La « silver economy » pour les marques, ou comment faire du neuf avec les vieux ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Jean-Baptiste Welté, Professeur de Sciences de Gestion, Université Paris-Panthéon-Assas

Les seniors qui cumulent temps libre et pouvoir d’achat sont une cible de choix pour les marques. Quelles stratégies déploient ces dernières pour les séduire, les attirer et les fidéliser ? Du pur hédonisme à la marque « apprenante »… l’imagination est (toujours) au pouvoir !


La « silver economy » ne cesse de croître. Voyages, assurances, santé, alimentation, cosmétique, le vieillissement de la population entraîne l’émergence de davantage de produits et de services à destination des personnes âgées. L’économie à destination des seniors pourrait ainsi générer un chiffre d’affaires de plus de 130 milliards d’euros à l’horizon 2030 ».

Un nouvel hédonisme

Ce marché du vieillissement est en réalité un marché du « bien vieillir ». Les personnes âgées sont invitées à profiter de ce nouveau « plus bel âge de la vie », que représente notamment la soixantaine. Certes, elles présentent des vulnérabilités, mais des produits et services associés au « bien vieillir » les invitent à un nouvel hédonisme.

En bonne santé pour beaucoup grâce aux progrès de la médecine, libérées des contraintes du travail, elles peuvent jouir pleinement de leur temps libre. Dans ce contexte, les marques, pourvoyeuses de sens des sociétés de consommation, leur offrent des imaginaires auxquels se rattacher. Alors que leur public cible était plutôt les jeunes générations en quête de modèle identitaire, elles peuvent accompagner les nouvelles exigences sociales du « bien vieillir ».




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Les marques aident les personnes âgées dans leur rôle de grand-parents, et accompagnent plus généralement la transmission sociale au sein de la famille, au travers de récits valorisant des compétences, un savoir-faire ou un savoir-être, comme, par exemple, la campagne « Générations » de Patek Philippe.

Mais cette transmission n’est pas automatique. Les seniors ont un pouvoir de régulateur, et peuvent contredire certaines marques, par exemple remettre en question le rôle fédérateur de Nutella (en limitant l’usage auprès de leur famille, ou alors s’opposer aux marques de jeux vidéo, pour « garder un lien » avec leurs petits-enfants).

Des marques apprenantes

La relation peut être inversée, et des marques « apprenantes » aident les personnes âgées à maintenir le lien avec les jeunes générations. Ils ont alors plaisir à continuer à apprendre tout en restant socialement en lien avec leur entourage. Les marques technologiques comme Apple ont ainsi intégré un mode senior à partir d’Ios 17 qui leur permet d’accéder plus facilement aux applications, et de pouvoir rester connecté avec leurs petits-enfants.

Certaines marques « béquille » sont utilisées par les personnes âgées pour gérer plus aisément les effets du vieillissement. Mais cette fonction de « béquille » ne doit pas représenter uniquement un marché destiné aux seniors, sous peine de les stigmatiser. Par exemple, la marque suisse, On, destinée aux sportifs souhaitant allier innovation et performance, s’est développée sur ce nouveau segment de marché tout en gardant son offre pour sa cible d’origine.

Les marques coups de cœur

La marque peut également servir aux coups de cœur des personnes âgées, preuve que leur désir peut encore être stimulé. Certaines marques peuvent avoir été fantasmées plus jeunes, puis leur consommation décalée à cause des contraintes économiques ou financières de chacun.

France 24, 2020.

Les seniors profitent d’autant plus pleinement de ces marques « hédoniques » que le report de jouissance a créé une attente et amplifié le désir. Plus généralement, la marque fonctionne alors comme une envie de « se faire plaisir ». Des pulls en cachemire, comme Bompard, qui associent aux bénéfices fonctionnels de multiples coloris favorisent par exemple ces achats coups de cœur.

« Pépé gâteux » ou « Mamie Nova »

La relation entre les marques et les personnes âgées illustrent qu’ils restent pleinement acteurs de la société de consommation. Les marques sont, comme pour les plus jeunes générations, un outil d’expression sociale. Ces relations dynamiques invitent à reconsidérer la place des seniors dans les représentations publicitaires et plus généralement médiatiques.

Même si ces dernières ont tendance à évoluer et mettre en avant des exemples de « bien-vieillir », les visions stéréotypées associées au déclin physique ou cognitif restent prégnantes. Or, les marques peuvent contribuer à les modifier, et tisser une relation client spécifique avec cette cible, en comprenant ses multiples facettes (sa vulnérabilité mais également sa capacité à être prescripteur, et à craquer pour des achats impulsifs). Elles renouvellent alors leur imaginaire fécond avec les identités protéiformes des personnes âgées.


Cet article est publié en partenariat avec Décisions Marketing, la revue scientifique de l’Association française du marketing. La version intégrale a paru dans le numéro 120 qui avait pour thème « La place des marques dans la société. ».

The Conversation

Jean-Baptiste Welté est Professeur associé à l’école Polytechnique

Anne Bontour ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La « silver economy » pour les marques, ou comment faire du neuf avec les vieux ? – https://theconversation.com/la-silver-economy-pour-les-marques-ou-comment-faire-du-neuf-avec-les-vieux-276720

Déterminer la forme de la Terre : une aventure scientifique et politique entre la France et le Royaume-Uni

Source: The Conversation – France in French (2) – By Étienne Ghys, Mathématicien, directeur de recherche émérite CNRS, ENS de Lyon; Académie des sciences

Charles-Marie de La Condamine, « Mesure des trois premiers degrés du méridien dans l’hémisphère austral », illustration tirée des _Observations de Messieurs de l’Académie royale des sciences, envoyés par le roi sous l’équateur_, Paris, Imprimerie royale, 1751. Archives de l’Académie des sciences, RES 126, Fourni par l’auteur

Quelle est la forme exacte de la Terre ? Est-elle aplatie ou plutôt allongée aux pôles ? La question a agité les milieux scientifiques des deux côtés de la Manche pendant plusieurs siècles. Pour tout savoir de cette controverse scientifique, l’Académie des sciences et la Royal Society de Londres présentent, du 1er avril au 20 juin 2026, l’exposition « La figure de la Terre. Un débat franco-anglais (XVIIᵉ-XXIᵉ siècle) », dans les locaux de la bibliothèque Mazarine, au cœur de l’Institut de France, à Paris.


On pourrait croire la question définitivement réglée : la Terre est ronde. Et pourtant, des enquêtes récentes indiquent qu’environ 8 % de nos concitoyens ne sont pas pleinement convaincus qu’elle le soit. Ce chiffre ne traduit pas seulement une méconnaissance. Selon moi, il révèle surtout une défiance. Ce n’est pas tant la rotondité de la Terre qui est contestée que l’autorité de ceux qui l’affirment. Le doute vise les « sachants », les institutions, les discours officiels. Face à ce phénomène, l’ironie ou l’indignation ne suffisent pas. Il faut peut-être s’interroger sur la manière dont nous racontons l’histoire des sciences, sur ce que nous transmettons, et sur ce que nous omettons.

On a longtemps enseigné que le Moyen Âge aurait cru la Terre plate et que la science moderne aurait progressivement dissipé cette erreur. Ce récit commode est historiquement faux. Depuis l’Antiquité grecque, les savants savent que la Terre est sphérique. Lors des éclipses de Lune, l’ombre projetée par la Terre est toujours circulaire (elle aurait une forme d’ellipse si la Terre était un disque plat) ; les étoiles visibles changent lorsqu’on voyage vers le nord ; au IIIᵉ siècle avant notre ère, Ératosthène mesurait déjà le périmètre terrestre avec une précision remarquable. La rotondité de la Terre n’est pas une conquête récente : elle appartient au patrimoine intellectuel de l’humanité depuis plus de deux millénaires.

Mais ce savoir était longtemps celui des lettrés. Les paysans, les artisans, les marins ordinaires, ceux qui ne lisaient ni Aristote ni les traités d’astronomie, n’avaient sans doute pas de représentation précise de la forme globale du monde. Leur univers était celui de l’horizon familier, du champ, du village, du port. La Terre était vécue, non pensée à l’échelle planétaire. Il ne s’agissait pas d’erreur, mais souvent d’indifférence : la question ne se posait pas. La science progresse d’abord dans des cercles restreints avant de devenir culture commune. Cette distance historique entre savoir savant et imaginaire ordinaire est peut-être l’une des clés de la fragilité contemporaine du consensus scientifique.

La triangulation, une affaire de patience

Au XVIIᵉ siècle, la question change de nature. On ne se contente plus de savoir que la Terre est ronde : on veut désormais la mesurer précisément. En France, sous l’impulsion de la dynastie des Cassini, l’Académie des sciences entreprend de déterminer la longueur d’un degré de latitude. La latitude se mesure par l’angle que fait l’étoile Polaire avec l’horizon : lorsqu’on se déplace vers le nord, cet angle augmente. Il suffit donc, en principe, de mesurer la distance parcourue pour une variation d’un degré afin d’estimer la dimension du globe.

La méthode employée est un chef-d’œuvre de rigueur : la triangulation. On mesure avec un soin extrême la longueur d’un segment sur le terrain puis, depuis des points élevés – collines, tours, clochers –, on observe les angles formés avec d’autres repères visibles à des dizaines de kilomètres. De triangle en triangle, on reconstitue ainsi de vastes distances. C’est une science de patience, d’équipes, d’instruments perfectionnés et d’erreurs soigneusement évaluées. La Terre devient un objet mesurable, arpenté, calculé.

Pierre Bouguer. La figure de la Terre. Déterminée par les Observations de Messieurs Bouguer & de La Condamine, de l’Académie royale des sciences, envoyés par ordre du roi au Pérou, pour observer aux environs de l’équateur. Paris : Jombert, 1749.
Académie des sciences, CC BY

Au même moment, en Angleterre, Isaac Newton publie les Principia. Il y expose la théorie de la gravitation universelle et s’interroge sur la forme précise du globe. Si la Terre tourne sur elle-même en vingt-quatre heures, la force centrifuge doit légèrement l’aplatir aux pôles et la faire gonfler à l’équateur. À partir d’une observation apparemment modeste, la différence de période d’un pendule entre l’équateur et Cambridge, Newton réalise une expérience de pensée extraordinaire et estime l’ampleur de cet aplatissement. Pour la première fois, une théorie physique prétend prédire la forme même de la planète.

La rivalité entre la France et l’Angleterre devient scientifique

Les premières mesures françaises semblent pourtant indiquer l’inverse : la Terre serait allongée aux pôles. La controverse s’installe. Derrière le débat scientifique se profile une rivalité ancienne entre la France et l’Angleterre, nations proches, concurrentes et pourtant intimement liées par l’histoire. Pour trancher, l’Académie des sciences décide d’envoyer deux expéditions : l’une en Laponie, près du cercle polaire, l’autre à l’équateur. Il faut mesurer à nouveau, comparer, calculer. Les conditions sont extrêmes, les instruments fragiles, les incertitudes nombreuses. Mais le verdict tombe : la Terre est bien légèrement aplatie aux pôles. Les savants français, par leurs propres observations, confirment la prédiction newtonienne.

Cette victoire de la théorie newtonienne n’efface en rien l’héroïsme scientifique des expéditions. Voltaire, qui fut l’un des plus ardents défenseurs de Newton en France, en a donné une formule restée célèbre, s’adressant à Maupertuis :

« Vous avez trouvé dans les glaces, au milieu des ennuis, ce que Newton trouva sans sortir de chez lui. »

En quelques vers, il résume admirablement la tension féconde entre le travail de terrain, long et éprouvant, et la puissance de l’abstraction théorique. L’un ne va pas sans l’autre : sans hypothèse, pas d’expédition ; sans mesure, pas de confirmation. La science avance ainsi : en acceptant que les faits corrigent les hypothèses, même lorsque cela contredit des traditions prestigieuses.

À la fin du XVIIIᵉ siècle, la Révolution française engage une nouvelle étape. Il s’agit de créer un système de mesures universel, affranchi des usages locaux. Le mètre sera défini comme la dix-millionième partie du quart du méridien terrestre. La Terre devient l’étalon commun de l’humanité. De nouvelles campagnes de mesure sont entreprises pour fixer cette unité. La géodésie (l’étude de la forme de la Terre) rejoint alors des enjeux politiques et économiques : maîtriser la longitude en mer, c’est maîtriser les routes commerciales et la puissance navale. La mesure du globe participe désormais à l’histoire des empires.

Une aventure qui ne s’arrête pas

L’histoire ne s’achève pas avec l’ellipsoïde newtonien. La Terre réelle n’est ni parfaitement sphérique ni exactement régulière. Les masses internes, les reliefs, les océans introduisent des irrégularités que l’on regroupe sous le nom de « géoïde ». Au XIXᵉ siècle, des mathématiciens, comme Henri Poincaré, s’interrogent sur la stabilité des corps en rotation et développent des concepts qui éclairent aussi la compréhension des formes planétaires. Aujourd’hui, grâce aux satellites et à l’altimétrie spatiale, la surface moyenne des océans est connue avec une précision centimétrique. Du bâton d’Ératosthène aux instruments orbitaux, c’est une même quête intellectuelle et technique qui se poursuit.

C’est cette aventure, scientifique autant que politique, que retrace l’exposition organisée conjointement par la Royal Society et l’Académie des sciences. Présentée d’abord à Londres, elle est aujourd’hui accueillie à Paris, à la bibliothèque Mazarine de l’Institut de France. Manuscrits, cartes, instruments, carnets de terrain, correspondances témoignent de ces débats, de ces voyages et de ces calculs. On y voit comment des savants parfois rivaux ont appris au fil du temps à confronter leurs théories au réel, à mesurer leurs erreurs, à dialoguer au-delà des frontières.

À l’heure où certains doutent encore de la rotondité de la Terre, il n’est pas inutile de revenir à cette histoire longue et complexe. Elle rappelle que la science n’est ni un dogme ni une vérité révélée, mais une construction patiente, collective, souvent conflictuelle, toujours ouverte à la révision. Comprendre comment nous avons mesuré la Terre, c’est comprendre comment se fabrique la connaissance. Et c’est peut-être aussi une manière, aujourd’hui, de reconstruire la confiance dans le savoir.

The Conversation

Étienne Ghys ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Déterminer la forme de la Terre : une aventure scientifique et politique entre la France et le Royaume-Uni – https://theconversation.com/determiner-la-forme-de-la-terre-une-aventure-scientifique-et-politique-entre-la-france-et-le-royaume-uni-276534

Paul Ehrlich, often called alarmist for dire warnings about human harms to the Earth, believed scientists had a responsibility to speak out

Source: The Conversation – USA (2) – By William J. (Bill) Kovarik, Professor of Communication, Radford University

Biologist Paul R. Ehrlich in 2010. Paul R. Ehrlich/Wikipedia, CC BY

Stanford University biologist Paul Ehrlich, who died March 15, 2026, in Palo Alto, California, was a scientific crusader whose dire predictions about population growth, world hunger and environmental collapse made headlines and sparked controversy for decades.

Sometimes called a “prophet of doom” by his detractors, Ehrlich was among the most public figures of the environmental movement. He was admired and often honored for his prophetic warnings. But he was also excoriated when his worst predictions failed to come true.

Ehrlich founded Stanford’s Center for Nature and Society in 1984 and wrote more than 40 books and over 1,100 scientific articles on ecology, the environment and population dynamics. He is best known outside of academia for writing “The Population Bomb” in 1968, along with his wife, conservation biologist Anne H. Erhlich, who survives him.

A man and woman in an airport, carrying bags and papers.
Paul Ehrlich and his wife, biologist Anne Ehrlich, arrive in New Zealand for a series of talks on population on Aug. 22, 1971.
George Lipman/Fairfax Media via Getty Images.

The book became a bestseller that was reprinted more than 20 times and translated into multiple languages. It starkly predicted that population growth would exhaust Earth’s resources, leading to wars and social collapse.

Ultimately, the book both popularized and polarized the U.S. environmental movement.

As a scholar of communications and environmental history, I see Ehrlich’s difficult fight for the environment as emblematic of the vast chasm between science on one side and political culture influenced by the mass media on the other side.

And I see Ehrlich’s passing – along with others of his generation, such as Carl Sagan, E.O. Wilson and Jane Goodall – as a loss for a world that needs visionaries and public scientists now more than ever. Public understanding of science and technology is critical for political discussion, for environmental preservation and, in the words of British physical chemist C.P. Snow, for the sake of “the poor who needn’t be poor if there is intelligence in the world.”

The battle over the book

“The Population Bomb” opened with a verbal blast: “The battle to feed all of humanity is over.” And because the “stork had passed the plow,” the Ehrlichs wrote, “hundreds of millions of people are going to starve to death.” Overpopulated India was doomed, they contended, and England “will not exist in the year 2000,” following a massive social and environmental breakdown.

These stark warnings, while overstated, seemed at least plausible at the time. Older scientists, including Snow and oceanographer Roger Revelle, had also warned about population growth overtaking food production.

The Ehrlichs were influenced by books such as the 1948 bestsellers “Road to Survival,” by ecologist William Vogt, and “Our Plundered Planet,” by paleontologist Henry Fairfield Osborn. All of these thinkers owed a debt to the original Cassandra of population catastrophe, English economist Thomas Malthus, whose 1798 book “An Essay on the Principle of Population” warned that the world’s population would inevitably outstrip its food supply.

Even worse, Malthus predicted, efforts to produce more food would simply continue the cycle of famine and poverty. However, new crops and agricultural techniques forestalled Malthus’ catastrophe in the 19th century. As a result, the term “Malthusian” came to signify overly pessimistic views about complex social problems.

Paul Ehrlich appears on ‘The Tonight Show’ with host Johnny Carson on Jan. 31, 1980.

A different sort of Malthusian

Handsome and well-spoken, Ehrlich captured the public imagination through news articles, public lectures and television appearances. “The Population Bomb” launched him into the center of a raging global debate over environment and conservation. He appeared as a guest on “The Tonight Show” with Johnny Carson more than 20 times in the 1970s and early ’80s.

This wasn’t the typical public profile for a biology professor. As New York Times reporter Robert Reinhold observed in 1969, Ehrlich was “representative, perhaps, of a growing new breed of scientists who are willing to get involved in the unscientific and sometimes rough business of crusading in public against such things as DDT, highway building and population growth.”

Not all environmental advocates agreed with Ehrlich’s view that population growth was the critical threat. Another prominent biologist, Barry Commoner, saw faulty technology as the primary source of environmental problems.

In fairness, Ehrlich and his frequent collaborator, physicist John Holdren, saw technology and population as cofactors in a complex social problem, which they summarized with the equation I = P x A x T, or Impact equals Population times Affluence times Technology. Put another way, population growth, wealth and the types of technologies people chose to use all contributed to human impacts on the environment.

The debate between Ehrlich and Commoner perplexed some people, but it showed two different approaches to environmental policy. With Commoner’s approach, technological problems such as toxic waste and nuclear radiation, would be solved through cleanups and improved processes.

Ehrlich said reducing overconsumption and addressing population growth would also help ease these challenges. To slow population growth, Ehrlich called for promoting contraception and increasing access to abortions, and perhaps even resorting to coercive methods, such as forced sterilization.

By the 1970s, a focus on population growth had become widely accepted. The first United Nations Conference on the Human Environment, held in Stockholm in 1972, ranked population growth alongside pollution and underdevelopment as the top action items on the global agenda. Later that year, a prominent European think tank, the Club of Rome, echoed Ehrlich’s warnings in its widely circulated Limits to Growth report.

Scarcity or abundance?

World population continued to grow through the 1970s and ’80s, but the impacts that Ehrlich predicted did not occur. This was largely due to the Green Revolution, a broad campaign by governments and research institutes to provide high-yield varieties of wheat and rice, along with pesticides and mechanized agriculture, to developing countries. These new tools increased harvests and dramatically reduced the risk of famine.

Agricultural scientist Norman Borlaug, a leader of this effort, received the Nobel Peace Prize in 1970. Borlaug made a point of agreeing with Ehrlich in his Nobel lecture, saying the Green Revolution was a temporary reprieve and that population control was also essential in the ongoing battle against hunger.

Conservative economists and scientists weren’t persuaded. One prominent critic, academic economist Julian Simon, argued for what came to be called the cornucopian view, which held that the only limits to growth were imagination and ingenuity. Simon said the Earth had infinite capacity to provide materials and that humans would constantly innovate and find new ways to use them.

In 1980 Simon publicly bet Ehrlich that prices of five important industrial raw materials – copper, nickel, tungsten, chromium and tin – would fall rather than rise over the next decade. Ehrlich said he would have preferred some environmental measure rather than metals, but he said resources would become scarce and prices would rise.

Simon, on the other hand, argued that markets and new technologies would drive prices down. Ultimately, although prices for these five metals had risen during the preceding decades and would also rise during the 1990s, they declined between 1980 and 1990. Simon won the bet, and Ehrlich wrote him a check in 1990 for US$576.07, the difference between the 1980 and 1990 prices.

Metals prices may not have been a good proxy for the issues that Paul Ehrlich and Julian Simon sought to capture in their famous bet.

A matter of when

After the catastrophes that Ehrlich predicted in “The Population Bomb” failed to occur, many critics had a laugh at his expense. “As you may have noticed, England is still with us. So is India,” chuckled New York Times columnist Clyde Haberman in 2015.

“Paul Ehrlich is a misanthrope who’d make you apply for a government permit to have a baby if he could,” wrote Chelsea Follett of the libertarian Cato Institute in 2023.

Ehrlich and his supporters replied that while the Green Revolution might have forestalled widespread famine, human impacts were weighing ever more heavily on the planet. Taking problems such as climate change and toxic pollution into account, Ehrlich asserted in 2009 that “The Population Bomb” had been “way too optimistic.”

In his 2023 memoir, “Life,” Ehrlich expressed deep gratitude for a 70-year career in science. However, he was frustrated over what he saw as the inability of science to penetrate America’s stubbornly unscientific political culture. He was also saddened that the environmental movement was failing to effectively oppose “the forces that pose existential threats to civilization.” Throughout his career as a public scholar, Ehrlich was never afraid to look into the abyss.

The Conversation

William J. (Bill) Kovarik does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Paul Ehrlich, often called alarmist for dire warnings about human harms to the Earth, believed scientists had a responsibility to speak out – https://theconversation.com/paul-ehrlich-often-called-alarmist-for-dire-warnings-about-human-harms-to-the-earth-believed-scientists-had-a-responsibility-to-speak-out-178492

Les poussières atmosphériques, cause sous-estimée de pollution de l’air dans les villes

Source: The Conversation – France (in French) – By Emmanouil Proestakis, National Observatory of Athens

Transportées dans l’atmosphère parfois sur de longues distances, les poussières atmosphériques (particules en suspension dans l’air) constituent une source de pollution encore trop peu prise en compte, au regard des polluants classiques. Une analyse menée sur quinze ans de données satellitaires montre l’ampleur du risque pour les populations des mégapoles urbaines.


Les villes sont en train de devenir le principal lieu de vie humaine. En 2018, plus de 55 % de la population mondiale vivait dans des zones urbaines, une proportion qui devrait atteindre près de 68 % d’ici à 2050, selon les Nations unies.

Cette croissance urbaine sans précédent stimule l’innovation et l’activité économique, mais elle concentre également l’exposition humaine aux facteurs de stress environnementaux et intensifie la pression sur l’environnement urbain. Dans ce contexte, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a souligné les défis multiples et les risques graves que la mauvaise qualité de l’air fait peser sur les activités socio-économiques et la santé humaine. On ne considère généralement, dans les études, la dégradation de la qualité de l’air qu’à travers les émissions de polluants tels le dioxyde d’azote (NO₂), le dioxyde de soufre (SO₂), le dioxyde de carbone (CO₂) et l’ozone (O₃).

Dans une étude récente, nous avons donc pris en compte la poussière atmosphérique (celle-ci est principalement produite par les déserts et par certaines pratiques agricoles et transportée par les vents, ndlt). Cette dernière s’accumule dans les zones urbaines et représente un facteur de risque supplémentaire trop souvent négligé, alors qu’il a des effets sanitaires délétères.

Les poussières atmosphériques, un enjeu de santé publique

Parmi les types d’aérosols contribuant à la dégradation de la qualité de l’air, les poussières atmosphériques provenant de sources naturelles et des activités humaines sont souvent considérées comme moins dangereuses. Le problème ? Cette hypothèse néglige un nombre croissant de preuves scientifiques démontrant que les poussières en suspension dans l’air constituent un danger pour la santé.

Tout d’abord, la masse de ces poussières n’est pas négligeable. En termes de masse, elles sont le deuxième type d’aérosols le plus abondant au monde, surpassé uniquement par les particules de sel marin. Dans les larges zones continentales, elles deviennent le principal composant de la charge d’aérosols atmosphériques.

Plus précisément, on estime que les sources naturelles, principalement les zones arides et semi-arides, émettent environ 4 680 téragrammes (Tg) (1 Tg = 1 milliard de kilogrammes) de poussière dans l’atmosphère chaque année. Cette estimation ne tient pas compte de la poussière déjà présente dans l’atmosphère.

À l’échelle mondiale, les processus naturels contribuent à environ trois quarts de la charge totale de poussière, le quart restant étant lié aux activités humaines, en particulier autour des zones urbaines et hautement industrialisées. Les transports, le développement des infrastructures, le changement d’affectation des sols, la déforestation, le pâturage et les pratiques agricoles peuvent être en cause.

Mettons ce chiffre en perspective : la masse de poussières en suspension dans l’air rejeté chaque année dans l’atmosphère à l’échelle mondiale correspond à 615 000 fois le poids de la tour Eiffel




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Particules fines, grandes questions

De plus, ces particules sont loin d’être uniformes en taille. Des expériences à grande échelle menées pour étudier les polluants atmosphériques ont révélé que les particules présentes dans les couches atmosphériques transportées par le vent ont des tailles très variables, allant de moins de 0,1 micromètre (μm, environ la taille d’un virus SARS-CoV-2 , ou coronavirus) à plus de 100 μm (environ le diamètre d’un cheveu humain).

Plus inquiétant encore, les données issues d’études épidémiologiques établissent un lien entre les poussières en suspension dans l’air et des risques sanitaires. Les poussières minérales de grande taille sont souvent considérées comme relativement inoffensives, ne provoquant que des irritations cutanées mineures ou des réactions allergiques, même en cas d’exposition prolongée. Il en va autrement des particules fines. En raison de leur petite taille, ces particules fines peuvent pénétrer profondément dans les poumons, ce qui peut déclencher des maladies respiratoires et cardiovasculaires, des réactions allergiques plus graves, voire des cancers.

Au-delà de ces effets directs, les scientifiques continuent d’étudier le rôle de la poussière en tant que vecteur de bactéries, comme le suggèrent les épidémies de méningite dans le désert du Sahel.

Ces préoccupations soulèvent de nombreuses questions. Dans quelle mesure la répartition (entre particules fines et particules de grande taille) des poussières en suspension dans l’air a-t-elle évolué au cours des deux dernières décennies dans les zones urbaines fortement industrialisées et densément peuplées ?

Pouvons-nous détecter des tendances significatives, à la hausse ou à la baisse, dans ces données ? Quelles grandes villes connaissent actuellement, ou sont susceptibles de connaître dans un avenir proche, des concentrations de poussières dépassant les seuils de sécurité de la qualité de l’air fixés par l’OMS ?




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Ce que montrent quinze années d’observations satellites dans les mégapoles

Afin de mieux comprendre la quantité de poussière que respirent quotidiennement les populations urbaines, notre récente étude a examiné les observations satellitaires de la Terre sur une période de plus de quinze ans. Nous avons étudié l’accumulation et les dynamiques temporelles des transports de poussière dans la couche atmosphérique la plus basse, au-dessus de 81 des plus grandes villes et zones urbaines du monde. Concrètement, nous avons retenu les zones où la population excède 5 millions d’habitants.

Les résultats révèlent plusieurs conclusions importantes :

  1. La poussière atmosphérique représente, sans aucun doute possible, une menace pour la santé publique dans un nombre important de grandes zones urbaines dans le monde. D’après les données démographiques et les projections fournies par l’ONU, environ 9 personnes sur 10, parmi les quelque 800 millions d’habitants des 81 plus grandes villes, sont exposées à des niveaux de poussière supérieurs aux seuils annuels de risque en matière de qualité de l’air. Une tendance géographique claire se dessine : les zones urbaines les plus touchées se situent au Moyen-Orient, dans le sous-continent indien (Asie du Sud), en Asie de l’Est et au Sahel.

  2. Les niveaux de poussière semblent diminuer dans la plupart des grandes villes. Cependant, cette nouvelle encourageante s’accompagne de deux réserves importantes : dans de nombreux cas, ces tendances temporelles à la baisse ne sont pas statistiquement significatives et, souvent, la charge globale de poussière reste considérable. En d’autres termes, même lorsque des réductions sont observées, elles ne se traduisent pas nécessairement par une diminution significative des risques pour la santé.

  3. À court terme, ce problème ne devrait pas disparaître. Selon les estimations de l’ONU, la population urbaine de ces mégapoles devrait augmenter pour atteindre plus d’un milliard de personnes au milieu des années 2030.

Par conséquent, la poussière atmosphérique restera un danger environnemental pour la santé. Même si les tendances à la baisse devaient se confirmer, cette pollution touchera davantage d’habitants du fait de l’augmentation des populations dans les villes.

De la science à la politique

En réponse aux preuves scientifiques de plus en plus nombreuses qui montrent que les poussières en suspension dans l’air constituent un risque pour la santé humaine, les pays renforcent peu à peu leurs législations en matière de qualité de l’air. Des initiatives nationales et internationales ont été lancées.

Des initiatives telles que le SDS-WAS de l’Organisation météorologique mondiale, l’alliance DANA et le programme CAMS NCP reflètent une collaboration croissante pour améliorer la surveillance, la modélisation et la traduction de la science en solutions pratiques. Parallèlement, les gouvernements s’efforcent d’aligner leurs réglementations sur les recommandations de l’OMS.

Par exemple, la directive révisée de l’Union européenne (UE) sur la qualité de l’air ambiant reconnaît explicitement les aérosols naturels tels que la poussière comme un danger pour la santé. Les progrès de la recherche, la coordination des politiques et l’amélioration de la réglementation constituent, ensemble, une base plus solide pour agir.

Avec l’accélération de l’urbanisation, la lutte contre la pollution de l’air, notamment la poussière atmosphérique, est essentielle pour protéger la santé publique, renforcer la résilience des villes et garantir un avenir plus durable aux villes du monde entier qui connaissent une croissance rapide.


Créé, en 2007, pour aider à accélérer et à partager les recherches scientifiques sur des enjeux sociaux majeurs, le Fonds d’Axa pour la recherche soutient près de 700 projets dans le monde. Pour en savoir plus, visiter le site ou bien sa page LinkedIn.

The Conversation

Emmanouil Proestakis a reçu des financements du Fonds AXA pour la recherche postdoctorale dans le cadre du projet intitulé « Observation de la Terre pour la qualité de l’air – Mode fin de la poussière » (EO4AQ-DustFM).

ref. Les poussières atmosphériques, cause sous-estimée de pollution de l’air dans les villes – https://theconversation.com/les-poussieres-atmospheriques-cause-sous-estimee-de-pollution-de-lair-dans-les-villes-277882

Les hérissons ont l’ouïe fine et cette découverte pourrait nous aider à les sauver

Source: The Conversation – France (in French) – By Sophie Lund Rasmussen, Research fellow in Ecology and Conservation, University of Oxford

En Europe, des millions de hérissons meurent en traversant les routes, mais une découverte ouvre la voie à un système d’alerte qui pourrait les empêcher de traverser à des moments dangereux.


Le hérisson est l’un des mammifères sauvages les plus connus et les plus appréciés d’Europe. Beaucoup de personnes les rencontrent dans leur jardin, entendent leur reniflement au crépuscule ou aperçoivent leur silhouette épineuse se déplacer dans la nuit.

Malheureusement, partout en Europe, les populations de hérissons diminuent rapidement. Le hérisson européen est désormais classé comme « quasi menacé » sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN) pour l’Europe. Il est devenu urgent de comprendre pourquoi cela se produit et ce qui peut être fait de manière réaliste pour enrayer ou inverser cette tendance.

Les nouvelles recherches que j’ai effectuées avec mon équipe montrent que les hérissons peuvent entendre des ultrasons. Grâce à cette découverte, il serait possible de concevoir des dispositifs sonores dissuasifs ciblant spécifiquement les hérissons, sans déranger les humains ni leurs animaux de compagnie. Ainsi, les signaux ultrasonores pourraient à l’avenir avertir les hérissons de l’approche de véhicules ou les éloigner des machines dangereuses.

C’est important, car l’une des plus grandes menaces pour les hérissons provient de la circulation routière. On estime que les voitures tuent chaque année un nombre considérable de hérissons à travers l’Europe, certaines études suggérant que jusqu’à un sur trois de ces animaux pourrait mourir chaque année sur les routes.

Les hérissons ne sont tout simplement pas adaptés aux infrastructures modernes. Leur principale stratégie de défense a évolué pour leur permettre d’échapper aux prédateurs naturels qui détectent les mouvements dans l’obscurité. Ils se figent, évaluent la menace, puis s’enfuient ou se recroquevillent en une boule épineuse. Face à un véhicule roulant à grande vitesse, cette stratégie leur est fatale.

Le naturaliste et réalisateur britannique David Attenborough liste des moyens d’aider les hérissons à survivre.

Les routes fragmentent également les paysages, ce qui, chez les hérissons, provoque des difficultés de trouver de la nourriture, des partenaires et de nouveaux habitats. Lorsque cela s’ajoute à des obstacles tels que des clôtures massives, une agriculture intensive, des jardins où l’on utilise des pesticides et l’utilisation généralisée de machines, comme les débroussailleuses et les tondeuses à gazon robotisées, il devient évident que le problème ne réside pas dans le comportement des hérissons. C’est l’environnement créé par les humains qui est en cause.

Le son peut-il être une solution ?

Pendant des années, je me suis posé la même question : les humains pourraient-ils avertir les hérissons avant qu’un danger ne survienne ? Pourrions-nous les éloigner des routes et des machines sans déranger les gens ?

Pour explorer cette possibilité, j’ai dû commencer par une question étonnamment simple : que peuvent réellement entendre les hérissons ?

J’ai constitué une équipe pluridisciplinaire composée d’experts spécialisés dans l’imagerie, la bioacoustique (étude de ce que les animaux entendent), le comportement animal, l’écologie des hérissons, l’expérimentation animale et l’anesthésie chez les hérissons.

À l’aide de microscanners haute résolution d’un hérisson qui avait été euthanasié dans un centre de sauvetage de la faune sauvage pour des raisons de bien-être, l’équipe a construit un modèle tridimensionnel de l’oreille moyenne et interne.

Le modèle a montré que les hérissons ont des os de l’oreille moyenne très petits et denses ainsi qu’une articulation partiellement fusionnée entre le tympan et le premier de ces os. Cela rend l’ensemble de la chaîne osseuse plus rigide, ce qui lui permet de transmettre efficacement les sons très aigus, une caractéristique des animaux, tels que les chauves-souris écholocalisatrices, qui peuvent entendre les ultrasons.

Les scans ont également révélé que les hérissons ont un petit étrier (le plus petit os de l’oreille moyenne qui relie la chaîne des os de l’oreille à la cochlée remplie de liquide de l’oreille interne). Or, un étrier plus petit et plus léger peut vibrer plus rapidement, ce qui lui permet de transmettre des ondes sonores à haute fréquence. La cochlée s’est également avérée relativement courte et compacte, ce qui lui permet de mieux traiter les vibrations ultrasoniques.

Les ultrasons désignent les fréquences sonores supérieures à 20 kHz, au-delà de la limite supérieure de l’audition humaine. Mais l’anatomie seule ne suffit pas à prouver quoi que ce soit. Pour confirmer ce que les hérissons pouvaient réellement entendre, nous avions besoin de mesures directes. Mais comment mesurer l’audition d’un hérisson ?

La mesure de l’audition des hérissons

Nous avons testé l’audition de 20 hérissons européens à l’aide d’enregistrements de réponses auditives du tronc cérébral. Sous anesthésie légère, de petites électrodes placées juste sous la peau des hérissons ont mesuré leur activité cérébrale pendant leur sommeil profond. Pendant ce temps, nous avons diffusé des sons couvrant une large gamme de fréquences et de pulsations. Si les hérissons pouvaient les entendre, leur activité cérébrale l’indiquait. Après ces tests, les hérissions étaient en bonne santé et prêts à être relâchés dans la nature le lendemain soir.

Les résultats ont été frappants. Les hérissons entendaient des sons compris entre environ 4 kHz et au moins 85 kHz, avec une sensibilité maximale autour de 40 kHz, soit bien au-delà de la gamme des ultrasons. Les hérissons peuvent donc entendre des sons que les humains, les chiens et les chats ne peuvent pas entendre. Tout cela pourrait changer la donne pour la conservation des hérissons.

En théorie, cela permettrait aux scientifiques d’utiliser des signaux ultrasoniques pour avertir les hérissons de l’approche de véhicules ou les éloigner de machines potentiellement dangereuses.

De nombreuses questions restent toutefois en suspens. Quels sons sont efficaces ? Les hérissons s’habituent-ils à certains bruits et finissent-ils par les ignorer ? Quelle est la portée des signaux ultrasoniques ?

Des recherches supplémentaires sont désormais nécessaires pour concevoir des répulsifs sonores efficaces et bénéfiques pour les hérissons, mais il s’agit là d’un pas en avant significatif. Qui sait, peut-être que l’industrie automobile pourrait contribuer au financement de ces recherches ?

The Conversation

Sophie Lund Rasmussen ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les hérissons ont l’ouïe fine et cette découverte pourrait nous aider à les sauver – https://theconversation.com/les-herissons-ont-lou-e-fine-et-cette-decouverte-pourrait-nous-aider-a-les-sauver-278156

Canada’s immigration system is going digital, and accountability must keep pace

Source: The Conversation – Canada – By Marika Jeziorek, PhD Candidate in Global Governance, Balsillie School of International Affairs

Canada’s immigration system has long played a central role in the country’s economic and social development. Immigration accounts for most of Canada’s population growth and helps address labour market shortages across sectors. Settlement services support newcomers as they build lives and communities across the country.

As the number of people seeking to visit and immigrate to Canada grows, the way applications are handled is becoming more digital. This shift is reshaping how applicants interact with Immigration, Refugees and Citizenship Canada.

Through its Digital Platform Modernization initiative, the department has been rolling out new online client accounts, automated processing tools and digital visas as part of a broader multi-year transformation.

However, as processes become more automated, it can be harder to see how decisions are shaped or how to challenge them. The growing use of automated tools has long been linked to changes in accountability and institutional practice.

In immigration administration, these changes are becoming visible in everyday interactions with digital systems.

Operational pressures

Canada processes millions of temporary and permanent immigration applications each year, placing significant pressure on administrative systems and processing capacity.

Much of this work is currently done through the current Global Case Management System (GCMS). This system was introduced 20 years ago when immigration processing relied heavily on paper records and centralized operations.

However, the system was designed for a different era of immigration administration. When GCMS was first implemented, immigration processing still relied heavily on paper documentation and centralized administrative workflows.

Over the past two decades, both the scale and complexity of Canada’s immigration system have expanded significantly. As a result, IRCC has begun developing a new case-management platform intended to replace the GCMS as part of the department’s broader digitization initiative.

A digitized process

Immigration administration involves some of the most consequential decisions the federal government makes about a person’s legal status, mobility and protection. Today, most people applying for Canadian visas or residency begin the process online rather than through direct interaction with an immigration official.

Applicants typically interact first with online portals, automated messages and document-verification systems before their files reach a decision-maker.

These changes are institutional as well as administrative. Canadian immigration law now allows electronic systems to assist officers in processing applications and making decisions.

A woman sitting on a couch working on a laptop
As the number of people seeking to visit and immigrate to Canada grows, the way applications are handled is becoming more digital.
(Unsplash/Brooke Cagle)

Advanced data analytics help identify routine applications and speed up processing. Across the federal public service, similar technologies are increasingly used to support administrative decision-making.

Client portals also shape how applicants interact with the state by organizing how documents are submitted, how additional information is requested and how applicants receive updates about their cases.

Migration files are increasingly managed as digital case records that move across government systems. This means applications may be evaluated at several stages of processing rather than only when an officer makes the final decision.

For example, automated triage systems can classify applications as routine before an officer reviews them, while online client portals structure how applicants submit documents and receive updates throughout processing.

Automation and the applicant experience

While these reforms are designed to improve efficiency, they are also reshaping how applicants experience the immigration system.

For many migrants, immigration now involves prolonged interaction with digital systems, document verification procedures and automated communication channels. Applicants may need to repeatedly upload documents, respond to automated requests for additional information or monitor online portals for updates over months or even years.

Limited visibility into timelines or decision pathways can make it difficult to understand how cases are being assessed, resulting in prolonged uncertainty and new administrative burdens.

These experiences may appear to be technical issues, but they also reflect deeper changes in how immigration administration now operates.

The shift toward digital and automated administration also affects how immigration officers work. Automation and triage tools have been introduced to manage workload and improve productivity, while also reshaping how responsibilities are distributed across technical systems and administrative workflows.

Caseworkers are increasingly operating within infrastructures that pre-classify applications and structure decision processes. But instead of addressing the source of administrative strain, it’s simply reorganized.

Keeping automation accountable

Canada already has several oversight mechanisms in place, including algorithmic impact assessments required by directives on automated decision-making.

These measures represent meaningful progress toward responsible digital governance. However, as immigration administration becomes increasingly automated and platform-based, additional safeguards are needed to ensure accountability keeps pace.

Possible measures include expanding public documentation about automated triage systems, introducing independent review processes and ensuring clear pathways for human review. Such steps would better align digital modernization with Canada’s existing oversight frameworks for automated decision-making.

Canada’s immigration system is often described as rights-based and grounded in equity, fairness and inclusion. Maintaining public trust in that system depends on ensuring administrative decision systems remain transparent, contestable and accountable.

Automation and platform-based administration are reshaping Canada’s migration. Efficiency alone cannot sustain public trust. As Canada modernizes immigration administration, accountability must be built into digital systems as deliberately as the technologies themselves.

The Conversation

Marika Jeziorek does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Canada’s immigration system is going digital, and accountability must keep pace – https://theconversation.com/canadas-immigration-system-is-going-digital-and-accountability-must-keep-pace-276741

Municipales : « Le triomphe autoproclamé du RN et de LFI ne correspond pas à la réalité »

Source: The Conversation – France in French (3) – By Frédéric Sawicki, professeur de science politique, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Si les bascules potentielles de grandes villes de gauche à droite (et inversement) sont mises en avant par les médias, elles demeurent rares. Les équipes municipales seront le plus souvent reconduites dans un scrutin qui échappe largement aux partis politiques. Les percées des partis « protestataires », RN et LFI, doivent, par ailleurs, être relativisées. Analyse du premier tour des municipales 2026 avec le politiste Frédéric Sawicki.


The Conversation : Quels sont les principaux enseignements du premier tour des élections municipales 2026, notamment en ce qui concerne l’abstention ?

Frédéric Sawicki : Selon les informations disponibles, le taux d’abstention est de 42,8 %. C’est bien moins que lors des municipales de 2020 qui furent perturbées par l’épidémie de Covid (55,3 %). Mais en 2014, l’abstention était de 36 %. Ces élections confirment donc la tendance continue, depuis le début des années 1990, de baisse de la participation en France, qui touche toutes les élections, sauf la présidentielle. Bien qu’elles soient présentées comme des élections de proximité, les municipales mobilisent moins de six Français·es sur dix.

Le changement de mode de scrutin dans les communes de moins de 1 000 habitants (la loi du 21 mai 2025 leur a imposé un mode de scrutin de liste paritaire et bloquée), qui représentent 70 % des communes françaises, a eu pour effet d’augmenter le nombre de communes où il n’y avait qu’une seule liste. Est-ce que cela a contribué à démobiliser les électeurs ? Il est trop tôt pour le dire.

Dans les grandes villes, les taux de participation sont très contrastés. À Paris, on est à 58,89 %, à Lyon à 64,45 % mais à Roubaix à 37 %. Cela s’explique en partie par un turnover important des populations – avec des personnes qui ne sont pas forcément attachées au territoire et qui ont du mal à identifier les acteurs et les enjeux municipaux. Il y a aussi le fait que beaucoup de décisions importantes sont désormais prises dans l’espace intercommunal, pour lequel les électeurs ne votent pas directement.

Mon autre remarque générale est que les médias se focalisent sur les villes où il y a un suspense, un risque de bascule, en cherchant à tirer des enseignements pour la présidentielle de 2027. Or, il est difficile de déduire de ces élections municipales des tendances générales nettes et des conclusions à propos des échéances nationales de l’an prochain. Les très grandes villes sont des vitrines pour les partis politiques, et pouvoir mettre en avant deux ou trois gains spectaculaires permet très largement de masquer le fait que, globalement, la plupart des maires de France sont reconduits dans leurs fonctions. En vérité, les municipales échappent de plus en plus aux partis politiques dans un contexte où de nombreux maires ne mettent plus en avant d’appartenance partisane, d’où la multiplication des listes « divers » (gauche, centre, droite, voire extrême droite) enregistrées par le ministère de l’intérieur.

Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN), a fait part de sa satisfaction au soir du premier tour en déclarant : « Les Français ont exprimé leur volonté avec clarté et, ce soir encore, une aspiration profonde au changement. » Son triomphalisme est-il justifié ?

F. S. : Le Rassemblement national va disposer mécaniquement en 2026 de beaucoup plus de conseillers municipaux qu’aux élections municipales précédentes. En 2020, il n’avait présenté que 325 listes contre 482 en 2026 si l’on inclut l’UDR d’Éric Ciotti, soit un surcroît de 4 300 candidatures. En revanche, il semble que, pour l’instant, il passe de 13 mairies à environ une vingtaine, ce qui reste modeste. En outre, en dehors de Marseille, Nice et Toulon, il n’est pas en situation d’avoir des conseillers municipaux dans la plupart des grandes villes françaises. Malgré un noyau électoral stabilisé depuis 2022 autour de 30 %, le RN se heurte à un plafond de verre faute d’alliés pour conquérir plus de villes. Là où il ne parvient pas seul à engranger la majorité, il doit compter sur le maintien des listes de ses adversaires pour espérer l’emporter à la faveur d’une triangulaire. Je relativiserais donc largement le message triomphaliste de Jordan Bardella à l’issue du premier tour.

Les Républicains (LR) pourraient-ils être tentés par des alliances avec le RN ?

F. S. : LR a peu de grandes villes, plutôt des villes moyennes et, là encore, les résultats devraient être stables. Le vrai problème de LR, comme du PS, c’est de conserver des élus qui s’affilient au parti plutôt que de jouer la carte « divers droite ».

Bruno Retailleau a appelé à faire barrage à LFI, considéré comme le seul ennemi extérieur à « l’arc républicain ». Est-ce une porte ouverte à des rapprochements avec le RN ? Pour l’instant, il ne semble pas que des fusions soient envisagées, mais il pourrait y avoir des désistements stratégiques entre LR et le RN. À Roubaix, par exemple, assistera-t-on à une fusion de listes LR-RN ou à un appel de la droite à voter RN sans pour autant fusionner ? Je pense qu’il peut surtout y avoir des dérives locales, des candidats divers droite ou anciens LR qui pactisent avec le Rassemblement national contre des postes d’adjoints. Bruno Retailleau ne maîtrise pas tout ce qui se passe localement et il peut fermer les yeux en assurant « Ce ne sont pas de vrais LR ». Cela est possible dans de petites communes, beaucoup moins dans de grandes villes médiatisées, car le risque de perdre une partie des électeurs serait important.

Jean-Luc Mélenchon, pour La France insoumise (LFI), s’est félicité d’une « magnifique percée » de son parti. Partagez-vous son analyse ?

F. S. : LFI devrait gagner Roubaix et a déjà gagné Saint-Denis, la plus grande ville de la couronne parisienne, c’est considérable, même s’il faut quand même rappeler qu’à Saint-Denis, c’est grâce à une alliance avec le Parti communiste français, qui, depuis longtemps, essaye de récupérer la ville perdue au profit des socialistes. Deuxième élément, LFI dépasse 10 % dans beaucoup de grandes villes, ce qui leur assure des mandats de conseillers municipaux qu’ils n’avaient quasiment pas jusqu’alors. Cela contribue donc à l’ancrage local d’un parti qui, jusque-là, était une machine présidentielle.

Pour la première fois, LFI a essayé, partout où c’était possible, de présenter des candidats – notamment dans les grandes villes ou dans les banlieues des grandes villes. De façon assez habile, le parti a mis en avant des candidats de la diversité, ce que les autres partis de gauche ont beaucoup plus de mal à faire. Des thématiques nationales et internationales – Gaza – ont été mises en avant, notamment la dénonciation des discriminations.

Reste que la performance de LFI est très contrastée. Si l’on compare aux européennes de 2024, il y a une forte progression à Toulouse, des progrès à Brest et à Clermont-Ferrand, mais pas de progrès à Lille, par exemple. Évry, en région parisienne, était considérée comme gagnable par LFI. Or, le candidat centriste a été élu dès le premier tour. À Paris, LFI a perdu des voix. Aux européennes, LFI y avait totalisé 16,7 % des votes et, dimanche, la liste Chikirou a obtenu 11,7 % : c’est une baisse très importante. Idem pour Nantes, Lyon, Nancy, Montpellier : LFI s’implante mais est loin de réitérer ses scores des européennes où le taux de participation était à peu près identique. Est-ce un effet des prises de position polémiques de Jean-Luc Mélenchon ? Est-ce un effet de l’union de la gauche choisie par le PS, Les Écologistes et le PCF ? Difficile à dire… Dans tous les cas, je relativiserais le « succès » de LFI. Ce qui est certain, en revanche, c’est que LFI pose un problème évident au Parti socialiste et aux écologistes : dans certaines villes, ces derniers ne pourront pas gagner sans alliance ou fusion technique avec le parti de Mélenchon.

Alors qu’ils avaient gagné de nombreuses villes en 2020, Les Écologistes sont-ils en pleine déroute ?

F. S. : Pour ce qui concerne Les Écologistes, il faut rappeler que la performance des villes gagnées en 2020 était en partie le produit de circonstances exceptionnelles : faible taux de participation, succès de Yannick Jadot aux élections européennes de 2019, discrédit des socialistes, mobilisation internationale en faveur du climat. Aujourd’hui, le contexte a complètement changé, et on pouvait s’attendre à des pertes. À Grenoble, à Bordeaux, à Strasbourg, les résultats ne sont pas très bons, mais pas si catastrophiques si on les rapporte, là encore, aux résultats des élections européennes et à l’inexpérience initiale des élus écologistes. Les résultats au bout du compte dépendront des fusions de listes, et la principale ville gérée par Les Écologistes, Lyon, contre tous les pronostics devrait leur rester acquise.

Quels sont les enjeux du second tour pour le PS ?

F. S. : Les dirigeants socialistes sont pris au piège de leurs divisions stratégiques vis-à-vis de LFI. En même temps, la forte autonomie laissée aux candidats locaux par Olivier Faure ouvre la porte à des arrangements pragmatiques. Il y a quelques risques de basculement de villes vers la droite, en cas de refus de désistement ou de fusion avec la liste LFI (Nantes, Brest, Clermont-Ferrand, peut-être Rennes). À Paris, l’avance dont dispose Emmanuel Grégoire semble le mettre relativement à l’abri de Rachida Dati. À Lille, Les Écologistes vont-ils s’allier à LFI contre le maire socialiste ? On va assister à une variété de configurations qui vont peut-être se traduire par des solutions ad hoc, des accords locaux. Ces accords vont-ils changer les relations du PS et de LFI sur le plan national d’ici 2027 ? C’est bien peu probable à court terme, tant les arènes politiques municipales et nationale sont aujourd’hui déconnectées.

Les résultats de Renaissance confirment-ils l’échec du macronisme à s’implanter localement ?

F. S. : Effectivement, Renaissance a raté le coche de l’ancrage local en refusant d’utiliser les moyens du parti pour développer des collectifs locaux. En 2020, le parti d’Emmanuel Macron a tenté de débaucher des élus sortants de centre droit ou de centre gauche sans beaucoup de succès, à la différence d’Horizons d’Édouard Philippe. Renaissance a quelques espoirs à Bordeaux ou à Annecy, mais cela restera maigre, d’autant que Christian Estrosi a de fortes chances d’être battu à Nice. Le parti de Gabriel Attal est totalement absent de Lyon, de Marseille et de Paris – alors que la capitale est un bastion électoral macroniste aux élections nationales. Les macronistes n’ont pas de quoi être optimistes, mais ils ne le sont plus depuis la dissolution de 2024. L’implantation territoriale du centrisme repose aujourd’hui surtout sur Horizons d’Édouard Philippe, l’UDI et le MoDem. Si on veut en faire un test pour 2027, je dirais que ces municipales semblent plus favorables à Édouard Philippe, bien placé au Havre, qu’à Gabriel Attal, qui dirige Renaissance.


Propos recueillis par David Bornstein.

The Conversation

Frédéric Sawicki ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Municipales : « Le triomphe autoproclamé du RN et de LFI ne correspond pas à la réalité » – https://theconversation.com/municipales-le-triomphe-autoproclame-du-rn-et-de-lfi-ne-correspond-pas-a-la-realite-278452

Quel bilan pour les nouvelles « forêts urbaines » d’Anne Hidalgo ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Serge Muller, Professeur émérite, chercheur à l’Institut de systématique, évolution, biodiversité (UMR 7205), Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

Forêt urbaine du parvis de l’Hôtel-de-Ville, à Paris, le 27 novembre 2025. Serge Muller , Fourni par l’auteur

En 2020, Anne Hidalgo s’engageait à faire naître quatre forêts urbaines à Paris. Qu’en est-il aujourd’hui ? Ces projets ont-ils vraiment fait naître des « forêts » ? Sont-ils suffisants à l’heure du changement climatique ?


Paris est une des pires villes européennes en temps de canicule. Pour changer cet état de fait, augmenter le nombre d’arbres parait plus que jamais nécessaire. D’autant plus qu’avec 14 % seulement de sa surface boisée en ne prenant pas en compte les bois périphériques de Boulogne et de Vincennes, et 21 % en les intégrant, Paris est aussi une des capitales les moins boisées d’Europe.

Afin d’améliorer cette situation, la maire sortante de Paris, Mme Anne Hidalgo, s’était engagée à planter 170 000 arbres au cours de la mandature 2020-2026. Parmi les opérations phares de ce projet figure la création de quatre « forêts urbaines » à Paris.

Six ans après ces promesses, et à quelques semaines des élections municipales, quel bilan peut-on faire de ces projets ?

Quels sont les sites concernés ?

Bien que les sites prévus aient changé du fait de difficultés techniques, la création des quatre forêts urbaines a pu être finalisée et elles ont été inaugurées avant les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 : celles de la place de Catalogne en juin 2024, du bois de Charonne en septembre 2024 et du parvis de l’Hôtel-de-Ville en juin 2025. l’inauguration de la quatrième sur la place du Colonel-Fabien a elle eu lieu juste avant les élections, le 11 mars 2026.

Myrtus communis plantée dans la forêt de Charonne
Le myrte commun, arbuste méditerranéen planté dans la forêt urbaine de Charonne, 29 novembre 2025.
Serge Muller, Fourni par l’auteur

Le premier site correspond à la place de Catalogne dans le XIVe arrondissement. Cette place d’environ 1 hectare (ha), qui constituait un rond-point de circulation automobile avec initialement une fontaine au milieu, était totalement minéralisée et dépourvue d’arbres. Elle a été végétalisée sur 4 000 mètres carrés (m2) par la plantation de 470 arbres correspondant à 16 espèces différentes, soit une densité de 12 arbres pour 100 m2, complétés par la plantation de 1 200 arbustes.

Le deuxième site, plutôt linéaire, nommé bois de Charonne, est situé dans le XXe arrondissement sur une ancienne voie ferrée de la petite ceinture avec ses abords. Il couvre environ 2 ha. Près de 112 arbres de haute taille y ont été plantés parmi environ 7 500 jeunes plants d’arbres de 40 essences différentes, accompagnés d’environ 2 200 arbustes également d’une quarantaine d’espèces différentes. Cette nouvelle forêt est située en continuité d’un square existant de 1,5 ha, le « jardin de la gare de Charonne ». L’opendata de la Ville de Paris y comptabilise actuellement 295 arbres pour cet ensemble de 3,5 ha, soit environ 1 arbre pour 100 m2.

Présentation du bois de Charonne.

Le troisième site est localisé sur le parvis de l’Hôtel-de-Ville. Il est composé de deux espaces végétalisés, totalisant 2 500 m2, séparés par une partie centrale restant minérale.

Présentation du parvis de l’Hôtel-de-Ville.

Y ont été plantés, selon l’open data de la Ville de Paris, 46 arbres matures (atteignant jusqu’à 10 m de hauteur) de cinq espèces différentes (charme, févier d’Amérique, chêne chevelu, micocoulier de Julian et érable de Zöschen). D’autres arbres ou arbustes plus petits, d’espèces différentes (chêne à feuilles de phillyrea, arbousier, argousier), ont été plantés en périphérie de l’ensemble sur 850 m2, afin de renforcer la végétalisation de la place.

L’arbousier (photo de gauche et du centre) et le micocoulier de Julian (photo de droite) dans la forêt urbaine de l’Hôtel-de-Ville, 27 novembre 2025.
Serge Muller, Fourni par l’auteur

Le quatrième site, dont le chantier a été achevé, est localisé à la place du Colonel-Fabien (carrefour des Xe et XIXe arrondissements). Il correspond à la création d’une forêt urbaine sur 1 460 m2 avec la plantation réalisée de 79 nouveaux arbres.

Quelles caractéristiques de ces nouvelles forêts urbaines ?

Tous ces espaces ont été aménagés par désimperméabilisation de places minérales ou de friches ferroviaires, avec un apport important de terre végétale et la plantation d’arbres de taille déjà conséquente (hauteur de 3 à 7 m, voire davantage), accompagnés de plants d’arbres de plus petite taille et d’arbustes. Ces forêts ont été créées sur des superficies assez variables en fonction des disponibilités de terrain (entre 1 400 m2 pour la place du Colonel-Fabien et environ 20 000 m2 pour les nouvelles plantations du bois de Charonne). L’objectif est ainsi de constituer rapidement des espaces boisés relativement denses à partir d’un état initial de substrat minéral.

Chantier de la forêt de la place de la Catalogne
Chantier de la forêt de la place de Catalogne, 18 décembre 2023.
Serge Muller, Fourni par l’auteur

Mais ces espaces végétalisés sont-ils des forêts ? Pas vraiment pour la plupart, si l’on se fie à la définition retenue par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) pour qui le terme de forêt désigne un peuplement d’arbres d’une surface d’au moins un demi-hectare (5 000 m2) et ayant un couvert arboré d’au moins 10 %, ce qui signifie que, vue du ciel, la surface du sol recouverte par les cimes des arbres, doit dépasser 10 %.

Quelles différences avec les squares et les parcs urbains ?

Ces mini-forêts urbaines se rapprochent peut-être davantage des squares, jardins et parcs urbains de Paris, de type haussmanniens ou plus récents (comme le parc Brassens, dans le XVe arrondissement), en prévoyant également des aires de quiétude et de promenade pour les citadins.

Mais les boisements sont plus denses et les espaces de récréation plus petits dans ces mini-forêts urbaines que dans les squares, sans espaces de jeu prévus pour les enfants par exemple. La forêt urbaine de Charonne est un peu particulière à cet égard puisqu’elle est adossée au « jardin de la gare de Charonne », square de 1,5 ha créé en 1986, donc il y a quarante ans, sur l’emplacement de l’ancienne gare de Charonne.

Forêt urbaine de Charonne
Forêt urbaine de Charonne, 29 novembre 2025.
Serge Muller, Fourni par l’auteur

Ces forêts urbaines se veulent aussi plus « naturelles » en privilégiant comme essences de boisement celles qui sont indigènes dans le Bassin parisien ou la France hexagonale et en réduisant la part des espèces exotiques. Ainsi près de 60 % des arbres de la forêt urbaine de la place de la Catalogne correspondent à des essences indigènes dans le Bassin parisien, les autres étant de provenance subméditerranéenne, américaine ou asiatique. La même attention n’a toutefois pas été accordée aux arbustes puisque 95 % des plants introduits dans cette forêt urbaine correspondent à deux espèces originaires d’Extrême-Orient (la véronique arbustive et la menthe australienne). Quant aux plantes herbacées introduites, il s’agit principalement d’un patchwork de cultivars de fougères.

Forêt urbaine de la Place de la Catalogne
Forêt urbaine de la place de Catalogne avec fougères au premier plan, 20 avril 2024.
Serge Muller, Fourni par l’auteur

Plutôt qu’un mélange hétéroclite d’ensembles floristiques de diverses provenances, on aurait pu y expérimenter un cortège exclusivement subméditerranéen, afin de tester son adaptation aux conditions climatiques des prochaines décennies.

Ni véritablement des forêts selon la définition de la FAO, pas exactement des squares non plus, ces nouveaux espaces s’éloignent aussi d’un autre modèle : celui des micro-forêts Miyawaki, qui correspondent à des plantations très denses de jeunes plants (jusqu’à trois individus au mètre carré) de moins d’un mètre de hauteur et d’essences en principe uniquement indigènes. Or, ces nouvelles mini-forêts urbaines parisiennes ont pour la plupart des hauteurs de plusieurs mètres, pouvant même dépasser 7 mètres et aussi des densités bien plus faibles, de l’ordre d’un à une dizaine d’arbres pour 100 m2, sur des superficies en principe plus grandes, allant jusqu’à 2 ha pour les plantations du bois de Charonne.

Quel intérêt de ces nouvelles mini-forêts urbaines de Paris ?

Ces nouveaux boisements, devant nécessairement être adaptés aux potentialités et contraintes locales, sont assez diversifiés dans leurs dimensions et configurations (forme plutôt arrondie pour les anciennes places comme celles de Catalogne ou du Colonel-Fabien, au contraire allongée pour l’ancienne voie ferrée du bois de Charonne).

Forêt urbaine de Charonne
Forêt urbaine de Charonne, 29 novembre 2025.
Serge Muller, Fourni par l’auteur

Les compositions et structures des peuplements d’arbres et d’arbustes plantés apparaissent aussi assez variables, en fonction du contexte et des opportunités, mais avec toujours l’objectif d’adaptation aux conditions climatiques futures. L’intérêt de la prédominance d’essences régionales reste toutefois discutable dans ce contexte de changement climatique. La constitution de peuplements à forte diversité d’essences et structure hétérogène est un point fort de ces nouvelles forêts urbaines, qui doit permettre d’accroître leur résilience aux perturbations et aléas climatiques auxquels elles seront assujetties.

Ces plantations contribuent indubitablement, sur des surfaces certes modestes, à la végétalisation de la ville, ainsi qu’à l’augmentation de sa canopée et aux continuités écologiques. Il s’agit d’opérations pilotes, à fort impact médiatique et à coût relativement élevé, qui démontrent la faisabilité et l’intérêt paysager et environnemental de telles opérations de création ex nihilo de « forêts urbaines ». Il conviendra toutefois d’examiner leur évolution au cours des prochaines décennies.

Forêt urbaine de l’Hôtel de ville
Forêt urbaine du parvis de l’Hôtel-de-Ville, 27 novembre 2025.
Serge Muller, Fourni par l’auteur

Ces créations de forêts urbaines doivent nécessairement, comme prévu dans le « Plan arbre 2021-2026 » de la ville, s’inscrire en complémentarité et si possible en continuité avec d’autres types de plantations tels que des alignements d’arbres, des créations ou extensions de parcs et squares urbains, la densification des peuplements d’arbres dans les cimetières, les cours d’école, les places, les talus du périphérique et autres espaces ouverts. L’objectif doit être d’accroître encore sensiblement le recouvrement de la canopée dans la ville de Paris et la métropole du Grand Paris, afin de contribuer à mieux adapter ces territoires urbains aux conditions climatiques des décennies à venir.

The Conversation

Serge Muller est membre associé de l’Autorité environnementale de l’IGEDD (Inspection Générale de l’Environnement et du Développement Durable) en France et membre du Groupe sur l’urbanisme écologique (GrUE)

ref. Quel bilan pour les nouvelles « forêts urbaines » d’Anne Hidalgo ? – https://theconversation.com/quel-bilan-pour-les-nouvelles-forets-urbaines-danne-hidalgo-272531

Failing to succeed: Why post-secondary students need more room to mess up

Source: The Conversation – Canada – By Melissa Gallina, Research Co-ordinator, Housing and Conference Services, McMaster University

University students today face a confusing mix of messages about failure. They hear from a variety of sources, sometimes including educational institutions, that it’s a normal part of learning, yet they move through systems where even small mistakes can have serious consequences.

Institutions may encourage reflection after setbacks, but the structural message is clear: failure is risky. A single low grade in first year can affect access to competitive programs, co‑op placements, scholarships and graduate school.

Our recent scholarship draws on interviews with university administrators and previous scholarship about dealing with experiences of failure to examine how students are caught between messages that celebrate failure as growth and systems that punish it. Navigating this contradiction leaves many feeling stuck.

When messages that failure is part of life collide with its sometimes costly consequences, students are often left to interpret failure on their own.

Many arrive at university with strong academic records, so their first disappointing grade can feel devastating. Administrators commonly shared that students are “terrified of failing” and “do not quite know how to cope with it.”

Students fear failing

Fear of failure exists for a reason. Universities sort, rank and evaluate students in ways that carry long-term consequences.

For students receiving scholarships or financial aid, even one challenging term can put essential funding at risk. Research also shows that students who fail a course are more than four times more likely to withdraw from it or leave university entirely.

Despite this, students hear that failure is central to learning. The 12 university administrators we interviewed in our study echoed this belief. Each was from a mid-sized, research-intensive institution located in southern Ontario.

One described making mistakes as “the most important lesson of higher education… messing up is the whole point… and learning [from it].”

Across other interviews, administrators similarly stressed that students should value failure as growth. At the same time, they acknowledged that students and instructors have to navigate the confines of current university structures, including grading and other merit-based opportunities.

Nobody teaches you how to fail well

Administrators also noted that many students enter university without the academic and executive functioning skills they need.

Time management, note-taking, independent learning and critical thinking take time to develop. When students who are still building these skills receive a low grade, they often interpret it as a reflection of ability rather than a signal to adjust strategies.




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Without guidance, this can spiral into self-doubt, anxiety and procrastination. Many first-year students hesitate to seek help because doing so feels like revealing weakness. It is common for students to look for “bird courses” — easier courses with lighter workloads.

This illustrates how some choose safer paths and avoid intellectual risk, limiting learning at the exact moment when support is most important.

Some students bounce back more easily

The consequences of failure are not felt equally. Administrators stressed that today’s students are increasingly diverse, and many balance course work with paid work, caregiving, commuting and financial responsibilities.

What used to be considered traditional student life is becoming less common. For students who work full time or care for family, a repeated course or reduced course load doesn’t just delay graduation. It can mean lost wages, extra child-care costs or increased debt.




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Students from marginalized communities may face additional barriers. These students often encounter services that do not reflect their needs or require navigating complex systems, all of which can make asking for help feel harder than failing quietly.

As one administrator put it, institutions must ask whether students “see themselves reflected in your services.” When the answer is no, students are less likely to reach out, which compounds the impact of any setbacks.

Making room for mistakes

Many instructors already try to make failure a constructive learning experience. Practical strategies include offering low-stakes assessments early in the term, allowing revision and resubmission and building in reflection activities that help students understand mistakes.

Sharing personal stories of academic struggle can also help. One administrator described showing students their own first-year transcript to demonstrate that academic journeys are rarely perfect.

These practices reduce stigma and build trust. Students take more intellectual risks when they believe their environment is supportive. However, instructors work within wider systems that reward performance and ranking. Large class sizes limit feedback, students with disabilities face bureaucratic hurdles that make seeking help difficult and heavy workloads reduce time for check-ins. Without broader structural changes, even thoughtful instructors face limits.

How universities can fix the problem

Messages from some universities cannot continue encouraging students to embrace failure while universities maintain systems that punish it.

To resolve this contradiction, institutions should:

  • Rethink assessment and progression rules so that small setbacks do not have lasting effects. Expand low-stakes assessments and early feedback, especially in large introductory courses.

  • Co-ordinate support services so students can find timely help without navigating complex bureaucracies.

  • Consider how race, gender, disability, family responsibilities and financial pressures shape who can afford to fail.

  • Create outside-the-classroom learning opportunities that support the academic curriculum where students can mess up safely, without an impact on their grades. For example, Living Learning Communities provide space for like-minded students in residence to experience discipline-specific programming or activities without the in-classroom risks of failure.

  • Make spaces that support learning accessible through family-friendly scheduling and child care.

  • Give students more agency through flexible pathways, reflective practices and opportunities to revise and improve.

Failure will always be part of higher education. It can be a powerful teacher, but only when students have the support, time and agency to process it.

With thoughtful design, institutions can help students fail in ways that build confidence rather than fear and ensure that mistakes lead to learning instead of lost opportunity. Mistakes happen. Learning from them should be a requirement for students, not a privilege.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Failing to succeed: Why post-secondary students need more room to mess up – https://theconversation.com/failing-to-succeed-why-post-secondary-students-need-more-room-to-mess-up-275657

Beyond the ‘Spain is Different’ slogan: putting an end to tourist clichés about Spain

Source: The Conversation – France – By Jorge Villaverde, Historien, CRIMIC/Sorbonne Université, Institut catholique de Lille (ICL); European University Institute

Palma Nova beach – a popular European holiday destination in the Spanish Balearic island of Majorca, 1960. Antonio Verdugo, Legacy Luis Fernández Fuster, University of Zaragoza, Huesca. , CC BY

Spain’s image abroad and how it has evolved over the centuries was the focus of a recent episode of Karambolage, a TV show on Franco-German European culture channel Arte. It traced the evolution of the “Black Legend” from the 16th century to the tourist slogan “Spain is Different”, popularised in the 1960s, suggesting an almost natural continuity between older historical stereotypes and tourism marketing associated with the Franco regime.

In the programme’s account, Spain is today associated with sunshine and flamenco, after having long been burdened with a negative reputation. From the 16th century onwards, at the height of its colonial empire, Protestant rivals spread hostile propaganda that helped shape the so-called Black Legend, portraying Spaniards as brutal and backward. This view persisted, particularly in 19th-century France, where the doubly racist expression “Africa begins at the Pyrenees” placed the country on the margins of a supposedly more civilised Europe.

The episode presents the following sequence: the civil war, followed by the Franco dictatorship, reinforced the country’s international isolation. In the 1960s, the regime then opened Spain to tourism. Under the leadership of Minister Manuel Fraga Iribarne, an ambitious campaign centred on tradition was launched under the slogan “Spain is Different,” which is presented as the trigger for Spain’s tourism boom.

The problem with this narrative lies in the way it simplifies a much more complex process. Moving from the Black Legend to the ironic reappropriation of a Francoist slogan may appear coherent. This interpretation echoes recent research on the role of tourism in the construction of Spanish identity and its international image.

But by joining up the dots in this way, the TV programme revives historical clichés that recent scholarship has significantly nuanced.

A seductive but peripheral difference

While the video evokes the frustration of some Spaniards with the distorted images associated with their country, it nevertheless tends to reinforce the idea of a Spain defined by the external gaze. This stems from the processes of eroticisation and exoticisation developed in the 19th century by the hegemonic powers of France and Britain towards their former imperial rival.

These representations are neither simple contempt nor a linear continuity between anti-imperial propaganda and later forms of condescension. They place Spain within an ambivalent form of otherness that relegates the former empire to the margins of a modernity defined elsewhere. Described as peripheral, the peninsula is simultaneously invested as a romantic space and a source of political and artistic inspiration. Even if visitor numbers remained far lower than in France, Switzerland or Italy, Spain occupied a central place in the European imagination.




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The 1900 world’s fair – Andalusia under Moorish rule. Alexandre Lunois.
Bibliothèque nationale de France, CC BY

Contempt and exaltation stem from the same dynamic. These clichés combine hierarchy and attraction, aestheticisation and distance. Admiration itself participates in a symbolic reclassification that assigns Spain a seductive but peripheral difference.

It is therefore not enough simply to complicate the French gaze. It is also necessary to avoid reducing Spain to the object of an external symbolic construction. Such a reading obscures the country’s own internal dynamics. Spain is not only shaped by foreign projections. It is also a space of internal debate and intellectual circulation that extends beyond its borders.

From the early modern period, Spanish thinkers questioned the legitimacy of conquest and fully participated in European intellectual exchanges. In the 19th century, Spanish exiles and travellers encountered the industrialisation of wealthier countries and the prominence of world fairs. These experiences fuelled fundamental debates about Spain’s place in modernity.

Presenting the country as trapped in a negative reputation passively endured amounts to overlooking these internal debates and transnational exchanges, which helped define its place in European history.

An ambivalent slogan

But the main blind spot of this narrative appears when we examine the history of the slogan itself. It is true that a widely shared memory attributes “Spain is Different” to the Francoist Minister Manuel Fraga. Yet research shows that the formula emerged as early as the republican years, circulated widely in the 1940s and 1950s, and that the campaign launched under Fraga was more its culmination than its invention.

“Spain is Different” appeared as early as 1932–1933 in a series of photographic posters produced under the direction of Rafael Calleja, a conservative senior civil servant who remained in office from the Primo de Rivera dictatorship to the Republic. The slogan notably accompanied the image of an alcaldesa of Zamarramala, a female figure symbolically invested with authority during the annual festival.

SPAIN – Spain is Different PNT/OTC. Photo Francisco Andrada, 1932-1933.
Arxiu Històric de la Ciutat de Barcelona AHCB4-205/C05

The choice is already singular and came at a time when the Republic was expanding women’s civic participation and profoundly transforming the political and social order.

During the civil war, the formula was quickly reappropriated. On the back cover of the magazine L’Esquella de la Torratxa, a family of English tourists contemplates a striking version of the poster. The “alcaldesa” is replaced by Franco, whose pose was meant to appear effeminate – a way of undermining him in the political culture of the time. Surrounded by a bishop, a colonial soldier and Nazi and Fascist officers, the motif of “difference” becomes political satire. It no longer refers to national particularities but to the spectacle offered to hesitant European democracies of the alliance between the putschists and the Fascist powers and their use of colonial troops.

International tourist propaganda – Visit Spain! David Santsalvador, La Esquella de la torratxa 13/11/1936.
Biblioteca Virtual de Prensa Histórica, CC BY-NC-ND

In the English-speaking press, the slogan also served as a key to interpreting the conflict. It often appeared in accounts marked by imperial condescension that presented a “different” Spain as an unstable anomaly within civilised Europe. This longstanding trope helped naturalise violence, presenting it as the supposed expression of an inherent otherness rather than as part of a broader European breakdown of order.

Neither the slogan nor its main promoter disappeared after the war. The formula was revived in the 1940s and 1950s, notably in the volumes Apologías Turísticas de España, directed by Rafael Calleja (1943, 1957), as well as in several photographic poster campaigns featuring the slogans “Spain is Beautiful and Different” and “Spain is Beautiful and Different: Visit Sunny Spain.”

In the post–civil war period, the emphasis on Spain’s singularity accompanied the regime’s efforts to break its international isolation and integrate into the Western order dominated by the United States. Tourism promotion was now primarily aimed at the North American public, while this singularity became a diplomatic resource intended to present the country as an acceptable partner within the Western bloc.

Franco and Eisenhower met in Madrid, December 22, 1959.
WikiCommons, CC BY

When Manuel Fraga relaunched a major campaign in 1962 under the slogan “Spain is Different,” the country was no longer isolated. The agreements concluded with the Holy See and the United States in 1953, Spain’s entry into the UN in 1955 and the Stabilisation Plan of 1959 marked its integration into the Western order and ushered in a period of very rapid growth. In the context of the post-war economic boom, tourism became one of the drivers of economic and social transformation. Spain was already welcoming nearly seven million visitors a year at the beginning of the decade and became part of an international leisure market alongside Italy and Greece.

The regime certainly sought to attract foreign exchange and improve its image. But reducing this policy to simple folkloric instrumentalisation oversimplifies a society undergoing rapid change. Administrators, entrepreneurs, artists and municipalities all participated in the construction of this new image. In an increasingly competitive tourism market, “difference” became a tool of differentiation. The rise of Spanish tourism is better explained by structural dynamics in post-war Europe than by the isolated action of a supposed providential figure.

Finally, implicitly contrasting a supposedly “backward” Spain with a “modern” Europe reproduces an old pattern that historiography has largely deconstructed. Spanish history should not be read as a trajectory lagging behind a supposedly normative European centre. Formulated in a prestigious cultural media outlet from wealthier countries, this opposition inadvertently revives older logics of cultural hierarchy.

From propaganda to reappropriation: when the slogan escapes the state

This same linear reading appears in the way the programme connects the Black Legend to the contemporary use of “Spain is Different,” as if these clichés had ultimately been internalised. Yet the slogan has had a long and contested history. From its earliest uses, it served to dispute the definition of the nation: in the conservative reaction to republican reforms, in antifascist satire during the civil war, in Anglo-Saxon narratives marked by imperial condescension, and later in a Franco regime first seeking US protection and then concerned with attracting foreign exchange and European recognition.

The Spanish example shows that ironic appropriation can constitute a form of critical distance. In the terms proposed by British sociologist Stuart Hall, this corresponds to an oppositional reading, in which a message produced by those in power is taken up and turned against them. The problem lies not in the irony itself but in the linear framework in which this history is placed.

It was not the last time. In 2012, the creation of “Marca España” by the Popular Party government – a party founded by Manuel Fraga at the end of Francoism – formed part of the neoliberal logic of nation branding. The organisation aimed to improve the country’s image abroad and among Spaniards themselves. Very quickly, the name became an object of sarcasm. At the slightest train delay, after a sporting defeat or a corruption scandal, a simple shrug was enough to prompt an ironic, “Marca España.”

Spanish distinctiveness has never constituted a stable essence. It has been a stake, a site of projection and conflict. Presenting it as a continuous thread linking longstanding stereotypes and Francoist marketing erases what matters most: Spanish “difference” has always been an object of dispute.


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The Conversation

Jorge Villaverde ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Beyond the ‘Spain is Different’ slogan: putting an end to tourist clichés about Spain – https://theconversation.com/beyond-the-spain-is-different-slogan-putting-an-end-to-tourist-cliches-about-spain-277706