La course à la bombe : encore ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Cyrille Bret, Géopoliticien, Sciences Po

L’arme nucléaire revient sur le devant de la scène internationale, avec les annonces successives, par Vladimir Poutine, du développement de nouveaux armements, et par Donald Trump de la reprise d’essais. Les traités de limitation des armements sont de plus en plus ignorés et cette nouvelle course entre les deux (anciens) Grands de la guerre froide pourrait, cette fois, inciter plusieurs nouveaux participants à entrer dans la compétition…


Depuis une semaine, l’actualité stratégique est devenue retro. Elle a repris une chorégraphie très « années 1950 » car elle a été bousculée par le retour du nucléaire au-devant de la scène internationale.

Le 26 octobre dernier, en treillis et en vidéo, Vladimir Poutine présente (à nouveau) le missile expérimental russe Bourevstnik (« annonceur de tempête »), doté d’une tête et d’un système de propulsion nucléaires. Quelques jours plus tard, c’est au tour d’un drone sous-marin à propulsion nucléaire, le Poséidon, déjà présenté il y a quelques années, d’avoir les honneurs des autorités russes qui proclament qu’il est indétectable et pourrait venir percuter les côtes ennemies et y faire exploser une charge nucléaire. Enfin, le 29 octobre, Donald Trump annonce sur le réseau Truth Social la reprise des essais pour « les armes nucléaires », une première depuis l’adoption du Traité sur l’interdiction des essais nucléaires en 1996.

Cette guerre des communiqués a déclenché l’onde de choc d’une bombe – médiatique, fort heureusement – dans les milieux stratégiques. En effet, depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, la guerre d’Israël contre le Hamas dans la bande de Gaza, le bombardement de l’Iran par les États-Unis et la guerre Inde-Pakistan du début de l’année, l’attention des analystes militaires s’était portée sur les armements traditionnels (blindés, missiles, munitions, chasseurs) et sur les systèmes innovants (drones, artillerie mobile, munitions guidées, bombes perforatrices).

Dans cette séquence en Technicolor et en Mondovision, tout se passe comme si le célèbre Dr. Folamour du film de Stanley Kubrick (1964) faisait son grand retour : ce personnage de fiction, scientifique nazi employé par l’armée américaine, paraît comme rappelé à la vie par la nouvelle guerre froide que se livrent les grandes puissances militaires dotées de l’arme atomique, à savoir les États-Unis, la Fédération de Russie et la République populaire de Chine, respectivement pourvues d’environ 3700, 4200 et 600 ogives nucléaires. Ce parfum de course à la bombe fleure bon les années 1950, les Cadillac roses et les défilés sur la place Rouge.

Pourquoi la course aux armements nucléaires est-elle aujourd’hui relancée, du moins au niveau médiatique ? Et quels sont les risques dont elle est porteuse ?

Essais nucléaires américains et surenchères médiatiques

En annonçant la reprise des essais nucléaires sur le sol des États-Unis, Donald Trump s’est montré aussi tonitruant que flou. Dans ce domaine-là comme dans tous les autres, il a voulu claironner le Make America Great Again qui constitue son slogan d’action universelle pour rendre à l’Amérique la première place dans tous les domaines.

En bon dirigeant narcissique, il a voulu occuper seul le devant de la scène médiatique en répliquant immédiatement aux annonces du Kremlin. En bon animateur de reality show, il a volé la vedette atomique à son homologue russe. Invoquant les initiatives étrangères en la matière, il a endossé son rôle favori, celui de briseur de tabous, en l’occurrence le traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICEN) adopté en 1996 par l’Assemblée générale des Nations unies, avec le soutien des États-Unis de Bill Clinton, érigés en gendarme du monde.

Le message trumpien procède d’une surenchère évidente sur les annonces du Kremlin : comment Donald Trump aurait-il pu laisser toute la lumière à Vladimir Poutine en matière d’innovations nucléaires de défense ? Il lui fallait réagir par une annonce plus forte, plus choquante et plus massive. C’est tout le sens de la reprise des essais sur « les armements nucléaires ». Personne ne sait s’il s’agit de tester de nouvelles ogives, de nouveaux vecteurs, de nouveaux modes de propulsion ou de nouvelles technologies de guidage. Mais tout le monde retient que c’est le président américain qui a officiellement relancé et pris la tête de la course mondiale à la bombe. C’était le but visé. Examinons maintenant ses conséquences.

À moyen terme, cette déclaration n’a rien de rassurant : les États-Unis, première puissance dotée historiquement et deuxième puissance nucléaire par le nombre d’ogives, envoient par cette annonce un « signalement stratégique » clair au monde. Ils revendiquent le leadership en matière d’armes nucléaires (dans tous les domaines) en dépit du rôle essentiel qu’ils ont joué depuis les années 1980 pour le contrôle, la limitation et la réduction des armes nucléaires.

En effet, les différents traités signés et renouvelés par Washington – Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (1987), START I (1991), II (1993) et New START (2010), TICEN, etc. – avaient tous pour vocation de dire au monde que les États-Unis se donnaient comme horizon la dénucléarisation des relations internationales ainsi que de l’espace et même la suppression de l’arme comme le souhaitait le président Obama.

Avec cette annonce – qu’on espère réfléchie même si elle paraît compulsive –, les États-Unis changent de rôle mondial : ils cessent officiellement d’être un modérateur nucléaire pour devenir un moteur de la nucléarisation des relations internationales.

L’avenir du nucléaire : dissuasion ou suprématie ?

La tonalité qui se dégage de cette guerre des communiqués atomiques ressemble à s’y méprendre à la première guerre froide et à la course-poursuite à laquelle elle avait donné lieu. Après avoir conçu, produit et même utilisé l’arme atomique en 1945 contre Hiroshima et Nagasaki, les États-Unis avaient continué leur effort pour obtenir la suprématie nucléaire dans le domaine des vecteurs, des milieux (air, terre, mer) et des technologies de guidage. L’URSS de Staline avait, elle, d’abord cherché à briser le monopole américain sur l’arme nucléaire puis gravi tous les échelons technologiques pour devenir une puissance nucléaire à parité avec ce qu’on appelait alors le leader du monde libre.

Le pivot historique doit être noté, surtout s’il se confirme par une course aux armements. Jusqu’à la guerre d’Ukraine, les armes nucléaires faisaient l’objet de perfectionnements technologiques réguliers. Mais le cadre de leur possession restait inchangé : elles devaient constituer un outil de dissuasion. Autrement dit, elles devaient rester des armements à ne jamais utiliser. Les signalements stratégiques sont aujourd’hui sensiblement en rupture avec cette logique établie depuis les années 1980.

Depuis le début de la guerre d’Ukraine, le Kremlin laisse régulièrement entendre qu’un usage sur le champ de bataille (le fameux « nucléaire tactique ») n’est pas à exclure en cas de risque pour les intérêts vitaux russes. De même, les États-Unis viennent de faire comprendre que leur priorité n’est plus la lutte contre la prolifération nucléaire, qu’elle soit nord-coréenne ou iranienne. Si le message de Donald Trump sur Truth Social est suivi d’effets, la priorité nucléaire américaine sera la reconquête de la suprématie nucléaire en termes de quantité et de qualité.

Autrement dit, les anciens rivaux de la guerre froide relancent une course aux armements nucléaires au moment où les instruments internationaux de limitation et de contrôle sont démantelés ou obsolètes. Ils ne luttent plus pour se dissuader les uns les autres d’agir. Ils participent à la course pour l’emporter sur leurs rivaux. Le but n’est plus la MAD (Mutual Assured Destruction) mais la suprématie et l’hégémonie atomique.

L’effet d’imitation risque d’être puissant, donnant un nouvel élan aux proliférations.

De la compétition internationale à la prolifération mondiale ?

Si les annonces russo-américaines se confirment, se réalisent et s’amplifient sous la forme d’une nouvelle course aux armements nucléaires, trois ondes de choc peuvent frapper les relations stratégiques à court et moyen terme.

Premier effet de souffle, au sein du club des puissances officiellement dotées de l’arme nucléaire au sens du Traité de Non-Prolifération (TNP), la République populaire de Chine ne pourra pas se laisser distancer (quantitativement et qualitativement) par son rival principal, les États-Unis et par son « brillant second », la Russie. En conséquence, la RPC s’engagera progressivement dans un programme visant à combler son retard en nombre de têtes et dans la propulsion des vecteurs. Cela militarisera encore un peu plus la rivalité avec les États-Unis et « l’amitié infinie » avec la Russie. Il est à prévoir que de nouveaux armements nucléaires seront développés, adaptés à l’aire Pacifique et dans les espaces que la Chine conteste aux États-Unis : Arctique, espace, fonds marins… Il est également à prévoir que la Chine s’attachera à développer des systèmes de lutte contre ces nouveaux vecteurs à propulsion nucléaire.

Le deuxième effet sera, pour les Européens, une interrogation sur les ressources à consacrer à leurs propres programmes nucléaires, de taille réduite car ils sont essentiellement axés sur la dissuasion stratégique. S’ils refusent de s’y engager pour concentrer leurs ressources sur les armes conventionnelles, ils risquent un nouveau déclassement. Mais s’ils se lancent dans la compétition, ils risquent de s’y épuiser, tant leur retard est grand. Nucléarisés mais appauvris. Ou bien vulnérables mais capables de financer le réarmement conventionnel.




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Enfin, le troisième effet indirect des déclarations russo-américaines sur la reprise de la course aux armements sera la tentation, pour de nombreux États, de se rapprocher du seuil afin de garantir leur sécurité. Si l’Arabie saoudite, la Corée du Sud, la Pologne et même le Japon et l’Allemagne considèrent que leur sécurité nécessite des armes nucléaires et que le cadre du TNP est obsolète, alors la prolifération risque de reprendre de plus belle, à l’ombre des menaces nord-coréennes et iraniennes.




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De Dr. Folamour à Dr. Frankenstein

Les annonces russes, américaines et, n’en doutons pas, bientôt chinoises sur les armements nucléaires présagent d’une nouvelle phase dans les affaires stratégiques, celle d’une compétition majeure sur toutes les technologies liées à ces armes complexes. Si la tendance se confirme, les armes nucléaires, leurs vecteurs, leurs usages et leurs doctrines seront de nouveau propulsés au premier plan du dialogue compétitif entre puissances. Et l’espace sera lui-même susceptible de devenir le nouvel espace de la compétition nucléaire.

Vivons-nous pour autant une régression historique vers la guerre froide ?

La donne est bien différente de celle des années 1950, quand le but des puissances communistes était de rattraper leur retard sur les armes américaines (acquisition de la bombe, passage au thermonucléaire). Et le débat stratégique est bien distinct de celui des années 1970, quand la compétition était quantitative (combien de têtes ? Combien de vecteurs ?).

Aujourd’hui, les risques liés aux armes nucléaires sont différents : démantèlement progressif des traités de limitation et de contrôle de ces armes, tentation retrouvée de se porter au seuil pour les puissances non dotées et surtout réflexion sur un usage (et non plus sur la dissuasion).

Ce n’est pas Dr. Folamour qui a connu une résurrection, c’est un nouveau Dr. Frankenstein qui s’est lancé dans des expérimentations.

The Conversation

Cyrille Bret ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La course à la bombe : encore ? – https://theconversation.com/la-course-a-la-bombe-encore-268821

Pourquoi le missile nucléaire russe Bourevestnik change les règles du jeu militaire

Source: The Conversation – France in French (3) – By Iain Boyd, Director of the Center for National Security Initiatives and Professor of Aerospace Engineering Sciences, University of Colorado Boulder

Les précédents essais du missile Burevestnik par la Russie comprennent notamment ce tir de 2018. Capture d’écran d’une vidéo du ministère russe de la Défense., CC BY

Le président russe Vladimir Poutine, vêtu d’un uniforme militaire, a annoncé le 26 octobre 2025 que la Russie avait testé avec succès un missile à propulsion nucléaire. Si cette information est avérée, une telle arme pourrait conférer à la Russie une capacité militaire unique, aux répercussions politiques plus larges.


Le missile, appelé Bourevestnik, aurait été testé avec succès au-dessus de l’océan Arctique après des années de développement et plusieurs vols d’essai initiaux, dont l’un a entraîné la mort de cinq scientifiques nucléaires.

Je suis ingénieur et j’étudie les systèmes de défense. Voici comment ces armes fonctionnent, les avantages qu’elles présentent par rapport aux systèmes de missiles conventionnels, et leur potentiel à perturber la stabilité stratégique mondiale.

Missiles à propulsion conventionnelle

Les missiles sont utilisés par les forces armées du monde entier depuis des siècles et se déclinent en une grande variété de modèles, caractérisés par leur mission, leur portée et leur vitesse. Ils servent à endommager et détruire une large gamme de cibles, notamment des installations terrestres comme des bases, des centres de commandement et des infrastructures enterrées en profondeur ; des navires ; des aéronefs ; et potentiellement des engins spatiaux. Ces armes sont lancées depuis le sol par l’armée de terre, depuis la mer par des bâtiments de la marine, et depuis les airs par des chasseurs et des bombardiers.

Les missiles peuvent être tactiques, avec des portées relativement courtes de moins de 800 km, ou stratégiques, avec des portées de plusieurs milliers de kilomètres. On distingue trois grandes catégories de missiles : balistiques, de croisière et hypersoniques.

Les missiles balistiques sont propulsés par des moteurs fusées. Après l’extinction de la poussée, le missile décrit un arc prévisible qui l’emmène hors de l’atmosphère, dans l’espace, puis de nouveau dans l’atmosphère en direction de sa cible.

Les missiles de croisière disposent d’un moteur additionnel qui s’allume après l’extinction de la fusée, permettant au missile de parcourir des trajectoires programmées, typiquement à basse altitude. Ces moteurs fonctionnent grâce à un mélange chimique ou à un carburant solide.

Les missiles hypersoniques volent à des vitesses supérieures à celle du son, mais pas aussi rapides que les missiles balistiques intercontinentaux (ICBM). Ils sont lancés par de plus petites fusées qui les maintiennent dans les couches supérieures de l’atmosphère. Le planeur hypersonique est propulsé jusqu’à une altitude élevée puis glisse vers sa cible en manœuvrant en cours de route. Le missile de croisière hypersonique, lui, est propulsé jusqu’à une vitesse hypersonique, puis utilise un moteur à air appelé scramjet pour maintenir cette vitesse.

Comment fonctionnent les missiles à propulsion nucléaire

Les missiles à propulsion nucléaire sont une variante de missile de croisière. Les conceptions reposent généralement sur une forme de scramjet. Un système nucléaire thermique utilise la fission du combustible nucléaire pour ajouter de l’énergie à un flux d’air qui est ensuite accéléré dans une tuyère pour générer de la poussée. De cette manière, la fission du matériau nucléaire remplace la combustion chimique des moteurs de croisière traditionnels.

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Le concept d’un scramjet à propulsion nucléaire est simple, même si sa construction est extrêmement complexe.
Lawrence Berkeley National Laboratory

La densité d’énergie — la quantité d’énergie libérée par unité de masse de combustible — fournie par la fission nucléaire est des millions de fois supérieure à celle des propergols chimiques. Cette caractéristique signifie qu’une quantité relativement faible de combustible fissile peut propulser un missile pendant des périodes bien plus longues que ne le permettent les propergols chimiques.

Les États-Unis ont étudié le développement d’un missile à propulsion nucléaire dans les années 1960. Le programme, Project Pluto, a été abandonné en raison des progrès rapides réalisés à la même époque sur les ICBM, ainsi que des inquiétudes liées à la contamination environnementale associée aux systèmes nucléaires.

Avantages du vol à propulsion nucléaire

L’avantage principal des missiles à propulsion nucléaire réside dans l’énergie supplémentaire qu’ils génèrent, leur permettant de voler plus loin, plus longtemps, plus vite et plus bas dans l’atmosphère, tout en exécutant une large gamme de manœuvres. Pour ces raisons, ils représentent un défi considérable pour les meilleurs systèmes de défense antimissile.

L’armée russe affirme que le missile Bourevestnik a parcouru 8 700 miles à basse altitude sur une période de 15 heures. À titre de comparaison, un vol commercial entre San Francisco et Boston couvre 2 700 miles en six heures. Bien que le Bourevestnik ne vole pas particulièrement vite pour un missile, il est probablement manœuvrable, ce qui le rend difficile à intercepter.

Contraintes liées à l’utilisation de l’énergie nucléaire

L’immense quantité d’énergie libérée par la fission constitue le principal défi technique du développement de ces missiles. Ces niveaux d’énergie très élevés exigent des matériaux capables de résister à des températures atteignant plusieurs milliers de degrés Celsius, afin d’empêcher le missile de se détruire lui-même.

Sur le plan de la sécurité, la technologie nucléaire a trouvé des applications très limitées dans l’espace en raison des risques de contamination radioactive en cas d’incident, comme un lancement raté. Les mêmes inquiétudes s’appliquent à une arme à propulsion nucléaire.

De plus, de tels systèmes doivent pouvoir rester sûrs pendant de longues années avant leur utilisation. Une attaque ennemie contre une installation de stockage contenant des armes à propulsion nucléaire pourrait entraîner une fuite radioactive massive.

Les premiers développements d’un missile à propulsion nucléaire par les États-Unis dans les années 1950 et 1960 ont pris fin lorsqu’il est apparu que cette idée soulevait des défis stratégiques et environnementaux majeurs.

Le Bourevestnik russe et la stabilité mondiale

Le nouveau missile russe Bourevestnik est en développement depuis plus de vingt ans. Bien que peu de détails techniques soient connus, les responsables russes affirment qu’il peut manœuvrer afin de contourner les systèmes antimissiles et de défense aérienne.

Les armes nucléaires ont constitué la base de la dissuasion mutuelle entre l’Union soviétique et les États-Unis pendant la guerre froide. Les deux camps comprenaient qu’une première frappe de l’un entraînerait une riposte tout aussi dévastatrice de l’autre. La peur d’une destruction totale maintenait ainsi un équilibre pacifique.

Plusieurs évolutions menacent l’équilibre actuel des forces : l’amélioration des systèmes de défense antimissile, comme le Golden Dome prévu par les États-Unis, et les progrès réalisés dans les missiles hautement manœuvrables. Les systèmes de défense antimissile pourraient bloquer une frappe nucléaire, tandis que les missiles manœuvrant à basse altitude pourraient atteindre leur cible sans avertissement.

Ainsi, si une grande partie des réactions à l’annonce par la Russie de son nouveau missile à propulsion nucléaire s’est concentrée sur la difficulté de s’en défendre, la préoccupation majeure réside sans doute dans son potentiel à bouleverser complètement la stabilité stratégique mondiale.

The Conversation

Iain Boyd a reçu des financements du département américain de la Défense.

ref. Pourquoi le missile nucléaire russe Bourevestnik change les règles du jeu militaire – https://theconversation.com/pourquoi-le-missile-nucleaire-russe-bourevestnik-change-les-regles-du-jeu-militaire-268810

Sécurité sociale, un compromis institutionnel bien français

Source: The Conversation – France (in French) – By Léo Rosell, Ater, Université Paris Dauphine – PSL

Pour les 70 ans de la Sécurité sociale en 2015, un timbre commémoratif réunissait Pierre Laroque, premier directeur général de la « Sécu » (à gauche de l’image), et Ambroise Croizat, ministre communiste du travail et de la sécurité sociale (à droite). Wikitimbres

Créée en 1945, la Sécurité sociale répondait à un objectif ambitieux : mettre les Français à l’abri du besoin et instaurer un ordre social nouveau. Fruit d’un compromis entre l’État et le mouvement ouvrier, cette institution a profondément façonné la solidarité sociale en France. Retour sur l’histoire d’un système révolutionnaire, aujourd’hui confronté à des défis de gouvernance et de légitimité.

Cet article est publié en partenariat avec Mermoz, la revue du Cercle des économistes dont le dont le numéro 8 a pour thème « Notre modèle social, un chef-d’œuvre en péril »..


La Sécurité sociale fête ses quatre-vingts ans. Née en 1945, dans un pays où tout est à reconstruire, cette institution sociale affiche alors l’ambition de créer un « ordre social nouveau ». La Sécurité sociale vise à mettre l’ensemble de la population « à l’abri du besoin » et à la libérer de « la peur du lendemain ».

À la Libération, la solidarité en armes exprimée dans la Résistance devait, en quelque sorte, se transcrire dans une solidarité sociale. Cette idée caractérise le compromis institutionnel à l’origine de la Sécurité sociale, entre un État social émancipateur et un mouvement ouvrier puissant et organisé. Dans les décennies suivantes, la démocratie sociale originelle disparaît progressivement, d’abord au profit d’un paritarisme plus favorable au patronat, puis dans le sens d’une gouvernance reprise en main par l’État.

Une longue histoire

Commençons par rappeler que tout ne s’est pas créé en 1945. Le plan français de sécurité sociale est le fruit d’un processus qui s’inscrit dans le temps long, et l’on peut en faire remonter les origines philosophiques à la Révolution française, un moment important de « laïcisation de la charité religieuse » qui avait cours depuis le Moyen Âge et sous l’Ancien Régime. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793 pose ainsi pour la première fois le principe selon lequel « les secours publics sont une dette sacrée » de la nation. Après la chute des robespierristes, qui portaient cette aspiration, les expérimentations en matière de secours publics disparaissent.

Commence alors un XIXe siècle marqué par le refus de l’État d’intervenir directement dans les affaires économiques et sociales, mais aussi par le retour de la charité assistancielle. En parallèle, deux traditions se développent en matière de protection sociale : d’une part, une conception républicaine, qui revendique une solidarité nationale, et d’autre part, une tradition ouvrière, qui repose sur l’entraide collective au sein des caisses de secours mutuels et qui est attachée à une gestion par les travailleurs eux-mêmes. La fin du siècle est quant à elle marquée par le développement d’une philosophie, le solidarisme, inspirée de l’œuvre de Léon Bourgeois. Ce courant de pensée postule que la société doit être organisée autour de la solidarité nationale. Il inspire la « nébuleuse réformatrice » à l’origine de l’État social, à travers les premières lois sur les accidents du travail en 1898, sur les retraites ouvrières et paysannes en 1910 ou encore sur les assurances sociales en 1928-1930.

Mais ces anciennes législations sont imparfaites, car elles ne couvrent que les salariés les plus pauvres, elles dispensent des prestations jugées insuffisantes et on y adhère selon le principe de la « liberté d’affiliation ». Cela signifie que le système compte une multiplicité de caisses, d’origine patronale, mutualiste, confessionnelle, syndicale ou départementale, dont l’efficacité est inégale. Compte tenu de ce bilan critique, le programme du Conseil national de la résistance (CNR), adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944, entend réformer cette ancienne législation, à travers « un plan complet de sécurité sociale ». Le Gouvernement provisoire de la République française va donc s’y atteler, une fois le territoire national libéré.

Une réforme révolutionnaire

Ce contexte a permis la réalisation d’une « réforme révolutionnaire ». La Sécurité sociale repose sur des mesures prises par le pouvoir politique : elle s’est construite à partir d’ordonnances, comme celles du 4 et du 19 octobre 1945 portant création de la Sécurité sociale, sur des lois, comme celle du 22 mai 1946 portant généralisation de la Sécurité sociale, ou encore sur de nombreux décrets. En revanche, elle n’en est pas moins révolutionnaire par sa portée, par son ambition, celle de créer un « ordre social nouveau », pour reprendre une expression du haut fonctionnaire Pierre Laroque, elle-même déjà présente chez Jean Jaurès. Le 23 mars 1945, Laroque proclame :

« C’est une révolution qu’il faut faire et c’est une révolution que nous ferons ! »




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Si le rôle de l’institution est incarné par Pierre Laroque, premier directeur de la Sécurité sociale, celui du mouvement ouvrier l’est par Ambroise Croizat. Ancien ouvrier dès l’âge de treize ans, dirigeant de la Fédération des métaux de la Confédération générale du travail (CGT) et député communiste sous le Front populaire, Ambroise Croizat devient président de la commission du travail et des affaires sociales de l’Assemblée consultative provisoire à la Libération, puis ministre du travail et de la sécurité sociale, du 21 novembre 1945 au 4 mai 1947.

Avec Pierre Laroque, ils mettent en œuvre le régime général de la Sécurité sociale, qui repose sur quatre principes fondamentaux. Tout d’abord, il doit s’agir d’un régime universel : l’ensemble de la population, de la naissance à la mort, doit bénéficier de la Sécurité sociale. De plus, le millier de caisses qui existaient du temps des assurances sociales est remplacé par un système obligatoire reposant sur une seule caisse primaire par département, une caisse régionale et une caisse nationale, prenant en charge l’ensemble des risques sociaux.

Le financement par la cotisation sociale constitue le troisième principe. Renvoyant à la formule « de chacun selon ses moyens à chacun selon ses besoins », ce mode de financement par répartition permet au budget de la Sécurité sociale d’être autonome et donc de ne pas dépendre des arbitrages budgétaires de l’État. Enfin, le quatrième principe, sans doute le plus original, renvoie à la démocratie sociale : les caisses de la Sécurité sociale sont gérées « par les intéressés eux-mêmes ».

Des oppositions diverses

De nombreuses oppositions vont tenter de retarder, voire d’empêcher, cette réalisation. Dans les milieux patronaux d’abord, hostiles vis-à-vis de la cotisation patronale, de la caisse unique et de la gestion des caisses par les travailleurs. La Mutualité et les assurances privées craignent de perdre le rôle qu’elles avaient dans les anciennes assurances sociales. Les médecins libéraux ont peur d’être « fonctionnarisés » et de perdre leur liberté d’exercice, tandis que les cadres n’ont pas envie d’être associés au même régime que les salariés. Face à ces obstacles, Croizat et Laroque font preuve de pragmatisme, en donnant partiellement satisfaction à la Mutualité, ou encore aux cadres, avec la création d’un régime complémentaire, l’Agirc. Les artisans, commerçants, professions libérales et agriculteurs obtiennent la mise en place de régimes particuliers.

Entre 1945-1967, la gestion des caisses de la Sécurité sociale est donc organisée selon le principe de la démocratie sociale, en reconnaissant un pouvoir syndical fort. En effet, les conseils d’administration des caisses sont composés à 75 % par des représentants des salariés et à 25 % par ceux du patronat. Ces administrateurs sont d’abord désignés selon le principe de la représentativité syndicale. Le syndicat chrétien de la CFTC refuse alors de participer à la mise en œuvre du régime général car il perd la gestion de ses anciennes caisses confessionnelles, mais aussi parce qu’il craint de subir l’hégémonie de la CGT. Les militants cégétistes disposent de fait d’un quasi-monopole dans la mise en œuvre du régime général sur le terrain.

La Sécurité sociale à la française n’est donc pas un système étatique. Sur le plan juridique, les caisses primaires et régionales sont de droit privé, tandis que la caisse nationale est un établissement public à caractère administratif. L’État, à travers le ministère du travail et de la sécurité sociale – et la direction de la Sécurité sociale qui en dépend –, voit son pouvoir limité à certaines prérogatives, qui restent importantes : en plus du pouvoir normatif, qui s’exprime par la fixation du taux de cotisation et du montant des prestations, l’État dispose aussi d’une fonction de contrôle sur l’activité des caisses.

Une gestion ouvrière fragilisée

Au cours de l’année 1947, le changement de contexte politique a des conséquences directes sur la Sécurité sociale. Le 24 avril 1947, des « élections sociales » sont instaurées pour renforcer sa dimension démocratique et donnent lieu à une véritable campagne politique. La CGT obtient environ 60 % des voix, la CFTC 26 % et la Mutualité 10 %. Le 4 mai, les communistes sont exclus du gouvernement. L’entrée dans la logique de la guerre froide fragilise la gestion ouvrière de la Sécurité sociale, en particulier à la suite de la scission syndicale entre la CGT et Force ouvrière.

En 1958, l’instauration de la Ve République permet à l’État d’intervenir plus directement. Les ordonnances Debré instaurent la nomination des directeurs de caisses par l’exécutif, et non plus leur élection par les conseils d’administration. En 1960, les pouvoirs des directeurs augmentent, au détriment de ceux des conseils d’administration. Au cours de la même année, le corps de l’Inspection générale de la Sécurité sociale est créé, de même que le Centre d’études supérieures de la Sécurité sociale – devenue l’EN3S en 2004 –, participant à la professionnalisation du personnel des caisses.

À partir de 1967, la démocratie sociale disparaît, au profit d’un nouveau principe, le paritarisme. Instauré par les ordonnances Jeanneney, le paritarisme repose en théorie sur un partage du pouvoir entre partenaires sociaux, à parts égales entre syndicats de salariés et patrons. Dans les faits, ce nouveau mode de gestion renforce le pouvoir du patronat, qui joue de la division syndicale. De même, les élections sociales sont supprimées, et la caisse unique est divisée en quatre branches autonomes, chacune présidée par un haut fonctionnaire.

Tout se passe comme si le compromis de 1945 entre l’État social et les syndicats ouvriers s’était renversé au profit d’une nouvelle alliance entre la « technocratie » et le patronat. En tout cas, l’ensemble de ces mesures répond aux revendications du Conseil national du patronat français (CNPF).

La crise de l’État-providence

Les années 1980-1990 voient s’imposer un autre discours, celui sur la « crise de l’État-providence ». Un État réformateur, avec à sa tête le socialiste François Mitterrand depuis 1981, réalise certes la promesse d’une retraite à 60 ans et celle de restaurer les élections sociales. Mais l’affaiblissement des syndicats et le « tournant de la rigueur » de 1983 consacrent l’objectif de réduction des dépenses publiques, partagé par tous les gouvernements successifs.

L’instauration de la contribution sociale généralisée (CSG) en 1990-1991 participe quant à elle de la fiscalisation du financement de la Sécurité sociale, au détriment de la cotisation sociale, ce qui justifie politiquement une intervention accrue de l’État.

Une parlementarisation de la gestion de la Sécurité sociale se développe ainsi entre 1996 et 2004. Le rôle du Parlement et l’influence des directives européennes en matière budgétaire et réglementaire se traduisent par plusieurs mesures prises en 1996 : l’instauration par ordonnances d’une loi de financement de la Sécurité sociale votée chaque année, la suppression définitive des élections sociales et la création de deux outils de gouvernance budgétaire, l’objectif national des dépenses de l’Assurance maladie (Ondam) et la Caisse d’amortissement de la dette sociale (Cades). En 2000, c’est au tour du Conseil d’orientation des retraites (COR) d’être créé.

France Inter, 2025.

Néomanagement et logique comptable

Enfin, depuis 2004, s’est imposée une gouvernance managériale, fortement inspirée du « nouveau management public ». Cette évolution est symbolisée par la réforme de l’assurance-maladie et celle de l’hôpital public, avec l’instauration de la tarification à l’activité (T2A). Les différentes branches sont désormais gérées par des directeurs généraux aux pouvoirs élargis, tandis que des Conventions d’objectifs et de gestion (COG) sont contractées tous les quatre ans entre l’État et les branches, puis déclinées au niveau des caisses.

Une logique comptable de définition d’objectifs et d’évaluation des résultats s’impose donc devant l’exigence de répondre à des besoins et de garantir l’accès aux droits des bénéficiaires. Cette gouvernance managériale parvient parfois à mener des réformes impopulaires, comme la réforme des retraites de 2023 passée via l’usage de l’article 49.3 de la Constitution et le détournement d’un PLFSS rectificatif. Néanmoins, se pose dès lors la question du consentement populaire à ce mode de gestion, qui fragilise une institution centrale du pacte social républicain.

Les commémorations du 80e anniversaire de la Sécurité sociale ont ainsi été propices à la remise en cause d’une gouvernance, dénoncée comme étant antidémocratique, y compris parfois au sein même des élites de l’État social. Certains appellent à renouer avec les ambitions portées, en son temps, par Pierre Laroque, leur illustre prédécesseur, notamment en termes de démocratie sociale.


Cet article est publié en partenariat avec Mermoz, la revue du Cercle des économistes dont le numéro 8 a pour objet « Notre modèle social, un chef-d’œuvre en péril ». Vous pourrez y lire d’autres contributions.

Le titre et les intertitres sont de la rédaction de The Conversation France.

The Conversation

Léo Rosell ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Sécurité sociale, un compromis institutionnel bien français – https://theconversation.com/securite-sociale-un-compromis-institutionnel-bien-francais-268673

Comment s’explique l’éternel retour du roller ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Alexandre Chartier, Doctorant en Sciences et techniques des activités physiques et sportives, enseignant vacataire, Université de Bordeaux

La randonnée Rollers et Coquillages (2013) Alexandre Chartier/FFRS

Accessoires de spectacle dès le XVIIᵉ siècle, les patins à roulettes ont vu le jour en Europe, dans l’ombre du patinage sur glace. Aux grandes modes aristocratiques et mondaines à l’aube du XXᵉ siècle, ont succédé de multiples périodes d’engouements, aux formes et aux modalités renouvelées. Pourtant, le roller n’est jamais parvenu véritablement à s’installer en France comme « fait culturel ».


La pandémie de Covid-19 et les confinements ont déclenché un regain d’intérêt pour le roller. Entre 2020 et 2022, les ventes de patins ont bondi de 300 % aux États-Unis et ont suivi les mêmes tendances en France. À travers des influenceuses, telles qu’Ana Coto ou Oumi Janta, la génération TikTok a réinvesti les rues et les places. Les marques n’ont pas tardé à relancer des modèles au look à la fois vintage et modernisé.

Cet engouement récent ne surgit cependant pas du néant. Il s’inscrit dans une longue histoire de modes successives du patinage à roulettes en France et dans le monde. C’est en les reconvoquant, en questionnant le rôles des acteurs et leurs représentations que l’on peut mieux saisir pourquoi le roller peine encore à s’imposer comme un fait culturel durable et fonctionne donc par effraction, par mode.

Une première vague : la « rinkomanie » de 1876

La première grande mode du patinage à roulettes remonte aux alentours de 1876. La vogue du skating, incarnée par les patins à essieux de James Leonard Plimpton, traverse l’Atlantique et atteint l’Europe. Henry Mouhot dépeint cet engouement sans précédent dans son ouvrage la Rinkomanie (1875).

En France, près de 70 patinoires à roulettes, les skating-rinks, ouvrent leurs portes en l’espace de trois ans. Majoritairement fréquentés par l’aristocratie, la haute bourgeoisie et « l’élite voyageuse », ils deviennent des lieux incontournables de sociabilité urbaine et cosmopolite.

Le patinage à roulettes est alors considéré comme une alternative au patinage sur glace dont il reproduit les attitudes et les techniques corporelles. A contrario de son aïeul sur lames, il permet de pratiquer toute l’année.

Pourtant, malgré les aspirations hygiénistes, l’anglomanie et le caractère de nouveauté, la mode décroît rapidement sous l’influence de plusieurs facteurs : un matériel innovant mais largement perfectible demandant une maîtrise technique importante, la fragilité des entreprises commerciales, la mauvaise fréquentation des rinks, l’absence d’institutionnalisation ou encore la concurrence d’autres pratiques, telles que la vélocipédie.

1910 : de la pratique loisir mondaine à la « sportivisation »

Une série d’innovations technologiques notables, tels que les roulements à billes, combinée à des conditions d’accès plus strictes aux patinoires, contribuent à relancer l’intérêt pour le patinage à roulettes à la veille de la Première Guerre mondiale. Sam Nieswizski (1991) avance que l’imminence du conflit a incité la bourgeoisie au divertissement. Près de 130 skating-rinks sortent de terre entre 1903 et 1914, à Paris et en province. Ils sont édifiés particulièrement sur la Côte Atlantique et dans les lieux de villégiature du tourisme britannique.

À l’instar du ping-pong, loisir mondain et élégant, le patinage à roulettes fonde ses premiers clubs de hockey sur patin à roulettes, de course et de figures. La « sportivisation » du patinage à roulettes en tant que « processus global de transformation des exercices physiques et des pratiques ludiques anciennes en sport moderne » a débuté à la fin du XIXe siècle. La Fédération des patineurs à roulettes de France voit le jour en 1910.

Dans le même temps, la pratique populaire et enfantine en extérieur se développe, non sans susciter la répression policière. À Paris, la préfecture tente de contenir le déferlement des patineurs sur la voie publique en prenant un arrêté qui interdit la pratique aux alentours du jardin du Luxembourg. Elle déclenche de vives réactions de journaux, comme le Matin ou l’Humanité, qui se mobilisent pour défendre la pratique populaire face à la conception bourgeoise du patinage en skating-rink.

La mode de 1910 s’avère pourtant structurante : elle amorce la popularisation et la sportivisation de la pratique qui se prolongent dans l’entre-deux-guerres avec la création de la fédération internationale et avec les premiers championnats d’Europe et du monde. Le déclenchement du conflit et les résistances institutionnelles pourraient pour partie expliquer qu’il n’ait pas existé en France une période d’ancrage culturel aussi profonde que celle observée durant la Roller Skate Craze américaine des années 1920-1950.

Le skating-rink de l’Alhambra à Bordeaux (Gironde), en 1903.
Archives de Bordeaux Métropole

Des résurgences cycliques au cours du XXᵉ siècle

L’entre-deux-guerres voit l’émergence du roller-catch : l’ancêtre professionnel de l’actuel roller derby investit le Vélodrome d’hiver en 1939. Plus spectacle que sport, la pratique est rejetée par la fédération internationale, mue par les valeurs de l’amateurisme. Elle renaîtra sous une forme modernisée et féministe au début des années 2000.

Durant les années 1950 et jusqu’aux années 1980, clubs et compétitions se développent dans la confidentialité. En parallèle, la production à faible coût de patins à roulettes réglables en longueur favorise la pratique enfantine.

À la fin des années 1970, l’avènement des roues en uréthane rend la glisse plus confortable, fluide et ouvre de nouvelles perspectives techniques. Les roller-skates au look de chaussure sport d’un seul tenant accompagnent la vague roller-disco. Des films comme La Boum ou Subway montrent alors deux représentations antinomiques mais coexistantes du patinage à roulettes. À partir de 1981, les milliers de patineurs de Paris sur roulettes investissent dans les rues de la capitale, à tel point que les piétons demandent leur interdiction. Taxés de marginaux, ils préfigurent la conquête de la ville des années 1990-2000.

La série Stranger Things (1983-1987) convoque l’imaginaire collectif avec une scène mémorable dans un skating-rink qui montre l’importance du patinage à roulettes dans la culture américaine.

À l’aube du XXIe siècle, des marques emblématiques, comme Rollerblade, sont à l’initiative du boom du roller « inline » et rajeunissent l’image surannée du patin à essieux. Le roller devient cool, branché, écologique. Il s’inscrit dans la lignée des sports californiens et s’envisage même en tant que mode de transport : des grèves londoniennes de 1924 aux grèves de 1995, il n’y a qu’une poussée.

Il acquiert une dimension plus respectable, malgré les représentations négatives de sa dimension agressive (roller acrobatique et freestyle de rue) qui demeure incomprise, au même titre que le skateboard. Les autorités oscillent entre acceptation et répression dans un discours ambivalent. En Belgique, le roller trouve sa place dans le Code de la route, alors qu’en France, les préconisations du Livre blanc du Centre d’études sur les réseaux, les transports, l’urbanisme et les constructions publiques (Certu) restent lettre morte.

En 2010, le film Bliss/Whip it ! marque le renouveau du roller derby. Durant quelques années, les journaux scrutent avec intérêt la réappropriation de cette pratique par les femmes. Le patin à essieux y connaît une nouvelle jeunesse tout comme entre 2016 et 2018 poussé par le marketing mondial de Disney qui promeut la série adolescente Soy Luna.

Quatre ans plus tard, la même génération de pratiquantes se libère du confinement en réanimant la roller-dance, prolongement modernisé d’une roller-disco restée dans l’imaginaire collectif.

Pourquoi ces cycles se répètent-ils ?

Ainsi, lors de chaque mode, le patinage à roulettes repart avec force. À l’instar des vogues vestimentaires et dans une logique d’imitation/distinction, les pratiquants et pratiquantes se réapproprient les signes du passé pour mieux les détourner et affirmer leur singularité.

L’analyse historique et sociologique permet de dégager plusieurs ressorts d’émergence et d’alimentation des modes liés aux différents acteurs en lice dans le champ activités physiques et sportives : les innovations technologiques poussées par les fabricants (roulements, roues uréthane) et les distributeurs, le marketing et la communication (Soy Luna), les médias et les influenceurs (confinement), les aspirations des pratiquants, les techniques corporelles, des lieux de pratique adaptés ou encore l’influence des institutions étatiques et fédérales. Des facteurs inhibiteurs viennent toutefois perturber ces vogues et limiter leur ancrage sociétal durable, en particulier lorsque les objectifs des acteurs divergent.

Ainsi, l’histoire des modes du patinage à roulettes en France nous enseigne que l’enthousiasme ne suffit pas à en produire. Il faut un écosystème actif aux intérêts convergents : fabricants, médias, infrastructures, institutions. En d’autres termes : ce n’est pas seulement parce qu’on roule que l’on devient un fait culturel.

The Conversation

Je suis webmaster du site associatif rollerenligne.com.

ref. Comment s’explique l’éternel retour du roller ? – https://theconversation.com/comment-sexplique-leternel-retour-du-roller-263580

Ce que la taille de votre signature révèle vraiment de vous

Source: The Conversation – France in French (3) – By Richie Zweigenhaft, Emeritus Professor of Psychology, Guilford College

Et si la taille de votre signature trahissait votre personnalité ? Loin d’être anodines, ces quelques lettres griffonnées à la hâte sur un chèque ou sous un contrat permettent de mieux comprendre le pouvoir, l’estime de soi et les dérives narcissiques.


Depuis des années, la signature de Donald Trump – large, anguleuse et spectaculaire – attire l’attention du public. On a récemment découvert qu’elle figurait dans un livre offert à Jeffrey Epstein pour son cinquantième anniversaire, mais elle s’inscrit surtout dans la longue tradition d’autocélébration tapageuse de l’ancien président. « J’adore ma signature, vraiment », a-t-il déclaré, le 30 septembre 2025, devant des responsables militaires. « Tout le monde adore ma signature. »

Cette signature présente pour moi un intérêt particulier, en raison de ma fascination de longue date – et de mes recherches occasionnelles – sur le lien entre la taille des signatures et les traits de personnalité. Chercheur en psychologie sociale m’étant fait une spécialité des élites américaines, j’ai réalisé une découverte empirique involontaire il y a plus de cinquante ans, alors que j’étais encore étudiant. Le lien que j’avais observé à l’époque – et que de nombreuses recherches sont venues confirmer depuis – est que la taille d’une signature est liée au statut social et à la perception de soi.

Taille de la signature et estime de soi

En 1967, lors de ma dernière année d’université, je travaillais à la bibliothèque de psychologie de l’Université Wesleyan (Connecticut) dans le cadre d’un emploi étudiant. Quatre soirs par semaine, ma mission consistait à enregistrer les prêts et à ranger les livres rendus.

Quand les étudiants ou les professeurs empruntaient un livre, ils devaient inscrire leur nom sur une fiche orange, sans lignes, glissée à l’intérieur de l’ouvrage. À un moment, j’ai remarqué un schéma récurrent : les professeurs prenaient beaucoup de place pour signer, leurs lettres occupant presque toute la carte. Les étudiants, eux, écrivaient en petit, laissant largement de la place pour les lecteurs suivants. J’ai alors décidé d’étudier cette observation de façon plus systématique.

J’ai rassemblé au moins dix signatures pour chaque membre du corps enseignant, ainsi qu’un échantillon comparable de signatures d’étudiants dont les noms comptaient le même nombre de lettres. Après avoir mesuré la surface occupée – en multipliant la hauteur par la largeur de la zone utilisée –, j’ai constaté que huit professeurs sur neuf utilisaient nettement plus d’espace pour signer leur nom.

Afin de tester l’effet de l’âge autant que celui du statut, j’ai mené une autre étude : j’ai comparé les signatures de personnes occupant un emploi manuel – agents d’entretien, jardiniers, personnel technique de l’université – avec celles d’un groupe de professeurs et d’un groupe d’étudiants, toujours en égalisant le nombre de lettres et en utilisant cette fois des cartes vierges de 3 pouces sur 5 (7,6 cm sur 12,7 cm.). Le premier groupe prenait plus de place que les étudiants, mais moins que les enseignants. J’en ai conclu que l’âge jouait un rôle, mais aussi le statut social.

Quand j’ai raconté mes résultats au psychologue Karl Scheibe, mon professeur préféré, il m’a proposé de mesurer les signatures figurant dans ses propres livres – celles qu’il apposait depuis plus de dix ans, depuis sa première année d’université.

Comme on peut le voir sur le graphique, la taille de ses signatures a globalement augmenté au fil du temps. Elles ont connu un net bond entre sa troisième et sa dernière année d’études, ont légèrement diminué lorsqu’il est entré en doctorat, puis ont de nouveau grandi lorsqu’il a achevé sa thèse et rejoint le corps enseignant de Wesleyan.

J’ai ensuite mené plusieurs autres études et publié quelques articles, concluant que la taille de la signature était liée à l’estime de soi ainsi qu’à une mesure de ce que j’ai appelé la « conscience du statut ». J’ai constaté que ce schéma se vérifiait dans divers contextes, y compris en Iran, où l’écriture se lit pourtant de droite à gauche.

Le lien avec le narcissisme

Même si mes recherches ultérieures ont donné lieu à un livre sur les PDG des entreprises du classement Fortune 500, il ne m’était jamais venu à l’esprit d’étudier leurs signatures. Quarante ans plus tard, d’autres chercheurs y ont pensé. En mai 2013, j’ai reçu un appel de la rédaction du Harvard Business Review à propos de mes travaux sur la taille des signatures. Le magazine prévoyait de publier une interview de Nick Seybert, professeur associé de comptabilité à l’université du Maryland, sur le lien possible entre la taille des signatures et le narcissisme chez les PDG.

Seybert m’avait expliqué que ses recherches n’avaient pas permis d’établir de lien direct entre les deux, mais l’idée d’une possible corrélation qu’il avançait a tout de même éveillé ma curiosité. J’ai donc décidé de la tester auprès d’un échantillon de mes étudiants. Je leur ai demandé de signer une carte vierge comme s’ils rédigeaient un chèque, puis je leur ai fait passer un questionnaire de 16 questions couramment utilisé pour mesurer le narcissisme.

Et, surprise : Seybert avait raison de supposer un lien. Il existait bien une corrélation positive significative entre la taille de la signature et le narcissisme. Mon échantillon était certes modeste, mais ce résultat a incité Seybert à reproduire l’expérience auprès de deux autres groupes d’étudiants – et il a obtenu la même corrélation positive significative.

D’autres chercheurs ont rapidement commencé à utiliser la taille de la signature pour évaluer le narcissisme chez les PDG. En 2020, l’intérêt croissant pour le sujet a conduit le Journal of Management à publier un article qui recensait la taille de la signature parmi cinq indicateurs possibles du narcissisme chez les dirigeants d’entreprise.

Un champ de recherche en expansion

Aujourd’hui, près de six ans plus tard, les chercheurs utilisent la taille de la signature pour étudier le narcissisme chez les PDG et d’autres cadres dirigeants, comme les directeurs financiers. Ce lien a été observé non seulement aux États-Unis, mais aussi au Royaume-Uni, en Allemagne, en Uruguay, en Iran, en Afrique du Sud et en Chine.

Par ailleurs, certains chercheurs se sont penchés sur l’effet que produisent, sur les observateurs, des signatures plus grandes ou plus petites. Par exemple, dans un article récent du Journal of Philanthropy, des chercheurs canadiens ont rendu compte de trois expériences faisant varier systématiquement la taille de la signature d’une personne sollicitant des dons, afin d’évaluer si cela influençait le montant des contributions. Et c’était bien le cas : dans l’une de leurs études, ils ont montré qu’agrandir la signature de l’expéditeur générait plus du double de recettes.

Le retour inattendu des recherches utilisant la taille de la signature pour évaluer le narcissisme m’amène à plusieurs conclusions. D’abord, cette mesure de certains aspects de la personnalité s’avère bien plus solide que je ne l’aurais imaginé, lorsque je n’étais qu’un étudiant curieux travaillant dans une bibliothèque universitaire en 1967.

En réalité, la taille de la signature n’est pas seulement un indicateur de statut ou d’estime de soi, comme je l’avais conclu à l’époque. Elle constitue aussi, comme le suggèrent les études récentes, un signe de tendances narcissiques – du type de celles que nombre d’observateurs prêtent à la signature ample et spectaculaire de Donald Trump. Nul ne peut dire quelle direction prendra cette recherche à l’avenir – pas même celui qui, il y a tant d’années, avait simplement remarqué quelque chose d’intrigant dans la taille des signatures.

The Conversation

Richie Zweigenhaft ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Ce que la taille de votre signature révèle vraiment de vous – https://theconversation.com/ce-que-la-taille-de-votre-signature-revele-vraiment-de-vous-268790

Do mega-sporting events like the World Series pay off? Here’s the economic reality behind them

Source: The Conversation – Canada – By Frédéric Dimanche, Professor and former Director (2015-2025), Ted Rogers School of Hospitality and Tourism Management, Toronto Metropolitan University

Whether it’s the World Series, the FIFA World Cup or the Olympic Games, the hope for hosting mega sporting events is that the economy will emerge as the true winner.

A quick search shows how expensive World Series tickets are, or how much it costs for accommodations, food and transportation. Similar spending patterns can be predicted for the 2026 FIFA World Cup, which Canada is hosting with Mexico and the United States.

Visitor spending provides direct economic benefits, generating revenue for businesses and providing jobs. There are also indirect benefits through suppliers and staffing, and induced benefits as staff spend their wages locally.

Mega-events can also generate significant reputations benefits for host cities and countries, including heightened global media exposure, enhanced national branding and greater confidence among international investors who see the city as capable of managing large-scale events.

These intangible outcomes can translate into sustained tourism growth, increased economic vitality and a lasting “feel-good” effect that boosts civic pride among residents and visitors.

While hosting large sporting events appears to be great for communities, research suggests the actual financial outcomes are often more modest than anticipated. Nonetheless, many politicians remain eager to host them.

The math doesn’t always add up

Tourism and event scholars suggest being cautious about the so-called multiplier effect. This is the idea that mega-events ripple throughout the economy, providing benefits for others.

Meta-analyses of such events show highly variable economic outcomes and frequent overestimation of long-term benefits. A lot of spending is lost due to export leakage, where additional gain goes to non-local businesses, event organizers and ticketing agencies instead of local businesses.

Often, mega sporting events cause tourism displacement, as regular tourists avoid the destination due to crowds and high prices, sometimes even after the event finishes.

Politicians, tourism offices and event organizers are quick to claim large economic benefits when bidding for and hosting events.

Yet some academics warn that “most economic impact studies are commissioned to legitimize a political position rather than to search for economic truth.” In other words, government-commissioned studies are often biased toward positive results.

A World Series boost — but for how long?

The Toronto Blue Jays post-season run and the World Series has produced a concentrated burst of spending: sold-out home games, fuller hotels at higher prices, restaurants and bars crowded for watch parties and heavy merchandise sales.

Local media and business surveys commonly report measurable upticks in hospitality and retail during playoff runs, and small business owners cite increased footfall and merchandise revenue.

Sports economists, however, urge caution in extrapolating short-term spikes into lasting gains. They describe playoff-driven forecasts as “overstated,” pointing to limited duration, substantial leakage and limited job creation beyond temporary hospitality shifts. While people may spend more on a game night, they often spend less elsewhere, meaning net spending is usually smaller than headline numbers suggest.

A World Series may be excellent for civic morale and a short retail bump, but it rarely transforms a city’s economic trajectory on its own.

Canada’s FIFA World Cup moment

The FIFA World Cup is a multi-week, globally televised event with millions of spectators and huge international attention. For Canada’s co-host role in 2026, official and municipal assessments project substantial economic benefits.

A City of Toronto impact assessment projects roughly $940 million in positive economic output for the Greater Toronto Area, including hundreds of millions in GDP and several thousand jobs from June 2023 to August 2026.

British Columbia also estimates significant provincial output and thousands of roles tied to hosting in Vancouver. These are significant short-term impacts that reflect visitor spending and operational expenditures.

But will hosting the World Cup add much to cities that are already well-known? Some are doubtful, but the visibility can help achieve tourism marketing objectives and support bids for future international events often central to destination strategies.

Counting the real costs

Mega-events often come with significant financial and environmental costs. While they can create jobs, these are typically short-term, low-wage positions concentrated in hospitality and service sectors.

Public funds directed at event staging or stadium upgrades could finance affordable housing, transit or health services with potentially higher social returns for local residents. There have also been repeated cases where promised mega-event legacies failed to materialize.

Environmentally, mega-events produce significant carbon footprints from global fan travel, temporary construction, energy use and waste, with many events having more negative than positive environmental outcomes. This is particularly relevant for transnational tournaments that attract long-distance travellers and temporary stadium retrofits.

Cities seeking to maximize gains should prioritize local community benefits and measure net economic impact, not gross receipts, by accounting for displacement and export leakage.

For the World Series, that means leveraging short-run enthusiasm into repeat visitation and accrued local spending habits. For FIFA 2026, the focus should be on converting global attention into long-term tourism and business flows while ensuring community benefits and limiting environmental costs.

Only then will the reputational windfall translate into durable economic value.

Measuring the real impact of mega-events

Sports events can deliver meaningful short-term revenue, reputational exposure and long-term benefits, but those outcomes are neither automatic nor evenly distributed.

Thoughtful policy design, transparent evaluation and binding community and environmental safeguards determine whether a World Series run or a World Cup week becomes a fleeting headline or a lasting city asset.

The main benefactor of the World Cup will be FIFA, not host cities. As The Economist noted in its review of economist Andrew Zimbalist’s Circus Maximus, there is “little doubt that under current conditions, prudent city governments should avoid the contests at all costs.”

Canada is now in it as the World Series returns to Toronto. How it plays out remains to be seen, but at a minimum, we will certainly host a good party.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Do mega-sporting events like the World Series pay off? Here’s the economic reality behind them – https://theconversation.com/do-mega-sporting-events-like-the-world-series-pay-off-heres-the-economic-reality-behind-them-268447

The shutdown – and the House’s inaction – helps pave Congress’ path to irrelevance

Source: The Conversation – USA – By Charlie Hunt, Associate Professor of Political Science, Boise State University

Where’s Congress? The institution is unwilling to assert itself as an equal branch of government. 4X6, iStock/Getty Images Plus

Many Americans will be voting on Election Day – or have already cast votes – in races for statewide office, local positions and on ballot initiatives with major implications for democracy.

Congress is not on the ballot this November, but it will be in the 2026 midterms. A year from now, Americans in every state and district will get to vote for whom they want representing their interests in Washington.

But right now, Congress isn’t giving the American people much to go on.

As the shutdown of the federal government passes the one-month mark, the U.S. House of Representatives has been in recess for over 40 days. That’s the longest it’s ever stayed out of town outside of its typical summer recesses or the weeks leading up to their own elections.

Notably, the shutdown does not mean that Congress can’t meet. In fact, it must meet to end the shutdown legislatively. The Senate, for example, has taken votes recently on judicial nominations, a major defense authorization bill and a resolution on tariff policy.

Senators have also continued to hold bipartisan behind-the-scenes negotiations to end the shutdown impasse.

But with dwindling SNAP benefits, skyrocketing health care premiums and other major shutdown impacts beginning to set in, the House has all but abdicated its position as “The People’s Chamber.”

Long ‘path to irrelevance’

In addition to not meeting for any votes, Speaker of the House Mike Johnson has refused to swear in Democratic U.S. Rep.-elect Adelita Grijalva of Arizona. Despite Johnson’s assurances, the shutdown does not prevent the House from meeting in a brief session to swear in Grijalva as a member for Arizona’s 7th District, which has been without representation since March.

Along with Casey Burgat and SoRelle Wyckoff Gaynor, I am co-author of a textbook, “Congress Explained: Representation and Lawmaking in the First Branch.” In that book, it was important to us to highlight Congress’ clear role as the preeminent lawmaking body in the federal government.

But throughout the shutdown battle, Congress – particularly the House of Representatives – has been unwilling to assert itself as an equal branch of government. Beyond policymaking, Congress has been content to hand over many of its core constitutional powers to the executive branch. As a Congress expert who loves the institution and profoundly respects its constitutionally mandated role, I have found this renunciation of responsibility difficult to watch.

And yet, Congress’ path to irrelevance as a body of government did not begin during the shutdown, or even in January 2025.

It is the result of decades of erosion that created a political culture in which Congress, the first branch of government listed in the Constitution, is relegated to second-class status.

A man in a suit with a blue tie, holding a folder with a white document in it.
President Donald Trump holds one of the many executive orders he has signed during his second term.
Alex Wroblewski/AFP via Getty Images

The Constitution puts Congress first

The 18th-century framers of the Constitution viewed Congress as the foundation of republican governance, deliberately placing it first in Article 1 to underscore its primacy. Congress was assigned the pivotal tasks of lawmaking and budgeting because controlling government finances was seen as essential to limiting executive power and preventing abuses that the framers associated with monarchy.

Alternatively, a weak legislature and an imperial executive were precisely what many of the founders feared. With legislative authority in the hands of Congress, power would at least be decentralized among a wide variety of elected leaders from different parts of the country, each of whom would jealously guard their own local interests.

But Trump’s first 100 days turned the founders’ original vision on its head, leaving the “first branch” to play second fiddle.

Like most recent presidents, Trump came in with his party in control of the presidency, the House and the Senate. Yet despite the lawmaking power that this governing trifecta can bring, the Republican majorities in Congress have mostly been irrelevant to Trump’s agenda.

Instead, Congress has relied on Trump and the executive branch to make changes to federal policy and in many cases to reshape the federal government completely.

Trump has signed more than 210 executive orders, a pace faster than any president since Franklin D. Roosevelt. The Republican Congress has shown little interest in pushing back on any of them. Trump has also aggressively reorganized, defunded or simply deleted entire agencies, such as the U.S. Agency for International Development and the Consumer Financial Protection Bureau.

These actions have been carried out even though Congress has a clear constitutional authority over the executive branch’s budget. And during the shutdown, Congress has shown little to no interest in reasserting its “power of the purse,” content instead to let the president decide which individuals and agencies receive funding, regardless of what Congress has prescribed.

Many causes, no easy solutions

There’s no one culprit but instead a collection of factors that have provided the ineffectual Congress of today.

One overriding factor is a process that has unfolded over the past 50 or more years called political nationalization. American politics have become increasingly centered on national issues, parties and figures rather than more local concerns or individuals.

This shift has elevated the importance of the president as the symbolic and practical leader of a national party agenda. Simultaneously, it weakens the role of individual members of Congress, who are now more likely to toe the party line than represent local interests.

A brown-haired woman in a red jacket stands at a microphone in front of three American flags, speaking.
U.S. Rep.-elect Adelita Grijalva, an Arizona Democrat who won a special election on Sept. 23, 2025, has not been sworn in by House Speaker Mike Johnson.
Bill Clark/CQ-Roll Call, Inc via Getty Images

As a result, voters focus more on presidential elections and less on congressional ones, granting the president greater influence and diminishing Congress’ independent authority.

The more Congress polarizes among its members on a party-line basis, the less the public is likely to trust the legitimacy of its opposition to a president. Instead, congressional pushback − sometimes as extreme as impeachment − can thus be written off not as principled or substantive but as partisan or politically motivated to a greater extent than ever before.

Congress has also been complicit in giving away its own power. Especially when dealing with a polarized Congress, presidents increasingly steer the ship in budget negotiations, which can lead to more local priorities – the ones Congress is supposed to represent – being ignored.

But rather than Congress staking out positions for itself, as it often did through the turn of the 21st century, political science research has shown that presidential positions on domestic policy increasingly dictate – and polarize – Congress’ own positions on policy that hasn’t traditionally been divisive, such as funding support for NASA. Congress’ positions on procedural issues, such as raising the debt ceiling or eliminating the filibuster, also increasingly depend not on bedrock principles but on who occupies the White House.

In the realm of foreign policy, Congress has all but abandoned its constitutional power to declare war, settling instead for “authorizations” of military force that the president wants to assert. These give the commander in chief wide latitude over war powers, and both Democratic and Republican presidents have been happy to retain that power. They have used these congressional approvals to engage in extended conflicts such as the Gulf War in the early 1990s and the wars in Iraq and Afghanistan a decade later.

What’s lost with a weak Congress

Americans lose a lot when Congress hands over such drastic power to the executive branch.

When individual members of Congress from across the country take a back seat, their districts’ distinctly local problems are less likely to be addressed with the power and resources that Congress can bring to an issue. Important local perspectives on national issues fail to be represented in Congress.

Even members of the same political party represent districts with vastly different economies, demographics and geography. Members are supposed to keep this in mind when legislating on these issues, but presidential control over the process makes that difficult or even impossible.

Maybe more importantly, a weak Congress paired with what historian Arthur Schlesinger called the “Imperial Presidency” is a recipe for an unaccountable president, running wild without the constitutionally provided oversight and checks on power that the founders provided to the people through their representation by the first branch of government.

This is an updated version of a story that first published on May 15, 2025.

The Conversation

Charlie Hunt does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. The shutdown – and the House’s inaction – helps pave Congress’ path to irrelevance – https://theconversation.com/the-shutdown-and-the-houses-inaction-helps-pave-congress-path-to-irrelevance-268536

‘Only death can protect us’: How the folk saint La Santa Muerte reflects violence in Mexico

Source: The Conversation – USA (3) – By Myriam Lamrani, Associate Researcher, Department of Anthropology, Harvard University

A devotee carrying his daughter rests his hand on the glass to an altar to La Santa Muerte in Tepito in Mexico City. AP Photo/Rebecca Blackwell

When a life-size skeleton dressed like the Grim Reaper first appeared on a street altar in Tepito, Mexico City, in 2001, many passersby instinctively crossed themselves. The figure was La Santa Muerte – or Holy Death – a female folk saint cloaked in mystery and controversy that had previously been known, if at all, as a figure of domestic devotion: someone they might address a prayer to, but in the privacy of their home.

She personifies death itself and is often depicted holding a scythe or globe. And since the early 2000s, her popularity has steadily spread across Mexico and the Americas, Europe and beyond.

The idea and image of death made into a saint is both unthinkable and magnetic. Her association with drug traffickers and criminal rituals makes many people wary of the skeletal figure. La Santa Muerte also faces significant opposition from the Catholic Church, which condemns her veneration as heretical and morally dangerous. High-ranking church figures such as Cardinal Norberto Rivera Carrera in Mexico have publicly denounced her devotion, warning that it promotes superstition and goes against Christian values.

This criticism highlights a profound tension between official religion and the grassroots devotion. Many Mexicans who feel abandoned by government and church institutions embrace her as a source of hope. Indeed, based on my research, La Santa Muerte represents strength, protection and comfort to her devotees, which include prisoners, police officers, sex workers, LGBTQ+ people, migrants, the working class and others among less vulnerable populations. Despite her fearsome appearance, she offers a form of care they are often denied elsewhere.

As an anthropologist who has studied La Santa Muerte in Mexico, I believe her power reflects a paradoxical Mexican understanding of death – not only as a symbol of fear but as an intimate part of everyday life that has become one of resilience and resistance amid the country’s chronic violence.

Death and the state

In my recent book, “The Intimacy of Images,” I examine how devotion to La Santa Muerte in Oaxaca – the state famed for its Day of the Dead tradition – draws on Mexico’s long-standing, often playful relationship with the image of death.

A person holding a picture of a religious icon.
A person holds a picture during a visit to the Santa Muerte temple in Tepito, Mexico City, on April 1, 2025.
Gerardo Vieyra/NurPhoto via Getty Images

Based on over a decade of ethnographic fieldwork, I found how people’s prayers, offerings and promises to her are part of a desire for solutions to everyday problems such as illness, economic hardship and protection from harm. Her frequent representation in images such as altars, tattoos and artistic productions also reflects an evolving social understanding of death that has long been a pervasive symbol of Mexican culture, identity and the power of the state.

Following the Mexican Revolution in the early 20th century, death as a symbol of the new Mexican nation was popularized by artists such as José Guadalupe Posada, especially through La Catrina, the caricature of the dandy skeleton often associated with the Day of the Dead. Whereas death and its personification were once part of an ethos of celebration and fearlessness in the face of death, they have now become disturbing reminders of the mounting insecurity and violence in Mexico.

This transformation, and the role the skeletal saint plays in providing protection in this dangerous context, reflects Mexico’s broader descent into turmoil. In the 2000 national elections, the Institutional Revolutionary Party was unseated after 71 years of uninterrupted rule. The election of the conservative National Action Party, or PAN, in its place saw the fracturing of informal alliances between the state and criminal networks that had previously tamped down on crime through systems of patronage.

In 2006, newly elected PAN President Felipe Calderón launched a militarized war on crime after the yearslong evolution of these early criminal networks into ruthless organizations.

In the following decades, cartel violence has surged, civilian deaths and femicides have escalated, and state institutions have been accused of either direct complicity or a refusal to intervene. The 2014 disappearance of 43 students in Iguala – a case that revealed the degree of state and criminal organizations’ collusion and remains unresolved – only crystallized public outrage. Such rampant violence continues to this day.

Since the beginning of the Mexican drug war in 2006, an estimated 460,000 people have been murdered, and more than 115,000 people are officially listed as missing in the country – roughly one in every 1,140 residents. In heavily affected states such as Guerrero and Jalisco, that ratio is likely far higher, revealing the uneven geography of violence and disappearance across the country.

Claudia Sheinbaum, the country’s first female president – who took office in October 2024 – has promised to dismantle organized crime. Yet the violence and widespread public perceptions of insecurity persist.

An image amid broken glass.
A religious image of La Santa Muerte is pictured next to a truck damaged by gunfire in Mexico’s Durango state.
Ronaldo Schemidt/AFP via Getty Images

A violent mirror

For most devotees, La Santa Muerte is not an ally of the criminals, despite its use by cartel-linked groups. Instead, she is one of the few remaining forms of help amid a terrifying social reality. She offers no illusion that the situation of political dysfunction or rampant violence will improve – only presence and protection. Her image reflects a brutal truth: Survival is no longer guaranteed by a state whose ties to the cartels run deep.

This political and spiritual vacuum is seen in the rise of other lay figures of devotion – folk saints such as Jesús Malverde, more official ones such as San Judas Tadeo, or even devotion to the devil.

La Santa Muerte is distinct, however. She is death personified, the end of life, the ultimate judge and a symbol of shared mortality, regardless of status, race or gender. As one devotee told me: “If you open us, you’ll find the same bones.” La Santa Muerte is also imbued with care and love by her followers. Some address her as kin, an aunt or a revered mother incarnating maternal protection and a kind of strength more commonly associated with the masculine. As many say: “She’s a badass.”

In a country where state protection is scarce and the boundaries between authorities and cartels blur, she represents the people and also shields her believers through miraculous protection. Her followers turn to her because, as they say, only death can protect them from death.

Given her devotees’ vulnerability and the wholehearted trust they place in their skeletal saint, La Santa Muerte is more than mere folklore. She is the patron saint of the many in a country where death walks close. She is a figure of personal solace and collective resilience. Above all, she is a mirror – reflecting a society in crisis and engulfed in violence, and a people reaching for meaning, dignity and protection in the face of it all.

The Conversation

Myriam Lamrani does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. ‘Only death can protect us’: How the folk saint La Santa Muerte reflects violence in Mexico – https://theconversation.com/only-death-can-protect-us-how-the-folk-saint-la-santa-muerte-reflects-violence-in-mexico-263885

Jihadists have blockaded Mali’s capital. What’s at stake

Source: The Conversation – Africa (2) – By Olivier Walther, Associate Professor in Geography, University of Florida

A coalition of jihadist groups affiliated with al-Qaida have laid siege to landlocked Mali’s capital. For over a month, they have attacked convoys supplying Bamako with fuel, putting considerable pressure on the military junta that has been ruling the country for five years.

The security situation has deteriorated to such an extent that the United States has asked all its citizens to leave the country immediately. After more than 10 years of civil war, will the jihadist blockade lead to the fall of the capital? The Conversation Africa spoke to researchers from the Sahel Research Group at the University of Florida.

What is the current situation in Bamako?

Attacks on transport infrastructure and convoys travelling between urban centres in the Sahel region have increased dramatically since the late 2010s. Our research shows that certain transport routes in Mali are particularly targeted by jihadist groups. One is the route connecting Bamako to Gao, a strategic economic centre with a large military base. These attacks are combined with the blockade of other urban centres like Farabougou, Timbuktu, Kayes and, more recently, Bamako.

Bamako, which is in the south-western part of the country, has experienced jihadist attacks before, notably in 2015 and in 2024. But those were limited terrorist strikes. The current blockade reflects much greater ambition and capacity by the jihadists. In July, coordinated attacks in south-western Mali marked a new stage of Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin’s southward expansion.

For weeks now, Bamako has been isolated from its external sources of supply, particularly fuel, which must be imported from its coastal neighbours. The government was recently forced to declare the closure of schools and universities due to lack of transport.

Why Bamako?

Bamako is by far Mali’s most important city in terms of population, economy and politics. Its fall would have catastrophic consequences and determine the country’s future trajectory.

With a population of 4.24 million in 2025, according to Africapolis, the Bamako urban agglomeration is more than 10 times greater than the second-largest city, Sikasso. Bamako’s importance is not only demographic. All executive functions are concentrated there, including ministries, the national television broadcaster and the international airport.

Bamako also accounts for a large share of the national economy. Our studies suggest that more than 90% of formal businesses are located in the Bamako metropolitan area.

Capturing Bamako would obviate the need to capture larger territories and could decide the fate of the Malian conflict. Control of a capital often serves as the de facto criterion for political recognition. For instance, despite commanding little beyond Kinshasa in his final years, Mobutu Sese Seko remained recognised as Zaire’s leader until Laurent-Désiré Kabila took the capital in May 1997.

Capturing the capital city has also been the central step in the resolution of many African civil wars. In 2011, the capture of Abidjan by the forces of Alassane Ouattara, France and the United Nations brought an end to the second Ivorian civil war.

Would the capture of an African capital by jihadists, rather than by conventional rebels, trigger an external intervention by western or African powers? This is unlikely. With the exception of its partners in the Alliance of Sahel States, Mali’s government is very isolated diplomatically.

France was forced to depart just a few years ago, and was stung by its deep unpopularity in the region. A new French intervention seems unimaginable. The US is currently more interested in transactions than in new interventions, especially in Africa.

Mali’s break with the Economic Community of West African States (Ecowas) would also seem to prevent a coordinated regional response. Even Burkina Faso and Niger, Mali’s neighbours and its partners in the Sahel alliance, are bogged down with their own jihadist insurgency.

What then for Bamako and Mali?

Three broad scenarios seem imaginable:

  • a military surge in which the Malian junta manages to break the blockade

  • a negotiated settlement that would presumably lead to a new form of government

  • political chaos following the fall of Bamako.

The first scenario would require a successful mass mobilisation by the military regime in power. With the help of the Alliance of Sahel States and most likely Russian mercenaries, Malian forces would need to concentrate in the Bamako metropolitan area and also regain control of key routes.

This strategy seems to us the least likely. Not just because of the limitations of the Malian military, but considering that very little fighting has taken place in urban areas in the Malian conflict. Timbuktu, Gao and Kidal have been variously conquered or “liberated” without fighting. Government forces, rebels and jihadists preferred to withdraw when their opponents advanced.

A second, perhaps more likely, scenario is some sort of a negotiated political settlement between Mali’s military authorities and jihadist actors. We have suggested for many years that a political agreement is the only way to end a conflict that cannot be won militarily by any of the parties.

Calls for dialogue have recently resurfaced and gained traction among religious, political and business leaders in Mali. However, the issue remains divisive. Prominent advocates for this option include Alioune Nouhoum Diallo, former president of the National Assembly, and Mossadeck Bally, president of the National Employers’ Council.

Proponents often cite experiences of settlements reached via dialogue between Islamists and state actors elsewhere in the region, particularly in parts of the Maghreb. Those cases, however, were shaped by very different traditions of state-Islam relations.

A negotiated political settlement in Mali would require substantial revisions to, or even abandonment of, the country’s constitutional principle of laïcité (secularism). Successive elites, including the current military, have refused to consider this. And given the jihadists’ upper hand, government would have to make concessions that would undercut its legitimacy.

That said, a mediated dialogue might be more likely should Bamako fall into the hands of the jihadists. Governing a city of that scale, and securing cross-border flows of fuel and trade, would almost certainly need negotiated arrangements with neighbouring states which are hostile to the jihadists. In such a scenario, jihadist groups might accept a less hostile governing authority as part of a pragmatic settlement. Potential figures to lead or broker such a process include the exiled Imam Mahmoud Dicko. Even in exile, he wields influence over Malian politics.

A final scenario is one in which the jihadist coalition conquers Bamako and displaces the current regime. While an entry into the city is now imaginable, it would be much less likely that the jihadists could form a cohesive government. The groups that form the coalition have a long and convoluted history of splits, mergers and rivalries. They also have a conflictual relationship with the Islamic State – Sahel Province, the Sahelian branch of the Islamic State, which is active in eastern Mali.

If the jihadist coalition were to gain control of the capital, it is more than likely that the Islamic State would demand to be involved in the exercise of national power. This could fuel rivalries between the two groups. Somalia and Afghanistan have both experienced versions of this scenario.

The highly fluid and confused situation makes predictions about the likelihood of any of these scenarios highly speculative. What does seem clearer is that the crisis at the heart of the Sahel is not likely to be resolved in the near future.

The Conversation

Olivier Walther receives funding from the OECD.

Leonardo A. Villalón has previously received funding for academic research on the Sahel from the US Governments’s Minerva Initiative.

Alexander John Thurston, Baba Adou, and Cory Dakota Satter do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Jihadists have blockaded Mali’s capital. What’s at stake – https://theconversation.com/jihadists-have-blockaded-malis-capital-whats-at-stake-268692

Peace in Sudan? 3 reasons why mediation hasn’t worked so far

Source: The Conversation – Africa (2) – By Samir Ramzy, Researcher, Helwan University

Sudan has been embroiled in a civil war between the army and the paramilitary Rapid Support Forces since April 2023, sparked by a power struggle between the two parties. The war has displaced more than 14 million people. Over half the population of about 50 million is facing acute levels of hunger.

Several mediation initiatives have been launched since the start of the war, with limited success. The African Union has also been unable to get the main warring parties to agree to a permanent ceasefire.

The four countries leading the main peace mediation effort (known as the Quad) are the US, Egypt, Saudi Arabia and the United Arab Emirates. They issued a joint statement in September 2025, calling for a ceasefire in Sudan and offering a roadmap to end the internal conflict.

I’ve been researching Sudan for over a decade, and in my view, these countries’ capacity to deliver a final political settlement for Sudan is severely constrained.

The prospects for peace rest on the resolution of three factors:

  • the sharp differences between the Sudanese army and the Quad over who should participate in post-war politics

  • a widening rift between the main protagonists in the war on the terms of ending it

  • internal divisions within the Quad – particularly between Egypt, the UAE and Saudi Arabia – over how to balance support for the army, curb Islamist influence and manage competing regional interests.

The Quad’s plan called for an immediate ceasefire, a three-month humanitarian truce and an inclusive political process to resolve disputes within nine months.

The statement was initially welcomed by the Rapid Support Forces and Sudan’s army leaders.

However, follow-up meetings between the Quad and representatives of the warring parties have failed to translate any of these proposals into action.




Read more:
Sudan’s rebel force has declared a parallel government: what this means for the war


Meanwhile, the paramilitary troops and their allies captured the city of El-Fasher in North Darfur after a bloody 500-day siege. This was the army’s last major stronghold in Darfur.

Darfur encompasses nearly 20% of Sudan’s territory. It borders Libya, Chad and the Central African Republic. The capture has fuelled concerns of a de facto partition of the country in the western region.

Against this backdrop, the Quad’s latest initiative seems unlikely to achieve more than a fragile ceasefire.

The obstacles

Efforts to broker peace in Sudan are hindered by three key challenges.

1. Diverging agendas between the Quad and the Sudanese army

Despite broad similarities between the Quad’s roadmap and a proposal the army submitted in March 2025 to the United Nations, key differences remain.

The core disagreement lies in the design of the political process to follow the ceasefire. The Quad insists that Islamist factions should be excluded from consultations over fears that these factions have close ties to terrorist groups and Iran. The army’s proposal, by contrast, opposes the exclusion of any party.

The military leadership has alliances with elements of the former Islamic Movement. Its fighters still help stabilise the army’s frontlines.

2. A widening gap between the army and Rapid Support Forces on the terms of ending the war

The army’s roadmap implicitly allows the paramilitary troops to remain in parts of Darfur for up to nine months, provided that local authorities consent. However, it also requires the withdrawal of the group from El-Fasher and North Kordofan.

The Rapid Support Forces’ behaviour on the ground reveals a very different mindset. Rather than preparing to withdraw, the group has expanded militarily in North Kordofan and intensified its drone attacks on Khartoum and other regions.

At its core, the dispute reflects conflicting end goals. The paramilitary group seeks to enter negotiations as an equal to the army. It wants a comprehensive restructuring of the armed forces. The army insists that it should be the only unit that supervises any reform of Sudan’s military institutions – the very issue that triggered the outbreak of war in 2023.

3. Internal divisions within the Quad

The Quad’s own cohesion has been undermined by internal rifts that have derailed several meetings. The most visible divide lies between Egypt and the UAE.

Cairo leans towards the army, seeing it as the guarantor of Sudan’s state institutions against collapse. Abu Dhabi prioritises dismantling the influence of Islamist leaders as the main precondition for peace.

Saudi Arabia is wary of Emirati involvement, especially since the Sudanese army has repeatedly rejected UAE mediation and the Rapid Support Forces has attacked Egyptian policy towards Sudan.

Washington has tried to manage these tensions by limiting direct mediation roles for Egypt, Saudi Arabia and the UAE while keeping them within the broader negotiation framework. These nations have significant leverage over the warring factions.

How Sudan got here

Sudan’s fragile transition began after the ousting of long-time ruler Omar al-Bashir in 2019.

An uneasy power-sharing arrangement between the army and civilian leaders collapsed in 2021 when army chief Abdel Fattah al-Burhan and Rapid Support Forces leader Mohamed Hamdan Dagalo, known as Hemedti, jointly seized control in a coup. Their alliance fractured two years later and sparked the 2023 civil war.

Despite international pressure, neither side has given in or gained a decisive advantage since.

The conflict has been devastating for Sudan’s population of 50 million. Death toll reports since the start of the war have varied between 20,000 and 150,000 people. The country is facing the world’s worst displacement crisis, and health and education systems have collapsed. Further, more than 12 million girls and women, and an increasing number of men, are at risk of sexual violence.

Is breakthrough still possible?

Despite existing divisions, shifting dynamics on the ground could still produce a limited breakthrough.

The worst scenario for the military would be the paramilitary group’s renewed advance into territories it had been pushed out of.

That prospect might push army leaders to accept a preliminary ceasefire. This would allow the army to regroup and consolidate existing positions without conceding ground politically.

For the Rapid Support Forces, the calculation is different. After spending more than 18 months battling to capture El-Fasher, the group recognises that advancing further towards the capital would come at a high human and political cost. A temporary truce, therefore, could allow it to entrench its governance structures in Darfur and strengthen its military presence there.

In this sense, a short-term ceasefire remains the most practical outcome for both sides. Washington’s eagerness to secure conflict-ending deals is likely to push the Quad towards this scenario.

But a final political settlement in Sudan remains distant.

For now, the most any diplomatic initiative can achieve is to pause the fighting, not to end the war, as it remains difficult to bridge the political gaps between Sudanese powers.

The Conversation

Samir Ramzy does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Peace in Sudan? 3 reasons why mediation hasn’t worked so far – https://theconversation.com/peace-in-sudan-3-reasons-why-mediation-hasnt-worked-so-far-268541