De l’urgence de démocratiser l’entreprise

Source: The Conversation – France (in French) – By Dominique Méda, Directrice de l’IRISSO – UMR CNRS 7170, Université Paris Dauphine – PSL

Tout au long du XIXe siècle, l’idée que les travailleurs devraient être associés à la production et à la propriété des instruments de travail a été portée, en vain, par de nombreux réformateurs sociaux. Il faudra attendre la fin du XXe siècle pour que la démocratisation de l’entreprise trouve de nouveau hérauts et devienne une utopie concrète.


Même si, jusqu’au dernier tiers du XIXe siècle, les grandes entreprises intégrées comme les aciéries Schneider ou les compagnies minières sont rares et que la plus grande partie de la production a lieu au sein de chaînes de sous-traitance où les donneurs d’ordre sont les négociants, l’entreprise est considérée comme la propriété de celui qui apporte les capitaux et les matériaux.

Ouvriers et ouvrières, tout comme travailleurs et travailleuses à domicile, sont dans des rapports marchands avec ceux qui leur donnent le travail.

Face au développement de la misère et du paupérisme durant le premier tiers du XIXe siècle, décrit par les Sismondi, Buret, ou Villermé, des voix s’élèvent pour demander une loi sur le travail des enfants. Mais durant le débat à l’Assemblée, en 1840, le député Gay-Lussac affirme que l’établissement est « un sanctuaire qui doit être aussi sacré que la maison paternelle et qui ne peut être violé que dans des circonstances extraordinaires ». La loi de 1841 provoquera malgré tout une première (petite) brèche dans cet édifice.

Participation des ouvriers

Tout au long du XIXe siècle, des auteurs vont lutter contre cette idée et réclamer la participation des ouvriers à la propriété, notamment en prônant l’idée d’association. Pour Pierre-Joseph Proudhon et Louis Blanc, celle-ci s’entend à la fois comme association à la production (et aux bénéfices qui sont retirés de celle-ci) et association à la propriété des instruments de travail. Pour les deux auteurs, le travail et la production sont en effet par essence collectifs et les institutions doivent donc être réformées en ce sens. « Rien ne se ferait sans la participation de tous : ce serait une miniature du gouvernement démocratique, pour lequel la France lutte depuis cinquante ans », écrit Proudhon en 1843.




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Pourtant, après que les journées de juin 1848 ont vu les manifestations ouvrières écrasées dans le sang, rien ne change. En 1893, Jaurès décrit ainsi la situation : « Oui, par le suffrage universel, par la souveraineté nationale, qui trouve son expression définitive et logique dans la République, vous avez fait de tous les citoyens, y compris les salariés, une assemblée de rois […] mais au moment même où le salarié est souverain dans l’ordre politique, il est dans l’ordre économique réduit à une sorte de servage […] Oui ! au moment où il peut chasser les ministres du pouvoir il est, lui, sans garantie aucune et sans lendemain, chassé de l’atelier. Son travail n’est plus qu’une marchandise que les détenteurs du capital acceptent ou refusent à leur gré »

Subordination des salariés

Si la subordination des salariés est reconnue au début du XXe siècle et s’ils obtiennent des droits et une amélioration de leurs conditions de travail, qui vont être rassemblés dans le Code du travail, l’idée que les apporteurs de capitaux sont les propriétaires de l’entreprise n’est pas remise en cause. Dans les années 1970, alors que l’économiste Milton Friedman soutient que la seule responsabilité de l’entreprise est de faire du profit, la théorie de l’agence se diffuse : la mission des dirigeants de l’entreprise est de faire fructifier la valeur de l’entreprise pour les actionnaires. En France, plusieurs rapports tentent de remettre en cause la conception hiérarchique de l’entreprise mais le rapport Bloch-Lainé de 1963 et le rapport Sudreau de 1975 font l’objet de vives oppositions de la part du patronat et ne sont donc suivis d’aucun effet.

À la suite du rapport Notat-Senard de 2018, intitulé L’entreprise, objet d’intérêt collectif, qui visait à reconnaître que l’entreprise n’est pas seulement au service de ses actionnaires mais qu’elle doit être attentive aux enjeux sociaux et environnementaux de son activité, l’article 1833 du code, disposant que « toute société doit avoir un objet licite et être constituée dans l’intérêt commun des associés » a été amendé ainsi : « la société doit être gérée dans son intérêt propre, en considérant les enjeux sociaux et environnementaux de son activité ». Mais peu de choses ont été changées quant à l’organisation de sa gouvernance.

Et pourtant, le juriste Jean-Philippe Robé l’a rappelé à de nombreuses reprises : les actionnaires ne sont pas propriétaires des entreprises ; ils sont propriétaires des actions émises par les sociétés commerciales utilisées pour structurer juridiquement les entreprises. L’entreprise est une organisation qui n’a pas d’existence en droit alors que la société est une personne morale autorisée à fonctionner dans le système juridique en étant propriétaire, en passant des contrats, en étant capable d’ester en justice. Les dirigeants ne sont pas les mandataires des actionnaires ; ils sont des mandataires sociaux – des mandataires de la société elle-même. Enfin, il n’y a aucune obligation juridique de maximiser les profits qui soit prévue par le droit des sociétés. « Pour que la grande entreprise soit possible, il y a eu invention progressive de dispositifs juridiques aux termes desquels les actionnaires sont des contributeurs en capital (sur le marché primaire des actions) ou des preneurs de risques sur le marché secondaire) mais ne sont ni propriétaires des actifs utilisés dans la production des biens ou services produits ou fournis par l’entreprise, ni cocontractants aux contrats avec les divers participants à l’entreprise ».

Valeur pour l’actionnaire et dérégulation

C’est aux États-Unis, dans le haut lieu de la dérégulation et de la théorie de la valeur pour l’actionnaire, que le politiste Robert Dahl va justifier de manière philosophique, en 1985, dans A Preface to economic democracy, la nécessité de démocratiser l’entreprise et l’économie. Dahl commence son ouvrage en rappelant qu’alors que la démocratie est la règle dans l’État – au moins dans les nations les plus avancées – l’autoritarisme prévaut dans l’économie.

La plupart des salariés, sont sous l’autorité de managers qu’ils n’ont pas élus et de règles sur la conception desquelles ils n’ont pas été consultés et n’ont rien eu à dire. Ils sont subordonnés, un rôle qui est en contradiction avec leur statut de citoyen. Dahl pense nécessaire de rétablir la symétrie entre politique et économie en démocratisant le travail.

« Si la démocratie est justifiée pour gouverner l’État alors elle est également justifiée pour gouverner les entreprises. »

Il existe un parallèle absolu entre le citoyen et le salarié. Le salarié est soumis, comme le citoyen, à des règles contraignantes, auxquelles il est obligé d’obéir. Il doit donc participer à la confection de ces règles, avoir une voix.

Fondation nationale pour l’enseignement de la gestion des entreprises (Fnege), 2023.

Un citoyen au travail

Dans les années 2000, ces idées vont être reprises par la sociologue Isabelle Ferreras : les travailleurs, argumente-t-elle, veulent être traités comme des citoyens en toutes circonstances, notamment au travail. Si la nature du travail est politique, c’est parce que l’individu vit le travail « au travers de la grammaire du juste en référence au collectif » : ses attentes sont des attentes de justice.

Avec onze autres collègues, nous avons développé ces idées dans le Manifeste Travail. Démocratiser, démarchandiser, dépolluer. Nous proposons, dans la droite ligne des travaux d’Isabelle Ferreras un profond changement de gouvernement pour l’entreprise. Celle-ci étant composée de deux parties constituantes, il importe que les apporteurs de travail, tout comme les apporteurs de capital, puissent choisir leurs représentants et que ceux-ci, à égalité, prennent les décisions et choisissent le dirigeant, en ayant un droit de veto sur les décisions de l’autre chambre.

Ce bicaméralisme se tient à mi-chemin entre la co-détermination en vigueur dans plusieurs pays européens (comme l’Allemagne ou les pays nordiques) et le coopérativisme où les associés sont en même temps les propriétaires de leur société. La co-détermination, si elle n’est pas la panacée, est corrélée avec un plus grand bien-être des salariés. L’exploitation de l’enquête européenne sur les conditions de travail montre en effet que c’est dans les pays où sont le plus répandues les organisations apprenantes que les salariés disposent le plus d’autonomie et sont le plus consultés, et aussi qu’il y a plus de bien-être au travail et moins d’absentéisme.

Dans notre Manifeste Travail, nous suggérons que la démocratisation des organisations ira de pair avec une plus grande attention portée à l’environnement. C’est également la conclusion du rapport rendu par le Club des juristes en novembre 2024, intitulé « L’entreprise engagée face aux défis du XXIe siècle », qui propose de changer de modèle. Aujourd’hui, écrit Isabelle Kocher,

« la rareté à protéger a changé de nature ; il ne s’agit plus du capital économique, surabondant même s’il n’est pas toujours déployé de la bonne manière, mais du capital humain, social et naturel […] C’est tout un édifice qu’il faut revoir : bâtir un système aussi puissant et cohérent que l’ancien, mais adapté à nos enjeux actuels ».


Cet article fait partie d’un dossier à venir publié par Dauphine Éclairages, le média scientifique en ligne de l’Université Paris Dauphine – PSL.

The Conversation

Dominique Méda est présidente de l’Institut Veblen

ref. De l’urgence de démocratiser l’entreprise – https://theconversation.com/de-lurgence-de-democratiser-lentreprise-264626

« Bloquons tout », « grève générale » : quel rôle politique les grèves ont-elles joué en France depuis la fin du XIXe siècle ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Stéphane Sirot, Professeur d’histoire politique et sociale du XXème siècle, CY Cergy Paris Université

Alors que le mouvement « Bloquons tout » appelle à paralyser le pays le 10 septembre, Jean-Luc Mélenchon appelle à la « grève générale ». Ce concept a joué un rôle majeur dans la rhétorique révolutionnaire du début du XXe siècle aux années 1970. Quel rôle ont joué les grèves dans l’histoire syndicale et politique française ? Quel sens leur donner aujourd’hui ?


Si le recours à la grève n’est pas d’un usage spectaculairement plus marqué en France qu’ailleurs en Europe occidentale, la place qui lui a été attribuée dans l’histoire du mouvement ouvrier français n’en est pas moins singulière. Tout au moins dans la double acception que lui a donné un temps le champ syndical : pratique privilégiée pour améliorer le quotidien, elle est en outre au cœur de l’utopie syndicaliste révolutionnaire. Donc, du dépassement du capitalisme.

Au fil du temps, la centralité de la grève dans les rapports sociaux s’est solidement installée, mais sa fonction utopique a vacillé. À la charnière des XXe-XXIe siècles, à l’instar des formes d’expression de la lutte des classes dont elle est l’une des quintessences, la pratique conflictuelle a même été nettement dévalorisée.

La grève ou le dérèglement de l’ordre dominant par les travailleurs eux-mêmes

Outre sa dimension d’outil de défense des conditions d’existence et d’offensive pour des droits nouveaux, la grève est est une forme primitive d’agglomération du monde ouvrier, dont la montée en puissance précède puis accompagne le développement du syndicalisme.

Lorsque le droit de se regrouper dans des syndicats est accordé en 1884, les conflits du travail, dépénalisés en 1864, ont déjà bien entamé leur processus d’installation au cœur des relations industrielles. Autrement dit, l’action précède l’organisation. Souvent même, tout au long du XIXe siècle, elle la fonde : des syndicats naissent à la faveur d’une confrontation sociale, certains disparaissent rapidement une fois la grève terminée, d’autres perdurent.

Puis lorsque naît la CGT à Limoges en 1895, elle ne tarde pas à se doter d’un corpus de valeurs assis sur l’« autonomie ouvrière » et l’« action directe ». Par ses propres luttes, indépendamment des structures partisanes et des institutions, la classe ouvrière est censée préparer la « double besogne » définie par le fait syndical, soit tout à la fois le combat revendicatif prosaïque du moment et la perspective utopique d’un renversement du capitalisme. Une telle approche octroie à la grève un rôle central et tend à la parer de toutes les vertus.

Elle est envisagée comme une école de la solidarité, par l’entraide matérielle qu’elle induit souvent ou par son processus d’extension interprofessionnelle. Elle est en outre une école de la lutte de la lutte des classes, un « épisode de guerre sociale », comme a pu l’écrire l’un des dirigeants de la CGT d’avant 1914.

C’est la raison pour laquelle, quoi qu’il advienne :

« ses résultats ne peuvent être que favorables à la classe ouvrière au point de vue moral, il y a accroissement de la combativité prolétarienne… ». Et si elle est victorieuse, elle est une forme de reprise collective sur le capitalisme, car elle produit « une diminution des privilèges de la classe exploiteuse… »

Enfin, pensent les syndicalistes révolutionnaires, la grève dans sa version généralisée offre aux ouvriers l’arme qui leur permettra d’atteindre le Graal : la disparition définitive du capitalisme. C’est ce que soutient le seul ouvrage qui, dans le champ militant, décrit par le menu ce processus d’appropriation des moyens de production par les travailleurs eux-mêmes, sous l’égide de leurs syndicats qui entreprennent ensuite d’organiser les lendemains qui chantent.

Cette grève générale à forte intensité politique n’est jamais advenue et n’a jamais donné lieu à un changement radical de société. Mais une telle utopie n’était pas forcément à but prémonitoire. Sa fonction était aussi, et peut-être surtout, de prémunir le mouvement ouvrier contre les sirènes de la cogestion et de l’accompagnement du système en place, projet formé pour lui, dès les dernières décennies du XIXe siècle, par les élites républicaines. Accessoirement, le maintien d’un cap révolutionnaire apparaît propice à nourrir une « grande peur » de l’ordre dominant qui, pour se rassurer, se sent ainsi acculé à faire des concessions.

La grève, de l’éden de la lutte des classes au purgatoire du « dialogue social »

Alors que la Première Guerre mondiale donne le coup de grâce au syndicalisme révolutionnaire, deux grandes approches de la grève prédominent au cours des années de scission de la CGT (1922-1935). Pour la confédération de Léon Jouhaux, la suspension de la production est pour l’essentiel et sans s’en priver, un ultime recours ne devant être actionné que si la négociation est infructueuse. Pour la CGTU, proche du PCF, elle peut être une arme allant au-delà de la seule satisfaction des revendications économiques.

Selon les syndicalistes communistes :

« dans son développement, la grève devient inévitablement une lutte politique mettant aux prises les ouvriers et la trinité : patronale, gouvernementale et réformiste, démontrant la nécessité d’une lutte impitoyable débordant le cadre corporatif ».

Pour autant, dans le discours et l’imaginaire du syndicalisme, la grève n’est plus de la même manière qu’auparavant une pratique susceptible d’œuvrer au principe d’« autonomie ouvrière » ou de provoquer l’accouchement d’une nouvelle société. Elle a perdu sa dimension utopique.

Son usage n’en demeure pas moins alors une arme majeure. Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, le syndicalisme et le monde ouvrier ne sont pas encore pleinement intégrés aux sociétés occidentales ; le processus est certes en route, mais non encore abouti. Bien que se banalisant peu à peu, la négociation collective a du mal à trouver sa place. Les organisations de travailleurs doivent donc s’appuyer sur une culture de lutte, seule ou presque à même de permettre une amélioration du quotidien et de perturber momentanément le système d’exploitation capitaliste.

Par la suite, et jusque dans les années 1960-1970, la grève demeure très présente dans les pratiques syndicales, pour des motifs qui diffèrent là encore sensiblement de ceux des périodes précédentes. Dans le cadre du « compromis fordiste » (l’échange gains de productivité contre pouvoir d’achat) et de l’institutionnalisation du syndicalisme, elle devient avant tout un moyen de gérer les dérèglements du système, de favoriser un partage un peu moins inéquitable des richesses, dans une logique de régulation conflictuelle des rapports sociaux. L’acte de cessation du travail se ritualise, comme l’illustre la pratique exponentielle des journées d’action.

De surcroît, dans le cadre des États sociaux bâtis au cours des Trente glorieuses, la France et le monde occidental connaissent une phase de réformes de progrès qui, en apparence, ne résultent pas systématiquement et à tout moment d’un rapport de force déclaré. Il est permis de penser qu’à terme, cette situation porte en elle une partie des racines de l’essoufflement de la légitimité de la pratique gréviste. Dès lors qu’une amélioration des conditions d’existence paraît devenir possible sous l’action du champ politique ou par des compromis décidés avec les syndicats dans le cadre d’un « dialogue social » appelé à prospérer, une évolution susceptible d’ériger la grève au rang de nuisance ou d’accident à éviter est prête à s’enclencher.

C’est alors que les organisations de salariés et leurs pratiques sont confrontées, entre autres, aux effets de la conjoncture (ralentissement de la croissance, désindustrialisation, précarisation du travail, individualisation des salaires, contre-réformes sociales disloquant les États sociaux, etc.), à la montée en puissance du libéralisme, dont l’un des desseins est de paralyser l’action syndicale, ou encore aux changements de société post-68 (montée de l’individualisme, déclin des grandes utopies politiques, des idéologies, etc.).

Il faut ajouter à cette liste des causes endogènes, celles fabriquées par le syndicalisme lui-même, parmi lesquelles sa distanciation vis-à-vis du champ politique et de son rôle en matière, son impuissance à fabriquer de l’espoir et de l’utopie, ainsi que les contradictions soulevées par son essence de contre-pouvoir institutionnel, tiraillé entre une obligation d’opposition et une profonde inclusion dans la société.

Délégitimation de l’action gréviste

Dans ce contexte, le mouvement syndical du tournant des XXᵉ-XXIᵉ siècles semble s’être significativement replié sur une stratégie de survie. Celle-ci paraît consister à sauver sa légitimité, si nécessaire en s’éloignant de la mise en action du salariat et, au final, en délaissant la manière de penser la rupture avec l’ordre capitaliste.

Depuis trente ou quarante ans, les unes après les autres et à des degrés divers, les grandes confédérations se sont en outre engagées dans une voie nourrissant un doute, voire une forme de délégitimation rhétorique de l’action gréviste.

On peut citer la fameuse phrase du dirigeant de la CFDT, Edmond Maire, comme archétype de la démarche de dévalorisation du rapport de force :

« […] La vieille mythologie selon laquelle l’action syndicale, c’est seulement la grève, cette mythologie a vécu. Le syndicalisme doit l’abandonner. »

Pourtant, le syndicalisme de « dialogue social » sans rapport de force n’a jamais davantage porté ses fruits que celui de confrontation, loin s’en faut. Dans notre pays, les grandes phases historiques de conquêtes sociales majeures résultent de mobilisations syndicales et populaires. Le Front populaire, la Libération, mai-juin 1968 en sont d’éclatantes démonstrations. A contrario, depuis les années 1980, caractérisées par le développement des processus de négociation collective décentralisés et voulus à froid, la restriction du domaine des droits sociaux progresse continûment. Sauf, exceptionnellement, comme en novembre-décembre 1995, lorsqu’un mouvement social déterminé, en l’espèce bloquant et reconductible, parvient à se déployer tout en suscitant des débats de société à même d’établir la jonction entre le contenu des revendications professionnelles et les choix de société qu’elles permettent de mettre au jour.

Au long de son histoire, c’est à la fois par le projet politique utopique dont il était l’initiateur ou le vecteur et par la pratique gréviste dont il faisait un paradigme majeur de son action que le syndicalisme a rassemblé et s’est érigé en force sociale crainte d’un ordre dominant qui, aujourd’hui comme hier, ne concède quasiment jamais rien sans se sentir menacé.


Cet article est extrait de L’autre voie pour l’humanité. Cent intellectuels s’engagent pour un post-capitalisme, ouvrage sous la direction d’André Prone, Paris, Delga, 2018.

The Conversation

Stéphane Sirot ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « Bloquons tout », « grève générale » : quel rôle politique les grèves ont-elles joué en France depuis la fin du XIXe siècle ? – https://theconversation.com/bloquons-tout-greve-generale-quel-role-politique-les-greves-ont-elles-joue-en-france-depuis-la-fin-du-xixe-siecle-264232

Guinée : l’étau politique se resserre avant le référendum sur la nouvelle Constitution

Source: The Conversation – in French – By Vincent Foucher, Chargé de recherche CNRS au laboratoire Les Afriques dans le Monde (LAM), Sciences Po Bordeaux

La suspension de trois partis majeurs, le 22 août 2025, marque une nouvelle étape dans la fermeture du jeu politique en Guinée. Le référendum constitutionnel prévu le 21 septembre prochain pourrait ouvrir la voie à la candidature du chef de la junte, le général Mamadi Doumbouya. Le chercheur Vincent Foucher, auteur de plusieurs articles sur la politique guinéenne, explique, face à ce verrouillage, la contestation risque de ne trouver d’issue qu’au sein même de l’armée. Il répond aux questions de The Conversation Africa.


Que révèle la suspension de trois principaux partis d’opposition sur l’état du pluralisme en Guinée ?

Il s’agit là d’une étape de plus dans la fermeture du champ politique entamée dès le coup d’État de septembre 2021 qui a vu la junte du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) renverser le président Alpha Condé. Le CNRD a prolongé depuis la période de « transition », et semble préparer l’élection du chef de la junte, le (récent) général d’armée Mamadi Doumbouya.

Ceci se produit alors même que la junte s’était engagée à rendre le pouvoir aux civils, et à le faire rapidement.

Depuis 2021, le CNRD a joué la montre, retardant les évolutions institutionnelles promises juste après le coup d’Etat, et notamment la rédaction d’une nouvelle Constitution et la réforme du dispositif électoral.

Le temps ainsi gagné a permis une fermeture de plus en plus stricte du champ politique, plus étroite encore que celle opérée par le régime du président Condé (2010-2021) que la junte avait renversé. Ce n’est d’ailleurs pas une surprise. La junte est composée d’un petit groupe de militaires issus du régime Condé, qui n’ont fait qu’intensifier les méthodes de leur ancien chef.

La junte avait ainsi commencé par utiliser la justice pour neutraliser certaines figures influentes du parti de Condé. Elle s’inquiétait sans doute que ces personnages disposent encore de ressources matérielles et de réseaux leur permettant de préparer un contre-coup.

Avec les partis d’opposition et avec le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), une coalition de la société civile qui avait mené la lutte contre le tournant autoritaire de Condé, la junte avait d’abord eu une attitude ouverte. Elle avait même obtenu un temps leur soutien, utile face à une communauté internationale prudente. Mais la rupture était survenue assez rapidement, quand il était apparu que la junte comptait gouverner avec ses hommes à elle, en ne faisant que peu de place aux partis politiques ou au FNDC.




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Quand le FNDC et les partis (y compris le Rassemblement du peuple de Guinée, le parti d’Alpha Condé, maintenant dans l’opposition) ont commencé à mobiliser contre le CNRD, les militaires se sont employés à les neutraliser. Ils ont combiné répression des manifestations et poursuites judiciaires contre les principaux leaders d’opposition, qui ont préféré s’exiler.

Deux animateurs du FNDC ont disparu depuis leur arrestation non officielle en juillet 2024, et beaucoup d’observateurs les pensent morts en détention, peut-être sous la torture.

Mais l’arsenal employé est varié et inclut des outils moins brutaux. Ainsi, en 2024, le CNRD avait suscité une « mission d’évaluation des partis politiques » visant à « assainir l’échiquier politique », au terme de laquelle des dizaines de petits partis politiques avaient été dissous. C’était une autre manière, au nom de la loi et de la bonne organisation de l’espace politique, de décourager les velléités d’opposition.

C’est au nom de cette même logique que trois partis d’opposition (deux des trois sont des partis majeurs, à savoir le RPG et l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) ont été suspendus pour trois mois, juste avant le référendum. Relevons cette combinaison savante entre brutalité spectaculaire occasionnelle et manipulation de la rhétorique et des formes de la « réforme ».

Quels risques politiques ou sécuritaires voyez-vous autour du référendum annoncé ?

À dire vrai, le niveau de verrouillage semble tel qu’on a du mal à imaginer que le CNRD puisse ne pas parvenir à ses fins pour le moment. Il s’agit pour lui de faire approuver, par un référendum prévu le 21 septembre prochain, la nouvelle constitution, qui autorisera le général Doumbouya à se porter candidat à la prochaine élection présidentielle (encore non fixée).

Rappelons qu’Alpha Condé avait fait la même chose, en faisant passer par référendum une nouvelle Constitution (il souhaitait alors s’autoriser un troisième mandat), et qu’il avait réussi à organiser une élection qu’il avait remportée. Aujourd’hui, Doumbouya est dans une situation plus favorable, il exerce une pression plus forte que Condé dans la sphère publique et la plupart des principaux opposants sont en exil. Il est donc bien placé pour s’imposer, au moins à court terme.

Il bénéficie en effet d’un véritable alignement des planètes : l’État guinéen dispose de ressources plus importantes grâce à la mise en œuvre récente d’un immense projet minier, et les pouvoirs militaires ont retrouvé une certaine légitimité en Afrique. Les régulations politiques internationales et sous-régionales sont affaiblies, tandis que la France, qui ne veut pas se fâcher avec un régime ouest-africain de plus, se fait particulièrement discrète.




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Quelles issues de sortie de crise restent possibles dans ce contexte tendu ?

En Guinée, depuis l’indépendance jusqu’à maintenant, les alternances n’ont été possibles que par la mort naturelle du président ou par la violence – les deux premiers présidents, Sékou Touré (1958-1984) puis Lansana Conté (1984-2008), sont restés au pouvoir un quart de siècle chacun, jusqu’à leur mort (de maladie). Le capitaine Moussa Dadis Camara, qui avait succédé à Conté fin 2008, n’a quitté le pouvoir que parce qu’il a été gravement blessé par un de ses subordonnés fin 2009. Et Alpha Condé, on l’a vu, a été renversé par un coup d’Etat en 2021.

Le pouvoir ne semble donc pas se transmettre volontairement et pacifiquement en Guinée… Il y a des raisons à cela : une fois qu’un chef d’Etat est en place, il bénéficie d’un Etat assez résilient, arc-bouté sur ses ressources minières, et qui joue de la carotte et du bâton sans hésiter. Face à lui, une population appauvrie, dépendante, et aussi divisée par des clivages ethnorégionaux utilisés par certains acteurs politiques.

Il est très difficile de mobiliser largement contre le régime en place – le FNDC avait su le faire avec brio contre Condé, mais sans vraiment l’emporter : c’est bien le coup d’Etat de Doumbouya qui avait finalement fait tomber Condé.

À regarder l’histoire de la Guinée et malgré le courage des Forces vives de Guinée, une nouvelle itération du FNDC qui tente de mobiliser contre la junte, il est à craindre que le changement, s’il se produit, ne puisse venir que du sein même du régime, et plus précisément des forces armées elles-mêmes.

Certains incidents, ces dernières années, témoignent de l’inquiétude de Doumbouya sur ce point. Mais il a pris des dispositions pour se protéger, purgeant certains chefs militaires soupçonnés de manque de loyauté et renforçant considérablement les capacités de son corps d’origine, les forces spéciales, ainsi que de la gendarmerie, tout en prenant soin des conditions de vie de l’ensemble des militaires. Là encore, la carotte et le bâton.




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Les pays de la région et les organisations sous-régionales peuvent-ils jouer un rôle ?

À partir de la prise de pouvoir de Moussa Dadis Camara en 2008, et notamment à la suite du massacre d’opposants perpétré par ses hommes le 28 septembre 2009, il y avait eu une grosse implication internationale en Guinée : la Communauté économique des États ouest-africains (Cedeao) bien sûr, mais aussi les Nations-unies, l’Union européenne, la Francophonie, les Etats-unis, la France, tous s’étaient impliqués pour faciliter le retour à un régime civil…

Le problème est que cet effort international a abouti à la mise en place du régime peu convaincant d’Alpha Condé. La crédibilité et le levier des acteurs internationaux sont donc faibles en Guinée aujourd’hui, même si l’opposition et les Forces vives de Guinée n’ont guère d’autre choix que de leur faire appel, encore maintenant.

De plus, au-delà des logiques purement guinéennes, avec les différents coups d’Etat qui ont secoué l’Afrique subsaharienne ces dernières années et la rhétorique souverainiste proliférante qui les a accompagnés, l’Occident et les organisations internationales gouvernementales et non-gouvernementales ont vu leur influence s’affaiblir.

Par ailleurs, pour ce qui concerne les autres chefs d’Etat de la région ouest-africaine, certains n’ont pas été mécontents de voir tomber Alpha Condé, un partenaire compliqué. Et puis, beaucoup de régimes ouest-africains ont une légitimité démocratique également discutable (certains s’apprêtent d’ailleurs eux-mêmes à des manipulations constitutionnelles diverses). Donc ils sont mal placés pour faire la leçon.

Quant au Nigeria, la super-puissance de la région, et qui a par le passé joué un rôle important à travers l’Afrique de l’Ouest, il semble tourné vers ses graves problèmes internes.




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The Conversation

Vincent Foucher does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Guinée : l’étau politique se resserre avant le référendum sur la nouvelle Constitution – https://theconversation.com/guinee-letau-politique-se-resserre-avant-le-referendum-sur-la-nouvelle-constitution-264627

Joseph Kabila jugé pour trahison en RDC : sur quoi repose le dossier contre l’ancien président ?

Source: The Conversation – in French – By Jonathan Beloff, Postdoctoral Research Associate, King’s College London

Le tribunal militaire congolais a accusé l’ancien président Joseph Kabila de trahison, de corruption, de crimes de guerre et de soutien au groupe rebelle du Mouvement du 23 mars (M23). Au cours du procès qui a débuté en juillet 2025, des arguments ont été avancés en faveur de la peine de mort contre Kabila, qui a été au pouvoir de 2001 à 2019. Le procès se déroule en l’absence de Kabila, car la menace d’une arrestation l’a conduit à l’exil. Pourtant, Kabila avait combattu la première rébellion du M23 en 2012-2013. Il avait aussi affronté son prédécesseur, le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), actif contre le gouvernement congolais entre 2006 et 2009. Jonathan R. Beloff, spécialiste de la politique congolaise depuis plus de dix ans, analyse ici les enjeux de ce procès.


Quel est le parcours politique de Joseph Kabila ?

Joseph Kabila devient président de la République démocratique du Congo (RDC) le 26 janvier 2001 après l’assassinat de son père, Laurent-Désiré. Il était alors âgé de 29 ans.

Auparavant, pendant la première guerre du Congo (1996-1997), il a servi dans l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo, qui visait à renverser le dictateur zaïrois Joseph Mobutu. Ce conflit, qualifié par l’historien Gérard Prunier de « guerre mondiale africaine », impliquait plusieurs pays voisins comme l’Angola, le Burundi, l’Ouganda et le Rwanda.

Un nombre important de soldats et de commandants de l’alliance étaient rwandais. Une grande partie de la guerre a été menée par le général rwandais James Kabarebe qui est devenu une figure paternelle de facto pour Kabila. Il lui a enseigné la stratégie militaire, la tactique et la politique.

La rupture des relations entre le Rwanda et la RDC en 1998 a conduit à la sanglante deuxième guerre du Congo (1998-2003). Elle a opposé l’Ouganda, le Rwanda et, dans une moindre mesure, le Burundi, qui ont combattu la RDC et ses alliés, tels que l’Angola et le Zimbabwe. La guerre a été principalement menée par des rebelles issus de ces pays qui avaient des intérêts divergents. Au cours de cette période, Kabila est devenu chef d’état-major adjoint de l’armée congolaise.

Devenu président, il a réussi à pousser le Rwanda et l’Ouganda à négocier. Des accords de paix ont été signés en 2002.

Dans l’ensemble, son mandat présidentiel a été entaché par la persécution de ses rivaux politiques et par la corruption. De nombreuses forces rebelles sont restées actives dans l’est instable du pays.

De plus, malgré la limitation imposée par la Constitution de la RDC, Kabila a prolongé son mandat présidentiel — restant en fonction au-delà de ses deux mandats de cinq ans — grâce à une décision de la Cour constitutionnelle justifiée par le principe de continuité de l’État, dans l’attente de la tenue des élections prévues. Il n’a finalement quitté le pouvoir qu’en 2019. Un accord politique lui a permis de transmettre le pouvoir à Félix Tshisekedi.

Qu’est-il advenu de Kabila depuis lors ?

Les relations entre Joseph Kabila et son successeur Félix Tshisekedi se sont vite détériorées.

Depuis qu’il a quitté le pouvoir, l’ancien président fait l’objet d’accusations de corruption de plus en plus nombreuses. De plus, en 2021, de nombreux partisans de Kabila au sein du gouvernement et de l’armée ont été écartés.

Les relations entre les deux hommes se sont encore dégradées en 2023 lorsque Kabila a critiqué la manière dont Tshisekedi gérait la campagne violente du M23 dans l’est de la RDC. Kabila a également critiqué le recours par Tshisekedi à des milices incontrôlées, les Wazalendo, qui n’ont pas réussi à combattre le M23.

Kabila s’est exilé, apparemment en Afrique du Sud et dans d’autres pays africains, cette année-là. Il est revenu à Goma, le centre régional de l’est de la RDC, en mai 2025, où il a rencontré les dirigeants du M23.

Le gouvernement congolais a utilisé ce déplacement pour lancer des poursuites contre lui. Le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), qui représentait ses intérêts au Parlement, a été suspendu. Peu après, le Sénat a levé son immunité, ouvrant la voie à un procès.

Pourquoi l’affaire contre Kabila est-elle jugée par un tribunal militaire ?

Joseph Kabila n’occupe plus aucune fonction officielle depuis janvier 2019 (il a occupé pour la dernière fois les fonctions de président et de général de division), ni dans l’armée ni en politique. Mais son passé de militaire justifie, selon la justice, le recours à un tribunal militaire.

De plus, l’affaire est jugée par un tribunal militaire car Kabila est accusé d’avoir commis un acte de trahison en rencontrant une force militaire ennemie, le M23. Après cette rencontre, ses biens ont été saisis par l’État.

Bien que ce ne soit pas l’accusation la plus grave, Kabila est également accusé de corruption massive pendant ses 18 années de présidence. En outre, il est tenu pour responsable de décisions militaires passées qui ont conduit à des crimes de guerre, des meurtres et des viols pendant et après la deuxième guerre du Congo (1998-2003) .

Quelles sont les implications pour le processus de paix en RDC ?

En juin 2025, le Rwanda et la RDC ont signé un accord de paix à l’issue de négociations menées par le Qatar et les États-Unis.

En apparence, ce traité peut stabiliser la région et ouvrir la voie au développement. Cependant, pour Tshisekedi, il s’agit d’un terrain miné de risques politiques.

Depuis le retour du M23 en 2021, le président a toujours accusé Kigali ainsi que les communautés banyarwanda et banyamulenge de l’est du Congo, d’être liées aux rebelles.

Depuis la résurgence du M23 en novembre 2021, Tshisekedi a accusé le Rwanda, ainsi que les Banyarwanda et les Banyamulenge – des populations d’origine rwandaise résidant historiquement dans l’est de la RDC – d’être responsables du retour de ce groupe rebelle.

Le nouvel accord de paix complique considérablement les relations de Tshisekedi avec ses principaux alliés politiques et ministres. S’il donne l’impression de céder aux pressions du Rwanda, il risque de perdre le soutien de ses alliés et de compromettre sa réélection.

Ainsi, de mon point de vue, et au regard de mes recherches sur l’instabilité congolaise, Tshisekedi avait besoin de trouver une diversion politique derrière laquelle ses partisans puissent se rallier. Le retour de Kabila à Goma et ses liens avec le M23 lui en ont fourni cette occasion. Le procès permet au président de montrer sa détermination à lutter contre les rebelles du M23, alors même que l’armée congolaise peine à freiner leurs avancées. Ce procès est aussi une manière pour Tshisekedi d’affirmer son autorité face à l’opposition.

Cependant, Tshisekedi doit rester prudent face aux conséquences possibles de cette affaire. Les derniers fidèles de Kabila pourraient se montrer plus déterminés à lui résister. La plupart ont été écartés, mais certains sont encore présents.

The Conversation

Jonathan Beloff does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Joseph Kabila jugé pour trahison en RDC : sur quoi repose le dossier contre l’ancien président ? – https://theconversation.com/joseph-kabila-juge-pour-trahison-en-rdc-sur-quoi-repose-le-dossier-contre-lancien-president-264809

How international aid cuts are eroding refugee protections in the Global South

Source: The Conversation – Canada – By Tanya Basok, Professor, Sociology, University of Windsor

Cuts to humanitarian aid by the United States government under Donald Trump are triggering a global dismantling of humanitarian infrastructure, which is severely undermining asylum systems.

These cuts are occurring alongside the current rise of a “post-humanitarian” approach to the U.S. border characterized by militarization, deterrence and deportation that is quickly replacing protection and care for those in need.

Many asylum-seekers have seen their lives plunged into turmoil by Trump’s policies, in particular the cancellation of all appointments for presenting asylum claims at ports of entry, the removal of temporary protection status for nationals of many countries (including Honduras, Nicaragua and Venezuela) and the deportations of asylum-seekers, regardless of their country of origin. Asylum-seeked have been deported to countries that include Costa Rica, Panama, El Salvador, Eswatini, Libya and South Sudan.




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At the same time, the U.S. administration has also weakened the capacity of many countries in the Global South to provide protection to asylum-seekers by suspending funds for foreign aid first announced in January 2025 and reaffirmed in August 2025.

The vital role of the UNHCR

Cutting funds to the United Nations refugee agency, known as the UNHCR, has harmed many asylum-seekers.

The UNHCR says that by June 2025, it had to reduce its global staffing costs by 30 per cent via downsizing or closing offices and eliminating 3,500 permanent staff posts and hundreds of temporary staff positions.

The agency warned that the budget cuts weaken the health of 12.8 million displaced people, including 6.3 million children. These people depend on the UNHCR for access to various aid involving primary health and mental health care, nutrition programs, prenatal care, gender-based violence programs, sexual and reproductive health care for women and girls and HIV and TB testing and treatment in countries such as Bangladesh, The Democratic Republic of Congo, Burundi, Mozambique, Ethiopia, Egypt and Jordan.

Other international organizations, such as UNICEF, the International Organization for Migration and the Red Cross, have also lost international funds and had to withdraw their support to asylum-seekers.

International co-operation is one of the core principles of the 1951 UN Refugee Convention. By providing funding, channelled mainly through UNHCR to countries of the Global South, northern states ensure that the responsibility for refugee protection does not fall disproportionately on poorer states.

Our research

Over the years, we have conducted research on UNHCR aid and humanitarian support provided by other international organizations at refugee camps in countries that include Namibia and Uganda. We’ve also examined aid in Turkish cities.

We have documented the vital role the UNHCR has played in supporting refugees in Costa Rica, Cyprus and Mexico, and third-country resettlement from Turkey to northern countries.

But we’ve also shown that some of the UNHCR’s initiatives in collaboration with northern states can keep refugees in the Global South for long periods of time, which, in turn, can violate their human rights.

Nonetheless, we recognize that without UNHCR support, many refugees would be deprived of crucial forms of protection and resources needed to successfully migrate.

The UNHCR has been dealt a severe blow by recent developments. By early May 2024 in Costa Rica, for instance, the UNHCR budget had been cut by 41 per cent, reducing the capacity of the state refugee agency by 77 per cent.

Such a reduction resulted in considerable delays in documenting asylum-seekers and granting them access to health care, the labour market and education.

The impact on community organizations

The budget cuts have not only weakened state systems and international agencies, but have also severely undermined the ability of civil society organizations to provide aid to asylum seekers and migrants, as we have learned through our research.

In Costa Rica in January 2025, for example, Casa Esperanza — a front-line shelter for migrants in transit at the northern border — was forced to close after losing international funding, leaving hundreds without a safe place to stay and receive assistance.

In Mexico, the non-profit feminist organization Fondo Semillas has warned of a serious financing crisis, with migrant-serving organizations hit especially hard.

Some organizations have lost more than half of their capacity when key donors withdrew, jeopardizing food distribution, shelter and legal aid for migrants. A director of a migrant shelter we interviewed in Mexico City told us that two-thirds of roughly 50 migrant organizations were expected to close after the cuts.

These losses not only dismantle critical services but also weaken the capacity of these organizations to advocate for the rights of asylum-seekers and migrants.

Today, Global South countries are pressured to shoulder an ever-growing share of asylum hosting, but without adequate financial support. The loss of donor support for international organizations, such as the UNHCR, has in turn crippled many other community groups and non-governmental aid organizations that assist asylum-seekers.

Building communities

One immediate way forward is to locate new sources of funding for these and other aid organizations. Another solution is to foster stronger commitments toward building communities among concerned citizens, migrants, workers, volunteers, activists, artists, and others representing diverse ethnic, national, socioeconomic, religious and gender-based groups.

As we have witnessed elsewhere, building these communities often requires voluntary labour and, where possible, donations from local residents. The communities support the everyday lives of asylum-seekers and other displaced people seeking protection by enhancing their friendship circles, networks, education, language and training skills, and can ultimately help improve their precarious status.




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These communities may initially form locally but have regional, national or transnational reach.

Furthermore, in an increasingly polarizing world, expanded forms of solidarity among activists and others who support migrants are needed to fight against the rising xenophobia and racism that are shaping the current crisis.

Fostering solidarity through community building can help mitigate social and political divisions among migrants struggling with precarity, isolation and exploitation. It can also strengthen inclusive dialogue, assist in bolstering democratic values and build a more socially just future.

Canada’s role

In light of the U.S. retreat from humanitarian leadership, countries like Canada must assume a more prominent role in sustaining global protection systems.

Canada’s recent multi-year funding to UNHCR and its commitment to refugee resettlement signal a willingness to lead.

But further steps are needed: Canada could expand its support to grassroots organizations in the Global South, simplify access to funding for smaller aid organizations and use its G7 presidency to rally international partners around a renewed commitment to refugee protection.

The Conversation

Tanya Basok receives funding from Social Science and Humanities Research Council of Canada

Guillermo Candiz receives funding from Social Sciences and Humanities Research Council.

Suzan Ilcan receives funding from the Social Sciences and Humanities Research Council of Canada.

ref. How international aid cuts are eroding refugee protections in the Global South – https://theconversation.com/how-international-aid-cuts-are-eroding-refugee-protections-in-the-global-south-264560

Gender equality is the goal, but how to get there? Case study of South Africa and Australia shows that context matters

Source: The Conversation – Africa (2) – By Roula Inglesi-Lotz, Professor of Economics, University of Pretoria

It will take an estimated 131 years for the world to achieve gender parity, defined as equal access, opportunities and outcomes for women and men across economic, political, educational and health dimensions. That’s according to the World Economic Forum’s Global Gender Gap Report 2023.

Most of us alive today will never see it happen.

Gender parity matters because women make up more than half of the world’s population, and excluding them from full participation has economic and social costs. Closing the gap is not only a matter of fairness. It’s a condition for sustained growth, innovation and societal wellbeing.

The slow pace of progress raises a question about what more needs to be done. Are countries pursuing the right kind of policies? It’s tempting to look for “best practices” and replicate them. But a closer look at how different nations approach gender equality shows there is no universal path.

Our research team of economists examined how different countries design gender equality policies. In our paper, we set out to compare South Africa and Australia to understand how context shapes approaches.

The two countries have very different histories, economies and institutions. Nevertheless, both aspire to gender equality.

We found that South Africa represents an equity-based approach, rooted in redress after apartheid. Australia has an equality-focused strategy that emphasises workplace reforms, reporting and institutional mechanisms. Equality can be defined as access to the same rights, freedoms, and opportunities for each citizens. Equity refers to providing social justice by assisting the most disadvantaged members of society. Equality implies treating all individuals similarly while equity involves differentiated treatment.

Our analysis shows why context matters more than copying models. What works in one place may not translate elsewhere. Importing Australia’s corporate gender strategies into South Africa without tackling issues that matter most in the country would miss the core issue.

Similarly, Australia does not need South Africa’s equity-based affirmative action framework in the same way. Instead, Australia aims to dismantle persistent gender inequalities in pay, workforce participation and leadership representation.

The better approach is to share lessons rather than adapt strategies. South Africa can learn from Australia’s corporate and fiscal gender mainstreaming. Australia can take note of South Africa’s insistence that equity requires actively putting things right when past discrimination lingers.

South Africa’s equity-based path

South Africa’s gender policies are deeply connected to its post-apartheid transformation. This sought to dismantle the structures of racial segregation and inequality.

Apartheid not only excluded the majority population from political, social and economic participation, it also compounded gender inequalities. Black women in particular faced a “double exclusion,” denied rights and opportunities both as Black citizens and as women.

After the first democratic elections in 1994 gender measures were therefore framed as part of the broader project of redress, seeking to dismantle these intersecting structures of racial and gender disadvantage.

With this history of exclusion and structural injustice, the country had to focus on equity and redress.

South Africa has prioritised laws and frameworks addressing gender-based violence and reproductive rights. It has also introduced employment equity legislation, gender-sensitive budgeting initiatives, and affirmative action measures to improve women’s representation in the workplace and politics.

The approach recognises that simply treating everyone “equally” on paper is not enough in a society historically hurt by systemic discrimination.

Yet progress across these areas – from reproductive rights and workplace participation to tackling gender-based violence – has been uneven.

South Africa continues to face very high unemployment, deep income inequality and persistent workplace discrimination on both racial and gender grounds.

The Gender Social Norms Index (2023) found that 97.3% of South Africans hold at least one gender bias. For example, many respondents agreed with statements such as “men make better political leaders than women” or “men have more right to jobs when jobs are scarce”.

This is among the highest rates globally. It shows how policy targets often are not in synch with cultural and social norms.

Australia’s equality-oriented path

Australia pursued a more institutional and corporate-focused route. Its stable liberal democracy and high-income economy provided the foundation for a series of workplace equality reforms. Beginning in the 1980s it introduced successive laws, including the Sex Discrimination Act and, later, the Workplace Gender Equality Act.

This focus stemmed from long-standing advocacy for women’s workplace rights and recognition that gender gaps in pay and leadership positions persisted despite overall prosperity.

Such workplace reforms are not absent in South Africa. But in Australia they have been at the centre of the strategy, supported by strong corporate governance structures and economic stability.

Australia has also used fiscal tools. It reintroduced the Women’s Budget Statement in 2013 after it was discontinued in the mid-1990s. It requires government budgets to assess how spending and tax measures affect women differently. This ensures that economic policy is evaluated through a gender lens.

A Women’s Economic Equality Taskforce was also set up in 2022 to advise the government. This approach prioritises equality in participation and opportunity, ensuring women have the same access to jobs, pay and leadership roles.

The results show measurable progress. Australia improved its position in the Global Gender Gap Index, ranking 13th in 2025.

But challenges remain, particularly in narrowing the wage gap and achieving parity in leadership positions.

Cultural change has proven slower than institutional reform.

What the comparison shows

On paper, both countries are relatively high performers in terms of gender parity. In the Global Gender Gap Index 2025, South Africa ranked 33rd and Australia 13th out of 146 countries. Yet their policy emphases and challenges differ sharply.

Using indicators such as the Global Gender Gap Index, Gender Inequality Index, and employment-to-population ratios, our study shows that while both South Africa and Australia rank relatively high in global comparisons, their challenges diverge sharply.

In South Africa, women’s labour force participation – defined as the share of women aged 15 and older who are either employed or actively seeking work – remains low at 35.4% in 2022 compared to 59.1% in Australia. By contrast, men’s participation rates were 55.5% in South Africa and 69.5% in Australia.

This means the gap between men and women is much larger in South Africa.

Australia performs better on participation and pay gap reforms, but progress is slower in shifting underlying cultural attitudes.

Closing the gap

Our findings confirm that gender equality advances through different pathways, shaped by each country’s social, historical and institutional context. And that no universal model can address such diverse realities.

Gender equality is not just about ticking boxes in international rankings. It is about recognising that different societies need different tools – and that tailored, evidence-based policies are our best hope to close the gap in less than 131 years.

The Conversation

Roula Inglesi-Lotz receives funding from the National Research Foundation (NRF).

Anna Maria Oosthuizen receives funding from the University of Pretoria. Relevant affiliations: SA-TIED UNU-WIDER

Nguyen Tuan Khuong Truong receives funding from the Australia Africa Universities Network (AAUN).

Getrude Njokwe, Heinrich Bohlmann, Helen Cabalu, Hiroaki Suenaga, Jessika Bohlmann, Julian Inchauspe, and Margaret Chitiga-Mabugu do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Gender equality is the goal, but how to get there? Case study of South Africa and Australia shows that context matters – https://theconversation.com/gender-equality-is-the-goal-but-how-to-get-there-case-study-of-south-africa-and-australia-shows-that-context-matters-264202

Trafic d’animaux sauvage en Corée du Nord : quand le gouvernement ferme les yeux

Source: The Conversation – France in French (3) – By Joshua Elves-Powell, Associate Lecturer in Biodiversity Conservation and Ecology, UCL

Des rapports suggèrent que les peaux de goral à longue queue sont vendues illégalement à des acheteurs en Chine. Vachovec1 , CC BY-SA

Des chercheurs se sont appuyés sur des témoignages de réfugiés nord-coréens, confirmés par des rapports provenant de Chine, de Corée du Sud et des images satellites, pour dresser un panorama du commerce illégal d’animaux sauvages dans le pays. Ces données suggèrent l’implication de l’État.


La Corée du Nord est connue pour le commerce illicite d’armes et de stupéfiants. Mais une nouvelle étude que j’ai menée avec des collègues britanniques et norvégiens révèle un nouveau sujet de préoccupation : le commerce illégal d’espèces sauvages prospère dans le pays, y compris celles qui sont censées être protégées par la législation nord-coréenne.

D’après des entretiens menés auprès de réfugiés nord-coréens (également appelés « transfuges » ou « fugitifs »), qui peuvent être d’anciens chasseurs voire des intermédiaires dans le commerce d’animaux sauvages, notre étude, menée sur quatre ans, montre que presque toutes les espèces de mammifères en Corée du Nord plus grandes qu’un hérisson sont capturées de manière opportuniste, à des fins de consommation ou de commerce. Même les espèces hautement protégées font l’objet de commerce, parfois au-delà de la frontière chinoise.

Le plus frappant reste que ce phénomène ne se limite pas au marché noir. L’État nord-coréen lui-même semble tirer profit de l’exploitation illégale et non durable de la faune sauvage.

Le poids de l’économie informelle

Après l’effondrement de l’économie nord-coréenne dans les années 1990, le pays a connu une grave famine qui a fait entre 600 000 et 1 million de morts. Ne pouvant plus compter sur l’État pour subvenir à leurs besoins alimentaires, médicaux et autres besoins fondamentaux, de nombreux citoyens se sont alors mis à acheter et à vendre des marchandises – parfois volées dans des usines publiques ou introduites en contrebande depuis la Chine – dans le cadre d’une économie informelle en pleine expansion.

Cette économie informelle intègre aussi les animaux et les plantes sauvages, une précieuse ressource alimentaire. La faune sauvage est également appréciée pour son utilisation dans la médecine traditionnelle coréenne, ou pour la fabrication de produits tels que les vêtements d’hiver.

Il est important de noter que la vente de produits issus de la faune sauvage permet de générer des revenus importants. C’est pourquoi, outre le marché intérieur de la viande sauvage et des parties animales, un commerce international s’est développé, dans lequel des contrebandiers tentaient de vendre des produits issus de la faune sauvage nord-coréenne de l’autre côté de la frontière, en Chine.

Vue aérienne de la zone démitarilisée à la frontière entre les deux Corées
La zone démilitarisée de 4 km de large entre la Corée du Nord et la Corée du Sud est devenue un refuge pour la faune sauvage.
Eleteurtre/Shutterstock

Ce commerce n’est officiellement reconnu par aucun des deux gouvernements. La Corée du Nord est l’un des rares pays à ne pas être signataire de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) – le traité qui réglemente le commerce international des espèces menacées d’extinction. Il existe donc peu de données officielles. Bon nombre des techniques habituellement utilisées par les chercheurs, telles que les études de marché ou l’analyse des données relatives aux saisies ou au commerce, sont tout simplement impossibles à mettre en œuvre dans le cas de la Corée du Nord.

C’est pourquoi nous nous sommes tournés vers les témoignages de réfugiés nord-coréens. Parmi eux figuraient d’anciens chasseurs, des intermédiaires, des acheteurs et même des soldats qui avaient été affectés à des réserves de chasse réservées à la famille dirigeante de la Corée du Nord. Afin de protéger leur sécurité, tous les entretiens ont été menés de façon anonyme.

Pour vérifier les données issues de ces entretiens, nous les avons comparées à des rapports provenant de Chine et de Corée du Sud. Les changements signalés dans certaines ressources forestières ont également pu être vérifiés à l’aide de la télédétection par satellite.

Leurs récits donnent une idée impressionnante des interactions entre humains, animaux et plantes sauvages en Corée du Nord, ainsi que de leur utilisation commerciale.

L’implication de l’État nord-coréen dans le commerce d’espèces sauvages

Cependant, le plus inquiétant est que ces témoignages suggèrent que l’État nord-coréen lui-même puisse être directement impliqué dans le commerce d’espèces sauvages. Bien qu’il soit ressorti clairement des entretiens que les participants ignoraient le plus souvent le statut juridique du commerce d’espèces sauvages pour différentes espèces, notre analyse montre qu’une partie de ce commerce semble être illégale.

Les participants ont décrit des fermes d’élevage d’animaux sauvages gérées par l’État qui produisent des loutres, des faisans, des cerfs et des ours, ainsi que des parties de leur corps, à des fins commerciales. En effet, la Corée du Nord a été le premier pays à élever des ours pour leur bile, avant que cette pratique ne se répande en Chine et en Corée du Sud.

L’État aurait également collecté des peaux d’animaux via un système de quotas, les habitants remettant les peaux à une agence gouvernementale, tandis que les chasseurs agréés par l’État et les communautés locales offraient parfois des produits issus de la faune sauvage à l’État ou à ses dirigeants en guise de tribut.

ours noir
La Corée du Nord possède des fermes d’élevage d’ours. L’un des produits fabriqués est la bile d’ours, utilisée en médecine traditionnelle (photo prise en Corée du Sud).
Joshua Elves Powell

L’une des espèces identifiées par nos interlocuteurs était le goral à longue queue (sur l’image en tête de cet article). Longtemps chassé pour sa peau, cet animal est désormais strictement protégé par la CITES. Nos données suggèrent que les gorals étaient destinés à être vendus à des acheteurs chinois. La Chine est pourtant partie à la convention (c’est-à-dire, elle l’a ratifié), ce commerce constituerait donc une violation des engagements pris par la Chine dans le cadre de la CITES.

Les impacts au-delà des frontières coréennes

La péninsule coréenne est un site d’importance mondiale pour de nombreuses espèces de mammifères. Ses régions septentrionales sont reliées, par voie terrestre, à des zones de Chine où ces espèces sont actuellement en voie de rétablissement. Cependant, la chasse non durable et la déforestation menacent leur potentiel de rétablissement en Corée du Nord.

Ceci a des conséquences plus larges. Par exemple, on espérait que le léopard de l’Amour, l’un des félins les plus rares au monde, puisse un jour recoloniser naturellement la Corée du Sud. Mais cela semble désormais très improbable, car ces animaux seraient confrontés à de graves menaces rien qu’en traversant la Corée du Nord.

Par ailleurs, les objectifs de conservation de la Chine, tels que la restauration du tigre de Sibérie dans ses provinces du Nord-est, pourraient être compromis si les espèces menacées qui traversent sa frontière avec la Corée du Nord sont tuées à des fins commerciales.

En outre, le commerce transfrontalier illégal d’espèces sauvages en provenance de Corée du Nord constituerait une violation des engagements pris par la Chine dans le cadre de la CITES, un problème grave susceptible d’avoir de graves répercussions sur le commerce légal d’animaux et de plantes. Pour faire face à ce risque, Pékin doit redoubler d’efforts pour lutter contre la demande intérieure d’espèces sauvages illégales.

Le commerce d’espèces sauvages nord-coréennes est actuellement un angle mort pour la conservation mondiale. Nos conclusions contribuent à mettre en lumière le problème que représente le commerce illégal et non durable d’espèces sauvages, mais la lutte contre cette menace, qui pèse sur les ressources naturelles de la Corée du Nord, dépendra en fin de compte des décisions prises par Pyongyang. Le respect de la législation nationale sur les espèces protégées devrait être une priorité immédiate.

The Conversation

Joshua Elves-Powell a reçu des financements du London NERC DTP et ses travaux sont soutenus par Research England.

ref. Trafic d’animaux sauvage en Corée du Nord : quand le gouvernement ferme les yeux – https://theconversation.com/trafic-danimaux-sauvage-en-coree-du-nord-quand-le-gouvernement-ferme-les-yeux-264911

Après Renault, Luca de Meo pourra-t-il mettre le turbo chez Kering ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Isabelle Chaboud, Professeur senior d’analyse financière, d’audit et de risk management – Directrice de Programme pour le MSc Fashion Design & Luxury Management- Responsable de la spécialisation MBA "Brand & Luxury Management", Grenoble École de Management (GEM)

L’arrivée de Luca de Meo à la tête de Kering marque une nouvelle étape dans ce groupe de luxe fondé par la famille Pinault. Venu de l’automobile, le nouveau directeur général devra gérer le cash de façon très rationnelle, dans un univers créatif qui ne l’est pas toujours. Quels sont les défis à relever ? Avec quelles chances de succès ?


Le 9 septembre 2025, l’assemblée générale mixte de Kering va-t-elle entériner un tournant majeur dans la gouvernance du groupe ? Parmi les résolutions soumises au vote des actionnaires, les principales concernent Luca de Meo. Les actionnaires seront amenés à se prononcer sur sa nomination comme administrateur du groupe, sa prise de fonction comme directeur général à compter du 15 septembre et sa rémunération XXL.

Si dissocier les fonctions de président et de directeur général s’apparente à de bonnes pratiques en matière de gouvernance, choisir un profil à la fois extérieur à la famille et au secteur témoigne d’un changement radical au sommet de l’empire Kering. Comment ce groupe familial, créé par François Pinault et géré par son fils François-Henri depuis vingt ans, s’est-il développé avant de confier les rênes à un profil extérieur ? Quels sont les défis majeurs qui attendent Luca de Meo ? Et pour quelle rémunération ? Ses pouvoirs seront-ils réels ou seulement cosmétiques ?

La constitution d’un empire familial, le règne du père de 1962 à 2002

L’histoire commence en 1962 quand le Breton François Pinault lance un petit négoce de bois. Entrepreneur visionnaire et audacieux, il réalisera très tôt de multiples acquisitions, notamment à l’international avec la CFAO (Compagnie française de l’Afrique occidentale) et poursuivra une politique de diversification permanente. En 1988, Pinault SA entre en bourse et son fondateur conserve 50 % du capital. Après avoir racheté Conforoma, le Printemps, Prisunic, puis la Redoute et la Fnac, il devient le deuxième groupe européen dans la distribution. Dès 1987, son fils, François-Henri Pinault, entre dans le groupe et prendra successivement plusieurs postes de direction (CFAO, FNAC) avant de devenir Directeur général adjoint de Pinault-Printemps-Redoute (PPR).

International et diversifié, le groupe amorce en 1999 un nouveau virage en investissant dans le luxe où les marges sont beaucoup plus confortables que dans le négoce du bois et la distribution. PPR rachète la maison Yves Saint Laurent et prend 42 % du capital de Gucci. Une guerre l’oppose alors à Bernard Arnault et sera sans doute à l’origine d’une rivalité sans fin. Les acquisitions dans le luxe se poursuivront avec Boucheron (joaillerie), Balenciaga (couture), Bottega Veneta (maroquinerie et couture), Alexander McQueen (couture), qui porteront la part du luxe à 9 % du chiffre d’affaires de PPR en 2002.

Et PPR devint Kering

En octobre 2003, François Pinault confie à son fils, François-Henri, les rênes d’Artémis, la société financière familiale qui détient notamment PPR pour s’adonner à sa passion pour la collection d’art contemporain. François-Henri Pinault cède les activités d’origine dans le bois et les matériaux et celles de distribution, et prend la quasi-totalité du contrôle de Gucci. Il continue à étendre son portefeuille de marques de luxe avec les acquisitions de Brioni (tailleur italien), Qeelin (joailler chinois) et Pomellato (joailler italien).

PPR fait également une incursion dans le lifestyle avec Puma. En 2013, le groupe est rebaptisé Kering. Un choix combinant à la fois l’attachement du père à ses origines, Ker signifiant « maison » en breton, et confirmant sa volonté de positionnement international, Kering se prononçant caring en anglais et signifiant « prendre soin de ». Prendre soin de ses clients, de ses employés… En 2014, François-Henri Pinault étoffe encore le portefeuille d’activités et crée Kering Eyewear afin d’internaliser l’activité lunettes de toutes ses maisons. En 2017, le luxe représente 70 % du chiffre d’affaires du groupe et 90 % du résultat opérationnel. En 2018, le groupe cède Puma pour se concentrer uniquement sur le luxe.




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Luxe : la consommation des ultra-riches est-elle morale ?


Deuxième groupe du secteur du luxe

Porté par la désirabilité de ses marques, Kering multiplie les ouvertures de boutiques à l’international, sélectionnant méticuleusement les emplacements de premier choix. Entre 2018 et 2022 (hors impact Covid, en 2020), le chiffre d’affaires progresse de 50 %, passant de 13,6 milliards d’euros à 20,4 milliards d’euros après les années Tom Ford, une nouvelle identité de marque voit le jour et Gucci devient la première maison du groupe sous l’impulsion de son directeur artistique ultra-créatif Alessandro Michele. En 2021, Gucci représente 55 % du chiffre d’affaires du groupe et 74 % du résultat opérationnel courant (calculé à partir du document d’enregistrement universel, DEU, 2021).

Ses solides performances contribuent largement à la bonne santé financière du groupe jusqu’en 2021. Le 13 août 2021, le cours de l’action atteint son plus haut niveau à 788,9 €, contre 237,35 € au 8 septembre 2025. À partir de 2022, les clients délaissent les collections trop marquées d’Alessandro Michele, en particulier les consommateurs chinois. Trop dépendant de Gucci, Kering n’arrive pas à compenser les pertes de chiffre d’affaires ni, surtout, celles de sa marge opérationnelle.

Dégradation des résultats entre 2022 et 2024

Ainsi, fin décembre 2022, les revenus de Kering dépassent les 20,3 milliards d’euros (en hausse de 16 % par rapport à 2021), mais reculent sous la barre de 20 milliards d’euros, à 19,6 milliards d’euros, en 2023. La chute est encore plus brutale à fin 2024. Affecté par la baisse des ventes en Asie, le contexte géopolitique et surtout la piètre performance de Gucci, son chiffre d’affaires global chute à 17,1 milliards d’euros alors que celui de Richemont dépasse les 21 milliards d’euros (fin mars 2025). Kering, qui était le numéro deux mondial dans le luxe, derrière LVMH et devant le Groupe Richemont, est relégué à la troisième place dès 2023 et à la quatrième place en 2024, derrière Chanel, qui réalise 17,95 milliards d’euros (18,7 milliards de dollars).

Malgré le lancement de Kering Beauté, le rachat de Creed en 2023, pour se diversifier dans les parfums haut de gamme, et les bonnes performances de Kering Eyewear, seule activité qui progresse encore en 2024, la fréquentation de ses boutiques chute, le taux de transformation est insuffisant. Kering continue pourtant à investir dans l’immobilier, en réalisant des acquisitions dans les villes et les rues les plus emblématiques au monde (Paris, New York, Milan), mais cela ne suffit pas. À tout cela s’ajoute une polémique, voire un scandale autour d’une campagne de communication de Balenciaga qui mettra du temps à s’essouffler, tandis que le nouveau directeur artistique de Gucci n’apporte pas les retombées escomptées. Résultat : la marque florentine se sépare de son directeur artistique Sabato de Sarno. François-Henri Pinault entame une réflexion avec le conseil d’administration pour opérer un changement de gouvernance.

BFM Business, 2025.

Plus inquiétante, la rentabilité se détériore considérablement, comme en témoigne l’analyse des ratios de rentabilité (1). À la fin décembre 2024, bien que son taux de marge brute soit parmi la plus élevée du secteur à 74 % des ventes, sa marge opérationnelle à 13 % fait pâle figure face à Hermès (41 %), LVMH (22 %) ou Richemont (21 %). Encore une fois la dépendance à Gucci pénalise fortement la rentabilité du groupe. Les ventes de son ancien fer de lance sont en recul de 23 % sur l’exercice et son résultat opérationnel courant chute de 51 %. À la fin de l’année 2024, la rentabilité nette (résultat net part du groupe divisé par les capitaux propres du groupe) s’écroule à 7 % alors que ses pairs présentent tous un indicateur supérieur à 13 %. LVMH affiche une rentabilité nette de 15 % (double de celle de Kering) et Hermès de 30 % à fin décembre 2024.

Un endettement et des charges financières qui explosent

Non seulement la rentabilité se dégrade mais l’endettement bondit. Le calcul du taux d’endettement net (ce dernier étant défini par le ratio des dettes financières à court terme et à long terme diminuées de la trésorerie et des capitaux propres part du groupe) montre la forte dépendance de Kering aux financements bancaires et obligataires externes.




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Ce ratio atteint désormais 71 % fin 2024 contre 13,3 % pour LVMH et seulement 4 % pour Richemont, conséquence des acquisitions coûteuses réalisées sur les deux derniers exercices : celle de Creed en 2023 (dépassant les 3,4 milliards d’euros), la prise de participation de 30 % dans Valentino (1,7 milliard d’euros) et les acquisitions immobilières majeures de 2024 à New York (885 millions d’euros) et Milan (1,3 milliard d’euros) pour un total 2,2 milliards d’euros pour ne citer que les principales. Il en résulte également une hausse du coût de l’endettement net, de 108 millions d’euros en 2023 à 320 millions d’euros en 2024 (Note 8 du DEU de Kering 2024).

Luca de Meo face à ses nouveaux défis

Son défi majeur consistera à relancer la désirabilité des marques emblématiques et historiques du groupe Kering pour rétablir la rentabilité, notamment opérationnelle. Si l’automobile et le luxe présentent des caractéristiques similaires en matière d’innovation, d’engagement pour le développement durable, de présence internationale, la créativité si chère à Kering devra pouvoir continuer à s’exprimer. Avant l’arrivée de Luca de Meo, Kering a officialisé de nombreux changements de directeurs artistiques en 2024 et en 2025, à l’instar de Demna,, qui a quitté Balenciaga pour Gucci, et de Pierpaolo Piccioli,, qui reprend Balenciaga après quinze ans à la tête de Valentino. Deux choix très audacieux considérés comme des exemples de Dada Management :

« Cette approche managériale, inspirée du mouvement dada, prône l’absurde et l’irrationnel pour dynamiter les conventions établies et provoquer l’innovation. »

Cette pratique est certainement très éloignée des terrains connus de Luca de Meo. D’autres différences fondamentales avec l’industrie automobile résident dans le cycle court et rapide du secteur de la mode. Les directeurs artistiques devront produire a minima deux collections par an et, si non écoulées, elles seront difficilement vendables l’année suivante. Enfin, la valse des designers stars est devenue monnaie courante au sein de grandes maisons, un phénomène amplifié depuis l’accélération du digital et la sanction impitoyable des réseaux sociaux.

À son arrivée, il devra scruter les réactions du public et analyser les retombées des prochaines fashion week avant de prendre de nouvelles décisions sur les activités couture et mode. Kering compte toutefois sur son nouveau directeur général pour appréhender très rapidement le secteur du luxe en constante mutation et comprendre la culture de ses marques. Il devra avant tout cerner les nouvelles attentes des consommateurs lassés des augmentations de prix successives sans amélioration de la qualité. Des clients qui semblent favoriser l’alliance entre l’artisanat et le luxe et, pour certains, en recherche de créations plus intemporelles.

Dans une perspective de croissance modérée du secteur, estimée à 2 à 4 % par an pour la période 2025-2027 par the State of Fashion Luxury, alors que la demande chinoise ralentit pour les produits de luxe occidentaux et que le contexte géopolitique instable crée de multiples incertitudes, la progression du chiffre d’affaires n’est peut-être plus la priorité. Quelles seront les alternatives ? Renforcer la diversification dans les lunettes (Kering Eyewear) et la beauté et améliorer les marges pour ces activités pourraient être des pistes, notamment pour attirer à nouveau de jeunes clients. Va-t-il trouver la formule pour relancer Gucci tout en permettant aux autres maisons de progresser ? Réussira-t-il à collaborer avec les nouveaux directeurs artistiques des maisons de couture tout en respectant leurs besoins vitaux de liberté ?

BFM Business, 2025.

Près de 867 millions de cessions immobilières en 2024

Luca de Meo devra également réduire l’endettement du groupe et faire face aux remboursements de plus de trois milliards d’euros prévus à court terme. Cela nécessitera des rentrées de trésorerie d’exploitation plus conséquentes (si la désirabilité se concrétise et les ventes redémarrent) voire des cessions, comme l’opération réalisée avec Ardian concernant de l’immobilier de premier plan qui aura rapporté 867 millions d’euros à Kering en 2024.

Si le groupe a choisi ce profil expérimenté qui a effectué toute sa carrière dans l’automobile (Renault, Toyota, Lancia, Fiat, Alfa Romeo, Volkswagen), c’est parce que nommé directeur général de Renault en juillet 2020, il a réussi à redresser le groupe de façon spectaculaire avec son programme « Renaulution », une méthode qui aurait même été décortiquée par Harvard et vue comme un miracle.

Une rémunération exceptionnelle

Alors, pour attirer un profil de ce calibre, Kering va casser sa tirelire. Comme indiqué dans l’avis de convocation à l’assemblée générale mixte du 9 septembre, le groupe appelle les actionnaires à voter une rémunération pour le moins (très) attractive. Il propose d’octroyer à Luca de Meo un salaire fixe de 2 200 000 euros annuels (contre 1 700 000 euros chez Renault, p. 332 du DEU), ce dernier représentant 12,5 % de la rémunération du directeur général. Il sera complété d’une partie variable sous condition de performance (87,5 %). Cette dernière étant elle-même composée à 27,5 % par une variable annuelle et par une rémunération variable long terme en actions de performance.

Pour ce qui est de la partie variable à court terme, le nouveau directeur général touchera au maximum 1 210 000 euros annuels s’il atteint 100 % des objectifs de performance. En sus, Luca de Meo bénéficiera d’une indemnité de prise de fonction pour compenser les actions de performance en cours d’acquisition chez Renault et celles perdues du fait de son départ. Au total ce seront 20 000 000 d’euros qui lui seront versés pour sa prise de fonctions avec 15 000 000 d’euros en numéraires versés au plus tard le 31 décembre 2025 et 5 000 000 d’euros en actions Kering sous condition de présence continue pendant trois ans et d’atteinte des objectifs de performance.

Raviver la désirabilité

Luca de Meo réussira-t-il le miracle de raviver la désirabilité, de réinventer l’expérience client et de ramener la rentabilité du groupe à son plus haut niveau alors que la croissance du secteur ne devrait pas dépasser les 2 à 4 % par an sur la période 2025-2027 et que le contexte géopolitique est très incertain ? En tous cas, Kering semble y croire en lui faisant une offre de bienvenue à hauteur de ses espérances. Reste à savoir également quelle latitude, quelle liberté il aura vraiment. Devra-t-il soumettre de nombreuses opérations à l’autorisation du CA ? François-Henri Pinault, qui a dirigé le groupe pendant vingt ans, lui laissera-t-il être le véritable dirigeant chargé de la gestion, ce que laisse entendre le code AFEP-Medef pour lequel seul le DG est mandataire social exécutif ?


(1) Ratios calculés à partir des états financiers consolidés issus des documents d’enregistrement universel (DEU) de Kering, de LVMH et de Hermès, à fin décembre 2024, et du rapport annuel du Groupe Richemont, à fin mars 2025

The Conversation

Isabelle Chaboud ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Après Renault, Luca de Meo pourra-t-il mettre le turbo chez Kering ? – https://theconversation.com/apres-renault-luca-de-meo-pourra-t-il-mettre-le-turbo-chez-kering-264903

What causes muscle cramps during exercise? Athletes and coaches may want to look at the playing surface

Source: The Conversation – USA – By Michael Hales, Associate Professor of Health Promotion and Physical Education, Kennesaw State University

Muscle cramps have felled many an athlete on game day. Paul Ellis/AFP via Getty Images

For athletes across all sports, few experiences are as agonizing as being forced to leave competition with a sudden muscle cramp. These painful, uncontrolled spasms – formally known as exercise-associated muscle cramps – have frustrated athletes, coaches and researchers for decades.

Scientists have traditionally attributed exercise-induced cramps to dehydration or electrolyte imbalances. However, this theory left unanswered questions. For example, many well-hydrated athletes experience cramps, while others competing in hot, humid conditions remain unaffected.

A growing body of research is challenging this explanation, pointing instead to the playing surface as a critical factor.

In my work as a sports scientist, I study how different variables affect athletic performance. Work from my team has found that specific qualities of playing surfaces can lead to early neuromuscular fatigue and unexpected muscle cramps.

Muscle cramps and playing surfaces

As muscles fatigue, the normal balance between signals in the nervous system that direct muscles to contract and relax become disrupted. Muscle spindles, which sense stretch, increase their firing rate. Meanwhile, inhibitory feedback from Golgi tendon organs – a part of the nervous system at the intersection of muscle fibers and tendons – declines.

In other words, muscles are getting mixed signals about whether to contract or relax. The result is excessive activation of motor neurons that stimulate muscle fibers into a sustained, involuntary contraction – a cramp.

Getting your muscles to contract and relax involves some intricate biochemistry.

Recent studies suggest that competing on surfaces with unfamiliar mechanical properties – such as stiffness and elasticity – can accelerate neuromuscular fatigue. Surfaces alter the mechanics of your muscles and joints. If your neuromuscular system is not accustomed to these demands, fatigue can prematurely set in and create the conditions for cramping.

In one study, my team and I found a 13% difference in muscle activity among runners performing on fields of varying stiffness and elasticity. Another study from my team found a 50% difference in hamstring activity among athletes performing identical drills on different types of turf.

Beyond sports-specific performance metrics, biomechanics research has long shown that altering the properties of playing surfaces changes muscle stiffness, joint loading and range of motion. These variables directly affect fatigue. Muscles crossing multiple joints such as the hamstrings appear especially vulnerable to variations in playing surfaces, given their central role in sprinting and cutting.

Preventing cramps during exercise

If playing surfaces influence fatigue, then managing how they interact with players could help prevent cramps.

Researchers have proposed developing regional databases cataloging the mechanical characteristics of competition surfaces for sports such as tennis. With this data, coaches and sports organizations could tailor training environments to mimic competitive conditions, reducing the shock of unfamiliar surfaces. It’s not necessarily the inherent properties of the surface that causes cramping, but rather how similar or different they are from what an athlete is used to.

Consider a soccer team that practices on a soft surface but competes on a more stiff surface. Without preparation, the shift in how their muscles will be used may lead to premature fatigue and cramps during competition. By incorporating drills that replicate how athletes’ muscles will be activated on competition turf could help the team better prepare for game conditions.

Similarly, a basketball team accustomed to new hardwood may benefit from training sessions on worn or cushioned courts that simulate upcoming away venues.

Trojans basketball player JuJu Watkins sitting on the court stretching her leg
Cramps often strike at inopportune times.
Brian Rothmuller/Icon Sportswire via Getty Images

The key is systematic exposure. Conditioning on surfaces that replicate competitive demands acclimatizes the neuromuscular system, lowering fatigue risk and potentially reducing the risk of cramps.

Toward a holistic approach to cramps

Hydration and nutrition remain essential for performance. But accounting for conditioning, footwear traction and adaptation to different playing surfaces could help sports medicine move toward a more complete solution to exercise-associated muscle cramps.

With continued research and technology development, cramps may no longer need to be a frustrating inevitability. Instead, athletes and coaches could anticipate them, adjust training to match surface demands, and take steps to prevent them before they derail performance.

The future of cramp prevention may lie in real-time monitoring. Advances in a combination of wearable biosensors to detect neuromuscular fatigue, surface testing equipment and machine learning could help predict individualized cramp risk. Coaches might then adjust practice plans, make in-game substitutions or even adapt surface conditions when possible.

By better preparing athletes for the mechanical demands of competition surfaces, teams may protect their athletes’ health and ensure top performers are available when the game is on the line.

The Conversation

Michael Hales does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. What causes muscle cramps during exercise? Athletes and coaches may want to look at the playing surface – https://theconversation.com/what-causes-muscle-cramps-during-exercise-athletes-and-coaches-may-want-to-look-at-the-playing-surface-262619

Techno-utopians like Musk are treading old ground: The futurism of early 20th-century Europe

Source: The Conversation – USA – By Sonja Fritzsche, Senior Associate Dean and Professor of German Studies, Michigan State University

Twentieth-century futurists celebrated flight, communications and manufacturing. Today, they’re inspired by space, AI and biotechnology. Davide Mauro/Wikimedia, CC BY-SA

In “The Singularity is Nearer: When We Merge with AI,” the futurist Ray Kurzweil imagines the point in 2045 when rapid technological progress crosses a threshold as humans merge with machines, an event he calls “the singularity.”

Although Kurzweil’s predictions may sound more like science fiction than fact-based forecasting, his brand of thinking goes well beyond the usual sci-fi crowd. It has provided inspiration for American technology industry elites for some time, chief among them Elon Musk.

With Neuralink, his company that is developing computer interfaces implanted in people’s brains, Musk says he intends to “unlock new dimensions of human potential.” This fusion of human and machine echoes Kurzweil’s singularity. Musk also cites apocalyptic scenarios and points to transformative technologies that can save humanity.

Ideas like those of Kurzweil and Musk, among others, can seem as if they are charting paths into a brave new world. But as a humanities scholar who studies utopianism and dystopianism, I’ve encountered this type of thinking in the futurist and techno-utopian art and writings of the early 20th century.

Techno-utopianism’s origins

Techno-utopianism emerged in its modern form in the 1800s, when the Industrial Revolution ushered in a set of popular ideas that combined technological progress with social reform or transformation.

a bronze sculpture of a human form with bulging, distorted leg muscles and no arms
Umberto Boccioni’s 1913 sculpture ‘Unique Forms of Continuity in Space’ conveys speed, dynamism and the melding of human and machine.
Sepia Times/Universal Images Group via Getty Images

Kurzweil’s singularity parallels ideas from Italian and Russian futurists amid the electrical and mechanical revolutions that took place at the turn of the 20th century. Enthralled by inventions like the telephone, automobile, airplane and rocket, those futurists found inspiration in the concept of a “New Human,” a being who they imagined would be transformed by speed, power and energy.

A century ahead of Musk, Italian futurists imagined the destruction of one world, so that it might be replaced by a new one, reflecting a common Western techno-utopian belief in a coming apocalypse that would be followed by the rebirth of a changed society.

One especially influential figure of the time was Filippo Marinetti, whose 1909 “Founding and Manifesto of Futurism” offered a nationalistic vision of a modern, urban Italy. It glorified the tumultuous transformation caused by the Industrial Revolution. The document describes workers becoming one with their fiery machines. It encourages “aggressive action” coupled with an “eternal” speed designed to break things and bring about a new world order.

The overtly patriarchal text glorifies war as “hygiene” and promotes “scorn for woman.” The manifesto also calls for the destruction of museums, libraries and universities and supports the power of the rioting crowd.

Marinetti’s vision later drove him to support and even influence the early fascism of Italian dictator Benito Mussolini. However, the relationship between the futurism movement and Mussolini’s increasingly anti-modern regime was an uneasy one, as Italian studies scholar Katia Pizzi wrote in “Italian Futurism and the Machine.”

Further east, the Russian revolutionaries of 1917 adopted a utopian faith in material progress and science. They combined a “belief in the ease with which culture could be destroyed” with the benefits of “spreading scientific ideas to the masses of Russia,” historian Richard Stites wrote in “Revolutionary Dreams.”

a painting of people, arms raised, along a landscape with numerous giant planets in the sky and rays of light rising from beyond the horizon
Konstantin Yuon’s 1921 painting ‘New Planet’ captures the early Soviet Union’s revolutionary fervor and sense of cosmic societal transformation.
WikiArt

For the Russian left, an “immediate and complete remaking” of the soul was taking place. This new proletarian culture was personified in the ideal of the New Soviet Man. This “master of nature by means of machines and tools” received a polytechnical education instead of the traditional middle-class pursuit of the liberal arts, humanities scholar George Young wrote in “The Russian Cosmists.” The first Soviet People’s Commissar of Education, Anatoly Lunacharsky, supported these movements.

Although their political ideologies took different forms, these 20th-century futurists all focused their efforts on technological advancement as an ultimate objective. Techno-utopians were convinced that the dirt and pollution of real-world factories would automatically lead to a future of “perfect cleanliness, efficiency, quiet, and harmony,” historian Howard Segal wrote in “Technology and Utopia.”

Myths of efficiency and everyday tech

Despite the remarkable technological advances of that time, and since, the vision of those techno-utopians largely has not come to pass. In the 21st century, it can seem as if we live in a world of near-perfect efficiency and plenitude thanks to the rapid development of technology and the proliferation of global supply chains. But the toll that these systems take on the natural environment – and on the people whose labor ensures their success – presents a dramatically different picture.

Today, some of the people who espouse techno-utopian and apocalyptic visions have amassed the power to influence, if not determine, the future. At the start of 2025, through the Department of Government Efficiency, or DOGE, Musk introduced a fast-paced, tech-driven approach to government that has led to major cutbacks in federal agencies. He’s also influenced the administration’s huge investments in artificial intelligence , a class of technological tools that public officials are only beginning to understand.

Twentieth-century futurism influenced the politics of the day but was ultimately an artistic and literary movement, as this exhibit at the Guggenheim Museum shows.

The futurists of the 20th century influenced the political sphere, but their movements were ultimately artistic and literary. By contrast, contemporary techno-futurists like Musk lead powerful multinational corporations that influence economies and cultures across the globe.

Does this make Musk’s dreams of human transformation and societal apocalypse more likely to become reality? If not, these elements of Musk’s project are likely to remain more theoretical, just as the dreams of last century’s techno-utopians did.

The Conversation

Sonja Fritzsche does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Techno-utopians like Musk are treading old ground: The futurism of early 20th-century Europe – https://theconversation.com/techno-utopians-like-musk-are-treading-old-ground-the-futurism-of-early-20th-century-europe-259367