L’adaptation silencieuse : ces transformations qui échappent aux politiques publiques

Source: The Conversation – in French – By Guillaume Simonet-Umaña, enseignant chercheur en adaptation aux changements climatiques, Université de Pau et des pays de l’Adour (UPPA)

À l’échelle locale, de nombreuses actions naissent spontanément pour faire face aux aléas du climat. Rarement revendiquées comme des mesures d’adaptation aux changements climatiques, elles passent souvent inaperçues des politiques publiques.


Les rapports scientifiques, les injonctions politiques et les plans nationaux se succèdent pour enjoindre les territoires à s’adapter aux nouvelles réalités climatiques. Pourtant, une question demeure : comment l’adaptation se déploie-t-elle de manière concrète sur le terrain ? Si les annonces de projets ou de cadrages réglementaires occupent souvent le devant de la scène, d’autres formes de réorganisation sont à l’œuvre, bien plus discrètes, que l’on peut regrouper sous l’appellation d’« adaptation silencieuse ».

Derrière cette qualification se cachent de multiples initiatives individuelles, corporatives ou collectives qui, sans être désignées ou étiquetées « adaptation », transforment pourtant peu à peu les organisations et les territoires. Prendre en compte ces dynamiques et mieux en saisir les contours pourrait s’avérer pertinent pour éviter que les politiques publiques ne passent à côté d’une partie de la réalité vécue sur le terrain par les populations et les entreprises.

L’adaptation, une notion toujours en quête de sens au niveau de sa déclinaison pratique

Penchons-nous sur un cas, pour bien comprendre. Face à la baisse continue de ses récoltes qui subissent un mildiou tenace dû à des épisodes météo capricieux, un viticulteur installé dans l’Aude bénéficie depuis 2021 d’informations collectées par les stations météorologiques positionnées sur son secteur par le biais d’un technicien mis à disposition par la Chambre d’agriculture départementale. Ces précieuses données lui permettent d’anticiper aux mieux les conditions climatiques défavorables en attendant l’homologation par l’Inrae de nouvelles variétés de cépages plus résistants aux maladies, testées dans le cadre d’une collaboration.

Pourtant, à aucun moment ce viticulteur ne mentionne ces mesures comme étant des actions d’adaptation aux changements climatiques, alors même qu’elles participent à la transformation de son exploitation afin de faire face à l’accélération de nouvelles réalités climatiques.

Affublée de « parente pauvre » des agendas politiques climatiques internationaux ou nationaux pendant longtemps, l’adaptation aux changements climatiques est aujourd’hui un des termes les plus en vue. En témoigne la 3ᵉ édition du Plan national d’adaptation au changement climatique, la multiplication des Trophées de l’adaptation ou encore la nette augmentation des publications scientifiques et médiatiques sur le thème.

Pourtant, derrière sa priorité affichée dans les politiques publiques climatiques, l’adaptation se heurte toujours à plusieurs difficultés au moment de sa déclinaison opérationnelle, parmi laquelle celle d’être identifiée comme telle. Ainsi, l’artisan chocolatier qui n’a pas le choix de diversifier et trouver de nouvelles sources d’approvisionnement de cacao après les récoltes désastreuses de son fournisseur habituel situé en Côte d’Ivoire ne va pas mentionner sa démarche comme une adaptation aux changements climatiques.

Pour une large part des professionnels qui travaillent dans l’émergent domaine de la résilience face aux changements climatiques, en revanche, s’adapter n’est souvent rien d’autre que la réactualisation d’une gestion des risques 3.0 dopée par de nouveaux moyens techniques d’anticipation que rejoint progressivement l’intelligence artificielle (IA) régénérative. Des cartes colorées et chiffrées issues de modèles climatiques toujours plus performants sont alors proposées comme supports de base à l’élaboration d’actions à planifier par le client.

Pourtant, dès 2004, les chercheurs Suraje Dessai et Mike Hulme interrogeaient cette logique « descendante » et sa pertinence en termes d’opérationnalisation de l’adaptation. Dès lors, malgré l’horizon régulièrement annoncé de « transformation » des territoires et des activités, l’objectif est affiché : accroître la résilience des caractéristiques de vie telles qu’installées depuis plusieurs générations pour faire face à une France à + 4 °C autour de 2100.

Mais à l’échelle locale, une autre partition se joue chez les populations qui se retrouvent confrontées à des aléas climatiques toujours plus violents. Ainsi, dans une clinique située en région Grand-Est, une circulaire confirme que les horaires peuvent évoluer lors d’épisodes désormais récurrents de grandes chaleurs afin de protéger les employés et les patients. En parallèle, des discussions ont lieu au sein de la direction afin d’évaluer la possibilité de proposer des tenues vestimentaires plus adéquates pour les préposés aux soins.

Autant d’actions qui incarnent de nouvelles pratiques sans toutefois vêtir la terminologie « adaptation » au moment d’interroger les acteurs. C’est que pour assurer la continuité de leurs services ou la pérennisation de leurs activités professionnelles, la marge de manœuvre des collectivités et des entreprises est étroite : concrètement, il s’agit avant tout de bricoler face à des contraintes financières, techniques ou administratives qui s’accumulent. De multiples acteurs locaux œuvrent ainsi silencieusement à l’écart des radars administratifs qui comptabilisent, décernent ou mettent en avant les meilleurs élèves en matière d’adaptation.

L’adaptation silencieuse : au-delà des injonctions

Pour qualifier le phénomène qui ressort régulièrement des entretiens et observations menés tout au long de ces deux dernières décennies auprès d’acteurs de terrain, j’ai choisi le terme d’« adaptation silencieuse », en référence aux travaux du philosophe François Jullien.

Pour décrire les changements continus qui sont au cœur de la vie, telle que la vieillesse ou l’évolution des sentiments, François Jullien utilise dès 2009 le terme de « transformations silencieuses », terme qu’il applique également aux changements climatiques :

« Que sont les changements climatiques sinon des transformations silencieuses, issues d’une corrélation indéfinie de facteurs se produisant infinitésimalement et de manière continue à l’échelle globale ? »

À son tour envisagée comme une transformation silencieuse, l’adaptation peut ainsi être perçue comme un processus de réorganisation continue par lequel les systèmes se structurent en fonction de l’évolution climatique en vue d’assurer leur viabilité.

Associer « adaptation » et « silencieuse », permet aussi d’évoquer une réalité : beaucoup d’acteurs n’utilisent que peu, volontairement ou pas, le vocabulaire associé aux démarches d’adaptation prônées dans les injonctions. Ici, on ne communique pas avec des « diagnostics de vulnérabilité », des « expositions aux aléas » ou des « facteurs de sensibilité ». On surveille la météo au jour le jour, et on avise selon les moyens du bord : on change les dates de semis, on reporte le chantier ou on nettoie les abords de la rivière voisine.

Ensuite, il s’agit d’opérer dans une temporalité qui va permettre la continuation de l’activité, le maintien de la bonne relation avec le client ou l’amoindrissement du choc pluvial à venir. L’horizon temporel s’étend de la veille au lendemain jusqu’à « la prochaine fois ». L’horizon spatial, lui, se situe à l’échelle des 120 mètres carrés du mur nord de l’église du XIVᵉ siècle en proie à un retrait gonflement d’argile prononcé, à l’échelle de la parcelle en herbage censée assurer le troupeau des dix-sept brebis jusqu’au mois prochain ou à l’échelle des quatre employés de l’équipe municipale en charge de débroussailler les abords ouest du village. Ces chapelets d’initiatives successives mises en place « pour faire face à cette météo déréglée » s’égrènent sur le territoire et participent de l’adaptation.

Concrètement, ces réorganisations invisibilisées sont autant de processus non explicitement désignés comme des adaptations aux changements climatiques qui se révèlent par l’usage, et non par le décret : redoutant un nouvel été, « comme celui de l’an dernier », le bureau de l’agence immobilière teste sa clientèle sur de nouveaux horaires en période estivale afin de garantir le confort thermique de ses employés.

Pour les chercheurs qui arpentent les territoires, ces formes d’action sont plus répandues qu’on ne le pense. Elles se distinguent de l’action publique par plusieurs caractéristiques, parmi lesquelles l’absence de label, une décentralisation maximale et une optimisation de l’apprentissage pas à pas : n’ayant pu accéder au marché hebdomadaire du fait des routes inondées, l’exposant du camion-boucher se renseigne sur les possibilités d’autres marchés en faisant appel à son réseau afin d’élaborer un nouveau calendrier annuel prenant en compte ces obstacles météo récurrents.

S’adapter, c’est aussi écouter ce qui se met en place sans bruit et dans l’ombre. L’illusion réside dans le fait de se croire rassuré par la tangibilité d’une adaptation bruyante. Or, le silence a également le potentiel de construire une capacité à habiter le monde qui se dessine chaque jour un peu plus sous nos yeux. En quête d’efficacité, les politiques publiques pourraient avoir tout à gagner en cessant de considérer les acteurs locaux comme des récepteurs passifs de schémas directeurs pensés pour eux.

The Conversation

Guillaume Simonet-Umaña est coordonnateur de l’association Reconnexion – Expertise Climat Occitanie.

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Souveraineté numérique européenne : quels leviers juridiques et politiques ?

Source: The Conversation – in French – By Nicolas Minvielle, Docteur en économie, spécialiste des questions d’innovation et de défense, Audencia

Le libre-échange, pensé comme facteur de paix depuis l’après-guerre, est devenu une source de tensions, notamment face à la domination numérique des États-Unis. L’Union européenne, très dépendante technologiquement, se heurte à un cadre juridique international et interne qui limite sa souveraineté. Pourtant, elle dispose de leviers juridiques et réglementaires pour agir. Entre recours aux exceptions de sécurité et modèle coopératif inspiré d’Airbus, l’avenir de la souveraineté numérique européenne repose sur une stratégie collective alliant droit, technologie et volonté politique.


« L’esprit du commerce ne peut coexister avec la guerre », affirmait Emmanuel Kant, introduisant l’idée selon laquelle la logique économique s’oppose à celle du conflit armé. C’est suivant cette logique que s’est construit l’ordre international d’après la Seconde Guerre mondiale, avec l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) (1947), l’Organisation mondiale du commerce (OMC) (1995) et le marché intégré européen, dont l’un des principes absolus est la libre circulation et l’ouverture des marchés à tout acteur établi sur le territoire de l’Union européenne (UE).

Cette liberté du commerce, qui se donne donc un objectif pacificateur, est aujourd’hui source de divers conflits, les acteurs économiques devenant des vecteurs de diffusion de modèles politiques ou sociétaux. Si le constat n’est pas récent, le réveil européen l’est. L’interdiction de séjour aux États-Unis de Thierry Breton, commissaire européen de 2019 à 2024 et artisan de la législation européenne sur les services numériques (DSA), ainsi que l’ambition de prise de contrôle stratégique du Groenland affichée par l’administration Trump ont catalysé la prise de conscience de la vulnérabilité diplomatique de l’UE face à son allié américain.

Cette vulnérabilité diplomatique se double d’une profonde dépendance en matière numérique. En 2024, le rapport Draghi soulignait que la dépendance de l’Europe envers les pays tiers, à commencer par les États-Unis, était de plus de 80 % pour ses usages numériques. La volonté de l’UE de réguler les géants du numérique est génératrice de tensions régulières avec Washington, qui use de la prédominance de ses acteurs économiques pour décider de mesures de rétorsion à l’encontre de l’Europe. C’est dans ce contexte que se pose la question de la possibilité d’une réelle souveraineté de l’UE dans le domaine du numérique.

Le cadre juridique international, obstacle apparent à la souveraineté numérique

Il n’est pas évident de trouver dans un droit international constamment bafoué, les clés de la construction d’une souveraineté numérique européenne. Ce droit a été bâti dans un objectif de libre-échange absolu. Le défi est d’autant plus important que la mondialisation des échanges a favorisé le développement de lois extraterritoriales, brisant le concept westphalien de souveraineté territoriale –une mutation juridique qui instaure un rapport de force asymétrique au profit de la puissance capable d’instrumentaliser sa domination technologique et monétaire.

Dans le domaine du numérique, ce changement de paradigme est porté par des législations comme le Cloud Act, qui rendent les protections juridiques classiques obsolètes face aux injonctions étrangères, plaçant les États ne disposant pas de tels leviers de domination dans une situation de dépendance numérique critique.

Et pourtant…

Au sein de l’UE, la libre circulation est le fondement qui a permis au marché intégré – le plus intégré au monde – de voir le jour. Corollaire logique, le droit européen interdit aux États membres de préférer leurs entreprises nationales (non-discrimination) et ouvre ses marchés publics à « tout fournisseur légalement établi dans l’UE ».

Complété par les règles de libre-échange instaurées par le GATT et l’OMC, le droit européen est souvent jugé responsable de l’installation pérenne des Gafam sur le sol européen. Car c’est ce cadre de libre-échange qui a permis l’émergence d’« États plateforme », reconnus comme de réels acteurs des relations internationales. Preuve s’il en fallait de la reconnaissance quasi souveraine des géants du numérique, le Danemark a créé en 2017 un poste d’« ambassadeur auprès des GAFA », rejoint depuis par le Royaume-Uni, l’Autriche ou la France, avec des appellations moins engageantes (technology envoy au Royaume-Uni, ambassadeur pour les affaires numériques en France).

Paradoxalement, ces géants du numérique dépassent aujourd’hui l’ordre qui les a fait émerger, en rendant désuets les États « classiques » et leur souveraineté. Plus encore, ils influencent les accords de libre-échange de nouvelle génération (comme le Trans-Pacific Partnership, TPP, devenu Comprehensive and Progressive Agreement for Trans-Pacific Partnership ou CPTPP) pour y introduire des clauses limitant la capacité des gouvernements à réguler l’environnement numérique. Ainsi donc bénéficient-ils d’un cadre international favorable qui leur permet d’opérer partout.

Mais la soumission juridique au pays d’origine demeure et profite aux États d’où émergent ces géants, qui transforment les nouvelles frontières du numérique ainsi dessinées en puissants outils d’influence. Illustration récente : en 2025, Microsoft a été contraint d’appliquer les sanctions prises par le gouvernement Trump à l’encontre de Karim Khan, le procureur de la Cour pénale internationale, pour avoir émis des mandats d’arrêt contre plusieurs personnalités israéliennes. Car un contrat privé n’est jamais supérieur aux lois nationales.

Ainsi, les sanctions américaines, tout comme le Cloud Act, permettent aux autorités étrangères d’intervenir au-delà de leurs frontières à partir du moment où le lien avec une entreprise américaine existe. Le sujet est souvent traité sous l’angle des risques d’espionnage, mais en réalité la problématique est plus large et concerne bien la disponibilité de service dans sa globalité.

Droit international vs. droit européen : ce que permet le droit de l’Union

Le reproche est constant ces dernières années ; celui d’une trop grande ouverture du marché européen, parfois synonyme de naïveté. Un respect très (trop) strict des règles du GATT, et des engagements internationaux de l’Europe – parmi lesquels le Government Procurement Agreement – qui garantit un accès non discriminatoire aux marchés publics des États signataires. Ainsi donc, l’UE se voit entravée dans toute tentative d’instaurer une préférence européenne, par son droit interne, et par le droit international qu’elle est aujourd’hui l’une des dernières à prendre en considération.

Pour autant, l’UE est une exception reconnue au libre-échange et à la clause de la nation la plus favorisée, puisqu’elle a mis en place une union douanière interne, supprimant de fait toute barrière tarifaire entre États membres. Elle forme un unique territoire douanier et négocie comme tel à l’OMC.

L’UE est parfois considérée comme un « objet non identifié » du droit international, qui lui confère des leviers d’action particuliers. Et si dans certains domaines elle est jugée peu efficace, force est de constater qu’elle brille par sa créativité réglementaire. Car l’UE est la seule organisation intergouvernementale disposant de son propre ordre juridique, autonome et contraignant, dont l’application est garantie par la Cour de justice de l’Union européenne. Un droit européen qui s’est construit dans la recherche d’équilibre entre intégration et respect des souverainetés étatiques.

Ainsi les juristes européens ont-ils pensé des leviers aujourd’hui pertinents à mobiliser pour construire la souveraineté numérique de l’UE. Ce sont ces leviers qui ont permis à la France de développer son programme nucléaire en faisant valoir les exemptions pour la sécurité nationale. Ce sont ces leviers, aussi, qui ont permis à Airbus de voir le jour, par la formation de consortiums dédiés à des projets industriels stratégiques. Ce sont peut-être ces leviers qui demain permettront à l’UE de disposer d’une réelle autonomie numérique.

Le modèle nucléaire ou l’utilisation stratégique des exceptions de sécurité pour l’UE, bonne ou mauvaise idée ?

L’article 346 du TFUE, traité fondamental qui organise les compétences de l’UE, permet aux États membres de s’affranchir des règles de mise en concurrence pour protéger leurs « intérêts essentiels de sécurité ». Un État membre pourrait donc théoriquement invoquer l’article 346 pour contraindre ses structures gouvernementales à se fournir auprès d’acteurs nationaux pour la mise à disposition de services numériques. Cela impliquerait une interprétation extensive de la notion d’intérêts essentiels de sécurité.

Si la jurisprudence de l’UE a longtemps été stricte sur le sujet, il est intéressant de constater que la Cour de justice de l’UE a progressivement infléchi sa position. Sans doute le contexte sécuritaire actuel n’y est-il pas étranger. Ainsi la Cour a-t-elle reconnu en 2018 que l’article 346 pouvait s’appliquer au-delà du champ militaire classique, dès lors que l’objectif est de protéger des intérêts essentiels de sécurité.

Si le levier existe, il n’est pas dit cependant qu’il soit la solution à la problématique numérique. Ainsi l’article 346 a-t-il permis le développement de bases industrielles et technologiques de défense (BITD) nationales, tout en fragmentant le marché européen de la défense. Le développement de l’industrie nucléaire, permis pour son volet militaire par l’article 346, est une réussite française, non européenne. La technologie, bien que complexe, était maîtrisable à l’échelle nationale.

Mais s’agissant de souveraineté numérique, l’effort doit être collectif. D’abord parce que le cyberespace est un milieu fondamentalement transverse et que la création d’une base industrielle de confiance nécessite une mutualisation des ressources. Ensuite parce que seule une action européenne coordonnée permettra d’exercer la puissance normative de l’UE. Enfin parce que l’utilisation de l’article 346 entraînerait de facto une fragilisation du marché intérieur européen, là où la coopération est condition de réussite.

Le modèle Airbus ou l’avenir du triptyque technologie-droit-politique

Parce qu’il existe des réussites européennes, le modèle développé par et pour Airbus, bien que divergent sur nombre d’aspects, peut être éclairant pour construire l’indépendance numérique de demain.

Airbus est le fruit d’un constat partagé, celui de l’impossibilité pour les industries aéronautiques de certains États membres (France, Allemagne, etc.) de rivaliser avec Boeing. Et la prise de conscience d’un risque associé, celui de la fragilisation de la souveraineté européenne. C’est donc d’une volonté politique et d’une coopération institutionnelle transnationale qu’est né Airbus. Cette volonté politique fut adossée à un effort technologique certain, qui a permis le développement et la mise sur le marché de l’A300, premier avion de ligne civil à large fuselage, équipé de seulement deux moteurs.

S’agissant du numérique, la rupture technologique ne serait pas celle du produit, mais l’approche visant à promouvoir une infrastructure de base (Foundation Model) ouverte. Ce qui permettrait à une multitude d’acteurs de construire leurs propres solutions sur cette base, et de réduire la dépendance aux Gafam. C’est cette voie d’autonomie technologique que semble poursuivre l’UE.

Le troisième pan de construction – et peut-être l’essentiel – d’Airbus fut le droit.

Pour exemple, les subventions européennes nécessaires aux investissements industriels étaient permises par le droit de l’UE, bien que contestables (et contestées) auprès de l’OMC. Les fameuses Launch Aid se fondaient sur l’article 107 du TFUE qui stipule que les aides accordées par les États membres qui faussent la concurrence sont interdites, mais peuvent être autorisées si elles sont « destinées à promouvoir la réalisation d’un projet important d’intérêt européen commun ». Sur le volet juridique, l’Europe a tenu face à l’OMC, puis aux États-Unis, qui ont sanctionné Airbus pour non-respect des règles de concurrence.

C’est cette force normative qui peut être mobilisée pour accompagner le développement d’un écosystème numérique européen. Elle l’est déjà avec le règlement général sur la protection des données (RGPD) et par ce qu’on désigne comme le Brussels Effect – ou effet extraterritorial du droit européen. Sur le plan purement normatif, le projet de Cloud and AI Development Act (CAIDA), qui sera débattu à Bruxelles en mai, pourrait amener à qualifier le cloud et les services d’IA d’infrastructures critiques, les sortant de facto du cadre de libre concurrence classique. Reste à savoir si les États membres convergeront vers un texte substantiel, non affaibli par les investissements de lobbying croissants des Gafam à Bruxelles.


Cet article a été rédigé avec Marie Devaux, enseignante vacataire à Sciences Po Aix.

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Nicolas Minvielle est membre du comité d’orientation de la Fabrique de la Cité. Il a été animateur de la Red Team Défense des armées, et est LCL(R) au sein du Commandement du Combat Futur de l’armée de terre. Il est par ailleurs membre du collectif Making Tomorrow

– ref. Souveraineté numérique européenne : quels leviers juridiques et politiques ? – https://theconversation.com/souverainete-numerique-europeenne-quels-leviers-juridiques-et-politiques-280240

Le black-out autour de l’assassinat de Sadio Camara : la presse malienne au garde-à-vous ?

Source: The Conversation – in French – By Ayouba Sow, Doctorant en Science de l’information et de la communication à l’Université Côte D’Azur, laboratoire SIC.Lab Méditerranée., Université Côte d’Azur

Les attaques du 25 avril 2026 contre plusieurs villes maliennes ont été minorées par les médias officiels, soumis à une pression constante du pouvoir. Celui-ci a instauré une censure de fait, comme en témoignent les hésitations prolongées autour de l’annonce de la mort du ministre de la défense Sadio Camara, longtemps passée sous silence par les médias publics maliens, alors même que sa disparition était déjà annoncée par la presse internationale.


Le samedi 25 avril, à l’aube, les djihadistes du Jama’at Nusrat ul-Islam wa al-Muslimin (JNIM) et leurs alliés séparatistes du Front de Libération de l’Azawad (FLA) ont simultanément attaqué plusieurs villes maliennes dont Gao, Kidal, Mopti, Sévaré, Sénou et Kati, la plus sécurisée du pays et fief des autorités de transition. Ces attaques coordonnées révèlent une carence importante au niveau du renseignement. Comment plus d’une centaine de djihadistes ont-ils pu envahir Kati avec des pick-up, des véhicules chargés d’explosifs et des motos sans être repérés à l’avance ? Dans les médias maliens, une omerta totale règne sur cette question.

L’attaque de villes comme Mopti, Kidal ou Gao n’est pas surprenante : depuis plusieurs années, les djihadistes ont pris le contrôle de villages périphériques de ces capitales régionales. Il leur a suffi de traverser le fleuve pour entrer dans la ville de Mopti, où ils ont terrorisé la population toute la journée de samedi. Au-delà d’une crise sécuritaire, ces attaques révèlent une crise informationnelle inquiétante, ainsi que la subordination de la presse malienne au gouvernement de transition.

Combattre la désinformation par des médias muselés : un combat perdu d’avance

Dans le JT de 20 heures du 25 avril, le pouvoir et la chaîne nationale (ORTM1) s’étaient limités à un premier communiqué minimaliste, dans lequel le général de brigade Issa Ousmane Coulibaly, ministre de l’intérieur et de la décentralisation et porte-parole du gouvernement, annonçait un bilan de « 16 blessés, dont des civils et des militaires » et affirmait que tout était sous contrôle. Il n’a annoncé aucune perte du côté des Forces armées maliennes et assurait que « plusieurs terroristes » avaient été « neutralisés ». Il a, en outre, appelé « les populations maliennes […] à se référer exclusivement aux canaux officiels du gouvernement pour accéder à des informations fiables » — sachant bien que l’une des informations principales, l’assassinat de son homologue de la Défense, est délibérément occultée.

Le reportage de l’ORTM1 diffusé à la suite de la lecture du communiqué a fait état de « plusieurs centaines d’assaillants neutralisés », mais est demeuré silencieux sur l’explosion de la résidence de Sadio Camara par un véhicule kamikaze, et plus encore sur sa mort.

Un autre reportage de trois minutes, tourné dans la ville-garnison de Kati, où se trouvait la résidence du ministre, n’a pas mentionné l’attentat non plus… alors même que l’on pouvait voir une pelleteuse soulever des débris à l’arrière-plan. Les intervenants (de jeunes habitants de la ville et un responsable de la mairie) ont été mobilisés pour rassurer le reste de la population. Loin de la factualité, le journal s’inscrivait dans la communication gouvernementale, sans fournir aucune information sur l’ampleur des attaques.

La « mauvaise nouvelle », enfouie dans le sable comme une crotte de chat par les médias maliens, a finalement été diffusée par des médias français, que les autorités maliennes dissuadent leurs populations d’écouter. Le lendemain après-midi, la mort du ministre de la Défense, annoncée par Jeune Afrique, RFI, mais aussi la chaîne qatarie AJ+ et tant d’autres, était au centre de l’attention sur les réseaux sociaux.

L’opinion nationale et internationale était suspendue et à l’affût d’une réaction des autorités maliennes pour une éventuelle confirmation ou infirmation de cette nouvelle. Pour une partie des Maliens, la mort de Sadio Camara était une fausse nouvelle colportée à dessein par des médias français ; cette partie de la population reprend volontiers le discours des autorités de Bamako selon lequel, depuis qu’elles ont contraint la France à quitter le pays, en 2022, celle-ci aurait du mal à accepter le divorce, mais surtout le rapprochement entre le Mali et la Russie, et œuvrerait par tous les moyens, notamment médiatiques (à travers les médias du groupe France Médias Monde, à savoir RFI et France 24), à déstabiliser la transition malienne.

La mort de Sadio Camara était pourtant un fait avéré, ce qui a porté un coup dur à la crédibilité de la chaîne nationale une fois que la nouvelle est devenue impossible à dissimuler. Les journalistes maliens, notamment ceux des médias publics, disposaient bien de l’information, mais l’ont retenue durant plus de 24 heures, laissant toutes sortes de rumeurs se propager sur les réseaux sociaux. La confirmation n’a été officiellement donnée qu’au journal de 20 heures du 26 avril, dans un communiqué officiel du gouvernement.

Une fois de plus, les médias français, que les autorités de transition veulent réduire au silence (après les avoir définitivement suspendus en novembre 2025), se sont illustrés par leur efficacité et leur rapidité à informer les Maliens. Tandis que les autorités affirmaient que la situation était « sous contrôle », les Maliens ont été surpris, le lendemain des attaques, d’apprendre la mort de leur ministre de la défense, l’un des plus appréciés des cinq généraux auteurs du coup d’État de 2020.

Aucun média malien n’a osé diffuser immédiatement cette nouvelle, malgré sa publication par la presse internationale. Pour une raison simple : tous les journalistes maliens redoutent la « loi portant répression de la cybercriminalité », texte remontant à 2019, donc avant le putsch, et qui peut être utilisé pour emprisonner quiconque publierait une information « susceptible de troubler l’ordre public ou de porter atteinte au crédit de l’État ». La presse, officiellement libre, a donc en réalité été obligée d’attendre le communiqué officiel pour diffuser une information qu’elle détenait depuis plus de 24 heures. Cette presse n’a pas non plus le droit de remettre en cause le récit officiel. « La presse malienne est libre, mais elle n’est pas indépendante », a estimé le 1er mai le président de la Maison de la presse Bandiougou Dante, interviewé par le média Aujourd’hui-Mali en prélude à la Journée mondiale de la liberté de la presse.

Cette censure est la conséquence d’une politique bien ancrée. Les autorités appellent au « journalisme patriotique », qui consiste à ne rien publier de défavorable à son pays. Or rapporter les faits ne saurait être, en soi, une menace pour le pays, mais plutôt pour les insuffisances du pouvoir en place. « On ne peut pas bâtir le pays sur du mensonge », d’après un adage malien. À travers ce journalisme dit « patriotique », promu par l’armée et par la Maison de la presse (institution garante morale de la profession), les autorités ont développé une stratégie de communication permettant de verrouiller l’information et de museler les médias.

Dans la même logique, le président Assimi Goïta a dissuadé les internautes et les journalistes de communiquer sur les pertes de l’armée. Selon lui, puisque les djihadistes ne communiquent pas leurs pertes, l’armée ne devrait pas non plus le faire. Cette doctrine influence désormais le traitement de l’information dans les médias publics, dont les journalistes savent pourtant mieux que quiconque qu’un média public ne « communique » pas comme une organisation terroriste.

Le silence des médias maliens se retourne contre eux

Face à la rumeur, les médias publics ont gardé le silence, laissant le champ libre aux fausses nouvelles et à la désinformation. Ces médias, qui ne cessent, ces derniers mois, d’inviter la population à les suivre pour être informée dans un monde infesté de fausses nouvelles, ont contribué, par leur silence, à renforcer l’image et la crédibilité des médias étrangers : ces derniers sont les premiers à informer les Maliens sur l’actualité de leur pays.

Dans l’après-midi du 26 avril, la mort de Sadio Camara a été démentie par des activistes proches des militaires. L’une des web TV les plus influentes, Ouverture Média, avait annoncé samedi soir que Camara était indemne, avant de reconnaître, deux jours plus tard, qu’elle ne pouvait pas annoncer certaines informations sans l’autorisation de l’armée. Toutefois, cette chaîne, en quête d’audience, n’était pas obligée de diffuser de fausses informations non vérifiées. Elle a depuis supprimé ce contenu, que nous avons retrouvé sur d’autres comptes.

La censure jusqu’au bout

À la suite de ces attaques, des rumeurs ont circulé faisant état de la mort ou de l’enlèvement du chef d’état-major. Le patron de la Sécurité d’État, le général Modibo Koné, aurait été blessé selon plusieurs médias étrangers, et certains internautes ont annoncé son décès. Le chef d’état-major est depuis réapparu, contrairement au responsable de la Sécurité d’État.

Selon le gouvernement malien, l’attaque ayant visé la résidence de Sadio Camara a coûté la vie à plusieurs fidèles dans une mosquée proche. De nombreuses sources officieuses font état de la mort de l’une des épouses du ministre, d’un de ses enfants, d’un neveu et d’autres victimes collatérales non mentionnées dans le communiqué. D’après la presse étrangère, le jour des attaques, le président Goita a été exfiltré de sa résidence pour être placé en lieu sûr. Les médias publics, contrairement à leur mission d’informer, n’ont toujours pas levé le voile sur le mystère qui entoure ces événements. Ces points restent des questions sans réponse.

Les victimes collatérales étaient les grandes absentes de la cérémonie d’hommage national à Sadio Camara, aucune mention n’ayant été faite de leur mort. La version officielle de ces attaques terroristes est également devenue un sujet de débat. Selon le porte-parole du gouvernement :

« Un véhicule piégé conduit par un kamikaze a visé la résidence dudit ministre, qui a engagé des échanges avec des assaillants dont il a réussi à éliminer certains. Au cours d’intenses affrontements, il a été blessé puis transporté à l’hôpital où il a malheureusement succombé. »

Comment un rescapé d’une explosion de ce type a-t-il pu se retrouver avec une arme et échanger des tirs ? Les journalistes maliens sont les mieux placés pour apporter des réponses à cette interrogation, et à tant d’autres. Mais, une fois de plus, l’ORTM1 se manifeste par son silence à un moment clé de l’histoire nationale. Les médias nationaux sont les plus appropriés pour mener cette enquête et publier le bilan. La mainmise du gouvernement sur les médias publics réduit leur crédibilité auprès des citoyens.

Après ces attaques, le porte-parole du JNIM Nabi Diarra a annoncé un nouveau blocus autour de Bamako. En dépit de cette déclaration, l’ORTM1 a publié, vendredi, les images de l’entrée de plus de 800 camions-citernes dans la capitale. Ces images prouvent que les djihadistes n’ont pas réussi à couper Bamako du reste du pays. Certes l’ORTM1 cherche ainsi à rassurer les Maliens, mais dans ce contexte extrêmement tendu, ces derniers, surtout au sein de la diaspora, critiquent de plus en plus leurs médias officiels, et se demandent à quelles sources d’informations ils peuvent se fier.

The Conversation

Ayouba Sow ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Le black-out autour de l’assassinat de Sadio Camara : la presse malienne au garde-à-vous ? – https://theconversation.com/le-black-out-autour-de-lassassinat-de-sadio-camara-la-presse-malienne-au-garde-a-vous-282070

L’engagement sociétal local des marques suscite une consommation socialement et localement plus responsable

Source: The Conversation – in French – By Yolande Piris, Professeure des Universités, Université Bretagne Sud (UBS)

Les marques qui s’ancrent dans leur territoire ne font pas seulement du bien à la communauté : elles renforcent aussi leur relation avec les consommateurs. Mais attention, tout dépend de la manière dont cet engagement est perçu.


Les Français sont non seulement concernés par l’engagement des marques dans des causes sociétales mais ils ont également compris que c’est par leur choix de consommation, et grâce aux marques, qu’ils peuvent eux aussi agir. Ainsi, l’étude menée par BVA Xsight, montre que 75 % des Français sont sensibles à l’engagement des marques dans des causes sociétales. Mais 39 % d’entre eux pensent que l’offre de biens et de services est insuffisante pour leur permettre d’adopter un comportement responsable. L’acte d’achat n’est plus seulement la volonté de satisfaire un besoin de consommation. Il peut aussi traduire la volonté d’agir plus largement pour une cause sociétale.

Face à des consommateurs de plus en plus sensibles aux enjeux sociétaux, les entreprises multiplient les initiatives et notamment les initiatives locales : soutien à des associations, partenariats avec des acteurs régionaux, mise en avant du patrimoine culturel. La consommation d’une offre locale n’est donc pas seulement recherchée pour l’offre elle-même, mais également pour les retombées qu’elle peut susciter sur la communauté qui compose le territoire local.

Des atouts nombreux

Le caractère local d’une marque est souvent associé par les consommateurs à des enjeux sociétaux. Notamment, la marque locale porte la promesse d’une consommation qui minimise les transports polluants, contribuant ainsi à garantir un mode de vie plus durable et plus sain au sein de la communauté locale. La consommation de produits de marques locales permet également de maintenir ou créer des emplois locaux qui offrent de plus l’avantage d’être plus respectueux des droits des salariés comparativement aux emplois localisés dans des pays disposant d’une législation du travail peu développée.

Notre recherche montre que l’engagement sociétal local d’une marque conduit ses consommateurs à se sentir davantage capable d’influencer positivement le bien-être au sein de leur communauté locale grâce à leur consommation. Nous montrons que c’est l’attachement des consommateurs envers la marque engagée localement qui explique cet effet positif. En outre, une marque est incitée à pérenniser son engagement local parce que ce dernier améliore la fidélité d’achat des clients.




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Deux formes d’engagement

L’engagement sociétal local des marques peut prendre deux formes. Tout d’abord, les marques peuvent jouer sur « l’iconicité » culturelle locale : la marque incarne les aspirations et les valeurs de la population, en opposition à l’uniformisation des marques mondiales. Ainsi, le chipsier français Brets, par exemple, joue sur l’iconicité de la Bretagne en mobilisant la figure de la Bigoudène ou la thématique de la mer avec un slogan comme « C’est à babord qu’on CHIPS le plus fort ».

Ensuite, la marque peut adopter un comportement prosocial en agissant directement pour le bien-être de la communauté, par exemple en soutenant des associations locales ou en favorisant des pratiques durables. Metro, par exemple, prône un développement local en collaborant avec plus de 1 300 producteurs et en soutenant plus de 80 000 emplois. L’entreprise contribue à un écosystème vertueux où l’ensemble des acteurs bénéficie d’une dynamique collective positive. Elle contribue aussi à faire revivre des filières agricoles locales, encourage l’agriculture responsable et accompagne les professionnels dans leur transition durable. L’entreprise tente ainsi de démontrer qu’une stratégie économique peut pleinement intégrer les enjeux locaux pour soutenir des valeurs sociales et environnementales.

Engagement local et attachement du consommateur

L’attachement peut se définir comme la force du lien chargé d’émotions entre un consommateur et une marque. Il résulte du jugement de l’authenticité et de la congruence d’une marque par le consommateur lorsque ce jugement se fonde sur sa perception de l’engagement local de la marque. La perception des bénéfices sociétaux procurés par la marque, rendus plus tangibles par leur proximité géographique, conduit le consommateur à associer cette marque à un idéal : celui d’une culture locale valorisée et ou d’un engagement responsable attendu.

En conséquence, la marque est jugée plus bienveillante, plus honnête, plus crédible et porteuse de sens, c’est-à-dire plus authentique. De plus, la volonté de la marque de procurer à la communauté locale des bénéfices sociétaux est de nature à amener le consommateur à ressentir une similarité avec elle, c’est-à-dire une congruence entre l’identité de la marque et sa propre représentation de lui-même. Les consommateurs s’attachent aux marques qui leur apparaissent congruentes et ou authentiques parce qu’elles contribuent à renforcer la représentation de leur citoyenneté locale et à améliorer leur estime personnelle.

Une consommation plus vertueuse ?

L’attachement du consommateur envers une marque qui s’engage localement le conduit à s’identifier à elle et à s’approprier son projet sociétal en faveur de la communauté locale. Il tend alors à adopter une attitude cohérente à l’égard de ses choix de consommation socialement et localement responsable. L’association de l’attachement envers une marque engagée localement et de l’attachement envers une communauté locale renforce l’identité prosociale locale du consommateur.

Elle motive le consommateur à adopter un comportement cohérent avec cette identité, et cela d’autant plus que ce comportement lui procure un sentiment d’élévation morale. La marque qui s’engage localement peut donc poursuivre un objectif de performance sociétale qui consiste à susciter auprès du consommateur un comportement socialement et localement responsable.

Puissant levier

Nous mesurons la performance sociétale de l’engagement local d’une marque par son effet positif sur la croyance des consommateurs que leur consommation contribue positivement au bien-être au sein de leur communauté locale. La performance commerciale de l’engagement local de la marque se rapporte quant à elle à la fidélité d’achat que cet engagement peut susciter auprès des clients. Notre recherche montre que « l’iconicité » culturelle locale et le comportement prosocial local de la marque conduisent de façon équivalente à ces deux types de performance.

Plus précisément, « l’iconicité » culturelle locale constitue un levier puissant. Lorsqu’une marque est perçue comme emblématique de la culture locale, elle suscite un attachement fort chez les consommateurs. Cet attachement renforce à la fois la pertinence perçue de la consommation locale et la fidélité à la marque. Ce lien peut même se créer sans que les consommateurs évaluent explicitement l’authenticité ou la cohérence de la marque : le simple fait qu’elle incarne une identité culturelle locale peut suffire.

Des actions crédibles

Le comportement prosocial local, qui correspond au fait d’agir volontairement pour aider, soutenir ou améliorer la vie de sa communauté proche (son quartier, sa ville ou son territoire), lui, doit être crédible. Les actions vertueuses, comme le soutien à des causes ou les partenariats locaux, n’ont d’effet positif que si elles sont perçues comme authentiques et alignées avec les valeurs des consommateurs. Sans cette crédibilité, elles ne génèrent, ni attachement ni fidélité ni pertinence perçue de la consommation locale. Autrement dit, le prosocial « déclaré » ne suffit pas, il doit être prouvé.




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Les consommateurs semblent moins sceptiques face à « l’iconicité » culturelle, qui repose sur des éléments visibles et vérifiables (origine, savoir-faire, terroir). À l’inverse, les comportements prosociaux sont plus facilement mis en doute s’ils paraissent opportunistes ou déconnectés des valeurs de la marque. Ce constat souligne un risque que l’on pourrait appeler la « RSE_washing » lorsque les promesses ne sont pas suivies d’actes tangibles.

Motivations profondes

Finalement, les entreprises peuvent mobiliser la communauté locale pour donner du sens à leur marque mais en respectant quelques conseils. Tout d’abord, rendre visibles les motivations profondes de la marque. Cela peut, par exemple, passer par des collaborations avec des acteurs locaux crédibles (associations, collectivités) pour renforcer l’authenticité. Il est également nécessaire de prouver l’alignement des valeurs. Cela peut se faire via différentes actions : formaliser la mission, publier des indicateurs, faire auditer les engagements, etc. Enfin, il semble pertinent de cultiver l’iconicité culturelle de la marque : raconter son histoire, valoriser le savoir-faire, célébrer les traditions locales, etc.

La Bretagne, qui a servi de terrain d’analyse, comporte de nombreux exemples. On pense notamment à la marque Hénaff qui s’associe à des projets régionaux pour la biodiversité. La marque de café Lobodis adopte le statut de société à mission pour afficher ses valeurs. La Trinitaine et Traou Mad s’appuient quant à elles sur le patrimoine culinaire breton pour nourrir l’attachement des consommateurs.

Finalement, l’engagement local n’est pas qu’une question d’image. Bien conçu, il crée un cercle vertueux : bien-être communautaire, attachement émotionnel, fidélité commerciale. Mais, pour y parvenir, les marques doivent prouver qu’elles sont authentiques, cohérentes ou profondément iconiques !

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. L’engagement sociétal local des marques suscite une consommation socialement et localement plus responsable – https://theconversation.com/lengagement-societal-local-des-marques-suscite-une-consommation-socialement-et-localement-plus-responsable-272952

Vent de panique sur l’indépendance des banques centrales avec la nomination de Kevin Warsh et la succession de Christine Lagarde

Source: The Conversation – in French – By Camila Villard Duran, Associate Professor of Law, ESSCA School of Management

La nomination de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale (Fed), considéré comme la « marionnette » de Donald Trump, interroge sur l’indépendance de la banque centrale états-unienne. Or, le dollar états-unien représente environ 57 % des réserves de change mondiales. En Europe, la succession de Christine Lagarde en 2027 ouvre la boîte de Pandore à la redéfinition de l’orientation de la politique monétaire et le profil du futur président.


Pendant les dernières décennies, l’autonomie des banques centrales s’est imposée comme un principe structurant de la gouvernance macroéconomique. L’argument était simple : soustraire la gestion de la monnaie aux pressions électorales devait permettre de maîtriser l’inflation et soutenir une croissance plus stable.

Ce modèle, apparu en réponse aux crises inflationnistes des années 1970 et 1980, s’est progressivement transformé en norme institutionnelle, acceptée par tous. En protégeant la banque centrale des pressions politiques de court terme, ce que l’on appelle l’incohérence temporelle, elle vise à garantir la crédibilité de la politique monétaire, à assurer la stabilité des prix et à éviter des décisions opportunistes susceptibles de fragiliser l’économie à long terme.

Dans un contexte de cycles politiques instables, garantir aux banques centrales le dernier mot relatif aux taux d’intérêt, à la régulation financière et à la supervision bancaire demeure essentiel. Ce principe est par exemple strict dans le cas de la Banque Centrale européenne (BCE), dont l’indépendance est juridiquement protégée.

Aux États-Unis, cette fragilité institutionnelle se manifeste par des pressions politiques directes de l’exécutif sur la politique monétaire et la gouvernance de la Fed – une situation qui contraste avec le cadre plus juridiquement verrouillé de la BCE. Car les banques centrales font face à un paradoxe : être à la fois protégées et réactives, détachées des contingences politiques quotidiennes, tout en étant attentives aux effets distributifs, au débat démocratique et aux dynamiques géopolitiques.

Calendriers électoraux aux États-Unis

Aux États-Unis, la position de la Réserve fédérale (Fed) est regardée de près. Le dollar états-unien représente environ 57 % des réserves de change mondiales. Toute remise en cause de la gouvernance de la Fed a de facto des répercussions mondiales. Les décisions de taux influencent directement le rendement des actifs libellés en dollars détenus par un large éventail d’acteurs, publics comme privés.

Durant le second mandat de Donald Trump, les pressions publiques sont devenues récurrentes. Le président a affirmé que les États-Unis devraient avoir « les taux d’intérêt les plus bas du monde ». La situation a pris une dimension nouvelle lorsque des poursuites pénales ont été engagées contre le président de la Fed Jerome Powell. Le contexte politique a été interprété comme révélateur d’une pression accrue sur l’autonomie opérationnelle de la Fed.

« Marionnette du président »

Jerome Powell n’est que le deuxième membre de la Réserve fédérale que Trump a cherché à révoquer de ses fonctions. Une controverse, portée devant la Cour suprême, mettait en lumière une tentative de révocation de Lisa Cook, la première femme afro-américaine à siéger au conseil des gouverneurs de la Fed. La question de savoir si une telle révocation pouvait intervenir for cause (c’est-à-dire, pour motif valable), puisque le Federal Reserve Act touche au cœur même de l’architecture institutionnelle de la Fed.




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Les mandats longs et échelonnés ont précisément été conçus pour éviter la synchronisation entre cycles monétaires et calendriers électoraux. Affaiblir la protection contre la révocation reviendrait à redéfinir l’équilibre des pouvoirs entre l’exécutif et l’autorité monétaire.

L’épisode rappelle la décision Humphrey’s Executor v. United States en 1935, qui avait consolidé la position des agences indépendantes en limitant la révocation présidentielle.

Lors de son audition, Kevin Warsh a cherché à rassurer les sénateurs en affirmant qu’il ne serait pas « la marionnette du président » et qu’il n’avait pris aucun engagement en faveur d’une baisse des taux, tout en reconnaissant que l’indépendance monétaire « dépend avant tout de la Fed » elle-même – une formulation qui souligne le caractère désormais contingent de cette indépendance.

La BCE, modèle le plus abouti d’indépendance

Dans le cas de la Banque centrale européenne (BCE), les débats autour de la succession de Christine Lagarde en 2027 illustrent la tension persistante entre technocratie monétaire et légitimité politique. Ils révèlent des lignes de fracture entre États membres, tant sur le profil du futur président que sur l’orientation de la politique monétaire en termes d’inflation, de souveraineté ou de transition climatique.

La BCE représente pourtant le modèle institutionnel le plus abouti en matière d’indépendance. L’article 130 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne interdit explicitement à toute institution européenne, à tout gouvernement ou à tout autre organisme de chercher à influencer ses décisions. Contrairement à la Fed, dont l’indépendance repose sur une loi ordinaire – le Federal Reserve Act, que le Congrès peut en théorie modifier –, celle de la BCE est consacrée par un traité international, dont la révision requiert l’accord unanime de l’ensemble des États membres.

Contrairement au modèle états-unien, la nomination à la tête de la BCE implique le Conseil européen, sur recommandation du Conseil de l’Union européenne et après consultation du Parlement européen et du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne. Ce mécanisme expose néanmoins la fonction de président de la BCE à des arbitrages politiques entre États membres, où les considérations de nationalité, d’équilibre géographique et de sensibilité économique jouent un rôle déterminant.

Préserver l’État de droit

Les formules institutionnelles héritées de la fin du XXᵉ siècle semblent ne plus suffire.

L’enseignement est clair : l’autonomie des banques centrales n’est jamais autoentretenue. Elle subsiste tant que les règles juridiques, les institutions politiques et l’opinion publique la soutiennent activement. Dans un monde où la monnaie est devenue un actif stratégique et où les réseaux financiers peuvent être instrumentalisés, préserver une capacité de décision techniquement fondée revient aussi à préserver la démocratie et l’État de droit.

The Conversation

Camila Villard Duran ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Vent de panique sur l’indépendance des banques centrales avec la nomination de Kevin Warsh et la succession de Christine Lagarde – https://theconversation.com/vent-de-panique-sur-lindependance-des-banques-centrales-avec-la-nomination-de-kevin-warsh-et-la-succession-de-christine-lagarde-277030

Mozambique’s economy is failing: the tough policy choices that need to be made urgently

Source: The Conversation – Africa – By Sam Jones, Senior Research Fellow, World Institute for Development Economics Research (UNU-WIDER), United Nations University

Mozambique is not in total crisis – but it is faltering. There has been no currency crash, no hyperinflation, no bank run. But over the past decade the main indicators of the country’s economic health have severely eroded.

An IMF assessment in early 2026 was remarkably blunt: public debt is unsustainably high, the external balance of payments is weak, and policy makers have limited options. Since then, tensions in the Middle East have further disrupted supply chains and dramatically raised global fuel prices. This is a major shock for small import-dependent economies, like Mozambique.

My analysis draws on over two decades of experience supporting economic research and policy analysis in the country. Currently, my work under the Inclusive Growth in Mozambique programme involves tracking the country’s economic performance through surveys of firms, students, and households.

The picture that emerges from this evidence is troubling. For ordinary Mozambicans, the deterioration in conditions over the past decade shows up in higher poverty, unreliable public services and a labour market that offers few decent opportunities – especially for the young.

My central argument is that muddling through is not a safe option. Without careful adjustments now and a deliberate shift toward growth and job creation outside extractives – the part of the economy that actually employs most Mozambicans – today’s pressures will keep building until a large economic correction becomes unavoidable and under far worse conditions.

A slow squeeze

The country’s present condition is one of vulnerable stagnation. Since the hidden debt crisis of 2016, real GDP growth outside the extractive sector has hovered around 2%, barely matching population growth. In per capita terms, the non-extractive economy has flatlined for a decade. Average real incomes outside mining and gas (or the public sector) have gone essentially nowhere.

Fiscal deficits of 4%-6% of GDP have been financed increasingly by domestic banks. But as both the IMF and World Bank have warned, that model is now reaching a breaking point. Banks can only absorb so much government debt before they run out of willingness – or capacity – to lend. When that happens, the government faces a choice between defaulting, printing money, or slashing spending abruptly. None is painless.

Evidence of these pressures is plain to see. Over a year ago, the global rating agency S&P classified local-currency debt as “selective default”. This is a formal determination that the government had failed to meet its obligations to domestic creditors on the original terms, even if it continued paying.

By late 2025, arrears had extended to short-term treasury bills – government IOUs that mature within months and are supposed to be the safest instruments in the domestic financial system. When a government struggles to repay even these, it signals serious fiscal distress.

On top of this, a decade of crisis management has displaced any serious thinking about growth. The government’s wage bill and debt service dominate spending, leaving chronic underinvestment in infrastructure, education, and agriculture. Schools and health facilities lack supplies, roads deteriorate, and social protection has weakened sharply.

Payments under the basic social subsidy programme have become highly irregular. Many elderly beneficiaries receive only a fraction of what they are owed. Poverty has increased, with around two thirds of the population now below the poverty line.

Demographic pressures are intensifying. Mozambique needs to absorb roughly 500,000 new labour market entrants annually by 2030, yet the formal sector generates a small fraction of new jobs. Informal work dominates and without a step-change in growth, it will only expand. Each year of stagnation adds another youth cohort to an already strained labour market. Delay does not preserve stability – it makes eventual adjustment larger and more costly.

The exchange rate question

The metical has been held stable against the US dollar since 2021, but in real terms it has appreciated by over 20%, eroding export competitiveness. Foreign exchange shortages are now pervasive. The parallel market premium reached around 14% by late 2025. Firms report severe and lengthening delays in accessing foreign exchange through formal channels.

The policy response has been administrative: raising exporter surrender requirements, tightening banks’ foreign exchange position limits, restricting overseas card usage. These measures treat symptoms, but the underlying misalignment only deepens.

The overvalued exchange rate functions as a tax on the non-resource economy. Recent fuel shortages and panic buying – driven in part by importers’ inability to secure foreign exchange and price uncertainty – provide a visible demonstration of the mounting costs.

The politics of adjustment

In practice, public sector employment has come to serve as a form of social protection for the urban middle class. Our research shows roughly half of all university graduates find employment in the public sector, and having a public sector job is one of the best predictors of not being poor.

The public sector wage bill underpins political legitimacy, which is why attempts to cut discretionary 13th-month salary payments were quickly reversed once key workers threatened to strike.

Exchange rate adjustment poses a parallel dilemma. A depreciation would raise the cost of imported food and fuel, hitting urban households directly, and any price increase would spark calls to hike minimum wages. With the memory of popular violence from the 2024 elections still fresh, there is a strong bias toward the status quo.

But as pressures mount, there is a growing risk of compounding distortions. So far the temptation has been to respond with new administrative controls, including import restrictions, tighter capital controls, and preferential credit allocation.

The ongoing handling of the fuel price shock illustrates the pattern. Rather than adjust pump prices promptly, the government has held prices fixed, leaving distributors to manage a mounting shortfall through supply rationing.

Each temporary fix may ease immediate pressures, but tends to deepen the underlying misalignment, push activity into informal channels, and narrow future options.

Feasible pathways

Path 1: Muddle through and wait for the gas. This is the current trajectory. Fiscal adjustment occurs passively, driven by financing constraints rather than strategy. The hope is that LNG revenues could materialise from the early 2030s. Mozambique’s Rovuma Basin holds an estimated 100 trillion cubic feet of recoverable natural gas – among the largest discoveries globally in the past two decades. But only one offshore platform (Coral South) is currently producing. Even if the 2030 timeline holds, continued stagnation would further erode public services, weaken institutions, and deepen social frustration – and another general election must be managed. By the time resource revenues arrive, the state may lack the capacity and public trust to deploy them effectively.

Path 2: Gradual, growth-first adjustment. The most economically coherent path, though politically demanding. The central premise: restoring non-extractive growth must take priority, even at the cost of short-term macroeconomic discomfort. Key elements would include:

  • a phased depreciation of the metical to restore competitiveness, supported by clear communication and strengthened social protection

  • acceptance of temporarily higher inflation, with policy focused on preventing second-round effects rather than suppressing the initial price shift

  • a fiscal framework centred on spending quality and revenue efficiency

  • wage bill containment through hiring restraint, attrition, and systematic payroll audits to eliminate ghost workers and improper payments

  • re-engagement with external partners under a credible IMF programme framework; and

  • an evidence-based and financially viable medium-term growth strategy targeting agricultural productivity, labour-intensive exports and a predictable regulatory and macroeconomic environment.

Path 3: Forced correction. If external shocks bite deeper, a large adjustment may be imposed suddenly – involving disorderly exchange rate movement, abrupt fiscal contraction, and potential banking sector stress. The longer gradual adjustment is postponed, the higher this probability.

The narrow path

There is no easy option. Every adjustment has visible losers, while the benefits remain uncertain, delayed, and diffuse.

But one priority stands out: boosting growth beyond extractive sectors. Without it, fiscal consolidation is self-defeating, job creation will remain grossly inadequate, and social pressures will only intensify. Stabilisation pursued in isolation, or at the expense of growth, could be bad medicine.

This growth strategy must be grounded in data, evidence and honest debate. Mozambique has not lacked for projects or initiatives, but it has lacked consistent use of rigorous data to identify what drives productivity and job creation.

The window for a controlled, policy-driven adjustment is narrowing fast. The alternative is not stability. It is adjustment under far worse conditions, at higher cost.

The Conversation

Sam Jones does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. Mozambique’s economy is failing: the tough policy choices that need to be made urgently – https://theconversation.com/mozambiques-economy-is-failing-the-tough-policy-choices-that-need-to-be-made-urgently-281679

What Ghana’s foreign-built landmarks tell us about its global relationships

Source: The Conversation – Africa (2) – By Irene Appeaning Addo, Associate Professor of African Architecture, University of Ghana

The call to prayer echoes across the neighbourhood as people congregate under the sweeping domes and tall minarets of Ghana’s National Mosque in Accra. For many, it is a place of faith, community and national pride. Yet, few pause to consider that this landmark – now firmly part of Accra’s skyline – was funded and built by Turkey.

This detail points to a bigger story. Some of Ghana’s most important public buildings are shaped by global relationships as much as local needs. And those relationships are not just economic; they are deeply political.

Therefore buildings are not just functional. They are powerful expressions of political power, used to describe and project ideas about hierarchy, state authority, solidarity and modernity.

As a result, architecture can be used to explore the identity and ideology of African states and international partners who choose to finance or donate new buildings to Africa featuring western architectural aesthetics.

I am a scholar of African architecture. I collaborated with scholars from different areas of expertise, including political scientists, on a project that studied the connection between architecture and power in Africa. From Ghana, two projects were used to illustrate international relations in architecture, highlighting the interplay of power and agency. One was the National Mosque and the other was the seat of Ghana’s government, Jubilee House, an edifice funded by the government of India.

Ghana and India’s ties can be traced to their co-founding of the Non-Aligned Movement. These were a group of states not formally aligned with major power blocs during the cold war. Ghana and Turkey’s relationship goes as far back as 1957. Turkey is one of the leading investors in Ghana’s economy.

Our work established that when a country finances and constructs a major building abroad, it leaves a visible and lasting imprint on another nation’s landscape. The building becomes part of everyday life while reflecting the influence of its external sponsor. These buildings normalise the presence of the sponsoring nation and are a constant reminder of its political interests.




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History written in buildings

Foreigners have been shaping Ghana’s built environment for centuries, from colonial forts along the coast to post-independence modernist projects designed by international architects.

Ghana’s architecture tells a layered story of power and exchange. During the colonial era, Europeans constructed forts and castles that dominated coastal landscapes. These were not just military structures; they were symbols of control and gateways to global trade networks, including the transatlantic slave trade. Sections of these buildings were later repurposed as schools, embedding education within spaces marked by violence and coercion.

This dual legacy highlights how architecture can carry multiple, often conflicting meanings over time.

After independence, Ghana sought to project a new national identity through modern architecture.

Foreign architects were commissioned to design housing, universities and civic buildings that would signal progress and global relevance. This moment reflected both aspiration and dependence: a desire to appear modern on the world stage, combined with reliance on external expertise and resources.

‘Soft power’

Today, Ghana continues to engage with global partners through architecture and infrastructure development. The National Mosque is one example. Backed by Turkey with the active involvement of Ghanaian Muslims, it represents both religious solidarity and diplomatic outreach underpinned by local agency.

Its scale, design and prominence make it a visible marker of Turkey’s presence in Ghana. The National Mosque Complex is modelled after the Ottoman-era Sultan Ahmed Mosque in Istanbul, Turkey. The national mosque in Accra features domes, semi-domes and arcaded porticos. These are the characteristics of Ottoman architecture, a predominant classical style for mosques in Turkey and the Islamic world.

Another example of political “gift” is Jubilee House, the seat of government. While financed and constructed with support from India, it incorporates the form of the Akan stool, a deeply significant symbol of authority in Ghanaian culture. This blending of external funding with local agency and symbolism shows that these projects are not simply imposed. They are shaped through negotiation.

Across the continent, similar patterns can be seen. China has funded major government buildings, including the African Union headquarters in Addis Ababa and the Zimbabwe parliamentary complex. These projects are often described as “gifts”, but they also reflect strategic relationships and long-term influence. Political scientist Innocent Batsani-Ncube has illustrated how China’s large-scale investment in the Zimbabwe parliament is used as a proxy for its sustained activities in and around African parliamentary institutions.

Ghana’s case

It is easy to view foreign-funded infrastructure as purely beneficial, especially given Ghana’s development needs. But architecture is never neutral. Buildings embody power relationships in terms of the scale, materiality, the architectural features and the location in urban areas.

They reflect who has the resources to design, finance and construct, and whose ideas are ultimately realised in physical form. A mosque, a parliament or a presidential palace is not just a functional space; it is a statement about identity, legitimacy and global belonging of both the sponsor and the recipient country. In this sense, architecture becomes part of diplomacy. It is a way of making relationships visible – and durable.

Describing these projects simply as soft power, however, does not capture the full picture. Soft power theory often assumes that influence flows smoothly from powerful countries to less powerful ones.

Ghana’s experience suggests something more complex. Buildings cannot simply be “exported” like films or fashion. They are rooted in specific places, histories and communities. This creates friction.

For example, Ghana’s engagement with foreign-built projects often involves negotiation over design, symbolism and use. Local government officials, religious leaders and communities play a role in shaping outcomes.

In the case of the National Mosque, Ghanaian Muslim communities were not passive recipients. Their advocacy and social influence were crucial to the project’s realisation. Similarly, the incorporation of the Akan stool in Jubilee House reflects an effort to assert cultural identity. These examples show that foreign influence is most often mediated by local contexts.

Ghanaian actors’ agency in these processes has limits, however. Many decisions about large-scale projects are made by political elites. As a result, the interests reflected in these buildings may not represent the broader population.

These examples point to broader questions. Do foreign-funded buildings contribute to long-term development, or are they primarily symbolic? How can Ghana ensure that such projects reflect local priorities and needs? And what does it mean to build a national identity in a world shaped by global partnerships?

The links among soft power, public and cultural diplomacy, and development across the continent will continue to be subjects of research.

International relations scholars Joanne Tomkinson and Julia Gallagher contributed to the research that this article is derived from.

The Conversation

Julia Gallagher received funding from European Research Council

Lloyd G. Adu Amoah and Mjiba Frehiwot do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. What Ghana’s foreign-built landmarks tell us about its global relationships – https://theconversation.com/what-ghanas-foreign-built-landmarks-tell-us-about-its-global-relationships-279603

Mali attacks: Tuareg grievances hold the key to peace

Source: The Conversation – Africa (2) – By Olayinka Ajala, Associate professor in Politics and International Relations, Leeds Beckett University

The precarious security situation in Mali took a turn for the worse in late April 2026. Well coordinated attacks targeted several cities and claimed the lives of the defence minister, Sadio Camara, and several Malian soldiers.

The events are a culmination of increased attacks over the past few years on the military and state institutions in Mali.

We have been researching insecurity and politics in west Africa and the Sahel for over a decade. We believe the recent attacks trace back to grievances expressed by Tuaregs that the current military regime has not addressed. The Tuaregs are nomadic Berber communities in northern Mali.

First is the inability or unwillingness to address Tuareg discontent. Their grievances centre on political autonomy, marginalisation, cultural recognition, resource control, security and perceived state neglect.

Second, the continuous use of force by the military against rebels in the northern regions without regard for the collateral damage. The Tuaregs have long contested the militarisation policies of successive Malian governments.

Third, the uneven distribution of resources, which keeps the northern region marginalised. These include northern Mali’s resources such as gold deposits, salt mines, grazing lands, and strategic trade corridors. Revenues from these sources remain controlled by the state’s centre based in the south.

Addressing resource marginalisation could have a number of benefits. It could temper Tuareg grievances, restore trust in the Malian state, and shift conflict incentives away from rebellion towards political inclusion, stability, and sustainable peace in northern Mali.

The breakdown

In April 2026 the jihadist group Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) joined forces with ethnic Tuareg rebels from the northern Azawad Liberation Front (FLA) to attack several cities in the country recently.

This mirrors a similar attack in 2012 when the Tuareg and al-Qaeda-affiliated militants launched an offensive against the state. The Tuareg-dominated National Movement for the Liberation of Azawad (MNLA) attempted to secede and initiated a rebellion.

The MNLA is a Tuareg‑dominated separatist movement. Founded in 2011, it is mainly composed of ex-Libyan war returnees and northern Malian Tuaregs. The organisation had about 10,000 fighters at its peak in 2012.

Despite their numbers, they lacked the military power to hold the territory. As a result they aligned with Islamists Ansar Dine, al-Qaeda in the Islamic Maghreb (AQIM), and the Movement for Unity and Jihad in West Africa (MUJAO). Shortly after pushing back Malian forces in late 2012, the alliance disintegrated.

The Islamist groups were better armed and funded. They forced the secular separatists out of major towns like Gao, Timbuktu and Kidal. The intervention of French forces in 2013 helped the Malian government regain most of the lost territories.

AQIM and its allies then moved into the mountains and surrounding desert areas. They shifted to guerrilla tactics, including suicide bombings and landmines.

The withdrawal of French forces in 2022 seems to have emboldened the Islamist militants. It removed counter‑terrorism pressure, disrupted intelligence and logistics and created a security vacuum amid weak Malian state capacity. This allowed Islamist groups to expand operations, recruit locally and regain territorial influence.

Lessons unlearnt

The largely popular military regime of Assimi Goita has failed to address the demands of Tuareg separatists. The Tuaregs have historically complained about exclusion from power by the southern dominated Malian state. Since the country’s independence in 1960, Tuareg leaders have argued that the structure of the Malian state does not reflect their political identity, economic interests and governance traditions. The demand for self-rule or autonomy has been suppressed, often by force.

More recently, increased drought, desertification and climate variability has devastated Tuareg pastoral livelihoods. These grievances pre-date Islamic insurgency and are fundamental in understanding the approach of the group.

The second unaddressed issue is that counterterrorism operations use force which creates collateral damage. Recent analysis shows that counterterrorism operations in northern and central Mali have resulted in large scale civilian harm, displacement and collective punishments. These have included arbitrary arrests and mass killings.

These factors have created conditions which Islamist groups have exploited for recruitment, territorial control and legitimacy.

The blame for this has been put on successive Malian regimes and previous French operations. This has been a key reason for France’s interventions being labelled as failures.

The third major driver of violence in Mali relates to the uneven distribution of resources. Since independence, public investment, infrastructure, social services and political attention have been heavily concentrated in the southern parts of the country.

Previous peace agreements have promised decentralisation, funding and integration of northern elites and ex-combatants. But implementation have been slow or nonexistent.

Is there a way forward?

The Tuareg question must be answered to reduce the tension between the regions of the country. It can be argued that Tuareg actors have twice miscalculated by entering arrangements with jihadist groups. But this does not diminish the need to address the structural inequalities and long-standing grievances underpinning Tuareg demands.

To achieve this, the Malian regime can copy the blueprint of former president Mahamadou Issoufou of Niger. Prior to his presidency, the Nigerien Tuaregs were similarly aggrieved. When he became president in 2011, he:

  • integrated Tuareg elites and former rebels into state institutions

  • decentralised state authority by allowing administrative and budgetary control at the regional level

  • introduced disarmament, demobilisation and reintegration programmes.

Issoufou also invested in infrastructural development in the areas that directly affected the Tuaregs. This included pastoralism, education and livelihood support. Water access in arid pastoral areas was improved. And connectivity and road safety was expanded.

Addressing the Tuareg agitations would reduce tensions in Mali.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. Mali attacks: Tuareg grievances hold the key to peace – https://theconversation.com/mali-attacks-tuareg-grievances-hold-the-key-to-peace-281832

Les jeunes désertent les activités de plein air. Et si le jeu libre les ramenait dehors ?

Source: The Conversation – in French – By Mariève Blanchet, Professeure en sciences de l’activité physique et en développement moteur, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Les bienfaits du plein air chez les jeunes ne font plus débat : développement moteur, cognitif, social et émotionnel, en plus d’amplifier les effets de l’activité physique. Pourtant, ils passent peu de temps dehors. Ce « déficit nature » est devenu un enjeu de santé publique. Quels facteurs expliquent ce décrochage, et comment les y ramener ?


Afin de mieux comprendre le phénomène et de tester des solutions, nous avons sondé 465 parents. Nos résultats confirment des tendances déjà observées dans la littérature scientifique, au Canada comme ailleurs. La participation aux activités de plein air diminue avec l’âge et cette baisse est plus marquée chez les filles. À l’échelle mondiale, 81 % des adolescents de 11 à 17 ans sont considérés comme physiquement inactifs ; les filles le sont davantage que les garçons, avec un écart pouvant atteindre 15 % selon les pays.

Le statut socioéconomique joue aussi un rôle : les jeunes issus de familles à faible revenu participent moins aux sports pratiqués à l’extérieur et ont moins d’intérêt à aller dehors. Ces familles ont de plus, un accès réduit aux activités en plein air à cause du transport vers les infrastructures de plein air, ou même à cause des coûts liés aux activités.

Lorsqu’un enfant présente des difficultés telles que des troubles d’apprentissage ou de motricité, le même constat est observé. Cette baisse de participation pourrait être un résultat d’une faible perception de leurs propres compétences, des préoccupations de sécurité menant à la surprotection, des contraintes d’aménagement urbain et d’accessibilité ainsi que de l’augmentation du temps d’écran.

Notre étude soutient ces observations, en démontrant que l’intérêt à faire des activités de plein air et des activités sportives dehors est réduit chez les jeunes dont la famille a un faible statut socio-économique et chez les jeunes ayant des difficultés. Des interactions démontrent même que l’effet de ces facteurs peut être cumulé. Ainsi, la tendance à s’auto-exclure en raison de leurs défis fonctionnels dans les activités est aggravée quand le revenu familial est faible.




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La surprise : la créativité résiste

Le résultat le plus intéressant de notre étude concerne la créativité dans les activités de plein air, qui inclut le jeu dans la cour de la résidence familiale, dans la ruelle ou en milieu naturel. En plus de la participation globale, notre questionnaire distingue trois dimensions de la participation, établies à partir d’analyses factorielles exploratoires et confirmatoires.

1 — intérêt général pour jouer dehors ;

2 — participation aux sports libres ou organisés ;

3 — créativité dans la participation aux activités de plein air.

Contrairement aux deux autres dimensions, le score de créativité n’est pas affecté par le genre, le statut diagnostique et le revenu familial. Elle représente une porte d’entrée potentiellement plus inclusive et plus motivante vers les diverses activités pratiquées à l’extérieur.

Ce constat ouvre une piste d’intervention concrète, en lien avec l’approche « DYSactivation » développée dans notre laboratoire. Plutôt que de miser uniquement sur des activités sportives structurées, cette approche propose un gradient modulable d’activités. Celui-ci va du jeu libre — initié et défini par l’enfant, avec des accessoires ne faisant pas référence à un sport ou à une tâche motrice prédéfinie — jusqu’à des jeux ou sports organisés par l’adulte. Dans ce cadre, les activités structurées par l’adulte cherchent à soutenir les besoins psychologiques fondamentaux des jeunes, par exemple en favorisant la coopération et/ou en leur laissant une part de choix dans l’activité.

Des enfants jouent
Dans un environnement EnJeuLab au Centre national de cyclisme de Bromont, les enfants s’engagent dans des situations de jeu libre favorisant l’exploration et la créativité. Ils construisent et transforment leur environnement selon leurs idées.
(Laboratoire de recherche en motricité de l’enfant, EnJeuLab), CC BY

Cette approche a de plus été utilisée dans nos espaces En Mouvement du réseau EnJeuLab, comme celui de Bromont. Nous avons construit à partir de données probantes et de nos résultats de recherche, des espaces publics novateurs qui repensent la manière dont les jeunes jouent, incluant la conception d’accessoires de jeu, l’aménagement et les infrastructures afin de poursuivre nos recherches. Ces espaces permettent de mieux rejoindre les jeunes qui décrochent habituellement en y proposant des environnements inclusifs où la créativité et la bonne perception de leurs compétences motrices et physiques occupent une place centrale.

Contrairement aux parcs traditionnels, qui peuvent favoriser un abandon prématuré et une exclusion selon le niveau des habiletés motrices des enfants, les espaces EnJeuLab proposent un environnement extérieur vivant, composé de matériaux variés, naturels ou recyclés.

Les enfants et les adolescents peuvent y concevoir, déconstruire et reconstruire librement des objets ou des structures — comme des voitures, des cabanes ou des parcours — seuls ou en coopération avec d’autres jeunes. Ces créations ne sont pas définies à l’avance et peuvent prendre des formes que seuls les participants comprennent.

Leur imagination et leur autonomie guident leurs actions. Plusieurs jeunes inventent même de nouveaux jeux avec les accessoires. Et s’ils ne souhaitent pas construire, l’espace reste entièrement ouvert à leurs envies : courir, grimper, se cacher, ramper ou simplement explorer. Divers niveaux de difficultés et de prises de risque sont disponibles dans l’espace, de même que des zones calmes et plus isolées selon leurs besoins. Ce type d’environnement permet aux jeunes de s’approprier pleinement leur jeu, à leur manière.

Lorsque l’enfant choisit de transporter une bûche à travers un vaste espace de jeu, composé de terrains accidentés et de matériaux variés, ses habiletés motrices, physiques et cardiovasculaires sont sollicitées. Les choix de parcours peuvent inclure des inclinaisons et des déclinaisons, ainsi que le déplacement d’objets vers des structures de bois, par exemple pour les déposer dans un filet.

Ce type d’environnement permet aux jeunes d’être actifs à leur manière.




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L’expérience passée et la confiance parentale

Deux autres facteurs se sont révélés déterminants. D’abord, l’expérience antérieure : plus un enfant a été exposé à une diversité de contextes de plein air (activités de loisirs organisées en forêt, pédagogie en plein air, camp de plein air, camping en famille), plus sa participation est élevée.

Ensuite, lorsque les parents ont un sentiment de sécurité face aux activités extérieures de leurs enfants, celui-ci participe davantage. De plus, ces deux facteurs augmentent significativement la dimension de la créativité de leur enfant.

Ces résultats suggèrent que l’accompagnement parental est un levier sous-estimé. Former et rassurer les parents sur les activités de plein air, tout en diversifiant les contextes d’exposition dès le plus jeune âge, pourrait avoir un effet durable sur la participation, avec des bénéfices pour le développement et la santé des enfants.

Centre national de cyclisme de Bromont
Des jeux dans un environnement EnJeuLab au Centre national de cyclisme de Bromont.
(Laboratoire de recherche en motricité de l’enfant, EnJeuLab), CC BY

Repenser l’offre pour les jeunes

Un dernier constat mérite attention : la créativité en plein air, bien que résiliente face au genre, aux difficultés et au revenu, diminue elle aussi avec l’âge. Ce déclin s’explique en partie par l’offre de services disponible : à mesure que les jeunes grandissent, les activités proposées deviennent très structurées et laissent peu de place à l’imaginaire et au jeu libre. Pourtant, les recherches montrent que même à l’adolescence, le jeu continue d’alimenter la créativité.

Repenser l’offre d’activités pour les préadolescents et les adolescents en y réintroduisant des espaces adaptés pour leur groupe d’âge où l’on crée des activités physiques, sportives et de loisir, pourrait contribuer à freiner le désengagement et à réduire le taux de sédentarité alarmant.

La Conversation Canada

Mariève Blanchet a reçu des financements de la Fondation canadienne pour l’innovation, du conseil de recherche en sciences humaines, du fond nouvelles frontières en recherche et du fond de recherche en santé du Québec


Valentin TOP ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Les jeunes désertent les activités de plein air. Et si le jeu libre les ramenait dehors ? – https://theconversation.com/les-jeunes-desertent-les-activites-de-plein-air-et-si-le-jeu-libre-les-ramenait-dehors-278833

Voici comment l’éducation physique au Québec est devenue une matière essentielle à l’école

Source: The Conversation – in French – By Florent Lefèvre, Stagiaire postdoctoral en histoire du sport, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Longtemps laissés à l’initiative de la famille et des communautés, le sport et les loisirs au Québec ont connu une structuration progressive. À partir du XXe siècle, leur encadrement se transforme sous l’effet d’acteurs religieux, puis étatiques. Cette évolution contribue à faire de l’éducation physique un domaine central dans la formation des individus.


Les Québécois ont toujours manifesté un fort intérêt pour les activités sportives et les loisirs, qu’ils pratiquent individuellement ou en groupe. Dès le XIXe siècle, certains passionnés ont entrepris de structurer ces activités, mais de façon inégale selon les milieux et les périodes.

C’est toutefois dans les années 1960 que le monde du sport et des loisirs connaît une véritable première révolution. La Révolution tranquille soulève alors une question fondamentale : qui doit organiser le sport et les loisirs au Québec ? La famille, l’Église, l’État ou les associations sportives ?

En moins d’une décennie, l’Église se retire progressivement de la conception, de la planification et de l’organisation du sport, des loisirs et, plus largement, de l’éducation. Ce retrait ouvre la voie à de nouveaux acteurs : les écoles, les institutions sportives, les organisations privées, les universités, les municipalités et le gouvernement. Le sport, les loisirs et, en particulier, l’éducation physique ont progressivement pris une place centrale dans la vie et le développement des individus. Pourtant, cette reconnaissance ne s’est pas faite sans heurts.

Les fondements historiques

Malgré l’importance sociale du sport et des pratiques corporelles, l’histoire de l’éducation physique au Québec demeure encore relativement peu étudiée en sciences humaines et sociales. Quelques chercheurs ont toutefois posé des jalons importants. L’historien Donald Guay et le sociologue Roger Boileau ont notamment retracé l’évolution du sport et de l’éducation physique entre le 19e et le XXe siècle.

Guay met en lumière plusieurs courants qui ont façonné les conceptions du corps et de l’éducation physique au fil du temps : l’agriculturisme, le militarisme, l’hygiénisme, l’humanisme et le scientisme. De son côté, Boileau souligne notamment le rôle central qu’a longtemps joué l’Église dans l’organisation du sport au Québec.




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L’émergence d’une culture physique et corporelle pédagogique

Entre les années 1930 et 1950, l’éducation physique au Québec repose principalement sur deux modèles. En milieu rural domine l’agriculturisme, qui valorise l’effort utile et le travail du corps. En milieu urbain, c’est plutôt le militarisme scolaire qui s’impose, mettant l’accent sur la discipline, la posture et la préparation physique. Dans les deux cas, l’objectif est surtout de former des corps robustes et utiles à la société, davantage que de favoriser le développement global de la personne.

À cette époque, plusieurs organisations jouent aussi un rôle important dans l’animation du sport, des loisirs et de la culture physique. C’est notamment le cas des « patros » — les ancêtres des centres communautaires — et des OTJ (Œuvres de Terrains de Jeux), deux structures largement liées aux milieux religieux.

Toutefois, un troisième courant apparaît : celui d’une éducation physique plus pédagogique. Cette approche est portée par des éducateurs qui défendent une vision plus globale de la formation corporelle. L’éducation physique n’y est plus seulement un entraînement du corps, mais une composante de l’éducation intégrale de la personne — physique, intellectuelle et morale.

Pour concrétiser cette vision, les années 1930 voient ainsi apparaître les premières écoles privées d’éducation physique au Québec, dont l’objectif est de former un personnel spécialisé capable d’enseigner selon une véritable approche pédagogique comme l’institut de Cécile Grenier en 1938 ou l’institut d’Yvan Coutu à la fin des années 1940.

Ces institutions s’appuient à la fois sur l’expertise d’éducateurs formés dans les écoles normales du Québec ou en Europe. Leur création témoigne d’une volonté claire : professionnaliser le domaine et lui donner une légitimité. Entre 1930 et 1950, ce courant demeure toutefois porté par une poignée d’éducateurs engagés. Ces figures clés incarnent la transition entre l’ancien modèle militariste et une éducation physique plus moderne, centrée sur l’élève. Leur action, encore marginale, pose néanmoins les bases de la discipline.

Certaines institutions jouent aussi un rôle moteur dans cette transformation. C’est notamment le cas de la Palestre nationale — la plus ancienne institution sportive canadienne-française — et, à partir de 1951, du Centre Immaculée-Conception dirigé par le père Marcel de la Sablonnière.

Mais les enseignants d’éducation physique ne peuvent porter seuls cette responsabilité. Les parents, les entraîneurs et les clubs sportifs ont également un rôle à jouer. Le défi consiste alors à développer une véritable « mentalité sportive » chez les Canadiens français.

Révolution tranquille et redéfinition du rôle de l’État

Au cours de la Révolution tranquille, le temps de loisir prend une nouvelle signification. Il n’est plus seulement associé à des valeurs religieuses ou morales : il acquiert une dimension humaine et sociale. Peu à peu, le loisir est perçu comme un droit pour les citoyens.

La commission Parent amorce une réforme majeure du système scolaire avec la création, en 1964, du ministère de l’Éducation, ouvrant ainsi un espace institutionnel pour l’éducation physique. Dans la foulée, le rapport Bélisle et la création du Haut-Commissariat à la Jeunesse, aux Loisirs et aux Sports en 1968 confirment l’intervention croissante de l’État. Le leadership religieux de l’Église cède alors progressivement la place à une gouvernance publique et technocratique.

Parallèlement, les associations professionnelles en éducation physique commencent à se structurer. Des regroupements de diplômés cherchent à améliorer la formation, à diffuser les connaissances scientifiques et à faire reconnaître leur profession. L’Association des diplômés en éducation physique et récréation, fondée à Montréal en 1960, figure parmi les premiers organismes du genre. Dans la région de Québec, les éducateurs physiques se regroupent également au sein d’un chapitre francophone de l’Association canadienne d’hygiène, d’éducation physique et de récréation.

Ces organisations insistent notamment sur une distinction importante : le sport n’est pas éducatif en soi. Il le devient lorsqu’il est encadré par une approche pédagogique.


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Comment les universités ont répondu à l’appel de la professionnalisation

Dans les années 1960, la formation des éducateurs physiques au Québec connaît une période charnière. Alors que la discipline souhaite être reconnue comme un pilier de l’éducation et du développement de l’individu, les universités s’organisent pour répondre à cette demande croissante.

Plusieurs établissements jouent un rôle pionnier, notamment McGill, Sir George Williams (aujourd’hui Concordia), Laval, Montréal et Sherbrooke, qui mettent en place des programmes d’éducation physique dès les années 1940 à 1960. Ces institutions contribuent à former les futurs cadres du domaine et à structurer une expertise professionnelle encore émergente.

McGill abrite le plus ancien programme d’éducation physique du Canada. Par ailleurs, l’Université d’Ottawa, bien que située hors Québec, exerce une influence importante en formant de nombreux spécialistes francophones dès la fin des années 1940. À partir de 1969, le réseau de l’Université du Québec vient élargir cette offre de formation, notamment à Montréal et à Trois-Rivières.




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Comprendre l’enjeu d’un projet éducatif

Aujourd’hui, alors que les sociétés occidentales font face à de nouveaux défis liés à la sédentarité, à la santé publique et à la place du sport dans les politiques éducatives, les débats entourant l’éducation physique au Québec demeurent traversés par des tensions héritées de son histoire. Relire cette trajectoire historique permet dès lors de mieux comprendre les enjeux actuels et d’éclairer les choix qui façonnent l’avenir de l’éducation physique au Québec.


Nous souhaitons remercier Jean-Claude Drapeau et Roger Boileau pour la relecture et les commentaires pour le texte.

La Conversation Canada

Tegwen Gadais a reçu des financements de la part du ministère de l’éducation du Québec. Il est le co-titulaire de la chaire UNESCO sur le sport pour le développement, la paix et l’environnement.

Florent Lefèvre ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Voici comment l’éducation physique au Québec est devenue une matière essentielle à l’école – https://theconversation.com/voici-comment-leducation-physique-au-quebec-est-devenue-une-matiere-essentielle-a-lecole-276712