Black Friday : le bonheur s’achète-t-il en soldes ?

Source: The Conversation – in French – By Mickaël Mangot, Docteur en économie, spécialiste d’économie comportementale et d’économie du bonheur, conférencier, chargé de cours, ESSEC

Les difficultés de la vie quotidienne peuvent modérer le bénéfice de la consommation sur notre bonheur. Gorodenkoff/Shutterstock

Consommer nous rend-il plus heureux ? Le Black Friday nous rapproche-t-il du bonheur ou, au contraire, nous en éloigne-t-il ? Selon l’économie du bonheur, toutes les consommations ne se valent pas…

Depuis le début des années 1970, l’économie du bonheur constitue un courant de recherche, au sein de la science économique, qui se propose de décrypter comment les comportements des individus influencent leur niveau de bonheur.

Si la relation entre revenus et bonheur a beaucoup occupé la discipline, de plus en plus de chercheurs s’intéressent désormais à la relation entre consommation et bonheur, sur un plan quantitatif – combien on consomme – comme qualitatif – ce que l’on consomme.

Est-on d’autant plus heureux que l’on consomme ? À l’instar de la relation entre revenus et bonheur, la réponse est clairement affirmative, que ce soit en Europe, aux États-Unis ou en Asie. Mais, comme pour le revenu, la consommation explique à elle seule très peu des différences de bonheur entre individus, entre 5 % et 15 %. Il existe beaucoup de personnes qui sont heureuses tout en consommant peu et, inversement, des individus très dépensiers qui sont insatisfaits de leur vie.

Impact éphémère

Cette absence de causalité entre niveau de consommation et niveau de bonheur s’explique en grande partie par plusieurs mécanismes psychologiques.

Hormis quelques exceptions – chômage, handicap lourd, maladies chroniques ou dégénératives, etc., les humains s’adaptent aux chocs de vie, positifs ou négatifs.

La consommation, notamment de biens matériels, fait partie de ces événements qui ne laissent plus aucune de trace sur le bonheur à moyen long terme. Une fois l’achat effectué, nos consommations sont vite reléguées à l’arrière-plan de nos vies. Cette règle s’applique autant pour les petits achats – vêtements, déco ou high-tech – que pour les biens durables très onéreux comme la voiture ou le logement.

Les désirs se renouvellent et progressent constamment. Plus le niveau de vie augmente, plus les aspirations s’élèvent.

Cette montée en gamme (ou lifestyle inflation) s’applique à tout : logement, voiture, vêtements, restaurants, loisirs… À 20 ans on rêve d’un McDo et d’une chambre de bonne et à 60 ans d’un restaurant étoilé et d’une maison de maître. Dans nos armoires ou sur nos étagères, les consommations passées sont les vestiges visibles de désirs aujourd’hui dépassés.

Compétition sociale

S’ajoute aussi le mécanisme de la comparaison sociale : on fait l’expérience de son niveau de vie en partie cognitivement, en l’évaluant par rapport à celui des autres. Un niveau de vie élevé n’est pas gage de satisfaction s’il traduit un statut inférieur à celui de ses collègues, de ses voisins et de sa famille.

Ce n’est donc pas seulement notre propre consommation qui est importante pour le bonheur (positivement), mais également celle de notre entourage immédiat (négativement), du moins pour les consommations facilement observables – logement, voiture, vêtements, montres…

La satisfaction de la vie au sein d’un ménage augmente en fonction du rang de ce ménage en termes de consommation observable au sein de la même localité. D’ailleurs, lorsqu’un ménage gagne à la loterie, cela tend à augmenter les consommations observables des ménages dans ses alentours.




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L’observation de biens de luxe chez les autres peut être particulièrement nocive pour le bonheur. Une étude a obtenu que plus la proportion de Porsche et de Ferrari est élevée dans une ville ou une région, et plus le niveau de bonheur moyen y était faible.

Privilégier les expériences

De nombreux travaux ont cherché à distinguer différents types de consommation selon leur intensité et selon la durabilité de leur impact sur le bonheur. Ils ont fait émerger une liste de consommations plus propices au bonheur :

Ces consommations ont la particularité de renforcer la connexion aux autres, d’améliorer l’image sociale ou l’image de soi, ou de contribuer à forger une identité.

Il est à noter que la liste n’est pas exactement la même pour tout le monde. Elle est modérée par les valeurs, la personnalité et les difficultés propres à la personne. Les biens matériels influencent plus le bonheur des personnes ayant des revenus modestes ou des valeurs matérialistes. Les valeurs matérialistes expliquent que la possession d’une voiture et sa valeur marchande sont particulièrement impactantes pour le bonheur des… boomers.

Plus la consommation est alignée avec la personnalité, et plus elle a généralement d’effet. Par exemple, les extravertis bénéficient plus que les introvertis des consommations sociales comme les sorties dans les bars et restaurants, et inversement pour les achats de livres.

Pallier les difficultés

Les difficultés du quotidien modèrent l’effet de la consommation sur le bonheur. La voiture est particulièrement importante pour le bonheur chez les personnes qui ont des problèmes de mobilité du fait d’une santé défaillante ou de l’absence d’alternatives. De même, le recours à des services pour gagner du temps est particulièrement efficace pour doper le bonheur des personnes qui en manquent (comme les parents en activité).

Ces dernières observations sont à relier à un autre mécanisme psychologique fondamental : le biais de négativité. Les émotions négatives affectent plus fortement et plus durablement l’évaluation de la vie que les émotions positives. On s’adapte en général moins rapidement aux chocs de vie négatifs qu’aux chocs positifs.

Les domaines de la vie pour lesquels on est insatisfait influencent plus l’évaluation générale de la vie que les domaines apportant satisfaction. Les consommations ont généralement plus d’effet sur le bonheur quand elles permettent de corriger un manque, plutôt que lorsqu’elles ajoutent du positif.

Plaisir de la transaction

Ces découvertes sont, pour certaines, plutôt intuitives. Néanmoins, les consommateurs peinent à en tirer les leçons pratiques du fait d’erreurs systématiques au moment des décisions. Par exemple, ils tendent à sous-estimer la puissance de l’adaptation aux évènements de la vie, notamment positifs, tout comme ils sous-estiment leurs changements de goûts et de priorités dans le temps.

Lors d’un achat, la quête du bonheur entre souvent en conflit avec la recherche d’une rationalité économique. La satisfaction attendue de la consommation est mise en balance avec le plaisir de la transaction, comme l’a montré le Prix Nobel d’économie Richard Thaler. En période de promotions, on se laisse aller à acheter des produits dont on n’a ni besoin ni réellement envie uniquement pour faire une bonne affaire. Le plaisir de la transaction est éphémère ; après coup on oublie vite avec quel niveau de remise l’achat a été réalisé.

Finalement, essayons de renverser la question : être vraiment heureux changerait-il notre façon de consommer ? Quelques études pionnières suggèrent que les personnes heureuses consomment différemment des autres : elles consomment moins (et épargnent plus) tout en ayant une consommation davantage orientée vers les sorties que vers les biens matériels. Ces études ne disent pas, en revanche, si ces personnes déjà très heureuses vont jusqu’à ignorer le Black Friday…

The Conversation

Mickaël Mangot ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Black Friday : le bonheur s’achète-t-il en soldes ? – https://theconversation.com/black-friday-le-bonheur-sachete-t-il-en-soldes-270576

Violences dans le football amateur : les arbitres en première ligne

Source: The Conversation – in French – By Williams Nuytens, Sociologue, professeur des universités en Sciences et Techniques des APS, Université d’Artois

Les arbitres subissent environ 40 % des violences qui ont lieu lors des matchs de football. Omar Ramadan/Unsplash, CC BY

Plusieurs milliers d’arbitres se font agresser verbalement et physiquement chaque année sur les terrains de football. Pourquoi ? Dix ans d’enquête révèlent que l’érosion progressive des cadres collectifs qui régulaient autrefois les comportements au sein des clubs amateurs pourrait expliquer ce phénomène. Derrière les coups et les insultes, c’est un système fragilisé qui se dévoile.


Selon la Fédération française de football (FFF), on dénombre 2 millions de pratiquants licenciés (des hommes à 90 %) qui participent à 30 000 rencontres hebdomadaires. Ces matchs sont arbitrés par 25 500 officiels recensés (dont 1 500 femmes et 1 500 arbitres de moins de 15 ans). Sans eux, le football n’existerait pas. Ils sont souvent victimes d’agressions.

Un mal profond, chiffré et documenté

Selon l’Observatoire des comportements de la Fédération française de football, 12 000 incidents sont répertoriés et environ 11 000 matchs se signalent par un incident ou plus chaque saison. Ce chiffre, quasiment stable depuis la création de l’Observatoire en 2006, renvoie à des violences autant physiques que verbales.

Les joueurs commettent l’essentiel des faits (9 fois sur 10), suivis des encadrants, des spectateurs et des parents. Ce sont les arbitres qui subissent environ 40 % des violences, principalement verbales (8,5 fois sur 10). Cela signifie qu’environ 700 officiels sont physiquement agressés sur les terrains en France chaque année (coups, brutalités, bousculades, tentatives de coup(s), jets de projectiles, crachats), soit plus de 17 arbitres agressés chaque semaine – une saison sportive dure dix mois environ.

Les médias couvrent le phénomène en pointant la responsabilité d’un haut niveau parfois peu exemplaire ou la dégradation des contextes, et en mettant en avant les réactions collectives du monde arbitral. Cela a sans doute contribué au déploiement récent par la FFF d’un plan contre les violences et pour la protection des arbitres. Organisée autour des principes de la surveillance, de la prévention, de la dissuasion et de la répression, une telle entreprise devrait améliorer le déroulement des compétitions.

De nombreuses enquêtes de terrain auront été nécessaires pour comprendre ce phénomène et identifier ses causes. En ce qui nous concerne, nous avons commencé par mettre à distance un monde social qui nous était familier, ethnographié durant une saison à domicile et à l’extérieur un club de quartier prioritaire réputé « violent », collaboré avec divers chercheurs afin de cerner les problèmes et compter encore les faits pour enfin nous concentrer sur la figure des arbitres à partir d’une passation de 5 000 questionnaires et de dizaines d’entretiens.

Des causes multiples

Selon les dernières données que j’ai sollicitées en septembre 2025 auprès de la FFF, la majorité des faits (violences physiques et verbales) concerne la catégorie des seniors (60 % du volume des incidents relevés en saison 2024-2025 concernent les 18 ans et plus). Ceci confirme une tendance déjà pointée sur une période d’observations plus longue et le rôle cathartique du sport. On sait aussi que les violences se propagent notablement chez les plus jeunes (17-18 ans et 15-16 ans) au point aujourd’hui de présenter des taux d’incidence supérieurs aux proportions affectant les seniors (2,7 % chez les 18 ans et plus ; 3,2 % chez les 15 ans-18 ans).

On sait en outre que ces incidents concernent surtout les compétitions départementales, cantonales et régionales dans une moindre mesure. Enfin, contrairement aux idées reçues, on ne constate pas de clubs dans lesquels les violences s’installent au point d’en faire des associations durablement problématiques : sur plusieurs saisons les violences sont réparties entre de nombreux clubs.

La concentration des violences et autres incidents dans les divisions locales du football renvoient aux vulnérabilités des clubs de compétitions départementales. Les dirigeants et bénévoles y manquent – ou changent trop fréquemment, fragilisant le contrôle social que ces figures peuvent exercer sur les licenciés. Leurs paroles, pouvoirs éducatifs et capacités de régulation des comportements déviants s’affaiblissent. En parallèle, des pressions nouvelles se manifesteraient davantage. On pense ici aux intimidations voire aux agressions commises par des parents désireux de voir réussir leur enfant au plus haut niveau, c’est-à-dire l’illustration des effets pervers associés à ce que l’on appelle parfois « le projet Mbappé ». On pense aussi aux conduites violentes de joueurs au cours des rencontres sportives, ces licenciés pour lesquels les interventions des éducateurs ne suffisent parfois plus à canaliser des frustrations.

Dans ces contextes associatifs instables (équipes dirigeantes changeantes, formations insuffisantes des éducateurs en matière de régulation des comportements agressifs…), les arbitres sont très exposés d’autant plus que dans les premières divisions du football amateur, l’arbitre officiel, quand il existe, est une personne seule. Et seule quand des ruptures de cadres surviennent (insultes répétées, menaces, bagarres…).

Il est acquis maintenant que la performance arbitrale, incluant la gestion des matchs et de la sécurité, doit beaucoup aux contributions conjointes des joueurs, dirigeants et assistants. Cette performance est logiquement dégradée lorsque l’arbitre officie sans juge de touche officiel, en présence de dirigeants fragilisés, de joueurs à l’autocontrôle inconstant, de parents et de spectateurs imprévisibles, voire oppressants. Aussi stigmatiser l’arbitre, faire de son activité un facteur explicatif des violences, représente une erreur d’appréciation. En effet les agressions se construisent dans les configurations des compétitions et sont le produit de responsabilités partagées.

La disparition des collectifs

Bien entendu, l’arbitre détient le monopole de l’usage des sanctions légales, possède les lois du jeu, profite d’un statut d’agent ayant une mission de service public et d’un pouvoir qui n’a cessé de se renforcer depuis cent cinquante ans. Toutes ces ressources résistent pourtant mal aux caractéristiques des cadres de la pratique du football, et ne doivent pas laisser penser que les arbitres constituent un groupe homogène.

Le monde associatif perd progressivement ses repères : des dirigeants aux carrières longues laissent la place à des engagements bénévoles moins constants, de jeunes arbitres compensent les retraits d’arbitres expérimentés devenus inaptes ou désintéressés, des joueurs promoteurs et bénéficiaires d’une identité collective se raréfient. Désormais, ici et là, les footballeurs ne joueraient plus pour leurs couleurs, leur territoire, leur groupe d’appartenance et fragilisent des « nous » cohésifs pourtant riches de contrôle social.

Dans le domaine social que compose le football, mes enquêtes me conduisent à défendre la thèse de collectifs moins cohésifs, c’est-à-dire de clubs dans lesquels la nature des liens sociaux entre licenciés (joueurs, éducateurs sportifs, dirigeants, arbitres) est moins forte. Moins protectrice. Moins productrice de reconnaissances sociales. Et il suffirait alors d’une étincelle pour que les stades s’embrasent : l’absence d’une contention chez un pratiquant frustré, une décision arbitrale litigieuse ou erronée, des parents blessés de voir leur enfant sur le banc des remplaçants, une rétrogradation sportive que des spectateurs n’acceptent pas, projetant leur désarroi sur la cible accessible que représente l’arbitre, etc.

Tout ceci conduit souvent à penser l’agression d’un arbitre comme la conséquence d’un facteur déclenchant très situé, localisé et qui parfois renvoie à la psychologie de l’auteur du fait. Cependant, la rareté des carrières de joueurs violents limite la portée d’un tel raisonnement. En combinant plusieurs faits et en se souvenant que les responsabilités sont partagées, on déclenche un autre régime interprétatif qui n’a d’ailleurs rien à voir avec l’illustration d’une société toujours plus violente.

D’après mes recherches, si les violences contre les arbitres ne diminuent pas en dépit de mesures coercitives (durcissement des sanctions, modifications du statut des arbitres…), c’est avant tout en raison d’un tissu associatif moins capable de faire barrage à ces comportements.

Pour reprendre une formule du sociologue Pierre Bourdieu, les faits divers font diversion. Pour les appréhender pleinement, il faut les voir comme le résultat de constructions sociales. Quand les associations s’affaiblissent socialement, elles deviennent plus perméables aux perturbations intérieures (frustrations de joueurs, fatigue physique impliquant un moindre contrôle comportemental, inexpérience de jeunes et de très jeunes arbitres, contrôle social des dirigeants moins efficaces, erreurs d’arbitrage…) et influences extérieures (comme des rivalités sociales et territoriales entre localités ou quartiers). Les arbitres en font les frais et révèlent ces fractures.

The Conversation

Williams Nuytens a reçu des financements de l’université d’Artois, de la région des Hauts-de-France, de l’Institut des Hautes Etudes de la Sécurité Intérieure (1998), de l’INSEP (1997), de la Fédération Française de Football (2010), de l’UFOLEP du Pas-de-Calais (2018, 2020, 2022), de l’UFOLEP nationale (2019-2021), du Ministère de l’Enseignement Supérieure et de la Recherche, de l’ANCT (2023, 2025), des Communautés Urbaines d’Arras et de Lens-Liévin (2021, 2022, 2023), de la Ligue de Sport Adapté des Hauts-de-France (2020-2023), de La Vie Active (2024), du Groupement Hospitalier Arras-Ternois (2024), de l’ANRT (2024), etc. Il ne travaille pas, ne conseille pas, ne reçoit pas de fonds d’une organisation pouvant tirer profit de cet article. Il ne déclare aucune autre affiliation que ses institutions de recherche et d’enseignement en dehors d’un engagement bénévole en qualité d’administrateur auprès de l’association Eveil.

ref. Violences dans le football amateur : les arbitres en première ligne – https://theconversation.com/violences-dans-le-football-amateur-les-arbitres-en-premiere-ligne-267295

Le jeûne affaiblit-il vos capacités mentales ? Nous avons analysé les données pour vous donner les meilleurs conseils

Source: The Conversation – in French – By David Moreau, Associate Professor of Psychology, University of Auckland, Waipapa Taumata Rau

Le jeûne intermittent peut avoir des effets bénéfiques sur la santé, mais la faim affecte-t-elle nos capacités cognitives ? (Getty Images)

Vous avez déjà craint que le fait de sauter le petit-déjeuner puisse vous rendre confus au travail ? Ou que le jeûne intermittent vous rende irritable, distrait et moins productif ?

Les publicités pour les collations nous avertissent que « vous n’êtes pas vous-même lorsque vous avez faim », renforçant ainsi la croyance commune selon laquelle manger est essentiel pour garder notre cerveau en forme.

Ce message est profondément ancré dans notre culture. On nous dit que s’alimenter constamment est le secret pour rester alerte et efficace.

Pourtant, manger à des heures limitées et le jeûne intermittent sont devenus des pratiques de bien-être très populaires au cours de la dernière décennie. Des millions de personnes les pratiquent pour leurs bienfaits à long terme, allant de la gestion du poids à l’amélioration de la santé métabolique.

Cela soulève une question urgente : pouvons-nous profiter des bienfaits du jeûne pour la santé sans sacrifier notre acuité mentale ? Pour le savoir, nous avons mené l’étude la plus complète à ce jour sur les effets du jeûne sur les performances cognitives.

Pourquoi jeûner ?

Le jeûne n’est pas seulement une astuce diététique à la mode. Il fait appel à un système biologique perfectionné au fil des millénaires pour aider les humains à faire face à la pénurie.

Lorsque nous mangeons régulièrement, le cerveau fonctionne principalement grâce au glucose, stocké dans l’organisme sous forme de glycogène. Mais après environ 12 heures sans nourriture, ces réserves de glycogène s’épuisent.

À ce stade, le corps effectue un changement métabolique astucieux : il commence à décomposer les graisses en corps cétoniques (par exemple, l’acétoacétate et le bêta-hydroxybutyrate), qui constituent une source d’énergie alternative.

Cette flexibilité métabolique, autrefois cruciale pour la survie de nos ancêtres, est aujourd’hui associée à une multitude de bienfaits pour la santé.

Certains des effets les plus prometteurs du jeûne proviennent de la manière dont il remodèle les processus à l’intérieur du corps. Par exemple, le jeûne active l’autophagie, une sorte d’« équipe de nettoyage » cellulaire qui élimine les composants endommagés et les recycle, un processus considéré comme favorisant un vieillissement plus sain.

Il améliore également la sensibilité à l’insuline, permettant à l’organisme de gérer plus efficacement le sucre dans le sang et de réduire le risque de maladies telles que le diabète de type 2.

Au-delà de cela, les changements métaboliques déclenchés par le jeûne semblent offrir une protection plus large, contribuant à réduire le risque de développer des maladies chroniques souvent associées à la suralimentation.




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Ce que montrent les données

Ces bienfaits physiologiques ont rendu le jeûne attrayant. Mais beaucoup hésitent à l’adopter par crainte de voir leurs performances mentales chuter sans un apport alimentaire régulier.

Pour répondre à cette question, nous avons mené une méta-analyse, une « étude des études », en examinant toutes les recherches expérimentales disponibles qui comparaient les performances cognitives des personnes à jeun et celles des personnes nourries.

Notre recherche a permis d’identifier 63 articles scientifiques, représentant 71 études indépendantes, avec un échantillon combiné de 3 484 participants testés sur 222 mesures cognitives différentes. La recherche s’est étendue sur près de sept décennies, de 1958 à 2025.

Après avoir regroupé les données, notre conclusion était claire : il n’y avait pas de différence significative dans les performances cognitives entre les adultes en bonne santé à jeun et ceux qui étaient rassasiés.

Les personnes ont obtenu des résultats tout aussi bons aux tests cognitifs mesurant l’attention, la mémoire et les fonctions exécutives, qu’elles aient mangé récemment ou non.


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Quand le jeûne a de l’importance

Notre analyse a révélé trois facteurs importants qui peuvent modifier l’effet du jeûne sur votre esprit.

Tout d’abord, l’âge est un facteur clé. Les adultes ne présentaient aucun déclin mesurable de leurs performances mentales lorsqu’ils jeûnaient. Mais les enfants et les adolescents obtenaient de moins bons résultats aux tests lorsqu’ils sautaient des repas.

Leur cerveau en développement semble plus sensible aux fluctuations de l’apport énergétique. Cela renforce un conseil de longue date : les enfants doivent aller à l’école après avoir pris un petit-déjeuner équilibré afin de favoriser leur apprentissage.

Le moment choisi semble également faire une différence. Nous avons constaté que les jeûnes plus longs étaient associés à un écart de performance moins important entre les états de jeûne et de satiété. Cela pourrait s’expliquer par le passage métabolique aux cétones, qui peuvent rétablir un apport énergétique régulier au cerveau lorsque le glucose vient à manquer.

Les performances des personnes à jeun avaient tendance à être moins bonnes lorsque les tests étaient effectués plus tard dans la journée, ce qui suggère que le jeûne pourrait amplifier les baisses naturelles de nos rythmes circadiens.




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Le type de test avait également son importance. Lorsque les tâches cognitives impliquaient des symboles ou des formes neutres, les participants à jeun obtenaient des résultats tout aussi bons, voire parfois légèrement meilleurs.

Mais lorsque les tâches comprenaient des indices liés à l’alimentation, les participants à jeun ont vu leurs performances baisser. La faim ne provoque pas un brouillard cérébral universel, mais elle nous rend plus facilement distraits lorsque nous pensons à la nourriture.

Ce que cela signifie pour vous

Pour la plupart des adultes en bonne santé, ces résultats sont rassurants : vous pouvez essayer le jeûne intermittent ou d’autres protocoles de jeûne sans craindre de perdre votre vivacité d’esprit.

Cela dit, le jeûne n’est pas une pratique universelle. La prudence est de mise chez les enfants et les adolescents, dont le cerveau est encore en développement et qui semblent avoir besoin de repas réguliers pour fonctionner au mieux de leurs capacités.

De même, si votre travail exige une vigilance maximale en fin de journée ou si vous êtes fréquemment exposé à des stimuli alimentaires tentants, le jeûne peut sembler plus difficile à maintenir.

Et bien sûr, pour certains groupes, tels que les personnes souffrant de troubles médicaux ou ayant des besoins alimentaires particuliers, le jeûne peut ne pas être recommandé sans l’avis d’un professionnel.

En fin de compte, le jeûne doit être considéré comme un outil personnel plutôt que comme une prescription universelle. Ses avantages et ses inconvénients varient d’une personne à l’autre.

La Conversation Canada

David Moreau ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le jeûne affaiblit-il vos capacités mentales ? Nous avons analysé les données pour vous donner les meilleurs conseils – https://theconversation.com/le-jeune-affaiblit-il-vos-capacites-mentales-nous-avons-analyse-les-donnees-pour-vous-donner-les-meilleurs-conseils-270255

Les Mémoires de l’ancien roi Juan Carlos suscitent la polémique en Espagne

Source: The Conversation – in French – By Sabrina Grillo, Maîtresse de conférences en civilisation de l’Espagne contemporaine, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

Le livre de Juan Carlos, ancien roi d’Espagne (1975-2014), publié en France en novembre, a vu sa sortie nationale en Espagne retardée au 3 décembre 2025 afin d’éviter de perturber les commémorations officielles des cinquante ans de la mort du dictateur Franco et de la fin du franquisme. En effet, certains passages de ces Mémoires font polémique…


La polémique actuelle en Espagne, centrée sur la publication des Mémoires de l’ancien roi Juan Carlos Ier, Réconciliation, survient à un moment symbolique : le cinquantième anniversaire de la mort de Francisco Franco (20 novembre 1975) et du couronnement du monarque (22 novembre 1975), mais aussi l’anniversaire du retour de la démocratie (Constitution de 1978).

Autour du 50ᵉ anniversaire…

Le livre a été publié en France en novembre 2025 tandis que sa sortie en Espagne a été retardée au 3 décembre 2025 pour éviter de perturber les commémorations officielles, boycottées par les oppositions de droite et d’extrême droite. L’extrême gauche fustige quant à elle l’insuffisance des mesures prises par le gouvernement actuel pour réparer la mémoire des victimes.

Force est de constater que la parution des Mémoires de Juan Carlos est relayée tout autant – si ce n’est plus – que le cinquantenaire de la mort de Franco ; et de nombreux articles et podcasts traitent déjà largement du sujet.

L’ancien souverain espagnol – exilé aux Émirats arabes unis depuis 2020 à la suite de scandales financiers et personnels, et dont le fils, Felipe VI, cherchant à sauver l’institution en se distançant de son père, en lui avait notamment retiré son allocation – n’a pas été invité aux commémorations officielles.

Cette tentative de retour en grâce se heurte donc à la volonté de la Maison royale et du gouvernement de maintenir leurs distances avec l’ancien monarque, qui a abdiqué en 2014. Juan Carlos a fait part de la nécessité pour lui de délivrer « sa version de l’histoire » et entend clairement se réapproprier une histoire qui est aussi la sienne.

Une réécriture de l’histoire ?

Il s’emploie à revendiquer son héritage : le retour de la démocratie en Espagne depuis la transition qu’il assure avoir menée à bien, notamment par son rôle décisif lors de la tentative de coup d’État du 23 février 1981. Et le roi de rappeler que « la démocratie n’est pas tombée du ciel ». Ses Mémoires sont d’ailleurs peut-être une autre part de l’héritage qu’il entend laisser aux plus jeunes générations qui, parfois, méconnaissent l’histoire récente de leur pays.

Juan Carlos parle abondamment de Franco dans l’ouvrage ; c’est ce qui constitue le cœur de la polémique. Il le décrit de manière positive (respect, sens politique, affection), affirmant l’avoir « respecté » et parle de leur relation comme quasi paternelle. Il rapporte également que la dernière volonté du dictateur était de maintenir « l’unité du pays ».

Ces propos ont suscité l’indignation en Espagne où, rappelons-le, des familles recherchent encore les restes de leurs proches dans des fosses communes. Pedro Sánchez, chef du gouvernement socialiste, a déclaré qu’il lui semblait « douloureux » que Juan Carlos Ier fasse l’éloge de Franco :

« L’actuel roi émérite devrait être respectueux de la mémoire démocratique de ce pays et ne pas exalter un dictateur comme Franco. »

L’Association pour la récupération de la mémoire historique (ARMH) a demandé une sanction contre l’ancien roi pour violation de la loi de Mémoire démocratique espagnole. Son président Emilio Silva a qualifié les propos de Juan Carlos d’« intolérables ». Ce dernier peut encourir une amende s’élevant jusqu’à 150 000 euros.

Une tentative de réhabilitation dans un contexte tendu

Juan Carlos cherche manifestement sa réhabilitation après son exil, consécutif à des scandales financiers majeurs – notamment l’acceptation d’un don de 100 millions de dollars du roi d’Arabie saoudite, qu’il qualifie de « grave erreur » dans ses Mémoires – et des révélations sur sa vie privée, comme le voyage de chasse à l’éléphant au Botswana en 2012.

Selon lui, l’Espagne actuelle est fragilisée, car l’esprit de la transition – la « réconciliation » incarnée par la loi d’amnistie de 1977, que l’histoire a qualifiée de Pacte d’oubli ou de silence – s’est perdu.

L’ancien roi se positionne dans ses mémoires en défenseur de la Constitution et de la démocratie.

Cette publication intervient à un moment où les tensions mémorielles et politiques en Espagne ne sont pas résolues entre débats sur l’héritage de la dictature, la transition et l’avenir de la monarchie. Elle s’inscrit dans une conjoncture marquée par diverses fractures institutionnelles ; sociale et idéologique, autour de la légitimité du système politique issu de la transition de 1978.

L’analyse de ce contexte permet de mesurer l’écart entre la volonté de réhabilitation de l’ancien monarque et la réalité d’une société espagnole qui est divisée sur la question monarchique.

Cette publication vient contredire la stratégie de rupture institutionnelle menée par Felipe VI pour préserver la monarchie et survient au moment même où la contestation républicaine s’ancre doucement dans le calendrier social.

L’accession au trône de Felipe VI en 2014 marquait une rupture sans précédent dans l’histoire démocratique de la monarchie espagnole. Le nouveau roi héritait d’un contexte de crise multidimensionnelle : fatigue sociale après les années d’austérité consécutives à la crise économique de 2008, contestation de la légitimité monarchique portée par le mouvement des Indignés avec le slogan « Transición real, sin rey » (« Transition réelle, sans roi »), et actualité dominée par les affaires de corruption touchant directement la famille royale.

Face à cette situation critique, Felipe VI s’était assigné comme priorité de regagner la confiance des Espagnols en adoptant une posture d’austérité, de discrétion et de transparence accrue. La mesure la plus spectaculaire de cette stratégie de dissociation intervient en 2020, quand Felipe VI annonce publiquement sa renonciation à l’héritage de son père et la suppression de l’indemnité annuelle versée à Juan Carlos par les budgets de la Maison royale.

La publication des Mémoires de Juan Carlos en 2025 est donc en contradiction avec la stratégie de rupture menée par Felipe VI. Cette tentative de réhabilitation risque de remettre au centre du débat public les questions de corruption et de légitimité que la Couronne s’est efforcée de reléguer au second plan.

Des centaines de manifestants ont défilé dans les rues de Madrid, en juin 2025, lors d’une marche républicaine organisée sous le slogan « Jusqu’à ce qu’ils partent ». La manifestation a rassemblé plusieurs collectifs et citoyens qui réclament la fin de la monarchie et l’instauration d’une république en Espagne. Entre drapeaux tricolores, chants et banderoles, les participants ont exprimé leur rejet de l’institution monarchique et ont demandé un référendum à valeur légale.

L’année 2025 voit la consolidation d’une contestation antimonarchique structurée dans le calendrier social espagnol. La deuxième édition de la Marcha Republicana, organisée le 15 juin 2025 à Madrid, s’impose comme la protestation antimonarchique la plus importante depuis 2014. Ce mouvement, qui a bénéficié du soutien de partis politiques, tels que Podemos, Izquierda Unida ou encore le Parti communiste espagnol, affiche un objectif explicite : faire de Felipe VI le dernier roi d’Espagne.

La Marcha Republicana del Norte, regroupant les Asturies, la Galice, la Cantabrie et le Pays basque, a par ailleurs organisé une manifestation en octobre dernier à Oviedo, en marge de la remise des Prix Princesa de Asturias, pour relancer la réflexion publique sur la place de la monarchie dans un système démocratique et prévoit de renforcer son travail commun avec la coordination nationale de la Marche républicaine.

The Conversation

Sabrina Grillo ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les Mémoires de l’ancien roi Juan Carlos suscitent la polémique en Espagne – https://theconversation.com/les-memoires-de-lancien-roi-juan-carlos-suscitent-la-polemique-en-espagne-270214

La dinde, histoire d’une domestication

Source: The Conversation – in French – By Aurélie Manin, Chargée de recherche en Archéologie, Archéozoologie et Paléogénomique, Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

La dinde constitue un mets de choix sur les tables des fêtes d’Europe et d’Amérique du Nord, que ce soit pour Thanksgiving ou Noël. Son origine et les péripéties qui l’ont menée jusque dans nos cuisines sont toutefois peu connues du grand public.


La période des festivités de fin d’année semble tout indiquée pour revenir sur l’histoire naturelle et culturelle de cet oiseau de basse-cour, qui a fait l’objet d’un ouvrage collectif sorti en juin 2025 aux éditions scientifiques du Muséum national d’histoire naturelle.

La dinde ou le dindon commun, selon que l’on parle de la femelle ou du mâle, appartiennent à l’espèce Meleagris gallopavo que l’on retrouve encore à l’état sauvage sur l’essentiel du territoire des États-Unis, dans le sud du Canada et le nord du Mexique. Les sociétés américaines ont longtemps interagi avec ces oiseaux, essentiellement à travers la chasse. Le plus ancien kit de tatouage retrouvé en contexte archéologique, au Tennessee (États-Unis), daté d’entre 3500 et 1500 ans avant notre ère, était constitué d’os de dindon appointés. Mais ce n’est ni dans cette région ni à cette époque que la domestication du dindon a commencé, c’est-à-dire que le dindon et les humains sont entrés dans une relation de proximité mutualiste conduisant aux oiseaux de basse-cour que l’on connaît aujourd’hui [figure 1].

Figure 1 : Dindon commun sauvage (gauche, photographie de Franck Schulenburg) et domestique (droite, photographie de Wee Hong).
CC BY-SA

Une première domestication en Amérique centrale

Jusqu’au début de notre ère, les indices archéologiques d’un rapprochement entre dindons et humains sont, de fait, ténus. C’est en Amérique centrale, au Guatemala, que l’on retrouve la plus ancienne preuve de la gestion et de la manipulation des dindons. Dans cette région tropicale, on ne trouve pas de dindon commun sauvage mais son proche cousin, le dindon ocellé [figure 2]. Or sur le site d’El Mirador, quelques os de dindon commun ont été retrouvés, datés entre 300 avant notre ère et le tout début de notre ère – une identification confirmée par la génétique.

L’analyse des isotopes du strontium contenus dans ces os, spécifiques de l’environnement dans lequel un animal a vécu, ont quant à eux montré que les oiseaux avaient été élevés dans l’environnement local. Il s’agit de la trace la plus ancienne de translocation de l’espèce, son déplacement dans une région dans laquelle elle ne vivrait pas naturellement. Or un tel déplacement, sur des milliers de kilomètres et vers un environnement très différent, nécessite une connaissance fine du dindon et de ses besoins ainsi que des compétences zootechniques certaines. C’est donc l’aboutissement de plusieurs générations d’interactions et de rapprochement dans la région où le dindon commun se trouve naturellement, probablement sur la côte du golfe du Mexique ou dans le centre du Mexique, près de l’actuelle ville de Mexico. Au fil du temps, le nombre de restes de dindon augmente dans les sites archéologiques jusqu’à l’arrivée des Européens au XVIe siècle.

Figure 2 : Dindon ocellé sauvage (photographie Bruno Girin).
CC BY-SA

Dans le sud-ouest des États-Unis, à la convergence de l’Utah, du Colorado, du Nouveau-Mexique et de l’Arizona, on sait que les dindons étaient déjà présents il y a environ 10 000 ans, au début de la période holocène mais ils sont particulièrement rares dans les sites archéologiques.

Ce n’est qu’entre le début et 200 de notre ère qu’on voit leurs ossements apparaître régulièrement dans les sites archéologiques, bien qu’en faible proportion. Les traces les plus abondantes de leur présence sont leurs crottes (que l’on appelle coprolithes une fois fossilisées, dans le registre archéologique) retrouvées en particulier dans des structures en briques de terre crue complétées de branches qui servaient probablement à maintenir les dindons en captivité.

Des oiseaux convoités pour leurs plumes

Ces oiseaux appartiennent à une lignée génétique différente de celle des dindons sauvages locaux et l’analyse des isotopes du carbone contenu dans leurs os indique qu’ils ont consommé de grandes quantités de maïs. Ce sont donc des oiseaux captifs, certainement domestiques, mais on retrouve rarement leurs os dans ce que les archéologues étudient le plus, les poubelles des maisons. Ils n’auraient donc pas été mangés, ou assez rarement par rapport aux efforts mis en place pour les garder sur les sites. Les plumes d’oiseaux étaient néanmoins importantes pour ces populations et on retrouve notamment des fragments de plumes de dindon incluses dans le tissage d’une couverture en fibre en yucca. Une seule couverture aurait nécessité plus de 11 000 plumes, soit cinq à dix oiseaux selon la taille des plumes sélectionnées. Les oiseaux maintenus en captivité auraient ainsi pu être plumés régulièrement pour fournir cette matière première.

Au fil du temps, l’usage de dindons domestiques s’étend entre cette région du sud-ouest des États-Unis, le Mexique et l’Amérique centrale, mais les dindons sauvages restent bien présents dans l’environnement. Dans l’est des États-Unis, en revanche, si les restes osseux de dindons peuvent être abondants sur les sites archéologiques, il s’agit d’oiseaux sauvages chassés. C’est une mosaïque d’usage du dindon que les Européens ont ainsi rencontré à leur arrivée sur le continent américain [figure 3].

Figure 3 : Illustration du voyage de JacquesLe Moyne (1562-1565), qui accompagnait l’expédition de Laudonnière en Floride. Des dindons sont figurés sur la droite.

Poules d’Inde

C’est lors du quatrième voyage de Christophe Colomb en Amérique, alors qu’il explore les côtes de l’actuel Honduras, que l’on trouve ce qui peut être la première rencontre entre des Européens et des dindons, en 1502. On ne sait pas exactement comment leur réputation atteint l’Europe, probablement à travers les premières villes européennes construites dans les Antilles, mais en 1511 une lettre est envoyée par la couronne d’Espagne au trésorier en chef des Indes (les Antilles) demandant à ce que chaque bateau revenant vers la péninsule rapporte des « poules d’Inde » (d’où la contraction « dinde » apparue au XVIIe siècle en français), mâle et femelle, en vue de leur élevage.

En 1520, l’évêque d’Hispaniola (île englobant aujourd’hui Haïti et la République dominicaine) offre à Lorenzo Pucci, cardinal à Rome, un couple de dindons.

L’ouvrage publié au Muséum national d’histoire naturelle montre la multiplication des témoignages de la présence du dindon dans l’entourage de l’aristocratie européenne au cours du XVIe siècle. En France, en 1534, on trouve des dindons à Alençon, en Normandie, dans le château de Marguerite d’Angoulême, sœur de François Ier et reine de Navarre.

C’est aussi en 1534 qu’une amusante histoire se déroule en Estonie, où l’évêque de Tartu envoie un dindon en présent au duc Glinski – dindon qu’il avait précédemment reçu d’Allemagne. Mais l’oiseau exotique se répand aussi progressivement dans les basses-cours et sa consommation se généralise.

Entre le XVIe et le XVIIe siècle, il accompagne de nombreuses missions maritimes commerciales, atteignant même le Japon et revenant en Amérique – depuis l’Europe – dans les établissements coloniaux. Il semble toutefois être longtemps resté réservé aux repas de fêtes, et ce n’est qu’au cours du XXe siècle, avec l’essor de l’industrie agroalimentaire et la sélection de races de plus en plus lourdes, que sa viande entre dans la production de nombreux produits transformés. Finalement, l’animal complet, rôti et dressé sur une table à l’occasion de Thanksgiving ou de Noël, conserve la trace de cette longue histoire.

À l’abri du besoin, Norman Rockwell, 1941. « Notre cuisinière l’a faite rôtir, je l’ai peinte, puis nous l’avons mangée. C’est l’une des seules fois où j’aie jamais mangé le modèle. », déclara le peintre avec humour.
Wikimedia

The Conversation

Aurélie Manin a reçu des financements des Actions Marie Sklodowska-Curie pour réaliser ce travail.

ref. La dinde, histoire d’une domestication – https://theconversation.com/la-dinde-histoire-dune-domestication-270472

L’évolution de l’accent de Bernard Derome raconte l’affirmation du français québécois

Source: The Conversation – in French – By Marc Chalier, Maître de conférences en linguistique française, Sorbonne Université

Pendant près de quarante ans, Bernard Derome a incarné la voix du Téléjournal et accompagné les bouleversements du Québec moderne. Derrière cette constance, sa façon de parler a pourtant changé, révélant à sa manière l’évolution linguistique et identitaire du Québec.

Dans une étude sur le français parlé dans les médias audiovisuels québécois, je me suis penché sur un détail de prononciation en apparence négligeable : la façon dont Bernard Derome prononce les sons t et d devant des voyelles comme i ou u. Il est bien connu qu’en français québécois, dans ce type de contextes phonétiques, ces consonnes ont tendance à se transformer en sons « affriqués », ts et dz : tu dînes sera prononcé tsydzɪn alors qu’un Français prononcera les mêmes mots tydin. Ce phénomène, caractéristique du français québécois, est appelé affrication.

On pourra se demander ce qu’un linguiste de la Sorbonne fait à tendre l’oreille aux t et aux d d’un présentateur québécois. Il se trouve que j’étudie depuis plusieurs années les accents et les normes du français à travers le monde francophone, notamment, mais pas uniquement, au Québec. L’évolution du parler de Bernard Derome m’a paru emblématique d’un phénomène que j’observe aussi ailleurs : la montée en légitimité de variétés locales face à la norme parisienne.

Une oreille dans les archives

Pour mesurer l’évolution de cette prononciation à travers les décennies, j’ai analysé plusieurs heures d’extraits de journaux télévisés de Radio-Canada diffusés entre 1970 et 2008 dans lesquels Bernard Derome prend la parole. Ce faisant, j’ai écouté, analysé acoustiquement et codé plus de 1300 cas de t et d dans tous les contextes d’affrication possibles.

Résultat : la proportion d’affrications chez Bernard Derome passe de près de 45 % en 1970 à plus de 80 % en 2008. Autrement dit, le présentateur adopte progressivement une prononciation de plus en plus proche du parler québécois courant, du moins pour ce qui est des t et des d. Au premier abord, cette évolution peut sembler anodine, mais elle est au contraire très révélatrice : elle reflète non pas seulement un changement personnel, mais surtout une transformation de la norme de prononciation imposée à l’écran.

Du « français international » au français d’ici

Dans les années 1960 et 1970, Radio-Canada prônait encore un modèle de français dit « international », qui était en fait largement inspiré de la norme parisienne de l’époque et que l’on associait souvent à ce que l’on pouvait entendre dans les émissions de radio et de télévision françaises.

En 1965, l’Office québécois de la langue française, dans son premier Cahier sur la « Norme du français écrit et parlé au Québec », mentionnait même explicitement les affrications et affirmait que « trop nombreux sont les sons que nous (les Québécois) réalisons de façon défectueuse, (notamment) les consonnes assibilées (ts-dz) au lieu de (t-d) […] ». On l’aura bien compris : les présentateurs se devaient de parler « sans accent » québécois en calquant au maximum leur diction sur celle de leurs collègues français. Tout cela dans le but de donner de la crédibilité à un média public qui, à l’époque, était encore jeune, et aussi pour mieux l’intégrer dans le paysage médiatique du monde francophone.

Mais le Québec des décennies suivantes a changé. À mesure que la société s’affirmait politiquement et culturellement dans la foulée de la Révolution tranquille des années 1960, les médias ont progressivement relâché leur écart par rapport au parler local. À la fin des années 1980, des linguistes notaient déjà l’émergence d’un modèle québécois de prononciation plus naturel et plus représentatif du public. Les journalistes eux-mêmes, désormais tous largement formés comme des reporters, journalistes et présentateurs et non plus comme de simples « lecteurs de nouvelles », privilégiaient une prononciation plus proche de l’usage courant du français québécois.

Dans ce contexte, l’évolution du parler de Bernard Derome devient donc presque emblématique : son affrication croissante illustre la québécisation progressive de la parole médiatique.

La fin de la voix uniforme dans les médias audiovisuels

Le passage d’un parler standardisé à un usage plus proche de celui du français québécois parlé au quotidien ne concerne pas seulement la phonétique. C’est tout un style de présentation télévisuelle qui s’est transformé.

Autrefois, certains lecteurs de nouvelles pouvaient se contenter de lire des textes écrits, souvent rédigés par d’autres, dans un français soutenu et dépourvu d’émotion. Les linguistes appellent cela de l’« écrit oralisé ».

Aujourd’hui, les journalistes s’expriment davantage en direct avec une part d’improvisation et une recherche de proximité. Le discours se fait de moins en moins normatif et laisse une plus large marge à l’expressivité et la spontanéité du journaliste.

Cette « oralité mise en scène » a ouvert la porte à des formes de langue plus authentiques, plus proches de la réalité langagière quotidienne des Québécois. Et l’affrication, longtemps jugée « trop populaire » pour la télévision, a pu s’y installer sans choquer.

Une norme qui bouge

Mais qu’on ne s’y trompe pas : ce glissement vers un parler plus local ne signifie pas l’abandon de toute norme. Au contraire, une étude récente montre que Radio-Canada reste un modèle majeur en termes de « bon usage » du français pour une majorité des Québécois. La norme que la chaîne diffuse s’est simplement redéfinie. Elle n’imite plus le français de Paris, mais intègre désormais des traits propres au français québécois, qui sont devenus des signes d’appartenance – on appelle cela des « schibboleths » – alors qu’ils avaient longtemps été considérés comme des signes de relâchement ou de mauvaise diction.

Cette réévaluation du « bon usage » n’est pas unique au Québec : dans plusieurs régions du monde francophone, des variétés autrefois perçues comme « périphériques », comme celles de la France méridionale, de la Belgique ou encore des Antilles, acquièrent à leur tour une nouvelle légitimité. Le prestige linguistique se décentre peu à peu de Paris pour mieux refléter la pluralité du français.

L’étude du parler de Bernard Derome montre aussi que ce changement s’est fait sans rupture brutale. Bernard Derome n’a pas « pris l’accent » québécois à l’antenne du jour au lendemain : sa manière personnelle de parler, son « idiolecte », a évolué lentement, à mesure que les usages médiatiques et les attentes du public se transformaient.

Quand la langue bouge avec la société

Cette observation dépasse le cas d’un seul présentateur. Elle illustre le phénomène bien connu du changement linguistique : la langue d’un individu n’est jamais figée, même à l’âge adulte. Elle peut certes en partie se calquer sur des modèles de prestige, mais elle s’adapte surtout en permanence aux usages courants de son milieu et de son époque.


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Il existe de nombreux autres exemples d’idiolectes de personnalités publiques n’échappant pas au changement. En 2005, une étude britannique avait par exemple observé qu’entre les années 1950 et 1980, la manière de la reine Élisabeth II de prononcer ses voyelles dans ses vœux de Noël s’était rapprochée de celle de ses contemporains. Autrement dit, même les figures publiques les plus symboliques n’échappent pas au changement linguistique : leur manière de parler évolue, y compris dans les contextes les plus formels et contrôlés, où l’on pourrait s’attendre à une plus forte stabilité.

Bernard Derome a connu un parcours linguistique comparable : sa voix a raconté l’histoire du Québec moderne, mais elle en a aussi porté les changements. En suivant la trajectoire de ses t et de ses d, c’est toute une évolution du rapport des Québécois à leur langue qui se laisse entendre : de la peur de mal parler et du souci d’imiter à la fierté d’assumer.

La Conversation Canada

Marc Chalier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’évolution de l’accent de Bernard Derome raconte l’affirmation du français québécois – https://theconversation.com/levolution-de-laccent-de-bernard-derome-raconte-laffirmation-du-francais-quebecois-267600

Beyond Zohran Mamdani: Social media amplifes the politics of feelings

Source: The Conversation – Canada – By Merlyna Lim, Canada Research Professor, School of Journalism and Communication, Carleton University

Zohran Mamdani’s election as New York City mayor has spurred global celebrations and pride. Scores of social media users worldwide celebrate and claim him as one of their own.

Muslims across the globe, including in Indonesia — home to the world’s largest Muslim population, where I was born and raised — rejoice that he is Muslim. Indians take pride in Mamdani’s Indian roots. Ugandans cheer his victory because Kampala is his birthplace.

Representation does matter. It can be deeply affirming to see someone whose identity resonates with you succeed in a foreign political landscape.

However, Mamdani didn’t win simply because of who he is. He won because of what he did, the politics that his campaigns were based on — a platform that focuses on the cost of living, from utility bills to grocery bills to bus fares to child care to rent — and, more importantly, the feelings, the trust and cohesion generated in the network of people who organized with and for him.

As a scholar who examines digital media and information technology in relation to citizen participation and democracy, I know that political behaviour research has long observed that voters don’t choose based on policy alone: they vote based on identity, group belonging, emotional attachments and symbolic cues, all of which speak to “the politics of feelings.”

This refers to politics that mobilize and build power through shared feelings and emotional bonds.




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Identity, platform, visibility

That Mamdani is Muslim — the son of a South Asian African Muslim father and a Hindu Indian mother, born in Uganda — and that he has lived an immigrant community experience in New York is a formidable part of his story.

This profoundly matters in a political landscape that often marginalizes such identities — and helps explain why he has become so visible online and globally.

Viral videos, algorithmically boosted content and his public persona amplified this visibility. Online, the Zohran Mamdani phenomenon illustrates the power of emotion-driven mobilization, the process through which emotional currents bring people into alignment or connection with a cause, figure or community.

Identity and emotion have always been central to politics. Social media didn’t invent the politics of feelings; it accelerated and amplified them.

Branding a politician

Social media political participation doesn’t operate within a deliberative civic culture, but within an algorithmic marketing culture where algorithmic targeting and data-driven marketing principles shape how persuasion, visibility and emotion circulate.

Branding shapes the way content looks and feels. Algorithms push what’s likely to grab attention, and human users — naturally drawn to emotion — interact with it, feeding the system in return. Together, they produce a self-reinforcing loop where high-arousal content dominates, as a consequence of the interplay of marketing logic, machine learning and user behaviour.

The algorithm rewards emotion, not analysis. It privileges what’s instantly legible — a name, a face, a faith — over the collective labour and work behind a political movement.

Hope, pride as well as fear, outrage

Posts highlighting Mamdani’s Muslim, immigrant or brown identity, whether in celebration or attack, elicit emotions — hope, pride, fear or outrage. These emotions fuel engagement, which algorithms amplify, generating cycles of visibility which can simultaneously mobilize support and provoke backlash.




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Indeed, the same identity categories that make him so celebrated abroad have also been weaponized against him at home in the United States.

Through social media disinformation fuelled by racism and Islamophobia, Mamdani’s opponents have framed him as a “Muslim extremist,” “communist,” “jihadi terrorist,” “brown” and “dirty” or a “threat” to American values.

The flattening happens from both sides: he is either attacked for his identity or adored because of it.

The irony is sharp. For example, some Indonesians embrace a man named Mamdani — Mamdanis are part of the Khoja Shia community — while turning a blind eye to anti-Shia persecution at home.

Similarly, some Modi supporters claim Mamdani’s Indian heritage without acknowledging that he is a vocal critic of Modi.




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Identity becomes politicized

We can see similar dynamics elsewhere. Sadiq Khan’s visibility as a Muslim mayor of London generated both celebration and Islamophobic backlash on social media, amplified through viral videos, memes and algorithmically boosted news cycles.

In Canada, former prime minister Justin Trudeau’s youthful, multicultural and photogenic persona generated strong emotional attachment and global circulation while overshadowing his substantive political work.

This is how identity becomes politicized. By focusing the debate on who someone is, attention is diverted from what they stand for. It’s easier to categorize than to engage with structural critique.

In an algorithmic age, we consume politics in byte sizes, where visibility often displaces understanding and emotional attachment overshadows knowledge-seeking. It’s easier to celebrate a face than to join a struggle.

Emotion meets lived experience

But visibility is not the same as electoral power. We learn from Mamdani’s case that, for local politics, symbolism is rarely enough. It operates in a different register from national or global scales.

While Mamdani’s online persona benefited from algorithmic amplification, his campaign was also built on grassroots, volunteer-based mobilization combining door-knocking and neighbourhood conversations across the city of New York.

In local elections, voters aren’t distant algorithmic audiences. They’re neighbours, co-workers and community members who experience the effects of policy in their daily lives. A candidate’s identity, promises and track record must resonate with the residents’ tangible needs. Branding and emotional attachment help, but they cannot replace direct knowledge of local realities and persistent organizing work.

Mamdani platform

To cast a ballot for Mamdani in New York, voters needed to not only embrace his identities, but also his platform and the fact that, like Bernie Sanders and Alexandria Ocasio-Cortez, he’s unapologetically a democratic socialist.

The word “socialism” is not widely accepted in the United States, as it’s often conflated with “communism” — the remnant of Cold War anti-communism propaganda. It’s not popular in Indonesia, India and Uganda either.

Whether Mamdani will fulfil his voters’ expectations is too early to tell. What is clear is that his story isn’t just about Muslim pride or immigrant success. It’s about what’s possible when people organize across differences for a common cause. It’s about choosing to see beyond who someone is to what they stand for.

The Conversation

Merlyna Lim does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Beyond Zohran Mamdani: Social media amplifes the politics of feelings – https://theconversation.com/beyond-zohran-mamdani-social-media-amplifes-the-politics-of-feelings-269792

Distance learning changes lives, but comes with its own challenges

Source: The Conversation – Africa – By Ashley Gunter, Professor, University of South Africa

For students outside cities, participation in distance learning can be a lonely struggle. Tobi Oshinnaike via Unsplash

Across Africa, distance education has become one of the most powerful forces for expanding access to higher learning. Open and distance learning institutions such as the Open University of Tanzania, the Zimbabwe Open University and the National Open University of Nigeria have joined long-standing providers like the University of South Africa in offering flexible study opportunities to millions of students who would otherwise be excluded from higher education.

These institutions are reimagining what it means to go to university in contexts where geography, cost and social responsibilities often keep young people out of the classroom.




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The value of distance education is undeniable. It allows working adults to continue their studies without leaving employment, gives rural youth the chance to stay in their communities while earning qualifications, and provides people with opportunities to balance learning alongside family responsibilities. During crises such as the COVID-19 pandemic, distance education proved to be a lifeline when face-to-face teaching was impossible.

Across the continent, it is not simply an alternative to traditional universities; for many, it is the only route into higher education.

The World Bank has reported that only 9% of the African population in the five years after secondary school is enrolled in tertiary education – the lowest rate in the world.

My own research takes the University of South Africa (Unisa) as a case study to dig deeper into how geography and inequality shape students’ experiences of distance learning: their access, participation, and outcomes. With over 370,000 students in South Africa and other countries, Unisa is the continent’s largest provider. It’s an ideal lens through which to understand both the promise and the challenges of this educational model.

I’m a geographer with an interest in international education and economic development. For the Unisa case study, I took a qualitative research approach, interviewing 28 Unisa postgraduate students from different regions of Africa. I chose them to reflect the diversity of students enrolled at Unisa and because they already had experience of studying.

The study found that although distance education can meet educational needs where people can’t access face-to-face learning, it’s not a perfect solution. There are still challenges which make it hard for some people to study, like inadequate infrastructure (poor internet connectivity and electricity supply), financial constraints, and language and cultural barriers. There’s a need for interventions to improve the effectiveness and equity of distance education.

Experiences of distance education

My interviews with postgraduate students across Africa showed a complex picture. For the 18 students based in cities, distance education can be genuinely empowering. Internet connections, though costly, are usually accessible in cities. Electricity supply is more stable, and digital platforms are within reach. Students in urban areas spoke of the freedom and flexibility they gained, describing distance education as the only way to balance work, family life and study.

But geography matters. For students in rural or marginalised regions, participation in distance learning can become a daily struggle.

Downloading a file may take hours. Travelling long distances to internet cafés eats into scarce time and resources. A student in Zimbabwe explained how he missed deadlines simply because the university portal would not load in his village. Another said:

Some days I feel like I’m learning less and figuring out how to connect more.

Another, in Kenya, described travelling to Nairobi every two weeks to collect academic materials. She felt the sacrifice was worth it because she knew education could change her life. For others:

I begin to wonder if it’s really worth it.

These obstacles, however, underline rather than diminish the value of distance education. Students are willing to endure enormous effort and cost to access learning because they believe in its power to transform their futures. Their determination is itself evidence of the demand for and importance of this model of education.

Still, the barriers are real. High data prices, unstable internet, and unreliable electricity continue to limit access. Women in rural areas often face additional responsibilities that leave them with little time or energy to study.

It’s hard to keep up with my guy classmates who don’t face the same rules at home.

And the flexibility that makes distance education attractive can sometimes turn into a sense of isolation when students don’t have peer support.

I feel alone a lot. Even when I try to share, they don’t seem to understand what I’m facing.

Persistent inequities in distance education

Distance education can actually keep existing inequities in place, because students from wealthier, urban backgrounds are better positioned to succeed than rural students are.

My study also revealed how the realities of students’ lives not only affect their ability to use digital tools but also their sense of belonging to the academic community. There is a growing digital divide within distance education itself.

The task ahead is to make sure that these challenges do not undercut the progress distance education has already made. Over the past decade, distance education has expanded access, increased enrolment far beyond the capacity of traditional campuses, and improved the quality of digital teaching, learner support, and flexible study pathways.

Investment in affordable broadband and electricity is essential, particularly in rural and underserved regions. Financial aid needs to cover the hidden costs of learning, from devices to data. Outreach centres should be located closer to marginalised communities, and policies must explicitly address the gendered realities that shape women’s access to higher education.




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Across Africa, open universities have already demonstrated how distance education can widen participation and build inclusive futures. Unisa’s story, and the experiences of its students, highlight both the opportunities and the work still to be done.

Geography continues to shape who can learn, but it does not have to decide who gets left behind. With the right investments and policies, distance education can move closer to fulfilling its full promise: to provide equitable, life-changing access to higher learning for all.

The Conversation

Ashley Gunter receives funding from, The Arts and Humanities Research Council UK, British Academy UK, National Research Foundation, Newton Fund UK.

ref. Distance learning changes lives, but comes with its own challenges – https://theconversation.com/distance-learning-changes-lives-but-comes-with-its-own-challenges-266431

New study finds Pacific Northwest birds are becoming more common in the mountains as the climate warms

Source: The Conversation – Canada – By Benjamin Freeman, Assistant Professor, School of Biological Sciences, Georgia Institute of Technology

We know that climate change is affecting animals and habitats across our world, but figuring out how isn’t always easy. In fact, for years, I told audiences we simply could not know how mountain birds in the Pacific Northwest were responding to climate change. But as my recent research proves, I was mistaken.

It wasn’t for lack of scientific interest — biologists worry that mountain species are vulnerable to warming temperatures. It wasn’t for lack of personal interest — I grew up among the snow-capped mountains of the region and wanted to know what was happening in my own backyard. It was because we lacked the data.

Specifically, I thought there was no historical data describing where Pacific Northwest birds lived along mountain slopes prior to recent climate change. Historical data provides a crucial baseline. With good historical data in hand, researchers can compare where species live now to where they used to live. In protected landscapes where people aren’t directly changing the habitat, climate change is the main force that could impact where birds live.

As a postdoctoral fellow at the University of British Columbia, I had found historical datasets and conducted resurveys in far-flung locations from Peru to Papua New Guinea. Yet I did not know what was happening to the birds living in the mountains visible from campus.

The city of Vancouver is visible in the distance from nearby mountain peaks
Researchers conducted surveys in the mountains near Vancouver, B.C. to find out how climate change is impacting birds that live in the area.
(Benjamin Freeman)

Then, one day I found a scientific paper describing an impressive bird survey from the early 1990s from these nearby mountains. I contacted the lead author, wildlife ecologist Louise Waterhouse, who told me she still had the original data and was interested in a resurvey.

The expectation is that mountain species should respond to hotter temperatures. Some species like the warmer areas at the base of the mountain, while others require cold areas near the mountain top.

Bird surveys

The general prediction is that plants and animals will move to higher elevations where temperatures remain cool, as if they are riding a slow-motion escalator. This spells trouble for mountaintop species, which have nowhere higher to move to. For them, climate change can set in motion an “escalator to extinction.”

To determine whether this was true, I first had to relocate the locations that Waterhouse and her colleagues had surveyed. Global positioning system units did not exist at the time, so they marked their survey locations on maps. I spent days in the forest, tracing my finger along the map as I walked through the woods.

Luckily for me, Waterhouse conducted her surveys in old-growth forests. With their towering trees and massive decaying logs on the forest floor, it was easy to tell when I stepped from the surrounding younger forest into one of these ancient groves.

Then I had to do the modern surveys. This required waking up at 4 a.m. for a month. Birds are most active in the early morning, so that’s the best time to conduct research.

While it’s never fun to set an early alarm, it was glorious to spend dawn among giant trees listening for birds. One morning a bobcat padded along a mossy log just a couple of metres from where I stood.

Another day a barred owl swooped noiselessly past me like a forest ghost. And every morning I conducted survey after survey, scribbling the species I encountered in my notebook.

What we found

After the survey work was completed, our team analyzed the data. We found that temperatures have increased by around 1 C in southwestern British Columbia since the early 1990s.

We wondered whether this warming would set the escalator to extinction in motion. But the main response we found was that species still live in the same slices of mountainside but have become more abundant at higher elevations. That suggests most species living in old-growth forests in this region are resilient to climate change so far.

Our resurvey is kind of like going to your doctor for a routine physical exam, but for an entire bird community. We found most species are doing well, akin to a general good report from your doctor. But we also identified problems.

Most notably, the Canada jay has dramatically declined and is on the escalator to extinction. This grey-and-white bird, also known as “whiskey jack,” is well-loved for its bold behaviour and intelligence and is considered by some to be Canada’s national bird. Follow-up research is urgently needed to help these charismatic jays persist in this region.

Our study provides a clear picture of how birds are responding to climate change in the mountains near Vancouver. This information is directly useful to land managers and conservationists.

I think back to the years when I said this study was impossible. If I hadn’t come across Waterhouse’s study that one grey afternoon, the hard-won data that she and her team collected might have been lost.

Now, as an assistant professor at Georgia Tech, I have created the Mountain Bird Network to save and share such legacy datasets from mountains across the globe. Who knows what other mountains have high-quality historical data?

Thinking about mountain birds, I realize my toes are tapping as I look to the alarm clock and decide that maybe I need more 4 a.m. wake-ups in my life.

The Conversation

Benjamin Freeman receives funding from the David and Lucille Packard Foundation.

ref. New study finds Pacific Northwest birds are becoming more common in the mountains as the climate warms – https://theconversation.com/new-study-finds-pacific-northwest-birds-are-becoming-more-common-in-the-mountains-as-the-climate-warms-270041

La materia oscura del universo podría haber sido observada por primera vez

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Óscar del Barco Novillo, Profesor asociado. Departamento de Física (área de Óptica)., Universidad de Murcia

Recreación artística de la formación de estructuras de materia oscura durante los primeros instantes del universo. Créditos: Ralf Kaehler/SLAC National Accelerator Laboratory, American Museum of Natural History. CC BY

Tras un meticuloso estudio de los datos recogidos durante 15 años por el telescopio espacial de rayos gamma Fermi de la NASA sobre el halo galáctico de la Vía Láctea, investigadores japoneses afirman tener evidencias directas de la detección de las elusivas partículas de materia oscura en el universo.

De confirmarse el hallazgo, supondría una verdadera revolución en el campo de la física, obligando a modificar el modelo estándar de la física de partículas (que es la teoría que describe con precisión la estructura fundamental de la materia). Además, tendría enormes consecuencias en cosmología a la hora de explicar la formación y evolución de los cúmulos galácticos.

Este innovador trabajo ha sido publicado en la revista Journal of Cosmology and Astroparticle Physics y su único autor es el astrofísico nipón Tomonori Totani.

Totani sostiene que el patrón energético hallado en sus investigaciones podría ser la primera evidencia directa de las llamadas Partículas Masivas de Interacción Débil (WIMP, por sus siglas en inglés), aunque la comunidad científica pide cautela y verificación independiente antes de confirmar un hallazgo que podría transformar la física actual.

Invisibles para cualquier telescopio

La hipótesis ampliamente aceptada es que la materia oscura está compuesta por esas esquivas WIMPs, cientos de veces más masivas que el protón y de movimiento muy lento. Como no absorben ni emiten luz ni interaccionan con cualquier partícula observada, es imposible su detección directa por instrumentos ópticos como el telescopio.

El cúmulo de Coma (con hasta 1 000 galaxias identificadas) es el lugar del cosmos donde surgieron las primeras evidencias de la existencia de materia oscura. En 1930, el astrónomo suizo Fritz Zwicky observó que aquellas galaxias se movían demasiado rápido para la gravedad creada por la materia ordinaria observada. Deberían haber escapado del cúmulo, pero, en cambio, permanecían juntas.

En otras palabras, no existía suficiente masa visible como para mantener unidas a tantas galaxias. La materia oscura en el cúmulo de Coma es tan predominante que constituye aproximadamente el 90 % de su masa total.

Imagen en falso color de la región central del cúmulo de Coma donde se combinan imágenes infrarrojas y de luz visible para revelar miles de galaxias muy tenues (en color verde). Créditos: NASA / JPL-Caltech / L. Jenkins (GSFC).
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A raíz de esas observaciones, Zwicky sugirió que podría existir una forma invisible de materia que creaba la gravedad adicional que aglutinaba a estas galaxias. La denominó “Dunkle Materie” (“materia oscura” en alemán).

Más tarde, en la década de 1970, la astrónoma norteamericana Vera Rubin recurrió a ese concepto para explicar la velocidad anómala de las estrellas en los bordes exteriores de las galaxias espirales. Hoy en día, aunque no todos los astrónomos están de acuerdo sobre la verdadera naturaleza de la materia oscura, su existencia está ampliamente aceptada.

Imagen del cúmulo Bala (formado por dos cúmulos de galaxias en colisión) registrada por el Telescopio Espacial Hubble, el Observatorio de rayos X Chandra de la NASA y el Telescopio Gigante Magallanes terrestre. La materia visible aparece en tonalidades rosas, mientras que la materia oscura del cúmulo se muestra en colores azules. Esta observación constituye uno de los ejemplos directos más claros de la existencia de materia oscura. Crédito: X-ray: NASA/CXC/CfA/M.Markevitch, Optical and lensing map: NASA/STScI, Magellan/U.Arizona/D.Clowe, Lensing map: ESO WFI.
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La materia oscura constituye la mayor parte de la masa de las galaxias y cúmulos galácticos. Los astrónomos estiman que la materia visible constituye solo alrededor del 5 % del universo, mientras que la materia oscura representa alrededor del 27 %. El 68 % restante correspondería a energía oscura y sería responsable de la expansión acelerada del universo, aunque se desconoce aún su naturaleza exacta.

Distrubición en el universo de la materia ordinaria o visible (5%), materia oscura (27%) y energía oscura (68%). Créditos: NASA’s Goddard Space Flight Center.
CC BY

Emiten radiación muy energética al aniquilarse

Tal como comentamos anteriormente, estas partículas de materia oscura son indetectables por cualquier telescopio, dado que no emiten ni absorben luz en ninguna longitud de onda. Cabe preguntarse ahora, ¿cómo pueden ser detectadas mediante observaciones directas?

La buena noticia es que al interaccionar, las hipotéticas WIMP se aniquilarían mutuamente produciendo una radiación muy energética en forma de rayos gamma. De hecho, los investigadores analizan los datos del Telescopio Espacial de Rayos Gamma Fermi de la NASA para buscar señales de WIMP interactuando y aniquilándose. Este es el caso de la sorprendente investigación del astrónomo Tomonori Totani.

Así, un exceso de radiación gamma altamente energética en determinadas regiones galácticas tendría su origen en las aniquilaciones de partículas de materia oscura, y podrían ser prueba de la existencia de WIMPs. Lo discutible es si la prueba es concluyente o estamos ante una hipótesis especulativa.

Secuencia del proceso de aniquilación de dos partículas de materia oscura o WIMPs (imágenes superior y central) y la posterior producción de dos fotones de rayos gamma altamente energéticos (imagen inferior). Crédito: NASA/Goddard Space Flight Center.
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La señal que confirmaría la existencia de la materia oscura

En este nuevo estudio, Totani analizó los datos del halo de la Vía Láctea, una región esférica de estrellas viejas que rodea a nuestra galaxia y con una supuesta alta concentración de materia oscura.

Interpretación artística de los halos interno y externo de la Vía Láctea. Créditos: NASA, ESA, and A. Feild (STScI).
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El análisis detallado de los datos en esta región galáctica reveló un exceso de radiación gamma altamente energética, alrededor de 20 gigaelectronvoltios (20 GeV). Además, el espectro energético hallado coincide perfectamente con la predicción teórica de la aniquilación de WIMPs, lo que sugiere que las partículas tienen una masa aproximadamente 500 veces mayor que la de un protón.

Mapa de intensidad de radiación gamma en la región de interés del estudio (halo de la Vía Láctea). La barra gris horizontal en la región central corresponde al área del plano galáctico, que se excluyó del análisis. Crédito: Tomonori Totani, Universidad de Tokio.
CC BY

En palabras del autor del estudio: “Detectamos rayos gamma con una energía extremadamente alta, extendiéndose en una estructura similar a un halo hacia el centro de la Vía Láctea. El componente de emisión de rayos gamma se asemeja mucho a la forma esperada del halo de materia oscura”.

Además, este patrón de radiación gamma tan específico no es fácilmente explicable a partir de otros eventos astronómicos alternativos como supernovas o púlsares de rápida rotación.

El trabajo de Totani constituye un indicio plausible de emisión de rayos gamma a partir de aniquilación de materia oscura, aunque no exento de incertidumbre y lejos de ser totalmente concluyente.

La necesaria prudencia ante estos nuevos resultados

“Las afirmaciones extraordinarias requieren evidencia extraordinaria”. Esas palabras de Carl Sagan resumen a la perfección como debe procederse en ciencia ante resultados tan revolucionarios como el propuesto en este nuevo estudio sobre materia oscura.

Este nuevo hallazgo entra ahora en un período de intenso escrutinio y verificación por otros grupos de investigación.

Se deberán realizar análisis independientes para verificar esta característica señal de 20 GeV asociada a partículas WIMP, probablemente en otros ambientes ricos en materia oscura como las galaxias enanas del halo de la Vía Láctea.

Tendremos que esperar para conocer si este interesante trabajo asienta las bases para una detección sólida de la elusiva “materia ausente” que tanto ha desconcertado a los astrónomos en las últimas décadas.

The Conversation

Óscar del Barco Novillo no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. La materia oscura del universo podría haber sido observada por primera vez – https://theconversation.com/la-materia-oscura-del-universo-podria-haber-sido-observada-por-primera-vez-270690