Savoir nager : pourquoi ce qu’on apprend à l’école ne suffit-il pas à lutter contre les noyades ?

Source: The Conversation – in French – By Léa Gottsmann, Maîtresse de conférences, École normale supérieure de Rennes

« Le savoir-nager est une priorité nationale de prévention et de sécurité », a rappelé le ministère de l’éducation nationale dans sa conférence de rentrée. Mais si tous les élèves sont censés valider une attestation du savoir-nager en sixième, est-ce bien le cas ? Et cette attestation les prémunit-elle des risques de noyade en milieu naturel ?


L’actualité estivale est chaque année marquée par un nombre important de drames relatifs à des noyades en France. 2025 ne fait pas exception : un rapport Santé publique France le pointait dès le début de l’été avec déjà 429 noyades, dont 109 suivies de décès.

Ce rapport marque encore une augmentation des chiffres par rapport aux années précédentes, particulièrement chez les plus jeunes dans un contexte de forte chaleur en début d’été. En 2025, sur la période du 1er juin au 2 juillet, 15 décès étaient ainsi relevés chez des mineurs lors de noyades en cours d’eau (contre 3 en 2024). Les chiffres précisent que ces noyades ont lieu dans les cours d’eau (39 %), en mer (30 %), dans les plans d’eau (16 %) et dans les piscines privées familiales (14 %).

La question du « savoir nager », « savoir se sauver » et « savoir sauver l’autre » est donc particulièrement à interroger dans le cadre du milieu naturel et des loisirs individuels.

Des actions de sensibilisation sont réalisées, mais ne suffisent pas face à la recrudescence des loisirs aquatiques, particulièrement dans des épisodes de fortes chaleurs de plus en plus réguliers.

Plus encore, malgré l’ambition affichée que l’ensemble des élèves obtienne l’attestation du « savoir nager », la réalité est bien différente et marque des inégalités sociales et territoriales. 82,9 % des élèves de sixième étaient titulaires de l’attestation en 2023, ce chiffre descendant à 72,5 % pour les établissements en éducation prioritaire, et sous la barre des 70 % pour les territoires et départements outre-mer.

Une réduction constante des moyens

Malgré l’importance de cet enjeu de santé publique et l’héritage annoncé des Jeux Olympiques de Paris 2024, l’accès pour toutes et tous à des conditions adéquates de pratique aquatique reste inégal sur le territoire. Les difficultés financières des piscines et des communes, en même temps que la réduction des moyens alloués aux établissements scolaires, maintiennent certains publics éloignés de conditions favorables de pratique pour apprendre le « savoir nager ».

Malgré des tentatives de compensation du manque d’installations (classes bleues, piscines mobiles…), ce clivage maintient, voire accentue les inégalités sociales entre les enfants dans l’accès à la pratique sportive et particulièrement dans des activités de prévention pour la santé. L’accès à des piscines familiales ou privées par exemple fait partie des critères de distinction marquants, accentuant ces différences de pratique de la natation et d’habitudes à se déplacer dans l’eau.

Une vision « magique » du transfert entre la piscine et le milieu naturel

L’attestation scolaire du « savoir nager » est obtenue en piscine, dans des conditions standardisées de pratique mais éloignées de toute incertitude liée à une pratique en milieu naturel. Pourtant, les caractéristiques de la natation en milieu naturel – plan d’eau, mer, rivière..- sont particulières. Les individus qui ont surtout connu des expériences en piscine peuvent rapidement se trouver en difficulté ou en situation de noyades.

La température de l’eau, la visibilité, les courants, la flottabilité ou encore le type de fond et son instabilité peuvent perturber les repères et créer de l’incertitude à laquelle les enfants ou adultes ne sont pas préparés.

De la même façon que nous n’apprenons pas à nager en dehors de l’eau, savoir nager et s’engager en sécurité au sein d’un milieu naturel ne s’apprend pas uniquement en piscine ou par l’attestation unique du « savoir nager ». Les chiffres révèlent bien cette proportion importante d’accidents en milieu naturel, par des imprudences ou des accidents relatifs à une mauvaise connaissance de soi et de son environnement.

Apprendre « en dehors » de l’école

Plusieurs travaux cherchent à développer des dispositifs pédagogiques qui permettent de faire pratiquer les élèves dans un milieu naturel de façon régulière (plan d’eau ou mer notamment). L’objectif est de pouvoir permettre aux enfants de développer un ensemble de repères sur eux, sur les autres et sur l’environnement naturel afin de pouvoir s’engager en toute sécurité et de façon respectueuse par rapport à la nature.

L’enjeu doit être de passer d’une vision de l’eau comme hostile, à laquelle on cherche à s’opposer, à se confronter ou à dominer, à une vision plus sereine, où l’on se sent appartenir à la nature en apprenant à utiliser les éléments naturels de façon positive et respectueuse (courant ou flottaison par exemple).

Encourager ces activités en milieu naturel, proches de ce que les enfants et futurs adultes vont vivre en dehors de l’école, est une piste prometteuse à la fois pour permettre de développer des compétences adaptées et sécuritaires à ce milieu mais aussi pour répondre à des enjeux environnementaux par une reconnexion plus sereine à la nature via les activités physiques et sportives.

The Conversation

Léa Gottsmann est membre de l’Association pour l’Enseignement de l’Education Physique et Sportive (AE-EPS).

ref. Savoir nager : pourquoi ce qu’on apprend à l’école ne suffit-il pas à lutter contre les noyades ? – https://theconversation.com/savoir-nager-pourquoi-ce-quon-apprend-a-lecole-ne-suffit-il-pas-a-lutter-contre-les-noyades-263579

Surconsommation de vêtements : pourquoi la garde-robe des Français déborde

Source: The Conversation – in French – By Pierre Galio, Chef du service « Consommation et prévention », Ademe (Agence de la transition écologique)

En juin 2025, le Sénat a adopté une loi anti « fast fashion » qui doit contrer la montée en puissance de la mode ultra éphémère. Au-delà de ses impacts environnementaux et sociaux ravageurs, cette dernière menace directement l’industrie et le commerce textile français.

Dans ce contexte, l’Agence de la transition écologique a publié, en juin 2025, une étude sur les pratiques d’achats et d’usage des Français en matière de vêtements. L’enjeu ? Mieux comprendre les moteurs de notre surconsommation grandissante.


Depuis plusieurs années, le commerce de l’habillement traverse en France une crise, marquée par les redressements, les liquidations judiciaires, les restructurations, les plans de sauvegarde de l’emploi et les plans de cession. Rien qu’en 2023, le secteur a perdu dans le pays 4 000 emplois, selon l’Alliance du commerce.

Malgré ce contexte peu reluisant, le nombre de vêtements neufs vendus continue d’augmenter : 3,5 milliards en 2024 contre 3,1 millions en 2019, selon le baromètre 2024 de Refashion. Cela représente 10 millions de pièces achetées chaque jour en France.

On dispose de données sur le marché des vêtements et sur la durabilité intrinsèque des textiles, mais les comportements liés aux achats et à l’usage des textiles demeurent, quant à eux, méconnus. Cela rend leur durabilité extrinsèque difficile à appréhender. Il s’agit de mieux connaître les facteurs qui, en dehors de l’usure, amènent les Français à ne plus porter un vêtement.

Bien sûr, des tendances se dessinent. Nous savons que de nouvelles pratiques de consommation ont émergé et que d’autres se sont renforcées. Succès grandissant de la mode ultra éphémère, d’un côté, montée en puissance de la seconde main, de l’autre, en particulier via les plateformes en ligne.

Or, l’impact environnemental du secteur textile représente 4 à 8 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales. Mais pour impulser des changements, il est essentiel de comprendre ce qui se joue.

C’est pourquoi l’Agence de la transition écologique (Ademe) a mené, avec l’Observatoire de la société et de la consommation (Obsoco), une enquête auprès de 4 000 personnes sur leurs pratiques d’achat et d’usage de vêtements.

Cette étude a été affinée par une approche comportementale auprès de 159 personnes, dont 40 ont également fait l’objet d’une approche ethnographique à domicile.

La moitié de nos vêtements stockés et presque jamais utilisés

Malgré le volume conséquent d’habits vendus – 42 pièces en moyenne par personne et par an, selon les chiffres de Refashion –, les Français n’ont pas conscience de la quantité totale de vêtements qu’ils achètent et dont ils disposent dans leurs armoires, révèle l’enquête.

Ils déclarent ainsi jusqu’à deux fois moins que ce qu’ils possèdent réellement. Ainsi, alors que la moyenne des déclarations est de 79 pièces par personne, le constat atteint plutôt les 175.

Plus de la moitié de ces vêtements est stockée et non utilisée. Dans les armoires françaises, 120 millions de vêtements achetés il y a plus de trois mois n’ont jamais été portés, ou alors seulement une ou deux fois.

Non seulement ils sous-estiment le volume de ce stock, mais seuls 35 % des Français considèrent que la quantité de vêtements qu’ils possèdent excède leurs besoins. Seuls 19 % pensent que leurs achats de vêtements sont excessifs. Il existe une réelle dichotomie entre l’excès de vêtements à domicile et la remise en question de l’acte d’achat.

Une minorité de gros consommateurs

Cette perception paradoxale est problématique, puisqu’elle freine l’atteinte du premier objectif, à savoir réduire le flux d’achat de vêtements.

Là-dessus, l’étude a permis de dresser un profil des acheteurs et mis en évidence qu’une minorité de gros consommateurs – 20 à 25 % – portait le marché. Plutôt jeunes, urbaines et sensibles à la dimension identitaire et esthétique de l’habillement, ces personnes expriment une volonté de renouveler régulièrement leur garde-robe.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les boutiques demeurent le principal lieu d’achat, malgré une forte poussée de la vente en ligne, d’abord chez les plus âgées mais aussi chez les jeunes.

La grande évolution du marché ces dernières années est qu’il a été inondé par les géants de la mode ultra éphémère, comme Shein et Temu.

Cette mode ultra éphémère de seconde génération se distingue de la mode éphémère de première génération (H&M, Zara, Primark étant quelques-unes des enseignes les plus emblématiques de ce segment), qu’elle concurrence, par sa gamme de prix plus faible, son taux de renouvellement des gammes plus fréquent, son agressivité marketing et l’étendue plus large de son offre.

Acheter plus, moins cher… et parfois inutilement

Aujourd’hui, malgré son omniprésence sur Internet et son ascension fulgurante, elle n’est, à ce stade, plébiscitée que par 25 % des Français – contre 45 % pour la mode éphémère de première génération. Elle est surtout populaire chez un public jeune, féminin, aux revenus plutôt modestes, chez qui est identifiée une légère dominante rurale.

Dans le discours des enquêtés, le choix de se tourner vers ces enseignes est clairement justifié par le fait de pouvoir acheter beaucoup et de renouveler régulièrement grâce à des prix attractifs et à un large choix.

Ceux qui les fréquentent sont deux fois plus nombreux à déclarer que le volume de leurs achats a augmenté. Le taux des achats jugés inutiles a posteriori est également plus important chez ces consommateurs. L’effet rebond de la consommation, lié à des prix toujours plus bas, est ici clairement identifié.

La seconde main en plein essor

En parallèle de cette mode ultra éphémère, une autre pratique de consommation autrement plus vertueuse a connu un regain ces dernières années : l’achat de seconde main.

Fondé sur le réemploi, ce mode d’achat permet d’allonger la durée d’usage de nos vêtements et donc évite ou repousse l’achat d’un habit neuf. Ce qui a du sens, puisque la majeure partie de l’impact environnemental d’un produit tient à sa fabrication.

La pratique s’est surtout popularisée sous l’effet du développement de plateformes en ligne, là où elle se cantonnait auparavant aux friperies et brocantes. Un leader incontesté de la seconde main en ligne, Vinted, s’est imposé. Il capte aujourd’hui 90 % des consommateurs qui passent par Internet pour leurs achats de vêtements d’occasion.

Une pratique à double tranchant

En achetant de seconde main, la majorité des consommateurs ne recherchent toutefois pas une source alternative d’approvisionnement pour des préoccupations environnementales. Pour beaucoup d’entre eux, Vinted et les plateformes concurrentes ne sont qu’un fournisseur supplémentaire, complémentaire du marché neuf. Et, en particulier, de la mode ultra éphémère : on retrouve bien souvent les clients de Shein ou Temu sur les plateformes de seconde main, dans une logique consumériste très claire.

Les produits qui trouvent acquéreurs sur ces sites ont d’ailleurs souvent été très peu portés : ils n’ont en moyenne vécu qu’entre 20 et 30 % de la durée de vie « normale » d’un vêtement. Cela signifie que la rotation des biens augmente, sans garantie que l’habit, malgré ses multiples propriétaires, soit porté jusqu’à l’usure.

En outre, le fruit de la revente de vêtements de seconde main sert dans 50 % des cas à racheter d’autres vêtements, ou est alloué à d’autres postes de dépense. Le risque serait que la démarche alimente une boucle consumériste. Pour éviter que la seconde main ait ces effets rebonds, l’enjeu, pour les consommateurs, est donc de concilier réemploi et sobriété, en limitant les flux entrants et en augmentant l’intensité d’usage des habits, c’est-à-dire en les utilisant plus souvent et plus longtemps.

Mais cela implique d’interroger la notion de besoin. Aujourd’hui, en matière vestimentaire, celle-ci est appréhendée de façon très extensive et dépasse largement le besoin strictement fonctionnel : elle recoupe des besoins de sociabilité, d’intégration sociale, d’identification et de distinction. Cela doit être interrogé, en particulier compte tenu des méthodes marketing et publicitaires toujours plus puissantes.

The Conversation

Pierre Galio ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Surconsommation de vêtements : pourquoi la garde-robe des Français déborde – https://theconversation.com/surconsommation-de-vetements-pourquoi-la-garde-robe-des-francais-deborde-261019

Comprendre le populisme trumpiste, au-delà des anathèmes et des invectives

Source: The Conversation – in French – By Elisa Chelle, Professeure des universités en science politique, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières

Par ses mesures, par son langage, par sa remise en cause régulière de fondements de la démocratie américaine que l’on croyait intangibles, Donald Trump suscite souvent un rejet si viscéral que toute tentative d’analyse dépassionnée peut susciter le soupçon : en expliquant froidement les ressorts du trumpisme et de ses victoires électorales, ne banalise-t-on pas un phénomène profondément dangereux ? De la même façon, il arrive parfois que la remise en cause de l’idée selon laquelle le populisme trumpien aurait déjà précipité les États-Unis dans un autoritarisme débridé soit assimilée à une volonté de minorer les méfaits de l’actuel locataire de la Maison Blanche. Ce double défi – expliquer le trumpisme et mesurer son impact réel à ce stade – est brillamment relevé par Élisa Chelle, professeure des universités en science politique à l’Université de Nanterre, dans La Démocratie à l’épreuve du populisme. Les leçons du trumpisme, qui vient de paraître aux éditions Odile Jacob. Extraits de l’introduction.


Tous mes amis américains sont Démocrates. La campagne présidentielle de 2024 ? Ils l’ont traversée avec anxiété. Jusqu’au 5 novembre qui fut, pour eux, un jour de sidération. Comment un homme politique aussi « menteur », « vulgaire », « raciste » et « misogyne » pouvait-il revenir au pouvoir ? Pas de démonstration de force, pas de coup d’État : la démocratie des urnes avait parlé. Immédiatement s’est posée une question : comment réagir ? Fallait-il s’indigner, manifester, quitter le pays ?

Mes amis français sont, eux aussi, tous Démocrates. Quand bien même ils n’ont jamais vécu aux États-Unis ou subi les conséquences d’une présidence Trump, ils s’emportèrent en dénonçant l’« agaçant ploutocrate », l’« ennemi de la science », le « destructeur de l’État de droit »… Lorsque je leur ai confié écrire ce livre, avec une visée plus analytique que militante, voulant dépasser les effets d’annonce, l’un d’entre eux m’a demandé, quelque peu goguenard : « Tu ne serais pas devenue trumpiste ? »

Les résistances institutionnelles révèlent la force de la démocratie à l’épreuve du populisme. Séparer les pouvoirs : pas de credo plus vénéré dans ce régime. Depuis 1787, des attributions substantielles s’attachent à la présidence, au Congrès, à la Cour suprême, aux États fédérés ou à la justice. Certes, la frontière entre chacune de ces institutions reste objet de débats sinon de conflits. Mais aucune d’entre elles n’est au-dessus de la mêlée. En fonction des équilibres en place, des questions traitées ou de circonstances favorables, c’est l’une qui va tenter d’utiliser ou d’instrumentaliser l’autre.

C’est ce qui fait toute la spécificité de la démocratie américaine : elle est traversée par des forces en concurrence. L’État n’est pas neutre. Il est façonné par les intérêts partisans. Cette plasticité des pouvoirs est mise au service d’une société ouverte et égalitaire, mais la liberté qu’elle offre peut être soumise à des logiques de puissance. Les attaques contre les institutions américaines conduites par Donald Trump en témoignent. Peut-on pour autant parler d’une fuite en avant autoritaire ? ou d’une menace planant sur la Constitution ? Le battage médiatique, qui s’en tient aux effets d’annonce, en nourrit l’accusation. En prétendant lutter contre les « deux ennemis intérieurs » (l’immigré clandestin et le militant de gauche), la droite radicale ferait basculer le pays hors du cercle de la démocratie. Un projet qui aurait pour effet d’abîmer les fondements de la République.

Il est urgent d’interroger la réalité d’une telle inquiétude. Si une forme de privatisation du jeu politique est en cours, les contre-pouvoirs restent actifs. On le verra tout au long de ce livre : l’administration déploie sa force d’inertie ; les institutions judiciaires multiplient les suspensions et les interdictions ; les élus se rebellent contre des politiques jugées injustes. Si la démocratie est un régime de conflictualité, les États-Unis restent fidèles à leur histoire. Le pluralisme y demeure vivant. Et les médias échappent à toute unanimité de surface, de celles qui caractérisent les États autoritaires ou dictatoriaux.

La polarisation des opinions s’est accrue et la confrontation prend des traits toujours plus marqués. Mais faut-il en conclure qu’une « guerre civile » déchire le pays ? L’excès des mots nuit ici à l’analyse véritable de la situation. Après tout, le consensus n’est un horizon que pour quelques esprits éclairés. Il n’a jamais constitué un principe de gouvernement.

Depuis l’arrivée à la Maison Blanche de Donald Trump en 2016, puis sa réélection triomphale, l’Europe observe avec inquiétude les soubresauts de la démocratie américaine. Cette attention fiévreuse a des raisons précises. Les États-Unis sont perçus comme un laboratoire grandeur nature des mutations qui affectent l’ensemble des démocraties occidentales. Le trumpisme n’est pas un accident de l’Histoire. Il est la manifestation paroxystique de tendances lourdes qui traversent l’Atlantique : défiance envers les élites, nostalgie d’un âge d’or, instrumentalisation des peurs identitaires, retour du nationalisme, voire du nativisme… en un mot, du populisme.

Le populisme américain défie frontalement les règles du jeu politique établies. Il interroge les fondements mêmes de la représentation politique. Il teste les limites de la démocratie. Son expression se nourrit des paradoxes propres à la délégation électorale. Le peuple, théoriquement souverain, a peu de prise sur les décisions qui l’affectent au quotidien. Donald Trump entend lui donner sa revanche en brisant l’obstacle qui en fait un « spectateur de sa destinée » ou la « proie d’un monde qui change ». Sa recette est de prétendre faire primer la volonté sur les institutions, l’autorité sur le compromis, la politique sur le droit.

Cette mutation profonde dans l’art de gouverner transforme chaque procédure judiciaire en forum médiatique, chaque contrainte juridique en opportunité de victimisation. Donald Trump a démontré qu’il était possible de mobiliser le suffrage universel contre la démocratie. Oubliée l’accusation d’« élection volée », lors de sa défaite face au Démocrate Joe Biden en 2020 : les primaires l’ont propulsé vers la victoire présidentielle la plus nette depuis Barack Obama en 2012, voire depuis 1988 pour un Républicain. Accablé par de multiples affaires judiciaires – allant de la plainte pour viol à la fraude électorale, sans négliger son rôle dans l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021 –, le milliardaire a finalement obtenu l’onction démocratique. Il l’a emporté avec 2,3 millions de voix d’avance et 312 grands électeurs contre 226 à son adversaire démocrate Kamala Harris.

La gauche aurait-elle perdu de vue, dans cette élection, l’« Américain ordinaire » ? Par rapport à 2020, ce sont 6 millions d’électeurs démocrates qui ne se sont pas déplacés. Tandis que le candidat républicain, lui, a renforcé son soutien dans des catégories sociales réputées peu favorables à son camp (Afro-Américains, Hispaniques…). L’inflation et la question de l’immigration ont manifestement été sous-estimées par l’équipe de Kamala Harris. Elles ont largement pesé sur l’orientation des préférences. Les causes démocrates – écologie, défense des minorités, antiracisme – ont d’abord séduit les électeurs urbains les plus éduqués. Mais pour les deux tiers de l’électorat dépourvus de diplôme universitaire, elles furent un repoussoir.

Pour faire leur aggiornamento, les Démocrates devront comprendre ce qui s’est passé, analyser les clés du succès populiste et surtout y apporter une réponse. Trump n’a pas seulement excellé dans un art oratoire accrochant les milieux populaires, avec ses « incohérences » et ses « contradictions » dénoncées par le camp démocrate. Il a su conduire une politique de présence, sinon d’incarnation, qui fait désormais écho aux formes d’adulation propagées via les réseaux sociaux. Face à des adversaires peu offensifs sur l’inflation, le candidat populiste défend un « chauvinisme de la prospérité ». Du mineur de charbon de Virginie-Occidentale à l’étudiant afro-américain de Géorgie, en passant par la famille hispanique du Texas, ses mots d’ordre ont su capter l’attention d’un électorat déçu, déclassé, ou tout simplement exaspéré.

Cette stratégie de conquête des classes populaires a incité les Républicains à défendre un credo protectionniste. Les promesses de taxes douanières et de réindustrialisation résumées dans le slogan « America first » ont redonné espoir à une majorité d’électeurs. Or ces enjeux ont fait oublier les anathèmes lancés par les Démocrates contre l’« extrémiste » Donald Trump. Le « danger » qu’il représenterait pour la démocratie n’a pas été pris au sérieux. Comme si ses propos les plus outranciers n’avaient guère d’effet sur ces segments de l’opinion.

En 2016, le candidat à la Maison Blanche avait déclaré vouloir faire emprisonner son adversaire Hillary Clinton. Il s’était engagé à abroger la grande loi santé d’Obama, à se retirer de l’accord de libre-échange nord-américain, ou à en finir avec le droit du sol. Autant d’annonces tonitruantes qui ont marqué la campagne électorale mais qui n’ont pas été suivies d’effet. Celles lancées en 2024 – terminer la guerre en Ukraine en vingt-quatre heures, baisser les impôts ou encore expulser massivement les migrants en situation irrégulière – ne sont pas moins clivantes. À leur tour, elles seront mises à l’épreuve des faits et de la réalité du pouvoir.

Cet extrait est issu de « La Démocratie à l’épreuve du populisme. Les leçons du trumpisme » d’Élisa Chelle, qui vient de paraître aux éditions Odile Jacob.

Ce livre veut le montrer : le 47e président n’est pas une anomalie qu’il suffirait d’évacuer pour retrouver le cours « normal » d’une histoire séculaire. Il traduit un changement profond des formes de représentation et de mobilisation électives. C’est pourquoi il faut saisir les conditions structurelles de cette arrivée au pouvoir. En somme, répondre à la question : pourquoi des millions d’Américains ont-ils pu voir en lui un recours légitime ? Non pas pour excuser ou cautionner, mais pour s’essayer à expliquer les raisons d’un succès. Un exercice qui suppose de ne pas s’effrayer devant des nuances ou des faits. À rebours du temps des médias, tentons de démêler ce qui relève de l’écume des jours et ce qui a vocation à rester. Saintes colères et polémiques stériles détournent trop souvent le regard des résistances institutionnelles et des compromis passés sous silence. La politique est faite de mises en scène mais aussi de coulisses. Allons voir ce qui s’y passe.

Avec le retour du tribun populiste à la Maison Blanche, les institutions américaines font face à un test décisif. Vont-elles absorber, affaiblir ou annihiler un programme politique qui se veut en rupture avec deux siècles de tradition démocratique ? Observer le résultat de cette secousse, c’est anticiper l’avenir européen. À l’heure où la France se prépare à l’après-Macron, les forces antisystème n’ont jamais été aussi puissantes. Elles se tiennent aujourd’hui aux portes du pouvoir. Le régime politique français, avec son semi-présidentialisme et son scrutin majoritaire à deux tours, résistera-t-il à la tentation populiste ? L’expérience américaine nous enseigne que cette transformation ne constitue pas seulement un péril. Elle est aussi une opportunité de renouvellement démocratique pour l’Europe tout entière si les partis politiques savent se montrer à la hauteur.

The Conversation

Elisa Chelle a reçu des financements de l’Institut universitaire de France.

ref. Comprendre le populisme trumpiste, au-delà des anathèmes et des invectives – https://theconversation.com/comprendre-le-populisme-trumpiste-au-dela-des-anathemes-et-des-invectives-263937

Donald Trump’s penchant for bullshit explains MAGA anger about the Epstein files

Source: The Conversation – Canada – By Tim Kenyon, Professor, Faculty of Humanities, Brock University

In July 2025, the connection between United States President Donald Trump and his base of supporters was fractured by the announcement from the U.S. Department of Justice and the FBI that no “Epstein list” exists.

That is, they say, there is no list of clients or participants identified by convicted child sex offender Jeffrey Epstein prior to his death by apparent suicide in 2019. No further documents related to the Epstein case would be released.

This announcement angered and confused many among Trump’s core constituency, including prominent loyalists and influencers. Weeks later, alienation among his base continues.




Read more:
Trump’s Epstein problem is real: New poll shows many in his base disapprove of his handling of the files, and some supporters are having second thoughts about electing him


This is puzzling. But in part, it’s unsurprising. Trump’s support base includes the conspiracist “QAnon” believers who are convinced that Democratic Party politicians and donors run a hidden global ring of child sex abuse.

In QAnon circles, it has been practically an article of faith that the Epstein files would validate these accusations against liberal elites. Trump’s release of the files was keenly anticipated. Naturally they’re upset that he and his appointees have changed their tune.

Longtime friendship

Yet their dismay is surprising nonetheless. Trump’s extensive relationship with Epstein has been well known for years. His repeated well wishes for Epstein’s longtime associate, convicted collaborator Ghislaine Maxwell, were widely reported following her sentencing on child sexual trafficking charges.

His comments about “getting away with” walking into beauty pageants’ backstage areas among young women and underage girls wearing “no clothes” were made prominently, on the Howard Stern Show. His base somehow managed to believe Trump was a secret champion of minors against sexual exploitation in the face of his own boasts.

The role of bullshit

How could this new development somehow be worse for Trump than his own confessions?

One partial explanation centres on Trump’s use of what’s known as bullshit rhetoric as a weapon against political enemies. Bullshit in this context is a quasi-technical notion meaning, roughly, an indifference to truth or to the audience’s right to truth.




Read more:
Why Donald Trump is such a relentless bullshitter


Even most liars respect the truth enough to try and deceive people about it, but the bullshitter doesn’t much care either way. As my colleague Jennifer Saul and I have argued in our research, Trump’s brand of authoritarian speech is deliberate and explicit in its bullshit. It advertises its status in order to show contempt for one audience, typically as part of a performance of strength for another audience.

This helps explain why Trump’s relentless bullshitting never harmed his standing with his base in the past, and has even buoyed it. His supporters know he’s a bullshitter, but they recognize he isn’t bullshitting them. They are in on the joke, enjoying the spectacle as Trump performs his power over mutual enemies, including political opposition, news media and state institutions.

The new tension over the Epstein files reflects the extent to which some among Trump’s base perceive, perhaps for the first time, that they are now targets of his weaponized political bullshit rather than amused witnesses to it. And they don’t like it.




Read more:
Bullshit is everywhere. Here’s how to deal with it at work


Trump responds with more bullshit

In one striking example, news media have reported that, before the FBI/Department of Justice announcement, Trump was informed by Attorney General Pam Bondi that his name occurs repeatedly in the unreleased documents.

The significance or context of those occurrences is of course not known; other people who deny wrongdoing are also named in them. But after the existence of a list was denied, Trump responded to questioning about whether his name appears in the documents by claiming that the files were made up by former presidents Barack Obama and Joe Biden and former FBI Director James Comey.

The assertion that the Epstein files are merely hoax documents cooked up by Obama, Biden and Comey is so outrageously false that it can’t be meant even as a serious deception. That makes Trump’s claim a bald-faced lie to many people.

Bald-faced lies count as bullshit, Saul and I argue, because they lack the deceptive intent of other lies. They are a kind of unconcealed bullshit that advertises the speaker’s impunity. For Trump, this sort of overt bullshit has been reserved for liberals and news reporters. This time his own supporters are in the line of fire.

Strongman politics

Trump’s base can’t be truly dismayed by the facts about his relationship with Epstein because they should have been upset long before now in terms of his own past confessions and well-known association with Epstein.

Instead, they seem to be irked they’ve been lumped in with their enemies in being recipients of Trump’s bullshit rather than onlookers to it. And if we focus on polarization and strongman politics, we can better understand Trump’s responses to the criticism from his base.

After all, Trump didn’t say these angry supporters have misunderstood the evidence. He said they were “pretty bad people,” likened them to “fake news” and said he didn’t want their support. He didn’t call them mistaken; he called them weaklings.

To some this might sound absurd or childish. To supporters of an authoritarian figure, being called weak is more serious than being accused of being wrong.

The Conversation

Tim Kenyon does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Donald Trump’s penchant for bullshit explains MAGA anger about the Epstein files – https://theconversation.com/donald-trumps-penchant-for-bullshit-explains-maga-anger-about-the-epstein-files-263983

Pourquoi sommes-nous si fatigués dès la rentrée ?

Source: The Conversation – in French – By Eric Fiat, Professeur de philosophie, Université Gustave Eiffel

Vitaly Gariev/Unsplash, CC BY

La rentrée devrait nous trouver reposés, mais elle s’accompagne souvent d’une lassitude persistante. Pourquoi cette fatigue résiste-t-elle aux congés ?


Poser cette question alors que nombre des Français, qui ont la chance de pouvoir prendre des vacances, viennent de les terminer a quelque chose d’intempestif. Même si les vacances ne sont jamais exactement ce qu’on avait imaginé qu’elles seraient, même si leur fin s’accompagne souvent d’un peu de nostalgie (« Adieu, vive clarté de nos étés trop courts ! », disait Baudelaire), il est légitime d’espérer que ces jours et ces nuits de juillet ou d’août où l’on est un peu plus maître de son temps qu’aux autres mois a permis à nombre d’entre nous de reconstituer ce que l’on pourrait appeler la nappe phréatique du soi.

Puissent en effet les épuisés de juin avoir trouvé dans la sieste ou dans le jeu, dans la nage ou dans les parties de cartes les ressources (les nouvelles sources de vitalité) qui leur manquaient. Tel le vieux Faust retrouvant sa jeunesse, ne sont-ils pas nombreux à pouvoir dire :

« Déjà je sens mes forces s’accroître ; déjà je pétille comme une liqueur nouvelle : je me sens le courage de me risquer dans le monde, d’en supporter les peines et les prospérités ? »

Mais comment ne pas deviner que cet état ne durera guère ? Que si nous ne sommes pas aujourd’hui fatigués, nous le serons sans peu de doutes demain ? Depuis qu’il y a congés payés, cette situation a dû se répéter bien des fois, et doit être à peu de chose près le lot commun.

Il semble pourtant que, depuis quelque années, la fatigue ait cessé d’être un phénomène simplement saisonnier pour s’inscrire plus durablement, plus profondément dans les êtres et que, si la fatigue fait partie de la condition humaine comme telle, elle ait pris désormais certaines couleurs qui rendent plus rares ce que l’on pourrait appeler les « bonnes fatigues ».

Bonnes et mauvaises fatigues

Comme exemples de bonnes fatigues, nous pourrions prendre celle du cycliste du dimanche au retour de ses 30 km, ou celle du travailleur aimant son métier et qui, à la fin de la journée, de la semaine ou de l’année, qui, bien que fatigués, éprouvent ce que Kant appellerait le plaisir moral du travail bien fait ou du devoir accompli. Fatigues du corps mais non point de l’âme, rajeunie par cette joie, par ce plaisir. Fatigues sans lassitude en somme.

Nous espérons à nos contemporains de ce genre de fatigues, légères, printanières.

Mais il nous faut reconnaître qu’elles semblent devenues moins courantes que ces mauvaises fatigues – dont la forme extrême est l’épuisement qui parfois conduit au burn-out, lesquelles ne sont pas que fatigues du corps mais aussi de l’âme, mauvaises en ceci que même le repos n’en est pas le remède. Car si l’être qui connaît la bonne fatigue va au sommeil comme à une récompense, celui qui connaît la mauvaise y va comme à un refuge – refuge où malheureusement ne se trouve pas la paix espérée, car son sommeil n’est pas celui dans lequel un Montaigne se glissait voluptueusement, mais celui dans lequel il « tombe comme une masse » avant de connaître de douloureux moments d’insomnie, ceux que Baudelaire nommait « ces vagues terreurs de nos affreuses nuits qui compriment le cœur comme un papier qu’on froisse ».

Il se dit que les Français dorment de moins en moins et de moins en moins bien.

Certes, l’insomniaque exagère toujours la gravité des situations existentielles – personnelles ou professionnelles – dans lesquelles il est pris, et au réveil d’une nuit agitée souvent se retrouve un pouvoir d’agir dont la perte de conscience était précisément l’une des causes de son insomnie. Mais lorsque le déroulement de sa journée confirme la débilité dudit pouvoir, comment pourrait-il ne pas retrouver la nuit suivante les « vagues terreurs » baudelairiennes évoquées plus haut, c’est-à-dire ses angoisses (car l’angoisse est très exactement ce qui « comprime le cœur comme un papier qu’on froisse », pour cette raison que le mot vient du latin angustia qui signifiait : l’étroitesse, le resserrement) ?

L’hypothèse que cet article voudrait soumettre à la critique, est que cette altération du sommeil et la fatigue qui en résulte tiennent en bonne part au climat d’incertitude durable dans lequel nous vivons désormais.

Une vie saturée d’incertitude

Comme le disait la philosophe Hannah Arendt, dans cet océan d’incertitude qu’est, par définition l’avenir, nous avons besoin d’ilôts de certitude. Or à peine en a-t-on aperçu un qui semble surnager, que la mer des informations inquiétantes le submerge : changement climatique, guerre en Ukraine et au Proche-Orient, trumpisisation du monde… Pour qu’il y ait sentiment que la vie est bonne ne faut-il pas que s’y équilibrent la certitude et l’incertitude, l’habitude et la nouveauté, l’organisation et l’improvisation, le retour du même et la surrection de l’autre, la fidélité et la liberté, la circularité et la linéarité, ou bien encore, comme dirait Simone Weil, l’enracinement et le déracinement ?

La nécessité dudit équilibre vient de ce que, sans un minimum de certitudes, nous ne saurions accueillir l’incertitude comme un piment, qu’il faut avoir des habitudes pour regarder la nouveauté comme une chance et que, sans un minimum d’enracinement, nous ne vivrions pas le déracinement comme une heureuse libération. Saturée de certitudes, d’habitudes et de fidélités, la vie est ennuyeuse ; mais infernale est la vie où rien n’est certain et où tout se renouvelle sans cesse.

Or il est peu contestable que nous avons perdu cet équilibre.

Perdu, ce que l’écrivain Jean Giono nommait la « rondeur des jours », c’est-à-dire le retour reposant du même, l’enchaînement de ces tâches habituelles qu’une force obscure au fond de nous – la force des habitudes comme secondes natures – appelait, invoquait, implorait que nous accomplissions. Qu’on ne se méprenne : il ne s’agit nullement de céder à la tentation nostalgique, pour cette raison que le geste nostalgique, dont l’origine est souvent le trop peu d’effort pour comprendre son présent, est toujours précédé d’un geste d’idéalisation du passé. Non, la vie des paysans du début du siècle dernier n’était pas moins fatigante que la nôtre, que Brassens a si bien décrite dans Pauvre Martin :

« Pour gagner le pain de sa vie,
De l’aurore jusqu’au couchant,
En tous lieux, par tous les temps !
Il retournait les champs des autres,
Toujours bêchant, toujours bêchant. »

Mais comme le dit George Orwell dans Un peu d’air frais :

« Les gens avaient pourtant alors quelque chose qu’ils n’ont pas aujourd’hui. Quoi ? C’est simplement que l’avenir ne leur apparaissait pas terrifiant. Ils ne sentaient pas le sol se dérober sous leurs pieds. »

Un point de côté à l’âme

Trop nombreuses, les incertitudes fatiguent, finissant parfois par décourager celui ou celle qui tente de comprendre son monde, si peu maîtres de leur temps qu’ils éprouvent quelque chose comme le sentiment d’une aliénation temporelle. Monde liquide et même gazeux, que le progrès technique ne cesse de transformer, au point que le système néolibéral semble exiger des travailleurs d’aujourd’hui qu’ils se réadaptent de manière permanente à un monde impermanent.

Ceux qui après avoir couru après ce monde où tout s’accélère se sentent un point de côté à l’âme et sont tentés de se laisser glisser au bord du chemin méritent d’être compris.

Nous ne pensons pas qu’à la façon de l’essayiste Paul Lafargue il faille leur conseiller, comme remède à leur fatigue, cette paresse qui à petites doses est un bien, mais qui devenant une façon d’être est un égoïsme – car pour que le paresseux puisse paresser il faut que beaucoup s’activent. Mais que l’organisation du travail leur permette de retrouver les bonnes fatigues dont nous parlions plus haut nous semble urgent, et, en un sens, l’une des inspirations possibles d’une réorganisation à la fois politique et sociale du monde du travail.

Bonne rentrée à toutes, à tous !

The Conversation

Eric Fiat ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pourquoi sommes-nous si fatigués dès la rentrée ? – https://theconversation.com/pourquoi-sommes-nous-si-fatigues-des-la-rentree-263574

Genetic tests for cancer can give uncertain results: new science is making the picture clearer to guide treatment

Source: The Conversation – Africa (2) – By Claudia Christowitz, Postdoctoral Research Fellow, Stellenbosch University

Cancer treatment is becoming more personalised. By considering a patient’s unique genetic and molecular profile, along with their lifestyle and environmental factors, doctors can make more accurate treatment decisions. This approach, known as personalised or precision medicine, has been increasingly used in South Africa and has expanded to other African countries in recent decades. It requires doctors to rely more on genetic tests to guide decisions. But these tests don’t always give clear answers. Functional genomics may offer a way to improve the interpretation of unclear genetic test results. We spoke to physiological scientist Claudia Christowitz about it.


Is cancer a genetic disease and what is personalised medicine?

Cancer is fundamentally a genetic disease. It arises when changes in a person’s DNA (referred to as variants or mutations) disrupt normal cell functions such as cell growth and division. It eventually leads to tumour formation. These changes can be inherited from families or acquired during a person’s lifetime. This can be due to lifestyle and environmental risk factors such as smoking, ultraviolet radiation and infectious agents, among others.

Over the past few decades, we’ve entered the era of personalised medicine. As a result, the role of genetics in cancer treatment has become more prominent. Personalised medicine involves tailoring cancer treatment to each patient’s unique characteristics.

For example, even if two people are diagnosed with the same type and stage of cancer, their treatment outcomes may differ. This is because factors such as their genetic and molecular make-up, overall health status, age, body composition, lifestyle habits, and use of other medication can all influence how well a treatment works for them.

How have advances in genetic testing helped in treating cancer?

Advances in DNA sequencing technologies have made it possible to detect genetic variants more quickly and accurately. The tests can look for just a few genes linked to certain medical conditions, or they can describe the entire genome of an individual, or just the protein-coding regions of the genome (the exome).

DNA sequencing has revolutionised cancer care. Doctors can use it to improve prevention in people who are at risk of cancer, detect cancer early, and select the most appropriate treatment.

Africa’s first high-throughput Genomics Centre was launched in 2019 by the South African Medical Research Council. Cancer patients can now undergo whole exome sequencing and whole genome sequencing locally for around R10,000 (about US$566) to R20,000 (about US$1,132). This is sometimes covered by medical insurance. These services are also available at research facilities like the Centre for Proteomic and Genomic Research or the Centre for Epidemiological Research and Innovation at Stellenbosch University.

These facilities strengthen the capacity to sequence, analyse and store human genomes, particularly for the diverse gene pool in Africa. But routine genome sequencing, especially in the public health sector, remains limited due to high costs, limited awareness and the need for trained personnel.

What are the shortcomings of genetic testing?

Genetic testing doesn’t provide all the answers. Unfortunately, not all genetic results are clear-cut. In many cases, patients receive results showing changes in their DNA that cannot be confidently classified as either harmful (pathogenic variants or mutations) or harmless (benign variants). These unclassified variants are known as variants of uncertain significance. The uncertainty often leaves both patients and their oncologists (cancer doctors) unsure of the way forward.

With the advancement of sequencing technologies, rare or novel variants are more frequently detected. But without a clear understanding of whether the variant affects gene function, clinicians are often forced to wait – sometimes for years – until more information emerges.

When patients undergo genetic testing – often as part of a hereditary cancer screening or in response to early-onset or familial cancers – the hope is to find a variant that clearly explains their condition. But sequencing may yield variants of uncertain significance, raising questions about its usefulness in patient care and whether the tests are worth the cost.

What is functional genomics and how can it make genetic test results clearer?

Functional genomics is a growing field that could transform how we interpret these unresolved genetic results and make it possible to improve clinical care for cancer patients.

Functional genomics goes beyond simply reading the DNA code. It investigates how genetic variants behave in biological systems. By examining how a variant alters gene expression, protein function, cell behaviour, or response to treatments, scientists can determine whether it is likely to be benign or pathogenic.

This information is crucial for making timely medical decisions. Importantly, cells derived from patients can be used to mimic real biological conditions more accurately. By using cells carrying such a variant and comparing them to cells without the variant, scientists can determine whether the variant is influencing the response of cells to certain treatments or not.

In short: genetic testing is like reading the “instruction manual” of a cell. Functional genomics is like testing the effects of changes to these instructions.

My study, using patient-derived cells, investigated the effects of a rare TP53 variant that was identified for the first time in germline (inherited) DNA through whole exome sequencing in a South African family with multiple cancers. I found that this variant made cells resistant to the chemotherapy drug doxorubicin. Instead of undergoing cell death as expected, the cells went into a kind of “sleep mode” called senescence, where damaged cells stop dividing.

Although this prevents the growth of damaged cells, senescent cells can release signals that may inflame and harm nearby healthy cells. The variant also reduced how well immune cells can move, which may affect their ability to go to cancer cells and attack them. This study, supervised by Prof Anna-Mart Engelbrecht, Prof Maritha Kotze, and Dr Daniel Olivier from Stellenbosch University, highlighted how functional genomics can unravel the impact of a variant of uncertain significance, which may guide medical decisions.

In a world where personalised medicine is rapidly evolving, functional genomics represents a critical step forward, offering more clarity, better care, and renewed hope to those facing cancer.

The Conversation

Claudia Christowitz received funding from the National Research Foundation, South Africa.

ref. Genetic tests for cancer can give uncertain results: new science is making the picture clearer to guide treatment – https://theconversation.com/genetic-tests-for-cancer-can-give-uncertain-results-new-science-is-making-the-picture-clearer-to-guide-treatment-262545

We decoded the oldest genetic data from an Egyptian, a man buried around 4,500 years ago – what it told us

Source: The Conversation – Africa (2) – By Adeline Morez Jacobs, Postdoctoral researcher, University of Padova (Italy); visiting lecturer, Liverpool John Moores University (UK), University of Padua

A group of scientists has sequenced the genome of a man who was buried in Egypt around 4,500 years ago. The study offers rare insight into the genetic ancestry of early Egyptians and reveals links to both ancient north Africa and Mesopotamia, which includes modern day Iraq and parts of Syria, Turkey and Iran.

Egypt’s heat and terrain made it difficult for such studies to be conducted but lead researcher Adeline Morez Jacobs and team made a breakthrough. We spoke to her about the challenges of sequencing ancient remains, the scientific advances that made this discovery possible, and why this genome could reshape how we understand Egypt’s early dynastic history.


What is genome sequencing? How does it work in your world?

Genome sequencing is the process of reading an organism’s entire genetic code. In humans, that’s about 3 billion chemical “letters” (A, C, T and G). The technology was first developed in the late 1970s, and by 2003 scientists had completed the first full human genome. But applying it to ancient remains came much later and has been far more difficult.

DNA breaks down over time. Heat, humidity and chemical reactions damage it, and ancient bones and teeth are filled with DNA from soil microbes rather than from the individual we want to study. In early attempts during the 1980s, scientists hoped mummified remains might still hold usable DNA. But the available sequencing methods weren’t suited to the tiny, fragmented molecules left after centuries or millennia.

To sequence DNA, scientists first need to make lots of copies of it, so there’s enough to read. Originally, this meant putting DNA into bacteria and waiting for the colonies to grow. It took days, demanded careful upkeep and yielded inconsistent results. Two breakthroughs changed this.

In the early 1990s, PCR (polymerase chain reaction) allowed millions of DNA copies to be made in hours, and by the mid-2000s, new sequencing machines could read thousands of fragments in parallel. These advances not only sped up the process but also made it more reliable, enabling even highly degraded DNA to be sequenced.

Since then, researchers have reconstructed the genomes of extinct human relatives like Neanderthals, and more than 10,000 ancient people who lived over the past 45,000 years. But the work is still challenging – success rates are low for very old remains, and tropical climates destroy DNA quickly.

What’s exceptional about the sequencing you did on these remains?

What made our study unusual is that we were able to sequence a surprisingly well-preserved genome from a region where ancient DNA rarely survives.

When we analysed the sample, we found that about 4%-5% of all DNA fragments came from the person himself (the rest came from bacteria and other organisms that colonised the remains after burial). The quantity of DNA of interest (here, human) is usually between 40% and 90% when working with living organisms. That 4%-5% might sound tiny, but in this part of the world, it’s a relatively high proportion, and enough to recover meaningful genetic information.

We think the individual’s unusual burial may have helped. He was placed inside a ceramic vessel within a rock-cut tomb, which could have shielded him from heat, moisture and other damaging elements for thousands of years.

To make the most of this rare preservation, we filtered out the very shortest fragments, which are too damaged to be useful. The sequencing machines could then focus on higher-quality pieces. Thanks to advanced facilities at the Francis Crick Institute, we were able to read the DNA over and over, generating about eight billion sequences in total. This gave us enough data to reconstruct the genome of what we call the Nuwayrat individual, making him the oldest genome from Egypt to date.

Does this open new frontiers?

We did not develop entirely new techniques for this study but we combined some of the most effective methods currently available into a single optimised pipeline. This is what palaeogeneticists (scientists who study the DNA of ancient organisms) often do: we adapt and refine existing methods to push the limits of what can be recovered from fragile remains.

That’s why this result matters. It shows that, with the right combination of methods, we can sometimes retrieve genomes even from places where DNA usually doesn’t survive well, like Egypt.

Egypt is also a treasure trove for archaeology, with remains that could answer major questions about human history, migration and cultural change.

Our success suggests that other ancient Egyptian remains might still hold genetic secrets, opening the door to discoveries we couldn’t have imagined just a decade ago.

What was your biggest takeaway from the sequencing?

The most exciting result was uncovering this man’s genetic ancestry. By comparing his DNA to ancient genomes from Africa, western Asia and Europe, we found that about 80% of his ancestry was shared with earlier north African populations, suggesting shared roots within the earlier local population. The remaining 20% was more similar to groups from the eastern Fertile Crescent, particularly Neolithic Mesopotamia (present-day Iraq).

This might sound expected, but until now we had no direct genetic data from an Old Kingdom (2686–2125 BCE) Egyptian individual. The results support earlier studies of skeletal features from this period, which suggested close links to predynastic populations, but the genome gives a far more precise and conclusive picture.

This genetic profile fits with archaeological evidence of long-standing connections between Egypt and the eastern Fertile Crescent, dating back at least 10,000 years with the spread of farming, domesticated animals and new crops into Egypt. Both regions also developed some of the world’s first writing systems, hieroglyphs in Egypt and cuneiform in Mesopotamia. Our finding adds genetic evidence to the picture, suggesting that along with goods and ideas, people themselves were moving between these regions.

Of course, one person can’t represent the full diversity of the ancient Egyptian society, which was likely complex and cosmopolitan, but this successful sequencing opens the door for future studies, building a richer and more nuanced picture of the people who lived there over thousands of years.

The Conversation

Adeline Morez Jacobs does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. We decoded the oldest genetic data from an Egyptian, a man buried around 4,500 years ago – what it told us – https://theconversation.com/we-decoded-the-oldest-genetic-data-from-an-egyptian-a-man-buried-around-4-500-years-ago-what-it-told-us-262061

How do bodies decompose? Cape Town forensic scientists are pushing frontiers of new detection methods

Source: The Conversation – Africa (2) – By Victoria Gibbon, Professor in Biological Anthropology, Division of Clinical Anatomy and Biological Anthropology, University of Cape Town

Cape Town has consistently been one of the metropolitan regions in South Africa with the highest murder rates. It has more than double the national average, and is currently ranked second overall and 16th worldwide. Many victims are discovered only after their bodies have decomposed, burned, or been exposed to the elements. That makes identification difficult and delays justice.

Each year, more than 3,500 unnatural deaths, including murders and accidents, are handled by the city’s Observatory Forensic Pathology Institute. Around 9% remain unidentified. That’s hundreds of families left without answers. We asked Victoria Gibbon and colleagues about their work in forensic taphonomy.

What is the role of forensic taphonomists?

In death, we all decompose in the same general way. But understanding the nuances, especially those introduced by unnatural deaths, requires forensic taphonomy – the science of understanding how bodies break down. Every decomposition process is unique. It is shaped by everything around us: what we’re wearing, how we’re buried and what animals and insects might find us first.

Forensic taphonomists study all these variables and more, specialising in the recovery and analysis of human remains in the context of their environment. They play a vital role in death investigations involving unidentified persons, which requires specialised expertise in the human body and environment. There is a close working relationship with police and pathologists who hold the responsibility for identification and circumstances of death.

Imagine: a body is uncovered amid the sand and scrub of Cape Town’s coastline. By the time it’s found, the remains are in an advanced state of decomposition – identity unclear, the timeline murky. Understanding decomposition helps to determine how long someone has been dead, which can support identification, narrow down missing persons lists, or confirm (or contradict) witness accounts. It’s essential, delicate and some could say, grim work.




Read more:
Clothed pig carcasses are revealing the secrets of mummification – South African study provides insights for forensic scientists


Forensic taphonomists’ expertise lies in understanding how bodies decompose under different conditions and how that process can reveal time-since-death, potential trauma, and ultimately, identity. Forensic taphonomists answer questions like: Who was this person? How long have they been there? And what happened to them? Their work sits at the intersection of science, justice and innovation. Because in the end, forensic science is about justice, not just science.

One of the main challenges in forensic taphonomy is that many of the global standards were developed in countries with very different climates and ecological systems. So, they are not representative of South Africa. Cape Town’s internationally unique microclimates, soil types and scavenger populations don’t align neatly with existing models.

To produce locally relevant data, researchers need to observe how decomposition actually happens in these settings. In South Africa, the legislation does not allow forensic taphonomists to study the decomposition of human bodies donated to medical science for research, as happens elsewhere in the world. Therefore they most frequently study the decomposition of adult domestic pigs as internationally accepted models for human decomposition. Pigs have numerous biological similarities to humans that are important for decomposition.

Initial decomposition studies in the Western Cape more than a decade ago began by examining unclothed bodies to establish baseline data. But as it turns out, that’s not what most cases look like. In reality, most deceased persons are clothed, and usually discovered alone. This mismatch prompted a shift.

What have you done differently in your research?

More realistic, single-body, clothed studies were needed. That meant smaller sample sizes, longer timelines, and greater data accuracy. But it leads to findings that are actually applicable in local forensic work.

We innovated, creating a world-first automated data collection machine to tackle the challenge of consistency and cost-effective, reliable long-term monitoring. It tracks decomposition in real-time, continuously and remotely. As bodies lose mass (due to water evaporation, insect activity, or tissue breakdown), the machine logs the weight changes, providing high-resolution data on the progression of decomposition. This removes the subjectivity of human observation. It allows researchers to collect standardised information across multiple cases and environments, simultaneously. It is solar-powered and transmits data remotely via cell phone networks, meaning it can be deployed anywhere we need to establish data for.

Our system has tracked in detail how tissues dry out beneath the skin. This can help reconstruct the time since death by linking drying patterns to environmental conditions and weather.

In addition to weighing decomposing bodies, our system provides continuous power to two motion-activated infrared trail cameras.




Read more:
How scavengers can help forensic scientists identify human corpses


One camera trap is positioned directly above the body; the other is alongside the body. Together, these cameras record photos and videos of the decomposition process, giving us detailed insight into the activities of the animals that come to eat and otherwise interact with the decomposing body.

This machine offers precision, reliability and adaptability. It transforms how decomposition can be studied.

What’s next?

This technological innovation isn’t just a local solution. The team aims to provide a means by which researchers from different countries can share results that are directly comparable. These will form the basis for a global taphonomic data network: a collaborative platform for researchers to gain insights into decomposition as it plays out across geographies, environments and case types.

The hope is that this network will allow forensic anthropologists to adapt decomposition estimates to local contexts while contributing to an international evidence base.

Collectively, our research innovations may help produce more accurate case outcomes, that are admissible in court, and capable of providing justice for victims. Assistance with case resolution means restoring the identities of those who might otherwise have been lost to justice and history.

The Conversation

Victoria Gibbon receives funding from National Research Foundation of South Africa. She is affiliated with The University of Cape Town.

Devin Alexander Finaughty receives funding from the Oppenheimer Memorial Trust. He is affiliated with the University of the Witwatersrand and the Wildlife Forensic Academy.

Kara Adams is affiliated with the University of Cape Town.

ref. How do bodies decompose? Cape Town forensic scientists are pushing frontiers of new detection methods – https://theconversation.com/how-do-bodies-decompose-cape-town-forensic-scientists-are-pushing-frontiers-of-new-detection-methods-262832

China’s electric vehicle influence expands nearly everywhere – except the US and Canada

Source: The Conversation – USA (2) – By Jack Barkenbus, Visiting Scholar, Vanderbilt University

BYD electric cars wait at a Chinese port to be loaded onto the automobile carrier BYD Shenzhen, which was slated to sail to Brazil. STR/AFP via Getty Images

In 2025, 1 in 4 new automotive vehicle sales globally are expected to be an electric vehicle – either fully electric or a plug-in hybrid.

That is a significant rise from just five years ago, when EV sales amounted to fewer than 1 in 20 new car sales, according to the International Energy Agency, an intergovernmental organization examining energy use around the world.

In the U.S., however, EV sales have lagged, only reaching 1 in 10 in 2024. By contrast, in China, the world’s largest car market, more than half of all new vehicle sales are electric.

The International Energy Agency has reported that two-thirds of fully electric cars in China are now cheaper to buy than their gasoline equivalents. With operating and maintenance costs already cheaper than gasoline models, EVs are attractive purchases.

Most EVs purchased in China are made there as well, by a range of different companies. NIO, Xpeng, Xiaomi, Zeekr, Geely, Chery, Great Wall Motor, Leapmotor and especially BYD are household names in China. As someone who has followed and published on the topic of EVs for over 15 years, I expect they will soon become as widely known in the rest of the world.

What kinds of EVs is China producing?

China’s automakers are producing a full range of electric vehicles, from the subcompact, like the BYD Seagull, to full-size SUVs, like the Xpeng G9, and luxury cars, like the Zeekr 009.

Recent European crash-test evaluations have given top safety ratings to Chinese EVs, and many of them cost less than similar models made by other companies in other countries.

A Wall Street Journal video explores a Chinese ‘dark factory’ – one so automated that it doesn’t need lights inside.

What’s behind Chinese EV success?

There are several factors behind Chinese companies’ success in producing and selling EVs. To be sure, relatively low labor costs are part of the explanation. So are generous government subsidies, as EVs were one of several advanced technologies selected by the Chinese government to propel the nation’s global technological profile.

But Chinese EV makers are also making other advances. They make significant use of industrial robotics, even to the point of building so-called “dark factories” that can operate with minimal human intervention. For passengers, they have reimagined vehicles’ interiors, with large touchscreens for information and entertainment, and even added a refrigerator, bed or karaoke system.

Competition among Chinese EV makers is fierce, which drives additional innovation. BYD is the largest seller of EVs, both domestically and globally. Yet the company says it employs over 100,000 scientists and engineers seeking continual improvement.

From initial concept models to actual rollout of factory-made cars, BYD takes 18 months – half as long as U.S. and other global automakers take for their product development processes, Reuters reported.

BYD is also the world’s second-largest EV battery seller and has developed a new battery that can recharge in just five minutes, roughly the same time it takes to fill a gas-powered car’s tank.

A gray car sits on a showroom floor under bright lights.
An Xpeng M03, whose base model costs about US$17,000, is displayed at a car show in Shanghai in April 2025.
VCG/VCG via Getty Images

Exports

The real test of how well Chinese vehicles appeal to consumers will come from export sales. Chinese EV manufacturers are eager to sell abroad because their factories can produce far more than the 25 million vehicles they can sell within China each year – perhaps twice as much.

China already exports more cars than any other nation, though primarily gas-powered ones at the moment. Export markets for Chinese EVs are developing in Western Europe, Southeast Asia, Latin America, Australia and elsewhere.

The largest market where Chinese vehicles, whether gasoline or electric, are not being sold is North America. Both the U.S. and Canadian governments have created what some have called a “tariff fortress” protecting their domestic automakers, by imposing tariffs of 100% on the import of Chinese EVs – literally doubling their cost to consumers.

Customers’ budgets matter too. The average price of a new electric vehicle in the U.S. is approximately $55,000. Less expensive vehicles make up part of this average, but without tax credits, which the Trump administration is eliminating after September 2025, nothing gets close to $25,000. By contrast, Chinese companies produce several sub-$25,000 EVs, including the Xpeng M03, the BYD Dolphin and the MG4 without tax credits. If sold in America, however, the 100% tariffs would remove the price advantage.

Tesla, Ford and General Motors all claim they are working on inexpensive EVs. More expensive vehicles, however, generate higher profits, and with the protection of the “tariff fortress,” their incentive to develop cheaper EVs is not as high as it might be.

In the 1970s and 1980s, there was considerable U.S. opposition to importing Japanese vehicles. But ultimately, a combination of consumer sentiment and the willingness of Japanese companies to open factories in the U.S. overcame that opposition, and Japanese brands like Toyota, Honda and Nissan are common on North American roads. The same process may play out for Chinese automakers, though it’s not clear how long that might take.

The Conversation

Jack Barkenbus does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. China’s electric vehicle influence expands nearly everywhere – except the US and Canada – https://theconversation.com/chinas-electric-vehicle-influence-expands-nearly-everywhere-except-the-us-and-canada-262459

AI’s ballooning energy consumption puts spotlight on data center efficiency

Source: The Conversation – USA (2) – By Divya Mahajan, Assistant Professor of Computer Engineering, Georgia Institute of Technology

These ‘chillers’ on the roof of a data center in Germany, seen from above, work to cool the equipment inside the building. AP Photo/Michael Probst

Artificial intelligence is growing fast, and so are the number of computers that power it. Behind the scenes, this rapid growth is putting a huge strain on the data centers that run AI models. These facilities are using more energy than ever.

AI models are getting larger and more complex. Today’s most advanced systems have billions of parameters, the numerical values derived from training data, and run across thousands of computer chips. To keep up, companies have responded by adding more hardware, more chips, more memory and more powerful networks. This brute force approach has helped AI make big leaps, but it’s also created a new challenge: Data centers are becoming energy-hungry giants.

Some tech companies are responding by looking to power data centers on their own with fossil fuel and nuclear power plants. AI energy demand has also spurred efforts to make more efficient computer chips.

I’m a computer engineer and a professor at Georgia Tech who specializes in high-performance computing. I see another path to curbing AI’s energy appetite: Make data centers more resource aware and efficient.

Energy and heat

Modern AI data centers can use as much electricity as a small city. And it’s not just the computing that eats up power. Memory and cooling systems are major contributors, too. As AI models grow, they need more storage and faster access to data, which generates more heat. Also, as the chips become more powerful, removing heat becomes a central challenge.

Small blue and green lights arranged in columns glow behind black mesh screens
Data centers house thousands of interconnected computers.
Alberto Ortega/Europa Press via Getty Images

Cooling isn’t just a technical detail; it’s a major part of the energy bill. Traditional cooling is done with specialized air conditioning systems that remove heat from server racks. New methods like liquid cooling are helping, but they also require careful planning and water management. Without smarter solutions, the energy requirements and costs of AI could become unsustainable.

Even with all this advanced equipment, many data centers aren’t running efficiently. That’s because different parts of the system don’t always talk to each other. For example, scheduling software might not know that a chip is overheating or that a network connection is clogged. As a result, some servers sit idle while others struggle to keep up. This lack of coordination can lead to wasted energy and underused resources.

A smarter way forward

Addressing this challenge requires rethinking how to design and manage the systems that support AI. That means moving away from brute-force scaling and toward smarter, more specialized infrastructure.

Here are three key ideas:

Address variability in hardware. Not all chips are the same. Even within the same generation, chips vary in how fast they operate and how much heat they can tolerate, leading to heterogeneity in both performance and energy efficiency. Computer systems in data centers should recognize differences among chips in performance, heat tolerance and energy use, and adjust accordingly.

Adapt to changing conditions. AI workloads vary over time. For instance, thermal hotspots on chips can trigger the chips to slow down, fluctuating grid supply can cap the peak power that centers can draw, and bursts of data between chips can create congestion in the network that connects them. Systems should be designed to respond in real time to things like temperature, power availability and data traffic.

How data center cooling works.

Break down silos. Engineers who design chips, software and data centers should work together. When these teams collaborate, they can find new ways to save energy and improve performance. To that end, my colleagues, students and I at Georgia Tech’s AI Makerspace, a high-performance AI data center, are exploring these challenges hands-on. We’re working across disciplines, from hardware to software to energy systems, to build and test AI systems that are efficient, scalable and sustainable.

Scaling with intelligence

AI has the potential to transform science, medicine, education and more, but risks hitting limits on performance, energy and cost. The future of AI depends not only on better models, but also on better infrastructure.

To keep AI growing in a way that benefits society, I believe it’s important to shift from scaling by force to scaling with intelligence.

The Conversation

Divya Mahajan owns shares in Google, AMD, Microsoft, and Nvidia. She receives funding from Google and AMD.

ref. AI’s ballooning energy consumption puts spotlight on data center efficiency – https://theconversation.com/ais-ballooning-energy-consumption-puts-spotlight-on-data-center-efficiency-254192