Allá por el año 2016 acompañé un día a un grupo de estudiantes de quinto de primaria de visita a un museo de arte contemporáneo. Junto con sus profesoras, y un pequeño equipo de educadores del museo, nos repartimos por diferentes salas, donde se podían ver series de fotografías, esculturas y cuadros abstractos.
Una cosa me llamó la atención: ningún educador del museo “explicó” a los niños lo que estábamos viendo. Eran los propios niños los que, animados por ellos, iban comentando las piezas, lo que les sugerían, a lo que les recordaban, lo que pensaban que podían significar, lo que les hacía sentir. Hablar delante de compañeros y adultos, y ser escuchado con atención, con respeto y sin ser juzgados, me pareció de pronto un aprendizaje mucho más importante que entender determinado movimiento artístico.
Me hizo pensar también en si, cuando yo iba a EGB, mis profesores habían querido saber lo que yo pensaba. Si alguna vez, en una clase, trabajo o examen, algún docente me había animado a dar mi opinión o mi punto de vista. Mi experiencia en primaria siempre había consistido en aprender muy bien lo que los profesores decían para repetirlo lo más parecido en un examen. En el mundo académico, mi visión propia y crítica de las cosas solo se empezó a valorar mucho después, en la universidad.
Cuando no se nos pregunta lo que pensamos ni se escucha lo que tenemos que aportar, es difícil desarrollar el pensamiento crítico, un componente esencial de las recomendaciones europeas para la educación. “Es fundamental para evaluar información, tomar decisiones informadas y resolver problemas de manera autónoma; para comprender los sistemas sociales, políticos y económicos de hoy y participar activamente en la sociedad; para usar críticamente la tecnología digital y para identificar oportunidades, evaluar riesgos y tomar decisiones innovadoras”: así lo resume Javier M. Valle, de la Universidad Complutense, en su artículo Cómo distinguir la delgada línea entre educar y adoctrinar.
Como dice este experto, educar sin pensamiento crítico no es educar, es adoctrinar. Y en demasiadas ocasiones la frontera entre una u otra cosa queda algo difusa. Y la mejor manera de evitar ser adoctrinado es… sí, precisamente. Tener capacidad crítica. Haber aprendido a pensar.
Malgré les efforts internationaux visant à éliminer le mariage des enfants, la République démocratique du Congo (RDC) continue d’afficher des taux élevés de cette pratique néfaste.
Le mariage des enfants désigne une union formelle ou informelle dans laquelle l’une des partenaires ou les deux ont moins de 18 ans. Il est néfaste car il prive les filles de leur droit à l’éducation, à la santé et au développement personnel.
Environ 29 % des jeunes femmes âgées de 20 à 24 ans en RDC ont été mariées avant l’âge de 18 ans. On observe également des différences selon le lieu de résidence. Dans les zones rurales, le taux de mariage avant 18 ans est beaucoup plus élevé (40,1 %), contre 19,4 % dans les zones urbaines.
Le taux de mariages précoces est encore plus élevé dans certains autres pays africains. Au Niger, il est de 76 %, au Tchad de 67 %, 68 % en République centrafricaine, 54 % au Mali, 48 % au Mozambique, 45 % en Somalie, 52 % au Soudan du Sud et 40 % en Éthiopie. L’Afrique du Sud affiche un taux nettement inférieur, à 4 %.
En tant que chercheur en santé publique et démographie sociale, j’ai passé plus de 20 ans à étudier les défis qui affectent la santé et le développement de la population en Afrique subsaharienne. Mon intérêt pour le mariage des enfants vient du constat de ses effets dévastateurs sur la santé, l’éducation et l’égalité entre les sexes, trois domaines essentiels au développement durable.
J’ai mené des recherches afin de déterminer quels facteurs socio-économiques et démographiques rendent les jeunes femmes de la RDC plus susceptibles de se marier avant l’âge de 18 ans. J’ai découvert que cette pratique est le résultat d’une interaction complexe entre la pauvreté, l’inégalité entre les sexes, les pratiques traditionnelles, la faiblesse de l’application de la loi et les conflits.
Bien que mes recherches aient été menées à partir de données de 2014 et publiées en 2017, leurs conclusions restent valables. Les quatre facteurs identifiés dans mon étude comme étant les principaux facteurs contribuant au mariage des enfants en RDC n’ont pas changé et, dans certains cas, se sont même aggravés. Une étude ultérieure sur les mariages précoces dans la province de Kabinda en RDC a confirmé les conclusions de mes recherches de 2017.
Bien qu’il ne s’agisse pas d’une étude spécifique à la RDC, les recherches menées par l’un de mes chercheurs ont non seulement mis en évidence l’ampleur du phénomène des mariages précoces en Afrique subsaharienne, mais ont également révélé les systèmes sociaux qui le perpétuent.
Sur la base des résultats de mes recherches en RDC et de l’expérience de pays qui ont réussi à réduire le niveau des mariages précoces, le changement est possible. Il passe par l’éducation, l’harmonisation et l’application des lois, l’amélioration des systèmes d’état civil, le dialogue avec les communautés et le soutien aux filles. Mettre en œuvre ces stratégies dans les régions les plus touchées pourrait faire reculer de manière significative le mariage des enfants.
L’ampleur et la répartition du problème
Les mariages précoces sont encore très courants en République démocratique du Congo. Un rapport de la Banque mondiale montre les taux de prévalence suivants : environ 37 filles sur 100 sont mariées avant l’âge de 18 ans, et 10 filles sur 100 sont mariées avant l’âge de 15 ans.
Ce phénomène est encore plus fréquent dans les zones rurales et les régions touchées par la guerre, comme les provinces du Kasaï, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Les provinces orientales (Kivu) ont été particulièrement touchées par les conflits et l’instabilité.
Dans ces régions, en raison des combats prolongés et de la faiblesse des services publics, certaines familles considèrent le mariage comme un moyen de protéger les filles des dangers et de la pauvreté.
Principaux facteurs favorisant le mariage des enfants en RDC
Notre étude de 2017 a identifié quatre facteurs majeurs qui contribuent au mariage des enfants en RDC :
la pauvreté
les croyances culturelles et religieuses
la mauvaise application de la loi
les conflits armés.
Les implications politiques de l’étude de 2017 ont explicitement souligné la nécessité de mettre en œuvre des politiques solides visant à éradiquer le mariage des enfants en République démocratique du Congo.
La pauvreté reste le facteur le plus déterminant dans le mariage des enfants. Les familles vivant dans les tranches de revenus les plus basses considèrent souvent le mariage comme une stratégie pour atténuer les difficultés économiques. Les familles peuvent recevoir une dot ou réduire le nombre de bouches à nourrir. Les ménages pauvres sont également moins enclins à investir dans l’éducation des filles, ce qui est un facteur dissuasif connu pour le mariage précoce.
La pauvreté reste très répandue en RDC, la majorité de la population vivant en dessous du seuil international de pauvreté. Les auteurs soulignent que les difficultés économiques persistantes, les possibilités d’éducation limitées et les inégalités sociales continuent d’exacerber les vulnérabilités telles que le mariage des enfants, en particulier chez les filles issues de ménages à faibles revenus. Cela confirme que les conclusions de l’étude de 2017 sont toujours d’actualité.
Les filles peu ou pas scolarisées sont beaucoup plus susceptibles de se marier tôt. Mes recherches ont montré que les filles sans éducation formelle étaient trois fois plus susceptibles de se marier avant l’âge de 18 ans que celles ayant suivi des études secondaires ou supérieures.
L’éducation permet non seulement de retarder l’âge du mariage, mais aussi de donner aux filles les moyens de prendre des décisions éclairées concernant leur avenir. La situation reste inchangée selon cette étude de 2022, car les filles peu ou pas scolarisées sont susceptibles de se marier tôt.
Des croyances culturelles et religieuses profondément enracinées considèrent souvent le mariage des enfants comme une norme sociale. Dans certaines communautés, le mariage précoce est lié à des notions d’honneur familial, d’obéissance féminine ou de prescriptions religieuses. Ces croyances peuvent être difficiles à remettre en question, en particulier lorsque les anciens et les chefs religieux sont considérés comme les gardiens de la tradition.
La pauvreté reste omniprésente en République démocratique du Congo, où la plupart de la population vit en dessous du seuil international de pauvreté. Les difficultés économiques persistantes, les possibilités d’éducation limitées et l’influence des anciens et des chefs religieux en tant que gardiens de la tradition continuent d’accroître le risque de mariage des enfants, en particulier chez les filles issues de ménages pauvres.
Le système juridique de la RDC n’est pas unifié. Ce qui permet aux lois coutumières et religieuses d’exercer une influence considérable. Si les lois nationales de la RDC interdisent le mariage des enfants, leur application est au mieux inégale. Les lois coutumières prévoient souvent des échappatoires ou des exemptions qui rendent difficile l’application de l’âge minimum légal. Dans les régions touchées par des conflits, les lois coutumières locales ont souvent préséance.
Les conflits armés alimentent également les déplacements de population, l’instabilité économique et l’insécurité, ce qui accroît la vulnérabilité des filles. De nombreux parents pensent que le mariage protège contre les violences sexuelles dans ces environnements instables.
D’après mes recherches, quatre stratégies apparaissent particulièrement prometteuses.
Améliorer l’accès à une éducation de qualité est peut-être le moyen le plus efficace de retarder le mariage. Les programmes qui réduisent le coût de la scolarité et offrent des bourses aux filles ont fait leurs preuves dans d’autres pays africains et devraient être étendus à la RDC.
La mise à l’échelle de ces initiatives peut réduire les mariages précoces en RDC. La scolarisation permet non seulement d’éviter le mariage des filles, mais aussi d’améliorer leur santé et leur situation économique à long terme.
La RDC doit harmoniser les lois coutumières et statutaires afin de combler les lacunes qui permettent aux mariages précoces de persister. Les responsables de l’application de la loi et les dirigeants communautaires doivent également mobiliser les ressources nécessaires pour faire respecter les lois nationales.
Des systèmes d’enregistrement des naissances et des mariages plus rigoureux peuvent également aider à vérifier l’âge et à prévenir les unions illégales.
Les dialogues communautaires impliquant les parents, les anciens et les chefs religieux peuvent faire évoluer les mentalités. Il est également essentiel d’y impliquer les hommes et les garçons afin de briser les stéréotypes liés au genre.
Les programmes devraient offrir un soutien psychosocial, une formation professionnelle et des services de santé reproductive aux filles exposées au risque de mariage précoce ou déjà touchées par ce phénomène.
La création d’espaces sûrs où les filles peuvent s’exprimer, apprendre et s’épanouir peut réduire leur isolement et leur donner les moyens de se défendre.
Sathiya Susuman Appunni does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.
Source: The Conversation – in French – By Maxime Massey, Docteur en Sciences de Gestion & Innovation – Chercheur affilié à la Chaire Improbable, ESCP Business School
Ah ! si les salariés résistaient moins au changement, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Tel est, semble-t-il, le motto de bien des conseils en organisation. Mais, même si la nécessité de s’adapter n’est pas discutée, on peut s’interroger sur les moyens mobilisés pour y parvenir. Illustration avec un cas rencontré dans l’armée de terre.
Parmi les démarches actuelles de conduite du changement, beaucoup restent fondées sur une approche directive et rigide, de type top-down et command-and-control. Cette approche est souvent suivie lorsqu’il s’agit d’opérer la transformation rapide et parfois radicale d’une organisation.
Outre ces graves répercussions psychosociales, de nombreux gestionnaires observent que les transformations conduites à marche forcée se soldent fréquemment par des blocages et des échecs. Des recherches confirment que « les programmes de changement débutés et introduits dans l’ensemble de l’entreprise de façon top-down ne fonctionnent pas ».
En finir avec l’approche directive
Dans un article publié en août 2025, dans le réputé Journal of Change Management, plusieurs auteurs ont appelé à délaisser l’approche directive et rigide pour conduire le changement qui est non seulement simpliste, mais aussi injuste et inefficace. Dans la même veine, le chercheur Thierry Nadisic a souligné l’importance d’accompagner les changements de façon juste en faisant preuve de respect et d’empathie à l’égard des travailleurs.
Mais concrètement, quelle approche adopter pour conduire le changement de manière plus juste et efficace ? Pour répondre à cette question, nous relirons et revisiterons l’étude de Ludivine Perray-Redslob et Julien Malaurent qui, en mobilisant la grille de lecture de l’analyse sociotechnique, ont retracé un changement conduit au sein de l’armée de terre.
Comment fait l’armée ?
Au début des années 2000, la volonté politique de modernisation et de rationalisation des organisations publiques s’est incarnée dans deux lois : la loi organique relative aux lois de finances (LOLF) et la révision générale des politiques publiques (RGPP). Ces lois ont promu la doctrine du New Public Management (nouveau management public), un modèle aspirant à améliorer les performances du secteur public à travers des méthodes issues du secteur privé.
C’est dans ce contexte que l’armée de terre a dû conduire un changement majeur en introduisant dans sa culture l’activité de contrôle de gestion et un outil managérial associé : le « Balanced Scorecard » (tableau de bord prospectif ou équilibré), conçu à l’origine pour piloter la stratégie et la performance d’une entreprise à partir de quatre axes (client, processus, apprentissage, finances) schématisés sous forme de « cartes stratégiques ». Ce changement a été conduit selon deux approches successives bien différentes.
Résistances au changement. Vraiment ?
La première approche a été portée par des contrôleurs de gestion qui entendaient réformer l’organisation militaire pour la rendre plus performante. Ils considéraient que leur rôle était, dans la droite ligne des lois promulguées et de l’état-major, de déployer l’outil tel qu’il était déjà utilisé dans le secteur privé.
Mais lorsque les contrôleurs déployèrent l’outil auprès des militaires, ces derniers (composés d’opérationnels et de hauts dirigeants) exprimèrent des critiques. Ils ne voyaient pas en quoi l’outil pouvait être utile dans le cadre de leur mission. Selon eux, leur rôle était de protéger la nation, pas de « remplir des tableaux de bord ».
Une controverse opposa alors ces deux groupes. D’un côté, les militaires refusaient d’utiliser l’outil en estimant qu’il n’était pas adapté à leur culture et qu’il les détournait de leur mission. De l’autre, les contrôleurs insistaient pour déployer l’outil en présumant que les militaires exprimaient des « résistances au changement » par conservatisme ou mauvaise volonté.
Quand trop d’autorité bloque
On retrouve ici à l’œuvre l’approche directive et rigide : directive car l’outil a été imposé par les contrôleurs sans considérer la culture, les critiques ni les besoins des militaires, ce qui a renforcé le rejet de l’outil ; et rigide car les deux groupes ont campé sur leurs positions, fermes et opposées.
Une telle approche correspond à ce que le sociologue Norbert Alter appelle une « invention dogmatique » : une nouveauté (ici, un nouvel outil) que des décideurs croient et décrètent être « une bonne idée » et qui est imposée telle quelle, en veillant à ce qu’elle soit appliquée comme prévu.
Cette approche a conduit au blocage du changement. Plus d’un an après son déploiement, l’outil n’était toujours pas correctement utilisé. Néanmoins, certains contrôleurs ont perçu les critiques des militaires comme légitimes et ont tenté une autre approche…
Xerfi Canal 2022.
Favoriser l’appropriation par de l’écoute et du dialogue
La seconde approche a été pilotée par une équipe de contrôleurs qui, forts de leur expérience de terrain, ont reconnu la nécessité d’adapter l’outil à la culture militaire en privilégiant l’écoute et le dialogue. Cette équipe était directement appuyée par le contrôleur de gestion du chef d’état-major.
D’abord, un diagnostic a été réalisé en menant des entretiens avec des militaires. Ce diagnostic révéla un manque d’appropriation de l’outil dû au fait que les militaires ne comprenaient pas pourquoi ni comment l’utiliser. Puis, deux solutions ont été retenues pour favoriser l’appropriation :
la création d’un mode d’emploi ;
la traduction de l’outil en langage militaire, en utilisant les mêmes termes que ceux d’un « ordre d’opération » (qui correspond à la façon de formaliser un ordre militaire, selon un format standard défini par l’Otan).
La mise en place de ces deux solutions a été soutenue par un discours qui, loin d’opposer le contrôle de gestion et la culture militaire, rapprocha ces deux domaines en soulignant leurs méthodes de raisonnement communes.
Par ailleurs, des séminaires ont été organisés avec d’autres contrôleurs pour leur expliquer l’intérêt de cette démarche et leur permettre d’y participer. Les contrôleurs ont ainsi discuté et travaillé ensemble pour permettre aux militaires de s’approprier l’outil. Cette implication a suscité l’adhésion et la mobilisation, tout en dissipant les résistances.
La controverse entre les contrôleurs et les militaires s’est alors apaisée. Leur opposition a cédé la place à leur coopération en faveur du changement, comme l’atteste ce témoignage d’un contrôleur comparant l’avant et l’après :
« Les cartes stratégiques, c’était la catastrophe, le chef ne comprenait rien et disait à son contrôleur de gestion : “Ok, très bien, vous me ramenez un truc pour moi la semaine prochaine ?”. Alors que là ils rentrent dans le pilotage sans savoir que ça en est. »
Une approche coopérative et agile pour réussir le changement
Cette seconde approche était coopérative et agile : coopérative car l’outil a été déployé en faisant coopérer les contrôleurs et les militaires, ce qui a favorisé leur adhésion ; et agile car les deux groupes ont assoupli leurs positions pour adapter ensemble l’outil à la culture, de façon progressive et itérative.
L’invention est alors devenue une véritable « innovation s’appuyant sur un processus créateur », comme l’exprime encore Norbert Alter : une nouveauté adaptée à la culture et aux besoins des utilisateurs qui se voit, chemin faisant, appropriée et adoptée. C’est « une idée qui devient bonne » grâce « aux apprentissages des employés et à leur capacité à coopérer ».
Moins d’un an après son lancement, cette seconde approche a conquis de nombreux acteurs, militaires comme contrôleurs, qui ont fini par utiliser l’outil. Cette approche a ainsi permis la réussite du changement.
Changer, ça s’organise
Cette étude démontre l’intérêt de l’approche coopérative et agile pour conduire le changement de façon juste et efficace. Mais une telle démarche ne s’improvise pas. Elle s’organise. Deux conditions se révèlent essentielles :
l’appui direct d’un acteur haut placé, pourvoyeur d’autorité et de légitimité ;
le mandat d’une équipe compétente pour accompagner le changement.
Précisons enfin que cette démarche ne se déploie pas sans suivre un cap. Certes, l’enjeu est d’accepter de dévier de l’invention initiale pour qu’elle soit appropriée, mais en veillant à concrétiser une orientation stratégique portée par la direction et éclairée par le terrain.
Quoi qu’il en soit, « on ne change pas les entreprises par décret », pour reprendre le titre d’un ouvrage du sociologue François Dupuy, ni en multipliant les fausses consultations… mais en pilotant une démarche de coopération agile, qui répond véritablement aux besoins des travailleurs.
Bien que l’auteur travaille pour le ministère des armées, les données mentionnées dans cet article n’ont pas été obtenues par ce biais.
Il ne suffit pas de dire que « le client est roi » pour que ce dernier soit satisfait. De nombreuses entreprises affirment que toutes leurs actions visent l’objectif d’une bonne expérience client, mais qu’en est-il derrière les paroles ? Et comment reconnaître celles qui s’impliquent véritablement ?
Lorsque nous consultons les sites Web ou les supports marketing de différentes entreprises, nous trouvons facilement des déclarations telles qu’« orienté client » et autres « satisfaction garantie », voire « nous accordons toujours la priorité à nos clients ». Ces déclarations prometteuses suscitent des attentes élevées, mais l’organisation derrière ne peut pas toujours tenir ces promesses.
La question posée est la suivante : comment reconnaître une entreprise qui s’efforce véritablement chaque jour de créer la meilleure expérience client possible ? Bien que toutes les entreprises clament leur dévouement envers le client, et non envers leurs profits, nous pouvons suggérer quelques signaux d’alerte en termes de gestion de l’expérience client.
Un service de palace
Dans l’esprit commun, une excellente expérience client est souvent associée à un service hôtelier de luxe 5 étoiles. Mais il est erroné de croire que les clients s’attendent toujours à un traitement VIP. Dans les faits, une bonne expérience client est celle qui dépasse légèrement les attentes du client. Par exemple, un client peut vivre une excellente expérience client en achetant un hamburger à emporter, alors qu’un autre jour, il pourrait ne pas être satisfait de son dîner dans un restaurant étoilé au guide Michelin.
Définir les bonnes attentes et indiquer clairement ce qui n’est pas possible et ce à quoi il ne faut pas s’attendre peut contribuer à éviter l’insatisfaction des clients). Par exemple, une entreprise devrait indiquer au client quand il peut espérer une solution à son problème, plutôt que de promettre une garantie de satisfaction à 100 % à tout moment de la journée. Le problème sous-jacent est d’avoir une approche unique pour différents segments de clientèle. Cela conduit très probablement à décevoir le client. En réalité, il est préférable de refuser des actions à certains segments lorsqu’il n’y a aucune chance réelle de satisfaire leurs besoins. Les entreprises ne peuvent pas répondre à tous les besoins de tous les clients.
De plus, les entreprises commettent souvent l’erreur de faire des promesses excessives par rapport à ce qu’elles peuvent véritablement offrir. Chaque offre est présentée comme la meilleure, alors que la plupart du temps, le client se satisfait d’un produit ou d’un service offrant une qualité qu’il estime suffisante. Il est très tentant de présenter l’offre sous un jour plus favorable qu’elle ne l’est en réalité. Cela conduit presque inévitablement à des déceptions.
À l’inverse, des entreprises comme Ryanair s’efforcent de réduire les attentes des clients, ce qui leur permet de dépasser plus facilement leurs promesses. Ryanair ne s’est jamais positionné comme une compagnie premium, préférant miser sur des tarifs ultracompétitifs et une approche minimaliste du service.
Ce qu’attendent d’abord les clients, c’est que l’on réponde vraiment à leurs différents types de besoins. Une expérience client de haute qualité ne consiste pas à connaître le nom de leur chien. Tout d’abord, il y a les besoins fondamentaux des clients, qui ne sont pas négociables. Il s’agit, par exemple, d’exigences spécifiques à un secteur, telles que les normes de sécurité alimentaire pour les producteurs alimentaires ou les contrôles de sécurité des données pour les banques. Répondre à ces besoins n’améliore pas l’expérience du client, car il s’agit de besoins attendus. Ne pas répondre entièrement à ces besoins conduit inévitablement à une expérience client désastreuse).
Ensuite, un produit apporte de la valeur au client lorsqu’il contribue directement à la croissance de son entreprise, soit par l’accroissement des recettes, la réduction des dépenses, soit par la minimisation des risques inhérents à son activité.
Avoir les bons indicateurs
Une autre façon de reconnaître une entreprise fidèle à ses intentions en matière d’expérience client est lorsque la direction s’appuie sur et agit selon des indicateurs de réussite client basés sur le comportement. Ces indicateurs comportementaux de la satisfaction client sont par exemple le nombre de renouvellements d’achats, le taux de fidélité des clients ou l’augmentation du pourcentage de dépenses que le client consacre à cette entreprise. Les indicateurs indirects sont le Net Promotor Score (NPS), ou la probabilité qu’un client recommande votre entreprise à un ami ou un collègue. Le risque avec ces indicateurs est qu’ils peuvent être gonflés. Par exemple, de nombreux responsables suggèrent à leurs clients d’attribuer une note de 9 sur 10 ou 10 sur 10 à la relation ou au produit pour une expérience satisfaisante.
Les entreprises et leurs représentants agissent ainsi parce que les notes sont liées à leurs objectifs et à leurs récompenses. De cette manière, la note sera faussée, c’est-à-dire que le responsable influencera un entretien ou une enquête positive, afin que les notes semblent bonnes, du moins sur le papier. Ou bien le responsable ne sélectionne pas les répondants au hasard, mais choisit ceux qui sont susceptibles de donner des notes élevées. La liste des approches biaisées est longue.
Pour remédier à ces biais, la solution consiste à trianguler ou à combiner au moins trois sources de données). Par exemple, les données de vente du CRM (un logiciel qui aide les entreprises à gérer les interactions et les données des clients) plus un entretien annuel avec les clients, plus une enquête de satisfaction et des notes informelles issues de la livraison. Le score réel d’un seul indicateur client peut être moins favorable à l’entreprise. Cela ne pose aucun problème, car le score biaisé ne menace en rien son positionnement sur le marché. Jusqu’à ce que la situation change. Car avec des données faussées, même le meilleur manager ne peut pas prendre de bonnes décisions.
Une entreprise axée sur l’expérience client doit s’efforcer de s’améliorer en permanence. Ce sont ces améliorations continues qui renforcent la confiance des clients. La volonté de s’engager dans de petites améliorations continues nécessite, même lorsque tout va bien, de disposer d’une culture d’entreprise consacrée à ces dernières.
Répondre aux attentes augmente les chances de satisfaire les clients. Cela semble plus facile à dire qu’à faire. Pour y parvenir, les entreprises doivent se concentrer sur les bons segments de clientèle et offrir une valeur ajoutée constante grâce à des processus harmonisés. L’un des processus clés consiste à « boucler la boucle » avec le client, soit pour prendre des mesures correctives, soit pour apporter des améliorations futures.
L’objectif est de devenir proactif plutôt que réactif. Tout cela nécessite une entreprise harmonisée en interne, avec des communications internes et externes claires, pour que le client soit vraiment roi.
Bert Paesbrugghe ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Le marketing et la publicité digitale prennent-ils vraiment en considération l’impact environnemental de leurs actions ? Si on s’intéresse aux indicateurs de performance, on remarque que l’efficacité d’une campagne en tient peu compte. À quand un coût CO2 pour 1 000 ?
Dans l’univers du marketing digital, les indicateurs de performance sont bien connus : impressions, clics, taux de conversion ou encore nombre de visionnages. Ces « métriques » structurent la prise de décision et guident les stratégies des marques. Mais une autre donnée, encore peu visible, gagne en importance : l’empreinte carbone des campagnes digitales. Ce phénomène reste largement sous-estimé, alors même que le digital représente aujourd’hui 4,4 % de l’empreinte carbone nationale en France.
Une étude de 2022, menée par Fifty-Five, le cabinet français spécialisé dans la data et le marketing digital a permis de quantifier l’impact d’une campagne standard : jusqu’à 71 tonnes de CO2 émises, soit l’équivalent de 35 allers-retours Paris-New York ou l’empreinte carbone annuelle de sept personnes. Ces émissions proviennent non seulement de la diffusion des contenus, mais aussi de leur production, de leur hébergement et de leur consultation par les utilisateurs finaux.
Une chaîne publicitaire énergivore
Tous les formats digitaux n’ont pas le même poids carbone : les vidéos, surtout en haute résolution ou en lecture automatique, sont parmi les plus énergivores. Un spot de 15 secondes diffusé sur mobile consomme ainsi plus qu’un visuel statique consulté avec une connexion wifi. Les plates-formes comptent aussi : TikTok se révèle plus gourmande que YouTube ou Facebook en raison du volume de données et de ses algorithmes intensifs.
Enfin, l’ensemble de la chaîne de diffusion, depuis la sélection des acteurs jusqu’à l’analyse des performances en passant par les canaux, le ciblage, l’achat programmatique et les pixels de tracking, mobilise des ressources techniques dont l’impact carbone reste largement ignoré.
Un angle mort des indicateurs de performance
Cette réalité soulève un paradoxe : les campagnes sont conçues pour maximiser leur performance, mais sans intégrer de critères environnementaux dans l’équation. Les indicateurs traditionnels de performance comme le taux de clic, le coût par conversion ou le taux d’engagement n’intègrent pas la consommation énergétique des supports ou des canaux utilisés. Autrement dit, plus une campagne est performante selon ses indicateurs, plus elle risque d’être énergivore, un paradoxe rarement pris en compte dans la mesure digitale.
Des outils émergents, comme le CO₂ PM ou CarbonTag, tentent d’introduire une lecture environnementale des campagnes en traduisant les impressions ou les vues en équivalent CO2. Toutefois, ces méthodes restent limitées et peu adoptées par les marques, car elles ne permettent pas d’évaluer avec précision l’empreinte carbone à toutes les étapes d’une campagne digitale.
Vers un marketing plus responsable
Ce constat invite à repenser les arbitrages entre performance publicitaire et sobriété énergétique. Il pose la question de la capacité de tous les acteurs de l’écosystème publicitaire à concevoir des campagnes efficaces et responsables, sans sacrifier la qualité des contenus ni l’engagement des publics.
Notre étude, menée auprès de 22 experts en France et aux États-Unis comprenant des annonceurs, des régies publicitaires, des agences média et de conseil ainsi que des spécialistes en data analytics, a permis de définir des stratégies publicitaires conciliant efficacité et impact environnemental. L’objectif final était de parvenir à un consensus et de proposer une liste de solutions capables de maintenir la performance tout en réduisant l’empreinte carbone. De cette façon, les bases de nouveaux indicateurs de performance (ou KPI en anglais, pour key performance indicators) pour la publicité numérique pourraient être mises au point.
L’idée de réutiliser du contenu déjà diffusé a été fréquemment évoquée lors des entretiens. À un moment où le recyclage s’impose comme une approche courante dans de nombreux domaines, cette pratique est identifiée comme l’une des stratégies possibles. Cependant, elle reste reléguée au bas de la liste, en raison d’un problème principal : l’ancien contenu risque de ne plus avoir d’impact sur les consommateurs, tout en nécessitant plus d’efforts et de ressources pour être adapté.
Compter, tracer, économiser
L’option suivante, moins attrayante, consiste à travailler sur les données générées ou exploitées dans le cadre des campagnes digitales (données clients, comportementales, etc.), car leur stockage nécessite l’usage de serveurs, qui polluent en grande partie. Le nettoyage des données est donc un moyen simple de réduire l’empreinte carbone. Il existe quelques contraintes, par exemple, une obligation légale de conserver les données pendant un certain temps. Comme le recyclage, ce sont des stratégies inscrites dans la durée.
Ces deux stratégies, à savoir la gestion responsable des données et la réutilisation des contenus existants, reposent sur une idée simple : il faut d’abord mesurer pour pouvoir agir. Le suivi précis des émissions, complété par des économies d’énergie même modestes au sein des organisations, contribuera à améliorer l’empreinte globale des campagnes. Dans cette optique, l’intégration d’indicateurs environnementaux permettrait ensuite d’optimiser en continu et de corriger la trajectoire dès qu’un seuil critique est franchi.
La précision est la reine !
Les changements directs dans les campagnes digitales concernent avant tout la précision du ciblage. Plus il est fin plus l’impact est fort, car les contenus peuvent être mieux adaptés. La deuxième dimension clé réside dans la diffusion : choisir le bon canal, qu’il s’agisse du wifi ou du mobile, au moment et à l’endroit appropriés, reste l’une des approches les plus efficaces.
De Vinci Executive Education, 2025.
Le choix des partenaires est un élément clé de la solution au problème. Si toutes les parties prenantes suivent les mêmes KPI, en choisissant d’abord l’environnement, toute la chaîne de performance sera améliorée. Comme disait un des participants :
« Dans le but de réduire les émissions de carbone dans le monde numérique, l’idéal serait de choisir des plateformes et des services économes en énergie » (Digital Account Manager)
Parce qu’il est important de travailler avec des partenaires ayant de sincères « préoccupations écologiques », il est crucial de créer un label pour les partenaires qui respectent et prennent en compte les émissions de CO2 dans leur stratégie publicitaire numérique. De nombreux intervenants utilisent plusieurs outils qui remplissent des fonctions similaires, ce qui entraîne des émissions de CO2 supplémentaires. L’utilisation d’outils redondants est à éviter.
En mettant en œuvre ces recommandations, les parties prenantes peuvent contribuer de manière significative à l’obtention d’une performance médiatique élevée et d’une réduction de l’impact environnemental.
Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.
Une démarche d’évaluation a été construite par un groupe de travail de structures d’insertion par l’activité économique en Isère, aux côtés de l’Université Grenoble-Alpes.TI38, Fourni par l’auteur
Mesurer n’est pas synonyme d’évaluer. C’est ce que démontre une recherche menée en Isère sur les structures de l’insertion par l’activité économique (SIAE), à l’occasion du mois de l’économie sociale et solidaire (ESS). Si le taux de sortie dynamique est leur unique indicateur d’évaluation, il convient d’en explorer d’autres… avec moins de chiffres, et plus de lettres.
Alors que la raison d’être des structures de l’insertion par l’activité économique (SIAE) est d’accompagner les personnes rencontrant des difficultés à s’insérer sur le marché de l’emploi, leurs actions sont évaluées à l’aune d’un seul indicateur : le taux de sorties dynamiques. Non seulement ce taux ne révèle qu’une partie de ce que ces structures produisent, mais il met dans l’ombre « tout le reste ».
Afin d’éclairer ce qui est mis dans l’ombre, un collectif associatif de structures d’insertion en Isère, TI38, a proposé une démarche collective pour répondre à ce besoin de connaissances aujourd’hui partagé : que génèrent les SIAE ? Qu’apportent-elles à la société ?
Démarche d’évaluation en Isère
Pour reprendre les propos tenus par le collectif porteur de la démarche, « la réflexion est née d’un constat partagé : ce qui fait le cœur du travail réalisé jour après jour par l’insertion par l’activité économique (IAE) est peu visible et les indicateurs existants n’en rendent pas suffisamment compte ». Ces structures sont régulièrement sous tension :
« Les subventions accordées ne compensent que très partiellement les surcoûts engendrés par leur mission sociale et ne paraissent pas constituer un avantage économique. »
Pour éclairer et faire exister ce qui est invisibilisé, un groupe de travail émanant de TI38 s’est constitué et m’a sollicitée compte tenu de mes recherches sur l’évaluation des réalités échappant aux indicateurs classiques.
C’est ainsi qu’une démarche d’évaluation a été élaborée, afin d’identifier, d’apprécier et d’expliquer les changements générés sur les salariés en insertion et sur leur territoire.
Évaluation des structures d’insertion
L’évaluation est bien plus qu’une mesure, bien plus qu’une série de mesures. C’est un moyen de rendre compte des actions réalisées, de révéler la manière dont elles sont mises en œuvre et les effets générés en vue, notamment, de mettre en perspective leur diversité et leur transversalité.
Restituer la démarche menée au niveau isérois et nourrir une réflexion impulsée au niveau national par l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) peut aider à révéler les richesses créées par les SIAE.
Étape 1 : rendre visible le travail autour de cinq dimensions
À partir de questionnaires et d’entretiens avec les partenaires impliqués (SIAE, État, Département et Métropole), il s’agissait de proposer une vision partagée de l’insertion par l’activité économique et son évaluation ; vision à partir de laquelle ont émergé les composantes de l’utilité sociale des SIAE, appelées « dimensions ».
Cinq dimensions ont été discutées, complétées puis validées par le groupe, en vue de les traduire collectivement en indicateurs :
insertion et accompagnement professionnels,
accompagnement social, prise en charge des freins et lutte contre la pauvreté,
lien social, intégration et mieux être,
développement économique et territorial,
environnement.
Étape 2 : récolter des données
Le groupe a ensuite travaillé chacune des dimensions retenues pour proposer des chiffres à même de les rendre visibles et les questions permettant de les obtenir.
Les données créées ont permis de donner corps aux dimensions de l’utilité sociale dont l’analyse a été complétée par des entretiens, collectifs et individuels. Il s’agissait de faire parler et comprendre les informations soulevées, mais aussi de creuser des questions apparues lors du traitement des données.
Les apprentissages de l’évaluation de l’utilité sociale des SIAE de l’Isère. ti38
Étape 3 : la valeur ajoutée des structures de l’insertion par l’activité économique (SIAE)
L’analyse collective des données chiffrées et lettrées a mis en lumière la complexité du travail réalisé par les acteurs des SIAE, qu’un taux de sortie dynamique ne peut pas révéler à lui seul. Leurs créations sont diverses et transversales, comme l’attestent les cinq points saillants ressortant de la démarche menée par TI38.
L’accueil de publics aux multiples problématiques
Les publics accueillis ont des difficultés, communément appelées « freins à l’emploi », plus nombreuses et plus diverses que par le passé – langue, transport, santé, etc. Ce cumul de difficultés, selon les dires des professionnels, transforme et complexifie le travail d’accompagnement et d’encadrement.
Un accompagnement relevant de plus en plus de l’action sociale
Les conseillères en insertion sociale et professionnelle (CISP) interviennent de différentes façons – mise en lien, écoute, suivi et accompagnement aux démarches – et sur de nombreux fronts – langue, numérique, logement, handicap, addiction, etc. – pour faire avancer les problématiques sociales. Cela est à l’origine d’une complexité croissante du volet social qui demande du temps, tout en étant difficile à caractériser et à mesurer.
Une professionnalisation sur différents registres
La mission principale des conseillères en insertion sociale et professionnelle est de conduire les salariés vers l’emploi durable. Ce travail se situe dans la structure d’insertion via l’activité support et en extérieur en proposant des formations, des stages ou par des expériences en CDD et intérim. Le nombre de suspensions de contrat d’insertion liées à ce motif pourrait être un indicateur à ajouter dans les futures évaluations.
Des salariés exprimant le sentiment de retrouver une place dans la société
Les salariés interviewés mettent en avant les effets du parcours sur leur vie quotidienne. Ils parlent de confiance, de motivation et d’espoir retrouvés, sources d’effets positifs sur leur santé, physique et mentale, et sur leur vie sociale. Ils ont l’impression de « retrouver une place » dans la société dès le début du parcours, ce que le taux de sortie dynamique ne révèle pas.
Des entreprises de proximité essentielles au territoire isérois
Les structures de l’insertion par l’activité économique (SIAE) sont des acteurs économiques ayant un savoir-faire, des réseaux de fournisseurs (8 millions d’euros d’achat) et de clients (10 000 clients) à l’origine d’un chiffre d’affaires en Isère de plus de 40 millions d’euros en 2024. La réponse aux besoins locaux et la richesse produite sur le territoire contribuent au développement territorial qu’il importerait de valoriser.
Révéler les richesses créées par les SIAE
L’évaluation menée nous invite à changer le regard porté sur les structures de l’insertion par l’activité économique (SIAE) et à prolonger la réflexion pour mettre en lumière leurs effets sur d’autres politiques – logement, santé, éducation. Pourrait être ainsi envisagée la fin d’un pilotage par un chiffre, court-termiste et inadapté aux SIAE, car pouvant entrer en contradiction avec les besoins des personnes accompagnées et la raison d’être des structures.
Ce n’est pas le chiffre qui pose problème, mais comme l’a montré le sociologue Olivier Martin dans le prolongement des travaux d’Alain Desrosière, c’est son usage laissant entendre que mesurer serait synonyme d’évaluer.
Cet article a été co-rédigé avec Magda Mokhbi, directrice des Ateliers Marianne (Le Pont-de-Claix), un chantier d’insertion.
Anne Le Roy ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Hace poco más de dos décadas, en 2003, el Proyecto Genoma Humano descifró por primera vez el mapa completo del ADN. Quizás, la mayor aportación de este enorme logro para la ciencia no fue el descubrimiento en sí, sino la decisión de poner ese conocimiento en abierto, como si de una biblioteca universal se tratara. Cualquier persona podía consultarlo y, gracias a ello, hoy la medicina personalizada, la biotecnología o la farmacología avanzan a un ritmo impensable entonces.
Algo parecido ocurrió en el 2013 con el Human Brain Project, cuyo objetivo era cartografiar el cerebro humano e integrar datos y modelos computacionales para comprender uno de los sistemas más complejos de la naturaleza. Más allá de los resultados concretos, lo más valioso de este proyecto ha sido la creación de plataformas abiertas donde investigadores de todo el mundo pueden trabajar sobre una base común.
Ambas iniciativas nacen de una sencilla pero poderosa idea: la ciencia avanza más rápido cuando los datos son abiertos y compartidos. No se trata solo de resolver un problema puntual, sino de construir infraestructuras de conocimiento que transformen la investigación en su conjunto.
Un mundo por descubrir
En la misma línea de esta filosofía, en 2011 se lanzó el Materials Project, desarrollado en el Lawrence Berkeley National Laboratory con financiación del Departamento de Energía de Estados Unidos. Su ambición era equiparable a la del genoma: levantar un mapa universal de los materiales, conocido como el “genoma de la materia”.
Pero ¿acaso no conocemos ya todos los materiales importantes? La respuesta es sorprendente: no, ni de lejos. Hoy dependemos de unos pocos miles de materiales, como el acero de los edificios, el aluminio de los aviones, el silicio de los ordenadores o el plástico de los envases. Pero las combinaciones posibles entre los elementos de la tabla periódica se cuentan por millones. Y la gran mayoría jamás se han sintetizado ni estudiado. Entre ellos podrían esconderse superconductores a temperatura ambiente, compuestos ultraligeros o aleaciones (mezcla de dos o más elementos de los cuales al menos uno es un metal) prácticamente indestructibles.
Durante décadas, esa información estuvo dispersa en artículos científicos, bases privadas o cuadernos de laboratorio. Obtener datos fiables sobre la estabilidad de un compuesto o sus propiedades electrónicas, magnéticas o mecánicas podía suponer años de trabajo experimental y enormes costes. Para cambiar esa dinámica, nació la plataforma del Lawrence Berkeley National Laboratory de Berkeley, cuyo fin es crear una biblioteca abierta y accesible de los materiales.
Ejemplos de compuestos con propiedades sorprendentes
Gracias al Materials Project ya se han identificado materiales con el potencial de transformar tecnologías clave de nuestro día a día. Por ejemplo, se han propuesto electrolitos sólidos, que podrían dar lugar a baterías más seguras y duraderas al evitar riesgos de incendio y aumentar la autonomía de los vehículos eléctricos. Con el objetivo de reducir la dependencia del cobalto y avanzar hacia alternativas más sostenibles, también se han diseñado nuevos compuestos para cátodos (eléctrodos).
En el ámbito de la energía solar, esta base de datos ha permitido descubrir semiconductores abundantes y no tóxicos que podrían abaratar la fabricación de paneles fotovoltaicos, mientras que en la transición hacia el hidrógeno verde ha facilitado la selección de catalizadores más eficientes para la electrólisis del agua, el proceso por el que se crea esta energía.
Y más recientemente, una colaboración con la inteligencia artificial de la empresa DeepMind predijo más de 380 000 materiales nuevos, varios de los cuales ya han sido sintetizados en laboratorio en cuestión de semanas, demostrando cómo la combinación de datos abiertos y algoritmos acelera el descubrimiento científico.
El “Genoma de la Materia” recopila información sobre estructuras cristalinas, energías de formación, diagramas de fase y propiedades electrónicas, magnéticas y mecánicas. Estos datos se usan para diseñar experimentos, alimentar simulaciones, entrenar algoritmos de predicción o detectar tendencias en el comportamiento de la materia.
Gracias a esta plataforma, hoy es posible orientar la búsqueda de nuevos materiales en lugar de depender solo del ensayo y error. Aun así, los cálculos computacionales tienen límites: no cubren todos los compuestos posibles y necesitan complementarse con más datos experimentales. Ese será el siguiente paso: integrar más resultados de laboratorio y seguir ampliando el mapa.
El valor de este proyecto va más allá de la ciencia de materiales. Representa una forma diferente de hacer ciencia: abierta, colaborativa y accesible. Su mensaje es claro: sin datos abiertos y de calidad, la inteligencia artificial no puede aprender; con ellos, puede revolucionar la manera en que descubrimos y usamos la materia.
En un mundo donde el conocimiento a menudo se convierte en negocio privado, optar por plataformas abiertas como Materials Project significa apostar por una ciencia más rápida y más justa.
Paula Alvaredo Olmos no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.
Diferentes experiencias observadas por la autora del artículo en su investigación sobre pensamiento crítico en las aulas. Marta Rodríguez Pérez.
Estamos en una clase de Biología y Geología, en 4º de la ESO. El alumnado se encuentra inmerso en una lección relativa al corte geológico. La profesora explica la diferencia entre una falla normal y una falla inversa, y les comparte un truco que cree que les va a ayudar a diferenciarlas:
“Si al darle el sol hiciese sombra, estaríamos hablando de una falla normal. Si no, sería una falla inversa”, explica la profesora. Entonces, una niña alza la voz y comenta: “Pero está al revés”. “No, está bien. Cuando da la sombra, es normal”, responde la profesora, señalando el dibujo de la pizarra. “Pero depende de dónde esté el Sol”, insiste la estudiante. Risas. La chica se ruboriza.
Diferenciación entre falla normal e inversa. Marta Rodríguez Pérez.
Esta escena aparentemente sin importancia ilustra varias cosas: a una chica que, tras haber reflexionado, siente que ha hecho el ridículo. Compañeros que ríen ante lo diferente, lo inesperado. ¿Cuál es la respuesta de la profesora ante esto? “La verdad es que tiene razón”.
¿Qué tiene de importante esta respuesta? Si esta docente hubiera hecho caso omiso, tal vez la habría desmotivado. Si hubiera dado su ejemplo como irrefutable, la habría silenciado. Sin embargo, esta profesora decidió contemplar el razonamiento de la chica, darle la razón y aceptar que se estaba equivocando. Volvió a hacer el dibujo, pero con el sol en una ubicación determinada.
Ante la saturación de contenidos: reflexión
Vivimos en tiempos frenéticos. Tiempos en los que la reflexión se arrincona y prima lo inmediato. El gesto de esta profesora, el de pararse, escuchar, validar la duda y autocorregirse en público, está fomentando algo muy valioso. La necesidad de pensamiento crítico.
Como parte de mi investigación de doctorado, he querido comprobar en la vida real cómo es posible aplicar el pensamiento crítico y potenciarlo en las aulas, observando métodos y actitudes en dos centros educativos pertenecientes a una localidad de Huelva: un colegio de infantil y primaria y un instituto de secundaria. El objetivo era entender las posibilidades y dificultades que supone adherirse a este modo de educar.
La habilidad que aglomera todos los saberes
¿Qué queremos decir cuando hablamos de un método de enseñanza que pone el pensamiento crítico en el centro? Significa entender al alumnado como personas capaces de pensar por sí mismas, de orientar las tareas a analizar y cuestionar la información, no sólo a almacenarla. También darles voz y abrir espacios de diálogo y expresión, debatir e investigar.
Como dice el experto Robert Ennis, pensar críticamente es, en esencia, “pensar de forma razonada y reflexiva para decidir qué creer o hacer”. Aglomera los tres tipos de saberes que anhelamos potenciar en nuestro alumnado: “saber”, “saber hacer” y “saber ser”. Es una manera de desarrollarse emocional, ética y actitudinalmente.
En todas las etapas educativas, los docentes dan un papel central a la mayéutica; es decir, ese método socrático que trata de conducir el pensamiento del alumnado a descubrir “la verdad” a partir de la formulación de preguntas. No se trata de ofrecerle respuestas fáciles, sino de ayudarlo a buscarlas. Las buenas preguntas inducen a la reflexión de los estudiantes.
¿De qué manera concreta podemos fomentar esta habilidad desde las escuelas? Estas son las conclusiones, a partir de las buenas prácticas observadas.
El cuento y el pensamiento creativo en infantil
En la etapa de Infantil (entre los 3 y los 6 años), el cuento se convierte en la herramienta estrella para suscitar la reflexión filosófica desde edades tempranas; cuestión que concuerda con los principios de la Filosofía para niños y niñas del experto estadounidense Matthew Lipman.
A diferencia de la lectura tradicional (centrada en la comprensión), aquí el cuento se pausa y se usa como incentivo para el diálogo filosófico en asamblea. Por ejemplo, en el cuento de La caricia de la mariposa, se aprovechó el tema central de la historia (la muerte) para que el grupo compartiera no sólo experiencias cercanas a ella, sino sus creencias en torno al paradero de estos seres ya fallecidos.
Recreación de mejores momentos tras la lectura de La caricia de la mariposa Marta Rodríguez Pérez.
Las docentes, así, aprovechan el espacio de las asambleas para ejercitar la escucha y el diálogo. En ellas, el alumnado interpreta, valora las decisiones tomadas por los personajes e imagina finales alternativos. A menudo, las docentes utilizan preguntas para inspirarlo: “¿Qué habría ocurrido si el protagonista no hubiera tomado esa decisión?”, por ejemplo.
Pensamiento crítico en primaria
Atendamos al ejemplo de una maestra de ciencias participante:
“Voy a estudiar la flotabilidad. A mí me gusta coger un tarrito con agua. Hago una bolita de plata y, por otro lado, envuelvo una bola de plastilina en papel de plata. Entonces, las pongo en el tarro, pero una cae al fondo y la otra no. Pues tú les preguntas: ¿qué está pasando?, ¿por qué una flota y la otra no? Entonces los niños lanzan hipótesis, expresan qué piensan y por qué. Sólo entonces nos vamos al libro y comprobamos qué es lo que está ocurriendo, qué teoría es la que explica esa experiencia.”
Interpretación: ¿Qué acaba de pasar? La profesora ha echado dos bolas que por fuera parecen iguales, y una se ha ido al fondo mientras la otra se queda en la superficie.
Análisis: ¿En qué se diferencian? Tienen el mismo tamaño. Ambas tienen papel de plata. ¿Pesarán lo mismo?
Evaluación: Aquí es cuando “lanzan hipótesis”, como decía la maestra, y las valoran. ¿Puede que una de ellas pese más? ¿El agua empujará a la bola?
Inferencia: Con lo que he visto y escuchado de mis compañeros y compañeras, ¿qué conclusión saco?
Explicación: Voy a explicarle al resto cuáles son mis conclusiones y por qué las defiendo. De igual modo, escucharé lo que los demás tienen que decir.
Autorregulación: Es el “pensar sobre cómo pensamos”. Es cierto lo que decían otros compañeros. ¿Tiene sentido lo que yo he dicho? Tal vez me estoy equivocando. Vamos a comprobarlo en el libro.
Análisis de noticias: ¿reales o falsas?
En primaria también observamos una dinámica cuyo objetivo era distinguir entre hechos y opiniones. La maestra repartió a cada grupo una misma noticia publicada en diferentes medios de comunicación.
Grupo analizando la veracidad de una noticia. Marta Rodríguez Pérez.
Cada estudiante, entonces, leía en voz alta la noticia que le había tocado y determinaban, en conjunto, la objetividad de la misma; prestando atención al tono o a la presencia de datos erróneos. Su fin era determinar si la información que estaban transmitiendo estaba o no sesgada.
Propuesta de pódcast sobre el tema religión vs. ciencia. Marta Rodríguez Pérez.
El pensamiento crítico también es creativo. Los proyectos creativos y colaborativos como la elaboración de un pódcast también entra dentro de sus planes.
En este caso, una maestra de primaria aprovechó el asombro de su alumnado ante una noticia: la teoría del Big Bang fue propuesta por un sacerdote. Así, vio una oportunidad para debatir en torno a la compatibilidad entre la ciencia y la religión.
Una maestra de ese ámbito planteó la siguiente actividad: enseñó a sus estudiantes seis cajas de metal en las que había escondido previamente un objeto diferente. El cometido del alumnado era descifrar que había en ellas sin poder abrirlas.
Podían coger las cajas, agitarlas para escuchar el sonido del objeto de dentro, compararlas en peso. Sus observaciones individuales luego las compartían con el grupo, las consensuaban y proponían una hipótesis, proponiendo métodos para averiguar qué había dentro. Alguien, por ejemplo, dijo que sería interesante tener rayos X.
La maestra les explicó que así era la ciencia: nunca se sabe la absoluta verdad de las cosas. Muchos estudios parten de no saber nada, de lanzar hipótesis y estudiar la posibilidad de que estas sean ciertas, llegando a refutarlas e incluso a reformular hipótesis nuevas. Es un proceso lento que requiere de grandes investigaciones.
A día de hoy, el grupo sigue preguntándose qué habría en esas cajas.
El poder de la dramatización en Secundaria
Abrir espacios de debate con libertad de posicionamiento es otro método que fomenta el pensamiento crítico. En Secundaria, es importante adjudicar roles definidos para facilitar la participación de quienes no se atreven a intervenir con regularidad.
De esta manera, surgen propuestas como los debates estructurados, o la recreación de un juicio con roles preestablecidos (juez, defensa, persona acusada…). En la dinámica del llamado “teatro foro”, por ejemplo, el alumnado crea y representa conflictos reales surgidos de sus propias inquietudes, invitando al público a intervenir y proponer soluciones alternativas.
El propio profesorado recurre a dramatizaciones con las que simulan posturas contrarias a las ideas del alumnado, para que desarrollen sus habilidades de argumentación y evaluación.
Preguntas estimulantes, respuestas críticas
Pese a sus diferencias, todas estas propuestas tratan de buscar preguntas estimulantes ante hechos polémicos que necesitan de argumentos fundamentados para su tratamiento ético y abierto al diálogo constructivo.
Las experiencias observadas en estas escuelas demuestran la posibilidad de una educación más crítica y un modelo educativo más democrático, más responsable y más consciente.
Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.
Source: The Conversation – (in Spanish) – By Sandra Tarancón Román, Profesora e Investigadora Postdoctoral en Ciencia e Ingeniería de los Materiales, Universidad Politécnica de Madrid (UPM)
Una de las tuneladoras usadas para excavar el Eurotúnel, que conecta Francia e Inglaterra.Wikimedia Commons., CC BY
Bajo las ciudades, invisibles para quienes caminan sobre ellas, avanzan criaturas colosales. Son las tuneladoras, máquinas gigantes que perforan la Tierra con una mezcla de paciencia y poder. No corren: se arrastran lentamente, empujadas por motores hidráulicos y coronadas por una rueda de dientes metálicos que gira sin descanso contra la roca virgen.
Su misión es unir mundos que antes estaban separados: los barrios divididos por ríos o montañas, las orillas de una bahía, los extremos de una cuidad congestionada… Allí donde la superficie no ofrece espacio, las tuneladoras construyen el subsuelo del futuro: metros, conducciones, autopistas subterráneas que conectan lo que parecía inconexo.
Vista frontal del cabezal de una tuneladora en operación. Robbins.
Una carrera de obstáculos
Pero su viaje no es sencillo. Cada pieza libra una batalla microscópica contra lo imposible: cortar sin agrietarse, resistir al calentamiento por fricción, aguantar más que la propia piedra.
Las rocas (granito, cuarcita, basaltos) no se rinden fácilmente: la fricción entre el diente excavador y la roca genera temperaturas de varios centenares de grados. Es un infierno contenido bajo el suelo. Y, como siempre que dos cuerpos se rozan con violencia, el calor aparece.
A escala microscópica, ni la herramienta ni la roca son lisas: son paisajes de montañas y valles que chocan, se muerden y se deforman. Cada contacto libera energía en forma de calor. Hay que disiparlo con rapidez, porque si no el filo se recalienta, se ablanda, pierde resistencia. Nuestro héroe se descompone.
El material perfecto debería ser duro para no desgastarse, tenaz para no quebrarse y buen conductor térmico para mantener la cabeza fría. Pero lograr estas tres virtudes a la vez es extremadamente difícil: cada mejora en una propiedad suele deteriorar otra. Maximizar dureza, tenacidad, baja fricción, conductividad y baja oxidación simultáneamente, sobre todo a alta temperatura, es un auténtico oxímoron. La ciencia, como la vida, es contradictoria en una impotencia trágica: la suma de propiedades debe mantener el sistema en equilibrio.
Animación donde se muestra el proceso de avance de una tuneladora. EXPERIENCE Acciona
Fricción, calor y microgrietas: el triángulo de la ruina
Cuando una tuneladora avanza, sus discos de corte no solo muerden roca: soportan presiones titánicas y vibraciones que provocarían jaquecas a cualquier ingeniero. En cada vuelta del cabezal, los contactos entre materiales generan pequeñas fracturas, microgrietas que crecen con el uso, como arrugas con la edad, en la superficie metálica de los discos de ataque.
Esas grietas, si no se controlan, se propagan sutilmente a lo largo del material y destruyen la herramienta. El calor agrava el problema: la dilatación térmica abre fisuras, la fricción acelera el desgaste y el ciclo se retroalimenta. Más fricción, más calor; más calor, más desgaste.
Este fenómeno no es exclusivo de las tuneladoras. Está presente en todas las actividades donde se corta o se perfora: desde el mecanizado de un cuchillo hasta el fresado de una prótesis dental. O, simplemente, al masticar. Cada vez que dos materiales se enfrentan, se libra una batalla entre energía y materia. Y cada derrota se traduce en deterioro, energía y tiempo desperdiciados, y toneladas de CO₂ arrojadas a la atmósfera.
Cortar consume… y mucho
El corte de materiales duros es uno de los procesos industriales más voraces en energía. Si la herramienta no es eficiente, el sistema necesita más potencia para mantener el rendimiento. En términos ambientales, eso significa más combustibles, más materiales, más electricidad, más emisiones.
A ello se suman los residuos de los fluidos refrigerantes, esas mezclas de agua, aceites y aditivos que enfrían y lubrican durante el mecanizado. Reducen la fricción y refrigeran el sistema, sí, pero generan desechos difíciles de reciclar y dañinos para la salud. Por esto la industria busca procesos más limpios –en seco o con mínima lubricación–, que exigen materiales capaces de resistir el calor sin perder la compostura.
Pero ¿cómo lograr materiales que soporten temperaturas extremas, disipen el calor y mantengan la dureza necesaria para horadar la Tierra sin devorarla?
Esa pregunta inspiró la investigación de una tesis doctoral de la Universidad Politécnica de Madrid que ha explorado el corazón mismo del desgaste. En ella, tres candidatos se enfrentaron en duelo a 800 °C:
WC-12Co, el veterano carburo de volframio con cobalto: curtido, duro y resistente a la oxidación a altas temperaturas. El problema es que el cobalto es escaso y contaminante.
WC-FeNi, un carburo de volframio rejuvenecido con hierro y níquel, ecológico, de baja fricción, alta tenacidad y gran conductividad térmica.
Ti(C,N)-FeNi, el maestro zen de la templanza, compuesto de cinco elementos: titanio, carbono, nitrógeno, hierro y níquel. Es el único que permanece estable y sin degradación estructural.
El experimento fue tan literal como implacable: una bola de alúmina frotándose contra los tres materiales –junto a ensayos de resistencia mecánica, tenacidad de fractura y conductividad térmica– en condiciones extremas. Hasta temperaturas moderadas, el WC-FeNi destacó por su elegancia y eficiencia: menos fricción, menos calor, menor consumo energético. Pero al superar los 400 °C, el veterano WC-12Co mostró su astucia intacta: nadie resiste la oxidación como él. Mientras tanto, el sereno Ti(C,N)-FeNi, sin alardes, se mantuvo inalterable incluso más allá de los 600 °C.
Resumen comparativo del comportamiento de los tres materiales en procesos de corte y desgaste bajo diferentes condiciones térmicas. Sandra Tarancón et al.
La conclusión no es definitiva: no hay un único héroe. Cada material tiene su papel según el contexto térmico. La respuesta no reside en encontrar “el mejor”, sino saber elegir “el adecuado”: el que mantenga el equilibrio entre dureza, tenacidad, fricción y conductividad térmica. Esa tétrada es la brújula hacia herramientas más duraderas, procesos más eficientes y menos contaminantes.
Los gusanos del progreso
Bajo nuestros pies, los gusanos mecánicos seguirán horadando la Tierra, cosiendo ciudades, países y continentes mediante túneles. Gracias a investigaciones como esta, en la que se desarrollan y caracterizan nuevos e innovadores materiales, lo harán con dientes más sabios: materiales capaces de cortar sin agotar el planeta.
Quizá, algún día, cuando una tuneladora horade rauda, sin apenas contaminar, recordemos que todo empezó con una bola de alúmina frotando un trozo de carburo bajo la atenta mirada de un microscopio. Porque, en la ciencia e ingeniería de los materiales –como en la vida–, lo pequeño también abre grandes caminos.
Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.
Source: The Conversation – (in Spanish) – By Juan José Guardia Hernández, Profesor agregado de Derecho administrativo, Universitat Internacional de Catalunya
A comienzos del curso político de 2025, el Gobierno español propuso la Ley Orgánica para proteger a los menores en el entorno digital. La medida responde a una preocupación creciente en la opinión pública: el acceso al primer móvil se adelanta a los diez o doce años y la exposición a contenidos nocivos, como violencia, retos peligrosos o ciberacoso es ya habitual.
Diversos estudios ponen de manifiesto que el consumo de pornografía se ha incrementado de manera notoria y vinculan el uso intensivo de pantallas con alteraciones en la salud mental y un deficiente rendimiento académico.
Una capa de protección
El núcleo más visible, y novedoso, del proyecto de ley es el régimen de obligaciones para los fabricantes de dispositivos –teléfonos, tabletas, ordenadores, consolas o televisores inteligentes–. Estas medidas pretenden introducir, en la propia arquitectura tecnológica, una capa mínima de protección que complemente la responsabilidad familiar.
En primer lugar, se incrementan las obligaciones de información: los fabricantes deberán incluir, en el embalaje o en la documentación, advertencias claras sobre los riesgos para los menores. Entre otros aspectos, deberán indicarse el tiempo de uso recomendado por edad, la disponibilidad y configuración de los controles parentales y los efectos de un uso prolongado sobre el desarrollo cognitivo y emocional, incluido el descanso nocturno.
En segundo lugar, exige la incorporación nativa de control parental. Todos los dispositivos deberán venir equipados con un sistema activado por defecto en la configuración inicial. Este diseño pretende garantizar un mínimo universal de protección, de manera que –sin depender del grado de alfabetización digital de cada familia– todo dispositivo nuevo disponga de una barrera inicial configurable por adultos.
En tercer lugar, el texto prohíbe que los menores accedan a mecanismos aleatorios de recompensa en videojuegos, las conocidas “cajas botín”, por su potencial efecto adictivo y su similitud con los juegos de azar. Además, por debajo de ciertos umbrales de edad, la apertura de cuentas requieren consentimiento parental.
Qué dicen los fabricantes
La tramitación parlamentaria en curso de la nueva norma ha abierto un intenso debate. AMETIC, una de las patronales del sector digital y de fabricantes, ha presentado diversas propuestas de enmiendas a los grupos parlamentarios. Su argumento central es que imponer obligaciones técnicas y de etiquetado exclusivamente en España fragmentaría el mercado interior europeo, obligando a rediseñar dispositivos para un solo país y elevando los costes de producción.
Como alternativa, AMETIC propone limitar la aplicación de la ley a los teléfonos móviles, excluyendo tabletas, ordenadores y televisores. A su juicio, los tres últimos se utilizan principalmente en espacios comunes del hogar y, por tanto, bajo supervisión adulta, mientras que el móvil constituye el principal vector de acceso individual y fuera de casa.
Asimismo, propone sustituir el etiquetado físico por información digital accesible a través de una página web o de un código QR. Argumenta que no hay consenso científico sobre las recomendaciones de tiempo de uso y que el formato digital permitiría reducir el impacto ambiental del papel impreso.
También se opone a la activación automática del control parental de contenidos. La patronal defiende un modelo de “oferta informada” en el que los progenitores decidan durante la configuración inicial si desean activarlo. Añade que las herramientas actuales no pueden filtrar universalmente todos los contenidos ni todos los vectores de descarga y podría generar una falsa sensación de seguridad.
Y, finalmente, en materia de videojuegos, AMETIC propone eliminar la prohibición de las cajas botín para menores, alegando que no se ha acreditado una relación causal sólida entre su uso y las conductas adictivas.
Estas enmiendas reflejan un debate recurrente sobre la gestión del riesgo: hasta qué punto estamos dispuestos a asumir ciertos riesgos como parte inevitable de la vida cotidiana y qué medidas, como sociedad, aceptamos para prevenirlos o mitigarlos.
En efecto, por una parte, algunas observaciones de la industria resultan atendibles: la coordinación con los estándares europeos evita islas normativas costosas; el etiquetado digital puede ofrecer mayor flexibilidad y actualización; y es razonable reconocer los límites técnicos de los filtros de contenido.
Además, no puede ignorarse que el conocimiento científico sobre los efectos del uso de pantallas sigue siendo parcial, y que vivimos en un contexto de hiperregulación que con frecuencia complica la vida social y económica sin aportar beneficios evidentes
Ahora bien, limitar la ley a los móviles ignora que tabletas, ordenadores y televisores constituyen también puertas de acceso a internet y que el uso “compartido” no excluye consumos solitarios o nocturnos. Eliminar el diseño seguro por defecto o la información visible trasladaría toda la carga de la protección a las familias, cuya alfabetización digital y capacidad de supervisión son desiguales: muchos hogares no lo configurarían por desconocimiento o exceso de confianza.
Y respecto a las cajas botín, aunque el debate científico siga abierto, hay indicios de riesgo y correlación positiva con el juego problemático.
Recurrir al principio de precaución
En este punto, el principio de precaución, reconocido tanto en el derecho europeo como en el español, ofrece una posible vía de equilibrio: faculta a los poderes públicos para adoptar medidas preventivas cuando existan riesgos plausibles, incluso en ausencia de consenso científico.
No obstante, su aplicación ha de ser proporcionada y sujeta a revisión periódica, a fin de evitar un uso estratégico o abusivo orientado a eludir responsabilidades futuras, como ha ocurrido en España en algunas crisis pasadas.
A su vez, en aras de una justa distribución de beneficios y cargas, cabría considerar la indemnización a las empresas afectadas cuando soporten sacrificios económicos desproporcionados.
Por lo tanto, establecer un mínimo de obligaciones –información visible, control parental activado, verificación de edad y límites a las recompensas aleatorias– no frena la innovación: la orienta al bien común. Prevenir el daño no es paternalismo, sino sensatez al servicio de la dignidad humana y de la protección de los menores.
Soy miembro del proyecto de investigación titulado “La Persona como pilar jurídico y humanista del desarrollo sostenible en la Agenda 2030” financiado por la Universitat Internacional de Catalunya a través de las Ayudas a proyectos de investigación básica y aplicada 2024 (UIC Aid). Su duración se extiende desde el 1 de septiembre de 2024 hasta el 28 de febrero de 2026. No tengo financiación, filiación o vínculo alguno con ningún actor relevante de la industria digital.