Mourir pour divertir : Jean Pormanove et l’économie du sadisme numérique

Source: The Conversation – France in French (3) – By Dulaurans Marlène, Maître de conférences en sciences de l’information et de la communication, spécialisée en criminologie appliquée au numérique, Université Bordeaux Montaigne

Raphaël Graven, dit Jean Pormanove, en octobre 2022
Narutovie/Wikimédia, CC BY

La mort en direct du streamer Jean Pormanove, en août 2025, illustre un système où la cruauté humaine est convertie en spectacle et se transforme en source de profit. La plateforme Kick, qui hébergeait son émission, n’est pas une exception dans le paysage du « trash streaming ».


Le 18 août 2025, Raphaël Graven, influenceur français connu sous le pseudonyme de Jean Pormanove, est mort en direct après 298 heures de diffusion ininterrompue. Sa chaîne, le Lokal, hébergée sur la plateforme Kick rassemblait près de 193 000 abonnés. Pendant douze jours, ce quadragénaire a enduré des sévices infligés par ses partenaires de live stream devant une audience massive. Bien que l’autopsie ait conclu à une cause médicale, ce drame dépasse le fait divers. Il illustre surtout un système où la cruauté humaine est convertie en spectacle et chaque instant de souffrance se transforme en source de profit.

Les circonstances de la mort de Jean Pormanove, si extrêmes soient-elles, s’inscrivent dans une histoire déjà longue de la violence médiatisée. Dès les années 2000, le phénomène du happy slapping, qui vise à filmer le passage à tabac d’une personne pour l’exhiber ensuite sur les réseaux sociaux, met en scène une véritable théâtralisation de l’agression en ligne (Marlène Dulaurans, 2024). L’acte violent cesse d’être un simple débordement pour devenir une performance destinée à un public.

Comme l’analyse Umberto Eco (2004) à propos de la « carnavalisation » des mœurs, les frontières entre spectacle et réalité s’effacent et les limites de l’outrage sont constamment repoussées. Là où le happy slapping restait à l’époque ponctuel, impulsif et plutôt confiné à des cercles adolescents, le cas Pormanove marque une bascule vers un dispositif beaucoup plus construit et planifié. Cette évolution fait écho à Zygmunt Bauman (2010), pour qui l’exposition répétée à des images de violence conduit à une désensibilisation progressive face à la cruauté. Son stream de 298 heures en constitue l’aboutissement : la violence n’est plus improvisée, mais devient un flux continu de souffrance exploité en contenus médiatiques.

Quand la souffrance rapporte

Cette affaire révèle surtout la naissance d’un marché de la cruauté en ligne, où chaque coup et insulte se traduit par un don, un abonnement ou un « tip », transformant la douleur en revenus. Plus de 36 000 euros ont été récoltés au cours du dernier live stream de Jean Pormanove. Une véritable économie du sadisme numérique s’est enclenchée, reposant essentiellement sur trois piliers : la marchandisation de la vulnérabilité (Jean Pormanove devient un produit), la gamification de la violence (les dons déclenchent des sévices), et la fidélisation de l’audience par l’escalade permanente des sévices infligés.

Les spectateurs ne sont plus de simples voyeurs, mais deviennent dans ce contexte des investisseurs actifs dans la production du morbide. Jacqueline Barus-Michel (2011) soulignait que ces pratiques mêlent « violence, jouissance, voyeurisme et exhibitionnisme ». Dans l’affaire Pormanove, cette combinaison devient ici un modèle d’affaires structuré où chaque émotion négative génère de la valeur marchande et alimente un circuit économique fondé sur la souffrance.

La fiction du consentement

Les deux principaux instigateurs des sévices, identifiés comme « Narutovie » et « Safine », affirment que Jean Pormanove aurait consenti à ces violences, qualifiant leur implication de participation à « une pièce de théâtre géante », avec du « contenu très trash » (RTL, 2025) mais totalement assumé. Cependant son isolement social, sa dépendance financière et la manière dont la culpabilité pouvait lui être imputée (trois éléments caractéristiques de l’emprise, selon Marie-France Hirigoyen [2003]) mettent en lumière un écosystème qui semblait exploiter ces vulnérabilités.

Dans l’affaire Pormanove, ces trois mécanismes se combinent : l’isolement progressif par des streams répétés coupant tout lien avec le monde extérieur ; la dépendance renforcée par des revenus cumulés constituant une part importante des ressources du groupe ; l’inversion de la culpabilité, où les sévices présentés comme du divertissement macabre mais consenti, transfère la responsabilité sur la victime, qui devient « complice » de sa propre exploitation.

Cette dynamique transforme le prétendu consentement en une façade légale qui semble masquer une autre réalité. Dans ce contexte, la victime apparaît comme instrumentalisée. Ses choix et sa dignité semblent conditionnés par la dynamique de groupe, la pression des pairs et l’intérêt économique. L’illusion de libre arbitre peut alors servir de justification aux auteurs des faits pour se déresponsabiliser.

La distanciation comme désinhibition

Cette économie du sadisme prospère grâce à la distanciation que le numérique instaure entre l’acte violent et ses témoins. L’écran fonctionne ici comme un filtre moral qui transforme la souffrance réelle en un divertissement consommable, sans confrontation directe au visage de la victime (Christine Delory-Momberger, 2022).

Cette absence de contact, cette impossibilité de croiser le regard, voire de percevoir la vulnérabilité physique, opèrent une forme de déshumanisation. D’un côté, la victime se trouve réduite à une image sur un écran, privée de sa réalité corporelle et émotionnelle. De l’autre, le spectateur peut exercer sa cruauté par procuration sans assumer la responsabilité morale qu’imposerait une présence physique.

Le voyeurisme se trouve ainsi décomplexé par le dispositif technique. On ne torture plus une personne, on participe à un stream, on ne finance pas des sévices, on soutient un créateur de contenu. Le numérique permet ainsi à des individus ordinaires de devenir les financiers d’actes qu’ils n’oseraient jamais commettre en personne, une nouvelle forme de banalité du mal (Hannah Arendt, 1963).

Kick, l’infrastructure idéale de cette économie du sadisme numérique

La plateforme Kick incarne ce marché de la souffrance en ligne. Fondée en 2022 par les propriétaires de Stake, l’un des sites les plus importants des casinos et jeux d’argent en ligne, elle s’est positionnée comme l’anti-Twitch, misant sur l’absence de modération pour capturer les contenus interdits.

Ses dispositifs techniques (dons directs, compteurs d’audience, mécaniques de surenchères) transforment chaque interaction en incitation à intensifier la violence. Kick encourage ainsi une course vers le fond, cherchant à attirer les créateurs en abaissant ses standards éthiques, et propose des rémunérations plus avantageuses que ses concurrents, parce qu’elle accepte de monétiser ce que les autres refusent de faire.

Kick n’est toutefois pas une exception dans ce paysage de trash streaming. DLive, BitChute, ou encore Rumble, aujourd’hui inaccessible en France, sont autant de plateformes permissives accueillant des contenus tout aussi controversés. Leurs dispositifs monétisés (cryptomonnaie, financements participatifs externes, etc.) transforment également à leur manière les spectateurs en complices économiques de cette violence devenue produit.

Réguler l’irrégulable ?

L’inaction apparente des autorités révèle les limites du Digital Service Act face à cette économie du sadisme numérique. Avec seulement 3,5 millions d’utilisateurs en Europe, Kick reste une plateforme de taille intermédiaire qui échappe aux obligations renforcées imposées aux Very Large Online Plateformes (VLOP) fixées à partir de 45 millions d’utilisateurs. Elle aurait toutefois dû, depuis février 2024, désigner un représentant légal dans l’Union européenne, comme l’exige le DSA pour toutes les plateformes opérant sur le territoire européen. En réalité, nombre d’acteurs de taille moyenne ont longtemps tardé à se conformer à cette règle, profitant d’une zone grise de la régulation.

À cette faille juridique s’ajoutent la complexité technique et la dilution des responsabilités, qui empêchent le système pénal de traiter efficacement un modèle qui marchandise la souffrance. La régulation reste limitée, faute d’avoir conceptualisé cette économie comme un secteur d’activité spécifique nécessitant un cadre juridique plus adapté.

Jusqu’où sommes-nous prêts à aller ?

Cette économie repose sur un cercle vicieux : les plateformes fournissent l’infrastructure technique et prélèvent leur commission, les organisateurs produisent du contenu sadique et en captent les revenus directs, tandis que l’audience finance le spectacle et alimente la surenchère par ses dons et par ses abonnements. Chaque acteur peut se déresponsabiliser, invoquant son rôle limité dans ce mécanisme pervers, alors que tous participent à sa perpétuation.

À la lumière de ces éléments, la mort en direct de Jean Pormanove ne peut être considérée comme un accident. Elle illustre l’aboutissement logique d’un modèle qui transforme méthodiquement la dignité humaine en marchandise. Cette économie du sadisme numérique n’existe que par notre participation. Jean Pormanove est mort pour notre divertissement, dans un système que nous avons collectivement contribué à créer et à entretenir.

The Conversation

Dulaurans Marlène ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Mourir pour divertir : Jean Pormanove et l’économie du sadisme numérique – https://theconversation.com/mourir-pour-divertir-jean-pormanove-et-leconomie-du-sadisme-numerique-264628

L’appétit insoutenable de nos sociétés en métaux, et comment lui survivre

Source: The Conversation – France in French (2) – By Adrien Luxey-Bitri, Maître de conférences en Informatique, Université de Lille

La mine d’uranium de Rössing, dans le désert du Namib, en Namibie. Ikiwaner, CC BY

Le numérique ne fonctionne pas sans électricité et l’électricité décarbonée dépend du numérique. Comment sortir de ce cercle vicieux, qui exerce une pression intense sur la disponibilité en ressources minérales nécessaires aux deux secteurs ? Nous proposons de dépasser le mantra de l’efficience et d’axer l’innovation sur la sobriété afin d’améliorer la qualité et la durabilité des services numériques fondamentaux sans puiser inutilement dans le réservoir limité des ressources minérales.


Le numérique occupe une place de plus en plus centrale dans notre quotidien. De nombreux services, y compris ceux de l’État, en rendent l’utilisation incontournable. Une multitude de solutions sont mises à disposition des citoyens, qui les adoptent volontiers pour effectuer des démarches à distance, s’informer ou se divertir. Le numérique est ainsi vécu comme un compagnon facilitateur dans un mode de vie rythmé par la quête d’efficacité et l’optimisation du temps.

Cependant, bien que souvent considéré comme immatériel, le numérique a un impact environnemental, tant pour les générations actuelles que futures. Cette réalité, encore mal comprise, s’explique en grande partie par sa consommation énergétique.




À lire aussi :
La réalité physique du monde numérique


Sans électricité, pas de numérique

La consommation électrique des terminaux (ordinateurs, smartphones, objets connectés…) augmente avec leur nombre, dopé par l’essor des usages du numérique. De son côté, la consommation électrique des réseaux reste stable une fois l’infrastructure en place. Celle des centres de données, enfin, explose, entraînée par les besoins croissants de l’intelligence artificielle (IA), l’un des usages informatiques les plus énergivores de l’Histoire d’après l’Agence Internationale de l’Énergie (IEA).

En France, les services numériques représentent déjà 11 % de la consommation électrique nationale, sans compter l’électricité importée via l’utilisation de services hébergés à l’étranger.

À l’échelle mondiale, l’IEA prévoit le doublement de la consommation des centres de données d’ici 2030 — soit l’addition de la consommation électrique actuelle du Japon — et rien n’indique que cette tendance ralentisse.

Bien au contraire, le gouvernement français a annoncé durant le Sommet pour l’Action sur l’IA début 2025, la création de 35 nouveaux centres de données dédiés à l’IA nécessitant à eux seuls 3 gigawatts d’électricité — l’équivalent de deux réacteurs nucléaires EPR.

Sans numérique, pas d’électricité décarbonée

Une réalité souvent ignorée de l’électricité décarbonée est sa dépendance au numérique.

En effet, le numérique joue un rôle clé dans le pilotage du réseau électrique. Ce pilotage est rendu plus complexe par l’introduction d’énergies intermittentes (solaire, éolien) et par les véhicules électriques. Il s’appuie sur un vaste déploiement de capteurs numériques qui collectent de nombreuses données sur le réseau électrique. Celles-ci sont ensuite traitées dans des centres de données pour modéliser le réseau, anticiper les variations et optimiser sa gestion.

Par ailleurs, les acteurs du numérique sont incités à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, ce qui les conduit à investir massivement dans les énergies bas carbone. Ils le font d’autant plus volontiers que cela contribue à leur image de marque. Google a par exemple acquis en 2025 une capacité de production de 8 gigawatts d’énergie « verte ».

Paradoxalement, la transition vers une électricité décarbonée accélère ainsi l’essor du numérique — qui est entièrement tributaire de l’électricité. Ce cycle entraîne un emballement de la production électrique et numérique sans qu’aucun mécanisme de régulation ne soit, à ce jour, envisagé pour en limiter l’ampleur.

L’omniprésente dépendance minérale

Rappelons que la décarbonation de l’électricité ambitionne de réduire un des multiples impacts des activités humaines sur l’environnement : les émissions de gaz à effet de serre responsables du dérèglement climatique. Ces émissions sont identifiées par le GIEC comme étant l’impact environnemental le plus urgent à juguler car il menace directement l’habitat et l’existence de nombreuses populations du globe… mais les autres impacts liés à l’activité humaine n’en sont pas moins importants.

Or, le déploiement massif d’unités de production d’énergies intermittentes, de bornes de recharge et de stockage d’électricité (batteries…) réclame des minéraux en grande quantité. Ainsi, le géologue Olivier Vidal calcule que pour les seuls besoins de la décarbonation de l’énergie, nos sociétés doivent miner autant d’ici 2055 que depuis l’aube de l’Humanité. Sachant que la durée de vie d’un panneau solaire est d’environ 25 ans, il s’agit d’un investissement récurrent, à moins que l’amélioration du recyclage ne permette de réduire drastiquement la demande de minéraux directement issue des mines.




À lire aussi :
Les panneaux solaires, fer de lance de la transition ou casse-tête pour le recyclage ? Le vrai du faux


Les minéraux concernés sont principalement le cuivre (conducteur d’électricité irremplaçable), le lithium, plomb et cobalt des batteries, les terres rares (néodyme, dysprosium…) des éoliennes qui peuvent en contenir des centaines de kilos par unité, le silicium dopé (au bore, phosphore, cadmium, indium…) et l’argent des panneaux solaires, sans oublier l’aluminium et l’acier des pylônes électriques, dont la fabrication demande manganèse, nickel, chrome, molybdène…

Du côté du numérique, la diversité de minéraux nécessaires atteint des sommets. Un « simple » smartphone en contient plus de soixante : le tantale pour la miniaturisation des condensateurs, le germanium pour le dopage des semi-conducteurs, l’or et le molybdène pour les connecteurs inoxydables, à nouveau le cobalt pour la résistance des alliages…




À lire aussi :
Connais-tu le lien entre ton téléphone portable et les cailloux ?


Plus le matériel électronique est dense et miniaturisé, plus il contient d’alliages métalliques variés et fins, comme le processeur Apple A18 qui équipe les iPhone 16, ou le processeur nVidia Blackwell (5 nanomètres) qui domine le marché de l’IA.

Produire de tels équipements requiert des matières premières d’une pureté sans pareil, qui ne peuvent être issues du recyclage.

Les minéraux sont une ressource finie. Ils existent depuis la création de la Terre, et se concentrent dans le sous-sol au gré des événements géologiques. Actuellement, deux origines d’approvisionnement co-existent : la primaire (l’extraction minière), et la secondaire (le recyclage).

Les filons miniers les plus riches et faciles d’accès ont sans surprise été exploités les premiers : la teneur en minéral des gisements diminue.

Pour extraire au plus vite et à moindre coût, l’exploitation minière « de masse », le plus souvent à ciel ouvert, se développe, ce qui en accroît l’emprise au sol, la quantité d’énergie consommée, ainsi que les déchets (roches « stériles », boues, eaux polluées…). Les impacts environnementaux explosent pour miner la même quantité de substance.

Notons que la perspective d’une exploitation des ressources au fond des océans ou spatiales reste à ce jour un pari risqué.

Concernant la seconde source — le recyclage — le « gisement » est insuffisant pour répondre aux besoins d’aujourd’hui. En effet, avant de pouvoir recycler un objet, faut-il encore qu’il soit en fin de vie. Or, la demande en électricité nécessite l’addition de nouvelles capacités de production décarbonée, et non — à ce stade — leur remplacement.

L’électronique en particulier ne peut pas être considérée comme un gisement secondaire d’envergure, car son recyclage est problématique à divers niveaux. Pour commencer, nous ne collectons mondialement qu’un périphérique usagé sur cinq. Ensuite, nous ne savons récupérer industriellement que onze minéraux dans les déchets électroniques : fer, aluminium, cuivre, argent, or, nickel, chrome, cobalt, cadmium, néodyme et dysprosium. Leur séparation est rendue particulièrement difficile par leur diversité, les alliages, la miniaturisation, la complexification et la variété des produits collectés. Enfin, le recyclage ne permet pas d’atteindre la pureté des minéraux nécessaire à la fabrication de nouveaux composants électroniques.

Ce que sobriété veut dire

Ainsi observe-t-on un cercle vicieux entre les transitions énergétique et numérique qui accroît exponentiellement la demande en minéraux et ses impacts environnementaux.

La société civile, soucieuse de l’environnement, fourmille d’initiatives pour rendre soutenables les activités humaines : en se passant de numérique quand il n’est pas nécessaire, en subordonnant la quête d’optimisation au respect de limites matérielles que l’on s’est fixées, en augmentant la durée de vie des périphériques

Des coopératives commerciales émergent pour répondre démocratiquement à de nombreux défis : Enercoop fournit de l’énergie décarbonée, Commown de l’électronique écoconçue, Mobicoop assure la mobilité, Telecoop la téléphonie…

Du côté du numérique, il existe la fédération CHATONS, constituée de 90 collectifs qui fournissent au public divers services : e-mails, sites web, sauvegardes…

Mentionnons en particulier l’association Deuxfleurs à laquelle nous contribuons.

Plutôt que reposer sur des centres de données, Deuxfleurs propose des services numériques en utilisant comme seule infrastructure matérielle d’anciens ordinateurs de bureau répartis au domicile de quelques-uns de ses membres.

Intégrer de telles initiatives pourrait permettre de maîtriser notre consommation minérale grâce au réemploi, à la réparation électronique, à la conception de services numériques durables… Pour nous, voilà ce que « sobriété » veut dire.

The Conversation

Adrien Luxey-Bitri appartient à l’Université de Lille, est membre de l’association Deuxfleurs et du centre de recherche en informatique Inria.

Catherine Truffert est PDG de IRIS Instruments, filiale du BRGM. Elle est par ailleurs présidente du Centre de Ressources Technologiques Cresitt Industrie et membre de l’association Deuxfleurs.

ref. L’appétit insoutenable de nos sociétés en métaux, et comment lui survivre – https://theconversation.com/lappetit-insoutenable-de-nos-societes-en-metaux-et-comment-lui-survivre-255985

Les internats scolaires, déclin ou renouveau ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Bruno Poucet, Professeur émérite des universités en histoire de l’éducation, CAREF, Université de Picardie Jules Verne (UPJV)

Ils ne rassemblent plus aujourd’hui que 3 % des élèves dans l’enseignement secondaire. Pourtant, les internats ont longtemps été la norme de scolarisation des lycéens. Retour sur leur histoire et leur place dans les politiques éducatives actuelles.


Au centre du système scolaire depuis la création des lycées jusque dans les années 1960, les internats ont ensuite connu un déclin régulier de leurs effectifs. Mais au tournant des années 2000 s’est amorcée une politique de revalorisation de ces établissements, suivie de la création dans les années 2010 et 2020 de dispositifs consacrés à la lutte contre le décrochage, entre internats d’excellence et internats tremplins.

Quels sont les résultats de ces politiques ? Combien d’élèves suivent-ils désormais des études en pension complète ? Quels projets éducatifs les internats ont-ils véhiculés au fil du temps ?

Internat et enseignement secondaire

Si on se limite à la création des lycées de garçons en 1802 et des établissements privés en 1850 (loi Falloux), on peut dire qu’un établissement secondaire comporte toujours un internat au XIXe siècle. Un lycéen est alors d’abord un interne. Ce n’est pas le cas dans les lycées publics de jeunes filles, créés à partir de 1880 : les élèves ne sont pas hébergées sur place mais dans des pensions. Dans les établissements gérés par des congrégations, en revanche, elles sont internes, comme leurs homologues masculins. Aucun de ces établissements n’est mixte et tous disposent d’un personnel correspondant au sexe des élèves.

La vie dans ces établissements est assez rude : le chauffage, lorsqu’il existe, est rudimentaire, l’eau pour les ablutions est souvent froide et l’hygiène relative, la nourriture peu appétissante, la discipline quasi militaire. Dans des dortoirs immenses, la promiscuité et l’absence d’intimité sont totales. Le régime est spartiate : on est là pour étudier, peu de distractions existent hormis la cour de récréation ou la promenade du jeudi après après-midi. Ajoutons que dans la plupart des établissements, on ne retourne dans les familles que pendant les vacances, avec parfois une sortie possible le dimanche.

Ce régime perdure jusque dans les années 1960 : réservés à une minorité aristocratique ou bourgeoise, les internats des établissements secondaires restent des institutions fréquentées, faute des moyens de transport et parce que ces parents croient au bienfait de l’encadrement éducatif étroit. Mais aussi, tout simplement parce qu’ils ont l’habitude de confier l’éducation de leurs enfants à des tiers. Or, les choses évoluent rapidement dans les années 1960.

L’internat en déclin

La massification et la démocratisation du système éducatif à partir des années 1960 (scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans à partir de 1967, accès massif aux différents lycées à partir des années 1990), la création d’établissements secondaires proches du domicile, l’urbanisation croissante, engendrent une réduction rapide du nombre d’élèves internes dans les établissements publics, puis dans les établissements privés sous contrat.

Le nombre de collèges a en effet doublé entre 1960 et 2016, le nombre de lycées a augmenté, de son côté, de 20 %. Les transports scolaires se sont multipliés, facilitant ainsi l’accès aux établissements. La volonté des parents d’éduquer eux-mêmes leurs enfants et de moins déléguer, le coût, enfin, pour les familles, contribuent à délaisser progressivement les internats.

En 1960, selon les chiffres du ministère, 22 %, des élèves du second degré étaient internes dans le public, en 2024, ils sont 3,3 % (soit 183 900 élèves). En revanche, le nombre de demi-pensionnaires a augmenté considérablement (+13,2 % depuis 1994). Il y a des disparités selon les établissements et les lieux de leur implantation. L’internat est-il voué à la disparition ?

Vers un renouveau de l’internat ?

Actuellement, le taux d’occupation des internats est loin de remplir les capacités disponibles, mais ne décline plus. Tous établissements publics confondus, 51 000 places étaient vacantes en 2022-2023.

Il y a une trentaine d’années, le ministère s’est interrogé sur les objectifs à mener afin de revaloriser l’internat ou du moins d’arrêter son déclin. En 1999, la nouvelle politique est impulsée par le ministre Jack Lang puis par Jean-Louis Borloo, en 2005. Les internats sont rénovés, les grands dortoirs supprimés, des chambres individuelles ou à quelques élèves sont créés, la nourriture est améliorée, la mixité fait son entrée.

La vie scolaire, avec un personnel spécialisé et formé, prend désormais en charge les élèves et les encadre de façon souple, en étant attentive aux problèmes que certains rencontrent et en les aidant dans leurs apprentissages. Les élèves quittent, sauf exception, le lycée chaque semaine, des sorties individuelles sont autorisées et des activités culturelles ou sportives, parfois spirituelles dans certains établissements privés, sont organisées.

Par ailleurs, un nouveau type d’élèves est visé dans les établissements publics. Il s’agit de mieux encadrer les jeunes défavorisés, et d’aider à leur promotion, à leur réussite. Ainsi, la circulaire interministérielle du 28 mai 2009 créée des internats d’excellence destinés aux élèves de milieux défavorisés volontaires, mais faisant preuve de réelles capacités intellectuelles. Le premier ouvre à Sourdun (Seine-et-Marne), dans l’académie de Créteil. L’encadrement est renforcé, des activités sportives et culturelles sont organisées. Avec la loi sur la refondation de l’école de la République, en 2013, un accent différent est mis, ils deviennent des internats de la réussite pour tous et visent ainsi à réduire les inégalités sociales et territoriales.

Rentrée dans un internat d’excellence (académie d’Amiens, 2024).

Par ailleurs, par une circulaire du 29 juin 2010, des internats très spécifiques sont créés : ils visent à la réinsertion scolaire d’élèves polyexclus (au moins de deux collèges), voire délinquants : ce sont les établissements de réinsertion scolaire (ERS) : 2 000 élèves seraient potentiellement concernés. Un partenariat avec la Protection judiciaire de la jeunesse est organisé.

En 2019, un plan Internats du XXIe siècle, dans le cadre de l’école de la Confiance est décidé : il est prévu de créer en 2023, 240 internats à projets et d’accueillir 13 000 jeunes dans trois types de structure : les internats d’excellence déjà existants, les résidences à thèmes, dans les zones rurales et de montagnes, les internats des campus des métiers et des qualifications, pour les élèves de la voie professionnelle.

Enfin, en 2021 sont créés huit internats tremplins afin de prendre en charge une centaine de collégiens en situation de décrochage scolaire.

Force est donc de constater que l’on a désormais une diversité de formes possibles d’internats qui deviennent un instrument en matière de politique éducative, afin de faire face aux difficultés de l’école, même s’il n’y a pas de solution miracle en la matière.

Quel bilan ?

Une évaluation récente de la direction de l’évaluation du ministère (DEPP) conclut que

« l’internat propose, en moyenne sur l’ensemble des lycéens, des conditions d’hébergement globalement satisfaisantes (..). Les élèves internes réussissent aussi bien que les autres élèves, voire un peu mieux en lycée professionnel et dans les établissements régionaux d’éducation adaptée (EREA) dans la mesure où la continuité scolaire est mieux assurée ».

En revanche, les internats de réinsertion scolaire n’ont guère donné de résultats probants dans la mesure où ils peuvent, au contraire de ce qui est recherché, devenir une quasi-école de délinquance. Par ailleurs, un autre défi est à prendre en compte : celui de la baisse démographique. Ainsi, l’internat, en dépit des politiques éducatives menées, est certes peu développé, mais il s’est maintenu en changeant en grande partie de fonction.

The Conversation

Bruno Poucet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les internats scolaires, déclin ou renouveau ? – https://theconversation.com/les-internats-scolaires-declin-ou-renouveau-263448

Les cargos à voile, une industrie émergente face aux incertitudes politiques

Source: The Conversation – France (in French) – By Christian de Perthuis, Professeur d’économie, fondateur de la chaire « Économie du climat », Université Paris Dauphine – PSL

Le _France II_ est un navire marchand français, lancé en 1911, équipé de cinq mâts et de deux moteurs. Le vent était utilisé comme source de propulsion principale, et les moteurs thermiques en appoint. Georges Clerc-Rampal

L’utilisation du vent pour déplacer les navires est un levier sous-estimé de décarbonation du transport maritime. Malgré des débuts prometteurs en Europe, l’émergence de cette nouvelle industrie risque d’être contrariée par les menaces américaines qui pèsent sur les projets de régulation de l’Organisation maritime internationale.


L’usage du vent comme énergie d’appoint est une piste prometteuse pour accélérer la décarbonation du transport maritime sans attendre la mise au point de carburants alternatifs aux énergies fossiles, coûteux à produire. C’est pourquoi le marché de la propulsion vélique assistée connaît actuellement un renouveau.

On pourrait aller plus loin, avec la propulsion vélique principale, où le moteur du navire n’est plus utilisé que pour les manœuvres dans les ports ou pour raison de sécurité ou de ponctualité. Les gains de CO2 changent alors d’échelle, atteignant de 80 à 90 %. La neutralité carbone peut alors être atteinte si le moteur annexe utilise une énergie décarbonée.

Cette approche a d’autres avantages : d’autres nuisances, comme le bruit sous-marin et les dégâts provoqués par le mouvement des hélices, sont également réduites ou éliminées. Les cargos à voile de l’ère moderne sont ainsi susceptibles de contribuer à une mue en profondeur des transports maritimes.

L’Organisation maritime internationale (OMI) doit, à l’occasion d’une réunion qui se tient du 14 au 17 octobre 2025 à Londres, entériner un projet d’accord de décarbonation des flottes et de tarification carbone. Mais les États-Unis s’opposent à cette décision et menacent de représailles commerciales les pays qui appliqueraient ces régulations aux navires de commerce.




À lire aussi :
Le vent, un allié pour décarboner le transport maritime


De l’artisanat à l’industrie, bienvenue dans l’ère moderne des cargos à voile

Les pionniers du cargo à voile ont démarré petit, d’abord à l’échelle artisanale. Dans des années 2010, les fondateurs de la société TOWT ont affrété de vieux gréements pour faire traverser l’Atlantique à des denrées coûteuses (rhums, épices…). Le Grain de Sail 1, lancé en 2020 par l’entreprise du même nom, a une capacité d’emport de 50 tonnes.

Cela reste limité, quand certains porte-conteneurs peuvent déplacer jusqu’à 300 000 tonnes. La filière est toutefois en train de basculer à l’échelle industrielle. Les cargos de la flotte de TOWT peuvent emporter aujourd’hui de 1 000 à 1 100 tonnes de marchandises.

En haut, les cargos Anemos et Grain the Sail 2 lors de leur première traversée vers New York (2024). En bas, les premiers essais en mer du Neoliner Origin (été 2025) et la maquette du roulier OceanBird.
Fourni par l’auteur

Le Grain de Sail 3 – dont le lancement est prévu pour 2027 – aura une capacité de 2 800 tonnes. Le roulier (navire capable de charger et décharger sa cargaison par roulage de véhicules) Neoliner Origine, en cours de test par la société Neoline, pourra en transporter près du double. L’OceanBird, développé par des opérateurs suédois, promet de son côté d’embarquer 7 000 véhicules.

L’innovation plutôt que la course au gigantisme

Le secteur n’est pourtant pas à l’aube d’une course au gigantisme, similaire à celle menée par les porte-conteneurs, vraquiers et autres tankers géants. L’industrialisation de la navigation à voile repose avant tout sur une myriade d’innovations qui préfigurent une reconfiguration de l’activité.

Au plan technique, il s’agit d’abord de capter au mieux l’énergie du vent. De nombreuses innovations sont issues du monde de la compétition, à l’image de la flotte de trimarans cargos que la compagnie Vela compte déployer à partir de 2026.

L’efficacité des cargos à voile doit également beaucoup aux progrès de la science du roulage, qui optimise les routes au gré des caprices des vents.

Autre innovation cruciale : le couplage du vent à une autre source d’énergie décarbonée, à l’instar du projet de porte-conteneurs de la société Veer, qui associe la voile à de l’électricité fournie par de l’hydrogène vert.

Les cargos à voile ne visent pas la vitesse, mais la ponctualité. La vitesse de croisière en propulsion vélique principale est moitié moindre que celle des géants actuels des mers. La taille plus modeste des navires permet cependant d’utiliser des ports secondaires plus proches des destinations. Ces trajets dits « point à point » réduisent les temps d’attente devant les ports, le nombre des transbordements nécessaires ainsi que l’empreinte carbone totale des opérations de fret.

Les cargos à voile permettent d’ailleurs d’exploiter des lignes difficiles à exploiter à l’heure actuelle par les flottes actuelles. La compagnie Windcoop ambitionne ainsi d’ouvrir la première ligne régulière de fret entre l’Europe et Madagascar, libérant l’île des contraintes de transbordement. L’usage du vent pourrait également donner une seconde vie au cabotage (transport sur de courtes distances), à l’image du projet le Caboteur des îles à Belle-Île-en-Mer (Morbihan).

Expérimentation grandeur nature de cabotage en baie de Quiberon (Morbihan) menées avec Grain de Sail.
Citoyens Financeurs

L’industrialisation du transport vélique génère enfin nombre d’innovations socioéconomiques. Activité hautement capitalistique, le transport vélique exige des apports élevés en capital. Pour des sociétés comme Windcoop ou TOWT, le recours au financement participatif a facilité les levées de fonds et renforcé l’adhésion citoyenne.

Enfin, l’usage de la voile est attractif. Cela facilite le recrutement d’équipages qualifiés et peut séduire les croisiéristes d’un nouveau type. En effet, bon nombre de cargos à voile disposent de cabines pour faire partager à des touristes d’un nouveau genre l’expérience du voyage.




À lire aussi :
Des voiliers-cargos pour réimaginer le transport de marchandises


Les sentiers risqués de la « vallée de la mort »

La propulsion vélique est une industrie naissante : on décompte aujourd’hui 36 équipementiers recensés par l’association Wind Ship et 90 armateurs engagés et l’exploitation ou la construction de plus de 100 navires dans le monde.

L’Europe y occupe une place prépondérante, avec quelques concurrents asiatiques progressant rapidement. Fort bien positionnée, la France aligne 14 équipementiers, trois usines sur son territoire et la première flotte de cargos véliques au monde.

Mais le chemin de l’industrie du transport vélique n’en demeure pas moins semé d’embûches. Cette industrie aborde un tournant décisif, baptisé « vallée de la mort » par les économistes. Il s’agit de passer de l’innovation visionnaire à l’échelle industrielle.

Pour traverser cette vallée, il faut parvenir à baisser les coûts. Cela implique d’investir dans un changement d’échelle de production et d’élargir les débouchés commerciaux. Or, cette transition s’opère rarement de façon spontanée, car ce passage remet en cause les positions des acteurs historiques.

Ainsi, une cause récurrente de mortalité des innovations est l’inadéquation des soutiens publics lors des premières étapes du parcours, comme l’a illustré l’élimination des leaders européens et japonais du photovoltaïque.

C’est donc maintenant que se joue l’avenir du transport vélique. Il repose avant tout sur l’écosystème des acteurs qui y croient et investissent dans son avenir. Il dépend également des choix politiques, dans un contexte incertain.




À lire aussi :
D’où viennent les innovations ?


L’Organisation maritime internationale sous le coup d’une offensive trumpienne

À l’échelle européenne, l’inclusion du transport maritime dans le système d’échanges de quotas est un levier important pour l’équilibre économique de la propulsion vélique qui repose sur la gratuité du vent. Cette inclusion, encore partielle, doit être menée à son terme.

Deux leviers supplémentaires pourraient accélérer son déploiement :

  • flécher une partie du produit des enchères du système de quotas de CO₂ vers un fonds consacré au transport vélique,

  • ou encore, utiliser la commande publique pour favoriser les produits utilisant ce mode de transport.

En France, l’utilisation de la commande publique, figurant dans le Pacte vélique cosigné par l’État et par les acteurs de la filière en 2024, est restée embryonnaire, avec une seule opération au profit de la voile gonflable développée par Michelin.

Par ailleurs, le dispositif de suramortissement fiscal pour faciliter les investissements est fragilisé par le contexte budgétaire du pays, de même que l’utilisation de garanties publiques. Une loi transpartisane – ce n’est pas vraiment dans l’air du temps – serait l’outil approprié pour sécuriser le dispositif, au moment où l’Organisation maritime internationale (OMI) subit une offensive américaine.

En octobre 2025, le comité spécialisé de l’OMI doit entériner le projet d’accord sur la décarbonation des flottes et la tarification carbone. Les États-Unis s’opposent à cette décision et menacent de représailles commerciales les pays qui appliqueraient ces régulations aux navires de commerce. Un tel retour au statu quo antérieur serait un mauvais coup porté à la décarbonation du transport maritime.

Les États-Unis parviendront-ils à leur fin en mobilisant les forces politiques et économiques hostiles à la transition bas carbone ? Réponse le 17 octobre prochain, au siège de l’OMI, à Londres.

The Conversation

Christian de Perthuis ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les cargos à voile, une industrie émergente face aux incertitudes politiques – https://theconversation.com/les-cargos-a-voile-une-industrie-emergente-face-aux-incertitudes-politiques-264436

Arabie saoudite : le smartphone, objet d’émancipation mais aussi de surveillance des femmes

Source: The Conversation – France in French (3) – By Hélène Bourdeloie, Sociologue, maîtresse de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université Sorbonne Paris Nord et chercheuse au LabSIC et associée au Centre Internet et Société (CIS– CNRS), Université Sorbonne Paris Nord

Massivement adopté dans le royaume, le smartphone est utilisé par les Saoudiennes de multiples façons, souvent pour étendre leur marge de manœuvre dans une société où, malgré de récentes avancées, leurs droits restent nettement inférieurs à ceux des hommes. Si l’objet constitue un vecteur d’« empowerment », il est aussi un instrument de surveillance.


En janvier 2019, l’affaire Rahaf Mohammed al-Qunun fit le tour du monde : cette jeune Saoudienne qui cherchait à fuir sa famille se retrouva immobilisée en Thaïlande, son passeport confisqué. Munie de son smartphone, elle utilisa les réseaux sociaux pour alerter les organisations internationales sur le sort qui l’attendait. Le Canada accepta finalement sa demande d’asile. Le chargé d’affaires saoudien en Thaïlande déclara alors que les autorités auraient mieux fait de la priver de son téléphone, révélant ainsi le pouvoir inédit de cet objet connecté.

La même année, la militante Manal al-Sharif, connue pour avoir cofondé le mouvement Women to Drive en 2011 et l’avoir popularisé sur les réseaux sociaux, ferma ses comptes Twitter et Facebook. Ces outils, qui lui avaient d’abord permis de libérer sa parole, étaient devenus un piège au service de la propagande saoudienne et de la désinformation. Instruments de résistance et de mobilisation féministe résonnant auprès du monde entier, les réseaux sociaux se révélèrent des armes oppressives.

À la fin des années 2010, de nombreuses Saoudiennes se servaient des réseaux sociaux pour développer leur entreprise ou leur business.

Ces exemples reflètent la grande diversité de la condition de la femme en Arabie saoudite – une condition qui ne saurait se réduire à la représentation stéréotypée de la femme musulmane victimisée, soumise ou, à l’inverse, de la femme entrepreneuse glamour et cosmopolite. Ils traduisent également le rôle que peut jouer le smartphone dans la négociation avec les normes de genre.

Alliant conservatisme religieux et avant-gardisme technologique, le royaume se hisse parmi les nations les plus connectées de la planète, se distinguant par des taux de pénétration record en matière de microblogging et de réseaux sociaux comme YouTube. Introduit dans les années 2000, le smartphone s’est très rapidement implanté dans cette société qui a fait de la numérisation et de l’investissement dans la tech l’un de ses nouveaux étendards politiques.

La ségrégation de genre instituée…

Façonnée par des dimensions historiques, culturelles, religieuses et économiques, l’identité de la femme saoudienne est plus complexe que celle véhiculée par l’Occident, qui voit en elle une subordonnée.

Il est vrai que l’héritage tribal et la doctrine wahhabite, dominants dans le pays, ont longtemps fixé un cadre rigoriste qui a façonné la place des femmes dans la société. Mais paradoxalement, c’est le boom pétrolier des années 1970 qui a renforcé et institutionnalisé la ségrégation de genre, constituant à la fois un obstacle et un levier à l’émancipation des femmes.

Toutefois, dans les années 2000, des réformes progressives ont eu lieu : depuis 2014, les Saoudiennes peuvent travailler dans de nombreux secteurs sans l’accord de leur tuteur ; depuis 2018, elles peuvent ouvrir leur propre entreprise et conduire sans cette autorisation préalable ; et depuis 2019, les femmes peuvent voyager sans accord tutélaire. Le plan Vision 2030 a du reste accéléré ce mouvement en inscrivant la libéralisation économique et sociale au cœur du projet politique saoudien.

La société reste néanmoins sexiste et hiérarchisée, avec des rapports de genre s’inscrivant dans un système patriarcal où l’homme détient l’autorité et définit l’honneur féminin comme un bien à protéger. Cette hiérarchie se manifeste dans la famille, l’espace public, la loi ou encore la langue, qui consacre la domination masculine.

C’est dans ce contexte d’une société ségrégationniste, où les Saoudiennes ont longtemps été assignées à la sphère domestique, mais aussi de réformes en faveur des droits des femmes, que le smartphone exerce un rôle polyvalent et paradoxal.

Les normes de genre ébranlées par le smartphone

Les Saoudiennes se sont rapidement approprié l’internet et, plus encore, le smartphone. Initialement plus connectées que les hommes – elles étaient 96 % à utiliser l’internet en 2015, contre 88 % pour les hommes (selon la Commission des Technologies de l’Information et de la Communications, devenue Commission de l’espace et de la technologie Space and Technology Commission) –, les Saoudiennes passaient aussi plus de temps en ligne, et se connectaient davantage depuis leur domicile et via leur smartphone. Ces pratiques s’expliquaient à la fois par la construction statutaire de l’identité de genre, qui les confinait à l’espace domestique, et par l’interdiction de conduire, laquelle contribuait à renforcer leur usage du smartphone.

Loin d’être un simple outil technique, le smartphone a dès lors été investi comme support de visibilité et d’expression de soi pour compenser une invisibilité engendrée par la ségrégation de genre.

Toujours à portée de main, le smartphone s’est aussi imposé comme un accessoire de mode, éminemment visible pour les Saoudiennes vêtues d’abāya et de niqāb, une visibilité d’autant plus marquée avant la déclaration en 2018 du prince héritier Mohammed Ben Salmane, homme fort du royaume, déclaration selon laquelle le port de l’abāya n’était pas obligatoire.

Dans cette société stratifiée où les objets ont un pouvoir distinctif – un iPhone dernier cri est un marqueur social et esthétique –, le smartphone devient une parure ostentatoire, un instrument de stylisation et de présentation de soi qui s’exhibe dans les espaces publics, en particulier dans les centres commerciaux où les femmes peuvent déambuler en confiance.

Au-delà de son rôle symbolique, le smartphone a ouvert un espace d’émancipation grâce à la photographie et aux réseaux sociaux, alors même que l’image humaine est controversée dans l’islam et que les photographies furent longtemps proscrites en Arabie saoudite, le pays étant allé jusqu’à bannir les premiers téléphones munis d’appareils photos. Ces interdictions ont progressivement cédé, en dépit de restrictions persistantes.

En 2016, l’essor de Snapchat joua un rôle décisif. Très populaire en Arabie saoudite – le royaume figurait parmi les premiers utilisateurs au monde –, l’application permit aux jeunes femmes de se rendre visibles à travers des selfies et portraits retouchés. Les filtres constituaient autant de stratégies pour contourner la censure islamique, un portrait ou un corps modifié n’étant plus considéré comme une représentation humaine. Ces usages ludiques pouvaient être transgressifs : montrer ses cheveux ou son visage, même transformés, revenant à défier les normes.

Le smartphone a ainsi permis aux Saoudiennes de négocier avec les codes, d’affirmer la présence des femmes dans l’espace numérique et, parfois, de contester l’ordre social établi.

Le smartphone : instrument au service ou contre le féminisme ?

Pour les Saoudiennes, empêchées de conduire jusqu’en 2018, le smartphone devint un instrument de mobilité via les applications de VTC Uber ou Careem, leur permettant de se déplacer sans recourir à un membre masculin de leur famille ou à un chauffeur privé. Les applications de géolocalisation rassuraient quant à elles les proches, facilitant les sorties des jeunes filles.

Au-delà, le smartphone constitue un véritable instrument de militantisme. Le mouvement Women to Drive trouva ainsi une nouvelle ampleur grâce au numérique. En 2013, c’est en effet avec leur mobile connecté que des Saoudiennes, bravant publiquement l’interdiction de conduire, se filmèrent au volant et diffusèrent leurs vidéos sur YouTube et Twitter.

Plus largement, dans ce pays où la scène politique est inexistante, c’est sur les réseaux sociaux que se tiennent les débats et mobilisations féministes. C’est d’autre part grâce au développement de services numériques que les Saoudiennes ont pu s’affranchir de certaines règles du système de tutelle. Ainsi, créée en 2015, l’application gouvernementale Absher a-t-elle pu simplifier le quotidien des femmes, leur ouvrant même la voie pour déjouer le système en s’octroyant elles-mêmes l’autorisation de voyager.

Pourtant, le smartphone peut aussi jouer contre le féminisme. Cette même application Absher, initialement conçue pour faciliter l’ensemble des démarches administratives, a ainsi été dénoncée comme un objet de surveillance renforçant le contrôle sur les femmes. Par ailleurs, instrumentalisés par le régime, les smartphones sont devenus des objets de filature via leur numéro IMEI, permettant de traquer les personnes dissidentes ou des Saoudiennes tentant d’échapper à leur possible funeste destinée.

Outil d’émancipation et d’empowerment, le smartphone en Arabie saoudite est donc aussi un instrument de contrôle. C’est cet objet qui, au-delà des cas de Rahaf Mohammed ou de Manal al-Sharif cités plus haut, a permis à des femmes de développer leur entrepreneuriat sur Instagram, ou à des prédicatrices musulmanes de défendre leurs droits sur la scène numérique en luttant en faveur de la préservation du système de tutelle, considéré par certaines d’entre elles comme un dispositif de protection de la femme saoudienne.

Au service du féminisme – un regard tourné vers l’Orient met du reste au jour la pluralité de ses visages, irréductible à un modèle de résistance calqué sur l’expérience occidentale –, le smartphone en Arabie saoudite peut servir la cause des femmes autant que la desservir. Il a pu ainsi œuvrer contre le féminisme en renforçant le contrôle des voix dissidentes, en développant l’espionnage et la traque, et en consolidant, via les réseaux sociaux, une culture de la surveillance déjà ancrée dans le tissu social. Ni simple outil d’émancipation, ni pur instrument d’oppression, le smartphone demeure un objet et un espace de tensions où se redessinent les rapports de pouvoir et les normes de genre.


Ce texte prend appui sur une communication présentée lors du XXIe congrès de l’Association internationale des sociologues de langue française (AISLF) qui a eu lieu en 2019.

The Conversation

Hélène Bourdeloie ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Arabie saoudite : le smartphone, objet d’émancipation mais aussi de surveillance des femmes – https://theconversation.com/arabie-saoudite-le-smartphone-objet-demancipation-mais-aussi-de-surveillance-des-femmes-264252

Les laboratoires créatifs : des occasions pour développer un éventail de compétences

Source: The Conversation – in French – By Caroline Damboise, Professeure en technologies éducatives, Université du Québec à Rimouski (UQAR)

L’implantation des premiers laboratoires créatifs dans les milieux scolaires, artistiques, industriels et communautaires a été initiée à la fin des années 1990 par l’Institut de technologie du Massachusetts (MIT). Graduellement, le phénomène a pris de l’expansion et s’est répandu à l’échelle mondiale. Au Québec, cela se traduit, notamment, par l’émergence de laboratoires créatifs dans des milieux scolaires.

En tant que professeurs-chercheurs spécialisés respectivement en technologies éducatives ainsi qu’en didactique et orthopédagogie des mathématiques au primaire à l’Université du Québec à Rimouski, nous nous sommes intéressés au potentiel de ces dispositifs afin de favoriser l’engagement et la qualité des apprentissages des élèves.


Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de La Conversation. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre infolettre pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.


La grande idée derrière un laboratoire créatif

Un laboratoire créatif, c’est un environnement relativement flexible mettant plusieurs outils à la disposition des personnes participantes.

Par exemple, on peut y retrouver des imprimantes 3D, des ordinateurs, des robots, des presses à macarons, ou une machine pour découper du vinyle (Cricut). Cet aménagement permet de concevoir, de fabriquer ou de développer un projet afin de répondre à un objectif que l’on aimerait atteindre.

Le projet peut toucher les arts, la robotique, ou encore le numérique. Dans ces environnements, l’erreur fait partie du processus d’apprentissage et permet d’améliorer le projet ou le prototype construit.

Les laboratoires créatifs dans les écoles

Soutenir le plaisir d’apprendre, motiver les élèves à l’école et leur donner des occasions de vivre des situations leur permettant d’exploiter leur potentiel demeure tout un défi dans les classes pour les enseignants. Les laboratoires créatifs peuvent à cet égard constituer une occasion intéressante à exploiter dans les écoles.

Un rapport du Laboratoire de formation et de recherche sur la littératie numérique de l’UQAC fait mention de valeurs se retrouvant au sein des laboratoires créatifs et de la philosophie derrière ces milieux. L’autonomie, la créativité, la collaboration et l’aspect ludique en sont quelques exemples.

Les observations et entrevues réalisées dans le cadre du projet de recherche débuté en 2022 ont confirmé ces propos. S’agissant par exemple de la collaboration, nous avons pu observer dans certaines situations des élèves de cinquième ou sixième année aider des élèves plus jeunes.




À lire aussi :
Il est plus que temps de prendre au sérieux les inégalités numériques et scolaires


D’ailleurs, le cadre non traditionnel des labos créatifs permet à beaucoup d’élèves de s’investir dans des projets tout en faisant des apprentissages de manière moins formelle, mais tout aussi utile. En permettant aux élèves de choisir un projet selon leurs intérêts, plusieurs types d’élèves y trouvent leur compte, notamment les élèves ayant davantage de difficultés à performer au niveau académique.

Des exemples de projets issus des laboratoires créatifs

Dans le cadre d’un projet, un élève peut par exemple développer un objet grâce à la modélisation, puis imprimer son prototype au moyen d’une imprimante 3D. L’élève peut ainsi créer une décoration spéciale pour son arbre de Noël, ou encore réaliser un porte-clés pour ses parents.

Le tout peut aussi se faire en utilisant le bois ou encore la pyrogravure.

En se prêtant à ces différentes activités, les enfants peuvent développer leur autonomie et leur esprit d’initiative tout en étant encadrés par les enseignants. Cela leur permet également d’explorer leurs intérêts, et peut-être même de les orienter vers un domaine professionnel futur.




À lire aussi :
La littératie numérique devient incontournable et il faut préparer la population canadienne


L’utilisation de la robotique pédagogique peut constituer une expérience particulièrement riche dans un contexte de laboratoire créatif. Les élèves peuvent par exemple faire des compétitions entre des robots conçus de toutes pièces par eux, faire un véhicule en LEGO motorisé répondant à certaines caractéristiques précises, ou encore concevoir une danse avec un robot.

Le marché de l’emploi est de plus en plus lié aux technologies qui peuvent parfois coûter assez cher. Certains enfants, notamment défavorisés, n’y ont donc pas accès. Les labos créatifs peuvent remédier à ce problème en mettant à la disposition des élèves toutes sortes d’appareils, comme une imprimante 3D. Ils familiarisent par le fait même les enfants avec des technologies analogues à celles avec lesquelles ils devront composer une fois adultes.

Des élèves engagés dans la résolution de problèmes motivants

Un avantage indéniable que permettent les laboratoires créatifs découle du fait que l’atteinte des objectifs spécifiques à chaque projet favorise la prise de risque et l’engagement des élèves en contexte de résolution de problèmes.

En effet, dans le milieu scolaire, il n’est pas rare de voir des élèves éviter de s’impliquer dans les activités proposées de peur de vivre un échec. De plus, dans un contexte d’éducation inclusive, les laboratoires créatifs constituent un excellent levier permettant de faciliter la différenciation de l’enseignement afin de tenir compte des intérêts et des caractéristiques de chacun.

Cela est essentiellement attribuable au fait que chaque élève, en fonction de son niveau d’aisance respectif vis-à-vis le projet proposé, sera en mesure de formuler ses propres objectifs et de s’engager au sein d’une activité qu’il pourra mener à terme. Dans ces contextes, les élèves peuvent donc développer leur compétence de résolution de problèmes en s’interrogeant sur ce qui fait que leur projet ou leur prototype ne fonctionne pas.

Des témoignages sans équivoque

Un laboratoire créatif a par exemple été mis sur pied en septembre 2022 à l’école L’Oiseau-Chanteur de Saint-Mathieu-de-Rioux dans le Bas-Saint-Laurent. Tout au long de l’année scolaire, une trentaine d’élèves ont ainsi pu mettre à l’épreuve leur créativité en participant à une foule de projets.

À ce sujet, Mélissa Couillard, une enseignante de l’établissement, rapporte que les activités réalisées dans les laboratoires créatifs permettent aux élèves de relativiser leur rapport à l’erreur : « Ce n’est pas un échec pour eux. Ils collaborent pour trouver des solutions et des stratégies pour régler les problèmes qu’ils rencontrent ».

Bien que ce type d’environnement demande un investissement de la part des enseignants et un certain lâcher-prise, les élèves apprécient l’occasion qui leur est donnée de pouvoir investir des projets moins académiques, mais tout aussi éducatifs.

D’ailleurs, un élève moins performant au niveau académique peut justement tirer son épingle du jeu dans le contexte des laboratoires créatifs. Ainsi, Marie-Pier Gauthier, également enseignante de l’établissement, précise qu’elle a eu l’occasion d’observer des élèves qui vont particulièrement briller dans cet environnement, alors que le côté académique est peut-être moins valorisant pour eux.

Vers une collaboration des milieux scolaires et communautaires ?

Les bienfaits des laboratoires créatifs ne se limitent pas au milieu scolaire. Cet environnement peut aussi bénéficier à la communauté sans égard à l’âge des personnes qui s’engagent au sein d’un projet créatif se rapportant à un objectif personnel.

Les défis intellectuels rattachés à chacun des projets contribuent à tisser des liens entre les membres de l’environnement qui peuvent s’entraider et collaborer afin de contribuer à l’atteinte de l’objectif préalablement fixé.

Ainsi, on pourrait même envisager une collaboration avec des organismes du milieu communautaire qui pourraient venir offrir du soutien dans la réalisation de certains projets, ou encore favoriser un transfert de connaissances.

La Conversation Canada

Caroline Damboise a reçu des financements de l’UQAR pour des recherches en lien avec les laboratoires créatifs, mais le texte en cours ne porte pas directement sur ces recherches.

Thomas Rajotte ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les laboratoires créatifs : des occasions pour développer un éventail de compétences – https://theconversation.com/les-laboratoires-creatifs-des-occasions-pour-developper-un-eventail-de-competences-240861

Who’s got the power? Studies of male and female primates show it’s not simple

Source: The Conversation – Africa (2) – By Nikos Smit, Postdoc in evolutionary/behavioural ecology, University of Turku

Our understanding of female-male power relationships in animals has changed over time. Evolutionary biologists once thought that male mammals held clear-cut power over females. Later, species with pronounced female power over males were presented as exceptions in a landscape of strict male power. Spotted hyenas and certain primates, including bonobos and most lemurs, were examples of female dominance.

These views were reinforced by the assumption that males and females competed over different resources: males over females, and females over food.

But it’s not that simple, as the research of our colleagues and our own work on various primates has shown.

We reviewed studies of primate species and found that power relationships between the sexes varied significantly. In our sample, only 25 species exhibited clear male power, 16 exhibited clear female power, and the remaining species (about 70%) exhibited moderate or no sex biases in power. Most primate females can compete directly with males and often overpower them.

Size and strength differences between males and females

Males don’t always have all the power even when they are much larger and stronger than females.

In an earlier study, we showed that female mandrills in Gabon sometimes outrank males that are more than three times heavier than them.

Gorillas are an interesting case too. Apart from the big difference between males and females in body and canine tooth size, they are also typically presented (by scientists and non-scientists) as the species with the strictest male-biased power over females among great apes. They’ve become the “male power archetype” among animals.

We drew on 25 years of data about mountain gorillas in Uganda, to test if males strictly overpower females. Our findings suggest that females may leverage support from the most powerful males to gain power over other males. Or they may leverage access to themselves, and some males yield to females to acquire such access.

Our findings in mandrills and gorillas contribute a new perspective on the ecology and evolution of female-male power relationships in great apes and other primates that is not solely based on size and strength. They call for future work to investigate similar long-standing assumptions regarding the evolutionary origins of intersexual relationships across species.

Factors influencing power across primates

Our comparative analysis showed that intersexual power is influenced by different factors. Generally, females rely less than males on physical force and coercion in order to gain power. Female power is more likely to prevail in species that are monogamous, have little or no body size difference between adult females and males, and/or forage primarily in trees. These are conditions that give females greater control over reproduction.

By contrast, male power is more likely to prevail in species where males mate with multiple females, are primarily terrestrial, and have larger bodies or greater weapons than females.

Even when these conditions are met, however, there isn’t always a clear-cut bias in intersexual power of a social group or species.

Male mandrills and gorillas mate with multiple females and are terrestrial. In these species males generally have more power than females, and the highest ranking individual in a group’s social hierarchy is always a male. Yet power is not clear-cut and females can overpower other males.

What males and females compete for

Finally, our studies suggest that females and males often compete directly over access to resources.

In the comparative study across primates, we found that contests between females and males represented on average almost half of all contests in a social primate group.

In the study on mountain gorillas, we found that power relationships between females and males determined priority of access to a precious food resource, and when a female overpowered a male, she always had priority over him.

Altogether, these new findings suggest that:

  • most primate societies do not have clear-cut sex-biases in power

  • even in species with extreme male-biases in size and strength, females can overpower males

  • females and males compete directly over similar resources.

These findings refine our interpretation of intersexual relationships across animals. They caution against oversimplified views based solely on physical strength while neglecting the complexity of their social landscape.

Finally, this work shows that the human profile does not really resemble other primates where there is clear male dominance or clear female dominance. Instead, humans are closer to those “intermediate” species with moderate and flexible dominance relationships. This can inform attempts to reconstruct power relationships between men and women in early humans.

The Conversation

Elise Huchard receives funding from CNRS and the French Agence Nationale pour la Recherche (ANR).

Nikos Smit does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Who’s got the power? Studies of male and female primates show it’s not simple – https://theconversation.com/whos-got-the-power-studies-of-male-and-female-primates-show-its-not-simple-263292

Refugee protection in Egypt: what’s behind the return train to Sudan

Source: The Conversation – Africa (2) – By Dina Wahba, Senior Researcher, Arnold Bergstraesser Institute, University of Freiburg

A special train left the Egyptian capital of Cairo for Aswan, a town close to the border with southern neighbour Sudan, in July 2025. The train, publicised by the Egyptian government as shiny, air-conditioned and free of charge, runs a weekly service. It is transporting Sudanese refugees who are willing to go back home. Sudan, however, has been in the midst of civil war since April 2023.

The train arrives in Aswan after around 12 hours. Travellers then continue via bus or ferry into Sudan. Little is known about what happens when travellers arrive in the country.

As at mid-2025, more than 190,000 Sudanese refugees had gone back home from Egypt. This is a five-fold increase in returns from 2024. Egypt hosts the largest number of Sudanese who have fled the war. More than 1.2 million Sudanese have crossed into Egypt since April 2023, making them the largest refugee community there.

The army-led Sudanese government – which regained control of Khartoum in March 2025 after losing the capital two years earlier – promotes return as part of its alleged efforts for post-conflict stabilisation and reconstruction.

However, camouflaged behind Egypt’s voluntary return programme is a far more complex political reality, with refugees in the centre.

Initially, Egypt kept its borders relatively open, allowing women, children and older men to enter visa-free under a long-standing deal with Sudan.

As refugee numbers rose, however, new restrictions were imposed and brutally enforced from June 2023. These restrictions were codified in a new law adopted in 2024.

We have studied socio-political dynamics in Egypt and African refugee politics. In our view, while the voluntary return initiative is widely promoted by Egyptian and Sudanese authorities as a sign of solidarity and reconstruction, it masks a policy environment aimed at reducing the Sudanese population in Egypt.

Egypt has a contentious history of refugee protection. In recent years, refugees have faced hostile sentiments from host communities and rising xenophobia. Sudanese refugees in particular have been denied access to public spaces or rental property, and have faced physical violence.

The government’s response has focused on appeasing domestic audiences in the face of economic decline by providing external scapegoats. This does not bode well for the future of refugee protection in Egypt.

Countries often scapegoat refugees and other migrants to retain legitimacy with their own citizens, especially when there are pervasive inequalities that states cannot or will not bridge. This is the case in Egypt.

Egypt and Sudan’s shifting relations

Refugee hosting is never just a question of humanitarian or ethical protection measures. It is deeply embedded in domestic and external policy interests, as well as the global geopolitical context.

Egypt changed its open-border agreement with Sudan on 10 June 2023. It required all Sudanese to obtain visas before entry. Wait times stretched to two to three months, and an illicit market of visa “facilitators” sprang up, charging between US$1,500 and US$2,500 per person.

Egypt’s reception of displaced Sudanese took a more restrictive and controlling approach, including deportations. Its asylum law, passed in December 2024, formalises these harsh measures. Vague national security clauses enable status revocations and penalise the “illegal” entry of refugees.

Politically, Egypt has backed the Sudanese army as the cornerstone of stability. It backed Sudan’s October 2021 military coup and has aligned with the army in the ongoing civil war against the paramilitary Rapid Support Forces.

While the civil war continues to rage in many regions of Sudan, army-led forces have control of the centre and east of Sudan, supporting the push for the special train programme.

Additionally, Egypt has been a core beneficiary of European Union (EU) efforts to stop onward migration from Africa and the Middle East to Europe. Though Egypt is no longer one of the most significant routes to Europe – this has shifted to Libya – Egyptians make up one of the largest national groups of irregular migrants arriving in Europe. With rising numbers of refugees in Egypt, the EU fears the situation could spiral.

To address this, Egypt signed a 7.4 billion euro (US$8.7 billion) deal with the EU in March 2024 to increase control of its (sea) borders and cooperate on returns from Europe. Thus, Egypt’s return of refugees to Sudan is in the EU’s interests.

Under such complicated settings, refugees become pawns. Egypt’s train, therefore, serves domestic policy interests of reducing Sudanese refugees, addresses the general hostile environment these refugees face and supports Cairo’s external policy interests.

What about the refugees?

When it comes to Sudan, the big question is whether states are violating a core tenet of refugee protection: the principle of non-refoulement. This states that countries cannot return refugees to a country where they would face torture, cruel, inhuman or degrading treatment or punishment and other irreparable harm.

Many Sudanese may choose to return not because they’re hopeful but as a result of economic hardship in Egypt, uncertainty with regard to their legal status, and fear.

The UN Refugee Agency advances three “durable solutions” for the return of refugees:

  • local integration, which is difficult in Egypt

  • resettlement to a third country, which has become increasingly difficult in the current global environment. The US, for instance, suspended all its resettlement programmes in January 2025.

  • returning voluntarily to the country of origin.

Where possible, states aim to return people – both refugees and other migrants – voluntarily. This is often done with the assistance of the International Organisation for Migration. However noble this process may be, migrants may still feel coerced.

Though army-controlled areas in Sudan like Khartoum, Sennar and El Gezira have seen relative calm, key conflict zones like Darfur and Kordofan are still actively contested. Humanitarian agencies caution that the ongoing violence undermines the voluntary nature of return.

What can be done

Usually after a conflict ends, the UN Refugee Agency draws up tripartite agreements with the countries of origin and asylum, and itself. This establishes the conditions for refugees to return and establishes proper reintegration programmes.

In the Egypt and Sudan case, however, it’s not clear who is financing the return train. Where is the tripartite agreement between Sudan, Egypt and the UN Refugee Agency? Is this even on the table given the continuing conflict in Sudan?

The trickiest part is what happens in the long run for those returning to conflict. This can amount to what scholars call “slow deportation”, where return, even when allegedly voluntary, undermines a serious commitment to refugee protection.

What Sudanese refugees need is not air-conditioned trains. Rather, they need protection of their full political, social and legal rights, as the world promised in the aftermath of the atrocities of the second world war in 1951.

The Conversation

Franzisca Zanker receives funding from the European Research Council for the project “The Political Lives of Migrants: Perspectives from Africa” (Grant no: 101161856).

Dina Wahba does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Refugee protection in Egypt: what’s behind the return train to Sudan – https://theconversation.com/refugee-protection-in-egypt-whats-behind-the-return-train-to-sudan-264917

Emergency alerts may not reach those who need them most in Colorado

Source: The Conversation – USA (2) – By Carson MacPherson-Krutsky, Research Associate, Natural Hazards Center, University of Colorado Boulder

A firefighter watches as the NCAR Fire burns on March 26, 2022, in Boulder, Colo. Michael Ciaglo via Getty Images

Many Coloradans may never get an alert that could save their life during a disaster.

And the alerts that go out may not easily be understood by the people who do get them.

We are social scientists who study emergency alerts and warnings, the challenges that exist in getting emergency information to the public, and ways to fix these issues.

Research two of us – Carson MacPherson-Krutsky and Mary Painter – did with researcher Melissa Villarreal shows only 4 in 10 Colorado residents have opted in to receive local emergency alerts. And many alerts may not be written with complete information, translated into the languages residents speak, or put into formats accessible to people with vision or hearing loss. This means some of our most vulnerable neighbors could miss crucial information during a crisis.

A decentralized alert system

Alerts are complex. They can come from a variety of official sources, including 911 centers, weather forecast centers and others. Alerts can also come in many forms, ranging from emails and texts to sirens and radio broadcasts.

Our study, mandated and funded by Colorado House Bill 23-1237, focused on understanding alert systems in Colorado after the Grizzly Creek Fire in 2020 and the Marshall Fire in 2021.

Smoke billows from a rocky and mountainous forest near an empty highway.
The Grizzly Creek Fire burns down hillsides along I-70 in Glenwood Canyon on Aug. 17, 2020, near Glenwood Springs, Colo.
Helen H. Richardson/MediaNews Group/The Denver Post via Getty Images

These fires were destructive and highlighted issues related to emergency alerting. Alerts about the fires and calls to evacuate were delayed and inconsistently received. Most were only available in English despite census data that shows 1 in 10 residents of Eagle and Garfield counties speak Spanish at home and only “speak English less than ‘very well.’”

The resulting legislation focused on how to make emergency alerts in Colorado accessible to all, but especially those with disabilities and with limited-English proficiency.

As social scientists who study disasters, we know that hazards, like earthquakes and wildfires, reveal inequities and that certain groups fare worse and take longer to recover. People with disabilities have higher rates of death from disasters. This is not because these populations are inherently less able to respond, but because emergency planning and systems may not account for their specific needs.

Our Colorado study used interviews and a statewide survey of 222 officials that send alerts to better understand the challenges of providing alerts across the state and reaching at-risk populations.

A patchwork system

The state of Colorado does not have a uniform alert system. Local areas determine the alert systems they will use.

Some alerts get sent through systems that require people to opt in. This means that people sign up and choose to receive notifications. Neighboring counties often use different opt-in alert systems, meaning individuals who travel to different counties for work or recreation may need to register for multiple systems. Examples of these systems include Everbridge, used by Boulder County, and CodeRed, used by Adams and Park counties.

A boy stands on top of a car, peering through binoculars, as orange smoke billows in the background.
Amitai Beh, 6, watches the NCAR Fire on March 26, 2022 in Boulder, Colo..
Michael Ciaglo/Stringer via Getty Images

The success of these systems in an emergency relies on the community signing up for alerts.

We found that registering for alert systems was a barrier for everyone, but especially those with limited-English proficiency and with disabilities. This is because they may not be aware of the systems that are accessible to them or they are wary of providing personal information, and depending on their location, alerts may only be offered in English.

Most of the Colorado counties either have Integrated Public Alert and Warning System (IPAWS) approval or are in the process of getting approval. Some counties on the Eastern Plains, like Otero and Kiowa counties, have not started the process.
The current status of Integrated Public Alert and Warning System alerting entities across Colorado. Green means there’s an approved alerting authority, yellow indicates the region is in the process of becoming an alerting authority, and gray means the area has not begun the process.
Colorado Division of Homeland Security & Emergency Management, CC BY-ND

Another system is “opt out,” meaning people will receive alerts by default unless they turn them off. These include Wireless Emergency Alerts, or WEAs. These messages get broadcast through cellphone towers to phones in a specific geographic area. So if you have a cellphone in a WEA alert boundary, you will get an alert. WEAs are used in Colorado to target specific regions in danger, such as an area that needs to evacuate or for an Amber Alert.

There is no national standard or guidance for opt-in or opt-out systems, which can lead to inconsistencies in how people get alerts.

Lack of resources limits alerting authorities

We found that though authorities often want to provide alerts in other languages and accessible formats, they have significant resource constraints. Time, staff, money or training can all limit the level of accessibility they can provide.

Sixty-four percent of the authorities we surveyed said they lacked funding to make alerts more inclusive.

More than a third of our respondents didn’t know if their systems could provide alerts in languages other than English or for people with disabilities. This speaks to a need for better training on how these systems work and how to use them effectively.

An alert is complete if it includes information about the source, hazard, location and time. Recently, researchers found that fewer than 10% of all Nationwide Wireless Emergency Alerts issued from 2012 to 2022 were complete.

One of us – Micki Olson – worked with the federal government to develop the Message Design Dashboard to help alerting authorities craft clear and comprehensive emergency messages.

Fifty-six out of 64 counties in Colorado are an Integrated Public Alert and Warning System authority, which means they can send alerts across multiple platforms at once. This can improve alert access since it broadens who alerts reach.

Not all counties have this option, and even the ones who do, don’t always use it. In our study, authorities noted limited staff capacity, funds and lack of time prevents them from getting or using the IPAWS system.

“We simply do not have the resources, both financial and people, to deploy all of these systems,” a survey respondent from Gunnison County said.

Alert systems were not built to be accessible

The final issue we identified is that alert systems were not developed with accessible options and functionality like video or image options. For example, people who are blind or have low vision won’t have access to a message unless they enable text-speech features on their phone in advance.

The WEA system only allows alerts to be sent in English or Spanish. Characters like accents and tildes cannot be included. Expansion of language options was planned but is now on hold for unclear reasons. Some counties have the resources to make alerts available in additional languages, but most do not.

Almost 900,000 Coloradans speak a language other than English. According to the Migration Policy Institute, more than 230,000 Coloradans have difficulty comprehending and communicating in English.

Where do we go from here?

Recent events, including the Palisades and Eaton fires in California and the devastating floods in Kerr County, Texas, demonstrate how critical it is that timely and accessible emergency alerts reach everyone, but especially the most vulnerable individuals.

However, these systems are complex, and everyone from individuals to local government can play a part in improving them.

  • Federal and local governments can allocate funds to update and standardize systems. They can also implement training and procedures to ensure alerts are effective and inclusive.

  • Authorities that send alerts can partner more closely with trusted community organizations and networks to reach diverse audiences.

  • Researchers can identify how to better tailor systems to meet community needs.

  • Individuals can learn about and sign up for alerts. To do so, visit local government websites or enter “emergency alerts” and the name of your county or city in an online search.

The Conversation

Carson MacPherson-Krutsky works for the Natural Hazards Center at the University of Colorado Boulder. Through the Center, she receives funding from the State of Colorado, NSF, USACE, USGS and others.

Mary Angelica Painter works for the Natural Hazards Center at the University of Colorado Boulder. Through the Center, she receives funding from agencies including NSF, USACE, USGS and others.

Micki Olson has received funding from FEMA and NOAA.

ref. Emergency alerts may not reach those who need them most in Colorado – https://theconversation.com/emergency-alerts-may-not-reach-those-who-need-them-most-in-colorado-262308

How a corpse plant makes its terrible smell − it has a strategy, and its female flowers do most of the work

Source: The Conversation – USA (2) – By Delphine Farmer, Professor of Chemistry, Colorado State University

The corpse plant’s bloom appears huge, but its flowers are actually tiny and found in rows inside its floral chamber. John Eisele/Colorado State University

Sometimes, doing research stinks. Quite literally.

Corpse plants are rare, and seeing one bloom is even rarer. They open once every seven to 10 years, and the blooms last just two nights. But those blooms – red, gorgeous and massive at over 10 feet (3 meters) tall – stink. Think rotting flesh or decaying fish.

Corpse plants definitely earn their nickname. Their pungent odors attract not only the carrion insects – beetles and flies normally drawn to decomposing meat – that pollinate the plants, but also crowds of onlookers curious about the rare, elaborate display and that putrid scent.

Plant biologists have studied corpse flowers for years, but as atmospheric chemists we were curious about something specific: the mixes of chemicals that create that smell and how they change during the flower’s short bloom.

While previous studies had identified dozens of volatile organic and sulfur compounds that contribute to corpse flower scents, no one had yet quantified those emission rates or looked at how the rates changed throughout a single evening. We recently got that opportunity. What we found opened a new window into the complexity and strategic behavior of a very unusual flower.

Time-lapse video of a corpse plant’s bloom in 2024 at Colorado State University. More than 8,600 visitors saw the bloom.

Meet Cosmo the corpse plant

Corpse plants are native to the Indonesian island of Sumatra but are considered endangered, even there. Several years ago, Colorado State University was given a corpse plant, or Titan arum (Amorphophallus titanum), to study. Its name is Cosmo – Titan arums are rare enough that they get names.

Cosmo sat dormant in the CSU plant growth facility for several years before showing signs that it was about to flower in spring 2024. When news came that Cosmo was going to bloom, we jumped at the opportunity to bring our atmospheric chemistry expertise into the greenhouse.

A woman reaches inside a giant open flower with a tall stalk.
During Cosmo’s bloom, Colorado State University Plant Growth Facilities Manager Tammy Brenner points toward the inside of the spathe, the large outer sheath that opens. Just below her hand is the floral chamber, where rows of tiny female and male flowers were blooming. They aren’t easy to see from outside, but the smell is impossible to miss.
John Eisele/Colorado State University

We deployed a series of devices for collecting air samples before, during and after the bloom. Then we measured chemicals in the air samples using a gas chromatography mass spectrometer, an instrument that is mentioned frequently on crime TV shows. Colleagues also brought a time-of-flight mass spectrometer that we placed downwind of Cosmo to measure volatile organic compounds every second.

To make each rare bloom count, corpse plants put vast amounts of energy into the show, producing large flowers that can weigh more than 100 pounds. The plants heat themselves up using a biochemical process known as thermogenesis that enhances emissions of organic compounds that attract insects.

Corpse plant emissions are notorious. While some local communities revered the plants, others would try to destroy them. In the 19th century, European explorers actively collected Titan arum plants and distributed them throughout botanical gardens and conservatories around the world.

Corpse plants are dichogamous: Each has both male and female flowers. Inside the giant petal-like leaf called a spathe, each plant has a central spike called a spadix that is ringed with many rows of tiny female and male flowers near its base. These female and male flowers bloom at separate times to avoid self-pollination, and they are the source of the smell.

A close up picture of the tiny flowers of the corpse plant.
Each corpse plant has both male (yellow) and female (red) flowers. The female flowers bloom first to attract pollinators coming from other corpse flowers. The next day, the male flowers bloom, providing pollen for flies and beetles to carry away to the next plant. The thin, yellow strands are pollen.
John Eisele/Colorado State University

On the first night of a corpse plant bloom, the female flowers bloom to attract pollinators that, if they’re lucky, are carrying pollen from another corpse plant.

Then, on the second night, the male flowers bloom, allowing pollinating insects to carry pollen off to another corpse plant.

The rare blooms and avoidance of self-pollination highlight not only why these plants are listed as endangered but also their need for efficient pollination strategies – exactly the chemistry we wanted to investigate.

Female flowers work harder

We found that the female flowers do most of the work attracting pollinators, as previous studies noted. They emit vast amounts of organic sulfur, plus some other compounds that mimic rotting smells to attract beetles and flies that normally feed on animal carcasses.

It’s this organic sulfur that really stinks from the female bloom: Methanethiol, a molecule in the same chemical family of compounds as the odors emitted by skunks, was the single most-emitted compound during Cosmo’s bloom.

An illustration of a corpse flower and some key aspects
Some of the keys to a corpse flower’s successful bloom. Floral biogenic volatile organic compounds (fBVOCs), are those released by flowers.
Mj Riches and Rose Rossell/Colorado State University

We also measured many other organic sulfur compounds, including dimethyl disulfide, which has a garlic smell; dimethyl sulfide, known for an unpleasant scent; and dimethyl trisulfide, which smells like rotting cabbage or onions. We also measured dozens of other compounds: sweet-smelling benzyl alcohol, asphalt-scented phenol and fragrant benzaldehyde.

While previous studies found some of the same compounds with different instruments, we were able to measure the methanethiol and quantify the concentrations quickly enough to track the progress of the bloom overnight.

As Cosmo bloomed, we combined our instrument data with measurements of the air change rate in the greenhouse – meaning how fast it takes for air to move through the space – and were able to calculate the emission rates.

The volatile emissions added up to about 0.4% of the plant’s average biomass, meaning the plant, which we estimated to weigh about 100 pounds, lost a measurable amount of weight while producing those chemicals. That’s a lot of stench.

Floral trapping

The female flowers bloomed all night, but early the next morning the emissions rapidly stopped. We wondered whether this cutoff point just might be evidence of floral trapping: a pollination strategy employed by other members of Titan arum’s family.

Four images sow the outside, cutaway, and the interior of the plant.
A cutaway of another species of Amorphophallus, Amorphophallus declinatus, shows how the male and female flowers surround the spadix inside the spathe.
Cyrille Claudel, The Plant Journal, 2023, CC BY-NC-ND

During floral trapping, the floral chamber can physically close through movement of hairs or expansion of parts of the plant, such as the surrounding spathe. A physical closure of the floral chamber would not be easily visible to bystanders, but it could rapidly cut off the emissions the way we observed.

An Australian arum lily that smells like dung uses this technique. The carrion insects that come for the female flowers are forced to stay for the male flowers that bloom the next night, so they can carry off that pollen to find another female corpse bloom. Our evidence suggests that the corpse flower probably does too.

The second night, the emissions started back up – at much lower levels. The male flowers emit a sweeter set of aromatic compounds and far less sulfur than the females.

A chart tracks four chemicals rising quickly and powerful during the female bloom, then rising much more subtly during the male bloom.
How four of the main chemicals released from the corpse flower rose, fell and rose again during its two-day bloom. The numbers on the left measure methanethiol; those on the right measure the three sulfides. Arrows on the left show comparison levels of methanethiol measured over landfills, waste sites and a paper mill to showcase just how stinky the bloom was.
Rose Rossell/Colorado State University

We hypothesize that the male flowers don’t need to work as hard to smell pungent in order to attract as many insects because insects are already there due to floral trapping. A 2023 study found that thermogenesis was also weaker during the male bloom: the spadix reached 96.8 degrees Fahrenheit (36 C) during the female bloom, but only 92 F (33.2 C) during the male bloom.

Stinkier than a landfill

We found that the corpse plant’s powerful emission rates can be an order of magnitude stronger than landfills – albeit only for two nights. These strong emissions are well designed to move far through the Sumatran jungle to attract carrion flies.

The odors are also resilient to atmospheric oxidation – the way organic compounds degrade in the atmosphere by reacting with oxidants in pollution such as ozone or nitrate radicals. Different compounds degrade at different rates – an important factor for attracting pollinators.

Many insects are attracted to not just one volatile compound, but by specific ratios of different volatile compounds. When atmospheric pollution degrades floral emissions and these ratios change, pollinators have a harder time finding flowers.

The female floral plume maintained a reasonably constant ratio of the major sulfur chemicals. The male plume, however, was far more susceptible to degrading in pollution and changing floral ratios in nighttime air.

These enigmatic plants put a lot of energy into clever pollination strategies. Cosmo taught us about their far-reaching scents of rotting meat, thermogenesis to increase emissions and floral entrapment, offering new insight into the corpse plant’s spectacular bloom.

The Conversation

Delphine Farmer receives funding from the Alfred P. Sloan Foundation, the National Science Foundation, the National Oceanic and Atmospheric Administration, the Department of Energy, and the W.M. Keck Foundation.

Mj Riches receives funding from the National Science Foundation.

Rose Rossell does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. How a corpse plant makes its terrible smell − it has a strategy, and its female flowers do most of the work – https://theconversation.com/how-a-corpse-plant-makes-its-terrible-smell-it-has-a-strategy-and-its-female-flowers-do-most-of-the-work-263409