Source: The Conversation – in French – By Jean-François Budzik, Radiologue spécialisé en imagerie musculosquelettique diagnostique et interventionnelle, centre hospitalier de Bretagne Atlantique, Vannes – Professeur à l’Université Catholique de Lille, Institut catholique de Lille (ICL)
Lorsque l’on pense « radiologue », on imagine un spécialiste du décryptage des clichés médicaux. Mais tous ne font pas que lire des images : en mettant à profit les capacités de plus en plus performantes des appareils d’imagerie médicale (caméras à rayons X, scanners ou échographes), un nombre croissant d’entre eux se spécialisent en effet dans le traitement de certaines pathologies.
C’est par exemple le cas des radiologues pratiquant l’algoradiologie interventionnelle, qui vise à améliorer la prise en charge de la douleur grâce aux techniques de radiologie. Explications.
La radiologie, un outil polyvalent
L’algoradiologie interventionnelle consiste à utiliser les outils de radiologie (scanner, échographie, caméra à rayons X, parfois associés) pour visualiser et guider en temps réel les instruments permettant de réaliser un traitement.
La précision ainsi obtenue permet d’atteindre avec certitude l’objectif choisi, tout en offrant une sécurité maximale. Il est ainsi possible d’éviter les erreurs de positionnement de l’aiguille, les blessures des organes voisins et d’apporter une garantie technique avec une preuve que le traitement a été réalisé au bon endroit.
Ce type d’approche peut être employé par exemple pour réaliser une infiltration, geste consistant à injecter un produit à un endroit précis du corps. Il peut s’agir de traiter une douleur tendineuse chez un jeune patient sportif, une douleur nerveuse liée à une hernie discale ou une douleur liée à une métastase d’un cancer.
Cependant, toute douleur tendineuse, nerveuse ou cancéreuse ne relève pas d’une infiltration, tant s’en faut. Par ailleurs, étant donné le nombre de points d’injection possibles (une trentaine sur la colonne lombaire, par exemple), le choix du traitement doit bien être réfléchi.
L’importance de la consultation préalable
Afin de déterminer si une procédure apparaît pertinente, le radiologue interventionnel reçoit les patients en consultation. Cet échange est l’occasion d’écouter la plainte douloureuse, et d’analyser les imageries réalisées au préalable. Il permet à l’expert d’effectuer une « corrélation radio-clinique », autrement dit de confronter ce que lui indique le patient concernant sa douleur avec les « anomalies » vues en imagerie.
Il est en effet très fréquent que des « anomalies » visibles sur des examens d’imagerie ne soient responsables d’aucun symptôme. Ainsi, chez bon nombre de personnes ne se plaignant de rien, l’imagerie médicale révèle des « lésions » ou des altérations (arthrose, pincement de disque intervertébral, hernies discales…) qui sont donc en réalité indolores.
À l’inverse, il est très fréquent que la plainte douloureuse d’un patient ne se traduise par aucune anomalie en imagerie : en 2025, aucune technique ne permet encore de voir la douleur !
En fonction du résultat de la consultation, l’algoradiologue interventionnel choisira l’approche la plus appropriée. Il dispose en effet dans sa boîte à outils d’un panel de techniques plus ou moins complexes. Celles-ci sont mises en œuvre majoritairement sous anesthésie locale (injection du produit anesthésiant sous la peau). Toutefois dans certains cas, une anesthésie partielle (« sédations ») ou une anesthésie générale peuvent être nécessaires.
Dans ce dernier cas, l’anesthésie est complète, avec perte totale de la conscience et de la perception du corps. La sédation consiste quant à elle en une sorte d’« anesthésie générale légère » : la personne reste en conscience et peut percevoir des signaux venant de son corps. Souvent décrit par les patients comme un « demi-sommeil », cet état offre la garantie parfaite qu’aucun nerf ne sera blessé dans la procédure, la douleur étant encore perceptible (contrairement à l’anesthésie générale).
Traiter les douleurs articulaires et tendineuses
Comme mentionné précédemment, le traitement des douleurs articulaires ou tendineuses passe généralement par le recours aux infiltrations. Cette approche consiste à injecter un produit aux propriétés anti-inflammatoires (souvent des corticoïdes) directement dans l’articulation, le tendon ou le nerf concerné.
Les infiltrations peuvent aussi être utilisées pour délivrer des produits anesthésiques, afin de tester si une structure est en cause dans la plainte douloureuse. Parfois, des concentrés plaquettaires (provenant d’une prise de sang réalisée pendant l’infiltration) sont également employés, afin de favoriser la cicatrisation. Ils sont essentiellement injectés pour traiter des douleurs tendineuses chroniques.
Au-delà de cette stratégie qui consiste à traiter directement la structure anatomique en cause, il est aussi possible d’agir sur les voies de la douleur, c’est-à-dire sur les fibres nerveuses qui conduisent l’information douloureuse jusqu’au cerveau, afin de la bloquer. Si le cerveau ne reçoit plus cette information, il ne fabriquera plus la sensation douloureuse !
À cet effet, les fibres nerveuses peuvent être « endormies » en appliquant du chaud (neurolyse par thermocoagulation) ou du froid (cryoneurolyse : application de températures très basses, de l’ordre de -70 °C, sur les fibres nerveuses).
Une technique récente a également été développée pour traiter la douleur arthrosique du genou : l’embolisation, qui consiste à boucher de tout petits vaisseaux sanguins.
Le phénomène d’arthrose douloureuse s’accompagne en effet d’un développement de terminaisons nerveuses générant la douleur ; ces petits nerfs ont besoin de sang pour fonctionner, lequel est amené par des petites artères se développant dans l’os ou dans la membrane articulaire. Boucher les tout petits vaisseaux revient à « étouffer » ces petits nerfs qui ne peuvent plus véhiculer la douleur.
Atténuer les douleurs vertébrales
Les « tassements » vertébraux sont des fractures spontanées des vertèbres. Elles peuvent faire l’objet d’une injection de ciment médical si elles sont très douloureuses, mal gérées par les médicaments, ou ne cicatrisent pas après un certain délai. On obtient ainsi une consolidation dans l’heure suivant la procédure. Il s’agit de l’une des interventions d’algoradiologie interventionnelle dont les effets peuvent être les plus spectaculaires pour les patients.
L’algoradiologie peut aussi être employée en cas de douleur de type sciatique ou cruralgie. Ce type d’affection, lié à une compression nerveuse (le plus souvent par une hernie discale), se règle majoritairement soit par la prise de médicaments, soit par infiltrations afin de traiter l’inflammation du nerf qui est la cause essentielle de la douleur.
Dans une minorité de cas, la décompression du nerf par action sur la hernie discale peut être nécessaire. La radiologie interventionnelle offre alors la possibilité de traiter certaines hernies sous anesthésie locale, via une petite incision, en introduisant une aiguille spéciale dans la hernie : il s’agit de la herniectomie percutanée.
Enfin, si la gestion de la douleur d’origine arthrosique du dos (lombalgie) repose majoritairement sur des solutions non interventionnelles, et non chirurgicales, dans certaines situations, des infiltrations ou l’inactivation par le chaud et le froid de la transmission au cerveau des signaux douloureux peuvent être utiles
Il est cependant aujourd’hui admis que l’activité physique et le renforcement musculaire sont la clef de la gestion des douleurs les plus communes dues aux lombalgies.
Les douleurs dues à l’endométriose
L’endométriose pariétale peut être responsable de douleurs pelviennes très handicapantes, notamment pendant les règles. Cette pathologie est due au développement, à l’extérieur de l’utérus, d’un tissu ressemblant à la muqueuse utérine (endomètre).
La formation de tels nodules sur la paroi du ventre, survenant souvent sur d’anciennes cicatrices chirurgicales ou de césarienne, peut être un problème très difficile à gérer avec des médicaments ou avec la chirurgie, notamment en raison d’une efficacité insuffisante, d’effets secondaires ou des complications locales.
La destruction de ces tissus anormaux par le froid (cryoablation) peut être réalisée en radiologie interventionnelle dans certaines situations, en minimisant le risque de survenue de complications, et en respectant les structures au voisinage des nodules.
Les douleurs musculosquelettiques liées aux cancers
Les causes de ces douleurs peuvent être multiples. Elles peuvent être directement causées par une métastase osseuse. Il peut aussi s’agir de douleurs survenant suite à la fracture d’un os fragilisé par une telle métastase, ou par la compression d’un nerf voisin de la tumeur. Certains cancers peuvent aussi s’accompagner de douleurs osseuses ou articulaires diffuses. Enfin, certains traitements tels que chimiothérapie ou radiothérapie peuvent eux-mêmes engendrer des douleurs.
L’algoradiologie interventionnelle propose des solutions pour certaines de ces situations. Il est ainsi possible, via une procédure mini-invasive, de détruire une lésion cancéreuse par le chaud ou le froid. Il est également possible de consolider une lésion qui fragilise un os ou qui a engendré une fracture en positionnant une vis (ostéosynthèse percutanée) et/ou en injectant du ciment dans l’os (cimentoplastie). Ces techniques peuvent être associées.
Soulignons que les techniques de radiologie interventionnelle sont particulièrement adaptées à certaines anatomies complexes comme le bassin. En outre, ces traitements présentent des risques de complications limitées. Ils permettent d’offrir un soulagement rapide, de maintenir une autonomie, et donc d’améliorer la qualité de vie.
Une solution idéale pour toute douleur ?
Les techniques d’algoradiologie interventionnelle sont adaptées lorsqu’une structure anatomique précise peut être mise en cause et traitée de manière sécurisée. Malheureusement, les causes des douleurs sont extrêmement variées, et même si les connaissances progressent, il n’est absolument pas possible de toutes les expliquer.
Parvenir à prendre en charge correctement ce type de douleur nécessite d’en déterminer précisément les causes, ce qui peut dans certains cas s’avérer particulièrement ardu. Une consultation en médecine de la douleur est alors nécessaire, afin d’avoir une vision globale de la situation et d’apprécier si une approche technique peut être pertinente.
Jean-François Budzik ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Source: The Conversation – in French – By Travis Van Isacker, Senior Research Associate, School of Sociology, Politics and International Studies, University of Bristol
Chaque année, des milliers de migrants se trouvant en France traversent la Manche dans des canots pneumatiques souvent surchargés, dans l’espoir de s’installer au Royaume-Uni. Ces traversées se soldent parfois par des tragédies. On dénombre déjà 24 morts en 2025, le triste record ayant été enregistré l’année dernière : 69 décès. La catastrophe la plus mortelle s’est produite en novembre 2021. Au moins 27 personnes ont péri quand leur embarcation a chaviré en pleine nuit, les garde-côtes britanniques et français, avertis, n’ayant pas réussi à les sauver. Une enquête indépendante en cours au Royaume-Uni fait la lumière sur le déroulement de cet épisode, dont certaines leçons ont depuis été tirées en matière opérationnelle, sans que les raisons profondes qui continuent de pousser ces personnes à prendre de tels risques n’aient été réglées. Ce long format, issu de la série « Insights » de The Conversation UK, revient en détail sur les circonstances du drame et sur les éléments que l’enquête a permis de mettre au jour.
Par une froide et humide soirée de novembre, le Somalien Issa Mohamed Omar et plus de 30 autres hommes, femmes et enfants ont quitté leur campement informel près de la ville portuaire de Dunkerque, dans le nord de la France. Pendant environ deux heures, ils ont marché dans l’obscurité, dans un silence quasi total, jusqu’à atteindre la plage d’où ils espéraient partir pour le Royaume-Uni afin d’y commencer une vie meilleure.
À leur arrivée, cinq hommes s’affairaient à gonfler un canot pneumatique et à y fixer un moteur hors-bord. Ces passeurs avaient fait payer à chacun de leurs clients plus de mille euros pour une traversée dont le prix s’élève à moins de cent euros pour une personne disposant du bon passeport.
Les voyageurs se sont vu remettre des gilets de sauvetage, puis ont été disposés en rangées et comptés. « Vous êtes 33 », a déclaré l’un des passeurs. Pour beaucoup d’entre eux, ce n’était pas leur première tentative de rejoindre l’Angleterre.
La plupart venaient du Kurdistan irakien, notamment Kazhal Ahmed Khidir Al-Jammoor, originaire d’Erbil, qui voyageait avec ses trois enfants : Hadiya, Mubin et Hasti Rizghar Hussein, âgés respectivement de 22, 16 et 7 ans.
Un père et son fils, originaires d’Égypte, ont reçu des explications sur le fonctionnement du moteur, ainsi qu’un GPS et des indications pour rejoindre Douvres, à environ 60 kilomètres de là, de l’autre côté de la Manche. Mohamed Omar racontera par la suite :
« L’homme égyptien a été chargé par les passeurs de piloter le bateau. Il voyageait avec son fils, qui semblait avoir une petite vingtaine d’années. Je ne sais pas comment ils sont devenus le pilote et le navigateur. »
Il y avait également au moins trois ressortissants éthiopiens, dont Fikiru Shiferaw, père de deux enfants originaire d’Addis-Abeba, qui au moment d’embarquer a envoyé un dernier message vocal WhatsApp à sa femme Emebet, restée en Éthiopie :
« Nous sommes déjà à bord du bateau. Nous sommes en route. Je vais éteindre mon téléphone maintenant. Bonne nuit, je t’appellerai demain matin. »
Ce furent les derniers mots qu’elle entendit de son mari.
Ce qui est arrivé à Fikiru Shiferaw et aux autres passagers dans la nuit du 23 au 24 novembre 2021 a déclenché au Royaume-Uni l’enquête Cranston – une commission indépendante présidée par Sir Ross Cranston, un ancien juge de la Haute Cour de justice. En mars 2025, elle a entendu 22 témoins de la catastrophe, dont des agents ayant participé aux opérations de recherche et de sauvetage menées par le Royaume-Uni, ainsi que Mohamed Omar, l’un des deux seuls survivants de la tragédie, et des membres des familles des victimes et des personnes disparues.
Ces audiences ont permis de faire la lumière sur les actions conduites par les agents de la Border Force (la police britannique des frontières) et les garde-côtes du Royaume-Uni lors de l’opération de sauvetage ratée – baptisée « Incident Charlie » – effectuée au petit matin du 24 novembre. Au-delà, elles ont aussi mis en évidence l’approche de ces services en ce qui concerne les « traversées en petite embarcation » (small boat) depuis 2017.
Il ressort des témoignages que, au cours des mois ayant précédé la catastrophe, les agents avaient travaillé sous une pression extrême. Kevin Toy, capitaine du navire Valiant de la Border Force qui a été envoyé à la recherche du canot disparu cette nuit-là, a expliqué que dans la période précédant l’incident, « nuit après nuit », il constatait que son équipage était « complètement épuisé » une fois ses missions terminées.
Des preuves démontrent que le gouvernement britannique était conscient du risque que la Border Force et les garde-côtes soient débordés par le nombre croissant de traversées en canots et que, par conséquent, le risque de décès en mer était plus élevé. En mai 2020, un document produit par le ministère des transports reconnaissait que « les unités de recherche et de sauvetage pourraient être débordées si le nombre d’incidents actuel persiste ». Au moins trois officiers supérieurs des garde-côtes britanniques avaient identifié le même risque en août 2021.
L’enquête a également mis en évidence de multiples défaillances de communication entre les officiers britanniques et leurs homologues français, ainsi qu’entre les services d’urgence des deux pays et les personnes, de plus en plus désespérées, se trouvant à bord du canot pneumatique en train de couler.
Malgré de nombreux appels de détresse et la transmission de coordonnées GPS via WhatsApp, aucun bateau de sauvetage n’a atteint les voyageurs à temps. Dans la confusion, lorsque les appels ont cessé, les garde-côtes ont supposé que les passagers du Charlie avaient été secourus et étaient en sécurité. En réalité, ils se noyaient dans les eaux froides de la Manche depuis plus de dix heures.
Dans le cadre de mes recherches autour des transformations numériques de la frontière franco-britannique, j’ai assisté aux audiences publiques de l’enquête et étudié de très nombreux éléments rendus publics – témoignages, transcriptions d’appels, journaux opérationnels, e-mails, comptes rendus de réunions… À l’origine, je voulais comprendre comment la catastrophe de novembre 2021 avait marqué un tournant dans la réponse du gouvernement britannique face aux tentatives de traversée de la Manche en small boat, précipitant la transformation de la frontière maritime britannique en l’espace hyper-surveillé qu’elle est actuellement.
Mais mes discussions avec les représentants de Mohamed Omar et des familles endeuillées, ainsi qu’avec des organisations de défense des droits des migrants, ont fait émerger des questionnements plus larges. En particulier, étant donné que l’enquête se concentre sur cette unique catastrophe de novembre 2021, les personnes avec lesquelles j’ai échangé craignent que ses recommandations ne permettent pas d’empêcher de nouveaux décès dans la Manche, dont le nombre a considérablement augmenté au cours des 18 derniers mois.
Le début des « traversées en petite embarcation »
Depuis que, au début des années 1990, le Royaume-Uni et la France ont commencé à mettre en place des contrôles frontaliers « juxtaposés » (contrôles frontaliers ayant lieu avant le départ), les personnes souhaitant demander l’asile en Angleterre sont réduites à tenter de traverser la Manche de façon illégale. Jusqu’en 2018, ces tentatives étaient le plus souvent effectuées par train ou ferry, les voyageurs se faufilant dans des camions ou franchissant le périmètre de sécurité d’un port français.
Durant l’existence du camp de la « Jungle » près de Calais en 2015-2016, la couverture médiatique des tentatives collectives de ses habitants d’entrer dans les ports français a entraîné une augmentation des investissements du gouvernement britannique dans le renforcement de la frontière. Entre 2014 et 2018, il a versé à son homologue français au moins 123 millions de livres sterling pour « renforcer la frontière et maintenir les contrôles juxtaposés » pour financer des patrouilles de la police française dans les ports et les villes frontalières, détruire régulièrement les lieux de vie des migrants, et payer la facture des centres de détention et de relocalisation.
Comme l’a admis en 2019 le ministre britannique de l’intérieur de l’époque, Sajid Javid, ce durcissement sécuritaire de la sécurité a contraint les personnes présentes à la frontière à trouver d’autres moyens de traverser la Manche. À partir de l’hiver 2018, des passeurs ont commencé à organiser des traversées à bord de petites embarcations en état de naviguer qu’ils avaient volées dans des ports de plaisance le long de la côte française. Ces « small boats » continuent de donner leur nom à ce phénomène migratoire, mais les canots pneumatiques utilisés aujourd’hui, sans quille ni coque rigide, ne méritent pas cette appellation.
Le traitement de tout ce qui concerne l’immigration clandestine est habituellement sensationnaliste, mais les traversées en small boats ont suscité une réaction particulièrement vive, tant au sein de la classe politique que dans les médias.
Lorsque 101 personnes ont effectué la traversée entre Noël et le Nouvel An en 2018, Javid a déclaré qu’il s’agissait d’un incident majeur. Depuis lors, « arrêter les bateaux » est l’une des principales priorités du gouvernement britannique. Bien que les personnes arrivées par small boatsne représentent que 29 % des demandeurs d’asile au Royaume-Uni entre 2018 et 2024, des milliards de livres sterling ont été dépensés pour tenter de contrôler cette route.
Des relations glaciales et un projet de « refoulement »
Lorsque les traversées de la Manche ont fortement augmenté en 2020-2021, la détérioration des relations entre la France et le Royaume-Uni due au Brexit a compliqué la coopération entre les deux gouvernements. Dans sa déposition, l’ancien commandant chargé de la lutte contre les passages clandestins dans la Manche, Dan O’Mahoney (nommé par la successeure de Javid, Priti Patel, pour « rendre les traversées en small boats impossibles »), a qualifié les relations entre les deux pays de « très glaciales » lorsqu’il a pris ses fonctions en août 2020.
Après que le ministre français de l’intérieur Gérald Darmanin ait écarté un plan prévoyant que les navires britanniques ramènent à Dunkerque les migrants ayant été secourus dans la Manche, O’Mahoney a été chargé par sa hiérarchie de trouver une solution alternative. Le plan de « refoulement » qui en a résulté, appelé « opération Sommen », prévoyait que des agents de la Border Force à bord de jet-skis foncent sur les canots pneumatiques de migrants pour les refouler lorsqu’ils franchiraient la frontière maritime britannique. O’Mahoney se souvient du moment où la France a pris connaissance de ce projet :
« Ils ont estimé que cela allait à l’encontre de leurs obligations et des nôtres en matière de sécurité en mer. Ils s’y sont fermement opposés, ce qui a encore davantage détérioré les relations que nous avions avec eux, qui étaient déjà tendues. »
L’opération Sommen a été abandonnée en avril 2022 sans jamais avoir été mise en œuvre. Cependant, les préparatifs auraient nécessité « beaucoup de temps et de ressources » tant au Home Office (ministère de l’intérieur britannique) qu’à la Maritime and Coastguard Agency (Agence maritime et des garde-côtes britannique), et auraient eu « un effet néfaste » sur les opérations de recherche et de sauvetage de small boats menées par le Royaume-Uni.
Lors d’une réunion de hauts fonctionnaires en juin 2021 pour discuter de l’opération Sommen, des ministres avaient clairement indiqué que « le nombre de personnes qui traversent est un problème politique » et que l’amélioration des capacités de recherche et sauvetage ne « concorde pas avec le discours sur la reprise du contrôle des frontières ».
Alors que les hauts responsables des garde-côtes britanniques avaient reconnu qu’il était « extrêmement difficile de localiser les small boats ou de communiquer avec les personnes à bord », l’enquête a révélé que les agents disaient n’avoir reçu « aucune formation sur les traversées en petit bateau avant novembre 2021 », excepté dans le contexte de la procédure permettant à la Border Force d’effectuer des refoulements vers les eaux françaises.
Le chef du commandement maritime de la Border Force, Stephen Whitton, a déclaré à la commission d’enquête qu’il subissait « une pression énorme » pour empêcher les traversées en small boats, tout en « fournissant l’essentiel du soutien aux opérations de recherche et de sauvetage ». Bien qu’ayant effectué 90 % de tous les sauvetages de small boats dans la Manche et ayant été « régulièrement débordé », le commandement maritime de la Border Force n’a reçu « aucun moyen supplémentaire pour gérer les opérations de recherche et de sauvetage » avant novembre 2021.
« La pression à laquelle nous étions soumis »
Lorsque la décision a été prise en 2018 de confier à la Border Force (une structure chargée de l’application de la loi plutôt que de la recherche et du sauvetage) la responsabilité de la réponse aux traversées en small boats, seules une centaine de personnes traversaient la Manche chaque mois. Pourtant, trois ans plus tard, au moment de la catastrophe du Charlie, le total pour 2021 était « déjà supérieur à 25 000 » selon un document interne du Home Office.
« Au fur et à mesure de l’année 2021, il est devenu beaucoup plus clair que […] honnêtement, nous avions simplement besoin de plus de bateaux de sauvetage. »
Whitton a admis qu’avant la catastrophe, la Border Force, les garde-côtes britanniques, la Royal National Lifeboat Institution (association bénévole de recherche et de sauvetage en mer) et d’autres structures de soutien étaient toutes « soumises à une intense pression, et la situation devenait extrêmement difficile ».
Les preuves montrent que cette pression était particulièrement forte au sein du Centre de coordination des opérations de sauvetage maritime de Douvres, situé au sommet des célèbres falaises blanches du port, qui offrent une vue imprenable sur la Manche. À l’intérieur, les agents des garde-côtes coordonnent les opérations de recherche et de sauvetage et contrôlent le trafic maritime dans le détroit de Douvres, l’une des voies maritimes les plus fréquentées au monde.
Dans la nuit du 23 au 24 novembre, trois agents des garde-côtes étaient responsables des opérations de recherche et sauvetage : le chef d’équipe Neal Gibson, l’officier des opérations maritimes Stuart Downs et un stagiaire – dont le nom n’a pas été divulgué par l’enquête – qui n’était officiellement présent qu’en tant qu’observateur.
Le centre de coordination des opérations de sauvetage maritime de la garde côtière britannique à Douvres, surplombant la Manche. Travis Van Isacker, CC BY-NC-SA
Le recrutement semble avoir été un problème de longue date à la station des garde-côtes de Douvres où, selon le commandant de division Mike Bill, « le taux de rétention du personnel était faible » et « l’expérience et les compétences n’étaient pas optimales ». La veille de la catastrophe, lors d’une réunion « jours rouges migrants » (convoquée lorsque, en raison du beau temps, la probabilité de traversées de la Manche est jugée « très élevée »), le chef des garde-côtes Peter Mizen avait averti que la présence de seulement deux officiers qualifiés à Douvres pendant la nuit « n’était pas suffisante ».
Au cours des derniers mois, la station ayant été de plus en plus sollicitée pour intervenir lors de traversées de small boats et à la suite d’une campagne de recrutement infructueuse, le personnel devait travailler d’arrache-pied pendant ses horaires de travail et était appelé à venir travailler sur ses jours de congé.
Dans la nuit du 23 au 24 novembre, en raison du manque de personnel, le chef d’équipe Gibson a déclaré à la commission d’enquête qu’il avait dû assurer la gestion du trafic maritime pendant trois heures à partir de 22h30. Il s’est donc trouvé absent du bureau de recherche et de sauvetage à 00h41, quand un message est arrivé du centre national de coordination des secours situé le long de la côte à Fareham, indiquant que les avions de surveillance prévus par les garde-côtes ne survoleraient pas la Manche cette nuit-là en raison du brouillard.
Les agents ont été informés qu’ils seraient « pratiquement aveugles » et qu’ils ne devaient pas « se laisser aller à la détente et s’attendre à une nuit normale en termes de traversée de migrants ». Le message avertissait : « Cela pourrait s’avérer très dangereux. »
« Leur bateau, il n’y a plus rien »
Selon Mohamed Omar, la mer était calme lorsque lui et les autres passagers ont quitté la plage française vers 21 heures, heure britannique. Témoignant devant la commission d’enquête Cranston depuis Paris (il ne peut toujours pas se rendre au Royaume-Uni), il a déclaré qu’un navire s’était approché d’eux environ une heure après le début de leur voyage :
« Ils se sont approchés pour voir ce que nous faisions et ont braqué un projecteur sur nous. Je me souviens avoir vu un drapeau français sur le bateau. C’était un gros bateau et je suis certain qu’il s’agissait des garde-côtes français. J’avais entendu dire par des personnes que j’avais rencontrées dans le camp de Dunkerque que cela arrivait parfois, et que le bateau français vous suivait jusqu’à ce que vous atteigniez les eaux britanniques. »
Dans les faits, selon Mohamed Omar, le bateau français s’est éloigné des voyageurs environ une heure plus tard. Peu après, les problèmes ont commencé.
Un navire de guerre français patrouille au large de Mardyck, dans le nord de la France, près de l’endroit où Charlie aurait pris la mer. Travis Van Isacker, CC BY-NC-SA
Vers 1 heure du matin, de l’eau de mer a commencé à s’introduire dans le canot pneumatique. À ce moment-là, il se trouvait à proximité du bateau-phare —Sandettie, à environ 30 kilomètres au nord-est de Douvres. Dans un premier temps, les passagers ont réussi à évacuer l’eau, dont la température était de 13 °C, mais rapidement, l’infiltration de l’eau est devenue incontrôlable. Le flotteur gonflable du canot a commencé à perdre de l’air et deux hommes kurdes ont utilisé des pompes pour essayer de le maintenir gonflé. D’autres ont tenté d’empêcher la panique de se propager parmi les passagers.
De nombreux passagers ont commencé à lancer des appels de détresse désespérés. Des transcriptions de ces appels ont été divulguées un an après le naufrage par le journal français Le Monde. Elles montrent que le premier appel de détresse provenant du canot pneumatique a été reçu par les garde-côtes français à 00h48. S’exprimant en anglais, l’appelant a déclaré qu’il y avait 33 personnes à bord d’un bateau « cassé ».
Selon Le Monde, trois minutes plus tard, un autre appel a été transféré au Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage français du Cap Gris-Nez par un opérateur d’urgence qui a signalé : « Apparemment, leur bateau, il n’y a plus rien. » Conformément à la procédure, l’officier des garde-côtes français a demandé à l’appelant d’envoyer sa position GPS par WhatsApp afin de pouvoir « envoyer un bateau de sauvetage dès que possible ». À 1h05, heure britannique, les autorités françaises ont reçu la position GPS.
Le Monde rapporte que, au lieu d’envoyer un bateau français, l’officier a téléphoné à ses homologues de Douvres pour les avertir qu’un canot pneumatique situé à 0,6 mille nautique de la ligne frontière allait bientôt entrer dans les eaux britanniques. À l’autre bout du fil se trouvait l’officier stagiaire, qui s’occupait des appels de routine cette nuit-là, bien qu’officiellement, il n’avait qu’un rôle d’observateur.
Selon le témoignage de Stuart Downs devant la commission d’enquête, après avoir raccroché, le stagiaire lui a indiqué par erreur que le canot pneumatique semblait « en bon état », information qu’il a consignée dans le registre de l’incident Charlie. Cette erreur de communication a peut-être eu une incidence sur la rapidité de la réaction des services britanniques de recherche et sauvetage, empêchant les garde-côtes et la Border Force de mesurer à temps la détresse dans laquelle se trouvait ce canot pneumatique « cassé ».
Juste avant 1 heure du matin, les garde-côtes français ont envoyé pour la première fois aux garde-côtes britanniques leur tableur de suivi des cas de détresse en mer française, contenant des informations sur toutes les traversées en small boat effectuées cette nuit-là. Elle indiquait la présence de quatre canots pneumatiques en mer, dont Gris-Nez avait connaissance « depuis plusieurs heures », selon Gibson.
Lors d’un audit réalisé en juillet 2021, l’officier de liaison des garde-côtes britanniques en charge des traversées clandestines de la Manche avait soulevé la question de l’apparente rétention d’informations par ses homologues français. De plus, un peu plus tôt dans la soirée, Gibson avait déclaré à l’un de ses collègues :
« Parfois, on dirait qu’ils préfèrent taire les choses. On croit qu’on ne va rien recevoir, puis on reçoit un rapport à trois heures du matin avec 15 incidents, et ils disent : “La plupart d’entre eux se trouvent dans votre zone de recherche et de sauvetage.” Merveilleux. »
À 1h20, Downs a téléphoné au commandement maritime de la Border Force à Portsmouth pour demander qu’un navire de la Border Force parte à la recherche du canot Charlie. Il a communiqué la position GPS reçue de son homologue français et le nombre de personnes à bord, mais aussi l’information erronée selon laquelle « ils pensent qu’il est en bon état ».
Dix minutes plus tard, le Valiant, un navire de patrouille de 42 mètres de la Border Force posté à Douvres, a été chargé de se diriger vers le bateau-phare Sandettie. Au même moment, le centre de coordination des secours de Douvres a reçu le premier appel direct de la part de Charlie. L’appelant en détresse a déclaré qu’ils étaient « dans l’eau » et que « tout [était] fini ».
Environ 15 minutes plus tard, à 1h48, Gibson a reçu un appel de Mubin Rizghar Hussein, 16 ans, qui parlait bien anglais. Malgré le bruit et l’agitation, il a réussi à donner à Gibson un numéro WhatsApp, afin de partager leur position GPS. La transcription de cet appel enregistre des voix qui crient en fond sonore : « C’est fini. Fini. Frère, c’est fini. »
Une « menace grave et imminente pour la vie »
Gibson a déclaré à l’enquête qu’après son appel avec Rizghar Hussein, il avait « le sentiment que quelque chose n’était pas normal ». « Normal » faisait référence, selon l’officier des opérations maritimes Downs, à une croyance commune à la station des garde-côtes de Douvres selon laquelle « neuf fois sur dix », les appels provenant de small boats « exagéraient généralement la situation en disant que le bateau […] était en train de couler, que des gens se noyaient […] ».
Suivant son intuition, Gibson a pris à 2h27 la décision sans précédent de diffuser un message « Mayday Relay », signalant une « menace grave et imminente pour la vie ». En vertu du droit maritime, cette alerte obligeait d’autres navires à porter assistance.
Gibson a déclaré à l’enquête qu’il avait agi ainsi afin que le navire de guerre français Flamant réponde à l’appel. Il voyait sur son écran radar que le Flamant était le navire le plus proche de la position du Charlie et qu’il était le mieux placé pour secourir les passagers si le canot pneumatique était vraiment en train de couler.
Les raisons pour lesquelles le Flamant n’a pas répondu font l’objet d’une enquête pénale en cours en France visant deux officiers du navire de guerre et cinq garde-côtes du Centre régional opérationnels de surveillance et de sauvetage Gris-Nez pour « non-assistance à personnes en détresse ». En raison de l’obligation de confidentialité stricte de cette enquête, la commission d’enquête n’a pu accéder à aucune information de la part des autorités françaises concernant leurs opérations cette nuit-là.
À 2h01, puis à 2h14, les garde-côtes britanniques ont reçu de nouvelles positions GPS via WhatsApp indiquant que le canot pneumatique se trouvait à plus d’un mile à l’intérieur des eaux territoriales britanniques.
Le Valiant, qui avait été chargé de sa mission à 1h30, n’a quitté le port de Douvres qu’à 2h22 et aurait eu besoin d’au moins une heure supplémentaire pour atteindre le Sandettie. Malgré cela, aucun autre navire n’a été envoyé pour participer aux recherches. À 3h11, lorsque la Border Force Maritime Command a demandé à Gibson lors d’un appel si Charlie était « toujours en situation de détresse », Gibson a répondu : « Eh bien, ils m’ont dit que l’embarcation est remplie d’eau. »
Quatre small boats ayant été signalés dans la Manche cette nuit-là dans le tableur de suivi des cas de détresse dans les eaux françaises, Gibson a estimé qu’il pouvait y avoir jusqu’à 110 personnes à bord de ces canots pneumatiques, ce qui dépassait la capacité d’accueil de survivants à bord du Valiant. Néanmoins, la Border Force et les garde-côtes britanniques ont décidé d’« attendre de voir combien ils étaient et si le Valiant pouvait s’en occuper… On ne veut pas appeler d’autres renforts pour l’instant. »
Lors d’un appel avec Christopher Trubshaw, capitaine de l’hélicoptère de sauvetage des garde-côtes stationné à Lydd, sur la côte du Kent, le commandant tactique aérien Dominic Golden a expliqué que la Border Force n’était « pas prête à faire intervenir leurs équipages, qui sont assez épuisés », à moins « que nous puissions les convaincre que des personnes sont en réel danger ». Il a ensuite demandé à Trubshaw de rechercher dans la Manche les small boats signalés par le système de suivi français, car les avions de surveillance n’avaient pas été en mesure de décoller.
Dans sa conclusion finale à l’enquête, Sonali Naik, représentante légale des survivants et des familles endeuillées, a souligné « l’attitude dédaigneuse » de Golden envers la détresse de Charlie lors de son appel avec Trubshaw :
« Comme d’habitude, les appels téléphoniques commencent à arriver… Vous savez, les classiques “Je suis perdu, je coule, le fauteuil roulant de ma mère tombe par-dessus bord”, etc. “Des requins avec des lasers entourent le bateau”, “nous sommes tous en train de mourir”, ce genre de choses. »
Néanmoins, Golden a demandé à l’équipage de l’hélicoptère d’emporter un radeau de sauvetage. « Je ne pense pas que nous en aurons besoin, mais […] ça peut être l’occasion de jouer avec l’un de vos nouveaux jouets. »
Si Golden a qualifié ses propos d’« imprudents » ou de « désinvoltes », Naik a estimé qu’ils allaient « plus loin », suggérant qu’ils révélaient la perception générale des sauveteurs à l’égard des passagers de small boats et le scepticisme largement répandu à l’égard de leurs appels de détresse.
« Nous sommes en train de mourir. Où est le bateau ? »
Alors que le niveau d’eau montait rapidement et leur canot sombrait, les passagers de Charlie, de plus en plus désespérés, continuaient d’essayer de faire comprendre aux sauveteurs la gravité de leur situation.
À 2h31, au centre de coordination des secours de Douvres, Gibson a reçu un deuxième appel de Mubin Rizghar Hussein, qui suppliait : « Nous sommes en train de mourir, où est le bateau ? »
Gibson répondit : « Le bateau est en route, mais il doit… », avant d’être interrompu par Rizghar Hussein qui répétait : « Nous allons tous mourir. Nous allons tous mourir. »
« Je comprends », a répondu Gibson à l’adolescent terrifié, « mais malheureusement, vous devez être patients et rester tous ensemble, car je ne peux pas faire venir le bateau plus vite ». Il a terminé l’appel en disant :
« Vous devez arrêter d’appeler, car chaque fois que vous appelez, nous pensons qu’il y a un autre bateau, et nous ne voulons pas accidentellement partir à la recherche d’un autre bateau alors que c’est le vôtre que nous cherchons. »
Gibson s’est brièvement montré ému en racontant ce deuxième appel lors de son témoignage devant la commission d’enquête, expliquant :
« Quand vous ne comprenez pas tout ce qui se passe et que vous entendez “nous allons tous mourir”, c’est une situation très angoissante dans laquelle vous vous trouvez, assis au bout d’un téléphone, impuissant. Vous savez où ils sont, vous voulez leur envoyer un bateau, mais vous ne pouvez pas. »
Des enregistrements d’appels montrent également que les garde-côtes des deux côtés de la Manche se sont renvoyé la responsabilité du sauvetage du canot en train de couler. Selon Le Monde, lors d’un appel, un passager a dit à l’officier des garde-côtes français qu’il était « dans l’eau », ce à quoi elle a répondu : « Oui, mais vous êtes dans les eaux anglaises. »
La transcription du dernier appel avant le naufrage de Charlie, passé à 3h12, révèle que Downs a demandé « où êtes-vous ? » à 17 reprises, alors que l’appelant ne pouvait que répondre « eaux anglaises ». L’officier des opérations maritimes a fini par demander à l’appelant de raccrocher et de composer le 999 (numéro d’urgence britannique) : « Si vous n’arrivez pas à joindre le 999, c’est que vous êtes probablement encore dans les eaux françaises. »
Dans sa conclusion, Mme Naik a souligné « les stéréotypes et les attitudes discriminatoires à l’égard des migrants à bord de small boats qui ont eu des conséquences fatales sur les opérations de recherche et de sauvetage » pour Charlie. Les sauveteurs auraient, selon elle, « tiré des conclusions hâtives ». Selon Mohamed Omar :
« Nous avons été considérés comme des réfugiés… c’est la raison pour laquelle je pense que les secours ne sont pas venus. Nous avons eu l’impression d’être traités comme des animaux. »
Des présomptions fatales
À 3 h 27, le navire Valiant de la Border Force est arrivé sur les lieux de la dernière position GPS donnée par Charlie (à 2 h 14), mais n’a rien trouvé. Son capitaine, Kevin Toy, a décidé de se diriger vers le nord-est, en direction du bateau-phare Sandettie, dans le sens du courant.
Sur sa route, le Valiant a repéré deux autres canots pneumatiques dans l’obscurité grâce à ses jumelles de vision nocturne : l’un continuait à se diriger vers la côte anglaise, l’autre était à l’arrêt. L’état stationnaire du canot le mettait en plus grand danger en raison du trafic maritime dans la Manche. Le Valiant s’est donc dirigé vers lui et a commencé à secourir les personnes à bord, signalant par radio qu’il avait « abordé des embarcations de migrants non éclairées à l’arrêt dans l’eau » avec environ 40 personnes à bord.
Au centre de coordination des secours de Douvres, Gibson a supposé que ce canot pneumatique pouvait être celui de Charlie et a communiqué le nom et le numéro de téléphone de Mubin Rizghar Hussein à l’équipage du Valiant afin qu’il puisse vérifier s’il se trouvait à bord. À 4 h 16, Gibson a lui-même essayé d’appeler le numéro WhatsApp que Rizghar Hussein avait communiqué, mais l’appel n’a pas abouti.
À 4 h 20, le Valiant a terminé son premier sauvetage de la matinée. Deux autres ont suivi après que l’hélicoptère des garde-côtes ait repéré deux autres canots pneumatiques dans la zone de Sandettie, mais il n’a aperçu personne dans l’eau. Le Valiant, presque à pleine capacité, est ensuite retourné à Douvres peu après 8 heures du matin avec 98 survivants à bord.
Aucun des trois canots pneumatiques secourus ne correspondait à la description de Charlie. Tous étaient en bon état, de couleurs différentes et avec un nombre variable de personnes à bord. Pourtant, la présomption, infondée, selon laquelle Charlie avait été secouru a persisté dans le brouillard d’informations qui régnait cette nuit-là. Gibson a déclaré que, bien qu’il ait rapidement reçu des informations supplémentaires concernant le premier sauvetage effectué par le Valiant sur un autre canot pneumatique, il demeurait « plutôt certain que Charlie avait été secouru ».
« Une fois que le Valiant a récupéré ces [trois] bateaux, a-t-il expliqué, nous n’avons plus reçu d’appels de Charlie, et un appel vers un numéro de téléphone connu de Charlie est resté sans réponse. » Par conséquence, ni le Valiant ni l’hélicoptère des garde-côtes n’ont été renvoyés pour poursuivre les recherches du canot en détresse.
En réalité, l’échec de l’appel de Gibson au numéro WhatsApp de Rizghar Hussein n’est pas dû au fait que les passagers de Charlie avaient été secourus, ni qu’ils avaient jeté leurs téléphones à la mer à l’arrivée de la Border Force. C’était parce que le canot pneumatique avait chaviré et que tout le monde était tombé dans les eaux glacées de la Manche.
« Personne n’est venu à notre secours »
Dans son bouleversant témoignage devant la commission d’enquête, Mohamed Omar a expliqué comment, lorsqu’un côté du canot pneumatique s’est dégonflé, les passagers, « hystériques et en pleurs », ont paniqué et se sont déplacés vers le côté opposé. Ce transfert de poids a provoqué le chavirement du canot pneumatique :
« Les cris lorsque le bateau s’est renversé et que les gens sont tombés à l’eau étaient assourdissants. Je n’ai jamais entendu quelque chose d’aussi désespéré. Je ne pensais plus à savoir si nous allions être secourus, je ne pensais qu’à rester en vie. »
Alors que les passagers étaient projetés à l’eau, le canot s’est retourné sur eux. Mohamed Omar a raconté avoir dû nager pour se dégager d’en dessous du canot et reprendre son souffle : « Il faisait noir et je ne voyais presque rien. Il faisait extrêmement froid et la mer était agitée. »
En refaisant surface, il a vu Halima Mohammed Shikh, une mère de trois enfants également originaire de Somalie et voyageant seule, qui se débattait car elle ne savait pas nager. Elle a crié son nom pour appeler à l’aide, et il a essayé de la ramener vers ce qui restait du canot pneumatique, mais sans succès. « Je pense qu’elle a été l’une des premières personnes à se noyer », a déclaré Mohammed lors de l’enquête.
D’autres ont réussi à s’agripper à l’épave du pneumatique, espérant que les secours arriveraient, mais « personne n’est venu nous secourir ». Brassés par les vagues, certains ont perdu prise et ont sombré avant l’aube. Mohamed Omar se souvient :
« Toute la nuit, je me suis accroché à ce qui restait du bateau. Le matin, j’entendais les gens crier et tout. C’est quelque chose que je ne pourrai jamais oublier. »
Lorsque le soleil s’est enfin levé à 7h26, il a estimé qu’il ne restait plus que 15 personnes accrochées à l’épave du canot pneumatique, à la dérive dans une voie maritime très fréquentée :
« Je ne me souviens pas avoir parlé à quelqu’un dans l’eau. Ceux qui étaient encore en vie étaient à moitié morts. Nous ne pouvions plus rien faire. Je voyais des corps flotter tout autour de nous dans l’eau. Je suppose que la plupart des gens étaient déjà morts ou inconscients. »
Peu après, Mohamed Omar a déclaré avoir lâché le canot pneumatique et commencé à nager, en se disant : « Je vais mourir [mais] je ne veux pas mourir ici. Au moins, si je meurs en nageant, je ne sentirai rien. »
Il a nagé vers un bateau qu’il apercevait au loin et, à mesure qu’il s’approchait, il a commencé à agiter son gilet de sauvetage pour attirer l’attention. Une Française, qui pêchait avec sa famille, l’a vu et a sauté à l’eau pour le sauver.
À la fin de son récit, Mohamed Omar a déclaré à la commission d’enquête : « Je suis la voix de ceux qui sont morts. »
Des corps sont retrouvés
Vers 13 heures, dans l’après-midi du 24 novembre, 12 heures après les premiers appels de détresse de Charlie, un bateau de pêche commerciale français a commencé à trouver des corps en mer, à neuf miles au nord-ouest de Calais. Mais lorsque cette information tombe, personne au sein des garde-côtes britanniques ou de la Border Force ne semble faire alors le lien avec l’incident Charlie.
Quelques jours plus tard, lorsque paraît le récit de Mohammed Shekha Ahmad, un autre survivant originaire du Kurdistan irakien, et celui d’un proche de deux des victimes, le Home Office réfute leurs affirmations selon lesquelles le canot pneumatique aurait coulé dans les eaux britanniques, les qualifiant de « totalement fausses ».
Cependant, cinq jours après la catastrophe, Gibson a contacté le commandant tactique en charge des traversées des small boats pour lui faire part de ses inquiétudes quant au fait que les décès signalés pourraient concerner Charlie. Il avait lu un article dans lequel « le survivant déclare qu’un homme appelé Mubin a appelé les services d’urgence, qui pourrait être le “Moomin” [sic] à qui j’ai parlé ».
Le 1er décembre, le commandant O’Mahoney, responsable de la lutte contre l’immigration clandestine dans la Manche, est entendu par la commission mixte britannique sur les droits de l’homme, qui lui demande si les migrants dont les corps ont été retrouvés dans les eaux françaises avaient lancé des appels de détresse aux autorités britanniques. O’Mahoney a déclaré à la commission :
« Nous enquêtons à ce sujet. Toutefois, pour répondre à vos attentes, il se peut que nous ne puissions jamais affirmer avec une certitude absolue que ce bateau se trouvait dans les eaux britanniques [et] je ne peux pas vous dire avec certitude que les personnes qui se trouvaient à bord de ce bateau ont appelé les autorités britanniques. »
Cependant, en grande partie grâce à l’inlassable quête de vérité des familles endeuillées, il est désormais possible d’affirmer avec certitude que Charlie s’était trouvé dans les eaux britanniques et qu’un certain nombre de ses passagers ont parlé aux agents des garde-côtes britanniques.
Ce n’est qu’en janvier 2022, après que ces familles aient fait part de leurs inquiétudes quant à l’implication des autorités britanniques dans la catastrophe que le ministère des transports a commandé une enquête de sécurité sur l’incident. Un avocat des familles endeuillées m’a laissé entendre que sans la menace d’une action en justice, le ministère des transports « n’aurait probablement rien fait », alors qu’il s’agit de la pire catastrophe maritime britannique depuis des décennies. Par ailleurs, selon les éléments de l’enquête le ministère de l’Intérieur n’aurait pas procédé à un examen interne ni à une enquête sur son rôle dans la catastrophe.
Après deux années d’attente frustrante pour les survivants et les proches en deuil, la Marine Accidents Investigations Branch (branche chargée des enquêtes sur les accidents maritimes) a publié son rapport, qui a confirmé la plupart de leurs témoignages et corroboré leurs critiques à l’égard de la réponse des services de recherche et de sauvetage.
Peu après, on annonçait l’ouverture de l’enquête Cranston. Bien qu’aucun corps n’ait été retrouvé dans les eaux britanniques, elle s’est déroulée presque comme une enquête judiciaire. Dans son rapport final, qui sera publié d’ici la fin de l’année 2025, Sir Ross Cranston a promis d’« examiner les enseignements à tirer et, le cas échéant, de formuler des recommandations afin de réduire le risque qu’un événement similaire se reproduise ».
Une « occasion unique et cruciale »
Les agents des garde-côtes et de la Border Force britannique ont répété à plusieurs reprises à la commission d’enquête que l’approche du Royaume-Uni en matière de recherche et de sauvetage des small boats avait changé depuis la catastrophe de novembre 2021. Davantage d’agents ont été recrutés, la Border Force a affrété des bateaux supplémentaires pour mener les opérations de sauvetage, le partage d’informations s’est amélioré et la coopération avec les collègues français est meilleure. Aujourd’hui, il y a davantage de navires de sauvetage des deux côtés de la Manche, qui peuvent intervenir plus rapidement lorsque des embarcations sont en détresse, et qui ont sans aucun doute sauvé de nombreuses vies.
Des investissements massifs ont également été réalisés dans des drones, des avions et des caméras côtières puissantes afin de réduire le risque que les garde-côtes britanniques perdent à nouveau « la connaissance situationnelle du domaine maritime » si certains de leurs avions de surveillance ne sont pas en mesure de voler. Une nouvelle technologie traduit automatiquement les messages des garde-côtes dans différentes langues et extrait les coordonnées GPS et les images en direct des téléphones mobiles des voyageurs.
Grâce à ces investissements, il est peu probable qu’un autre canot pneumatique soit perdu au milieu de la Manche après que ses passagers aient appelé à l’aide, comme cela a été le cas de manière si tragique pour Charlie.
Néanmoins, des personnes continuent de mourir en tentant de traverser la Manche. 2024 a été de loin l’année la plus meurtrière : au moins 69 morts, selon le Refugee Council. En 2025, 24 personnes sont portées mortes ou disparues à la frontière franco-britannique à ce jour selon Calais Migrant Solidarity, alors que le nombre de tentatives de traversée a atteint un niveau record au cours du premier semestre.
Certaines ONG de défense des droits des migrants ont suggéré que la politique britannique visant à « arrêter les bateaux » et les efforts européens pour perturber la chaîne d’approvisionnement en canots pneumatiques et autres équipements utilisés pour la traversée ont conduit à cette surpopulation à bord.
Mais il est également peu probable que les circonstances entourant les décès les plus récents dans la Manche fassent l’objet d’une enquête aussi approfondie que celle menée sur l’incident Charlie, voire qu’elles fassent l’objet d’une enquête du tout. Les avocats des familles endeuillées ont donc tenu à souligner « l’occasion unique et cruciale » que représente l’enquête Cranston, non seulement pour revenir sur l’une des pires catastrophes maritimes de ces dernières décennies au Royaume-Uni et apporter des réponses, mais aussi pour se tourner vers l’avenir et « éviter de nouvelles pertes de vie en mer ».
Les survivants, les familles et les organisations de défense des droits des migrants qui ont apporté leur témoignage espèrent donc que les recommandations de l’enquête iront au-delà des simples améliorations opérationnelles et administratives de la recherche et du sauvetage en mer, afin de s’attaquer au rôle fondamental que jouent les politiques frontalières du Royaume-Uni, de la France et de l’Europe dans le nombre croissant de décès en Manche, malgré l’amélioration des stratégies et des ressources en matière de recherche et de sauvetage.
Ils se demandent surtout pourquoi seules certaines personnes peuvent se rendre au Royaume-Uni confortablement et en toute sécurité, tandis que d’autres doivent faire le voyage dans des canots pneumatiques précaires et surchargés, et ainsi confier leur vie aux services de recherche et de sauvetage dont le succès ne peut jamais être garanti. Comme l’a déclaré lors de l’enquête Ali Areef, cousin de Halima Mohammed Shikh :
« Cela me rend malade de penser à traverser la Manche dans un ferry quand d’autres personnes, dont un membre de ma famille, y ont perdu la vie parce qu’il n’y avait pas d’autre moyen de traverser. Je ne prendrai plus jamais un ferry pour traverser la Manche. »
Travis Van Isacker remercie chaleureusement l’Economic and Social Research Council (Royaume-Uni) pour son soutien (référence de la subvention : ES/W002639/1).
Les chatbots peuvent nous délester de certaines charges cognitives. Mais ces raccourcis peuvent-ils nuire à long terme à l’acquisition de compétences ? Comment faire de l’IA un outil réellement utile à l’apprentissage ?
Lorsqu’OpenAI a lancé son « mode étude » en juillet 2025, l’entreprise a vanté les avantages pédagogiques de ChatGPT. « Lorsque ChatGPT est utilisé pour enseigner ou donner des cours particuliers, il peut améliorer considérablement les résultats scolaires », a déclaré le vice-président « éducation » de la société aux journalistes lors du lancement du produit. Mais tout enseignant impliqué dans son métier est en droit de se demander : s’agit-il simplement d’un argument marketing ou ces affirmations sont-elles réellement étayées par des recherches scientifiques ?
Alors que les outils d’IA générative font leur apparition à une vitesse fulgurante dans les salles de classe, les recherches sur la question progressent à un rythme beaucoup plus raisonnable. Certaines études préliminaires ont fait état d’avantages pour certains groupes, tels que les étudiants en programmation informatique et les apprenants de la langue anglaise. D’autres études optimistes ont également été menées sur l’IA dans l’éducation, comme celle publiée dans la revue Nature en mai 2025, qui suggère que les chatbots peuvent faciliter l’apprentissage et la réflexion à un haut niveau. Mais les chercheurs dans ce domaine ont souligné d’importantes faiblesses méthodologiques dans bon nombre de ces articles de recherche.
D’autres études ont brossé un tableau plus sombre, suggérant que l’IA pourrait nuire aux performances ou aux capacités cognitives telles que les compétences de pensée critique. Un article a montré que plus un élève utilisait ChatGPT pendant son apprentissage, moins il réussissait par la suite des tâches similaires lorsque ChatGPT n’était pas disponible.
En d’autres termes, les premières recherches commencent seulement à effleurer le sujet pour nous éclairer sur la manière dont cette technologie affectera réellement l’apprentissage et la cognition à long terme. Où pouvons-nous trouver d’autres indices ? En tant que psychologue cognitif ayant étudié l’utilisation de l’IA par les étudiants universitaires, j’ai découvert que mon domaine offre des indications précieuses pour déterminer quand l’IA peut stimuler le cerveau et quand elle risque de le vider de son énergie.
Le talent vient de l’effort
Les psychologues cognitifs ont avancé que nos pensées et nos décisions sont le résultat de deux modes de traitement, communément appelés Système 1 et Système 2.
Le premier est un système basé sur la reconnaissance de schémas, l’intuition et les habitudes. Il est rapide et automatique, ne nécessitant que peu d’attention consciente ou d’effort cognitif. Bon nombre de nos activités quotidiennes routinières (s’habiller, préparer le café, se rendre au travail ou à l’école à vélo) entrent dans cette catégorie. Le système 2, en revanche, est généralement lent et délibératif, nécessitant davantage d’attention consciente et parfois un effort cognitif pénible, mais il produit souvent des résultats plus solides.
Nous avons besoin de ces deux systèmes, mais l’acquisition de connaissances et la maîtrise de nouvelles compétences dépendent fortement du système 2. Les difficultés, les frictions et les efforts mentaux sont essentiels à l’apprentissage, à la mémorisation et au renforcement des connexions dans le cerveau. Chaque fois qu’un cycliste confiant enfourche son vélo, il s’appuie sur la reconnaissance des schémas acquise à grand-peine dans son système 1, qu’il a développée au fil de nombreuses heures d’efforts dans son système 2 pour apprendre à faire du vélo. Vous ne pouvez pas atteindre la maîtrise de compétences et vous ne pouvez pas recouper efficacement les informations pour un traitement de plus haut niveau sans avoir d’abord fourni un effort cognitif.
Je dis à mes élèves que le cerveau ressemble beaucoup à un muscle : il faut vraiment travailler dur pour obtenir des résultats. Sans sollicitation, il ne peut pas se développer.
Et si une machine faisait le travail à votre place ?
Imaginez maintenant un robot qui vous accompagne à la salle de sport et soulève les poids à votre place, sans que vous ayez à fournir le moindre effort. En peu de temps, vos muscles s’atrophieront et vous deviendrez dépendant de ce robot, même pour des tâches simples comme déplacer une boîte lourde.
Une IA mal utilisée, par exemple pour répondre à un questionnaire ou rédiger une dissertation, empêche les élèves de développer les connaissances et les compétences dont ils ont besoin. Elle les prive d’un entraînement mental.
L’utilisation de la technologie pour se décharger d’exercices cognitifs peut avoir un effet néfaste sur l’apprentissage et la mémoire et amener les gens à mal évaluer leur propre capacité de compréhension ou leurs compétences en général, ce qui conduit à ce que les psychologues appellent des erreurs métacognitives. Des recherches ont montré que le fait de confier systématiquement la navigation automobile au GPS peut altérer la mémoire spatiale et que le recours à une source externe telle que Google pour répondre aux questions qu’ils se posent incite les gens à surévaluer leurs propres connaissances et leur mémoire.
Y a-t-il des risques similaires lorsque les étudiants confient des tâches cognitives à l’IA ? Une étude a montré que les étudiants qui effectuaient des recherches sur un sujet à l’aide de ChatGPT plutôt qu’avec un moteur de recherche traditionnel avaient une charge cognitive moindre pendant la tâche (ils n’avaient pas à réfléchir autant) et produisaient un raisonnement moins pertinent sur le sujet qu’ils avaient étudié. Une utilisation superficielle de l’IA peut réduire la charge cognitive sur le moment, mais cela revient à laisser un robot faire vos exercices de gym à votre place. Au final, cela conduit à une détérioration des capacités de réflexion.
Dans une autre étude, les étudiants utilisant l’IA pour réviser leurs dissertations ont obtenu de meilleurs résultats que ceux qui révisaient sans IA, souvent en copiant-collant simplement des phrases provenant de ChatGPT. Mais il n’apparaît pas que ces étudiants ont acquis ou assimilé plus de connaissances que leurs pairs qui travaillaient sans IA. Le groupe utilisant l’IA s’est également engagé dans des processus de réflexion moins rigoureux. Les auteurs avertissent qu’une telle « paresse métacognitive » peut entraîner des améliorations à court terme des performances, certes, mais aussi conduire à une stagnation des compétences à long terme.
Se décharger d’une tâche peut être utile une fois que les bases sont en place. Mais ces bases ne peuvent se créer que si votre cerveau effectue le travail initial nécessaire pour encoder, relier et comprendre les questions que vous essayez de maîtriser.
Utiliser l’IA pour soutenir l’apprentissage
Pour en revenir à la métaphore de la salle de sport, il peut être utile pour les étudiants de considérer l’IA comme un entraîneur personnel capable de les aider à rester concentrés sur leur objectif en les suivant, en les encadrant et en les poussant à travailler plus dur. L’IA présente un grand potentiel en tant qu’outil modulable d’apprentissage, tuteur personnalisé, doté d’une vaste base de connaissances… et n’ayant jamais besoin de sommeil.
C’est justement ce que les entreprises spécialisées dans les technologies d’IA cherchent à concevoir : le tuteur idéal. Outre l’entrée d’OpenAI dans le domaine éducatif, Anthropic a lancé en avril 2025 son mode « apprentissage » pour Claude. Ces modèles sont censés engager un dialogue socratique avec les utilisateurs, leur poser des questions et leur fournir des indices, plutôt que de se contenter de donner des réponses.
Les premières recherches indiquent que, s’ils peuvent être bénéfiques, les tuteurs IA posent également des problèmes. Par exemple, une étude a révélé que les lycéens qui révisaient leurs mathématiques avec ChatGPT obtenaient de moins bons résultats que ceux qui n’utilisaient pas l’IA. Certains élèves utilisaient la version de base, tandis que d’autres utilisaient une version personnalisée du tuteur qui donnait des indices sans révéler les réponses. Lorsque les élèves ont passé un examen sans accès à l’IA, ceux qui avaient utilisé la version de base de ChatGPT ont obtenu des résultats bien inférieurs à ceux du groupe qui avait étudié sans IA, sans toutefois se rendre compte que leurs performances étaient moins bonnes. Ceux qui avaient étudié avec le tuteur robotisé n’ont pas obtenu de meilleurs résultats que les élèves qui avaient révisé sans IA, mais ils pensaient à tort avoir mieux réussi. L’IA n’a donc pas été utile et a introduit des erreurs métacognitives.
Même si les modes tutoriels doivent être affinés et améliorés, il est préférable pour les étudiants de sélectionner ce mode et de jouer le jeu, en fournissant avec précision le contexte de leur question et en évitant les requêtes inutiles ou trop simplistes, comme la flagornerie.
Les derniers problèmes des tuteurs par IA peuvent être résolus en ajustant le design et les interfaces des outils. Mais la tentation d’utiliser l’IA générative en mode par défaut restera un problème plus fondamental et classique de la conception des cours et de la motivation des étudiants.
Comme pour d’autres technologies complexes telles que les smartphones, Internet ou même [l’écriture], il faudra du temps aux chercheurs pour comprendre pleinement l’étendue réelle des effets de l’IA sur la cognition et l’apprentissage. Au final, le tableau sera probablement nuancé et dépendra fortement du contexte et des cas d’utilisation.
Mais ce que nous savons des processus d’apprentissage nous indique que la connaissance approfondie et la maîtrise d’une compétence nécessiteront toujours un véritable entraînement cognitif, avec ou sans IA.
Brian W. Stone ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Certains sportifs ont-ils une plus grande probabilité d’avoir un garçon que d’autres ? Comment l’expliquer ?LightField Studios/Shuttertock
Une récente étude vient de mesurer que, chez les sportifs de haut niveau, leur discipline peut influencer sur la probabilité de donner naissance plutôt à une fille qu’à un garçon. Quelles pourraient-être les hypothèses pour expliquer cette « étrangeté » ?
Les chercheurs en sciences du sport ont parfois de drôles de conversations : il y a environ un an, nous discutions de l’influence de la discipline sportive sur le sexe des enfants de sportifs. Ça parait incongru de prime abord, mais il se disait que les sportifs d’endurance avaient plus de filles… En discutant et en prenant en exemple nos connaissances, ou d’illustres athlètes, cette rumeur semblait se confirmer. Mais aucun travail scientifique solide n’avait été fait : nous avons donc mené l’enquête ! Et oui, nos analyses portant sur près de 3 000 naissances confirment cette idée : un athlète de haut niveau en triathlon ou ski de fond a moins de probabilité d’avoir un garçon qu’un professionnel en sports collectifs ou en tennis.
Comment en sommes-nous arrivés à ces conclusions ? D’abord il faut trouver les données. Et pour cela, nous avons utilisé les informations fournies par les sportifs eux-mêmes via les réseaux sociaux, les sites de magazines spécialisés, de journaux, les fiches Wikipédia ou directement par questionnaire. Commence alors un long et fastidieux travail de collecte auprès de sportifs professionnels ou avec des sélections en équipe nationale. On note l’âge des sportifs, leur discipline sportive, les dates de leur carrière et bien sûr l’année de naissance et le sexe de leur progéniture. On sait que dans la population générale, il y a entre 1.03 à 1.05 garçons pour 1 fille, et ce résultat est très stable à travers le monde et le temps. Nous avons comparé les résultats chez nos sportifs avec ces valeurs et également les disciplines entre elles pour savoir si nous pouvions identifier des critères associés aux naissances de filles ou de garçons.
Près de 3 000 naissances analysées
Résultat : 2 995 naissances entre 1981 et 2024 issues de sportifs de plus de 80 pays et de 45 disciplines sportives différentes ont été analysées, dont un peu moins de 20 % de sportives (ce ratio étant dû principalement à la disponibilité des données qui découlent notamment d’une plus grande mise en avant médiatique des sportifs par rapport aux sportives). Premier enseignement, chez nos sportifs on observe 0.98 naissance garçon pour 1 naissance fille, soit moins que chez les non-sportifs. Nous sommes sur la bonne voie. Pour voir si la discipline sportive influence le sexe des enfants, on classe les sports en fonction du pourcentage de naissances de garçons observées dans chaque sport et on constate qu’il y a des écarts très importants (56 % à 35 % de naissances masculines) entre le tennis, le handball et le ski d’un côté (avec beaucoup de garçons), et le ski de fond/biathlon, la gymnastique ou la course de fond et demi-fond de l’autre.
Pourcentage des naissances de garçons chez les sportifs de différentes disciplines. Les disciplines avec la même couleur appartiennent à une même catégorie : disciplines de force-vitesse, disciplines mixtes, disciplines d’endurance. La ligne en tiret représente la moyenne dans la population mondiale. Fourni par l’auteur
En observant ces résultats, on note que cela se complique un peu, car la gymnastique ou le water-polo, qui ne sont pas vraiment considérés comme des sports d’endurance, semblent aussi influencer le sexe de la progéniture des athlètes vers une augmentation des naissances de filles. En revanche, on voit apparaître un autre élément : les sportives mettent au monde significativement moins de garçons que les sportifs (0.85 garçon pour 1 fille, contre 1.02 pour 1 chez les hommes).
Pour y voir plus clair, on regroupe les différentes disciplines au sein de quatre catégories : endurance (cyclisme, ski de fond…), puissance (ski de descente, sauts et lancers…), mixte (sports collectifs) et précision (tir, golf…). On ajoute les critères : sexe de l’athlète et date de la naissance par rapport à la carrière du sportif (pendant ou après sa carrière). On réalise ensuite une analyse par arbre de classification. Cela revient à séparer l’échantillon en sous-groupes distincts avec les critères spécifiés, si ces derniers ont un pouvoir prédictif sur le sexe de la progéniture.
En réalisant cette analyse statistique, on peut conclure que c’est bien la discipline sportive qui pèse le plus, les sportifs pratiquant les sports d’endurance ou de précision engendrant significativement plus de naissances de filles et moins de naissances de garçons que les deux autres (mixte et puissance). Puis, au sein du sous-groupe de sportifs qui pratiquent l’endurance ou les sports de précision, le sexe du sportif lui-même est un prédicteur du sexe de sa progéniture : les sportives de ce sous-groupe engendrent 0.7 garçon pour 1 fille contre 0.91 chez les messieurs.
Enfin, dernier effet, au sein des sportives d’endurance et de précision, le fait d’avoir un enfant pendant ou après sa carrière a une grosse incidence puisque la probabilité est de seulement 0.58 garçon pour 1 fille quand la naissance survient pendant la carrière contre 0.81 après la carrière.
Finalement, le sous-groupe pour lequel l’effet de la pratique sportive à haut niveau est le plus marqué est celui constitué par les sportives qui pratiquent un sport d’endurance ou de précision et qui ont un enfant pendant leur carrière. Chez elles, la probabilité d’avoir une fille ou un garçon est de 63 % vs. 37 %, alors que c’est environ 49 vs. 51 % dans la population mondiale.
Quelles sont les hypothèses ?
Comment expliquer une telle différence ? À ce stade, on ne peut émettre que des hypothèses.
Une des causes pourrait être liée au profil hormonal des parents au moment de la conception. En effet, de hauts niveaux de testostérone ou d’œstrogènes favoriseraient les naissances masculines, à l’inverse de la progestérone ou du cortisol. Or le rapport testostérone/cortisol a été proposé en sport comme marqueur de surentraînement.
Une autre cause physiologique pourrait être la dépense énergétique liée à l’activité physique. En effet, le développement au stade embryonnaire est plus coûteux en énergie pour les fœtus mâles que pour les fœtus femelles.
Le nombre d’heures passées à s’entraîner ainsi que l’intensité des entraînements modifierait le statut hormonal et/ou l’état énergétique de l’organisme avant la conception, ce qui pourrait influencer le sexe de la progéniture des sportifs.
En accord avec cette hypothèse, il a été montré sur un échantillon de footballeurs chiliens que ceux qui s’entraînaient le plus avaient plus de filles que les autres. Même constat chez les animaux : les souris femelles gestantes qui courent le plus font moins de souriceaux mâles. Le nombre d’heures d’entraînement hebdomadaire expliquerait aussi le faible nombre de garçons chez les gymnastes et les poloïstes, deux sports avec un volume d’entraînement important. Mais les aspects psycho-sociologiques pourraient aussi contribuer à influencer le sexe des enfants de sportifs. Par exemple, une bonne situation financière serait associée à une augmentation des naissances masculines dans la population générale.
Les différences de revenus entre les disciplines sportives, entre les hommes et les femmes, ou l’incertitude liée à l’après-carrière pourraient donc contribuer aux variations observées. La liste des autres paramètres susceptibles d’influencer le sexe des enfants de sportifs est longue (profil du partenaire, utilisation possible de certaines substances pharmacologiques, bilan alimentaire/énergétique, situation politique du pays, etc.). De nouvelles études standardisées seront donc nécessaires pour élucider ces observations. D’un point de vue des hypothèses physiologiques, il serait intéressant de comparer le profil hormonal, la dépense énergétique et le volume d’entraînement des athlètes parents de petits garçons avec ceux parents de petites filles. Des études plus poussées sur la qualité du sperme des athlètes masculins et l’adaptation du tractus génital des athlètes féminines en réponse à leur pratique seraient aussi très intéressantes. Enfin, il serait aussi pertinent de mesurer l’impact d’un meilleur aménagement socio-économique de la carrière des sportives sur le sexe de leur progéniture.
Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.
Source: The Conversation – USA (2) – By Alexandra Jahn, Associate Professor of Atmospheric, Oceanic and Arctic Sciences, University of Colorado Boulder
The author’s view walking across Arctic sea ice off Utqiagvik, Alaska, in April 2025.Alexandra Jahn
As I walked out onto the frozen Arctic water off Utqiagvik, Alaska, for the first time, I was mesmerized by the icescape.
Piles of blue and white sea-ice rubble several feet high gave way to flat areas and then rubble again. The snow atop it, sometimes several feet deep, hides gaps among the blocks of sea ice, as I found out when one of my legs suddenly disappeared through the snow.
As a polar climate scientist, I have focused on Arctic sea ice for over a decade. But spending time on the ice with people who rely on it for their way of life provides a different perspective.
Local hunters run snowmobiles over the sea ice to reach the whales and seals they rely on for traditional food. They talked about how they know when the sea ice is safe to travel on, and how that’s changing as global temperatures rise. They described worsening coastal erosion as the protective ice disappears earlier and forms later. On land, they’re contending with thawing permafrost that causes roads and buildings to sink.
George Chakuchin, left, and Mick Chakuchin walk over the ridges of sea ice that buffer their Bering Sea community of Toksook Bay, Alaska, from winter storms in January 2020. AP Photo/Gregory Bull
Their experiences echo the data I have been working with from satellites and climate models.
Most winters, sea ice covers the entire surface of the Arctic Ocean basin, even extending into the northern North Atlantic and North Pacific. Even in late summer, sea ice used to cover about half the Arctic Ocean. However, the late summer ice has declined by about 50% since routine satellite observations began in 1978.
The sea ice concentration at the end of the melt season for 1979, the first September with satellite data, and 2024. The pink line, for comparison, is the 1981-2010 median edge of area with at least 15% ice coverage. Both the ice-covered area and the concentration of sea ice in September have decreased, with ice cover down about 50% from 1979 to 2024. NSIDC
Along the Alaskan coast, the decline of the Arctic sea ice cover is most apparent in the longer ice-free season. Sea ice is forming later in the fall now than it used to and breaking up earlier in the spring.
For people who live there, this means shorter seasons when the ice is safe to travel over, and less time when sea ice is present to protect the coastline from ocean waves.
Open water increases the risk of coastal erosion, particularly when accompanied by thawing permafrost, stronger storms and rising sea level. All are driven by greenhouse gas emissions from human activities, particularly burning fossil fuels.
In some places along the Alaskan coast, erosion threatens roads, houses and entire communities. Research has shown that coastal erosion in Alaska has accelerated over recent decades.
More weeks of open water also affect animals. Polar bears spend the summer on land but require sea ice to hunt their preferred food, seals. The longer the sea ice stays away from land, the longer polar bears are deprived of this high-fat food, which can ultimately threaten the bears’ survival.
The ice is also thinning and getting younger
Across the Arctic, satellite data has captured how sea ice has been thinning and getting younger.
As recently as the late 1970s, about 60% of the Arctic sea ice was at least 1 year old and generally thicker than younger ice. Today, the amount of ice more than a year old is down to about 35%.
Age of sea ice percentage within the Arctic Ocean for the week of March 11-18, 1985-2022. NOAA
Local residents experience that change in another way: Multiyear sea ice is much less salty than new sea ice. Hunters used to cut blocks of multiyear sea ice to get drinking water, but that older ice has become harder to find.
Sea ice forms from ocean water, which is salty. As the water freezes, the salt collects in between the ice crystals. Because the higher the salt content, the lower the freezing point of the water, these enclosures in the sea ice contain salty liquid water, called brine. This brine drains out of the sea ice over time through small channels in the ice. Thus, multiyear sea ice, which has survived at least one melt cycle, is less salty than first-year sea ice.
Since the coastal landfast sea ice around Utqiagvik no longer contains much multiyear sea ice, if any, the hunters now have to take a block of lake ice or simply gallon jugs of water with them if they plan to stay on the ice for several days.
Why data shows a continuing decline
As long as greenhouse gas emissions continue to increase, Arctic sea ice will generally continue to decline, studies show. One study calculated that, statistically, the average carbon dioxide emissions per person per year in the U.S. led to the disappearance of an area of summer sea ice the size of a large hotel room – 430 to 538 square feet (40 to 50 square meters) each year.
Today, when Arctic sea ice is at its minimum extent, at the end of summer, it covers only about half what it covered in 1979 at that time of the year. The Arctic still has around 1.8 million square miles (4.6 million square kilometers) of sea ice that survives the summer melt, approximately equal to the area of the entire European Union.
Climate models show the Arctic could be ice-free at the end of summer within decades, depending on how quickly humans rein in greenhouse gas emissions.
The warmer the surface ocean water is, the longer it will take for the ocean to cool back down to the freezing point in the fall, delaying the formation of new sea ice.
What now?
Arctic sea ice will continue to form in winter for the next several decades. The months of no sunlight mean it will continue to get very cold in winter, allowing sea ice to form.
Climate models have estimated that it would take extremely high atmospheric carbon dioxide concentrations to warm the climate enough for no sea ice to form in the winter in the Arctic Ocean – close to 2,000 parts per million, more than 4.5 times our current level.
However, winter sea ice will cover less area as the Earth warms. For people living along the Arctic Ocean coast in Alaska, winter ice will still return for now. If global greenhouse gas emissions are not reduced, though, climate models show that even winter sea ice along the Alaskan coast could disappear by the end of the 21st century.
Alexandra Jahn receives funding from the National Science Foundation.
Kirk, who was 31 when he died, founded and led Turning Point USA, a conservative nonprofit that counted hundreds of thousands of young Americans among its members. Tyler Robinson, a 22-year-old Utah man, is accused of killing Kirk with a single bullet at a crowded outdoor debate. He was, according to many accounts, raised by Republican parents in a conservative community. Although Robinson reportedly had recently adopted different political views, his precise motives remain unclear.
The Conversation U.S. asked Beth Gazley, an Indiana University scholar of nonprofits, local governance and civil society, to explain the significance of the Trump administration’s response to Kirk’s death in terms of free speech and nonprofit norms.
What are the Trump administration’s allegations?
High-ranking members of the Trump administration, including Vice President JD Vance and Deputy Chief of Staff Stephen Miller, are accusing certain progressive organizations of encouraging violence against right-wing public figures and suggesting they played a role in Kirk’s death.
Vance has said the government will “go after the NGO network that foments, facilitates and engages in violence,” in a reference to nonprofits he alleges are supporting illegal activities.
But, to be clear, the Trump administration has not yet produced evidence to support any of its allegations of wrongdoing by nonprofits and their funders.
A video feed is displayed in the White House briefing room on Sept. 15, 2025, as U.S. Vice President JD Vance hosts a podcast episode of ‘The Charlie Kirk Show’ at the White House, following the assassination of the show’s namesake. Kevin Dietsch/Getty Images
What organizations are being targeted?
Some conservative media outlets and Trump administration members have singled out specific nonprofits and funders.
Their targets include billionaire George Soros, whose Open Society Foundations are among the country’s largest philanthropies, and the Ford Foundation, another of the nation’s top grantmakers. The outlets and officials claim that both foundations allegedly provided money to as-of-yet unnamed groups that “radicalized” Tyler Robinson and led to what the White House has called “organized agitation.”
Another target is the Southern Poverty Law Center, a civil rights organization that regularly reported comments Kirk made disparaging Black, LGBTQ and other people.
Most but not all of the organizations Trump and his officials have accused of wrongdoing are charitable nonprofits and foundations. These organizations operate in accordance with the rules spelled out in Section 501(c)(3) of the U.S. tax code.
The rights of nonprofits are also protected under the First Amendment to the U.S. Constitution, which entitles them to freedom of speech, freedom of the press, freedom of religion, and the right to assemble and “petition the government for a redress of grievances” – which cements their right to participate in public policy advocacy.
Obviously, institutions – including nonprofits – and the people who lead them can’t promote criminal activity or incite political violence without breaking the law. U.S. Supreme Court precedents have set the bar very high on what counts as an incitement to violence.
Are there any precedents for this?
The Republican Party has previously attempted, and failed, several times in the past few years to expand the executive branch’s power to deregister charities for partisan purposes.
Most recently, GOP House members drafted an amendment that was cut from the final version of the big tax-and-spending bill Trump signed on July 4.
Are there precedents for the repression of US nonprofits and their funders?
Under the Bill of Rights, the U.S. has strong protections in place that shield nonprofits from partisan attacks. Still, there are some precedents for attempts to repress them.
The Johnson Amendment to a tax bill passed in 1954 is a well-known example. This law ended the ability of 501(c)(3) charities, private foundations and religious organizations to interfere in political campaigns.
The Republican Party has also claimed in recent years that conservatives have been victims of efforts to suppress their freedom to establish and operate charitable nonprofits. A notable case was the GOP’s accusation during the Obama administration that the Internal Revenue Service was unfairly targeting Tea Party groups for extra scrutiny. Following years of outrage over that alleged partisanship, however, it later turned out that the IRS had applied extra scrutiny to progressive groups as well.
Some political observers have suggested that the Trump administration’s inspiration for targeting certain nonprofits and their funders comes from what’s going on in other countries. Hungary, Russia, Turkey and other countries have punished the activities of their political opponents and nongovernmental organizations as crimes.
What do you think could ultimately be at stake?
The economic and political freedoms that are the bedrock of a true democracy rely on a diversity of ideas. The mechanism for implementing that ideal in the U.S. relies heavily on a long-standing Supreme Court doctrine that extends constitutional rights to individuals and organizations alike. Nonprofits, in other words, have constitutional rights.
What this means for American society is a much greater proliferation of nonprofit activity than you see in many other countries, with the inevitable result that many organizations espouse unpopular opinions or views that clash with public opinion or the goals of a major political party.
That situation does not make their activities illegal.
Even Americans who disagree with the missions of Turning Point USA or the Southern Poverty Law Center should be able to agree that both institutions contribute to what Supreme Court Justice William O. Douglas once called the “market place of ideas” necessary for an open democracy.
Is it easy to see what donors fund and what nonprofits do with their money?
This situation leaves open the question of whether the public has a right to know who is bankrolling a nonprofit’s activity.
Following the money can be frustrating. Federal law is somewhat contradictory in how far it will go to apply democratic ideals of openness and transparency to nonprofit activity. A key example is the long-standing protection of donor privacy in U.S. law, a principle that conservatives generally favor.
The courts have established that making a charitable gift is a protected free speech activity that entitles donors to certain privacy rights. In fact, the most recent U.S. Supreme Court ruling related to charitable giving, handed down in 2021, upheld a conservative nonprofit’s right to strip donors’ names from reporting documents.
This privacy right extends to foundations: They can decide whether to disclose the names of their grant recipients. Still, all nonprofits except churches need to make some disclosures regarding their finances on a mandatory form filed annually.
Looking forward, organizations that advocate for the charitable sector as a whole, such as the National Council of Nonprofits, are closely following the efforts of the Trump administration. Their role is to remind the public that nonprofits on both the right and left side of the political spectrum have strong advocacy rights that don’t disappear when bad things happen.
Beth Gazley does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.
Florida has been a leader for other conservative states on education reform. iStock/Getty Images Plus
Florida Gov. Ron DeSantis announced a plan in early September 2025 that he intends to make Florida the first state to end vaccine mandates across all schools and in other state-run institutions such as nursing homes.
His proposal would dismantle Florida Statute 1003.22, which requires that all schools, including public and private schools, collect proof of students’ immunization for a range of communicable diseases when they enroll.
In 2025, approximately 88.7% of Florida kindergartners are vaccinated, which is almost 5% lower than the national average. Florida’s rate of vaccination for kindergarten students has steadily declined over the past eight years – and dropped from 93.5% in 2020 to 89.9% in 2024.
If Florida state legislators approve DeSantis’ plan when they convene in January 2026, the state would sweepingly eliminate long-standing obligations for schools and other places to require a standard set of immunizations for enrollment. Florida nursing homes currently assess whether residents should receive pneumococcal and flu vaccines.
DeSantis’ plan is indicative of Florida’s general approach to approve education policy that is aligned with conservative priorities on “woke politics” and culture war issues, such as book bans.
Other Republican-led states, such as Alabama, Arkansas and Iowa, are typically quick to follow Florida’s lead and implement their own versions of Florida’s educational and social policies.
Well before DeSantis, Florida has tried to be a national leader of educational reform and has tightened state control over schools by reshaping standards on testing, school curricula and guidance on what can and cannot be taught in public schools.
Florida’s former Gov. Jeb Bush, who served from 1999 through 2007, helped lead this educational reform work. He was steadfast in increasing top-down accountability for educators, closely monitoring their performance by increasing high-stakes testing and tying teachers’ compensation to test results.
Bush also widely promoted policies to expand school choice for parents or policies that often allow any parent – regardless of income – to apply for state grants that use public money to pay for their children’s private school education.
Public school enrollment has steadily declined in Florida over the past two decades. While 86% of Florida students attended a traditional public school in 2001-2002, just 51% of Florida children went to a public school in 2024.
Florida then expanded its school voucher program in 2023 – allowing all parents, regardless of income, to use state taxpayer-funded scholarships to help pay for their children’s private school or home school experience. More than 500,000 Florida students received these vouchers in 2025.
Since 2024, 10 states plus Washington D.C. have adopted voucher programs.
Critical race theory on the front line
Since taking office in 2018, DeSantis has also set his sights squarely upon other hot-button issues, including by banning critical race theory from public schools in 2021.
Critical race theory, or CRT, is an academic framework that looks at how different forms of marginalization, such as gender or race, overlap, as well as how racism is embedded within American institutional and legal structures. DeSantis has said that CRT amounts to “state-sanctioned racism” that teaches “kids to hate our country or to hate each other.”
I and other experts on education considered this ban on CRT largely symbolic. The likelihood that K-12 educators are trained in CRT to then teach it to students seemed remote.
That same year, Florida rejected 54 math textbooks that officials felt contained CRT-related subject matter.
In 2023, DeSantis also cited CRT when he blocked Florida from offering the nonprofit College Board’s newly developed AP African American Studies course from public schools.
These actions made Florida one of the first states to place formal policy restrictions on CRT, effectively prohibiting discussions around race and inequality in public schools.
In 2022, Florida also became the first state to prohibit classroom instruction on sexuality or gender identity topics from kindergarten through third grade. This law – formally called the Parental Rights in Education Act but often referred to as “Don’t Say Gay” – also restricts discussion on these topics in higher grades.
Though the law restricts formal classroom discussion or curriculum on sexuality and gender identity, teachers are allowed to discuss these topics in informal settings, such as student gay and straight alliance clubs.
By 2024, a growing list of at least 20 states, including Alabama and Indiana, followed Florida and introduced similar laws to “Don’t Say Gay.”
Book bans are another prominent front where DeSantis has influenced how education looks in Florida – and in other states.
Book bans refer to schools and libraries removing books that are deemed controversial or inappropriate for students, often flagged for content related to race, sexuality or gender.
In 2023, Florida passed a law called HB 1069, which, among other things, banned books primarily flagged by parents or education officials for discussing or mentioning sexual topics.
One of these banned books was “Arthur’s Birthday,” a children’s picture book based on the animated PBS children’s series about an aardvark. The book was banned for including a reference to the game “spin the bottle.”
Florida’s schools banned approximately 4,500 books in the 2023-2024 school year, more than any other state.
A federal judge overruled a large portion of HB 1069 in August 2025, calling the categorization overly broad and unconstitutional.
Following Florida’s example, 33 other states passed laws about book bans in the 2022-2023 school year.
Overall, there has been a 200% increase in book bans nationwide from 2022 to 2024.
Beyond Florida
If Florida lifts its vaccine mandate, the decision would also affect other groups in Florida, including young children in day care centers and elderly residents living in nursing homes, which would also no longer require vaccines.
Private schools and universities would retain the ability to impose their own stances and vaccine requirements. However, private educational institutions in Florida often preemptively align themselves with state guidance.
Idaho loosened its vaccination rules in the summer of 2025, prohibiting schools from denying admission to a person who has not received vaccines. Louisiana has also said it will stop promoting mass vaccine campaigns.
As recent education policy history shows, Florida’s potential decision to end vaccine mandates in schools and other places would immediately have ripple effects across the nation. It is likely that if Florida strikes down its school vaccine requirements, this move will catalyze a rapid unraveling of similar public health protections across other states.
Anindya Kundu does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.
In fast-growing cities like some in the Democratic Republic of Congo (DRC), heavy rains are carving huge scars into the land. Known as urban gullies, these deep erosion channels can swallow homes, destroy roads and displace entire communities.
They can grow to hundreds of metres long and dozens of metres wide, splitting neighbourhoods in two. Once established, they keep expanding with each major downpour.
The consequences are devastating. In Kinshasa, the DRC’s capital, heavy rainfall in December 2022 triggered rapid gully expansion, destroying homes and claiming dozens of lives.
Urban gullies form when rainwater runoff cuts deep channels into fragile soils. The erosive force of concentrated water exceeds the strength of these soils. The gullies usually form after intense rain on steep slopes. Urbanisation makes the situation worse as vegetation is removed to build houses, greatly increasing the likelihood that heavy rainfalls will simply run off the top soil. Roads also play a critical part as they can change how water flows across the landscape, forming direct pathways along which runoff can accumulate.
Our new study reveals the staggering scale of the problem in the DRC. Our research team of Congolese and Belgian earth scientists and geographers identified 2,922 urban gullies in 26 DRC cities.
We used satellite imagery and population data to identify the gullies. Our detailed, nationwide mapping effort – the first to map gully erosion across an entire country – shows that this is not a series of isolated incidents but a widespread and fast-growing hazard.
But urban gullies can be avoided by adequate urban planning and infrastructure. This includes adapted zoning plans and measures such as better road drainage, rainwater retention and infiltration systems, increased vegetation cover and targeted engineering works to divert runoff safely.
The crisis in numbers
Many of the urban gullies in the DRC are huge. A typical example is easily 250 metres long and 30 metres wide. Together, they stretch nearly 740 kilometres.
Kinshasa alone has 868 mapped gullies (221km in total). With about 17 million inhabitants, it is the DRC’s largest city and one of Africa’s megacities, where rapid, unplanned growth (around 6.6% per year) makes gully erosion a major urban hazard. Kinshasa is also tropical with annual rainfall typically above 1,000 millimetres.
By reconstructing how these features expanded between 2004 and 2023, we calculated that 118,600 people in the DRC were forced from their homes. Displacement has accelerated sharply: before 2020, about 4,600 people were displaced annually; today, the figure is more than 12,000.
The study also looked ahead. In 2023, some 3.2 million Congolese lived in areas considered at risk of future gully expansion. Of these, more than half a million are in zones where the chance of losing their homes within a decade is very high.
Several factors make Congo’s cities especially prone to gully erosion. Many are built on steep slopes with sandy soils that are highly erodible. Rapid, unplanned urban growth strips vegetation and increases impermeable surfaces such as rooftops and roads, which funnel runoff into concentrated flows.
The link with roads is particularly striking: 98% of all mapped gullies were connected to the road network, either forming along unpaved streets or fed by runoff from poorly drained roads.
The problem is set to worsen. Congo’s urban population is booming, driven by both natural growth and migration. Informal neighbourhoods often lack basic infrastructure, leaving rainfall to carve its own destructive paths.
Climate change adds another layer of risk. Rainfall intensity in tropical Africa is projected to rise by 10%-15% in the coming decades. Since heavy downpours are a trigger for gully formation, expansion rates could double if no action is taken.
Prevention over cure
Once formed, gullies are extremely hard and costly to stabilise. Local communities often try to slow their advance, but without proper engineering solutions, most efforts fail. Stabilising a single large gully can cost the DRC more than US$1 million, an impossible burden for most municipalities.
The study shows that prevention is the only viable long-term strategy. That means paying careful attention to how cities are planned and built. Measures such as better road drainage, rainwater retention systems and strategic vegetation cover can reduce the risks.
Above all, improved spatial planning is crucial to stop new neighbourhoods from being built in vulnerable areas. The effectiveness of specific urban gully control measures remains largely unknown and poorly documented, apart from an earlier case study in the DRC that showed that many measures fail. But such measures should not be confused with better spatial planning. This means avoid constructing houses and roads in areas that are sensitive to urban gully formation, or at least making sure that rainwater is safely stored or evacuated.
We argue that the best strategy for limiting the impacts of urban gullies is preventing them.
Above all, urban gullies must be recognised as a disaster risk on par with floods and landslides. Only then can policies and investments be developed that are needed to protect vulnerable populations.
Although the DRC is at the epicentre of the crisis, similar problems are emerging elsewhere in Africa, including Nigeria, Uganda, Burundi and Madagascar.
With urban populations across the global south expected to nearly triple by 2050, gully erosion could become one of the defining urban hazards of the century.
The deep scars running through Congo’s cities are not just features of the landscape, they are reminders of the urgent need to rethink how urban growth is managed in vulnerable regions.
Matthias Vanmaercke receives funding from the University of Leuven. The research behind this article was funded through the Belgian ARES research collaboration project PREMITURG (Prevention and Mitigation of Urban Gullies: lessons learned from failures and successes, D.R. Congo)
When you lift weights, walk up a steep hill or ride a bike, your body is continuously sending sensory signals to your brain. These signals paint a picture of the physical sensation of what you’re doing. Your brain then takes these signals and filters them through your past experience, goals, expectations and current emotional state.
It turns out that the way your brain uses all that context to interpret this sensory information significantly influences whether you perceive something physically strenuous, such as a bike ride, as difficult and threatening or as rewarding and pleasant.
We are two neuroscientistswho study how the brain and body respond to stress and how those reactions shape perception. Research has shown that small, well-timed challenges can help the body and mind grow more resilient, while too much stress, or stress at the wrong time, can slow recovery and sap motivation.
In a recent experiment, we wanted to see whether it is possible, in a sense, to recalibrate how the brain interprets difficult tasks using a tiny, safe dose of physical discomfort. We found that physical stress in manageable doses – in this case, dunking your hand in ice-cold water – can make a later effort feel more doable, particularly for people who are not yet accustomed to strenuous exercise.
Authors Marcelo Bigliassi and Dayanne S. Antonio monitor psychophysiological and psychological data while a participant performs a cycling exercise on a stationary ergometer. Margi Rentis
Cold first, bike second
In order to evaluate the concept of stress calibration, we assembled a group of 31 adult volunteers with limited prior engagement in physical activity. Our physical fitness task involved volunteers riding a stationary bike for six minutes, with the effort increasing in short stages from easy to tough.
On one visit, before getting on the bike, participants put one hand into a bucket of ice-cold water and kept it there for as long as they could – between one and three minutes. We hypothesized this physical stress would trigger a slight change in how their brains would interpret physical sensations and change their ability to tolerate physical discomfort; this was the recalibration step.
On the other visit they just got on the bike without doing a cold-water hand dunk. To help control for variables, we mixed up the order so that some people did the cold-water dunk on the first day and others did it on the second.
While riding the test bike, participants reported on a number of variables using rating scales, including how much pain they felt, how pleasant or unpleasant the effort seemed, how much energy they had, and whether they felt in control or overwhelmed. These measures allowed us to track how the volunteers were experiencing the exercise at different levels of intensity, both with and without the cold-water hand dunk.
What we found
Participant immerses her hand in a container filled with ice water, in a test commonly used to evaluate stress tolerance and cardiovascular reactivity. Margi Rentis, CC BY
When we first saw the results, we were amazed by how much a short stress induction could affect people’s perceptual responses during exercise. During the hardest two minutes of the cycling task, the participants who had lasted longer in the cold-water dunk actually reported less pain and more pleasure. Additionally, the participants who said they had a high tolerance for pain experienced a slightly greater sense of dominance compared to other participants as the biking intensity peaked.
The first effect is similar to a quick biological reset. Ice water jolts the nervous system. In response, the brain switches on its built-in pain-dimming system and sends “turn it down” signals down the spinal cord. For a short window, incoming pain messages are muted, so discomfort feels less intense, helping participants tolerate more pain during cycling right after the hand dunk.
The second effect is a short stress surge. When the body feels stress, your heart rate and blood pressure jump, stress chemicals rise, and the brain may turn pain down for a moment. That bump can make the first minutes of exercise feel less abrupt, almost as if you did a quick psychological warmup. As the surge fades, your system settles, allowing you to find your rhythm without the start feeling so shocking.
The third mechanism works through the brain’s interpretation of the sensations. Getting through the short burst of discomfort from the ice dunk seemed to give participants an instant sense of “I can handle this” and a feeling of accomplishment. We think this boost recalibrates how their brains interpret stress and discomfort.
From lab insight to everyday training
At its core, this study shows that how your brain perceives physical sensations is adjustable. A short, well-timed challenge, such as an ice-cold hand dunk, can act as a calibration mechanism, tilting the toughest moments of exercise away from pain and toward enjoyment.
You don’t need an ice bucket to apply this principle to your life. The challenge could be a short uphill push before a longer run, a quick set of jump squats before starting a workout, or a short jog before a more challenging activity. These brief contrasts can prime the body and mind so the main effort feels less like a threat and more like progress. The key is to keep the challenge short, safe and within your limits, especially on days when life is already stressful.
This finding fascinates us because it shows that neither your brain nor your body is just a passive passenger during effort. They constantly recalibrate what “hard” feels like. The effect of overcoming one small challenge can ripple forward, making the next challenge feel more doable and even rewarding.
Over time, those small wins become reference points, proof that effort leads to recovery and growth. Layered into everyday training, they turn workouts into opportunities to practice composure, restore a sense of control and build lasting resilience.
Marcelo Bigliassi is an Assistant Professor of Psychophysiology and Neuroscience at Florida International University. He receives funding from the National Institutes of Health (NIH), serves on the advisory board of the Antifragile Academy, and works as the Chief Scientist at NeuroMotor Training and NeuroSmart.
Dayanne Antonio is a Ph.D. student at Florida International University and serves as a Teaching Assistant in the undergraduate Kinesiology program. She reports no conflicts of interest.
Scammers often direct victims to convert cash to untraceable cryptocurrency and send it to them.Joe Raedle/Getty Images
Scams are nothing new – fraud has existed as long as human greed. What changes are the tools.
Scammers thrive on exploiting vulnerable, uninformed users, and they adapt to whatever technologies or trends dominate the moment. In 2025, that means AI, cryptocurrencies and stolen personal data are their weapons of choice.
And, as always, the duty, fear and hope of their targets provide openings. Today, duty often means following instructions from bosses or co-workers, who scammers can impersonate. Fear is that a loved one, who scammers also can impersonate, is in danger. And hope is often for an investment scheme or job opportunity to pay off.
AI-powered scams and deepfakes
Artificial intelligence is no longer niche – it’s cheap, accessible and effective. While businesses use AI for advertising and customer support, scammers exploit the same tools to mimic reality, with disturbing precision.
Deepfake scams use high-tech tools and old-fashioned emotional manipulation.
Criminals are using AI-generated audio or video to impersonate CEOs, managers or even family members in distress. Employees have been tricked into transferring money or leaking sensitive data. Over 105,000 such deepfake attacks were recorded in the U.S. in 2024, costing more than US$200 million in the first quarter of 2025 alone. Victims often cannot distinguish synthetic voicesor faces from real ones.
Fraudsters are also using emotional manipulation. The scammers make phone calls or send convincing AI-written texts posing as relatives or friends in distress. Elderly victims in particular fall prey when they believe a grandchild or other family member is in urgent trouble. The Federal Trade Commission has outlined how scammers use fake emergencies to pose as relatives.
Cryptocurrency scams
Crypto remains the Wild West of finance — fast, unregulated and ripe for exploitation.
Pump-and-dump scammers artificially inflate the price of a cryptocurrency through hype on social media to lure investors with promises of huge returns – the pump – and then sell off their holdings – the dump – leaving victims with worthless tokens.
Pig butchering is a hybrid of romance scams and crypto fraud. Scammers build trust over weeks or months before persuading victims to invest in fake crypto platforms. Once the scammers have extracted enough money from the victim, they vanish.
Pig-butchering scams lure people into fake online relationships, often with devastating consequences.
Scammers also use cryptocurrencies as a means of extracting money from people in impersonation scams and other forms of fraud. For example, scammers direct victims to bitcoin ATMs to deposit large sums of cash and convert it to the untraceable cryptocurrency as payment for fictitious fines.
Phishing, smishing, tech support and jobs
Old scams don’t die; they evolve.
Phishing and smishing have been around for years. Victims are tricked into clicking links in emails or text messages, leading to malware downloads, credential theft or ransomware attacks. AI has made these lures eerily realistic, mimicking corporate tone, grammar and even video content.
Tech support scams often start with pop-ups on computer screens that warn of viruses or identity theft, urging users to call a number. Sometimes they begin with a direct cold call to the victim. Once the victim is on a call with the fake tech support, the scammers convince victims to grant remote access to their supposedly compromised computers. Once inside, scammers install malware, steal data, demand payment or all three.
Fake websites and listings are another current type of scam. Fraudulent sites impersonating universities or ticket sellers trick victims into paying for fake admissions, concerts or goods.
One example is when a website for “Southeastern Michigan University” came online and started offering details about admission. There is no such university. Eastern Michigan University filed a complaint that Southeastern Michigan University was copying its website and defrauding unsuspecting victims.
The rise of remote and gig work has opened new fraud avenues.
Victims are offered fake jobs with promises of high pay and flexible hours. In reality, scammers extract “placement fees” or harvest sensitive personal data such as Social Security numbers and bank details, which are later used for identity theft.
How you can protect yourself
Technology has changed, but the basic principles remain the same: Never click on suspicious links or download attachments from unknown senders, and enter personal information only if you are sure that the website is legitimate. Avoid using third-party apps or links. Legitimate businesses have apps or real websites of their own.
Enable two-factor authentication wherever possible. It provides security against stolen passwords. Keep software updated to patch security holes. Most software allows for automatic update or warns about applying a patch.
Remember that a legitimate business will never ask for personal information or a money transfer. Such requests are a red flag.
Relationships are a trickier matter. The state of California provides details on how people can avoid being victims of pig butchering.
Technology has supercharged age-old fraud. AI makes deception virtually indistinguishable from reality, crypto enables anonymous theft, and the remote-work era expands opportunities to trick people. The constant: Scammers prey on trust, urgency and ignorance. Awareness and skepticism remain your best defense.
Rahul Telang does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.