grande que possible ». Ces pièces devaient être prêtes pour le 4 juillet, mais des retards de production à l’US Mint, l’organisme chargé de frapper la monnaie américaine, ont repoussé leur date de sortie.

L’administration prépare également des billets à l’effigie de Donald Trump. En mars 2026, le département américain du Trésor a annoncé une première historique : désormais, la signature du président figurera sur les nouveaux billets imprimés.

En avril, le département du Trésor a brutalement réaffecté Patricia Solimene, directrice du Bureau of Engraving and Printing, l’organisme chargé de concevoir et d’imprimer les billets américains, après qu’elle eut refusé de faire avancer le projet d’un billet de 250 dollars portant le portrait de Donald Trump, selon le Washington Post.

« C’est ici que le dollar s’est arrêté », a écrit Patricia Solimene dans un courriel d’adieu à ses collègues, détournant la célèbre expression « The buck stops here », qui signifie que l’on assume la responsabilité ultime. Mais après sa réaffectation, le dollar s’est remis en marche. En mai, Scott Bessent a dévoilé publiquement un projet de billet de 250 dollars à l’effigie de Donald Trump, tout en reconnaissant que ces nouveaux billets ne pourraient pas être imprimés tant que le Congrès n’aurait pas modifié une loi vieille de 160 ans, qui interdit de représenter des personnes vivantes sur les billets de banque américains.

Le Donald J. Trump $250 Bill Act, une proposition visant à modifier cette loi, attend désormais d’être examiné plus avant par la commission des services financiers de la Chambre des représentants. Le département du Trésor affirme disposer déjà de l’autorité légale nécessaire pour frapper ses pièces à l’effigie de Donald Trump.

À la loupe : les pièces de monnaie du monde entier

Faire figurer le visage du président en exercice sur des pièces constituerait une rupture spectaculaire avec la tradition américaine. Cela ne s’est produit qu’une seule fois dans l’histoire du pays : sur une pièce commémorative d’un demi-dollar frappée en 1926, qui représentait le président de l’époque, Calvin Coolidge, aux côtés de George Washington.

Mais qu’en est-il des autres pays du monde contemporain ? Est-il courant que leurs dirigeants en exercice apparaissent sur leurs pièces de monnaie ?

À partir de la dernière édition du « Directory of Circulating Coins » de Coin & Mint News – un ouvrage de référence pour les professionnels des pièces de monnaie travaillant dans les instituts monétaires nationaux et les banques centrales –, j’ai recensé les représentations de dirigeants en exercice sur les pièces en circulation dans le monde en 2024. Précisons que ces données n’ont pas encore fait l’objet d’une évaluation rigoureuse par les pairs.

Après avoir analysé près de 1 000 pièces provenant de 165 pays indépendants, je n’ai dénombré que 22 pays – soit environ 13 % du total – dont les pièces en circulation représentent leur chef d’État en exercice. Ce chiffre inclut les pièces représentant des chefs d’État qui étaient en fonction lors de leur émission initiale, qu’ils le soient encore ou non en 2024.

La quasi-totalité des chefs d’État en exercice représentés sur les pièces en circulation que j’ai analysées sont des monarques héréditaires.

Lorsqu’un pays est une monarchie héréditaire, que son système politique soit démocratique, comme au Royaume-Uni, ou autoritaire, comme au Brunei, il est très probable que son roi ou sa reine figure sur les pièces en circulation. C’est le cas d’environ 62 % des monarchies répertoriées dans ma base de données, soit 21 sur 34.

En revanche, lorsqu’un pays n’est pas une monarchie héréditaire, il est presque certain que son chef d’État en exercice ne figure pas sur ses pièces en circulation. C’est le cas de 99 % des pays non monarchiques de ma base de données, soit 130 sur 131.

La seule exception est le Samoa, une démocratie parlementaire dont toutes les pièces en circulation représentent le chef de l’État en fonction en 2011, année de leur première émission. Mais même le Samoa ne constitue pas vraiment une exception, tant sa culture politique présente de nombreux attributs monarchiques : son chef de l’État porte le titre de « Son Altesse » et est traditionnellement choisi parmi les quatre grands chefs coutumiers du pays.

À la loupe : les billets de banque du monde entier

L’analyse de mes données sur les billets de banque fait apparaître une tendance similaire.

À partir de Bank Note Museum – un catalogue gratuit en ligne alimenté par un réseau de collectionneurs de billets – et en complétant ces données avec les informations du catalogue payant des publications Greysheet, « The Banknote Book », j’ai constitué une base de données regroupant tous les billets en circulation dans le monde qui ont été nouvellement conçus et émis entre 2019 et 2024.

Selon mes données, 84 pays indépendants ont émis 340 nouveaux billets destinés à la circulation courante au cours de cette période. Pourtant, seuls 13 d’entre eux – soit environ 15 % – ont émis de nouveaux billets représentant leur chef d’État en exercice. Tous ces pays sauf un sont des monarchies héréditaires.

La seule exception à la règle est le Botswana, une république démocratique qui fait traditionnellement figurer le portrait du président en exercice sur son billet de 10 pulas. Cependant, Duma Boko, président du Botswana depuis la fin de l’année 2024, attend toujours son billet de 10 pulas.

La monnaie américaine : digne d’un roi ?

Aujourd’hui, presque tous les pays qui ne sont pas des monarchies héréditaires refusent d’émettre de la monnaie représentant leur chef d’État en exercice. Les États-Unis n’étant pas une monarchie héréditaire, faire figurer le visage de Donald Trump sur la monnaie américaine alors qu’il est encore au pouvoir serait tout à fait inhabituel.

Le mouvement national de protestation « No Kings » (« Pas de rois ») a mobilisé des millions d’Américains, qui ont défilé dans les rues pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme les ambitions monarchiques de Donald Trump. Les tendances mondiales de l’iconographie monétaire semblent leur donner raison.


Anyi Tan, étudiante de premier cycle de l’Université de Californie du Sud a contribué à ces recherches.

The Conversation

Jacques Hymans ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Des dollars à l’effigie de Trump ? Une pratique rarissime hors des monarchies – https://theconversation.com/des-dollars-a-leffigie-de-trump-une-pratique-rarissime-hors-des-monarchies-292246

Rapprochement Canada-UE : l’Histoire donne-t-elle raison à Mark Carney ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Adeline Vasquez-Parra, Maître de conférences, Université Lumière Lyon 2


L’ESSENTIEL

  • Le Canada revendique une identité politique distincte des États-Unis, fondée notamment sur le bilinguisme et une culture du compromis.

  • Du maintien de la paix élaboré par Lester B. Pearson dans les années 1950 à la « Troisième Option » de Mitchell Sharp vingt ans plus tard, Ottawa a historiquement privilégié le multilatéralisme et la diversification de ses partenariats pour préserver son autonomie face à son puissant voisin.

  • Le rapprochement envisagé avec l’Europe s’inscrit ainsi dans une histoire longue, aujourd’hui ravivée par le retour de l’unilatéralisme trumpien.


Face au grand retour de l’unilatéralisme américain, le premier ministre canadien Mark Carney tente un rapprochement inédit avec l’Union européenne. Le discours qu’il a prononcé au Parlement européen à Strasbourg ce jeudi 17 septembre, qui était très attendu de part et d’autre de l’Atlantique, fait suite à une proposition inédite formulée la veille par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen : faire du Canada un membre associé de l’Union européenne.

Cette étape historique s’inscrit dans une longue trajectoire. Pour Carney, il ne s’agit pas de redéfinir le modèle canadien, mais de défendre une société et une démocratie profondément liées à l’Europe, en contraste avec le repli des États-Unis. Un retour sur l’histoire canadienne permet de comprendre et situer cette vision dans le temps long.

1791 : le choix de la raison

Le premier ancrage de cette trajectoire remonte directement à l’Acte constitutionnel de 1791 qui divise la Province de Québec, colonie du Royaume-Uni, en deux entités, le Haut Canada (actuel Ontario) et le Bas Canada (actuel Québec), et qui dote ces deux colonies de Chambres d’assemblées élues.

Contrairement à son voisin du Sud qui a forgé son identité nationale et républicaine dans la table rase révolutionnaire, le Canada a opté pour la continuité.

En choisissant de rester fidèle au parlementarisme britannique, le pays a institutionnalisé une méfiance salutaire envers l’agitation radicale et la polarisation excessive, privilégiant la stabilité institutionnelle et son pendant naturel, le compromis.

L’Acte constitutionnel, 1791. Avec l’Acte constitutionnel de 1791, la Province de Québec est divisée en deux entités politiques : le Bas-Canada (aujourd’hui le Québec) et le Haut-Canada (aujourd’hui l’Ontario). Collection Assemblée nationale.
Assemblée nationale du Québec

L’ancrage francophone

Le deuxième pilier de ce modèle canadien tient à sa filiation francophone unique, garantie par un équilibre institutionnel et culturel complexe entre la province du Québec, les communautés acadiennes et les communautés canadiennes francophones du pays (21 % de l’ensemble des quelque 41 millions d’habitants ont le français comme langue première).

Historiquement tissé en lien étroit avec la France, cet héritage s’est élargi au fil du temps pour englober des modèles de démocraties multilingues, notamment ceux de la Belgique et de la Suisse, qui ont pareillement développé des institutions fédérales permettant la coexistence de plusieurs communautés linguistiques et culturelles, et s’ouvre aujourd’hui résolument vers la Francophonie mondiale, notamment en Afrique.

Cet attachement n’est pas qu’un simple rappel patrimonial : il se retrouve aujourd’hui au cœur d’une actualité brûlante. Les subventions à la culture francophone, la place des médias francophones en ligne et l’obligation d’étiquetage bilingue des produits vendus au Canada sont considérées par l’actuel gouvernement des États-Unis comme un « irritant commercial ». Trump a placé ces questions sur la table des négociations Washington-Ottawa, ce à quoi Mark Carney a opposé une fin de non-recevoir catégorique.

Carney a d’ailleurs travaillé son bilinguisme après de nombreuses remarques des médias québécois pointant ses approximations dans cette langue. En défendant la langue française non pas comme une variable d’ajustement économique, mais comme un droit fondamental et un pilier existentiel de la fédération, le premier ministre a rappelé que l’identité canadienne, par sa dualité linguistique, se distingue fondamentalement du creuset uniformisateur américain.

Discours de Québec, Mark Carney s’exprime en français, TVA Nouvelles, 23 janvier 2026.

La diplomatie du maintien de la paix

Face à « l’aigle américain », la diplomatie canadienne s’est façonnée au XXe siècle comme une diplomatie de puissance moyenne, incarnée de manière magistrale par le gouvernement du premier ministre Lester B. Pearson (1963-1968).

En 1956, Pearson est un diplomate de premier plan à l’ONU. Il joue un rôle essentiel dans le dénouement de la crise de Suez, en obtenant l’envoi sur place d’une force internationale d’interposition dont la présence empêche les tensions de dégénérer. À bien des égards, il apparaît comme l’inventeur du concept moderne du maintien de la paix. L’année suivante, il sera d’ailleurs récompensé par le prix Nobel de la paix. Le Canada promeut à ce jour une doctrine internationale fondée sur le multilatéralisme et le respect du droit international.

Pour de nombreux Canadiens, cette tradition s’accorde naturellement avec le modèle géopolitique de l’Union européenne, qui privilégie le dialogue et la régulation multilatérale face aux logiques unilatérales de super-puissance. Sans pour autant négliger les efforts militaires : rappelons que le Canada a été en 1949 l’un des douze États fondateurs de l’OTAN.

Mitchell Sharp en 1962.
Dick Darrell — Toronto Star Photograph Archive (Toronto Public Library)

La « Troisième Option »

Sur le plan géo-économique, la volonté de diversifier les partenariats face à la toute-puissance et aux soubresauts protectionnistes états-uniens n’est pas nouvelle.

Dans les années 1970 déjà le secrétaire d’État aux Affaires extérieures Mitchell Sharp formalisait déjà la « Troisième Option », visant à réduire la vulnérabilité économique du Canada face aux États-Unis en tissant des liens privilégiés avec la Communauté économique européenne (CEE). Un traité en ce sens est signé en 1976.

Cette relation économique s’est depuis considérablement approfondie, notamment avec l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne. Signé en 2016 et appliqué provisoirement depuis le 21 septembre 2017, l’AECG offre aux entreprises canadiennes et européennes un accès préférentiel à leurs marchés respectifs.

Ce jalon historique éclaire directement les efforts contemporains de diversification menés à Bruxelles pour sécuriser nos chaînes d’approvisionnement et nos valeurs démocratiques.

Le choc culturel face au mouvement MAGA

C’est précisément cet attachement viscéral à la social-démocratie, au multilatéralisme et à l’ordre institutionnel proche du modèle de l’Union européenne qui attire aujourd’hui à Ottawa les foudres du mouvement américain MAGA (Make America Great Again).

Dans sa tentative de polarisation du monde, la droite nationaliste états-unienne reproche vertement au Canada son progressisme et sa protection des minorités et des langues. Cette opposition s’est notamment manifestée dans les attaques de Donald Trump contre les politiques canadiennes et dans sa volonté de présenter le Canada comme un pays qui « tirerait profit » des États-Unis. Elle a également pris une dimension symbolique dans le conflit commercial récent : le 27 août 2026, Trump a signé un décret ordonnant aux autorités fédérales américaines de désigner le lac Ontario sous le nom de « Lake America ».

En fin de compte, l’Histoire suggère que le penchant du Canada vers l’Europe n’est ni un hasard de calendrier ni un accident géopolitique mais le fruit d’une longue sédimentation politique, institutionnelle et surtout, culturelle. Si Mark Carney plaide aujourd’hui pour un renforcement de ces ponts transatlantiques, c’est parce que l’ADN du Canada trouve, hier comme aujourd’hui, un écho infiniment plus naturel de l’autre côté de l’Atlantique qu’au sud de sa frontière.

The Conversation

Adeline Vasquez-Parra ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Rapprochement Canada-UE : l’Histoire donne-t-elle raison à Mark Carney ? – https://theconversation.com/rapprochement-canada-ue-lhistoire-donne-t-elle-raison-a-mark-carney-292339

Près d’un billet de banque sur six dans le monde représente un animal sauvage – et pas toujours celui auquel on s’attendrait

Source: The Conversation – France in French (3) – By Guy Castley, Associate Professor, School of Environment and Science, Griffith University


L’ESSENTIEL

  • Près d’un billet sur six dans le monde représente un animal sauvage.

  • Les oiseaux et les mammifères sont les espèces les plus souvent mises à l’honneur.

  • Les espèces menacées pourraient gagner en visibilité grâce aux billets, sans garantie toutefois d’une meilleure protection.


Les billets et les pièces de monnaie contribuent à façonner notre identité nationale. Les images qui y figurent mettent en valeur des événements historiques, des personnalités importantes ou encore des avancées scientifiques, industrielles et technologiques. Elles célèbrent parfois aussi la biodiversité, notamment des plantes et des animaux emblématiques.

Dans notre nouvelle étude, nous avons analysé les représentations d’animaux sauvages figurant sur des billets de banque du monde entier. Nous voulions déterminer à quelle fréquence les espèces locales y apparaissaient et lesquelles étaient les plus souvent représentées.

Près d’un billet sur six parmi les 4 541 que nous avons analysés, provenant de 207 pays, représentait des animaux sauvages. Nous avons mis en évidence des tendances intéressantes selon les pays : des mammifères en Afrique, des oiseaux en Amérique du Sud ou encore des espèces marines dans les États insulaires. Certains pays font volontiers figurer des animaux sur leurs billets, tandis que d’autres les ignorent totalement.

Nos recherches montrent que les billets de banque pourraient contribuer à mieux sensibiliser le public à la faune sauvage. Mettre en avant des espèces menacées permettrait notamment de les faire mieux connaître. Cette démarche devrait s’inscrire dans un effort de sensibilisation plus large, destiné à mobiliser la population en faveur de la protection de la biodiversité.

Ce que nous avons découvert

Nous avons parcouru le Standard Catalog of World Paper Money, un catalogue consacré aux billets de banque du monde entier, et avons recensé toutes les représentations d’espèces animales locales figurant sur des billets émis entre 1980 et 2017.

Notre analyse a révélé une grande diversité d’animaux représentés. Dans la plupart des cas, nous avons pu identifier précisément l’espèce.

Des animaux sauvages figuraient sur plus de 15 % des 4 541 billets que nous avons examinés, provenant de 207 pays. Nous avons recensé 352 espèces différentes. Au total, nous avons recensé 883 représentations d’espèces animales locales sur 689 billets provenant de 92 pays. Les billets de 115 autres pays ne représentaient donc aucun animal sauvage.

Trois heat maps (ensemble de la faune, oiseaux et mammifères) montrent comment les animaux sauvages sont représentés sur les billets de banque à travers le monde.
La plupart des pays ne représentent pas d’animaux sauvages sur leurs billets de banque. Ces cartes montrent la répartition mondiale (A) de l’ensemble des animaux représentés, (B) des oiseaux et (C) des mammifères.
Newbery et al., (2024)

Les oiseaux (195 espèces) et les mammifères (96 espèces) sont les animaux qui figurent le plus souvent sur les billets à travers le monde. Viennent ensuite les poissons (25 espèces), les reptiles et les invertébrés (15 espèces chacun), puis les grenouilles et les crapauds (6 espèces).

Mais d’importantes différences apparaissent selon les pays et les régions. Les billets africains représentent ainsi fréquemment des mammifères.

En Amérique du Sud et en Amérique centrale, les oiseaux sont en revanche à l’honneur, ce qui s’explique par leur plus grande diversité dans ces régions de forêts tropicales humides.

Les États insulaires représentent souvent des espèces marines, comme l’espadon, le requin-baleine ou la tortue verte. Mais leurs billets mettent également à l’honneur des espèces terrestres endémiques, que l’on ne trouve nulle part ailleurs.

Ces résultats montrent que, dans de nombreux pays, la faune locale est valorisée et participe à l’identité nationale. Certains États établissent désormais un lien explicite entre les animaux représentés sur leur monnaie, leurs valeurs et leurs aspirations.

En Afrique du Sud, la Banque centrale associe les célèbres animaux du « Big Five » représentés sur les billets à ses valeurs fondamentales :

  • le rhinocéros : la protection d’un avenir commun et la responsabilité ;
  • le buffle d’Afrique : l’unité et la cohésion grâce à une communication ouverte ;
  • l’éléphant d’Afrique : la stabilité, la confiance et la création de liens sociaux pour préserver le respect et la confiance mutuelle ;
  • le lion : le leadership et l’accompagnement nécessaires pour atteindre l’excellence ;
  • le léopard : l’indépendance, l’intégrité et l’honneur.
Un montage représentant le « Big Five » africain : le rhinocéros, le buffle d’Afrique, l’éléphant d’Afrique, le lion et le léopard.
Les animaux emblématiques du « Big Five » d’Afrique subsaharienne figurent souvent sur les billets de banque de la région : le rhinocéros, le buffle d’Afrique, l’éléphant d’Afrique, le lion et le léopard.
Guy Castley

Qu’en est-il des billets australiens ?

Dans la série que nous avons analysée, seuls deux billets australiens représentaient des animaux sauvages : le billet de 5 dollars, un méliphage à bec grêle, et celui de 10 dollars, un cacatoès à huppe jaune.

Mais de nouveaux billets ont été émis depuis notre analyse. En 2019, la Banque centrale australienne a ajouté un oiseau sur chaque coupure, accompagné d’une plante — généralement une espèce d’acacia. Ces illustrations font partie des nouveaux dispositifs de sécurité des billets :

Représenter les espèces menacées

Près d’un tiers (30 %) des animaux sauvages figurant sur les billets appartenaient à des espèces menacées. Pour la plupart des groupes d’animaux, cette proportion est supérieure à celle des espèces actuellement considérées comme menacées d’extinction. Parmi les espèces représentées figurent le rhinocéros noir, l’ara canindé et la tortue imbriquée, tous trois en danger critique d’extinction.

En 2012, les Fidji ont choisi de représenter plusieurs espèces menacées sur leurs billets afin de sensibiliser le public à leur sort. Cette monnaie dite « de la faune et de la flore » est devenue si populaire que les habitants désignent souvent les billets par le nom de l’espèce qui y figure plutôt que par leur valeur. Nous avons ainsi entendu des Fidjiens dire qu’un article coûtait un kulawai — le lori à gorge rouge — plutôt que 5 dollars, ou un nanai — la cigale des Fidji — au lieu de 100 dollars.

L’Australie pourrait certainement mieux mettre en valeur, sur ses billets, sa faune unique et menacée. Les espèces actuellement représentées sont emblématiques et facilement reconnaissables, mais ne comptent pas parmi celles qui ont le plus besoin de mesures de conservation.

Certaines données, encore limitées, suggèrent que faire figurer des espèces menacées sur les billets pourrait contribuer à leur protection. Les magazines publiés par des organisations de protection de la nature utilisent par exemple souvent des images d’animaux populaires, attrayants ou connus — la « faune charismatique » — qu’ils soient menacés ou non, afin de sensibiliser le public et de recueillir des fonds. Une étude récente consacrée aux réseaux sociaux a également montré que le partage d’images d’animaux sauvages pouvait déboucher sur des actions concrètes en faveur de leur conservation. Des chercheurs ont d’ailleurs proposé que les entreprises utilisant des images d’animaux sauvages dans leurs publicités versent une contribution, par exemple sous la forme d’une redevance, qui servirait ensuite à financer des actions de protection de la nature.

Au-delà des billets de banque

Faire figurer des espèces animales sur la monnaie peut contribuer à nourrir la fierté nationale et à mieux faire connaître la faune propre à chaque pays. Mais, dans le cas des espèces menacées, rien ne garantit que cette visibilité conduise réellement à leur protection.

La représentation d’animaux sur les billets doit donc s’accompagner d’autres actions de sensibilisation à leur sort, comme des campagnes éducatives, des politiques publiques et des collectes de fonds. Des recherches supplémentaires seront nécessaires pour mesurer l’impact sur le public des représentations d’animaux sauvages sur les billets et déterminer dans quelle mesure cette visibilité peut contribuer à leur protection.

Les auteurs tiennent à saluer la contribution de Beaudee Newbery, qui a recensé et analysé les représentations d’animaux sauvages sur les billets du monde entier dans le cadre de ses recherches à l’université Griffith.

The Conversation

Guy Castley reçoit des financements du ministère australien du Changement climatique, de l’Énergie, de l’Environnement et de l’Eau, du ministère de l’Environnement, des Sciences et de l’Innovation du Queensland, de collectivités locales et de l’université Griffith. Il est affilié à la Glossy Black Conservancy et membre de l’Environment Institute of Australia and New Zealand, de la Society for Conservation Biology et de BirdLife Australia.

Clare Morrison reçoit actuellement des financements du ministère de l’Environnement, des Sciences et de l’Innovation du Queensland, de collectivités locales et de l’université Griffith. Elle est membre de la Society for Conservation Biology et de l’Australian Society of Herpetologists. Elle conseille également l’organisation non gouvernementale locale de protection de la nature NatureFiji-MareqetiViti, aux Fidji.

– ref. Près d’un billet de banque sur six dans le monde représente un animal sauvage – et pas toujours celui auquel on s’attendrait – https://theconversation.com/pres-dun-billet-de-banque-sur-six-dans-le-monde-represente-un-animal-sauvage-et-pas-toujours-celui-auquel-on-sattendrait-292249

Remplacer Churchill par des animaux sauvages, est-ce effacer l’histoire ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By David Lewis Thomas, PhD Candidate in Political Theory, University of Sussex

Winston Churchill et d’autres grandes figures historiques vont disparaître des prochains billets de banque britanniques, au profit d’animaux sauvages. Janusz Pienkowski/shutterstock

L’ESSENTIEL

  • La Banque d’Angleterre va remplacer Churchill et d’autres figures historiques par des animaux sauvages sur ses prochains billets.

  • Cette décision a ravivé le débat sur la mémoire collective et l’identité britannique.

  • Le mythe Churchill, façonné par les médias et les commémorations, est aujourd’hui de plus en plus contesté.


L’annonce par la Banque d’Angleterre de son intention de retirer l’effigie de Winston Churchill du billet de cinq livres a suscité l’indignation de certains commentateurs et responsables politiques. Nigel Farage, le dirigeant de Reform UK, y a vu « la définition même du wokisme ». Kemi Badenoch, la cheffe du Parti conservateur, a estimé que le projet de remplacer les personnages historiques par des animaux sauvages revenait à « effacer notre histoire ».

Dans le cadre de la lutte contre la contrefaçon, la Banque d’Angleterre remplacera, sur la prochaine série de billets, les personnages historiques par des animaux sauvages, choisis à l’issue d’une consultation publique.

Techniquement, bien sûr, retirer Churchill d’un billet de banque ne l’effacerait pas de l’histoire. Même si sa réputation est parfois contestable, son rôle de dirigeant pendant la Seconde Guerre mondiale ne l’est pas. Ce que son retrait d’un billet menace, c’est quelque chose de bien plus personnel : la mémoire collective à travers laquelle de nombreuses personnes appréhendent non seulement Churchill et la Grande-Bretagne, mais aussi leur propre identité.

Surtout, le Churchill présenté dans la culture populaire n’a pas vocation à être appréhendé en termes historiques. L’histoire suppose des recherches, des débats et des révisions. Le Churchill que la plupart des gens découvrent à la télévision, à l’école et lors des commémorations nationales est, lui, entré dans la mythologie.

L’examen rigoureux du bilan politique ou de la personnalité de Churchill devient alors sans importance. Ce qui compte, c’est son image : héros, sauveur du monde libre, rempart de l’Empire, incarnation du « bulldog spirit », cet esprit de ténacité typiquement britannique. Pour ceux qui ont intériorisé cette image, toute critique de Churchill constitue une attaque contre les fondements mêmes de l’identité britannique.

Il est révélateur que ce rôle fondateur ne semble pas s’appliquer à Jane Austen ou à Alan Turing, les deux autres grandes figures représentées sur les billets de banque britanniques.

Le philosophe Bernard Stiegler, aujourd’hui disparu, offre une grille de lecture utile pour comprendre comment ces images deviennent structurantes. Selon lui, l’expérience humaine se construit à travers trois niveaux d’attention. Le premier correspond à notre perception directe d’une situation. Le deuxième est celui de la mémoire personnelle, qui nous permet d’organiser notre compréhension du passé. Le troisième niveau, que Stiegler appelle les rétentions tertiaires, est constitué des supports extérieurs de la mémoire, comme les archives, les médias et les institutions. C’est ce troisième niveau qui façonne notre identité collective et nationale.

Ce que Churchill représente pour les Britanniques

Ce sont les Britanniques de la génération du baby-boom qui ont de Churchill l’image la plus positive. Pour ceux qui ont grandi au milieu du XXe siècle, les médias de masse ont forgé un récit national à travers des expériences culturelles communes. Dans les années 1970 et au début des années 1980, il n’existait encore que trois chaînes de télévision : des millions de personnes regardaient donc simultanément les mêmes événements. Les grandes finales sportives, les mariages royaux et les funérailles nationales sont ainsi devenus le ciment culturel de l’identité britannique.

Les funérailles nationales de Churchill, en janvier 1965, illustrent l’ampleur du phénomène. Environ 25 millions de Britanniques les ont suivies à la télévision, tandis qu’un million d’autres se pressaient dans les rues de Londres sur le passage du cortège funèbre. À l’échelle mondiale, on estime qu’un dixième de la population a regardé la retransmission. Pour de nombreux téléspectateurs, l’événement – et l’attention qui lui a été accordée – a consacré Churchill non seulement comme une figure historique, mais aussi comme un symbole de la grandeur nationale. Ces souvenirs fondateurs continuent de façonner le regard que porte cette génération sur la société contemporaine.

Ce comportement de masse, comme l’appelle Stiegler, brouille les frontières entre identités personnelle et nationale, le spectateur étant pris dans une mémoire synchronisée. Les médias, l’école et la famille répètent les mêmes récits, consolidant la mémoire jusqu’à ce qu’ils s’intègrent au tissu culturel. Au fil du temps, la personnalité qui se trouve au cœur de ce récit cesse d’être une figure historique complexe pour devenir davantage un produit culturel. Les débats sur la manière dont Churchill est représenté deviennent alors une lutte autour de la façon dont chacun comprend le passé de la Grande-Bretagne et la place qu’il y occupe.

C’est précisément à une telle mise en scène que nous avons assisté. Ceux qui protestent contre le retrait de l’effigie de Churchill – tout comme ceux qui se sont indignés de la dégradation de sa statue à Parliament Square – protestent en réalité contre ce qu’ils perçoivent comme une remise en cause de leur identité, construite à travers ces souvenirs.

Nous considérons ces souvenirs et les identités qu’ils façonnent comme des vérités universelles ou des évidences. Pourtant, ces souvenirs sont à la fois forgés – au sens où ils sont produits par notre participation – et falsifiés, au sens où ils sont en partie construits par les récits médiatiques et, à ce titre, ne sont pas authentiques. Les souvenirs ne sont pas des représentations fidèles d’événements passés. Ce sont des images façonnées par des institutions – l’école, la presse, les technologies – et par les choix qu’elles opèrent.

Alors qu’autrefois une poignée de chaînes de télévision façonnaient la mémoire nationale, les réseaux sociaux orientent aujourd’hui les publics vers des communautés concurrentes, chacune ayant ses propres valeurs et ses propres souvenirs de prédilection. À l’ère de la formation numérique de la mémoire, l’image de Churchill – comme toute mémoire collective – n’est pas figée. Le mythe Churchill, autrefois largement partagé, s’inscrit désormais dans un paysage culturel âprement disputé.

L’affirmation selon laquelle l’histoire serait réécrite doit plutôt être comprise comme un cri de défi face à l’effacement d’une mémoire collective et, avec elle, d’une identité personnelle, de son intégrité et de sa légitimité. L’identité churchillienne érige la domination et la puissance militaire en critères de réussite. À mesure que de nouveaux souvenirs façonnent de nouvelles attentes et que les identités évoluent, nous aurions tout intérêt à trouver de nouveaux repères pour nous définir.

The Conversation

David Lewis Thomas ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Remplacer Churchill par des animaux sauvages, est-ce effacer l’histoire ? – https://theconversation.com/remplacer-churchill-par-des-animaux-sauvages-est-ce-effacer-lhistoire-292248

Les vraies raisons pour lesquelles vous procrastinez – et comment y remédier, selon la science

Source: The Conversation – in French – By Itamar Shatz, Affiliated Lecturer, Department of Theoretical and Applied Linguistics, University of Cambridge

Face à une tâche ou à un projet, vous arrive-t-il de vous dire sans cesse que vous le ferez « demain », « bientôt » ou « après avoir regardé encore quelques vidéos » ?

Si c’est le cas, en tant que personne ayant étudié la science de la procrastination pendant des années, je peux vous assurer que vous n’êtes pas seul. Environ 20 % des adultes procrastinent régulièrement.

Ceux qui agissent ainsi – moi y compris – peuvent être confrontés à toute une série de problèmes et de conséquences qui, selon les recherches, sont liés à la procrastination, notamment de moins bons résultats aux examens, des revenus plus faibles, un manque de sommeil et une [santé mentale et physique précaire]

La procrastination peut être pénible et extrêmement difficile à gérer. Cela s’explique en grande partie par le fait que bon nombre des idées que l’on entend à propos de ce comportement courant sont erronées.




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La plus grande fausseté est peut-être l’idée selon laquelle la procrastination découle de la paresse ou d’un manque d’intérêt. Selon cette interprétation erronée, les personnes qui procrastinent n’ont qu’à « faire plus d’efforts ». De telles perceptions peuvent entraîner des sentiments de culpabilité et de honte.

En réalité, les procrastinateurs ont généralement l’intention de travailler tout aussi fort que leurs pairs – voire plus. Mais une caractéristique déterminante de la procrastination est le fossé entre les intentions et les actions. Non seulement « simplement essayer plus fort » ne fonctionne pas, mais cela se retourne souvent contre nous, en nous détournant des solutions qui fonctionnent.

Qu’est-ce qui cause réellement la procrastination ?

Fondamentalement, notre cerveau est programmé pour privilégier ce qui nous fera nous sentir mieux immédiatement, plutôt que ce qui nous fera nous sentir mieux à long terme et dans l’ensemble.

Ainsi, lorsque nous craignons qu’une action soit pénible ou difficile, notre cerveau nous pousse à la retarder par mécanisme de défense, afin de repousser la douleur que nous redoutons.

Cela peut se produire lorsque nous avons l’impression que la matière à étudier sera source de frustration ou qu’un examen à venir sera particulièrement stressant. Ou encore, nous pouvons craindre que notre rédaction ou notre présentation ne soit pas parfaite.

Le perfectionnisme peut s’avérer particulièrement problématique lorsque nous craignons que notre travail soit critiqué par les autres, que cela risque ou non de se produire dans la réalité.

Notre cerveau peut être encore plus désorienté lorsque nous sommes confrontés à des alternatives tentantes dont nous savons qu’elles nous procureront une satisfaction immédiate, comme les flux des médias sociaux qui sont hyper-optimisés pour capter notre attention le plus longtemps possible.

D’autres facteurs peuvent rendre encore plus difficile de réorienter notre esprit lorsque nous repoussons une échéance. L’un des principaux facteurs est la fatigue ou, pire encore, l’épuisement professionnel, à force de travailler trop, pendant trop longtemps, à des tâches particulièrement épuisantes.

Cela peut entraîner un cercle vicieux. Nous sommes trop épuisés pour faire ce que nous devons faire, alors nous remettons cela à plus tard, ce qui nous stresse et nous épuise davantage, renforçant ainsi l’emprise de la procrastination.

Une explication de la procrastination. Vidéo : TED-Ed.

Des études ont également établi un lien entre la procrastination et le TDAH, un trouble neurodéveloppemental qui peut rendre plus difficile pour certaines personnes de s’en tenir à une tâche particulière.




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Heureusement, tout comme une mauvaise compréhension de la procrastination peut nous mettre sur la mauvaise voie pour la surmonter, en comprendre les véritables raisons peut nous aider à y mettre fin.

Comment cesser de procrastiner

Il existe de nombreuses raisons de procrastiner, et chacune d’entre elles peut nécessiter une solution différente. Commencez par vous demander pourquoi vous procrastinez cette fois-ci : la raison n’est pas toujours la même.

Êtes-vous épuisé ? Êtes-vous distrait par votre téléphone ? Avez-vous peur de faire des erreurs ? Ou bien y a-t-il un autre problème, ou une combinaison de problèmes, qui vous empêchent d’accomplir la tâche que vous devez accomplir, ou d’atteindre l’objectif que vous vous êtes fixé ?

Si vous avez des doutes, essayez de comparer les situations où vous êtes passé à l’action avec celles où vous avez sans cesse retardé les choses. Quelle était la différence ?

Sinon, imaginez qu’un ami se trouve dans une situation similaire et réfléchissez plutôt à son problème. Prendre cette distance psychologique pourrait vous aider à y voir plus clair.

Ensuite, demandez-vous quel changement vous pourriez apporter dès maintenant pour augmenter vos chances de mener à bien cette tâche. Il est vrai que certains sont plus faciles à mettre en œuvre que d’autres.

Si votre téléphone vous distrait, par exemple, éteignez-le avant de commencer la tâche. Si vous travaillez dans une bibliothèque ou un café, rangez votre téléphone dans votre sac dès que vous vous asseyez.

Si le problème réside dans la crainte d’une issue particulière, c’est plus difficile. Mais essayez de vous poser la question suivante : quelle est, en réalité, la probabilité que ce que vous redoutez le plus se produise réellement ? Souvent, c’est beaucoup moins probable, ou moins effrayant, que vous ne le pensez.

Une autre stratégie consiste à passer en revue ce scénario catastrophe, en réfléchissant à la façon dont vous pourriez en atténuer les répercussions négatives s’il venait à se produire.


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J’aborde d’autres causes de la procrastination, ainsi que d’autres solutions pour y remédier, dans mon nouveau livre, Solving Procrastination : The Science of Why We Put Things Off and How to (Finally !) Stop (Vaincre la procrastination : la science qui explique pourquoi on repousse les tâches, et comment (enfin !) y mettre fin.)

Voici quelques suggestions en bref :

  • Décomposez les tâches floues en micro-étapes gérables, afin que votre cheminement vous semble clair et réalisable.

  • Renforcez votre confiance en vous en identifiant et en remportant des victoires régulières, afin de faire taire le pessimiste intérieur qui vous freine.

  • Organisez votre horaire en fonction de vos rythmes de productivité, afin de travailler en harmonie avec vos préférences naturelles, et non à leur encontre.

Avant tout, vaincre la procrastination ne se résume jamais simplement à « faire plus d’efforts ». Il s’agit plutôt de cerner les véritables raisons pour lesquelles vous avez tendance à procrastiner – puis de les résoudre à l’aide des techniques qui vous conviennent le mieux.


Cet article fait référence à un livre mentionné à des fins rédactionnelles et contient un lien vers bookshop.org. Si vous cliquez sur ce lien et effectuez un achat sur bookshop.org, The Conversation UK pourrait toucher une commission.

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tamar Shatz ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche. Il est l’auteur de « Solving Procrastination: The Science of Why We Put Things Off and How to (Finally!) Stop », publié par Penguin Random House.

– ref. Les vraies raisons pour lesquelles vous procrastinez – et comment y remédier, selon la science – https://theconversation.com/les-vraies-raisons-pour-lesquelles-vous-procrastinez-et-comment-y-remedier-selon-la-science-290507

50 000 móviles sonando en el Camp Nou: ¿estamos aprendiendo a ignorar las alertas?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Fernando Medina Morales, Profesor de Geografía, Universidad de Las Palmas de Gran Canaria

Christian Bertrand/Shutterstock

Durante el partido entre el FC Barcelona y el Racing de Santander, los teléfonos móviles de buena parte de los 50 568 espectadores presentes en el Camp Nou empezaron a sonar simultáneamente. Un mensaje ES-Alert advertía de lluvias torrenciales y riesgo de inundaciones, y recomendaba evitar los desplazamientos y las actividades al aire libre. Sin embargo, el partido continuó y el público permaneció en las gradas.

La escena podría interpretarse como una muestra de indiferencia ante el peligro. Pero permanecer dentro del estadio quizá era más seguro que provocar la salida simultánea de miles de personas en plena tormenta. El episodio plantea, en realidad, una cuestión más compleja: ¿qué debe hacer la ciudadanía cuando recibe una alerta pero a su alrededor todo continúa con aparente normalidad?

La tecnología funcionó: el mensaje llegó en pocos segundos a miles de personas. Sin embargo, una alerta no es eficaz únicamente solo porque se haya recibido. Lo es cuando permite comprender el riesgo y tomar una decisión para protegerse.

Una herramienta para captar nuestra atención

ES-Alert es el sistema español de avisos de emergencia a teléfonos móviles. Utiliza la tecnología de difusión por celdas (cell broadcast) para enviar mensajes a los dispositivos conectados a las antenas de una zona determinada. No necesita conocer los números de teléfono de los destinatarios ni requiere ninguna aplicación, conexión a internet o registro previo.

Su principal ventaja es evidente: permite dirigirse de manera rápida y masiva a las personas que se encuentran dentro de un territorio amenazado. Además, el mensaje aparece acompañado de un sonido y una vibración difíciles de ignorar, incluso cuando el teléfono está en silencio.

Pero ES-Alert es solo una de las piezas del sistema de alerta temprana. Detectar el peligro y difundir un aviso no es suficiente. Para que la alerta reduzca realmente los daños, las personas deben entenderla, considerarla creíble, identificar qué comportamiento se espera de ellas y disponer de tiempo y capacidad para actuar.

Recibir no significa actuar

Las investigaciones sobre la respuesta ciudadana a las emergencias demuestran que entre la recepción de un aviso y la adopción de una conducta protectora hay un proceso de interpretación y decisión. El Modelo de Decisión de Acción Protectora explica que las personas no responden automáticamente a una alerta como si fueran interruptores que se puedan activar desde un centro de emergencias.

En un investigación realizada en la Universidad de Las Palmas de Gran Canaria por el grupo de investigación GEOTIGMA se denominó “latencia social” al tiempo que transcurre entre la recepción de una alerta y el inicio de la respuesta ciudadana.

Primero intentamos determinar qué está pasando: ¿la amenaza es real?, ¿me puede afectar?, ¿qué debería hacer? Después buscamos información adicional: consultamos las redes sociales, los medios de comunicación o las aplicaciones meteorológicas; hablamos con las personas que tenemos cerca y observamos cómo reaccionan los demás.

Este comportamiento también se ha observado empíricamente: en un estudio sobre ES-Alert en Gran Canaria, una parte de los participantes recurrió a las redes sociales o a los medios de comunicación para verificar o ampliar la información recibida.

Este comportamiento no tiene por qué ser necesariamente irracional. Contrastar la información puede ayudarnos a tomar una decisión correcta. El problema aparece cuando el mensaje es ambiguo o cuando las señales recibidas son contradictorias, porque la búsqueda de confirmación consume parte del tiempo disponible para protegernos.

En el Camp Nou, miles de personas recibieron un mensaje que advertía de un riesgo potencialmente grave mientras el partido continuaba disputándose. Los jugadores permanecían en el campo, el público continuaba en las gradas y no se transmitía ninguna instrucción específica por la megafonía del estadio. Ante esta situación, la conducta de los demás actuó como una segunda fuente de información: si nadie interrumpe el partido ni nos indica que debamos desplazarnos a otra zona, quizá el peligro no sea tan inmediato.

¿Salir del estadio o quedarse?

El mensaje recomendaba evitar los desplazamientos y las actividades al aire libre. Esta instrucción era razonable para quienes todavía se encontraban en casa, pero resultaba menos clara para las más de 50 000 personas que ya estaban dentro del estadio.

¿Debían abandonarlo a pesar de la recomendación de no desplazarse? ¿Era preferible permanecer en las gradas? ¿Había alguna zona interior más segura? ¿Qué había que hacer al terminar el partido si la tormenta continuaba?

No parece razonable interpretar la permanencia del público como una simple desobediencia. La evacuación de un estadio también puede generar riesgos, especialmente si decenas de miles de personas salen al mismo tiempo bajo una lluvia intensa. La cuestión no es, por tanto, si el partido debía suspenderse automáticamente, sino si la alerta iba acompañada de instrucciones adaptadas a las personas que se encontraban en un recinto de grandes dimensiones.

Una advertencia general difícilmente puede resolver por sí sola todas estas situaciones. Por eso es fundamental la coordinación entre Protección Civil, las autoridades locales, los responsables del evento y los servicios de seguridad. El mensaje enviado a los móviles, la información ofrecida por megafonía y las decisiones adoptadas por la organización deben transmitir una orientación coherente.

Cuando una alarma se convierte en ruido

El sonido de ES-Alert está diseñado para interrumpirnos. Su carácter excepcional forma parte de su eficacia. Si se utiliza con demasiada frecuencia, para territorios excesivamente amplios o con instrucciones poco relacionadas con la situación concreta de las personas que lo reciben, estas pueden acostumbrarse a él y, por tanto, restarle importancia.

El uso del sistema ha aumentado considerablemente en Cataluña. Según datos de Protección Civil, el número de alertas enviadas pasó de 36 en 2024 a 75 en 2025, más del doble en tan solo un año. Este incremento no significa que cada ciudadano recibiera todos estos mensajes, ya que muchas activaciones se dirigieron a zonas geográficas concretas. Tampoco demuestra, por sí solo, que las alertas fueran innecesarias, pero sí confirma que una herramienta concebida como excepcional se utiliza cada vez con más frecuencia.

Esto no significa que haya que enviar menos alertas a cualquier precio: no alertar ante una amenaza grave puede tener consecuencias irreparables. y tampoco significa que cualquier aviso que finalmente no acabe en una catástrofe constituya una falsa alarma: las decisiones deben tomarse con información incompleta y antes de conocer el desenlace.

El riesgo aparece cuando la ciudadanía recibe repetidamente avisos poco relevantes o que no le permiten saber qué tiene que hacer. Las investigaciones sobre la sobrealerta y la fatiga asociada demuestran que esta situación puede favorecer la desconexión de los usuarios e incluso la desactivación de determinadas notificaciones.

La tecnología no puede actuar por nosotros

El episodio del Camp Nou no demuestra que ES-Alert haya fracasado. Al contrario: pone de manifiesto su extraordinaria capacidad para captar simultáneamente la atención de miles de personas. Pero también muestra los límites de una comunicación que termina en la pantalla del teléfono.

Una alerta eficaz debe explicar qué ocurre, dónde está el peligro, a quién afecta, qué hay que hacer y durante cuánto tiempo. En lugares con grandes concentraciones de personas, además, debe estar coordinada con los responsables del recinto, que pueden convertir el aviso general en instrucciones concretas.

La pregunta no es únicamente si estamos aprendiendo a ignorar las alertas. También debemos preguntarnos si las estamos diseñando de manera que la ciudadanía pueda reconocer cuándo debe actuar y cómo hacerlo. Porque el verdadero éxito de ES-Alert no consiste en hacer sonar 50 000 móviles, sino en conseguir que 50 000 personas sepan qué deben hacer después.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

– ref. 50 000 móviles sonando en el Camp Nou: ¿estamos aprendiendo a ignorar las alertas? – https://theconversation.com/50-000-moviles-sonando-en-el-camp-nou-estamos-aprendiendo-a-ignorar-las-alertas-292393

Un site archéologique marocain qui réécrit l’histoire du Maghreb… Ce que nous apprend la découverte d’un ancien rempart

Source: The Conversation – in French – By Giulio Lucarini, Senior Researcher, Institute of Heritage Science, National Research Council (CNR)


L’ESSENTIEL

  • Oued Beht, au Maroc, abritait un important centre agricole et artisanal dès le Néolithique.

  • Le rempart vieux de 4 000 ans mis au jour révèle une société complexe et organisée.

  • Réoccupé au Moyen Âge, le site éclaire l’évolution des sociétés du Maghreb.


À Oued Beht, dans les collines du nord-ouest du Maroc, au-dessus du fleuve qui a donné son nom au site, des fouilles ont récemment révélé un pan jusqu’ici méconnu de l’histoire de la région. La découverte d’un vaste édifice montre qu’au IIe millénaire avant notre ère, les communautés d’Afrique du Nord-Ouest transformaient déjà leur environnement et entretenaient des échanges au sein de vastes réseaux méditerranéens.

Les recherches précédemment menées par le projet archéologique d’Oued Beht avaient déjà mis au jour ce qui constitue probablement le plus ancien et le plus vaste complexe agricole jamais découvert en Afrique en dehors de la vallée du Nil. Il daterait d’environ 5 400 à 4 900 ans. De nouvelles fouilles, auxquelles nous avons participé, ont été menées en 2023 et nous ont permis de mieux comprendre le site.

Notre nouvelle étude met en lumière la plus ancienne construction de grande ampleur probablement défensive connue à ce jour en Afrique du Nord, hors de la vallée du Nil. Elle daterait d’environ 4 000 à 3 500 ans.

On ignore précisément contre quelles menaces ces structures semblables à des remparts avaient été érigées. Elles témoignent probablement d’une concurrence croissante pour le contrôle des terres, des ressources et peut-être des voies de circulation, plutôt que de la crainte d’« envahisseurs ». De telles constructions laissent penser que les communautés ressentaient le besoin de se protéger ou d’affirmer leur pouvoir sur des lieux stratégiques.

Cette découverte atteste l’existence d’une architecture défensive organisée au Maghreb bien plus tôt qu’on ne le pensait. Elle révèle aussi que les sociétés de la région étaient alors plus complexes et mieux structurées qu’on ne l’imaginait.

Notre étude montre également qu’entre le XIe et le XIIIe siècle, le promontoire d’Oued Beht a retrouvé une place centrale. L’ancienne structure défensive a été reconstruite, un hameau ou une ferme s’est établi sur une colline voisine et un cimetière a été aménagé entre les deux.

Ensemble, ces découvertes offrent un rare aperçu archéologique des communautés rurales aussi bien à la préhistoire qu’u Moyen Âge. Elles nous aident à comprendre comment ces sociétés se sont développées et ont perduré dans une région trop souvent oubliée des livres d’histoire.

Un foyer majeur de la préhistoire au Maghreb

Pendant longtemps, la fin de la préhistoire au Maghreb – la région d’Afrique du Nord qui comprend le Maroc, l’Algérie et la Tunisie – est restée mal connue. Comparées à celles de régions voisines, comme la péninsule Ibérique ou la région d’Athènes, les données archéologiques étaient souvent fragmentaires. Mais ces dernières années, la situation a radicalement changé.

Les fouilles menées à Oued Beht ont révélé une importante concentration d’activités humaines sur une superficie d’au moins dix hectares. La première grande phase d’occupation remonte au milieu du IVe et au début du IIIe millénaire avant notre ère, soit à la fin du Néolithique.

L’étude des restes de végétaux et d’animaux datant de cette époque indique qu’une communauté d’agriculteurs y cultivait notamment de l’orge et du blé. Ses habitants exploitaient également des plantes sauvages et élevaient du bétail.

Le site était également un important centre de production artisanale. Des milliers de haches en pierre polie et d’autres outils y ont été découverts, ainsi que des poteries finement façonnées, parfois ornées de motifs peints.

On ignore encore si Oued Beht était alors un village occupé en permanence, un lieu de rassemblement saisonnier ou un type de site moins familier. Mais il occupait manifestement une place majeure dans le paysage du nord-ouest du Maroc.

Le rempart défensif

La présence de levées de terre et de murs potentiellement anciens avait été signalée dès les années 1930. L’archéologue français Armand Ruhlmann avait alors décrit un ensemble de trois murs, le quatrième côté étant protégé par l’escarpement naturel du promontoire. Il y voyait un dispositif défensif de type « éperon barré ». Jusqu’à présent, toutefois, la nature exacte et la datation de ces vestiges restaient incertaines.

De nouvelles fouilles ont confirmé l’existence d’un fossé, d’un rempart et d’un mur construits en plusieurs étapes dans une partie étroite de la crête d’Oued Beht, entre le fleuve et un ravin. Ce dispositif isolait et protégeait l’extrémité sud du promontoire. La datation au carbone 14 des dépôts associés à ces structures nous a permis d’en établir la chronologie.

Ces datations situent la construction initiale de cet ouvrage à une époque correspondant à l’âge du bronze dans le reste de la Méditerranée occidentale. Il s’agit donc du plus ancien ouvrage défensif attesté en Afrique du Nord en dehors de l’Égypte.

À quoi servait cet ouvrage ?

Cette structure soulève d’importantes questions sur la société qui l’a édifiée. La construction d’un système associant rempart et fossé nécessitait de la planification, de la coordination et la mobilisation d’une importante main-d’œuvre. Elle témoigne donc de l’existence d’une communauté capable de mener des projets de construction complexes.

Au cours de la première phase d’occupation, au Néolithique, les activités se concentraient dans la partie nord du site d’Oued Beht, plus vaste et plus ouverte. À l’époque étudiée dans notre nouvelle étude, elles s’étaient déplacées vers la crête méridionale, plus étroite et plus facile à défendre. Cette évolution pourrait traduire un changement dans les stratégies d’occupation du territoire.

Des liens avec le monde méditerranéen

Le IIe millénaire avant notre ère est une période de profonds bouleversements dans l’ensemble du bassin méditerranéen. Dans le sud de la péninsule ibérique, les sociétés argariques – entre 2200 et 1550 avant notre ère – développaient des habitats complexes, souvent établis au sommet de collines. Elles se caractérisaient par une architecture planifiée, une métallurgie avancée, notamment dans la production du bronze, et de fortes hiérarchies sociales, perceptibles dans les pratiques funéraires. Ces communautés aménageaient fréquemment des sites fortifiés et des habitats stratégiquement situés, qui leur permettaient de contrôler les territoires environnants.

De plus en plus d’indices montrent que les communautés d’Afrique du Nord-Ouest étaient intégrées à de vastes réseaux méditerranéens, notamment avec les territoires correspondant aujourd’hui à l’Espagne et au Portugal. Les découvertes d’Oued Beht confirment que le Maghreb n’était pas isolé, mais participait pleinement aux transformations qui façonnaient alors la Méditerranée occidentale.

Le système défensif du site pourrait ainsi témoigner de profondes évolutions dans l’organisation sociale et les relations entre les communautés de la région : une concurrence croissante pour l’accès aux ressources, le contrôle des voies de circulation et l’émergence de formes de pouvoir plus structurées.

Réécrire l’histoire

Les découvertes d’Oued Beht montrent combien l’histoire ancienne de l’Afrique du Nord reste encore à explorer. Le rempart témoigne de la capacité des communautés de la région à coordonner de vastes chantiers. Il révèle aussi des transformations sociales que l’on commence tout juste à entrevoir.

Les vestiges médiévaux montrent que le promontoire a de nouveau été occupé plusieurs siècles après l’abandon de l’habitat préhistorique. Oued Beht n’a donc pas connu une seule période d’occupation : différentes communautés ont choisi ce même lieu au fil des millénaires.

À mesure que les recherches progresseront, ce site pourrait devenir essentiel pour comprendre comment les sociétés du Maghreb ont évolué, des premières communautés agricoles au monde rural médiéval.

The Conversation

Giulio Lucarini a reçu, pour le projet OBAP, des financements du ministère italien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale (MAECI), du Conseil national de la recherche italien et du ministère italien de l’Université et de la Recherche (MUR), par l’intermédiaire de l’ISMEO – Association internationale d’études méditerranéennes et orientales, à Rome. Il est affilié à l’ISMEO.

Cyprian Broodbank a reçu, pour le projet OBAP, des financements du British Institute for Libyan and Northern African Studies, du programme de recherche en sciences humaines de l’Université de Cambridge et du McDonald Institute for Archaeological Research. Il est administrateur du Mediterranean Archaeological Trust et du Museum of London Archaeology.

Toby C. Wilkinson est affilié au McDonald Institute for Archaeological Research de l’Université de Cambridge et à l’Institut catalan d’archéologie classique (ICAC).

– ref. Un site archéologique marocain qui réécrit l’histoire du Maghreb… Ce que nous apprend la découverte d’un ancien rempart – https://theconversation.com/un-site-archeologique-marocain-qui-reecrit-lhistoire-du-maghreb-ce-que-nous-apprend-la-decouverte-dun-ancien-rempart-292250

En Antarctique, le guano des manchots devient rose, et ce n’est pas une bonne nouvelle

Source: The Conversation – France (in French) – By Casey Youngflesh, Assistant Professor of Biological Sciences, Clemson University

Un manchot Adélie nageant dans l’océan. Casey Youngflesh, CC BY

L’ESSENTIEL

  • Les images satellite permettent de suivre l’évolution des colonies de manchots Adélie, et notamment l’évolution de la couleur de leurs excréments.

  • Des chercheurs ont remarqué que le guano des oiseaux de certaines colonies devient rose, ce qu’ils rattachent à un changement de régime alimentaire, basculant des poissons vers le krill, plancton des mers froides formé de petits crustacés.

  • Ce changement alimentaire n’est pas trivial : les poussins nourris au krill sont plus légers que ceux nourris aux poissons à l’âge adulte et ont moins de chances de survie à l’âge adulte.


La couleur des excréments de manchots Adélie, observée depuis l’espace, offre un bon aperçu de l’évolution de l’écologie et de l’environnement de l’Antarctique au fil du temps.

Les manchots Adélie comptent parmi les prédateurs les plus nombreux de l’océan Austral. Ils se nourrissent dans l’océan, mais nichent sur des affleurements rocheux disséminés tout autour du continent antarctique.

Les colonies de manchots comptent souvent des centaines de milliers d’oiseaux nicheurs, qui produisent une grande quantité de guano, à tel point qu’il est facilement identifiable depuis l’espace, grâce aux satellites Landsat de la Nasa.

 Une vue satellite d’un groupe de petites îles, entre lesquelles flotte de la glace, montre que certaines de ces îles sont roses, tandis que d’autres ne le sont pas
Un graphique de la Nasa montre plusieurs des îles Danger, en Antarctique, désormais teintées de rose par le guano des manchots Adélie, dont le régime alimentaire est riche en krill. Sans ces colonies, ces îles ressembleraient davantage à l’île Darwin.
NASA Earth Observatory/Michala Garrison

Une équipe multidisciplinaire de chercheurs, que j’ai dirigée, a utilisé des milliers d’images satellite remontant jusqu’aux années 1980 pour étudier ces traces de guano de manchots. L’enjeu était de déterminer le régime alimentaire de ces oiseaux et son évolution, en fonction des changements environnementaux. Ces derniers ont en effet des répercussions sur leur survie.

Nous avons notamment constaté que, lorsqu’une colonie est entourée de glace de mer abondante, les manchots Adélie qui y vivent ont tendance à se nourrir davantage de petits poissons. Lorsque la banquise est moins abondante, ils dépendent davantage du krill, ces petits crustacés ressemblant à des crevettes.




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La couleur de la nourriture et celle des excréments

Le krill possède un exosquelette rose que les manchots ne digèrent pas entièrement, ce qui confère à leur guano une teinte rosée. C’est justement la couleur du guano qui nous permet de déterminer ce que mangent les manchots.

Cette méthode s’appuie sur une approche quantitative que nous avons mise au point, qui consiste à analyser la couleur du guano et à établir un lien entre celle-ci et la part du krill dans le régime alimentaire des manchots.

Pour établir ce lien, nous avons collecté du guano de manchot à plusieurs endroits. À l’aide d’un spectromètre, nous avons déterminé la couleur de chaque échantillon telle qu’un satellite la percevrait. Cette opération a été réalisée dans un petit laboratoire de fortune installé à bord d’un navire en Antarctique, qui sent probablement encore aujourd’hui le guano de manchot. Nous avons également analysé la composition de ce guano, à l’aide d’outils issus de la chimie environnementale, afin de déterminer le régime alimentaire à l’origine de cette couleur.

Une personne est penchée au-dessus d’une table sur laquelle sont disposés plusieurs petits morceaux de tissu de différentes couleurs
Casey Youngflesh étale du guano de manchot afin de préparer son analyse.
Casey Youngflesh, CC BY

Ces informations, associées à une modélisation statistique, nous ont permis de déterminer ce que mangent les manchots en nous basant sur la couleur de leur guano telle qu’observée par satellite. Plus largement, cela nous donne un aperçu de ce qui se passe au sein du réseau trophique (c’est-à-dire, le réseau de relations prédateurs/proies de l’écosystème, ndlt) marin antarctique dans son ensemble, des informations qui resteraient autrement cachées sous la surface de l’océan austral. À notre connaissance, il s’agit de la première initiative visant à surveiller directement, depuis l’espace, ce que mangent ces animaux.

Une vue aérienne montre deux cercles formés par une colonie de manchots sur la terre ferme, près d’un rivage rocheux et glacé
Une photo prise par un drone montre à quel point les colonies de manchots, en bas à gauche, se distinguent par leur couleur du terrain environnant.
Thomas Sayre-McCord/WHOI/MIT, CC BY

À partir des données issues d’environ 4 000 images satellite, nous avons pu étudier les variations du régime alimentaire des manchots dans le temps et dans l’espace. De fait, nous avons constaté que les manchots se nourrissent effectivement d’aliments différents selon les régions du continent antarctique et que leur alimentation varie aussi bien au cours de l’année que d’une année à l’autre.

Les relations entre banquise, les réseaux trophiques et les populations de manchots

Nos données montrent comment le changement climatique modifie le régime alimentaire des manchots et comment le réseau trophique antarctique, dans son ensemble, évolue en conséquence.

Depuis les années 2010, la banquise a connu un recul spectaculaire en Antarctique, plusieurs années ayant enregistré de nouveaux records historiques de couverture minimale. Moins de glace de mer signifie moins de poissons, ce qui est une mauvaise nouvelle pour les manchots : les poussins de manchots Adélie sont généralement plus lourds lorsqu’ils sont nourris au poisson plutôt qu’au krill. De plus, les poussins plus lourds ont davantage de chances de survivre jusqu’à l’âge adulte.

Nos résultats montrent que dans les régions où les manchots consomment moins de poissons, leur nombre a diminué au cours des dernières décennies sur l’ensemble de l’aire de répartition de l’espèce. À l’inverse, les colonies de manchots qui consomment davantage de poissons ont davantage de chances de rester stables ou de s’agrandir.

De nombreux manchots sont perchés au-dessus de leurs poussins, au milieu des rochers, de la terre et du guano
Une colonie de manchots Adélie avec leurs poussins, sur l’île du Roi-George, en Antarctique.
Michael Polito, University of California Santa Cruz, CC BY

Malheureusement, le recul à large échelle de la banquise devrait se poursuivre à l’avenir. Les manchots Adélie sont également confrontés aujourd’hui à une concurrence accrue de la part d’autres espèces marines – sans parler des humains – pour l’accès aux poissons et au krill.

Une photo en gros plan montre un manchot penché en avant, le bec ouvert, face à deux minuscules poussins gris et noirs qui tendent la tête vers lui, la bouche grande ouverte
Un manchot Adélie adulte nourrit deux petits sur l’une des îles Danger, en Antarctique.
Michael Polito, University of California Santa Cruz, CC BY

Par exemple, dans la région de la péninsule antarctique, située juste au sud de l’Amérique du Sud, les populations de baleines à fanons, qui se nourrissent principalement de krill, ont considérablement augmenté depuis la fin de la chasse commerciale à la baleine il y a plusieurs décennies. Dans le même temps, les manchots papous ont étendu leur aire de répartition vers le sud, en direction de l’Antarctique à mesure que le climat se réchauffe, ce qui augmente le nombre de prédateurs chassant dans ces eaux.

Les chalutiers pêchent désormais également de grandes quantités de krill destinés à l’alimentation des poissons et à la fabrication de compléments alimentaires pour l’humain, ce qui pourrait exercer une pression supplémentaire sur les manchots Adélie dans ces régions.

Une découverte rendue possible par les images satellite

Ce n’est qu’en exploitant des milliers d’images satellite que notre équipe de recherche a pu comprendre comment le régime alimentaire des manchots Adélie varie selon les différentes zones de répartition de l’espèce, comment il évolue au fil des saisons et comment il s’adapte aux changements environnementaux observés au cours des dernières décennies.

Les informations fournies par les satellites sont particulièrement précieuses pour les régions isolées et difficiles d’accès telles que l’Antarctique. Les autres méthodes de collecte de ces données nécessiteraient des moyens considérables en termes de personnel, de planification, de déplacements et de logistique de survie.

À mesure que les technologies satellitaires continuent de s’améliorer, avec une résolution toujours plus élevée, des intervalles plus courts entre les prises d’images et de nouveaux capteurs destinés à la collecte d’informations, de nouvelles possibilités s’offrent à nous, chercheurs, pour transformer en profondeur la manière dont nous surveillons certaines espèces sauvages, fournissant ainsi des informations essentielles sur l’évolution du monde et sur la manière dont l’humanité pourrait s’adapter à ces changements.

The Conversation

Casey Youngflesh a reçu des financements de la NASA.

– ref. En Antarctique, le guano des manchots devient rose, et ce n’est pas une bonne nouvelle – https://theconversation.com/en-antarctique-le-guano-des-manchots-devient-rose-et-ce-nest-pas-une-bonne-nouvelle-292258

« Tu souffres de bouffées de chaleur ? » La ménopause, ce tabou qui creuse les inégalités au travail

Source: The Conversation – France in French (3) – By Sophie Hennekam, Associate Professor in Human Resource Management, specialized in Diversity Management, Audencia

La ménopause agit comme un révélateur puissant d’inégalités sociales et professionnelles déjà existantes. Une étude menée dans plusieurs pays, sur trois continents, suggère que, loin d’être une simple transition biologique, elle met en lumière la manière dont le genre, la classe sociale, la culture et l’organisation du travail s’entrecroisent pour façonner les parcours professionnels des femmes.


La ménopause est encore largement pensée comme une question médicale individuelle.

Pourtant, nous montrons dans notre recherche qu’elle est avant tout une expérience sociale, profondément marquée par la culture et la classe sociale, avec des conséquences très différenciées sur les carrières des femmes.

La ménopause ne produit pas, à elle seule, ces inégalités. Elle révèle et amplifie des mécanismes déjà à l’œuvre, dont les effets diffèrent selon les ressources professionnelles, sociales et culturelles dont disposent les femmes.

En France, la ménopause au travail commence tout juste à émerger dans le débat public, alors même qu’elle concerne 17 millions de femmes. Chaque année, environ 500 000 femmes entrent dans cette période de leur vie ; 87 % d’entre elles indiquent des incidences sur leur activité professionnelle. Le nombre de femmes en emploi concernées ne cesse d’augmenter, sous l’effet du vieillissement de la population active et du recul de l’âge de départ à la retraite.

Longtemps tabou, ce sujet suscite désormais un intérêt politique croissant. En avril 2025, un rapport parlementaire a formulé 25 propositions visant à mieux intégrer la ménopause dans les politiques de ressources humaines et à améliorer les conditions de travail des salariées concernées. Il marque une prise de conscience certes tardive, mais indispensable.

Notre recherche s’appuie sur 205 témoignages de femmes en emploi dans plusieurs pays, notamment en Chine, en Afrique du Sud, aux États-Unis, au Zimbabwe et en Zambie. Elle analyse la manière dont elles vivent cette transition et met en évidence un constat central : les effets professionnels de la ménopause sont profondément inégalitaires.

Médicalisation de la ménopause

La ménopause n’est pas interprétée de manière universelle. Elle est principalement appréhendée dans de nombreux contextes occidentaux à travers un prisme biomédical, qui met l’accent sur les symptômes, la fatigue ou la baisse de performance.




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Même si les répercussions de la ménopause sur la santé des femmes ne doivent être ni ni niés ni minorés, cette médicalisation contribue à renforcer les stéréotypes liés à l’âge et au genre tout en alimentant des formes de stigmatisation au travail, en particulier dans les environnements compétitifs.

À l’inverse, dans les contextes africains et asiatiques analysés, la ménopause est perçue comme une transition sociale, parfois associée à un statut symbolique renforcé ou à une reconnaissance accrue. Certaines femmes interrogées décrivent cette période comme une étape de redéfinition de soi, y compris sur le plan professionnel. Une première femme interviewée témoigne :

« Après avoir traversé ces changements physiques et émotionnels, je me sens mieux armée pour gérer le stress et les situations difficiles. Je suis également devenue plus empathique envers les personnes confrontées à des difficultés personnelles, ce qui a renforcé mes compétences en matière de communication et de leadership. De plus, la ménopause m’encourage à fixer des limites plus saines et à donner la priorité à prendre soin de moi. »

Plus grande difficulté avec des emplois physiques

Sur tous les continents, en revanche, les femmes qui cumulent plus fréquemment des emplois physiquement exigeants, peu flexibles et offrant peu de marges de négociation, assument davantage de responsabilités domestiques. Ce phénomène est largement documenté dans la littérature sociologique, notamment par les chercheuses Jan Windebank ou Tracey Warren.

Pour ces femmes, les symptômes de la ménopause peuvent devenir particulièrement difficiles à gérer. Elles disposent de moins de ressources organisationnelles et se sentent souvent moins légitimes à demander des aménagements.

Une personne interviewée rappelle que :

« Le plus dur, c’est sans aucun doute le travail physique. Je me fatigue assez vite et j’ai ensuite des bouffées de chaleur si, par exemple, je dois aider quelqu’un à prendre son bain. »

Auto-exclusion professionnelle

La sévérité des symptômes peut affecter la santé, la productivité et la présence au travail). Notre recherche met surtout en évidence un phénomène plus discret : l’auto-exclusion professionnelle.

« Je pense que la ménopause m’a empêchée de postuler à d’autres emplois auxquels j’aurais pu prétendre. Cela me rend très peu sûre de moi et limite mes choix », relate une personne interviewée.

De nombreuses femmes expliquent renoncer à des opportunités de promotion, de mobilité ou de formation, non par manque de compétences, mais par une anticipation d’un coût personnel trop élevé. Ce mécanisme marque particulièrement les trajectoires professionnelles féminines en contexte de précarité.

« Je pense que depuis que je suis entrée en périménopause, je m’intéresse moins à l’évolution de ma carrière. J’ai l’impression de n’avoir plus rien à apporter à un poste à plus grandes responsabilités. J’ai perdu la confiance que j’avais autrefois… Je me demande sans cesse si je fais bien mon travail », souligne une autre personne interviewée.

Logique implicite d’adaptation individuelle

La ménopause devient un enjeu relevant de l’organisation du travail. Nous mettons en lumière que les difficultés rencontrées par les femmes tiennent moins aux symptômes eux-mêmes qu’à l’articulation entre les contraintes professionnelles et les ressources organisationnelles disponibles.

« Je n’ai pas parlé de mes symptômes à mon employeur. Mais si je le faisais, je ne recevrais aucun soutien », exprime une personne interviewée.

Les réponses organisationnelles reposent largement sur une logique implicite d’adaptation individuelle, supposant que les salariées disposent des marges de manœuvre nécessaires pour ajuster leur activité ou solliciter du soutien. Ces marges sont socialement différenciées :

  • les femmes les mieux dotées en ressources professionnelles et organisationnelles sont davantage en mesure de composer avec la ménopause ;

  • celles occupant des positions plus contraintes se trouvent plus exposées à la fatigue morale et au retrait professionnel.

En ce sens, les politiques organisationnelles existantes tendent à bénéficier prioritairement aux femmes disposant déjà de ressources, laissant de côté celles qui en auraient pourtant le plus besoin. Ceci confirme les appels récents à reconnaître la ménopause comme une véritable question de travail.

Ce que la ménopause révèle des inégalités au travail

Les effets de la ménopause ne sont ni uniformes ni automatiques. Ils dépendent largement des ressources disponibles – individuelles, sociales et organisationnelles – dont disposent les femmes pour y faire face.

Celles qui occupent des emplois autonomes, mieux reconnus et plus flexibles peuvent plus facilement ajuster leur activité, mobiliser du soutien ou redéfinir leur trajectoire professionnelle. À l’inverse, les femmes cantonnées à des postes contraints et moins aménageables se trouvent exposées à une dégradation de leurs conditions de travail et à des arbitrages défavorables pour leur carrière.

La ménopause apparaît comme un moment critique où des inégalités jusqu’alors latentes deviennent visibles : renoncements à des opportunités professionnelles, auto-exclusion de certaines trajectoires. Ces mécanismes contribuent à renforcer les écarts déjà observés en matière de progression de carrière, de reconnaissance et de santé au travail.

Penser la ménopause autrement, c’est dépasser une approche strictement individuelle ou médicale pour l’envisager comme un enjeu organisationnel et social à part entière. Cela implique de concevoir des politiques de ressources humaines capables de tenir compte de la diversité des situations vécues par les femmes, en intégrant explicitement les dimensions de conditions de travail et de culture organisationnelle.

À ce titre, la ménopause constitue un levier essentiel pour repenser les politiques d’égalité professionnelle, de santé au travail et de maintien en emploi des femmes tout au long de leur carrière.


Cet article a été corédigé avec Bruno Felix, professeur à Fundação Dom Cabral au Brésil.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. « Tu souffres de bouffées de chaleur ? » La ménopause, ce tabou qui creuse les inégalités au travail – https://theconversation.com/tu-souffres-de-bouffees-de-chaleur-la-menopause-ce-tabou-qui-creuse-les-inegalites-au-travail-281810

Une nouvelle carte du monde agrandit l’Afrique : pourquoi tant de remous ? Les cartographes s’expliquent

Source: The Conversation – in French – By Jack Swab, Assistant Professor Department of Geography & Sustainability, University of Tennessee

L’ONU a adpté une résoluton non contraignante en faveur de la projection « Equal Earth ». Cette carte représente plus fidèlement la taille réelle des terres émergées. La projection couramment utilisée aujourd’hui, appelée « projection de Mercator », exagère considérablement la superficie des terres situées près des pôles Nord et Sud, ce qui donne l’impression que « l’Afrique est beaucoup plus petite ».

Dans la projection de Mercator, les pays situés près des pôles Nord et Sud peuvent apparaître avec une taille de deux à quatorze fois plus grande que leur taille réelle. Dans la projection « Equal Earth », ces distorsions sont réduites. L’Afrique y apparaît ainsi plus grande par rapport aux autres régions.

Nous avons demandé à Jack Swab et Derek Alderman, cartographes et géographes qui étudient le pouvoir social et communicatif des cartes, de nous expliquer ce phénomène.


Qu’est-ce qu’une projection cartographique ?

Une projection cartographique est une technique utilisée par les cartographes (créateurs de cartes) pour représenter la terre, qui est ronde et en trois dimensions, sur une carte plate en deux dimensions. C’est ce que nous voyons accroché aux murs et sur les écrans d’ordinateurs. Lorsque les cartographes aplatissent le globe, la carte subit des déformations, ce qui modifie les formes et les superficies. Il n’existe aucune projection cartographique qui ne déforme pas la Terre, mais certaines projections sont mieux adaptées à certains usages que d’autres.

Le travail d’un cartographe consiste à choisir parmi les centaines de projections cartographiques différentes, en tenant compte de l’objet de la carte et de son utilisation prévue. Aucune projection n’est idéale pour toutes les utilisations. Cette nouvelle projection « Equal Earth » est mieux adaptée que la projection de Mercator pour produire des cartes du monde à l’échelle globale à des fins éducatives, de communication publique et d’élaboration des politiques.

La projection « Equal Earth » favorise une compréhension géographique plus précise des tailles relatives des pays et des continents. Elle offre au grand public une perspective plus juste pour comparer les régions en termes de population, d’environnement, de développement, de politique et d’autres tendances mondiales.

La projection de Mercator est-elle encore utile ?

Bien que la projection de Mercator ne soit pas adaptée pour représenter la taille des terres émergées de la planète, elle ne disparaîtra pas pour autant. Elle est par exemple très utile à des fins de navigation, car elle permet de conserver la précision d’un relèvement à la boussole entre deux points sans avoir à le recalculer.

C’est pourquoi la plupart des plateformes cartographiques en ligne, telles que Google Maps ou Apple Maps, s’appuient sur une variante de la projection de Mercator pour fournir des itinéraires. Utiliser la projection « Equal Earth » pour la navigation ne serait pas aussi efficace que la projection de Mercator.

Comment la projection « Equal Earth » sera-t-elle utilisée ?

La production de cartes est décentralisée. Il n’existe pas d’autorité unique qui décide du choix de la projection cartographique à utiliser. L’ONU a simplement entériné le message général selon lequel la projection « Equal Earth » est une projection plus juste qui représente de manière plus équitable la taille réelle de la planète Terre. Et bien que cette initiative se déroule à l’échelle mondiale, des mouvements sont en cours au sein des communautés cartographiques pour faire de la projection « Equal Earth » la projection cartographique mondiale par défaut.

La résolution de l’ONU ne suffira pas à elle seule à faire de la projection « Equal Earth » une projection adoptée à l’échelle mondiale.

Cela nécessite une révision délibérée des cartes utilisées dans les manuels scolaires, les bases de données, les productions médiatiques et les discussions diplomatiques, ce qui exige un investissement en main-d’œuvre et en ressources financières.

La projection « Equal Earth » a été développée par des cartographes et est devenue populaire dans le milieu depuis son lancement en 2018. Il est désormais possible d’acheter des cartes murales utilisant la projection « Equal Earth ». Elle a également déjà été utilisée par différents médias. Cela dit, il revient à chacun de faire le choix d’utiliser « Equal Earth » ou d’autres types de projection.

Pourquoi la projection « Equal Earth » a-t-elle suscité des résistances ?

La résistance à la projection « Equal Earth » a été assez limitée. Il y a eu plusieurs abstentions lors du vote à l’Assemblée générale des Nations unies, mais la plupart étaient motivées par d’autres raisons. L’Ukraine, par exemple, a exprimé des inquiétudes concernant la représentation de la péninsule de Crimée, objet de litige, sur la carte, que le site web de la projection « Equal Earth » présente comme un territoire dont le statut est contesté .

Cela a suscité une réaction de la Russie, ainsi que des remarques d’autres nations concernant des territoires disputés. Étant donné que la résolution de l’ONU portait sur la manière de représenter le monde et non sur des frontières politiques spécifiques (un point sur lequel la Russie et l’Ukraine s’accordaient), ces discussions relevaient davantage de prises de position géopolitiques sur des questions qui ne relevaient pas de la cartographie.

Le seul cas à part, et le seul vote « contre » la projection « Equal Earth », est venu des États-Unis. Ce pays a affirmé que la proposition s’inscrivait dans le cadre d’un « projet radical et idéologique » qui n’avait pas sa place dans les débats des Nations Unies. Les délégués américains ont contesté les formulations établissant un lien entre les distorsions de la projection de Mercator et les héritages coloniaux ainsi que la marginalisation de l’Afrique. Cela n’a rien de surprenant, puisque l’administration actuelle nie l’existence de systèmes structurels d’inégalité.

Il est difficile de ne pas remarquer l’hypocrisie à l’œuvre. Les États-Unis souhaitent que les autres pays ne discutent pas des implications politiques de la cartographie, alors même que le président Trump s’adonne à sa propre réinterprétation nationaliste de la carte. Il a unilatéralement rebaptisé le golfe du Mexique «golfe d’Amérique» et le lac Ontario en lac Amérique, pour des raisons idéologiques évidentes et sans consultation internationale.

En quoi cette nouvelle carte est-elle importante pour changer la perception mondiale du monde ?

L’argument avancé par les pays africains était que la projection « Equal Earth » constitue une forme de « justice cognitive ».

La justice cognitive reconnaît que les gens assimilent souvent le pouvoir et la valeur des lieux à leur taille apparente sur les cartes. La perception traditionnelle de l’Afrique comme un continent plus petit que l’Europe ou l’Amérique du Nord renforce l’idée que ces régions du monde sont plus importantes.

La projection « Equal Earth » pourrait faciliter l’enseignement, la diffusion et la discussion d’une vision différente de l’Afrique et de son importance dans le monde. Aujourd’hui, les pays africains comptent parmi les économies et les populations qui connaissent la plus forte croissance au monde.

Les projections cartographiques ne peuvent à elles seules changer les mentalités. Cependant, alors que les pays africains cherchent à exercer une plus grande influence dans les affaires internationales, corriger la carte mentale des dirigeants mondiaux constitue une étape importante pour mettre en avant la pertinence et les droits du continent.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. Une nouvelle carte du monde agrandit l’Afrique : pourquoi tant de remous ? Les cartographes s’expliquent – https://theconversation.com/une-nouvelle-carte-du-monde-agrandit-lafrique-pourquoi-tant-de-remous-les-cartographes-sexpliquent-292076