Comment les migrants bouleversent et enrichissent les routines organisationnelles

Source: The Conversation – France (in French) – By Sina Grosskopf, Professeure de gestion interculturelle, International University of Monaco

Une étude met en lumière trois phases à travers lesquelles les migrants prennent l’initiative de changements dans les organisations : relecture des routines, négociation au sein des équipes et ancrage de nouvelles pratiques. Que peuvent apprendre les entreprises de ces dynamiques de transformation ?


Dans un marché du travail mondialisé, les salariés migrants doivent souvent s’adapter à des structures imprégnées de normes culturelles qui ne sont pas les leurs. Mais au lieu de se conformer passivement, beaucoup deviennent, consciemment ou non, des agents de transformation.

Cette étude s’intéresse à la manière dont les migrants multiculturels – c’est-à-dire ayant intériorisé plusieurs cultures sociétales – s’engagent dans les routines organisationnelles et les reconfigurent. Ce travail porte sur des migrants hautement qualifiés, dont les ressources réflexives, culturelles et linguistiques facilitent l’identification et la transformation des routines. À l’inverse, ceux qui ont un accès plus limité à la langue, à l’éducation ou à la participation sociale rencontrent davantage d’obstacles et disposent de moins de marge de manœuvre.

Les routines organisationnelles sont des schémas récurrents et reconnaissables d’actions interdépendantes de différents acteurs ; elles ne sont donc pas seulement rigides, mais, grâce aux personnes impliquées, dynamiques et susceptibles de changer. Ainsi, l’acteur – et, en particulier, ses actions dans des contextes spécifiques – passe au premier plan. Il en résulte que les routines organisationnelles se voient réinterprétées par ces salariés. Forts de leurs répertoires culturels variés, ils introduisent des pratiques et des significations alternatives qui viennent questionner le statu quo.

À partir d’une étude de cas multiple dans les secteurs de l’aéronautique et du conseil en Allemagne, trois processus interdépendants se dessinent : une relecture des routines, une négociation au sein des équipes, puis un changement organisationnel durable. Ces dynamiques restent fortement conditionnées par le contexte dans lequel elles émergent.

Relecture des routines

Le changement commence par la manière dont les migrants perçoivent les routines. En tant qu’individus multiculturels, ils observent les pratiques professionnelles avec un regard pluriel, détectant des contradictions ou des dysfonctionnements que d’autres ne voient pas ou ne voient plus, tant ceux-ci semblent « normaux ». Ils apportent ainsi une perspective inédite, nourrie de leurs expériences diversifiées.




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Cette relecture illustre la créativité culturelle des individus multiculturels, capables de générer des idées nouvelles en mobilisant une large palette d’expériences, de savoirs et de perspectives. En intégrant même des valeurs et pratiques contradictoires, ils expriment une complexité cognitive qui fait de leur répertoire multiculturel une ressource précieuse pour imaginer des alternatives aux routines établies.

Par exemple, un spécialiste roumain en informatique aéronautique attribue l’émergence de sa créativité à son expérience migratoire :

« Cette expérience a brisé toutes les structures figées et, lorsqu’on évolue dans un cadre plus libre, il devient plus facile d’être créatif. »

De leur côté, plusieurs collègues allemands estiment que les individus multiculturels « bénéficient de davantage de libertés – ou les revendiquent – et développent ainsi une pensée plus créative, capable de sortir des cadres établis. » L’ouverture à l’expérimentation apparaît, en effet, plus marquée chez ces derniers. Alors que beaucoup d’Allemands craignent de « détruire » quelque chose, les personnes multiculturelles relativisent :

« Qu’est-ce que je pourrais casser maintenant ? C’est presque déjà cassé de toute façon ! »

Un participant français ajoute :

« Les Français et les Italiens cherchent peut-être plus facilement des raccourcis, même en prenant des risques. Cela peut parfois constituer un avantage. »

Négociation interculturelle

Identifier des alternatives n’est qu’un début : les migrants doivent ensuite convaincre leur équipe. Dans cette phase de négociation interculturelle, leurs compétences communicationnelles et leur empathie culturelle sont décisives. Conformément aux recherches récentes, ces négociations interculturelles peuvent mener au rejet des idées proposées, à des compromis unilatéraux, à des compromis mutuels, voire à des innovations profitables à l’ensemble du groupe.

Dans le cadre de la recherche mentionnée ci-dessus, un ingénieur aéronautique indien raconte comment un environnement de travail allemand, très axé sur les tâches et sur les faits, s’est progressivement transformé en une ambiance plus conviviale et centrée sur les relations humaines – une évolution amorcée par l’introduction d’une nouvelle routine, inspirée de sa propre conception des relations de travail, sous la forme d’un « bureau de chahutage » :

« On plaisante, on parle de choses personnelles, de ce qu’on fait en dehors du travail. Parfois, on va faire du snowboard ou on joue au flipper, ce genre de trucs. Ensuite, on discute de nos scores, de qui a fait quoi, de comment ça s’est passé. On a aussi un système qu’on appelle le “keycount”. Celui qui était responsable au moment où un appareil du satellite a été non pas détruit directement, mais impliqué dans un incident, reçoit un keycount. […] Rien n’est caché dans notre groupe. La première règle, c’est que rien ne se fait dans le dos de quelqu’un – tout doit être dit en face, directement à la personne concernée. » Arian, ingénieur aéronautique indien.

Il montre comment le tableau d’affichage, soutenu par ses collègues, transforme l’orientation allemande vers la tâche en un environnement plus relationnel. La négociation interculturelle se traduit par l’introduction active de cette nouvelle routine et par la conviction générée autour du facteur plaisir – un élément enraciné dans la tradition collectiviste et relationnelle indienne. Le contraste entre deux cultures devient ainsi une source d’inspiration pour l’introduction et la négociation de cette nouvelle routine organisationnelle quotidienne, qui ne peut être reconnue, comprise et mise en œuvre que par quelqu’un ayant une connaissance des deux contextes.

Intégrer le changement

La troisième phase consiste à intégrer ces changements négociés dans les routines organisationnelles. Lorsqu’elle réussit, la contribution des migrants et la négociation collective dépassent le simple cadre des suggestions individuelles pour transformer en profondeur les modes de fonctionnement. Les routines cessent alors d’être de simples schémas répétitifs : elles deviennent des espaces dynamiques d’interaction et de transformation, facilitant une approche plus détendue du changement dans les pratiques et structures organisationnelles. Les équipes commencent à interroger les façons de faire habituelles et à envisager d’autres possibles.

Ce qui n’était au départ qu’une « petite suggestion » peut ainsi déclencher des réflexions plus larges sur les valeurs, sur la confiance et sur la collaboration. Ces moments ouvrent des perspectives d’apprentissage interculturel et de construction d’identités partagées, comme en témoignent ces salariés, qu’ils soient migrants ou non :

« Je pense que j’ai changé. Je ne suis clairement plus aussi étroit d’esprit qu’il y a dix ans. Et c’est quelque chose qu’il faut vraiment apprendre […] il faut accepter les opinions différentes, et surtout d’autres manières de travailler, qui peuvent elles aussi mener au succès. » (Hans, ingénieur aéronautique allemand)

« Je pense que les choses ont évolué dans le bon sens au cours des dix dernières années. Nous travaillons désormais plus étroitement avec des personnes de différentes nationalités. Les gens dans notre organisation sont devenus plus tolérants et compréhensifs. » (Camille, ingénieure aéronautique française)

« Je crois que le fait d’avoir fait partie du groupe depuis un certain temps a rendu le groupe un peu plus espagnol. » (José, ingénieur aéronautique espagnol)

Le rôle du contexte organisationnel

Cependant, tous les contextes organisationnels ne se montrent pas également réceptifs. En particulier, les situations de dépendance ou les structures hiérarchiques rigides – comme les relations avec des clients ou les rapports entre siège et filiales – peuvent freiner ces dynamiques de transformation. Les différentes études de cas de la recherche citée, chacune marquée par ses propres spécificités contextuelles, montrent que le rôle moteur des migrants peut parfois être entravé, ou cantonné à une fonction explicative ou justificative, plutôt qu’être pleinement reconnu comme une contribution active.

Fondation nationale pour l’enseignement de la gestion des entreprises (Fnege), 2021.

À l’inverse, les organisations qui favorisent les contacts interculturels grâce à un environnement international, à la diversité des équipes et à un état d’esprit global sont bien mieux placées pour tirer parti de la créativité culturelle que les migrants apportent.

Enjeux pour les entreprises

Comment les organisations peuvent-elles accompagner ce processus et valoriser pleinement leur main-d’œuvre multiculturelle ? Plusieurs pistes sont à suivre :

  • Valoriser la diversité des interprétations : plutôt que d’exiger une assimilation rapide, les entreprises devraient considérer les visions alternatives comme des opportunités d’apprentissage et de développement ;

  • Créer des espaces de négociation interculturelle : encourager un dialogue ouvert dans lequel les salariés peuvent proposer des changements, en expliquer les raisons et écouter les autres points de vue ;

  • Permettre l’évolution des routines : mettre en place des mécanismes de retour d’expérience permettant aux expérimentations réussies à petite échelle d’être étendues plus largement ;

  • Reconnaître l’innovation du quotidien : le changement ne vient pas toujours d’une stratégie décidée en haut. Soutenir les interprétations individuelles, les négociations interpersonnelles et les expérimentations locales, et donner aux équipes les moyens de faire évoluer les pratiques de manière organique.

Les migrants multiculturels ne sont pas simplement des salariés qui s’adaptent à une culture d’entreprise : ce sont aussi des innovateurs culturels. En créant des environnements ouverts à la réinterprétation et à la négociation, les organisations peuvent devenir plus agiles, inclusives et résilientes.

The Conversation

Sina Grosskopf est membre de l’Université de Passau, de l’International Association of Cross-Cultural Competence and Management, du Centre d’études en entrepreneuriat international et interculturel (Université du Québec à Montréal) et du International Organizations Network.

ref. Comment les migrants bouleversent et enrichissent les routines organisationnelles – https://theconversation.com/comment-les-migrants-bouleversent-et-enrichissent-les-routines-organisationnelles-258419

Galicia crece 40 000 km² bajo el mar, conquistando terreno usado como vertedero nuclear

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Luis Somoza Losada, Profesor de Investigación, Instituto Geológico y Minero de España (IGME – CSIC)

Vista 3D de los fondos marinos profundos al oeste de Galicia. Somoza et al, 2019, CC BY

La ONU acaba de aprobar provisionalmente la propuesta de ampliación de la plataforma continental al oeste de Galicia, lo que supone la incorporación de cerca de 40 000 km² adicionales a los ya reconocidos. Galicia ha crecido una superficie similar a la de la comunidad autónoma extremeña, que tiene 41 000 km². El reconocimiento definitivo se realizará próximamente en una sesión plenaria en Nueva York.

La ampliación de la soberanía marítima española puede abrir nuevas oportunidades económicas y medioambientales. Por un lado, la posibilidad de aprovechar recursos naturales ricos en tierra raras y telurio, y, además, garantizar la protección de los fondos marinos conquistados. No olvidemos que hasta hace poco tiempo estos fondos marinos profundos alrededor de Galicia se utilizaban como vertederos nucleares.

Un proceso científico global liderado por Naciones Unidas

Actualmente los países ejercen la soberanía sobre los recursos naturales de sus mares y océanos hasta las 200 millas marinas medidas desde la línea de costa, en lo que se denomina Zona Económica Exclusiva. Sin embargo, conforme a la
Convención de Naciones Unidas sobre el Derecho del mar (CONVEMAR), cualquier Estado puede ampliar la soberanía sobre sus recursos naturales del fondo y subsuelo marino hasta las 350 millas marinas.

Para ello, cada país ha de presentar los estudios científicos y técnicos que avalen el cumplimiento de las normas ante la Oficina de Asuntos Oceánicos y Derecho del Mar, que se localiza en Nueva York.

El examen científico-técnico de los datos lo realiza la Comisión de Límites de Plataforma Continental de Naciones Unidas (CLPC), formada por 21 científicos internacionales expertos en geología marina.

Vista 3D del margen continental de Galicia.
Somoza et al, 2019, CC BY

Desde el año 2001, se han registrado ante la CLPC un total de 97 propuestas para la ampliación de la plataforma continental en todo el mundo, entre ellas tres de España: una en el mar Céltico-mar Cantábrico en el 2006 (aprobada en el 2009); una segunda en Galicia, registrada en el 2009 (a punto de finalizar su examen) y una tercera al oeste de las islas Canarias, registrada en el año 2014, y en espera para su examen.

En el caso de la propuesta para la ampliación en Canarias, la propuesta de la delimitación y la defensa se realizará atendiendo al calendario que establezca la Comisión. Esta ampliación puede suponer una extensión total del título jurídico de la plataforma continental española en torno a los 296 500 km² .

La ampliación de los fondos marinos de Galicia

España ha presentado dos propuestas de ampliación de la plataforma continental de Galicia. Una primera propuesta al norte, conjuntamente con Francia, Reino Unido e Irlanda para la ampliación del mar Céltico-mar Cantábrico. Fue aprobada por Naciones Unidas en 2009 y supuso la ampliación de los derechos de soberanía sobre el suelo y subsuelo marino de un área de unos 79 000 km², que se delimita entre los cuatro países solicitantes.

La segunda propuesta se registró ante la ONU en el año 2009, y su examen se inició una década después. En 2023 y 2025 se realizaron dos campañas oceanográficas a bordo del buque oceanográfico del CSIC Sarmiento de Gamboa para actualizar los datos presentados en el 2009. Gracias a los datos adicionales adquiridos se han aprobado provisionalmente cerca de 40 000 km². A esta extensión hay que sumar los ya obtenidos en el mar Céltico (entre Galicia e Irlanda), lo que supondrá para España al menos unos 20 000 km² más de ampliación en la zona norte gallega.

Los nuevos recursos marinos y la obligación de protegerlos

La importancia de ganar terreno más allá de las 200 millas náuticas está en la ampliación de los derechos de soberanía para la exploración y explotación de los recursos.

Por un lado, los recursos naturales del suelo y subsuelo como el petróleo, gas e hidratos (hielo con gas encerrado en su estructura molecular), recursos minerales y especies que habitan el fondo marino.

También se permite la explotación de los recursos marinos vivos, que comprenden las especies animales sedentarias, en constante contacto físico con el fondo del mar, o habitantes del subsuelo.

Los depósitos minerales marinos

Entre los recursos de alto interés están los depósitos minerales marinos, formados por la precipitación lenta de óxidos de hierro y manganeso, que tapizan rocas de los montes y bancos submarinos.

Estos depósitos son ricos en elementos como el cobalto, el níquel y el vanadio, lo que los convierte en valiosas fuentes de metales estratégicos para la industria.

En las llanuras abisales que rodean Galicia y Canarias se han encontrado concreciones minerales sólidas, con forma de roca (costras de ferromanganeso y nódulos polimetálicos) que contienen altas concentraciones de metales como manganeso, níquel, cobre y cobalto, así como tierras raras.

Costras de ferromanganeso con altos contenidos en cobalto, telurio y tierras raras muestreadas en el monte submarino Tropic, también conocido como Las Abuelas de las islas Canarias, durante las campañas oceanográficas para la ampliación de la plataforma continental española.
Somoza et al, 2019, CC BY-SA

Su formación es un proceso muy lento debido a la acumulación de capas concéntricas de minerales alrededor de un núcleo. Tienen un gran interés para la minería submarina, ya que estos metales son cruciales para la fabricación de baterías y otras tecnologías para la transición energética.

Entre los recursos energéticos cabe destacar el petróleo, el gas y los potenciales yacimientos de gas hidratado frecuente en los márgenes continentales.

Los residuos nucleares

La ampliación de la plataforma continental por un país conlleva también obligaciones sobre la protección y conservación de sus fondos marinos.

Durante décadas, la industria nuclear europea eliminó sus desechos radiactivos almacenándolos en bidones que terminaron arrojados en la zona abisal atlántica con fondos de más de 5 000 metros, a unos 600 kilómetros de la costa gallega. El buque L’Atalante, del Centro Nacional de Investigación Científica de Francia, encontró alrededor de 2 000 bidones en la zona abisal alrededor de Galicia aunque situados fuera de las 200 millas náuticas de jurisdicción exclusiva.

Aunque no se conoce con exactitud la localización de los vertidos de residuos realizados durante décadas, con la ampliación de la plataforma continental de los fondos marinos de Galicia, posiblemente parte de estas zonas profundas de vertidos pasarán a formar parte del territorio español. Esto requerirá campañas específicas con técnicas oceanográficas de prospección profundas para la localización de más vertidos nucleares dentro de la jurisdicción española.

Galicia ha crecido en recursos, y en derecho a proteger su espacio natural.

The Conversation

Luis Somoza Losada no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Galicia crece 40 000 km² bajo el mar, conquistando terreno usado como vertedero nuclear – https://theconversation.com/galicia-crece-40-000-km-bajo-el-mar-conquistando-terreno-usado-como-vertedero-nuclear-260335

Las brujas en el imaginario feminista: ¿desde cuándo y por qué ahora?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Iris de Benito Mesa, Doctora en Estudios Hispánicos Avanzados , Universitat de València

Espalda de una mujer en Buenos Aires, Argentina, el 8 de marzo de 2024. Carolina Jaramillo/Shutterstcok

Carteles, pancartas, cánticos, consignas… ¡camisetas serigrafiadas, incluso! En los últimos años, el lema “Somos las nietas de las brujas que no pudisteis quemar” se ha convertido en un clásico de las movilizaciones feministas de todo el mundo, especialmente de aquellas producidas en fechas señaladas, tales como el 8M o el 25N.

Pero ¿de dónde viene esa vinculación entre la figura de la bruja y las reivindicaciones feministas y por qué tiene tanta presencia en la actualidad?

El propio lema se presta a una lectura intuitiva de los motivos, pues nos permite realizar algunas inferencias: las brujas fueron mujeres y víctimas de persecución en el pasado, y las mujeres feministas del presente las traen a la memoria colectiva, considerándose sus herederas.

El origen de la identificación

Lo cierto es que ya hace varias décadas desde la primera vez que los sectores feministas se apropiaron de la figura de la bruja con fines reivindicativos y simbólicos.

Miembros de W.I.T.C.H. Boston con pancartas en contra de la manifestación Boston Free Speech organizada por grupos afines a la extrema derecha el 19 de agosto de 2017.
Miembros de W.I.T.C.H. Boston con pancartas en contra de la manifestación Boston Free Speech organizada por grupos afines a la extrema derecha el 19 de agosto de 2017.
GorillaWarfare/Wikimedia Commons, CC BY

A finales de los años sesenta y, especialmente, en el entorno estudiantil estadounidense, aparecieron las primeras muestras del fenómeno que hoy en día denominamos Relectura Feminista de la Caza de Brujas (RFCB). Se formaron los grupos activistas W.I.T.C.H (Women’s International Terrorist Conspiracy From Hell) y aparecieron obras fundacionales de esta corriente, como Brujas, parteras y enfermeras.

Durante décadas, la apropiación de esta figura por parte de los sectores feministas pasó por diversas fases, hasta llegar al punto en que hoy en día se encuentra como corriente crítica.

En sus inicios, los primeros textos tuvieron formatos breves, a modo de panfletos o cuadernos de divulgación que circularon en entornos universitarios. Por ello mismo, carecieron de la profundidad teórica que adquirieron obras posteriores.

Este carácter les valió a las feministas un amplio descrédito por parte de los sectores académicos especialistas en la historia de la caza de brujas. Estos señalaban las incoherencias teóricas y la falta de rigor histórico que habrían conducido a una mistificación presentista de la figura de la bruja.

Se les achacaba haber moldeado interesadamente a la bruja, otorgándole características que favorecían su cooptación como referente simbólico feminista pero incurriendo en un relativo falseamiento histórico. Lo cierto es que, en el debate sobre qué perfil tuvieron realmente las mujeres perseguidas por brujería media toda una escala de grises, y resultaba complejo sintetizarlo en un panfleto estudiantil –que buscaba divulgar determinadas premisas políticas para las que la bruja era un símbolo poderoso– sin incurrir en imprecisiones.

Entre las voces que criticaron esta “mistificación” de la bruja no solo encontramos hombres. De hecho fue una historiadora, Diane Purkiss, quien acuñó el concepto del “Myth of the burning times” o “mito de los tiempos de la quema” para referirse a ese presunto falseamiento histórico en su libro The Witch in History, de 1996.

La cara B

A pesar de todo ello, con el paso de las décadas comenzaron a aparecer trabajos más extensos y complejos que tenían como objeto elaborar una relectura feminista de los estudios sobre la caza de brujas. Manteniendo las convenciones del rigor académico, estos trabajos se proponían elaborar un análisis “a contrapelo” del episodio histórico, colocando la variable de género en primer plano y señalando la especificidad misógina del fenómeno.

Es así como, de forma contemporánea a la crítica de Purkiss, aparece en 1994 el estudio de Anne Barstow, La caza de brujas en Europa: 200 años de terror misógino. Poco tiempo después se publicarían Calibán y la bruja, de Silvia Federici, y Witch Craze: Terror and Fantasy in Baroque Germany, de Lyndal Roper.

Tras varias décadas de flagrante divorcio entre la propaganda de divulgación feminista, por un lado, y la crítica académica, por otro, los estudios históricos empezaban a converger.


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Sin embargo, este presunto divorcio entre ambas líneas, señalado por Purkiss pero también por muchos otros historiadores (en su amplia mayoría varones), continúa constituyendo hoy en día un objeto de reticencia.

Lo cierto es que el uso simbólico, metafórico, de la bruja en contextos reivindicativos continúa entrañando un riesgo de mistificación que incluso algunas autoras feministas siguen señalando.

En ese sentido, Adela Muñoz lanza preguntas retóricas como “¿pudieron realmente permitirse las de épocas pasadas el lujo de vivir al margen de las normas? ¿Pudieron existir en algún lugar, en alguna época anterior al siglo XXI, brujas herederas del espíritu de Lilit?”. Por su parte Pilar Pedraza, más tajante, ha incluido en su Brujas, sapos y aquelarres críticas frontales a determinadas vertientes feministas que han hecho uso de la figura de la bruja, tales como la “brujería wiccana o diánica”.

En cualquier caso, el hecho de que existan voces dispares es un reflejo de la divergencia de posturas que se da, en términos más generales, entre las muchas corrientes feministas que conviven en la actualidad. Su existencia confirma que la RFCB tiene muchas manifestaciones posibles, y que sus debates internos constituyen un motor para la reflexión y el enriquecimiento crítico.

La conclusión requiere, a todas luces, muchos matices. Y aun así, importantes teóricos de la caza de brujas como James Amelang o Cuéllar Alejandro señalan la radical importancia de la perspectiva de género en los estudios de este fenómeno histórico.

Las brujas y el feminismo actual

De lo que no cabe duda es de que la bruja se ha revelado como una figura extraordinariamente potente a la hora de vehicular discursos feministas. Ha llegado a condensar críticas, demandas y reivindicaciones en torno a cuestiones como la violencia machista, el feminicidio, la despenalización del aborto, la violencia médica o la sexualidad, por citar tan solo algunas.

Además, figuras como la de Silvia Federici, historiadora y filósofa italoestadounidense, se han convertido en referentes, por conseguir conjugar la esfera activista con la producción teórica, llegando a alcanzar un público verdaderamente amplio. Su popularidad tiene que ver con su afán por articular sus estudios académicos sobre las brujas con la esfera pública.

Una mujer sostiene un cartel que dice Si vuelve la edad media estoy del lado de las brujas
Manifestación del 8 de marzo en Ciudad de México, 2024.
clicksdemexico/Shutterstock

La última década ha sido testigo de un inusitado auge de los movimientos feministas, que llegaron a alcanzar cotas de movilización insólitas en torno a 2018, con movimientos como #MeToo, #NiUnaMenos o la llamada “marea verde”. Estos acontecimientos sociales han convergido, no en vano, con esa revivificación del emblema de la bruja, que ha visto amplificado su imaginario al calor de los mismos, dando lugar a una infinidad de “aquelarres” que alzan sus voces por los derechos de las mujeres.

En este marco se han producido también movimientos institucionales de recuperación de la memoria histórica de la caza de brujas. Por ejemplo, en 2021, la campaña “No eren bruixes, eren dones” impulsada en Cataluña.

A día de hoy, este “regreso de las brujas” en clave feminista no parece haberse agotado. Estas no solo aparecen en entornos activistas sino que van ganando progresivo protagonismo en la literatura, el cine, las series televisivas y el arte que nos rodean cada día, conjurando un nuevo imaginario del que nos invitan a formar parte. Para conocer el alcance de su hechizo, deberemos seguir observando con atención.


Artículo ganador del I Premio de Comunicación Científica de la Universitat de València en la modalidad de Humanidades.


The Conversation

Iris de Benito Mesa no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Las brujas en el imaginario feminista: ¿desde cuándo y por qué ahora? – https://theconversation.com/las-brujas-en-el-imaginario-feminista-desde-cuando-y-por-que-ahora-260598

Los adolescentes viven inmersos en violencia digital: ¿cómo les afecta?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Uxue Llano-Abasolo, Investigadora en el Departamento de Psicología Evolutiva y de la Educación, Facultad de Educación de Bilbao, Universidad del País Vasco / Euskal Herriko Unibertsitatea

ryna Inshyna/Shutterstock

La percepción de la violencia machista como un problema social está disminuyendo entre los jóvenes: mientras que en 2019 el 82,5 % consideraba que era una cuestión de gran relevancia, en 2023 esta cifra se redujo al 65 %. ¿A qué puede deberse esta bajada tan significativa?

El 70 % de los adolescentes pasan cuatro horas o más al día conectado. Los algoritmos tienden a amplificar mensajes polarizados y desinformativos, en particular aquellos que refuerzan estereotipos o niegan las desigualdades estructurales. Se accede con tanta facilidad a tanto contenido digital, mucho del cual se produce y comparte de manera anónima, que rumores e información sin verificar circulan de manera masiva e inciden en la capacidad empática de quienes los reciben .

Los datos del Informe Juventud en España 2024 revelan que el 23 % de los hombres jóvenes y el 13,2 % de las mujeres de entre 15 y 29 años afirman que la violencia de género es un “invento ideológico”, duplicando prácticamente las cifras registradas en 2019 (11,9 % y 5,7 %, respectivamente).

Y sin embargo, los datos muestran que estos mismos jóvenes están expuestos, son perpetradores y víctimas de nuevas formas de violencia que, aunque no siempre visibles o reconocidas, generan un profundo impacto en su bienestar.

La violencia digital adopta diversas manifestaciones. Entre ellas se incluyen el envío de material íntimo sin consentimiento y la sextorsión (cuando se amenaza o chantajea con difundir imágenes o información de carácter sexual). Pero también las conductas de control en el marco de pareja o expareja, como la vigilancia en redes sociales, el rastreo de ubicación o el acceso indebido a contraseñas. A ello se le suman otras formas de agresión como el ciberacoso y el grooming, práctica mediante la cual un adulto establece contacto virtual con un menor con fines de explotación sexual.

Violencia digital

La evidencia señala que la violencia digital está aumentando: el mismo informe de INJUVE revela que un 47 % de las persones jóvenes han estado expuestas a episodios de violencia en el ámbito digital, mientras que sólo un 9 % reporta haber vivido experiencias similares en la calle.

Estar expuesto a estos contenidos genera una normalización y cierta insensibilidad frente a la violencia: una especie de “violencia persistente de baja intensidad”. En este contexto, puede hablarse de una situación de desamparo digital durante la adolescencia, entendida como la ausencia de mecanismos eficaces de reconocimiento, prevención e intervención frente a las violencias que tienen lugar en entornos digitales.




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Uno de cada diez adolescentes sufre ciberacoso


Para abordar esta situación novedosa y cada vez más frecuente en la etapa adolescente, proponemos el concepto de violencia digital insidiosa. Se trataría de una forma de agresión que actúa de manera progresiva, silenciosa y que, en algunos casos, puede llegar a ser irreversible.

Este vacío de acompañamiento y control (pues la capacidad de los sistemas familiares, escolares y jurídicos es muy limitada para protegerlos) genera un entorno propicio en el que la violencia digital no solo se produce, sino que se naturaliza, se banaliza y se reproduce.

Violencia y consumo de pornografía

La expansión del acceso a internet no solo ha facilitado la aparición de nuevas manifestaciones de violencia, sino que también ha incrementado el consumo de contenido pornográfico. En el mismo informe, el INJUVE muestra que el 70 % de los hombres jóvenes han consumido contenido pornográfico en alguna ocasión frente al 30 % de las mujeres jóvenes.

Dicho contenido, centrado principalmente en los intereses masculinos, está cargado de dominio y violencia, reproduciendo así la estructura patriarcal y confirmando la atribución del carácter pasivo de las mujeres y el activo de los varones.




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El consumo temprano o excesivo de pornografía y su efecto en la salud física y mental del adolescente


La exposición a contenido pornográfico, especialmente en alumnado menor de edad, puede contribuir a una percepción distorsionada de la realidad, dado que con frecuencia en dichos contenidos se diluye tanto el deseo como el consentimiento y se representan como actos sexuales escenas que constituyen agresiones.

En este contexto, diversos estudios han evidenciado una relación significativa entre el consumo de pornografía y la violencia sexual una relación que aumenta cuando el contenido es violento. De hecho, el informe citado de INJUVE afirma que el 32 % de las mujeres jóvenes reconoce haber vivido experiencias sexuales no consentidas, las cuales incluyen situaciones como haber sido forzadas a mantener relaciones, haber tenido encuentros no deseados o haber realizado actos con los que no se sentían seguras.

Estrategias frente a los riesgos digitales

La educación sexual y afectiva es el mejor antídoto para contrarrestar estas tendencias. Se trata de enseñar al alumnado adolescentes cómo se establecen y se mantienen relaciones saludables, libres de violencia y basadas en el consentimiento.

Más allá de la perspectiva biológica de la educación sexual tradicional, incluir aspectos relacionados con la empatía, el cuidado, la responsabilidad afectiva, la intimidad o la asertividad sexual ayudará a potenciar las competencias emocionales de los jóvenes.

En lugar de recurrir a la pornografía como fuente de aprendizaje, podemos fomentar una reflexión crítica sobre su impacto en la comprensión de las relaciones afectivo-sexuales.

La educación sexual y afectiva debería ser considerada una obligación legal. Necesitamos establecer un modelo de intervención fundamentado en la evidencia científica, con manuales de carácter universal y apoyado por profesionales especializados. No solo contribuirá al desarrollo personal del alumnado, sino que también genera beneficios para la sociedad en su conjunto, promoviendo la salud física y mental y la igualdad de género.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. Los adolescentes viven inmersos en violencia digital: ¿cómo les afecta? – https://theconversation.com/los-adolescentes-viven-inmersos-en-violencia-digital-como-les-afecta-260950

Más humedades, menos luz, más ruido y más criminalidad: la precariedad habitacional fomenta la delincuencia

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Jonathan Torres Téllez, Profesor de Derecho Penal y Criminología, Universidad de Sevilla

Rodrigo Pukan/Shutterstock

La vivienda está en el centro del debate público en España. La atención se concentra sobre todo en la creciente dificultad de acceso a una (la edad de emancipación supera los 30 años de media, una de las más alta de Europa).

Sin embargo, el problema de la asequibilidad está invisibilizando otros aspectos de la vivienda que también son importantes para el bienestar de las personas, como su deterioro.

Según Eurostat, en 2020 el 19,7 % de la población española vivía en una vivienda con goteras o humedad (en 2023 este porcentaje se incrementó hasta el 23 %), unos valores superiores a la media europea (13,1 %).

Por su parte, el Instituto Nacional de Estadísticas también señalaba ese mismo año que un 10,8 % consideraba que su vivienda era demasiado oscura y que un 22,1 % tenía problemas de ruido.

Esta precariedad física de la vivienda causa molestias diarias a sus residentes. Pero es que también produce efectos negativos sobre la salud física y mental, según la literatura científica: mayor riesgo de enfermedades, estrés, ansiedad y conflictos interpersonales. Pero ¿y si también aumenta la delincuencia?

Qué ocurre cuando se deteriora el bienestar

La vivienda es un elemento material fundamental para las personas. En ella es donde desarrollamos nuestras vidas, llevamos a cabo los primeros procesos de socialización, ejercemos nuestra autonomía y nos proporciona un refugio que protege tanto nuestra privacidad como nuestra seguridad.

Cuando no reúne unas condiciones mínimas de habitabilidad y no se puede solucionar por falta de recursos económicos, se produce lo que se denomina “privación de vivienda”. Esta situación deteriora el bienestar de las personas e incrementa el riesgo de pobreza y exclusión social, lo que puede afectar a los niveles de criminalidad.

Esto último sucede porque las condiciones precarias de la vivienda son una forma más de desigualdad socioeconómica. Y según la economía del delito, esto favorece la delincuencia. Por un lado, se incrementa la motivación y las potenciales recompensas de los delincuentes al tener menos oportunidades de una vida digna. Por otro, aumenta la tensión social y erosiona los lazos comunitarios, creando controversias sociales que fomentan los actos delictivos.

Entre 2017 y 2020 se produjo un deterioro de las condiciones físicas de la vivienda en España. Esto supuso que la privación severa de vivienda se multiplicase por tres en apenas cuatro años, afectando al 3,4 % de la población total, según Eurostat. Esta evolución coincide justamente con un ligero repunte en la delincuencia en ese mismo periodo, tras cinco años consecutivos de descenso.

A más hacinamiento y falta de luz, más posibilidades de robos

Para examinar esta posible relación hemos analizado datos de 16 comunidades autónomas entre 2013 y 2019 en una investigación reciente, con especial atención a los delitos patrimoniales (robo con fuerza o violencia, hurto, etc.). Las condiciones físicas de la vivienda que tenemos en cuenta parten del indicador de privación de vivienda de Eurostat, que incluye también aspectos relacionados con la asequibilidad de la vivienda y su entorno: hacinamiento, temperatura no adecuada, falta de luz, ruidos y contaminación.

Los resultados que obtenemos muestran asociaciones significativas entre determinadas condiciones de la vivienda y la criminalidad. En particular, la falta de luz y el hacinamiento destacan por su relación positiva con hasta cuatro de las seis categorías delictivas analizadas (robo con violencia, hurtos, robo con fuerza y robo de vehículos).

Una posible explicación es que estas variables apuntan hacia la importancia de que se produzcan situaciones ideales para la comisión de un delito. Es decir, la poca iluminación reduce la visibilidad y la vigilancia, lo que dificulta detectar al delincuente. Y la mayor densidad residencial aumenta el número de potenciales víctimas y reduce el control vecinal, generando un caldo de cultivo para la inseguridad.

Otro dato destacable es la relación positiva entre la asequibilidad de la vivienda y la delincuencia total, especialmente con los delitos patrimoniales. Parece indicar que el problema de acceso a la vivienda en España podría estar afectando a la delincuencia por distintos motivos que requieren más investigación: incremento de la tensión social, entornos vulnerables, retraso de las etapas vitales como la emancipación, etc.

¿Sucede por igual en todas las provincias?

Una de las principales limitaciones del análisis es que se realiza a nivel regional. Esto impide identificar dinámicas a escala local que se producen en barrios o ciudades concretas. Esta limitación debe señalar el camino de las futuras investigaciones.

Si entendemos que la vivienda es un espacio de protección y seguridad, entonces su mejora puede convertirse en una herramienta efectiva para reducir la delincuencia y reforzar la cohesión social. Para ello los ayuntamientos y gobiernos autonómicos son claves mediante actuaciones como la rehabilitación urbanística o facilitar el acceso a una vivienda digna.

The Conversation

Jonathan Torres Téllez no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Más humedades, menos luz, más ruido y más criminalidad: la precariedad habitacional fomenta la delincuencia – https://theconversation.com/mas-humedades-menos-luz-mas-ruido-y-mas-criminalidad-la-precariedad-habitacional-fomenta-la-delincuencia-262190

Cómo hincar los codos de forma más eficiente

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Marta Calderón García, Investigadora en cognición, comportamiento y neurocriminología, Universidad Miguel Hernández

Evgeny Atamanenko/Shutterstock

23:00 en el reloj. Café en mano, apuntes abiertos y la sensación de estar estancado. Repasamos la misma página por cuarta vez… pero ¿realmente estamos aprendiendo? Probablemente no. Más que las horas, importa la calidad del aprendizaje y su consolidación a largo plazo.

Muchas personas aún asocian el estudio eficaz con sesiones ininterrumpidas, pero la ciencia lo desaconseja. El cerebro no está diseñado para absorber grandes cantidades de información de golpe. Necesita pausas, sueño, repeticiones y recuperación activa. ¿Por qué? Porque así funciona la memoria.

Durante el sueño, el cerebro fija lo que se ha aprendido. El hipocampo, clave en la formación de recuerdos, repite internamente la información del día y refuerza las conexiones entre neuronas. El sueño profundo ayuda a recordar conceptos y reduce la interferencia, permitiendo una recuperación más precisa de lo aprendido.

El hipocampo es clave en la formación de recuerdos.
Wikimedia Commons., CC BY

Plasticidad a nuestro favor

Cada vez que se aprende algo nuevo, el cerebro crea nuevas conexiones neuronales: es lo que se conoce como neuroplasticidad. Pero esas conexiones no se mantienen por sí solas. Requieren repetición significativa y recuperación activa para consolidarse. De ahí surgen algunas de las técnicas de estudio más efectivas:

  • Práctica espaciada: distribuir el estudio en el tiempo mejora la retención. En lugar de estudiar cinco horas seguidas, repasar 15 minutos al día durante una semana. Así se combate la curva del olvido, que muestra lo rápido que se olvida lo que no se repasa.

  • Evocación activa: consiste en recordar lo aprendido sin consultar los apuntes. Hacerse preguntas, usar flashcards o explicar en voz alta obliga al cerebro a recuperar la información y fortalecer la memoria.

  • Técnica de Feynman: explicar un concepto como si se contara a un niño. Si no se logra hacerlo sin tecnicismos, probablemente no se ha comprendido del todo. Esta técnica favorece la reorganización mental y la comprensión profunda.

La motivación, el motor que no falla

El rendimiento cognitivo no depende solo del tiempo ni de la técnica utilizada. Factores como las emociones y la motivación influyen profundamente en cuánto y cómo se aprende. Cuando algo interesa o se percibe como relevante, el cerebro libera dopamina, un neurotransmisor vinculado al placer y la recompensa. Esta activación mejora la consolidación de la memoria, sobre todo en el hipocampo y en el sistema límbico –estructuras cerebrales implicadas en la integración de los procesos emocionales y motivacionales con la conducta–.

El sistema límbico (en rojo) integra emociones y conducta.
Wikimedia Commons., CC BY

Esto explica por qué una anécdota divertida se recuerda mejor que una definición abstracta: la emoción actúa como una señal que dice “esto es importante, guárdalo”.

Además, la motivación intrínseca, ese deseo de aprender por interés propio, se asocia con mayor actividad en la corteza prefrontal, zona clave en el pensamiento complejo. Las personas motivadas de forma autónoma tienden a concentrarse más y emplear mejores estrategias. En cambio, cuando la motivación es solo externa (por ejemplo, una calificación), el esfuerzo puede sostenerse a corto plazo, pero es menos probable que lo aprendido se consolide a largo plazo.

Cuándo y cómo

Las diferencias individuales también afectan al aprendizaje. Por ejemplo, el cronotipo –ser más productivo por la mañana o por la noche– influye en el rendimiento. Estudiar durante las horas de mayor energía mental, dormir lo suficiente y tomar descansos adecuados son hábitos que favorecen la consolidación de la memoria.

Además del cuándo, importa el cómo. La dificultad de una asignatura no depende solo de la cantidad de contenido, sino de cómo se procesa esa información. No es igual memorizar una biografía que resolver álgebra vectorial, cada tarea exige distintos recursos mentales.

La carga cognitiva

Aquí entra en juego la teoría de la carga cognitiva, que explica cómo la complejidad de una tarea afecta al aprendizaje. La memoria de trabajo, aquella que procesa la información en tiempo real, tiene una capacidad limitada. Cuando se sobrecarga, cuesta más consolidar lo aprendido.

Esta carga puede ser intrínseca, es decir, la complejidad inherente al contenido. Temas abstractos o técnicos, como las matemáticas, requieren más esfuerzo mental. O puede ser extrínseca: cómo se presenta la información (claridad, estructura). También existe la carga relevante, que es el esfuerzo mental necesario para conectar conocimientos nuevos con lo ya aprendido.

Cuando un tema es especialmente complejo, conviene ajustar las estrategias: dividir la información en partes más pequeñas, usar ejemplos concretos o espaciar el estudio. Esto no solo mejora la comprensión, sino que reduce la sobrecarga mental y fortalece la memoria a largo plazo.

El cerebro necesita su tiempo

Estas estrategias no solo son útiles para los estudiantes. También los docentes pueden aplicarlas para diseñar materiales más claros, espaciar los repasos, fomentar la evocación activa y conectar los contenidos nuevos con los conocimientos previos. El uso de mapas mentales, debates o juegos es una forma efectiva de ayudar al cerebro a aprender mejor.

El cerebro es una herramienta poderosa, pero no aprende bien bajo presión constante ni con métodos ineficaces. Necesita tiempo, desafío, emoción y descanso. Comprender cómo funciona puede transformar la forma en que se enseña y se estudia. Porque no se trata de estudiar más, sino de estudiar mejor.

The Conversation

Marta Calderón García no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Cómo hincar los codos de forma más eficiente – https://theconversation.com/como-hincar-los-codos-de-forma-mas-eficiente-261117

Materiales para aviones inspirados en los esqueletos de los erizos de mar

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Lucía Doyle, Investigadora Postdoctoral MSCA en Materiales de Ingeniería Avanzada, IMDEA MATERIALES

Construir un avión es una tarea que debe pensarse al detalle. Sus materiales deben cumplir exigencias estrictas en cuanto a resistencia mecánica, rendimiento y reducción de peso, además de otras funciones como aislamiento acústico y térmico. Para satisfacer simultáneamente todos esos requerimientos, se ha tendido a la mezcla de materiales, como las estructuras en sándwich o los materiales compuestos.

Hoy en día, hasta el 50 % del volumen de un avión moderno como el 787 Dreamliner o el Airbus A350 está fabricado con materiales compuestos, principalmente polímeros termoestables reforzados con fibra de carbono. Nos referimos a plásticos que son tratados para darles una estructura rígida y permanente que no se ablanda al calentarse, sino que se degrada.

Se trata de materiales ultraligeros que aportan una relación peso-resistencia excelente, cumpliendo con las exigentes demandas de la industria aeronáutica y permitiendo reducir el consumo de combustible y aumentando la eficiencia durante el vuelo.

¿Cómo reciclar los materiales compuestos?

Estos avances tecnológicos traen un gran desafío: el reciclaje de estos materiales compuestos es aún muy limitado. No es solo por su complejidad intrínseca, ya que, al ser termoestables, no pueden fundirse para su reprocesado. También entra en juego la enorme dificultad de separar sus componentes y distintas capas de materiales.

Actualmente, la Asociación Europea de la Industria de Materiales Compuestos (EuCIA, por sus siglas en inglés) estima que entre el 40-70 % de los residuos de estos materiales termina en vertederos o se incinera sin recuperación de energía. Su capacidad actual de reciclaje en la Unión Europea representa apenas el 5 % del total de residuos compuestos generados, incluidos tanto termoestables como termoplásticos. Un termoplástico es un material que, a temperaturas relativamente altas, se vuelve deformable o flexible, se derrite cuando se calienta y se endurece en un estado de transición vítrea cuando se enfría lo suficiente.

En la misma línea, la Asociación Internacional de Transporte Aéreo (IATA) calcula que, en la próxima década, se retirarán más de 11 000 aviones comerciales y de carga. Y cada uno generará toneladas de residuos que, si no se reciclan, también acabarán en vertederos.

Soluciones basadas en un único material

Ante esta problemática, es necesario repensar el diseño de materiales para la aviación y priorizar no solo el rendimiento, sino también la reciclabilidad.

Una estrategia prometedora es el desarrollo de materiales estructurales fabricados con un único material base que cumpla múltiples funciones, lo que simplifica la recuperación al final de su vida útil.

En este contexto, el PEEK (polieter-éter-cetona) se presenta como una alternativa de altas prestaciones, con excelentes propiedades mecánicas, térmicas y químicas. Además, es un termoplástico reciclable y reprocesable.

Este enfoque supone un cambio de paradigma, ya que tradicionalmente en aviación se usan pocos polímeros y la mayoría son termoestables. Aunque resistentes, estos no se pueden reciclar ni reprocesar, lo que representa un desafío ambiental y económico. En cambio, el PEEK puede fundirse y reprocesarse varias veces.

El poder del diseño geométrico

Sin embargo, para que un único material pueda sustituir a las complejas mezclas tradicionales, debe ser capaz de responder a diversas exigencias estructurales y funcionales, como resistencia mecánica, absorción acústica o aislamiento térmico. Es aquí donde cobra protagonismo el diseño microestructural, entendido como la configuración a muy pequeña escala de un material.

Al igual que en grandes estructuras como rascacielos o puentes, donde colocamos vigas estrechas en posiciones clave para soportar grandes cargas, podemos diseñar microestructuras que, pese a ser diminutas, se comportan de manera uniforme, casi como si fueran un material homogéneo.

La geometría condiciona cómo se comporta, frente a cargas, al sonido, etc. Podemos adaptarla a múltiples requerimientos, sin tener que combinar distintas capas de materiales. Esto simplifica la fabricación y, de manera importante, su reciclaje.

La naturaleza como fuente de inspiración

Un tipo muy interesante de geometría son las superficies mínimas triplemente periódicas (TPMS, en sus siglas en inglés). Estas superficies matemáticas presentan curvatura promedia de cero, lo que las hace prometedoras por sus propiedades mecánicas (gracias a su geometría continua no tienen nodos donde se concentren los esfuerzos, que sería una zona de más fácil fallo) y acústicas.

La naturaleza ya utiliza estas geometrías, por ejemplo, en los esqueletos de los erizos de mar o las alas de algunas mariposas.

Existen muchísimas TPMS diferentes. Gracias a un amplio trabajo de estudio y caracterización, hoy contamos con un catálogo extensivo que permite elegir la geometría más adecuada según las cargas mecánicas, requisitos de peso y propiedades acústicas y térmicas.

Además, dado que estas geometrías se describen mediante funciones matemáticas, es posible introducir gradientes de densidad y forma a lo largo de la pieza para optimizar cada punto.

Innovación para la economía circular

En el Instituto IMDEA Materiales de Madrid, estamos trabajando en la combinación de impresión 3D con un proceso novedoso de espumado físico usando CO₂, que crea microporos dentro de la pieza que está siendo impresa. Nuestro objetivo es crear estructuras de PEEK a distintas escalas que mejoran la tenacidad y reducen el peso.

Con esta técnica, podemos superar ciertos requisitos que parecen contradictorios, consiguiendo materiales que son resistentes –no se rompen– y, al mismo tiempo, son ligeros.

Esta estrategia imita la naturaleza. Por ejemplo, elementos como las astas de los ciervos, las conchas de muchos moluscos o nuestros dientes resisten impactos sin romperse, ya que los microporos frenan la propagación de las grietas y absorben mucha energía.

¿Y lo más importante? Al usar solo PEEK y CO₂, al final de la vida útil del material queda únicamente el polímero, lo que facilita un reciclaje limpio y efectivo, sin contaminación.

Para que la aviación avance hacia una economía circular, es clave diseñar materiales pensando en qué haremos con ellos al final de su vida útil. Apostar por soluciones monomaterial como el PEEK y aprovechar el diseño geométrico abre la puerta a estructuras ligeras, funcionales y reciclables. La sostenibilidad, en definitiva, empieza desde el propio diseño.

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El project HipPEEK ha sido financiado por el programma de investigación e innovación Horizon 2020 de Unión Europea, bajo la acción Marie Skłodowska Curie nº 101106955. Las opiniones y puntos de vista expresados solo comprometen a su(s) autor(es) y no reflejan necesariamente los de la Unión Europea o los de la Agencia Ejecutiva Europea de Educación y Cultura (EACEA). Ni la Unión Europea ni la EACEA pueden ser considerados responsables de ellos.

ref. Materiales para aviones inspirados en los esqueletos de los erizos de mar – https://theconversation.com/materiales-para-aviones-inspirados-en-los-esqueletos-de-los-erizos-de-mar-262727

Bouger pour mieux apprendre : Comment lutter contre la sédentarité à l’école

Source: The Conversation – in French – By Boris Cheval, Associate professor, École normale supérieure de Rennes

L’école s’est longtemps construite autour d’une dualité entre le corps et l’esprit. Or l’activité physique bénéficie aux performances cognitives, nous dit la recherche, et la sédentarité a des effets néfastes à long terme sur le bien-être des jeunes. Comment changer la donne dans les établissements ?


Le manque d’activité physique est un facteur majeur de l’explosion mondiale des maladies cardiovasculaires, du diabète et de certains cancers. La sédentarité fragilise aussi la santé mentale et altère le bien-être quotidien des jeunes.

Malgré de solides preuves sur les vertus de l’exercice, les niveaux d’inactivité physique restent alarmants, et augmentent même depuis vingt ans chez les jeunes. Or, l’enfance et l’adolescence ne constituent pas de simples étapes de vie. Ce sont des périodes charnières au cours desquelles se forgent des habitudes de santé pour l’avenir. L’école – espace‑temps commun à presque tous les enfants de la nation – peut être un levier de changement essentiel.

Pourtant, loin de freiner cette tendance, l’école la nourrit. En France, entre le CP et la terminale, si l’on additionne toutes les heures de cours passées assis, nos enfants resteraient l’équivalent d’une année entière vissés sur une chaise, nuitées comprises. Constat d’autant plus marquant qu’il accompagne la baisse régulière de l’activité physique entre 7 ans et 15 ans. À cela s’ajoutent des disparités socioéconomiques et de genre : les petites filles issues de milieux défavorisés payant le plus souvent le prix de ces disparités.

Démystifier l’opposition entre corps et esprit

Une explication possible à l’omniprésence du temps sédentaire à l’école réside dans une croyance tenace, et pourtant infondée, qui oppose les apprentissages du corps à ceux de l’esprit. Le mouvement est ainsi souvent perçu comme un obstacle à l’apprentissage, associé à des comportements d’élèves jugés problématiques : « agités », « turbulents », « qui ne tiennent pas en place ».




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Si les enseignants reconnaissent volontiers l’importance de l’activité physique pour la santé, ils méconnaissent encore souvent ses vertus sur les apprentissages. Pourtant, les travaux de synthèse sont sans équivoque. Pratiquer davantage d’activité physique améliore les fonctions cognitives, la structure et le fonctionnement cérébral, ainsi que les performances académiques.

Dans le contexte scolaire, les synthèses de la littérature montrent qu’une augmentation du temps consacré à l’activité physique se traduit par une amélioration des performances en mathématiques. Fait notable : aucune étude n’a mis en évidence d’effet indésirable de cette augmentation du mouvement à l’école sur les résultats scolaires. Autrement dit, activité physique et réussite académique sont complémentaires, et non concurrentes.

Faire une place au mouvement dans la journée scolaire

S’il est urgent d’agir, comment faire ? Il ne s’agit pas simplement de pointer du doigt les enseignants ni de leur dicter ce qu’ils devraient faire. L’enjeu consiste à leur proposer des pistes concrètes et réalistes pour intégrer davantage du mouvement à l’école.

Pour y parvenir, il semble d’abord nécessaire de transformer la culture scolaire et les représentations de la communauté éducative pour que le mouvement cesse d’être une simple parenthèse et devienne un pilier de chaque établissement.

La généralisation, dès la rentrée 2025, des tests d’aptitude physique dans toutes les classes de sixième pourrait constituer une avancée majeure en valorisant la dimension corporelle de l’enseignement et en renforçant le rôle de l’école dans la promotion de la santé publique. Dans la même logique, intégrer la question du mouvement et de la place du corps dans les critères d’évaluation des établissements scolaires renforcerait la prise de conscience de leur importance et adresserait un signal institutionnel fort.




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Certaines expérimentations menées à l’étranger montrent également la voie au sein des classes. En Australie, la chercheuse Jo Salmon a développé un programme intitulé « Learning Through Moving » (« Apprendre en bougeant »), qui propose une plateforme pour aider les enseignants à intégrer le mouvement dans leurs classes. Ce programme mobilise plusieurs leviers comme des idées de pauses actives pour rompre la sédentarité en classe ou de leçons actives où le mouvement est directement lié aux contenus des apprentissages.

Dans une leçon active de chimie, par exemple, il est proposé d’illustrer les états de la matière en demandant aux élèves de modéliser le comportement des molécules dans les solides, les liquides et les gaz à travers des mouvements dans l’espace.

Au-delà de l’intégration du mouvement en classe, il s’agit aussi de repenser l’école elle-même, pour en faire un environnement propice à l’activité physique.

Un premier levier consiste à transformer les espaces scolaires afin de faire du mouvement l’option par défaut. Des expérimentations émergent déjà dans certains établissements, comme à Bruz (Ille-et-Vilaine), où élèves et personnels du lycée Anita-Conti sont encouragés à rester actifs tout au long de la journée grâce, notamment, à du mobilier actif (vélos-bureaux, bureaux assis-debout, etc.).

« Chalon-sur-Saône : des bureaux-vélos innovants dans une classe de CM 1 » (France 3 Bourgogne, 2018).

C’est dès la conception et la rénovation des écoles, collèges et lycées qu’il faut penser à cette intégration du mouvement, et le site Archiclasse propose des guides et des exemples inspirants.

Un second levier repose sur une réorganisation des temps scolaires, en intégrant dans les emplois du temps des créneaux spécifiquement consacrés au mouvement, comme au lycée d’État Jean-Zay (Paris). Dans un contexte de réflexion sur la refonte des rythmes scolaires, avec la convention citoyenne lancée en juin 2025, il est essentiel de rappeler que le mouvement doit y occuper une place centrale.

L’EPS : pilier essentiel, mais non exclusif dans la promotion du mouvement

L’EPS joue un rôle clé pour intégrer le mouvement à l’école, mais elle ne peut, à elle seule, répondre aux besoins quotidiens des élèves. Les associations sportives des établissements proposent aussi de nombreuses autres opportunités de pratique physique, mais peinent souvent à attirer les élèves qui en sont le plus éloignés.

Pour lutter efficacement contre la sédentarité, engager les élèves dans le mouvement doit devenir un objectif transversal, porté par toute la communauté éducative.

Le succès limité du récent dispositif « Trente minutes d’activité physique quotidienne » (avec 42 % des établissements ayant adopté la mesure), nous rappelle aussi que, si la recherche peut identifier des leviers d’action robustes, ces leviers ne sont pas toujours directement adaptés aux contextes spécifiques dans lesquels les enseignants exercent. En particulier, le nombre d’élèves par classe au sein d’espaces inadaptés constitue un obstacle évident dans la mise en place de tels dispositifs.




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L’enjeu consiste donc à former et à accompagner les enseignants dans la co-construction des interventions. Ce sont eux qui connaissent le mieux leurs élèves, leurs caractéristiques, les contraintes de leur établissement, et qui peuvent proposer les adaptations les plus pertinentes. L’expérience montre que c’est à cette condition que les initiatives peuvent s’ancrer durablement dans les pratiques scolaires et, in fine, produire des changements durables dans les comportements des jeunes.

Maintenir les élèves immobiles pour apprendre relève d’un héritage pédagogique dépassé : corps et esprit sont profondément liés, et le mouvement est essentiel non seulement à la santé, mais aussi aux apprentissages. Dans un monde où notre tendance naturelle au moindre effort est exacerbée par des environnements toujours plus sédentaires – y compris à l’école –, le mouvement doit devenir une priorité éducative.

The Conversation

Boris Cheval a reçu des financements de Rennes Métropole et de l’Union Européenne

Florent Desplanques et Silvio Maltagliati ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Bouger pour mieux apprendre : Comment lutter contre la sédentarité à l’école – https://theconversation.com/bouger-pour-mieux-apprendre-comment-lutter-contre-la-sedentarite-a-lecole-261877

Marché du pétrole : Quand l’Opep parle, le marché écoute

Source: The Conversation – in French – By Valérie Mignon, Professeure en économie, Chercheure à EconomiX-CNRS, Conseiller scientifique au CEPII, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières

C’est bien connu : en économie, la parole compte, qu’il s’agisse d’un PDG de grande entreprise ou d’un responsable de banque centrale. Dire peut avoir un effet sur le réel. Qu’en est-il du marché pétrolier et de l’un de ses acteurs majeurs, l’Opep ? Quel pouvoir les mots des producteurs de pétrole exercent-ils sur les cours du brut ?


Chaque déclaration de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) est scrutée comme une parole d’or. Les pays membres de cette organisation représentent près de 40 % de la production mondiale et la majorité des réserves prouvées de pétrole. Cela fait de cette organisation un acteur incontournable du secteur. Ses annonces peuvent déclencher d’importantes variations des prix du baril, faire évoluer la facture énergétique des ménages et peser sur l’inflation mondiale.

Mais une question persiste : ces communiqués apportent-ils réellement de l’information sur le marché, ou ne sont-ils qu’un exercice de communication diplomatique destiné à préserver l’image de l’organisation ?

Les communiqués passés au crible

Pour répondre à cette question, nous avons mené une étude visant à analyser plus de 260 déclarations publiées par l’Opep entre 2002 et 2021. Dépassant la simple lecture descriptive de ces communiqués, nous avons utilisé des outils d’analyse textuelle (Structural Topic Models) afin de mettre en évidence les grands thèmes récurrents et leur évolution au fil du temps.

Cette approche révèle que les messages de l’Opep sont bien plus riches qu’on ne l’imagine. Certes, ils traitent régulièrement de prix et de quotas, mais ils couvrent aussi des sujets comme la croissance économique mondiale, la stabilité de la demande et les pénuries, la coopération entre pays et, de plus en plus, ces dernières années, la transition et les politiques énergétiques ainsi que le climat.

L’Opep ne se limite donc pas à parler volumes de production et nombre de barils : elle construit de véritables récits qui replacent ses décisions dans un cadre plus large, les reliant à des facteurs fondamentaux comme la demande mondiale, l’offre disponible ou l’incertitude économique.




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Deux thèmes apparaissent comme étant particulièrement cruciaux : la capacité de production disponible et la cohésion entre les pays membres de l’organisation. Le premier est essentiel pour rassurer les marchés sur la possibilité de répondre à la demande. Le second est la clé de voûte de la crédibilité du message : une annonce de l’Opep n’a de portée que si l’organisation parvient à afficher une unité minimale.

Quand la parole apaise les marchés

En croisant ces discours avec des données financières afin d’en mesurer l’effet concret sur les marchés, le constat est frappant : les annonces de l’Opep réduisent la volatilité des prix du pétrole, en particulier sur les contrats à plus long terme.

Lorsqu’elle insiste sur sa capacité à maintenir la stabilité en rassurant sur ses capacités de production ou lorsqu’elle met en avant la coopération entre ses membres, l’organisation parvient à calmer les marchés. Ainsi, même sans toucher aux robinets, l’Opep remplit une des missions principales qu’elle affiche : stabiliser le marché pétrolier.

Tous les acteurs ne réagissent cependant pas de la même manière. Les acteurs physiques – producteurs, raffineurs, industriels – ajustent leurs positions lorsque l’Opep évoque la croissance économique ou la demande. Les investisseurs financiers, eux, sont davantage sensibles aux signaux liés à l’offre et aux politiques énergétiques. Cette différence met en évidence des interprétations de ces communiqués selon les prismes et les intérêts des uns et des autres. Dans tous les cas, un mot revient, apparaissant comme décisif : coopération.

Lorsque l’Opep affiche son unité, sa parole est crédible. En revanche, si des divergences entre pays membres apparaissent, les annonces de l’organisation perdent de leur impact et de leur efficacité.

Une influence renforcée en période de crise

L’effet stabilisateur de la communication de l’Opep est encore plus marqué en période de crise. Lors de la crise financière de 2008 ou de la pandémie de Covid-19, les signaux envoyés par l’organisation ont joué un rôle essentiel pour orienter les anticipations des investisseurs. En période de forte incertitude, les marchés se fient davantage aux annonces publiques ; investisseurs et industriels cherchent, en effet, une boussole, et la parole de l’Opep leur offre un point de repère.

RTL, 2025.

Même lorsque ses décisions de production étaient difficiles à appliquer dans un contexte de désorganisation, l’Opep a pu limiter la panique par le simple poids de ses annonces. Ces épisodes montrent que sa communication constitue un instrument à part entière de gestion des marchés, parfois aussi important que les choix de production eux-mêmes.

Pourquoi cela importe aujourd’hui

Nos recherches montrent ainsi que les communiqués de l’Opep ne sont pas de simples discours politiques. Ils constituent un signal crédible, capable de réduire la volatilité et d’orienter les décisions des investisseurs comme des industriels.

Derrière les mots, l’Opep détient donc une arme puissante, même si elle n’est pas très visible : la capacité de stabiliser les marchés sans produire un seul baril de plus. Ce pouvoir souligne l’importance de sa communication comme instrument de politique énergétique internationale.

À l’heure où la transition énergétique s’accélère et où le prix du brut reste volatil, comprendre les messages de l’Opep est plus que jamais essentiel pour anticiper les mouvements du pétrole et, plus largement, pour saisir les équilibres de l’économie mondiale.

The Conversation

Valérie Mignon est conseiller scientifique au CEPII, membre du Cercle des économistes, présidente de la section 05 (sciences économiques) du CNU et secrétaire générale de l’AFSE.

Marc Joëts ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Marché du pétrole : Quand l’Opep parle, le marché écoute – https://theconversation.com/marche-du-petrole-quand-lopep-parle-le-marche-ecoute-263821

Désastres macroéconomiques : Comment la perception de leur fréquence influence nos décisions financières

Source: The Conversation – in French – By Camille Cornand, Directrice de recherche en économie, CNRS, chercheuse au sein du GATE, Université Lumière Lyon 2

Les désastres économiques, comme la crise du Covid-19, ont-ils un impact sur les comportements d’investissement financier ? Échaudés par une chute extrême des valeurs, les investisseurs sont-ils ensuite moins enclins à investir ? Au cœur de l’analyse se trouve la fréquence perçue des catastrophes macroéconomiques. Plus on les surestime, plus on est prudent en matière d’investissement financier. Mais des parades existent !


Les désastres macroéconomiques sont caractérisés par des baisses profondes et persistantes du produit intérieur brut (PIB), supérieures à 10 % sur une période prolongée. Ils sont le résultat de guerres, de crises financières, de pandémies ou encore de catastrophes climatiques. Bien qu’ils surviennent rarement, ils ont des répercussions majeures sur l’économie mondiale. Des recherches antérieures ont démontré que ces « désastres rares » jouent un rôle important dans la compréhension de l’appétit pour le risque des investisseurs financiers. Cependant, la manière dont les acteurs économiques perçoivent ces désastres reste mal comprise.

Cet article explore la perception de la fréquence des désastres macroéconomiques et comment elle influence les décisions d’investissement financier. Il analyse également la diffusion d’information sur les désastres macroéconomiques passés en se demandant si elle permet aux individus de mieux estimer la fréquence de ces désastres et de les conduire à des décisions d’investissement plus performantes.

D’importants biais cognitifs

La perception des événements rares est sujette à des biais comportementaux du fait, à la fois, de leur rareté dans l’histoire économique et de l’empreinte des événements sur les esprits quand ils surviennent. Ainsi, avant qu’un désastre se produise, les individus ont souvent tendance à sous-estimer la probabilité de ce type d’événement. Mais une fois un événement rare survenu, la perception du risque est souvent exagérée, avec la conviction que de nouveaux désastres sont imminents.




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Ce phénomène peut être expliqué par « le biais de récence », un biais cognitif qui accorde une importance excessive aux événements récents et saillants, comme le montrent les recherches de Tversky et Kahneman.

La crise du Covid-19 et ses répercussions sur l’économie mondiale ont ravivé l’intérêt pour l’étude des désastres macroéconomiques. Non seulement la pandémie a provoqué une chute spectaculaire des marchés financiers, mais elle a également modifié la perception du risque économique et les décisions d’investissement des individus. Selon des études récentes, les personnes qui ont vécu des pertes importantes pendant la crise sanitaire forment ainsi des anticipations plus pessimistes concernant la reprise économique et sont plus enclines à éviter les investissements risqués, ce qui se traduit par une baisse de performance significative de leur épargne.

Surestimation systématique des désastres

Afin de mieux comprendre comment les individus perçoivent la fréquence des désastres macroéconomiques, une étude expérimentale avec des incitations financières a été menée en 2023-2024 auprès de deux groupes de participants en France : 346 experts en finance et 590 personnes non expertes issues de la population générale. L’idée sous-jacente à l’étude de ces deux populations est que les connaissances et la pratique financières pourraient être des déterminants importants des biais dans les perceptions et les décisions financières des individus.

La fréquence historique des désastres macroéconomiques est définie comme le nombre d’épisodes de désastres dans un échantillon historique de plus de 6 000 observations de PIB réel par habitant de 1870 à 2021 sur 42 pays de différentes régions du monde. Cet échantillon est basé sur l’ensemble de données historiques de Barro et Ursua (2008), mis à jour jusqu’en 2021, dans lequel la probabilité d’un épisode de désastre est de 3 % par an.

Les résultats de l’étude ont mis en évidence que les participants surestiment systématiquement la fréquence historique des désastres macroéconomiques. En moyenne, les personnes non expertes ont estimé que la fréquence des désastres macroéconomiques dans l’échantillon de données historiques était de 21,8 %. Même les experts ont surestimé la fréquence des désastres, avec une estimation moyenne de 15 %.

Figure 1 – Estimation moyenne (et intervalle de confiance à 95 %) de la fréquence des désastres macroéconomiques


Graphique réalisé par les auteurs, Fourni par l’auteur

Un sous-investissement dans les actifs financiers risqués

Cette surestimation a eu des conséquences sur les décisions d’investissement des participants. Les participants devaient, dans un second temps, répartir un certain montant entre un actif sans risque, rapportant avec certitude un rendement faible, et un actif risqué, offrant un rendement élevé en l’absence de réalisation d’un désastre macroéconomique et un rendement négatif en cas de désastre. L’occurrence éventuelle d’un désastre était déterminée par un tirage aléatoire calibré sur la fréquence des désastres macroéconomiques dans l’échantillon historique.

Les résultats montrent que la surestimation de la fréquence des désastres macroéconomiques a conduit les participants à sous-investir dans l’actif risqué, réduisant ainsi leurs gains.

Le rôle de la communication

Face à cette surestimation marquée de la fréquence des désastres macroéconomiques par les deux groupes de participants, une question se pose : la communication sur la fréquence réelle de ces événements extrêmes peut-elle remédier à un problème d’information ou aider à corriger des erreurs de jugement et in fine améliorer la prise de décision en matière d’investissement financier ?

Pour répondre à cette question, l’étude a inclus trois traitements informationnels. Le premier d’entre eux a consisté à informer les participants que trois désastres macroéconomiques ont été observés sur 100 données historiques tirées de plus de 6 000 observations de la base de données. Le second a fourni aux participants une information plus précise en indiquant que 30 désastres macroéconomiques ont été observés sur 1 000 données historiques. Le troisième traitement était similaire au premier, mais fournissait en plus aux participants une brève description de trois désastres macroéconomiques spécifiques, récents et saillants : la crise de la dette grecque (2008-2013) et les épisodes de pandémie de COVID-19 au Royaume-Uni et en Espagne (2020).

Ce traitement avait pour but de tester si les individus réagissent différemment lorsqu’ils reçoivent de l’information sur des événements proches dans le temps et géographiquement.

Des perceptions réévaluées

Les résultats ont montré que, effectivement, fournir aux participants de l’information sur la fréquence historique des désastres macroéconomiques leur permet de réévaluer leur perception de cette fréquence dans le bon sens. Après avoir reçu des informations, les experts et les non-experts ont révisé leurs estimations à la baisse, comme en témoignent les deux graphiques ci-dessous. Ils ont, dès lors, alloué une part plus importante de leur investissement à l’actif risqué.

Figure 2 – Comparaison de la réévaluation de la fréquence de désastre macroéconomique selon le traitement informationnel pour la population générale et pour la population d’experts (moyennes et intervalles de confiance à 95 %)


Graphiques réalisés par les auteurs, Fourni par l’auteur

Cependant, si la précision des informations fournies n’a pas eu un impact significatif sur la réévaluation de la fréquence estimée des désastres, et ce, tant pour les experts que pour les non-experts, les informations présentées de manière saillante et concrète ont eu un impact différent pour les non-experts. Ces derniers ont eu tendance à accorder plus de poids aux événements récents mentionnés et ont donc moins diminué leur estimation de la fréquence de désastre macroéconomique après réception de l’information par rapport aux autres cas.

Banque de France, 2021.

Implications pour la communication financière

Les résultats de cette étude ont des implications pratiques importantes en termes de communication financière. La communication sur la fréquence historique des désastres macroéconomiques peut influencer de manière significative les perceptions de ce type de risque extrême et les décisions d’investissement financier qui en découlent.

Fournir des informations quantitatives sur les désastres macroéconomiques peut améliorer leur perception par les investisseurs et réduire le sous-investissement observé dans les actifs risqués, en particulier parmi les non-experts. Cependant, l’impact de cette communication dépend de la manière dont l’information est présentée et du public qu’elle vise. La précision de l’information ne semble ainsi pas être aussi déterminante que la référence à des exemples saillants et récents, notamment pour la population générale.

The Conversation

Camille Cornand a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche.

Brice Corgnet et Pauline Gandré ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Désastres macroéconomiques : Comment la perception de leur fréquence influence nos décisions financières – https://theconversation.com/desastres-macroeconomiques-comment-la-perception-de-leur-frequence-influence-nos-decisions-financieres-263849