Source: The Conversation – in French – By Laurent Vilaine, Docteur en sciences de gestion, ancien officier, enseignant en géopolitique à ESDES Business School, ESDES – UCLy (Lyon Catholic University)
Emmanuel Macron a annoncé la création d’un service militaire volontaire d’une durée de dix mois qui concernera 3 000 jeunes dès septembre 2026, puis 50 000 en 2035. Ces recrues seront-elles véritablement utiles, en soutien aux 200 000 militaires de métier ? Le chef de l’État estime qu’il « existe une génération prête à se lever pour la patrie ». Pourtant, l’armée peine à recruter des professionnels.
Les tensions internationales et plus particulièrement la guerre en Ukraine mettent en alerte les États européens. Ceux-ci augmentent leurs crédits militaires et s’interrogent sur les moyens de raviver leur système de réserves, bien souvent mis en sommeil depuis la fin de la guerre froide. Dans ce cadre, alors que Jacques Chirac avait annoncé en 1996 la suppression du service national, le président Macron a annoncé le 27 novembre 2025 sa résurrection selon des modalités différentes.
Il s’agirait d’un service militaire basé sur le volontariat, rémunéré au minimum 800 euros. L’objectif d’un tel service militaire serait de renforcer les régiments, dans le cadre de modalités encore inconnues, à hauteur de 3 000 jeunes en 2026, 10 000 à l’horizon 2030 pour une montée en puissance à 50 000 jeunes en 2035. Il s’agirait bel et bien d’une formation militaire incluant exercices tactiques, sport, exercices de tir. En outre, ces recrues n’auraient pas vocation à servir en opérations extérieures. Au-delà de former des jeunes à la chose militaire, l’espoir des autorités est de retenir suffisamment de personnes dans la réserve pour que celle-ci passe de 50 000 à 80 000 soldats.
Pour autant, un tel dispositif est-il de nature à véritablement renforcer les capacités de défense de la France ou constitue-t-il une simple mesure de communication politique ?
Un contexte de menaces et de résilience : pourquoi ce retour de l’uniforme ?
La guerre en Ukraine et les menaces russes ont rebattu les cartes de manière violente, en France et dans l’ensemble des pays européens. Les budgets de défense augmentent fortement. La France ne fait pas exception. La modernisation des forces est mise en avant. Reste désormais à mobiliser les citoyens.
Le chef d’état-major des armées a récemment tenté de sensibiliser la population au changement de la donne stratégique, pointant le risque que le pays ne soit « pas prêt à accepter de perdre ses enfants, de souffrir économiquement ». Il s’agit donc bien de préparer la société au pire dans un contexte où plusieurs pays européens pointent l’expansionnisme russe. Il ne s’agit pas seulement d’augmenter les effectifs de la réserve opérationnelle pour répondre à une guerre de haute intensité, mais bel et bien d’activer une mémoire républicaine où l’uniforme est perçu comme vecteur de cohésion et d’unité nationale.
Reste à s’interroger sur les difficultés qu’un tel projet peut rencontrer et sur le caractère politicien ou non d’une telle initiative dans un contexte où Emmanuel Macron tente de reprendre l’initiative dans un paysage politique instable et fragmenté.
Le service militaire volontaire : une force utile ou une armée symbolique ?
Le contenu du nouveau service militaire volontaire (SMV) vise à mobiliser les jeunes dans un cadre structurant. La formation initiale durera un mois permettant de délivrer une instruction militaire de base (maniement des armes, entraînement physique, combat). Il ne s’agit pas de créer des soldats professionnels projetables mais des citoyens-soldats capables de remplacer sur le territoire national les soldats professionnels partis guerroyer face à la Russie. En effet, dans une telle situation, les nouvelles recrues prendraient la charge de l’opération sentinelle, garderaient des bases, assureraient la mobilisation territoriale.
Plusieurs obstacles se dressent face à ce projet. Il y a d’abord le vote du budget. Si le budget de la défense n’est pas voté, celui de l’année dernière sera reconduit au moins partiellement. Une telle hypothèse entraînerait le report du projet budgété à deux milliards d’euros. Il y a ensuite l’attractivité du projet face à une jeunesse à remobiliser. L’armée française a du mal à recruter des soldats professionnels. Parviendra-t-elle à recruter des soldats dans le cadre du nouveau service militaire ?
On peut imaginer que les recrutements initiaux – 3 000 personnes pour 2026 – ne poseront pas de problèmes. Mais qu’en sera-t-il lors de la montée en puissance impliquant des projets de recrutement bien plus conséquents à hauteur de 10 000 personnes à l’horizon 2030 et 50 000 à l’horizon 2035 ? La question n’a pas de réponse aujourd’hui mais le doute est permis au regard de la solde proposée de 800 euros minimum et de la perception de l’engagement citoyen de la jeunesse. Les sondages montrent plutôt un accord des Français et même des jeunes à ce projet, mais accord sur le principe et engagement effectif sont deux aspects différents.
L’efficacité militaire du projet
En ce qui concerne la portée strictement militaire du dispositif, plusieurs interrogations se posent. Un engagement de quelques mois suffit-il à construire une réserve compétente ? Un des impératifs, dans tous les cas, sera la convocation régulière de la réserve à des exercices afin d’entretenir les compétences.
Autre problématique : le service militaire ne siphonnera-t-il pas de précieux fonds au détriment de la modernisation des équipements de l’armée professionnelle ? Là encore, il est difficile de répondre à ce stade. En effet, tout cela dépendra de la progression effective du budget global consacré à la défense.
En revanche, exiger des recrues, puis des réservistes, la même efficacité que l’armée professionnelle est un contresens : les missions attribuées aux uns et aux autres ne seront pas les mêmes et les volontaires ne seront pas projetables, à moins d’une menace majeure, généralisée, que l’on a du mal à entr’apercevoir.
Un signal politique plus qu’une révolution stratégique ?
Du point de vue politique, au sens noble du terme, le SMV se fonde sur le projet de « faire nation » et de « recréer du commun ». Face à cela, la droite est plutôt favorable, et une partie de la gauche défavorable. Il s’agit d’un clivage peu surprenant, en cette époque d’opposition politique intense. Une partie de la gauche s’en prend au « va-t-en-guerre » et la droite exige un sursaut.
Mais qui pourra nier la nature agressive du régime de Vladimir Poutine et la nécessité de se préparer à tous les scénarios ? Rappelons que les pays baltes se barricadent et que les Polonais se réarment à vitesse accélérée. Pour autant, s’il s’agit de « faire nation », le volontariat pourrait se limiter à n’attirer que des jeunes déjà convaincus ? La question mérite d’être posée.
Au plan politique, la création d’un grand chantier comme le SMV s’apparente certainement, pour le chef de l’État, à l’objectif de laisser une trace dans l’histoire, celle d’avoir su rassembler les Français autour de la défense du pays. En outre, une telle mesure lui permet de surfer sur le besoin d’autorité qui émerge dans nos sociétés. Mais là encore, il serait naïf de discréditer un projet au motif qu’il induit des préoccupations politiciennes. Dans un système démocratique, nombre de réformes impliquent un souhait d’améliorer le fonctionnement de la société et un souhait de renforcer son électorat voire sa clientèle politique ou encore l’image du prince. Tout cela est consubstantiel à la démocratie et ne dit rien de la valeur intrinsèque de la réforme.
Une initiative utile
Le nouveau service national présenté par le président s’inscrit dans un mouvement général européen allant dans le même sens, même si les modalités sont variables. Bien que dépendant des réalités budgétaires, cette réforme a l’immense avantage de constituer une force d’appoint en mesure de prendre la relève sur le territoire national en cas de projection des forces professionnelles. Il doit également permettre d’augmenter la réserve opérationnelle dans des proportions encore inconnues. Permettra-t-il par ailleurs d’augmenter le civisme de la jeunesse ? On peut émettre des doutes sur ce point. Le service national ne sera basé que sur le volontariat, ce qui constitue une limite évidente.
Finalement, le SMV ne constitue qu’une pièce de la panoplie permettant de réarmer la France. Sa réussite est encore une inconnue mais il s’imbrique parfaitement dans l’ambition française de montée en puissance de son armée, du point de vue matériel, de ses capacités diverses et variées (incluant la guerre informationnelle) et donc également du point de vue des capacités en effectifs. C’est désormais aux armées de communiquer efficacement pour rendre le projet attractif.
Laurent Vilaine ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Une enquête conduite auprès de centaines de personnes ayant fui la guerre au Soudan vers le Soudan du Sud met en évidence l’ampleur des violences – agressions, viols systématiques, assassinats – que les milices infligent à ceux et surtout à celles qui prennent la route en quête de sécurité.
« Je me trouvais à Khartoum lorsque le conflit a éclaté. Des soldats arabes armés sont venus chez nous pour piller nos arachides, mais ma mère a refusé de leur ouvrir la porte. Aussitôt, l’un des soldats lui a tiré dessus. J’ai crié, mais trois soldats m’ont encerclée. Ils m’ont attrapée et emmenée derrière un bâtiment où dix soldats m’ont violée. Personne n’est venu à mon secours, car ma mère était morte et les voisins s’étaient enfuis. Deux jours plus tard, après l’enterrement de ma mère, j’ai rejoint d’autres personnes pour aller au Soudan du Sud. »
C’est à proximité du poste-frontière d’Aweil, entre le Soudan du Sud et le Soudan, que cette jeune fille nous a raconté son histoire, qui rappelle bien d’autres témoignages que nous avons entendus de la part de nombreuses autres personnes. Sous la chaleur étouffante de juillet 2024, les pieds dans la boue et l’eau de pluie accumulées le long de la route, les membres sud-soudanais de notre équipe internationale ont demandé aux gens de partager leurs récits sur les expériences des femmes et des filles qui ont entrepris le périlleux voyage entre les deux pays.
Nous avons discuté avec près de 700 rapatriés et migrants forcés – femmes et hommes, filles et garçons – dont beaucoup ont partagé des expériences similaires, ayant été terrorisés par les soldats et les milices armées des deux camps pendant la guerre civile au Soudan. La guerre déchire le pays depuis 2023 et a causé la mort de plus de 150 000 personnes.
La lutte armée pour le pouvoir qui oppose l’armée soudanaise à un puissant groupe paramilitaire, les Forces de soutien rapide (FSR a provoqué une famine et des accusations de génocide visant les FSR dans la région occidentale du Darfour. Les FSR ont été créées en 2013 et trouvent leur origine dans la tristement célèbre milice Janjawid qui a combattu les rebelles au Darfour, où elle a été accusée de génocide et de nettoyage ethnique contre la population non arabe de la région. De nouveaux témoignages faisant état de massacres et d’atrocités continuent régulièrement d’apparaître.
Alors que la crise s’approfondit, nos recherches ont révélé que les violences sexistes et sexuelles sont un facteur majeur de migration vers le Soudan du Sud. Plus de la moitié des personnes que nous avons interrogées ont déclaré que c’était la principale raison pour laquelle elles avaient cherché refuge de l’autre côté de la frontière, les adolescentes âgées de 13 à 17 ans étant beaucoup plus susceptibles d’affirmer que la violence sexuelle était la raison pour laquelle elles avaient dû migrer.
Cette étude, récemment publiée dans Conflict and Health, a révélé de nombreux témoignages poignants de viols collectifs et de meurtres, dont certains ont été commis sur des enfants âgés d’à peine 12 ans.
Que se passe-t-il au Soudan du Sud et au Soudan ?
Depuis son indépendance en 2011, le Soudan du Sud reste l’un des États les plus fragiles au monde, en proie à une instabilité politique chronique et à des crises humanitaires à répétition. À la suite de divisions internes, une guerre civile dévastatrice, avant tout de nature ethnique, a éclaté en 2013. Ce conflit a fait près de 400 000 morts et à déplacé de force environ 2,3 millions de personnes, dont 800 000 vers le Soudan. Deux millions de personnes supplémentaires ont été déplacées à l’intérieur du Soudan du Sud, ce qui a gravement compromis les efforts de construction de l’État. Le pays reste sur le fil du rasoir et l’ONU déclarait en octobre qu’il était au bord de retomber dans une guerre civile totale.
Le déclenchement de la guerre au Soudan en 2023 a encore exacerbé les fragilités et les vulnérabilités du Soudan du Sud, compromis les efforts de paix et aggravé la crise humanitaire existante. Le conflit soudanais a provoqué un afflux massif, cette fois-ci de plus de 1,2 million de réfugiés et de rapatriés qui ont traversé la frontière vers le Soudan du Sud, exerçant une pression considérable sur des ressources et des services déjà surexploités.
En 2024, plus de 9,3 millions de personnes au Soudan du Sud, soit plus de 70 % de la population, avaient besoin d’une aide humanitaire, et 7,8 millions d’entre elles étaient confrontées à une insécurité alimentaire aiguë. Plus de 2,3 millions d’enfants étaient menacés de malnutrition, certaines régions étant proches de la famine.
Même avant 2023, le Soudan du Sud figurait parmi les pays les plus touchés en matière de violences sexuelles et sexistes à l’échelle mondiale, avec le deuxième taux le plus élevé en Afrique subsaharienne.
La frontière entre le Soudan et le Soudan du Sud est depuis longtemps un corridor de déplacements cycliques, façonné par des décennies de guerre, de famine et d’instabilité politique. Cependant, l’ampleur et la complexité de la crise actuelle ont accru les vulnérabilités, en particulier pour les femmes et les filles. Les effets se sont manifestés sous la forme de viols, d’abus sexuels, de traite et de prostitution forcée, des deux côtés de la frontière.
Fuir les violences sexuelles et la terreur
Nous avons concentré notre étude sur cette frontière et sur les personnes qui la franchissaient pour fuir. Nous avons utilisé la méthodologie dite « sensemaking » (basée sur le principe selon lequel le récit est un moyen intuitif de transmettre des informations complexes et aide les gens à donner un sens à leurs expériences) pour documenter ce qui est arrivé aux femmes au cours de leurs périples et les risques auxquels elles ont été confrontées dans les camps de réfugiées au Soudan du Sud. Nous avions adopté une approche similaire pour examiner les témoignages relatifs aux actes d’exploitation sexuelle commis par les Casques bleus de l’Organisation des Nations unies (ONU) en Haïti et en République démocratique du Congo (RDC).
L’équipe de terrain, composée de trois chercheuses et trois chercheurs de l’organisation à but non lucratif Stewardwomen, a travaillé pendant deux semaines à la frontière nord d’Aweil afin de recueillir ces témoignages. Stewardwomen est une organisation sud-soudanaise dirigée par des femmes qui lutte contre les violences faites aux femmes, notamment les violences sexuelles.
Notre équipe a recueilli 695 témoignages auprès de 671 personnes. La grande majorité d’entre elles étaient des Soudanais du Sud qui retournaient dans un pays qu’ils avaient autrefois fui (98 %), et la plupart étaient des femmes en âge de procréer (88 %). Plus de la moitié des témoignages étaient des récits à la première personne de leur propre migration, tandis que d’autres étaient des récits d’hommes concernant des femmes de leur famille.
L’objectif était de faire en sorte que les gens se sentent en sécurité et libres de s’exprimer ouvertement. Josephine Chandiru Drama, avocate sud-soudanaise spécialisée dans les droits humains et ancienne directrice de Stewardwomen, a déclaré :
« En invitant les femmes et les filles à partager leurs expériences migratoires avec leurs propres mots, les collecteurs de données ont honoré leur capacité d’action et leur voix. Cette approche a favorisé la confiance, réduit les risques de retraumatisation et permis d’obtenir des récits plus riches et plus authentiques qui reflètent les réalités vécues du déplacement. »
« Ils ont emmené les filles de force »
Si la violence oblige les familles à fuir le Soudan, le risque n’est pas réparti de manière égale. Nos conclusions montrent que les adolescentes sont exposées à un risque disproportionné.
Les filles sont confrontées à un danger grave que les familles peinent souvent à prévenir. Des groupes armés effectuent des raids dans les maisons et les camps, enlevant des filles ou les capturant sur les routes et aux postes de contrôle. Les filles sont prises pour cible et soumises à des agressions sexuelles et à des viols.
Les parents peuvent essayer de voyager en groupe, de changer d’itinéraire ou de cacher leurs filles, mais lorsque des hommes armés arrêtent un bus ou pénètrent dans un village pendant la nuit, leurs moyens de protection sont limités. Ces risques s’intensifient à mesure que la pauvreté s’aggrave et que les moyens de transport sûrs se font rares. Ces conditions rendent les filles visibles, isolées et vulnérables. Une femme nous a raconté comment elles ont été attaquées :
« […] La voiture des rebelles s’est approchée de nous. Ils ont emmené les filles de force et nous ont violées, les hommes n’ont rien pu faire pour nous protéger. Ce qui fait particulièrement mal, c’est d’être violée en plein air alors que les hommes nous regardent… Ce que les Arabes ont fait aux femmes et aux filles était terrible, et je ne suis pas la seule à avoir vécu cela. »
Une autre femme a raconté une histoire extrêmement traumatisante, celle du viol et du meurtre de sa fille. Elle a déclaré :
« Ma fille de 12 ans a été violée par un groupe de soldats et est morte sur le coup. C’est une histoire très triste à raconter, mais je dois le faire pour que le monde sache ce qui arrive aux femmes et aux filles au Soudan […]. Les soldats ont ensuite violé les cinq filles […]. Malheureusement, ma petite fille violée est morte sur le bord de la route[…]. Ce fut un moment très douloureux. »
Les données que nous avons collectées ont confirmé cette réalité terrifiante. Lorsque nous avons examiné les réponses par âge, une tendance statistiquement significative est apparue : les adolescentes âgées de 13 à 17 ans étaient beaucoup plus susceptibles que les femmes plus âgées de déclarer que la violence sexuelle était la raison pour laquelle elles avaient dû migrer.
Nous avons demandé aux participantes de situer leur expérience sur un spectre : la violence sexuelle était-elle la raison de leur migration, ou était-elle une conséquence de celle-ci ? Pour les adolescentes, les réponses se sont massivement regroupées à une extrémité : la violence sexuelle était le déclencheur, et non une conséquence de leur décision de quitter leur foyer.
Il est possible que parmi les femmes plus âgées, la violence sexuelle soit devenue quelque peu normalisée après qu’elles ont survécu à des conflits antérieurs dans la région, où les jeunes filles célibataires sont spécifiquement ciblées pour être enlevées et mariées de force. Une jeune femme a raconté ce qui était arrivé à sa sœur :
« Alors que nous voyagions pour trouver refuge dans notre pays natal, le Soudan du Sud […], toutes les femmes et les filles ont reçu l’ordre de sortir de la voiture […] et ont été violées par un groupe de cinq soldats. Jeune fille innocente, ma sœur de 15 ans a tenté de résister […] et elle a été violemment battue, violée par les cinq soldats, puis tuée […]. On nous a ordonné de partir, et ma sœur n’était plus. »
« Je suis venue ici pour changer de vie »
Une jeune femme à peine sortie de l’adolescence a déclaré avoir ressenti de la honte et de la gêne lorsqu’elle nous a raconté comment le groupe dont elle faisait partie avait été attaqué alors qu’il fuyait vers le Soudan du Sud.
« […] Nous avons soudain été attaqués par une milice et j’ai fait partie des huit filles qui ont été enlevées. J’ai été violée à plusieurs reprises par quatre hommes pendant deux jours[…]. Le viol m’a fait perdre mon bébé alors que j’étais enceinte de trois mois et j’ai contracté la syphilis. »
Si la violence n’est pas inattendue en temps de guerre, l’analyse des témoignages a révélé une tendance frappante : au total, 53 % des participants ont spécifiquement identifié la violence sexuelle et sexiste comme l’une des principales raisons de leur fuite, et dans toutes les tranches d’âge, il s’agissait du principal facteur déterminant. Pour beaucoup, il ne s’agissait pas simplement d’une conséquence de la guerre, mais du facteur décisif qui les a poussés à quitter le Soudan.
Les récits ont donné vie à ces données. Une mère a raconté la mort de son enfant sur la route de la migration, conséquence directe de la violence qu’ils fuyaient. Un homme a décrit comment sa femme et sa fille avaient été enlevées en chemin, le laissant seul pour s’occuper de ses quatre autres enfants et se demandant si elles étaient encore en vie. Il a déclaré :
« Cela me fait beaucoup souffrir car je ne sais pas si elles sont encore en vie. Selon certaines informations, la plupart des femmes et des filles qui ont été enlevées ont été victimes de viols collectifs et beaucoup sont mortes. Peut-être que ma femme et sa fille font partie des victimes. »
Ces récits, comme ceux d’innombrables autres femmes et de leurs familles, montrent clairement que les violences sexuelles n’étaient pas un simple bruit de fond de la guerre, mais bien le point de rupture qui les a poussées à prendre la route. Comme nous l’a confié une femme, les violences sexuelles qu’elle redoutait ont incité sa famille à migrer vers le Soudan du Sud :
« Mon mari a été emmené par les Forces de Soutien rapide et j’ai été poignardée lorsque j’ai refusé d’être violée par ces hommes. J’en garde encore la cicatrice. Je suis venue ici [au Soudan du Sud] pour changer de vie. »
Dans le camp provisoire d’Aweil Nord, Kiir Adem, conçu comme un refuge temporaire, où des gens pouvaient passer quelque temps avant leur réinstallation ailleurs par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), l’équipe a découvert des conditions choquantes. De nombreuses personnes y vivaient depuis trois mois ou plus. Certaines avaient été enregistrées comme réfugiés ou rapatriés, d’autres non. Toutes luttaient pour survivre sans nourriture ni abri adéquats, et sans accès aux soins de santé dont elles avaient désespérément besoin.
Chandiru Drama a constaté :
« En raison des pillages et des vols généralisés tout au long du voyage, d’innombrables personnes sont arrivées à destination dépouillées de l’essentiel : sans nourriture, sans vêtements, sans provisions. »
La réalité de l’autre côté de la frontière
Après avoir traversé la frontière pour rejoindre la relative sécurité du Soudan du Sud, les rapatriés et les réfugiés ont été confrontés à une nouvelle série de difficultés : manque d’infrastructures, accès limité aux soins médicaux et insuffisance de l’aide humanitaire en termes de provisions.
Contrairement aux centres d’accueil mieux dotés situés ailleurs le long de la frontière, Kiir Adem ne disposait que de peu de moyens d’aide. Le centre de santé le plus proche se trouvait à plus de deux heures de route en voiture, un trajet souvent impossible à parcourir pour des femmes et des filles épuisées, blessées et dépouillées de tout leur argent et de toutes leurs provisions. Une femme nous a confié :
« Il m’a fallu six jours pour atteindre la frontière du Soudan du Sud. À la frontière, j’ai signalé le viol, mais je n’ai reçu aucun traitement. Les agents de l’OIM m’ont orientée vers des établissements de santé à Gok Marchar, à environ 50 kilomètres, mais c’était trop loin pour que je puisse m’y rendre et je n’avais pas d’argent pour le transport. »
Il est essentiel que les victimes de viol reçoivent dès que possible après l’agression des traitements prophylactiques et d’autres soins de santé sexuelle et reproductive d’urgence. Certaines participantes ont décrit des blessures physiques dévastatrices résultant de violences sexuelles, tandis que d’autres étaient enceintes au moment du viol ou sont tombées enceintes à la suite de celui-ci. Dans ces cas, l’absence de soins médicaux peut avoir des conséquences désastreuses.
Dans de nombreux cas, les rapatriés ont dû construire eux-mêmes des abris de fortune et chercher de la nourriture dans les forêts. La région était sujette aux inondations, et les chercheurs devaient patauger dans l’eau pour atteindre les populations. Une femme a déclaré :
« Je me suis rendue au Soudan du Sud en avril 2024 avec mes deux enfants. Je me retrouve aujourd’hui bloquée ici avec eux, car mon mari s’est enfui lorsque les Arabes ont commencé à agresser sexuellement les femmes de manière effrénée […]. Je ne sais pas s’il est encore en vie. Deux autres filles ont également été enlevées pendant notre migration vers le Soudan du Sud. Je vis désormais dans un camp de rapatriés, où je dors dans une hutte au toit de chaume, sous une pluie battante, sans tente ni nourriture. »
Lorsqu’on leur a demandé à quelle fréquence elles avaient du mal à joindre les deux bouts, plus de 80 % des femmes et des filles ont répondu « tout le temps ou la plupart du temps ». Des lieux d’habitation informels, comme celui où nous avons recueilli des données, se sont développés le long de la frontière entre le Soudan et le Soudan du Sud.
La porosité de la frontière, les déplacements réguliers à travers celle-ci en période de paix relative et les difficultés d’accès aux points de passage officiels rendent presque impossible l’acheminement efficace des personnes déplacées vers des points de passage officiels et vers des camps relativement bien équipés. Il est urgent d’améliorer les services dans la région frontalière, notamment les transports vers les camps officiels et les soins médicaux, afin de répondre aux immenses besoins des rapatriés, où qu’ils se trouvent.
La nécessité d’une réponse urgente
Il faut désormais réorienter l’action humanitaire, qui doit passer d’une prestation de services réactive à des stratégies de protection proactives centrées sur les survivants. Par exemple, les ONG devraient multiplier leurs activités le long des routes migratoires connues et des frontières, et les gouvernements donateurs devraient augmenter leur financement de l’aide humanitaire. La mission de maintien de la paix des Nations unies pourrait également renforcer la protection des activités civiles dans les régions frontalières du Soudan du Sud, en partenariat avec les organisations de la société civile sud-soudanaise.
La violence sexuelle n’est pas simplement un dommage collatéral de la guerre au Soudan. Pour de nombreuses filles et leurs familles, elle est la principale cause de leur fuite. La menace omniprésente d’enlèvement et de viol est un facteur clé de la migration, déterminant qui fuit, quand ils fuient, et contraignant les femmes et les filles à prendre des risques inimaginables pour avoir une chance de trouver la sécurité au Soudan du Sud.
Depuis notre collecte de données à l’été 2024, la situation au Soudan ne s’est pas améliorée et le contexte sécuritaire au Soudan du Sud s’est détérioré. Au sud de la frontière, l’intensification des conflits entre les groupes armés ethniques et la montée des tensions politiques entre le président Salva Kiir et le premier vice-président Riek Machar, notamment l’assignation à résidence puis le procès pour trahison de Machar, ont attisé les craintes d’un possible retour à la guerre au Soudan du Sud.
Conjuguée à des pressions économiques accrues et aux répercussions de la guerre au Soudan, la situation politique et sécuritaire du Soudan du Sud est de plus en plus précaire. Le risque de retour à la guerre au Soudan du Sud rend d’autant plus urgente la réinstallation des rapatriés et la satisfaction de leurs besoins immédiats. Les risques d’intensification du conflit et de la violence auront un impact disproportionné sur les personnes déjà déplacées et vulnérables. Le personnel des ONG ayant une formation juridique pourrait apporter son aide en faisant avancer les enquêtes criminelles, dont les conclusions pourraient à leur tour avoir un impact sur la façon dont les ONG travaillent sur le terrain.
Le droit international a également été très lent à réagir. Ce n’est qu’en octobre de cette année que les juges de la Cour pénale internationale ont prononcé la première condamnation pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis au Darfour en 2003 et 2004. Les victimes et les survivants de la guerre actuelle ne devraient pas avoir à attendre plus de 20 ans pour que justice soit faite.
La communauté internationale devrait collaborer avec les organisations de femmes, les avocats soudanais et sud-soudanais et les défenseurs des droits humains afin de faire progresser la justice dès maintenant, par tous les moyens possibles.
Cela pourrait inclure des enquêtes centrées sur les survivants et la collecte de preuves, des initiatives de justice communautaire et des espaces sûrs où les survivantes pourraient commencer leur processus de guérison.
Les organisations de la société civile dirigées par des femmes sont bien placées pour répondre aux besoins immédiats des femmes et des filles, mais elles ont besoin d’aide. Les coupes budgétaires ont durement touché ces organisations à travers le monde, et beaucoup d’entre elles risquent de fermer leurs portes.
Chandiru Drama insiste :
« Si les organisations de la société civile veulent continuer à accomplir leur travail vital, elles doivent bénéficier d’un financement à la hauteur de leur tâche. Il ne s’agit pas seulement d’une question de financement, mais aussi d’une question de justice […]. Car face à une violence inimaginable, ces groupes ne sont pas seulement des prestataires de services, ils sont des bouées de sauvetage. »
Les femmes et les filles que nous avons rencontrées ont été claires : ce sont les violences sexuelles qui les ont poussées à fuir. Pour qu’elles puissent enfin cesser de fuir, une réponse urgente s’impose : la réinstallation, l’aide humanitaire et la justice doivent être prioritaires.
Sabine Lee a reçu des financements des programmes de recherche XCEPT Cross-Border Research et du Cross-Border Conflict Evidence, Policy and Trends (XCEPT), qui ont financé les recherches décrites dans le présent document.
Heather Tasker a reçu des financements du Social Science and Humanities Research Council (SSHRC), de l’International Development Research Council (IDRC), et des programmes de recherche XCEPT Cross-Border Research et Cross-Border Conflict Evidence, Policy and Trends. XCEPT a financé les recherches décrites dans le présent document.
Susan Bartels a reçu des financements ud programme de recherche Cross-Border Conflict Evidence, Policy and Trends (XCEPT), qui a financé les recherches présentées dans cet article. Elle reçoit également des financements du Social Sciences and Humanities Research Council (SSHRC) et des Canadian Institutes of Health Research (CIHR).
Nigeria’s basic education landscape consists of public (government) schools and a diverse private sector. Private schools in Nigeria refer to educational institutions that are run by private individuals, religious organisations, foundations or business enterprises. These schools are diverse in terms of size, cost, ownership models and target populations, ranging from low-fee neighbourhood schools to faith-based schools and “premium” schools. The number of private schools isn’t captured in official statistics.
Over the past year, many private schools have been closed across the country. Ebonyi State sealed more than 280 unapproved schools. Cross River officials shut down 69, and Akwa Ibom, Kogi and Delta states launched their own crackdowns on “rogue” schools operating without government approval or with substandard infrastructure.
These closures are being justified on safety and quality grounds, given that many of these schools, commonly referred to as low-cost private schools, operate without full registration.
Before a private school can open, owners must pay multiple inspection, registration and annual renewal fees. They must also meet infrastructure requirements and show evidence of qualified teaching staff.
The recent enforcement drives expose a fault line in Nigeria’s education system: the country’s growing dependence on low-cost private schools to fill the gaps that an overstretched public system can no longer cover.
I researched the private schooling market in Nigeria for my doctorate, and my latest paper sets out some of the factors that shape enrolment in these schools in Nigeria.
I found two main factors: the proximity and accessibility of public schools, and affordability.
The implication for ongoing closure drives is significant. If low-cost private schools are concentrated in communities where public schools are unavailable or distant, or are the only affordable options, then wide-scale closures disproportionately threaten access for children from low-income households, particularly in hard-to-reach or underserved areas. Abrupt shutdowns without transition plans can interrupt learning and deepen existing inequalities.
More investment is needed to make sure every child can go to school.
Private school diversity
Across Nigeria, private provision has expanded rapidly. According to figures cited by the minister of education, the number of private schools grew by about 39% between 2017 and 2022, compared with only 3.5% growth in public schools over the same period.
In my research, I grouped private schools into three cost categories – low-cost, mid-cost and high-cost – based on mandatory educational costs. I used national survey data from 2015 (the latest data is from 2020, but is not publicly available yet), which showed that most pupils who were enrolled in private schools attended those in the low-cost category.
My analysis of the 2015 survey data found that 52% of private-school pupils in urban areas and 49% in rural areas attended low-cost private schools. A further finding was that public schools and low-cost private schools served similar populations: children from low-income households with limited schooling alternatives.
State-level evidence reinforces this. In Kwara State, a 2016 census found that 67% and 41% of urban and rural private schools respectively were low-cost private schools. More recent data from the Partnership for Learning for All in Nigeria (a UK-government-funded education programme operating in Nigeria) show that a high proportion of private schools are low-cost schools that operate without approval in some northern states: around 85% in Kano and 80% in Jigawa.
Taken together, these national and state findings show that low-cost private schools have become an important route to education for millions of pupils.
Access and affordability
Access
Although parental preference plays a role for some households, attendance in low-cost private schools is shaped by the availability and accessibility of public schools. My doctoral research shows that attendance is most prominent in areas where public-school provision is weak. In many parts of Nigeria, weak provision can take the form of overcrowded classrooms or limited school availability. Distance to the nearest public school also plays a key role. The further a low-income family lives from a public school, the more likely they are to enrol their child in a low-cost private school. This pattern is pronounced in areas where public provision is thin and mobility costs are high.
In practice, low-cost private schools operate as an access mechanism, stepping in where the state is absent or unable to meet local demand.
Affordability further explains why these schools are widely used. My research found that their annual fees typically ranged from ₦8,000 (about US$18 in 2015, the year the data was collected) in urban areas to ₦5,000 (about US$11 in 2015) in rural areas. Paradoxically, the total cost of attending a public school was sometimes higher, with an average of US$43 in urban areas and US$24 in rural areas.
Recent data from the Partnership for Learning for All in Nigeria baseline study in Jigawa shows that about 40% of low-cost private schools charge no tuition, while 48% charge ₦10,000 or less per year (approximately US$22 in 2022). This confirms that they are either free or highly affordable for most families. Affordability matters because public education, although constitutionally free, is rarely without costs in practice.
Many states still permit partial fee regimes or informal levies, and parents often bear expenses for uniforms, learning materials and other charges. Policymakers have begun to flag this issue, with the Imo State House of Assembly recently urging the government to enforce free basic education and eliminate charges.
Regulating for inclusion
Closing down private schools without transition plans could prevent low-income families from educating their children.
Nigeria’s regulatory framework for private schools is among the most demanding in sub-Saharan Africa. An assessment of 22 countries found that Nigerian states ranked among the most restrictive for market entry.
If the goal is to raise standards without undermining access, regulation must shift from punishment to support.
Tiered licensing would allow low-cost private schools to operate legally while improving over time. Oversight should be paired with practical assistance such as training or conditional waivers, an approach reflected in the 2025 National Policy on Non-State Schools. Every closure should include a plan for placing pupils in schools with capacity.
Nigeria cannot regulate its way out of reliance on private school provision. Stronger public investment is needed so families are not forced to pay privately for basic education.
Thelma Obiakor does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.
South Africa’s food system is a complex landscape where high levels of production coexist with severe food insecurity. In a 2024 survey, 63.5% of households were found to be food insecure and 28.8% of children stunted.
In this food system, fresh produce markets owned by municipalities are critical for food access and nutrition. The Agriculture Department reported that in 2023, the country’s 17 main municipal fresh produce markets sold over 3 million tons of fresh fruit and vegetables, worth R24.6 billion (US$1.37 billion). This is approximately 40%-50% of the fresh produce from farmers in South Africa.
The relationship between public markets and the informal sector, in particular, is fundamental to food security. Studies being carried out with support from the DSTI-NRF Centre of Excellence in Food Security in South Africa confirm that fresh produce sold by street traders who source from municipal markets is consistently cheaper than in formal supermarkets.
By selling at low prices in convenient locations, informal traders reduce the cost of food and the need for transport when shopping. They are key to making fruit and vegetables physically and economically accessible to the urban poor.
But this food system is under threat. Our research found that supermarket chains are buying more produce directly from farmers. Corroborated by the Competition Commission, there has been a steady decline in the share of national produce distributed through municipal markets.
We are social scientists who have been doing research on urban food systems in South Africa for the last seven years. We carried out research at the Johannesburg fresh produce market to better understand its role in food security.
We studied the market over three years, making observations during many visits and interviewing over 120 people in different roles. The market traces its origins back to Market Square in Johannesburg in the late 1800s, and is now the biggest of South Africa’s municipal markets.
It serves South Africa’s economic hub of Gauteng as well as selling some produce to other parts of the country and to neighbouring countries. The produce comes from the largest commercial operations and from small-scale farmers – anyone can sell there if they wish to.
The study provided clear evidence that the market is essential infrastructure for a more resilient, equitable and food-secure future.
To safeguard the role of markets like this, a concerted effort to protect and invest in them is required.
Johannesburg fresh produce market
The Johannesburg fresh produce market accounts for around 45% of the total value of sales from the National Fresh Produce Markets. Its annual sales exceed 1.3 million tons, valued at over R11 billion (more than US$610 million).
The City of Johannesburg Metropolitan Municipality owns the property, and a state-owned company manages the operations and staff. Buyers and sellers have to register with the market to buy or sell through agents in the main trading hubs. All that’s required is a form of identity document.
All transactions in the main hubs go through agents and the market system, crediting or debiting the accounts of the sellers or buyers. The agents are registered and insured with the Agricultural Products Agents Council.
The majority of the agents are white men. Some come from families that have been agents in the market for generations. The continuity of these agents provides stability in the market. However, it also leaves the demographics little changed from the apartheid era.
Farmers send their produce to particular agents who then sell it for them, making their money from a commission on sales that is normally 7.5%. The market gets a 5% commission on all sales, which is how it covers operating costs. Anyone can also buy for cash, without registering, at the Unity or Tshiamo (formerly Mandela) markets that are on the same site.
Traders in these cash markets source produce from the main hubs, benefiting from the bulk prices and then breaking bulk to sell on in smaller quantities.
The most visible and profound impact of the Johannesburg fresh produce market is in its role as the primary source of stock for the vast informal retail sector. Thousands of the over 10,000 registered buyers stream through its halls every day, the vast majority being informal traders – street vendors, hawkers and small-scale retailers who form the backbone of fresh produce access in low-income neighbourhoods.
These traders rely on the market’s competitive wholesale prices. They buy in bulk from the main market hubs or in smaller quantities from the traders who break bulk at the Unity and Tshiamo markets.
In turn, they sell to the people of Johannesburg and wider Gauteng Province.
Benefits and challenges
The regulated agent system, while imperfect, ensures that farmers receive payment within five days and provides a competitive marketplace.
The National Fresh Produce Markets uphold a level of competition and choice. Without them, all farmers, large and small, would be in a weaker negotiating position when selling into supermarket supply chains.
As the Competition Commission South Africa concluded in a 2025 report, selling to independent retailers through the National Fresh Produce Markets helps to counter the downward pressure on farm gate prices exerted by powerful buyers.
But there are challenges. Despite their proven value, the future of markets like the Johannesburg fresh produce market is under threat from a confluence of challenges:
loss of market share: large supermarket chains are increasingly buying directly from farmers through their own supply chains
decaying infrastructure: market agents and traders report issues with overcrowded, poorly insulated halls and unreliable cold storage made worse by electricity cuts. These problems increase operational costs and risk spoilage, threatening the market’s competitiveness.
Other challenges include the dominance of white, male market agents and the entrenched, ethnically based networks that facilitate trade. These present a barrier to more equitable participation. Lastly, unstable municipal politics is also affecting the market.
Protecting the municipal markets
We suggest three ways to protect markets such as the Johannesburg fresh produce market.
First, modernise infrastructure, particularly cold storage, to reduce food waste and maintain the quality of perishable goods. The city may have to increase capital expenditure. Revenues generated by the market should be ring-fenced for reinvestment in its infrastructure and services.
Second, insulate market management from municipal politics. Operational efficiency and long-term planning are essential for stability.
Finally, foster inclusivity and transformation without disrupting the social networks that underpin the market’s functioning. This could include facilitating more interaction between all farmers and agents, and supporting groups like the women’s trader collectives, which share information and buy in bulk.
Makhanana Malungane, an economic researcher at the Gauteng Department of Economic Development, contributed to this article.
Marc Wegerif receives funding from the DSTI-NRF Centre of Excellence in Food Security. They funded the research that informs this article.
Marc Wegerif is a Principal Investigator on the DSTI-NRF Centre of Excellence in Food Security
Source: The Conversation – Africa (2) – By Craig Morris, Senior Researcher, Agricultural Research Council – Animal Production, University of KwaZulu-Natal
For 75 years, grasslands research conducted just outside Pietermaritzburg, South Africa has informed policy makers and farmers about sustainable management, while training generations of students.
Grasslands and savannas cover more than 60% of South Africa. They are vital not only for livestock and wildlife forage but also for providing key ecosystem services such as water regulation, carbon storage, biodiversity, cultural resources and recreation.
The Ukulinga Research Farm of the University of KwaZulu-Natal is a species-rich grassland with scattered trees. It hosts two long-term experiments that have provided crucial insights into how fire, grazing and soil nutrients shape ecosystems.
In 1950, Professor J.D. Scott, founder of the discipline of grassland science at the university, established two complex grassland experiments at Ukulinga: the Veld Burning and Mowing Trial and the Veld Fertilisation Trial. They are now internationally known as the Ukulinga Grassland Fire Experiment and the Ukulinga Grassland Nutrient Experiment. Initially designed to improve hay yield and forage quality, these experiments have run uninterrupted for 75 years. They have evolved into invaluable ecological laboratories.
They are respectively the longest-running fire experiment in the world and the longest-running nutrient addition experiment in Africa.
Scientific studies on these grassland experiments have spanned molecular, microbial, plant community, and ecosystem scales. They have covered fire effects, nutrient cycling, soil processes, biodiversity responses and remote sensing. Comparative and collaborative studies, often involving US and European teams, highlight the global relevance of these datasets. They connect local observations to international ones, revealing universal patterns while highlighting the unique characteristics of southern African grasslands.
I’m a grassland scientist who has been involved in this research. My colleagues and I looked back to assess the value of research done on the farm. We concluded that it has contributed to ecological theory, shaped local management practices, and supported a wide range of comparative studies, networking and education.
The core scientific value of these experiments lies in their duration and the consistent application of the same treatments over time. Decades of continuous treatments (like burning, or fertiliser) have generated data that reveals slow ecological processes, long-term interactions, and effects that short-term studies cannot detect.
The outdoor laboratories allow researchers to pursue new multidisciplinary investigations and examine interactions with emerging environmental pressures, including climate change.
Early grazing experiments
Valuable livestock grazing experiments were conducted in the 1950s and 1960s. One trial (1958-1974) examined three sheep grazing systems – continuous, rotational, and seasonal rest – at different stocking rates. Another 24-year study (1967-1991) tested nine combinations of rotational grazing periods to evaluate multi-paddock systems.
These early trials and several focused short-term studies provided insights into how grass species respond to grazing or mowing. The findings, many of them published in the African Journal of Range and Forage Science, revealed complex relationships between grazing intensity, plant resilience and grassland productivity. They continue to inform rangeland management today.
Over decades, excluding fire and mowing transformed some plots into dense, woody thickets, dramatically altering both plant composition and ecosystem function. Regularly burned or mown plots maintained productive, species-rich grasslands.
The nutrient experiment has shown that while nitrogen and phosphorus fertilisers can boost grassland productivity, they also alter the original grassland by promoting fast-growing grasses. Over time, added nutrients reduce plant diversity.
Together, the experiments demonstrate how natural disturbances versus artificial nutrient addition drive distinct ecological outcomes. They offer insights into the mechanisms that maintain grassland biodiversity and resilience.
Over the past 75 years, research output from the experiments has steadily grown, and has achieved a broad international reach. Fifty peer-reviewed papers have been produced and the top 10 cited papers from each experiment have collectively been cited in 458 journals by 1,172 principal authors from 78 countries outside South Africa.
The impact
The Ukulinga long-term grassland experiments have shaped sustainable management practices by providing empirical evidence for optimal burning frequencies and seasons in mesic (moderately wet) grasslands. They have highlighted the ecological risks of nutrient enrichment from industrial pollutants, showing how added nutrients can alter grassland composition and reduce diversity.
Beyond research, the experiments have had a profound educational and outreach impact, training generations of students and engaging visitors who carry these insights into policy, conservation and grassland management across South Africa.
Ukulinga now also hosts global-network experiments such as the Nutrient Network (NutNet), Drought Network (DroughtNet), and Disturbance and Recovery Across Global Grasslands Network (DragNet), linking local observations to international studies. Through these collaborations, researchers can compare Ukulinga’s results with similar experiments worldwide.
What next
Preserving these long-term studies is critical for understanding slow ecological responses, succession, and tipping points that only emerge over decades.
Ukulinga (isiZulu for “to test”) provides a platform for addressing pressing questions in grassland science. To safeguard its unique scientific value, the long-term burning, mowing and nutrient addition experiments should be maintained without alteration. Continued support and broader collaboration are essential to fully realise their potential for monitoring long-term ecological responses, testing new hypotheses, and guiding sustainable grassland management.
Craig Morris does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.
Source: The Conversation – Africa (2) – By Edward Khomotso Nkadimeng, Post Doc Fellow: AI and Data Systems in Nuclear/Particle Physics, Stellenbosch University
In most industries, maintenance is a waiting game. Things are fixed when they break. But in the 21st century, an age defined by data and automation, that approach no longer makes sense. The solution could be predictive maintenance. This is an approach that uses sensors and software to analyse equipment performance in real time and predict when it might fail.
Edward Khomotso Nkadimeng, a lecturer and researcher in artificial intelligence and data systems in nuclear/particle physics at Stellenbosch University, has researched how a predictive maintenance model can help keep critical systems running – from research equipment to national infrastructure. He explains why this approach could be a practical tool for resilience across Africa.
What is a predictive maintenance model and why did you build one?
For decades after the global industrial boom, many industries relied on a simple rule: wait for a machine to break, then repair it. That made sense when machines were simpler and downtime was just part of the routine.
Periodic maintenance is common too, but still inefficient and often based on time, not actual machine condition. That approach costs time, money, and sometimes even safety. Modern systems are more interconnected and expensive to halt.
A predictive maintenance model is a data-driven system that forecasts equipment failure before it happens. It predicts when systems are degrading, rather than just reacting. It monitors a variety of systems, from industrial pumps, compressors and turbines to scientific instruments, by collecting real‑time data like vibration (which measures how much a machine physically oscillates), temperature, pressure and voltage.
These measurements come from Internet of Things (IoT) or condition-monitoring sensors. Even machines that aren’t ultra-cutting-edge can be instrumented to provide this data. Once collected, the data feeds into machine learning models that learn to recognise patterns associated with slow drift towards failure.
The model monitors a broad range of systems: industrial pumps, compressors, turbines, and high-precision scientific instruments (cyclotrons, vacuum pumps, beamline diagnostics). It is designed for systems where sensor data can be collected – any instrument that generates measurable signals. It uses live data vibration, the physical oscillation of a machine component, where subtle changes in vibration amplitude or frequency often precede mechanical failures, such as bearing wear or rotor imbalance, as well as temperature, pressure and voltages.
While advanced machines may produce richer data, even legacy machinery can benefit with added sensors. The method is therefore broadly applicable to recognise when they’re slowly drifting towards failure.
At NRF-iThemba LABS, a South African national nuclear and accelerator research facility, and Stellenbosch University, I built a system like this out of necessity. Our teams include physicists, engineers and computer scientists who collaborate on high-precision experiments in nuclear and particle physics.
The research instruments are complex, expensive and often one of a kind. When they fail unexpectedly, experiments stop, data is lost, and public funds go to waste. For example, we work with 70 MeV cyclotrons for isotope production, superconducting magnets, radiofrequency acceleration cavities and vacuum systems. These are one-of-a-kind instruments, sensitive to downtime.
So, the goal was to make an affordable, self-learning system that can scale from our research equipment to the industrial infrastructure that keeps African economies running pumps, turbines and power grids. Similar predictive maintenance systems are applied in industrial power plants, water utilities and aviation, reducing unplanned downtime by 20%-40%. Our adaptation for African labs and industrial systems uses low-cost Internet of Things sensors with cloud-based AI.
What did you learn from the model? Why is this useful?
The first thing I learned is that machines whisper before they scream. Long before a breakdown, they show tiny signs like slight vibrations, small voltage drops, or subtle changes in speed.
With enough data on vibration, temperature, pressure, voltage and motor load, for example, these data streams form the input for AI models. These patterns form a kind of language, and artificial intelligence becomes the translator.
By training the model on real operational data like pump vibration over time and other readings, we discovered that failures aren’t random: they follow recognisable signatures. Once the system learns these patterns, it can predict what’s coming and even suggest what to do next. The real benefit is timing, scheduling maintenance exactly when it is needed and not too early, which wastes parts and labour, and not too late (which risks catastrophic failure).
Instead of over-servicing equipment or waiting for something to fail, maintenance can happen exactly when it’s needed. That saves resources, reduces downtime and keeps operations running smoothly. And because the principle is universal, it applies just as well in factories, hospitals and water systems as it does in research labs. For example, detecting a failing motor before a line shutdown in a manufacturing plant, or ventilator sensors predicting pump failure in a hospital, or monitoring municipal pumps to prevent water shortages.
What are the practical implications of applying the model?
The practical impact is huge. Predictive systems help avoid blackouts, water shortages and unplanned shutdowns – issues that affect daily life and essential services. An example can be seen in South Africa’s blackouts: the power utility Eskom’s transformers are monitored for predictive faults. In Cape Town, predictive maintenance of water systems reduces pump downtime. They also make workplaces safer and budgets more efficient.
For African countries especially, where technical resources are often stretched, predictive maintenance is a form of resilience. It replaces firefighting with foresight. By using affordable IoT sensors (small devices collecting data like temperature), cloud-based AI (online software that analyses this data in real-time), and self-learning algorithms, maintenance becomes continuous, automated and smart.
It’s the quiet side of AI, keeping the lights on, the pumps running and the economy stable. Physics, data and engineering can quietly work together to keep important systems alive and reliable.
Edward Khomotso Nkadimeng receives funding from the National Research Foundation.
Source: The Conversation – France in French (2) – By Pierre-Henry Leveau, Maître de conférences en sciences de gestion et du management à la Faculté de Tourisme, Culture et Hospitalité; membre du laboratoire GRoupe de Recherche ANgevin en Économie et Management, Université d’Angers
En ouvrant son Zoo du futur, l’association Gaia fait le pari que le public continuera de s’émerveiller et à se sensibiliser à la cause animale, sans avoir besoin de garder les animaux en captivité. Ici, l’image numérique d’un tigre dans la simulation en réalité virtuelle.Gaia/Reality Matters, Fourni par l’auteur
De plus en plus décriés, les zoos jouent pourtant un rôle dans la sensibilisation du public à la sauvegarde des espèces sauvages. À Bruxelles, le premier zoo en réalité virtuelle aurait-il trouvé la formule gagnante ?
Inauguré à Bruxelles en septembre 2025 et ouvert au public jusqu’au 30 décembre 2025, le Zoo du futur, premier zoo européen 100 % virtuel promet l’émerveillement d’un zoo, mais sans cages. Imaginé par l’association de protection animale Gaia, en collaboration avec le studio d’expériences immersives Reality Matters, le Zoo du futur propose au public de repenser la relation entre humains et animaux en lui permettant d’admirer une pléiade d’animaux en liberté dans des environnements naturels reconstitués numériquement.
Deux technologies immersives rendent possible la découverte de ces univers numériques : la réalité virtuelle (VR) via des casques afin d’observer les animaux ainsi que la réalité augmentée via une application mobile pour interagir avec des modules pédagogiques (quiz, informations sur les animaux). L’ambition du projet est double : et si la VR ne servait pas seulement à divertir mais aussi à éduquer afin d’encourager des comportements plus responsables ?
Ces technologies immersives impactent plusieurs dimensions dans le vécu du visiteur. La première correspond à la métaversification de l’expérience, c’est-à-dire que le digital agrémente désormais les lieux marchands, culturels et touristiques réels. Dans le cas du zoo bruxellois, trois univers thématiques en VR offrent une expérience immersive aux visiteurs : la savane, la banquise et la jungle.
La seconde dimension correspond à l’aspect multisensoriel offert par les nouvelles technologies, qui, à l’instar d’une expérience réelle, stimulent plusieurs, voire tous les sens. Le Zoo du futur combine sons d’ambiance, diffusion d’odeurs et interaction virtuelle qui impliquent les mouvements du visiteur « pour essayer d’avoir l’immersion la plus aboutie possible », comme l’indique Sébastien de Jonge, le directeur des opérations de Gaia que j’ai pu interroger au cours de mes recherches. Lorsque le visiteur s’équipe du casque VR, il voit subitement un éléphant qui s’approche, ses yeux qui plongent dans les siens, sa trompe qui s’élève. Il essaye de toucher l’animal, persuadé de sentir sa présence. L’illusion sensorielle est palpable et l’émotion réelle.
La confrontation avec un éléphant en réalité virtuelle a le potentiel de provoquer plus d’émotions, en permettant de s’approcher et d’interagir avec l’animal. Gaia/Reality Matters, Fourni par l’auteur
La troisième dimension correspond à l’empowerment du consommateur, c’est-à-dire la capacité à agir activement avec son corps et à interagir avec les objets de l’environnement virtuel. En permettant de s’immerger à la première personne dans des environnements virtuels aux graphismes très réalistes, la VR séduit le public qui s’attend désormais à être davantage acteur de son expérience que de simplement avoir à écouter une histoire.
Pour Andy Van den Broeck, fondateur de Reality Matters, la VR est complémentaire à l’expérience réelle, voire magnifiée. Il souligne que « dans un zoo réel, vous ne pouvez pas vous approcher aussi près des animaux pour les observer, ou vous déplacer librement et interagir dans ces grands espaces naturels ». De plus, le zoo virtuel enrichit l’expérience avec de la réalité augmentée afin d’offrir une interaction ludique et éducative avec les animaux.
Provoquer l’empathie pour des animaux, même virtuels
Ces dimensions concourent à stimuler un sentiment d’incarnation, c’est-à-dire à l’illusion d’être le personnage virtuel. L’une des forces de la VR réside dans sa capacité à faire vivre une expérience d’incarnation dans laquelle on n’observe pas seulement, mais où l’on réfléchit et réagit émotionnellement d’une façon semblable que lors d’une expérience réelle (Leveau et Camus, 2023).
Plonger le visiteur dans un environnement virtuel offre aussi l’occasion de lui faire découvrir les animaux tels qu’ils se comportent dans leur environnement naturel, et non dans un enclos artificiel. Gaia/Reality Matters, Fourni par l’auteur
Les technologies immersives développent également l’empathie. Alors que, dans un zoo classique, on contemple des animaux réels, mais privés de liberté, le zoo virtuel exhibe des animaux numériques dans leur habitat naturel. À ce jour, « les visiteurs réfléchissent en termes de protection des espèces, pas d’individus », insiste Sébastien de Jonge. Le zoo virtuel invite à donc renverser le regard en valorisant l’animal comme un être vivant singulier et en proposant une alternative concrète et positive, tout en questionnant les conditions de vie des animaux dans les zoos traditionnels, sans pour autant attaquer leurs méthodes frontalement.
On constate que la gamification interactive associée à la VR, telle que les quiz interactifs sur l’espace vital d’un éléphant, déclenche une prise de conscience et des changements de comportements concrets. Selon Sébastien de Jonge, la réaction du public quant au bien-être des animaux à l’issue de l’expérience virtuelle en témoigne en provoquant des questionnements sur les alternatives à faire valoir. Ainsi, plonger les visiteurs dans des environnements naturels reconstitués en VR suscite une réflexion sur la captivité animale tout en préservant la dimension pédagogique des zoos. Cette approche, en phase avec les attentes des associations de défense animale, invite aussi chacun à repenser son rapport au vivant et à adopter des choix de consommation plus responsables.
Tirer parti des envies contradictoires des consommateurs
C’est précisément le basculement de spectateur passif à acteur impliqué qui confère un rôle inédit dans la sensibilisation éthique et environnementale. L’expérience en VR permet non seulement d’apprendre en interagissant de manière plus directe, mais aussi d’interroger nos modes de consommation et de loisirs. En proposant une alternative plus responsable dans les activités de récréations et de loisirs, la VR agit sur les comportements de manière vertueuse.
À cet effet, la VR contribue à des pratiques marketing plus éthiques en se substituant ponctuellement comme une alternative durable au voyage physique ou en contribuant à un tourisme plus inclusif auprès de certains publics (seniors, PMR, etc.). Pour le zoo, la VR contribue à donner l’illusion d’une expérience réelle sans nuire aux écosystèmes. Gaia défend ce modèle : « Le Zoo du futur, pour nous, c’est une campagne comme une autre », confie Sébastien de Jonge. Les tarifs volontairement bas, à 12 € l’entrée, ne sont pas rentables et confirment cette logique.
Mais qu’en est-il réellement du côté des consommateurs ? Dans un sondage réalisé auprès de 100 personnes, en France, en septembre 2025, 83,4 % déclarent préférer visiter un zoo réel plutôt qu’un zoo virtuel. Pourtant, plus de 98 % d’entre elles déclarent être sensibles au bien-être et aux conditions de vie des animaux en captivité. Ce paradoxe s’observe d’une part à travers le succès commercial des plus grands zoos en Europe, dont la fréquentation dépasse annuellement le million de visiteurs, comme au zoo de Barcelone, d’autre part à travers la multiplication de fermetures de delphinariums (Marineland en France en 2025 ou encore le dernier delphinarium en Belgique, Boudewijn Seapark, dont la fermeture administrative est actée pour 2037).
Inciter le changement de comportements
Enfin, 95 % des personnes interrogées nous ont confié être prêtes à adapter leurs comportements de consommation pour mieux respecter le bien-être des animaux en privilégiant un zoo virtuel plutôt qu’un zoo réel. Ainsi, nous espérons, comme Sébastien de Jonge, que cette fiction-réalité puisse « simplement allumer une lumière dans l’esprit du public » et conduire les zoos à se réinventer pour concilier bien-être animal avec viabilité économique. En cas de succès, le projet temporaire pourrait devenir permanent et esquisser pour les zoos un business model inédit.
Néanmoins, il ne faut pas oublier que ces technologies génèrent une pollution numérique et que la VR est réputée inciter le visiteur à se rendre dans la réalité sur le lieu qu’il a virtuellement exploré. Un tel dispositif risque donc de s’avérer contre-productif, à l’opposé des ambitions affichées par l’association, malgré la vocation première du projet de conjuguer émerveillement, pédagogie et respect du bien-être animal. Avec son zoo virtuel, Gaia démontre cependant le potentiel de la VR au-delà du simple divertissement : la technologie ouvre la voie à des pratiques plus soutenables et à un modèle économique écocentrique, fondé sur la valeur intrinsèque du vivant.
Pierre-Henry Leveau ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Mardi 2 décembre, la CGT, FSU et Solidaires appellent à manifester et à faire grève pour s’opposer au projet de budget 2026. L’occasion de revenir sur la perception que les Français ont des syndicats. Contrairement aux idées reçues, ils et elles font globalement confiance aux syndicats pour les défendre.
La défiance à l’égard des syndicats, un mythe à relativiser
Cependant, un examen plus attentif des rapports des salariés aux organisations syndicales vient nuancer un tel discours décliniste. Ainsi, les exemples de mobilisations impulsées par les organisations syndicales ayant connu un certain succès en termes de participation des salariés et de popularité ne manquent pas ces dernières années, à commencer par les mouvements contre les projets de réformes des retraites du printemps 2023 ou de l’hiver 2019-2020. Plus proches de nous, les syndicats ont rassemblé entre 500 000 et 1 million de personnes dans les rues, le 18 septembre 2025, et encore de 200 000 à 600 000, le 2 octobre. Et, si le mouvement « Bloquons tout » était soutenu par 46 % des Français, ce chiffre a atteint 56 % pour le mouvement intersyndical du 18 septembre.
Ce paradoxe se retrouve à l’échelle européenne. Comme le montre le graphique ci-dessous, la confiance dans les syndicats varie énormément d’une année à l’autre. Cela ne semble lié ni à des mobilisations sociales ni à des indicateurs macroéconomiques. En revanche, on remarque que les deux phases historiques où cette confiance est la plus faible coïncident avec les présidences des socialistes François Mitterrand et François Hollande. Ce résultat confirme que, avec un gouvernement de gauche, les Français adoptent une posture plus libérale alors que, avec un gouvernement de droite, ils et elles demandent plus de redistribution.
Graphique : Confiance des salariés dans les syndicats (en %) (1978-2024)
Enfin, dépasser cette notion de « confiance » permet de faire état d’une image plus positive des syndicats. En effet, cette notion apparaît problématique. Le degré de confiance peut s’exprimer de manière générale (sentiment de confiance) ou pour un objectif particulier (défendre l’emploi, les salaires, les conditions de travail… au niveau local, au niveau sectoriel ou au niveau national) et, dans ce dernier cas, la capacité d’action des syndicats ne dépend pas uniquement d’eux-mêmes, mais aussi du contexte politique, économique et social.
Ainsi, diversifier les indicateurs mesurant l’image qu’ont les salariés des syndicats fait apparaître une forte demande de syndicats et une certaine appréciation de leurs actions. C’est ce que montrent plusieurs enquêtes réalisées en France ou à l’échelle européenne. Selon des enquêtes postélectorales que nous avons réalisées en 2022 puis en 2024 dans le cadre du projet CERTES, plus de 60 % des salariés répondants sont d’accord avec le fait que les syndicats rendent des services aux salariés (64 % en 2022, 62,8 % en 2024).
La perception des syndicats en France, une question politiquement clivante
Ainsi, en Europe comme en France, plus les salariés se situent à gauche, plus ils ont une perception positive des syndicats. Nous avons exploré plus en détail cette relation à partir de l’enquête postélectorale de 2024 réalisée en ligne par Cluster 17 en juillet 2024 auprès d’un échantillon de 5 109 répondants représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus selon la méthode des quotas.
Tableau : Rapport aux syndicats des salariés selon leurs attitudes politiques
Nous avons construit, de manière automatique et en nous limitant aux 2 287 répondants salariés, quatre classes à partir de 11 questions d’opinion (augmentation des salaires, conditionnalité des aides sociales, encadrement des licenciements, immigration, écologie, féminisme, droits des minorités sexuelles et de genre, reconnaissance de l’État de Palestine) :
Les « identitaires » se distinguent par leur hostilité à l’immigration, au féminisme, à l’écologie et aux droits des personnes LGBTQIA+, par des attitudes plutôt méritocratiques en matière d’emploi et par une opposition marquée à toute augmentation générale des salaires.
Les « méritocrates » ont des attitudes plus méritocratiques que le groupe précédent, mais sont plus tolérants en matière d’immigration ou de droits des femmes et des personnes LGBTQIA+, sans pour autant être progressistes.
Les « libéraux » se distinguent par leur opposition un peu plus marquée à toute augmentation générale des salaires et par une tolérance un peu plus grande en matière d’immigration, de droits des femmes et des personnes LGBTQIA+.
Les « progressistes » se distinguent par des attitudes progressistes sur tous les plans, y compris par un rejet de toute conditionnalité des aides sociales.
Alors qu’au premier tour des législatives de 2024, 68 % des progressistes ont voté Nouveau Front populaire (NFP) – 48 % des identitaires et 36 % des méritocrates ont voté Rassemblement national (RN) –, notre sondage révèle que 90 % des progressistes considèrent que les syndicats rendent des services aux salariés, contre la moitié des identitaires, des méritocrates ou des libéraux.
Les écarts sont aussi très importants si on considère le rapport des salariés au mouvement social du printemps 2023 contre la réforme des retraites : près de 90 % des progressistes disent y avoir participé ou l’avoir soutenu, contre autour de 45 % des identitaires et des méritocrates et à peine 30 % des libéraux.
Des syndicats affaiblis par leurs prises de position politiques ?
La perception positive des syndicats et des mouvements sociaux est donc bien plus répandue que la seule adhésion syndicale, mais bien plus clivée politiquement.
Contrairement à une idée reçue, la défiance dans les syndicats est donc à relativiser : malgré la faiblesse de leurs effectifs, ils ne suscitent pas plus d’opinions négatives que par le passé et parviennent encore à mobiliser une partie conséquente du salariat. Mais ces nouveaux indicateurs de l’influence syndicale que sont leur perception par les salariés et leur capacité à mobiliser sont aussi plus clivés politiquement.
Ce résultat éclaire donc à nouveau frais les réflexions autour des liens entre syndicalisme et politique et des stratégies d’alliances qui peuvent exister. Il permet aussi de remettre en cause l’idée selon laquelle les prises de position politiques des syndicats, contre le RN, voire en faveur de la gauche pour certaines centrales, comme en 2024, participeraient à les affaiblir. Le contraire serait plutôt vrai : cela les met en phase avec les salariés qui, même non syndiqués, les apprécient et participent à leurs actions.
Tristan Haute a reçu des financements de l’Agence nationale de la recherche dans le cadre du projet Comportements électoraux et rapports à l’emploi, au travail et au syndicalisme.
But one thing the men agreed on was the power of a new, representative legislative branch. Article I – the first one, after all – details the awesome responsibilities of the House of Representatives and the Senate: power to levy taxes, fund the government, declare war, impeach justices and presidents, and approve treaties, among many, many others.
In comparison, Article II, detailing the responsibilities of the president, and Article III, detailing the Supreme Court, are rather brief – further deferring to the preferred branch, Congress, for actual policymaking.
At the helm of this new legislative centerpiece, there was only one leadership requirement: The House of Representatives must select a speaker of the House.
The position, modeled after parliamentary leaders in the British House of Commons, was meant to act as a nonpartisan moderator and referee. The framers famously disliked political parties, and they knew the importance of building coalitions to solve the young nation’s vast policy problems.
But this idealistic vision for leadership quickly dissolved.
The current speaker of the House, Mike Johnson, a Republican from Louisiana, holds a position that has strayed dramatically from this nonpartisan vision. Today, the leadership role is far more than legislative manager – it is a powerful, party-centric position that controls nearly every aspect of House activity.
And while most speakers have used their tenure to strengthen the position and the power of Congress as a whole, Johnson’s choice to lead by following President Donald Trump drifts the position even further from the framers’ vision of congressional primacy.
By the early 1800s, Speaker of the House Henry Clay, first elected speaker in 1810 as a member of the Whig Party, used the position to pursue personal policy goals, most notably entry into the War of 1812 against Great Britain.
Speaker Thomas Reed continued this trend by enacting powerful procedures in 1890 that allowed his Republican majority party to steamroll opposition in the legislative process.
In 1899, Speaker David Henderson created a Republican “cabinet” of new chamber positions that directly answered to – and owed their newly elevated positions to – him.
In the 20th century, in an attempt to further control the legislation Congress considered, reformers solidified the speaker’s power over procedure and party. Speaker Joseph Cannon, a Republican who ascended to the position in 1903, commandeered the powerful Rules Committee, which allowed speakers to control not only which legislation received a vote but even the amending and voting process.
At the other end of the 20th century was an effort to retool the position into a fully partisan role. After being elected speaker in 1995, Republican Newt Gingrich expanded the responsibilities of the office beyond handling legislation by centralizing resources in the office of the speaker. Gingrich grew the size of leadership staff – and prevented policy caucuses from hiring their own. He controlled the flow of information from committee chairs to rank-and-file members, and even directed access to congressional activity by C-SPAN, the public service broadcaster that provides coverage of Congress.
As a result, the modern speaker of the House now plays a powerful role in the development and passage of legislation – a dynamic that scholars refer to as the “centralization” of Congress.
Part of this is out of necessity: The House in particular, with 435 members, requires someone to, well, lead. And as America has grown in population, economic power and the size of government, the policy problems Congress tackles have become more complex, making this job all the more important.
But the position that began as coalition-building has evolved into controlling the floor schedule and flow of information and coordinating and commandeering committee work. My work on Congress has also documented how leaders invoke their power to dictate constituent communication for members of their party and use campaign finance donations to bolster party loyalty.
This centralization has cemented the responsibilities of the speaker within the chamber. More importantly, it has elevated the speaker to a national party figure.
Major legislation passed
Some successful leaders have been able to translate these advantages to pass major party priorities: Speaker Sam Rayburn, a Democrat from Texas, began his tenure in 1940 and was the longest-serving speaker of the House, ultimately working with eight different presidents.
Under Rayburn’s leadership, Congress passed incredible projects, including the Marshall Plan to fund recovery and reconstruction in postwar Western Europe, and legislation to develop and construct the Interstate Highway System.
But as the role of speaker has become one of proactive party leader, rather than passive chamber manager, not all speakers have been able to keep their party happy.
Republican Minority Leader Joseph William Martin Jr., left, and Democratic Speaker of the House Sam Rayburn confer on the House rostrum in January 1956. PhotoQuest/Getty Images
Although these decisions angered the party, they symbolized the enduring nature of the position’s intention: the protector of Article I powers. Speakers have used their growing array of policy acumen, procedural advantages and congressional resources to navigate the chamber through immense policy challenges, reinforcing Article I responsibilities – from levying taxes to reforming major programs that affect every American – that other branches simply could not ignore.
In short, a strengthened party leader has often strengthened Congress as a whole.
Although Johnson, the current speaker, inherited one of the most well-resourced speaker offices in U.S. history, he faces a dilemma in his position: solving enormous national policy challenges while managing an unruly party bound by loyalty to a leader outside of the chamber.
Johnson’s recent decision to keep Congress out of session for eight weeks during the entirety of the government shutdown indicates a balance of deference tilted toward party over the responsibilities of a powerful Congress.
This eight-week absence severely weakened the chamber. Not being in session meant no committee meetings, and thus, no oversight; no appropriations bills passed, and thus, more deference to executive-branch funding decisions; and no policy debates or formal declarations of war, and thus, domestic and foreign policy alike being determined by unelected bureaucrats and appointed judges.
Unfortunately for frustrated House members and their constituents, beyond new leadership, there is little recourse.
While the gradual, powerful concentration of authority has made the speaker’s office more responsive to party and national demands alike, it has also left the chamber dependent on the speaker to safeguard the power of the People’s House.
SoRelle Wyckoff Gaynor does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.
Fewer know about the repressions that began after World War II and ended with Stalin’s death in 1953. Much like the repressions of the 1930s, they involved fabricated plots, arrests, coerced confessions and purges. Unlike the Terror of the 1930s, they were accompanied by a wave of state-sponsored antisemitism – including the purge of Jews from multiple occupations and unwritten quotas that limited their professional and educational opportunities.
The abolition of the Jewish Anti-Fascist Committee on Nov. 20, 1948, and the arrest and execution of its members was central to this postwar assault. The committee’s elimination was accompanied by an “anti-cosmopolitan” campaign emphasizing Russian nationalism, Soviet patriotism and anti-Westernism. In certain ways, the campaign served as the mirror image of anti-communist and jingoistic propaganda in the United States at the time.
“Rootless cosmopolitan” became code for “Jewish,” and dismissals swept the arts, sciences and media. The Ministry of State Security arrested Jewish industrial leaders for sabotage and, in 1953, fabricated “the Doctor’s Plot,” which accused a group of predominately Jewish doctors who treated Kremlin officials of trying to assassinate Stalin and other party leaders.
The very idea of an antisemitic campaign following the massive Soviet losses in World War II presents an enigma. Of the 6 million Jews murdered in the Holocaust, almost 2 million were murdered by the Nazis on Soviet soil. Why would Soviet leaders, who fought a bitter and costly war to defeat fascism, choose to attack the very group that the Nazis tried to annihilate?
My forthcoming book, “Stalin’s Final Terror: Antisemitism, Nationality Policy, and the Jewish Experience,” addresses this difficult question.
Clashing with the state
The Soviet state created the Jewish Anti-Fascist Committee in 1942 to aid the war effort at home and abroad. Its chairman, Solomon Mikhoels, was a renowned Yiddish actor and director of the State Yiddish Theater – one of the many cultural and scientific luminaries who led the committee.
The committee made an enormous contribution to the war effort, sending thousands of articles about fascism, the Jewish war experience and the Red Army for publication in the foreign press. Mikhoels and writer Itsik Fefer toured the United States, Mexico, Canada and Great Britain, where they were welcomed by rapturous crowds and raised millions of dollars.
In 1943, as the Red Army began liberating Soviet territories from German occupation, the committee was inundated by letters from surviving and returning Jews. Committee leaders tried to help people reclaim their homes, to distribute foreign aid and to identify and commemorate sites of Nazi war crimes. They wrote to Stalin suggesting the creation of a Jewish national republic in Crimea to replace destroyed communities in Ukraine, Belorussia and Russia.
But the state deemed these unsanctioned activities expressions of “bourgeois Jewish nationalism.” Some Communist Party leaders even insinuated that the Jewish Anti-Fascist Committee was being used by spies, and advocated its elimination.
The murder, disguised as an accident, signaled a turning point in the government’s policy toward Soviet Jews. In November 1948, the government abolished the committee as “a center of anti-Soviet propaganda.” Fifteen of its leaders were arrested over the following months. The state shuttered the Yiddish publishing house, press, theaters, literary journals and writers association, and arrested hundreds of Yiddish cultural figures.
Unbowed in court
The Jewish Anti-Fascist Committee’s leaders were charged with bourgeois nationalism, treason and espionage. Tortured in prison and kept in cramped, freezing cells, they were forced to confess.
The Ministry of State Security hoped to stage a public show trial, but as soon as the physical coercion stopped, the defendants began to retract their confessions and write letters of protest. The evidence was based on these extracted confessions, and the state feared an international outcry.
After the group had already spent more than two years in prison, the case was reopened. M.D. Riumin, the new head of the investigatory unit, was intent on showing that the defendants directed Jewish nationalist organizations that infiltrated the government at every level. After new interrogations, an indictment was drawn up, sent to Stalin and approved by the Politburo.
A secret trial began in May 1952. Despite being physically broken, the defendants presented a powerful rebuttal.
Solomon Lozovskii, an old revolutionary and former deputy foreign minister, shredded the state’s accusations. Historian Iosif Iuzefovich retracted his confession and told the court that after numerous beatings, “I was ready to confess that I was the pope’s own nephew, acting on his direct personal orders.” Boris Shimeliovich, the director of a leading Moscow hospital, testified that he had received over 2,000 blows to his buttocks and heels. Even the chairman of the court began to doubt the charges.
Yet the defendants were convicted. Thirteen of the 15 were executed on Aug. 12, 1952. The executions were later commemorated as “The Night of the Murdered Poets, though only five of the victims were poets. Solomon Bregman, a labor leader, died in prison; Lina Shtern, a renowned scientist, was sentenced to exile.
After Stalin’s death, the defendants were exonerated. The case only became public, however, in 1988, when the country began a full reckoning with the Stalin era.
Jews had benefited enormously from the revolution in 1917, which eliminated czarist oppression, granted them equal rights and opened new educational and employment opportunities. They entered professions and held leading posts in the Communist Party. They were considered an official nationality, like Ukrainians, Uzbeks, Armenians and hundreds of other groups in the new Union of Soviet Socialist Republics.
Yet after the war, the Jewish Anti-Fascist Committee’s efforts to help Jewish survivors and commemorate the Holocaust were not acceptable to the state, which minimized the singularity of Jewish wartime experiences. The government identified advocacy solely on behalf of Jews, either at home or abroad, as “bourgeois nationalism” or Zionism.
Amid the intensifying Cold War, the government sought to mobilize popular support by resurrecting Russian nationalism, once an anathema to socialist revolutionaries. It reestablished many czarist discriminatory policies, creating obstacles to Jewish advancement and education. Despite the government’s initial support for the new state of Israel, it blocked the Jewish Anti-Fascist Committee from participating in Jewish international organizations, which it viewed as a conduit for Western spies and Jewish nationalism.
Some historians believe that Stalin was preparing a larger Terror, including the deportation of the Jewish population, but his plans were disrupted by his death in 1953. Others disagree, asserting a lack of evidence.
Yet one point is worth pondering: Using the Jewish Anti-Fascist Committee, Riumin aimed to build a larger case that would have targeted Jews in every institution for treason. He never succeeded, however, in staging a public trial or launching a wider hunt for enemies throughout the government.
The courage of the defendants thwarted Riumin’s venomous ambition. They testified bravely about their abuse and exposed the falsity of the charges. Revolutionaries committed to the struggle against fascism, they held firm to the end.
I have in the past received funding from the Guggenheim Foundation, the Mellon Foundation, the National Council for Eurasian and East European Research, the ACLS, and the National Endowment for the Humanities. I am not currently receiving funding from any external organization.