Le « quiet fighting » au travail : les signaux préinsurrectionnels dans une entreprise du CAC 40

Source: The Conversation – in French – By Jérôme Coullaré, Docteur en sciences de gestion, laboratoire IAE Paris Sorbonne, IAE Paris – Sorbonne Business School

Gare aux fausses promesses. Si les salariés semblent silencieux, des mouvements souterrains sont à l’œuvre qui pourraient aboutir à une nouvelle forme d’insurrection. Après le « quiet quitting » – ou démission silencieuse, le phénomène de « quiet fighting » pointe maintenant.


Alerte pour les grandes entreprises ! Le fossé entre les discours éthiques et les réalités opérationnelles nourrit à la fois un désengagement manifeste et une confrontation silencieuse qu’il faut traiter sans délai. À côté du quiet quitting, popularisé en 2022 comme la stricte limitation au périmètre du rôle et des efforts des collaborateurs, s’installe un quiet fighting plus insidieux, attisé par un sentiment d’injustice organisationnelle que le cadre théorique de Cropanzano et Folger permet de disséquer (cf. encadré 1).

Si les deux phénomènes possèdent un point commun, un déficit de justice interactionnelle, ces deux dynamiques ne forment pas un continuum. Quand le quiet quitting abaisse l’engagement au minimum, le quiet fighting combine dissidence empêchée et silence de résignation. L’une et l’autre peuvent préparer en sourdine à une confrontation avec l’entreprise. Notre enquête, prolongeant un premier travail réalisé dans le cadre d’une thèse de doctorat, établit que « l’hypocrisie organisationnelle » perçue autour des ambitions éthiques ouvre une brèche entre les entreprises et leurs collaborateurs, qui rejettent désormais l’éthique de façade.

Inégalités « justes » ou injustices illégitimes

Deux vagues d’entretiens approfondis, en 2024 et 2025 selon la méthode des incidents critiques, ont été conduites auprès d’une cinquantaine de collaborateurs volontaires dans le cadre d’une demande faite en commission « qualité de vie au travail » du Conseil social et économique d’un grand groupe du CAC 40. Plus de 120 incidents ont été recensés, croisant la vision de décideurs RH du siège (sur des sujets éthiques, diversité/discrimination) et de salariés d’une direction territoriale au plus près des opérations. Résultat clé : la majorité des situations relève aujourd’hui de sujets de « justice interactionnelle », bien davantage que de « justice distributive » ou « procédurale », telles qu’elles ont été conceptualisées par Cropanzano & Folger.




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Dans les organisations, les inégalités entre collaborateurs ne sont ni fortuites ni anormales. Elles sont souvent assumées, voire encouragées, comme des leviers d’incitation fondés sur la différenciation des performances et la hiérarchie des positions. Aux DRH d’en expliciter la légitimité et d’en travailler l’acceptabilité aux yeux des collaborateurs. Dans ce cadre, la grille des stratégies réactionnelles (Exit, Voice, Loyalty, Neglect) proposée par le socioéconomiste Albert Hirschman reste un outil utile pour éclairer les réactions des salariés face à des situations d’insatisfaction au travail (cf. encadré 2).

De la justice à la morale

Or notre étude montre que cette grille, si utile pour repérer et gérer les réactions des collaborateurs, ne suffit plus. La nature des injustices se déplace et suscite de nouvelles stratégies réactionnelles chez les salariés. Ce ne sont plus seulement les règles ou la répartition des résultats qui sont contestées, mais l’écart entre les discours éthiques et les pratiques organisationnelles. Quand l’expérience dément la promesse, le « contrat psychologique » se fissure et la question devient morale, touchant l’identité, la dignité, et une responsabilité qui dépasse les conflits transactionnels. Notre étude montre que l’on ne « négocie » plus une injustice morale jugée illégitime ; on la refuse.

Dans ce contexte, l’approche par l’EVLN apparaît incomplète. Elle saisit justement mal la dimension morale des conflits et l’incohérence ente les politiques affichées et les pratiques. L’épreuve de réalité est amplifiée par les exigences de publication extra-financière imposée par la directive de durabilité (CSRD), la vigilance citoyenne face au diversity/social washing et, en toile de fond, la tension décrite par le juriste Alain Supiot entre l’entreprise marchandise (ius proprietatis) et l’entreprise communauté morale (ius societatis) (cf. encadré 3).

Plus une organisation revendique une raison d’être morale, plus elle doit en apporter la preuve ; sinon, la loyauté de ses collaborateurs se mue en allégeance à contrecœur, porteuse de ressentiment.

Les sources du « quiet fighting »

Depuis les ordonnances « travail » de 2017, l’affaiblissement des médiations et de « dialogue social » ouvre un espace aux minorités actives décrites par Serge Moscovici. Dans notre étude, nous constatons qu’elles sont emmenées par des femmes racisées en position de cadres intermédiaires : elles formulent des récits cohérents et assument le risque de dissidence, mais se heurtent à des procédures neutralisantes et à l’absence de relais hiérarchiques. Il en résulte une [ dissidence empêchée] qui s’appuie en partie sur les travaux de la sociologue Maryvonne David-Jougneau : une mobilisation collective inachevée, dont l’influence reste pour le moment sans effet transformateur, mais qui contribue à accroître l’expérience organisationnelle et la capacité d’agir de ces cadres et des collectifs qu’elles animent.

À l’autre pôle émerge une colère souvent masculine, silencieuse et résignée. Ancrée dans un idéal méritocratique, elle repose sur la conviction que la performance, à elle seule, devrait protéger et « parler d’elle-même », sans qu’il soit besoin de la revendiquer. Cette colère est renforcée par l’attente, souvent déçue, d’une réparation portée par la DRH. Mais lorsque les circuits correctifs internes sont lents, incertains, ou centrés sur la conformité plutôt que sur l’explication et la reconnaissance du tort, la trahison institutionnelle s’impose et l’attente des collaborateurs devient ressentiment, prémisse d’un désir de revanche à fort potentiel déstabilisateur.

Ce silence de résignation, n’est pas un signe de paix sociale : il est la traduction d’une résistance contrainte, une colère froide qui prépare la confrontation, nourrie par l’empilement de micro-injustices, la polarisation, l’usure des institutions de dialogue et l’ascension d’acteurs minoritaires déterminés. Si l’explosion n’advient pas, c’est moins par loyauté que par contraintes économiques et sociales.

France Culture 2022.

Une gouvernance à revoir

À l’échelle managériale, l’exigence est claire : gouverner par la justice interactionnelle. Cette gouvernance implique de :

  • aligner promesses et pratiques organisationnelles ;

  • expliquer les décisions sensibles et prévoir des voies d’escalade claires et sûres (manager N+1/N+2 → RH/Business Partner → référent éthique → dispositif d’alerte interne), assorties de garanties explicites de protection : interdiction de toute mesure liée au signalement (blâme, sanction, rétrogradation, baisse de variable, modification de poste, mise à l’écart, licenciement), confidentialité et possibilité d’anonymat, restitution motivée ;

  • proposer des médiations internes crédibles (médiateur interne formé, IRP ou Employee Resource Group) et en dernier ressort, des recours externes balisés : Inspection du travail, Défenseur des droits), pour pallier la faiblesse des instances de représentation du personnel ;

  • installer des capteurs précoces (baromètres qualitatifs, création d’espaces de délibération protégés) pour « reconnaître et réparer vite » toute inégalité illégitime ;

  • intégrer des objectifs de justice interactionnelle dans la performance sociale des dirigeants ;

  • répondre à la demande croissante des sciences de gestion : rendre compte non seulement de la classique matérialité financière, mais également de la matérialité d’impact, (effets négatifs de l’entreprise sur les parties prenantes), confirmant l’injonction de Supiot d’un ius societatis à assumer.

Réduire l’écart entre discours et réalité

Dans le sillage des travaux de la sociologue Laure Bereni, notre conclusion est une mise en garde aux organisations qui « jouent » encore avec l’éthique. L’écart entre discours et réalités, nourri par le social/diversity washing, alimente une conflictualité dans les organisations dont l’éthique devient l’étendard.

Le quiet fighting est un signal pré-insurrectionnel. Tandis que les coûts de sortie et l’incertitude du marché rendent l’exit improbable, le quiet fighting traduit une conflictualité interne croissante plutôt que des départs : ancré dans des enjeux moraux et identitaires, il s’exprime par une résistance à bas bruit et des coalitions discrètes. Les dirigeants disposent toutefois des leviers essentiels. Ils peuvent faire preuve plutôt que promettre, légitimer plutôt qu’imposer, soigner les interactions autant que les résultats. À ce prix, le quiet fighting s’éteindra et le conflit redeviendra une ressource. Répondre par la justice interactionnelle n’est pas un supplément d’âme mais une condition de viabilité sociale et économique et, désormais, un test décisif de crédibilité et de légitimité managériales.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Le « quiet fighting » au travail : les signaux préinsurrectionnels dans une entreprise du CAC 40 – https://theconversation.com/le-quiet-fighting-au-travail-les-signaux-preinsurrectionnels-dans-une-entreprise-du-cac-40-269039

Quand le management a fait des États-Unis une superpuissance

Source: The Conversation – France in French (3) – By François-Xavier de Vaujany, Professeur en management & théories des organisations, Université Paris Dauphine – PSL

La promotion 1942 de l’École de statistiques de l’armée de l’air des États-Unis illustre la montée en puissance du management pendant la Seconde Guerre mondiale. Collection HBS Wartime Schools, archives de la Harvard Business School., CC BY

Une étude internationale, impliquant des chercheurs français, états-uniens et brésiliens, a mis au jour une histoire méconnue. Des années 1920 aux années 1960, le management a contribué à faire des États-Unis la puissance hégémonique que l’on connaît aujourd’hui. Son « momentum » : la Seconde Guerre mondiale. Ses armes : les managers formés dans les grandes écoles, les outils d’aide à la décision et la technostructure de l’État fédéral.


Explorer des archives, c’est évoluer dans un monde à la fois silencieux et étrange vu d’aujourd’hui. Comme l’explique l’historienne Arlette Farge dans son livre le Goût de l’archive (1989), le travail de terrain des historiens est souvent ingrat, fastidieux, voire ennuyeux. Puis au fil de recoupements, à la lumière d’une pièce en particulier, quelque chose de surprenant se passe parfois. Un déclic reconfigurant un ensemble d’idées.

C’est exactement ce qui est arrivé dans le cadre d’un projet sur l’histoire du management états-unien (HIMO) débuté en 2017, impliquant une douzaine de chercheurs français, états-uniens et brésiliens.

Notre idée ? Comprendre le lien entre l’histoire des modes d’organisation managériaux du travail et les épisodes de guerre aux États-Unis. D’abord orientée vers le XXe siècle, la période d’étude a été resserrée des années 1920 à la fin des années 1960, avec comme tournant la Seconde Guerre mondiale.

Du taylorisme au management

Au début de notre recherche en 2017, nous nous sommes demandé ce qui guidait cette métamorphose du management des années 1920 aux années 1960.

Au commencement était le taylorisme. On attribue à l’ingénieur américain Frederick Winslow Taylor (1856-1915) l’invention d’une nouvelle organisation scientifique du travail dans The Principles of Scientific Management. Ce one best way devient la norme. Au cœur de cette division du travail, la mutation des rôles des contremaîtres est essentielle.

Leur fonction est d’abord de s’assurer à la fois de la présence des ouvriers et du respect des gestes prescrits par les dirigeants. Avec le management, une révolution copernicienne est en marche. Les contremaîtres sont progressivement remplacés par les techniques de management elles-mêmes. Le contrôle se fait à distance, et devient de l’autocontrôle. Des outils et des systèmes d’information sont développés ou généralisés, comme les pointeuses. Peu à peu, toutes ces informations sont connectées à des réseaux… qui dessinent ce qui deviendra des réseaux informatiques. L’objectif : suivre l’activité en temps réel et créer des rapports à même d’aider les managers dans leur prise de décision.

Outils de gestion de projet

C’est ce que la philosophie nomme le représentationnalisme. Le monde devient représentable, et s’il est représentable, il est contrôlable. Sur un temps long, de nombreux outils de gestion de projet sont créés comme :

Nombre de ces techniques ou standards de management ont une genèse américaine comme l’ont montré notamment les travaux de Locke et Spender, Clegg, Djelic ou D’Iribarne. Des années 1910 aux années 1950, une importance croissante est accordée à la visualisation des situations.




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Notre intuition d’une obsession pour la représentation s’est affinée avec l’exploration d’archives liées aux réseaux du management, de l’Academy of Management, l’American Management Association, et la Society for Advancement of Management.

Management de l’armée

L’United States Army Air Forces se dote d’un service de statistiques, comme l’atteste plus tard ce document de 1952.
Dafthistory

Dans son introduction de la conférence de l’Academy of Management de 1938, l’économiste Harlow Person, acteur clé de la Taylor Society, revient sur le rôle joué par la visualisation. Concrètement, une mission d’amélioration des processus administratifs est réalisée pour l’armée américaine durant la Première Guerre mondiale. L’organisation scientifique du travail déploie plus que jamais ses outils au-delà des chiffres et du texte.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’obsession pour la représentation est au cœur de la stratégie militaire des États-Unis, en synergie vraisemblablement avec le management. Par exemple, la carte d’état-major doit représenter la situation la plus fidèle possible au champ de bataille. Chaque drapeau, chaque figurine représentant un bataillon ami ou ennemi, doit suivre fidèlement les mouvements de chacun lors du combat. Toutes les pièces évoluant en temps réel permettent au généralissime de prendre les meilleures décisions possibles.

Mise en place d’une technostructure par Franklin Roosevelt

Un président des États-Unis incarne cette rupture managériale dans la sphère politique : Franklin Roosevelt. Secrétaire assistant à la Navy dans sa jeunesse, il assimile l’importance des techniques d’organisation dans les arsenaux maritimes de Philadelphie et New York, pour la plupart mis en œuvre par les disciples de Frederick Winslow Taylor.

Après la crise de 1929, la mise en place de politiques centralisées de relance a pour conséquence organisationnelle d’installer une technostructure. Plus que jamais, il faut contrôler et réguler l’économie. Un véritable État fédéral prend naissance avec la mobilisation industrielle initiée dès 1940.

Lorsque le New Deal est mis en place, Franklin Roosevelt comprend que le management peut lui permettre de changer le rapport de force entre pouvoir exécutif et pouvoir législatif. Progressivement, il oppose la rationalité de l’appareil fédéral et son efficience à la logique plus bureaucratique incarnée par le Congrès. Concrètement, les effectifs de la Maison Blanche passent de quelques dizaines de fonctionnaires avant la Seconde Guerre mondiale à plus de 200 000 en 1943.

Le président des États-Unis dispose désormais de l’appareil nécessaire pour devenir « l’Arsenal de la démocratie », à savoir l’appareil productif des Alliés. Cette transformation contribue à faire des États-Unis la première puissance militaire mondiale au sortir de la Seconde Guerre mondiale, alors qu’elle n’était que 19e avant son commencement.

Standardisation mondiale par le management

Bulletin de la Harvard Business School en hiver 1943.
Harvard

Au-delà d’une obsession nouvelle pour la représentation tant organisationnelle que politique, la seconde dimension mise en lumière par cette recherche sur l’histoire du management est plus inattendue. Elle porte sur la mise en place d’une véritable géopolitique états-unienne par le management. Notre travail sur archive a permis de mieux comprendre la genèse de cette hégémonie américaine.

La standardisation des formations au management, en particulier par des institutions telles que la Havard Business School, a contribué subtilement à cette géopolitique américaine. Tout le développement de la connaissance managériale se joue sur le sol des États-Unis et l’espace symbolique qu’il étend sur le reste du monde, du MBA aux publications académiques, dont les classements placent aujourd’hui systématiquement les revues états-uniennes au sommet de leur Olympe.

Bulletin de la Harvard Business School en hiver 1943.
Harvard Business School

Il en va de même pour le monde des cabinets de conseil en management de l’après-guerre, dominé par des structures américaines, en particulier pour la stratégie. En 1933, le Glass-Steagall Act impose aux banques la séparation des activités de dépôt de celles d’interventions sur les marchés financiers et de façon connexe, et leur interdit d’auditer et de conseiller leurs clients. Cela ouvre un espace de marché : celui du conseil externe en management, bientôt dopé par la mobilisation industrielle puis la croissance d’après-guerre.

Des cabinets se développent comme celui fondé par James McKinsey en 1926, professeur de comptabilité à l’université de Chicago. Son intuition : les entreprises souffrent d’un déficit de management pour surmonter la Grande Dépression et croître après la Seconde Guerre mondiale. De nombreux cabinets suivent cette tendance comme le Boston Consulting Group créé en 1963.

Près de 500 000 blessés industriels

Un des points les plus frappants de notre recherche est la conséquence du management sur le corps pendant le momentum de la Seconde Guerre mondiale. Plus de 86 000 citoyens des États-Unis meurent dans les usines entre 1941 et 1945, 100 000 sont handicapés sévères et plus de 500 000 sont blessés au travail.

Une partie de nos archives sur le Brooklyn Navy Yard de New York l’illustre tristement. Dans le silence, chacun et chacune acceptent une expérience de travail impossible en considérant que leur fils, leur maris, leurs neveux, leurs amis au combat vivaient des situations certainement bien pires. Le management se fait alors patriote, américain et… mortifère.

Salariées du Brooklyn Navy Yard pendant la Seconde Guerre mondiale.
Brooklynnavyyard

Au final, les managers ont continué à taire une évidence tellement visible qu’on ne la questionne que trop peu : celle de l’américanité de ce qui est également devenu « nos » modes d’organisation. Au service d’une géopolitique américaine par le management.

The Conversation

Le projet de recherche HIMO (History of Instittutional Management & Organization) mentionné dans cet article a reçu des financements du PSL Seed Fund, de QLife et des bourses de mobilité de DRM.

ref. Quand le management a fait des États-Unis une superpuissance – https://theconversation.com/quand-le-management-a-fait-des-etats-unis-une-superpuissance-268585

The price of going home: Christmas boxes and the final return from South Africa to Zimbabwe

Source: The Conversation – Africa – By Saana Hansen, Postdoctoral Researcher in Social and Cultural Anthropology, University of Helsinki

Each December, long-distance buses, minibus taxis and private cars stream northwards from South Africa as Bulawayo, Zimbabwe’s second biggest city, prepares for its annual ritual: the seasonal homecoming of “injiva” – migrants returning for Christmas.

The old industrial city, where businesses have declined and shops and restaurants struggle to survive, fills temporarily with cars with South African number plates and people dressed in trendy clothes signalling urban South African lifestyles. Trailers are loaded with remittances known as “Christmas boxes” containing cooking oil, soap and other groceries. A jumping castle is erected in the park, and popular music merges with laughter in the restaurants.

These are historically rooted signs of achievement and success earned abroad. They are a refashioned form of the festive season of colonial-era injivas: men from the Matabeleland region of Zimbabwe who worked in South African mines and farms, returning home typically once a year with gifts.

Yet, it is common knowledge that this performance is often hard-earned, and injivas – both women and men – struggle to meet these expectations. The real-life migration experiences include economic and legal uncertainties and discrimination in the labour market, low wages and difficulty in sending remittances home.

Amid the festive return lies a quieter and more solemn south-north movement – that of Zimbabwean migrants who have passed away and are taking their final journey home. Contrasting with the festivities surrounding Christmas visits, the coffin-shaped trailers along the A6 highway from the Beitbridge border post to Bulawayo are a reminder that migration’s promise of prosperity comes with risk and loss.

This homecoming, which I studied for my PhD in anthropology and have described in a recent paper, is shaped by bureaucracy, cost and intergenerational care.

The study reveals how a life-sustaining web of care is maintained. It contributes to anthropological discussions on migration, kinship, the state, documentary practices, law and development.

The moral duty and economic headache of return

The migration pattern between Zimbabwe and South Africa has its roots in colonial-era labour migration and has intensified since Zimbabwe’s independence in 1980. In the early 2000s, Zimbabwe’s economic collapse, marked by hyperinflation, political violence and mass unemployment, drove millions to seek economic opportunities and protection in South Africa.

Estimating the number of Zimbabweans in South Africa is difficult due to the largely unregulated nature of this mobility, but figures generally range between one million and three million.

Although deceased migrants, documented or not, can be buried in South African soil, bringing a body home is a vital act in Zimbabwe, as in many other African contexts. It is to restore the deceased to the lineage and to enable the spirit to be mourned and settled so it will protect younger generations. Failing to do so risks spiritual and social disorder. The respectful return in death, like the festive Christmas return of the able-bodied injivas, reinforces ties between generations.

Despite the religious and cultural importance of burial at home, repatriating a body from South Africa poses economic challenges to a family. It’s not only a moral duty but also a financial burden. So, in principle, only those whose death has been unforeseen return in coffins. Those who can will return home before they die to save the cost of repatriation.

Families make extraordinary efforts to make repatriation possible. Relatives collect and borrow money, and reach out to kin across borders. Burial societies mobilise payments from their members to collect the funds for embalming, transportation, paperwork and funerals. These obligations reveal the importance of the ancestral continuity being an economic matter, and sustenance of family welfare continuing after death.

Formal and informal burial societies

Since the 1990s, Bulawayo’s once-thriving industries have largely collapsed, leaving its old mills and factories deserted or refunctioning as spaces for religious congregations, education and garages. Amid these modest ventures, funeral services stand out in the city’s otherwise melancholic landscape.

As Zimbabwe’s economic and political instability pushes many to seek livelihoods in South Africa, the funeral industry has expanded. The Beitbridge border, crossing the Limpopo River between Zimbabwe and South Africa, has long organised the movement of labour and remittances, governing also the return of bodies.

Indeed, funeral parlours and burial societies date back to the colonial era when injured and dead migrants had to be sent home. Today, carrying prosperous names such as Doves, Kings & Queens and African Pride, funeral parlours function as key institutions in managing transnational death.

Besides these licensed funeral services, people belong to informal money pooling societies that mobilise money collectively to cover the cost of death. While some collect steady monthly deposits, others gather money ad hoc during emergencies.

These societies blur boundaries between formal and informal systems. Many “undocumented” migrants, who cannot have bank accounts, participate through friends or relatives with legal status, contributing to pooled funds tracked via mobile communication apps and bank transfer receipts. Societies sustain solidarity networks, and transparent contributions signal both moral and financial responsibility, shaping participants’ social standing.

Bureaucracies of transnational death

Between the death and the burial, numerous legal and bureaucratic steps must be completed, from obtaining death certificates and health clearances to coordinating with South African and Zimbabwean authorities.

Often, identity documents from Zimbabwe need to be collected to prove that the deceased is a Zimbabwean national. When the deceased has not revealed their identity to the South African authorities and remains “undocumented”, or has two legal identities, the disparity needs to be explained in affidavits.




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These administrative steps are not simply procedural; they are part of the politics of death. The paperwork that allows a body to move, such as a stamp, a signature, or an affidavit, is both a form of recognition and a reminder of inequality. While some deaths can move across borders with relative ease, others become delayed or trapped in institutional procedures.

Bureaucracy is a space where care, legality and belonging intertwine. State officials may draw not only on formal guidelines but also their cultural logics of care. They are central in navigating the legal and bureaucratic challenges. Immigration officers might be sympathetic and share the cultural understanding of the importance of returning home respectably.

The homecoming of the dead mirrors, in reverse, the December journeys of the living. Both are seasonal movements that bind families across generations, space and time. The same routes that carried migrants south in search of work now carry their bodies northward, accompanied by papers, payments and prayers.

In the end, the bureaucracies that regulate transnational death are not merely state procedures, but central to how families remake connection, dignity and belonging under precarious conditions.

The Conversation

This research was supported by funding from the Academy of Finland. The author is currently supported by the Kone Foundation.

ref. The price of going home: Christmas boxes and the final return from South Africa to Zimbabwe – https://theconversation.com/the-price-of-going-home-christmas-boxes-and-the-final-return-from-south-africa-to-zimbabwe-268046

Pionniers de la consommation : comment les Africains ont dicté le tempo du commerce mondial au 19e siècle

Source: The Conversation – in French – By Alessandro De Cola, Univertsity Assistant (Postdoc), Universität Wien; University of the Free State

Une nouvelle « classe de consommateurs » dynamique émerge d’Afrique et attire l’attention internationale. Avec la perspective d’une augmentation des revenus et d’une population jeune, les cabinets de conseil internationaux considèrent le continent comme la prochaine frontière pour les biens de consommation. Les entrepreneurs mondiaux soulignent même que les consommateurs africains deviennent de plus en plus sophistiqués.

Mais l’influence des consommateurs africains sur les marchés mondiaux n’est pas une nouveauté. Dans les années 1800, la demande des consommateurs du continent dictait aux usines européennes la conduite à tenir.

Nous sommes une équipe d’historiens économiques et sociaux, d’anthropologues et de spécialistes des études africaines. Notre projet de recherche explore les racines de cette dynamique.




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En nous concentrant sur la demande africaine en biens tels que les armes, les perles de verre et les tissus, nos recherches remettent en question l’idée eurocentrique selon laquelle l’Afrique n’était qu’un fournisseur de main-d’œuvre bon marché et de matières premières avant la « ruée vers l’Afrique » des puissances coloniales.

Au contraire, dans les années 1800, le continent était un moteur clé de la production industrielle, obligeant les fabricants à adapter leurs produits aux préférences africaines.

Cela remet en question l’idée reçue d’une mondialisation à sens unique, partant des économies dominantes vers les régions dites périphériques. En fait, la mondialisation a toujours été un processus connecté, dans lequel les consommateurs africains, bien que souvent négligés, ont joué un rôle décisif dans la structuration des marchés mondiaux.

Les armes

L’analyse du commerce des armes nous conduit à l’estuaire du fleuve Congo à la fin de l’ère précoloniale. Avant la fin des années 1800 et le colonialisme, cette région échappait au contrôle politique européen direct.

Le commerce illégal des esclaves a duré au moins jusqu’au milieu des années 1850, lorsque l’exportation de produits licites a finalement commencé à prendre de l’ampleur. À partir des années 1850 environ, l’un des produits les plus appréciés des consommateurs de l’estuaire du Congo était le « fusil de traite ».

Ces mousquets robustes à chargement par la bouche étaient considérés comme obsolètes par les fabricants et les commerçants européens. Dans l’estuaire du Congo, ces armes à feu restaient très demandées.

Les fusils de traite pouvaient être à silex (utilisant un silex pour enflammer la poudre à canon) ou à percussion (utilisant une petite capsule explosive pour l’enflammer). Les fusils à silex étaient plus populaires car les silex étaient plus faciles à trouver en Afrique.

De plus, les armes à canon lisse chargées par la bouche, généralement fabriquées en fer forgé « tendre » plutôt qu’en acier « dur », étaient non seulement moins chères, mais aussi plus accessibles sur le plan technologique que les fusils pour les consommateurs africains. Bien que les fusils à silex n’étaient parfois pas efficaces pour la chasse au gros gibier, ils avaient une valeur militaire considérable.

Pour comprendre le rôle de ces armes dans l’histoire africaine, il faut toutefois aller au-delà de leur simple fonction. Les armes à feu importées revêtaient également souvent une signification symbolique, façonnée par les normes et les structures de pouvoir locales.

Par exemple, chez les locuteurs kikongo du bas-Congo, les coups de feu étaient utilisés comme signe de réjouissance lors des célébrations et des funérailles. On croyait que le bruit chassait les mauvais esprits et facilitait le passage dans le monde des esprits.

Bien que le commerce des armes à feu dans le bas Congo ne soit pas toujours facile à quantifier, on sait par exemple que la société Nieuwe Afrikaansche Handels Vennootschap importait en moyenne 24 000 armes à feu par an entre 1884 et 1888. La plupart étaient d’anciens fusils à percussion français modifiés en armes à silex à Liège.

Le développement du commerce des armes dans le bas Congo reflète également globalement les évolutions de l’industrie européenne des armes à feu. La demande des consommateurs africains n’était pas seulement stimulée par la production industrielle européenne, mais constituait plutôt une force active qui a façonné et soutenu l’intégration économique mondiale tout au long du XIXe siècle.

Les perles de verre

Les fabricants de perles de verre vénitiens étaient bien conscients que leur industrie spécialisée dépendait de la demande africaine et asiatique. Il est pratiquement impossible de déterminer avec précision combien de perles de verre ont été importées sur le continent africain au XIXe siècle. Les perles de verre passaient par de nombreuses mains (dans de nombreux ports différents) avant d’atteindre les côtes africaines. Les informations disponibles sur la production vénitienne ne sont pas cohérentes.

Les historiens ont montré que, au cours des années 1800, les perles produites à Venise constituaient une marchandise essentielle échangée contre de l’ivoire le long des routes caravanières d’Afrique de l’Est reliant la côte swahilie aux Grands Lacs. Ces routes ont été établies par des commerçants arabes et nyamwezi (originaires de l’actuelle Tanzanie) lors d’expéditions financées par des marchands gujaratis venus d’Inde.

À mesure que la demande en ivoire augmentait sur les marchés européens et américains, ces commerçants ont avancé plus loin à l’intérieur du continent pour trouver des ivoires d’éléphants et des cornes de rhinocéros. Ce faisant, ils ont établi de nouveaux centres commerciaux.

Un livre à couverture en bois ouvert sur des pages présentant de nombreux carrés numérotés en rangées, chaque numéro correspondant à un échantillon de perles de verre colorées fixées à cet endroit.
Un livre vénitien présentant les perles disponibles.
© British Museum, CC BY-NC-SA

Les perles de verre étaient faciles à transporter et relativement bon marché. Elles étaient donc particulièrement adaptées comme monnaie d’échange dans les transactions quotidiennes. Les perles jouaient un rôle essentiel dans l’approvisionnement en nourriture des porteurs de caravanes. Apporter le mauvais type de perles de verre pouvait ruiner une expédition. Il fallait donc se tenir informé des types de perles les plus demandés sur des itinéraires spécifiques.

Grâce aux chefs de caravane, des agents européens basés dans les principaux centres commerciaux tels que Zanzibar recueillaient des informations. Ces informations étaient envoyées par courrier ou par télégramme au siège de leur entreprise, ce qui permettait aux producteurs de répondre à la demande le plus rapidement possible.

Aujourd’hui, les échantillons de cartes présentant les types de perles de verre les plus demandés, conservées dans les musées européens et américains, sont les traces matérielles de toute cette chaîne d’information.

Les tissus

La demande africaine a également influencé l’innovation technologique. Sur la côte est de l’Afrique et au Soudan, les populations importaient volontiers des millions de mètres de tissu de coton américain non blanchi. Cela a contribué à la prospérité des industries américaines, à tel point que le terme « merikani » (dérivé de « américain ») est devenu un terme générique pour désigner ce produit, puis plus tard, celle des fabricants indiens.

Sa distribution était toutefois limitée par les coûts de transport. Les marchés éthiopiens étaient principalement approvisionnés par la production locale, forte d’une solide tradition de filage et de tissage de coton. Le tissu était d’un blanc singulier, très doux et très apprécié des voyageurs qu’ils le comparaient aux meilleurs textiles européens. En Éthiopie, le seul avantage technologique évident dont bénéficiaient les producteurs occidentaux concernait les teintures, en particulier après l’introduction des couleurs synthétiques dans les années 1870.

Un morceau de tissu beige carré avec des lignes rouges le long du bord inférieur.
Un shamma, un châle éthiopien typique, en tissu de coton blanc local teint avec des colorants provenant de l’étranger.
© British Museum, CC BY-NC-SA

Les tisserands éthiopiens recherchaient avidement des fils colorés provenant d’Europe et d’Inde pour les associer à leur propre tissu blanc. Cette demande a favorisé la diffusion de nouvelles technologies de teinture à l’étranger. La situation a considérablement changé après l’unification de l’Éthiopie sous Menelik II, dont le règne a apporté la stabilité et le développement des infrastructures.

Le coton brut et non blanchi est devenu largement disponible, même à l’intérieur du pays, offrant une option bon marché et facile à laver pour les gens ordinaires : 10 millions de mètres carrés ont été importés des États-Unis rien qu’en 1905-1906. Pendant ce temps, les élites éthiopiennes continuaient à privilégier le coton local, mais le complétaient avec des accessoires importés tels que des chapeaux en feutre et des parapluies. Le tissu coloré, autrefois un luxe, est devenu un bien de consommation populaire.

En résumé

L’histoire de la commercialisation des armes, des perles de verre et des tissus en Afrique, et de la manière dont la production et la distribution ont dû s’adapter aux besoins du continent, offre une image plus nuancée de la façon dont le commerce mondial tel que nous le connaissons a pris forme.

Nos recherches soulignent que la mondialisation n’a pas été déclenchée dans les pays du Nord, mais dépendait de consommateurs situés loin des centres de production.


Nous avons abordé ces sujets dans une série de séminaires en ligne désormais disponible sur YouTube.

The Conversation

Les recherches sur lesquelles s’appuie cet article ont été financées par l’Union européenne – Next Generation EU, Missione 4 Componente 1 CUP J53D23000530006

Les recherches sur lesquelles s’appuie cet article ont été financées par l’Union européenne – Next Generation EU, Missione 4 Componente 1 CUP J53D23000530006.

ref. Pionniers de la consommation : comment les Africains ont dicté le tempo du commerce mondial au 19e siècle – https://theconversation.com/pionniers-de-la-consommation-comment-les-africains-ont-dicte-le-tempo-du-commerce-mondial-au-19e-siecle-271573

La ‘Odisea’, ese gran libro de aventuras

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Silvia Rodríguez-García, Profesora de Literatura Antigua y Medieval. Área de Humanidades. Facultad de Educación y Humanidades de la Universidad Internacional de La Rioja, UNIR – Universidad Internacional de La Rioja

Ulises/Odiseo contra Polifemo, por Arnold Böcklin. Museum of Fine Arts Boston

Quienes hemos visto Harry Potter o El Señor de los Anillos y nos emocionamos con los animales fantásticos, los seres mitológicos y las luchas entre el bien y el mal, no lo sabemos pero estamos a punto de caer en las redes de Homero.

Si además nos gusta el cine y seguimos los últimos estrenos, tal vez hayamos escuchado que Christopher Nolan tiene en el horno una nueva película, The Odyssey, basada en La Odisea, una de las más grandes epopeyas clásicas de la antigüedad.

La historia que nos cuenta el periplo homérico está escrita en el siglo VIII a. e. c. Sin embargo, es más actual que nunca. Seguro que en algún momento hemos dicho o escuchado decir “el talón de Aquiles”, “¡qué odisea!”, “la esperanza es lo último que se pierde”. Pues bien, estas expresiones se originaron hace 3 000 años.

Cíclopes, hechizos y sirenas

Imaginemos a un héroe intentando volver a su casa, Ítaca, después de la guerra de Troya –la del famoso caballo– y enfrentándose a un largo viaje de… digamos diez años, para ser fieles al poema. Este héroe es Ulises (Odiseo), el mismo al que han hecho alusión autores contemporáneos –como el poeta griego Konstantínos Kavafis y el escritor irlandés James Joyce– y en el que bien podríamos encontrar similitudes con el mismísimo Frodo, de El Señor de los Anillos.

Ulises parte a la guerra de Troya dejando a su esposa, Penélope, y su hogar al cuidado de su joven hijo Telémaco. En su (largo) camino de vuelta, comenzará un desfile de criaturas fantásticas y mitológicas que nos acompañará durante toda la obra.

Fotografías de tres personajes de la adaptación de la Odisea.
En la nueva película de Christopher Nolan, Tom Holland, Anne Hathaway y Matt Damon interpretan, respectivamente, a Telémaco, Penélope y Ulises.
Instagram/The Odyssey

Empieza enfrentándose al cíclope Polifemo, monstruo de un solo ojo que devora sin pensarlo a quien se ponga en su camino y al que consigue engañar gracias a su astucia. Después vence al insinuante pero peligroso canto de las sirenas atándose al mástil de su embarcación para no sucumbir. Y desafía a las terribles Escila y Caribdis, monstruos marinos que se asientan a uno y otro lado del estrecho por el que tiene que pasar su nave. Además, también tenemos hechiceras como Circe quien, mediante una poción mágica, convierte a Ulises y a sus hombres en cerdos.

Por si fuera poco, todavía hay más tropiezos en el viaje de nuestro héroe. En esta ocasión, de la mano de la bella ninfa Calipso, que lo retiene durante siete años en la isla de Ogigia. Todo esto sin olvidar la ira de los dioses, con Poseidón, dios del mar, al frente. Este se encarga de hacerle el camino de vuelta a Ítaca más difícil todavía a fuerza de oleajes, naufragios y tifones –por cierto, Tifón también es un ser mitológico–.

Posiblemente a estas alturas ya tenemos claro de dónde viene la expresión “vaya odisea”.

El telar de Penélope

Y mientras Ulises lucha por volver a casa, ¿qué está ocurriendo en Ítaca?

Pues que, cuando ya parecía evidente que Odiseo no iba a volver y aprovechando que Telémaco había salido a buscar noticias de su padre, un puñado de pretendientes con intención de ocupar el palacio en su ausencia y aprovecharse de la vulnerabilidad de Penélope ha ocupado la escena. Ni más ni menos que 12 señores –de los 108 interesados inicialmente– se instalan en los aposentos del edificio, comiendo y bebiendo sin descanso esperando a tomar la mano de la mujer. Ella había dicho que elegiría una nueva pareja entre los interesados cuando acabara de tejer un sudario para su supuesto difunto marido.

Pintura de Penélope en su telar con una sirvienta recogiendo manzanas.
Penélope en su telar con una sirvienta recogiendo manzanas, en una pintura de John Roddam Spencer Stanhope.
Sotheby’s/Wikimedia Commons

Lo que no podían intuir ellos era que Penélope tejía de día, pero deshacía el tejido de noche, confiando en que Ulises regresaría vivo.

Tres años estuvo Penélope tejiendo y destejiendo, hasta que una de las sirvientas descubrió el engaño. El enfado de los pretendientes fue mayúsculo. Le permitieron terminar de hilar el sudario, pero vigilándola día y noche para que no hiciera más trampas. Una vez terminado tendría que elegir nuevo esposo sin dilación.

El amigo más fiel

En este punto de la obra, Ulises llega a Ítaca. Pero no como rey sino convertido en un mendigo por obra de la diosa Atenea, a la que el héroe había implorado ayuda para recuperar su casa. Es tal la transformación que ni Eumeo, su propio porquerizo, le reconoce.

Pero sí hay alguien que, simplemente viéndole los pies, sabe que ese mendigo es su amo. Y ese es Argos, su perro. Compañero fiel que esperó veinte años (los diez de la guerra de Troya más la década de regreso) a que su dueño regresara antes de morir. Argos le saluda agitando la cola, aunque Ulises sabe que no debe responder al saludo para no desvelar su identidad.

El héroe es consciente de que no puede presentarse vestido de rey, porque entonces los pretendientes le matarían. Así que decide mantener su apariencia de mendigo e infiltrarse en el palacio para llevar a cabo un ataque sorpresa. Tan solo su hijo, Telémaco, sabe de sus intenciones.

Dibujo de un hombre a punto de disparar un arco.
Ilustración de François-Louis Schmied para La Odisea en la que Ulises, disfrazado de mendigo, se dispone a superar la prueba del arco.
Gallica (biblioteca digital de la Biblioteca Nacional de Francia).

Mientras tanto, Penélope, acosada por los hombres, decide ponerles a examen, exigiéndoles que superen una prueba consistente en tensar el arco de Odiseo y atravesar doce hachas alineadas con una única flecha; el que consiga pasarla será su nuevo esposo. Ninguno de los doce lo logra, pues el arma está forjada únicamente para las manos de su dueño y requiere, además de fuerza bruta, una técnica particular.

Así pues, en un giro de los acontecimientos, quien sí lo consigue es el mendigo del que llevan un tiempo burlándose, el hombre que en ese momento desvela su verdadera identidad como Ulises, rey de Ítaca. Acaba uno a uno con todos ellos y recupera así su patria, su hogar y su familia después de veinte años de penurias y calamidades.

Para profundizar en la historia que acaba de leer, puede esperar al estreno de la película el verano de 2026. O, mejor aún, puede coger la obra de Homero y descubrir una auténtica novela de aventuras y el origen de muchos de los actuales seres mitológicos que conocemos. Una vez hecho, se preguntará por qué no la ha leído antes.

The Conversation

Silvia Rodríguez-García no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. La ‘Odisea’, ese gran libro de aventuras – https://theconversation.com/la-odisea-ese-gran-libro-de-aventuras-266428

Salud mental en Gaza: cómo sobrevivir emocionalmente a la barbarie

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Marta Guarch-Rubio, Doctora en Psicología, Universidad San Jorge

Un padre y su hijo regresan a su hogar en Gaza tras el alto el fuego decretado el pasado 10 de octubre. Anas-Mohammed/Shutterstock

Hoy, la vida en Gaza es una cuestión de fe. La inseguridad acerca de la propia supervivencia o de la de los seres queridos es el pan de cada día. Literalmente, hay más incertidumbre que alimento.

En una guerra no solo se sufren los bombardeos con pérdidas humanas y materiales. Se padecen los desplazamientos forzados, las hambrunas y, en Gaza también, la escasez de agua y el bloqueo de la ayuda internacional por la acción de Israel.

Psicológicamente, en esta ofensiva contra la población palestina hay un fuerte componente de deshumanización, algo tan sencillo como no atribuir la categoría de persona a un ser humano. Son procesos característicos en el estudio de los genocidios a lo largo del tiempo y en la práctica de tortura.

Más vulnerables a los enfermedades mentales

Como consecuencia, ser superviviente conlleva una ruptura en ciertos valores morales. Por ejemplo, ante la creencia en la humanidad o ante el hecho de que todas las vidas tienen un mismo valor. La salud mental y el bienestar están conectados con la percepción de justicia social y de derechos humanos. Además, a todo esto se añade que antes del 7 de octubre de 2023, Gaza ya acusaba un contexto de años de inestabilidad sociopolítica, de ciclos de violencia, de privaciones económicas y de dificultades en el acceso a recursos, como los sanitarios. Estos factores han debilitado la salud mental de la población gazatí durante décadas y los palestinos han llegado exhaustos psicológicamente a su asedio actual.

Se ha demostrado que la exposición a conflictos armados tiene un importante impacto en la salud mental de la población civil. En concreto, desde 1948 el impacto del trauma intergeneracional en los palestinos ha aumentado su vulnerabilidad para el desarrollo de dolencias psíquicas.

En 2024, y a consecuencia del actual genocidio, se encontró ansiedad severa (65 %), depresión (72.7%) y probable trastorno de estrés postraumático (72.3 %) en la población palestina evaluada.

Un estudio reciente muestra que la probabilidad de padecer estrés en Gaza es doce veces superior a la probabilidad que se presentaba en 2020 y la prevalencia de angustia psicológica es tres veces mayor, aumentando del 19,5 % en 2020 al 67,2 % en 2025.

¿En qué apoyarse cuando todo se derrumba?

Sumud es un término árabe que alude a la capacidad psicológica de resistencia a la ocupación, definida como el corazón resiliente para muchos palestinos. El apoyo en la comunidad es esencial cuando todo falla, con una relevancia mayor cuando las vivencias son compartidas y unos necesitan de otros para sobrevivir. Recientemente se ha visto que en la población joven palestina el apoyo social es un elemento de protección que mitiga los síntomas del trastorno de estrés postraumático (reviviscencias, evitación, cognición y emoción negativas e hiperactivación).

Igualmente, las prácticas religiosas y espirituales, el apoyo entre iguales y la solidaridad comunitaria potencian el bienestar en los climas de adversidad, como en las guerras o en las crisis humanitarias.

De la misma forma que existe una transmisión generacional del trauma, existe una transmisión generacional de la resiliencia. En Palestina, la intencionalidad de mantener la cultura y la identidad dibujan tanto procesos como resultados resilientes y de crecimiento postraumático.

Manifestaciones que mejoraron la salud

En Gaza, algunas acciones políticas de resistencia como las movilizaciones por la “Gran Marcha del retorno” de 2018 tuvieron efectos positivos en la salud mental de los gazatíes. Fueron manifestaciones pacíficas convocadas a través de redes sociales, donde participaron jóvenes y familias en un ambiente lúdico y festivo. Las protestas incluían cánticos, actuaciones de clowns y acróbatas e incluso celebraciones de bodas, y se concentraban entre la Franja de Gaza e Israel.

Inicialmente, se reportaron mejoras en la salud mental de los participantes, en el sentido de un aumento de la esperanza y una capacidad de participación en movilizaciones sin precedentes. Se observaron mejoras en los estados de ánimo y en las respuestas al trauma, ya que el factor político es un elemento resiliente y protege frente a la violencia política.

Sin embargo, en marzo de 2019, los manifestantes y sus familiares sufrieron violencia en respuesta a su involucración en la marcha y se alcanzaron las tasas más altas de palestinos heridos desde las hostilidades de 2014.

En definitiva, trauma y resiliencia son conceptos que definen desde hace décadas la identidad palestina en Gaza, y cada vez con mayor frecuencia, la definen también en Cisjordania.

Hoy en día, resulta complicado abordar el estado de salud mental de una comunidad como la gazatí. Día a día la asfixia psicológica y de necesidades básicas y sociales es mayor. Por eso, estamos lejos de predecir el impacto psicosocial y clínico que acusará a largo plazo la población de Gaza.

The Conversation

Marta Guarch-Rubio no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Salud mental en Gaza: cómo sobrevivir emocionalmente a la barbarie – https://theconversation.com/salud-mental-en-gaza-como-sobrevivir-emocionalmente-a-la-barbarie-270849

Ellas también tejen la ‘Odisea’: las voces femeninas que sostienen el viaje

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Joana Rodríguez Pérez, Contratada predoctoral en el departamento de Historia del Arte y Filosofía, Universidad de La Laguna

Pintura de Charles Gleyre en la que se muestra el encuentro entre Ulises y Nausicaa. Wikimedia Commons

En los últimos años el cine ha vuelto a recurrir a la segunda épica homérica para adaptar las historias del héroe griego. En 2025 se estrenó la película El regreso de Ulises del director italiano Uberto Pasolini, protagonizada por Ralph Fiennes y Juliette Binoche, y se espera con ansias la producción dirigida por Cristopher Nolan para julio del 2026.

Esta recurrencia no debe sorprender: ya desde el periodo mudo los cineastas se inspiraron en los textos clásicos para realizar sus producciones atraídos por el tono aventurero que les proporcionaba. No obstante, ¿es la Odisea únicamente el relato de las hazañas de un héroe?

Según una encuesta realizada en 2018 por la BBC, la Odisea es la obra más influyente de la historia. En sus 24 cantos, esta epopeya narra los diez años del regreso de Ulises/Odiseo a su hogar, Ítaca, después de la guerra de Troya. El énfasis se pone en su lucha contra obstáculos naturales, divinos y humanos para volver a casa con su mujer Penélope y su hijo Telémaco.

Pero… imaginemos ahora que abrimos la Odisea con unas nuevas lentes. Más allá del héroe luchando contra monstruos o sorteando tempestades, encontramos una estructura femenina que sostiene la trama. Este enfoque exige reordenar nuestra expectativa: ya no asimilamos la historia de un solo hombre sino que en sus páginas hallamos un amplio universo femenino. Estas mujeres no se limitan a las funciones tradicionales, sino que se convierten en estrategas, mediadoras y guías fundamentales para el desarrollo del viaje.

Mujer (Penelope) tejiendo en un telar
Juliette Binoche como Penélope en un fotograma de El regreso de Ulises.
Filmaffinity

‘Invisibles’ pero imprescindibles

Desde el comienzo de la epopeya, la presencia femenina es central. La narración se inaugura invocando a la Musa, quien no solo inspira al poeta sino que establece un patrón estructural: la mujer como mediadora entre el conocimiento y la acción, la palabra y el destino.

Este tipo de figuras se configuran como “mujeres guía” y actúan con precisión estratégica, ya que su palabra es motor directo de la acción. Son ellas quienes diseñan rutas, negocian, intervienen en la voluntad divina, eligen los momentos oportunos de ocultamiento o revelación y, en definitiva, desbloquean conflictos y abren sendas.

No obstante, su papel va mucho más allá de asistir al héroe en momentos de dificultad. En la Odisea, las mujeres no solo guían: también piensan, deciden y actúan con una inteligencia tan afinada como la del propio protagonista.

Esa capacidad, conocida en la tradición griega como mêtis –inteligencia práctica, astucia estratégica–, es el rasgo que define a Odiseo. Sin embargo, en el poema no es un atributo exclusivo del héroe. Como señalan autoras como Grace LaFrentz, Odiseo aprende de las mujeres con las que se cruza una forma de mêtis más paciente y calculada, asociada al tejido: urdir planes, tramar soluciones, hilar el tiempo con prudencia…

La metáfora no es casual. La famosa estratagema de Penélope –tejer de día y destejer de noche para ganar tiempo frente a los pretendientes que quieren casarse con ella ante la ausencia de Ulises– es el ejemplo perfecto de esa inteligencia que combina ingenio, autocontrol y estrategia.

Las voces que configuran el viaje

De entre los múltiples personajes femeninos presentes en la epopeya, podemos encontrar modelos paradigmáticos que explican lo que defendíamos anteriormente.

Relieve de Atenea pensativa.
Relieve de Atenea pensativa.
Museo de la Acrópolis, Atenas.

Atenea podría considerarse el mejor ejemplo de la “mujer-guía”. No solo protege al héroe en el Olimpo, sino que diseña sus estrategias, le sugiere disfraces y le da los tiempos justos para actuar. Además, propicia el encuentro con otras mujeres que le ayudarán en momentos cruciales. Su intervención es constante y decisiva.

Helena de Troya aparece en la Odisea ejerciendo un papel de anfitriona y mediadora. En la gran sala de su palacio, junto a su marido y otros hombres, recibe y es la primera en reconocer e interpelar a Telémaco y darle noticias sobre su padre. Nausícaa, por su parte, cumple con una función orientadora muy concreta: al encontrar al náufrago, le indica cómo dirigirse ante su madre, la reina Arete –y no ante su padre, el rey Alcínoo– para ser recibido favorablemente en palacio. Esa mediación no es menor, pues abre la puerta política para que Odiseo tenga el apoyo de la corte feacia para volver a casa.

Calipso, Circe e incluso Ino aportan ayuda desde registros distintos. Lo hacen siendo hospitalarias –como Calipso–, consejeras –como Circe (quien le indica como sortear a las sirenas)– o con su sobrenatural auxilio salvador, como Ino, quien rescata al héroe tras un naufragio dándole un velo mágico que le permite mantenerse a flote y sobrevivir en aguas embravecidas.

Y por supuesto entre todas ellas destaca Penélope. Desde Ítaca, resiste con inteligencia: administra el reino, teje y desteje el sudario de Ulises para dilatar la espera de los pretendientes, decide ponerles a prueba para demostrar quién es digno de casarse con ella –sabiendo que ninguno superará el reto que les marca– y se mantiene firme en su posición todo el tiempo. Su agudeza es incluso reconocida por el héroe al compararla con un venerable rey.

De esta manera, la Odisea deja de ser la historia de un hombre que vuelve para mostrar el tejido de voces femeninas que no son extras sino nodos estratégicos del relato. Asumir esto no resta ni mucho menos valor a la peripecia central. Únicamente reconoce y resalta la importancia de los personajes femeninos que durante tanto tiempo han permanecido ensombrecidos.

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Joana Rodríguez Pérez recibe fondos de la Agencia Canaria de Investigación, Innovación y Sociedad de la Información de la Consejería de Economía, Conocimiento y Empleo y por el Fondo Social Europeo (FSE) Programa Operativo Integrado de Canarias 2014-2020, Eje 3 Tema Prioritario 74 (85%)

Enrique Ramírez Guedes no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Ellas también tejen la ‘Odisea’: las voces femeninas que sostienen el viaje – https://theconversation.com/ellas-tambien-tejen-la-odisea-las-voces-femeninas-que-sostienen-el-viaje-267250

Ganar el gordo de Navidad es como encontrar un grano concreto de arroz en treinta platos de paella

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Francisco Pedroche Sánchez, Profesor Titular de Matemática Aplicada (Álgebra, Cálculo, Estadística, Ciencia de Datos). Institut de Matemàtica Multidisciplinària, Universitat Politècnica de València

Cola para adquirir lotería de Navidad en el local de Doña Manolita, en Madrid. Barcex /Wikimedia Commons., CC BY

¿Cuál es la probabilidad de ganar algo (incluido el reintegro) al jugar un décimo de la lotería de Navidad? Se suele decir que esta probabilidad es de un 15 %: los chatbots de consulta explican que esta cifra viene de hacer la división entre el número de premios, 15 304, y los cien mil números posibles (del 00000 al 99999).

Lo primero que me viene a la mente en estas ocasiones son películas del viejo oeste donde aparecen escenas de vaqueros, nativos americanos y caballos. A veces, hay caballos sin jinete y, a veces, hay caballos con dos jinetes. Pues con los números de la lotería pasa lo mismo: si asumimos que los caballos son los números y que los premios son los jinetes, visualizaremos que un mismo número puede acarrear más de un premio.

Por ejemplo, en el Sorteo Extraordinario de Navidad de 2024, el número 71340 fue premiado con la pedrea (salió en uno de los alambres de la tabla 8) y también fue premiado por coincidir con los dos números de la terminación del tercer premio –el 11840–. Además, se llevó el reintegro por coincidir con la terminación del gordo –el 72480–. Si estuviéramos hablando del número 72 440, también habría ganado el premio por coincidir con las centenas del gordo (números del 72 400 al 72 499, excluyendo el primer premio).

Cuchara sopera conteniendo 100 granos de arroz.
Paco Pedroche.

Caballos y jinetes

Como hay números con más de un premio, la cantidad de números susceptibles de ser agraciados con premio (o sea caballos que llevarán jinetes) es menor que el número de premios (número de jinetes). Por tanto, para calcular la probabilidad de que nos toque algo en el sorteo de Navidad no podemos simplemente dividir el número de premios entre los 100 000 números.

Un cálculo más aproximado a la probabilidad de ganar algo al jugar un décimo consiste en eliminar de los posibles premios aquellos números que seguro que obtienen, al menos, dos premios. Es decir, hay caballos con dos jinetes que son fácilmente identificables incluso antes de comenzar el sorteo. Estos números son los que aparecen en el programa de premios bajo el epígrafe: “999 premios de 1 000 euros cada uno para los billetes cuyas dos últimas cifras sean iguales y estén igualmente dispuestas que las del que obtenga el premio primero”.

La probabilidad es menor del 15%

En el sorteo de Navidad del año 2024, los 999 números agraciados con este premio fueron los números del tipo XXX80: el 00080, el 00180, hasta el 99 980. De este conjunto se excluye el propio gordo, el 72 480. Estos 999 números ganaron, además, el reintegro por coincidir con la última cifra (el 0, en este ejemplo). Todos esos caballos (números) llevan al menos dos jinetes (premios).

Por tanto, podemos afirmar que los números premiados con alguna cosa (incluyendo el reintegro) serán como mucho 15 304 menos 999, es decir 14 305. De esta manera, una medida más aproximada de la probabilidad de ganar algo en el sorteo del gordo es, como mucho, un 14,3 % (como ya afirmaba el catedrático José Manuel López, redondeando al 14 %).

Un grano de arroz en treinta platos de paella

Las IA de consulta aciertan al predecir la probabilidad de ganar el gordo, pues es un único número entre 100 000 posibles, con lo cual la probabilidad es de 0,00001 o, dado en porcentaje, de un 0,001 %. Además, una IA puede proporcionar una buena analogía para visualizar este número. Entre las que se suelen utilizar en la literatura, tengo preferencia por la propuesta hace años por el matemático y divulgador José Luis Muñoz, quien usaba granos de arroz. Claro, como valenciano que soy, voy a convertir esa analogía en platos de paella.

Para hacerse una idea de lo pequeños que son los granos de arroz típicos para hacer paella, cuente 100 granos y colóquelos en una cuchara sopera. Verá que queda mucho espacio disponible. Hagamos una estimación de lo que pesan cien mil granos de arroz. En los artículos científicos sobre la agronomía del arroz, se suele usar como medida de peso una unidad llamada PMG (peso de mil granos ).

Para nuestro propósito, vamos a considerar un tipo de arroz ligero con un PMG de 25 g, es decir mil granos de arroz pesan 25 gramos. Por tanto, cien mil granos pesan 2,5 kg. Según fuentes próximas (mi pareja), la ración típica de una paella valenciana es de unos 80 g por persona. Es decir, con 100 000 granos de arroz (2,5 kg) tenemos para unas 31,25 raciones de paella, que podemos aproximar como 30 a efectos de tener un número redondo. Así, podemos decir que ganar el gordo de Navidad es como adivinar dónde se encuentra un grano particular de arroz escondido entre 30 platos de paella.

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Francisco Pedroche Sánchez no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Ganar el gordo de Navidad es como encontrar un grano concreto de arroz en treinta platos de paella – https://theconversation.com/ganar-el-gordo-de-navidad-es-como-encontrar-un-grano-concreto-de-arroz-en-treinta-platos-de-paella-270895

Por qué los actuales bosques españoles son en realidad jardines

Source: The Conversation – (in Spanish) – By David Casado-Neira, Titular de universidad de sociología, Universidade de Vigo

Bosque de pinos en la Sierra Guadarrama (Madrid, España). Quintanilla/Shutterstock

Ante la amenaza del cambio climático, el bosque es un medio para amortiguar sus efectos. Por ejemplo, absorben dióxido de carbono de la atmósfera y participan en el ciclo del agua que asegura las precipitaciones. Pero en situaciones de altas temperaturas y sequía, como las provocadas por el calentamiento global, es más fácil que los bosques ardan.

Los incendios forestales tienen un gran impacto a tres niveles. Por un lado, en los propios ecosistemas. Por otro, en la población que vive en las zonas devastadas. Y, por último, suponen costes económicos en términos de prevención, control del incendio y regeneración posterior, así como los debidos a su impacto en la salud y el clima.

La concepción alemana del bosque

El bosque encarna, más que otro paisaje, el ideal de la naturaleza. Una idea que le debemos al Romanticismo alemán y a la formación de los primeros ingenieros forestales españoles en este país en el siglo XIX, quienes sentaron las bases de la primera Escuela de Montes en 1848. Se importó de esta forma un modelo de formación, y también una manera de entender la naturaleza en la que la masa arbolada ocupa un lugar central como fuente de vida, riqueza y valor cultural. Allí se habla de Wirtschaftswald o Nutzwald (bosque en producción o bosque útil).

Los bosques comenzaron a verse como un recurso industrial y de intervención en el territorio; como fuente, por ejemplo, de madera para la construcción, de combustible y de lucha contra la erosión y desertificación. Con el tiempo, el bosque se ha ido convirtiendo en un referente positivo, y hoy en día es difícil considerarlo en los términos negativos que pudo tener como lugar sombrío en el que acechaba el peligro (lobos, asaltantes o accidentes). Los incendios, los monocultivos, la deforestación y el estrés climático son sus enemigos actuales.

Hoy el bosque nos preocupa, pero no estuvo siempre ahí y no de la misma manera. Las masas arboladas, tal y como las conocemos, nacen de prácticas económicas que generan nuevos ecosistemas y paisajes. Es un producto histórico que, sin embargo, se sigue relacionando con la idea de una naturaleza primigenia a la que hay que volver, que hay que rescatar.

El bosque como fuente de madera

Hay un mito sobre el bosque en Hispania. Una historia recurrente nos cuenta que una ardilla podía cruzar la península de rama en rama, dicen que las crónicas de Estrabón del siglo I a.C. dan fe de ello. Pero sobre Iberia escribió que en una gran parte se compone de montañas, bosques y llanuras de suelo pobre con desigual reparto de agua. Y no hay atisbo de ninguna ardilla.




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En España, a partir del siglo XIX se inicia un proceso de transformación incesante del territorio que, tras diferentes iniciativas políticas, se acelerará a partir de 1957. El bosque se convierte en una razón de Estado para garantizar el autoabastecimiento de madera. En ese momento, se consolida un modelo forestal orientado a la producción industrial de madera. Desde los inicios de la ingeniería forestal, el bosque es sometido a un proceso de extensión. Como consecuencia, gran parte de los bosques actuales son en realidad cultivos destinados a ese fin.

Muchos ingenieros se dedicaron a diseñar parques forestales en los que se exponía una amplia variedad de árboles que podrían llegar a integrarse en el bosque ibérico: robles americanos, secuoyas, tulíperos, tsugas y ginkgos. Un monte antes despoblado se convertía en un pequeño “Disneyland” de idealización paisajística y en un área forestal de referencia. Eran enclaves en áreas dominadas por las plantaciones de pinos.

Tierra de pinos

La península ibérica pasó a ser una tierra de pinos. Las condiciones climáticas y del suelo le son favorables. El pino es, además, un árbol que se caracteriza por su rápido crecimiento, resistencia, valor económico y capacidad de generar nuevos espacios de vida, nuevos ecosistemas.

Hoy, la masa forestal adquiere una extensión y avance sin precedentes. Entre 1940 y 1987, el 77 % de los árboles plantados a través de las políticas forestales corresponden a variedades de pinos. Pero no solo los pinares, también hayedos, bosques de ribera, eucaliptales, tejedas y bosques de laurisilva son productos de nuestra capacidad de plantar y cuidar.

Un bosque de hayas con las hojas amarillas en la ribera de un río
Hayedo de Montejo, en Montejo de la Sierra (Madrid, España).
Jarmad78/Wikimedia Commons, CC BY-SA

Un producto de nuestra historia

El proceso de urbanización, el abandono rural y la irrupción de la agricultura industrial a partir del siglo pasado modifican el territorio. Y el bosque transforma el paisaje, cambia usos de la tierra y costumbres de sus habitantes.




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Basta con recurrir al archivo de fotografías antiguas o de los primeros pintores paisajistas para darnos cuenta de que adquiere un valor estético y social muy recientemente. Los bosques son hoy producto de nuestra historia. Antes, el territorio estaba definido más por cultivos agrícolas que por grandes masas forestales.

Desde el nacimiento de la ingeniería forestal se ha llevado a cabo una misión de forestación, población y generación, y no de reforestación, repoblación y regeneración. Bosques que se han ido creando desde cero.

Así, los bosques actuales son frágiles ecosistemas creados o intervenidos por el ser humano, y no formas originarias de naturaleza. Ahora la pregunta es si queremos cuidarlos como parques y jardines, o como meras plantaciones.

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David Casado-Neira no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Por qué los actuales bosques españoles son en realidad jardines – https://theconversation.com/por-que-los-actuales-bosques-espanoles-son-en-realidad-jardines-263141

Lola Flores, pionera del ‘crowdfunding’: qué hay detrás del éxito de este modelo de financiación

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Pau Sendra Pons, Profesor de Contabilidad, Universitat de València

Lola Flores, durante una actuación en Televisión Española. RTVE

En 1987, Lola Flores, La Faraona, se aventuró a dirigirse al pueblo español con una frase que se haría célebre: “Si una peseta diera cada español, no a mí, a donde tienen que darla, quizás saldría de la deuda”. La cantante de Ay pena, penita, pena y La Zarzamora tenía por entonces una enorme deuda con Hacienda por no haber presentado la declaración de la renta entre 1982 y 1985. Así se convirtió en precursora del micromecenazgo (crowdfunding) en España.

Emulando los numerosos proyectos financiados a lo largo de los siglos mediante aportaciones ciudadanas, Lola Flores hizo lo propio con su espontánea petición: pedir una peseta a un gran número de potenciales financiadores, apelando a la conexión profunda, casi íntima, entre la artista y sus seguidores.

Lola Flores en 1987, pidiendo la colaboración de los españoles ante sus problemas con Hacienda. Fuente: YouTube.

La cantante resumió en una sola frase los grandes principios que confluyen en la financiación alternativa a través del micromecenazgo:

  1. La solicitud de pequeñas cantidades a un número amplio de personas. Esto permite reducir el riesgo individual que cada una de ellas asume.

  2. La construcción de un relato atractivo, que apela a la emotividad y a la creencia de que una persona o un equipo merece nuestro apoyo, incentiva las contribuciones.

¿Qué es el ‘crowdfunding’?

El crowdfunding consiste en que una persona o colectivo que desea llevar a cabo un proyecto de voluntariado, emprendimiento o innovación solicita pequeñas sumas de dinero a la sociedad mediante campañas difundidas generalmente a través de la web. A cambio, puede ofrecer distintos tipos de recompensa:

  • Una recompensa moral, basada en el simple estímulo positivo de apoyar una causa justa.

  • Una recompensa tangible, en forma de unidades de producto o regalos corporativos.

  • Una participación en la empresa resultante del proyecto (en el caso del crowdfunding de capital) o un interés financiero (crowdfunding de préstamo).

Todo esto contribuye a generar una comunidad sin fronteras, formada por personas que colaboran activamente en la definición y el éxito del proyecto empresarial o de la causa filantrópica.

¿Qué hay detrás del éxito del ‘crowdfunding’?

La respuesta no es una receta única. Se deben analizar diversos factores (entre otros, la relevancia del diseño visual y narrativo de las campañas). No obstante, hay un aspecto que ha ganado protagonismo: el inversor ancla. Si un inversor respalda un proyecto con una cantidad significativa de dinero y anima a otros a hacer lo mismo –con un mensaje convincente y apoyado en su bagaje profesional–, muchas personas tenderán a seguir su recomendación.

Dos razones explican fácilmente este comportamiento: si el inversor ancla aporta su dinero para respaldar un proyecto, su compromiso financiero funciona como una señal de que anticipa su éxito. Algo similar ocurre cuando invierte su reputación profesional en favor del proyecto.




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Emotividad, un factor clave

A pesar de que existen diversos tipos de crowdfunding según la recompensa que reciben los contribuyentes, la emotividad y la conexión con el promotor de la iniciativa han demostrado ser clave para el éxito del proyecto.

Ese fue el recurso central que empleó Lola Flores en su llamamiento. La cantante continuaba su mítico discurso con estas palabras: “Y después yo, no sé, me iría al estadio con todos los que han dado esa peseta, o esas cien pesetas, para tomarme una copa con ellos y llorar de alegría”, ofreciendo así un beneficio tangible (la copa), pero, más importante aún, la recompensa intangible de llorar de alegría junto a la mismísima Faraona.

Una de las claves para el éxito de las campañas de crowdfunding es aplicar la dosis justa de emotividad en el discurso para apelar a los sentimientos de quienes financian el proyecto y luego recompensar su esfuerzo.




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Una herramienta accesible

El crowdfunding está al alcance de todos. Solo se necesita tener conexión a internet, un proyecto empresarial o social atractivo, un discurso persuasivo y, de ser posible, un inversor ancla. Este último facilitará que el público general, a menudo con poca información relevante para formarse una opinión sobre la viabilidad del proyecto, se decida a invertir en el proyecto.

Según datos de la Autoridad Europea de Valores y Mercados (ESMA), el crowdfunding es una alternativa más que útil para el talento emprendedor y asociativo que, con suerte y mejor resultado que La Faraona, puede ver en esta modalidad de financiación una opción menos costosa y arriesgada que las alternativas tradicionales.

The Conversation

Pau Sendra Pons no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

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