L’opinion israélienne face à Gaza : déni, consentement ou aveuglement ?

Source: The Conversation – in French – By Jérome Bourdon, Hstorien des médias, chercheur associé au CARISM, Université Paris-Panthéon-Assas; Tel Aviv University

La majeure partie des Juifs israéliens paraît indifférente à l’égard des destructions colossales infligées par Tsahal aux Gazaouis, quand elle ne conteste pas en bloc le bilan humain avancé par les organisations internationales. Cinq principaux facteurs explicatifs permettent de mieux comprendre les ressorts de cette attitude.


L’interrogation court dans de nombreux médias, surtout européens : pourquoi l’opinion publique israélienne ne réagit-elle pas à la situation dramatique de Gaza, à la famine (internationalement reconnue depuis août 2025) et au massacre de dizaines de milliers de personnes, dont une grande majorité de civils fait qu’on ne prend plus guère la peine de réfuter en Israël mais qu’on justifie plutôt comme résultant d’une stratégie du Hamas consistant à s’abriter derrière la population gazaouie.

Cette question est délicate car elle touche non seulement à la critique du gouvernement ou de l’État, mais de la société israélienne même, à un moment où « Israël » (quoi qu’on désigne par le nom du pays) n’a jamais été autant critiqué, dans un débat hyperpolarisé. Les agissements de l’armée, du gouvernement, des colons, ont rendu pertinentes des analogies qui furent contestables, ou purement polémiques, comme « apartheid » bien sûr et, désormais, le terme « génocide », accepté de façon croissante tant par des historiens que par des juristes. Nous traiterons ici du cas d’Israël, mais il faut rappeler que les interrogations sur des opinions publiques confrontées à un massacre de masse perpétré par leur pays ont une longue histoire, qu’Israël vient aujourd’hui illustrer d’une façon particulière.

Dans la dernière semaine de juillet, selon le quotidien Maariv, 47 % des Israéliens considèrent l’affirmation selon laquelle Gaza est en proie à la famine comme un mensonge et le fruit de la propagande du Hamas ; 23 % reconnaissent la réalité de la famine et disent s’en soucier ; 18 % reconnaissent l’existence de la famine et disent ne pas s’en soucier ; et 12 % sont sans opinion. Selon l’Institut israélien pour la démocratie, 79 % des Israéliens juifs se disent peu ou pas troublés par les informations relatives à une famine à Gaza : mais y croient-ils ou pas ? La question est trop vague. Dans le même sondage, 79 % se disent persuadés qu’Israël fait des efforts substantiels pour atténuer les souffrances des Palestiniens, ce qui est aussi une façon de réduire la portée de ces souffrances, et du massacre. Ces chiffres ne concernent pas les citoyens palestiniens d’Israël, qui sont selon le même Institut, 86 % à se dire « troublés ou très troublés » par la catastrophe humanitaire à Gaza.




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Ces sondages sont susceptibles d’interprétations diverses, mais ils montrent une société qui ne reconnaît que très partiellement la famine et y voit parfois une campagne de propagande du Hamas dont les médias étrangers sont perçus comme complices. Même s’ils reconnaissent la famine et le massacre, les Israéliens s’en déresponsabilisent de plusieurs façons. De surcroît, ils sont massivement partisans de ce qu’on appelle en hébreu le « transfert » des Gazaouis dans d’autres pays, c’est-à-dire d’un nettoyage ethnique.

De multiples facteurs permettent de comprendre la façon dont les Israéliens justifient de telles opinions et se dédouanent de toute culpabilité ou responsabilité pour le sort des Palestiniens – processus qu’un chercheur israélien analysa dès la seconde intifada (2000-2005). Certains de ces facteurs sont anciens mais ont été très amplifiés par le 7-Octobre. Ils sont plus ou moins spécifiques au pays.

Facteur 1 : le ralliement autour du drapeau

Le premier facteur, le ralliement autour du drapeau (Rally round the flag), n’est pas un phénomène propre à Israël ; en général, une guerre jugée comme étant juste confère un surcroît de légitimité et de popularité aux gouvernants, y compris parmi certains opposants ou indifférents. Étudié surtout aux États-Unis, ce ralliement génère ainsi des surcroîts de popularité remarquables autour de la figure du président.

En Israël, il s’est manifesté de façon puissante à deux moments.

D’abord, dans les mois qui suivent le 7-Octobre. Le soutien à la guerre est alors massif. Mais le cas israélien illustre aussi le caractère souvent peu durable de ce ralliement, qui a commencé à s’effriter, par paliers, lorsque la population comprend que le gouvernement donne la priorité à la poursuite de la guerre au détriment du retour des otages, ce qui est devenu tout à fait évident le 9 septembre 2025 avec le bombardement de Doha au Qatar, où siègent les négociateurs du Hamas.




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L’autre moment est l’attaque de l’Iran par Israël, appuyé par les États-Unis (13-25 juin 2025). Quelles que soient les intentions déclarées (détruire Israël) et les capacités réelles de la République islamique, la diabolisation de ce régime – et de ses alliés (le Hezbollah au Liban, les Houthis au Yémen), traités comme de purs agents aux ordres de Téhéran – est ancienne dans les médias israéliens, qui ici ont reflété le point de vue martelé par Nétanyahou de longue date.

La popularité du premier ministre a connu un pic quand Tsahal a bombardé l’Iran, et l’opposition à l’attaque est demeurée tout à fait marginale, y compris chez beaucoup d’opposants à la guerre à Gaza.

Enfin, ce ralliement autour du drapeau concerne aussi la fidélité à une armée encore dépendante des citoyens et des réservistes : les Israéliens sont ici pris au piège de leur fidélité à Tsahal, refusant de voir à quel point leur armée a été pénétrée par un courant national-religieux ouvertement xénophobe et annexionniste, voire génocidaire, processus déjà analysé il y a dix ans et qui s’est accéléré depuis. Il est difficile de renoncer à cette fidélité, qui a été, et demeure, un ciment d’une société très fragilisée.




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Facteur 2 : l’obsession victimaire

Le deuxième facteur est plus spécifique au pays : entretenue par l’appareil d’État, les médias et le système éducatif, l’obsession victimaire, autour de la mémoire de la Shoah, a été réveillée et renforcée par le 7-Octobre, vite devenu en Israël une date saillante qui n’a plus besoin que l’année soit précisée (comme le 11 Septembre aux États-Unis).

Depuis, les visages et noms des otages, rejoints par ceux des centaines de soldats tombés à Gaza, sont omniprésents dans l’espace public israélien, aussi bien analogique (sur les arbres des villes, les vitrines des magasins) que numérique.

La plupart des Israéliens (et des pro-Israéliens en dehors d’Israël) traitent le 7-Octobre comme le point de départ de la guerre, voire comme un commencement absolu, comme s’il n’y avait pas eu, avant, toutes les guerres avec Gaza, la longue occupation, le décompte macabre des blessés et morts palestiniens de longues années durant.

Les actes d’extrême violence perpétrés ce jour-là par le Hamas envers les civils, le nombre élevé de morts et la mise en évidence de la vulnérabilité de l’armée ont tétanisé l’opinion.

Facteur 3 : la droitisation de la société israélienne

En troisième lieu, le 7-Octobre et la guerre ont accéléré le processus de droitisation d’une société qui fut un temps (au moins pour une moitié), disposée à une paix fondée sur un compromis avec les Palestiniens après les accords d’Oslo de 1993, compromis auquel même l’armée se rallia.

Après l’échec du processus en 2000, et la deuxième intifada, s’est installée l’idée qu’« il n’y a pas de partenaire » pour la paix – mot d’Ehud Barak, alors premier ministre, massivement repris depuis.

Cela a préparé le terrain à une déresponsabilisation israélienne par rapport aux Palestiniens. Aujourd’hui encore, on peut se dire « de gauche », mais si les Palestiniens veulent la guerre, alors… De surcroît, le 7-Octobre entraîne aussi une relecture de l’histoire, ravive le trauma des anciens combattants, contribue à ternir un peu plus l’image des Palestiniens, voire à revaloriser celle des colons.

Facteur 4 : l’effacement et la diabolisation des Palestiniens dans les médias israéliens

Quatrième facteur : les médias israéliens jouent un rôle majeur dans l’invisibilisation des Palestiniens de Gaza en tant qu’êtres humains auxquels on pourrait s’identifier, et dans leur assimilation à des « terroristes », terme plus employé que jamais (même si ce fut déjà le cas lors de la guerre du Liban de 1982).

Les grands médias ignorent les crimes de guerre que des soldats eux-mêmes ont rapportés, ainsi que les bombardements massifs des populations et des infrastructures. Les journalistes israéliens « embarqués » auprès des militaires (embedded) ne décrivent la guerre que du point de vue des difficultés et souffrances des soldats.

Les victimes civiles palestiniennes sont largement effacées de l’actualité. Dans ce contexte, la famine devient un problème de « hasbara », de « diplomatie publique » mal conduite. La droite et l’extrême droite israéliennes dénoncent une « campagne de la faim » organisée, à base de fakes, avec la « complicité » de l’ONU. On parle d’un « Gazawood », d’images largement mises en scène – un processus de déni des images de souffrance qui remonte à la deuxième intifada, quand avait été forgé le terme « Pallywood ».

Depuis le 7-Octobre, l’usage même du mot de « palestinien » a reculé. Dans les nombreux discours prononcés lors des manifestations contre Nétanyahou, ou pour le retour des otages, on ne l’entend pratiquement pas. Dans des déclarations génocidaires, des responsables israéliens ont utilisé des formules comme « animaux humains » (Yoav Gallant, alors ministre de la défense) ou « monstres » (Nétanyahou). En janvier 2024, le ministre du patrimoine Amichai Eliyahu a proposé de lancer une bombe atomique sur Gaza et, en août 2024, Bezalel Smotrich, ministre des finances, a souhaité aux Gazouis de mourir de faim.

Fin juillet 2025, on a pu croire à un tournant, à une reconnaissance de l’humanité palestinienne souffrante, autour d’un reportage où la présentatrice vedette du pays, Yonit Levi, a évoqué une « responsabilité morale » de son pays et montré des photos d’enfants faméliques à la Une de médias occidentaux.

Le 23 juillet, Ron Ben Ishai, célèbre correspondant de guerre écrit : « Il y a des enfants qui ont faim à Gaza », mais en conclut qu’il faut seulement changer la méthode de distribution de nourriture par le Gaza Humanitarian Fund (GHF), fondation américaine mise en place avec l’aide des Israéliens, et que les humanitaires internationaux avaient dénoncée dès sa mise en place en mai. Comme on sait, chaque distribution s’est accompagnée de la mort de Palestiniens sous les balles de l’armée.

À l’été, des centaines de manifestants commencent à brandir des photos d’enfants de Gaza, morts ou affamés, soit lors de grands rassemblements, soit lors de manifestations modestes.




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Mais la prise de conscience est demeurée modeste. Si la majorité des Israéliens veulent aujourd’hui la fin de la guerre, c’est avant tout parce qu’ils espèrent que celle-ci signifiera le retour des otages survivants.

Les véritables critiques de la guerre savent de longue date qu’ils ont plus de chance d’être entendus en dehors d’Israël qu’au-dedans, alors même que ce sont d’abord les Israéliens qu’ils voudraient atteindre. Bien avant le 7-Octobre, l’ONG « Breaking the Silence » (fondée en 2004), qui collectait des témoignages de soldats sur les exactions commises dans les territoires occupés, s’est retrouvée plus sollicitée et citée à l’extérieur d’Israël qu’à l’intérieur.

En juillet, deux ONG israéliennes – B’tselem, qui recense les violations des droits de l’homme dans les territoires, et Physicians for Human Rights – ont reconnu ce qu’ils ont appelé « notre génocide ». Cette formulation a eu beaucoup plus d’écho dans les grands médias européens et américains que dans les médias israéliens.




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Facteur 5 : obsession de la critique extérieure

Cinquième facteur, ancien lui aussi : la société israélienne est plus que jamais obsédée par la critique extérieure. Les médias israéliens négligent les soutiens médiatique et politiques qu’Israël reçoit, surtout à droite ou à l’extrême droite, ou n’en parlent qu’au moment où ce soutien apparaît perdu, contribuant à accentuer un sentiment qui confine à la paranoïa.

Les incidents antisémites et/ou anti-israéliens sont couverts en détail. Le spectre est large. Sont dénoncés aussi bien des actes manifestement antisémites comme des agressions de Juifs à Milan en juillet ou à Montréal en août, que des appels au boycott d’institutions, d’artistes ou d’intellectuels israéliens. Ainsi, le refus de certains chercheurs français de participer, en septembre, à un colloque au Musée d’Art juif de Paris en raison de la présence d’universitaires israéliens dont la venue est financée par leurs institutions qui apparaissent comme partenaires de l’événement a fait beaucoup de bruit.

Enfin, la presse israélienne est à peu près seule à couvrir le mauvais accueil ou le refus de servir des touristes israéliens, et les Israéliens voyageant beaucoup… Haaretz, journal devenu radicalement critique de la guerre, et très singulier dans le paysage médiatique israélien, couvre lui aussi ces incidents ou agressions, dès le printemps 2024.

Si l’écart entre les couvertures israélienne et internationale du conflit a toujours été grand, il s’agit aujourd’hui d’un gouffre. Les Israéliens et la plupart des Occidentaux (sauf ceux qui ne s’informent qu’à la droite et l’extrême droite) ne vivent simplement pas dans le même monde.

Ce fossé pourra-t-il être comblé ? En tout état de cause, il faudra bien, le jour venu, rendre des comptes, comme le dit Sarit Michaeli, secrétaire générale de Beit Tselem, au terme de ce reportage « micro-trottoir » du Guardian à Tel-Aviv.

En dernier lieu, malgré son coût économique et moral, les élites de l’armée, ainsi que des partis et personnalités politiques prêts à s’allier à Nétanyahou, ont un intérêt à la poursuite de la guerre – ce qui est bien sûr aussi le cas du chef du gouvernement, qui fuit ses procès en cours et rêve de réélection, dans une course folle et criminelle. Dans la guerre, l’armée n’en finit pas de se laver de son aveuglement face aux préparatifs du 7-Octobre par le Hamas, et fait reculer l’établissement d’une véritable commission d’enquête sur le massacre, maintes fois réclamée.

L’impuissance des observateurs étrangers

Ralliement autour du drapeau et de l’uniforme, obsession victimaire, droitisation de la société, effacement du peuple attaqué réduit à un groupe de terroristes actuels ou potentiels, obsession de la critique extérieure, intérêt des élites à la poursuite de la guerre qui peut aussi unir, au moins un temps, une nation en crise : isolés et parfois conjugués, ces facteurs se sont retrouvés dans d’autres moments génocidaires.

Ce qui est singulier, c’est moins le processus lui-même que la croissante attention internationale qu’il reçoit. Bien connue des spécialistes du génocide, l’impuissance des « bystanders », y compris ceux qui s’indignent, n’en est que plus remarquable, et non moins tragique que l’aveuglement de l’opinion israélienne.

The Conversation

Jérome Bourdon ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’opinion israélienne face à Gaza : déni, consentement ou aveuglement ? – https://theconversation.com/lopinion-israelienne-face-a-gaza-deni-consentement-ou-aveuglement-266110

Sharjah, une « ville ordinaire » dans le Golfe ?

Source: The Conversation – in French – By Roman Stadnicki, Maître de conférences HDR en géographie, membre de l’Equipe Monde Arabe et Méditerranée (Laboratoire CITERES) & chercheur associé au Centre Français de Recherche de la Péninsule Arabique (CEFREPA, Koweït), Université de Tours

Front de mer d’Al-Majaz à Sharjah.
Stadnicki/2023, Fourni par l’auteur

Gratte-ciel le plus haut du monde, pistes de ski dans des centres commerciaux en plein désert… Les Émirats arabes unis sont connus pour leurs projets urbains hors norme et leur goût pour la démesure. Sharjah, troisième ville la plus peuplée du pays après Dubaï et Abu Dhabi, a opté pour un chemin différent.


Sharjah, avec ses presque deux millions d’habitants, est-elle un « anti-Dubaï », comme le suggère Marc Lavergne, l’un des rares géographes français à s’y être intéressé ?

Agglomérée à la capitale économique des Émirats arabes unis, mais séparée d’elle par une frontière administrative – Sharjah est l’un des sept émirats de la fédération des Émirats arabes unis, dirigé par Sultan bin Mohamed Al-Qasimi depuis 1972 – et surtout symbolique, elle semble en effet, selon Marc Lavergne, explorer une autre voie « qui ne s’exprime pas tant dans l’urbanisme, l’architecture ou la banalisation du luxe que dans les attitudes sociales, elles-mêmes encouragées par le souverain, en phase avec l’héritage culturel et social ainsi qu’avec la condition matérielle de son émirat ».

Cité portuaire et industrielle (sans pétrole), modeste aujourd’hui, mais capitale déchue d’un empire maritime hier (soit avant l’essor de Dubaï et d’Abu Dhabi au XXe siècle), Sharjah fait de la culture et de l’éducation les axes forts de sa politique depuis plusieurs décennies, c’est-à-dire bien avant l’implantation d’universités étrangères et de musées internationaux ailleurs dans le Golfe.

Les politiques urbaines qui s’appliquent aujourd’hui largement dans cette région, et qui visent à resserrer les liens communautaires et identitaires face au multiculturalisme et à la mondialisation, autour du développement de « musées-racines » ou de projets de Heritage villages dédiés aux histoires nationales, ne sont-elles pas aussi le fait d’une inspiration portée plus discrètement mais depuis plus longtemps par Sharjah ? La ville a par exemple organisé en mars 2025 la 22ᵉ édition des Heritage Days, un événement populaire qui vise à promouvoir ses traditions pré-pétrolières.

Les villes secondaires n’exercent-elles pas une influence propre sur les métropoles, à l’encontre des idées reçues relatives à un prétendu « modèle Dubaï », qui fonctionnerait comme une grille explicative de toutes les configurations urbaines de la région et qui se reproduirait à l’envi dans le Golfe et même au-delà, au fur et à mesure que s’étend le rayonnement de ses promoteurs et investisseurs et que se développe la ville-spectacle ?

Célébration du désert lors des Heritage Days de mars 2022 à Sharjah.
Roman Stadnicki, Fourni par l’auteur

Contre le « modèle Dubaï »

Mais sommes-nous, dans le cas de Sharjah, réellement dans l’anti-modèle, ou bien dans l’expression d’une modernisation prudente, marquée par un rapport ambivalent au modèle métropolitain de Dubaï ? Trois stratégies de singularisation sont à relever : une forme de conservatisme ; la mise en valeur de l’art ; et le renouveau institutionnel-urbain.

En premier lieu, l’attitude conservatrice se retrouve dans un respect des traditions islamiques plus marqué que dans les émirats voisins (nombre important de mosquées, fermeture de la plupart des restaurants pendant le ramadan, conservation du vendredi comme jour chômé, consommation d’alcool interdite), mais aussi dans la volonté des acteurs politiques locaux de protéger la ville des excès de la mondialisation, afin d’éviter qu’elle soit « noyée dans la culture globale », comme le craignait un conseiller de l’Émir interrogé en 2022 par l’auteur de ces lignes.

« Trop de globalisation » tend inévitablement vers la superficialité et la perte d’identité, d’après ce dernier, qui s’est dit inquiet de la tendance actuelle des Émirats consistant à vouloir faire tenir ensemble, dans un même projet de territoire national, « la culture, le patrimoine, l’entertainment et la modernité ». Il prônait alors une forme de patriotisme local ainsi que des « relations culturelles profondes », comme celles qu’a nouées l’Émirat de Sharjah avec le continent africain, via l’Africa Institute notamment. Là sont les clés pour que Sharjah demeure, selon ses vœux, « une ville arabo-islamique cosmopolite ».

En deuxième lieu, l’Émirat investit dans l’art et la culture depuis le début des années 1990, notamment à travers la Sharjah Art Foundation qui organise la Biennale d’art contemporain. À cet événement culturel majeur s’ajoutent la Foire internationale du livre organisée chaque année depuis 1982 et, depuis 2013, le Festival international du cinéma pour la jeunesse, ainsi que l’ouverture d’une douzaine de musées et galeries dans la ville qui participent à l’animation du secteur Heart of Sharjah. La Sharjah Art Foundation implique directement la famille régnante et est dirigée par Hoor Al-Qasimi, fille de l’Émir. Sharjah se positionne ainsi sur une scène mondialisée tout en attirant des flux d’acteurs et d’amateurs à fort capital culturel.

Sharjah laisse ainsi à Dubaï, arrivée plus tardivement sur le « marché de l’art » (Art Dubai Fair depuis 2007, inauguration du quartier artistique Alserkal Avenue dans d’anciens entrepôts industriels d’Al-Quoz en 2008), la partie strictement commerciale.

En troisième lieu, un renouveau institutionnel est à relever en matière d’urbanisme. Ce phénomène se manifeste notamment par l’augmentation de parts de marché acquises ces dernières années par l’entreprise publique Shurooq, fondée au début des années 2010 et dirigée par l’autre fille de l’Émir, Bodour Al-Qasimi. À travers l’élargissement de son champ d’action, qui va désormais de la réhabilitation du centre-ville aux nouveaux projets de gated communities périurbaines, en passant par le développement d’espaces publics (parcs Al-Muntaza et Al-Rahmaniyah, promenades Al-Majaz et Qasba) et de resorts touristiques sur la côte Est de l’Émirat (grâce à ses exclaves Kalba et Khor Fakkan, Sharjah est le seul des sept Émirats de la Fédération à regarder à la fois le golfe Persique et le golfe d’Oman), Shurooq assume le redéploiement de l’État dans toutes les sphères de l’aménagement du territoire.

La montée en puissance de l’entreprise est justifiée, d’après une cadre dirigeante que nous avons interrogée en 2023, par la nécessité de réguler le secteur de l’immobilier, jusque-là aux mains d’acteurs privés, d’installer un intermédiaire entre la population et l’État pour toutes les questions d’aménagement et d’urbanisme, ou encore de renforcer les liens avec toutes les autres institutions publiques en charge du territoire. Shurooq cherche donc à se placer au cœur du système institutionnel, à incarner autant la vision de l’Émir – ne pas basculer dans le « tout-commercial » et « garder ses racines » ainsi que le souci du « bien commun » et de la « croissance progressive », dans les termes de la cadre dirigeante – que les besoins de la population.

La démolition de l’urbanisme moderniste passablement délabré, pourtant déjà bien engagée à Sharjah, au profit d’un « master plan romantique et authentique » promis généralement par les promoteurs, n’est ainsi « pas souhaitable » selon cette femme qui reconnaît un attachement de la population à ce patrimoine récent, ainsi que le déploiement d’une « vie organique » en ces lieux ; « tout ne peut pas être planifié », insiste-t-elle à rebours des « visions stratégiques » descendantes de l’aménagement s’appliquant en général dans le pays.

L’entreprise Shurooq est malgré tout amenée à faire des compromis en s’associant, sous la forme de joint-ventures, à des promoteurs privés performants des Émirats arabes unis (Eagles Hills pour le projet d’aménagement de l’île Maryam et Diamond pour le nouveau quartier Sharjah Sustainable City, par exemple). Mais alors que la responsable rencontrée reconnaissait que Shurooq pouvait manquer d’expertise à ses débuts, ce qui justifiait ces partenariats, elle estime que son entreprise est désormais pleinement compétente et légitime pour porter seule des projets urbains sur le territoire de l’Émirat, sans toutefois réprouver ces partenariats public/privé en cours.

Tournant immobilier

Cette triple stratégie, conservatrice, artistique et institutionnelle, a tendance à distinguer Sharjah du reste des villes émiriennes, et même parfois à susciter l’admiration de certains acteurs urbains du pays. Un fonctionnaire du Département des Municipalités et des Transports d’Abu Dhabi nous exprimait ainsi en 2023 son intérêt pour le modèle de développement de Sharjah, soutenu par un Émir « lumineux », où « tout n’est pas régi par l’argent ».

Mais cette distinction s’estompe sur d’autres aspects du développement actuel de Sharjah. Frontalière de Dubaï, elle constitue un débouché naturel de la poussée métropolitaine dubaïote. Alors que la ville a longtemps tiré ses revenus de l’hébergement des travailleurs expatriés (employés à Dubaï mais aussi sur le port industriel de Hamriyah situé entre Sharjah et Ajman), ressource « peu valorisante », elle peut désormais doper son économie immobilière, sur un segment à plus forte valeur ajoutée : en 2023, l’Émirat de Sharjah a connu un essor remarquable de ses activités immobilières. Le total des transactions a dépassé les 19 milliards de dirhams émiratis (AED) (soit 4,8 milliards d’euros environ), marquant une augmentation significative de 14,6 % par rapport à l’année précédente. Des investisseurs de 97 nationalités différentes ont en outre participé au marché immobilier de l’Émirat au cours de la même année.

Les citoyens émiriens, en particulier, ont investi 11,1 milliards d’AED (2,8 milliards d’euros) dans 15 857 propriétés.

Non seulement les derniers produits livrés à Sharjah ressemblent de plus en plus à ceux de Dubaï – le cas de Sharjah Sustainable City, duplication de Dubai Sustainable City par le promoteur Diamond (associé à Shurooq pour le cas de Sharjah), en est un bon exemple –, mais les promoteurs de Sharjah viennent aussi pénétrer l’espace dubaïote.

Ainsi, en mars 2022, les deux promoteurs privés Arada et Alef ont occupé l’entrée principale du mall de Dubaï Festival City avec des maquettes géantes et des petits espaces de vente. La clientèle de Sharjah, coutumière de ces lieux, est principalement visée et, avec elle, les investisseurs refroidis par la flambée des prix à Dubaï, ainsi que, de plus en plus, la clientèle internationale qui pourrait supporter un léger décentrement par rapport à l’axe Dubaï/Abu Dhabi à condition de pouvoir accéder à des produits immobiliers offrant les mêmes standards à des tarifs inférieurs.

C’est à cette dernière clientèle que s’adressait prioritairement la chargée de communication du projet Hayyan (Alef), une gated community en construction à l’extrême sud de Sharjah, rappelant aux clients du mall qu’elle interceptait la possibilité offerte par la loi émirienne de revendre un bien acheté sur plan avant livraison du projet. Son homologue d’Arada, quant à lui, vantait les mérites de la nouvelle centralité urbaine Aljada, dont le slogan est « The new downtown of Sharjah » (voir ci-dessous), auprès des étudiants de Sharjah à qui leurs parents pourraient offrir un appartement dans ce nouveau quartier situé à proximité de l’Université américaine de Sharjah, la première des institutions académiques fondées sur le modèle américain dans le Golfe, ouverte depuis 1997.

Ces logiques de développement immobilier qui s’imposent aujourd’hui à Sharjah sous l’effet de la proximité de Dubaï remettront-elles en question, à terme, les velléités de distinction de cette ville secondaire des Émirats arabes unis ayant fait le choix revendiqué de la modernité prudente ? Sharjah connaîtra-t-elle elle-même cet effet de mimétisme puis de saturation ?

Ces interrogations, suscitées par la rapidité de la poussée urbaine dans le nord du pays ainsi que par les rapports complexes entre les métropoles Abu Dhabi et Dubaï et les villes secondaires satellisées et parfois même inféodées, justifient de poursuivre l’investigation de Sharjah.

Seule la mise en perspective de toutes les échelles territoriales permettra d’éclairer le fonctionnement des systèmes urbains dans le Golfe et d’en mettre au jour les différenciations socio-spatiales, au-delà d’une apparente homogénéité dans l’application locale des normes de la mondialisation économique.

En raisonnant à la manière de Jennifer Robinson, qui incite à varier les référents géographiques de la recherche urbaine internationale, Sharjah incarnerait un certain « ordinaire » golfien – divers, connecté et même contesté – qui a trop peu retenu l’attention des chercheurs, dont l’une des missions est pourtant de combler le vide représentationnel et la faible historicité.

L’importance des rapports transnationaux « Sud-Sud » qui caractérisent la ville depuis sa formation ; les contradictions générées par la cohabitation des attitudes conservatrices et des volontés d’ouverture ; l’organicité de la vie urbaine dans des territoires quotidiens cosmopolites assez faiblement contrôlés apparus en marge d’un urbanisme par projet plus fortement encadré ; tout cela invite non seulement à désexceptionnaliser le Golfe urbain, mais aussi à voir en Sharjah un archétype possible de la confrontation des modernités urbaines contemporaines.


Ouvrage de Roman Stadnicki à paraître en 2026 : Au-delà de Dubaï. Projeter et produire la ville moderne dans le monde arabe, Éditions de l’Aube, collection « Bibliothèque des territoires ».

The Conversation

Roman Stadnicki a reçu des financements du programme ANR Spacepol : https://spacepol.hypotheses.org/.

ref. Sharjah, une « ville ordinaire » dans le Golfe ? – https://theconversation.com/sharjah-une-ville-ordinaire-dans-le-golfe-266207

L’électronique de puissance : méconnue mais omniprésente et source de toujours plus de déchets électroniques

Source: The Conversation – in French – By Tanguy Phulpin, Maitre de Conférence, en gestion de l’énergie électrique, CentraleSupélec – Université Paris-Saclay

C’est l’une des clés de voûte invisibles – mais omniprésentes – de la transition énergétique : l’électronique de puissance, qui convertit l’électricité sous une forme exploitable par toute la diversité d’équipements électriques et électroniques. C’est elle qui permet de recharger son smartphone, d’allumer une pompe à chaleur, ou encore d’injecter l’électricité éolienne et solaire dans le réseau. Mais, avec la multiplicité des usages, nous faisons aujourd’hui face à des problèmes de soutenabilité. Quid de tous ces composants, difficiles à réparer, à réutiliser et à recycler ? Peut-on limiter les impacts environnementaux liés à la technologie et à nos besoins croissants en énergie ?


L’un des leviers de la transition énergétique et de la décarbonation de l’économie&nbsp est l’électrification de nos usages. Les véhicules électriques, par exemple, émettent pendant leur utilisation moins de polluants et de gaz à effet de serre (GES) que leurs équivalents à moteurs thermiques.

L’électricité n’est toutefois pas une source d’énergie en tant que telle, mais un vecteur d’énergie, comme l’énergie chimique contenue par les hydrocarbures, qui est libérée lors de leur combustion. Contrairement à celle-ci toutefois, il s’agit d’une forme d’énergie qu’on retrouve peu à l’état naturel (hormis peut-être lors des orages).

Un des enjeux clés est donc de produire l’électricité à partir de sources décarbonés : aujourd’hui encore, près de 60 % de l’électricité mondiale est produite à partir d’énergies fossiles. Mais ce n’est pas là le seul défi de la transition. Pour électrifier l’économie, il faut aussi déployer massivement les usages (par exemple la mobilité électrique) et renforcer la résilience du réseau électrique.

Ceci repose sur des technologies de pointe. Parmi ces technologies, l’électronique de puissance, qui permet de convertir l’électricité sous une forme exploitable par les différents appareils, joue un rôle clé qu’il convient de décrire, tant à travers son fonctionnement qu’à travers les enjeux énergétiques et écologiques qui lui sont associés.

L’électronique de puissance, maillon clé de la transition

L’électronique de puissance, mal et peu connue du grand public, est pourtant omniprésente dans notre quotidien. Il s’agit des dispositifs électroniques utilisés pour convertir l’énergie électrique, à tous les niveaux de la chaîne : par exemple sur les lignes électriques pour les changements de tension, pour le chargement des véhicules électriques, sans oublier les chargeurs de nos téléphones mobiles et ordinateurs portables.

Diversité des applications (en termes de puissance et de taille) utilisant de l’électronique de puissance.
Fourni par l’auteur

Pour les chargeurs, l’électronique de puissance permet de transformer le courant alternatif (AC) du réseau électrique en courant électrique continu pour alimenter les batteries. Elle permet également la réalisation d’onduleurs pour l’opération inverse : la transformation de courant continu en courant alternatif.

Les applications des onduleurs sont très nombreuses : ils permettent d’intégrer les sources renouvelables (photovoltaïque, éolien…) sur le réseau électrique. Ils sont également essentiels au chargement des véhicules électriques, au fonctionnement des pompes à chaleur et des climatiseurs, des produits électroménagers tels que les réfrigérateurs, les machines à laver, etc.

En réalité, la quasi-totalité des équipements électriques comprennent un, voire souvent plusieurs convertisseurs d’électronique de puissance, et cela à toutes gammes de puissances électriques :

  • pour les plus faibles puissances, de l’ordre de quelques dizaines de watts (W) pour charger un smartphone par exemple,

  • pour les puissances intermédiaires, de l’ordre de quelques dizaines de kW pour recharger un véhicule électrique ou injecter sur le réseau la production de panneaux solaires photovoltaïques,

  • jusqu’à celles de plusieurs mégawatts (MW), par exemple pour convertir en électricité l’énergie générée par une éolienne, ou pour alimenter les moteurs d’un TGV ou alimenter un data center.

La diversité des applications et des niveaux de puissance requis a conduit à développer une très grande diversité de produits d’électronique de puissance, optimisés pour chaque contexte.

Traditionnellement, ces enjeux de recherche et développement (R&D) concernent l’amélioration du rendement énergétique (pour limiter les pertes et augmenter les performances), l’augmentation de la densité de puissance (afin de réduire le poids et le volume des appareils), ou encore l’amélioration de leur fiabilité et de leur durée de vie. Mais avec l’explosion des usages électriques, l’électronique de puissance fait désormais face à des enjeux environnementaux et sociaux.

En effet, l’approvisionnement en matières premières critiques est sous le coup de tensions géopolitiques, tandis que leur extraction peut être source de pollutions et de dégradation des écosystèmes naturels.

Les efforts investis pour décarboner la société ne doivent néanmoins pas être considérés uniquement à travers les seules émissions de GES. Pour prévenir et limiter les transferts d’impacts (lorsque la diminution d’un impact environnemental sur une étape du cycle de vie d’un produit implique des effets négatifs sur un autre impact ou une autre étape), il faut tenir compte des autres indicateurs environnementaux, telles la disponibilité des ressources critiques ou encore la dégradation de la biodiversité.




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Des matériaux difficiles à réparer et à recycler

On l’a vu, l’électronique de puissance recoupe une large gamme d’applications et de puissances. De ce fait, elle est constituée d’une grande diversité de matériaux et de composants : on retrouve ainsi dans les composants constituants les convertisseurs de base plus de 70 matériaux différents.

Composition typique des éléments d’électronique de puissance. En vert, on retrouve les matériaux les plus recyclables, jusqu’au noir pour les éléments les moins recyclables.
Thèse de Boubakr Rahmani, Fourni par l’auteur

Par exemple, du silicium pour les composants semi-conducteurs, des matériaux ferreux ou alliages à base de néodyme ou nickel pour les composants magnétiques, de l’aluminium ou tantale pour les condensateurs, des époxys ou polyamides non dégradables pour les circuits imprimés (PCB) ou encore des larges pièces en aluminium faisant office de radiateurs (pour évacuer de la chaleur produite par la conversion électrique). Certains de ces matériaux sont considérés comme des matériaux critiques et/ou stratégiques, associés à de forts enjeux environnementaux, économiques, sociaux voire géopolitiques.

Le problème tient aussi à leur recyclabilité : spécialisés pour un usage donné, les produits d’électronique de puissance peuvent être plus difficiles à réparer et souvent jetés en fin de vie. L’électronique de puissance contribue ainsi à l’augmentation de la quantité de déchets électroniques à gérer dans le monde, avec quelque 62 millions de tonnes atteintes en 2022. À l’heure actuelle, moins de 20 % sont collectés et traités.

La gestion des déchets issus de l’électronique de puissance, en fin de vie, constitue ainsi un problème qui se surajoute aux tensions d’approvisionnement en matières premières critiques et à l’impact environnemental de leur extraction. Pour les minimiser, il faut agir à toutes les étapes du cycle de vie, en particulier leur conception et leur fin de vie.

Rendre l’électronique de puissance plus soutenable

La communauté des experts techniques du domaine travaille ainsi à l’amélioration de la soutenabilité des équipements électroniques, et en particulier les convertisseurs.

En particulier, le groupe de travail Convertisseurs électroniques de puissance plus soutenables (CEPPS) du groupement de recherche Systèmes d’énergie électrique dans leurs dimensions sociétales (SEEDS) du CNRS, dont nous faisons partie, s’interroge sur les possibles transferts d’impacts d’une électrification massive sans repenser nos usages et nos besoins.

En effet, l’électrification engendre la production de toujours plus d’appareils électriques pour répondre à la croissance permanente des besoins énergétiques de notre société. Ce constat devrait nous inciter, en premier lieu, à modérer ces besoins en misant davantage sur la sobriété énergétique.

Une autre question, plus délicate pour cette industrie, tient à sa quête effrénée de la performance et de la miniaturisation. Ne faudrait-il pas plutôt changer les priorités de la conception ? Par exemple, en visant l’allongement de la durée de vie ou la mise en œuvre de pratiques plus circulaires, qui permettent notamment de favoriser le recyclage ? Ce dernier point peut passer par une amélioration de la réparabilité, de l’aptitude au désassemblage et par une homogénéisation des composants et des matériaux utilisés dans les appareils.

Les experts techniques en électronique de puissance que nous sommes le reconnaissent : notre communauté ne pourra résoudre tous les problèmes évoqués précédemment. C’est pourquoi nous pensons qu’il est important d’interroger les choix de société : modèles de consommation bien sûr, mais également des choix technologiques. Or, ces derniers sont réalisés par une seule partie des acteurs de la filière, alors qu’il faudrait inclure non seulement les ingénieurs, les fabricants et les législateurs, mais également les consommateurs, sans oublier d’adopter le regard des sciences humaines et sociales.

Cela implique aussi de mieux former le grand public aux systèmes énergétiques et notamment électriques. Celui-ci doit s’approprier pleinement tant leur fonctionnement scientifique et technique que les grands défis qui y sont associés.




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The Conversation

Jean-christophe Crebier a reçu des financements publics de l’ANR et de l’Europe en lien direct avec le sujet via les projets VIVAE, EECONE et ARCHIMEDES.

Pierre Lefranc a reçu des financements de l’ANR pour le projet VIVAE portant sur l’éco-conception en électronique de puissance.

Florentin Salomez, Hugo Helbling, Marina Labalette, Murielle Fayolle-Lecocq et Tanguy Phulpin ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. L’électronique de puissance : méconnue mais omniprésente et source de toujours plus de déchets électroniques – https://theconversation.com/lelectronique-de-puissance-meconnue-mais-omnipresente-et-source-de-toujours-plus-de-dechets-electroniques-266012

Ultrafast-fashion et grands magasins : un pacte dangereux pour les consommateurs et la planète

Source: The Conversation – in French – By Aurore Bardey, Professeur Associé en Marketing, Burgundy School of Business

Le fabricant d’ultra fast-fashion Shein, qui jusque-là vendait en ligne, arrive dans plusieurs grands magasins. Quel impact cela aura-t-il sur les consommateurs ? À qui profitera cette nouvelle association ? Au géant chinois ? ou aux enseignes tricolores ?


Le 1er octobre 2025, la Société des grands magasins (SGM) a officialisé son partenariat avec Shein : un premier « shop-in-shop » Shein ouvrira au BHV Marais et dans cinq Galeries Lafayette de province. Le groupe Galeries Lafayette s’est immédiatement désolidarisé de cette décision, évoquant un désaccord « contractuel et de valeurs » avec ces magasins franchisés.

Cette annonce a aussitôt déclenché un tollé : marques françaises, militants écologistes et universitaires dénoncent une mésalliance entre l’ultra fast-fashion et le temple du luxe que sont les Galeries Lafayette. Et leurs inquiétudes ne sont pas infondées, car ce rapprochement soulève des enjeux majeurs pour les consommateurs, pour les enseignes et pour la planète. Afin de les comprendre, il faut d’abord revenir à ce qu’est l’ultra fast-fashion.

Le diable s’habille en fast-fashion ?

L’ultra fast-fashion représente l’aboutissement extrême d’un modèle déjà décrié. Elle repose sur une accélération inédite des cycles de production : des milliers de nouveaux modèles mis en ligne chaque jour, conçus et écoulés à une vitesse record. En 2023, Shein proposait jusqu’à 10 000 références quotidiennes. Derrière ce chiffre vertigineux se cache un système profondément délétère.




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Car l’industrie de la mode figure parmi les secteurs les plus polluants au monde. Elle contribue massivement au changement climatique, à la surexploitation des ressources naturelles et à la pollution globale. Elle serait responsable de 8 % à 10 % des émissions mondiales de CO2 et de près de 20 % des eaux usées industrielles. Sa production textile consomme environ 93 milliards de mètres cubes d’eau par an, soit 4 % des prélèvements mondiaux en eau douce. À l’autre bout de la chaîne, chaque année, environ 92 millions de tonnes de déchets textiles sont générés, dont moins de 1 % est recyclé en nouveaux vêtements.

Pourtant, le marketing de ces enseignes se moque de ces impacts. L’objectif de ces dernières est clair : non pas répondre à un besoin réel, mais créer de nouveaux besoins pour pousser les consommateurs à acheter toujours plus, toujours plus vite. Or, si l’on interroge les motivations d’achat, le constat est sans appel : le prix reste le critère numéro un. Dans un contexte d’inflation et de budgets contraints, l’enjeu pour beaucoup est d’être stylé sans se ruiner. Les études montrent que cette sensibilité au prix dépasse de loin les considérations éthiques ou environnementales, même chez les consommateurs qui se disent préoccupés par la durabilité.

Cette logique séduit particulièrement les jeunes générations, qui veulent accéder immédiatement à des vêtements tendance pour un faible coût. De plus, l’ultra fast-fashion s’appuie sur des outils numériques puissants pour stimuler la consommation : promotions éclair, notifications permanentes, mises en scène de la rareté… autant d’incitations qui encouragent l’achat impulsif. Ces pratiques, aujourd’hui dénoncées par les régulateurs européens, ne sont pas sans conséquence : elles alimentent la compulsion d’achat et fragilisent notre santé mentale.

Le coût psychologique : dissonance et insatisfaction

Porter des vêtements associés à la pollution ou au travail forcé ne relève pas d’un geste anodin : cela peut provoquer une tension psychologique définie comme la théorie de la dissonance cognitive. Beaucoup de consommateurs affirment vouloir adopter une consommation responsable, mais continuent malgré tout d’acheter des vêtements de fast-fashion. Ce décalage, génère souvent culpabilité, insatisfaction et même regret post-consommation.

Des recherches expérimentales confirment ce mécanisme. Porter un T-shirt présenté comme durable entraîne un meilleur bien-être psychologique. À l’inverse, la quête compulsive de nouveaux vêtements, alimentée par la fast-fashion, entretient un cycle d’insatisfaction chronique. Les recherches sur le matérialisme soulignent que ce rapport consumériste est négativement corrélé au bien-être.

Mais il existe une autre voie. Les travaux récents sur le minimalisme vestimentaire montrent qu’une réduction volontaire de la consommation améliore le bien-être. Nous avons par exemple observé que la création d’une garde-robe capsule réduit la charge cognitive des choix quotidiens et augmente la satisfaction de vie. Ces résultats rejoignent d’autres études sur le détachement matériel et la simplicité volontaire, qui mettent en évidence une association positive avec la satisfaction de vie.

En clair, consommer moins, et surtout réduire l’accumulation de vêtements, n’est pas une privation. C’est, au contraire, une source de liberté et de mieux-être. Ainsi, l’ultra fast-fashion se révèle doublement néfaste puisqu’à la fois elle nuit à la planète et fragilise aussi notre santé psychologique.

Quand la fast-fashion salit l’univers du luxe

Au-delà de ses effets psychologiques sur les consommateurs, l’alliance de Shein et de SGM menace également l’identité des enseignes concernées. Car le luxe ne se réduit pas à un prix élevé. Il repose sur un univers de valeurs et de symboles, combinant la rareté (offres limitées et exclusives), la qualité exceptionnelle (savoir-faire, matériaux nobles) et une forte valeur symbolique (statut social, identité). Acheter du luxe, ce n’est pas seulement acquérir un objet, c’est accéder à un monde de significations et d’émotions.

Ainsi, lorsqu’un consommateur entre aux Galeries Lafayette, il n’attend pas seulement un produit, mais une expérience : élégance, distinction, voire un instant de rêve. Alors que le groupe Galeries Lafayette parisien revendique une identité haut de gamme, son partenaire SGM choisit d’accueillir une enseigne d’ultra fast-fashion, introduisant une contradiction d’image au cœur même du réseau. Celui qui entre pour vivre une expérience de rareté et d’exception se retrouve face à la banalité d’une offre associée à la surconsommation et aux controverses environnementales et sociales.

France 24, 2025.

Cela peut provoquer trois réactions principales :

  • de la déception (l’expérience ne correspond plus à l’image attendue) ;

  • de la culpabilité (acheter chez Shein dans un lieu prestigieux accentue la contradiction entre valeurs et comportements) ;

  • une perte de confiance : l’enseigne accueillante est perçue comme ayant sacrifié son identité pour des raisons économiques.

En somme, cette alliance ne fragilise pas seulement les marques au plan marketing. Elle transforme aussi profondément l’expérience vécue par les consommateurs, au risque de briser le contrat symbolique qui faisait la force du luxe français.

Et notre porte-monnaie dans tout ça ?

À première vue, l’arrivée de Shein dans des lieux aussi emblématiques que les Galeries Lafayette pourrait sembler une bonne nouvelle pour de nombreux consommateurs. La marque incarnerait ainsi ce que beaucoup de consommateurs recherchent : être stylé sans se ruiner. Mais les achats répétés, souvent impulsifs, finissent par gonfler le budget mode global.

Plutôt que d’alimenter cette spirale de surconsommation, deux options offrent une réponse à la fois économique, écologique et psychologique : la seconde main et acheter moins mais mieux.

Ces comportements alternatifs rétablissent la cohérence entre valeurs et consommation, un facteur clé de bien-être. À l’inverse, céder à l’ultra fast-fashion entretient une contradiction douloureuse : se dire préoccupé par l’avenir de la planète tout en soutenant un modèle destructeur.

Choisir la seconde main ou le minimalisme vestimentaire, c’est donc à la fois alléger son empreinte écologique et retrouver du sens dans ses choix de vie. À l’inverse, l’alliance Shein-SGM cristallise les dérives d’un modèle, qui cherche à vendre toujours plus vite, au prix de la valeur symbolique des grands magasins, mais aussi de notre bien-être individuel et collectif.

The Conversation

Aurore Bardey ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Ultrafast-fashion et grands magasins : un pacte dangereux pour les consommateurs et la planète – https://theconversation.com/ultrafast-fashion-et-grands-magasins-un-pacte-dangereux-pour-les-consommateurs-et-la-planete-267036

Ethiopia has struggled to build national unity: can its big new dam deliver it?

Source: The Conversation – Africa (2) – By Namhla Thando Matshanda, Associate Professor, Department of Political Sciences, University of Pretoria

The formal launch of Ethiopia’s Grand Ethiopian Renaissance Dam in September 2025 made news across the world. There was pomp and ceremony as Africa’s largest hydroelectric dam was officially inaugurated after 14 years and US$5 billion worth of project work.

The project’s completion fulfils a national dream long in the making. It was formally initiated by the late Meles Zenawi, who served as president of Ethiopia from 1991 to 1995 and as prime minister from 1995 until his death in 2012. But the idea of a dam on the Ethiopian Nile dates back even further. As early as the 1950s, Emperor Haile Selassie recognised the potential of a dam for Ethiopia’s developmental needs.

This vision has occupied the Ethiopian national imagination since then. That is why Ethiopians celebrated the launch as a significant national achievement. Prime Minister Abiy Ahmed hailed the dam as a “shared opportunity” for the region, which stands to gain from surplus electricity exports. The dam’s opening was also celebrated with street processions across the country.

The completion of the dam is a major achievement. As a hydropower source, it is expected to deliver practical benefits such as electricity supply to a large number of Ethiopians. More than that, the dam is also being used to galvanise national pride and unity.

As a scholar of African politics with an interest in Ethiopia and the Horn of Africa, my work has focused on the challenges of constructing national unity and inclusion in Ethiopia.

It is not surprising that the government has seized this moment. National pride and unity have been low in Ethiopia in recent years.

The quest for national cohesion has occupied Ethiopian state builders stretching back from the imperial state up until the present period. Previous attempts proved to be largely symbolic, however, with limited transformative power.

The Grand Ethiopian Renaissance Dam risks falling into the same pattern. Its inauguration comes in the aftermath of a largely unresolved conflict in Tigray, and amid intense political fragmentation and ongoing civil wars in Ethiopia. When the war with Tigray ended, others erupted in different parts of the country, most notably in the Amhara and Oromo regions.

Elusive national unity

Ethiopia is a diverse country of over 120 million people. It comprises multiple ethnic, linguistic and religious groups.

Over 80 languages are spoken, with Amharic as the lingua franca. The largest ethnic groups correspond with the most widely spoken languages: Oromiffa, Amharic, Tigrinya and Somali.

Since the late 19th century, various leaders have attempted to construct a nation alongside the state. A state comes into being with the determination of borders and international recognition. Crafting a nation is different. It is the process of establishing a sense of common identity and purpose among the inhabitants of a state. The process of nation-making has been violently contested and fraught in Ethiopian political history.

The results of this contested history can show up in the most unlikely places. For instance, the grand opening of the dam was timed to fall in the month of Meskerem (September). It came a few days before the Ethiopian new year – Enkutatash – which is celebrated on 11 September. This holiday is a major event in the Ethiopian calendar and is usually marked by national celebrations.

However, the holiday is rooted in Ethiopian Orthodox traditions. It carries huge symbolism for at least one particular group – Ethiopia’s Orthodox Christians, who are just over 43% of the population. But others could have felt excluded by this choice.

This has not dissuaded those in power, throughout history, from using such symbolic events and occasions to foster a sense of national unity.

Symbolic nationalism

The imperial regime of Haile Selassie made concerted efforts to unite the nation following the Italian occupation of 1935. At this time, state sovereignty was compromised, with some sections of the country still under foreign occupation. The country was divided between those that resisted the occupation and those who collaborated with the Italians.

To build legitimacy and unity, the emperor turned to the heroic efforts of the patriotic resistance against the Italian occupation as a source of national pride. He also engaged in a policy of state modernisation. One of the key developments from this period was the establishment of Ethiopian Airlines in 1945.

The airline has been highly successful – and profitable. It has contributed to strengthening the Ethiopian brand. But it has not in any visible measure delivered long-term national unity and prevented political violence in Ethiopia.

The post-1991 government also made use of symbols and events to foster national unity. Amid growing concerns about where the ruling coalition was taking the country, in the lead up to the year 2007 (2000 according to the Ethiopian calendar), the government organised millennium celebrations. These captured the nation’s imagination and provided temporary respite from political tensions. Indeed, the initial name of the Grand Ethiopian Renaissance Dam was the Millennium Dam.

What these symbolic attempts managed to achieve is short-lived national pride. They also drew attention away from the structural challenges facing the country.

What is needed to achieve long-term national unity

Ethiopia must come to terms with the deep-seated issues of inequality, historical and contemporary grievances of exclusion and marginalisation. These are the key drivers of recurring cycles of political violence. The country needs to have honest conversations, in non-partisan platforms.

The National Dialogue that is currently underway is a good place to start. The process was launched in 2022 to address key national questions thrown up in part by the disastrous Tigray war. The dialogue seeks to create conducive conditions for national consensus on the root causes of divisions in the country.

National dialogues are useful tools that have been used in diverse national contexts for the purpose of conflict transformation and addressing internal conflicts. These have potential to yield positive results if they are inclusive and have clear implementation plans.

There are fears, however, that the dialogue might be undermined by the Ethiopian government, especially in light of elections in 2026. The government might use the national dialogue to advance its position and present itself in a positive light in relation to its political opponents.

If the National Dialogue fails to achieve its intended objectives, then it will be left to the different communities in Ethiopia to organise their own non-partisan platforms where they can have these urgent national conversations. Here, they would need to find consensus on key areas of national concern and collectively seek solutions. In so doing, Ethiopians would have taken significant steps towards nation building.

The Conversation

Namhla Thando Matshanda receives funding from the National Research Foundation.

ref. Ethiopia has struggled to build national unity: can its big new dam deliver it? – https://theconversation.com/ethiopia-has-struggled-to-build-national-unity-can-its-big-new-dam-deliver-it-265630

What AI-generated Tilly Norwood reveals about digital culture, ethics and the responsibilities of creators

Source: The Conversation – Canada – By Ramona Pringle, Director, Creative Innovation Studio; Associate Professor, RTA School of Media, Toronto Metropolitan University

Imagine an actor who never ages, never walks off set or demands a higher salary.

That’s the promise behind Tilly Norwood, a fully AI-generated “actress” currently being courted by Hollywood’s top talent agencies. Her synthetic presence has ignited a media firestorm, denounced as an existential threat to human performers by some and hailed as a breakthrough in digital creativity by others.

But beneath the headlines lies a deeper tension. The binaries used to debate Norwood — human versus machine, threat versus opportunity, good versus bad — flatten complex questions of art, justice and creative power into soundbites.

The question isn’t whether the future will be synthetic; it already is. Our challenge now is to ensure that it is also meaningfully human.

All agree Tilly isn’t human

Ironically, at the centre of this polarizing debate is a rare moment of agreement: all sides acknowledge that Tilly is not human.

Her creator, Eline Van der Velden, the CEO of AI production company Particle6, insists that Norwood was never meant to replace a real actor. Critics agree, albeit in protest. SAG-AFTRA, the union representing actors in the U.S., responded with:

“It’s a character generated by a computer program that was trained on the work of countless professional performers — without permission or compensation. It has no life experience to draw from, no emotion, and from what we’ve seen, audiences aren’t interested in watching computer-generated content untethered from the human experience.”

Their position is rooted in recent history: In 2023, actors went on strike over AI. The resulting agreement secured protections around consent and compensation.

So if both sides insist Tilly isn’t human, the controversy, then, isn’t just about what Tilly is, it’s about what she represents.

Complexity as a starting point

Norwood represents more than novelty. She’s emblematic of a larger reckoning with how rapidly artificial intelligence is reshaping our lives and the creative sector. The velocity of change is dizzying, and now the question is how do we shape the hybrid world we’ve already entered?

It can feel disorienting trying to parse ethics, rights and responsibilities while being bombarded by newness. Especially when that “newness” comes in a form that unnerves us: a near-human likeness that triggers long-standing cultural discomfort.

Indeed, Norwood may be a textbook case of the “uncanny valley,” a term coined by Japanese roboticist Masahiro Mori to describe the unease people feel when something looks almost human, but not quite.

But if all sides agree that Tilly isn’t human, what happens when audiences still feel something real while watching her on screen? If emotional resonance and storytelling are considered uniquely human traits, maybe the threat posed by synthetic actors has been overstated. On the other hand, who hasn’t teared up in a Pixar film? A character doesn’t have to feel emotion to evoke it.

Still, the public conversation remains polarized. As my colleague Owais Lightwala, assistant professor in the School of Performance at Toronto Metropolitan University, puts it: “The conversation around AI right now is so binary that it limits our capacity for real thinking. What we need is to be obsessed with complexity.”

Synthetic actors aren’t inherently villains or saviours, Lightwala tells me, they’re a tool, a new medium. The challenge lies in how we build the infrastructures around them, such as rights, ownership and distribution.

He points out that while some celebrities see synthetic actors as job threats, most actors already struggle for consistent work. “We ask the one per cent how they feel about losing power, but what about the 99 per cent who never had access to that power in the first place?”

Too often missing from this debate is what these tools might make possible for the creators we rarely hear from. The current media landscape is already deeply inequitable. As Lightwala notes, most people never get the chance to realize their creative potential — not for lack of talent, but due to barriers like access, capital, mentorship and time.

Now, some of those barriers might finally lower. With AI tools, more people may get the opportunity to create.

Of course, that doesn’t mean AI will automatically democratize creativity. While tools are more available, attention and influence remain scarce.

Sarah Watling, co-founder and CEO of JaLi Research, a Toronto-based AI facial animation company, offers a more cautionary perspective. She argues that as AI becomes more common, we risk treating it like a utility, essential yet invisible.

In her view, the inevitable AI economy won’t be a creator economy, it will be a utility commodity. And “when things become utilities,” she warns, “they usually become monopolized.”

Where do we go from here?

We need to pivot away from reactionary fear narratives, like Lightwala suggests.

Instead of shutting down innovation, we need to continue to experiment. We need to use this moment, when public attention is focused on the rights of actors and the shape of culture, to rethink what was already broken in the industry and allow space for new creative modalities to emerge.

Platforms and studios must take the lead in setting transparent, fair policies for how synthetic content is developed, attributed and distributed. In parallel, we need to push creative institutions, unions and agencies to collaborate in the co-design of ethical and contractual guardrails now, before precedents get set in stone, putting consent, fair attribution and compensation at the centre.

And creators, for their part, must use these tools not just to replicate what came before, but to imagine what hasn’t been possible until now. That responsibility is as much creative as it is technical.

The future will be synthetic. Our task now is to build pathways, train talent, fuel imagination, and have nuanced, if difficult, conversations.
Because while technology shapes what’s possible, creators and storytellers have the power to shape what matters.

The Conversation

Ramona Pringle does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. What AI-generated Tilly Norwood reveals about digital culture, ethics and the responsibilities of creators – https://theconversation.com/what-ai-generated-tilly-norwood-reveals-about-digital-culture-ethics-and-the-responsibilities-of-creators-266564

We tested if a specialised magnetic powder could remove microplastics from drinking water: the answer is yes

Source: The Conversation – Africa (2) – By Riona Indhur, Postdoctoral Research Fellow, Durban University of Technology

Microplastics are the crumbs of our plastic world, tiny pieces that come from bigger items breaking apart or from products like synthetic clothing and packaging. They’re now everywhere. Scientists estimate there are about 51 trillion of these particles floating in the world’s surface waters, and low levels have even been found in South African tap water.

That’s worrying because these particles can carry chemicals and bad bacteria, get eaten by fish and other wildlife, and may end up in our bodies.

We’re water scientists who are looking for ways to solve this problem. In a recent study, we tested a practical fix: two “magnetic cleaning powders” that can attach onto microplastics in water; the combined clumps can then be pulled out using a magnet. These materials are called magnetic nanocomposites (think: very fine powders with special surfaces).

The idea is simple: mix a small dose of powder into the water, let it attract and attach to microplastics, and then use a strong magnet to remove the powder-plastic clusters, leaving cleaner water behind.

Around the world, researchers have tried many different methods to capture microplastics, but our study is among the first to show that magnetic nanocomposites can work effectively not only under laboratory conditions but also in real-world samples, including municipal wastewater and drinking water.

This is the first study to use these specific nanomaterials for microplastic removal, proving both their high efficiency and their practical potential. Most existing filters struggle to catch the smallest plastics, the ones most harmful to health and the environment. The next step is to test these powders on a larger scale and develop simple, affordable systems that households and water treatment plants can use.

How well do the powders work?

In our research we found that the powders were able to remove up to 96% of small polyethylene and 92% of polystyrene particles from purified water. When we tried the same approach in both drinking water and water coming out of a municipal wastewater treatment plant, the results were just as strong. In drinking water the removal was about 94% and in treated wastewater the removal was up to 92%.

Another finding from this study is that the size of the plastic particles matters. The smaller the microplastic, the easier it is for the powders to attach to it, because tiny particles can reach more of the powder’s special “sticky” surface. We saw very good results for small plastics (hundreds of micrometres), but bigger particles (3-5 millimetres) were hardly removed at all. This is because they don’t mix with the powder as well and there’s less surface for the powder to attach onto.

In everyday terms, these magnetic powders are excellent for the small microplastics that are hardest to catch with normal filters.

Now for the big question: why do the powders attach to plastic? Think of it as being like tiny magnets. The powder and the plastics have special surfaces. The powder has parts that are sticky for plastics. This stickiness happens because of different kinds of forces. The plastic and powders have opposite charges which pull them together or allow them to stick together.

The key point is that the powders are engineered or specifically made to grab onto plastics so that microplastics naturally cling to them in water.

Once the powders attach onto the microplastics, we use a strong magnet (magnetic force: 250kg) to pull the powder–plastic clumps out of the water. The plastics are then separated from the powder by washing and filtration, dried, and weighed. This allows us to check how much plastic was removed. The separated powders are regenerated and reused, while the plastics are safely discarded, preventing them from re-entering the water.

We also looked at real-world questions: can you reuse the powders? And are they safe? The powders themselves are made from safe, lab-engineered materials: tiny sheets of carbon and boron nitride (a material also found in cosmetics and coatings) that are coated with magnetic iron nanoparticles. This makes them stable in water, and easy to pull out with a magnet after they’ve captured the microplastics.

After three rounds of use, the tested powders were effective in removing plastics up to 80%. That means you don’t need a new batch of powder every time, which is important for keeping costs down. Treating 1,000 litres of water with this method costs about US$41 (R763), making it competitive with many existing treatment options.

For safety, we tested the filtered powder (the “filtrate”) on plant growth. The results showed minimal to no toxicity, as three different plants were able to grow well in the presence of the filtrate. This is a strong sign that the method is environmentally friendly when used as intended.

What does this study mean for households and cities?

In the short term, magnetic powders could be built into small cartridges or filter units that attach to household or community water systems, helping remove microplastics before the water is used for drinking or cooking.

But the bigger picture is just as important. Microplastics are not only a South African problem but are also a global pollutant that crosses borders through rivers, oceans, and even the air we breathe. Low-cost, scalable solutions such as magnetic powders can make a real difference in resource-limited settings, where advanced filtration systems are too expensive or impractical.

Looking ahead, further work will focus on scaling up the method, testing it under more diverse water conditions, and designing simple, affordable devices that households or treatment plants can adopt.

In short: this specialised magnetic powder can tackle a tiny pollutant with big consequences. With sensible engineering and careful recovery, magnetic nanocomposites offer a promising, practical path to clean water while protecting the ecosystem from microplastic pollution.

The Conversation

Riona Indhur has received the prestigious National Research Foundation (NRF) postdoctoral research fellowship (Scarce Skills).

The project was funded by the National research Foundation and Water Research Commission of South Africa

ref. We tested if a specialised magnetic powder could remove microplastics from drinking water: the answer is yes – https://theconversation.com/we-tested-if-a-specialised-magnetic-powder-could-remove-microplastics-from-drinking-water-the-answer-is-yes-264058

Child malnutrition in Kenya: AI model can forecast rates six months before they become critical

Source: The Conversation – Africa (2) – By Laura Ferguson, Associate Professor, Population and Public Health Sciences, University of Southern California

Globally, nearly half of the deaths of children under five years are linked to malnutrition. In Kenya, it’s the leading cause of illness and death among children.

Children with malnutrition typically show signs of recent and severe weight loss. They may also have swollen ankles and feet. Acute malnutrition among children is usually the result of eating insufficient food or having infectious diseases, especially diarrhoea.

Acute malnutrition weakens a child’s immune system. This can lead to increased susceptibility to infectious diseases like pneumonia. It can also cause more severe illness and an increased risk of death.

Currently, the Kenyan national response to malnutrition, implemented by the ministry of health, is based on historical trends of malnutrition. This means that if cases of malnutrition have been reported in a certain month, the ministry anticipates a repeat during a similar month in subsequent years. Currently, no statistical modelling guides responses, which has limited their accuracy.

The health ministry has collected monthly data on nutrition-related indicators and other health conditions for many years.

Our multi-disciplinary team set out to explore whether we could use this data to help forecast where, geographically, child malnutrition was likely to occur in the near future. We were aiming for a more accurate forecast than the existing method.

We developed a machine learning model to forecast acute malnutrition among children in Kenya. A machine learning model is a type of mathematical model that, once “trained” on an existing data set, can make predictions of future outcomes. We used existing data and improved forecasting capabilities by including complementary data sources, such as satellite imagery that provides an indicator of crop health.

We found that machine learning-based models consistently outperformed existing platforms used to forecast malnutrition rates in Kenya. And we found that models with satellite-based features worked even better.

Our results demonstrate the ability of machine learning models to more accurately forecast malnutrition in Kenya up to six months ahead of time from a variety of indicators.

If we have advance knowledge of where malnutrition is likely to be high, scarce resources can be allocated to these high-risk areas in a timely manner to try to prevent children from becoming malnourished.

How we did it

We used clinical data from the Kenya Health Information System. This included data on diarrhoea treatment and low birth weight. We collected data on children who visited a health facility who met the definition of being acutely malnourished, among other relevant clinical indicators.

Given that food insecurity is a key driver of acute malnutrition, we also incorporated data reflecting crop activity into our models. We used a NASA satellite to look at gross primary productivity, which measures the rate at which plants convert solar energy into chemical energy. This provides a coarse indicator of crop health and productivity. Lower average rates can be an early indication of food scarcity.

We tested several methods and models for forecasting malnutrition risk among children in Kenya using data collected from January 2019 to February 2024.

The gradient boosting machine learning model – trained on previous acute malnutrition outcomes and gross primary productivity measurements – turned out to be the most effective model for forecasting acute malnutrition among children.

This model can forecast where and at what prevalence level acute malnutrition among children is likely to occur in one month’s time with 89% accuracy.

All the models we developed performed well where the prevalence of acute child malnutrition was expected to be at more than 30%, for instance in northern and eastern Kenya, which have dry climates. However, when the prevalence was less than 15%, for instance in western and central Kenya, only the machine learning models were able to forecast with good accuracy.

This higher accuracy is achieved because the models use additional information on multiple clinical factors. They can, therefore, find more complex relationships.

Implications

Current efforts to predict acute malnutrition among children rely only on historical knowledge of malnutrition patterns. We found these forecasts were less accurate than our models.

Our models leverage historical malnutrition patterns, as well as clinical indicators and satellite-based indicators.

The forecasting performance of our models is also better than other similar data-based modelling efforts published by other researchers.

As resources for health and nutrition shrink, improved targeting to the areas of highest need is critical. Treating acute malnutrition can save a child’s life.

Prevention of malnutrition promotes children’s full psychological and physical development.

What needs to happen next

Making these data from diverse sources available through a dashboard could inform decision-making. Responders could get six months to intervene where they are most needed.

We have developed a prototype dashboard to create visualisations of what responders would be able to see based on our model’s subcounty-level forecasts. We are currently working with the Kenyan ministry of health and Amref Health Africa, a health development NGO, to ensure that the dashboard is available to local decision-makers and stakeholders. It is regularly updated with the most current data and new forecasts.

We are also working with our partners to refine the dashboard to meet the needs of the end users and promote its use in national decision-making on responses to acute malnutrition among children. We’re tracking the impacts of this work.

Throughout this process, it will be important to strengthen the capacity of our partners to manage, update and use the model and dashboard. This will promote local responsiveness, ownership and sustainability.

Scaling up

The Kenya Health Information System relies on the District Health Information System 2 (DHIS2). This is an open source software platform. It is currently used by over 80 low- and middle-income countries. The satellite data that we used in our models is also available in all of these countries.

If we can secure additional funding, we plan to expand our work geographically and to other areas of health. We’ve also made our code publicly available, which allows anyone to use it and replicate our work in other countries where child malnutrition is a public health challenge.

Furthermore, our model proves that DHIS2 data, despite challenges with its completeness and quality, can be used in machine learning models to inform public health responses. This work could be adapted to address public health issues beyond malnutrition, like changes in patterns of infectious diseases due to climate change.

This work was a collaboration between the University of Southern California’s Institute on Inequalities in Global Health and Center for Artificial Intelligence in Society, Microsoft, Amref Health Africa and the Kenyan ministry of health.

The Conversation

This work was supported, in part, by the Microsoft Corporation.

Bistra Dilkina received in-kind support from Microsoft AI for Good for this work.

ref. Child malnutrition in Kenya: AI model can forecast rates six months before they become critical – https://theconversation.com/child-malnutrition-in-kenya-ai-model-can-forecast-rates-six-months-before-they-become-critical-261075

Toronto Blue Jays: Amid Canada-U.S. tensions, ‘Canada’s team’ takes a run at America’s pastime

Source: The Conversation – Canada – By Noah Eliot Vanderhoeven, PhD Candidate, Political Science, Western University

Amid threats from United States President Donald Trump to make Canada the 51st state, the Toronto Blue Jays’ season started with protocols aimed at avoiding booing during the American national anthem and the removal of someone wearing a “Canada is not for sale hat” at the ballpark.

Nonetheless, the Blue Jays are still being heavily marketed as “Canada’s team” as they square off against the New York Yankees, America’s most storied baseball team.

Why do the Blue Jays frame themselves as not just Toronto’s team, but Canada’s? And is their current post-season run their biggest and most important opportunity in years to fully establish themselves as representing all of Canada?

Truly Canada’s team?

The Jays serving as Canada’s team may make sense since they’re the only Canadian team currently playing in Major League Baseball (MLB). But to some Canadians, positioning the Jays as the nation’s team may not sit well.

After all, for baseball fans in Québec, memories of the now-defunct Montreal Expos still loom large.

For fans closer to the Windsor-Detroit border, the Detroit Tigers are a more proximate and accessible team.

Finally, some British Columbia MLB enthusiasts — despite the trips Blue Jays fans make to take over T-Mobile Park when the Blue Jays play the Seattle Marinersstill opt to support the Mariners since the team is so much closer than the Blue Jays are in Toronto.

What all this means is that to some Canadian baseball fans, the Blue Jays aren’t really Canada’s team — they’re just Toronto’s.

Huge market

It’s unsurprising that the Toronto Blue Jays organization, owned by Rogers Communications — “proud owner of Canada’s team” — is intent on framing the squad this way because it provides a substantial financial boon. The Jays benefit greatly from being Canada’s team by compelling baseball fans from across the country to attend their games, and most importantly, to watch them on television.

Despite playing north of the border and earning revenues in the weaker Canadian dollar, the Jays operate in one of MLB’s largest markets — Toronto — and can also market to fans across the country. That gives them the largest geographical market in professional baseball — an entire nation.

This massive audience contributes to equally massive television ratings, even at a time when most MLB teams are struggling for regional television revenues. Being “Canada’s team” has also allowed the Blue Jays to spend competitively over the past 10 years and operate a Top 5 payroll, as they have in 2025, alongside other teams in huge markets like Los Angeles and New York.

Cross-border trash-talking

As the series with the Yankees continues, Prime Minister Mark Carney met with Trump to discuss trade, tariffs and security. The meeting, held just days after Trump made yet another veiled annexation threat, reportedly went well.

But the ongoing backdrop of tense relations between the U.S. and Canada is perhaps echoed by some of the commentary about both teams.

Early in the season, the Yankees’ play-by-play man, Michael Kay, called Toronto “not a first-place team” despite the Blue Jays having just passed the Yankees for first place in the American League East.

In September, Jays colour-commentator and former catcher, Buck Martinez, said that the Yankees were “not a good team.”

Also in September, a Baltimore Orioles television analyst, Brian Roberts, questioned how well Canadians understood baseball, leading to the Blue Jays themselves defending the baseball intelligence of their fans.

There was even a popular hoax online about Trump not inviting the Blue Jays to the White House should they win the World Series — an invite he’s extended to many championship teams in American sports leagues.

Stoking Canadian nationalism

Ultimately, the Blue Jays ended up winning the American League East, guaranteeing the Jays a home-field advantage against the Yankees. Blue Jays players and their manager, John Schneider, have spoken of the intense atmosphere Blue Jays fans create for their opponents and how the team draws on the support of the entire nation of Canada.

The Jays’ success so far in the post-season in this current political moment — as Trump is once again making veiled threats about making Canada the 51st state during tense trade negotiations — presents the Blue Jays with perhaps their best opportunity to fulfil their role as Canada’s team.

In a season defined by rivalry, politics and national pride, the Blue Jays are proving that even America’s pastime can become a canvas for Canadian nationalism.

The Conversation

Noah Eliot Vanderhoeven does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Toronto Blue Jays: Amid Canada-U.S. tensions, ‘Canada’s team’ takes a run at America’s pastime – https://theconversation.com/toronto-blue-jays-amid-canada-u-s-tensions-canadas-team-takes-a-run-at-americas-pastime-266882

Geothermal energy has huge potential to generate clean power – including from used oil and gas wells

Source: The Conversation – USA (2) – By Moones Alamooti, Assistant Professor of Energy and Petroleum Engineering, University of North Dakota

The world’s largest geothermal power station is under construction in Utah. Business Wire via AP

As energy use rises and the planet warms, you might have dreamed of an energy source that works 24/7, rain or shine, quietly powering homes, industries and even entire cities without the ups and downs of solar or wind – and with little contribution to climate change.

The promise of new engineering techniques for geothermal energy – heat from the Earth itself – has attracted rising levels of investment to this reliable, low-emission power source that can provide continuous electricity almost anywhere on the planet. That includes ways to harness geothermal energy from idle or abandoned oil and gas wells. In the first quarter of 2025, North American geothermal installations attracted US$1.7 billion in public funding – compared with $2 billion for all of 2024, which itself was a significant increase from previous years, according to an industry analysis from consulting firm Wood Mackenzie.

As an exploration geophysicist and energy engineer, I’ve studied geothermal systems’ resource potential and operational trade-offs firsthand. From the investment and technological advances I’m seeing, I believe geothermal energy is poised to become a significant contributor to the energy mix in the U.S. and around the world, especially when integrated with other renewable sources.

A May 2025 assessment by the U.S. Geological Survey found that geothermal sources just in the Great Basin, a region that encompasses Nevada and parts of neighboring states, have the potential to meet as much as 10% of the electricity demand of the whole nation – and even more as technology to harness geothermal energy advances. And the International Energy Agency estimates that by 2050, geothermal energy could provide as much as 15% of the world’s electricity needs.

Two people stand near a large container of shucked corn while steam billows from a pool of water behind them.
For generations, Maori people in New Zealand, and other people elsewhere around the world, have made use of the Earth’s heat, as in hot springs, where these people are cooking food in the hot water.
Wolfgang Kaehler/LightRocket via Getty Images

Why geothermal energy is unique

Geothermal energy taps into heat beneath the Earth’s surface to generate electricity or provide direct heating. Unlike solar or wind, it never stops. It runs around the clock, providing consistent, reliable power with closed-loop water systems and few emissions.

Geothermal is capable of providing significant quantities of energy. For instance, Fervo Energy’s Cape Station project in Utah is reportedly on track to deliver 100 megawatts of baseload, carbon-free geothermal power by 2026. That’s less than the amount of power generated by the average coal plant in the U.S., but more than the average natural gas plant produces.

But the project, estimated to cost $1.1 billion, is not complete. When complete in 2028, the station is projected to deliver 500 megawatts of electricity. That amount is 100 megawatts more than its original goal without additional drilling, thanks to various technical improvements since the project broke ground.

And geothermal energy is becoming economically competitive. By 2035, according to the International Energy Agency, technical advances could mean energy from enhanced geothermal systems could cost as little as $50 per megawatt-hour, a price competitive with other renewable sources.

Types of geothermal energy

There are several ways to get energy from deep within the Earth.

Hydrothermal systems tap into underground hot water and steam to generate electricity. These resources are concentrated in geologically active areas where heat, water and permeable rock naturally coincide. In the U.S., that’s generally California, Nevada and Utah. Internationally, most hydrothermal energy is in Iceland and the Philippines.

Some hydrothermal facilities, such as Larderello in Italy, have operated for over a century, proving the technology’s long-term viability. Others in New Zealand and the U.S. have been running since the late 1950s and early 1960s.

A large yellow vehicle with a tall tower on it stands in front of a house.
A drilling rig sits outside a home in White Plains, N.Y., where a geothermal heat pump is being installed.
AP Photo/Julia Nikhinson

Enhanced geothermal systems effectively create electricity-generating hydrothermal processes just about anywhere on the planet. In places where there is not enough water in the ground or where the rock is too dense to move heat naturally, these installations drill deep holes and inject fluid into the hot rocks, creating new fractures and opening existing ones, much like hydraulic fracturing for oil and gas production.

A system like this uses more than one well. In one, it pumps cold water down, which collects heat from the rocks and then is pumped back up through another well, where the heat drives turbines. In recent years, academic and corporate research has dramatically improved drilling speed and lowered costs.

Ground source heat pumps do not require drilling holes as deep, but instead take advantage of the fact that the Earth’s temperature is relatively stable just below the surface, even just 6 or 8 feet down (1.8 to 2.4 meters) – and it’s hotter hundreds of feet lower.

These systems don’t generate electricity but rather circulate fluid in underground pipes, exchanging heat with the soil, extracting warmth from the ground in winter and transferring warmth to the ground in summer. These systems are similar but more efficient than air-source heat pumps, sometimes called minisplits, which are becoming widespread across the U.S. for heating and cooling. Geothermal heat pump systems can serve individual homes, commercial buildings and even neighborhood or business developments.

Direct-use applications also don’t generate electricity but rather use the geothermal heat directly. Farmers heat greenhouses and dry crops; aquaculture facilities maintain optimal water temperatures; industrial operations use the heat to dehydrate food, cure concrete or other energy-intensive processes. Worldwide, these applications now deliver over 100,000 megawatts of thermal capacity. Some geothermal fluids contain valuable minerals; lithium concentrations in the groundwater of California’s Salton Sea region could potentially supply battery manufacturers. Federal judges are reviewing a proposal to do just that, as well as legal challenges to it.

Researchers are finding new ways to use geothermal resources, too. Some are using underground rock formations to store energy as heat when consumer demand is low and use it to produce electricity when demand rises.

Some geothermal power stations can adjust their output to meet demand, rather than running continuously at maximum capacity.

Geothermal sources are also making other renewable-energy projects more effective. Pairing geothermal energy with solar and wind resources and battery storage are increasing the reliability of above-ground renewable power in Texas, among other places.

And geothermal energy can power clean hydrogen production as well as energy-intensive efforts to physically remove carbon dioxide from the atmosphere, as is happening in Iceland.

A diagram shows pipes extending down from the surface of the ground, pushing cold water into hot rocks below, and drawing hot water back up.
Enhanced geothermal systems can be built almost anywhere and can take advantage of existing wells to save the time and money of drilling new holes deep into the ground.
U.S. Geological Survey

Geothermal potential in the US and worldwide

Currently, the U.S. has about 3.9 gigawatts of installed geothermal capacity, mostly in the West. That’s about 0.4% of current U.S. energy production, but the amount of available energy is much larger, according to federal and international engineering assessments.

And converting abandoned oil and gas wells for enhanced geothermal systems could significantly increase the amount of energy available and its geographic spread.

One example is happening in Beaver County, in the southwestern part of Utah. Once a struggling rural community, it now hosts multiple geothermal plants that are being developed to both demonstrate the potential and to supply electricity to customers as far away as California.

Those projects include repurposing idle oil or gas wells, which is relatively straightforward: Engineers identify wells that reach deep, hot rock formations and circulate water or another fluid in a closed loop to capture heat to generate electricity or provide direct heating. This method does not require drilling new wells, which significantly reduces setup costs and environmental disruption and accelerates deployment.

There are as many as 4 million abandoned oil and gas wells across the U.S., some of which could shift from being fossil fuel infrastructure into opportunities for clean energy.

Challenges and trade-offs

Geothermal energy is not without technical, environmental and economic hurdles.

Drilling is expensive, and conventional systems need specific geological conditions. Enhanced systems, using hydraulic fracturing, risk causing earthquakes.

Overall emissions are low from geothermal systems, though the systems can release hydrogen sulfide, a corrosive gas that is toxic to humans and can contribute to respiratory irritation. But modern geothermal plants use abatement systems that can capture up to 99.9% of hydrogen sulfide before it enters the atmosphere.

And the systems do use water, though closed-loop systems can minimize consumption.

Building geothermal power stations does require significant investment, but its ability to deliver energy over the long term can offset many of these costs. Projects like those undertaken by Fervo Energy show that government subsidies are no longer necessary for a project to get funded, built and begin generating energy.

Despite its challenges, geothermal energy’s reliability, low emissions and scalability make it a vital complement to solar and wind – and a cornerstone of a stable, low-carbon energy future.

The Conversation

Moones Alamooti does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Geothermal energy has huge potential to generate clean power – including from used oil and gas wells – https://theconversation.com/geothermal-energy-has-huge-potential-to-generate-clean-power-including-from-used-oil-and-gas-wells-266555