Recherche en science biomédicale : le modèle actuel privilégie la quantité plutôt que l’utilité réelle

Source: The Conversation – in French – By Pierre D. Sarr, Postdoctoral Research Fellow in Cancer Biology, McMaster University

Nous vivons à l’ère d’une recherche biomédicale frénétique. Chaque semaine, des revues prestigieuses annoncent la découverte de nouveaux biomarqueurs pour comprendre la genèse et l’évolution de certaines maladies.

Les publications se multiplient, illustrées par des schémas sophistiqués de réseaux moléculaires complexes et des pistes d’applications prometteuses. Et aux canaux de vulgarisation scientifique de nous annoncer à grands titres, presque à la chaîne, des « avancées majeures » qui, mises bout à bout, devraient avancer notre lutte contre telle ou telle pathologie. Des décennies pourtant peuvent s’écouler avant que ces avancées n’atteignent les patients qui en ont désespérément besoin.

Pourquoi donc ce décalage ? Tant d’efforts de recherche, financés à coups de ressources publiques, ont souvent cette destinée commune d’être confinés dans des tiroirs ou des bases de données numériques, parfois voués à l’oubli, ou sans être immédiatement traduits en pratique clinique.

Un modèle qui privilégie la quantité plutôt que l’utilité réelle

Le principal goulet d’étranglement est structurel. La recherche académique valorise davantage le nombre de publications plutôt que l’utilité concrète des travaux. Le prestige de la revue prime parfois sur l’impact réel des résultats et cette logique exerce une pression sur les chercheurs qui n’ont d’autre choix que de produire, publier pour exister.

Cette productivité académique (qui n’en est pas forcément une) est devenue une fin en soi au détriment de l’impact sur les patients, les politiques sanitaires ou les inégalités d’accès. Ainsi, même les recherches les plus innovantes sont rarement pensées pour être appliquées en clinique. Des résultats prometteurs restent bloqués à l’état préliminaire, faute du suivi nécessaire pour franchir les étapes de validation fonctionnelle, d’essais cliniques ou de développement thérapeutique.

Il faut cependant l’admettre : toute recherche n’a pas vocation à être immédiatement appliquée en pratique. La recherche académique, fondamentale par essence, vise avant tout à créer de la connaissance et peut légitimement s’en tenir à ce rôle, dans un cadre théorique et exploratoire. Ce qui interroge en revanche, c’est que même dans la recherche translationnelle ou appliquée, les incitatifs académiques continuent de privilégier la reconnaissance entre pairs ou l’ascension professionnelle plutôt que l’impact réel sur les patients et les pratiques thérapeutiques.

Un biomarqueur à potentiel diagnostic ou thérapeutique peut ainsi faire l’objet d’un article dans la revue Nature et accroître la notoriété de son découvreur, sans jamais bénéficier des fonds ni partenariats nécessaires pour valider son utilité clinique. Il s’agit là du fameux valley of death : cette zone grise dans laquelle s’échouent tant de découvertes faute de modèle de développement translatif adapté.

Cette productivité quantitative, résumée par le mantra publish or perish, pousse à publier rapidement, souvent à outrance, dans une logique déconnectée de rentabilité académique.

Intérêts et logique de rentabilité

Aux côtés de la recherche académique coexiste une recherche industrielle (biotechnologique et/ou pharmaceutique) qui obéit à un autre objectif de rentabilité : celle du retour sur investissement. L’enjeu n’est pas tant de produire des connaissances que de breveter, sécuriser, et mettre sur le marché.

Cette dynamique peut certes stimuler l’innovation, mais en limite aussi l’accessibilité en excluant de fait les publics vulnérables. Les priorités vont souvent aux pathologies à fort potentiel économique, dont l’épidémiologie est largement répandue dans les pays du Nord.

Ce biais contribue à la persistance de maladies dites orphelines ou négligées, parfois qualifiées de manière réductrice d’exotiques ou de tropicales, non pas parce qu’elles sont rares dans l’absolu, mais parce qu’elles n’intéressent que marginalement les circuits classiques de financement faute de représenter un marché solvable. Ce déséquilibre géographique et économique creuse ainsi un fossé abyssal entre les priorités de la recherche mondiale et les besoins réels des populations concernées.

La pandémie de Covid-19 a démontré qu’il est possible de produire un vaccin en moins d’un an quand il y a un marché planétaire en jeu. En revanche, le paludisme continue de tuer des centaines de milliers de personnes chaque année en Afrique Subsaharienne, un marché visiblement trop peu rentable pour mobiliser une recherche et développement à grande échelle.

La nécessité d’un changement de système

Pour une recherche plus utile et plus équitable, il faudra revoir nos critères d’évaluation et de reconnaissance scientifiques. Ces critères façonnent des carrières, attribuent une notoriété à certains, et en privent d’autres qui le mériteraient tout autant, sinon davantage.

Notre culture de productivité quantitative, qui valorise le prolifisme académique ou l’intérêt mercantile plutôt que la portée réelle, n’est ni neutre ni anodine. Elle alimente une course en avant qui vide la recherche contemporaine de son sens.

La Déclaration de San Francisco sur l’évaluation de la recherche (DORA), dès 2012, a remis en question cette approche en appelant à ne plus confondre qualité scientifique et facteur d’impact — indicateurs souvent surévalués et potentiellement nuisibles à l’intégrité scientifique.

L’évaluation des chercheurs devrait intégrer des critères au-delà du nombre des publications : originalité méthodologique, contribution à la science ouverte et capacité à faire progresser l’équité globale.


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Plusieurs institutions ont dans leurs politiques internes adhéré à DORA, mais peu en ont réellement adopté les recommandations. Les financements continuent de bénéficier aux équipes qui publient vite, beaucoup, dans les revues les plus cotées. Le système, en l’état, favorise ceux qui maîtrisent le langage académique traditionnel et qui savent en reproduire les codes, encourageant la compétition plutôt que la collaboration, la précipitation plutôt que la lenteur réflexive.

À l’inverse, ceux qui prennent le temps de co-construire des projets, de rendre leurs résultats utiles et accessibles, ou qui travaillent à l’implémentation clinique d’une découverte — souvent dans des contextes à faibles ressources — sont rarement récompensés. Pire, ils sont parfois perçus comme moins productifs, alors même que leur impact est souvent bien plus transformateur.

Et si on repensait la finalité de la recherche ?

Il est primordial de changer de paradigme afin de réconcilier la recherche avec sa mission première : le progrès commun. Une recherche qui n’est ni appliquée, ni partagée, ni équitablement construite n’a qu’un effet marginal. À l’inverse, une recherche collaborative, pensée avec et pour les communautés, peut véritablement changer des vies.

La recherche biomédicale ne doit plus être un luxe désincarné, produit par quelques-uns pour quelques autres. Elle doit être moins élitiste et s’ouvrir aux personnes historiquement exclues : patients issus de milieux précaires ou souffrant de pathologies rares, chercheurs sans affiliation institutionnelle forte ou formés dans des pays à ressources limitées, tous ceux qui peinent à faire entendre leurs voix ou à publier leurs idées dans les circuits dominants.

Les patients ne peuvent plus attendre que les découvertes scientifiques franchissent lentement les murs des laboratoires, puis ceux des brevets, avant d’atteindre les hôpitaux, souvent trop tard. Il ne suffit plus de produire des connaissances : il faut en garantir l’accessibilité, l’applicabilité, l’équité.

Un autre modèle est possible : celui où excellence scientifique rime avec responsabilité sociétale, où l’impact se mesure non plus en nombre de citations, mais de vies améliorées.

L’excellence scientifique n’a de sens que si elle améliore concrètement la vie de ses destinataires — non plus considérés comme objets d’étude ou tremplins d’évolution professionnelle — mais comme partenaires de recherche à part entière.

La Conversation Canada

Pierre D. Sarr ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Recherche en science biomédicale : le modèle actuel privilégie la quantité plutôt que l’utilité réelle – https://theconversation.com/recherche-en-science-biomedicale-le-modele-actuel-privilegie-la-quantite-plutot-que-lutilite-reelle-262309

How Trump’s dismissal of a Fed governor could redefine presidential power – if courts agree that he alone can interpret vague laws

Source: The Conversation – USA – By Claire B. Wofford, Associate Professor of Political Science, College of Charleston

The firing of Federal Reserve board member Lisa Cook isn’t just about Lisa Cook − it’s about presidential power. DNY59/Getty Images

President Donald Trump’s penchant to act first, ask later was on full display recently when he became the first president in American history to fire a member of the Federal Reserve Board.

Trump’s axing of federal employees is nothing new – thousands have been terminated, including the heads of agencies that, like the Federal Reserve, are designed to be insulated from presidential control.

But in removing Lisa Cook, Trump has entered into a morass of legal questions and challenged long-standing beliefs about the power of the president to control the U.S. economy.

Trump’s action, if upheld by courts, would upend the Fed’s century-long practice of formulating the nation’s monetary policy free from political pressure. It also could affect the budget of every American household, with the cost of goods and services influenced by political ideology more than financial expertise.

As a scholar of the American courts, I believe that, depending upon how courts resolve the case, it could also mark a significant shift in the ability of the judicial branch to check executive power.

Two men in dark blue suits, one standing behind a lectern and microphone.
Before he fired Lisa Cook, President Trump had spent months publicly attacking Federal Reserve Board Chairman Jerome Powell, right.
Saul Loeb/AFP via Getty Images

This agency is different

The dispute with Cook reached the public on Aug. 20, 2025, when Trump-appointed director of the Federal Finance Housing Agency Bill Pulte announced on social media that he had made a criminal referral to the Department of Justice about potential mortgage fraud by Cook. The DOJ subsequently opened an official investigation.

After Pulte’s announcement, Trump posted, “Cook must resign, now!!!” She refused and was officially fired by Trump five days later.

Cook then filed suit in federal court on Aug. 28, asking U.S. District Judge Jia Cobb to issue an emergency order blocking her removal. The litigation is ongoing.

Among the multitude of cases about Trump’s ability to fire employees of federal agencies, this one is different – because the agency is different.

Created by Congress in 1913 after a series of banking panics, the Federal Reserve is charged with managing the nation’s economy. It acts as the national bank, monitors the health of other financial institutions, and, most critically, develops monetary policy, which includes setting interest rates, the primary tool with which it manages inflation and ensures long-term economic growth and stability.

Precisely because of the Fed’s power, presidents have often tried to influence it. Sharp criticism of its members is nothing new. Trump has an ongoing and very public fight with the chair of the Fed board, Jerome Powell, about interest rates.

But a president actually firing a board member is something else entirely.

Supreme Court warning

The Fed is just one of dozens of what are termed “independent agencies.” These are part of the executive branch but designed by Congress to operate insulated from the president’s preferences and pressure. Over time, precisely because it is so powerful, the Fed’s ability to act free from the president has become particularly sacrosanct.

The primary mechanisms through which Congress ensures agency independence are “removal provisions,” statutory directives that define when and why the president can fire agency leadership. The Federal Reserve Act, the law that creates the Fed and sets out its structure and mission, provides that members of the board, called “Governors,” serve 14-year terms, “unless sooner removed for cause by the President.”

“For cause” may sound familiar because its appearance in a different law also recently triggered litigation. That happened when Trump removed the heads of two other independent agencies, Gwynne Wilcox of the National Labor Relations Board and Cathy Harris of the Merit Systems Protection Board. The Supreme Court decided in April that the restriction on the president’s ability to fire those two independent agency heads violated Article 2 of the Constitution.




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Supreme Court ignores precedent instead of overruling it in allowing president to fire officials whom Congress tried to make independent


In that same opinion, however, the court took pains to specify that its ruling did not apply to the Federal Reserve Board. Calling the Fed a “uniquely structured, quasi-private agency” with a “distinct historical tradition,” the majority signaled to Trump that booting members off the Federal Reserve Board was a no-go.

When he fired Cook, Trump flouted this directive. A legal battle was inevitable.

Four people sitting at one end of a large wooden table, at a meeting.
Lisa Cook, second from right, at a Federal Reserve board meeting in Washington, D.C., on June 25, 2025.
Saul Loeb/AFP via Getty Images

What’s behind the case

The case is complex and involves questions about whether Cook’s termination violates a congressional statute and the due process clause of the U.S. Constitution.

Notably, the parties are not arguing about the constitutionality of the removal provision itself, as they were in the Wilcox case. Instead, the dispute centers primarily around the meaning of “for cause” – that is, what reasons can legally justify firing a board governor. Unlike other statutes, which use additional terms such as “inefficiency, neglect or malfeasance of duty while in office,” the Federal Reserve Act provides no further guidance.

Trump argues that the – alleged – mortgage fraud is sufficient “cause” to remove Cook, particularly from an agency charged with managing the nation’s finances. Cook claims that mere allegations about private conduct before she was appointed to the board cannot justify her termination, particularly when those allegations appear to be a pretext for a political disagreement.

But lurking in the background of this seemingly picayune fight over a single word in a 111-year-old statute are fundamental questions about separation of powers, checks and balances, and which branch of government determines the law.

‘Say what the law is’

Trump’s fuller argument is actually quite bold.

As he is doing in other lawsuits, the president is asserting that he – and he alone – gets to determine the meaning of “cause.” The term, his lawyers write, is “capacious” and its meaning is entirely vested by Congress in the president. No court can second-guess his judgment.

The claim is striking and seems to fly in the face of the country’s system of checks and balances. In addition, if the branch of government charged with carrying out the law – the executive branch – also gets to define it, separation of powers also appears to be left by the wayside.

Cook counters that judicial review of termination decisions is critical.

If courts abandon their responsibility here, she argues, they will obliterate the independence of the Federal Reserve and subject the national economy to the short-term whims of a president rather than the long-term vision of economic experts.

And given the clear and continued acquiescence of Congress to this president’s broad assertions of power, they would also remove what, at least until the next presidential election, may be the last remaining check on executive power.

The case will likely reach the Supreme Court this fall, and the outcome is hard to predict. Trump has benefited from a string of victories there issued by a conservative majority that believes strongly in executive power and judicial deference to the president.

At the same time, it will be difficult to ignore the sentiments about the independence of the Fed that those same conservative justices expressed in the Wilcox case and the potential economic consequences a ruling for Trump might generate.

The court’s ultimate decision may actually depend upon what role it wants to play in the country’s fraying democratic system. The legendary Chief Justice John Marshall famously wrote in 1803 that it is “emphatically the province and duty of the judiciary department to say what the law is,” a sentiment inscribed on the marble wall of the Supreme Court building in D.C.

This case provides the opportunity to see whether the maxim still holds true.

The Conversation

Claire B. Wofford does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

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« Le suicide politique de François Bayrou est le produit d’un régime politique à bout de souffle »

Source: The Conversation – in French – By Frédéric Sawicki, professeur de science politique, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Le premier ministre François Bayrou n’a pas obtenu la confiance des députés (194 voix pour, 364 voix contre) et va remettre sa démission au président de la République Emmanuel Macron. Ce dernier devra choisir un nouveau chef de gouvernement ou avoir recours à une nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale. Comment interpréter la chute du gouvernement Bayrou ? Quels scénarios pour une sortie de crise ? Entretien avec le politiste Frédéric Sawicki.


The Conversation : François Bayrou vient de démissionner. Quel bilan tirez-vous de son action et de sa méthode ?

Frédéric Sawicki : Comment comprendre un tel fiasco ? Comment comprendre ce suicide politique qu’est ce vote de confiance choisi par le premier ministre alors qu’il ne dispose pas de majorité ?

En refusant de s’engager depuis sa nomination dans une négociation ayant pu déboucher sur une espèce de contrat de gouvernement, notamment avec le Parti socialiste, François Bayrou s’est privé de toute possibilité de survie politique. C’est là un paradoxe pour ce démocrate-chrétien qui, tout au long de sa carrière politique, n’a cessé d’appeler au dépassement du clivage droite-gauche (rappelons qu’il avait à ce titre refusé de rejoindre l’UMP en 2002 et appelé à voter François Hollande en 2012) et à la recherche de compromis.

Sa gouvernance a en outre été marquée par une succession d’échecs et de maladresses qui n’ont pu que creuser la distance avec la gauche, à commencer par la désastreuse gestion des révélations concernant Bétharram, épisode au cours duquel François Bayrou a peiné à clarifier son rôle mais surtout guère montré de compassion pour les victimes, apparaissant comme un homme d’un autre temps. Auparavant, en janvier, il y a eu l’impasse totale faite sur les enjeux climatiques et environnementaux dans sa déclaration de politique générale suivie par l’utilisation de l’expression « submersion migratoire », deux lourds signaux envoyés à la droite et à l’extrême droite. Si celles-ci pouvaient applaudir des deux mains à l’unisson de la FNSEA l’adoption de la loi Duplomb, le PS et la CFDT ne pouvaient que constater de l’autre côté s’être fait rouler dans la farine après l’échec du « conclave » sur les retraites en juin dernier.

Enfin, après avoir ainsi humilié la gauche, le premier ministre a porté le coup de grâce en annonçant un plan d’économies de 44 milliards supporté pour l’essentiel par les salariés et les retraités, avec cette mesure ubuesque concernant la suppression deux jours fériés qui lui a définitivement aliéné le Rassemblement national.

Au-delà de la personne de François Bayrou, quelles sont les causes structurelles de cet échec ?

F. S. : Il faut relativiser la responsabilité individuelle de François Bayrou, malgré ses bévues.

La première raison de cet échec réside dans le choix du président de la République de ne pas tenir compte du nouveau rapport de forces au sein de l’Assemblée nationale élue en juillet 2024. Celui-ci, rappelons le, aurait dû conduire à la nomination d’un premier ministre du Nouveau front populaire (NFP) quitte à ce que ce gouvernement échoue et que le président nomme alors un autre premier ministre. Au lieu de cela, Emmanuel Macron a choisi de s’appuyer sur le groupe LR et ses 48 députés, jusqu’ici dans l’opposition, en nommant Michel Barnier. En décembre il n’a même plus fait semblant de prendre acte de sa défaite en nommant François Bayrou qui, avec le groupe MoDem (36 députés), fait partie de sa majorité depuis 2017.

Pour réussir, Bayrou ou Barnier étaient condamnés à élargir leurs soutiens au-delà de leurs partis et du bloc central. Si la France était dans une démocratie parlementaire « classique », on en serait sûrement passé par une grande négociation entre les partis prêts à participer au gouvernement. Cette négociation aurait sans doute pris plusieurs semaines mais elle aurait permis une certaine stabilité autour de quelques mesures de compromis. En nommant un premier ministre à sa guise, en interférant dans la composition du gouvernement et en leur laissant le soin de bricoler une stratégie de balancier (un coup à gauche, deux ou trois coups à droite et à l’extrême droite) Emmanuel Macron a condamné celui-ci à l’échec.

On a beaucoup critiqué l’absence de culture du compromis des partis politiques. Est-ce également une raison de cet échec ?

F. S. : En effet, mais c’est moins la culture que nos institutions qui ne poussent pas les acteurs à se montrer responsables. L’élection présidentielle est toujours pensée comme le moment décisif permettant d’engager une nouvelle orientation pour cinq ans. Du coup, accepter de passer des compromis, revenait à risquer de se « griller » pour l’élection présidentielle suivante. C’est ce qui explique par exemple l’attitude de LR en 2022 qui refuse de rejoindre la majorité alors même que le programme d’Emmanuel Macron est largement convergent avec le sien.

L’hyper-présidentialisation empêche le compromis. La liberté laissée au président de nommer le premier ministre sans tenir pleinement compte du résultat du vote et son intrusion dans la politique du gouvernement même désavoué par les urnes illustrent la perversion de nos institutions. Elles garantissent l’irresponsabilité totale d’Emmanuel Macron. Même si des voix commencent à se faire entendre pour appeler à sa démission ou sa destitution, rien ne l’y oblige. Le revers de la médaille de cette irresponsabilité est qu’elle crée des partis tout aussi irresponsables : ces derniers renvoient la balle au président – à lui de se débrouiller pour trouver des réponses et rendez-vous à la prochaine élection présidentielle !

Enfin, le mode d’élection des députés au scrutin majoritaire à deux tours n’incite pas non plus les partis à trouver des compromis. D’un côté la gauche modérée doit s’associer à la gauche radicale pour avoir des députés, de l’autre la droite est concurrencée de plus en plus par l’extrême droite dans de nombreuses circonscriptions.

Quelles solutions permettraient de sortir de cette impasse ?

F. S. : Je plaide pour un scrutin proportionnel qui permettrait de rendre les partis politiques et les parlementaires plus responsables. Notre régime excessivement présidentialisé et le scrutin majoritaire à deux tours non seulement ne permettent pas une bonne représentation de la diversité des idées politiques et des intérêts sociaux mais ils ne permettent plus aujourd’hui de déboucher sur des majorités claires. Il existe des divisions sociologiques, politiques et idéologiques qui fracturent le pays bien au-delà de l’ancien clivage droite-gauche. La bipolarisation n’est pas près de se reproduire, c’est d’ailleurs un constat qui vaut pour de très nombreux pays aujourd’hui.

Aujourd’hui, ces divisions ne sont pas correctement reflétées au sein de l’Assemblée car les Français sont souvent contraints de voter pour éliminer tel ou tel parti. Le scrutin proportionnel incite au contraire à voter pour le programme dont on est le plus proche. Elle empêche qu’un seul parti ne gouverne et amène plus facilement les responsables politiques à négocier des orientations programmatiques.




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Mais une réforme du scrutin législatif sera-t-elle suffisante ? L’un des enjeux n’est-il pas également de réduire le pouvoir du président de la République ?

F. S. : Effectivement, il existe sans doute d’autres chantiers à entreprendre. Certains considèrent qu’il faut revenir à un mandat unique de sept ans pour le président, d’autres qu’il faudrait lui retirer le pouvoir de nomination du premier ministre en rendant obligatoire le vote de confiance de l’Assemblée nationale, comme c’était le cas pour la troisième et la IVe République. D’autres souhaitent développer les référendums d’initiative partagée ou les référendums d’initiative citoyenne. Tout cela devra être discuté lors de la prochaine élection présidentielle, mais dans l’immédiat, pour remettre la Ve République sur des rails plus démocratiques et sortir de l’impasse actuelle, la proportionnelle me semble être la première réforme à envisager. Le politiste Bastien François propose un référendum sur la proportionnelle puis une dissolution qui permettrait d’élire une nouvelle assemblée. On peut aussi envisager cette réforme comme un élément de négociation pour construire un futur gouvernement entre le centre et la gauche.

Quelles solutions s’offrent à Emmanuel Macron aujourd’hui ?

F. S. : Emmanuel Macron peut désormais dissoudre l’assemblée mais ce choix serait risqué : il ferait perdre des voix à son camp. Par ailleurs, dans un contexte social inflammable – avec le mouvement Bloquons tout – une dissolution peut amplifier le vote de rejet du président.

Seconde hypothèse : Emmanuel Macron poursuit dans la même logique en espérant qu’un premier ministre de son camp fasse passer le budget au 49.3. quitte à dissoudre ensuite. Mais le Rassemblement national ne semble plus prêt à jouer le jeu de la neutralité et les socialistes ne devraient pas être plus cléments. Ce choix reviendrait donc à reculer pour mieux sauter et l’on arriverait très probablement à une nouvelle censure dans quelques semaines et à priver la France de budget.

Troisième hypothèse : Emmanuel Macron donne sa chance à Olivier Faure ou à un premier ministre de gauche. Il peut ainsi penser réussir à lever l’hypothèque socialiste comme on disait sous la Troisième. Il me semble qu’il s’agirait de la seule décision rationnelle pour éviter une dissolution. Les socialistes pourraient faire passer quelques réformes de gauche comme la taxe Zucman, des mesures prenant en compte la pénibilité en matière de retraite, voire des mesures en faveur de l’hôpital et l’éducation, qui sont largement soutenues par les Français. Ce serait sans doute difficile à avaler pour Macron mais ce dernier peut toujours espérer que le Conseil constitutionnel censure la taxe Zucman ou que LFI torpille le PS. Il peut aussi essayer de diviser les socialistes en proposant un ancien du PS comme Bernard Cazeneuve, mais les socialistes semblent aujourd’hui plus unis qu’en décembre dernier et risquent de refuser cette manœuvre.

Si dissolution il y a, le Rassemblement national est-il de plus en plus proche du pouvoir ?

F. S. : On peut penser que les principales victimes d’une dissolution seront les députés du camp présidentiel. La gauche, pour l’instant, semble se maintenir dans les sondages. Le RN également, autour d’un tiers des votes. La question, c’est que vont faire les partis ? Est-ce que LR va définitivement basculer vers une alliance avec le RN ? La gauche partira-t-elle unie (comme en 2022 et en 2024) à ces élections ou divisée ? Est-ce qu’une partie des électeurs, déçus du macronisme, vont se tourner vers les socialistes, finalement jugés plus responsables et raisonnables ? Il est difficile de prédire les rapports de forces actuels, tels que les mesurent les sondages, dans un contexte d’élection majoritaire à deux tours et avec autant d’incertitudes.


Propos recueillis par David Bornstein.

The Conversation

Frédéric Sawicki ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « Le suicide politique de François Bayrou est le produit d’un régime politique à bout de souffle » – https://theconversation.com/le-suicide-politique-de-francois-bayrou-est-le-produit-dun-regime-politique-a-bout-de-souffle-264797

Flight attendants have gone 50 years without ground pay — here’s the reason behind it

Source: The Conversation – Canada – By Isabelle Dostaler, Vice-rectrice aux études et à la recherche, Université de l’Ontario français

The recent labour dispute between Air Canada and its flight attendants pulled back the curtain on one of the airline industry’s longest-standing injustices: flight attendants are paid only when planes are in motion, a practice that has persisted for more than 60 years across the global aviation industry.

On Aug. 14, Air Canada began cancelling flights ahead of a potential strike to allow an “orderly shutdown.” The strike started on Aug. 16, but less than 12 hours into it, the federal government attempted to force binding arbitration between the airline and its union.

The union defied the government order to return to work — an order that was never ratified by the court — until a tentative agreement was reached in the early hours of Aug. 19.

Much was at stake during the conflict, and both unions and carriers around the world likely followed it closely. Passenger traffic had returned to pre-pandemic levels, but profit margins were still thin. Stable fuel prices provided some financial relief, but economic and geopolitical uncertainties made carriers cautious about increasing labour costs.

The union, of course, had a very different perspective. For them, the dispute was an attempt to break new grounds and see compensation for ground duties become the new norm across the industry.

Why has such unfairness endured?

The persistence of unpaid ground time in the aviation industry can be explained through institutional isomorphism theory, a concept introduced by sociologists Paul DiMaggio and Walter Powell in 1983.

While organizational theorists had traditionally focused on the variety of organizational structures and strategies, DiMaggio and Powell argued that, over time, organizations in the same field tend to look and behave alike.

Institutional isomorphism helps explain why managers in the aviation industry often conform to established practices, even when change might make business sense. While we tend to think business performance is the primary goal pursued by managers, a key driver of their behaviour is actually legitimacy.

For example, while offering higher salaries to attract employees to an industry still suffering from a labour shortage might be a rational business decision, the reluctance to act differently from companies in the same sector can outweigh that logic.

The forces sustaining unpaid ground time

DiMaggio and Powell defined three types of institutional isomorphism: coercive, mimetic and normative. First, coercive isomorphism refers to the pressures organizations face from formal and informal constraints in an industry. Such constraints are particularly acute in air transportation, which is highly regulated in order to guarantee safety to passengers.

Within this regulatory framework, airtime — the period of time when an aircraft is in the air between takeoff and landing — has become a standard industry measure. Aviation authorities and industry bodies such as the International Air Transport Association, the International Civil Aviation Organization and the European Union Aviation Safety Agency have all reinforced its use by embedding it in the safety standards, operational practices and regulatory frameworks that airlines and national regulators must follow.

The concept of airtime also endured due to mimetic isomorphism, which occurs when organizations imitate the practices of others. In the case of aviation, reproducing historical practices like pay structures has allowed airlines to cope with the uncertainty of a business that has become highly cyclical ever since deregulation started in the United States in 1978.

The last, and one of the most interesting processes pushing organizations to look alike, is normative isomorphism. This refers to the influence of educational institutions and professional networks on organizational behavior.

It stems from the professionalization of work, according DiMaggio and Powell. Nurses, doctors, engineers, accountants, pilots and flight attendants all identify with their professions at least as much as they identify with the company they work for, if not more.

Air transport was a prestigious domain in its early days, which might have contributed to the belief that “real work” meant work in the air. In this sense, flight attendants themselves may have unintentionally helped reinforce this norm.

Could the Air Canada dispute spark a shift?

The Air Canada dispute may mark a turning point for labour standards in the airline industry.

In the post-pandemic period, when delays have been frequent due to labour shortages among mechanics, air traffic controllers and pilots, the unfairness of not paying flight attendants for work performed on the ground has become more visible.

A union victory on this front has the potential to create a snowball effect, with unpaid ground time becoming an illegitimate practice in the industry.

Whether the high-profile Air Canada labour dispute will cause a paradigm shift that causes ground pay to become the new norm in the airline industry remains to be seen. What does seem likely, however, is that after standing by the flight attendants despite the inconvenience and disruptions caused by the strike, the travelling public may view such a profound institutional change in a positive light.

The Conversation

Isabelle Dostaler does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Flight attendants have gone 50 years without ground pay — here’s the reason behind it – https://theconversation.com/flight-attendants-have-gone-50-years-without-ground-pay-heres-the-reason-behind-it-263887

Why preserved vegetables can turn deadly – and how to stay safe

Source: The Conversation – UK – By Manal Mohammed, Senior Lecturer, Medical Microbiology, University of Westminster

Kmpzzz/Shutterstock

A food truck in southern Italy recently became the centre of a deadly health scare. A food-borne outbreak linked to preserved vegetables killed two people and sent more than a dozen to hospital.

At the same time, the UK’s Food Standards Agency warned shoppers to avoid jars of broccoli from a specific batch code, fearing they too could contain the same hidden danger, Clostridium botulinum, the bacterium that produces the toxin responsible for botulism – one of the deadliest food-borne illnesses known.

The canning process removes air from food and seals it tightly, creating an oxygen-free (anaerobic) environment. This is normally what keeps food safe for long storage – but it also creates the perfect conditions for C botulinum. Unlike many bacteria, it doesn’t need oxygen to grow.

Its spores, which are commonly found in soil, can survive cooking and processing. In low-acid foods such as broccoli, green beans, corn, beets and peas, if the canning process isn’t hot enough or long enough, those spores can “wake up”, multiply and release their toxin. Because the toxin is invisible, tasteless and odourless, contaminated food can look and smell perfectly normal while being deadly.

Botulism is rare but extremely serious and even a tiny amount can be deadly – just two nanograms per kilogram of body weight can be fatal.

The spores themselves are usually harmless if swallowed. But in an anaerobic environment they can germinate and release toxin. That’s why homemade preserved foods are a common cause of outbreaks.

Why botulism is so dangerous

Botulism is caused by a neurotoxin that attacks the nerves, leading to muscle weakness, breathing difficulties, paralysis, and, in severe cases, death. Symptoms usually appear within 18 to 36 hours of eating contaminated food, but can range from six hours to ten days.

Early signs include difficulty swallowing or speaking, drooping eyelids, blurred or double vision, facial weakness, vomiting and progressive muscle paralysis, which can cause respiratory failure.

Diagnosis is tricky, as symptoms can mimic other conditions, including stroke, Guillain-Barré syndrome (a rare autoimmune disorder where the body’s immune system attacks the nerves), and myasthenia gravis (a chronic condition that causes muscle weakness due to problems with communication between nerves and muscles). Doctors usually confirm botulism through clinical assessment and laboratory testing of serum, stool or food samples.

The main treatments for botulism are supportive care and antitoxin. Supportive care means treating the complications of the illness — for example, patients may need a ventilator if they develop breathing difficulties, or help managing infections. Antitoxin is a medication that binds to and neutralises the toxin circulating in the body. If given early, it can stop the toxin from causing further harm, though it cannot reverse damage already done. Survivors often face long recoveries with lingering fatigue and breathing problems.

There are simple but vital ways to reduce the risk of foodborne botulism. First, never eat food from cans or jars that are dented, bulging, leaking, or discoloured. If you can your own low-acid foods, make sure you boil them for ten minutes before eating to kill spores. And make sure use proper pressure canners and always follow tested canning instructions.

When in doubt, throw it out.

A deadly toxin with a double life

Despite its dangers, botulinum toxin also has important medical uses. When injected in minute, controlled doses, botulinum toxin can reduce muscle spasticity (a condition where muscles tighten or stiffen abnormally), treat chronic migraines, and manage conditions such as strabismus (crossed eyes) and cervical dystonia (a painful condition where the neck muscles contract involuntarily). The US Food and Drug Administration first approved it for medical use in 1989, and it has since been authorised for a wide range of treatments.

Botulinum toxin works by blocking nerve signals that trigger muscle contraction, smoothing wrinkles and fine lines, and has become a global cosmetic phenomenon. But the same toxin that has medical and aesthetic benefits can also cause catastrophic harm if misused. Unlicensed or poorly regulated injections are risky – and in August 2025, botulinum toxin was linked to a deadly outbreak in the UK.

Food-borne botulism is rare but deadly. Prevention depends on safe food handling, proper canning and avoiding suspicious-looking jars and cans. And while botulinum toxin has life-saving medical uses and cosmetic appeal, outside of controlled and licensed conditions it remains one of the most lethal substances on earth.

The Conversation

Manal Mohammed does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Why preserved vegetables can turn deadly – and how to stay safe – https://theconversation.com/why-preserved-vegetables-can-turn-deadly-and-how-to-stay-safe-263161

Why did Japanese Prime Minister Shigeru Ishiba resign? And who might replace him?

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Sebastian Maslow, Associate Professor, International Relations, Contemporary Japanese Politics & Society, University of Tokyo

Japanese Prime Minister Shigeru Ishiba has bowed to weeks of pressure from within his party and announced his resignation, less than a year after taking office.

His departure plunges Japan back into political uncertainty, reviving fears of a return to the revolving-door prime ministers who dominated the 1990s and late 2000s, before Shinzo Abe restored stability in 2012.

Whoever succeeds him must not only steady the Liberal Democratic Party (LDP), but also restore public trust in a political system battered by scandals, factional infighting and rising voter scepticism about one-party dominance.

Why is Ishiba leaving?

Ishiba took office only last September, after Fumio Kishida stepped down amid a string of scandals.

He inherited a deeply troubled party. Kishida was forced out in 2024 after revelations of extensive ties between the LDP and the Unification Church. The church had long been controversial in Japan, but became even more so after Abe’s assassination in 2022 by a man who held a grudge against it. The church’s ties to the LDP were revealed shortly thereafter.

A slush-fund scandal further eroded public trust in the party. Ishiba promised reform and stricter accountability — but that stance angered many senior figures, especially those implicated in the scandals he sought to confront.

The LDP lost its lower-house majority soon after his election, followed by further setbacks, including a defeat in the July upper-house poll. Calls for Ishiba to quit grew louder, with party heavyweights warning of a split in the conservative base if he clung to power. Over the weekend, he finally surrendered.

Ishiba justified the timing by pointing to the risk of a political vacuum during ongoing trade talks with the United States. With an agreement on tariff reductions concluded last week, he yielded to critics without resorting to the traditional prime ministerial weapon of dissolving parliament to silence his rivals.

The decision may appear puzzling. Recent polls showed Ishiba’s popularity edging upward, suggesting ordinary voters were warming to him.

But his downfall underlines how much sway the LDP’s old guard still holds behind the scenes, prioritising internal discipline over electoral momentum.

Koizumi vs Takaichi

The leadership race is already underway, with a vote expected in early October. Two names stand out.

On one side is Shinjiro Koizumi, 44, son of former prime minister Junichiro Koizumi. Representing the party’s more liberal wing, he has previously expressed support for same-sex marriage and allowing married couples to use separate surnames – positions that set him apart in the LDP.

As agriculture minister in Ishiba’s government, he won recognition for tackling rising rice prices and pushing reform in a sector long tied to LDP patronage politics.

Charismatic and popular with voters, Koizumi has cultivated ties with the opposition Japan Restoration Party. This support could prove crucial in the LDP forging a new coalition or shoring up its minority government with its coalition partner, Komeito, which would still need opposition backing to pass legislation.

If chosen, he would become Japan’s youngest-ever prime minister.

On the other side stands Sanae Takaichi, a staunch conservative who finished runner-up in last year’s leadership race.

A self-styled heir to Abe’s legacy, she opposes same-sex marriage and dual surnames, favours constitutional revision to clarify to the role of the country’s Self-Defense Forces, and regularly stresses the need to strengthen Japan’s military posture.

She has likened herself to former UK prime minister Margaret Thatcher, calling for bold fiscal spending and monetary easing to drive growth.

If elected, she would become Japan’s first female prime minister, though her hardline positions could strain ties with coalition partner Komeito.

A TBS poll this week puts Koizumi and Takaichi neck-and-neck, each at 19.3%, while a Nikkei survey from August 31 gives Takaichi a slim lead at 23%, just one point ahead of Koizumi.

Other contenders may emerge, including Chief Cabinet Secretary Yoshimasa Hayashi. Much will depend on the LDP’s choice of election format: whether rank-and-file members get a say, or only lawmakers in parliament.

Either way, candidates need the support of 20 members of the Diet (Japan’s parliament) to enter the race.

High stakes for Japan’s ruling party

The stakes could not be higher. With Ishiba’s departure, hopes of reforming the LDP have faded.

If the new leader fails to regain public confidence, the party risks falling victim to its own long dominance. To maintain power, it has been locked into defending the status quo, while new right-wing populist challengers, such as Sanseito, gain ground with anti-foreigner rhetoric.

With the next elections not due until 2028, Japan is entering another uncertain political chapter. Whether the LDP emerges strengthened or weakened will depend not just on who replaces Ishiba, but on whether the party can convince a sceptical public it is still capable of renewal.

The Conversation

Sebastian Maslow does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Why did Japanese Prime Minister Shigeru Ishiba resign? And who might replace him? – https://theconversation.com/why-did-japanese-prime-minister-shigeru-ishiba-resign-and-who-might-replace-him-264768

The history of strikes in union and political movements in France

Source: The Conversation – France – By Stéphane Sirot, Professeur d’histoire politique et sociale du XXème siècle, CY Cergy Paris Université

The “bloquons tout” (“block everything”) movement has called for a nationwide shutdown on September 10 to protest the French government’s policies, and Jean-Luc Mélénchon, the leader of the hard-left France Unbowed party, is calling for a “general strike”. This concept played a major role in the revolutionary rhetoric of the early 20th century before falling into oblivion. What role have strikes played in French trade union and political history? What meaning do they have today?

While strikes do not occur more often in France than elsewhere in Western Europe, their place in the history of the French labor movement is nonetheless unique. For trade unions, strikes were once a preferred means of improving everyday life, and also at the heart of their revolutionary utopia. In other words, they were aimed at the overcoming of capitalism.

Over time, strikes have become firmly established as a central feature of social relations in France, but their utopian function has faltered. At the turn of the 20th and 21st centuries, like other expressions of class struggle, it has even been significantly devalued.

The disruption of the prevailing order by the workers

In addition to its role as a tool for defending living conditions and fighting for new rights, strikes are a primitive form of agglomeration of the working class, whose rise in power precedes and then accompanies the development of trade unionism.

When the right to form unions was granted in 1884, labor disputes, which had been decriminalized in 1864, were already well on their way to becoming a central feature of industrial relations. In other words, action preceded organization. Often, throughout the 19th century, action even laid the foundation for organization: unions were formed in the wake of social unrest, with some disappearing quickly once a strike was over, and others continuing to exist.

When la Confédération Générale du Travail (General Trade Confederation), known as the CGT, was founded in central France in 1895, it quickly adopted a set of values based on “worker autonomy” and “direct action”. Through its own struggles, independent of partisan structures and institutions, the working class was supposed to prepare for the “dual task”, defined by the trade union movement, of the prosaic struggle for immediate demands and the utopian prospect of overthrowing capitalism. This approach gives strikes a central role and tends to endow them with all kinds of virtues.

Strikes are seen as an education in solidarity, through the material mutual aid they often generate or through their interprofessional reach. They are also an education in class struggle, an “episode of social warfare”, as one of the pre-1914 leaders of the CGT wrote. This is why, whatever happens, “its results can only be favorable to the working class from a moral point of view, [because] there is an increase in proletarian militancy”. And if a strike is victorious, it is a form of collective recovery from capitalism, because it produces “a reduction in the privileges of the exploiting class”.

Finally, revolutionary trade unionists believe that a general strike provides workers with the weapon that will enable them to achieve the Holy Grail: the definitive demise of capitalism. This is the argument put forward in Comment nous ferons la Révolution (How We Will Bring About the Revolution) the only work in the activist field that describes in detail the process of appropriation of the means of production by the workers themselves, under the aegis of their unions, which then set about organizing a bright future.

A politically charged general strike in France never occurred and, thus, never led to radical social change. But such a utopia was not necessarily intended to be prophetic. Its function was also, and perhaps above all, to protect the labor movement from the siren calls of co-management of and support for the existing system, a project conceived in the last decades of the 19th century by the republican elites. In addition, maintaining a revolutionary course seems conducive to fuelling a “great fear” in the dominant order, which, to reassure itself, feels compelled to make concessions.

From the paradise of class struggle to the purgatory of ‘social dialogue’

While the first world war dealt the final blow to revolutionary trade unionism, two main approaches to strikes prevailed during the years of a split in the CGT (1922-1935). For the confederation of Léon Jouhaux, a socialist who was awarded a Nobel peace prize in 1951, the suspension of production was essentially a last resort to be used only if negotiations failed. For the CGTU, which was close to the French Communist Party (PCF), it could be a weapon that went beyond the mere satisfaction of economic demands. According to communist trade unionists, “as it develops, the strike inevitably becomes a political struggle pitting workers against the trinity of employers, government and reformists, demonstrating the need for a ruthless struggle that goes beyond the corporate framework”.

However, in trade union discourse and imagination, striking is no longer seen as a practice capable of promoting the principle of “worker autonomy” or bringing about the birth of a new society. It has lost its utopian dimension.

Nevertheless, a strike remains a major weapon. Until the second world war, trade unionism and the working class were not yet fully integrated into Western societies; the process was certainly under way, but not yet complete. Although gradually becoming more commonplace, collective bargaining struggled to find its place. Workers’ organizations therefore had to rely on a culture of struggle, which was almost the only means of improving daily life and temporarily disrupting the capitalist system of exploitation.

Subsequently, and until the 1960s and 1970s, strikes remained a very common feature of union practices, albeit for reasons that differed significantly from those of previous periods. Within the framework of the “Fordist compromise” (the exchange of productivity gains for purchasing power) and the institutionalization of trade unionism, strikes became primarily a means of managing systemic disruptions and promoting a slightly less inequitable distribution of wealth, in a logic of conflictual regulation of social relations. The act of stopping work became ritualized, as illustrated by the exponential increase in the number of days of action.

Furthermore, within the framework of the welfare states built up during the post-war economic boom, France and the Western world undergo a phase of progressive reforms which, on the surface, do not appear to be the result of a systematic and constant power struggle. It is reasonable to assume that, in the long term, this situation is partly responsible for the decline in the legitimacy of strike action. As soon as an improvement in living conditions appears possible through political action or through compromises agreed with the unions in the context of a “social dialogue” that is set to prosper, a shift is likely to occur that will relegate strikes to the status of a nuisance or an accident to be avoided.

It was then that employee organizations and their practices were confronted with, among other things, the effects of the economic climate (slowing growth, deindustrialization, job insecurity, individualization of wages, counterreforms dismantling the welfare state, etc.), the rise of liberalism – one of whose aims is to paralyze union action – and post-1968 changes in society (rise of individualism, decline of grand political utopias, etc.).

To this list of endogenous causes, it must be added those created by trade unionism itself. These include its distancing from the political arena and its role in this area; its inability to generate hope; and the contradictions raised by its nature as an institutional counterweight, torn between an obligation to oppose and a deep-rooted inclusion in society.

Delegitimization of strike action

In this context, the trade union movement at the turn of the 20th and 21st centuries seems to have significantly retreated to a strategy of survival. This appears to consist of saving its legitimacy, if necessary by distancing itself from the mobilization of workers and, ultimately, by abandoning the idea of breaking with the capitalist order.

For the past 30 or 40 years, one after another and to varying degrees, the major labor confederations have also embarked on a path that has fuelled doubt. There has even been rhetorical delegitimization of strike action. In 1985, Edmond Maire, then leader of the French Democratic Confederation of Labour (la Confédération française démocratique du travail or CFDT), said: “[…] the old myth that says union action is only about strikes is a thing of the past. Trade unions must abandon it.”

However, trade unionism based on “social dialogue” without leverage has never been as successful as that based on confrontation. In France, the major historical phases of significant social gains have resulted from trade union and popular mobilization. The Popular Front in the 1930s, liberation (la Libération) from German occupation in the 1940s, and May-June 1968 are striking examples.

Conversely, since the 1980s, characterized by the development of decentralized collective bargaining processes, the restriction of social rights has been steadily progressing. Except in November-December 1995, when a determined social movement, in this case a bloquant (blocking) and renewable one, managed to spread while sparking debates that were able to establish a link between professional demands and the societal choices they brought to light.

Throughout its history, trade unionism has rallied support and established itself as a social force feared by the ruling order, which, today as in the past, rarely concedes anything without feeling threatened. This has been achieved both through the utopian political project that it promoted, and through strike action, which it made a major paradigm.


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The Conversation

Stéphane Sirot ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. The history of strikes in union and political movements in France – https://theconversation.com/the-history-of-strikes-in-union-and-political-movements-in-france-264823

« Cités éducatives » : alliances locales ou uniformisation nationale ?

Source: The Conversation – in French – By Laurie Genet, Docteure en Sciences de l’éducation et de la formation, CY Cergy Paris Université

Le principe des « cités éducatives », lancé en 2019, est de créer une « grande alliance éducative » au niveau des territoires pour mieux lutter contre les inégalités. Mais à mesure que le label se déploie, l’uniformisation des pratiques ne prend-elle pas le pas sur les enjeux d’adaptation à la réalité du terrain ?


Les « cités éducatives » sont présentées comme une réponse innovante aux inégalités éducatives. Leur ambition ? Créer des « territoires à haute valeur éducative » en mobilisant tous les acteurs locaux – écoles, associations, collectivités, institutions – autour de la réussite des jeunes de 0 à 25 ans, à l’école, mais également avant, après et autour de celle-ci.

Lancé en 2019, le label est déployé à l’échelle de 248 territoires et cible les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), majoritairement en éducation prioritaire (renforcée) (REP et REP+), particulièrement marqués par de fortes inégalités sociales, scolaires, économiques et des enjeux sécuritaires.

Une généralisation progressive du label est prévue d’ici 2027 pour les quartiers qui se porteraient volontaires. Mais derrière l’ambition d’une territorialisation, cette logique de déploiement peut-elle répondre à la diversité des réalités de terrain ?

Créer une « grande alliance éducative »

Le principe des cités éducatives est de créer une « grande alliance éducative » locale, pour transformer les territoires et réduire les inégalités. Le label a pour vocation de renforcer les coopérations entre acteurs éducatifs, culturels, sociaux, sportifs, autour de projets communs. Trois axes structurent l’action à l’échelle nationale :

  • renforcer le rôle de l’école ;

  • promouvoir la continuité éducative ;

  • ouvrir le champ des possibles pour les jeunes.

Le cadrage national du label est volontairement large, avec l’ambition de laisser aux professionnels socio-éducatifs locaux la possibilité d’innover en réponse aux problématiques qu’ils rencontrent au quotidien.

Plus spécifiquement, ce label repose sur une gouvernance tripartite – appelée « troïka » – réunissant l’État (via la préfecture), la municipalité et l’éducation nationale. À cela s’ajoute un chef de projet opérationnel (CPO), garant du déploiement local et de l’intermédiation.

Chaque année, les cités éducatives lancent des appels à projets auxquels répondent des professionnels socio-éducatifs aux statuts divers (associations, institutions, entreprises…). Les projets peuvent être diversifiés : soutien scolaire, projets sportifs ou culturels, accompagnement à la parentalité, mentorat, prévention du décrochage…

« Les cités éducatives, parlons-en », vidéo explicative de la Ville de Poitiers (2024).

Ainsi, la territorialisation du label cité éducative se joue d’abord à l’échelle des gouvernances locales, puis se renégocie, dans une forme plus « ancrée » par la suite, à l’échelle des professionnels socio-éducatifs locaux.

Autrement dit, chaque cité éducative devrait donc être unique, façonnée par les besoins et les singularités de son territoire. Mais, à mesure que le dispositif se déploie, une autre logique tend à s’imposer : des projets similaires d’une cité éducative à une autre, des publics cibles uniformisés, la duplication des dispositifs et actions…

Vers une duplication des projets entre cités éducatives ?

Les diagnostics territoriaux réalisés à l’échelle de chacun des territoires labellisés révèlent une grande diversité d’enjeux locaux. Pourtant, les projets retenus et mis en œuvre au sein des cités éducatives se ressemblent fortement d’un territoire à l’autre.

Qu’on regarde une cité éducative d’Île-de-France ou du centre-ouest de la France, on retrouve les mêmes grandes priorités en termes de thématiques – culture, citoyenneté, soutien à la parentalité. Idem pour les publics visés : sur le papier, une attention particulière est portée aux 0-3 ans et aux 16-25 ans. Toutefois, ce sont surtout les enfants de 6 à 16 ans et leurs parents qui concentrent l’essentiel des actions financées. À l’échelle nationale, ces catégories représentent plus de 80 % des publics ciblés, tandis que les 0-3 ans et les jeunes adultes restent largement en marge.

Résultat : une standardisation des thématiques et des publics malgré des contextes locaux très différents.

Deux formes de duplication sont à l’œuvre. D’abord, on observe une duplication par mimétisme : certains projets jugés « innovants » ou « efficaces » circulent d’une cité éducative à l’autre via les réseaux informels – échanges entre chefs de projet opérationnel, rencontres organisées par l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), partages sur les réseaux sociaux…

Des « plans lecture », des ateliers vélo ou natation, des actions de sensibilisation aux écrans ou encore des expansions de dispositifs comme les lieux d’accueil parent-enfant (LEAP ou les « cordées de la réussite » sont ainsi repris d’un territoire à l’autre avec les mêmes modalités, les mêmes objectifs, parfois même le même intitulé.

Vidéo de présentation de la Ville d’Annemasse, en janvier 2025.

À côté de cette dynamique d’essaimage, on observe une deuxième forme de duplication, plus institutionnelle. Des associations gestionnaires de l’éducation populaire, des start-up de l’éducation ou des entreprises sociales proposent des projets « clés en main », déjà rodés à l’échelle nationale.

Par exemple, l’Association de la fondation étudiante pour la ville (Afev) déploie des actions de mentorat et le programme Demo’campus dans une pluralité de cités éducatives. En 2022, la Ligue de l’enseignement déploie des actions au sein de 26 cités éducatives. En 2024, un tiers des cités éducatives soutiennent financièrement le programme Coup de Pouce.

Une territorialisation de l’action éducative en trompe-l’œil ?

Cet essaimage interroge la perspective territorialisée de cette politique publique. Si la rhétorique de la territorialisation est omniprésente, les modalités concrètes de mise en œuvre racontent une autre histoire : celle d’une institutionnalisation des innovations et d’une uniformisation des projets, des priorités et des publics, au mépris ou en ignorance des singularités locales.

Ce paradoxe n’est pas sans conséquences. D’un côté, les professionnels socio-éducatifs locaux s’épuisent à tenter de répondre aux besoins locaux. De l’autre, les dispositifs et projets perdent en efficacité, faute d’être réellement ancrés dans les besoins et les réalités du terrain.

La volonté d’essaimer les « bonnes pratiques » affaiblit ce qui faisait la force supposée du dispositif : sa capacité à faire du sur-mesure. Les cités éducatives risquent ainsi de reproduire les limites des politiques éducatives territorialisées antérieures, où l’innovation locale cède progressivement le pas à une standardisation institutionnelle.

The Conversation

Laurie Genet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « Cités éducatives » : alliances locales ou uniformisation nationale ? – https://theconversation.com/cites-educatives-alliances-locales-ou-uniformisation-nationale-258613

Pollution de l’air : les Français prêts à agir, mais réticents à payer…

Source: The Conversation – in French – By Caroline Orset, Professeur en sciences économiques, AgroParisTech – Université Paris-Saclay

En 2022, la concentration moyenne de pollution de l’air aux particules fines s’établissait, en France, à 10 µg/m<sup>3</sup>, soit le double du seuil préconisé par l’Organisation mondiale de la santé. Parilov/Shutterstock

Les Français sont-ils prêts à soutenir et à financer une politique ambitieuse de réduction de la pollution ? Pour le savoir, les économistes disposent d’un indicateur clé : la valeur de la vie statistique. Celle-ci ne vise évidemment pas à mettre un prix sur une vie humaine, mais à mesurer combien une population est prête à investir pour diminuer, même très légèrement, le risque de décès dû à la pollution de l’air.


La pollution de l’air figure aujourd’hui parmi les menaces sanitaires les plus préoccupantes. En France, elle est responsable de plus de 40 000 décès prématurés chaque année selon Santé publique France. Malgré des progrès, les politiques publiques peinent à atteindre les standards internationaux.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande de ne pas dépasser une concentration annuelle de 5 µg/m3 de particules fines (PM2,5). En 2022, la moyenne française s’établissait à 10 µg/m3, soit le double du seuil préconisé.

Dès lors, comment évaluer le bénéfice réel d’une politique de réduction de la pollution ? Plus encore : que nous disent les citoyens eux-mêmes de leur disposition à contribuer financièrement à cet effort collectif ?

Valeur économique des vies sauvées

Pour éclairer ce type de décisions, les économistes ont recours à un indicateur clé : la valeur de la vie statistique (VVS). Il ne s’agit évidemment pas d’attribuer un prix à une vie humaine, mais d’estimer combien une société est disposée à payer pour réduire, même très légèrement, le risque de décès auquel ses membres sont exposés.

Cet outil permet de juger de la pertinence économique d’une politique publique. Concrètement, si le coût d’une mesure, par exemple restreindre la circulation des véhicules diesel en centre-ville, est inférieur à la valeur que la collectivité accorde à la réduction du risque de mortalité, alors cette mesure peut être considérée comme socialement justifiée et acceptable.

De 25 à 100 euros pour un bilan de santé annuel

Dans notre étude, nous avons estimé la valeur de la vie statistique en France dans le contexte spécifique de la pollution atmosphérique. Pour ce faire, nous avons mené en 2019 une enquête auprès d’un échantillon représentatif de 315 adultes répartis dans l’ensemble de la France hexagonal.

Les participants devaient se projeter dans deux scénarios hypothétiques, leur donnant accès à un bilan de santé annuel réduisant leur risque individuel de décès lié à la pollution de l’air. Dans le premier cas, la réduction était fixée à 30 décès pour 100 000 habitants ; dans le second, à 60 décès pour 100 000 habitants. Afin d’éclairer leur choix, ces niveaux de risque étaient présentés à l’aide d’exemples concrets et de repères statistiques.

À partir de là, les répondants devaient dire s’ils accepteraient de payer pour bénéficier d’un tel bilan, à hauteur de 25, 50 ou 100 euros, des montants alignés sur le coût d’une consultation médicale en France en 2019. Ils étaient ensuite invités à indiquer librement le montant maximal qu’ils seraient prêts à payer. Le questionnaire se poursuivait par une série de questions complémentaires destinées à approfondir la compréhension de leur perception du risque, de leur état de santé perçu, de leur aversion au risque, de leurs comportements préventifs ainsi que de leur préoccupation pour les générations futures.

Effet de passager clandestin

Les résultats de l’enquête sont clairs. En moyenne, les répondants se déclarent prêts à payer 47 euros pour une réduction du risque de 30 décès pour 100 000 habitants, et 54 euros pour une réduction de 60 décès pour 100 000. Sur cette base, la valeur de la vie statistique (VVS) peut être estimée entre 85 000 et 158 000 euros.

Ces montants demeurent très en deçà des références actuellement utilisées dans les évaluations socio-économiques françaises, où la valeur de la vie statistique est fixée à 3 millions d’euros. Ils sont encore plus éloignés des estimations retenues aux États-Unis, souvent supérieures à 10 millions de dollars, ou dans certains pays d’Europe du Nord.

Comment expliquer un tel écart ? Plusieurs facteurs entrent en jeu. D’abord, le système de santé français, fondé sur la solidarité, tend à diluer la responsabilité individuelle en matière de prévention sanitaire. Ensuite, une proportion importante des répondants exprime une attente forte vis-à-vis de l’action publique : pour eux, la réduction des risques environnementaux doit relever d’une mission collective, et non d’un effort financier individuel.

Ce comportement illustre ce que l’économiste Mancur Olson a qualifié « d’effet de passager clandestin » : chacun reconnaît l’importance du problème, tout en comptant sur les autres (l’État, les pollueurs ou la collectivité) pour en assumer le coût.

Profils plus enclins à s’engager

Notre étude met en évidence plusieurs profils plus enclins à exprimer une disposition à payer pour améliorer la qualité de l’air. Les jeunes adultes, les personnes aux revenus élevés, ainsi que les habitants d’Île-de-France, plus exposés aux pics de pollution, manifestent une volonté de contribution plus marquée. Ce constat vaut également pour celles et ceux qui adoptent déjà des comportements préventifs, comme la réalisation régulière de bilans de santé.

La prise de conscience des effets différés de la pollution constitue un facteur déterminant. Les individus sensibilisés à ses conséquences à long terme, que ce soit pour eux-mêmes ou pour leurs proches (famille et amis), se montrent nettement plus enclins à soutenir financièrement des politiques de réduction des risques.

À l’inverse, la disposition à payer tend à diminuer avec l’âge, mais également lorsque le niveau de connaissance sur les enjeux sanitaires liés à la pollution est faible, ou qu’une forme de résignation, parfois teintée de fatalisme, s’installe face au risque.

Implications claires des politiques publiques

Ces résultats méritent d’être pleinement pris en compte. Ils ne traduisent en rien un rejet des politiques environnementales. Bien au contraire, ils révèlent que les citoyens sont largement conscients des enjeux sanitaires liés à la pollution de l’air. Mais ils attendent des réponses collectives, équitables et portées par des institutions perçues comme légitimes et efficaces.

Ce constat plaide en faveur de mesures publiques ambitieuses, telles que la taxation des émissions les plus nocives, l’extension des zones à faibles émissions, ou encore l’accompagnement des ménages modestes dans la transition via des subventions ciblées. Une telle orientation permettrait d’allier efficacité environnementale et justice sociale.

Un effort renforcé en matière d’éducation et de sensibilisation s’impose. Mieux informer sur les effets, souvent invisibles mais durables, de la pollution sur la santé contribuerait non seulement à modifier les comportements individuels, mais aussi, par ricochet, à orienter les préférences collectives en faveur de politiques publiques plus exigeantes.

Repenser l’action publique

La question mise en lumière par notre étude renvoie à la capacité des institutions à concilier efficacité environnementale, justice sociale et acceptabilité démocratique.

Elle appelle à repenser les outils d’évaluation économique, en y intégrant non seulement les bénéfices quantifiables, mais aussi les préférences collectives, les perceptions du risque et les aspirations citoyennes. Dans cette perspective, le recours à des dispositifs participatifs, qu’il s’agisse de conventions citoyennes, de panels délibératifs ou de consultations territorialisées, peut contribuer à inscrire l’action publique dans les réalités sociales.

La pollution de l’air reste un fléau silencieux, aux effets durables sur la santé et sur la cohésion sociale. Notre étude plaide pour un renforcement et une réorientation de l’action publique, afin d’aligner plus étroitement dépenses et régulations environnementales avec les attentes sociales et les bénéfices sanitaires perçus.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Pollution de l’air : les Français prêts à agir, mais réticents à payer… – https://theconversation.com/pollution-de-lair-les-francais-prets-a-agir-mais-reticents-a-payer-261405

Télé, radio, presse, réseaux sociaux : quels médias captent vraiment l’attention des Français ?

Source: The Conversation – in French – By Marianne Lumeau, Maître de conférences en économie numérique, de la culture et des médias

Qui arrive encore à capter l’attention des Français&nbsp;? Jason Leung/Unsplash, CC BY

Qui capte vraiment l’attention des Français quand il s’agit d’information ? En combinant télévision, presse, radio, réseaux sociaux ou agrégateurs, une nouvelle mesure permet d’évaluer avec finesse la place réelle des médias dans notre quotidien. À la clé&, une carte inédite du paysage médiatique, marqué par une forte concentration autour de quelques grands groupes – et une place centrale, souvent oubliée, du service public.


Pour répondre à ces questions, nous avons déployé une nouvelle mesure de consommation des médias : la part d’attention, (initialement introduite par l’économiste Andrea Prat). Contrairement aux mesures traditionnelles d’audience, cet indicateur permet de tenir compte de la multiplicité des sources et des plateformes par lesquelles l’actualité est consommée (TV, radio, presse, médias sociaux, etc.), tout en considérant que certains vont partager leur attention entre plusieurs sources alors que d’autres n’en consultent qu’une seule. Par exemple, une chaîne de télévision qui est la seule source d’information d’une population concentre 100 % de l’attention de cette population. Elle a davantage de pouvoir attentionnel qu’une chaîne qui est consommée en même temps que d’autres sources (une station de radio, un titre de presse et un média social, par exemple). Dans ce cas, si chaque source est consommée à la même fréquence, la part d’attention de la chaîne de télévision sera de 25 %, tout comme celle de la station de radio, celle du titre de presse et celle du média social.

Télé, radio, réseaux sociaux : qui capte vraiment l’attention des Français ?

À partir des données d’une enquête, menée en 2022, obtenues auprès d’un échantillon représentatif de 6 000 Français, les résultats indiquent de faibles écarts entre les sources médiatiques, même si l’attention des Français se concentre principalement sur les chaînes de télévision et les médias sociaux.

TF1 arrive en tête en cumulant 5,9 % de l’attention des Français, suivi par Facebook (4,8 %), France 2 (4,5 %), M6 (4,4 %) et BFMTV (4,1 %). Le premier agrégateur de contenus, Google actualités, arrive en onzième position (2,3 %), la première station de radio (RTL) en vingt-deuxième (1,33 %) et le premier titre de presse (20 minutes) en vingt-troisième (1,31 %).

Un marché des médias dominé par quelques groupes

En revanche, le regroupement des sources par groupe médiatique (par exemple, Facebook, Instagram et WhatsApp appartiennent à Meta) révèle une importante concentration. Les quatre premiers groupes concentrent 47 % de l’attention des Français. Si l’on prend les huit premiers groupes, on arrive à 70 % de l’attention des Français captée.

En moyenne, le groupe public composé principalement de France Télévisions et Radio France est, de loin, celui qui concentre le plus l’attention des consommateurs de médias (19,8 %), suivi par le Groupe Meta (10,1 %) et le Groupe TF1 (9,9 %).

La place centrale de médias publics

Le service public d’information, contrairement à une idée reçue, n’est donc pas réservé à une élite, mais occupe une place centrale dans le menu de consommation médiatique des Français.

Ce résultat peut s’expliquer par la confiance accordée aux médias du service public dans la production d’information (voir l’enquête du Parlement européen) et légitime l’octroi d’un budget suffisant pour y répondre. Cela met également en lumière l’importance de son indépendance vis-à-vis de l’État.

La place croissante des médias sociaux

Notons que le Groupe Meta dispose du pouvoir attentionnel le plus fort auprès des 18-34 ans, avec une part d’attention de l’ordre de 14 %, devant les groupes de médias du service public (11 %) et Alphabet-Google News (8 %).

Même si Meta ne produit pas directement d’information, il met en avant et ordonne les différentes informations auprès de ses usagers. Sans être soumis aux mêmes règles que les médias traditionnels, les médias sociaux disposent donc d’un rôle clé sur la vie démocratique.

Pourquoi cette mesure doit peser dans les décisions sur les fusions médiatiques ?

L’analyse par groupe s’avère particulièrement importante dans un contexte où les groupes de médias contrôlent une part de plus en plus importante de titres de presse, de chaînes de télévision, de stations de radios ou de plateformes d’informations au travers d’opérations de fusions ou d’acquisitions (par exemple, l’OPA de Vivendi sur Lagardère).

De récents rapports sur le secteur des médias recommandent, d’ailleurs, le recours à la part d’attention comme un nouvel outil d’évaluation des opérations de concentration sur le marché des médias d’information par les autorités de la concurrence (Autorité de la concurrence, Commission européenne, Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique [ARCOM]). Cet outil est particulièrement adapté pour juger si la nouvelle entité formée à l’issue de la fusion de deux groupes ou de l’acquisition de nouvelles sources par un groupe n’aurait pas un trop grand pouvoir attentionel et si le marché des médias serait trop concentré autour de quelques acteurs dans un contexte où les médias sont au cœur du processus démocratique. La littérature académique reconnaît, en effet, qu’ils peuvent influencer les positions idéologiques des citoyens, les votes et la démocratie et peuvent être idéologiquement biaisés.


Pour approfondir : S. Dejean, M. Lumeau, S. Peltier, « Une analyse de la concentration de l’attention par les groupes médiatiques en France », Revue économique, 76(2), pp. 133 à 177.

The Conversation

Marianne Lumeau a reçu des financements de l’ANR (Projet de recherche Pluralisme de l’Information en Ligne – PIL).

Stéphanie Peltier et Sylvain Dejean ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Télé, radio, presse, réseaux sociaux : quels médias captent vraiment l’attention des Français ? – https://theconversation.com/tele-radio-presse-reseaux-sociaux-quels-medias-captent-vraiment-lattention-des-francais-262261