Suivre la faune grâce à l’ADN : une percée scientifique en collaboration avec une communauté autochtone

Source: The Conversation – in French – By Valérie S. Langlois, Professor/Professeure titulaire, Eau Terre Environnement Research Centre, Institut national de la recherche scientifique (INRS)

Orignaux, caribous, cerfs… Ils traversent les forêts depuis des millénaires et façonnent les écosystèmes autant que les cultures humaines. Mais comment confirmer leur présence sans les observer, les capturer ou les déranger ? La réponse tient parfois à l’invisible : des fragments d’ADN laissés dans la neige, la poussière ou transportés par des insectes.

Cette approche, appelée ADN environnemental (ADNe), transforme le suivi de la faune terrestre, à condition d’en adapter les méthodes aux réalités du territoire.

Au Canada, la protection de la biodiversité se fait sous des pressions croissantes liées à l’exploitation des ressources et aux changements climatiques. Le Cerf de Virginie, par exemple, se déplace vers le nord, empiétant sur les habitats d’orignal et du caribou. Il peut transporter avec lui des maladies qui mettent à risque des populations entières de cervidés. La progression de l’espèce est suivie de près, mais repose sur des informations parfois difficiles à obtenir.

Il en va de même pour le suivi des espèces rares et difficiles à observer, comme le carcajou, dont la présence dans plusieurs régions du nord du Québec demeure incertaine, faute de données tangibles pour la confirmer.

Pour orienter les décisions nécessaires à la protection de la biodiversité, l’ensemble des acteurs — gouvernements, organismes de conservation, industrie et Peuples autochtones — ont besoin de données fiables, comparables et produites de manière socialement responsable. Or, les outils de suivi traditionnels (observation directe, capture, colliers GPS ou pièges photographiques) sont souvent coûteux, intrusifs ou difficiles à déployer dans des régions éloignées.

L’ADN environnemental : promesses et limites

L’ADNe repose sur un principe à la fois simple et puissant : tous les organismes vivants libèrent des fragments de leurs cellules contenant de l’ADN dans leur environnement, notamment par leurs excréments, leur urine, leur salive, leur peau ou leurs poils. En analysant ces traces génétiques présentes dans l’eau, le sol, la neige ou l’air, il devient possible d’identifier les espèces qui fréquentent un milieu donné, sans contact direct ni perturbation des animaux.

Si cette approche est aujourd’hui bien établie pour les espèces aquatiques, son application aux animaux terrestres demeure un défi scientifique majeur. Contrairement aux milieux aquatiques, l’ADNe est dispersé de façon inégale. Sa détection dépend étroitement du comportement des espèces, des conditions climatiques, de la nature des substrats (sol, poussière, neige) et des processus de dégradation de l’ADN dans l’environnement. Ces facteurs rendent le suivi plus complexe et nécessitent des méthodes adaptées aux réalités locales.

Dans ce contexte, un récent article scientifique publié dans la revue Environmental DNA a marqué une avancée majeure pour le suivi de la biodiversité au Canada. Nous y présentons de nouveaux outils permettant de suivre 125 espèces animales d’Amérique du Nord de manière non invasive. Fait marquant, près de la moitié de ces espèces ont été sélectionnées par des partenaires autochtones à travers le pays, pour leur importance culturelle, écologique ou alimentaire. Parmi elles figure le caribou, une espèce emblématique et culturellement centrale pour de nombreuses Nations autochtones.

C’est précisément à l’interface entre ces promesses technologiques et ces défis scientifiques qu’est née une collaboration étroite entre des chercheuses et chercheurs de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) et la Première Nation Abitibiwinni à Pikogan, au nord d’Amos en Abitibi-Témiscamingue, dans le cadre du projet pancanadien iTrackDNA.




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Une recherche co-construite sur le territoire

En 2021, la communauté anicinape s’est jointe au projet iTrackDNA afin de développer des outils de suivi de la faune répondant à ses priorités culturelles et territoriales. Les gardiens du territoire, les biologistes communautaires et les chercheuses et chercheurs ont d’abord identifié des espèces clés, dont l’orignal, le caribou forestier et le cerf de Virginie, qui suscitent des préoccupations sur les plans culturel, écologique et de subsistance.

Une première campagne d’échantillonnage, fondée sur la filtration classique de l’eau, s’est soldée par des résultats décevants. Malgré la présence confirmée des espèces, les taux de détection étaient faibles, voire inexistants. Loin d’être un échec, ce revers a mis en lumière une réalité essentielle : les méthodes standards d’ADNe ne sont pas universelles et doivent être adaptées aux contextes écologiques et sociaux dans lesquels elles sont utilisées.

Repenser les méthodes, ensemble

Plutôt que d’abandonner, l’équipe a choisi de repenser entièrement l’approche. Une étude expérimentale rigoureuse a été menée sur le territoire ancestral de la Nation Abitibiwinni, en forêt boréale au Québec, afin de comparer différentes méthodes de collecte d’ADNe pour le suivi de la faune terrestre. Les protocoles ont été co-développés avec les gardiens du territoire, en privilégiant des matériaux peu coûteux, accessibles et applicables en régions éloignées.

Quatre grandes approches ont été testées : l’échantillonnage de la neige de surface, la collecte de poussières et d’invertébrés (mouches charognardes), l’échantillonnage de l’eau locale et l’échantillonnage de l’eau en aval. Les essais ont été réalisés dans des environnements contrôlés, notamment au refuge faunique Pageau et dans un enclos gouvernemental de caribous, afin de comparer clairement l’efficacité de chaque méthode.

La neige, alliée inattendue du suivi faunique

Les résultats, récemment publiés dans la revue scientifique Journal of Applied Ecology, sont sans équivoque. L’échantillonnage de la neige de surface s’est révélé la méthode la plus performante, avec une détection parfaite de l’ADN des trois espèces ciblées. La neige agit comme un excellent conservateur : froide, sombre et peu perturbée, elle accumule et préserve l’ADNe déposé par les animaux en déplacement.

Les méthodes basées sur les invertébrés et la poussière aérienne ont également montré une forte efficacité. Ces approches sont prometteuses pour les saisons sans neige ou pour les espèces qui ne sont actives que l’été. À l’inverse, l’échantillonnage de l’eau s’est avéré moins fiable pour certaines espèces terrestres, sauf dans des contextes très spécifiques, soulignant la nécessité d’une validation locale préalable.




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Partager les nouvelles connaissances

Suite à cette collaboration fructueuse, une formation unique sur l’ADNe, co-organisée par l’INRS, la Première Nation Abitibiwinni et l’Institut de développement durable des Premières Nations du Québec et du Labrador, a réuni des membres de 12 communautés et organismes autochtones. L’objectif était de renforcer les capacités locales en matière de suivi de la faune à l’aide d’outils scientifiques adaptés aux réalités du territoire.

Les participantes et les participants ont acquis des compétences concrètes, allant de la conception d’un plan d’échantillonnage à l’interprétation des résultats de laboratoire. Les méthodes enseignées, développées conjointement par des chercheuses, des chercheurs et des gardiens du territoire, sont respectueuses des animaux, fiables et applicables en milieux éloignés avec du matériel accessible. Cette formation illustre comment une technologie de pointe peut être appliquée localement pour soutenir la gestion du territoire, tout en respectant les savoirs, les cultures et les priorités des communautés.




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Une science utile, ancrée et durable

Au-delà des résultats techniques, cette recherche montre la force d’une démarche menée conjointement, où les savoirs écologiques autochtones et la génomique moderne se complètent et se renforcent. Les protocoles développés sont désormais accessibles à d’autres organisations autochtones et non autochtones, au Canada comme ailleurs, et contribuent directement à l’élaboration de normes canadiennes pour l’analyse de l’ADNe.

Si l’ADNe n’apporte pas encore toutes les réponses, il constitue un outil puissant et adaptable pour appuyer la gouvernance territoriale et la conservation de la biodiversité. En misant sur la collaboration, l’innovation méthodologique et l’ancrage territorial, cette approche ouvre la voie à un suivi de la faune plus inclusif, plus fiable et mieux aligné avec les défis environnementaux d’aujourd’hui et de demain.

La Conversation Canada

Valérie S. Langlois a reçu des financements de Génome Canada, Génome Québec et du programme de Chaires de recherche du Canada pour effectuer ce projet de recherche.

Annie Claude Bélisle a reçu des financements de Mitacs Élévation et de la Première Nation Abitibiwinni.

ref. Suivre la faune grâce à l’ADN : une percée scientifique en collaboration avec une communauté autochtone – https://theconversation.com/suivre-la-faune-grace-a-ladn-une-percee-scientifique-en-collaboration-avec-une-communaute-autochtone-272110

Winter storms don’t have to be deadly – here’s how to stay safe before, during and after one hits

Source: The Conversation – USA (2) – By Brett Robertson, Associate Professor and Associate Director of the Hazards Vulnerability and Resilience Institute, University of South Carolina

A powerful winter storm that swept across the United States in late January 2026, leaving hundreds of thousands of people without power in freezing temperatures for days, has been linked to at least 70 deaths. And several East Coast states are under a new winter storm warning just days later.

The causes of the deaths and injuries varied. Some people died from exposure to cold inside their homes. Others fell outside or suffered heart attacks while shoveling snow. Three young brothers died after falling through ice on a Texas pond. Dozens of children were treated for carbon monoxide poisoning from improperly used generators or heaters.

These tragedies and others share a common theme: Winter storms pose multiple dangers at once, and people often underestimate how quickly conditions can become life-threatening.

A man stands by the open door of a car stuck on a road with deep snow.
If you plan to drive in a winter storm, be prepared to be stranded, as this driver was in Little Rock, Ark., on Jan. 24, 2026. Cars can slide off roads, slide into each other or get stuck in snow drifts. Having warm winter gear, boots and a charged cell phone can help you deal with the cold.
Will Newton/Getty Images

I’m the associate director of the Hazards Vulnerability and Resilience Institute at the University of South Carolina, where we work on ways to improve emergency preparedness and response. Here is what people need to know to reduce their risk of injury during severe winter weather.

Prepare before the storm arrives

Preparation makes the biggest difference when temperatures drop, and services fail. Many winter storm injuries happen after power outages knock out heat, lighting or medical equipment.

Start by assembling a basic emergency kit. The Federal Emergency Management Agency recommends having water, food that does not require cooking, a flashlight, a battery-powered radio, extra batteries and a first-aid kit, at minimum.

Some basics to go into an emergency kit
In addition to these basics, a winter emergency kit should have plenty of warm clothes and snacks to provide energy to produce body heat.
National Institute of Aging

In wintertime, you’ll also need warm clothing, blankets, hats and gloves. When you go out, even in a vehicle, make sure you dress for the weather. Keep a blanket in the car in case you get stranded, as hundreds of people did for hours overnight on a Mississippi highway on Jan. 27 in freezing, snowy weather.

Portable phone chargers matter more than many people realize. During emergencies, phones become lifelines for updates, help and contact with family. Keep devices charged ahead of the storm and conserve battery power once the storm begins.

If anyone in your home depends on electrically powered medical equipment, make a plan now. Know where you can go if the power goes out for an extended period. Contact your utility provider in advance to ask about outage planning, including whether they offer priority restoration or guidance for customers who rely on powered medical equipment.

What to do if the power goes out

Loss of heat is one of the most serious dangers of winter storms. Hypothermia can occur indoors when temperatures drop, especially overnight.

If the power goes out, choose one room to stay in and close its doors to keep the warmth inside. Cover windows with curtains or blankets. Wear loose layers and a knit hat to keep your own body heat in, even indoors. Remember to also eat regular snacks and drink warm fluids when possible, since the body uses energy to stay warm.

Five people sit around a table, each wrapped up in warm clothes and hats. Two children are studying.
Wearing knit caps, lots of layers and staying together in one room can help with warmth. If you light candles, use them carefully to avoid fires.
SimpleImages/Moment via Getty Images

It might seem tempting, but don’t use camp stoves, outdoor grills or generators inside a home. These can quickly produce carbon monoxide, an odorless and deadly gas. During the January storm, one Nashville hospital saw more than 40 children with carbon monoxide poisoning linked to unsafe heating practices.

If you must use a generator, keep it outdoors and far from windows and doors. Make sure your home’s carbon monoxide detectors are working before storms arrive.

If your home becomes too cold, go to a warmer place, such as a friend’s home, a warming center or a public shelter. You can call 2-1-1, a nationwide hotline, to find local options. The American Red Cross and the Salvation Army also list open shelters on their websites. Several states maintain online maps for finding warming centers and emergency services during winter storms, including Kentucky, Louisiana, Mississippi, New York, Tennessee, and Texas.

Be careful outside – ice changes things

Winter storms make everyday activities dangerous. Ice turns sidewalks into slippery hazards. Snow shoveling strains the heart.
Frozen ponds and lakes might look solid but often are not as the ice can change quickly with weather conditions.

Walking on icy surfaces, even your own sidewalk, requires slow steps, proper footwear and full attention to what you’re doing. Falls can cause head injuries or broken bones, and it can happen with your first step out the door.

A group of kids scream as they sled down a hillside, legs flying in the air.
Playing in the snow, like this group was at Cherokee Park in Louisville, Ky., can be the best part of winter, but be sure to do it safely. At least three people died in accidents while being towed on sleds behind vehicles on icy streets during the January 2026 storm.
Jon Cherry/Getty Images

Shoveling snow is a common risk that people often overlook, but it deserves special caution. The actions of shoveling in cold weather can place intense strain on the heart. For people with heart conditions, it that extra strain can trigger heart attacks.

Why shoveling snow is more stressful on your heart than mowing your lawn. Mayo Clinic.

If you’re shoveling, take frequent breaks. Push snow instead of lifting when possible. And stop immediately if you feel chest pain, dizziness, or shortness of breath.

Communication saves time and lives

Winter storms disrupt information flows. Cell service fails. Internet access drops. Power outages silence televisions.

In my research on heat and storm emergencies, people frequently rely on personal networks to share updates, resources, and safety information. With that in mind, check on family, friends and neighbors, especially older adults and people who live alone.

Research I have conducted shows that nearby social ties matter during disasters because they help people share information and act more quickly when services are disrupted. Make sure that the information you’re sharing is coming from reliable sources – not everything on social media is. Also, let others know where you plan to go if conditions worsen.

A woman in a puffy jacket, hat and scarf walks up snow-covered subway stairs.
Walk carefully on snow and ice, particularly stairs like these in a New York subway station on Jan. 25, 2026. At home, be sure to clear snow off your steps soon after a storm so ice doesn’t build up.
Spencer Platt/Getty Images

Use multiple sources for information. Battery-powered radios remain critical during winter storms. Sign up for local emergency alerts by email or text. Studies have found that in regions accustomed to frequent hazardous weather, people often take actions in response to risks more slowly when they don’t have reliable local updates or clear alerts.

Practice matters

Many injuries happen because people delay actions they know they need to take. They wait to leave a house that’s getting too cold or at risk of damage by weather, such as flooding. They wait to ask for help. They wait to adjust plans.

In research I contributed to on evacuation drills involving wildfires, people who practiced their evacuation plan in advance were more likely to react quickly when conditions changed. Talking through evacuation plans for any type of emergency, whether a hurricane or a winter storm, builds people’s confidence and reduces their hesitation.

Take time each winter to review your emergency supplies, communication plans, and heating options.

Winter storms will test your preparation, judgment, and patience. You cannot control when the next one arrives, but you can decide how ready you will be when it does.

The Conversation

Brett Robertson receives funding from the National Science Foundation (Award #2316128). Any opinions, findings, conclusions, or recommendations expressed in this material are those of the author and do not necessarily reflect the views of the National Science Foundation.

ref. Winter storms don’t have to be deadly – here’s how to stay safe before, during and after one hits – https://theconversation.com/winter-storms-dont-have-to-be-deadly-heres-how-to-stay-safe-before-during-and-after-one-hits-274605

Les inégalités économiques croissantes pavent la voie à la montée des autoritarismes

Source: The Conversation – in French – By Jonathan Martineau, Professeur de philosophie, Liberal Arts College, Université Concordia, Concordia University

En concentrant la richesse et le pouvoir entre les mains d’une minorité, le système économique dominant fragilise les démocraties et ouvre la voie aux autoritarismes, révèle le dernier rapport d’Oxfam, publié la semaine dernière en marge de l’ouverture du Forum économique mondial de Davos, un choix de calendrier loin d’être anodin.


Alors que les élites économiques et politiques mondiales s’y réunissaient pour débattre du « nouvel ordre mondial » et de stratégies pour diversifier les marchés et maintenir la croissance économique mondiale à flots, le rapport d’Oxfam dresse quant à lui un constat accablant : le système économique dominant produit des niveaux d’inégalités sans précédent historique.

Loin d’être des anomalies conjoncturelles, ces inégalités apparaissent comme le symptôme structurel d’un modèle économique fondé sur l’exploitation, dont les effets menacent de plus en plus la stabilité démocratique à l’échelle mondiale.

Professeur de philosophie au Liberal Arts College de l’Université Concordia, mes recherches portent sur le temps, la technologie et l’économie politique du capitalisme contemporain.




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Un système inégalitaire

Le rapport souligne d’abord l’extrême concentration de la richesse. Les 12 milliardaires les plus riches de la planète possèdent aujourd’hui une richesse équivalente à celle détenue par la moitié la plus pauvre de l’humanité, soit environ 4 milliards de personnes. Ce chiffre, déjà frappant en soi, illustre une dynamique propre au capitalisme contemporain. Les inégalités ne sont pas qu’un résultat indésirable du système, mais une structure fondamentale de son fonctionnement.

Les marchés mondiaux reposent sur une série de relations sociales structurées par des rapports de propriété et de pouvoir asymétriques entre les personnes et les pays. Le système ne fait pas que concentrer la richesse une fois qu’elle est produite, il « crée » de la richesse sur la base de rapports sociaux inégaux. La richesse des uns dépend de la pauvreté des autres.

L’un des constats les plus préoccupants du rapport réside justement dans cette mise en parallèle de l’augmentation de la richesse des milliardaires et de la progression de l’insécurité alimentaire à l’échelle mondiale. Les données présentées indiquent que ces deux phénomènes suivent des trajectoires similaires. Alors qu’une fraction infinitésimale de la population mondiale voit sa richesse croître de manière exponentielle, des centaines de millions de personnes basculent ou demeurent dans des situations de précarité alimentaire.

Cette relation n’est pas fortuite : le système privilégie la maximisation du profit plutôt que la satisfaction des besoins fondamentaux, et l’accès aux nécessités dépend de la capacité de payer, et non d’un droit humain.

De l’économique au politique

L’évolution récente de la fortune des milliardaires renforce ce diagnostic, et ouvre également sur les dimensions politiques du problème des inégalités.

Depuis la seconde élection de Donald Trump en novembre 2024, la richesse des milliardaires a augmenté à un rythme trois fois supérieur à la moyenne observée au cours des cinq années précédentes. Cette accélération ne peut être comprise indépendamment des choix politiques favorables au capital : déréglementation, baisses d’impôts sur les hauts revenus et le capital, affaiblissement des mécanismes de redistribution et du pouvoir de négociation du travail.

Aux États-Unis, la convergence entre les intérêts des milliardaires de la tech et les politiques économiques de l’administration Trump illustre également cette dynamique. Le rapport met ainsi en lumière l’imbrication étroite entre la sphère politique et les inégalités économiques.

Ces inégalités économiques ont également des conséquences majeures sur les processus démocratiques. Le rapport d’Oxfam montre que les milliardaires ont environ 4000 fois plus de chances d’occuper un poste politique que les citoyennes et citoyens ordinaires. Cette surreprésentation des élites économiques dans les sphères du pouvoir contribue à orienter les politiques publiques en fonction de leurs intérêts propres.

Dans un tel contexte, les institutions démocratiques tendent à fonctionner de manière formelle, tandis que leur substance – l’égalité politique et la souveraineté populaire – s’érode progressivement.

Les données comparatives présentées dans le rapport renforcent ce constat : les pays caractérisés par les niveaux d’inégalités économiques les plus élevés présentent un risque sept fois plus important de voir leur démocratie s’affaiblir que ceux où les inégalités sont les moins prononcées. Loin d’être un simple enjeu de justice distributive, l’inégalité apparaît ainsi comme un facteur structurel de déstabilisation démocratique.

Lorsque de larges segments de la population sont exclus des bénéfices économiques et privés de toute influence politique réelle, la confiance envers les institutions décline, ouvrant la voie à des formes politiques autoritaires.




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Contrôle, répression et délégitimation

Dans ce contexte, l’argument selon lequel le capitalisme contemporain engendre des formes politiques autoritaires mérite une attention particulière. Plus les inégalités se creusent, plus le maintien de l’ordre social existant requiert des dispositifs de contrôle, de répression et de délégitimation des revendications populaires.

Par exemple, les discours anti-immigration de ce point de vue peuvent servir de diversion afin de canaliser la grogne populaire non pas envers les classes dominantes, mais envers des boucs-émissaires vulnérables. La montée des droites autoritaires dans de nombreux contextes nationaux peut ainsi être interprétée non pas comme une rupture avec le système économique dominant, mais comme l’une de ses modalités de stabilisation politique face à des contradictions internes croissantes.

En dernière analyse, le récent rapport d’Oxfam met en évidence un enchaînement préoccupant : concentration extrême de la richesse, aggravation de la précarité matérielle, captation du pouvoir politique et érosion démocratique. Le rapport invite donc à dépasser une lecture strictement morale ou technocratique des inégalités.


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Celles-ci ne sont pas de simples « excès » qu’il suffirait de corriger à la marge par des ajustements fiscaux. Elles constituent le produit normal d’un système économique fondé sur l’exploitation et la précarité du plus grand nombre, et la subordination de la démocratie aux intérêts économiques.

Dans ce cadre, la défense de la démocratie ne peut se limiter à la protection des procédures électorales ; elle suppose également une transformation plus profonde des structures économiques qui conditionnent l’exercice effectif de la citoyenneté.

Résister à la montée des autoritarismes implique dès lors de s’attaquer aux causes structurelles de ces dynamiques. Cela passe non seulement par des politiques de redistribution ambitieuses, mais aussi par le développement de formes d’organisation économique et sociale alternatives au capitalisme, plus à même de mettre l’économie et le travail au service des besoins de tous et toutes, plutôt qu’à l’accumulation privée des richesses par une poignée de milliardaires.

La Conversation Canada

Jonathan Martineau a reçu des financements du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSH), du Fonds de recherche du Québec, Société et Culture (FRQ-SC), et de l’Observatoire international sur les impacts sociétaux de l’intelligence artificielle (Obvia).

ref. Les inégalités économiques croissantes pavent la voie à la montée des autoritarismes – https://theconversation.com/les-inegalites-economiques-croissantes-pavent-la-voie-a-la-montee-des-autoritarismes-274520

CAN 2025 de football : les réussites et les ratés de l’édition marocaine

Source: The Conversation – in French – By Chuka Onwumechili, Professor of Communications, Howard University

La 35e édition de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2025, organisée par le Maroc, a été riche en frissons et en rebondissements avec du bon et du moins bon. Elle s’est terminée par une victoire du Sénégal, qui remporte ainsi son deuxième titre de champion d’Afrique. Si la victoire 1-0 contre le Maroc était méritée, la finale s’est terminée sur une note amère. Les supporters ont envahi le terrain et l’équipe victorieuse a quitté le terrain pendant 16 minutes.

Je suis chercheur en communication sportive et auteur de plusieurs ouvrages sur le football en Afrique.

Les quatre points positifs du tournoi ont été les suivants :

  • des matchs de qualité disputés sur des terrains impeccables

  • une couverture médiatique élargie

  • un intérêt mondial accru

  • une augmentation du nombre de supporters.

En revanche, nous avons assisté à l’abandon de l’équipe sénégalaise lors de la finale, à de mauvaises décisions arbitrales, en particulier dans les matchs impliquant le Maroc, et à des problèmes de billetterie.

Cette CAN 2025 a offert des exemples à suivre comme la qualité des terrains et le marketing réussi, dont les futurs pays organisateurs devraient s’inspirer. Cependant, la Confédération africaine de football (CAF) doit tirer les leçons de ce tournoi en matière de sécurité autour du terrain et de formation des arbitres.

Ce qui a bien fonctionné

Les infrastructures de la CAN ont démontré que le Maroc était prêt à accueillir la Coupe du monde plus tard dans l’année. Rien que pour les six stades, le pays a dépensé 1,4 milliard de dollars américains. Pas moins de 10 milliards de dollars américains ont été dépensés pour les infrastructures publiques connexes dans le domaine des transports. Les matchs ont été de grande qualité et se sont déroulés sur d’excellentes pelouses.

Les supporters qui ont assisté à ce spectacle de football ont été transportés par un système ferroviaire à grande vitesse et d’autres moyens de transport fluides.

La qualité des surfaces a peut-être contribué au fait qu’il y ait eu moins de surprises ou de bouleversements. Les quatre équipes qui ont atteint les demi-finales – l’Égypte, le Maroc, le Nigeria et le Sénégal – étaient toutes en tête de leur groupe.

Finalement, la finale a opposé les deux équipes africaines les mieux classées. Le match a été exceptionnel, les grands noms ayant produit un football mémorable tout au long du tournoi.




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Couverture médiatique élargie

La décision de s’étendre à d’autres marchés a conduit à une couverture médiatique élargie en Chine, au Brésil et sur les principaux marchés européens. La participation de plusieurs joueurs de renom issus de clubs européens a permis d’assurer une audience mondiale au tournoi. Des équipes telles que le Real Madrid, le PSG, le Bayern Munich, Manchester United et Liverpool ont vu certains de leurs joueurs participer à la compétition.

À ceux-ci s’ajoutaient des joueurs de renommée mondiale tels que Sadio Mané, Riyad Mahrez et Pierre-Emerick Aubameyang. Ces noms étaient assurés d’attirer l’attention des médias du monde entier.

L’audience a globalement augmenté, avec des hausses remarquables en Europe. La France a enregistré 3,4 millions de téléspectateurs et le Royaume-Uni 1,7 million de téléspectateurs.

Intérêt mondial accru

La CAF a annoncé une augmentation de 90 % de ses revenus. Le chiffre d’affaires s’est élevé à 192,6 millions de dollars (114 millions de dollars américains de bénéfices), contre 105,6 millions de dollars dont 72 millions de bénéfices lors de la précédente CAN. Cela montre une augmentation constante, avec le nombre de partenaires qui passe de 9 à 17 entre 2021 et 2023. Une plus grande couverture médiatique a suscité l’intérêt commercial autour du tournoi.

L’affluence dans les stades a aussi nettement progressé. Les chiffres annoncés à la fin de la compétition ont montré que 1,34 million de personnes ont assisté aux matchs. En 2023, en Côte d’Ivoire, le nombre de spectateurs était de 1,1 million.

Cela montre clairement l’intérêt croissant pour le tournoi. La proximité du Maroc avec l’Europe a également été un facteur déterminant. Davantage de spectateurs ont fait le déplacement depuis le continent et d’ailleurs.

Les primes remises aux équipes lors du tournoi ont également battu des records, le Sénégal remportant 11,6 millions de dollars. Les équipes éliminées lors de la phase de groupes ont reçu chacune 1,3 million de dollars américains.




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Erreurs

Scènes de colère : La finale a été gâchée par un retrait du terrain des Sénégalais, qui protestaient contre un penalty accordé au Maroc pendant les arrêts de jeu. Le match a été suspendu pendant 16 minutes. Les Sénégalais étaient furieux suite à l’annulation de leur but dans les dernières minutes du temps réglementaire. Les protestations contre le penalty accordé au Maroc ont duré jusqu’à ce que l’une des figures emblématiques de l’équipe, Sadio Mané, demande à ses coéquipiers de poursuivre le match.

À ce moment-là, les supporters sénégalais en colère avaient arraché des sièges dans les tribunes et de nombreuses bagarres ont éclaté. Finalement, le Maroc n’a pas réussi à convertir le penalty et le Sénégal a marqué un but mémorable pour remporter la victoire.

Questions relatives à l’arbitrage : Tout au long du tournoi, le Maroc a semblé être favorisé par plusieurs décisions et absences de décision arbitrales. La CAF devrait envisager des programmes d’échange d’arbitres avec d’autres confédérations afin d’améliorer l’arbitrage. Cela aiderait non seulement la CAN, mais permettrait également aux arbitres de découvrir d’autres événements continentaux.

Il est également préoccupant que des ramasseurs de balles marocains aient été vus en train d’arracher les serviettes des gardiens de but des équipes adverses lors des matchs Nigeria-Maroc et Sénégal-Maroc.

Problèmes de billetterie : Il y a également eu des problèmes de billetterie. Alors que les billets étaient tous vendus, plusieurs stades étaient déserts pendant les matchs de groupe. Cela peut s’expliquer par des problèmes liés au fait que les revendeurs secondaires ont peut-être acheté plus de billets qu’ils ne pouvaient en revendre. Néanmoins, chaque match a attiré en moyenne 21 167 spectateurs. La présence des médias a également augmenté pendant le tournoi. Selon certaines informations, plus de 3 800 journalistes ont couvert l’événement depuis le Maroc.

Perspectives

La compétition a démontré que le Maroc était prêt à accueillir les matchs de la Coupe du monde en 2030. Le Maroc, ainsi que l’Espagne et le Portugal, accueilleront les matchs, auxquels participeront 48 équipes. Les six villes utilisées pour la CAN 2025 accueilleront le monde entier en 2030. Le Portugal n’aura que deux villes hôtes et l’Espagne fournira neuf sites.




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Il sera difficile pour les pays hôtes de la CAN 2027 d’égaler la réussite du Maroc.

Les trois pays hôtes de la CAN 2027 – le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda – devraient au moins atteindre le niveau de la Côte d’Ivoire qui avait accueilli l’édition de 2023.

Ils peuvent au moins s’inspirer de la Côte d’Ivoire en cherchant à améliorer le système de billetterie, la sécurité autour des stades et former les ramasseurs de balles afin de protéger les équipes en déplacement.

Mais les perturbations sur le terrain ne doivent occulter ni les nombreuses réalisations de ce tournoi ni les infrastructures déployées.

The Conversation

Chuka Onwumechili does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. CAN 2025 de football : les réussites et les ratés de l’édition marocaine – https://theconversation.com/can-2025-de-football-les-reussites-et-les-rates-de-ledition-marocaine-274558

African migration: focusing on Europe misses the point – most people move within the continent

Source: The Conversation – Africa (2) – By Nadine Biehler, Researcher, German Institute for International and Security Affairs

Images of rubber dinghies overcrowded with refugees heading for Europe and narratives about mistreatment and exploitation of migrants on unsafe migration routes have come to dominate how African migration is perceived in European public and policy debates.

They suggest a continent on the move, driven mainly by conflict and heading to the global north. These narratives are deeply misleading. Nevertheless, they shape public opinion and political decision-making.

Fears of large-scale migration from Africa to Europe are exaggerated. Data shows migration from Africa has been growing, but more slowly compared to growth rates of migration worldwide – and largely takes place on the continent.

Because migration from Africa is seen primarily as a looming crisis for Europe, policy responses tend to focus on border control and deterrence, rather than on cooperation, the development potential of migration or protection.

We are researchers working on migration, forced displacement and data analysis. We combined our expertise in a new working paper to analyse the latest data from the UN Department of Economic and Social Affairs (UN DESA) on global migration. We also looked at current data on forced displacement.

We found that:

  • most African migration happens within Africa

  • the majority of African migrants moving across borders are not fleeing violence

  • the vast majority of those forced to flee never leave their own country or region, let alone the continent.

Understanding these mobility patterns is essential for more realistic and effective European migration policies.

The data

The UN DESA migration estimates that our paper is based on are the most comprehensive global data source available on migration. The estimates measure how many migrants live in a country at a given point in time (stock data). However, they don’t capture when they moved (flow data) or why. In addition, UN DESA figures exclude movements within countries.

Our paper complements these estimates with data provided by the UN Refugee Agency and the Internal Displacement Monitoring Centre on forced displacement. This includes internal displacement, which is particularly widespread in Africa.

This research found that most African migration takes place within Africa.

Globally, there were about 304 million international migrants in 2024. Africans made up around 15% of that total.

In other words, the majority of the world’s migrants are not from Africa.

Even more striking is where African migrants actually go.

In 2024, around 25 million Africans were living in an African country outside the one they were born in or held citizenship of. This exceeded the number of Africans living outside the continent (20.7 million) by around 21%.

This means that African migration is predominantly intracontinental, a long-standing trend that has become even more pronounced over time.

Several factors help explain this.

Travel within Africa is often cheaper and safer than journeys to other continents. Regional free movement agreements, such as those in west and east Africa, enable cross-border mobility. At the same time, legal pathways to Europe, North America or Asia remain limited and costly for most Africans, with high visa rejection rates and few opportunities for regular migration.

African migration is also gendered. Men are more likely to migrate than women, especially when moving beyond the continent. This gap is smaller for migration within Africa. This suggests that more accessible legal routes and less dangerous journeys help with overcoming migration barriers for women.

Forced displacement

War and conflict are forcing more people to leave their homes worldwide, and Africa is no exception.

By the end of 2024, more than 120 million people globally were forcibly displaced by war and violence. However, the majority of them (73.5 million, or 60% of the forcibly displaced globally) never left their own country to seek asylum elsewhere. They remained internally displaced in their countries of origin.

This is particularly true for the African continent, where almost half of all internally displaced people worldwide lived.

Sudan and the Democratic Republic of Congo account for almost 80% of internal displacement in Africa.

Even when Africans do cross borders to seek protection, they usually stay close to home.

In 2024, almost 87% of the 12.2 million African refugees and asylum seekers worldwide lived on the African continent. Only a small minority sought protection outside Africa.

This challenges the widespread idea that forced displacement in Africa automatically translates into large-scale migration to Europe.

In reality, neighbouring countries – often themselves affected by poverty or instability, and sometimes both countries of origin and destination for forcibly displaced people – carry most of the responsibility for hosting displaced populations.

Even when taking into account future displacement scenarios driven by the climate crisis, the World Bank estimates that affected people will remain within their regional neighbourhoods.

Still, globally, as well as in Africa, voluntary migration dominates: out of 45.8 million African migrants globally, refugees and asylum seekers make up 12.2 million.

This is also true for African migration to countries of the European Union, where residence permits for work, education or family reasons (2024: about 670,000) significantly exceed first-time asylum applications (2024: about 240,000).

Why these findings matter

First, the data shows clearly that African migration is not primarily about Europe. It is, above all, about Africa itself. For European and other global north policymakers, our findings suggest a need to rethink priorities. Supporting refugee-hosting countries in Africa, expanding legal migration pathways and investing in reliable migration data may ensure more effective migration management. Focusing narrowly on deterrence is misplaced.

Second, our findings highlight the importance of African countries and regions as migration destinations and refugee hosting states. Countries such as Uganda, Côte d’Ivoire, South Africa or Nigeria host millions of migrants and refugees, often with far fewer resources for integration and protection than wealthier states. For African governments, this means continuing to strengthen regional and continental mobility frameworks. These would allow people to move safely and legally for work, education or family reasons. Intra-regional migration is already the backbone of African mobility. It is likely to remain so.

Third, the analysis demonstrates that UN DESA data is indispensable but incomplete. It excludes domestic migration, undocumented migration and many forms of temporary or circular mobility common in Africa. Funding cuts to international data-collection institutions risk further weakening evidence-based policymaking.

Understanding how people actually move – and why – is essential for designing fair and realistic migration policies.

The Conversation

Nadine Biehler works at SWP for the research project “Strategic Refugee and Migration Policy”, funded by the German Federal Ministry for Economic Cooperation and Development (BMZ).

Emma Landmesser works at SWP for the research project “Strategic Refugee and Migration Policy”, funded by the German Federal Ministry for Economic Cooperation and Development (BMZ).

Rebecca Majewski does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. African migration: focusing on Europe misses the point – most people move within the continent – https://theconversation.com/african-migration-focusing-on-europe-misses-the-point-most-people-move-within-the-continent-273679

Student well-being comes from care, but is caring enough? Academics reflect on 3 stumbling blocks

Source: The Conversation – Africa – By Martina van Heerden, Senior Lecturer in English for Educational Development, University of the Western Cape

Christina @ wocintechchat.com via Unsplash, CC BY

Students’ well-being in higher education has been a growing concern globally since the coronavirus pandemic, which disrupted learning and lives generally.

Well-being has been described as “the combination of feeling good and functioning well; experiencing positive emotions such as happiness and contentment as well as the development of one’s potential, having some control over one’s life, having a sense of purpose, and experiencing positive relationships”.

Well-being is important for student engagement, achievement and belonging, which all make for a more positive learning and teaching experience.

We teach in an academic literacy module at a historically disadvantaged university in South Africa. Since the pandemic, we’ve continued to see that students’ well-being is often neglected, especially by students themselves. This neglect could potentially lead to lack of motivation, lack of interest and burnout.

In South Africa, first-year students’ well-being is often precariously placed, as they have to navigate socioeconomic and familial stresses, while adjusting to the demands of higher education. One of the many hurdles that students face is due to the “digital divide”, and it includes having to learn how to use unfamiliar technological resources. There are high dropout rates for first-year students.

That’s despite the efforts of universities to support them.

As academic literacy practitioners, we aim to help students to understand what’s required of them academically. In the last five years, since the pandemic, we’ve revised our module to foster a more caring, responsive and engaging environment. The idea is to smooth the way into university studies and to enhance student well-being.

We recently published a paper on what we’ve learnt so far. Our main finding is that creating a “care-full” environment for learning is not as simple as it sounds. Care has to be offered at various levels – and also received. Universities, lecturers and students still need to overcome some barriers to receiving care.

Getting to know students

Our academic literacy module is offered to first-year undergraduate students and runs for both semesters, with a different group of students each semester. In line with the university’s mandate, the module is concerned with student flourishing and success.

During the pandemic (2021-2022), we became aware of our students being in emotional distress, and so, to focus more deliberately on student well-being, we adopted a more “care-full” approach to learning and teaching. We embedded “care” into our module, by considering how we might equip students better to deal with the demands of higher education. We listened to our students’ experiences and needs and made the necessary adjustments to provide a more supportive, holistic, care-full classroom. This continued in our post-pandemic classroom.




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The changes included adding assignment-specific guides, more resources, more focused discussions on time management and organisation, regular reminders of due dates, and links to work apps.

We also had regular conversations with the students as our way of getting to know them and finding out how they were coping. We wanted them to know that we were there to care for them, not just to impart knowledge.




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But we came to realise that by 2023 students were still struggling with the same issues as before, despite the changes we had made. This became clear from student questionnaires, end-of-semester feedback forms, and the informal conversations we had with them.

An analysis of our data showed that certain challenges acted as impediments to care and negatively affected students’ well-being. The three main impediments were:

  • resources

  • time management

  • anxiety.

In other words, these problems prevented students from “receiving” and benefiting from the care we offered.

Resources

Resources present a dual impediment to students’ well-being. Firstly, students might not have access to resources like laptops and a stable internet connection. Secondly, they might not know how to use the available resources efficiently.

For example, many of our students indicated that they struggled to find lecture content or to submit assignments on the university’s Learning Management System. This was even though we had made “how-to” guides for students showing step-by-step instructions and the university scheduled workshops on how to navigate it. Resources became another hurdle instead of helping as intended.

Organisation and time management skills

Many students struggle with meeting deadlines and balancing their social and university lives. During the pandemic, the online environment provided little structure to their days, so some of them struggled with managing their workload. This continued when classes were back on campus. It is not a problem that is unique to South Africa, but time management is important for well-being (and thus student success).

Feelings of inadequacy and anxiety

The last impediment we identified related to feelings of inadequacy and anxiety. These feelings may be a result of struggles with resources and time management skills, but they might also be related to students’ own perceived competence in their studies. Anxiety has become a challenge for many students in university, not just in South Africa, but globally. These feelings may stop students from reaching out for help.




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Getting past the impediments

We’ve realised these challenges act as impediments to care. That is, despite the efforts educators may put into creating a “care-full” environment, certain challenges can hamper their effectiveness. In our context, we weren’t able to make all our students feel cared for. This realisation could negatively affect the well-being of students and educators alike. Academics are at risk of burnout too.

We still think academics have to be “care-full” with students, but they can’t do it alone, and their care has to be reciprocated if it’s to result in academic success and well-being. Care requires input from both the educators (the carers) and the cared-for (the students). When it works both ways, a “care-full” approach might improve students’ well-being.

Both parties need to take responsibility. Students must be willing to receive care by taking care (that is, asking for advice, accepting the advice and resources that have been made available, doing what they can).

We understand that they might feel uncomfortable or anxious; we are not blaming them. Educators must take care in interactions with students, in pedagogical choices, and in content. University structures and processes are also involved in care. And the issue extends beyond the confines of the university into the national health, welfare and safety landscape. Care requires buy-in from all parties. Otherwise there may be limits to how care is received.

The Conversation

Martina van Heerden is a member of the South African Association of Academic Literacy Practitioners.

Sharita Bharuthram does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Student well-being comes from care, but is caring enough? Academics reflect on 3 stumbling blocks – https://theconversation.com/student-well-being-comes-from-care-but-is-caring-enough-academics-reflect-on-3-stumbling-blocks-274066

Africa, rating agencies and the cost of debt

Source: The Conversation – Africa – By Caroline Southey, Founding Editor, Africa, The Conversation

How much we pay for the debt that we incur determines a great deal in our lives. This is true of countries too. In the world of sovereign debt – money raised or borrowed by governments – the cost of debt is dependent on, among other factors, how rating agencies “grade” a country.

It’s a sensitive issue. Three agencies dominate the rating business. A criticism often meted out is that they judge African countries more harshly than others, which pushes up borrowing rates. These tensions lie behind the acrimonious fall-out between one of the big three – Fitch – and the African Export-Import Bank (Afreximbank).

On 28 January 2026 Fitch announced it had downgraded the bank’s credit rating to junk status, and that it was ending its relationship with the bank.

Fitch’s decision was preceded by Afreximbank announcing that it was severing all ties with the rating agency. A few days later the African Union weighed in, issuing a statement from its watchdog, the African Peer Review Mechanism, backing the bank’s decision, and warning Fitch not to issue any credit assessments of the bank. The rating agency clearly chose to ignore the warning.

Below you can find articles from our archives that examine various dimensions of Africa’s debt challenges.


Africa’s development banks are being undermined: the continent will pay the price

African countries need strong development banks: how they can push back against narratives to weaken them

Africa’s new credit rating agency could change the rules of the game. Here’s how

Eurobonds issued by African countries are popular with investors: why this isn’t good news

African countries are bad at issuing bonds, so debt costs more than it should: what needs to change

African finance ministers shouldn’t be making bond deals: how to hand over the job to experts

Senegal’s rating downgrade: credit agencies are punishing countries that don’t check their numbers

South Africa’s debt has skyrocketed – new rules are needed to manage it

The Conversation

ref. Africa, rating agencies and the cost of debt – https://theconversation.com/africa-rating-agencies-and-the-cost-of-debt-274676

Dans l’océan, comment les écosystèmes marins s’organisent sans chef

Source: The Conversation – France (in French) – By Céline Barrier, Chercheuse, Université de Corse Pascal-Paoli

Et si on élargissait l’idée qu’on se fait de l’intelligence ? Exemple appliqué au milieu marin. Céline Barrier, Fourni par l’auteur

À la différence de l’intelligence humaine, régie par un centre de décision (le cerveau), celle du monde marin s’organise sans chef d’orchestre. Elle repose sur une multitude d’interactions où chaque processus physique contribue à un fonctionnement global. Que penser de cette analogie ? Peut-on encore parler d’intelligence ? Étudier ces formes d’organisation non humaines invite à repenser notre définition de l’intelligence.


Docteure en sciences marines, spécialisée dans la modélisation des processus écologiques, je travaille principalement sur la dispersion larvaire et la connectivité entre habitats marins, en particulier dans les écosystèmes côtiers de la Méditerranée.

Mes recherches consistent notamment à « suivre des larves marines », afin de comprendre comment l’information circule dans un système naturel complexe, à travers l’espace, le temps et de fortes contraintes physiques. Les « propagules » marines, larves de poissons ou d’invertébrés, ne sont en effet pas seulement de la matière vivante transportée passivement par les courants.

Elles sont aussi des vecteurs d’information écologique. En effet, elles transportent un patrimoine génétique, des traits d’histoire de vie, une mémoire évolutive et surtout un potentiel fondamental : celui de permettre, ou non, le maintien d’une population dans un habitat donné.

Leur évolution dans l’espace est un exemple intéressant de la façon dont les écosystèmes marins s’organisent. Cette organisation fait intervenir une forme d’intelligence bien différente de celle que nous connaissons en tant qu’humains.




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Une intelligence sans chef d’orchestre

Les écosystèmes marins peuvent être décrits comme des systèmes distribués : il n’y existe ni centre de décision, ni contrôle centralisé.

L’organisation globale émerge de l’interaction continue entre des processus physiques (courants, stratification de la colonne d’eau), biologiques (développement larvaire, mortalité, parfois comportement) et écologiques (disponibilité et qualité des habitats).

Comprendre cette organisation revient à comprendre comment des systèmes complexes peuvent fonctionner efficacement sans intelligence centrale. Dans ce cadre, l’« intelligence » du monde marin n’est ni neuronale ni intentionnelle. Elle est collective, spatiale et émergente.

Chaque processus physique y joue un rôle spécifique. Par exemple :

  • les courants marins forment une infrastructure invisible, comparable à un réseau de communication ;

  • les habitats fonctionnels, zones de reproduction, de nourricerie ou habitats adultes, constituent des nœuds ;

  • enfin, les larves assurent la circulation entre ces nœuds, rendant possible la connectivité du système.




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Modéliser des réseaux invisibles

Dans mon travail, je cherche à modéliser cette connectivité, c’est-à-dire le réseau d’échanges dont la structure conditionne la résilience, l’adaptabilité et la persistance des populations marines face aux perturbations environnementales.

Pour explorer ces réseaux invisibles, j’utilise des modèles biophysiques dits lagrangiens, qui combinent des données océaniques (courants, température, salinité) avec des paramètres biologiques propres aux espèces étudiées, tels que la durée de vie larvaire ou la période de reproduction.

L’objectif n’est pas de prédire le trajet exact de chaque larve, mais de faire émerger des structures globales : corridors de dispersion, zones sources, régions isolées ou carrefours d’échanges.

C’est précisément ce que j’ai montré dans un travail récent consacré à la grande araignée de mer Maja squinado en Méditerranée nord-occidentale. En simulant plus de dix années de dispersion larvaire à l’échelle régionale, j’ai mis en évidence l’existence de véritables carrefours de connectivité. Ils relient certaines zones côtières éloignées, tandis que d’autres, pourtant proches géographiquement, restent faiblement connectées.

Une intelligence fondée sur les relations

Cette organisation ne résulte d’aucune stratégie consciente. Elle émerge de l’interaction entre la circulation océanique, la biologie des espèces et la distribution spatiale des habitats favorables.

Les résultats obtenus illustrent une forme d’intelligence collective du système, dans laquelle l’organisation globale dépasse largement la somme des trajectoires individuelles.

On retrouve ici des propriétés communes à de nombreux systèmes complexes – colonies d’insectes, réseaux trophiques ou dynamiques sociales humaines. Dans tous les cas, ce sont les relations entre les éléments, bien plus que les éléments eux-mêmes, qui structurent le fonctionnement de l’ensemble.

Élargir notre définition de l’intelligence

Un parallèle peut enfin être établi avec l’intelligence artificielle, sans qu’il soit nécessaire de forcer l’analogie. Les modèles que je développe agissent, avant tout, comme des outils de traduction : ils transforment un monde continu, chaotique et tridimensionnel en représentations intelligibles – cartes, matrices de connectivité, probabilités.

Comme en intelligence artificielle, l’enjeu n’est pas de tout contrôler ni de tout prédire, mais d’identifier les échelles pertinentes et les relations clés à partir desquelles le sens peut émerger.

Étudier ces formes d’organisation non humaines nous invite ainsi à repenser notre définition de l’intelligence. Dans un monde marin sans cerveau, sans mémoire explicite et sans intention, des systèmes entiers parviennent pourtant à se maintenir, à se réorganiser et parfois à résister aux perturbations environnementales.

Reconnaître cette intelligence diffuse, incarnée dans des flux et des réseaux, ne revient pas à humaniser la nature, mais à élargir notre regard sur ce que signifie « être intelligent » dans un monde complexe et interconnecté.


Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science (qui a eu lieu du 3 au 13 octobre 2025), dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition porte sur la thématique « Intelligence(s) ». Retrouvez tous les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.

The Conversation

Céline Barrier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Dans l’océan, comment les écosystèmes marins s’organisent sans chef – https://theconversation.com/dans-locean-comment-les-ecosystemes-marins-sorganisent-sans-chef-273541

Les « dupes », ces copies légales de produit best-seller que vous avez déjà dû acheter

Source: The Conversation – France (in French) – By Aurore Ingarao, Maitre de conférences en Marketing , Université d’Orléans

Selon la Fédération des entreprises de la beauté, 31 % de Français et Françaises ont acheté un produit « dupe » cosmétique au cours des douze derniers mois. Faithie/Shutterstock

Entre la recherche de produits d’exception, des prix bas et la peur de la contrefaçon, le marché des « dupes » est en plein essor. Ces produits qui copient le succès d’une grande marque sont valorisés sur les réseaux sociaux, notamment TikTok. Comment sont-ils perçus par les consommateurs et les professionnels ?


La brosse soufflante Airwrap de Dyson, la crème hydratante Sol de Janeiro ou encore le Birkin d’Hermès… ces produits voient leurs copies s’envoler sur l’Internet. Elles sont mises en avant sur les réseaux sociaux et plus particulièrement sur TikTok à travers des tendances (trend) lancées autour de hashtag intégrant le mot dupe.

Entre la recherche de produits d’exception, de prix bas et la peur de la contrefaçon, le marché des dupes est en plein essor. En 2024, 561 000 de recherches mensuelles pour le terme dupe sont recensés sur Google et 398 100 vidéos sur TikTok. Selon la Fédération des entreprises de la beauté, 31 % des consommateurs ont acheté un dupe de produit cosmétique au cours des 12 derniers mois.

Ce phénomène s’inscrit dans la dynamique du marketing d’influence que nous avons étudié avec Sophie Renault, professeure des universités, dans notre communication scientifique « Tout ce qui brille n’est pas d’or : le défi de l’authenticité dans l’univers complexe du marketing d’influence » (2024). Les créateurs de contenus, en mettant en avant ces inspirations sur les réseaux sociaux, jouent un rôle clé dans la légitimation de l’achat de ces produits, notamment auprès des jeunes générations.

Alors, comment ces produits sont-ils perçus par les consommateurs et les professionnels ?

Contrefaçon, dupe et imitation

La contrefaçon est définie par l’Institut national de la propriété intellectuelle (Inpi) comme « la reproduction, l’imitation ou l’utilisation totale ou partielle d’un droit de propriété intellectuelle sans l’autorisation de son propriétaire. Il peut s’agir d’une marque, d’un modèle, d’un brevet, d’un droit d’auteur, d’un logiciel, d’un circuit intégré ou d’une obtention végétale ». La contrefaçon est à distinguer des termes de copycat, imitation, dupe, pingti ou générique.

Dupe

Désigne des produits qui imitent ceux de marques renommées, donnant l’impression de proposer une offre similaire à moindre coût, mais cette similitude se limite à l’apparence. Les « dupes » ne possèdent absolument rien des caractéristiques de l’original, en termes de matériaux, d’efficacité ou de durabilité.

Copycat

Une imitation de « l’habillage commercial d’une marque leader, comme son nom ou le design de son emballage, pour profiter de la réputation et des efforts marketing de cette dernière ».

Imitation

Un « produit ou service, bien que non identique, considéré comme similaire en substance, nom, forme, signification ou intention à un produit ou service reconnu et largement connu actuellement sur le marché. »

« Pingti »

Les pingti (« leurre » en mandarin) sont des copies haut de gamme, venant de Chine, de produits de luxe. Seuls les designs et finitions sont reproduits, et non la marque et le logo, les distinguant de la contrefaçon.

Générique

Les produits génériques se « caractérisent par leur emballage sobre et l’absence de marque reconnue. Leur principal attrait, pour le consommateur, réside dans l’écart de prix important entre les produits génériques et leurs équivalents de marque. »

Plaisir de la transgression

Le consommateur a pour première motivation le prix. Près de 39 % des consommateurs déclarent préférer tester un produit équivalent moins cher, afin de comparer son efficacité avec le produit original pour « peut-être » l’acheter par la suite.

Considérer un prix élevé comme un gage de qualité est remis en cause, puisque la qualité des produits est revendiquée comme égale aux originaux, traduisant une culture des dupes.




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La valeur perçue repose sur le sentiment de fierté procuré par l’achat de ces copies. Certains acheteurs se considèrent comme des smart shoppers, avec l’impression de contourner les stratégies des marques aux prix élevés. Ces dupes leur permettent de contrôler leur consommation, les libérer des codes élitistes traditionnels, accéder à leurs désirs sans en payer le prix, allant jusqu’à ressentir le plaisir cognitif de la transgression.

Promotion par les influenceurs

Avec pas moins de 180 000 influenceurs recensés en France, les relais auprès des consommateurs sont assurés. Les influenceurs dupes sont définis comme « des individus qui incitent les consommateurs à acheter des contrefaçons via les réseaux sociaux ». Leur force réside dans leur expertise, appréciée par leurs abonnés qui leur font confiance.

Nombreux sont les formats diffusés sur les réseaux sociaux par de célèbres influenceurs. Certains fabricants collaborent avec ces influenceurs pour promouvoir leurs produits. C’est le cas de Celesta, une marque proposant des appareils coiffants comparables à ceux de Dyson, qui a choisi de mener une campagne d’influence sur TikTok.

Alerte des fabricants

Le dupe semble accepter par le marché – les fabricants de dupes, les influenceurs, les consommateurs ou les plateformes numériques – comme étant légal, par opposition à la contrefaçon. L’argument principal : le produit ne laisse apparaître ni logo ni nom de marque apparent, souvent caractéristique de la contrefaçon.

La frontière entre l’imitation et l’inspiration se révèle plus mince qu’elle n’y paraît, puisqu’un produit peut être protégé indépendamment de sa marque. Pour certaines d’entre elles, des modèles spécifiques peuvent être protégés au titre du droit d’auteur. Une action en contrefaçon peut être engagée même si la marque n’apparaît pas, selon Vanessa Bouchara, avocate spécialisée dans les questions de propriété intellectuelle.

Contrefaçon ou dupe, ces pratiques très proches ne cessent d’inquiéter les fabricants. L’Union des fabricants (Unifab) alerte et rapproche les deux concepts : « La contrefaçon dupe ». Elle liste des conseils pour être, devenir ou redevenir un consommateur responsable en jouant sur l’affect. « Acheter de la contrefaçon revient à cautionner la perte de plus de 38 000 emplois et 6,7 milliards de revenus en France tous les ans », rappelle l’Unifab.

Des marques tentent de renverser la tendance en surfant sur le buzz généré. C’est le cas d’Olaplex, spécialisée en soins capillaires, qui a lancé l’opération Oladupé en partenariat avec de nombreux influenceurs, mettant en avant un faux dupe de la marque pour montrer que les atouts de l’original sont inégalables.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Les « dupes », ces copies légales de produit best-seller que vous avez déjà dû acheter – https://theconversation.com/les-dupes-ces-copies-legales-de-produit-best-seller-que-vous-avez-deja-du-acheter-273038

Copier, coller, plagier ? Le droit d’auteur expliqué aux étudiants (et aux autres)

Source: The Conversation – France (in French) – By Rose-Marie Borges, Maître de conférences HDR en droit privé , Université Clermont Auvergne (UCA)

Où finit l’inspiration, où commence le plagiat ? Si la question a toujours été complexe à trancher, elle est de plus en plus brûlante alors que les réseaux sociaux permettent à tous de diffuser des contenus à grande échelle et que l’IA brouille le rapport aux sources. Et elle se pose sur les bancs de la fac déjà : peut-on enregistrer son prof ? À quelles conditions partager des images trouvées sur Internet dans un mémoire ? Quelques repères.


Guillaume Musso a-t-il plagié l’ouvrage de Diana Katalayi Ilunga comme l’affirme celle-ci ? La vidéo de Noël avec le loup d’Intermarché constitue-t-elle un plagiat du livre pour enfants Un Noël pour le loup, de Thierry Dedieu ? La chanson On va s’aimer, interprétée par Gilbert Montagné, est-elle un plagiat de la chanson Une fille de France, interprétée par Gianni Nazzaro ?

Ces affaires mettent en lumière les droits que possède l’auteur d’une œuvre sur l’utilisation de celle-ci. Né au XVIIIᵉ siècle, à la suite de l’essor de l’imprimerie, le droit d’auteur protège les œuvres quelle que soit leur nature (musicale, picturale, audiovisuelle) et constitue le lien entre la défense des intérêts des créateurs et la nécessité de permettre la circulation des savoirs et des œuvres.

Les questions relatives au droit d’auteur ne concernent pas simplement les professionnels de la création. Toute personne peut y être confrontée dans son quotidien, dans le cadre de son travail ou de ses études. À l’heure où les réseaux sociaux donnent accès à une multitude d’œuvres et où l’intelligence artificielle (IA) est de plus en plus utilisée, il est facile de ne pas respecter le droit des auteurs, sciemment ou non.

Partant du constat que de très nombreux étudiants ignoraient les principes du droit d’auteur dans la rédaction de leurs travaux, nous avons, avec d’autres enseignants-chercheurs et sous l’impulsion de Marie Latour, créé le MOOC Voler-Coller : stop au plagiat, dont l’objectif est de mieux faire connaître les règles de la propriété intellectuelle aux étudiants, particulièrement de master et de doctorat. Revenons sur quelques-uns de ses enjeux clés.

Qu’est-ce que le droit d’auteur ?

Le droit d’auteur protège toute œuvre de l’esprit originale, c’est-à-dire portant l’empreinte de la personnalité de l’auteur, qui traduit un apport créatif. Le droit est composé de deux catégories de droits.

Les droits patrimoniaux permettent à l’auteur de contrôler l’utilisation de son œuvre. Cela signifie qu’il peut autoriser ou interdire la reproduction, la représentation ou l’adaptation de son travail. Les droits patrimoniaux peuvent faire l’objet de contrats d’exploitation et bénéficient à l’auteur durant toute sa vie et à ses ayants droit soixante-dix ans après sa mort. Après ce délai, l’œuvre tombe dans le domaine public et peut être exploitée librement.

Les droits moraux garantissent à l’auteur le respect de son nom et l’intégrité de son œuvre. Contrairement aux droits patrimoniaux, ils sont inaliénables et imprescriptibles. Même après la mort de l’auteur, ses héritiers peuvent veiller à ce que sa qualité d’auteur soit respectée et que l’œuvre ne soit pas dénaturée. Par exemple, bien que l’œuvre soit tombée dans le domaine public, les descendants de Victor Hugo conservent un droit moral éternel sur les Misérables, qui leur permettrait de s’opposer à l’adaptation de l’ouvrage en comédie.

Un enseignant bénéficie d’un droit d’auteur sur son cours dès lors que celui-ci est original. De ce fait, toute utilisation de ce cours suppose son autorisation, y compris par les étudiants à qui il est dispensé. Un étudiant ne peut pas capter un cours, quelle que soit la forme de la captation (vidéo, son, photos) et le diffuser, à titre gratuit ou onéreux, sans l’accord de l’enseignant.

De plus, si la captation inclut l’image ou la voix de l’enseignant sans son accord, cela constitue une atteinte aux droits de la personnalité de celui-ci et au droit des données personnelles. À l’inverse, l’étudiant bénéficie également du droit d’auteur sur ses productions, dès lors que celles-ci sont originales. Un enseignant ne pourrait donc pas s’approprier le travail d’un étudiant ou l’utiliser sans son accord.

Les exceptions au droit d’auteur

En principe, toute représentation, reproduction ou modification d’une œuvre est soumise à l’autorisation de l’auteur. Dans un certain nombre de cas, la loi prévoit toutefois qu’une personne peut représenter ou reproduire une œuvre sans avoir à obtenir l’accord de l’auteur. Parmi ces exceptions, le droit de citation et l’exception pédagogique sont particulièrement utilisés dans le cadre académique.

Le droit de citation permet d’utiliser un extrait d’une œuvre protégée sans autorisation, si trois conditions cumulatives sont remplies : la citation doit être courte, elle doit être justifiée par un objectif critique, pédagogique, scientifique ou informatif et elle doit clairement indiquer le nom de l’auteur et la source.

La reproduction de pages entières dans un mémoire ou une thèse ne peut être couverte par le droit de citation et constitue donc du plagiat.

L’exception académique permet aux enseignants et chercheurs d’utiliser certaines œuvres dans un cadre strictement éducatif. Un enseignant pourra par exemple diffuser un extrait de film ou un extrait d’article en classe pour illustrer un cours. En revanche, la diffusion de l’intégralité du film ou de l’article sans autorisation est interdite.

Plagiat ou inspiration ?

En droit d’auteur, la frontière entre plagiat et inspiration est parfois ténue. Le plagiat suppose une reproduction non autorisée d’une œuvre, sans mention de l’auteur. L’inspiration, en revanche, relève d’un processus créatif où l’on s’appuie sur des idées ou des styles existants pour produire une œuvre nouvelle.

Les idées n’étant pas protégées en tant que telles par le droit d’auteur, on dit qu’elles sont de libre parcours. Tout un chacun peut les reprendre et en donner une expression originale. Ainsi, un auteur qui écrirait une enquête mettant en scène un détective excentrique, doté d’une logique implacable et d’un sens aigu de l’observation rappelant fortement Sherlock Holmes, mais avec ses propres traits de caractère, un contexte différent et une intrigue nouvelle, resterait dans le cadre de l’inspiration.

En revanche, si l’auteur reprend des dialogues, des scènes emblématiques ou des intrigues quasi identiques aux aventures de Sherlock Holmes, sans les transformer ni les citer, cela pourrait être qualifié de plagiat.

Les tribunaux apprécient au cas par cas, en examinant le degré de similitude, l’intention de l’auteur et si l’œuvre nouvelle apporte une véritable originalité ou si elle se contente de copier la forme de l’œuvre antérieure. La frontière se situe donc dans la manière dont l’auteur parvient à injecter une véritable originalité dans son récit.

« Plagiat ? Cinq chansons épinglées par la justice » (Le Nouvel Obs, 2015).

L’inspiration consiste à reprendre une idée alors que le plagiat reprend une expression originale de l’idée. Par exemple, un étudiant qui doit rédiger un commentaire du Petit Prince, de Saint Exupéry, consulte un site Internet qui propose une analyse détaillée du livre. Si l’étudiant lit l’analyse pour mieux comprendre l’ouvrage et rédige ensuite son propre texte, avec ses propres mots et ses propres exemples, la fiche d’analyse ne constituera qu’une inspiration. En revanche, s’il reprend plusieurs phrases de la fiche, ne change que quelques mots tout en conservant la structure et les idées développées dans le même ordre, sans citer la source, il se rend coupable de plagiat.

Droit d’auteur et intelligence artificielle

L’intelligence artificielle (IA) bouleverse le droit d’auteur dans la mesure où elle s’appuie sur des œuvres existantes pour produire de nouveaux contenus. L’IA peut réutiliser des éléments protégés sans autorisation, parfois de manière subtile, rendant la frontière entre inspiration et reproduction difficile à tracer.

Les auteurs des œuvres originaires craignent, à raison, que leurs œuvres ne soient exploitées sans reconnaissance ni rémunération et que l’usage massif des œuvres existantes par les IA ne fragilise le modèle économique de la création.

Se pose également la question de la titularité des droits sur une œuvre générée par IA : appartiennent-ils à l’utilisateur de l’IA, au concepteur du logiciel ou à personne puisque l’IA n’a pas de personnalité juridique ? À l’heure actuelle, la plupart des juridictions ayant eu à trancher des demandes de protection par le droit d’auteur sur des créations réalisées par l’IA ont rejeté ces demandes.

Certaines décisions ont toutefois admis la protection à des œuvres générées par l’IA. En janvier 2025, l’US Copyright Office a accepté d’accorder une protection par droit d’auteur à l’œuvre A Single Piece of American Cheese réalisée grâce à l’IA Invoke, notamment grâce à la preuve d’une intervention humaine déterminante.

En 2023, un tribunal de Pékin avait déjà déclaré que l’utilisateur de l’IA, à l’origine de la création de l’image litigieuse, était bien le titulaire des droits d’auteur. Ces décisions montrent la nécessité de réfléchir à une adaptation de la législation sur le droit d’auteur ou à la création d’un système de protection hybride.

L’usage de l’IA dans un travail universitaire peut être utile, mais il expose aussi l’étudiant à des risques réels de plagiat, sans qu’il s’en rende compte. Les outils d’IA peuvent générer des phrases ou des formulations très proches de textes existants, sans nécessairement citer la source. Si l’étudiant se contente de copier-coller le texte dans son travail, il peut réaliser un plagiat involontaire. Il faut donc utiliser l’IA pour comprendre, pas pour copier, reformuler les idées avec ses propres mots et vérifier toutes les informations, afin de minimiser les risques.

Le non-respect du droit des auteurs peut avoir des conséquences lourdes, tant financières que réputationnelles. Il faut donc sensibiliser au plus tôt les utilisateurs, qu’ils soient étudiants ou enseignants, au bon usage du droit d’auteur.

The Conversation

Rose-Marie Borges ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Copier, coller, plagier ? Le droit d’auteur expliqué aux étudiants (et aux autres) – https://theconversation.com/copier-coller-plagier-le-droit-dauteur-explique-aux-etudiants-et-aux-autres-264617