Si la République islamique chute, quels effets sur l’Irak et le Liban ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Pierre Firode, Professeur agrégé de géographie, membre du laboratoire Médiations (Sorbonne Université), Sorbonne Université; Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) – Université Paris-Saclay

L’Irak et le Liban sont, depuis des décennies, dominés par des forces miliciennes largement alignées sur Téhéran. Mais au moment où la République islamique est pilonnée par les frappes américano-israéliennes, il est possible d’envisager une autonomisation de ces groupes, qui deviendraient alors des forces irakiennes et libanaises parmi d’autres.


Les récents tirs de missiles du Hezbollah contre Israël montrent combien les milices qui composent « l’axe de la résistance » sont inféodées à Téhéran, au point de négliger leur propre intérêt et celui des pays qui les abritent. Comme l’a souligné L’Orient-le Jour, le Hezbollah, en s’impliquant dans la guerre entre l’Iran et la coalition américano-israélienne, « suicide » non seulement l’État libanais en l’exposant à de lourdes représailles israéliennes, mais aussi le peu de popularité dont jouissait encore « le parti de Dieu » au sein de la société libanaise.

Accusé de complètement négliger la stabilité du pays et ses propres intérêts au profit de l’effort de guerre iranien contre Israël, le Hezbollah est devenu le symptôme évident d’une double réalité : le mal nommé « axe de la résistance » poursuit d’abord les intérêts de Téhéran au détriment de ceux de ses propres proxys et alimente le contexte endémique de guerre avec l’État hébreu, quitte à sacrifier les États et les populations qu’il prétend défendre.

Ce sacrifice subordonne tellement les intérêts à court terme de la milice chiite à ceux de Téhéran qu’on peut émettre l’hypothèse, plus que crédible, que la décision de frapper Israël aurait été imposée par les pasdarans présents au Sud-Liban contre l’avis des cadres du Hezbollah qui, eux, restent soucieux de ne pas s’aliéner totalement le soutien des Libanais. Dans ce contexte, le Hezbollah, s’il veut pérenniser sa place dans le jeu politique libanais, doit se libérer de l’emprise de Téhéran et se muer en force purement libanaise, sans quoi il subira inexorablement la colère d’un peuple libanais qui aspire d’abord à la paix.

Cet affranchissement du Hezbollah par rapport à l’Iran pourrait s’accélérer d’autant plus que le régime de Téhéran est plus aux abois que jamais, si bien que sa chute est une issue envisageable. Les autres proxys de la République islamique, comme les milices irakiennes, les Hachd-al-Chaabi, pourraient également suivre cette voie. Le possible effondrement du régime des mollahs et la déstructuration de son « axe de la résistance » permettent-ils d’espérer à long terme une stabilisation du Moyen-Orient par l’affaiblissement ou la mutation des milices pilotées par Téhéran ?

Vers un recul de la « Fitna »

Le premier effet vertueux d’un potentiel effondrement du régime iranien serait sans doute un recul de la Fitna, l’opposition entre chiites et sunnites qui est l’un des principaux dénominateurs communs à bon nombre des guerres civiles qui ont ensanglanté le Moyen-Orient ces dernières décennies.

Téhéran a consciemment alimenté cette rivalité afin d’accroître sa mainmise sur « l’arc chiite » en soutenant des milices qui ont soit pris le contrôle de certains États comme l’Irak, soit constitué un « État dans l’État » comme au Liban. Cette ingérence iranienne a contribué à l’émergence de ce que les observateurs ont appelé « l’ordre milicien », qui a entraîné un double phénomène conflictuel : un affaiblissement des pouvoirs régaliens et donc une faillite sécuritaire propice à la guerre civile, ainsi qu’une réaction de rejet des populations sunnites qui, en retour, s’organisent en milices pour limiter le contrôle exclusif de l’État par la communauté chiite et l’Iran.

Ce modèle peut parfaitement s’appliquer à l’Irak où les deux guerres civiles, de 2006 à 2009 puis de 2013 à 2017, sont en grande partie imputables aux ingérences de l’Iran via ses milices, qui ont marginalisé voire persécuté la minorité sunnite au point de la pousser à prendre les armes contre Bagdad. Après sa victoire aux élections de 2005, la coalition chiite, profitant de sa supériorité démographique (les chiites représentent 60 % de la population en Irak) ainsi que du boycott des élections par les sunnites, obtient la nomination d’un gouvernement presque entièrement chiite, dirigé par Ibrahim Al-Jaafari de 2005 à 2006 puis par Nouri Al-Maliki de 2006 à 2014, tous les deux très proches de Téhéran.

Afin de pallier l’effondrement de l’armée irakienne, dominée par les sunnites jusqu’à la décision de Paul Bremer de la démanteler complètement en 2003, Al-Jaafari et Al-Maliki choisissent de s’appuyer sur les milices chiites comme l’organisation Badr ou le Kataeb Hezbollah.

Al-Maliki et ses successeurs intègrent au pouvoir ces milices pilotées par Téhéran, au point d’y recruter certains de leurs ministres comme Hadi al-Ameri, fondateur de l’organisation Badr et ministre des transports d’Al-Maliki de 2010 à 2014 ou Mohammed el-Ghabban, membre de la même organisation Badr et ministre de l’intérieur de 2014 à 2016.

Face à cette mainmise chiite, les provinces sunnites d’Al Anbar se révoltent dès 2006, ce qui aboutit à la création de l’État islamique en Irak qui, à la différence du groupe Al-Qaida dont il émane, concentre son djihad non pas contre l’occupant américain mais bien contre l’État irakien et les « sectes » qui le contrôlent (les chiites).

Si l’Irak devient à partir de 2005 un État milicien, c’est surtout parce que les milices chiites, en plus d’intégrer les hautes sphères de l’État, organisent la répression de la communauté sunnite, comme le montrent les représailles suite aux attentats de la mosquée de Samara le 22 février 2006. Ces attentats organisés par Al-Qaida en Irak donnent lieu à un cycle de représailles menées par les milices chiites dont l’ampleur a considérablement radicalisé la minorité sunnite.

Il faut bien noter que ces violences ont été publiquement condamnées par Ali Al-Sistani, le grand ayatollah d’Irak, père spirituel des chiites irakiens, ce qui confirme bien la thèse selon laquelle les violences communautaires émanent de décisions prises en Iran où, rappelons-le, certaines de ces milices ont été fondées comme l’organisation Badr en 1982 et d’où proviennent les armes permettant la constitution de véritables armées commandées par Téhéran sur le sol irakien.

Dès leur création, les milices irakiennes comme l’organisation Badr (née en 1982) et le Kataeb Hezbollah (apparu en 2003) font partie de la force Al-Qods, unité d’élite des Pasdaran iraniens destinée à la projection régionale : le fondateur du Kataeb Hezbollah, Abou Mehdi al-Mouhandis, a d’ailleurs été éliminé par Washington lors de la frappe qui a tué le chef de cette force iranienne, Ghassem Soleimani, le 3 janvier 2020.

En effet, la confessionnalisation de l’Irak répond à une stratégie iranienne de fragmentation et d’affaiblissement de son voisin irakien, qui offre à Téhéran un meilleur contrôle sur l’Irak et donc une meilleure maîtrise de son « axe de la résistance ». C’est par le territoire irakien que transitent les armes et les combattants destinés à lutter contre Israël ou à défendre le régime allié de Bachar Al-Assad pendant la guerre civile syrienne.

La possible mutation des milices pro-iraniennes en partis politiques nationaux

Privées de leur parrain irakien, les milices chiites qui opèrent dans ce « croissant chiite » pourraient donc se muer en forces nationales et participer à l’émergence d’États pleinement souverains tant en Irak que dans les pays voisins. Les milices irakiennes Hachd-al Chabi pourraient ainsi suivre la trajectoire du mouvement politique créé par le leader irakien Moqtada Sadr. Fondateur en 2003 de l’armée du Mahdi, mouvement à l’origine pro-iranien et soutenu par Téhéran parce que chiite, Moqtada Sadr s’est progressivement affranchi de son parrain pour créer une force politique authentiquement irakienne, au point de devenir l’étendard de la défense de la souveraineté irakienne contre les ingérences iraniennes.

Ce sadrisme s’appuie sur un puissant mouvement d’opinion qui s’est manifesté à Bassora en juillet 2018 par des émeutes au cours desquelles les manifestants, chiites pour la plupart, ont exprimé leur opposition à la corruption grandissante du pouvoir de Bagdad, accusé de vendre à Téhéran la souveraineté de l’Irak. Cette mobilisation des chiites irakiens contre l’Iran se retrouve dans la crise de l’été 2022 qui a abouti à la démission des députés sadristes et à la prise du parlement par les Bagdadis. Là encore, les manifestants, chiites pour la plupart, se mobilisent contre la tutelle de Téhéran et ses implications : faillite de l’État, corruption, ordre milicien.

L’affaiblissement, voire l’effondrement du régime iranien pourrait inciter les milices du Hachd-al-Chabi à suivre la même trajectoire que le mouvement de Moqtada Sadr et à devenir ainsi des forces politiques défendant un Irak souverain, unifié et libéré du confessionalisme, quitte à abandonner leurs armes. D’autant que l’engagement armé des chiites irakiens dans les Hachd-al-Chabi s’explique d’abord par la lutte contre l’État islamique, à la suite de la fatwa lancée par l’ayatollah Ali Al-Sistani contre l’organisation terroriste en 2014.

Maintenant que l’EI ne constitue plus une réelle menace et que les forces sunnites semblent avoir renoncé au sécessionnisme (le principal parti sunnite, le Taqqadum, est un fervent défenseur de l’idée d’un gouvernement d’unité nationale), les milices chiites pourraient, à la faveur de l’effondrement du régime iranien qui les arme, se muer en partis politiques plus traditionnels. Cette évolution a d’ailleurs déjà commencé, y compris au sein des forces pro-iraniennes comme l’organisation Badr, qui s’est transformée en parti politique en vue des élections législatives irakiennes de 2014.

Quant à la composante armée de ces milices, elle pourrait être intégrée à l’État : l’État irakien a déjà tenté d’appliquer cette politique en absorbant par le décret du 8 mars 2018 les Hachd-al-Chabi dans un organe de sécurité étatique. Même si ce projet avait échoué sous la pression de Téhéran, Bagdad pourrait tenter à nouveau d’absorber la composante proprement militaire des milices pour achever leur mue en partis politiques traditionnels. Les conséquences d’une telle évolution seraient ô combien vertueuses pour l’Irak comme pour les autres pays de la région comme le Liban, où des milices confessionnelles alignées sur les intérêts d’une puissance étrangère impérialiste céderaient progressivement la place à des forces politiques, certes confessionnelles, mais privées des moyens d’alimenter une potentielle guerre civile.

Un espoir pour toute la région

L’émergence de milices confessionnelles et la Fitna qui en a résulté doivent beaucoup à l’impérialisme iranien qui a pu se développer pleinement depuis l’effondrement du régime de Saddam Hussein en 2003 et la mise en place de l’« arc chiite » de l’Irak jusqu’au Sud-Liban. Dans ces territoires, la République islamique a parrainé des milices chiites qui n’ont eu de cesse de souffler sur les braises des tensions intercommunautaires, comme le montrent les deux guerres civiles confessionnelles irakiennes, au cours desquelles Téhéran a volontairement polarisé le clivage entre chiites et sunnites afin de maintenir son joug sur l’Irak.

Dans cette optique, le possible effondrement du régime iranien résonne pour les populations du Moyen-Orient, sunnites comme chiites, non seulement comme un espoir de retrouver leur souveraineté mais plus encore comme un espoir de paix durable.

The Conversation

Pierre Firode ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Si la République islamique chute, quels effets sur l’Irak et le Liban ? – https://theconversation.com/si-la-republique-islamique-chute-quels-effets-sur-lirak-et-le-liban-277871

Le droit pénal international à l’article de la mort ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Pierre Jouette, Docteur en droit – Maître de conférences en droit privé et sciences criminelle, Université de Poitiers

Il y a 80 ans, à Nuremberg, le droit pénal international a instauré des crimes imprescriptibles, poursuivables partout et sans immunité pour leurs auteurs, mais il demeure structurellement dépendant de la coopération des États pour arrêter et juger les responsables. Pressions politiques, inexécution des mandats, instrumentalisation du droit et repli géopolitique fragilisent la Cour pénale internationale, dont l’efficacité et même la survie apparaissent suspendues à la volonté fluctuante des États dans un contexte de tensions internationales accrues.


L’humanité célèbre cette année l’un des progrès les plus ambitieux de notre civilisation, avec la naissance, il y a 80 ans, grâce au verdict du Tribunal de Nuremberg, du droit pénal international. Ses règles sont inédites : des crimes singuliers, frappés d’imprescriptibilité, pouvant faire l’objet de poursuites géographiquement étendues (compétence universelle) et contre des individus qui ne profitent plus d’immunités.

Tel est le cadre juridique de la lutte contre l’impunité qui, en pratique, a rendu possibles nombre de victoires.

Un monde à feu et à sang

Pourtant, notre monde est « à feu et à sang ». L’Iran, le Yémen, le Soudan, la Birmanie, la Palestine, l’Ukraine… Les conflits pullulent, à un niveau jamais atteint depuis trente ans.

Ces conflits illustreraient l’« échec » du droit international, qui se serait révélé incapable d’empêcher leur survenance – et plus spécifiquement, celui du droit pénal international et de ses institutions, qui ne parviennent pas à garantir la punition des criminels de guerre.

En dépit de l’élan amorcé il y a 80 ans et poursuivi dans les années 1990-2000, ce droit demeure plus que jamais tributaire des limites que constituent ses règles, fruits d’accords politiques, qui inscrivent en lui des failles originelles. La principale demeure sa dépendance structurelle aux États et à leurs forces, seules capables de faire exécuter les décisions judiciaires, ce que corrobore le bilan de la Cour pénale internationale (CPI). En effet, la pratique des États montre qu’ils n’exécutent pas les décisions des juridictions pénales internationales ou modulent leur devoir de coopération, pourtant essentiel à son fonctionnement. La difficulté était connue des tribunaux pénaux internationaux pour l’Ex-Yougoslavie et le Rwanda. La différence réside cette fois dans le contexte géopolitique de notre temps, devenu en partie réfractaire au multilatéralisme judiciaire tel qu’il fut créé en 1945.

Les conflits en Palestine et en Ukraine exacerbent particulièrement d’anciennes difficultés et nous font questionner l’existence de ce droit, né et développé à des époques différentes. En effet, les réactions politiques et judiciaires que ces conflits suscitent se lisent de manière complémentaire, tant le politique favorise l’activité judiciaire en lui offrant des capacités supplémentaires… ou l’entrave, au point de compromettre son existence.

Améliorer l’efficacité des enquêtes et des poursuites

Le conflit en Ukraine a offert un nouvel élan pour la justice internationale qui s’est traduit par le renforcement de la coopération des États entre eux et avec la CPI, dans les enquêtes menées sur ce conflit. Déjà, les autorités judiciaires de 21 pays, à l’instar du Parquet national antiterroriste français, ont ouvert des enquêtes. Ensuite, 43 États ont déféré ce conflit au procureur de la CPI, lui permettant d’enquêter et d’émettre des mandats d’arrêt.

Surtout, la détermination politique suscitée par ce conflit a permis la mise en place d’instruments de coopération inédits comme le Réseau génocide, une équipe commune d’enquête, une Convention pour la coopération en matière de crimes internationaux ou un Tribunal spécial pour le crime d’agression.

Cet ensemble coopératif, auquel le procureur de la CPI est partie prenante, permet de fournir aux magistrats et enquêteurs un soutien opérationnel via l’échange rapide et sécurisé d’informations, de preuves ou de bonnes pratiques.

Ces avancées vont se propager à l’ensemble des enquêtes menées sur des conflits présents et à venir.

Tel est le cas en matière de recueil des preuves, car l’une des difficultés consiste pour les enquêteurs à collecter des preuves sur des territoires inaccessibles ou toujours en proie aux combats. Pourtant, si le temps de la guerre n’est pas nécessairement le temps de la justice, il doit a minima être celui de la collecte des preuves.




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Fort heureusement, la modernité de notre époque offre un accès aux preuves différent. Les réseaux sociaux, où se propagent les témoignages d’exactions commises dans le cadre de conflits armés (est-ce OK ?), deviennent les terrains de preuves numériques de crimes internationaux.

Les enquêteurs se chargent de collecter, stocker et exploiter les publications des belligérants ou des civils, publiées sur réseaux sociaux ou messageries. Cette méthode, issue de l’OSINT et popularisée en ce domaine par l’ONG Bellingcat s’étend au travail de la CPI.




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Désormais, chaque personne en possession de renseignements peut contacter la Cour via une plateforme spécifique. Évidemment, l’utilisation de ces données dans des procédures implique, afin d’assurer des poursuites et des condamnations, un rigoureux travail d’analyse, ce qu’encadrent le protocole de Berkeley et le guide pratique rédigé par la CPI et Eurojust.

Toujours est-il que les enquêteurs accèdent quand même aux terrains des crimes, comme en Ukraine, où près de 600 procureurs et enquêteurs nationaux collaborent avec la justice ukrainienne dans plus de 120 000 enquêtes, portant plus de 40 000 scènes de crimes, à l’instar des équipes de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) et de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre (OCLCH). Six mandats d’arrêt ont ainsi été émis, y compris à l’encontre de Vladimir Poutine et de sa commissaire aux droits de l’enfant, Maria Lvova-Belova, pour déportation illégale d’enfants ukrainiens en Russie.

Cette « montée en puissance inédite du prisme judiciaire et géopolitique » ne s’observe pas dans le cadre du conflit israélo-palestinien. Seules quelques enquêtes et poursuites sont en cours dans certains États, notamment en France et seulement sept États ont déféré la situation à la CPI.

Même si elle ne fut pas empêchée d’agir, et a pu émettre des mandats d’arrêt à l’encontre du premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou et de son ministre de la défense Yoav Gallant, ainsi que de trois leaders du Hamas (depuis tués par Tsahal), cette dissymétrie ancre la critique d’un double standard dans le traitement des conflits qui questionne l’impuissance du droit à faire cesser les exactions mais doit surtout interroger les raisons qui y président.

Les entraves politiques à l’exercice de la justice pénale internationale

Avec l’émission des mandats d’arrêt dans les affaires ukrainienne et palestinienne, c’est l’avenir de la justice pénale internationale qui se joue. Or, face aux forces politiques en présence, la CPI est bien mal armée. Elle fait ainsi l’objet de diverses pressions, sanctions et cyberattaques. Ainsi, après avoir suscité l’effervescence, c’est désormais le temps du scepticisme, du fait, principalement, de l’inexécution desdits mandats.

Malgré tout, cette difficulté n’est pas spécifique à ces conflits. Déjà avec l’affaire Omar El-Bechir, la CPI dénonçait les déplacements du président soudanais dans plusieurs pays, y compris certains parties au Statut de Rome, qui ne prenaient pas la peine d’arrêter et de livrer, à l’image de l’Afrique du Sud, pourtant chef de file des États ayant initiés des procédures devant les juridictions internationales concernant la Palestine.

Cela témoigne bien de l’instrumentalisation que les États font du droit pour mener à bien leurs politiques, au mépris de leur obligation de coopération. Dès lors, si la raison d’État cède à la nécessité de lutter contre l’impunité des crimes les plus graves, c’est l’efficacité des normes qui se trouve amoindrie. Là où les défenseurs des droits humains imaginaient légitimement que des mandats d’arrêt marginaliseraient les dirigeants visés, la réalité est tout autre.

Toujours est-il que la CPI, fondée sur un principe de complémentarité, laisse les États maîtres des poursuites engagées contre les auteurs de ces crimes. Or, là encore, la réponse n’est pas satisfaisante. Déjà, parce que les droits nationaux sont limités, à la manière du droit français où le crime d’agression n’existe pas, les crimes de guerre sont prescriptibles, la compétence universelle est limitée aux personnes possédant un lien de rattachement avec la France et où les immunités des chefs d’État en exercice demeurent. Ces limites excluent que les individus actuellement poursuivis par la Cour le soient par les autorités judiciaires françaises. Ensuite, car les droits nationaux sont également soumis aux tensions politiques, comme le démontre la libération, par l’Italie, d’Osama Almasri Najim, responsable libyen suspecté de crimes de guerre et contre l’humanité.

Ces faiblesses ne sont pas amenées à se résorber prochainement du fait de l’accentuation des tensions géopolitiques et de l’affaiblissement des organisations internationales.

Vers la fin de la CPI ?

Mark Carney, premier ministre du Canada, évoquait récemment « la fin d’une fiction agréable et le début d’une réalité brutale où la géopolitique des grandes puissances n’est soumise à aucune contrainte ». Ce constat corrobore celui déjà exprimé par la présidente de la CPI, Tomoko Akane qui en décembre 2024 a appelé les États à renforcer leur coopération car « le danger pour la CPI touche à son existence même ».

Les antagonismes sont plus forts que jamais entre des États réfractaires au multilatéralisme, notamment judiciaire, et d’autres qui l’ont intégré comme donnée politique. Car la justice pénale internationale représente bien une donnée politique que les États rejettent ou dans laquelle ils s’investissent. Dès lors, « son champ d’action, souvent fantasmé, est en réalité limité et encadré par la stricte volonté des États ». Cela contribue inexorablement à un déficit de rétribution, car les responsables des crimes internationaux, censés répondre de leurs actes, sont exonérés de toute responsabilité du fait des dynamiques géopolitiques mondiales.

Des propositions sont parfois formulées pour compenser l’inefficacité de la Cour et de ses procédures : le plus souvent, il est proposé de réformer le Statut de Rome. Sur la forme, l’hypothèse est dangereuse, tantôt pour les États, car elle ouvrirait la voie à des modifications qui leur seraient désavantageuses, tantôt pour ses défenseurs, car des modifications pourraient bien la rendre moins effective, moins efficace, voire aboutir à sa dispariton pure et simple. Sur le fond, une proposition récente, qui constituerait un placebo, consiste à privilégier des jugements en l’absence des accusés. Or, cela n’induirait aucun changement dans la perception que les victimes ou le monde en général auraient du travail de la Cour, voire ancrerait la critique d’une institution faible, dont les jugements ne seraient pas exécutés.

Pourtant, Nuremberg avait connu le procès in absentia. Nuremberg est toutefois une référence illusoire car le droit pénal international qu’il inaugura n’est que le reflet d’une époque. Désormais, « le temps de l’ivresse » n’est plus, et le droit doit s’adapter, par exemple sur le modèle de tribunaux ad hoc à l’instar de la situation ukrainienne ou bien en remodelant l’office de la Cour autour d’un principe de complémentarité plus dynamique et coopératif. Toujours est-il que l’idée d’une Cour pénale internationale et permanente fut une idée parmi les plus ambitieuses qu’ait jamais portées la communauté internationale. Faute d’adaptation, ce droit disparaîtra dans sa forme actuelle car il fut, peut-être trop longtemps, considéré comme un acquis, ce que le contexte de notre époque dément.

The Conversation

Pierre Jouette ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le droit pénal international à l’article de la mort ? – https://theconversation.com/le-droit-penal-international-a-larticle-de-la-mort-276235

Should I stay or should I go? Rural international students face housing, job crunch

Source: The Conversation – Canada – By Brandon Dickson, PhD Candidate, Global Governance, Balsillie School of International Affairs, University of Waterloo

From 2013-23, Canada’s international post-secondary student population more than doubled to more than one million per year by 2023.

Most of these students studied in Ontario, particularly in urban areas. But the high cost of living in urban areas across Canada, along with limited enrolments, meant there was a subsequent spike of international students also studying in rural regions across Canada.

Our research is exploring the supports that currently exist for international students in rural regions and the efficacy of these supports for retaining international students in those areas.

Recent cap on international students

In 2024, the federal government put a cap on the number of international students in Canada.

Ottawa framed the move as an attempt to alleviate housing shortages and protect international students from “bad actors,” including people who issued fraudulent acceptance letters.

A CBC investigation also found that governments have pursued international students to contribute to Canada’s workforce and also to attract revenues for underfunded colleges and universities — with no attention paid to the impact on housing.




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The impact of the international student cap has reverberated across Canada. It resulted in a sharp decline in international students across the country, including in rural regions where there is an enduring need for skilled graduates in health care, technology and the skilled trades.

Rural retention of international students

There has been very little Canadian research on rural retention of international students, aside from retaining graduates with health-care skills.

Our exploratory survey, funded by the Social Sciences and Humanities Research Council in partnership with the Canadian Bureau of International Education, was piloted in a rural region in Atlantic Canada.

The survey asked international students who were attending or had graduated from the local university questions about their intention to stay in their study region after graduating, and factors that influence their decisions.

In total, 21 students completed the survey, and three of these students participated in a follow-up interview. We also interviewed two people who worked in international student support roles in the same region.

Housing insecurity was a determinant

Our preliminary findings show that housing security was the among the most significant factors driving international students’ decisions to stay or go in their rural region.

Students in our survey said finding suitable housing was one of the biggest challenges. Half of the respondents noted that lower housing prices were the most influential factor in their initial decision to study in a rural region. However, frustration with finding long-term accommodations posed significant challenges in choosing to stay. In some instances, this also affected even coming to begin studies in the first place.

One student noted they had to move three times between the summer of 2023 and October 2023 due to being unable to find suitable housing when they first arrived. They cited this stress as the key reason they were planning to leave the rural region.

Another international student said the lack of accommodations meant they almost had to cancel their acceptance, noting they signed their lease only a few hours before their flight to Canada. More than one-quarter of our study participants who were planning to leave the rural region noted the lack of housing as the key driver.




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Nowhere to stay: Canada needs a rights and responsibility approach to international student housing


Unique rural employment challenges

More than one-third of international students in our survey initially planned to stay in their rural study region following graduation, but employment impacted this decision.

While for international students, the challenges of finding work post-graduation are widespread across Canada, participants in our study region noted unique challenges in rural areas.

Rural regions are often close-knit communities that rely on these ties when seeking employment, so much so that one of our research participants noted: “When locals meet each other, they’ll go, oh, who’s your father?” For international students, the more limited connections they have in communities correlates with the level of difficulty securing jobs.

Support programs

The Maritime rural region in our study had employment-related programming for recruiting, integrating and retaining international students. These include programs like one-time seminars on job searching or developing resumes, and longer internship opportunities.

Though international students in our survey unanimously noted that they knew such services existed, only three said they had accessed the programming. Those three students commented that these programs increased their sense of belonging and connection in the community.

One international student indicated that the connection from the community program resulted in post-graduation employment. The three students who accessed this programming said the most beneficial supports they accessed were immigration support, career advising and volunteering opportunities.

One interviewee who works in an international student support role described how one “study and stay” program receives far more applications from interested international students than it can accommodate. This provincially supported Atlantic Canada program provides tailored supports beyond the more general employment supports noted above.

Policies made staying complicated

Survey and interview findings also revealed that federal policies complicated efforts to stay in the rural region post-graduation.

One of the support people we interviewed noted how international students who want to stay in Canada often seek Express Permanent Residence, which requires a two-year, full-time employment contract.

Such an employment requirement is often incompatible with the short-term or part-time options available to students and new graduates.

This means international students are less likely to accept work in their fields, and may be required to move to urban areas or accept unskilled positions to find employment to meet these criteria.

Co-ordinated responses needed

We heard from international students that they want to stay and feel committed to rural regions. At the same time, students highlighted the challenge of transitioning from being a student who has access to university supports to being a community member without them.

Addressing housing and employment challenges requires co-ordinated responses in rural regions among universities, local government and industry.

Community-based supports that help recent graduates secure first jobs and offer opportunities for connection and networking are critical. Creative engagement is required across industries, sectors and the federal government to address federal policies for longer-duration work permits. For housing, incentivizing international student residency for landlords and local regions might help.

Housing and employment security appear to be the preliminary foundations for establishing and capitalizing on social and community connections. More research is needed to explore the successes in retaining international students and activating effective supports to do so.

The Conversation

Donna Kotsopoulos receives funding from Social Sciences and Humanities Research Council.

Ellyn Lyle receives funding from Social Sciences and Humanities Research Council.

Brandon Dickson does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Should I stay or should I go? Rural international students face housing, job crunch – https://theconversation.com/should-i-stay-or-should-i-go-rural-international-students-face-housing-job-crunch-276498

More Canadians are watching the Paralympics. Our research shows why that matters

Source: The Conversation – Canada – By Ann Pegoraro, Lang Chair in Sport Management, Lang School of Business and Economics, University of Guelph

Nearly 31 million Canadians watched Team Canada compete at the 2026 Winter Olympics in Milano-Cortina earlier this year. With the Paralympics underway, fandom research suggests that millions are expected to tune in again.

With Canada consistently one of the top three countries on the medal table at the Winter Paralympics, and its athletes producing incredible sporting moments, Canadians are in for a treat.

For many of us, the Paralympics are remembered through moments that resonate beyond sport itself. Canadian athletes have delivered performances that not only capture national attention but also challenge longstanding assumptions about disability and elite competition, from Brian McKeever becoming Canada’s most decorated Winter Paralympian to wheelchair basketball victories that electrified arenas during the 2024 Games.

As the Milano-Cortina 2026 Paralympics draws in a growing Canadian audience, understanding the impact of this fandom is important. This isn’t just about sport, it’s also about reshaping how Canadians think about disability.

Paralympic fandom remains understudied

The Paralympic Games are what is referred to as a mega-event in sports, joining the likes of the FIFA World Cup and the Olympic Games. Yet the Paralympic fandom is understudied compared with other sport mega events.

The Olympics have drawn the attention of researchers for decades, with numerous studies on how fans consume the Games, what Olympic fandom means and how Olympic sponsors connect with fans. Similarly, researchers have spent significant time investigating football fandom and the FIFA World Cup.

But research on Paralympic audiences — including consumption, fandom, attitudes and effects — is limited.

This gap matters. The Paralympic Games are not simply another sporting event. They are one of the largest global platforms where disability, athletic excellence and national identity intersect.

Understanding how audiences engage with the Paralympics helps explain how sport can influence perceptions of disability, shape more inclusive narratives and mobilize support for parasport development.

More Canadians are Paralympic fans

Drawing on a national survey of Canadians conducted in partnership with the Canadian Paralympic Committee, we examined how fandom for the Paralympic Games relates to attitudes toward disability and social engagement.

We found that nearly 40 per cent of Canadians now consider themselves fans of the Paralympics, and seven in 10 believe Paralympic fandom is growing nationwide.

Canadians set viewership records for the 2024 Summer Paralympics in Paris, while the worldwide audience also grew, with more than 1.6 billion views on the social media channels of the International Paralympic Committee, an 81 per cent increase compared with the Tokyo 2020 Paralympics.

With this growing fandom and viewership, Paralympians are providing unprecedented visibility for individuals with disabilities.

The widely successful International Paralympic Committee’s TikTok has also played an active role in attracting young fans, in particular, through edgy campaigns.

Sport as a catalyst for social change

Paralympians are extraordinary athletes. With the Paralympics drawing record viewership and increasing fandom, the Games are a powerful tool for societal change.

Research has shown that societal attitudes toward people with disabilities can shift positively when people watch and follow the Paralympic Games. We wanted to know how rising Paralympic fandom in Canada affects attitudes toward disability.

Preliminary results of our work indicate that Paralympic fans not only have more positive attitudes toward disability in society, but are also significantly more likely to engage in pro-social activities such as donating, raising awareness or advocating for people with disabilities.

Nine in 10 parasport fans in Canada reported engaging in pro-social behaviours, compared with seven in 10 Canadians overall.

The business case for Paralympic sponsorship

Just as brands are recognizing the return on investment of sponsoring women’s sports, the Paralympics are now poised to offer a similar opportunity.

Our research found that consumers’ attitudes and purchase intentions all positively increase when they learn that a company sponsors the Paralympics. This increase is larger than similar intentions toward companies that sponsor the Olympics, with 24 per cent of Winter Paralympic fans reporting they made a purchase from a brand because of its Paralympic sponsorship.

Women’s sport fandom is also growing in Canada, and research demonstrates that women’s sports fans are more likely than men’s sports fans to watch or follow the Paralympics. This provides a growing and lucrative audience that could motivate companies to get involved.

What this means going into Milano-Cortina

The rise in fandom suggests Canadians will once again be watching in large numbers. And this is increasingly shaping how we understand disability, excellence and inclusion in sport.

Expanded broadcast coverage, increasing social media engagement and stronger corporate partnerships are helping bring the Paralympics and Paralympians to wider audiences than ever before.

For fans, the Games offer an opportunity to witness extraordinary athletic performances. They also provide a moment to reflect on how sport can shape the way disability is understood in society.

The Conversation

Ann Pegoraro is the Director of the International Institute for Sport Business and Leadership who conducted the research referenced herein. She receives funding from SSHRC.

Ryan Snelgrove receives funding from Social Sciences and Humanities Research Council of Canada.

ref. More Canadians are watching the Paralympics. Our research shows why that matters – https://theconversation.com/more-canadians-are-watching-the-paralympics-our-research-shows-why-that-matters-277035

Les sans-abri sont encore stigmatisés. Voici comment mieux soutenir leur participation démocratique

Source: The Conversation – in French – By Michel Parazelli, Professeur associé retraité en travail social, Université du Québec à Montréal (UQAM)

On ne reconnait pas toujours les personnes en situation d’itinérance comme appartenant à la communauté citoyenne.Ce manque de reconnaissance a des répercussions sociales considérables. Pour les premières concernées d’abord, dont on ne respecte pas toujours les droits, et qu’on prive de voix et de liens, au risque d’aggraver leur précarité, leur souffrance et leur mortalité. Pour la société ensuite, qui entretient une gestion de crise perpétuelle, fragilise les liens sociaux et renonce à la contribution politique de celles et ceux qu’elle relègue à ses marges.


À la suite d’une vaste consultation sur l’itinérance et la cohabitation sociale, l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) a déposé son rapport en juillet 2025. Cette démarche de consultation a rejoint 3903 personnes oeuvrant en milieu communautaire et institutionnel, ainsi que des personnes en situation d’itinérance.

Sur les 22 recommandations formulées par les commissaires, la première exhorte la Ville de Montréal à reconnaitre formellement « que les Montréalaises et Montréalais en situation d’itinérance sont des citoyennes et citoyens au même titre que ceux qui sont logés », et d’agir en conséquence.




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Des violations multiples de droits

Cette première recommandation du rapport de consultation de l’OCPM révèle quelque chose de la façon dont on traite les personnes qui sont à la marge des circuits formels de la production, de la consommation et de l’habitat. Les faits tendent à montrer que les droits des personnes en situation d’itinérance ne sont pas toujours respectés.

  • Les démantèlements des campements de sans-abri qui aggravent leurs conditions se poursuivent, malgré l’avis de la défenseure fédérale du logement. En 2024, elle exigeait des gouvernements qu’ils respectent les droits et la dignité des personnes résidant dans les campements.

  • Les pratiques de profilage social des policiers perdurent, malgré la reconnaissance par la Commission des droits de la personne et la jeunesse depuis 2009, que la «stigmatisation des sans-abri dans les normes et règlements de la police et le profilage qui s’ensuit porte atteinte au droit de ces personnes à la sauvegarde de leur
    dignité sans discrimination fondée sur la condition sociale.»

  • Les organismes communautaires souffrent de sous-financement chronique, malgré qu’ils soient les principaux intervenants sur le terrain auprès des sans-abri.

  • Le recours au privé pour gérer la sécurité publique et la production de logements abordables croît. Or, son modèle économique repose sur la maximisation des profits, ce qui crée un conflit d’intérêts avec la visée d’abordabilité et de pérennité hors marché du logement social].

  • Le taux de mortalité des personnes en situation d’itinérance a augmenté en 2024, selon le bureau du coroner. Les données montrent que plusieurs décès auraient pu être évités s’il y avait eu des services de santé adaptés.

  • L’adoption du projet de loi 103, en novembre 2025, même s’il menace les services de consommation supervisée. Une majorité d’acteurs du terrain ont qualifié cette législation de dangereux recul dans la lutte contre la crise des surdoses.

Chacun de ces exemples montre que le respect des droits et de la dignité des personnes en situation d’itinérance est loin d’être garanti.

Une gestion inadaptée et des choix politiques aggravants

S’agit-il d’une simple défaillance de l’action publique appelant l’optimisation d’une gestion plus agile et efficace, comme l’ont affirmé certains candidats lors des dernières élections municipales ?




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Dans son rapport, l’OCPM souligne bien des problèmes majeurs de coordination entre les silos institutionnels qui interviennent en itinérance. Toutefois, l’examen plus attentif des problèmes auxquels sont confrontés les acteurs sociaux montréalais tend à montrer que le problème est structurel. Il s’agit d’un constat communément partagé de l’impuissance des acteurs résultant d’une gestion permanente de solutions provisoires.


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Il existe bien quelques avancées sur le plan de la disponibilité de logements adaptés, ou de pratiques de cohabitation sociale apaisées, mais celles-ci ne réussissent pas à sortir de l’urgence. La raison en est que cette situation de crise qui s’étend à plusieurs municipalités québécoises est surtout le produit de choix politiques antérieurs avec ses effets délétères. On peut mentionner ici le retrait du gouvernement fédéral du financement du logement social depuis les années 1990, l’incapacité du provincial à construire suffisamment de logements sociaux hors marché, ainsi qu’à améliorer l’accès aux services sociaux et de santé adaptés.

D’une prise en charge gestionnaire à une prise en compte citoyenne

Un autre constat issu de ce rapport met en lumière l’exclusion des personnes en situation d’itinérance des décisions qui les concernent.

C’est pourquoi certaines des recommandations de l’OCPM proposent d’inclure des personnes en situation d’itinérance au sein de comités consultatifs aux niveaux municipal et local. Il s’agit de donner des avis sur l’ensemble des pratiques de gouvernance en matière d’itinérance. Cette orientation suscitant l’engagement citoyen représente une rupture avec la logique dominante de prise en charge des solutions par les gestionnaires.

En situation d’urgence, les gestionnaires des services sociaux et municipaux oeuvrant en itinérance agissent la plupart du temps pour le bien d’autrui, mais sans le point de vue d’autrui. Par exemple, l’augmentation de la surveillance policière, les démantèlements des campements et l’aménagement des haltes-chaleur étaient souvent justifiés par des arguments de sécurité des occupants, même au prix d’une plus grande marginalisation. Cette approche de « prise en charge » s’oppose à une pratique plus dialogique à visée démocratique.

En travail social, cette seconde approche est qualifiée de « prise en compte », en phase avec la reconnaissance de la citoyenneté d’une personne, même celle qui tend à émerger dans la marge sociale. Dès lors, plutôt que d’agir uniquement sur les comportements jugés inadéquats ou dérangeants des personnes en situation d’itinérance, il s’agit d’adopter une posture de « prévenance ». L’idée consiste à aller au-devant de ces personnes pour considérer leur point de vue sur leur propre situation, dont l’analyse qu’elles font des actions entreprises par d’autres acteurs sur leurs propres conditions d’existence sociale.




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Ce dialogue continu permet de mieux orienter des pratiques d’intervention en fonction des désirs et besoins négociés avec les personnes en situation d’itinérance. Cette rencontre de l’autre demeure une exigence éthique et politique d’une gouvernance municipale à visée démocratique.

Soutenir l’organisation de collectifs

En rupture avec l’ancienne administration, la nouvelle mairesse Martinez Ferrada a déposé un plan de gestion des campements urbains pour des sites autorisés. Les principes évoqués dans ce plan signalent bien l’intention de la Ville de suivre la première recommandation de l’OCPM : respecter la dignité et les droits des personnes citoyennes en situation d’itinérance. À l’heure actuelle, le protocole, qui se veut évolutif, ne prévoit toutefois aucune disposition concrète visant à instaurer un dialogue continu avec les personnes occupant les campements. Au-delà des intentions, il est actuellement difficile de voir comment la Ville reconnaitra leur pouvoir d’agir citoyen si le droit de s’exprimer sur les décisions affectant les conditions d’existence des campements demeure à l’état de vœux pieux.

Agir en conséquence d’une reconnaissance de la citoyenneté des personnes en situation d’itinérance impliquerait de les inclure dans la négociation du protocole et de sa mise en place sur les sites concernés. Le défi n’est donc pas que technique, mais avant tout relationnel et politique.

La recherche sociale a déjà montré l’intérêt de prendre en compte le point de vue des personnes marginalisées sur les mesures et les politiques qui les concernent. Cet exercice contribue non seulement à obtenir un portrait plus objectif des situations, mais aussi à développer un rapport positif à soi de ces personnes, à renforcer la confiance en elles-mêmes, et à susciter le désir d’améliorer collectivement leur situation avec leurs pairs.




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Bref, il est certes urgent de rappeler aux gouvernements provincial et fédéral leur responsabilité face à cet échec social. Il est tout aussi important de soutenir l’organisation collective des personnes en situation d’itinérance pour qu’elles puissent négocier ensemble leur place sociale à l’image des autres groupes sociaux marginalisés au Québec.

La Conversation Canada

Michel Parazelli ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les sans-abri sont encore stigmatisés. Voici comment mieux soutenir leur participation démocratique – https://theconversation.com/les-sans-abri-sont-encore-stigmatises-voici-comment-mieux-soutenir-leur-participation-democratique-272411

Patriots and loyalists both rallied around St. Patrick’s Day during the Revolutionary War

Source: The Conversation – USA – By Cian T. McMahon, Professor of History, University of Nevada, Las Vegas

At the end of a bitter winter at Valley Forge, George Washington ordered an extra glass of grog on St. Patrick’s Day for every man, ‘and thus all made merry and were good friends.’ iStock/Getty Images Plus

The Continental Army’s winter encampment at Valley Forge, between December 1777 and June 1778, is the stuff of legend. Chased out of Philadelphia by the British Army, George Washington and over 12,000 American troops retreated to Valley Forge, where they spent six long months harried by hunger, disease and the bitter cold.

In this context of frayed nerves and short tempers, a scuffle arose when some of the native-born soldiers antagonized the Irish recruits by dragging an effigy of a “stuffed Paddy” through camp on St. Patrick’s Day, March 17, 1778. The Irish, outraged at the sight of their patron saint being mocked, rose up to meet the challenge with their fists.

But George Washington quickly responded by claiming, “I, too, am a lover of St. Patrick’s Day.” He ordered an extra glass of grog for every man, “and thus all made merry and were good friends.”

By the late 1770s, people had been commemorating the anniversary of St. Patrick’s death – reputedly on March 17, 461 – for over a thousand years. Irish immigrants brought the tradition with them when they moved to North America, and officers in the Continental Army regularly used the holiday to bring glimmers of cheer to their cold and gloomy camps.

An antique letter, in old-fashioned script, in which George Washington grants Saint Patrick's Day as a holiday to the troops.
A section of George Washington’s general order of March 16, 1780, granting St. Patrick’s Day as a holiday for the troops.
National Archives

‘Till the nation is free’

In Morristown, New Jersey, in 1780, for example, Col. Francis Johnston insisted that “the celebration of (St. Patrick’s) Day should not pass by without having a little rum issued to the troops,” and he bought a small barrel to prove it. Accounts of the party were published in local newspapers.

“The whole army celebrated the day with that decorum which is characteristic of them, and which evidenced their attachment and unfeigned regard to the valiant Irish nation,” said an eyewitness. The soldiers’ dual loyalties to Ireland and America were reflected in the toasts they drank that day.

Cheers were raised for George Washington and “the American army,” but also for Irish patriots such as Henry Grattan and Henry Flood. “May the field pieces of Ireland bellow,” proclaimed one soldier, “till the nation is free.”

As the author of a forthcoming book on the global history of St. Patrick’s Day, the wartime popularity of St. Patrick’s Day does not strike me as surprising. Irish immigrants made up a sizable fraction of George Washington’s Continental Army during the American Revolution, partly because the war came on the heels of the first wave of modern mass migration from Ireland, which lasted from the early 1720s to the mid-1770s.

As a result, Irish newcomers, especially Presbyterians from Ulster, were overrepresented in the Middle Colonies of Pennsylvania, Delaware, New York and New Jersey when the war broke out. Their disproportionate enlistment accounts for the fact that Pennsylvania’s collection of infantry regiments and companies was nicknamed the “Line of Ireland” during the conflict.

Yet focusing on Irish patriots tells only half the story of what St. Patrick’s Day meant during the Revolutionary War era.

Plenty of Irishmen served as British redcoats throughout the war too.

‘Naturally gallant and loyal’

On March 17, 1779, 2½ years after capturing New York, the British army published a recruiting advertisement in the city’s Royal Gazette newspaper.

A gray-haired man in an 18th-century military jacket.
Francis Rawdon, a British army officer in his mid-20s, organized the Volunteers of Ireland regiment in New York in 1779.
Hulton Archive/Getty Images

“All Gentlemen Natives of Ireland are invited to join the Volunteers of Ireland, commanded by their Countryman, Lord Rawdon,” the ad announced. Francis Rawdon, the scion of a wealthy Anglo-Irish Protestant family from County Down in the north of Ireland, was a dynamic army officer in his mid-20s and the perfect figurehead for this new regiment.

Later that evening, these Irish loyalists celebrated St. Patrick’s Day “with their accustomed Hilarity,” noted a local journalist. Lord Rawdon’s Volunteers of Ireland regiment led the way with a parade, followed by a banquet.

“The soldierly Appearance of the men, their Order of March, Hand in Hand, being all NATIVES OF IRELAND, had a striking effect,” gushed the New-York Gazette. Being “naturally gallant and loyal,” the Irish will always “crowd with Ardour to stand forth in the Cause of their King, of their Country, and of real, honest, general Liberty.”

To be Irish in New York in 1779 meant being loyal to the crown. But when the British evacuated New York four years later, they took their red coats – and their loyalist St. Patrick’s Days – with them.

Irish America’s many stories

In time, memories of these pro-British parades and banquets proved unseemly in the fledgling republic. They were subsequently written out of most histories of Irish America. The official website of the world-famous Manhattan St. Patrick’s Day parade, for example, makes no mention of these loyalist processions.

Yet taking a closer look at these forgotten chapters of history is important because it reminds us that there has always been a debate over what it means to truly “be Irish” in America.

In the 1770s, it was a conflict over loyalty to the crown. Today, it can mean disagreements about abortion, gun control or immigrants’ rights.

The truth lies buried in the many stories of Irish America.

The Conversation

Cian T. McMahon received funding for this project through a Hibernian Research Award from the Center for the Study of American Catholicism (CUSHWA).

ref. Patriots and loyalists both rallied around St. Patrick’s Day during the Revolutionary War – https://theconversation.com/patriots-and-loyalists-both-rallied-around-st-patricks-day-during-the-revolutionary-war-274807

Diagnostiquer l’Alzheimer et le Parkinson avant les premiers symptômes : les sons du corps, une piste prometteuse

Source: The Conversation – in French – By Rachel Bouserhal, Associate Professor, École de technologie supérieure (ÉTS)

Bien avant l’apparition des tremblements ou de la raideur musculaire qui caractérisent la maladie de Parkinson, certains signes plus subtils peuvent déjà se manifester : altérations dans l’articulation des mots, modifications du langage, changements dans la respiration ou la déglutition. De leur côté, les personnes atteintes d’Alzheimer commencent souvent par appauvrir leur vocabulaire et répéter certains mots, bien avant que les pertes de mémoire franches ne deviennent apparentes.


Malheureusement, le diagnostic ne tombe habituellement que lorsque les changements observés chez un individu sont suffisamment importants pour qu’il se démarque du reste de la population.


Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société, qu’ils transforment depuis leur venue au monde. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.


L’importance du diagnostic précoce

Le diagnostic précoce représente un levier fondamental pour ralentir la progression de ces maladies. Certains traitements sont plus efficaces lorsqu’ils sont administrés aux tout premiers stades. Malheureusement, le diagnostic arrive souvent tardivement, une fois que les symptômes sont bien installés. Cette réalité s’explique notamment par le caractère subtil et variable des signes précoces, mais aussi par une pratique clinique encore largement fondée sur l’observation de manifestations visibles et avancées.

Professeure à l’École de technologie supérieure (ÉTS) et titulaire de la Chaire de recherche Marcelle-Gauvreau en suivi multimodal de la santé et détection précoce des maladies, mes recherches portent sur l’utilisation de capteurs portables, en particulier les dispositifs intra-auriculaires, pour capter et analyser des signaux physiologiques et comportementaux liés à la santé. L’objectif est de développer des outils qui permettent un suivi continu, non invasif et personnalisé de l’état de santé, afin de favoriser une détection plus rapide de certaines pathologies, notamment neurodégénératives.

Les technologies portables jouent un rôle clé en neuropsychologie, car elles permettent d’aller bien au-delà de l’observation clinique traditionnelle. Grâce aux capteurs et aux algorithmes avancés, il devient possible de mesurer de façon objective et en temps réel des marqueurs subtils liés au fonctionnement cognitif et émotionnel. Cela ouvre la voie à des pratiques cliniques plus précises et personnalisées, qui complètent l’expertise des cliniciens et favorisent une meilleure compréhension et un meilleur accompagnement des patients.

Chacun de nous est un être unique. Nos capacités cognitives ne sont pas toutes égales à la base. Notre vocabulaire, notre mémoire, notre attention et nos capacités de raisonnement et visuospatiales nous distinguent des autres. Il faudrait pouvoir détecter plus tôt les modifications individuelles afin de percevoir plus rapidement la détérioration du niveau de santé.

Aussi, une approche combinant plusieurs signaux – plutôt qu’un seul paramètre comme le rythme cardiaque – offrirait une vision plus complète de l’évolution de la maladie.

L’oreille : une fenêtre insoupçonnée sur notre santé

Pour détecter ces maladies plus tôt, nous tentons une approche innovante : l’analyse des signaux sonores émis par le corps.

Lorsqu’une oreille est obstruée par un dispositif intra-auriculaire, certains sons internes – battements du cœur, respiration, déglutition, parole, voire clignements des yeux – sont amplifiés dans les basses fréquences. Ce phénomène, appelé effet d’occlusion, peut être exploité à l’aide d’un microphone miniaturisé pour capter ces sons sous forme de signaux subtils. Plusieurs de ces signaux sont particulièrement pertinents, car ils sont affectés dès les premiers stades de maladies neurodégénératives, mais demeurent souvent trop discrets pour être détectés cliniquement.

Par exemple, le rapport entre l’inspiration et l’expiration chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson, ou encore les interactions entre la respiration et la déglutition, sont altérés très tôt, bien avant que les symptômes ne deviennent suffisamment sévères pour être remarqués. De même, les mouvements oculaires des patients atteints de la maladie d’Alzheimer, notamment les saccades, peuvent révéler des informations précieuses sur la progression de la maladie et pourraient être captés grâce à un microphone intra-auriculaire.

Le dispositif que nous utilisons a été développé dans le cadre de la Chaire de recherche industrielle ÉTS-EERS en technologies intra-auriculaires. Il est constitué d’une oreillette équipée de deux microphones et d’un haut-parleur miniaturisé. Le microphone placé à l’intérieur du conduit auditif permet de capturer les sons générés par le corps. Le microphone extérieur et le haut-parleur (situé à l’intérieur) servent à retransmettre les sons extérieurs, afin d’amoindrir l’inconfort créé par l’effet d’occlusion.

Extraire les bons signaux

L’un des principaux défis techniques réside dans la séparation des différents signaux corporels qui sont captés simultanément. En effet, une personne peut parler et entendre son cœur battre, tout cela en même temps.

Pour démêler ces signaux superposés, nous explorons plusieurs approches, notamment l’apprentissage automatique – une forme d’intelligence artificielle – ainsi que des algorithmes de séparation des sources sonores. Nous testons également des technologies complémentaires, comme la photopléthysmographie, qui permet de mesurer les variations du flux sanguin et d’en extraire les battements cardiaques. Ces signaux, tels que la fréquence cardiaque et ses dérivés, sont particulièrement intéressants puisqu’ils offrent une meilleure compréhension de l’état émotionnel d’une personne.


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Nous avons déjà démontré qu’il est possible de détecter le stress à partir de signaux cardiaques captés par un microphone intra-auriculaire, notamment dans des moments de silence et de faible mouvement. Cette perspective est particulièrement pertinente pour les personnes présentant une atteinte cognitive, qui ont souvent des difficultés à comprendre la parole dans le bruit, même en l’absence de perte auditive. Nous souhaitons donc aller au-delà de la simple mesure de leur compréhension de la parole en milieu bruyant, en évaluant également leurs niveaux de stress dans ces situations, afin de déterminer s’ils en ressentent davantage que leurs pairs sans atteinte cognitive.

Actuellement, notre équipe mène deux études distinctes pour comparer les signaux physiologiques de personnes en bonne santé à ceux de patients atteints de troubles neurodégénératifs.

La première, en collaboration avec Parkinson Québec et l’Université de Montréal, porte sur des patients atteints de la maladie de Parkinson et leurs proches aidants. La seconde, menée avec le Centre de recherche Douglas, vise à recueillir des données auprès de personnes saines ainsi que de personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer ou de troubles cognitifs légers.

Une révolution en marche

À moyen terme, nous croyons que nos algorithmes pourront détecter avec précision si une personne présente déjà des signes de maladie neurodégénérative.

À plus long terme, notre ambition est de contribuer à une véritable révolution dans le domaine du diagnostic précoce de l’Alzheimer et du Parkinson, permettant ainsi des interventions plus rapides, mieux ciblées et potentiellement plus efficaces.

La Conversation Canada

Rachel Bouserhal a reçu des financements de Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG).

ref. Diagnostiquer l’Alzheimer et le Parkinson avant les premiers symptômes : les sons du corps, une piste prometteuse – https://theconversation.com/diagnostiquer-lalzheimer-et-le-parkinson-avant-les-premiers-symptomes-les-sons-du-corps-une-piste-prometteuse-263675

Face aux dénis de droits en itinérance : soutenir la participation démocratique des personnes marginalisées

Source: The Conversation – in French – By Michel Parazelli, Professeur associé retraité en travail social, Université du Québec à Montréal (UQAM)

On ne reconnait pas toujours les personnes en situation d’itinérance comme appartenant à la communauté citoyenne.Ce manque de reconnaissance a des répercussions sociales considérables. Pour les premières concernées d’abord, dont on ne respecte pas toujours les droits, et qu’on prive de voix et de liens, au risque d’aggraver leur précarité, leur souffrance et leur mortalité. Pour la société ensuite, qui entretient une gestion de crise perpétuelle, fragilise les liens sociaux et renonce à la contribution politique de celles et ceux qu’elle relègue à ses marges.


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  • Les démantèlements des campements de sans-abri qui aggravent leurs conditions se poursuivent, malgré l’avis de la défenseure fédérale du logement. En 2024, elle exigeait des gouvernements qu’ils respectent les droits et la dignité des personnes résidant dans les campements.

  • Les pratiques de profilage social des policiers perdurent, malgré la reconnaissance par la Commission des droits de la personne et la jeunesse depuis 2009, que la «stigmatisation des sans-abri dans les normes et règlements de la police et le profilage qui s’ensuit porte atteinte au droit de ces personnes à la sauvegarde de leur
    dignité sans discrimination fondée sur la condition sociale.»

  • Les organismes communautaires souffrent de sous-financement chronique, malgré qu’ils soient les principaux intervenants sur le terrain auprès des sans-abri.

  • Le recours au privé pour gérer la sécurité publique et la production de logements abordables croît. Or, son modèle économique repose sur la maximisation des profits, ce qui crée un conflit d’intérêts avec la visée d’abordabilité et de pérennité hors marché du logement social].

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Un autre constat issu de ce rapport met en lumière l’exclusion des personnes en situation d’itinérance des décisions qui les concernent.

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En situation d’urgence, les gestionnaires des services sociaux et municipaux oeuvrant en itinérance agissent la plupart du temps pour le bien d’autrui, mais sans le point de vue d’autrui. Par exemple, l’augmentation de la surveillance policière, les démantèlements des campements et l’aménagement des haltes-chaleur étaient souvent justifiés par des arguments de sécurité des occupants, même au prix d’une plus grande marginalisation. Cette approche de « prise en charge » s’oppose à une pratique plus dialogique à visée démocratique.

En travail social, cette seconde approche est qualifiée de « prise en compte », en phase avec la reconnaissance de la citoyenneté d’une personne, même celle qui tend à émerger dans la marge sociale. Dès lors, plutôt que d’agir uniquement sur les comportements jugés inadéquats ou dérangeants des personnes en situation d’itinérance, il s’agit d’adopter une posture de « prévenance ». L’idée consiste à aller au-devant de ces personnes pour considérer leur point de vue sur leur propre situation, dont l’analyse qu’elles font des actions entreprises par d’autres acteurs sur leurs propres conditions d’existence sociale.




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Ce dialogue continu permet de mieux orienter des pratiques d’intervention en fonction des désirs et besoins négociés avec les personnes en situation d’itinérance. Cette rencontre de l’autre demeure une exigence éthique et politique d’une gouvernance municipale à visée démocratique.

Soutenir l’organisation de collectifs

En rupture avec l’ancienne administration, la nouvelle mairesse Martinez Ferrada a déposé un plan de gestion des campements urbains pour des sites autorisés. Les principes évoqués dans ce plan signalent bien l’intention de la Ville de suivre la première recommandation de l’OCPM : respecter la dignité et les droits des personnes citoyennes en situation d’itinérance. À l’heure actuelle, le protocole, qui se veut évolutif, ne prévoit toutefois aucune disposition concrète visant à instaurer un dialogue continu avec les personnes occupant les campements. Au-delà des intentions, il est actuellement difficile de voir comment la Ville reconnaitra leur pouvoir d’agir citoyen si le droit de s’exprimer sur les décisions affectant les conditions d’existence des campements demeure à l’état de vœux pieux.

Agir en conséquence d’une reconnaissance de la citoyenneté des personnes en situation d’itinérance impliquerait de les inclure dans la négociation du protocole et de sa mise en place sur les sites concernés. Le défi n’est donc pas que technique, mais avant tout relationnel et politique.

La recherche sociale a déjà montré l’intérêt de prendre en compte le point de vue des personnes marginalisées sur les mesures et les politiques qui les concernent. Cet exercice contribue non seulement à obtenir un portrait plus objectif des situations, mais aussi à développer un rapport positif à soi de ces personnes, à renforcer la confiance en elles-mêmes, et à susciter le désir d’améliorer collectivement leur situation avec leurs pairs.




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Bref, il est certes urgent de rappeler aux gouvernements provincial et fédéral leur responsabilité face à cet échec social. Il est tout aussi important de soutenir l’organisation collective des personnes en situation d’itinérance pour qu’elles puissent négocier ensemble leur place sociale à l’image des autres groupes sociaux marginalisés au Québec.

La Conversation Canada

Michel Parazelli ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Face aux dénis de droits en itinérance : soutenir la participation démocratique des personnes marginalisées – https://theconversation.com/face-aux-denis-de-droits-en-itinerance-soutenir-la-participation-democratique-des-personnes-marginalisees-272411

Power cuts are the new normal in Kenya – what went wrong and how to fix it

Source: The Conversation – Africa – By Peter Twesigye, Research Lead: Power Market Reforms and Regulation, University of Cape Town

Millions of Kenyan households and businesses have been subjected to interruptions of electricity supply since late 2024 owing to production shortfalls. President William Ruto acknowledged this, explaining that “daily load-shedding” had become necessary and that power would be switched off in some areas between 5pm and 10pm to stabilise the national grid.

Until now, Kenya’s electricity supply has been mostly adequate to meet supply. However, there were multiple nationwide blackouts between 2020 and 2024. These disruptions were due to technical failures rather than unmet demand.

The uncomfortable truth is that Kenya’s demand surge is testing the limits of what grid engineers call “firm and operationally available capacity”. This is what can be counted on when the evening peak demand rises sharply, stretching the system’s ability to maintain frequency and voltage within limits.

By the end of January 2026, the published system peak was 2,439.06 MW compared to firm capacity of 2,495 MW. There was a narrow reserve margin of only 2.3%. This peak was recorded on 4 December 2025, and was framed by Kenya Power itself as a historic high.

Kenya has a reserve of nearly 800 MW on paper, but only about 56 MW of breathing room on firm capacity. This is a razor-thin margin for a system that must ride over:

  • transmission constraints such as transformer overloads due to unexpected demand spikes and equipment failure

  • inadequate generation forces for dispatchable baseload, from post-sunset loss of solar output of 514 MW and at times wind of 436 MW with low capacity factors

  • limited flexibility to support timely ramping (how fast the rest of the system must move up or down when a generation unit trips).

My research focus is power market reforms, regulation and utility performance – including Kenya’s. My assessment is that Kenya’s power sector is not short of renewable energy resources to exploit. It is short of capital and a well-planned procurement pipeline of investments in new power plants and grid resilience.

Policy makers have to do more to keep up with an economy whose peak demand now resets with unsettling frequency, affecting businesses and home users.

Kenya’s optimum outcome is not simply higher installed megawatt capacity. It is the combined effect of:

  • sufficient energy capacity

  • the system’s capacity to meet fluctuating demand, changes in generation output and unexpected outages

  • ability to operate, refurbish and maintain the grid network to meet set technical regulatory standards.

How did supply fall behind demand?

Three structural drivers explain the current crisis.

First, no new interconnected power plants have been commissioned during the past four years. Kenya’s new capacity pipeline was constrained by a moratorium on new plants imposed in 2021. The moratorium was only lifted in December 2025 by the National Assembly, reopening the door to new procurement via competitive auctions.

Second, peak demand growth accelerated over the same time period. In February 2025, for instance, peak demand grew by the largest margin in five years. This growth was driven mainly by industrial and commercial users, a growing fleet of electric vehicles, new data centres, and an aggressive domestic power connectivity programme.

The utility surpassed 10 million customers with over 401,848 new connections in the year to 30 June 2025. This resurgence translates into a growth in sales to 11,403 GWh in just one financial year, 2024/25. The result was that a planning problem became an operational one. The mass connectivity programme stepped up over the past eight years is a triumph as the country rushes to achieve universal electrification goals. But it is also the core demand-side force compressing reserve margins.

The third factor that’s affected the power network is that industrial and commercial consumers are increasingly financing their own supply. Instead of waiting for grid reliability to improve, firms have been building their own dedicated power plants. By June 2025, so-called captive (self-consumption) capacity reached 603.8 MW (about 15.72% of total installed capacity), dominated by captive solar PV and bioenergy.

While these are cheaper and more reliable sources, they are not failure-free and also serve to mask the growing national deficit.

Furthermore, this trend complicates system planning because Kenya Power’s revenue base and load profile become less predictable, leading to system imbalances and frequent outages.

What’s behind the instability of Kenya’s electricity grid?

Kenya’s energy mix is renewables-led. Renewable energy stands at 80% of the energy mix and has been steadily rising over the last 10 years.

The largest technology shares are: geothermal 943 MW (25.92%), hydro 872.5 MW (23.9%), solar 514.1 MW (14.1%), wind 436 MW (11.9%), and bioenergy 163.8 MW. The country also imports electricity from Ethiopia and Uganda, accounting for 10.6% of the total.

This picture shows why system flexibility and network reliability are key. When solar and wind power aren’t available, the system must turn to geothermal, hydro and thermal while maintaining reserves.

With firm capacity only modestly above the latest peak, even a single contingency can force controlled load-shedding to preserve system integrity.

Kenya’s grid instability is not one problem, however. Network reliability is undermined by system leakages from unbilled or stolen energy. In 2025, average annual losses amounted to 23.36% – far above the regulator’s allowable benchmark of 17.5%. Reliability is improving, but still a far cry from best practice.

Another major factor is inadequate transmission infrastructure, primarily its high-voltage transmission lines. This means that Kenya also needs to massively invest in expanding its transmission system. Indeed, the power transmission monopoly – Ketraco – warns in its 2025-2044 master plan that keeping up with demand growth requires a multi-billion-dollar buildout. It points to an estimated financing gap of roughly US$4.38 billion across planned transmission investments.

What’s needed

Four options stand out for consideration.

The first is rebuilding the pipeline of new power plants. The quickest reliability gains will come from adding new low-carbon capacity from geothermal rehabilitation and new gas units. Policymakers must also ensure adequate extra generation capacity to provide power within seconds or minutes to cover a likely generation failure or demand spike.

Second, the system needs modern flexibility tools, such as battery storage, gas and imports. This is because storage and grid-stability investments can improve system flexibility and reduce the need for load-shedding when supply from renewables dips during peak demand.

Third, private capital participation is unavoidable if the grid is to stay ahead of demand. The most concrete step so far is the transmission monopoly’s US$311 million (KES 40.4 billion) public-private partnership signed in December 2025 with Africa50 and Power Grid Corporation of India.

Finally, stability depends on addressing system losses. This can be achieved by scaling up smart metering, restructuring distribution lines, and reducing vandalism and illegal connections. This can translate into added capacity.

The Conversation

Peter Twesigye does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Power cuts are the new normal in Kenya – what went wrong and how to fix it – https://theconversation.com/power-cuts-are-the-new-normal-in-kenya-what-went-wrong-and-how-to-fix-it-276611

Crocodiles can have extra growth cycles in a year – why this matters for estimating the age of dinosaurs

Source: The Conversation – Africa (2) – By Anusuya Chinsamy-Turan, Professor, Biological Sciences Department, University of Cape Town

In biology and palaeontology (the study of extinct organisms) there are a few ways to estimate the age of an animal’s skeleton. One is the extent of fusion of sutures in the skeleton – how much the plates of bone have joined together as the animal matured. Another is the texture of the bone surfaces. Then there are growth marks recorded in the microscopic structure of bone.

Many modern animals grow in periodic spurts (fast at times, slowly at other times). It’s generally thought that they grow fast in the good seasons when the environment is better for them in terms of food, temperature and water. They are thought to grow more slowly during unfavourable seasons, when the growth marks form in their bones, rather like the rings formed in trees. By counting the number of growth marks inside the bone tissues, scientists estimate the age of the animal. This method is called skeletochronology.

Over the years there have been a few studies that have determined when the different growth cycles formed, and have proposed the utility of skeletochronology for age determination.

The application of skeletochronology has been particularly important in working out the age of extinct reptiles like dinosaurs. It’s also been used as the basis for constructing graphs showing how the animal grew over time and comparing the rate of growth of different dinosaurs. This is very useful when trying to assess how extinct animals (like dinosaurs) grew up, and in some cases reached gigantic proportions.

Our work in our palaeobiology laboratory at the University of Cape Town has shown that juvenile (wild and captive) caimans, American reptiles related to crocodiles and alligators, under one year of age showed growth marks in their bones. This was unexpected because the animals were too young to show annual periods of quick and slow growth.

This study by our team suggested there was a need for a more cautious approach to estimating the age of skeletons. This caution was reinforced by similar findings in our later work on Nile crocodiles.

More growth marks than expected

Our work on the Nile crocodiles began as an investigation into their growth dynamics. On three occasions we administered antibiotics to two-year-old crocodiles at the Le Bonheur Reptiles and Adventures farm, about 60km from Cape Town in South Africa. These antibiotics became incorporated into the bones of the growing crocodiles.

Later, when the crocodiles died, we skeletonised the carcasses and prepared thin sections of their bones which we examined under the microscope. The antibiotic markers allowed us to deduce how much bone growth had occurred in specific time periods.

Much to our surprise, we found that aside from a slowdown in growth during the unfavourable (winter) season, extra growth marks formed during the favourable (summer) season when fast growth was expected. These extra growth marks tell us that the crocodile responded to some environmental factors (perhaps temperature, rainfall, or competition) by slowing down their growth and forming a growth ring.

We found that the two-year-old crocodiles had as many as five or six growth cycles in their bones. We would have expected only one per year. This meant that if we applied skeletochronology, we would have overestimated the age of the crocodiles. Until now, most of the time when skeletochronology was applied, the concern has been about under-estimating the age of the animal (because growth marks are sometimes removed during normal growth processes).

Questions about method of establishing bone age

Our study of these living relatives of dinosaurs raises questions regarding the accuracy of using skeletochronology for estimating the age of dinosaurs. We know the four crocodiles were raised on a crocodile farm, which perhaps does not ideally reflect their a natural environment. But we are also aware that on the farm, they would have had optimal conditions for growth – and yet, under these ideal circumstances, they formed extra marks.

Currently investigations into dinosaur skeletochronology are plagued by several issues such as the presence of multiple closely spaced growth marks that are difficult to separate out, as well as some growth marks that cannot be followed around the whole circumference of the cross section of the bone. Added to this, we suggest that since living relatives of dinosaurs (birds and crocodiles) can form extra growth marks, some of the growth marks in dinosaur bones could well be “extra” and therefore unrelated to their age.

More research is clearly needed to investigate this matter. An obvious first step is to undertake a similar study of crocodiles and alligators in the wild – a feat easier said than done.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Crocodiles can have extra growth cycles in a year – why this matters for estimating the age of dinosaurs – https://theconversation.com/crocodiles-can-have-extra-growth-cycles-in-a-year-why-this-matters-for-estimating-the-age-of-dinosaurs-276077