Décès de Jean Pormanove : pourquoi la régulation de la plateforme Kick a échoué

Source: The Conversation – France in French (3) – By Romain Badouard, Maître de conférences en sciences de l’information et de la communication, Université Paris-Panthéon-Assas

Jean Pormanove, le 12 mai 2025. Nasdas Live/Wikimedia, CC BY

Le décès en direct du streameur Jean Pormanove, le 18 août, martyrisé par ses collègues pendant des mois sur la plateforme Kick, pose la question du contrôle des espaces numériques. Comment comprendre l’absence d’intervention des autorités publiques ? Comment limiter la diffusion d’images violentes sur les réseaux ? Entretien avec le chercheur Romain Badouard.


The Conversation : Avant le décès de Jean Pormanove, des signalements ont été faits à l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom), et la justice a ouvert une enquête en décembre 2024. On s’étonne que rien n’ait été fait pour stopper la production et la diffusion de la chaîne mettant en scène violences et humiliations devant des centaines de milliers d’internautes. Comment l’expliquez-vous ?

Romain Badouard : Ce drame illustre les dysfonctionnements de la régulation des contenus en ligne. On sait depuis les débuts de l’Internet grand public que réguler les contenus présente un certain nombre de difficultés, autant techniques que juridiques et culturelles. Avec la mise en place en 2024 du Digital Services Act (DSA) – le nouveau règlement européen sur la régulation des platesformes, on avait espoir que la régulation serait plus efficace. On se rend compte aujourd’hui qu’il y a encore des trous dans la raquette…

Pourquoi l’Arcom n’a-t-elle pas agi ?

R. B. : Dans les médias, on a accusé l’Arcom de ne rien avoir fait. Mais l’Arcom est une autorité administrative dont le but est de vérifier que les plateformes sont en conformité avec les différentes normes réglementaires. Elle n’a pas pour mission de surveiller les publications des internautes. Ceci dit, l’Arcom aurait pu sanctionner Kick sur la base de sa mission, notamment concernant ses manquements en termes de modération.

La défense de l’Arcom consiste à dire que Kick n’a pas de représentant sur le territoire français, donc que cette plateforme ne relevait pas de ses compétences. Or le droit européen stipule qu’un service numérique accessible sur le territoire européen doit respecter les lois en vigueur dans les États membres. Le DSA impose aussi que ces services aient un représentant sur les territoires où ils diffusent. Ce n’était pas le cas de Kick, alors que ça aurait dû l’être.

Par ailleurs, j’ai constaté que Kick publie effectivement des rapports de transparence sur la manière dont elle modère les contenus, comme l’y oblige le DSA. Mais dans ces rapports, il y a de nombreux manques : le rapport est très flou et très imprécis. On ne sait pas combien de modérateurs sont employés, comment l’intelligence artificielle est utilisée pour détecter les contenus illégaux, aucun chiffre sur le nombre de publications qui ont été retirées ni sur les sanctions qui ont été prises. À ce titre, la plateforme aurait pu être sanctionnée. Dans ce genre de situation, l’Arcom peut ouvrir une enquête administrative. Elle peut aussi infliger des amendes aux plateformes qui ne respectent pas les règles. Enfin, en dernier recours, elle peut exiger que les fournisseurs d’accès à Internet rendent la plateforme inaccessible depuis le territoire français.

Pourquoi ne s’est-il donc rien passé ?

R. B. : Sans doute parce qu’il est compliqué de prendre en charge les milliers de sites qui existent, sachant que toute l’attention médiatique et publique se concentre sur les très grandes plateformes – Instagram, Facebook, X, TikTok, YouTube… Les plus petites passent souvent sous les radars, sauf que, dans le cas de Kick, finalement, les audiences étaient importantes, les manquements connus, et d’autres signaux auraient dû alerter les autorités.

Pourquoi la justice n’a-t-elle pas non plus agi, malgré l’ouverture d’une procédure judiciaire et plusieurs interventions de police ?

R. B. : Dans cette affaire, l’institution censée surveiller les contenus, c’est Pharos, qui a des pouvoirs de police. Or Pharos a reçu des signalements concernant la chaîne Kick qui diffusait les streams de Jean Pormanove – 80 signalements d’après Mediapart, ce qui n’est pas rien. On sait que la police est descendue à plusieurs reprises sur les lieux du tournage, mais ces tournages ont continué et les contenus ont été diffusés, ce qui est assez étonnant.

Il faut sans doute prendre en compte le fait que Jean Pormanove, qui avait été entendu par la police, n’a jamais souhaité porter plainte. Il a confié aux enquêteurs qu’il était consentant par rapport à tous les châtiments qui lui étaient infligés. Cela complique un peu l’action de la justice…

Pour autant, cette situation de streamers qui font l’objet d’une enquête du parquet de Nice dès décembre 2024 et qui poursuivent leur production pendant des mois a beaucoup choqué, et c’est légitime.

**Comment imaginer un système plus efficace pour éviter ce type de situation ?

R. B. : Le nœud du problème est celui de la temporalité de la justice. Ni la police ni l’administration n’ont le pouvoir d’exiger la fermeture d’une plateforme en France : seule la justice a ce pouvoir – ce qui est une bonne chose pour notre démocratie. Or, la justice prend du temps pour enquêter, juger et sanctionner. Ce qui manque, c’est un moyen d’agir rapidement pour bloquer les contenus qui sont manifestement illégaux et dangereux.

Il est donc nécessaire de compléter l’arsenal juridique dans le domaine. L’une des pistes à explorer, c’est de donner des moyens à la justice pour prendre des décisions rapides, bloquer des contenus, des plateformes, des chaînes qui ont des comportements problématiques, au moins de manière temporaire, pendant qu’une enquête suit son cours.

Mais la justice agit déjà très rapidement dans certains cas, comme les vidéos terroristes ou pédopornographiques…

R. B. : Il faut savoir que les publications des internautes sur les plateformes relèvent de la législation sur la liberté d’expression. Mais il y a effectivement certaines exceptions à cette liberté d’expression : les contenus terroristes et la pédopornographie. Dans ces cas de figure, la justice peut agir beaucoup plus vite, et les plateformes doivent être capables de les retirer en moins d’une heure. Elles ont d’ailleurs mis en place des systèmes interplateformes pour repérer et effacer ces contenus en quelques minutes, voire quelques secondes. Donc, techniquement parlant, c’est possible.

Notons qu’il y a un autre cas de figure où la régulation est très efficace, c’est celle du droit d’auteur. Les plateformes ont été proactives, car elles redoutaient des procès d’ayants droit. Par exemple, sur YouTube, des systèmes automatiques détectent la réutilisation de contenus protégés par le droit d’auteur avant publication. Cela prouve que lorsqu’elles le veulent, les plateformes trouvent des solutions.

Le problème, lorsqu’il s’agit des publications quotidiennes des internautes, est toujours de trouver la bonne mesure entre lutte contre les contenus illégaux et protection de la liberté d’expression. Car une législation trop contraignante en la matière peut également avec des conséquences néfastes.

La diffusion de contenus violents, des suicides, d’humiliations, de discours de haine ne sont pas protégés par les principes de la liberté d’expression. Pourquoi seraient-ils tolérés sur Internet alors qu’ils sont sanctionnés par la loi dans d’autres contextes ?

R. B. : Effectivement, il s’agit d’actes interdits par la loi et les platesformes ont l’obligation d’empêcher leur diffusion. Les grosses platesformes commerciales le font, ou tentent de le faire, mais les plus petites – comme Kick – essayent de manière très malsaine de nourrir leur modèle économique de ce type de contenus, en visant un public particulier. Elles sont plus difficiles à surveiller, car elles sont nombreuses et moins visibles. Par ailleurs, selon la législation européenne, la surveillance des contenus incombe d’abord aux plateformes.

Ne serait-ce pas plus simple d’inverser la logique en demandant aux plateformes d’être responsable des contenus publiés comme des médias ? ou de mettre des amendes si dissuasives qu’elles joueraient le jeu de la modération ?

R. B. : Imaginer des amendes très fortes est possible et souhaitable. Au niveau européen, il y a eu des amendes importantes infligées par la Commission européenne à plusieurs géants du numérique, notamment pour abus de position dominante. La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), en France, a imposé de lourdes amendes à Facebook et Google concernant la législation sur les données personnelles. Le DSA est en place depuis peu de temps, mais il doit donner des moyens d’agir et de sanctionner.

Alors, est-ce qu’il faudrait aussi considérer les plateformes comme responsables des contenus à l’instar des médias ? Actuellement, la législation française et européenne donne aux plateformes un statut intermédiaire : elles ne sont pas responsables des contenus, mais ont une responsabilité lorsque des contenus leur sont signalés. Elles doivent agir et doivent par ailleurs respecter une obligation de moyens pour détecter les contenus illégaux.

Si on considérait les plateformes comme légalement responsables des contenus de tous les streamers, cela serait tout de même problématique en termes de créativité et de liberté d’expression – tout ce qui a fait aussi la culture numérique depuis le début des années 2000. Il n’y a pas que des choses atroces mises en ligne, il y a aussi beaucoup de contenus de qualité, de partages d’informations, d’intelligence collective. Si on rend les plateformes responsables de toutes les publications des internautes, alors elles limiteront considérablement les moyens d’expression de ces derniers. On ne peut pas non plus évacuer le fait que ces plateformes sont très populaires, qu’elles sont utilisées par des centaines de millions de personnes. Si, du jour au lendemain, vous bridez TikTok, par exemple, et que la plateforme décide de se retirer du territoire français, vous allez faire beaucoup de mécontents – ce dont les responsables politiques ne veulent certainement pas.

Pour élargir aux grandes plateformes et au DSA, qu’est ce qui fonctionne et qu’est-ce qui ne fonctionne pas ? Il y a eu des plaintes contre TikTok liées à des suicides d’adolescents. Est-ce que le DSA est réellement efficace ?

R. B. : Le DSA est entré en vigueur en février 2024, on commence à avoir un peu de recul pour juger. Pour l’instant, concernant les obligations de transparence, les grandes plateformes ont plutôt obtempéré, elles communiquent sur leur modération, ce qu’elles retirent, comment elles s’y prennent, etc. On se rend compte qu’il y a de bons élèves et de mauvais élèves. Meta ou Google ont plutôt tendance à jouer le jeu parce qu’elles ont un intérêt financier à le faire. TikTok, c’est beaucoup plus problématique : il y a des doutes sur sa volonté de se mettre en conformité. Quant à X, la plateforme affirme ouvertement qu’elle ne respectera pas les règles et qu’elle n’a aucune intention de le faire – ce qui a amené la Commission européenne à ouvrir une enquête à son sujet.

Notons que, même pour les bons élèves, lorsqu’on entre dans le détail, on voit qu’il manque beaucoup d’informations dans les rapports – combien de modérateurs, quelles sanctions, comment fonctionnent leurs algorithmes, etc. La commission a tapé du poing sur la table à l’automne 2024 et elle impose désormais des critères plus précis pour les nouveaux rapports de transparence. Nous verrons en 2025 si les plateformes jouent finalement le jeu.

Quel serait le bilan des régulations mises en place ces dernières années ?

R. B. : On régule plus qu’avant, mais le bilan est mitigé. Le DSA est un progrès indéniable, avec des lacunes, par exemple lorsqu’il s’agit d’intervenir rapidement pour bloquer des contenus ou des plateformes, comme je l’ai déjà indiqué. Au niveau français, où l’on est censé réguler les plateformes de taille plus modeste, il y a aussi des progrès.

L’Arcom a eu de nouveaux pouvoirs dans le cadre du DSA en France – enquêtes, amendes, etc. Par ailleurs, la France a adopté une loi sur la sécurité de l’espace public numérique et imposé des règles qui n’étaient pas dans le DSA – par exemple, l’interdiction des sites pornographiques qui ne vérifient pas l’âge des utilisateurs.

On ne peut nier qu’il y a une volonté du politique de ne plus laisser l’espace public numérique sans régulation. Les lois existent, l’enjeu relève davantage de leur application.

The Conversation

Romain Badouard ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Décès de Jean Pormanove : pourquoi la régulation de la plateforme Kick a échoué – https://theconversation.com/deces-de-jean-pormanove-pourquoi-la-regulation-de-la-plateforme-kick-a-echoue-263995

Quelle histoire les personnages de séries écrivent-ils ?

Source: The Conversation – in French – By Antoine Faure, Professeur associé et directeur de l’école de journalisme de l’Université de Santiago du Chili., Universidad de Santiago de Chile

_Un village français_ (2009-2017).
Allociné

Les séries historiques prennent presque toujours des libertés avec l’histoire, mais ce sont précisément ces écarts qui permettent au spectateur d’entrer dans le récit et paradoxalement de mieux comprendre la période traitée.


Quand la mini-série Chernobyl, consacrée à la catastrophe nucléaire de 1986, sort en 2019 sur HBO, le succès est immédiat. Dans un mélange de fiction et d’histoire, on suit le parcours des scientifiques, des secours et des membres du gouvernement soviétique qui ont participé à cet événement historique majeur, la première catastrophe nucléaire de notre ère.

Ce n’est pas un documentaire d’époque, ni un reportage, mais un divertissement qui entrecroise le réel et l’imaginaire pour nous amener, en l’espace de cinq épisodes, dans « l’autrefois » de l’événement, mais avec les codes de production d’aujourd’hui. Chernobyl est surtout une série historique, dont la légitimité provient d’un travail archivistique et d’interviews avec des survivants de l’événement, car c’est lui qui reste central dans le récit.

Une série dite historique entend donc explicitement problématiser et interroger une période ou un événement historique, et s’inscrire dans son historiographie, en concurrence avec la parole des historiens professionnels et la mémoire des témoins. Parfois, l’ambition des créateurs est simplement de filmer le passé, parce qu’ils veulent restituer les pratiques et les émotions d’une autre époque. « Inspiré de faits réels » ou « c’est une série historique » sont autant de cadrages préalables à la diffusion qui visent à attester du sérieux et de la qualité de ce que les spectateurs s’apprêtent à regarder. Car la mise en scène de l’histoire risque de provoquer d’intenses débats sociétaux et partisans, et d’enflammer les réseaux sociaux.

En effet, ces fictions participent non seulement à la création d’un espace commun de divertissement, mais aussi d’une expression citoyenne démocratique, d’un référentiel commun de réflexion culturelle et historique qui fait de nous qui nous sommes. Elles sont cependant toujours situées, et le poids des questionnements propres au présent pèse sur leur écriture. Ces questionnements s’incarnent bien sûr dans le choix de la période, dans sa valeur d’exemple pour notre époque, et au sein même de la diégèse dans les choix de décors et la reconstitution, dans les anachronismes volontaires ou non, et dans le fonctionnement des protagonistes. Mais ils s’incarnent surtout dans les personnages dont le « régime d’historicité » renvoie souvent moins à leur temps qu’au nôtre.

Nous nous proposons ici de reconsidérer la question de l’historicité des personnages de séries de fiction télévisée, c’est-à-dire l’enjeu de leur existence réelle, et la façon dont leur époque – notre histoire – définit leurs comportements et psyché, pour être délivrée sous la forme d’une fiction « historique ».

Historicité des personnages

Nombre de séries considérées comme historiques (par le public, par les critiques, par les équipes de production) sont en ce sens bien souvent des séries simplement tirées de faits historiques, où l’histoire sert de toile de fond à une narration fortement influencée par les nécessités de production. La représentation des personnages joue alors sur deux tableaux : celui d’une réalité historique présupposée retranscrite dans la fiction, et la nécessité de créer un produit de fiction attractif pour notre époque.

Ce qui crée un autre enjeu, plus narratif, celui de la suspension de l’incrédulité : faire en sorte que les spectateurs acceptent d’entrer dans l’univers de la série, tout en mettant de côté leur scepticisme et leurs connaissances ou l’absence de connaissances du réel historique. Les personnages et leur conscience historique dans la fiction, leur régime d’historicité, sont un bon instrument narratif pour produire cette ouverture au monde fictionnel et un bon révélateur du présentisme historique de séries qui cherchent à capter l’attention de publics fragmentés et volatiles.

Typiquement, dans les préquels et spin-offs de Yellowstone (2018-2024), ce présentisme s’incarne dans les attitudes et les discours des personnages qui s’alignent sur les attentes les plus progressistes de notre temps, alors même que la série est parfois présentée comme conservatrice. Ainsi, dans 1883 (2021-2022), l’écologie et la défense de la nature sont au cœur du récit, qui non seulement prône l’harmonie entre l’humain et la terre, mais qui insiste aussi sur la puissance des éléments qu’il serait vain de vouloir maîtriser. Par ailleurs, Elsa, la jeune héroïne, est un personnage de femme libérée qui vit une histoire d’amour avec un autochtone et refuse toute assignation à un rôle de femme prédéterminé.

1883 : Elsa Dutton et Sam, guerrier comanche qu’elle épousera.
Allociné

Concernant les rapports de genres, le père d’Elsa, James Dutton, prend régulièrement l’avis de sa femme et s’adresse à elle avec respect, sans jouer le pater familias autoritaire et patriarcal, comme l’époque le voudrait.

Sans nier la dimension égalitariste de la société américaine qu’avait observée Tocqueville cinquante ans avant l’époque de la série (et sans s’aventurer à l’Ouest…), il est clair que l’enjeu du divertissement s’enroule ici sur l’historicité des personnages, notamment les plus « positifs », dont les attitudes ne sauraient s’aliéner le public.

Dans 1923 (2022-2025), l’historicité se lit à la fois dans la conscience qu’ont les personnages de vivre un changement d’époque radical – visible à leur échelle dans le remplacement du cheval par la voiture, ou par les progrès médicaux – et dans les désirs nouveaux que celui-ci implique. La matriarche, Cara Dutton, insiste régulièrement auprès de son mari pour qu’il acquière l’électroménager naissant, qu’elle observe chez les citadins, afin qu’elle puisse échapper aux corvées traditionnellement attribuées aux femmes.

Conscience de soi dans les séries historiques

Parler de conscience de soi implique une dimension « méta » de la série, qui peut prendre plusieurs formes. Dans M – L’Enfant du siècle, série consacrée à Mussolini diffusée en 2025, c’est classiquement le regard-caméra qui, en s’adressant directement au spectateur, brise le « quatrième mur ».

Cette conscience de soi peut également prendre la forme d’une narration, en intro ou « outro » (partie finale) d’épisode, où la voix d’un personnage décrit les événements historiques qui encadrent la série.

La série chilienne Ecos Del Desierto (2013), sur les « caravanes de la mort » envoyées contre les militants de la gauche politique dans le nord du Chili durant la dictature de Pinochet, utilise nombre de dispositifs pour faire glisser les événements du passé dans notre contemporanéité : un texte de contextualisation des faits qui s’affiche plusieurs fois à l’écran, la voix off du personnage central Carmen Hertz, activiste des droits humains et députée du Parti communiste chilien (toujours en vie aujourd’hui) et finalement son intervention directe, encore en voix off.

Par ailleurs, les personnages peuvent faire référence au temps dans lequel ils vivent comme étant un moment décisif – une illusion de centralité historique qui renforce auprès du public la sensation que ce moment est un point de bascule ou un nœud paroxystique, qui dramatise au passage l’enjeu de la fiction.

Le principe de la genèse d’un phénomène durable fonctionne aussi sans interpellation du spectateur. Ainsi, dans 3615 Monique (2020), les trois personnages qui s’associent pour lancer un site sur le Minitel rose ont une conscience aiguë des potentialités nouvelles de cet objet technique qui entre dans de nombreux foyers, tandis que la série témoigne à sa manière du non-advenu d’un Internet à la française.

De même, dans le Monde de demain (2022), les membres du groupe de rap naissant NTM et le DJ Dee Nasty saisissent que l’esprit du temps, avec la naissance des cultures urbaines venues des États-Unis, et la liberté de parole permise par l’essor des radios libres, leur est favorable pour s’extraire de leur condition sociale et vivre de la musique.

Ce jeu sur la conscience de soi s’appuie également sur le socle commun attendu du public. Les personnages résonnent dans une connaissance collective de l’histoire et de la mémoire, variable bien sûr, et dans un imaginaire collectif des archétypes de héros et vilains de la fiction. Quand on aborde révolutions et guerres, régimes autoritaires, périodes sombres de l’histoire, traitements d’un peuple par un autre peuple, ces sujets cristallisent énormément de tensions actuelles ; c’est même ce qui détermine le projet d’une série comme Sambre (2023), qui explore le fossé séparant la fin des années 1980 de notre époque en ce qui concerne l’accueil de la parole de femmes agressées sexuellement.

Une des voies d’entrée dans l’historicité par la conscience qu’en ont les personnages consiste à placer au centre de l’histoire des personnages communs ou ordinaires qui peuvent activer des formes d’identification ou de rapprochement avec les téléspectateurs (Un village français (2009-2017)).

Une autre possibilité consiste à construire la narration sur la base d’un autre genre, très souvent la série criminelle (comme Los Archivos del Cardenal (2011-2014) ou Paris Police 1900 (2021)).

Les séries chorales, elles, ancrent le régime d’historicité dans la multiplicité des personnages et les conflits de générations (Downton Abbey (2010-2015)).

Enfin, d’autres personnages sont à la fois dans et au-dessus de leur époque, dans le passé et avec les spectateurs contemporains – une ubiquité qui les fait échapper au temps même que la série met en scène. Dans Vikings (2013-2020), le personnage principal, Ragnar Lothbrok, est ainsi en avance sur son temps (il a des bateaux plus performants et un outil infaillible pour naviguer même quand le soleil est caché), désireux d’aller vers le progrès, contestant l’ordre établi, prêt à abandonner le panthéon nordique pour se convertir au christianisme, acteur d’une mobilité sociale qui le fait passer de fermier à roi, à l’écoute de ses femmes et maîtresses, père dévoué et guerrier très violent, toit cela dans un « médiévalisme » qui fantasme un Moyen-Âge où un tel destin serait possible. Ce héros, doté d’attributs et de réactions en accord avec les nôtres, est donc peu médiéval, car il doit être avant tout le représentant de notre époque.

Ces différents exemples montrent également, en creux, comment les séries proposent des fictions dont la dimension historique passe abondamment par l’usage des médias eux-mêmes. Elles construisent une mémoire dite « prosthétique », aidée par l’outil fictionnel qui, à partir de ses propres archives, reconstruit l’histoire en jouant sur la communication médiatique d’objets historiques (discours, débats, campagnes ou votes, livrés par des extraits télévisés, radios ou imprimés) tout en positionnant ces prothèses médiatiques dans des positions centrales dans la narration.

La télévision est ainsi le personnage central de Los 80 (Chili, 2008-2014), inspirée d’une série espagnole, Cuéntame lo que pasó (depuis 2001), qui relate les années de dictature (1973-1990) en suivant une famille et un quartier de la capitale. Les médias occupent un rôle central dans les récits historiques et donnent conscience de l’histoire au niveau narratif sur la base de la conscience que la fiction télévisée garde d’elle-même et des médias en général.

Peaky Blinders, quand une série devient historique

La construction progressive d’une fiction en série historique se remarque particulièrement dans Peaky Blinders (2013-2022), qui retrace l’histoire de Thomas Shelby et de son gang familial, dans la banlieue de Birmingham de l’entre-deux-guerres. C’est par ce personnage que la série acquiert une dimension historique, parce que la volonté première du showrunner, Steven Knight, était surtout de créer un anti-héros issu de la classe ouvrière anglaise des années 1920. Cette démarche s’inscrit pleinement dans une dimension personnelle et mémorielle, consistant à retranscrire les récits de ses parents sur ces personnages hauts en couleur, dans le désir de montrer que la classe ouvrière peut être à l’origine d’histoires fortes, mais aussi de rééquilibrer le monopole sériel américain sur les figures de gangsters, pour forger un récit national britannique rarement mis en valeur.

La fiction s’approprie l’’istoire. Si le gang des Peaky Blinders a bel et bien existé, il n’a jamais eu autant de pouvoir que dans la série où, de simples malfrats, ils deviennent espions et trafiquants d’armes pour Churchill lui-même. La réalité historique du gang est bien éloignée de la fiction que propose la série, et pourtant, celle-ci est désormais regardée comme une série historique. En effet, le public, fasciné par le background soigné de la série, a commencé à s’interroger sur cette période peu balisée des années 1920, avec ses banlieues grises et enfumées, où communisme et fascisme s’affrontent pour le cœur et l’âme de la classe ouvrière, et où l’histoire est écrite par des marginaux et des minorités – les Shelby sont d’origine gitane et s’allient avec des gangsters juifs pour mener leurs opérations.

Peaky Blinders nous plonge dans la pègre du Birmingham des années 1920.
Allociné

La série s’interroge, comme Paris Police 1900, sur la genèse du fascisme via le personnage bien réel d’Oswald Mosley, antagoniste de la dernière saison, fondateur de la British Union of Fascists. Sam Clafin, l’acteur qui l’interprète, a étudié des documents historiques pour fournir une représentation fidèle et glaçante de Mosley. D’après son propre témoignage, ce fut pour lui l’occasion d’en découvrir plus sur l’histoire : même le casting est partie intégrante de ce qui rend une série « historique », dans le sens pédagogique du terme.

Mais c’est clairement Thomas Shelby qui incarne le mieux le concept de conscience de soi : ancré dans son époque et ses défis, il est pourtant comme en avance sur son temps, « moderne » donc à bien des égards. Il emploie régulièrement des femmes et des gens de couleur à des postes à responsabilités, à une époque encore largement machiste et raciste. Comme dans 1883 et 1923, cette modernité du personnage dévoile une évidence : Thomas Shelby est notre reflet, à nous spectateurs, dans le monde de la série, donc littéralement « hors du temps » et insituable. Ce personnage (re)présente aussi le concept des troubles de stress post-traumatiques (shell shock) des vétérans de la Première Guerre mondiale, et l’abus de l’opium, du jeu et de l’alcool comme moyens de compensation.

Dignidad, série historique au service de la guérison mémorielle

En 2019 sort la série germano-chilienne Dignidad qui retrace l’histoire de la secte Colonia Dignidad, dirigée à partir de 1961 par le sinistre Paul Schäfer, pasteur allemand, trafiquant d’armes et d’humains, pédocriminel et sympathisant nazi.

Le récit se concentre sur le personnage fictif de Leo Ramirez, procureur, rescapé de la secte dans sa jeunesse, qui enquête sur la disparition de son frère Pedro, également captif de la secte, et sur les activités réelles ou présumées du groupuscule. Le scénariste Andreas Gutzeit et l’équipe de la série ont entrepris un travail de recherche historique de fond, incluant des interviews avec des rescapés de Colonia Dignidad, et le dépouillement des archives rattachées à l’histoire de la secte.

Certaines scènes ont même été filmées dans la réelle Colonie Dignidad. Ce travail est l’homologue de celui qu’entreprend Leo tout au long de la fiction, traquant les activités de l’antagoniste Paul Schäfer, dans une quête cathartique, puisqu’il souffre de profonds troubles de stress post-traumatique.

Le périple de Leo acquiert alors une autre dimension pour devenir la quête des citoyens et citoyennes chiliennes d’aujourd’hui qui essaient de reconstituer leurs histoires et celles de leurs proches, volées par la dictature puis par le silence entourant la transition du régime vers le système démocratique actuel. Leo incarne, en ce sens, la conscience de soi de la société chilienne tout entière, visant à la fois à informer les nouvelles générations des méfaits de Schäfer et de la complicité du régime et, dans son parcours autobiographique, à commencer une guérison mémorielle par la fiction, vers plus de vérité et de dignité. Dignidad cherche ainsi à réconcilier les citoyens chiliens avec leur histoire et même à engager une reconquête de leur histoire. En partant du divertissement, elle éveille une curiosité mémorielle qui confirme le rôle des séries comme outils éducatifs et démocratiques.

Si l’on opte pour une approche rigoureuse et scientifique, nombre de personnages fictionnels situés dans le passé n’ont rien d’« historique » dans leur comportement, sont en porte-à-faux avec les normes de leur époque, et demeurent essentiellement des composites de représentations contemporaines de leurs créateurs et de leur vision de l’histoire. C’est ce qui leur permet d’avoir une conscience historique et de s’adresser aux spectateurs depuis un temps qui est notre présent interrogatif d’un passé fantasmé et propice à toutes les réécritures. Mais de tels personnages accomplissent la triple mission d’autoriser une identification, de nous présenter les enjeux passés et actuels d’époques reculées, et de nous questionner sur notre propre manière d’habiter le temps historique.

The Conversation

Antoine Faure a reçu des financements du CNRS et ANID (Projet ECOS-ANID 220009).

Emmanuel Taïeb a reçu des financements de l’ANID (Projet ECOS-ANID 220009)

Théo Touret-Dengreville a reçu des financements de l’Université Picardie Jules Verne, la région Haut-de-France et ANID (Projet ECOS-ANID 220009).

ref. Quelle histoire les personnages de séries écrivent-ils ? – https://theconversation.com/quelle-histoire-les-personnages-de-series-ecrivent-ils-263308

Certaines personnes n’aiment pas la musique. La raison se trouve dans leur cerveau

Source: The Conversation – in French – By Catherine Loveday, Professor, Neuropsychology, University of Westminster

Vous n’éprouvez pas de plaisir à écouter de la musique? Les psychologues appellent cela « l’anhédonie musicale ». (Krakenimages.com/Shutterstock)

Lorsque je demande à une salle d’étudiants comment ils se sentiraient s’ils ne pouvaient plus jamais écouter de musique, la plupart sont consternés. Beaucoup ont écouté leur musique jusqu’à l’instant où le cours a commencé. Mais invariablement, un ou deux admettent timidement que leur vie ne changerait pas du tout si la musique n’existait pas.

Les psychologues appellent cela « l’anhédonie musicale » : l’absence de plaisir à écouter de la musique. Et un nouvel article publié par des neuroscientifiques espagnols et canadiens suggère qu’elle serait causée par un problème de communication entre différentes parties du cerveau.

Quand l’apathie devient la norme

Pour beaucoup d’entre nous, l’apathie envers la musique semble incompréhensible. Pourtant, pour 5 à 10 % de la population, c’est la norme.

Je le constate souvent dans mes propres recherches et pratiques auprès de personnes souffrant de pertes de mémoire, à qui je demande de choisir leurs chansons préférées afin d’accéder à des souvenirs importants.

J’ai toujours été fasciné par le fait que certaines personnes me regardent d’un air perplexe et me disent : « La musique ne m’a jamais vraiment intéressé ». Cela contraste fortement avec la majorité des gens qui adorent parler de leur premier disque ou de la chanson qui a été jouée à leur mariage.

Une question de circuits cérébraux

Des études récentes montrent de grandes différences dans l’intensité des réactions émotionnelles des gens à la musique. Environ 25 % de la population est hyperhédonique, c’est-à-dire qu’elle éprouve un besoin presque obsessionnel d’écouter intensément et fréquemment à la musique.

Les recherches dans ce domaine utilisent généralement le Questionnaire de récompense musicale de Barcelone (BMRQ), qui interroge les personnes sur l’importance de la musique dans leur vie quotidienne : à quelle fréquence elles écoutent des disques, si elles fredonnent et s’il y a des chansons qui leur donnent des frissons.

Les personnes obtenant un score faible sont classées comme souffrant d’anhédonie musicale et de nombreux chercheurs vérifient ce diagnostic en laboratoire en mesurant leur rythme cardiaque, leur transpiration et leur respiration pendant qu’ils écoutent de la musique. Pour la plupart d’entre nous, ces marqueurs physiologiques changent radicalement pendant les chansons émouvantes. Mais chez les personnes souffrant d’anhédonie musicale, il n’y a souvent aucun effet physiologique.

Quand l’absence de plaisir cache autre chose

Une théorie est que le fait de moins apprécier la musique pourrait refléter une anhédonie plus générale, c’est-à-dire une absence de plaisir pour quoi que ce soit. Souvent, cela est lié à des perturbations des circuits de la récompense du cerveau, dans des zones telles que le noyau accumbens, le cortex orbitofrontal et l’insula.

Il s’agit d’une caractéristique courante de la dépression qui, comme d’autres troubles de l’humeur, peut être corrélée à une absence de réponse à la musique. Or, cela n’explique pas l’anhédonie musicale spécifique, où les personnes apprécient pleinement d’autres sources de plaisir telles que la nourriture, les relations sociales et les films, mais restent indifférentes à la musique.

Homme renfrogné devant un violon
Tous les enfants obligés de prendre des cours de musique ne remercient pas leurs parents une fois adultes.
(foto-lite/Shuttersock)

Une autre possibilité est que les personnes qui s’intéressent peu à la musique ne la comprennent tout simplement pas, peut-être en raison de difficultés à percevoir les mélodies et les harmonies. Pour tester cette hypothèse, nous pouvons nous intéresser aux personnes atteintes d’amusia, un trouble de la perception musicale qui affecte la capacité à reconnaître des mélodies familières ou à détecter des fausses notes. Ce trouble apparaît lorsque l’activité est réduite dans des régions clés du cortex frontotemporal du cerveau, responsables du traitement de la hauteur et de la mélodie. Cependant, certaines personnes atteintes de ce trouble ont un amour extrême et obsessionnel pour la musique.

Quoi qu’il en soit, d’autres recherches montrent que les personnes souffrant d’anhédonie musicale ont souvent une perception musicale normale, sans difficulté à reconnaître les chansons ou à distinguer les accords majeurs des accords mineurs.

Alors, que se passe-t-il ? Le nouvel article propose une analyse approfondie des recherches menées jusqu’ici. Les auteurs expliquent que, chez les personnes souffrant d’anhédonie musicale, les réseaux cérébraux de la perception musicale et de la récompense sont intacts, mais que la communication entre eux est fortement perturbée. Autrement dit, il existe peu ou pas d’échanges entre les régions auditives du cerveau et le centre de la récompense.

Aimer ou ignorer la musique : une question de câblage

Les personnes qui ont des réactions typiques à la musique présentent une activité importante dans cette voie, qui est plus élevée pour la musique agréable que pour les sons neutres. Une étude réalisée en 2018 a montré qu’il est possible d’augmenter le plaisir procuré par la musique en stimulant artificiellement ces voies de communication à l’aide de stimulations magnétiques.

Cette nouvelle analyse pourrait aider les scientifiques à mieux comprendre certains troubles cliniques où les plaisirs quotidiens paraissent diminués ou, au contraire, exacerbés, comme les troubles alimentaires, l’hypersexualité ou la dépendance au jeu.

Ces résultats remettent également en question l’idée répandue selon laquelle tout le monde aime la musique. La plupart des gens l’apprécient, mais pas tous, et cette variation s’explique par des différences dans le câblage du cerveau. Parfois, cela fait suite à une lésion cérébrale, mais le plus souvent, les personnes naissent ainsi. Une étude réalisée en mars 2025 a trouvé des preuves d’un lien génétique.

La musique est partout – dans les magasins, les salles de sport, les restaurants, les établissements de santé – et elle peut avoir un pouvoir incroyable. Mais peut-être devrions-nous résister à la tentation de la considérer comme une panacée et accepter que, pour certains, le silence ait lui aussi sa valeur.

La Conversation Canada

Catherine Loveday ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Certaines personnes n’aiment pas la musique. La raison se trouve dans leur cerveau – https://theconversation.com/certaines-personnes-naiment-pas-la-musique-la-raison-se-trouve-dans-leur-cerveau-263500

Le projet de loi sur le régime forestier est un important recul pour les droits des Autochtones

Source: The Conversation – in French – By Karine Millaire, Professeure adjointe en droit constitutionnel et autochtone, Université de Montréal

Déposé en avril par Québec, le projet de loi 97 visant à réformer le régime forestier fait l’objet d’une forte opposition des environnementalistes, d’experts en foresterie et des peuples autochtones.

Les Premières Nations soulignent que le régime forestier ouvre la porte à une exploitation du territoire rappelant les débuts de la colonisation et qu’il viole leurs droits. Elles demandent à Québec que la politique soit repensée en co-construction avec les peuples autochtones concernés.

Ces nations ont-elles de tels droits ? Tout à fait. Voici pourquoi.

Professeure adjointe à l’Université de Montréal en droit constitutionnel, droits et libertés et droit autochtone, je suis une fière Wendat.

Vers un retour à l’exploitation intensive de la forêt ?

N’ayant de « moderne » que le nom, la Loi visant principalement à moderniser le régime forestier, portée par la ministre des Ressources naturelles et des Forêts, Maïté Blanchette Vézina, propose plutôt un retour en arrière. Elle rappelle les images du tristement célèbre film documentaire L’erreur boréale de Richard Desjardins. Ses conclusions de surexploitation de la forêt avaient été essentiellement confirmées en 2004 par la Commission Coulombe sur les forêts publiques.

Le régime proposé diviserait le territoire forestier public en trois zones dédiées à l’aménagement forestier prioritaire, à la conservation et au multi-usage. L’aménagement « prioritaire » représenterait le tiers du territoire et permettrait son exploitation intensive. Dans cette zone comme dans la zone multi-usage, c’est l’industrie elle-même qui gouvernerait les activités d’aménagement, incluant la sélection des secteurs de coupe.

Pire, l’article 17.5 prévoit que « toute activité ayant pour effet de restreindre la réalisation des activités d’aménagement forestier aux fins d’approvisionner une usine de transformation du bois dans une zone d’aménagement forestier prioritaire est interdite ». Autrement dit, même si les communautés locales ont des droits légitimes sur ces territoires, toute activité de conservation ou visant l’exploitation à des fins économiques des ressources par les peuples autochtones eux-mêmes seraient interdites.

L’interdiction est si générale qu’elle permet aussi de se demander si Québec entend respecter son obligation constitutionnelle de consulter les nations visées avant que ne soit émise chaque autorisation d’exploitation du territoire.

Une violation claire des droits des peuples autochtones

Même si cela n’a pas toujours été le cas, le droit constitutionnel canadien reconnaît aujourd’hui de façon claire les droits ancestraux et issus de traités des peuples autochtones. Selon la Cour suprême du Canada, ces droits incluent notamment le pouvoir de participer à la gouvernance de leurs territoires. Les gouvernements ont donc l’obligation, avant toute décision pouvant nuire à ces droits, qu’ils soient déjà établis ou simplement revendiqués de manière crédible, de consulter les peuples autochtones, de chercher à les accommoder et, dans certains cas, de les indemniser.

Cette obligation découle du principe juridique de l’honneur de la Couronne, un principe selon lequel l’État doit agir de manière honorable envers les peuples autochtones, dans un esprit de réconciliation.

L’idée d’interdire « toute activité » restreignant l’exploitation intensive de la forêt dans la zone d’aménagement prioritaire apparaît donc à sa face même ignorer les droits autochtones bien reconnus.

Le projet de loi 97 viole également la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, adoptée en 2007, que le Canada s’est engagé à mettre en œuvre. Dans ses articles 10 et 28, la Déclaration interdit de retirer ces peuples de leurs territoires sans consentement et réparation. Ailleurs, elle protège notamment le droit d’utiliser, de mettre en valeur et de contrôler les territoires et ressources occupés traditionnellement selon leurs propres modes de gouvernance. La Déclaration garantit aussi le droit des peuples autochtones à la préservation de leur environnement.

En particulier, les articles 18 et 19 de la Déclaration obligent les États à inclure les peuples autochtones dans tout processus décisionnel pouvant affecter leurs droits. De telles politiques ne peuvent être adoptées sans leur consentement préalable, libre et éclairé.

La Cour suprême du Canada a récemment confirmé que la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones a une portée juridique réelle : elle constitue un instrument international permettant d’interpréter le droit canadien, notamment depuis son intégration à la loi fédérale adoptée en 2021. Cette loi « impose au gouvernement du Canada l’obligation de prendre, en consultation et en collaboration avec les peuples autochtones, « toutes les mesures nécessaires pour veiller à ce que les lois fédérales soient compatibles avec la Déclaration ».

D’autres tribunaux commencent aussi à s’y référer pour préciser les obligations des gouvernements en matière de droits ancestraux et de consentement.

Le Québec fait bande à part en refusant toujours de reconnaître la Déclaration. Or, de la même manière qu’il aurait été intenable, après les atrocités de la Seconde Guerre mondiale, de refuser la Déclaration universelle des droits de la personne adoptée en 1948, il est aujourd’hui impensable de nier les droits fondamentaux des peuples autochtones. Ces droits, ancrés dans leur histoire, leur territoire et leur souveraineté, ne peuvent plus être ignorés en 2025 comme ils l’ont été au début de la colonisation.

D’autres modèles existent pourtant, comme celui de la forêt communautaire pour lequel la Colombie-Britannique fait figure d’exemple. Les ententes qui en découlent permettent notamment une distribution plus équitables des profits et des investissements en éducation, en infrastructures et en loisirs. Elles peuvent également inclure des avantages sociaux, culturels et écologiques pour les communautés, en plus d’assurer une adaptation aux changements climatiques et de réduire les risques de feux de forêt.

Coconstruire un régime forestier avec les peuples autochtones

La tendance juridique est claire. La mise en œuvre de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones est amorcée. Les tribunaux interprètent désormais le droit canadien à sa lumière. Cette évolution va au-delà du simple droit d’être consultés : c’est le principe du consentement qui s’impose progressivement pour respecter les droits inhérents des peuples autochtones, fondés sur leur « souveraineté préexistante », c’est-à-dire leur statut de nations autonomes qui exerçaient déjà leurs propres formes de gouvernance bien avant la colonisation.


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Moderniser le régime forestier québécois exige d’aller en sens inverse de l’approche de Québec. Revenir vers une exploitation intensive des forêts nie les droits des peuples autochtones déjà bien reconnus et mènera inévitablement à des contestations judiciaires.

Une approche moderne reconnaîtrait les droits fondamentaux des nations touchées et les considérerait d’égal à égal pour développer une politique équitable. Pour reprendre les mots de la Cour suprême, une telle démarche participerait d’une véritable « justice réconciliatrice ».

La Conversation Canada

Karine Millaire ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le projet de loi sur le régime forestier est un important recul pour les droits des Autochtones – https://theconversation.com/le-projet-de-loi-sur-le-regime-forestier-est-un-important-recul-pour-les-droits-des-autochtones-264062

How to poop outdoors in a way that won’t harm the environment and other hikers

Source: The Conversation – USA (2) – By Shari Edelson, Ph.D. Candidate in Recreation, Park and Tourism Management, Penn State

A pilot program to distribute waste bags to hikers on Mount Elbert in Colorado successfully cut down the amount of human waste on the massive mountain. Shari Edelson, CC BY-ND

If you’re one of the 63 million Americans who went hiking last year, chances are you’ve found yourself needing to go, with no toilet in sight.

Aside from personal inconvenience, why is this such a big deal?

Human fecal contamination is a public health concern in natural areas. Pathogens in human poop can remain active for a long time – over a year in outdoor environments – meaning that waste left behind today can cause severe gastrointestinal disease and other sicknesses for future visitors. Fecal waste can enter waterways after storms or snowmelt, harming water quality. Finally, it can be upsetting – or at the least, unpleasant – to encounter someone else’s poop and used toilet paper in nature.

Used and tattered toilet paper is scattered throughout the forest floor near grasses, logs and sticks.
Toilet paper waste on Mount Elbert in the San Isabel National Forest in Colorado.
Shari Edelson, CC BY-ND

As a researcher and a Ph.D. candidate who study human impacts on parks and protected areas, we have been thinking quite a lot about poop and ways people can tread more lightly on the landscape. Our focus is on Leave No Trace, an environmental education framework – created by an organization with the same name – that helps people implement minimal-impact practices in the outdoors.

Poop is causing problems in parks and protected areas

From the Appalachian Trail and Mount Everest – known as Sagarmatha in Nepali – to national parks in Norway and Aotearoa – known as New Zealand to English speakers, researchers have documented the negative impacts our bodily wastes are causing in the sensitive environments where we seek recreation and restoration.

In Colorado, the problem has gotten so bad that land managers have decided to take action. In the Eagle-Holy Cross District of the White River National Forest, for example, the U.S. Forest Service now requires visitors to take their human waste out with them.

A raging river courses alongside a rocky shoreline within a verdant forest. A wooden bridge crosses over the water.
A footbridge on the Chimney Tops Trail in the Great Smoky Mountains near the Appalachian Trail.
Shari Edelson, CC BY-ND

Best practices for dealing with your poo in the great outdoors

One of us – Derrick Taff – works as a science adviser to Leave No Trace, an organization that has educated outdoor recreationists on this issue for more than 30 years and has provided concrete guidance based on scientific research.

The first rule of thumb is to avoid the possibility of contamination entirely by not leaving waste in natural areas to begin with. Toilet facilities are regarded as the most effective method to reduce human waste in the backcountry. If there’s a toilet at the trailhead, use it before you head out.

Current research we’re doing in Grand Teton National Park in Wyoming and San Isabel National Forest in Colorado confirms that hikers prefer to use trailhead toilets when they’re available.

But as anyone who’s been out in the woods is aware, remote wilderness areas do not necessarily offer such infrastructure. Access for maintenance and waste removal costs are major barriers for land management agencies considering installing backcountry toilets.

And then there’s the very real likelihood that even when trailhead facilities do exist, you may be far away when nature calls. In our own research, pending publication, we surveyed hikers on Colorado’s Mount Elbert. Up to 70% of those needing to poop ended up doing so in the backcountry despite the presence of a trailhead toilet.

Issues develop because hikers aren’t prepared

This issue may persist because people aren’t aware of the current rules. In our soon-to-be-published study of Grand Teton hikers, 66% of backcountry trail visitors reported that they had not received any information on how to dispose of human waste in the park.

A wide, peaceful river flows into a thick forest. Imposing jagged peaks pierce the sky. Snow is visible within the mountain's crevices.
The view from String Lake in Grand Teton National Park.
Shari Edelson, CC BY-ND

Other reasons why people may not follow the rules are because they may consider them onerous or unimportant.

Research shows that clear, actionable messaging including relevant environmental and moral appeals does make a difference in shifting people’s behaviors in the outdoors. Although individual choices may seem inconsequential, they add up to big impacts in the aggregate.

How to poop in the backcountry

So what to do when there really is no potty? Leave No Trace advises us of two main options.

The first is to dig a little pit, commonly called a cat hole, and deposit your poop in there. Can’t aim? No worries – Just poop next to the hole and scoop it in afterward.

The use of cat holes is recommended in areas where it’s possible to dig roughly the length of your hand deep in the soil, where moist ground indicates that material buried there will decompose, and where digging is not likely to disturb fragile environments. Make sure you’re about 70 steps away from any water source, trail or campsite to avoid water contamination and reduce the likelihood that someone else will accidentally come upon your waste.

You can typically leave toilet paper in a cat hole, but check local regulations and carry it out in a sealed bag if not. Never leave wet wipes behind. They don’t biodegrade.

Outdoor companies are now making lightweight trowels designed for digging cat holes in the backcountry. But there are also places where it’s difficult if not impossible to dig a cat hole because of snow, frozen ground, shallow soil or exposed bedrock, or where leaving human waste in the outdoors is not recommended due to environmental conditions. These typically include high-mountain zones above tree line, alpine environments inhabited by delicate and slow-growing flora, and deserts and other arid places characterized by low soil moisture.

In places like this, it’s best to remove all poop and toilet paper and dispose of it in a proper location such as a trash can at the trailhead or even back at your home. Before you recoil in horror, remember that dog owners do this with their pets’ waste when on a walk.

Wag bags – short for waste aggregation and gelling – are used to pack out poop. Wag bag kits typically include an inner and an outer bag as well as a drying agent to prevent odor and leakage. Our current research, as well as a recent study of Norwegian park users, has demonstrated that people are willing to use them.

A brown box stands near a trail in the forest. Numerous turquoise bags are folded and placed on shelves. A sign, with black lettering on white laminated paper, is attached to the kiosk. One reads:
A kiosk offers free wag bags at the beginning of the Mount Elbert summit trail near Leadville, Colo. Wag bags are commonly used by hikers as self-contained receptacles for feces.
Shari Edelson, CC BY-ND

Our study found that among people who defecated while on a hike to the summit of Mount Elbert, 30% used a wag bag to carry their waste off the mountain, and 87% expressed willingness to use one on future trips.

These results suggest that people are willing to do the right thing when given the proper tools and information, and that it’s possible to effectively teach people how to care for our wild spaces.

The Conversation

Shari Edelson has received research funding from the National Park Service, the National Science Foundation and PACT Outdoors.

B. Derrick Taff is an Assistant Dean of Research and Graduate Education in the College of Health and Human Development, and an Associate Professor in the Department of Recreation, Park and Tourism Management at Penn State University; he also serves as the Leave No Trace organization’s science advisor. Derrick is the Suzie and Allen Martin Professor through Penn State University.

ref. How to poop outdoors in a way that won’t harm the environment and other hikers – https://theconversation.com/how-to-poop-outdoors-in-a-way-that-wont-harm-the-environment-and-other-hikers-262426

Are high school sports living up to their ideals?

Source: The Conversation – USA (2) – By Jedediah Blanton, Assistant Professor of Kinesiology, Recreation and Sport Studies, University of Tennessee

Most coaches want to be able to do more than teach their athletes to win faceoffs and dodge defenders. Hannah Foslien/The Washington Post via Getty Images

Coach Smith was an easy hire as the head coach of a new high school lacrosse team in Tennesseee: She had two decades of coaching experience and a doctorate in sport and exercise science.

After signing the paperwork, which guaranteed a stipend of US$1,200, Smith – we’re using a pseudonym to protect her identity – had four days to complete a background check, CPR and concussion training and a Fundamentals of Coaching online course. After spending $300 to check all these boxes, the job was hers.

The Tennessee Secondary School Athletic Association’s mission statement highlights how high school athletes should be molded into good citizens and have their educational experiences enhanced by playing sports.

Yet Coach Smith hadn’t received any guidance on how to accomplish these goals. She didn’t know how a high school coach would be evaluated – surely it went beyond wins, losses and knowing CPR – or how to make her players better students and citizens.

Over the past 15 years, our work has focused on maximizing the benefits of high school sports and recognizing what limits those benefits from being reached. We want to know what high school sports aspire to be and what actually happens on the ground.

We have learned that Coach Smith is not alone; this is a common story playing out on high school fields and courts across the country. Good coaching candidates are getting hired and doing their best to keep high school sports fixtures in their communities. But coaches often feel like they’re missing something, and they wonder whether they’re living up to those aspirations.

Does the mission match reality?

Dating back to the inception of school-sponsored sport leagues in 1903, parents and educators have long believed that interscholastic sports are a place where students develop character and leadership skills.

Research generally backs up the advantages of playing sports. In 2019, high school sports scholar Stéphanie Turgeon published a review paper highlighting the benefits and drawbacks of playing school sports. She found that student-athletes were less likely to drop out, more likely to be better at emotional regulation and more likely to contribute to their communities. While athletes reported more stress and were more likely to drink alcohol, Turgeon concluded that the positives outweighed the negatives.

The governing body of high school sports in the U.S., the National Federation of State High School Associations, oversees 8 million students. According to its mission statement, the organization seeks to establish “playing rules that emphasize health and safety,” create “educational programs that develop leaders” and provide “administrative support to increase opportunities and promote sportsmanship.”

Digging deeper into the goals of sports governing bodies, we recently conducted a study that reviewed and analyzed the mission statements of all 51 of the member state associations that officially sponsor high school sports and activities.

In their missions, most associations described the services they provided – supervising competition, creating uniform rules of play and offering professional development opportunities for coaches and administrators. A majority aimed to instill athletes with life skills such as leadership, sportsmanship and wellness. Most also emphasized the relationship between sports and education, either suggesting that athletics should support or operate alongside schools’ academic goals or directly create educational opportunities for athletes on the playing field. And a handful explicitly aspired to protect student-athletes from abuse and exploitation.

Interestingly, seven state associations mentioned that sports participation is a privilege, with three adding the line “and not a right.” This seems to conflict with the National Federation of State High School Associations, which has said that it wants to reach as many students as possible. The organization sees high school sports as a place where kids can further their education, which is a right in the U.S. This is important, particularly as youth sports have developed into a multibillion-dollar industry fueled by expensive travel leagues and club teams.

We also noticed what was largely missing from these mission statements. Only two state athletic associations included a goal for students to “have fun” playing sports. Research dating back to the 1970s has consistently shown that wanting to have fun is usually the No. 1 reason kids sign up for sports in the first place.

Giving coaches the tools to succeed

Missions statements are supposed to guide organizations and outline their goals. For high school sports, the opportunity exists to more clearly align educational initiatives and evaluation efforts to fulfill their missions.

If high school sports are really meant to build leadership and life skills, you would think that the adults running these programs would be eager to acquire the skill set to do this. Sure enough, when we surveyed high school coaches across the country in 2019, we found that 90% reported that formal leadership training programs were a good idea. Yet less than 12% had actually participated in those programs.

High school girl basketball players stand in a circle around a male coach who's crouching and speaking to them.
Few high school coaches are required to complete leadership training.
Andy Cross/MediaNews Group/The Denver Post via Getty Images

A recent study led by physical education scholar Obidiah Atkinson highlighted this disconnect. While most states require training for coaches, the depth and amount of instruction varied significantly, with little emphasis on social–emotional health and youth development. In another study we conducted, we spoke with administrators. They admitted that coaches rarely receive training to effectively teach the leadership and life skills that high school sports promise to deliver.

This type of training is available; we helped the National Federation of State High School Associations create three free courses explicitly focused on developing student leadership. Thousands of students and coaches have completed these courses, with students reporting that the courses have helped them develop leadership as a life skill. And it’s exciting to see that the organization offers over 60 courses reaching millions of learners on topics ranging from Heat Illness Prevention and Sudden Cardiac Arrest, to Coaching Mental Wellness and Engaging Effectively with Parents.

Yet, our research findings suggest that if these aspirational missions are to be taken seriously, it’s important to really measure what matters.

Educational programs can be evaluated to determine whether and how they are helping coaches and students, and coaches ought to be evaluated and retained based on their ability to help athletes learn how to do more than kick a soccer ball or throw a strike. Our findings highlight the opportunity for high school athletic associations and researchers to work together to better understand how this training is helping coaches to meet the promises of high school sports.

Taking these steps will help to make sure coaches like Coach Smith have the tools, support and feedback they need to succeed.

The Conversation

Jedediah Blanton received funding from the Michigan High School Athletic Association. The contract was to build online courses for the NFHS Learn platform.

Scott Pierce has consulted with the Michigan High School Athletic Association and Illinois High School Association to support student leadership initiatives. He has received funding from the Michigan High School Athletic Association. The contract was to build online courses for the NFHS Learn platform.

ref. Are high school sports living up to their ideals? – https://theconversation.com/are-high-school-sports-living-up-to-their-ideals-256770

Balancing kratom’s potential benefits and risks − new legislation in Colorado seeks to minimize harm

Source: The Conversation – USA (3) – By David Kroll, Professor of Natural Products Pharmacology & Toxicology, University of Colorado Anschutz Medical Campus

Kratom, an herbal supplement, is now being regulated in Colorado. AR30mm/iStock via Getty Images

David Bregger had never heard of kratom before his son, Daniel, 33, died in Denver in 2021 from using what he thought was a natural and safe remedy for anxiety.

By his father’s account, Daniel didn’t know that the herbal product could kill him. The product listed no ingredients or safe-dosing information on the label. And it had no warning that it should not be combined with other sedating drugs, such as the over-the-counter antihistamine diphenhydramine, which is the active ingredient in Benadryl and other sleep aids.

As the fourth anniversary of Daniel’s death approaches, a recently enacted Colorado law aims to prevent other families from experiencing the heartbreak shared by the Bregger family. Colorado Senate Bill 25-072, known as the Daniel Bregger Act, addresses what the state legislature calls the deceptive trade practices around the sale of concentrated kratom products artificially enriched with a chemical called 7-OH.

The Daniel Breggar Act seeks to limit potency and underage access to kratom, an herbal supplement.

7-OH, known as 7-hydroxymitragynine, has also garnered national attention. On July 29, 2025, the U.S. Food and Drug Administration issued a warning that products containing 7-OH are potent opioids that can pose significant health risks and even death.

As kratom and its constituents are studied in greater detail, the Centers for Disease Control and Prevention and university researchers have documented hundreds of deaths where kratom-derived chemicals were present in postmortem blood tests. But rarely is kratom deadly by itself. In a study of 551 kratom-related deaths in Florida, 93.5% involved other substances such as opioids like fentanyl.

I study pharmaceutical sciences, have taught for over 30 years about herbal supplements like kratom, and I’ve written about kratom’s effects and controversy.

Kratom – one name, many products

Kratom is a broad term used to describe products made from the leaves of a Southeast Asian tree known scientifically as Mitragyna speciosa. The Latin name derives from the shape of its leaves, which resemble a bishop’s miter, the ceremonial, pointed headdress worn by bishops and other church leaders.

Small capsules are full of a green powder made from the dried kratom leaves which are also in the picture.
People report buying kratom powder from online retailers and putting it into capsules or making it into tea for consumption.
Everyday better to do everything you love/iStock via Getty Images

Kratom is made from dried and powdered leaves that can be chewed or made into a tea. Used by rice field workers and farmers in Thailand to increase stamina and productivity, kratom initially alleviates fatigue with an effect like that of caffeine. In larger amounts, it imparts a sense of well-being similar to opioids.

In fact, mitragynine, which is found in small amounts in kratom, partially stimulates opioid receptors in the central nervous system. These are the same type of opioid receptors that trigger the effects of drugs such as morphine and oxycodone. They are also the same receptors that can slow or stop breathing when overstimulated.

In the body, the small amount of mitragynine in kratom powder is converted to 7-OH by liver enzymes, hence the opioid-like effects in the body. 7-OH can also be made in a lab and is used to increase the potency of certain kratom products, including the ones found in gas stations or liquor stores.

And therein lies the controversy over the risks and benefits of kratom.

Natural or lab made: All medicines have risks

Because kratom is a plant-derived product, it has fallen into a murky enforcement area. It is sold as an herbal supplement, normally by the kilogram from online retailers overseas.

In 2016, I wrote a series of articles for Forbes as the Drug Enforcement Administration proposed to list kratom constituents on the most restrictive Schedule 1 of the Controlled Substances Act. This classification is reserved for drugs the DEA determines to possess “no currently accepted medical use and a high potential for abuse,” such as heroin and LSD.

But readers countered the DEA’s stance and sent me more than 200 messages that primarily documented their use of kratom as an alternative to opioids for pain.

Others described how kratom assisted them in recovery from addiction to alcohol or opioids themselves. Similar stories also flooded the official comments requested by the DEA, and the public pressure presumably led the agency to drop its plan to regulate kratom as a controlled substance.

Kratom is under growing scrutiny.

But not all of the stories pointed to kratom’s benefits. Instead, some people pointed out a major risk: becoming addicted to kratom itself. I learned it is a double-edged sword – remedy to some, recreational risk to others. A national survey of kratom users was consistent with my nonscientific sampling, showing more than half were using the supplement to relieve pain, stress, anxiety or a combination of these.

Natural leaf powder vs. artificially concentrated extracts

After the DEA dropped its 2016 plan to ban the leaf powder, marketers in the U.S. began isolating mitragynine and concentrating it into small bottles that could be taken like those energy shots of caffeine often sold in gas stations and convenience stores. This formula made it easier to ingest more kratom. Slowly, sellers learned they could make the more potent 7-OH from mitragynine and give their products an extra punch. And an extra dose of risk.

People who use kratom in the powder form describe taking 3 to 5 grams, the size of a generous tablespoon. They put the powder in capsules or made it into a tea several times a day to ward off pain, the craving for alcohol or the withdrawal symptoms from long-term prescription opioid use. Since this form of kratom does not contain very much mitragynine – it is only about 1% of the powdered leaf – overdosing on the powder alone does not typically happen.

That, along with pushback from consumers, is why the Food and Drug Administration is proposing to restrict only the availability of 7-OH and not mitragynine or kratom powder. The new Colorado law limits the concentration of kratom ingredients in products and restricts their sales and marketing to consumers over 21.

Even David Bregger supports this distinction. “I’m not anti-kratom, I’m pro-regulation. What I’m after is getting nothing but leaf product,” he told WPRI in Rhode Island last year while demonstrating at a conference of the education and advocacy trade group the American Kratom Association.

Such lobbying with the trade group last year led the American Kratom Association to concur that 7-OH should be regulated as a Schedule 1 controlled substance. The association acknowledges that such regulation is reasonable and based in science.

Benefits amid the ban

Despite the local and national debate over 7-OH, scientists are continuing to explore kratom compounds for their legitimate medical use.

A $3.5 million NIH grant is one of several that is increasing understanding of kratom as a source for new drugs.

Researchers have identified numerous other chemicals called alkaloids from kratom leaf specimens and commercial products. These researchers show that some types of kratom trees make unique chemicals, possibly opening the door to other painkillers. Researchers have also found that compounds from kratom, such as 7-OH, bind to opioid receptors in unique ways. The compounds seem to have an effect more toward pain management and away from potentially deadly suppression of breathing. Of course, this is when the compounds are used alone and not together with other sedating drugs.

Rather than contributing to the opioid crisis, researchers suspect that isolated and safely purified drugs made from kratom could be potential treatments for opioid addiction. In fact, some kratom chemicals such as mitragynine have multiple actions and could potentially replace both medication-assisted therapy, like buprenorphine, in treating opioid addiction and drugs like clonidine for opioid withdrawal symptoms.

Rigorous scientific study has led to this more reasonable juncture in the understanding of kratom and its sensible regulation. Sadly, we cannot bring back Daniel Bregger. But researchers can advance the potential for new and beneficial drugs while legislators help prevent such tragedies from befalling other families.

The Conversation

David Kroll does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Balancing kratom’s potential benefits and risks − new legislation in Colorado seeks to minimize harm – https://theconversation.com/balancing-kratoms-potential-benefits-and-risks-new-legislation-in-colorado-seeks-to-minimize-harm-261914

La nouvelle Constitution gambienne est à nouveau au point mort : 5 raisons qui expliquent cette situation

Source: The Conversation – in French – By Satang Nabaneh, Director of Programs, Human Rights Center; Research Professor of Law, University of Dayton School of Law, University of Dayton

La transition démocratique post-dictature de la Gambie a récemment subi un revers. Le projet de loi sur la Constitution de la République de Gambie (2024) n’a pas été adopté en deuxième lecture à l’Assemblée nationale.

L’adoption du projet de loi nécessitait le soutien d’au moins 75 % des 58 membres du Parlement gambien, y compris le président. Aujourd’hui, l’avenir des réformes démocratiques du pays est incertain.

La Gambie reste donc régie par la Constitution de 1997 rédigée sous la junte militaire de Yahya Jammeh. La Constitution de 1997 était largement considérée comme un outil permettant à l’exécutif d’abuser de ses pouvoirs. Elle ne prévoit pas de limitation du nombre de mandats, bloque les réformes démocratiques essentielles et n’offre pas une protection suffisante des droits de l’homme et des principes démocratiques.

L’échec de l’adoption de la nouvelle Constitution est un revers pour le programme « New Gambia », une promesse électorale de la coalition au pouvoir en 2016. Ce programme visait notamment la rédaction d’une nouvelle Constitution et la reddition de comptes pour les violations passées des droits humains. Son blocage pourrait raviver les tensions politiques.

Les partisans du projet de Constitution ont salué un pas vers l’institutionnalisation des contre-pouvoirs et le renforcement des libertés civiles. Les détracteurs ont dénoncé le manque de transparence, l’absence de consultation approfondie des parties prenantes et certaines clauses controversées.

Parmi ces dispositions, on trouvait la suppression rétroactive de la limitation des mandats présidentiels, un affaiblissement des contre-pouvoirs avec un contrôle parlementaire réduit sur les nominations, ainsi qu’un risque d’atteinte à l’indépendance judiciaire.

En tant que chercheure en droit gambien et spécialiste des droits humains, je suis de près le processus de consolidation de la démocratie en Gambie depuis la dictature de Jammeh. Dans cet article, je présente cinq points clés pour comprendre cette réforme constitutionnelle et les raisons de son blocage.

Comprendre l’échec de la nouvelle Constitution gambienne : origines et obstacles

1. La recherche infructueuse d’une nouvelle base :

Une Constitution véritablement démocratique est une promesse centrale depuis le départ de l’ancien président Jammeh en 2017.

Un premier projet de 2020, fruit de vastes consultations nationales, n’a pas non plus été adopté. Des désaccords ont surgi au sujet de certaines dispositions, telles que la limitation rétroactive du nombre de mandats présidentiels. Mais le projet de loi de 2024 continue de se heurter à des obstacles politiques et sociaux.

La Constitution de 1997 présente une approche paradoxale de la gouvernance démocratique, en particulier dans ses mécanismes de transition politique et de modification constitutionnelle. Par exemple, elle impose des conditions strictes pour toute modification constitutionnelle : une majorité des trois quarts des voix de tous les membres de l’Assemblée nationale lors de deux lectures.

Elle exige également un référendum national, avec une participation électorale de 50 % et 75 % des voix.

Un seuil élevé pour les modifications constitutionnelles peut protéger contre des changements impulsifs. Mais cela confère également un pouvoir disproportionné à une super majorité parlementaire. Cela politise la réforme constitutionnelle, la rendant dépendante de l’allégeance des partis et des manœuvres stratégiques plutôt que d’un large consensus national.

Un tel dispositif peut freiner l’évolution naturelle de la gouvernance démocratique et limiter l’adaptation de la loi fondamentale à la volonté populaire.

2. Préoccupations non résolues concernant les pouvoirs présidentiels :

L’une des principales raisons pour lesquelles le projet de 2024 a suscité une opposition aussi forte concernait les pouvoirs présidentiels. Le projet de 2020 prévoyait une limitation à deux mandats avec une clause rétroactive (ce qui signifiait que le président Adama Barrow ne pourrait pas se présenter aux élections de 2026). Mais le projet de 2024 a supprimé ce décompte rétroactif.

Ce point est resté controversé, alimentant les craintes d’une éventuelle manipulation de la limitation du nombre de mandats. Plus généralement, le projet de loi proposait de supprimer le contrôle parlementaire pour toutes les nominations, y compris celles des ministres, de la Commission électorale indépendante et des institutions indépendantes.

Il visait également à accorder au président plus de pouvoir sur les membres de l’Assemblée nationale. Ces propositions ont été considérées comme une centralisation excessive du pouvoir et un recul par rapport à la Constitution de 1997.

3. Menaces non traitées à l’indépendance de la justice :

L’objectif déclaré du projet de loi en matière d’indépendance de la justice a été compromis par certaines dispositions. Le projet de 2024 a supprimé l’obligation pour l’Assemblée nationale de confirmer la nomination du président et des juges de la Cour suprême.

Il a également supprimé l’exigence d’être un citoyen gambien pour le président de la Cour suprême. Compte tenu de l’histoire récente de la Gambie, où des juges étrangers sur des contrats renouvelables attribués sur la base de critères politiques ont servi d’outil de répression et ont érodé la confiance du public. Ces changements ont donc suscité des inquiétudes quant à l’impartialité de la justice et à la disparition progressive de tout contre-pouvoir.

Le projet omettait aussi le chapitre V du projet de 2020 sur «Leadership et intégrité», cadre essentiel pour la conduite des responsables publics et la lutte contre la corruption.

4. Dispositions controversées sur les droits de l’homme et les libertés civiles :

Si le projet de 2024 visait globalement à moderniser les droits fondamentaux et à introduire des protections socio-économiques supplémentaires, il contenait également des restrictions spécifiques que les défenseurs des droits humains ont critiquées. Il s’agissait notamment de l’allongement de la durée de la garde à vue de 48 à 72 heures et de restrictions perçues comme portant atteinte au droit à l’éducation, au droit de pétition contre des fonctionnaires et à la liberté de réunion.

Les dispositions relatives à la citoyenneté par mariage (doublement de la période d’attente pour les conjoints étrangers souhaitant obtenir la citoyenneté) et à la limitation de la propriété et de l’exploitation des médias laissées aux seuls citoyens gambiens ont suscité des débats sur l’inclusivité et la liberté des médias.

Ces clauses ont probablement contribué à l’insuffisance des votes pour l’adoption du projet de loi.

5. Lassitude du public face à l’échec du projet de loi :

L’échec du projet de loi constitutionnelle de 2024 en deuxième lecture reflète un débat public complexe et polarisé. Alors que le gouvernement défendait le projet de loi comme essentiel à la stabilité et à une république moderne, le principal parti d’opposition, le Parti démocratique uni, s’y est opposé.

De nombreuses organisations de la société civile ont exprimé leurs préoccupations concernant l’affaiblissement des garanties démocratiques et l’extension des pouvoirs présidentiels. En fin de compte, l’absence perçue d’une véritable participation publique a empêché son adoption.

La voie à suivre

Cet échec montre une division au sein de la population. Une partie de la population, lassée par ce processus de réforme constitutionnelle long et complexe, souhaite avant tout la stabilité. D’autres souhaitent continuer à œuvrer pour une constitution véritablement transformatrice.

Cette division est aggravée par une désillusion généralisée due aux difficultés économiques et à la lenteur des progrès réalisés dans le cadre des différentes réformes depuis le début de la transition post-dictature.

L’échec du projet de loi de 2024 laisse la Gambie dans un état d’incertitude quant à son cadre juridique fondamental.

Comme je l’ai déjà souligné ailleurs, il est temps que tous s’engagent dans un processus de réforme inclusif.

The Conversation

Satang Nabaneh does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. La nouvelle Constitution gambienne est à nouveau au point mort : 5 raisons qui expliquent cette situation – https://theconversation.com/la-nouvelle-constitution-gambienne-est-a-nouveau-au-point-mort-5-raisons-qui-expliquent-cette-situation-263947

Senegal’s rating downgrade: credit agencies are punishing countries that don’t check their numbers

Source: The Conversation – Africa – By Daniel Cash, Reader in Law, Aston University

Senegal’s dramatic two-notch credit rating downgrade in February 2025 by the credit rating agency Moody’s was followed by a Standard & Poor’s downgrade in July.

Moody’s decision marked a three-notch deterioration in Senegal’s rating in four months. The scale of the revisions was rare, especially for countries not already in default or active restructuring.

The ratings collapse triggered a selloff in Senegal’s Eurobonds. It also cast a shadow over the country’s ongoing negotiations with the International Monetary Fund.

More broadly, it sent a signal about how the credit rating agencies are now responding to governance failures, not just macroeconomic trends. For others watching closely, this was not just a market correction, it was a warning.

So why did it happen?

A report released by Moody’s in July 2025 on “large, unaccounted for debt increases” provides context. The report looked at how fiscal transparency failures – situations where governments provide incomplete, outdated or inaccurate information about their debts and budgets – undermine sovereign creditworthiness. This applies globally, not just to African countries.

Moody’s research centres on stock-flow adjustments. This is the gap between how much a government’s total debt rises in a year, and what that increase should be, based on the officially reported budget deficit. In other words, if a country runs a US$5 billion deficit, you would expect its debt to rise by about US$5 billion. When that debt increases by much more (or less), it suggests that something is missing or misreported in the official data.

The research demonstrates a clear correlation between large stock-flow adjustments and weaker governance scores.

Moody’s downgrade of Senegal’s sovereign rating, and its research report, underscore how transparency and governance issues are increasingly influencing sovereign credit assessments. Rating agencies have improved their methodologies to capture these risks. Governance factors now represent about 25% of sovereign ratings across major agency frameworks.

In addition, transparency issues are showing up as a stumbling block in debt restructuring negotiations. Zambia’s restructuring process took 3.5 years (2021-2024), partly due to transparency complications. Ethiopia’s ongoing restructuring (since 2021) demonstrates similar challenges. For its part, Ghana’s relatively faster process benefited from greater initial debt transparency.

As a researcher who has looked closely at the working of rating agencies, I suggest that Moody’s comprehensive analysis provides governments with a diagnostic tool as well as an early warning system for potential transparency issues.

The message for sovereign debt managers is clear: in an era of enhanced transparency requirements and sophisticated rating methodologies, the quality of fiscal data has become inseparable from creditworthiness.

Early warning signs

Moody’s research found that large and persistent stock-flow adjustments often signal weak fiscal transparency. And that, over time, they reflect incomplete reporting and weak expenditure controls.

Critically, Moody’s noted that

frontier markets in Sub-Saharan Africa and Latin America have experienced the biggest stock-flow adjustments over the past decade.

There are many technical drivers behind stock-flow adjustments. Many are often legitimate. These can include debt management operations, asset acquisitions, arrears clearance and statistical revisions.

But Moody’s research pointed out that these technical reasons accounted for only half of the stock-flow adjustments. The other half remained unexplained – an indicator Moody’s treats as a serious red flag for fiscal credibility.

Senegal’s transparency failures

Senegal’s situation exemplifies how transparency gaps can rapidly destabilise sovereign credit profiles.

Following the March 2024 election audit findings by Senegal’s Inspectorate of Public Finances, its Court of Auditors report revealed “substantially weaker fiscal metrics” with “central government debt at close to 100% of GDP in 2023, around 25 percentage points higher than previously published”.

The scale of the revisions was unprecedented: debt-to-GDP ratios jumped from a reported 74.4% to 99.7% for end-2023. The fiscal deficit was revised upward from 4.9% to 12.3% of GDP.

Moody’s assessment was unambiguous:

The scale and nature of the discrepancies portray a much more limited fiscal space and higher funding needs than previously thought, while also indicating material past governance deficiencies.

The rating impact was swift and severe. Moody’s downgraded Senegal’s rating to B3 from B1 in February 2025, changing the outlook to negative, following an earlier downgrade from Ba3 in October 2024.

Senegal’s debt metrics reflect the severity of the fiscal challenge. The International Monetary Fund estimates Senegal’s debt reached 105.7% of GDP by end-2024, with gross financing requirements – the total amount the government needs to repay and borrow again to keep functioning – projected at around 20% of GDP in 2025 by the Senegalese budget.

The International Monetary Fund suspended its US$1.8 billion Extended Credit Facility in June 2024 following the misreporting discovery. However, the fund, in a note on negotiations during an August 2025 staff visit that was focused on working with Senegal in light of the post-election audits, wrote:

The IMF staff team commended the Senegalese authorities on their commitment to fiscal transparency and accountability, following their disclosure of the large misreporting that occurred over the past few years.

Troubling patterns

Moody’s emphasises that stock-flow adjustments occur across all regions and income levels. But the persistence and magnitude differ significantly by region. Recent African cases demonstrate particularly troubling patterns.

Some examples include:

Why this matters

The economic logic of the correlation between large stock-flow adjustments and weaker governance scores is straightforward. Persistent positive stock-flow adjustments indicate that fiscal deficits may not accurately represent government financing needs. As Moody’s explains:

when stock-flow adjustments are positive, a higher primary balance is required to stabilise debt over the long term.

This creates both fiscal and credibility challenges that rating agencies must incorporate into their assessments.

For countries with histories of significant adjustments, Moody’s notes it may

make a more negative assessment of fiscal policy effectiveness.

Transparency matters too because a lack of it can complicate debt restructuring efforts. An example is negotiations under the G20 Common Framework, which aims to coordinate debt relief among official and private creditors.

The process depends on clear and comprehensive debt data to determine how much relief is needed, and who should provide it. When key debts are hidden, disputed, or poorly recorded, the entire negotiation slows down, or stalls entirely.

The way forward

The convergence of rating methodology enhancements and transparency requirements creates both challenges and opportunities for sovereign borrowers.

Improving fiscal data systems is no longer merely a technical accounting exercise. It’s a strategy for maintaining market access and creditworthiness.

The rating agency response suggests this trend will intensify.

For emerging and frontier market sovereigns, there are clear incentives for transparency improvements. Research shows governance improvements lead to decreased “spreads” in the market, while poor governance adds 50-200 basis points to sovereign spreads.

In other words, for sovereign borrowers, it pays to demonstrate better governance; investors clearly respond positively to the prospect of investing in borrowers who have clearly defined and transparent governance structures.

From warning to opportunity

Senegal’s case illustrates how transparency failures can trigger rapid and severe credit deterioration. But it also demonstrates the rating agencies’ increasing sophistication in detecting and penalising such weaknesses.

Sovereign borrowers shouldn’t view enhanced transparency requirements as burdensome oversight. They are opportunities to reduce borrowing costs.

The Conversation

Daniel Cash does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Senegal’s rating downgrade: credit agencies are punishing countries that don’t check their numbers – https://theconversation.com/senegals-rating-downgrade-credit-agencies-are-punishing-countries-that-dont-check-their-numbers-261583

Más allá del fuego: los incendios forestales plantean nuevos desafíos para la salud pública

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Tania Fernández Villa, Profesora Titular de Universidad en el Área de Medicina Preventiva y Salud Pública, Universidad de León. Centro de Investigación Biomédica en Red de Epidemiología y Salud Pública (CIBERESP)., Universidad de León

Extinción de un incendio en la provincia de Córdoba en julio de 2025. Carlos Calvo Torregrosa/Shutterstock

El 2025 está siendo un año bastante atípico en su meteorología a consecuencia del cambio climático. En agosto, una gran ola de calor ha asolado España durante más de 16 días, la tercera más larga de la historia desde 1975, según la Agencia Estatal de Meteorología (AEMET).

Todo ello, unido a un cúmulo de circunstancias, está dejando un panorama desolador en gran parte de España.

Se han contabilizado varias personas fallecidas de manera directa por golpe de calor y muchas más defunciones, más de 2 000 en lo que llevamos del mes de agosto, atribuibles a los efectos del calor extremo.

Los grandes incendios forestales han devastado más de 300 000 hectáreas, una superficie superior al tamaño de la provincia de Álava.

A medida que la superficie de los incendios aumenta, se liberan a la atmósfera grandes cantidades de gases de efecto invernadero y partículas: monóxido de carbono (CO), dióxido de carbono (CO2), metano (CH4), óxido nitroso (N2O), óxido de nitrógeno (NOx), carbono orgánico volátil (VOC), material particulado (PM).

Todo ello contribuye a la carga global de gases de efecto invernadero, incrementando aún más el cambio climático y favoreciendo que los incendios sean cada vez más frecuentes e intensos.

Partículas tóxicas

Pero el caso de las partículas producidas en los incendios tiene una especial importancia. Su composición puede ser más tóxica al incluir hidrocarburos aromáticos policíclicos y benzopireno, sustancias reconocidas como carcinógenas por las agencias de salud internacionales.

Como hemos podido comprobar durante la ola de incendios que está asolando España este verano, y países cercanos como Portugal, las columnas de humo que contienen un cóctel tóxico de partículas finas (con un diámetro <2,5 micras), monóxido de carbono y otras sustancias químicas nocivas, pueden viajar largas distancias y empeoran la calidad del aire mucho más allá de la zona afectada por el incendio.

La acumulación y exposición prolongada a estas sustancias pueden tener consecuencias muy graves para la salud no sólo para el personal de primera línea de respuesta (bomberos y equipos de emergencias), sino también para la población en general, especialmente para aquellas personas que trabajan o pasan tiempo al aire libre.

Entre los principales efectos agudos destacan la dificultad respiratoria, con un aumento de crisis asmáticas o bronquitis, así como complicaciones cardiovasculares. Se incrementa también el riesgo de sufrir ataques cardíacos, accidentes cerebrovasculares y ritmos cardíacos irregulares, especialmente en personas con patologías previas.

A todo ello hay que añadir la amenaza a la seguridad alimentaria e incremento de riesgo de malnutrición debido a cortes de suministro en las áreas afectadas.

Efectos a largo plazo

También se observan consecuencias en materia de salud mental, tanto de las propias familias desalojadas o afectadas por pérdidas materiales y humanas, como de los equipos que trabajan en la extinción (“burnout”). Además se producirá el incremento futuro de desigualdades sociales, especialmente en población en situación de vulnerabilidad. Los programas de atención psicosocial son una herramienta necesaria para paliar estos efectos en la salud mental.




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Pero los efectos no se producen solamente de forma aguda. A medio-largo plazo se pueden originar problemas de salud pública de mayor gravedad, tanto a nivel respiratorio (enfermedad pulmonar obstructiva crónica, cáncer de pulmón y otras enfermedades respiratorias crónicas), como cardiovascular (hipertensión, insuficiencia cardíaca y otras complicaciones cardiovasculares) y neurológico (riesgo elevado de deterioro cognitivo, demencia y otras enfermedades neurodegenerativas).

La exposición a partículas también se ha visto asociada con efectos sobre la salud infantil y el embarazo, como nacimientos prematuros, de bebés con bajo peso y alteraciones en el neurodesarrollo.

Las personas mayores o con enfermedades crónicas son más susceptibles de sufrir estos efectos a corto, medio y largo plazo.

Problemas asistenciales y enfermedades zoonóticas

Los programas de vigilancia en salud pública son importantes para identificar los efectos de los incendios en la salud de la población y grupos de riesgo.

Los desplazamientos de la población, que pueden verse agravados por los fuegos, incrementan aún más la despoblación de áreas rurales, llevan a la rotura de redes sociales y dificultan el acceso a recursos sanitarios, lo que ocasionará problemas asistenciales.

Por otra parte, los incendios alteran profundamente el ecosistema natural, promueven la degradación del suelo, haciéndolo más susceptible a riadas, y privan a las poblaciones humanas y animales de recursos naturales.

La salud debilitada de las poblaciones animales aumenta el riesgo de enfermedades zoonóticas, que pueden ser un vector para enfermedades en humanos.

Las previsiones, por desgracia, no son buenas. Se estima que los incendios seguirán incrementándose, hasta un 30 % para el 2050 y hasta un 50 % a finales de siglo, si no se actúa con urgencia.

Este panorama tan desalentador supone nuevos desafíos para la salud pública. Es necesario incluir el enfoque de Una Sola Salud en los planes de prevención y actuación, reforzar la vigilancia en salud pública, incrementar los recursos y establecer una coordinación adecuada y fomentar la profesionalización y capacitación de equipos especializados en emergencias sanitarias. Además, necesitamos reforzar la educación, información y percepción del riesgo en la ciudadanía.


Artículo escrito con el asesoramiento de la Sociedad Española de Epidemiología.


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María Isabel Portillo es investigadora en el Instituto de Investigación Biobizkaia. Coordinadora Cribados Osakidetza. Miembro de la Asociación Española Contra el Cáncer. Secretaria de la Junta Directiva de la Sociedad Española de Epidemiología.

Maria João Forjaz recibe fondos, obtenidos en concurrencia competitiva, del Instituto de Salud Carlos III, para la realización de proyectos de investigación. Es la actual presidenta de la Sociedad Española de Epidemiología.

Óscar Zurriaga recibe fondos, obtenidos en concurrencia competitiva, del Instituto de Salud Carlos III, para la realización de proyectos de investigación. Ha sido presidente de la Sociedad Española de Epidemiología (SEE).

Rebeca Ramis Prieto recibe fondos, obtenidos en concurrencia competitiva, del Instituto de Salud Carlos III, para la realización de proyectos de investigación.

Esther Vicente Cemborain, Lucía Martín de Bernardo Gisbert, Maica Rodríguez-Sanz, Pello Latasa y Tania Fernández Villa no reciben salarios, ni ejercen labores de consultoría, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del puesto académico citado.

ref. Más allá del fuego: los incendios forestales plantean nuevos desafíos para la salud pública – https://theconversation.com/mas-alla-del-fuego-los-incendios-forestales-plantean-nuevos-desafios-para-la-salud-publica-263653