Une courte histoire du T-shirt à slogan, bannière de nombreuses luttes depuis l’après-guerre

Source: The Conversation – France (in French) – By Liv Auckland, Lecturer in Fashion Communication and Creative Direction for Fashion, Nottingham Trent University

Depuis des décennies, le T-shirt à slogan s’impose comme un puissant vecteur d’expression politique et personnelle. De la guerre du Vietnam aux luttes LGBTQ+, il continue de porter haut les combats de son époque.


Vous avez probablement un tiroir rempli de T-shirts. Ils sont confortables, faciles à assortir, bon marché et omniprésents. Mais le T-shirt est loin d’être basique. Depuis 70 ans, il est utilisé comme outil d’expression de soi, de rébellion et de protestation. Et en 2025, le T-shirt à slogan est aussi puissant qu’il ne l’a jamais été.

Autrefois porté comme sous-vêtement, le T-shirt devient un vêtement à part entière après la Seconde Guerre mondiale. Moulant le corps de jeunes hommes en bonne forme physique, il en vient à symboliser l’héroïsme, la jeunesse et la virilité.

Le T-shirt est adopté par des groupes issus de sous-cultures comme les bikers ou les passionnés de voitures customisées. Il est popularisé par des stars hollywoodiennes comme Marlon Brando et James Dean. Au milieu des années 1950, il devient un symbole de rébellion et de coolitude.

Les punks s’en emparent

À partir des années 1960, les T-shirts à slogans gagnent en popularité aux États-Unis et au Royaume-Uni, et les femmes commencent à les porter à mesure que la mode se fait plus décontractée. À l’ère postmoderne, le langage devient moins fonctionnel et davantage orienté vers l’expression individuelle et l’exploration personnelle. Cette approche ludique du mot, alliée à un accent mis sur le design et le commentaire social, fait du T-shirt une toile idéale pour la défense de la pensée individuelle.

Les slogans pacifistes dominent les T-shirts aux États-Unis pendant la guerre du Vietnam et face à la menace croissante d’un conflit nucléaire. L’un des slogans les plus connus reprend l’affiche de la célèbre campagne de 1969 « War is Over » de John Lennon et Yoko Ono, un T-shirt encore reproduit aujourd’hui. Les messages de paix, qu’ils utilisent des mots ou des symboles, sont restés présents dans notre garde-robe collective, de la haute couture à la mode grand public.

Dans les années 1970, le New York Times qualifie le T-shirt de « support du message », et ce message devient de plus en plus subversif. Les T-shirts à slogans cherchent à provoquer, par l’humour ou la controverse.

Les punks excellent dans cet exercice. Ils construisent ce que le théoricien des sous-cultures Dick Hebdige appelle une « rhétorique de vaurien » (« guttersnipe rhetoric ») dans son étude de 1979 Subculture : The Meaning of Style. Les créateurs Vivienne Westwood et Malcolm McLaren ouvrent la voie à une esthétique DIY où les slogans sont souvent griffonnés, expressifs et remettent en cause les normes sociales.

Le T-shirt à slogan dans la lutte pour les droits LGBTQ+

Les progrès de la fabrication et de l’impression à l’ère postmoderne permettent aussi une impression de masse des slogans, une évolution dont la communauté LGBTQ+ et ses alliés s’emparent.

Parmi les T-shirts à slogans les plus marquants de l’histoire, beaucoup sont créés en réaction à l’épidémie de sida dans les années 1980. Le plus poignant porte simplement la mention « Silence = Death ». D’abord une affiche, le design est ensuite imprimé sur des T-shirts par la Coalition pour libérer le pouvoir contre le sida (connue sous le nom de « Act Up »), pour être porté lors de manifestations.

Les personnes touchées par le sida sont diabolisées et largement ignorées, si bien que la communauté queer doit se tourner vers l’activisme pour obtenir des réponses du gouvernement et de leurs concitoyens. Dans After Silence : A History of Aids through Its Images (2018), l’auteur Avram Finkelstein décrit l’activisme de l’époque comme un « appel et une réponse, une demande de participation » pour les vies en jeu. Dans un monde d’avant Internet, le T-shirt devient une plate-forme pour rendre visible ce combat.

Les années 1980 voient aussi le T-shirt à slogan entrer dans la culture populaire autant que dans l’arène politique, notamment avec les créations de Katharine Hamnett. Connus pour leur coupe ample, ses messages politiques ornent le torse de célébrités comme George Michael et Debbie Harry. En 1984, Hamnett marque l’histoire de la mode en rencontrant la Première ministre Margaret Thatcher avec un T-shirt où l’on peut lire « 58 % Don’t Want Pershing » (« 58 % ne veulent pas de Pershing », dénonçant l’installation de missiles américains Pershing en Europe pendant la guerre froide), une référence à son opposition aux armes nucléaires.

La même année, son design « Choose Life » devient iconique lorsqu’il est porté dans un clip de Wham ! À l’origine, cette phrase renvoie aux enseignements fondamentaux du bouddhisme, mais elle prend un sens plus large dans le contexte de l’épidémie de sida, du thatchérisme et de l’instabilité économique.

Le T-shirt « Choose Life » dans le clip de Wham ! Wake Me Up Before You Go-Go.

Le slogan est ensuite utilisé dans le monologue d’ouverture du film culte Trainspotting (1996), qui se déroule dans un Édimbourg pauvre et marqué par la drogue. Ce design est repris d’innombrables fois, y compris par Hamnett elle-même pour l’association de soutien aux réfugiés Choose Love.

Dans son ouvrage de 2013 Slogan T-shirts : Cult and Culture, l’autrice Stephanie Talbot explique que les T-shirts à slogans peuvent traverser le temps et devenir iconiques. Si le T-shirt « Choose Life » a transcendé les générations, il montre aussi comment le message convoyé par un slogan peut changer selon la personne qui le porte, celle qui le lit, et le contexte dans lequel il est vu. Aujourd’hui, au grand désarroi de Hamnett, « Choose Life » a été récupéré par des militants antiavortement, adoptant un sens différent et basculant de l’autre côté du spectre politique.

Qui peut porter un T-shirt à slogan ?

Quand on porte un T-shirt à slogan, on projette son moi intérieur dans l’espace public, créant une extension de soi qui invite les autres à nous percevoir. Cela crée des opportunités de conflit autant que de lien et de communauté, exposant nos corps – en particulier les corps marginalisés – à un certain risque.

En 2023, par exemple, de nombreux manifestants pacifiques sont arrêtés pour avoir porté des T-shirts Just Stop Oil, montrant à quel point porter un T-shirt à slogan peut être dangereux – voire potentiellement illégal.

L’acteur Pedro Pascal porte le T-shirt « Protect the Dolls » avec un manteau brun
L’acteur Pedro Pascal porte le T-shirt « Protect the Dolls » de Connor Ives.
Fred Duval/Shutterstock

La communauté LGBTQ+ continue néanmoins d’utiliser la puissance de ce support – non pas malgré les changements législatifs, mais à cause d’eux. Le créateur Connor Ives clôture son défilé à la Fashion Week de Londres 2025 avec un T-shirt portant le slogan « Protect the Dolls », à une époque où les vies trans et l’accès aux soins liés au genre sont de plus en plus politisés. Le mot « dolls » est un terme affectueux utilisé dans les milieux queers pour désigner celles qui s’identifient au féminin, y compris les femmes trans.

Après avoir reçu un large soutien, le T-shirt entre en production pour lever des fonds au profit de l’association américaine Trans Lifeline. De nombreuses célébrités l’ont depuis porté, notamment l’acteur Pedro Pascal et le musicien Troye Sivan, pour exprimer leur soutien face aux nombreuses lois restrictives. Dans un monde qui semble de plus en plus chaotique, pour beaucoup, le simple T-shirt reste un espace où exprimer ce que l’on ressent vraiment.

The Conversation

Liv Auckland ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Une courte histoire du T-shirt à slogan, bannière de nombreuses luttes depuis l’après-guerre – https://theconversation.com/une-courte-histoire-du-t-shirt-a-slogan-banniere-de-nombreuses-luttes-depuis-lapres-guerre-261814

Le Sénégal cherche un nouveau souffle économique et diplomatique auprès de la Chine

Source: The Conversation – in French – By Ibrahima Niang, Assistant lecturer, University of Cape Town

La Chine est aujourd’hui le premier partenaire commercial du Sénégal. En se rendant à Pékin pour sa première visite hors d’Afrique du 22 au 27 juin, le Premier ministre Ousmane Sonko a affiché l’ambition d’un Sénégal plus autonome dans ses choix de partenaires. Ibrahima Niang, chercheur en sociologie économique et spécialiste des relations sino-sénégalaises décrypte les objectifs politiques de ce déplacement et les retombées possibles pour le Sénégal, Il évoque également les risques de dépendance et les conditions requises pour un partenariat équilibré avec Pékin.


Que révèle la visite du Premier ministre sénégalais en Chine sur sa nouvelle diplomatie ?

Cette visite du Premier ministre en Chine, sa première hors du continent africain, témoigne de la forte ambition diplomatique du pays. Elle s’est inscrite dans une stratégie de diversification des partenaires économiques. Ce choix intervient dans un contexte marqué par un accent souverainiste croissant au Sahel, perceptible dans les discours et les actes d’États autrefois proches de l’ancienne Métropole.

Par conséquent, il faut y lire un désir de “désoccidentaliser” la diplomatie en la recentrant vers les pays du Sud global dont la tête de pont est la Chine, seconde puissance économique et premier partenaire commercial du Sénégal. C’est aussi une rencontre qui marque vingt années de relations diplomatiques après une période de dix (1995-2005) ans durant laquelle le Sénégal n’entretenait des relations diplomatiques qu’avec Taïwan.

Quels étaient les objectifs clés de la visite du Premier ministre Sonko en Chine ?

Le prétexte de cette visite est une invitation, en tant que dirigeant africain, à venir porter la voix de l’Afrique au Forum d’été de Davos, qui s’est tenu à Tianjin, en Chine. L’objectif était de permettre au leader politique sénégalais d’y présenter les opportunités d’investissement du continent africain, et particulièrement le projet économique du Sénégal: l’Agenda de Transformation 2050.

Le Premier ministre a aussi cherché à nouer des partenariats avec les dirigeants d’entreprises et sociétés chinoises comme Brain Co, Ali Baba afin de les inciter à venir s’installer au Sénégal.

Il a rencontré les dirigeants des grandes banques chinoises comme Export Import Bank, China Developement Bank qui financent des projets actuellement à l’arrêt depuis la publication de la dette colossale de l’État du Sénégal. La Cour des comptes a révélé une dette cachée d’environ 7 milliards de dollars, longtemps sous-estimée, qui alourdit considérablement ses finances publiques.

Il s’agit des projets comme celui de « l’Autoroute de l’eau » du Lac de Guiers vers Dakar, Mbour, Thiès et Touba, sous la responsabilité de Sinohydro et le projet de l’autoroute Mbour-Kaolack, toujours sous la responsabilité de China Road and Bridge Corporation (CRBC).

Enfin, cette visite a permis de renforcer le partenariat stratégique global avec la Chine à la faveur de la rencontre organisée avec le Premier ministre chinois et l’audience avec le président Xi Jinping .

Concrètement, quelles sont les retombées attendues pour le Sénégal ?

Elles sont nombreuses, si l’on en croit le Premier ministre, même si aucun document officiel n’a été publié pour permettre de connaître le montant exact des dons chinois annoncés par le Premier ministre sénégalais. Parmi ces annonces majeures, figurent un accord entre l’État et un constructeur automobile Yutong Yutong et le groupe Zhenhuai Construction, impliquant le Fonds de développement des transports terrestres (FDTT) du Sénégal, l’Association de financement des transports urbains (AFTU) et China Africa Investment and Development (CAID). L’objectif est de moderniser les gares routières et la mise en place d’infrastructures de recharge « vertes » et installer une usine de montage de bus électriques avec une ambition de production de 40.000 bus.

L’autre accord concernant la Sicap, société immobilière appartenant à l’Etat, a pour but la construction d’une usine de matériaux préfabriqués et la réalisation de logements sociaux à Dakar. L’usine, d’une capacité de 10 000 logements par an, sera basée à Huai’an, dans la province de Jiangsu, en Chine. Elle représente un investissement de 100 millions de dollars de la China Africa Investment and Development (CAID) et la formation de techniciens et ingénieurs sénégalais en Chine. La relance des projets à l’arrêt du fait du niveau de la dette est également concernée.

L’engagement du groupe chinois Huawei à accompagner l’État du Sénégal dans son nouveau projet de digitalisation, le New Deal Technologique, s’inscrit dans le cadre de la stratégie numérique nationale, alignée sur l’agenda de transformation du pays. Cet engagement fait suite à la visite du Premier ministre au siège de Huawei à Beijing.

Renforcer la coopération avec la Chine, est-ce aussi prendre le risque d’une dépendance accrue ?

Depuis un demi-siècle, l’économie sénégalaise est demeurée fortement tournée vers l’extérieur. Elle a largement dépendu des importations des importations venant principalement de la France et de la présence de grands groupes industriels français depuis la colonisation jusqu’à aujourd’hui. Ainsi, l’essentiel des produits de la croissance faite au Sénégal est transféré vers l’étranger.

Avec le renforcement de la coopération chinoise, le risque est de remplacer une dépendance par une autre. Les chiffres de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) confirment cette tendance. En 2023, le déficit commercial avec la Chine s’est creusé à 647 milliards de francs CFA. La Chine est désormais le premier partenaire commercial du Sénégal, avec des échanges largement dominés par des produits manufacturés en provenance de Pékin.

Les entreprises chinoises dominent principalement le secteur du numérique, au cœur de la stratégie nationale de digitalisation. Elles sont impliquées dans plusieurs programmes majeurs — e-gov, le système de surveillance des grands axes et avenues du Sénégal, Smart-Sénégal — tous financés par des emprunts contractés auprès de la Chine.

C’est pourquoi cela suscite une certaine inquiétude des partenaires traditionnels du Sénégal. Ils craignent de voir tout le programme des technologies de l’information et de communication finir entre les mains des experts chinois. Même s’il faut reconnaître que ces partenaires dits traditionnels ont un modèle de coopération désuet face à la Chine.

Car les Chinois ont la technologie et l’argent pour financer les projets.
Dans ces conditions le Sénégal ne peut pas se permettre d’attendre des offres qui tardent à venir avec modalités de décaissements trop lourdes.

Quelles sont les conditions pour que le Sénégal tire durablement profit de cette relation ?

Le Sénégal, par la voix de son Premier ministre, dit vouloir s’inspirer du modèle de développement chinois dans son Agenda 2050, un référentiel de développement. Pour cela, il a souligné des accords de partenariat entre les provinces chinoises et les pôles de développement territorial du Sénégal.

Je pense que pour tirer durablement profit de cette relation, il faut être plus ambitieux du coté sénégalais. Au lieu de l’installation d’une usine de montage de bus pour au moins 4000 bus, il aurait été préférable de négocier la création d’unités de fabrication locales, au moins d’une partie des bus et pour certaines pièces.

Ce type de projet n’est pas un véritable transfert de technologies. Pourtant, le pays a déjà une expérience dans ce domaine avec Senbus Industries, développé en partenariat avec Tata. Ensuite, il y a beaucoup à faire en termes d’engagements, de renégociations sur les projets financés sur emprunt chinois. Il est essentiel de faire en sorte que 40 % reviennent aux entreprises locales pour donner un contenu plus significatif pour le contenu local.

Par ailleurs, il est important de revoir les termes des projets financés par des emprunts chinois. L’État pourrait ainsi exiger qu’au moins 40 % des marchés soient attribués à des entreprises locales, afin de renforcer le contenu local et créer de la valeur au niveau national.

The Conversation

Ibrahima Niang does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Le Sénégal cherche un nouveau souffle économique et diplomatique auprès de la Chine – https://theconversation.com/le-senegal-cherche-un-nouveau-souffle-economique-et-diplomatique-aupres-de-la-chine-261152

Cubic zirconia only forms under extreme temperatures, like those produced when an asteroid impacts Earth

Source: The Conversation – Canada – By Neeraja Chinchalkar, PhD student, Earth and Planetary Science and Exploration, Western University

A satellite image of the Clearwater Lakes, the site of two large asteroid impacts that struck Earth about 290 million years ago (NASA Earth Observatory)

When high-velocity asteroids land on the Earth, they can form a meteor impact crater. Such collisions have occurred throughout Earth’s history and still occur on other planetary bodies today.

While most asteroid impacts on Earth happened millions of years ago, their remnants are still preserved across the Earth’s surface. Impact-affected rocks experience intense heat and pressure during the impact.

One such ancient impact site, known as West Clearwater Lake, is located in Québec, on the Canadian Shield near Hudson Bay. This crater, now filled with water, was formed when an asteroid struck Earth approximately 285 million years ago.

A natural thermometer

Zircon is a mineral commonly found in a variety of rock types on Earth and in some rocks on the moon and other planets. It is an incredibly durable, naturally occurring mineral that has been around since as long as the Earth itself. The physical resilience of zircon makes it a useful tool to study natural geological phenomena.

Zircon, when heated enough, begins to break down into its components: zirconia (ZrO₂) and silica (SiO₂). Zirconia has different forms depending on how hot it gets, called polymorphs — these are minerals with the same chemical make up but different crystal structures that adapt to changing physical conditions. One of the polymorphs of zirconia is cubic zirconia, named for its cubic structure.

Finding cubic zirconia in nature is incredibly rare because of the specific conditions it requires to remain structurally stable. Cubic zirconia forms only under extreme conditions where temperatures reach above 2,370 C. On the Earth’s surface, such naturally hot temperatures have only been known to exist during impact crater formation.

At West Clearwater Lake, we found evidence of this natural cubic zirconia preserved in natural glass — a remnant of the intense heat from the ancient asteroid impact. For comparison, active volcanoes such as those in Hawaii reach temperatures in the range of 800 to 1,200 C.

In nature, zirconia exists in several forms, depending on the temperature and pressure it’s exposed to. The three main polymorphs are: monoclinic, tetragonal and cubic.

Monoclinic zirconia is stable at lower temperatures and is the most common form of zirconia found in nature. Tetragonal zirconia exists at moderately high temperatures and is unstable at low temperatures. Cubic zirconia is only stable at extremely high temperatures above 2,370 C, and is also unstable at lower temperatures.

white scattered fragments against a black background
A backscattered electron image of a zircon grain decomposing into zirconia.
(N. Chinchalkar , G. Osinski, T. Erickson & C. Cayron), CC BY

A hot piece of history

How, exactly, did cubic zirconia end up in these rocks?

When the asteroid hit the West Clearwater Lake region millions of years ago, it generated temperatures hot enough to melt and vaporize some of the surface rock. As the molten rock cooled and solidified, microscopic crystals of zircon, originally present within target material, got caught up in the hot melt and began to transform.

At temperatures above 2,370 C, these zircon crystals started to break down, and some of them turned into cubic zirconia. This provided evidence of the extreme heat, which our research team discovered in our recent study.

This fascinating evidence gives us insights into how hot it can get during a meteorite impact, something that’s hard to measure millions of years after the fact.

Artificial production

Synthetic cubic zirconia is produced artificially by heating zirconium oxide to high temperatures, then cooling it in a controlled environment; the zirconia then forms crystals that resemble diamonds. Synthetic cubic zirconia is a popular substitute for diamonds in jewelry because it is cheap to produce but still sparkles like diamonds.

Synthetic cubic zirconia contains high amounts of stabilizing agents, like the element yttrium, that prevent it from becoming unstable and help it maintain its brilliance over time.

Without the additives used in synthetic cubic zirconia, natural zirconia is much more likely to transform into other forms as it cools down. That’s why finding natural cubic zirconia is so rare — it exists only in places where temperatures were once unimaginably high.

a bright white gemstone
Synthetic cubic zirconia is a popular substitute for diamonds in jewelry because it is cheap to produce but still sparkles like diamonds.
(James St. John/Flickr), CC BY

Asteroid impacts

Apart from being a fascinating geological discovery, finding evidence of cubic zirconia in an impact structure gives scientists a better understanding of the conditions created during asteroid impacts. These ancient events weren’t just violent — they fundamentally changed the Earth’s surface in ways that we’re still learning about.

While the discovery of cubic zirconia in West Clearwater Lake is exciting, it’s just one piece of the puzzle. Impact craters are not unique to Earth — they are found on most rocky objects in our solar system. For example, cubic zirconia has been found in moon rocks brought back by astronauts of the Apollo missions.

Meteorite craters like the West Clearwater Lake are only a small part of a larger story of Earth’s history. During its nascent years, Earth was regularly bombarded by asteroids that were remnants of the debris from the formation of the solar system, and these collisions helped shape the planet’s surface. In fact, there is compelling evidence that asteroid impacts may have played a role in the origin of life by creating environments where complex chemicals could form.

The Conversation

Neeraja Chinchalkar is affiliated with the Lunar and Planetary Institute

Gordon Osinski receives funding from the Natural Sciences and Engineering Research Council of Canada and the Canadian Space Agency.

Timmons Erickson does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Cubic zirconia only forms under extreme temperatures, like those produced when an asteroid impacts Earth – https://theconversation.com/cubic-zirconia-only-forms-under-extreme-temperatures-like-those-produced-when-an-asteroid-impacts-earth-238267

Why do MAGA faithful support Trump if his ‘big beautiful bill’ will likely hurt many of them?

Source: The Conversation – USA – By Alex Hinton, Distinguished Professor of Anthropology; Director, Center for the Study of Genocide and Human Rights, Rutgers University – Newark

Supporters of President Donald Trump demonstrate near his Mar-a-Lago home in Palm Beach, Fla., on July 17, 2025. Joe Raedle/Getty Images

President Donald Trump signed the wide-ranging One Big Beautiful Bill Act into law on July 4, 2025. It focuses on cutting taxes, mainly for households that earn US$217,000 or more each year, as well as increasing funding for military and border security and revamping social programs.

Republicans tout it as providing “an economic lifeline for working families” and “laying a key cornerstone of America’s new golden age.”

Democrat lawmakers argue that, in reality, Trump’s act “steals from the poor to give to the ultra-rich.”

The act is estimated to increase the country’s debt by more than US$3 trillion over 10 years, while knocking more than 10 million people off Medicaid.

About 41.4 million adults in the U.S. receive Medicaid. And 49% of Medicaid recipients who voted in the 2024 election backed Trump.

While 94% of Democrats and Democratic-leaning independents said in a May 2025 survey that they are worried Medicaid cuts will lead to more adults and children losing their health insurance, 44% of Republicans and Republican-leaning independents expressed concern about this, according to the KFF Health Tracking Poll.

Why, then, do Trump’s Make America Great Again supporters – especially those who will be hit hard by cuts to food assistance programs and health care, including hospitals – continue to support him even as he enacts policies that some think go against their interests? Indeed, over 78% of Republicans or Republican-leaning voters say they support the measure Trump signed.

As an anthropologist who studies MAGA and American political culture, I understand that many of the MAGA faithful believe that Trump is a once-in-a-lifetime leader who is catapulting the U.S. into a new golden age.

Sure, their reasoning goes, bumps in the road are expected. But they think that most of the criticism of Trump and this latest bill is ultimately fake news spread by radical leftists who have what some call Trump Derangement Syndrome, meaning anti-Trump hysteria.

An older man with white hair sits and holds up a larger piece of paper. He is surrounded by people dressed formally who applaud and smile.
President Donald Trump holds up the One Big Beautiful Bill Act that he signed into law on July 4, 2025, at the White House.
Alex Brandon − Pool/Getty Images

Trump alone can fix it

In the eyes of the MAGA faithful, Trump is no ordinary politician. To them, he is a savior who can help ward off the threat of radical left socialism. They believe Trump’s proclamation: “I alone can fix it.”

Some see Trump’s survival of an assassination attempt on July 13, 2024, as evidence he is divinely chosen to lead the country. Trump himself claimed during his second inaugural address, “I was saved by God to make America great again.”

As I have repeatedly observed firsthand at Trump rallies and MAGA gatherings and heard in my conversations with Trump supporters, many Trump supporters – even those whom Democrats contend will be hurt by the bill – see the bill as a key step to making America great again. Doing so will not be easy and may cause some pain.

But as Trump himself has noted about policies such as tariffs, “sometimes you have to take medicine to fix something.”

‘Fake news!’

Even if the bill may cause some short-term pain, MAGA stalwarts contend, the apocalyptic claims of critics of massive health cuts are hoaxes spread by the radical left media. White House National Economic Council director Kevin Hassett, for example, dubbed the Medicare cut claims “a big fake news story.”

This view, based on my research and observations, is unsurprising. Trump has been pushing the “fake news conspiracy” theory, which holds that the media is part of the deep state, since his first term. He even dubbed the press “the enemy of the people.”

Trump’s fake news rhetorical strategy has been successful in helping him maintain support. Trump supporters take it for granted that negative news coverage of the president is most likely fake news.

The Trump administration frequently invokes this conspiracy theory, including statements with headlines like “100 Days of HOAXES: Cutting Through the Fake News.”

The White House is taking the same approach with the new legislation. In June 2025, the Trump administration issued a statement stating “Myth vs. Fact: The One Big Beautiful Bill” and “MYTHBUSTER: The One Big Beautiful Bill Cuts Spending, Deficit – and That’s a Fact.”

There is already evidence that this depiction is resonating in places such as rural Nebraska, where many residents do not blame Trump for a health clinic that claims it is shutting down due to Medicaid cuts. “Anyone who’s saying that Medicaid cuts is why they’re closing is a liar,” said one woman of the clinic’s closure.

A large crowd of people sit and face board a man who is illuminated from the front.
President Donald Trump holds a rally in July 2024 in Harrisburg, Pa.
Spencer Platt/Getty Images

‘Crushing it’ in the Golden Age

More broadly, the MAGA faithful contend, the bill’s critics miss the bigger picture. For the most part, Trump has been “crushing it” while putting “‘W’ after ‘W’ on the board.”

From their perspective, Trump has assembled an all-star Cabinet team that is implementing key pillars of the MAGA agenda, such as restricting immigration, blocking unfair trade and avoiding drawn-out wars.

Trump supporters underscore the president’s accomplishments on immigration. Attempted unauthorized border crossings of migrants have plummeted in 2025, amid a rise in arrests of immigrants.

“Our message is clear,” stated Department of Homeland Security Assistant Secretary Tricia McLaughlin, “criminal illegal aliens are not welcome in the United States.”

Gas prices are also down. Trump has followed through on his pledge to supporters to purge what he calls the deep state, by downsizing or gutting entire government departments and agencies.

Trump has clamped down on woke universities that brainwash students, as MAGA supporters see it.

He withheld funding from the University of Pennsylvania until it agreed to ban transgender women from playing on women’s sports teams. Trump also cut $400 million in funding for Columbia University because the administration said it did not sufficiently protect Jewish students from harassment during Palestinian rights protests.

And Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu even nominated Trump for the Nobel Peace Prize in July for his diplomatic work in the Middle East.

Recounting Trump’s foreign policy achievements, one conservative commentator gushed that Trump “promised we would win so much we’d get tired of winning. Instead, the wins keep coming – and America isn’t tired at all.”

Trumpism = Trump

Yet, Trump faces challenges.

A June 2025 KFF Health Tracking Poll found that support for the new legislation decreased when people were informed about its negative health care impact, for example.

Republicans could also face backlash in 2028 after the full impact of the act takes effect and people lose health insurance and other public benefits.

Regardless, I believe MAGA faithful will likely continue to support Trump.

They may argue over parts of his bill, the airstrikes on Iran or the release of the Jeffrey Epstein files.

But, in the end, they will circle the wagons around Trump for a simple reason. Trump created the MAGA movement. He dominates the Republican Party. And there is no Trumpism without Trump.

The Conversation

Alex Hinton receives receives funding from the Rutgers-Newark Sheila Y. Oliver Center for Politics and Race in America, Rutgers Research Council, and Henry Frank Guggenheim Foundation.

ref. Why do MAGA faithful support Trump if his ‘big beautiful bill’ will likely hurt many of them? – https://theconversation.com/why-do-maga-faithful-support-trump-if-his-big-beautiful-bill-will-likely-hurt-many-of-them-260766

Why 2025 became the summer of flash flooding in America

Source: The Conversation – USA (2) – By Jeffrey Basara, Professor of Meteorology, UMass Lowell

Rescuers searched for survivors after a flash flood in Texas Hill Country on July 4, 2025, that killed more than 130 people. Jim Vondruska/Getty Images

The National Weather Service has already issued more than 3,600 flash flood warnings across the United States in 2025, and that number is increasing as torrential downpours continue in late July. There’s a good chance the U.S. will exceed its yearly average of around 4,000 flash flood warnings soon.

For communities in Texas, New Mexico, West Virginia and New Jersey, the floods have been deadly. And many more states have seen flash flood damage in recent weeks, including New York, Oklahoma, Kansas, Vermont and Iowa.

What’s causing so much extreme rain and flooding?

Map shows a very wet central and eastern U.S., particularly over Texas, but just about everywhere east of the Rockies was quite a bit above normal
Much of the central and eastern U.S. has had above-normal precipitation over the three months from April 23 through July 24, 2025. Blues are 150% to 200% of normal. Purples are even higher.
NOAA National Water Prediction Service

I study extreme precipitation events along with the complex processes that lead to the devastating damage they cause.

Both the atmosphere and surface conditions play important roles in when and where flash floods occur and how destructive they become, and 2025 has seen some extremes, with large parts of the country east of the Rockies received at least 50% more precipitation than normal from mid-April through mid-July.

Excess water vapor, weaker jet stream

Flash floods are caused by excessive precipitation over short periods of time. When rain accumulates too fast for the local environment to absorb or reroute it, flooding ensues, and conditions can get dangerous fast.

A man standing in ankle-deep water moves equipment to safety in a construction business.
Flooding from heavy rain in the Boston area on July 10, 2025, shut down an interstate and filled streets and garages with water.
John Tlumacki/The Boston Globe via Getty Images

During the warm season, intrusions of tropical air with excessive water vapor are common in the U.S., and they can result in intense downpours.

In addition, the jet stream and westerly winds – which move storm systems from west to east across the U.S. – tend to weaken during summer. As a result, the overall movement of thunderstorms and other precipitation-producing systems slows during the summer months, and storm systems can remain almost stationary over a location.

The combination of intense rainfall rates and extended precipitation increases the likelihood of flash flooding.

The surface rain falls on makes a difference, too

Local surface characteristics also play important roles in how flash floods develop and evolve.

When intense precipitation is combined with saturated soils, steep slopes, urban areas and sparse vegetation, runoff can quickly overwhelm local streams, rivers and drainage systems, leading to the rapid rise of water levels.

Damaged homes along the Broad River in North Carolina.
When the remnants of Hurricane Helene hit the mountains of North Carolina in October 2024, the intense rainfall on steep slopes quickly filled streams and then rivers that washed away homes in their narrow valleys.
Sean Rayford/Getty Images

Because the characteristics of the surface can vary significantly along a stream or river, the timing and location of a heavy downpour pose unique risks for each local area.

What’s driving flash floods in 2025?

During the horrific flooding in Texas Hill Country on July 4, 2025, that killed more than 135 people, atmospheric water vapor in the region was at or near historic levels. The storm hit at the headwaters of the Guadalupe River, over streams that converge in the river valley.

As thunderstorms developed and remained nearly stationary over the region, they were fueled by the excessive atmospheric water vapor. That led to high rainfall rates. Hours of heavy rainfall early that morning sent the river rising quickly at a summer camp near Hunt, Texas, where more than two dozen girls and staff members died. Downstream at Kerrville, the river rose even faster, gaining more than 30 feet in 45 minutes.

Overall, a persistent atmospheric pattern in late spring and summer 2025 has included a shift of the jet stream farther to the south than normal and, along with lower atmospheric pressures, has supported excessive rainfall across the central and eastern U.S.

While the West Coast has experienced dry conditions in early summer 2025 due to a ridge of high pressure, the U.S. east of the Rockies has seen an active storm track with frontal boundaries and disturbances that produced thunderstorms and intense downpours across the region.

Warmer-than-normal ocean water can also boost rainfall. The Caribbean and the Atlantic Ocean are source regions for atmospheric water vapor in the central and eastern U.S. In summer 2025, that water vapor has created extremely humid conditions, which have produced very high rainfall rates when storms develop.

The result has been flash floods in several states producing catastrophic destruction and loss of life.

Looking to the future

The U.S. has seen devastating flash floods throughout its history, but rising global temperatures today are increasing the risk of flooding.

As ocean and air temperatures rise, atmospheric water vapor increases. Higher ocean temperatures can produce more atmospheric water vapor through evaporation, and a warmer atmosphere can hold more moisture, fueling downpours. In some high-risk areas, meteorologists, aware of the risks, say they are becoming more proactive about warnings.

Currently, evidence shows that atmospheric water vapor is increasing in the overall global climate system as temperatures rise.

The Conversation

Jeffrey Basara receives funding from the National Science Foundation, NASA, and NOAA.

ref. Why 2025 became the summer of flash flooding in America – https://theconversation.com/why-2025-became-the-summer-of-flash-flooding-in-america-261650

As Mexico’s LGBTQ+ community battles for inclusion, two drag performers have become internet stars – with more than 2 million TikTok followers

Source: The Conversation – USA (2) – By Francisco Tijerina, PhD Candidate in Hispanic Studies, Washington University in St. Louis

Turbulence Queen, left, and Burrita Burrona perform at the Mexico City Pride Parade in June 2024. Jaime Nogales/Medios y Media via Getty Images News

In January 2022, Erick Martínez, also known as Turbulence Queen, introduced a guest on his YouTube channel: Ivan “Momo” Guzmán, with the stage name Burrita Burrona, a drag performer wearing a cartoonish donkey costume topped by a wig.

During their interview, Turbulence and Burrita shared stories, gossiped and threw shade at Mexican actors, newscasters and performers. Soon after, their careers took off.

Before Burrita’s first appearance, Turbulence’s YouTube channel had fewer than 5,000 subscribers. Now, after the rebranding of the show to include Burrita’s name, their channel has about 375,000. More than 2 million subscribe to them on TikTok – Turbulence, with 600,000 followers and 16 million likes; Burrita with 1.5 million followers and 28 million likes. Their “El Podcast del Momento” has more than 225,000 subscribers.

The two proved so popular that corporate sponsors started getting in on the action. Soriana, a large supermarket chain in Mexico, splashed their images on a line of cakes. Netflix Latin America had them hosting a series of videos promoting its new South Korean dramas. The media giant Televisa included Turbulence and Burrita as part of their comedic coverage of the 2024 Paris Olympics.

Over the past 3 ½ years, the YouTube show has added some new characters, including Burrita’s mom and an on-and-off love interest, a butch lesbian wolf. Along with the interviews, the characters do comedic cooking segments and sketches. Even in today’s fragmented and cluttered media environment, the program regularly gets around 250,000 views, with some episodes reaching more than 1 million.

While drag performers are not new in Mexico, Burrita is something of a novelty: a drag mascot. Although long a part of Mexico’s commercial culture – mascots promote everything from soccer teams to pharmacies and are a staple at children’s birthday parties – Burrita is the first to do it in drag.

A clip from an episode of ‘El Podcast del Momento.’

Discrimination and violence

As a Mexican scholar who specializes in the study of gender and sexuality, I’m struck by how these LGBTQ+ characters have become enormously popular in what I consider a relatively conservative and deeply religious country. However, that too is changing: Today’s Mexico is sometimes called a conservative country with liberal laws. Still, in a country where about 5% of the population self-identify as LGBTQ+, the battle for inclusion – and more diverse representation of gender and sexuality – is far from over.

In 2023, conservative groups pressured the International Book Fair of Monterrey to cancel a public short-story reading by drag queens. In 2024, a social media influencer’s misogynistic, homophobic and transphobic remarks ran live on national television. Also in 2024, San Nicolás de los Garza, a city of more than 400,000 people, banned public performances by drag queens. Ironically, San Nicolás is in the state of Nuevo Leon, which has one of the largest LGBTQ+ populations in Mexico.

Indeed, national policies protecting the LGBTQ+ community don’t always apply equally; some states are more restrictive than others. For example, although Mexico’s Supreme Court legalized same-sex marriage in 2015, three states have yet to ratify it in their state constitutions.

A drag performer, with bright red hair, speaks to an off-camera TV reporter.
Turbulence Queen is interviewed on local TV at a 2023 red carpet event in Mexico.
Jaime Nogales/Medios y Media via Getty Images Entertainment

In May 2025, Mexico’s National Institute of Statistics and Geography reported these findings: 60% of the LGBTQ+ community say they’ve been subjected to some form of violence. Nearly 30% have had suicidal thoughts or have attempted suicide. Just over 37% say they experienced some form of discrimination during the past year. From 2020 to 2025, 25% said they were denied access to health care, education or social support. Hate crimes are on the rise, with 672 reported over a five-year period, including 141 in 2024, a significant jump from the 92 reported in 2023. The 2024 statistic includes 55 murders of transgender women.

Taking off the mask

Turbulence and Burrita’s swift success is impressive, but not all LGBTQ+ citizens in Mexico enjoy the same level of recognition and privilege. And as the fight for equal treatment continues, the country’s politics over the past decade has shifted. In 2018, leftist Andrés Manuel López Obrador was elected president. His successor, Claudia Sheinbaum, a climate scientist and a close ally of López Obrador’s, was elected in 2024.

But although both López Obrador and Sheinbaum are more progressive than previous administrations, neither has been particularly vocal about their support for the LGBTQ+ community. For instance: Although Sheinbaum, Mexico’s first female and Jewish president, mentioned her support for the LGBTQ+ community during her campaign, she has largely ignored LGBTQ+ issues since taking office.

Until recently, there were few openly LGBTQ+ people pitching products or appearing on television. But Guzmán, who’s the first mascot to perform in drag, is not hiding his sexuality, despite the costume. Rather, he can be read as a symbol of Mexico’s ongoing pursuit of equality. And perhaps his character’s visibility will allow more in the community to be able to shed their masks and come out.

The Conversation

Francisco Tijerina does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. As Mexico’s LGBTQ+ community battles for inclusion, two drag performers have become internet stars – with more than 2 million TikTok followers – https://theconversation.com/as-mexicos-lgbtq-community-battles-for-inclusion-two-drag-performers-have-become-internet-stars-with-more-than-2-million-tiktok-followers-241552

Yellowstone has been a ‘sacred wonderland’ of spiritual power and religious activity for centuries – and for different faith groups

Source: The Conversation – USA (3) – By Thomas S. Bremer, Professor Emeritus of Religious Studies, Rhodes College

Beehive Geyser, in the Upper Geyser Basin of Yellowstone National Park. Thomas S. Bremer

Nearly 5 million travelers come to Wyoming to visit Yellowstone National Park each year, most in the summer months. They come for the geysers, wildlife, scenery and recreational activities such as hiking, fishing and photography.

However, few realize that religion has been part of Yellowstone’s appeal throughout the park’s history. My 2025 book “Sacred Wonderland” documents how people have long found holiness in Yellowstone: how a landscape once sacred to Native Americans later inspired Christians and New Age communities alike.

Native reverence – and removal

Long before European Americans “discovered” the Yellowstone region in the 19th century, numerous Indigenous peoples were aware of its unique landscape – particularly geysers, hot springs and other hydrothermal wonders. Several tribal groups engaged in devotional practices long before it became a park. These included the Tukudika, or Sheep Eaters, a band of mountain Shoshone. They lived year-round within the boundaries of what would become the national park.

Anthropologists know relatively little about the specific beliefs that Native Americans held about Yellowstone during this era. However, it’s clear most of the Indigenous groups who frequented Yellowstone considered it, as historian Paul Schullery concludes, “a place of spiritual power, of communion with natural forces, a place that inspired reverence.”

A large waterfall pours over a steep cliff into a river below, surrounded by rocky canyon walls and forested slopes.
Lower Falls of the Yellowstone River, Yellowstone National Park.
Thomas S. Bremer

After the Civil War, more Euro-Americans entered the region. In 1872, the U.S. government created Yellowstone as the first national park, setting a precedent for others in the United States and around the world.

Yellowstone and other U.S. national parks established in the 19th century were products of manifest destiny: the Christian idea that Americans had a divinely ordained right to expand their country across the continent. The nation’s westward expansion included turning supposedly wild, “uncivilized” areas into parks.

The park system’s creation, though, came at the cost of Indigenous communities. In Yellowstone, the Tukudika were forcibly removed in the 1870s to two reservations in Idaho and Wyoming, as anthropologists Peter Nabokov and Lawrence Loendorf discuss in their book “Restoring a Presence.”

Christian ministry

In addition to the concept of manifest destiny, Christians brought their own religious practices to Yellowstone National Park.

The U.S. Army was responsible for protecting and managing the park from 1886 to 1918. It operated from Fort Yellowstone at Mammoth Hot Springs in the northern part of the park. The last building it erected at the fort was a chapel, which has been in continuous use as a worship space – mostly for Christian groups – since its completion in 1913.

A small stone church features a pitched roof, arched windows and a prominent entrance.
The Yellowstone National Park Chapel at Mammoth Hot Springs, finished in 1913, was the last building constructed by the U.S. Army at Fort Yellowstone.
Thomas S. Bremer

One group that has used the chapel consistently since the 1950s is ACMNP, A Christian Ministry in the National Parks, an evangelical Protestant parachurch ministry founded in Yellowstone. Its volunteers conduct worship services and proselytize among employees and visitors.

ACMNP began as the brainchild of Presbyterian minister Warren Ost, who had worked as a bellhop at the Old Faithful Inn during summer breaks in seminary. Upon graduation, he formed the ministry, hoping to capitalize on the awe people experience in the parks to affirm believers’ faith and bring new souls to Christ.

ACMNP’s mission involves placing seminarians and other students in national parks as “worker-witnesses.” They work as paid employees in secular jobs and conduct religious activities after their regular working hours. Additionally, they are encouraged to talk about religion with their fellow workers on the job.

ACMNP experienced rapid growth in the 1950s and 1960s, boosted by support from National Park Service leadership. Cooperation included reduced-cost housing for their volunteers, and in some parks the superintendents or other high-level officials served on local ACMNP committees.

At its peak in the 1970s, ACMNP had nearly 300 volunteers working in over 50 locations. However, a federal lawsuit in the 1990s challenged its relationship with the government on the grounds of church-state separation and ended some of the privileges ACMNP had enjoyed. Not long after the legal action, Ost announced his retirement.

Although the organization has scaled back operations, the ministry in Yellowstone has experienced few changes. ACMNP volunteers continue to offer religious services to park employees and visitors throughout the summer.

Spiritual fortress

Another religious group has a very different interpretation of Yellowstone. The Church Universal and Triumphant, which had several thousand members at its height, was founded by Elizabeth Clare Prophet in the 1970s, based on the teachings of her late husband, Mark Prophet.

The Church Universal and Triumphant is an heir to the “I AM” movement, which flourished in the U.S. during the 1930s. Most prominent among I AM’s influences were theosophy, which promotes esoteric knowledge gleaned from Asian religious traditions as a universal wisdom underlying all religions; new thought, which advocates a mind-over-matter spirituality; and spiritualism, which involves communicating with spirits.

In the 1980s, Prophet’s followers relocated from California to Montana, where they purchased a large ranch adjacent to Yellowstone National Park’s northwest boundary. With them, they brought an eclectic New Age theology that combines elements of Christianity, Buddhism and Hinduism with belief in “ascended masters,” spiritual beings who guide the church. The group’s tradition teaches that beneath Yellowstone are two underground caverns, hidden from human view, that contain a cache of sacred stones with spiritual powers.

The Church Universal and Triumphant gained attention in the ‘90s when its believers in Montana built underground bunkers. Members believed that their ascended masters had predicted a nuclear war and had instructed the community to prepare to survive underground. When the prophecy of a nuclear attack did not materialize, many members became disillusioned.

The group struggled to rebuild its reputation and establish goodwill with Montana neighbors, including the National Park Service. Elizabeth Clare Prophet retired in 1999, and since then the church has concentrated more on its publishing and educational enterprises. However, a core community of the faithful still live and worship on their Royal Teton Ranch adjacent to Yellowstone.

A stage area displaying an image of the Hindu god Shiva and two large portraits of men, with a white chair flanked by two flower-laden tables.
The main church sanctuary at Church Universal and Triumphant headquarters, just outside Yellowstone National Park.
Thomas S. Bremer

Although the community teaches that its Montana ranch is a sacred location of the ascended masters, followers’ holiest place in the Western Hemisphere is roughly 35 miles south of Yellowstone, in Grand Teton National Park. They believe humanity began at Grand Teton Mountain and that the faithful will find their destiny there.

Accordingly, members believe that Yellowstone and Grand Teton national parks are brimming with spiritual powers, sacred sources of light and energy for the entire world.

In my conversations with people in the park, I found that very few knew anything about Yellowstone’s religious history at all – especially Native American practices. The ongoing practices of religious communities in the park remain invisible to nearly all visitors. Still, many vacationers interpret Yellowstone’s wonders as evidence of God’s handiwork.

The Conversation

Thomas S. Bremer received funding in the past to conduct historical research for the National Park Service at Lincoln Home National Historic Site in Springfield, Illinois.

ref. Yellowstone has been a ‘sacred wonderland’ of spiritual power and religious activity for centuries – and for different faith groups – https://theconversation.com/yellowstone-has-been-a-sacred-wonderland-of-spiritual-power-and-religious-activity-for-centuries-and-for-different-faith-groups-261045

Le réchauffement climatique menace les glaciers, les lacs et les écosystèmes des Pyrénées

Source: The Conversation – in French – By Hugo Sentenac, Maître de Conférence en écologie de la santé, Université Marie et Louis Pasteur (UMLP)

Le lac d’Arlet (1 986 m) dans les Pyrénées-Atlantiques subit lui aussi un verdissement de ses eaux. Ce mal touche de nombreux lacs, menaçant la biodiversité qu’ils hébergent. Dirk Schmeller/CNRS, Fourni par l’auteur

De récentes études sur les Pyrénées révèlent l’ampleur des changements environnementaux dans les écosystèmes montagnards. Le changement climatique s’avère plus intense que prévu, notamment pour les lacs, où les conditions de vie deviennent difficiles, et pour les glaciers. Les conséquences pourraient être dramatiques pour la biodiversité locale et pour le pastoralisme, mais aussi pour beaucoup de personnes, y compris en dehors des régions montagneuses, qui en dépendent pour leur approvisionnement en eau.


Les montagnes nous rendent chaque jour de nombreux services essentiels. En plus de leur grande valeur culturelle, spirituelle et récréative, elles assurent, entre autres, une provision durable en eau grâce à la neige et à la glace qui alimentent les rivières, ainsi qu’en bois et plantes médicinales. Les montagnes participent à la régulation du climat et offrent des opportunités économiques pour les touristes, grâce à leurs pentes enneigées en hiver, et pour le bétail avec des pâtures enherbées en été.

D’un point de vue écologique, les écosystèmes de montagnes abritent une biodiversité particulière qui s’est adaptée à de rudes conditions. En temps normal, elle contribue à maintenir une eau de bonne qualité en la purifiant. Pourtant, cette biodiversité et les services qu’elle nous rend sont aujourd’hui menacés, notamment par le réchauffement climatique, par le changement d’utilisation des terres, par la pollution et par l’introduction d’espèces non natives. Dans les Pyrénées, ces changements sont déjà flagrants.

Le changement climatique impacte l’eau sous toutes ses formes

Le réchauffement des températures est plus intense en altitude qu’en plaine, et leurs conséquences sur les écosystèmes montagnards sont bien visibles. D’après une étude dans les Pyrénées, rien qu’entre 2020 et 2023, les glaciers ont perdu en moyenne 9 % de leur surface et 2,5 m d’épaisseur, contre 2,4 % et 0,8 m entre 2011 et 2020. Avec les glaciers qui fondent, c’est nos réserves d’eau qui nous filent entre les doigts et qui manqueront pendant les étés chauds et secs.

En effet, une grande partie de l’eau potable consommée par l’agglomération toulousaine provient directement de la Garonne, et donc des Pyrénées. L’eau de la Garonne sert aussi à refroidir les réacteurs nucléaires de Golfech : il faut qu’il y en ait assez et qu’elle soit inférieure à 28 °C pour effectivement les refroidir. Dans le cas contraire, la centrale est mise à l’arrêt, comme cela a été fait le 29 juin 2025 à cause de la canicule.

D’autres écosystèmes, comme les lacs, les étangs et les mares, sont aussi fortement impactés, mais de manière moins évidente.

Notre étude sur 14 lacs, étangs et mares des Pyrénées a montré une augmentation moyenne de leur température de 1,65 °C de 2007 à 2023. C’est-à-dire qu’en seize ans seulement, l’eau a chauffé au-delà de la limite fixée par les accords de Paris de 2015, lors de la COP 21, qui était de 1,5 °C de réchauffement entre le niveau préindustriel et 2100.

Nous allons plus loin en montrant qu’en moyenne, sur la période d’étude, les « canicules aquatiques » ont été plus longues de 48 jours et les températures maximales supérieures de 6,4 °C, et que la durée de la période de gel a diminué de plus de 58 jours. C’est considérable, et cela va entraîner des changements de communautés en éliminant tous les organismes qui ne tolèrent pas les fortes variations de température ou les températures trop chaudes.

Lorsque la température augmente, la circulation de l’eau entre les couches profondes et de surface ne peut plus non plus se faire quand ces dernières sont trop chaudes. Cela peut provoquer une baisse d’oxygène au fond des lacs et entraîner la mort de nombreux organismes.

Enfin, qui dit périodes de gel plus courtes dit périodes d’activité plus longues pour les organismes, dont le métabolisme augmente avec les températures pour les animaux à sang froid, le plancton et les microorganismes. Des organismes adaptés à des conditions de vie montagnardes se retrouvent ainsi brusquement confrontés à de nouvelles modalités dont il est difficile de prévoir les conséquences plus générales.

Trop de facteurs de stress nuisent à la biodiversité, à la qualité de l’eau et à la santé

Le changement climatique est donc, en soi, un problème épineux pour la biodiversité et les socioécosystèmes des montagnes. Ces derniers pourraient s’adapter, mais le problème est que le réchauffement du climat s’accompagne de facteurs de stress supplémentaires : polluants chimiques portés par les précipitations, composés azotés et phosphorés issus des déjections du bétail, introductions de poissons pour le tourisme de la pêche dans les lacs naturellement apiscicoles, ou encore augmentation du tourisme et du pastoralisme.

Dans une récente autosaisine, le Conseil scientifique régional du patrimoine naturel (CSRPN) d’Occitanie s’inquiète de ces multiples pressions agissant simultanément sur les lacs de montagne, survenues de manière bien trop rapide pour que les écosystèmes s’adaptent. Le conseil déplore le fait que nombre de lacs deviennent verts, certes pour des raisons multifactorielles, mais indiquant que l’écosystème se dégrade et que la qualité de l’eau devient mauvaise.

Récentes proliférations d’algues, en profondeur (à gauche) et en surface (à droite) dans le lac de Bellonguère (1 911 m d’altitude, Pyrénées ariégeoises).
Dirk Schmeller/CNRS, Fourni par l’auteur

Les écosystèmes montagnards sont donc assaillis de toutes parts, ce qui complique la survie des êtres vivants. Par exemple, les amphibiens tendent à se réfugier dans les petites mares pour échapper aux poissons introduits, mais ces mares peuvent devenir des pièges écologiques pour leurs têtards, car elles chauffent et s’assèchent bien plus rapidement que les grands lacs.

Les pressions combinées peuvent engendrer des cascades de modifications dont les effets sont difficilement prédictibles, comme un changement de l’acidité de l’eau, paramètre très important pour les organismes aquatiques, ou encore l’augmentation d’une maladie mortelle chez les amphibiens quand la fonte des glaces survient tôt, ce qui va arriver de plus en plus souvent.

Une petite mare de faible profondeur, près de l’étang d’Arbu (1 726 m d’altitude, Ariège), où les amphibiens tendent à se réfugier et à pondre, ce qui les rend plus vulnérables aux effets du changement climatique.
Dirk Schmeller/CNRS, Fourni par l’auteur

Sans surprise, la biodiversité des lacs d’altitude tend à décliner et, avec elle, la qualité de l’eau. C’est ce que nous avons démontré dans une étude portant sur les biofilms, communautés de microbes vivant sur les roches du fond des lacs.

Dans ces biofilms, la biodiversité des microorganismes a diminué entre 2016 et 2020, mais les cyanobactéries qui y vivent, elles, ont fortement prospéré, notamment celles qui peuvent produire des toxines. Ces bactéries représentent un risque pour la santé de tous les animaux aquatiques, mais aussi pour ceux qui s’abreuvent dans ces lacs ou les personnes qui s’y baignent, ou pire, boivent l’eau sans la traiter.

Agir devient urgent

Pour toutes ces raisons, certains lacs bleus cristallins sont devenus verts et opaques.

Il faut garder à l’esprit que les écosystèmes montagnards, bien qu’hébergeant des ensembles d’espèces uniques, comprennent globalement moins de biodiversité que d’autres écosystèmes du fait de leurs conditions difficiles (fortes variations de température, UV, rareté des nutriments).

Il en résulte que ces écosystèmes possèdent moins de « roues de secours » en cas de coup dur, c’est-à-dire d’espèces qui peuvent remplir les mêmes rôles écologiques. La probabilité d’un effondrement (l’équivalent d’une extinction de l’écosystème) est ainsi plus forte et c’est pourquoi de nombreux milieux montagnards figurent dans la liste rouge des écosystèmes.

Il est donc urgent d’agir pour les socioécosystèmes pyrénéens, et de montagnes en général, avant qu’il ne soit trop tard. La vie dans les montagnes peut s’adapter, mais encore faut-il lui en laisser le temps et la chance en diminuant les facteurs de stress et leur intensité.

La lutte contre le changement climatique doit être menée à l’échelle globale, mais des mesures doivent aussi être mises en place localement comme la limitation de l’empoissonnement des milieux, de la pollution et de la pression pastorale.

C’est en tout cas une des recommandations du CSRPN d’Occitanie, qui préconise aussi un diagnostic des lacs d’altitude et une priorisation en fonction de leur vulnérabilité. La recherche doit accompagner cet objectif pour mieux comprendre comment les pressions agissent simultanément, afin de savoir sur laquelle ou lesquelles cibler les efforts d’atténuation.

Cela passe par une meilleure observation des systèmes naturels, possible grâce aux nouvelles technologies, aux sciences citoyennes et aux efforts de collaboration.

C’est ainsi que nous pourrons garantir la survie et le bon fonctionnement des écosystèmes montagnards, à la fois majestueux et précieux pour l’environnement et notre futur.


Créé, en 2007, pour aider à accélérer et à partager les recherches scientifiques sur des enjeux sociaux majeurs, le Fonds d’Axa pour la recherche soutient près de 700 projets dans le monde mené par des chercheurs issus de 38 pays (par exemple celui de Dirk Schmeller). Pour en savoir plus, visiter le site ou bien sa page LinkedIn.

The Conversation

Hugo Sentenac est membre de l’association Vétérinaires pour la biodiversité et du groupe d’étude pour l’écopathologie de la faune sauvage de montagnes.

Adeline Loyau a reçu des financements de l’Union européenne (bourse Marie Curie) et de l’Agence nationale pour la recherche (ANR), elle est membre du CSRPN Occitanie et présidente du comité scientifique de la fondation Clamor Terrae.

Dirk S. Schmeller a reçu des financements de AXA Research Fund, Clamor Terrae, ANR.

ref. Le réchauffement climatique menace les glaciers, les lacs et les écosystèmes des Pyrénées – https://theconversation.com/le-rechauffement-climatique-menace-les-glaciers-les-lacs-et-les-ecosystemes-des-pyrenees-260208

Dans les Pyrénées, la forêt ne s’étend pas aussi haut que le climat le lui permet

Source: The Conversation – France (in French) – By Déborah Birre, Docteure en géographie, Fondation pour la recherche sur la biodiversité

Dans les Pyrénées (ici, le massif du Puigmal), la limite supérieure de la forêt semble survenir plus tôt que ce que prédisent les modèles. Comment l’expliquer ? Déborah Birre/Fondation pour la recherche sur la biodiversité, Fourni par l’auteur

La forêt pourrait s’étendre bien plus haut sur les flancs des Pyrénées, alors pourquoi ne s’aventure-t-elle pas plus en altitude ? Ce phénomène se manifestait déjà avant que les effets du réchauffement climatique ne se fassent ressentir, l’explication est donc ailleurs.


Vous l’avez peut-être déjà remarqué lors d’une randonnée dans les Alpes ou dans les Pyrénées : en montagne, le climat façonne la répartition de la végétation. Plus on monte en altitude et plus les températures diminuent, plus les forêts deviennent clairsemées, jusqu’à laisser la place aux pelouses alpines. Ce schéma classique se retrouve des Andes aux Alpes. Pourtant, dans les Pyrénées orientales, la réalité du terrain raconte une tout autre histoire : la forêt s’arrête bien en dessous de la limite que le climat seul devrait imposer.

La limite supérieure de la forêt, sentinelle du climat ?

La limite supérieure de la forêt marque une transition entre la forêt fermée de l’étage subalpin et la pelouse de l’étage alpin. Elle correspond à ce que les scientifiques appellent un « écotone » : une zone de transition entre deux milieux.

Longtemps, cette discontinuité paysagère a été considérée comme le reflet naturel des contraintes climatiques, principalement le froid et la durée de la saison de croissance des arbres avec des vitesses de croissance qui varient selon les espèces.

Le modèle théorique classique de l’étagement de la végétation en montagne : la température correspond à la température moyenne pendant la saison de croissance.
Déborah Birre/Fondation pour la recherche sur la biodiversité, Fourni par l’auteur

Ce sujet n’est pas nouveau. Depuis plus de deux siècles, des scientifiques de toutes disciplines se sont intéressés à cet écotone. Au début du XIXe siècle, Alexander von Humboldt gravit le Chimborazo, un volcan de l’actuel Équateur, et y observe des changements graduels de la flore en altitude : la végétation s’y organise en bandes successives contrôlées par la température décroissante. Ces observations ont jeté les bases du modèle classique de l’étagement de la végétation. Un modèle qui, depuis, s’est longuement imposé avant d’être largement nuancé par les récentes recherches.

Les Pyrénées : un laboratoire grandeur nature

Les Pyrénées défient cependant ce paradigme. Ici, comme ailleurs en Europe, la limite supérieure de la forêt est située à une altitude bien plus basse (environ 1 900 mètres en moyenne dans la partie orientale des Pyrénées) que ce que les températures leur permettraient d’atteindre en théorie (environ 2 500 mètres d’altitude). La hausse actuelle des températures, liée au réchauffement climatique, n’entraîne pas non plus une progression systématique de cette limite.

Pour comprendre pourquoi, des chercheurs du programme SpatialTreeP ont mené une enquête d’envergure. Nous avons cartographié et comparé l’évolution de cet écotone sur 626 sites des Pyrénées ariégeoises et orientales entre 1955 et 2015 à partir de photographies aériennes.

Nous avons analysé plus de 90 variables caractérisant l’environnement de ces sites, allant du climat à la topographie, en passant par la géologie et les traces d’activités humaines. L’objectif était d’identifier les facteurs influençant la dynamique des lisières forestières et de détecter des profils de sites présentant des caractéristiques environnementales similaires.

Trois types de paysages forestiers dans les Pyrénées

Nos résultats révèlent une grande hétérogénéité dans l’évolution des forêts pyrénéennes au cours des soixante dernières années. Trois grands types de paysages et de dynamiques se dégagent.

Dans certains secteurs, la forêt progresse rapidement, gagnant plusieurs centaines de mètres en altitude sur soixante ans. Ailleurs, elle se densifie sans s’étendre, les arbres remplissant progressivement les clairières et espaces ouverts. Sur d’autres sites encore, la limite forestière reste figée voire recule.

Pourquoi de telles différences ? Parce que d’autres facteurs viennent interférer avec les conditions climatiques. Il est donc illusoire de chercher un unique coupable. La dynamique de limite forestière résulte d’une combinaison complexe et imbriquée de facteurs.

L’empreinte humaine : un héritage qui perdure

Les Pyrénées sont des montagnes profondément anthropisées, et ce depuis longtemps.

Pendant des siècles, les pratiques agropastorales (pâturage, défrichement, coupe de bois et reboisements) et l’exploitation du charbon de bois ont profondément façonné les paysages montagnards. Dans les zones les plus exploitées, la limite forestière a été largement abaissée, laissant place à des pâturages et à des landes dès l’étage montagnard.

Dans les zones pastorales actuelles, les milieux d’estives sont volontairement et activement laissés à l’état de prairie, empêchant toute colonisation forestière. À l’inverse, l’abandon progressif de ces pratiques, depuis le milieu du XXe siècle, a permis à la forêt de reconquérir les terrains délaissés, en particulier dans le département des Pyrénées-Orientales. L’abandon y a eu lieu plus tôt qu’en Ariège, ce qui explique que la limite forestière y atteigne des altitudes plus élevées.

Cette pression humaine, par son intensité variable selon les secteurs et les périodes, explique en grande partie pourquoi la position de l’écotone ne suit pas mécaniquement l’évolution du climat. Là où la pression humaine a diminué et où les conditions climatiques restent favorables, la forêt s’étend et rattrape progressivement l’écart avec son altitude maximum théorique.

Le terrain façonne aussi la forêt

D’autres variables liées au milieu conditionnent aussi le niveau de la forêt. L’exposition au vent et l’humidité des sols favorisent, par exemple, la densification des forêts au niveau de l’écotone. À l’inverse, la progression forestière est ralentie dans les zones où le relief est doux et donc plus favorable au maintien de l’activité agropastorale.

La composition des peuplements forestiers joue aussi un rôle. Les conifères comme les pins à crochets, mieux adaptés aux conditions rudes d’altitude, sont associés à des limites plus diffuses où arbres isolés et bosquets clairsemés s’échelonnent jusqu’à la pelouse alpine. Les feuillus comme les hêtres sont davantage associés à des limites plus nettes, avec une rupture paysagère marquée.

La nature du substrat a également une influence : les dépôts sédimentaires récents (dits quaternaires) et les roches cristallines (comme le granite ou le gneiss) favorisent des écotones plus diffus, caractérisés par des arbres épars. Cela pourrait s’expliquer par des sols plus pauvres et moins profonds, qui freinent la fermeture du couvert forestier.

Le réchauffement climatique : accélérateur de dynamiques déjà en cours

À l’échelle régionale, les variations climatiques n’expliquent pas ou peu les différences observées entre les sites. Elles jouent cependant probablement un rôle d’accélérateur des dynamiques, en facilitant l’établissement des arbres là où les conditions locales sont favorables. En ce sens, les dynamiques actuelles traduisent davantage une réponse à des conditions locales qu’un signal direct du réchauffement climatique.

En définitive, la limite supérieure de la forêt dans les Pyrénées ne se comprend qu’au travers de l’analyse des interactions complexes entre conditions environnementales et héritages des pratiques humaines.

Les recherches montrent qu’il n’existe pas un unique facteur et que, dans des milieux très transformés par l’être humain, comme c’est le cas dans ce massif, les effets du climat peuvent être localement dissimulés derrière les impacts humains. Chaque écotone porte ainsi l’héritage de son histoire et de ses particularités locales.

The Conversation

Déborah Birre a reçu des financements de l’Université Sorbonne Paris Nord dans le cadre d’un contrat doctoral.

Ces recherches ont été menées dans le cadre du programme SpatialTreeP, financé par l’agence nationale de la recherche (ANR-21-CE03-0002).

ref. Dans les Pyrénées, la forêt ne s’étend pas aussi haut que le climat le lui permet – https://theconversation.com/dans-les-pyrenees-la-foret-ne-setend-pas-aussi-haut-que-le-climat-le-lui-permet-261432

L’écologie, un problème de riches ? L’histoire environnementale nous dit plutôt le contraire

Source: The Conversation – France (in French) – By Renaud Bécot, Maitre de conférences en histoire contemporaine, Sciences Po Grenoble

À Warren County, en Caroline du Nord, la mobilisation des habitants contre de la pollution aux polychlorobiphényles en 1982 marque un événement fondateur du mouvement pour la justice environnementale. Ricky Stilley/Henderson Dispatch

L’environnement n’intéresse-t-il que les classes supérieures ? Les travailleurs ont en réalité très vite identifié l’impact de l’industrialisation sur les écosystèmes dont ils dépendent. Mais cette conscience environnementale s’exprime de façon différente en fonction des classes sociales, comme l’explique Renaud Bécot, chercheur en histoire contemporaine et environnementale, dans un chapitre intitulé « Fin du monde, fin du mois, et au-delà ? L’environnementalisme des classes populaires » publié au sein de l’ouvrage collectif La Terre perdue. Une histoire de l’Occident et de la nature XVIIIᵉ-XXIᵉ siècle.


Au milieu des années 1950, Agnès Varda filme une scène ordinaire dans un quartier populaire du littoral méditerranéen. Quelques chats observent le réveil des familles dont les revenus d’existence reposent sur l’extraction des ressources de la mer. Les pêcheurs s’apprêtent à reprendre leur labeur, alors même que les fumées d’une industrie lourde souillent le rivage proche. Ils préparent leurs barques avec discrétion, car les autorités publiques surveillent la capture des poissons potentiellement pollués. Pourtant, « on ne veut pas travailler comme des empoisonneurs ! », s’exclament ces pêcheurs sétois.

Si cette représentation s’inscrit dans une œuvre de fiction (La Pointe courte, 1955), la scène illustre la position singulièrement inconfortable dans laquelle se trouvent les classes populaires contemporaines dans leurs rapports aux environnements. En effet, ces pêcheurs sont bien conscients que leurs revenus, et plus largement leurs conditions de subsistance, dépendent de l’extraction de ressources naturelles (ici halieutiques) – et, par extension, de la nécessité d’assurer la soutenabilité de celles-ci. Leur conscience est d’autant plus nette que l’industrialisation conforte une menace sur ces ressources et sur leur qualité.

Pourtant, malgré cette préoccupation, ces pêcheurs (tout comme les paysans au cours de cette période) sont pris dans l’état de la transition urbaine-industrielle que connaissent les sociétés européennes et américaines depuis le XIXe siècle.

[…]

L’acte d’accusation à l’encontre des classes populaires, supposément indifférentes aux enjeux écologiques, procède du déni des contraintes dans lesquelles se structurent les vies ordinaires au sein des groupes subalternes dans les sociétés occidentales. Face à l’ampleur des transformations urbaines et industrielles depuis le XIXe siècle, les préoccupations populaires pour l’environnement ont pourtant été récurrentes, et bien souvent ancrées dans des enjeux liés à l’organisation de la subsistance et à la protection de la santé.

De l’environnementalisme des pauvres à l’environnementalisme ouvrier

L’économiste catalan Joan Martinez-Alier distinguait trois principaux courants au sein des mouvements écologistes au début du XXIe siècle. Le premier, parfois qualifié de protectionniste, se caractérise par un culte de la nature sauvage. Son histoire se confond souvent avec les actions menées par des membres de classes aisées en faveur de la mise en réserve d’espaces présentés comme emblématiques, à l’instar d’intellectuels tels que John Muir (1838-1914), fondateur du Sierra Club, qui fut longtemps la principale association environnementale étasunienne.

Le deuxième courant renvoie aux promoteurs de l’écoefficacité ou de la modernisation écologique ; les membres de ce courant témoignent d’une conception technicienne et instrumentale du rapport des sociétés à l’environnement. Il vise à organiser les flux d’énergie et de matière de manière plus efficace et il est souvent associé à des figures scientifiques, à commencer par l’ingénieur forestier Gifford Pinchot (1865-1946).


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Enfin, le troisième courant correspond à l’environnementalisme des pauvres, dont Joan Martinez-Alier analyse que « le ressort principal n’est pas le respect sacré de la nature, mais l’intérêt matériel que représente l’environnement, source et condition de la subsistance ».

Cette catégorie d’environnementalisme des pauvres était d’abord pensée pour étudier les conflits dans les pays non occidentaux. Alier constatait que les motifs de protestation soulevaient des enjeux d’accès aux espaces naturels, de partage des ressources, ou de protection des milieux dont l’équilibre était essentiel pour la survie humaine. Plus qu’un culte de la nature ou une volonté de maximiser le rendement des écosystèmes, Alier observait ce qu’il désigne comme des conflits écologico-distributifs. Dans cette approche, il s’agit de penser une « nature ordinaire » correspondant à la protection d’une biodiversité sans valeur économique ou patrimoniale particulière, mais dont le maintien rend possible la protection de la santé humaine et du vivant. Cette nature ordinaire s’oppose aux initiatives de protection exclusive de sites naturels admirables, ou d’espèces animales emblématiques.

[…]

Luttes environnementales, conditions de travail et santé des ouvriers

Au crépuscule du XIXe siècle, dans les manufactures insalubres ou les mines de charbon, des voix s’élèvent pour dénoncer les maux de l’industrialisation. En 1893 puis 1895, ce sont les ouvrières d’usines d’allumettes de Trélazé (Maine-et-Loire), de Pantin et d’Aubervilliers (Seine) qui dénoncent notamment les dégâts sanitaires de leur exposition au phosphore blanc qui provoquent des nécroses maxillaires. Tout comme à Hull (Québec) en 1919, ces grèves d’allumettes rendent visibles les dégâts sanitaires d’une industrialisation à marche forcée. Autour de 1900 encore, l’historienne Judith Rainhorn souligne une convergence entre de rares syndicalistes et des médecins réformateurs, afin de défendre l’interdiction de l’usage de la céruse (ou blanc de plomb) dans la peinture utilisée sur les bâtiments – en France, cette revendication aboutira à l’adoption d’une loi d’interdiction en 1915.

La dénonciation des dommages ouvriers sanitaires et environnementaux de l’industrie se trouve partiellement désamorcée par l’adoption de réglementations encadrant les activités productives dans la plupart des pays industrialisés au début du XXe siècle. En matière de maladies professionnelles, ces lois consacrent le principe de la « réparation forfaitaire des risques du travail ». Ces maux sont présentés comme le revers empoisonné mais inéluctable du progrès. Si les syndicalistes contestèrent initialement cette monétarisation de la santé, la majorité d’entre eux se rallia par défaut à ce qui devint l’un des rares leviers de reconnaissance des maux endurés par les travailleurs.

Pourtant, au cours des années 1960, dans les territoires italiens de la pétrochimie tout comme dans les zones industrielles japonaises, certains groupes ouvriers alimentent une critique de pratiques qu’ils dénoncent comme une manière de « perdre leur vie à la gagner ». Dans une période marquée par une centralité ouvrière (symbolique, politique et sociologique) dans les sociétés occidentales, ces mobilisations réactivent un environnementalisme ouvrier, lequel conjugue un refus de la monétarisation des risques de santé, une volonté de protéger le cadre de vie des classes populaires, tout en énonçant des prescriptions pour une politique du travail plus respectueuse des corps et des environnements.

La justice environnementale, lutte dans un monde abîmé

Dans la typologie proposée par Joan Martinez-Alier, l’environnementalisme des pauvres recouvre également le mouvement se réclamant de la justice environnementale. Celui-ci s’enracine dans l’histoire spécifique des luttes socioécologistes étasuniennes, avant de connaître les résonances dans d’autres aires industrialisées.

Aux États-Unis, deux filiations militantes doivent être soulignées. D’une part, d’anciens militants des droits civiques alimentent une critique des grandes associations environnementales (à commencer par le Sierra Club), accusées de défendre prioritairement une nature « sauvage ». Cette préservation de la wilderness est dénoncée comme un mythe généré par des militants issus de la classe moyenne ou supérieure blanche. D’autre part, une seconde filiation s’inscrit dans la lignée des mobilisations ancrées dans les mondes du travail. Dans les années 1960, de grandes fédérations syndicales étasuniennes exigeaient une réglementation de certaines pollutions industrielles, et parfois une transformation des activités productives, à l’instar du syndicat des travailleurs de l’automobile (l’United Auto Workers). Ce double héritage militant fut à l’origine de grèves intenses, dont celle des éboueurs de Memphis, à laquelle Martin Luther King apporta son soutien lorsqu’il fut assassiné en 1968.

Néanmoins, le mouvement pour la justice environnementale ne s’est désigné comme tel qu’à l’orée des années 1980. Son récit fondateur voudrait qu’il débute lors de la mobilisation des habitants du quartier de Warren County (Caroline du Nord), confrontés au projet d’ouverture d’une décharge de produits toxiques. Ils dénoncent l’inégalité d’exposition aux toxiques dont sont victimes les populations racistes et paupérisées. Leur action se prolonge par l’invention d’un répertoire dans lequel la production de savoirs de santé occupe une fonction toujours plus considérable, comme en témoigne l’enquête d’épidémiologie populaire menée par les habitants de Woburn (en périphérie de Boston), avec le souhait d’éclairer le lien de causalité entre un cluster de leucémies infantiles et leur exposition à des forts taux de plomb, d’arsenic et de chrome. La multiplication des initiatives locales se prolonge dans des coordinations nationales et dans la publication d’études.

En 1987, le chimiste et militant Benjamin Chavis publie un rapport invitant à réfléchir aux processus sociaux de relégation de certaines populations dans des milieux pathogènes comme une forme de « racisme environnemental ». La justice environnementale est peu à peu devenue une grille d’analyse universitaire, consacrée notamment par les travaux du sociologue Robert Bullard au début des années 1990.

Mouvement social, autant que grille d’analyse du social, l’approche par la justice environnementale demeure largement ancrée dans son berceau nord-américain. Des historiens comme Geneviève Massard-Guilbaud et Richard Rodger ont montré la difficulté à transposer en Europe des catégories si liées à l’histoire étasunienne. Pourtant, la plus forte exposition des classes populaires aux toxiques est à l’origine d’une expérience commune de « violence lente » de part et d’autre de l’Atlantique. Proposée par le chercheur Rob Nixon, cette notion vise à désigner le phénomène d’atteintes différées à la santé qui marque les populations vivantes dans les territoires abîmés, ainsi que la difficulté à se mobiliser face aux pollutions dont les effets deviennent perceptibles après plusieurs décennies.

C’est pourtant face à ces violences pernicieuses qui se sont élevées habitants et salariés de nombre d’aires pétrochimiques dans l’Europe, au cours des années 1970. Ces initiatives se prolongent parfois jusqu’à nos jours, comme en témoignent les collectifs militants de Pierre-Bénite, dans le couloir de la chimie (Rhône). Après des conflits particulièrement vifs contre la fabrique d’acroléine entre 1976 et 1978, ce sont aujourd’hui les pollutions rémanentes des perfluorés (ou PFAS) qui sont au cœur des protestations adressées aux industriels de la chimie.

En France, au début du XXIe siècle, un ménage appartenant au décile le plus aisé de la population émet chaque année l’équivalent de 30 à 40 tonnes de dioxyde de carbone, soit au moins deux fois plus qu’un ménage appartenant au décile le plus pauvre (environ 15 tonnes). Pourtant, ce constat n’empêche pas l’éternelle réitération de la stigmatisation des classes populaires.

Couverture de La Terre perdue. Une histoire de l’Occident et de la nature XVIIIᵉ-XXIᵉ siècle, ouvrage dirigé par Steve Hagimont et Charles-François Mathis.
Éditions Tallandier

Contrairement aux parangons de la modernisation écologique, l’ethos des actrices et acteurs d’un environnementalisme populaire se caractérise souvent par une relative modestie dans le récit de leur rapport à une nature ordinaire. Cette attitude est aux antipodes de la mise en spectacle du syndrome du sauveur de la planète. De plus, l’étau de contraintes qui verrouillait le champ des possibles pour les pêcheurs sétois de l’après-guerre dans leur rapport à l’environnement ne s’est pas desserré pour les classes populaires du XXIe siècle. Il n’en reste pas moins que certaines fractions de celles-ci restent porteuses d’un rapport singulier à l’environnement.

The Conversation

Renaud Bécot ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’écologie, un problème de riches ? L’histoire environnementale nous dit plutôt le contraire – https://theconversation.com/lecologie-un-probleme-de-riches-lhistoire-environnementale-nous-dit-plutot-le-contraire-258764